Portrait-robot
de la femme kamikaze
Qui
est-elle et pourquoi le
fait-elle?
par
GUY TAILLEFER, publié
dans le Devoir le 25
novembre 2005
Pour
venger trois de ses frères tués
par les troupes américaines dans
les combats qui ont rasé la ville
irakienne de Fallouja en 2004,
Sajida Moubarak Atrous al-Rishaoui
avait fait le voyage depuis l'Irak
avec son mari et deux autres hommes
avec l'intention de se faire sauter
dans un hôtel d'Amman. Ils ont réussi,
elle a échoué. Appréhendée
quelques jours après l'attentat qui
a fait une soixantaine de morts il y
a deux semaines en Jordanie, elle a
témoigné dans une vidéo :
"Dans la salle du Radisson où
se tenait une réception de mariage,
il y avait des femmes et des
enfants. Mon mari a fait exploser sa
bombe et j'ai essayé de faire
exploser ma ceinture, mais ça n'a
pas marché. Les gens se sont mis à
courir et j'ai couru avec eux."
La vidéo-confession et la
photo de cette femme ceinturée
d'explosifs font le tour du
monde. Avec effet de terreur
garanti. Dans les opinions
occidentales, on éprouve
stupéfaction et incrédulité
à l'idée qu'une femme
fasse comme les hommes et se
porte volontaire pour un
geste aussi désespéré
qu'un attentat suicide.
"C'est mal comprendre
les motivations politiques
des kamikazes et la stratégie
terroriste", affirme
Robert Pape, politologue à
l'université de Chicago et
auteur d'un récent essai
intitulé Dying to Win :
The Strategic Logic of
Suicide Terrorism. Ces
motivations, dit-il, procèdent
d'une "colère
profonde" devant la présence
de forces d'occupation et
sont fondées sur la
conviction, acquise au Liban
au début des années 80,
que "tuer le plus grand
nombre de personnes
possible" parviendra à
les chasser.
Agée
de 35 ans, Sajida Moubarak,
soeur de l'ancien bras droit
du chef d'al-Qaïda en Irak,
Abou Moussad al-Zarqaoui,
n'a pas réagi autrement. Là
où les gens veulent voir
des fous furieux fanatisés
par la religion, dit
l'expert, il y a en fait des
hommes et des femmes, plus
instruits que la moyenne,
qui obéissent avec
sang-froid à de profondes
raisons politiques.
"Dans plus de 95 %
des cas, les attentats
suicide s'explique non par
le religieux mais par
l'opposition aux forces
militaires étrangères."
Cette logique, jouxtée aux
affrontements sectaires,
continue de jouer en Irak,
estime M. Pape.
La
participation des femmes à
des attentats suicide n'en
est pas moins l'exception.
M. Pape a étudié 462
attentats suicide commis
dans le monde au cours des
25 dernières années et
responsables de centaines,
sinon de milliers de morts,
au Liban, en Tchétchénie,
au Sri Lanka, en Israël...
Dans plus de la moitié des
cas, l'auteur de l'attentat
était laïque. Les Tigres
tamouls, organisation
marxiste sri-lankaise, est
l'organisation à avoir le
plus souvent utilisé cette
tactique. De ces 462
attentats, 48 ont été réalisés
par des femmes, souvent âgées
de moins de 25 ans.
Le
Liban a joué un rôle
fondateur dans l'usage stratégique
du "martyr". En
octobre 1983, un kamikaze du
Hezbollah [ NDLR le
Hezbollah a été
officiellement créé en février
1985 ] tue 241 marines
américains. Deux mois plus
tard, le président Ronald
Reagan retire les troupes américaines
du pays. Ce succès contre
un faucon d'entre les
faucons convainc la résistance
musulmane de la rentabilité
politique de l'attentat
suicide. Octobre 1983
demeure encore aujourd'hui
une référence importante
pour le Hamas et al-Qaïda.
C'est
aussi au Liban que le phénomène
des femmes kamikazes apparaît
pour la première fois. Le 9
avril 1985, une jeune femme,
Sana Mheidleh, fait exploser
sa voiture piégée près
d'un convoi militaire israélien,
à Bater (Chouf, près de
Jezzine) faisant deux morts
parmi les soldats. Au total,
41 attentats suicide ont été
commis de 1982 à 1986 au
Liban contre les forces américaines,
françaises et israéliennes,
a compilé M. Pape. Les huit
premiers ont été le fait
d'islamistes purs et durs,
les 33 autres, celui de
communistes et de
socialistes. De ces 33
attentats suicide, six ont
été menés par des femmes.
[
NDLR
Sana Mheidleh était une
adolescente de 16 ans de
confession chiite affiliée
au Parti syrien national
social. D'autres Libanaises
ont par la suite également
donné leur vie pour libérer
le Liban en lançant des
attaques suicide contre
l'occupant israélien, comme
: Ibtissam Kharib, 28 ans,
le 9 juillet 1985 à
Ras-el-Bayada (Tyr) ; Miriam
Kheireddine, 18 ans, le 11
septembre 1985, à Hasbaya ; Hamida
al-Taher, 17 ans, le 26
novembre 1985, à Kfar
Falous (Jezzine). ]
Après
Sana Mheidleh, une femme,
membre du PKK (Parti des
travailleurs kurdes), se
fera exploser pour la première
fois en Turquie, tuant six
soldats turcs. En juin 2000
en Tchétchénie, Hawa
Barayev entre, à bord d'une
voiture piégée, dans un
camp militaire russe et fait
27 morts. Le 27 janvier
2002, Wafa Idriss, 28 ans,
devient la première
Palestinienne à commettre
un attentat suicide :
elle tue un homme et blesse
90 personnes en se faisant
exploser rue Jaffa, une artère
commerciale de Jérusalem.
Réticences
sociales et religieuses
Plus
une campagne d'attentats
suicide a tendance à durer,
a constaté M. Pape, plus il
devient plausible que des
femmes s'y joignent. La
femme représente un
avantage tactique évident
pour les organisations qui
les recrutent : on ne
soupçonnera pas qu'une
femme apparemment enceinte
soit sur le point de se
faire exploser. Il reste que
les femmes ont tendance à
se rendre tardivement à
pareille extrémité
dhijadiste, à se faire
shahidas (martyres), et
elles ne le font jamais
qu'en petit nombre. Cela
s'explique en partie,
avancent certains, par le rôle
des femmes dans les sociétés
musulmanes et les réticences
sociales et religieuses à
les voir occuper l'espace
public. Du reste, le martyr
reste l'objet d'un débat
intense au sein de l'islam
qui, comme les autres
religions, interdit le
suicide.
Le
Hamas, l'organisation
islamiste palestinienne, a
refusé au départ
d'approuver l' "acte de
djihad féminin" et
continue d'y être réticent.
En partie parce que ces
femmes représentent
"une menace à l'ordre
patriarcal", avance
Linda Clarke, professeur d'études
religieuses à l'université
Concordia. Avant de mourir,
la Palestinienne Wafa Idriss
aurait d'ailleurs déclaré
que "permettre à une
femme d'accéder au martyre
constitue une étape décisive
vers l'égalité des sexes
dans le monde arabe".
Pour
les organisations
religieuses, les femmes sont
une arme de dernier recours
du djihad, au même titre
que les vieillards et les
enfants. Le Hamas aurait
modifié sa position après
avoir pris conscience de la
popularité acquise par les
femmes recrutées par
l'organisation rivale des
Brigades al-Aqsa, groupe
terroriste laïque rattaché
au Fatah. Plus tard, le maître
à penser du Hamas, cheikh
Amhed Yassine, assassiné
l'année dernière, a édicté
une fatwa à l'intention des
femmes, affirmant que celles
qui "commettent un
attentat suicide et tuent
des juifs sont récompensées
au paradis en devenant plus
belles que les 72 vierges
promises aux hommes
martyrs".
Car
popularité il y a. Wafa
Idriss, prête à
"mourir pour
tuer", est aujourd'hui
considérée comme une héroïne
à Gaza et en Cisjordanie.
Le sacrifice d'une femme est
un puissant instrument de
propagande utilisé ad
nauseam par les
organisations commanditaires
et aurait donné, vont
jusqu'à dire certains, une
nouvelle respectabilité à
l'attentat suicide dans la
société palestinienne.
"Le fait que des femmes
se fassent exploser est perçu
comme le signe d'une détermination
hors du commun",
signale Linda Clarke.
"Aussi, une femme qui
se fait kamikaze ajoute à
l'efficacité de la
terreur." Difficile
pourtant de lier à un
facteur unique ce qui pousse
une femme - ou un homme - à
vouloir commettre un
attentat suicide.
L'explication tient à une
toile complexe de motifs
sociaux, psychologiques et
politiques.
Une
autre thèse veut que les
femmes soient dans leur
grande majorité des
candidates non pas
volontaires mais forcées au
suicide, victimes des
traditions. Elles se sont
rendues coupables de crimes
d'honneur, essentiellement
l'adultère, et doivent
payer pour laver leur réputation
et celle de la famille. La
vie personnelle de Wafa
Idriss - poussée au divorce
parce qu'elle ne pouvait pas
avoir d'enfant - a nourri
cette thèse auprès
d'observateurs comme Barbara
Victor, ancienne journaliste
de CBS, qui a écrit Shahidas,
les femmes kamikazes de
Palestine. Pour Mme
Victor, une "culture de
mort" ronge la société
palestinienne et lave les
cerveaux. Ses recherches
l'ont menée à constater
que "toutes [les femmes
qui ont commis des suicides
terroristes] avaient traversé
des tragédies personnelles
si graves que leurs
conditions de vie étaient
devenues intenables au sein
de leur propre culture et de
leur propre société".
Linda
Clarke n'approuve guère ces
conclusions, estimant qu'on
"exagère l'oppression
des femmes dans les sociétés
musulmanes". Elle
pense, comme M. Pape, que
l'attentat suicide est
d'abord un geste politique,
"même enveloppé dans
un discours religieux".
Jointe récemment par
courriel, Amneh Badran,
ancienne directrice du
Centre des femmes de Jérusalem,
à Jérusalem-Est, constate
à son tour :
"Dans le contexte du
conflit israélo-palestinien,
le degré d'injustice et
d'humiliation et l'absence
d'espoir écrasent tout le
monde, hommes et femmes. La
solution prend alors la
forme d'actes de désespoir."
Elle ajoute : "La
plupart des Palestiniens
sont devenus prisonniers de
leur minuscule territoire.
Il n'est pas surprenant que,
dans une telle situation,
les points de vue
absolutistes aient
prise."
May
Chidicac "a le
moral", sa santé s'est
améliorée
Premiers
visiteurs de la journaliste
à l’unité des soins
intensifs
paru
dans l'Orient-le Jour le 3
octobre 2005
La
santé de la journaliste de
la LBCI May Chidiac, grièvement
blessée lors du terrible
attentat à l’explosif qui
a détruit sa voiture il y a
une semaine à Ghadir, était
en nette amélioration hier.
Mme Chidiac n’est plus
intubée et peut respirer
librement. Elle est dorénavant
capable de converser avec sa
famille et ses visiteurs,
dont l’un des premiers a
été, hier, le ministre
Marwan Hamadé, qui avait
lui-même échappé par
miracle à un attentat à la
voiture piégée, il y a un
an, jour pour jour. M. Hamadé
est entré à l’unité des
soins intensifs de l’Hôtel-Dieu
de France, où se trouve la
journaliste depuis une
semaine, en compagnie de sa
famille et du PDG de la LBCI,
Pierre Daher. Selon M. Daher,
l’entretien entre les deux
miraculés, qu’il a
qualifié d’ "émouvant",
a porté sur ce qu’ils ont
éprouvé durant
l’explosion, sur la manière
dont ils se sont comportés
dans les premiers instants
qui ont suivi la déflagration,
et sur la force qui leur est
venue à ce moment-là pour
les pousser hors de la
voiture. Il a également précisé
que May se souvenait de tout
et surtout du fait qu’elle
avait tout de suite compris
que sa jambe et son bras
avaient été gravement
touchés, qu’elle trouvait
toujours la force de sourire
et de remercier Dieu de
l’avoir sauvée, et
qu’elle avait le moral.
Filature
M. Daher avait également précisé
que l’enquête sur la
tentative d’assassinat de
May Chidiac avait été "plus
loin que les autres enquêtes",
et que, selon les rapports
des enquêteurs, la
journaliste avait été filée
durant les deux semaines qui
avaient précédé
l’attentat. May Chidiac
devrait subir une troisième
opération aujourd’hui, en
attendant que les médecins
décident du moment où elle
pourrait quitter l’unité
des soins intensifs et intégrer
une chambre d’hôpital.
Par ailleurs, le salon de
l’Hôtel-Dieu, pour la
septième journée consécutive
après le crime, n’a pas désempli
: des personnalités
politiques et sociales sont
venues prendre des nouvelles
de la journaliste. Jeffrey
Feltman, ambassadeur des
Etats-Unis, s’est pour sa
part rendu à l’hôpital
samedi, pour la troisième
fois depuis l’attentat.
L’émoi qu’a causé
l’attentat de ce funeste
dimanche 25 septembre était
loin de s’être dissipé
hier. Des rassemblements et
des messes ont été célébrées
dans les différentes régions
libanaises en signe de
solidarité avec May Chidiac,
notamment à la cathédrale
Notre-Dame du Liban, à
Harissa, en présence des
parents, amis et collègues
de la victime. A
signaler l’initiative de
la paroisse de Ghadir, où a
eu lieu le crime, de
rassembler les habitants de
la région à l’endroit même
de l’explosion. Ceux-ci
ont allumé des bougies et
levé des prières à
l’intention de May Chidiac.
Le
prix de la Libre Expression
de l’UPF décerné à May
Chidiac
paru
dans l'Orient-le Jour le 9
novembre 2005
Le
prix de la Libre Expression
2005 de l’Union
internationale de la presse
francophone (UPF) a été décerné
à May Chidiac. Le comité
international de l’UPF, réuni
à Lomé pour les 37e
assises de la presse
francophone, a estimé que
la présentatrice-vedette de
la chaîne LBCI a été visée
à cause de ses "analyses
courageuses" et ses "commentaires
sans détour" sur la présence
syrienne au Liban. Le prix
de la Libre Expression,
accordé par l’UPF avec le
concours de l’agence
internationale de la
francophonie, de TV5 et de
RFI, avait été créé en
1991 pour récompenser un
journaliste francophone, un
directeur de publication, de
radio ou de télévision qui
se serait "distingué
pour avoir, dans un
environnement difficile,
maintenu, contre vents et
marées, l’indépendance
de sa ou de ses
publications, de ses émissions
de radio ou de télévision,
malgré les pressions et les
atteintes à ses
installations ou à sa
personne". De son côté,
l’avocat de Mme Chidiac,
Me Naoum Farah, a porté
plainte hier au nom de sa
cliente devant Me Adnane
Belbol, juge d’instruction
près la Cour de justice,
dans l’affaire de la
tentative d’assassinat du
25 septembre dernier, à
Jounieh, qui avait visé May
Chidiac.
Première
apparition publique de May
Chidiac après la tentative
d'assassinat
publié
par l'AFP le 23 novembre
2005
La
journaliste libanaise May
Chidiac, dans sa première
apparition publique depuis
une tentative d'assassinat
qui l'a mutilée il y a deux
mois, a affirmé mercredi
qu'elle était déterminée
à reprendre son travail.
"Ils ont cru que je ne
travaillerai plus mais je
reviendrai après une opération
pour me fixer une main et
une jambe
artificielles", a déclaré
sur un ton confiant et posé
Mme Chidiac, 40 ans, apparue
en soirée sur la chaîne de
télévision privée LBC qui
l'emploie. Connue pour ses
positions hostiles à
l'ancienne tutelle syrienne
du Liban, May Chidiac, présentée
par la presse libanaise
comme "martyre vivante
de la liberté
d'expression", a été
grièvement blessée le 25
septembre au nord de
Beyrouth dans l'explosion
d'une bombe placée sous sa
voiture. Elle a été amputée
d'une jambe et d'une main et
a subi une vingtaine d'opérations
après cet attentat, condamné
par la communauté
internationale.
La journaliste vedette à la
LBC a remercié tous ceux
qui l'ont soutenue et exprimé
leur sympathie après le
drame. "Je ne peux que
vous donner mon sourire et
la parole honnête".
"C'est le prix que j'ai
dû payer pour avoir donner
tant à ce pays",
a-t-elle dit. Le 8 novembre,
les 37èmes assises de la
presse francophone ont
attribué le "prix de
la libre expression
2005" à May Chidiac,
honorée pour "ses
analyses courageuses et ses
commentaires sans détours
sur le rôle néfaste de la
présence syrienne au
Liban". Le Liban a été
ensanglanté entre octobre
2004 et septembre 2005 par
14 attentats dont le plus
spectaculaire a été
l'assassinat de l'ex-Premier
ministre Rafic Hariri. Leurs
auteurs n'ont pas été arrêtés.
May Chidiac est le deuxième
professionnel des médias à
être visé par un attentat
à la bombe après le
journaliste et opposant de
gauche anti-syrien, Samir
Kassir, tué dans
l'explosion le 2 juin à
Beyrouth d'une bombe placée
sous sa voiture.
Salut
les filles !
Une exposition
montre la représentation de
la jeune demoiselle de 1860
à nos jours
par
CLAIRANDREE CAUCHY, publié
dans le Devoir le 25
novembre 2005
Salut les
filles ! La jeune fille
en images débute par des
peintures et des gravures
sur l'allégorie de la jeune
fille. a la fin du XIXe
siècle, le dominion du
Canada était fréquemment
représenté par une mère
entourée de ses dix filles,
soit autant de provinces en
plein épanouissement mais
qui nécessitaient aussi une
protection de la mère-patrie.
Une iconographie guère prisée
des politiciens, qui ont
refusé d'accrocher un de
ces tableaux dans le hall du
Palais législatif. C'est à
la section appelée
"Lieux et Espaces"
que les stéréotypes de l'époque
sont les plus flagrants. La
plupart des tableaux présentent
la jeune fille, calme et
studieuse, dans la chaleur
du foyer familial. On y
illustre "la fille
intelligente de la
bourgeoisie, qui doit lire,
rester tranquille, être
artistique et
intellectuelle, mais pas
trop", explique la
conservatrice invitée pour
l'exposition, Loren Lerner,
du département d'histoire
de l'art de l'université
Concordia.
Plusieurs
images montrent la fille en
compagnie de sa mère, qui
fait son éducation.
Lorsqu'on retrouve frères
et soeurs sur une même
image, les garçons sont
toujours montrés en train
de jouer, plus actifs, alors
que les jeunes filles sont
très attentives, agréables.
Les époques changent mais
la représentation des stéréotypes
n'évolue pas tant que cela.
La vertu, voire la virginité
des jeunes filles est aussi
fréquemment illustrée par
un paysage champêtre ou un
jardin. Il est cependant
rare de trouver des images
de jeunes filles en action
dans la vie quotidienne.
Outre les valeurs de l'époque,
cette idéalisation n'est
probablement pas étrangère
au fort taux de mortalité
infantile, note Mme Lerner.
Elle
avoue avoir longtemps cherché
un tableau présentant les
écolières. "A
mon avis, c'est un sujet
public. A cette époque-là,
on ne voit pas ou on ne représente
pas les filles dans les
espaces publics. C'est plutôt
l'esprit victorien qui garde
les filles à la
maison", explique le
professeur d'histoire de
l'art. Mme Lerner a fini par
mettre la main sur un grand
tableau, assez réaliste, où
on voit des jeunes filles à
la sortie de l'école, en
plein hiver. Le même défi
s'est posé pour ce qui est
du travail des enfants, que
ce soit pour les tâches
domestiques au domicile
familial, chez de riches
bourgeois ou à l'usine. On
retrouve néanmoins une
photo de Mlle Rye et ses
"protégées", des
fillettes ravies à des
familles pauvres anglaises
afin d'être formées pour
travailler comme domestiques
au Canada.
Pour
marquer un contraste avec
les images très typées
d'autrefois, la
conservatrice a invité des
femmes artistes
contemporaines à exposer
certaines de leurs oeuvres.
Selon Mme Lerner, on y
retrouve des images de
femmes plus affirmées et
dotées d'une personnalité
au-delà des caractéristiques
propres à leur genre. Un
tableau de l'artiste Natalka
Husar présente une jeune
immigrante ukrainienne, aux
vêtements voyants, seule
sur un grand tableau gris,
qui dégage une grande
tristesse. Une autre oeuvre
contemporaine montre une
jeune danseuse en train de
s'observer sous toutes les
coutures, symbole de la
grande anxiété des
adolescentes face à leur
corps.
Si
l'exposition montre une évolution
historique intéressante, un
pan semble manquer pour ce
qui est de l'image
contemporaine de la jeune
fille. A une époque où
on ne cesse de parler de
leur hypersexualisation,
omniprésente dans la
culture populaire, cette
dimension n'apparaît pas
vraiment dans l'exposition.
"C'est une image
commerciale, ce n'est pas
l'image qu'on trouve dans
les oeuvres d'art",
explique Mme Lerner, qui
avance que les artistes
d'aujourd'hui sont même en
réaction avec cette
iconographie quasi
publicitaire.
***
Salut les filles ! La
jeune fille en images
Musée McCord
690, rue Sherbrooke Ouest,
Montréal
www.musee-mccord.qc.ca
Jusqu'au 9 avril 2006