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PORTRAIT
RJLIBAN N°14 du 30
mai 2006
www.rjliban.com
Benoît
XVI appelle les Polonais à défendre
le christianisme
paru
dans la Croix le 28 mai 2006
Le
pape Benoît XVI a appelé
dimanche 28 mai les Polonais à défendre
le christianisme en Europe et dans
le monde, pendant une messe suivie
avec ferveur par environ 900.000
fidèles à Cracovie (Pologne).
"Je vous demande de partager
avec les autres peuples d'Europe
et du monde le trésor de la
foi", a-t-il dit en
conclusion de son homélie. La
Pologne, qui a intégré il y a
deux ans l'Union européenne
progressivement élargie à tous
les pays du vieux continent,
compte plus de 90% de catholiques.
Environ la moitié d'entre eux
sont des pratiquants réguliers.
L'Eglise y pèse encore de tout
son poids dans la vie publique, à
la différence de la situation de
nombreux pays européens. Benoît
XVI a souligné qu'avec le
pontificat du pape polonais Jean
Paul II, la Pologne "est
devenue une terre de témoignage
particulier de la foi en Jésus
Christ".
"Rester
forts, de la force que donne la
foi"
Il
a demandé aux Polonais de rester
fidèles à la mémoire de son prédécesseur,
"votre compatriote" qui,
a-t-il dit, a défendu la foi
"avec une force et une
efficacité extraordinaires".
Le pape leur a rappelé l'appel à
"rester forts, de la force
que donne la foi" que leur
avait lancé Jean Paul II lors de
son premier voyage en Pologne en
1979. Ce premier voyage du pape
polonais dans son pays natal avait
accéléré le processus
d'affaiblissement du régime
communiste. Les Polonais, qui vénèrent
Jean Paul II, à l'égal d'un
saint, lui attribuent un rôle
essentiel dans l'effondrement du
système soviétique qui a commencé
par leur pays. Le pape Karol
Wojtyla a par la suite bataillé
ferme, mais sans succès, pour que
l'Union européenne intègre dans
son projet de constitution une référence
à ses racines chrétiennes.
Aucune
allusion à la situation politique
de la Pologne
Plus
encore qu'à son habitude, Benoît
XVI a prononcé dimanche une homélie
à la tonalité exclusivement
spirituelle. Il n'a fait aucune
allusion à la situation politique
de la Pologne, dirigée par une
coalition à laquelle participent
l'extrême droite ultra-catholique
et les populistes, ni à la
situation sociale difficile de
nombreux Polonais. Il a cependant
adressé un salut particulier
"aux Polonais qui vivent hors
de leur patrie", dans une
allusion à leur émigration
massive. Le pape a souligné que
pour les chrétiens,
"regarder le ciel" passe
avant la vie terrestre. "La
cause du Christ est la plus
importante", a-t-il déclaré.
"Nous sommes appelés, en étant
sur terre, à fixer le ciel, à
orienter notre attention, nos pensées
et notre coeur vers l'ineffable
mystère de Dieu. Nous sommes
appelés à regarder dans la
direction de la réalité divine
(...) ; là se trouve le sens
définitif de notre vie",
a-t-il expliqué aux fidèles.
Benoît
XVI laisse espérer une
canonisation rapide de Jean-Paul
II
Au
troisième jour de son pèlerinage
sur les traces de son prédécesseur
polonais, le pape a ainsi comblé
samedi plusieurs milliers de fidèles
rassemblés dans le sanctuaire
de Kalwaria Zebrzydowska
paru
dans le Figaro le 27 mai 2006
Il
n’a pas choisi cet endroit par
hasard pour faire sa déclaration
surprise. Benoît XVI a opté pour
le sanctuaire de Kalwaria
Zebrzydowska, un des lieux favoris
de son prédécesseur et ami,
Jean-Paul II, pour évoquer ce que
des milliers de fidèles attendent
depuis des mois. "Je voudrais
dire que je souhaite que la
providence nous accorde bientôt
la béatification et la
canonisation de notre bien aimé
pape Jean Paul II", a déclaré
le souverain pontife, au troisième
jour de son pèlerinage. Le
sanctuaire, situé à une
trentaine de kilomètres de
Cracovie, est un haut lieu de pèlerinage
depuis le XVIIe siècle, où le
jeune Karol Wojtyla avait
l'habitude de venir avec son père.
Samedi
matin, c’est à Wadowice, ville
natale de Karol Wojtyla où 25.000
croyants se sont pressés, que
Benoît XVI a également prié
pour que Jean Paul II soit
"rapidement élevé à la
gloire des autels". Une
expression qu'il a l’habitude
d’employer pour désigner la
canonisation. Vivement réclamé
par les catholiques dès ses obsèques
début avril 2005, le procès en béatification
de Jean Paul II s'est ouvert à
l'initiative de son successeur, à
peine quelques semaines après sa
mort, sans attendre les cinq ans
habituellement requis par le droit
canon. La béatification, qui
permet d'accéder au statut de
"bienheureux", est une
étape indispensable avant d'être
canonisé, c'est-à-dire devenir
un saint de l'Eglise.
"Les
Polonais se sont mis à aimer Benoît
XVI"
Après
un début de voyage assez terne
à Varsovie, où les foules
n'avaient pas atteint les
chiffres escomptés par les
responsables de l'Eglise, le
pape a pu constater dans le sud
une ferveur qui rappelait les
grands moments de Jean Paul II.
"C'était la journée où
les Polonais se sont mis à
aimer Benoît XVI", a
commenté le quotidien Dziennik.
"Il a conquis nos cœurs",
lui a fait écho, en gros caractères,
le quotidien populaire Fakt.
A la faveur de ce voyage de
quatre jours qui s'achèvera
dimanche dans l'ancien camp
d'extermination nazi d'Auschwitz-Birkenau,
les catholiques polonais ont
commencé à adopter Benoît XVI. Au
début de l'après-midi, le pape
s'est rendu dans le sanctuaire
préféré du pape polonais,
celui de Lagiewniki en banlieue
de Cracovie, où il a béni des
malades. En 1997, Jean Paul II
avait canonisé en
1997 l
'une des religieuses de ce
sanctuaire, Faustina Kowalska,
fondatrice du culte de
la Miséricorde
divine.
La
spiritualité mariale polonaise
Le
voyage du pape Benoît XVI en
Pologne met en évidence la
puissance du catholicisme de ce
pays et sa coloration à la fois
nationale et affective
Entretien
avec le P. Wojcieh Giertych, théologien
polonais, par ISABELLE
DE GAULMYN, publié dans la
Croix le 27 mai 2006
Une
double vision, occidentale et
polonaise : on pourrait ainsi définir
le regard du P. Wojcieh Giertych,
54 ans, dominicain et théologien
de la Maison pontificale,
fonction à laquelle il a été
nommé voici un an par Benoît
XVI. Polonais né en Angleterre,
le P. Giertych retourna à
Poznan dès 1970, pour connaître
"la vraie Pologne".
Etudiant en histoire, il fréquente
alors l’aumônerie tenue par
les dominicains. "La
Pologne était encore en période
préconciliaire", se
souvient-il. En 1975, il entre
au noviciat dominicain. La même
année, il obtient la nationalité
polonaise… Au couvent de
Cracovie, il va vivre l’élection
du cardinal archevêque de sa
ville au siège pontifical.
Ordonné en 1981, il quitte
Cracovie pour passer une licence
de théologie à Rome. Mais à
partir de 1994, alors qu’il
enseigne à l’université
Angelicum, il revient régulièrement
en Pologne.
-
Le plus impressionnant, vu de
l’extérieur, P. Giertych,
c’est l’identité entre la
nation et la foi catholique
polonaise…
De
fait, nation et catholicisme
sont très liés chez nous, mais
non "confondus". Ces
deux derniers siècles, ce
n’est pas l’Eglise seule qui
fut persécutée, mais la nation
et l’Eglise, et le sort
individuel de chacun dépendait
de la situation politique et
religieuse de la Pologne. Depuis
le XVIIIe siècle, et
jusqu’aux années 1950, tous
les trente ans, le pays a connu
une insurrection ou une guerre,
laquelle s’est terminée à
chaque fois par la mort, l’émigration
ou l’envoi des élites
politiques ou religieuses
jusqu’en Sibérie. Quand le
syndicat Solidarnosc est apparu,
beaucoup ont pensé que cela
finirait encore ainsi, tant
cette histoire restait ancrée
dans la mémoire collective.
L’Eglise a toujours été du côté
du peuple, et les Polonais lui
sont très attachés. Il y a des
fêtes nationales qui sont aussi
religieuses : le 3 mai, la
Pologne fête la constitution du
3 mai 1791 mais aussi la
proclamation de Marie comme
Reine de Pologne. C’est le 15
août 1920, fête de
l’Assomption, que les Polonais
ont vaincu la Russie bolchevique
sur les bords de la Vistule…
- Le
sentiment national ne
risque-t-il pas, dès lors, de déborder
sur la foi ?
Il
est vrai qu’un regard
occidental peut s’interroger :
les Polonais sont-ils attachés
à l’Eglise pour un bon motif
? Car le vrai motif, c’est le
Christ et non notre identité
nationale ! Sinon, la foi se réduit
à un phénomène culturel ou
familial, au lieu d’être un
rapport personnel avec Dieu.
Mais d’un autre côté, cet
attachement traditionnel à leur
culture aide les Polonais à
vivre leur foi. En France, la Révolution
française a provoqué une
rupture. Chez nous, il existe un
courant laïc, mais même les
intellectuels peu liés à l’Eglise
reviennent vers elle pour les
grands moments de la vie.
- La
spiritualité polonaise
n’est-elle pas très mariale ?
Marie
est souvent, pour nous, une mère
plus qu’une femme. Ainsi nous
ne disons jamais
"Notre-Dame", mais
"la mère de Dieu".
C’est une maternité plus
marquée que la vision qui
ressort de Lumen Gentium, où
l’expérience de la femme qui
vit la foi est centrale. Marie
protège l’armée, la nation,
le pays. Le cardinal Stefan
Wyszynski a beaucoup parlé en
ce sens dans les années 1960,
pour mobiliser la foi des
Polonais autour de Notre-Dame de
Czestochowa. En prison, il a
relu la grande trilogie d’Henryk
Sienkiewicz, le fameux écrivain
de Quo Vadis, qui raconte la période
critique du XVIIe siècle où la
Pologne était envahie par
l’armée suédoise qui
souhaitait mettre à sa tête un
roi protestant. De fait, le
sanctuaire de Czestochowa a
alors joué un rôle dans la résistance.
- Foi mariale et
patriotique : on peut avoir le
sentiment que la foi des
Polonais prend une forme
sentimentale…
Avant la dernière guerre, le
théologien dominicain Jacek
Woroniecki disait de la Pologne
que "la foi y est
sentimentale et la raison
sceptique". Il existe
encore chez nous tout un courant
de piété tridentine et
baroque. Les intellectuels font
preuve d’un sentiment critique
assez poussé, mais en
l’abordant au niveau de la
philosophie. Dans l’Eglise
polonaise, ce sont plus les
philosophes que les théologiens
qui sont connus, et Jean-Paul II
avait une formation de
philosophie. La théologie est
plus considérée comme une matière
nécessaire, enseignée au séminaire
pour former les prêtres dans
une option pastorale. Nous
n’avons pas la grande
tradition théologique que vous
avez en France, par exemple.
Pour Woroniecki, c’était là
une faiblesse de l’Eglise
polonaise .
- Une faiblesse ?
Oui. Les grands temps religieux,
à caractère sentimental et
affectif, attirent les foules en
Pologne. Pour voir Benoît XVI, les
Polonais viennent en masse, ils
aiment les grandes célébrations
liturgiques. Mais la foi
entre-t-elle dans leurs décisions
de vie, de travail, d’action ? Pas
nécessairement.
Jean-Paul
II et Benoît XVI, d'un pape à
l'autre
paru dans le
Figaro Magazine le 6 mai 2005
La question a agité
tous les commentateurs dès l'élection
du cardinal Ratzinger : le nouveau
pontife s'inscrira-t-il dans le
style de son prédécesseur ? La réponse
semble fournie par les premières
images de Benoît XVI. Même génération,
même physique athlétique, il y a
entre le Polonais et l'Allemand
une indéniable parenté.
Et celui-ci ayant été pendant
vingt-quatre ans l'un des plus
proches collaborateurs de
Jean-Paul II, comment ne pas voir
dans le mimétisme dont il fait
preuve une marque de fidélité ?
Il y a quelque chose de plus
profond dans cette similitude
troublante. Qu'il travaille, qu'il
prie, qu'il bénisse, celui qui
revêt la soutane blanche du
successeur de Pierre est le dépositaire
d'un héritage et d'un ministère
qui dépassent sa propre
personnalité, son caractère, ses
idées. Qu'il se nomme Jean-Paul
ou Benoît, résonne à ses
oreilles la très ancienne
acclamation : "Tu es Petrus".
Benoît XVI
et la catholique attitude
Achevées
à Cologne dimanche dernier, les
20es Journées mondiales de la
jeunesse ont permis à un million
de personnes de découvrir le
style Benoît XVI. Et d'écouter
le message que ce pape pédagogue
leur a adressé
par
CLARA GELIOT, publié dans le
Figaro Magazine le 27 août 2005
Une semaine après
avoir quitté Cologne, où ils ont
assisté aux 20es Journées
mondiales de la jeunesse, des
centaines de milliers de pèlerins
ont regagné leur pays. La mémoire
de leur appareil photo numérique
sera insuffisante pour garder
toutes les images de ce qu'ils ont
vécu. De leur arrivée à vélo,
en car ou en avion jusqu'à la
messe de clôture célébrée par
le pape Benoît XVI à Marienfeld,
sans parler de la veillée du
samedi soir, ils ont entendu des
paroles, fait des rencontres qui
les ont marqués. Et (qui sait ?)
seront fondatrices pour leurs vies
futures.
Incontestable
moment fort de ces JMJ : la
rencontre des jeunes avec Benoît
XVI. De l'avis général, le
contact entre la génération des
15-30 ans et le souverain pontife
(78 ans) a été facilement établi.
Pourquoi ? On a assez dit qu'il était
moins charismatique que son prédécesseur.
Mais l'intelligence de
l'ex-cardinal Ratzinger est,
depuis quatre mois, de mettre ses
pas dans ceux de Jean-Paul II et
de ne pas manquer une occasion de
lui rendre hommage : "Il
vous a aimés, a-t-il lancé
sur le Rhin, vous l'avez
compris et vous le lui avez rendu
avec tout l'enthousiasme de votre
âge." Et quand Benoît
XVI s'est mis au rang des jeunes
en disant "Tous
ensemble, nous avons le devoir de
mettre en pratique ses
enseignements", il a été
ovationné.
Moins théâtral
que Jean-Paul II, son aisance à
parler couramment quatre langues
étrangères a épaté
l'assistance. Mais ce qui a frappé,
c'est que Benoît XVI possède une
qualité, la pédagogie,
dispensant des enseignements
clairs, imagés, composant ses homélies
à partir de récits tirés de l'Ecriture.
Avec celui des Rois mages,
notamment, qui servait de thème
principal à ces Journées ("Aujourd'hui,
nous ne cherchons plus un roi mais
nous sommes préoccupés par l'état
du monde et nous nous demandons (...)
à qui faire confiance"), il
a proposé des règles de vie ("Il
est beau qu'aujourd'hui, dans de
nombreuses cultures, le dimanche
soit un jour libre. Ce temps
libre, toutefois, demeure vide si
Dieu n'y est pas présent").
Message reçu. "Cet homme
d'une intelligence évidente a su
nous convaincre avec des mots
simples que c'est beau d'être chrétien",
résume Olivier, un étudiant de
19 ans.
Le pape prend
les jeunes au sérieux
Au moyen d'une
autre parabole, il a invité les
jeunes (en grande majorité issus
des sociétés occidentales) à se
garder du consumérisme religieux,
phénomène grandissant et
concomitant à la désertion des
églises. Là encore, sa pédagogie
a fait mouche. Après le constat
de ce qu'il nomme "le
boom du religieux", puis
devant ce qu'a de positif ce phénomène
("il peut y avoir la joie
sincère de la découverte"),
le pape a appelé son auditoire à
une plus grand exigence : "La
religion recherchée comme une
sorte de bricolage ne nous aide
pas. Elle est commode, mais dans
les moments de crise, elle nous
abandonne à nous-mêmes."
Faisant suite à
la visite symbolique de Benoît
XVI à la synagogue de Cologne (où
le pape allemand a dénoncé le "crime
inouï de la Shoah"),
puis sa rencontre, samedi dernier,
avec une vingtaine de représentants
de la communauté musulmane qu'il
a exhortés à combattre le
terrorisme, ces paroles ont
rejoint la jeunesse dans ses préoccupations
et sa culture. Mais si le courant
est passé avec Benoît XVI, c'est
surtout que les jeunes de Cologne
ont eu le sentiment qu'il les
prenait au sérieux : "Un
sentiment que l'on ne ressent pas
si souvent dans la vie
sociale", explique
Timothée, un Messin de 20 ans.
Loin de leur délivrer des paroles
faciles, de succomber au
"jeunisme", le pape leur
a montré qu'il savait ce qu'ils
vivaient, qu'il ne méconnaissait
pas leur difficulté, mais il leur
a fait part de son optimisme quant
à leur capacité à construire le
monde de demain. Toujours avec sa
manière bienveillante : "Liberté
ne veut pas dire jouir de la vie,
se croire absolument autonomes,
mais s'orienter selon la mesure de
la vérité et du bien."
Les jeunes de la
génération "Cologne
2005" ont enfin fait l'expérience
d'un rassemblement où leur foi
pouvait se manifester de manière
joyeuse et totalement décomplexée.
Sur ce point encore, le pape les a
encouragés à être eux-mêmes
dans leurs lycées ou leurs
universités, laïcs ou chrétiens
engagés au coeur de l'Europe du
XXIe siècle : "Celui qui
laisse entrer le Christ dans sa
vie ne perd rien, rien, absolument
rien de ce qui rend la vie libre,
belle et grande." Voilà
pourquoi, au cours de la semaine
passée, les pèlerins ont donné
libre cours à leur enthousiasme,
écoutant les catéchèses données
par les cardinaux, se réunissant
pour réfléchir, prier, discuter.
"Nous nous souviendrons
toujours de ces handicapés avec
lesquels nous suivions la catéchèse,
racontent Marion et Lorène,
18 ans. Avec leur âme
d'enfant, ces jeunes nous ont
appris à exprimer nos ressentis,
sans code et sans gêne."
Cette spontanéité
se manifesta dans les allées de
Marienfeld, où l'on pouvait voir
prêtres, religieuses, moines ou
cardinaux échanger avec des lycéens
qui, quelques semaines plus tôt,
les auraient abordés avec timidité,
voire circonspection. Il faut
reconnaître que l'exubérance de
certains jeunes religieux à
l'arrivée du pape les a surpris,
amusés et finalement conquis. La
preuve : à peine Benoît XVI
avait-il annoncé que la prochaine
rencontre mondiale de la jeunesse
aurait lieu à Sydney en 2008
qu'un groupe de Belges faisait déjà
le programme de leurs vacances en
Australie, se demandant s'ils ne
prendraient pas deux semaines de
plus pour visiter la ville à
l'issue des prochaines Journées.
La scène se passait dans le train
du retour, et ces jeunes méditaient
encore les premiers mots que le
Saint-Père leur avait adressés
lors de la veillée, en référence
aux Mages de l'Ecriture : "Ils
étaient parvenus à leur but.
Mais, à ce point, commence pour
eux un nouveau cheminement, un pèlerinage
intérieur qui change toute leur
vie, parce qu'ils avaient sûrement
imaginé ce roi nouveau-né d'une
manière différente." C'est
la force des Journées mondiales
de la jeunesse : après avoir vécu
cette expérience, beaucoup
vivront leur foi dans l'Eglise
catholique d'une manière renouvelée.
"Charismatique
? Le pape a d'autres qualités"
JMJ. Mgr Bernard
Genoud revient sur les premiers
contacts de Benoît XVI avec les
jeunes
par PATRICIA
BRIEL, publié dans le Temps le 22
août 2005
Benoît XVI a mis
fin hier aux XXe Journées
mondiales de la jeunesse à
Cologne, lors d'une messe qui
s'est déroulée devant un million
de personnes, dont 800 évêques
et 10.000 prêtres. Le pape a
invité les jeunes à aller à la
messe chaque dimanche, afin que
l'eucharistie devienne le centre
de leur vie. Il a également mis
en garde contre le bricolage
religieux, qui "ne nous aide
pas". La religion conçue
comme produit de consommation
"est commode, mais dans les
moments de crise, elle nous
abandonne à nous-mêmes". Evêque
de Lausanne, Genève et Fribourg,
Mgr Bernard Genoud a vécu les JMJ
pour la première fois.
- Le pape a-t-il réussi
l'épreuve de son premier contact
avec les jeunes ?
Je pense que oui. Il est en train
de les séduire. Je les ai vus
enthousiastes. Ils sentent que
Benoît XVI est un homme de Dieu,
qui n'aura qu'une parole et qui a
le sens de la vérité. Lorsqu'il
était préfet de la Congrégation
pour la doctrine de la foi, Joseph
Ratzinger était le scalpel de la
foi. Maintenant, il devient le père.
J'ai été frappé par la douceur
de son regard et la simplicité de
ses gestes. Il est attachant.
- On a beaucoup dit qu'il
n'est pas aussi charismatique que
Jean Paul II. Qu'en
pensez-vous ?
Il n'a pas le même charisme. Il a
d'autres qualités. Saint Paul a
dit qu'il y avait des charismes
divers au sein de l'Eglise. Benoît
XVI est par exemple le seul pape
qui connaisse tous les évêques
du monde. Je l'ai rencontré en février
dernier. Il connaît très bien la
situation religieuse en Suisse et
nous en avons parlé pendant trois
quarts d'heure. Le cardinal Anton
Cottier, théologien du pape, me
disait : "Il ne faut jamais
avoir peur avec Ratzinger, car il
est intelligent."
- Comment
qualifieriez-vous son style ?
Difficile à définir. Benoît XVI
est en train d'acquérir une
spontanéité qu'on ne lui
connaissait pas. Il se détend, il
commence à se détacher de ses
textes lorsqu'il parle. Il marie
la rigueur de l'intelligence avec
la bienveillance du cœur.
- Le porte-parole du
Vatican a dit qu'avec Benoît XVI,
on aurait affaire à un charisme
de la parole et non des gestes.
La parole est tout de même
le premier moyen de communication.
Le pape parle avec beaucoup de
simplicité. Le sommet de
l'intelligence n'est-il pas la
capacité de rendre les plus
hautes vérités accessibles au cœur
? Et les jeunes ont besoin
aujourd'hui d'une parole forte et
des certitudes sur lesquelles ils
peuvent s'appuyer.
- Beaucoup de jeunes
n'acceptent pas le discours du
pape et de l'Eglise sur la
sexualité.
Un pape a le devoir de
proclamer des idéaux. Mais il sait
qu'ils ne sont pas immédiatement réalisables.
Quand Jésus dit "soyez
parfaits comme votre père est
parfait", il sait que ce n'est
pas possible. Si l'on y tend, c'est
déjà bien. Il est vrai que l'Eglise
n'est pas à l'aise lorsqu'elle évoque
la sexualité. Il est temps qu'elle
ose en parler en vérité.
Un
pape à la fois héritier et
initiateur
A travers
les 12 discours de son premier
voyage hors d’Italie, Benoît
XVI a dessiné un style et défini
des orientations. Analyse
par
JEAN-MARIE GUENOIS, publié dans
la Croix le 21 août 2005
Un test réussi ?
Le nouveau pape était attendu,
non comme un messie, mais comme
pape allemand revenant dans son
pays natal ainsi que par la
"génération Jean-Paul II".
La façon même dont Benoît XVI a
descendu la passerelle de
l’avion à son arrivée,
furtivement, sans aucun effet,
soucieux seulement de ne pas rater
de marche, a donné le ton.
Conscient de l’enjeu, il était
appliqué, parfois un peu emprunté,
souvent mal à l’aise face à la
grande foule, toujours très
humain, attentif à chacun autant
qu’il le pouvait. Il a lu ses
discours avec soin, sans rhétorique
de tribun, chaussé de ses grandes
lunettes. Pas de recherche de séduction,
mais des mots calibrés, dont il
n’attend pas l’effet immédiat
de l’applaudimètre, mais
l’enracinement du long terme.
S’il a pu décevoir certains
jeunes qui attendaient un geste
fort, la majorité l’a
maintenant adopté.
Une "génération
Benoît XVI" est-elle née ?
Le terme déplairait
certainement au plus haut point à
l’intéressé. Il est surtout
beaucoup trop tôt pour évaluer
avec sérieux l’impact à venir
du nouveau pape sur les jeunes. Il
est en revanche frappant de voir
comment il s’est adressé à
eux. A aucun moment il n’a
évoqué les questions de morale,
préférant se faire catéchiste
pour partir en quelque sorte de zéro
et leur partager le goût d’être
chrétien. En fait, au lieu du
"charisme du geste" de
Jean-Paul II, qui avait le don de
soulever les foules, Benoît XVI
apporte un "charisme du
mot", de l’enseignant. Très
pédagogique, très concret, voire
cru - quand il déplore que
la sagesse chrétienne soit associée
à "une vieille bouillie
moisie" -, évocateur - quand
il parle de "bouche à
bouche" pour l’adoration
eucharistique ou de "fission
nucléaire" à propos de la
puissance du sacrement. Il n’est
donc pas possible de conclure trop
vite à une communication ratée
avec les jeunes. Elle est différente.
Une génération Benoît XVI se
cherche et peut-être finira par
se trouver, notamment chez des
adolescents qui n’ont connu
qu’un Jean-Paul II diminué.
"Ça fait drôle de voir un
pape qui marche", observait
l’un d’eux…
L’Allemagne est-elle
réconciliée avec Rome ?
Ce n’était pas l’objet
principal de ces JMJ. Mais,
programmées il y a trois ans en
Allemagne, elles se sont déroulées
dans la patrie du pape fraîchement
élu. Trois rencontres ont permis
de retisser des liens, dont il
faudra attendre pour vérifier la
solidité : l’accueil à l’aéroport,
où la joie et la fierté du président
de la République semblaient à
l’unisson de ce peuple, au moins
en cet instant ; la visite à la
synagogue, qui a permis à Benoît
XVI de tourner symboliquement, aux
yeux du monde entier, une page
sombre et dramatique de la
conscience collective de cette
nation ; la rencontre avec les évêques
allemands, dimanche 21 août, où
le pape a réaffirmé sa proximité
pour cette Eglise, l’appelant à
rebondir sur le succès des JMJ et
à capitaliser toutes les énergies
qui se sont mobilisées à cette
occasion.
Quel message le pape
laisse-t-il ?
Sur un plan politique, il y a
comme deux signaux d’alerte. La
montée de l’antisémitisme,
contre laquelle le pape a
fermement mis en garde lors de sa
visite à la synagogue. Et le
terrorisme d’origine religieuse,
contre lequel le pape a indiqué,
face aux responsables musulmans,
que la meilleure voie de
traitement restait celle de la
lutte contre l’intolérance et
celle du respect, refusant la
fatalité de la haine pour
construire une civilisation de
paix. Sur le plan pastoral, deux
lignes de forces également.
Continuité avec son prédécesseur
et avec la ligne de Vatican II
pour la marche vers l’unité des
chrétiens, l’œcuménisme,
ainsi que pour le dialogue avec le
judaïsme et l’islam - à
condition de bien connaître et
d’assumer des différences
qu’il n’est pas question de
renier ou d’assouplir.
Nouveauté enfin dans le programme
proposé aux jeunes. Tant le
premier jour que lors de la veillée
de samedi ou la messe de dimanche,
retour à une idée ambitieuse :
n’est rien moins que
"changer le monde". Non
par la force du pouvoir, ni par
"celui d’un trône",
mais en "apprenant le style
de Dieu" pour s’approfondir
avec une exigence nouvellement
exprimée : "Nous ne faisons
pas la fête pour nous", pas
"de sentiers privés"
dans l’Eglise, explique Benoît
XVI. Les jeunes doivent développer
une "sensibilité aux besoins
de l’autre" pour un
"engagement envers le
prochain".
Le pape a
salué Franz Beckenbauer sur la
place Saint-Pierre
paru dans
l'Orient-le Jour le 27 octobre
2005
Le pape Benoît XVI
a salué hier, sur la place
Saint-Pierre à Rome, le président
du comité d’organisation du
Mondial 2006 de football, Franz
Beckenbauer, venu assister à son
audience générale. Beckenbauer,
qui était accompagné de l’ex-sélectionneur
de l’équipe d’Allemagne et
ancien joueur de l’AS Rome (1re
div. italienne), Rudi Völler, a
remis à Joseph Ratzinger, premier
pape allemand depuis le XVIe siècle,
le fanion du prochain Mondial qui
aura lieu en Allemagne du 9 juin
au 9 juillet 2006.
"Le pape m’a
dit qu’il regardera les matches
les plus importants", a
ensuite assuré Franz Beckenbauer
à des journalistes. "Il
a affirmé que l’équipe
d’Allemagne est forte et a
souhaité que le Mondial soit un
succès pour elle". "Pouvoir
parler football avec un pape a été
la journée la plus importante de
ma vie", a déclaré le
double champion du monde de
football, en tant que joueur
(1974) et entraîneur (1990), de
religion catholique. Benoît XVI
"s’est montré très intéressé
par la préparation du Mondial, il
m’a interrogé sur l’état de
préparation de l’évènement et
sur les stades" où auront
lieu les matches, a encore indiqué
Franz Beckenbauer. Le bref échange
entre les deux hommes s’est déroulé
"en bavarois", a précisé
l’ancien joueur du Bayern de
Munich, qui a trouvé Benoît XVI "très
sympathique, avec une incroyable
dignité et sérénité".
L’ancien international allemand,
qui préside aujourd’hui
l’organisation du Mondial, a
fait étape à Rome et au Vatican
dans le cadre de la deuxième
partie de sa tournée mondiale qui
le mènera d’ici à février
dans les 32 nations qualifiées
pour la Coupe du monde.
Le pape célèbre
ses premières fêtes de Pâques
publié par
l'AFP le 14 avril 2006
Le pape Benoît XVI
a présidé au Vatican la messe du
jeudi saint ouvrant les célébrations
de Pâques, les premières de son
pontificat commencé le 19 avril
2005. Les fêtes de Pâques s'achèveront
dimanche 16 avril par sa bénédiction
urbi et orbi place Saint-Pierre.
Après la messe chrismale célébrée
jeudi 13 avril au matin dans la
basilique Saint-Pierre en présence
de tous les prêtres du diocèse
de Rome, le souverain pontife
devait procéder en fin d'après-midi à
la cérémonie du lavement des
pieds dans la basilique romaine
Saint-Jean de Latran. Le jeudi
saint commémore dans la religion
chrétienne le dernier repas du
Christ durant laquelle celui que
les croyants considèrent comme
Dieu incarné a institué le rite
de l'eucharistie (autour du pain
et du vin symbolisant son corps et
son sang). Selon les Evangiles, le
Christ à cette occasion a lavé
les pieds de ses disciples pour
signifier qu'il se mettait au
service des hommes.
Benoît XVI a évoqué
la mémoire du père Andrea
Santoro
Durant la messe
chrismale, dont le nom dérive
d'un mot grec signifiant onction,
le pape, et les évêques dans
leur diocèse, bénissent les
huiles saintes qui serviront
durant toute l'année liturgique
aux baptêmes et aux divers
sacrements, et les prêtres
renouvellent leurs voeux de servir
l'Eglise catholique. Benoît XVI y
a évoqué la mémoire du père
Andrea Santoro, le prêtre romain
assassiné le 5 février à
Trabzon (au nord-est de la
Turquie) pendant qu'il priait dans
son église. Il a demandé aux prêtres
de mettre la prière au centre de
leur vie et les a mis en garde
contre le tentations de
"l'activisme". Le
vendredi saint, qui commémore la
mise à mort du Christ sur la
croix, le chef de l'Eglise
catholique présidera la célébration
de la Passion dans la basilique
vaticane, puis le
traditionnel chemin de croix au
Colisée, au centre de Rome.
Samedi soir, il participera dans
la basilique vaticane à la vigile
pascale, durant laquelle les
croyants prient dans l'attente de
la résurrection du Christ, qui
sera célébrée par une messe
solennelle dimanche matin place
Saint-Pierre. Dimanche midi, Benoît
XVI prononcera la bénédiction
urbi et orbi du balcon de la
basilique Saint-Pierre, où il était
apparu le soir du 19 avril 2005
après avoir été élu par les
cardinaux pour succéder à Jean
Paul II, mort le 2 avril.
Le dimanche de Pâques
coïncide avec l'anniversaire du
pape
Les célébrations pascales de
l'an dernier avaient été dominées
par l'agonie de Jean-Paul II. Le
dimanche 27 mars, jour de Pâques,
le pape polonais n'avait pu
prononcer la bénédiction. Le
dimanche de Pâques coïncide
cette année avec l'anniversaire
de Benoît XVI, qui aura 79 ans.
Le pape allemand, grand mélomane,
a déjà reçu lundi en cadeau un
gâteau au chocolat en forme de
piano, offert par des jeunes
Autrichiennes d'une institution de
l'Opus Dei. Tout de suite après
les célébrations dominicales, le
souverain pontife prendra l'hélicoptère
pour Castelgandolfo, la résidence
d'été des papes dans la campagne
romaine, pour y prendre quelques
jours de repos. Un engagement
important l'attend avec un voyage
du 25 au 28 mai en Pologne, le
pays de son prédécesseur où l'Eglise
catholique doit faire face à la
montée de courants
fondamentalistes, nationalistes et
antisémites. Le programme de Benoît
XVI prévoit notamment une étape
au site du camp d'extermination
nazi d'Auschwitz.
Le
pape face à la crise de la
culture
Composé
de trois conférences prononcées
avant son élection, le dernier
livre du nouveau pape s’intéresse
aux conflits entre le
christianisme et la culture européenne
contemporaine
par
YVES PITETTE, publié dans la
Croix le 22 juin 2005
Le
"nouveau" livre de
Joseph Ratzinger - en
couverture, le nom de l’auteur
est deux fois plus gros que le
titre - est intitulé en
italien L’Europe de Benoît
dans la crise des cultures. Il
s’agit du recueil de trois
textes prononcés en différentes
occasions. L’un, Qu’est-ce
que croire ? date de 1992,
pour la remise d’un Prix école
et culture catholique décerné à
Bassano del Grappa. Le second, Le
Droit à la vie et l’Europe,
a été prononcé en 1997 devant
le Mouvement [italien] pour la
vie. Le troisième document (lire
extraits ci-dessous), qui donne
son titre au livre en jouant sur
le nom de Benoît, est le plus récent.
Simplement intitulé à
l’origine La Crise des
cultures, il a été prononcé
le 1er avril dernier, veille de la
mort de Jean-Paul II, dans
l’abbaye bénédictine
Sainte-Scholastique de Subiaco,
tout près de la grotte où saint
Benoît vécut plusieurs années
avant de partir écrire sa règle
monastique au Mont Cassin. Le
cardinal Ratzinger y recevait le
prix Saint-Benoît pour
l’Europe, décerné par une
fondation locale, Vie et Famille.
Selon la tradition romaine, la présentation
du livre avait alors donné lieu
à une importante manifestation,
au cours de laquelle le cardinal
Camillo Ruini, vicaire du pape
pour le diocèse de Rome, a montré
que ces trois textes avaient en
commun les questions décisives
pour les rapports entre le
christianisme et la culture européenne,
à commencer par ce qui concerne
la vie avec tous les débats
ouverts, de l’avortement -
qualifié par le cardinal
Ratzinger de "petit
homicide" - jusqu’au
refus, réaffirmé par le cardinal
Ruini, du mariage pour les couples
homosexuels.
Extraits.
"Une idéologie confuse de la
liberté conduit au
dogmatisme"
"L’affirmation
selon laquelle la mention des
racines chrétiennes de l’Europe
blesserait les sentiments des
nombreux non-chrétiens qui vivent
en Europe est peu convaincante, vu
qu’il s’agit avant tout d’un
fait historique que personne ne
peut sérieusement nier. […] Qui
serait offensé ? De qui
l’identité serait-elle menacée
? Les musulmans, souvent et
volontiers mis en cause à cet égard,
ne se sentent pas menacés par nos
bases morales chrétiennes, mais
par le cynisme d’une culture sécularisée
qui nie ses propres fondements. Et
nos concitoyens juifs ne sont pas
offensés par la référence aux
racines chrétiennes de
l’Europe, dans la mesure où ces
racines remontent jusqu’au mont
Sinaï : elles portent
l’empreinte de la voix qui se
fit entendre sur la montagne de
Dieu et nous unissent dans les
grandes orientations fondamentales
que le décalogue a données à
l’humanité. C’est la même
chose pour la référence à Dieu
: ce n’est pas la mention de
Dieu qui offense ceux qui
appartiennent à d’autres
religions, mais plutôt la
tentative de construire la
communauté humaine absolument
sans Dieu. Les raisons de ce
double "non" sont plus
profondes que ce que laissent
penser les raisons avancées.
Elles présupposent que la seule
culture des Lumières, radicale,
laquelle a atteint son plein développement
à notre époque, pourrait être
constitutive de l’identité
européenne. […] Cette culture
des Lumières est
substantiellement définie par la
liberté ; elle part de la liberté
comme valeur fondamentale qui est
la mesure de tout […].
Le concept de discrimination s’élargit
toujours plus et l’interdiction
des discriminations peut se
transformer toujours plus en une
limitation de la liberté
d’opinion et de la liberté
religieuse. On ne pourra bientôt
plus affirmer que l’homosexualité,
comme l’enseigne l’Eglise
catholique, constitue un désordre
objectif dans la structuration de
l’existence humaine. Et le fait
que l’Eglise est convaincue de
ne pas avoir le droit de donner
l’ordination sacerdotale aux
femmes sera considéré, par
certains, à partir de maintenant
inconciliable avec l’esprit de
la Constitution européenne. Il
est évident que ce canon de la
culture des Lumières, pas du tout
définitif, contient des valeurs
importantes dont nous, chrétiens,
ne voulons et ne pouvons nous
passer ; mais il est tout autant
évident que la conception mal définie
ou pas du tout définie de la
liberté qui est à la base de
cette culture, comporte inévitablement
des contradictions. […] Une idéologie
confuse de la liberté conduit à
un dogmatisme qui se révèle
toujours plus hostile à la liberté.
[…] Il fait partie de sa nature,
en tant que culture d’une raison
qui a finalement une complète
conscience d’elle-même, de se
vanter d’une prétention
universelle et de se concevoir
comme accomplie en elle-même,
sans besoin d’aucun complément
venu d’autres facteurs
culturels.
Ces deux caractéristiques se
voient clairement quand se pose la
question de qui peut devenir
membre de la Communauté européenne,
et surtout dans le débat sur
l’entrée de la Turquie dans
cette Communauté. Il s’agit
d’un Etat, ou peut-être mieux,
d’un environnement culturel, qui
n’a pas de racines chrétiennes,
mais qui a été influencé par la
culture islamique. Puis Ataturk a
cherché à transformer la Turquie
en un Etat laïciste, en tenant
d’implanter le laïcisme mûri
dans le monde chrétien d’Europe
sur un terrain musulman. On peut
se demander si cela est possible :
selon la thèse de la culture des
Lumières et laïciste de
l’Europe, seuls les normes et
contenus de la même culture des
Lumières pourront déterminer
l’identité de l’Europe et,
par conséquent, tout Etat qui
fait siens ces critères pourra
appartenir à l’Europe. Peu
importe, finalement, sur quel
entrelacs de racines cette culture
de la liberté et de la démocratie
sera implantée. C’est vraiment
pour cela, affirme-t-on, que les
racines ne peuvent entrer dans la
définition des fondements de
l’Europe, s’agissant de
racines mortes qui ne font pas
partie de l’identité actuelle.
Par conséquent, cette nouvelle
identité, déterminée
exclusivement par la culture des
Lumières, entraîne aussi que
Dieu n’a rien à voir avec la
vie publique et avec les bases de
l’Etat."
Benoît
XVI renonce au titre de "Patriarche
de l’Occident"
paru
dans l'Orient-le Jour le 2 mars
2006
Le pape Benoît XVI
renonce au titre qui lui était
donné de "Patriarche de
l’Occident", selon le
Corriere della Sera d’hier qui
cite l’édition à paraître de
l’Annuaire pontifical 2006 du
Vatican. Selon Luigi Accatoli, le
réputé vaticaniste du journal,
l’appellation de
"Patriarche de
l’Occident" n’apparaîtra
plus entre celles de "Souverain
pontife de l’Eglise
universelle" et de "Primat
d’Italie",
traditionnellement accolées au
nom de l’occupant du trône
pontifical. Dans l’édition non
encore rendue publique de
l’Annuaire pontifical, Benoît
XVI garde huit titres différents
dont les premiers dans l’ordre
sont "Evêque de
Rome", "Vicaire de
Jésus-Christ" et
"Successeur de Pierre",
selon le Corriere della Sera.
Luigi Accatoli
attribue cette disparition à la
prise de conscience par le
cardinal Ratzinger, aujourd’hui
Benoît XVI, que le titre de
"Patriarche de
l’Occident" n’était pas "un
titre véritable de la papauté".
Il était apparu pour la première
fois dans une lettre écrite au
pape Léon le Grand (saint Léon)
en 450 par l’empereur d’Orient
Théodose II et correspondait à
une organisation de l’Eglise en
patriarcats reconnue par les chrétiens
orientaux, comme les orthodoxes.
Durant les premiers temps de la
chrétienté, les patriarcats étaient
égaux et au nombre de cinq (Rome,
Constantinople, Alexandrie,
Antioche et Jérusalem). Des théologiens,
entendus par Benoît XVI, ont
soutenu que ce titre n’avait
"aucun fondement historique
ni doctrinal" et devait donc
être abandonné. Le Corriere
della Sera s’interroge sur une
éventuelle réaction de l’Eglise
orthodoxe qui pourrait y voir une
prétention de Rome à une "supériorité
universelle".
Le
pape dévoile sa première
encyclique
La
première encyclique de Benoît
XVI, intitulée "Dieu
est amour", sera publiée
mercredi 25 janvier au Vatican
par
JEAN-MARIE GUENOIS, publié dans
la Croix le 18 janvier 2006
Benoît
XVI a levé lui-même le voile sur
sa première encyclique. Mercredi
18 janvier, en fin d’audience générale,
sortant délibérément de son
texte prévu, il a coupé court
aux rumeurs en annonçant
publiquement que sa première
encyclique - dont il a
confirmé le titre, Deus
caritas est ("Dieu est
amour") - sera publiée
mercredi prochain. Le 25 janvier
est une date symbolique, la fête
liturgique de la conversion de
saint Paul marquant le terme de la
Semaine de prière pour l’unité
des chrétiens. Le pape s’est
d’ailleurs justifié sur ce
choix : "A première
vue, “Dieu est amour” n’est
pas un thème directement œcuménique.
Mais le cadre général, le
fondement, sont œcuméniques
parce que l’Amour de Dieu, et
notre amour, sont la condition de
l’unité des chrétiens, la
condition de la paix dans le
monde."
Evoquant ensuite le travail de préparation
d’un tel document et le délai
de ses traductions, il a laissé
entendre qu’il avait été plus
long que prévu. Une bénédiction
toutefois, selon lui : "Il
me semble que c’est un don de la
Providence que ce texte soit publié
précisément le jour où nous
prions pour l’unité des chrétiens.
J’espère qu’il pourra
illuminer et aider notre vie chrétienne."
Après ces remarques liminaires,
le nouveau pape a livré
l’essentiel de sa première
encyclique, qui paraîtra donc
plus de neuf mois après son élection
: "Je voudrais, dans cette
encyclique, illustrer le concept
d’amour dans ses différentes
dimensions. Aujourd’hui, dans la
terminologie que nous connaissons,
“amour” apparaît souvent très
loin de ce que pense un chrétien
quand on parle de charité. Je
voudrais, pour ma part, montrer
qu’il s’agit d’un unique
mouvement avec diverses
dimensions."
"En
pratique, l’Eglise (...) doit
aimer"
Et
Benoît XVI d’en faire la démonstration
en deux temps. Premier axe :
"L’ “eros”, ce don de
l’amour entre l’homme et la
femme, vient de la même source,
la bonté du Créateur, tout comme
en est issue la possibilité
d’un amour qui renonce à lui-même
pour se consacrer à l’autre.
L’ “eros” se transforme en
“agapè” dans la mesure où
les deux personnes s’aiment réellement
quand l’un ne se cherche plus
soi-même, ne cherche plus sa
joie, son plaisir, mais cherche
surtout le bien de l’autre. Et
c’est ainsi que ce qui est l’
“eros” se transforme en charité,
au long d’un chemin de
purification,
d’approfondissement." Un même
mouvement, donc, qui se décline,
poursuit le pape, en plusieurs sphères
imbriquées les unes aux autres :
"De la famille vers la plus
grande famille de la société,
vers la famille de l’Eglise,
vers la famille du monde."
Second axe de l’encyclique, et
autre dimension de l’amour de
Dieu, les œuvres de charité et
l’Eglise institutionnelle : "Je
cherche aussi à démontrer
comment l’acte éminemment
personnel qui nous vient de Dieu
est un unique acte d’amour.
Celui-ci doit aussi s’exprimer
comme un acte ecclésial,
organisationnel. S’il est réellement
vrai que l’Eglise est
l’expression de l’amour de
Dieu, de cet amour que Dieu a pour
sa créature humaine, il doit être
également vrai que l’acte
fondamental de la foi qui crée et
unit l’Eglise, et qui nous donne
l’espérance de la vie éternelle
et de la présence de Dieu dans le
monde, engendre un acte ecclésial.
En pratique, l’Eglise, comme
Eglise, comme communauté, dans
son mode institutionnel, doit
aimer. Et ce que l’on appelle
“la charité” n’est pas une
pure organisation comme les autres
organisations philanthropiques,
mais l’expression nécessaire de
l’acte plus profond de l’amour
personnel par lequel Dieu nous a
créés, suscitant dans notre cœur
de nous porter vers l’amour,
reflet du Dieu amour qui nous
transforme à son image."
Des
reports de la date de publication
qui s'expliquent
Ainsi
se présente donc (traduite par La
Croix à partir du compte
rendu complémentaire publié une
heure plus tard par la salle de
presse du Saint-Siège)
l’improvisation effectuée
mercredi par Benoît XVI. Elle
confirme des informations internes
selon lesquelles le pape, inquiet
devant les multiples rumeurs
contradictoires qui circulaient au
sujet de cette encyclique, a
finalement décidé de prendre les
devants pour en annoncer la date
de publication et en livrer
l’esprit : conjuguer, et non pas
opposer, les deux dimensions,
personnelle et sociale, de
l’amour. Si ce document,
vraisemblablement signé par Benoît
XVI le 25 décembre dernier, est
bien sa première encyclique, il
n’est pas impossible qu’il
reprenne un projet sur le même thème
ébauché par Jean-Paul II à la
fin de son pontificat mais jamais
abouti. En ce sens, le Conseil
pontifical Cor Unum, présidé par
Mgr Paul Joseph Cordes, et chargé
des questions caritatives dans
l’Eglise catholique, a
probablement joué un rôle dans
l’élaboration de ce texte,
notamment dans sa seconde partie,
la dimension sociale de l’amour
de Dieu.
Un rôle parmi d’autres, sans
doute : les encycliques sont
habituellement, avant d’être
finalisées et signées par le
pape, le fruit d’un travail
collectif où des théologiens
sont consultés sur le projet. Ce
processus de rédaction
expliquerait plusieurs reports de
date de publication et des interprétations
diverses. Et la nécessité, pour
Benoît XVI, peu familier des
improvisations, d’une telle mise
au point.
La
294e encyclique
Le
mot "encyclique" vient
du grec enkuklios, c’est-à-dire
"circulaire", qui a donné
en latin "litterae
encyclicae" : cela souligne
qu’il s’agit, à l’origine,
d’une lettre circulaire du pape
aux évêques du monde entier ou
à une partie d’entre eux. Petit
à petit, les destinataires ont été
étendus, par le biais des évêques,
au clergé, aux fidèles et
parfois, depuis Jean XXIII, à
tous les "hommes de bonne
volonté". C’est Benoît
XIV (1740-1758) qui, à peine élu,
publia la première circulaire
qualifiée d’encyclique, au sens
moderne du terme ; elle était
consacrée au ministère épiscopal
et avait pour titre "Ubi
primum". Le titre des
encycliques est en effet toujours
formé des premiers mots du texte
de référence latin. Depuis Benoît
XIV, 293 encycliques ont ainsi été
publiées par les papes. Jean-Paul
II en a produit quatorze. Mais
c’est à Léon XIII (1878-1903)
que l’on en doit le plus, avec
un total de 86 encycliques.
Viennent ensuite Pie XII (41), Pie
IX (38), Pie XI (32) et Pie X
(16).
Un
haut responsable orthodoxe russe
reçu aujourd’hui par le pape
paru
dans l'Orient-le Jour le 18 mai
2006
Mgr Kirill, métropolite
de Smolensk et de Kaliningrad, et
président du département des
Affaires étrangères du
patriarcat de Moscou, sera reçu
aujourd’hui par le pape Benoît
XVI, a indiqué hier à l’AFP
une source au patriarcat de
Moscou. Mgr Kirill, qui avait déjà
rencontré Benoît XVI l’année
dernière, doit se rendre en
Italie pour consacrer la première
Eglise orthodoxe russe construite
à Rome, selon la même source. Il
participera demain matin à la cérémonie
de bénédiction de l’Eglise
orthodoxe Sainte-Catherine
d’Alexandrie, la première
Eglise orthodoxe russe dans la
capitale du catholicisme, et
tiendra une conférence de presse
à l’ambassade de Russie en
Italie le même jour à 17h00.
Les rapports entre le Vatican et
l’Eglise orthodoxe russe sont
mauvais depuis de longues années,
le patriarcat de Moscou accusant
notamment les catholiques de prosélytisme
sur son "territoire
canonique", un reproche que
ces derniers rejettent avec
constance. La persistance de ces
tensions a empêché le pape
Jean-Paul II de se rendre en
Russie comme il en nourrissait le
désir. Benoît XVI s’est engagé
au début de son pontificat à œuvrer
au rapprochement entre toutes les
Eglises chrétiennes. Le
patriarche Alexis II, chef de l’Eglise
orthodoxe russe, lui a récemment
donné crédit pour cet
engagement.
Le
pape invite la France à la
fraternité
Dans un
discours adressé lundi 19 décembre
au nouvel ambassadeur de France près
le Saint-Siège, Benoît XVI
revient sur la crise des banlieues
par
ISABELLE DE GAULMYN, publié dans
la Croix le 19 décembre 2005
Est-ce le
lien particulier qui lie le pape
à notre pays ? Ou son intérêt
manifeste pour les questions de
société ? Toujours est-il que
Benoît XVI a adressé lundi 19 décembre
un message particulièrement fort
à la France. A l’occasion
de la présentation de ses lettres
de créance par le nouvel
ambassadeur près le Saint-Siège,
Bernard Kessedjian, le pape a en
effet écrit un texte qui va bien
au-delà de l’exercice formel de
la diplomatie vaticane. Un
paragraphe - positif -
sur la laïcité, une phrase sur
les relations entre le Saint-Siège
et la nation française, mais
l’essentiel est ailleurs : le
pape, qui connaît bien la France,
revient longuement sur les
violences récentes dans les
banlieues. Une actualité qui lui
tient à cœur, et qui fut
d’ailleurs abondamment commentée
par l’ensemble de la presse
italienne.
"Votre pays vient de vivre
une période difficile sur le plan
social, faisant apparaître la
profonde insatisfaction d’une
partie de la jeunesse", écrit-il.
Pour le pape, le malaise est
profond, et la France doit
apporter une réponse à la
hauteur. Benoît XVI rappelle
ainsi au pays son devoir à
l’encontre des étrangers
accueillis en France, et qui ont
"contribué au développement
de la Nation". Il importe de
leur proposer un "idéal de
société et un idéal
personnel".
Benoît
XVI prend soin de souligner le rôle
de la famille
Ce qui
passe, explique-t-il, par une
meilleure intégration de tous
dans la société. Et le pape de
replacer la France devant ses
propres valeurs, celles d’égalité,
de fraternité. L’objectif,
souligne-t-il encore, est de
parvenir à refonder une "culture
commune, porteuse des valeurs
morales et spirituelles
fondamentales". Benoît XVI
prend soin de souligner le rôle
de la famille, et plus généralement
de l’éducation, dans la
formation de la jeunesse, un thème
qui lui est particulièrement cher
: "Tout cela contribuera
grandement à la cohésion
nationale entre les générations
et à la création d’un tissu
social plus fort." Le pape
semble donc avoir été particulièrement
marqué par les récents événements
dans les banlieues françaises.
Sans doute parce que, au-delà de
la France, c’est toute
l’Europe occidentale qui est
concernée, dans son modèle
d’intégration et d’éducation.
Et que l’enjeu est de taille,
puisque "la paix sociale est
en grande partie à ce prix".
Il attire aussi l’attention des
dirigeants français sur les
questions éthiques et bioéthiques,
qu’il faut envisager "non
pas d’abord du point de vue de
la science, mais de celui de l’être
humain", dit-il : une mise en
garde, alors que le décret
permettant la recherche sur les
embryons humains devrait sortir
dans les prochains jours. Le volet
strictement diplomatique est moins
développé, même si le pape
aborde aussi, dans son discours,
les difficultés des pays émergents,
auxquelles il demande à la France
de rester attentive, notamment en
ce qui concerne les pays
africains.
Une
invitation à une
intervention dans le différend
syro-libanais
L’appel de
Benoît XVI à la France de
relever le défi de l’intégration
trouve un écho dans le discours
qui lui a été remis, dans le
cadre de cette rencontre, par le
nouvel ambassadeur de France près
le Saint-Siège. Bernard
Kessedjian, rappelant en effet
l’invitation de Jean-Paul II, à
Reims, à faire progresser les idéaux
de liberté, d’égalité, de
fraternité, explique combien
celle-ci retentit aujourd’hui,
"au moment où les
manifestations de violence que mon
pays a connues dans la périphérie
de ses villes ont mis à l’épreuve
les principes sur lesquels s’est
construite notre collectivité
nationale depuis près de deux siècles".
Le représentant de l’Etat français
livre ensuite une définition
ouverte de la laïcité, qui,
"loin de cantonner les
convictions spirituelles et
religieuses de chacun dans la sphère
privée, est garante du rôle que
celles-ci sont appelées à jouer
dans le débat public, mais aussi
du respect qui leur est dû, dans
un esprit de dialogue et de tolérance".
Bernard Kessedjian revient enfin
plus longuement sur les
convergences qui peuvent s’établir
entre le Saint-Siège et la France
en matière diplomatique, qu’il
s’agisse de la mise en place
d’une organisation mondiale de
l’environnement, comme de la
promotion de mécanismes innovants
de financement du développement.
De même, concernant la situation
au Moyen-Orient, l’ambassadeur
rappelle combien le Liban, qui
traverse "une période déterminante
de son histoire" a "plus
que jamais besoin de la
sollicitude du Saint-Siège dans
les efforts qui sont les siens
pour préserver son indépendance
et sa souveraineté". Une
invitation à peine voilée à une
intervention plus explicite de
Rome dans l’épreuve de force
qui oppose aujourd’hui la Syrie
au Liban.
"Un
pas supplémentaire pour l’intégration
de tous dans la société"
Un extrait
de la réponse de Benoît XVI au
discours de l’ambassadeur de
France près le Saint-Siège :
"Votre pays a accueilli de
nombreux travailleurs étrangers
et leurs familles, qui ont
largement contribué au développement
de la Nation depuis la fin de la
Seconde Guerre mondiale. Il
importe aujourd’hui de les
remercier, eux et leurs
descendants, de cette richesse économique,
culturelle et sociale à laquelle
ils ont participé. La plupart
d’entre eux sont devenus ainsi
des citoyens français à part
entière. Le défi consiste
aujourd’hui à vivre les valeurs
d’égalité et de fraternité,
qui font partie des valeurs mises
en exergue par la devise de la
France, prenant soin de faire en
sorte que tous les citoyens
puissent réaliser, dans le
respect des différences légitimes,
une véritable culture commune,
porteuse des valeurs morales et
spirituelles fondamentales. Il
importe aussi de proposer aux
jeunes un idéal de société et
un idéal personnel, pour qu’ils
conservent des raisons de vivre et
d’espérer, et qu’ils aient
davantage confiance en un avenir
meilleur leur permettant d’édifier
leur existence, de trouver un
travail pour subvenir à leurs
besoins et à ceux de leur
famille, pour avoir le bien-être
auquel ils ont naturellement
droit. C’est donc en définitive
à faire un pas supplémentaire
pour l’intégration de tous dans
la société que votre pays est
invité, de même que d’autres
nations du Continent, au nom même
de la dignité intrinsèque de
toute personne et de son caractère
central dans la société, que
rappelait le concile œcuménique
Vatican II (Gaudium et spes,
n° 9), comme vous l’évoquiez
vous-même. La paix sociale est en
grande partie à ce prix."
Le premier ministre
libanais et le pape, pour la
dignité religieuse
Fouad Siniora est le premier
responsable musulman reçu par
Benoît XVI depuis les
manifestations autour des
caricatures
par
ISABELLE DE GAULMYN, publié dans
la Croix le 17 février 2006
"In
Gottes namen" - "Au nom
de Dieu"... C'est le titre de
l'ouvrage - en allemand - offert
hier au pape, lors de l'audience
du premier ministre libanais
(sunnite), Fouad Siniora, par son
auteur grec-orthodoxe, le ministre
de la culture libanais, Tarek
Mitri, membre de la délégation,
composée de quatre membres du
gouvernement, tous de communauté
différente : druze, chiite,
maronite, orthodoxe. Un titre révélateur
car de religions, et
d'affrontements religieux, il fut
en effet question hier, dans les
salons du pape. Selon un communiqué
publié après l'audience par la
Salle de presse du Vatican, Benoît
XVI et le premier ministre
libanais ont évoqué "la
situation existant au Liban et au
Moyen-Orient, soulignant leur
devoir commun de travailler pour
éduquer les peuples à la réconciliation
et à la paix". "Nous
avons parlé de l'affaire des
caricatures, et des manifestations
qu'elles ont provoquées, a confié
ensuite Fouad Siniora. Le pape a
rappelé sa condamnation de la
liberté d'expression lorsqu'elle
n'était pas respectueuse de la
liberté des autres, et donc de la
dignité religieuse. Il a expliqué
que c'est le droit de chacun
d'exprimer ses opinions, mais de
manière pacifique. Il a aussi
condamné les actions
violentes."
Benoît XVI
s'est notamment inquiété, selon
le communiqué du Vatican,
"de la situation des chrétiens".
De fait, le 5 février dernier à
Beyrouth, les manifestations
contre les caricatures ont dégénéré
en une série d'exactions
violentes dans le quartier chrétien
de la ville : commerces pillés,
maisons saccagées. Le premier
ministre lui a donc assuré que
son gouvernement réprouvait ces
violences "contraires à la
tradition du Liban", et que
toutes les personnes coupables
avaient été arrêtées, et
seraient condamnées. Fouad
Siniora est le premier responsable
musulman reçu par le pape depuis
les manifestations sur les
caricatures de Mohammed. "Il
est pour nous important de montrer
que nous croyons au dialogue avec
les pays musulmans, et que le pape
veut agir dans ce sens",
confiait un responsable de la Secrétairerie
d'Etat. Pour Fouad Siniora, aussi,
cette audience privée revêtait
une signification capitale. Il
s'agissait aux yeux du peuple
libanais, et notamment de sa
partie chrétienne - très attachée
au Pape -, de s'assurer d'une
stature de dirigeant capable de réaliser
l'unité du pays. Hier soir, cette
visite devait être largement
retransmise à la télévision
libanaise.
Le pape
demande que "les croyants ne
soient pas l'objet de provocations
blessant leurs sentiments
religieux"
paru dans le
Monde du 21 février 2006
Alors que l'affaire des
caricatures de Mahomet continue
d'agiter le monde musulman, le
pape Benoît XVI a estimé, lundi
20 février, qu'il était "nécessaire
et urgent que les religions et
leurs symboles soient respectés".
Le Vatican a attendu l'arrivée du
nouvel ambassadeur marocain auprès
du Saint-Siège, Ali Achour, pour
prendre position.
Même si c'est la première
intervention personnelle du
souverain pontife dans l'affaire
des dessins publiés par la presse
européenne depuis l'automne, Benoît
XVI avait déjà laissé entendre
quelle était la position de l'Eglise
catholique il y a quelques jours.
Le 16 février, à l'issue d'une
audience au Vatican, le premier
ministre libanais, Fouad Siniora,
a indiqué avoir abordé le sujet
avec le pape et affirmé que, pour
celui-ci, "en aucun cas la
liberté d'expression ne devait être
une atteinte aux libertés de
chacun". Le pape aurait
aussi "soutenu l'idée que
c'est le droit de tous d'exprimer
ses sentiments et ses opinions,
mais d'une manière
pacifique".
Rejet des provocations
Dans la droite ligne de sa
discussion avec le chef du
gouvernement libanais, Benoît XVI
a demandé lundi, "que les
croyants ne soient pas l'objet de
provocations blessant leur démarche
et leurs sentiments
religieux" pour "favoriser
la paix et la compréhension entre
les peuples et entre les
hommes". Le pape, qui
s'exprimait en français, a
cependant ajouté que "l'intolérance
et la violence ne pouvaient jamais
se justifier comme des réponses
aux offenses, car ce ne sont pas
des réponses compatibles avec les
principes sacrés de la
religion". Il a également
dénoncé "les actions de
ceux qui profitent délibérément
de l'offense causée aux
sentiments religieux pour fomenter
des actes violents, d'autant plus
que cela se produit à des fins étrangères
à la religion".
Le
pape souhaite un dialogue avec
l'islam dans la réciprocité
publié
par l'AFP le 15 mai 2006
Le pape Benoît
XVI a souligné lundi l'importance
qu'il accorde au dialogue
inter-religieux, tout en souhaitant
que l'Eglise catholique soit payée
de retour dans ses efforts avec
l'islam. Le souverain pontife
recevait les membres du conseil
pontifical pour la pastorale des
migrants et des itinérants réunis
au Vatican pour une assemblée plénière
sur le thème des migrations
"en provenance et à
destination des pays à majorité
islamique". Un phénomène qui,
selon le pape, "mérite une réflexion
spécifique, non seulement en raison
de son importance quantitative, mais
surtout en raison des caractéristiques
aussi bien religieuses que
culturelles de l'identité
musulmane". Benoît XVI a
souligné que "le dialogue
inter-religieux fait partie de
l'engagement" de l'Eglise
catholique "au service de
l'humanité dans le monde
contemporain", particulièrement
pour ceux qui travaillent auprès
"des migrants, des réfugiés
et des diverses catégories de
personnes itinérantes".
"L'importance de la réciprocité
dans le dialogue est toujours mieux
perçue", a ajouté le pape, en
invitant les chrétiens à
"cultiver un style de dialogue
ouvert (...) sans renoncer à présenter
à leurs interlocuteurs la
proposition chrétienne en cohérence
avec leur propre identité".
Il a également
souhaité que "les chrétiens
qui émigrent vers des pays à
majorité musulmane y trouvent
accueil et respect de leur identité
religieuse", allusion notamment
à la situation des immigrés
philippins, chrétiens pour la
plupart, en Arabie Saoudite où la
liberté de culte n'existe pas pour
les non musulmans. Le Saint-Siège
exprime régulièrement ses préoccupations
devant le caractère déséquilibré
du dialogue entre les religions. En
février dernier, Benoît XVI a
manifesté sa volonté de chercher
une autre approche du dialogue avec
l'islam, qui s'est jusqu'à présent
révélé décevant, en décidant
d'intégrer le conseil pontifical
pour le dialogue inter-religieux
dans le conseil pontifical pour la
culture. Il a nommé son ex-président,
l'archevêque britannique Michaël
Fitzgerald, nonce apostolique en
Egypte et délégué auprès de la
Ligue arabe.
Benoît
XVI invité en Israël, le Vatican
pose ses conditions
Le
président Katsav été reçu hier
par le pape
paru
dans l'Orient-le Jour le 18
novembre 2005
Le président israélien
Moshe Katsav a réitéré au pape
Benoît XVI, qui l’a reçu hier
au Vatican, l’invitation faite
par Ariel Sharon à se rendre en
Israël, mais le Vatican insiste
pour finaliser d’abord les
accords sur le statut de l’Eglise
en Israël. Le souverain pontife
et le président israélien se
sont rencontrés pendant 25
minutes dans une ambiance
"cordiale et
chaleureuse", et leur
discussion a été "libre
et ouverte", a déclaré
Moshe Katsav. "Je lui ai
renouvelé l’invitation à se
rendre en Israël et le pape l’a
accueillie favorablement. J’espère
qu’il a déjà une date à
l’esprit. Pour ma part, je
souhaite qu’il vienne l’an
prochain", a-t-il dit. Benoît
XVI a déjà été invité
officiellement en Israël par le
Premier ministre Ariel Sharon le 6
juillet dernier.
Le communiqué du Vatican, publié
à l’issue de l’entretien, ne
fait néanmoins aucune référence
à cette invitation. Il indique en
revanche que les entretiens ont
notamment porté sur "les
rapports qui se sont développés
entre Israël et le Saint-Siège
depuis l’établissement de
relations diplomatiques en
1994". "Une
attention particulière a été
portée à l’exécution des deux
accords déjà souscrits : le
“fundamental agreement”
(accord fondamental) de 1993 et le
“legal personnality agreement”
de 1997" sur le statut
juridique de l’Eglise et de ses
biens en Israël, a précisé le
Vatican. Les négociations entre
les deux Etats sur la mise en œuvre
de ces accords ont été quasiment
au point mort pendant plusieurs
années. Au-delà des éventuelles
exemptions fiscales consenties aux
biens de l’Eglise et de la
reconnaissance de cette dernière
comme personne morale pouvant agir
en justice, ils sont lourds de
conséquences pour le poids de
l’Eglise en Israël, où se
trouvent les plus importants lieux
saints du christianisme. De source
diplomatique, on laissait entendre
que le Vatican insistait pour que
l’accord économique et
financier soit finalisé avant la
visite du pape, alors qu’Israël
a proposé de séparer les deux
questions.
El
Papa denuncia los intentos de
falsificar la verdad cristiana
Benedicto XVI
completa una agotadora jornada en
Polonia, con actos en tres
ciudades
El
País, el 27 de mayo
de 2006
El papa Benedicto XVI completó
ayer, segundo día de su viaje a
Polonia, una dura jornada de
ceremonias y encuentros
religiosos que le llevó de
Varsovia a Czestochowa y de esta
ciudad a Cracovia, que será su
base de operaciones durante el
resto de su estancia en este país.
En la capital polaca, ante unas
300.000 personas, el Pontífice
pidió a los polacos que "cultiven
la rica herencia de la fe"
sin dejarse arrastrar por
quienes hoy, como en el pasado,
"querrían falsificar la
palabra de Cristo y arrancar al
Evangelio las verdades".
El Papa espera que Juan
Pablo II sea elevado a la
santidad "en un futuro próximo"
El Papa Benedicto XVI ha
asegurado hoy en Cracovia que
espera que su antecesor, Juan
Pablo II, sea elevado a la
santidad "en un futuro próximo".
El Pontífice pronunció estas
palabras ante una multitud de
15.000 personas reunidas en el
santuario de Kalwaria
Zebrzydowska, a 13 kilómetros
de la localidad polaca de
Wadowice, durante su visita a la
ciudad en la que Juan Pablo II
ejerció como arzobispo antes de
ser nombrado papa. A su llegada
a Cracovia horas después, cerca
de 300.000 personas se han
congregado en una gran explanada
para escuchar al Pontífice. Uno
de los objetivos básicos de
esta visita de Benedicto XVI a
Polonia ha sido el de recorrer
algunos lugares míticos para su
antecesor. Entre el pueblo
polaco, la causa de la santidad
de Juan Pablo II está muy
extendida y algunos esperaban
que el Sumo Pontífice realizase
el anuncio oficial durante el
viaje. Benedicto XVI, junto al
antiguo secretario de Juan Pablo
II - el cardenal de Cracovia
Stanislaw Dziwisz - ha anunciado
a los congregados en el
santuario que "tanto el
cardenal Stanislaw como yo
tenemos la esperanza de que en
un futuro próximo podamos
disfrutar de la beatificación y
canonización de Juan Pablo II".
Súplica popular
Previamente, Benedicto XVI
visitó Wadowice, donde se unió
a los habitantes que pedían su
santidad. Un gran cartel en el
que podía leerse. “Wadowice
pide la santidad inmediata de
Juan Pablo II el grande” en
italiano y polaco fue colocado
frente a la iglesia en la que
Juan Pablo II fue bautizado.
"Me gustaría detenerme
precisamente aquí, en el lugar
donde su fe comenzó y maduró,
para rezar junto con todos
vosotros por que pronto sea
elevado a la gloria de los
altares", ha indicado
Benedicto a las personas
concentradas en la plaza del
pueblo. La multitud, ataviada
con los colores blancos y
amarillos de la bandera vaticana,
esperaba la llegada de Benedicto
XVI para rezar en la iglesia y
visitar la casa en la que Carol
Wojtyla pasó su infancia acompañado
de Dziwisz. Tras rezar en la
iglesia, Benedicto se dirigió a
una calle cercana a la calle
Koscielna, donde Juan Pablo II
se crió, convertida ahora en un
museo. Allí fue recibido por
las monjas que gestionan el
museo y caminó a través de las
habitaciones en las que
numerosas fotografías
documentan la infancia y
adolescencia de Wojtyla.
Pope set for first Poland
visit
Unlike his predecessor, Pope
Benedict XVI is not a great
traveller
by JAN REPA, BBC, 22 May 2006
Since
his election a year ago, he has been
to southern Italy and to his native
Germany. And that is about it. His
visit to Poland on Thursday opens a
livelier travel schedule - taking in
Spain in July ; a second trip to
Germany in September ; and Turkey in
November. Next year, the Pope is
expected to visit the US, Latin
America and Austria. The Pope - who
already speaks fluent French,
English, Italian, Spanish and Latin
- is said to be taking intensive
lessons in Polish. Church officials
say there is no risk that he will
not be understood by the two million
or so people expected to attend the
two public masses. The most
sensitive part of the Pope's tour is
likely to be the visit to the Nazi
German extermination camp at
Auschwitz on 28 May. Some Jewish
groups have objected to his
intention to pray in German at the
place where around a million Jews
were murdered as part of Nazi
Germany's policy of genocide.
Polish
faithful
However,
Vatican officials have pointed to
the symbolism of addressing God in
the language once associated with
death and terror. As for the Poles,
most appear unconcerned that John
Paul II's successor is a German. The
motto of the visit is "Abide in
Faith". With the possible
exception of tiny Malta, Poland is
still the most overtly Catholic
country in Europe. However, since
the fall of Communism 17 years ago,
the Church in Poland has not always
found it easy to adjust to life in a
pluralist democracy. Last month, the
Vatican reminded the Polish Church
to steer clear of party politics and
told the bishops to tighten their
supervision of a controversial
right-wing "Catholic"
radio station. John Paul II once
described the future Pope Benedict
XVI as his "tried and tested
friend". For many years,
Benedict XVI - or Cardinal Joseph
Ratzinger, as he then was - was the
head of the Vatican department
dealing with religious doctrine, and
its application throughout the
Catholic Church. The general
assumption was that Benedict XVI
would continue John Paul II's
position of opposing any
modification of the Church's
teaching in areas like sexuality and
his insistence on maintaining, and
even reinforcing, the Church's
centralised system of authority.
Russian
thaw
Pope
Benedict XVI never ceases to
acknowledge his debt to his
predecessor. However, there are
signs that a subtle shift may be
under way in some areas. He says he
wants "honest and open
dialogue". Last August, he
agreed to meet the leader of a
breakaway traditionalist church,
established by the late Archbishop
Marcel Lefebvre, who was
excommunicated by John Paul II.
There has been a slight thaw in
relations with the Russian Orthodox
Church - whose leaders refused even
to meet John Paul II - marked by the
visit to the Vatican of Metropolitan
Kirill, the Moscow Patriarchate's
head of external relations. And
while continuing his predecessor's
gestures of respect towards Islam,
Benedict XVI has also declared that
genuine dialogue requires a degree
of reciprocity - and that Christians
should be accorded the same rights
in Muslim countries as Muslims
currently enjoy in traditionally
Christian countries.
Le
long chemin des Papes modernes
Les
Papes, libérés de toute
responsabilité politique directe,
vont acquérir progressivement un
plus grand magistère moral et,
ainsi, une nouvelle forme
d’autorité. Retour sur les
pontificats de Pie IX à Jean-Paul
II
par YVES
PITETTE, publié dans la Croix le
8 avril 2005
Mille sept cent
quatre-vingt-dix-neuf : Pie VI
meurt d’épuisement à Valence,
prisonnier des troupes révolutionnaires
françaises. 1903 : en plein
conclave, l’archevêque de
Varsovie oppose le veto de
l’empereur d’Autriche à une
élection du cardinal Rampolla, en
tête après le second tour de
scrutin. Aujourd’hui, les
cardinaux de l’Eglise catholique
se réunissent pour élire le
successeur de Jean-Paul II à
l’abri de toute pression
politique extérieure. Trois
tournants de siècle suivant trois
pontificats parmi les plus longs
de l’histoire, trois symboles de
l’évolution du statut d’une
papauté dans un monde dont elle
fut un acteur politique majeur,
avant d’ouvrir avec lui un
nouveau dialogue.
Une indépendance
progressive
Depuis Constantin,
les papes ont affirmé
progressivement leur autorité sur
le monde chrétien, y compris,
jusqu’à la fin du Moyen Age,
sur les princes. Les démêlés
des papes avec les rois de France
et les empereurs d’Allemagne
illustrent une époque agitée qui
s’achève à la Renaissance,
avec l’apparition des
Etats-nations. Le traité de
Westphalie de 1648 scelle la fin
de la papauté politique. Mais
dans une Italie divisée et
soumise aux influences étrangères,
les papes conservent des Etats
pontificaux constitués au VIIe siècle
avec l’appui de Pépin le Bref,
père de Charlemagne. Au plus haut
de la puissance papale, Innocent
III (1198-1216) règne sur un
territoire composé grosso modo
des actuelles provinces italiennes
du Latium, des Abruzzes, des
Marches et d’une bonne part de
l’Emilie-Romagne. Cet ensemble
connaîtra peu de changements
durables jusqu’à l’unité
italienne. Lorsque les troupes piémontaises
pénètrent dans Rome le 20
septembre 1870, Pie IX se réfugie
à l’abri de la muraille léonine
qui ceint le Vatican. La papauté
a perdu tout pouvoir temporel.
Libérés de toute responsabilité
politique directe, les papes vont
acquérir progressivement en échange
une sorte de magistère moral et,
ainsi, une nouvelle forme
d’autorité. Dans un contexte
d’universalisation rapide de
l’Eglise et des relations
internationales, ils vont, outre
les affaires de l’Eglise,
s’affirmer sur trois grands
sujets : la question sociale,
celle de la guerre et de la paix,
puis, plus récemment, l’éthique
de la vie. Pie IX se situe à la
charnière de deux mondes. A
l’intérieur, l’Eglise s’est
renforcée ; elle est même en
pleine renaissance, comme le
montrent les nombreux instituts
religieux qui se créent. Il est
aussi le Pape qui aura créé le
plus de nouveaux diocèses. Sur le
plan doctrinal, la proclamation du
dogme de l’Immaculée
Conception, la réunion du concile
Vatican I, même si sa clôture précoce
pour cause de guerre de 1870 déséquilibre
sans doute ses décisions dominées
par l’infaillibilité
pontificale, témoignent là aussi
d’un vrai dynamisme. Mais à
l’extérieur, l’Eglise a de
nouveaux adversaires déterminés,
Kulturkampf en Allemagne, laïcisme
en France, maçonnerie en Amérique
centrale… Elle est surtout mal
à l’aise avec la modernité.
L’Eglise est forte, mais ne peut
plus compter que sur elle-même.
Léon
XIII et la question ouvrière
Elu en 1878, Léon
XIII va relever ce défi de
l’ouverture à ce monde moderne
que caractérisent un progrès
scientifique souvent idéalisé en
rival de la religion, et un développement
économique rapide, au prix de
lourdes injustices sociales. Les
catholiques, en France mais aussi
en Belgique, en Allemagne ou aux
Etats-Unis, ont investi depuis
longtemps ce terrain. Mais ils
sont restés le plus souvent au
stade caritatif. L’encyclique Rerum
novarum sur la condition ouvrière
(1891) va changer la donne de la
question sociale pour l’Eglise.
Léon XIII, par exemple, y insère
au dernier moment la
reconnaissance des associations
ouvrières quand n’étaient
encore acceptées que les
associations mixtes d’ouvriers
et de patrons. Plus largement, la
seule encyclique que l’on célèbre
régulièrement (avec notamment Quadragesimo
anno, 1931, Mater et
Magistra, 1961, Centesimus
annus, 1991) est à la base de
la doctrine sociale de l’Eglise,
que les papes suivants vont développer
et adapter constamment. Elle joue
un rôle libérateur, écartant
les structures sociales chrétiennes
du passé et permet aux chrétiens
sociaux de collaborer avec les
autres forces sociales.
Pie XI élargira la voie ouverte
par Rerum novarum en faisant de la
"justice sociale", le
principe directeur de l’activité
économique et politique, le
fondant sur la valeur intangible
de la personne humaine, refusant
ainsi les idéologies totalitaires
qui sacrifient l’individu au présumé
bonheur collectif. Nouveaux temps,
nouvelles préoccupations,
l’encyclique Populorum
progressio de Paul VI complète
le panorama en intégrant la
question du développement des
anciennes colonies devenues indépendantes
au début des années 1960.
Vatican II
reconnaît la liberté de
conscience et la liberté
religieuse
Léon XIII aborde
aussi un autre aspect de
l’ouverture au monde
contemporain que ses successeurs,
notamment Pie XI, vont développer
: le rapport des catholiques à la
politique et leur engagement dans
la vie sociale. En France, son
appel au ralliement des
catholiques à la République en
1890 sera certes un échec, et
l’encyclique Graves de
communi (1901) celui de la
première forme de démocratie chrétienne.
Mais Léon XIII a compris que la
christianisation de la société
ne se fera pas sans les laïcs. Le
catholicisme social va dès lors
se développer dans la première
moitié du XXe siècle, qui voit
fleurir l’Action catholique dans
toute l’Europe. Pie XI encourage
le syndicalisme chrétien et Pie
XII, précisant par exemple dans
son radio-message de Noël 1944
les conditions de la démocratie,
ouvre la voie à l’explosion de
la participation catholique dans
la vie politique européenne de
l’après-guerre. Cet
enseignement, renforcé par
Vatican II qui intègre les droits
de l’homme, dont la liberté de
conscience et la liberté
religieuse, ne cessera plus
jusqu’à Jean-Paul II qui, à
plusieurs reprises, incitera des
catholiques que tente un retour
vers la seule vie spirituelle à
prendre leurs responsabilités
dans la vie sociale.
Deuxième grand axe
sur lequel la papauté moderne a déployé
son action, la guerre et la paix.
Ce thème est de nouveau très présent
dans l’enseignement pontifical
après les hécatombes des guerres
napoléoniennes. Pie IX "ne
peut que prêcher la paix" (Cum
sancta mater, 1859) peu avant
la bataille de Solférino qui
incitera Dunant à créer la
Croix-Rouge. Après lui, la
diplomatie pontificale, qui n’a
plus à défendre que les intérêts
moraux et religieux de l’Eglise
et des catholiques, va largement
se consacrer à la promotion de la
paix. Le traité du Latran (1929),
qui donne enfin un statut au
Vatican, va lui faciliter le
travail. Mais c’est un dur
combat. Les efforts de Benoît XV
pour stopper le conflit mondial
ont échoué en août 1917. Après
les deux encycliques de Pie XI de
mars 1937, Mit brennender Sorge
condamnant le national-socialisme,
et Divini redemptoris le
communisme, l’appel de Pie XII
en août 1939, "Rien n’est
perdu avec la paix. Tout peut l’être
avec la guerre" ne sera pas
plus entendu. Mais l’autorité
morale des papes grandit et le
Saint-Siège, écarté en 1919 de
la SDN (Société des Nations),
trouvera peu à peu une place
originale à l’ONU.
La suite confirme ce magistère
moral naissant : Pacem in
terris (1963), de Jean XXIII,
retentit en pleine guerre froide,
et Paul VI se rend à l’ONU en
1965 pour y crier le célèbre
"Plus jamais la guerre
!" Plus que jamais les papes
font le choix de la diplomatie et
des organisations internationales.
Jean-Paul II ferme la porte à la
guerre qui "est toujours une
défaite de l’humanité" et
"n’est jamais un moyen
comme un autre que l’on peut
choisir d’utiliser pour régler
des différends entre
nations" (Vœux au corps
diplomatique, 2003). Le Saint-Siège,
structure institutionnelle du
gouvernement de l’Eglise
catholique, a conservé les
relations avec les Etats
qu’entretenait le Pape souverain
temporel. Pie XII fut l’archétype
de ces diplomates pontificaux,
prudents - on lui reproche de
l’avoir trop été face à la
politique nazie d’extermination
des juifs - et souvent bien
informés. Plus tard, le Saint-Siège
a aussi joué un rôle actif dans
l’affirmation des droits de
l’homme et de la liberté
religieuse en Europe à la conférence
d’Helsinki (1975) et,
indirectement, dans la fin du
communisme.
Un intérêt
croissant porté à l'éthique de
la vie
Le progrès
scientifique et les nouveaux
comportements sociaux conduisent
les papes à se prononcer plus
directement sur l’éthique de la
vie. Pie XI publie en 1930
l’encyclique Casti connubii,
qui rejette fermement l’idée de
contraception, ce que Pie XII
confirme en 1951. Vatican II
donnera une définition plus
ouverte du mariage que la seule
fin de procréation (Gaudium et
spes), mais alors que le débat
ne cesse de se développer dans la
société, familles chrétiennes y
compris, l’encyclique de Paul VI
Humanae vitae (1968) fait
l’effet d’une douche froide.
Les progrès de la médecine, de
la biologie et de la génétique
posent bientôt la question générale
de l’éthique de la vie. Les
papes restent totalement opposés
à l’avortement, mais de
nouveaux débats apparaissent, par
exemple autour de la fécondation
in vitro, et donc du statut de
l’embryon dans les nouvelles
pratiques de la génétique. Se précise
aussi le défi des premières légalisations
de l’euthanasie. Parmi de
nombreux autres textes de
Jean-Paul II, les encycliques Veritatis
splendor (1993) et Evangelium
vitae (1995) définissent avec
clarté et ampleur l’engagement
du Pape pour la défense et la
promotion de la vie.
Le
pape fustige "le
relativisme"
Le
pape Benoît XVI a appelé vendredi
26 mai les catholiques polonais à résister
"à la tentation du
relativisme" à l'occasion de
la première messe de son voyage
dans le pays natal de Jean-Paul II célébrée
à Varsovie
paru
dans la Croix le 26 mai 2006
Sous
une pluie battante, près de 300.000
fidèles se sont rassemblés
vendredi 26 mai au matin sur la
place Jozef Pilsudski à Varsovie
pour assister à la première grande
messe du pape Benoît XVI, en voyage
en Pologne pour quatre jours. Revêtu
d'une chasuble pourpre, le pape est
arrivé à 9 h à bord de sa
papamobile. Il a fait le tour de la
place avant de se rendre à pied,
abrité sous un parapluie, sur un
gigantesque autel de métal surmonté
d'une grande croix de 25 mètres de
haut. L'office, concélébré par
120 prêtres et évêques et
retransmis en direct par plusieurs
chaînes de télévision, a commencé
à 9 h 30. Il était visible sur
plusieurs écrans géants, disposés
aux abords de la place.
"Avec
vous, je désire élever un chant
de gratitude à la
Providence"
Dans
son message d'accueil au début de
l'office, le cardinal-primat de
Pologne Jozef Glemp a estimé que le
monde moderne avait "trois
ponts spirituels qui demandent un
bon travail de rénovation",
ceux "entre la terre et le
ciel, entre le présent et le futur,
entre l'homme et l'homme".
"Tout ceci demande à être réparé
partout dans le monde et nous
voulons contribuer à cette réparation",
a-t-il dit. Puis, dans son homélie, le
pape a fustigé ceux qui,
"comme cela est déjà survenu
dans les siècles passés,
voudraient falsifier la parole du
Christ et retirer ses vérités à
l'Evangile". "Selon ces
gens, cette vérité est trop
incommode pour l'homme
moderne", a jugé Benoît XVI.
"On cherche à créer
l'impression que tout est relatif,
et que même les vérités de foi dépendraient
de la situation historique et de l'évaluation
humaine".
Il a réitéré son appel, maintes
fois répété depuis le début de
son pontificat, à "ne pas céder
à la tentation du relativisme et de
l'interprétation subjective et sélective
des écritures sacrées". Le
pape allemand a ouvert son homélie
par la même phrase que son prédécesseur
avait prononcée 27 ans auparavant
sur la même place Pilsudski, au
centre de Varsovie, lors de son
premier retour dans la Pologne
communiste. "Avec vous, je désire
élever un chant de gratitude à la
Providence, qui me permet d'être
aujourd'hui avec vous comme pèlerin",
a déclaré Benoît XVI en polonais
comme l'avait fait Jean Paul II en
1979. Il a prononcé le reste de son
homélie en italien, tandis qu'un prélat
le traduisait en polonais pour la
foule.
"N'ayez
pas peur", avait dit
Jean-Paul II sur la même place
Le
pape a rappelé les bouleversements
politiques survenus en Pologne et
dans le monde sous le pontificat du
pape polonais. "Comment ne pas
remercier Dieu" pour "la
liberté et le sens de la dignité
retrouvée par les gens dans de
nombreux pays", a-t-il dit, en
faisant allusion à l'effondrement
du système soviétique en Europe
centrale fin 1989. Le souverain
pontife a demandé aux Polonais,
catholiques à 90%, de "rester
fidèles à la parole du Christ, même
quand elle est exigeante et
humainement difficile à
comprendre". Dans la foule, les
fidèles polonais n'ont pas oublié Jean-Paul
II, mort il y a un peu plus
d'un an, mais ils ont accueilli
chaleureusement leur nouveau pape
qui émaille la messe de nombreuses
phrases dans un excellent polonais.
C'est sur la même place de Varsovie
que le prédécesseur polonais de
Benoît XVI avait célébré en 1979
sa grand-messe au cours de son
premier voyage en Pologne. C'est
alors qu'il avait lancé devant une
foule innombrable le fervent appel :
"Que le Saint esprit descende
et renouvelle la face de la terre,
de cette terre", puis
"N'ayez pas peur", interprété
alors par ses compatriotes comme un
encouragement à résister au régime
communiste.
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