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L'ancien
président américain
Jimmy Carter accuse Israël
de pratiquer l'"apartheid"
par
ERIC LESER, publié dans
le Monde du 12 décembre
2006
L'ancien
président américain
Jimmy Carter, 82 ans,
Prix Nobel de la paix
en 2002, est au coeur
d'une vive polémique
depuis la publication,
il y a deux semaines,
de son dernier livre :
Palestine : Peace
Not Apartheid
("Palestine : la
paix, pas
l'apartheid").
L'ouvrage retrace l'évolution
du processus de paix
depuis les accords de
Camp David entre Israël
et l'Egypte, signés
en 1978 sous sa présidence,
jusqu'aux élections,
en 2006, dans les
territoires
palestiniens où Jimmy
Carter a mené une
mission d'observation.
Il blâme les
Palestiniens et les
Etats-Unis pour les échecs
du processus du paix,
mais surtout la
politique israélienne.
Dès la veille de la
publication du livre,
Nancy Pelosi, future
numéro un démocrate
de la Chambre des représentants,
a pris ses distances
avec M. Carter,
affirmant qu' "il
ne parle pas au nom du
Parti démocrate sur
Israël".
Il y a quelques
jours, Kenneth Stein,
ex-directeur du Centre
Carter, organisation
de défense des droits
de l'homme, et
directeur du Centre d'études
sur Israël de
l'université Emory, a
démissionné et rompu
publiquement avec
l'ancien président.
Il juge son livre "basé
sur des analyses
simplistes, bourré
d'erreurs factuelles,
de matériaux copiés
et non cités,
d'omissions et de
parties tout
simplement inventées".
Le Centre
Simon-Wiesenthal, l'un
des principaux groupes
mondiaux de défense
juifs, a lancé une pétition
condamnant
l'utilisation par M.
Carter du mot
"apartheid".
Dans une lettre
ouverte à l'ancien président,
publiée dans
plusieurs quotidiens,
des organisations
comme l'Anti-Defamation
League et l'American
Jewish Committee dénoncent
des critiques "injustes
et infondées"
qui "accordent
peu d'attention au
fait qu'Israël est
attaqué sans cesse
depuis sa création et
menacé
d'annihilation."
Jimmy Carter a répliqué
en soulignant que le
mot
"apartheid"
ne faisait pas référence
à un quelconque
racisme de la part
d'Israël envers les
Palestiniens mais au "désir
d'une minorité d'Israéliens
de confisquer et de
coloniser des sites
palestiniens".
Il ajoute que "le
livre décrit
l'abominable
oppression et les persécutions
dans les territoires
palestiniens occupés,
le rigide système de
laissez-passer et la ségrégation
stricte entre citoyens
palestiniens et colons
juifs en Cisjordanie.
De bien des manières,
c'est plus oppressant
que pour les Noirs
vivant en Afrique du
Sud au temps de
l'apartheid".
L'ancien président
s'en prend, dans un
article publié par le
Los Angeles Times
intitulé "Parler
franchement d'Israël
et de la
Palestine" aux "critiques
(de son livre)
dans les principaux médias
qui ont été écrites,
dans leur grande
majorité, par des
représentants
d'organisations
juives". Il
affirme vouloir faire
tomber "le mur
impénétrable"
qui empêche le public
américain de voir la
souffrance des
Palestiniens. Interrogé
par Forward, un
magazine de la
communauté juive américaine,
Jimmy Carter rappelle
qu'il a négocié
l'accord de Camp David
: "Je n'ai pas
à donner des références
concernant mon désir
d'apporter la paix à
Israël",
dit-il.
Dans
un de ses derniers
discours, Kofi Annan
critique sévèrement
l'administration Bush
paru
dans le Monde du 12 décembre 2006
Dans
une intervention
largement considérée
comme un discours
d'adieu, à quelques
semaines de la fin de
son mandat à la tête
des Nations unies,
Kofi Annan a
clairement critiqué,
lundi 11 décembre,
les Etats-Unis,
laissant entendre
qu'ils ont bafoué
leurs valeurs
fondatrices dans leur
lutte contre le
terrorisme. "Ce
pays a historiquement
été à l'avant-garde
du mouvement des
droits de
l'homme", a
noté M. Annan dans le
discours qu'il devait
prononcer à
Independence
(Missouri), distribué
à l'avance. "Mais
ce rôle ne peut se
perpétuer que si l'Amérique
reste fidèle à ses
principes, même dans
la lutte contre le
terrorisme",
a-t-il ajouté,
estimant que
"les droits de
l'homme et l'Etat de
droit sont vitaux pour
la sécurité globale
et la prospérité".
Lorsque l'Amérique "semble
abandonner ses propres
idéaux et objectifs,
ses amis à l'étranger
sont naturellement
troublés",
a-t-il poursuivi,
alors que l'armée américaine
a été au centre de
plusieurs scandales en
Irak et que le camp de
détention de
Guantanamo et les méthodes
de la CIA ont donné
l'impression que les
Etats-Unis
s'affranchissaient des
règles
internationales.
Dans une allusion
claire à l'invasion
de l'Irak en 2003 -
à laquelle il s'était
opposé -, M. Annan
continuait : "Lorsque
la force, en
particulier la force
militaire, est utilisée,
le monde la considère
légitime"
seulement si elle est
utilisée dans "un
but juste" et
pour des "objectifs
communs en accord avec
des normes globalement
acceptées".
Le secrétaire général
de l'ONU, qui sera
remplacé par le
Sud-Coréen Ban
Ki-moon le 1er
janvier prochain, a
prononcé son discours
depuis la bibliothèque
présidentielle
Harry-Truman,
qualifiant cet ancien
dirigeant des
Etats-Unis (1945-1953)
de "pionnier"
pour avoir contribué
à l'émergence des
Nations unies. Tout au
long de son texte, M.
Annan a loué
l'administration
Truman, alors qu'il
n'a pas une seule fois
prononcé le nom de
l'actuel président,
George W. Bush.
Réformer le
Conseil de sécurité
de l'ONU
"Comme le
disait le président
Truman, 'la
responsabilité des
grands Etats est de
servir et non de
dominer les peuples du
monde' ",
a-t-il estimé. Et
d'expliquer que
l'ordonnateur du
largage de deux bombes
atomiques sur le Japon
en 1945, qui fit des
Etats-Unis le seul
pays à avoir fait
usage d'armes nucléaires,
apprit de cette expérience
que la sécurité
devait désormais
"être collective
et indivisible".
Tirant les leçons de
ses dix années passées
à la tête de l'ONU,
il a fortement plaidé
pour davantage de
multilatéralisme. "Plus
que jamais, les Américains,
comme le reste de
l'humanité, ont
besoin d'un système
global à travers
lequel les populations
peuvent faire face
ensemble aux défis"
tels que la prolifération
nucléaire, le
changement climatique,
le terrorisme et les
pandémies. "Face
à ces dangers, aucune
nation ne peut assurer
sa sécurité en
cherchant à dominer
les autres. Nous
partageons tous la
responsabilité de la
sécurité de
chacun", a
poursuivi Kofi Annan.
Il a notamment suggéré
une réforme du
Conseil de sécurité,
expliquant que sa
composition "reflète
toujours la réalité
de 1945, mais pas
celle
d'aujourd'hui".
Pour y parvenir, le
secrétaire général
a souhaité que "les
pays en voie de développement
[aient] une
voix plus forte" au
sein des institutions
internationales. En
guise de conclusion,
il a rappelé que"les
Américains ont tant
fait lors du siècle
dernier pour
construire un système
multilatéral
efficace, au centre
duquel se trouvent les
Nations unies",
et appelé les
dirigeants actuels aux
Etats-Unis à
poursuivre dans cette
voie, sur les pas de
Harry Truman.
Benoît
XVI : la course aux énergies
menace la paix du monde
publié
par l'AFP le 12 décembre
2006
Les
injustices et les
tensions provoquées par
la course aux sources d'énergie
sont une menace pour la
paix du monde, souligne
le pape Benoît XVI dans
son message annuel pour
la paix publié mardi.
Le pape met en
garde contre les conséquences
de "la course aux
ressources disponibles
sans précédent"
provoquée par "la
raréfaction des
approvisionnement énergétiques",
qui laisse de nombreux
pays sur le bord du
chemin. "Que
deviendront les
populations de ces régions",
demande le chef de l'Eglise
catholique.
"Quelles injustices
et quelles oppositions
provoquera la course aux
ressources d'énergie ?
Et comment réagiront
les exclus de cette
course ?" Dans
ce message publié en prévision
de la journée mondiale
de la paix, célébrée
le 1er janvier, Benoît
XVI dénonce "la
destruction de
l'environnement, son
usage impropre ou égoïste
et la mainmise violente
sur les ressources de la
terre" qui
"engendrent des déchirures,
des conflits et des
guerres (...) parce
qu'ils sont le fruit
d'une conception
inhumaine du développement".
Assassinat
Hariri : l’enquête
Brammertz progresse, le
lien entre tous les
attentats ne fait plus
de doute
Lire
le rapport détaillé de
Serge Brammertz sur
notre site Internet
paru
dans l'Orient-le Jour le
13 décembre 2006
Plus
aucun doute, désormais
: pour la commission
d’enquête sur
l’assassinat de Rafic
Hariri, il existe un
lien entre les différents
attentats qui se sont déroulés
au Liban depuis le 1er
octobre 2004. C’est en
tout cas ce que confirme
le sixième rapport d’étape
rédigé par le
magistrat Serge
Brammertz, qui a été
remis le 12 décembre
2006 à New York au secrétaire
général sortant de
l’ONU, Kofi Annan. Le
rapport révèle en
outre que l’homme qui
a actionné la bombe le
14 février 2005, tuant
Rafic Hariri, Bassel
Fleyhane et leurs
compagnons, "n’a
pas passé sa jeunesse
au Liban" et
n’aurait résidé dans
le pays que deux ou
trois mois avant
l’attentat. Par
ailleurs, il fait part
des premiers résultats
de l'enquête sur
l'assassinat de Pierre
Gemayel le 21 novembre
2006.
Toujours à New York,
c’est avec fermeté
que le Conseil de sécurité
a pris position, dans le
cadre d’une déclaration
présidentielle, en
faveur du gouvernement
"légitime et démocratiquement
élu du Liban",
auquel il a exprimé
"un appui sans réserve".
Cependant, la séance a
failli tourner à
l’incident
diplomatique entre la
France et la Russie,
Moscou exprimant des réserves
sur la formulation du
texte proposé. Le
soutien du Conseil de sécurité
est venu s’accompagner
d’une déclaration
sans appel de la secrétaire
d’Etat US, Condoleezza
Rice, qui a affirmé en
direction de Damas et de
Téhéran que l’avenir
du Liban "n’est
pas négociable".
Sur la scène interne,
le Conseil des ministres
s’est réuni mardi
pour adopter le projet
de tribunal
international, avant de
le transférer immédiatement
à la Chambre pour
ratification.
"La
presse en état de siège"
ou "l’art"
de réprimer les
journalistes dans les
pays arabes
Deuxième
jour du séminaire
pour la commémoration
de l’assassinat de
GEBRAN TUENI
par
SUZANNE BAAKLINI, publié
dans l'Orient-le Jour
le 12 décembre 2006
La deuxième journée
du séminaire organisé
à l’hôtel Le Royal
de Dbayeh, en hommage
à Gebran Tuéni, a été
une occasion de
constater tristement
la pitoyable situation
de la presse dans les
pays arabes, qui
continuent de
rivaliser de répression
contre les
journalistes. Certains
d’entre eux, venus
de Tunisie, du Maroc,
de Bahreïn ou d’Egypte,
ont témoigné hier de
leurs malheurs,
souvent avec humour
(mieux vaut en rire
!), lors des deuxième
et troisième sessions
de l’événement
consacré à la première
commémoration de
l’assassinat de
Gebran Tuéni, organisé
par an-Nahar et
l’Association
mondiale de journaux,
sous le thème de
"La presse en état
de siège".
L’omniprésent et très
subtil problème de la
censure, qui mène
tout naturellement à
l’autocensure, a été
largement abordé
durant la première
session de la journée.
Ahmad Benchemsi,
directeur de Tel Quel
au Maroc, a affirmé
que la liberté
d’expression dans ce
pays se porte
apparemment mieux
qu’ailleurs, mais
qu’elle a été
"grignotée
centimètre par centimètre"
par les journalistes
eux-mêmes, sans
attendre qu’on la
leur accorde. Selon
lui, peu de sujets
restent vraiment
tabous, ce qui ne
signifie pas que l’Etat
ne garde pas une marge
de manœuvre
importante contre les
publications, comme
les procès ou les
amendes importantes
imposées aux
journaux, ou encore le
boycott publicitaire.
Ce regain de démocratie
a commencé, a ajouté
M. Benchemsi, avec le
début du règne du
roi Mohammad VI.
"Il fallait
vaincre la peur qui
avait donné lieu à
l’autocensure",
a-t-il souligné, déclarant
qu’une minorité de
journalistes de la
presse indépendante a
alors procédé par
tests, abordant l’un
après l’autre les
sujets considérés
comme délicats, dont
des critiques dirigées
contre le roi et la
monarchie ou les
tabous sociaux.
Rien de tel en
Tunisie, à en croire
l’exposé fait par
une journaliste connue
pour son audace,
Naziha Rjiba, rédactrice
en chef d’un journal
en ligne Kalima. Son
premier journal, al-Raï,
avait été fermé par
le régime actuel à
cause d’un article
qu’elle avait publié
et qui était
"pourtant équilibré",
affirme-t-elle. Toute
la presse libre a
ensuite connu le même
sort, selon elle,
d’où la prolifération
des journaux en ligne.
"Les arrestations
pour ce qui paraît en
ligne se
poursuivent",
raconte Mme Rjiba. Les
moyens de répression
par le biais de la
"censure préventive"
sont multiples, et les
journalistes qui ont
opté pour la
confrontation en
subissent les conséquences,
ajoute-t-elle, avouant
"lutter contre
l’autocensure même
si elle existe aussi
chez moi". Mme
Rjiba brosse un sombre
tableau de l’avenir
de la presse dans son
pays, mais ne peut
"qu’espérer un
changement
futur". La vie
n’est pas plus clémente
à Bahreïn pour Ali
Abdeleman, qui dirige
une publication en
ligne. Le journaliste
explique comment le
pays a été secoué,
de 1994 à 1999, par
une "intifada"
populaire, après quoi
"le régime a
fait quelques opérations
esthétiques sous les
pressions
internationales".
Son site Internet naît
en 1999, dans un Etat
toujours policier, se
développe en restant
anonyme. En 2001, le
Pacte de travail
national est voté,
augmentant nettement
la liberté
d’expression.
"Nous avons tous
cru en la bonne volonté
du roi, et nous avons
dévoilé les noms des
collaborateurs au
journal", raconte
M. Abdeleman. Mauvaise
idée : en 2002, la répression
recommence. Il est
lui-même fait
prisonnier et relâché
seulement sous la
pression populaire.
Aujourd’hui, la loi
sur la presse, très
impopulaire, a été
renvoyée au
Parlement, mais les
arrestations
persistent.
Les législations,
arme pernicieuse
La censure ne provient
pas seulement de
mesures directes
prises contre les
journaux, mais elle
peut être imposée
par les législations
elles-mêmes. Cette
question a été au
centre des débats de
la seconde session
d’hier. C’est le
cas dans la
quasi-totalité des
pays arabes, mais la
presse d’Egypte est
particulièrement
touchée, comme
l’explique Ibrahim
Issa, rédacteur en
chef de la revue
d’opposition
al-Doustour. Lui-même
s’attend à ce
qu’un jugement soit
prononcé contre lui dès
son retour au Caire,
pour
"diffamation"
contre des
responsables. Avec un
humour admirable, il
explique comment on
l’a accusé de
"faire régner la
terreur au sein de la
population" pour
avoir publié une
simple information qui
a dérangé. "Les
législations portent
en elles les moyens de
répression et sont
restées inchangées
malgré la succession
de régimes, a-t-il déclaré.
Même l’obtention de
permis est liée à
une approbation des
services de sécurité."
Et d’ajouter :
"Un journaliste
libre en Egypte est
constamment menacé de
prison, même s’il
ne fait que
respirer."
Ali Amar, cofondateur
du Journal
Hebdomadaire marocain,
a évoqué les "lignes
rouges" toujours
présentes dans la
loi, malgré les améliorations
constatées sur le
terrain. Ainsi, le
nouveau code de la
presse, voté en 2002,
comporte des éléments
d’ouverture mais
aussi de crispation.
Les textes restent
souvent ambigus, selon
lui, sous l’effet de
certains principes
incohérents et de thèmes
vagues ("atteinte
à l’ordre
public", à titre
d’exemple) qui
accordent au juge un
vaste champ
d’interprétations.
L’
"offense"
reste une arme fatale
pouvant être utilisée
contre les
journalistes, ce qui
leur coûterait trois
à cinq ans de prison,
pour des sujets
sensibles. Les tabous
n’ont eux non plus
pas vraiment disparu.
Le Journal
Hebdomadaire a été
jugé plusieurs fois
et condamné, au fil
des ans, à payer plus
de 400.000 euros
d’amendes, a précisé
M. Amar.
Enfin, le cas du Liban
a été exposé par
l’avocat Ziad
Baroud, qui a constaté
que, "même si la
liberté
d’expression est
protégée par la
Constitution, la loi
comporte en elle les
limites de cette
liberté". La loi
a ainsi empêché les
publications
"libres" de
s’attaquer à une
foule de sujets, sous
peine de sanctions,
comme le fait de
publier les procès-verbaux
des Conseils des
ministres, par
exemple. Il y a donc
des informations
"interdites",
"sous
restrictions" ou "autorisées".
Le cas le plus
frappant reste lié à
la diffamation : Me
Baroud explique
qu’en cas de procès,
le journaliste n’est
pas acquitté même
s’il arrive à
prouver la justesse de
ses informations, ce
qui laisse le coupable
libre et sanctionne
celui qui n’a fait
que dévoiler le
scandale...
Vers
une nouvelle guerre
au Proche-Orient !
par
GABRIEL ENKIRI, candidat
à la présidentielle
française, reçu le 11
décembre 2006
"Instaurer une
paix juste et définitive
au Proche-Orient - Créer
un Marché Commun Méditerranéen
alliant les deux rives
de la Mer dans un seul
devenir - Unifier les
pays francophones dans
une Confédération
appelée Nouveaux
Etats-Unis Francophones
- Créer un grand club
omnisports dénomme COP
au stade de France à
Saint-Denis pour hâter
et favoriser l'intégration
des jeunes immigrés..."
On
aura du mal à y échapper.
Toutes les conditions
sont réunies pour
qu'une nouvelle guerre
ait lieu au
Proche-Orient. On peut même
la situer dans le temps
: au printemps 2007 !
Qu'est-ce qui me rend
pessimiste à ce point ?
L'inconscience de nos
candidats à la présidentielle.
Deux d'entre eux sont déjà
instrumentalisés :
Royal et Sarkozy. Je résume
: en Israël, les
faucons préparent leur
"revanche" sur
le Hezbollah. Ils ne
peuvent rester sur leur
échec de juillet 2006
qui rend impossible
toute négociation avec
l'adversaire. A
Washington, leurs
correspondants, désavoués
par les électeurs,
restent en place : ils
vont tout faire pour neutraliser
Bush junior qui pourrait
être tenté de suivre
les recommandations de
la commission
Baker-Hamilton. Comme
ils ne peuvent agir en
Irak, ils vont
naturellement se
reporter sur le Liban
actuellement en décomposition
et qui devient un
terrain de manoeuvre
pour tous ceux qui
veulent élargir le
conflit à toute la région,
en frappant les chiites
du Hezbollah. Les
sunnites, actuellement
en guerre contre les
chiites, peuvent
escompter rallier à eux
une partie des chrétiens,
et prendre ainsi en
tenaille le Hezbollah
entre les troupes israéliennes
d'une part, et les
milices d'autre part. Il
est probable que le
bombardement de tout le
Liban-sud sera terrible
: les Israéliens vont
profiter de l'occasion
pour en
"finir" avec
le Hezbollah. Les
troupes de
la FINUL
seront piégées : elles
ne pourront rien faire
contre les
bombardements, et se
retrouveront aux prises
avec les combattants
libanais chiites, entraînées
par conséquent dans le
camp israélo-sunnite !
Washington laissera
faire, tout en
neutralisant l'Iran et
la Syrie
par une négociation sur
le "nucléaire"
pour l'un, et le Golan
pour l'autre, avec
abandon du "procès
Hariri" à la clef.
Le Liban, détruit une
fois de plus, aura servi
de "monnaie d'échange",
mais il est probable que
les sionistes iront
jusqu'à le réduire à
peu de chose, en détruisant
ses potentialités économiques
et financières, et en
annexant le sud du pays
qui permettra de détourner
les eaux du Litani tant
convoitées !
Les faucons israéliens
ont besoin de s'assurer
le soutien de Paris -
tant pour la fourniture
d'armes que par son rôle
diplomatique à l'ONU,
en proie à une tempête
internationale que
l'agression israélienne
déclenchera inévitablement.
Au Liban comme en France
les dirigeants
politiques doivent
prendre conscience du
danger qui nous menace :
au Liban, les dirigeants
du Hezbollah doivent impérativement
rechercher au plus vite
un compromis avec tous
les autres Libanais qui
fera échec au projet
des faucons ; en France,
Sarkozy et Royal doivent
prendre l'engagement
solennel devant les Français
qu'ils ne participeront,
en aucun cas, à
l'agression qui se prépare
contre le Liban. Tous
les autres candidats
doivent en faire autant
!
La
bourde d’Olmert sur le
nucléaire sème le
trouble
paru
dans le Figaro le 12 décembre 2006
Le premier ministre
israélien Ehoud Olmert
a brisé un tabou hier,
en sous-entendant lors
d’une interview à la
télévision allemande
qu’Israël détenait
l’arme nucléaire. Un
porte-parole officiel a
immédiatement démenti
ses propos. C’est un
flou qui auréole la déclaration
d’Ehoud Olmert et un
vent de réactions qui
agite la sphère
politique israélienne.
En réponse à une
question de la chaine
allemande N24 Sat1, le
premier ministre israélien
a affirmé : "Nous
n’avons jamais menacé
un pays
d’annihilation.
L’Iran menace
ouvertement,
explicitement et
publiquement de rayer
Israël de la carte.
Pouvez-dire qu’il
s’agit du même niveau
de menace lorsqu’ils
(les Iraniens) aspirent
à avoir des armes nucléaires,
comme la France, les Américains,
les Russes et Israël
?" C’est la première
fois qu’un dirigeant
israélien avoue
publiquement ce que
certains considèrent être
un secret de
polichinelle. En effet,
selon les experts
internationaux,
l’arsenal nucléaire
israélien comporterait
jusqu’à deux cents
ogives pouvant équiper
des missiles à longue
portée. Mais l’Etat
juif a toujours refusé
de confirmer ou de démentir
cette analyse. La
semaine dernière,
Robert Gates, désigné
pour succéder à Donald
Rumsfeld à la tête du
Pentagone, avait déjà
mentionné Israël parmi
les puissances nucléaires
de la région. Depuis
cinquante ans, Israël
n’a cessé de mener
une "politique de
l’ambiguité"
concernant son dossier
nucléaire.
De vives réactions
Selon un haut
responsable
gouvernemental, ces
propos ne remettent
pas en cause la
politique d’Israël
sur cette question
alors que la presse,
ce matin, gonflait la
polémique et
qualifiait les propos
d’Olmert de
"lapsus nucléaire"
et de "tempête
nucléaire". Les
réactions ont été
vives. Le député du
parti de droite le
Likoud, Youhal
Steinitz, a appelé à
la démission du
premier ministre à la
suite de ce
"lapsus
irresponsable qui
remet en cause une
politique datant de près
d’un demi-siècle".
Yossi Beilin, député
de l’opposition de
gauche a dénoncé
"les propos stupéfiants
d’Ehoud Olmert qui
ne font que renforcer
les doutes sur ses
capacités à rester
premier
ministre".
Augusto
Pinochet, un dictateur
mis en place par les
Etats-Unis
L'ancien dictateur
chilien, qui est mort
hier, fut longtemps un
protégé des
Etats-Unis qui l'aidèrent
activement lors de son
coup d'Etat du 11
septembre 1973
paru dans le
Devoir le 11 décembre
2006
Augusto Pinochet n'a
pas pris le pouvoir à
la suite d'une
intervention américaine
directe, mais son coup
d'Etat a été rendu
possible par les opérations
entreprises par la
CIA, dès 1970,
lorsque le socialiste
Salvador Allende fut
élu président de la
République chilienne.
Craignant que les Soviétiques
ne profitent de l'élection
d'un gouvernement
socialiste au Chili
pour installer un régime
communiste sur le
continent sud-américain,
Washington avait décidé
d'agir secrètement
avec la CIA pour
tenter de renverser
Salvador Allende et
lui substituer un
homme de droite fidèle
aux principes de la
doctrine américaine.
Les principales
ressources minières
du pays, comme le
cuivre, étant à l'époque
contrôlées par des
multinationales américaines,
les Etats-Unis
craignaient également,
avec la venue d'un président
socialiste, la
nationalisation de ces
importantes ressources
minières. Commandité
et soutenu par
Washington, le coup d'Etat
du 11 septembre 1973
avait pour but premier
d'éliminer le
gouvernement
socialiste d'Allende,
premier et seul
gouvernement de gauche
à avoir vu le jour en
Amérique latine à
cette époque. Une
fois aux commandes,
Pinochet fut acclamé
par l'administration
américaine d'alors
pour avoir restauré
l'ordre et relancé l'économie
chilienne en suivant
les préceptes monétaristes
et ultralibéraux de
l'Ecole de Chicago.
Mais, arrivé au
pouvoir, le général
Pinochet prit également
des mesures instaurant
la répression sur le
plan politique et régional,
y compris par la
torture et le meurtre
de ressortissants étrangers.
Soupçonnant que les
autorités américaines
aient été sinon
impliquées du moins
informées de ces
exactions, le juge
chilien Juan Guzmán
Tapia a demandé en
vain dès juillet 2001
d'interroger l'ex-secrétaire
d'Etat Henry Kissinger
dans le cadre d'une
enquête sur
l'assassinat du
journaliste américain
Charles Horman fusillé
pendant la dictature
du général Pinochet
(1973-1990). Charles
Horman, dont
l'assassinat a inspiré
le film "Missing"
de Costa Gavras, avait
été arrêté par des
agents chiliens le 17
septembre 1973, six
jours après le coup
d'Etat, après avoir dénoncé
des actions de la CIA
contre le régime
d'Allende. Il avait
disparu au Stade
national de Santiago,
transformé alors en
centre de détention
et de torture, et son
cadavre avait été
retrouvé en 1974 dans
une fosse commune du
cimetière général
de la capitale.
L'assassinat à
Washington, le 21
septembre 1976,
d'Orlando Letelier,
ancien chef de la
diplomatie chilienne
et ancien ambassadeur
du Chili aux
Etats-Unis et de sa
secrétaire, l'Américaine
Ronni Moffitt, a
commencé à distendre
les liens entre
Pinochet et les
Etats-Unis. Avec
l'arrivée du démocrate
Jimmy Carter à la
Maison-Blanche en
janvier 1977, les
Etats-Unis ont commencé
à prendre leurs
distances avec le plan
Condor. Ce plan, conçu
en 1975 sous les
auspices de Pinochet,
visait à éliminer
les opposants de
gauche des dictatures
sud-américaines.
Quand l'étau
judiciaire s'est
refermé sur Augusto
Pinochet pour fraude
fiscale, les autorités
américaines ont
fourni à la justice
chilienne des
informations sur les
montages financiers
complexes de la
famille Pinochet aux
Etats-Unis. Et quand
la fille aînée de
l'ex-dictateur, Lucia
Pinochet, inculpée de
fraude fiscale au
Chili, a cherché
asile aux Etats-Unis
en janvier 2006, elle
n'a pas été admise
sur le territoire américain.
Cheikh
Naïm Kassem : Nous
voulons nous débarrasser
de la tutelle américaine
Les
opposants catégoriques au
Liban : le mouvement
continuera jusqu’à
la chute du
gouvernement
paru
dans l'Orient-le Jour
le 2 décembre 2006
Le ministre démissionnaire
de l’Agriculture,
Talal Sahili, a déclaré
hier que les
manifestations
d’hier constituaient
"un moyen
d’expression démocratique,
pacifique et civilisé".
Il a de plus estimé
qu’il ne fallait pas
"perdre espoir, même
dans les situations
les plus noires".
Le ministre démissionnaire
a ajouté que la
majorité "a
voulu se comporter
comme le ferait la
majorité en Occident,
(...) Voilà aussi une
manifestation à
l’occidentale. Mais
il existe une réalité
libanaise qu’il ne
faut pas perdre de vue
: le Liban est un pays
qui ne peut survivre
que grâce au
consensus entre ces
différentes
composantes".
Concernant d’éventuelles
initiatives tendant à
calmer les tensions,
M. Sahili a souligné
que "si une telle
initiative existait,
les gens seraient
rentrés chez
eux".
Le secrétaire général
adjoint du Hezbollah,
Naïm Kassem, a pour
sa part indiqué que
"le peuple
libanais ne supportait
plus que des
groupuscules se réunissent
pour décider de sa
destinée en fonction
des souhaits des pays
étrangers".
Cheikh Kassem a ainsi
mis en exergue
"la lutte contre
la tutelle américaine"
qui, selon lui, a débuté
hier par le biais des
manifestations.
"Nous avons tenté
de discuter avec la
majorité pour la
convaincre de ne pas
livrer le pays et ces
discussions n’ont
pas abouti, que ce
soit par le biais du
dialogue ou par celui
des
concertations", a
poursuivi M. Kassem,
qui a précisé
"qu’il n’y
aura pas de retour en
arrière", le but
étant de parvenir à
la chute de l’actuel
gouvernement. Le
responsable de la
communication du
Courant patriotique
libre (CPL), Georges
Bassil, a quant à lui
affirmé que "les
revendications de
l’opposition
consistent en la
formation d’un
cabinet d’union
nationale qui puisse
mettre un terme au
monopole du pouvoir et
à l’exclusion des
autres". M.
Bassil a ajouté que
le fait que le pouvoir
actuel se proclame
"gouvernement de
l’indépendance"
signifie que
"tous les
gouvernements formés
sous Rafic Hariri étaient
des cabinets de
tutelle".
Le
général Michel Aoun
: L’opposition prête
à former un
"gouvernement de
transition"
paru
dans l'Orient-le Jour
le 11 décembre 2006
L’opposition
annoncera dans
"les prochains
jours la formation
d’un gouvernement de
transition", a déclaré
le chef du CPL, le général
Michel Aoun.
"Dans les
prochains jours,
l’opposition formera
un gouvernement de
transition, si un
cabinet d’entente
nationale n’est pas
mis sur pied pour
remplacer celui de
Siniora, désormais
illégitime", a
lancé le général
Aoun, tout d’orange
vêtu, dans un
discours retransmis en
direct aux centaines
de milliers de
manifestants au
centre-ville. Selon
lui, "le
gouvernement de
transition devra préparer
la tenue d’élections
législatives"
anticipées. "Les
barbelés ne protégeront
pas le Sérail",
a-t-il ajouté.
"Les fils de fer
barbelés ne résisteront
pas à la poussée des
manifestants de
l’opposition"
a-t-il encore dit. Le
général Aoun a
affirmé "ne plus
accepter désormais
les
demi-mesures",
soulignant que
l’opposition
"pourrait
recourir à la désobéissance
civile pour faire
chuter Siniora".
Le chef du CPL a
rappelé les
mouvements révolutionnaires
qui avaient eu lieu
"en Ukraine et en
Serbie, quand le
peuple avait pris
d’assaut les sièges
des institutions
gouvernementales".
Le général Aoun a
aussi affirmé que "le
7 mai 2005 (date de
son retour au Liban)
il s’était engagé
à lutter contre un
diable à trois têtes
: le féodalisme
politique, le
sectarisme et le
confessionnalisme, et
l’argent
politique",
soulignant que
"le mouvement de
changement a commencé".
"J'ai
peur que le Liban en
reprenne pour 10
ans"
Trois
questions à... notre
confrère Nicolas
Cavagni, qui fut Casque
bleu au Liban en 1995.
Et qui conserve un
regard très attendri
sur ce pays
Propos
recueillis par MICHEL
TANNEAU, publiés dans
Ouest-France le 28 août
2006
- Vous vous
êtes engagé dans les
Casques bleus en
septembre 1994, alors
que vous étiez non pas
militaire de carrière,
mais simple appelé du
contingent ?
Je sortais de l'Ecole
supérieure de
journalisme de Paris, et
j'avais encore en moi le
fantasme du grand
reportage. Or,
j'effectuais mon service
militaire en Allemagne.
Lorsque mon régiment a
demandé des volontaires
pour le Liban, je me
suis dit que c'était
l'occasion de me
confronter à la réalité
de l'actualité
Proche-orientale. Plutôt
que d'effectuer des
marches nocturnes en Forêt
Noire, ou de tourner en
rond à la caserne. Nous
avons quitté Metz où
il faisait zéro degré,
pour une température de
40 degrés à Naqoura,
sur la côte méditerranéenne,
à l'extrême-sud du
Liban, tout près de la
frontière avec Israël.
Dans notre contingent,
il y avait à la fois
des militaires du Ghana,
des îles Fidji, du Népal
ou de Finlande.
- Votre
mandat était de six
mois, jusqu'en mars
1995. Comment ressort-on
de ce climat de guerre ?
Nous gardions un camp et
des postes ONU, tout en
servant d'escorte aux
convois, et d'aide
sanitaire aux Libanais
qui allait se faire
soigner à l'hôpital
militaire de Naqoura. Le
tout, entre tirs de
roquette du Hezbollah
d'un côté, mesures de
rétorsions de l'armée
israélienne de l'autre,
bombes au bord de la
route, terrains minés.
Du haut de mes 25 ans,
je ne pensais pas la
situation du
Proche-Orient aussi
compliquée. On
rencontrait des gens
d'une même famille dans
des camps opposés. A
Tyr, nous rencontrions
des mères de martyrs,
la photo de leur fils
autour du cou.
Aujourd'hui, lorsque je
vois des images télévisées,
je pense aux gens que
j'ai croisés là-bas. A
la grand-mère libanaise
qui avait vécu dans les
années 30 à Carnac. A
ces enfants qui vivaient
la guerre en continu,
qui voulaient regarder
les collines à travers
mes jumelles. J'étais
idéaliste, j'espérais
apporter ma pierre à la
paix au Proche-Orient.
- Le Liban
vient de vivre un mois
sous les bombes. Comment
voyez-vous son avenir ?
Dans ce pays, au bout du
monde, coupé de tout,
j'ai découvert des gens
qui parlaient notre
langue, avec qui on
avait une culture
commune. Mais aussi un
pays multiconfessionnel,
où se mélangent les
cultures, les traditions
et les religions. Hélas,
toutes les problématiques
du Proche-Orient se
concentrent au Liban.
C'est comme si on avait
voulu lui faire payer sa
capacité à faire vivre
ensemble toutes ces
communautés. 10 ans
plus tard, alors que la
diaspora revenait, que
le commerce reprenait
ses droits, et que la
reconstruction était
aussi d'ordre économique,
patatras ! Les Israéliens
s'étaient retirés, ils
sont revenus. Cela
semble sans fin. Tout dépendra
du mandat que l'on
donnera aux forces de la
FINUL. Avec ce conflit,
j'ai peur que le Liban
en reprenne pour 10 ans.
J'aurais bien aimé
revenir en touriste dans
ce pays merveilleux. Il
va falloir attendre.
Tarek
Mitri sur le perron de
Bkerké :
"L’heure de la
politique a sonné"
Le
ministre de la Culture
évoque "les inquiétudes
du patriarche
maronite"
paru
dans l'Orient-le Jour le
12 décembre 2006
Le
ministre de la Culture,
Tarek Mitri, a jugé hier
que la manifestation de
dimanche dernier a été
une "démonstration
de force", mais que
"l’heure de la
politique a sonné".
S’exprimant après avoir
été reçu par le
patriarche maronite et déjeuné
à sa table, le ministre
de la Culture, rendant
compte de l’inquiétude
du chef de l’Eglise
maronite, a affirmé : "Le
patriarche est très
inquiet pour le Liban et
les Libanais, à cause du
profond clivage politique,
de la dureté du langage
et de cette forme
d’opposition. Dans tous
les pays du monde,
l’opposition prend
certaines formes qui lui
sont propres. Les
manifestations de masse
sont une démonstration de
force. Et personne de nous
n’affirme que le
Hezbollah n’a pas des
masses qui le suivent. Le
nombre des manifestants était
hier très important, et
nul ne peut le nier, tout
le monde a pu le voir à
la télévision. Voilà
une forme d’expression
qu’il faut respecter.
Mais cette démonstration
faite, l’heure est à la
politique. L’heure de la
politique a sonné."
Pas de défi
Par
ailleurs, le ministre de
la Culture a nié que la
convocation du Conseil des
ministres, aujourd’hui,
soit "une provocation
pour quiconque".
"Le Conseil des
ministres, a dit M. Mitri,
estime qu’il agit de façon
légale et
constitutionnelle. Il a même
le devoir de remplir sa
fonction et de faciliter
la vie quotidienne des
Libanais. Certains
ministres assurent des
heures de travail, mais
moins que d’habitude.
Nous avons besoin d’un
gouvernement qui assume
ses fonctions, et c’est
ce qui va être examiné
demain (aujourd’hui).
Nous n’agissons pas dans
la volonté de provoquer
quiconque. Le fait que le
gouvernement assume son
devoir et ses fonctions
n’est une provocation
pour personne." Par
ailleurs, M. Mitri, qui a
rencontré aussi, hier, le
métropolite
grec-orthodoxe de
Beyrouth, Elias Audeh, a
affirmé qu’il
transmettra au Premier
ministre les propos du
patriarche Sfeir. "Je
lui ai dit pour ma part
que les propos de
l’opposition ont atteint
leur point de saturation,
et qu’ils n’apportent
plus aux Libanais rien de
positif ou de bénéfique,
mais ne sauraient
provoquer qu’un surcroît
de tension", a-t-il
affirmé.
Le
ministre de l'Economie
Sami Haddad craint
un report, voire
l’annulation de Paris
III
Le ministre de l'Economie
poursuit les préparatifs
de la conférence, de
plus en plus menacée
paru
dans l'Orient-le Jour le
12 décembre 2006
La
crise politique menace la
tenue de la conférence
d’aide internationale au
Liban, prévue le mois
prochain, a estimé hier
le ministre de l’Economie
et du Commerce, Sami
Haddad. Dans un entretien
accordé à Reuters, il a
affirmé que "si la
tension politique
persiste, le risque que
cette conférence soit
repoussée ou, Dieu nous
en préserve, annulée,
sera très grand". "Le
scénario du pire pourrait
être très sombre. Si la
tension politique se
poursuit et si nous ne
sommes pas en mesure de
nous rendre à la conférence
de Paris pour obtenir
l’assistance financière
dont nous avons désespérément
besoin, les choses
pourraient échapper à
tout contrôle",
a-t-il ajouté.
M. Haddad a toutefois
indiqué que la date de la
conférence de Paris III
est maintenue, le 25
janvier prochain, et que
le gouvernement
poursuivait les préparatifs.
"L’opposition est
responsable de tout ce qui
est en train de se passer
; par conséquent, si,
pour une raison ou une
autre, nous ne pouvions
nous rendre à cette conférence,
elle devrait en assumer
toutes les conséquences",
a conclu le ministre, qui
n’est pas le premier à
mettre en garde contre un
éventuel échec de Paris
III. Plusieurs
responsables libanais et
certains diplomates étrangers
ont récemment émis des
craintes sur un possible
nouveau report.
De
son côté, le ministre
des Finances, Jihad Azour,
s’est voulu un peu moins
alarmiste. Mais il a néanmoins
fait part de son inquiétude
dans un entretien à
l’AFP. "Si nous
continuons dans le
parcours politique actuel,
bien entendu cela va avoir
un impact négatif sur
l’assistance
internationale, a-t-il
reconnu, mais le
gouvernement continue de
travailler
d’arrache-pied afin de
s’assurer que la conférence
aura lieu à la date fixée."
M. Azour a une nouvelle
fois souligné que le but
de cette conférence est
de donner "un nouveau
départ" au pays,
malgré la crise politique
qui paralyse les
institutions.
"C’est à travers
cette conférence que le
Liban pourra s’en
sortir, ce n’est pas
seulement de
l’assistance financière
que nous cherchons,
c’est un nouveau départ,
un nouvel élan qui
permettra de reprendre les
réformes", a affirmé
le ministre. Initialement
conditionnée à la mise
en œuvre de réformes économiques,
cette conférence doit
essentiellement permettre
au Liban de faire face à
sa dette publique, qui dépassera
à la fin de l’année
les 40 milliards de
dollars - soit 190 %
du PIB - et dont le
service représente au
moins les deux tiers des
revenus de l’Etat. Cette
dette s’est accrue sous
l’effet de l’offensive
israélienne de cet été
et le PIB devrait se
contracter de 5 % cette
année, rappelle l’AFP.
Darfour, les
raisons de
l'insoutenable silence
de la communauté
internationale
L'inertie est totale au
Soudan. Le Conseil des
droits de l'homme ouvre
une session
extraordinaire sur la
province en guerre.
par
PIERRE CHAMBONNET, publié
dans le Temps le 12 décembre 2006
Le
Conseil des droits de
l'homme va-t-il enfin
briser le silence qui
entoure le Darfour ?
Aujourd'hui s'ouvre à Genève
une session extraordinaire
sur la province soudanaise
en proie à une guerre
civile dévastatrice
depuis bientôt quatre
ans. Signe de la difficulté
à mobiliser sur la
question: Kofi Annan, le
secrétaire général des
Nations unies en personne,
a dû frapper du poing sur
la table pour que les 47
Etats membres du Conseil
se penchent sur les
massacres et autres
violations massives des
droits de l'homme dans
l'ouest soudanais. Fin
novembre, le Conseil avait
péniblement accouché
d'une résolution édulcorée
sur la crise du Darfour.
Le texte, amendé par le
groupe africain au
Conseil, évitait
soigneusement de pointer
la responsabilité du régime
de Khartoum.
La crise déborde
sur les pays voisins
Des voix qui crient dans
le désert. Depuis le début
de la guerre civile, la
communauté internationale
dénonce un conflit qui
aurait déjà fait entre
200.000 et 300.000
victimes. Mais en dépit
d'un accord de paix, d'une
résolution de l'ONU et de
l'indignation générale,
la crise redouble
d'intensité et déborde
sur les pays voisins,
Tchad et Centrafrique en tête
; sans pour autant que la
mobilisation soit
suffisante pour mettre un
terme au conflit, et que
la communauté
internationale parvienne
à s'entendre pour agir de
manière significative. A
l'heure actuelle, seuls
7.000 soldats mal équipés
et mal préparés de la
force AMIS, déployée par
l'Union africaine, tentent
de faire régner l'ordre.
En vain. Depuis février
2003, les forces
gouvernementales
soudanaises, appuyées par
des milices arabes - les
Janjawid - s'opposent à
des mouvements rebelles
qui réclament une plus
grande autonomie pour leur
région ainsi qu'un
partage plus équitable
des ressources du pays,
notamment pétrolières.
Les Janjawid s'appuient
sur les tribus musulmanes
arabes pour massacrer les
tribus musulmanes
africaines contestataires.
Parmi les 6 millions
d'habitants répartis dans
les trois provinces du
Darfour - un territoire
grand comme la France -,
2,5 millions ont été déplacés
vers des camps
humanitaires ; 250.000
autres se sont réfugiés
au Tchad. Le Darfour
poursuit sa longue
descente aux enfers, sans
intéresser suffisamment
le reste du monde.
L'inertie de la communauté
internationale, divisée
sur la question, est
totale.
Pourtant,
en septembre 2005, les
Nations unies avaient
approuvé un texte pour
empêcher les massacres à
grande échelle, après
les précédents bosniaque
et rwandais. Adoptée en
grande pompe par l'Assemblée
générale, la doctrine
assurant une protection
aux populations civiles
"face aux génocides,
nettoyages ethniques et
crimes contre l'humanité"
reste lettre morte. La
gabegie s'explique par
différents facteurs.
D'abord la volonté de la
communauté internationale
de régler le conflit
vieux de vingt ans entre
le nord du Soudan et le
sud : pas question
d'intervenir au Darfour
pour mettre fin aux
massacres, au moment où
la coopération du
gouvernement soudanais est
requise pour parvenir à
l'accord de paix du
Sud-Soudan, en 2004. A
cette période, la
communauté internationale
parle d'un "problème
humanitaire" au
Darfour, et tarde à
reconnaître l'ampleur des
atrocités et la dimension
politique du conflit. En dépit
des condamnations de
principe et des déclarations
d'intention (dont le déploiement
de 20.600 casques bleus
voté par l'ONU en août
2006 mais bloqué par
Khartoum), les puissances
mondiales ne se pressent
pas pour organiser une opération
d'envergure à destination
d'une région périphérique
et sans grand intérêt
stratégique.
Au sein de l'ONU, les
blocages s'expliquent en
revanche par des enjeux géostratégiques
: la Chine importe 8% de
son pétrole du Soudan, et
sa dépendance vis-à-vis
de Khartoum explique ses réticences.
Avec l'accroissement des
recettes pétrolières, le
gouvernement soudanais se
sent en position de force.
Aussi avec l'appui de la
Russie, grand pourvoyeur
d'armes au Soudan.
L'administration Bush a été
la première à employer
le terme de "génocide",
au sujet des tueries du
Darfour. Mais, entaché
par l'expédition désastreuse
en Irak, le messianisme américain
ne fait plus recette. Et
les Etats-Unis doivent
jongler entre des intérêts
divergents : d'un côté
la condamnation du
gouvernement soudanais
pour son rôle au Darfour
; de l'autre, la coopération
avec le régime de
Khartoum (qui a hébergé
Oussama ben Laden un
temps) dans la guerre
contre le terrorisme.
Enfin, nombre
d'humanitaires sur place
pointent le délitement
d'une crise aujourd'hui
ingérable : la violence
est devenue totalement désorganisée
du fait de la
multiplication des groupes
insurrectionnels. On
assiste à un éclatement
du conflit encouragé par
Khartoum, où le clan au
pouvoir consolide sa
domination en divisant
pour mieux régner.
Profitant aussi des
divisions de la communauté
internationale, le
gouvernement soudanais
dilue sa responsabilité
en mettant le plus de
champ possible entre ceux
qui commettent les
exactions et ceux qui les
ordonnent.
Decenas
de miles de personas
vuelven a pedir en
Beirut la renuncia de
Siniora
Hezbolá
convoca la segunda gran
marcha contra el
Gobierno prooccidental
de Líbano
El País, el 12
de diciembre de 2006
Decenas
de miles de libaneses
han vuelto a pedir en
las calles de Beirut el
fin del Gobierno
prooccidental de Fuad
Siniora, tal como llevan
haciendo desde hace 10 días.
De nuevo, los
manifestantes,
convocados por la
organización radical
chií Hezbolá, se han
dirigido hacia la sede
del Gobierno, donde
permanece atrincherado
el primer ministro, que
se niega a ceder a las
presiones de los
sectores prosirios.
Tropas de combate del Ejército
libanés, así como
fuerzas armadas de la
policía, protegen las
inmediaciones de la sede
gubernamental, donde
Siniora y sus ministros
se encuentran alojados
desde el pasado 1 de
diciembre. Siniora
encabeza un Gobierno de
corte prooccidental que
ha perdido a los cinco
ministros chiíes de
Hezbolá y Amal
previstos en los pactos
constitucionales. Los
ministros renunciaron en
protesta por la
disposición del primer
ministro a crear un
tribunal internacional
patrocinado por la ONU
que investigue la muerte
del ex presidente
antisirio Rafik Hariri,
asesinado en un atentado
en febrero de 2005.
Ayer
mismo, la crisis política
se agudizó después de
que el presidente del país,
Emile Lahud, prosirio, se
negase a firmar el decreto
de creación de este
tribunal enviado por el
Gobierno de Siniora.
Lahoud, un férreo aliado
de Siria, señaló que el
Gobierno carece de toda
legitimidad constitucional
para presentar el
documento, por la ausencia
de los cinco ministros chiíes.
Hezbolá exige la dimisión
del Gabinete o bien que se
le otorguen los
ministerios necesarios
para disponer de una minoría
de bloqueo en el Ejecutivo.
Siniora rechaza una y otra
opción.
División
social
La
crisis política ha
dividido al país : la
mayoría de los suníes
respaldan a su primer
ministro, mientras que los
chiíes han expresado su
apoyo al grupo radical
Hezbolá, mientras que las
facciones cristianas se
encuentran en medio del
conflicto, con la opinión
dividida. Es Hezbolá el
grupo que canaliza las
protestas de los sectores
prosimios, desde una
posición reforzada tras
la guerra del pasado
verano contra Israel. Así,
convocados por la
guerrilla chií, miles de
personas ocupan desde la
madrugada del sábado dos
plazas del centro de
Beirut a las que se han
unido hoy otros varios
miles a para protagonizar
una nueva manifestación
contra el Gobierno de
Siniora. Muchos de estos
manifestantes ondeaban
banderas libanesas o de
Hezbolá, mientras se
escuchaban himnos en honor
a la guerrilla a través
de megáfonos. Aunque al
principio de las
movilizaciones se pedía
un Gobierno de unidad
nacional, los
manifestantes se limitan
ya sólo a intentar
derribar el Gabinete de
Siniora. Éste ha afirmado
en varias ocasiones que no
dimitirá bajo la presión
de la calle y ha instado a
la oposición reanudar el
diálogo, único medio
para salir de la grave
crisis.
Hezbollah
chief 'plotting coup'
BBC,
8 December 2006
Lebanese
Prime Minister Fouad Siniora
has accused the leader of
the Hezbollah militant
movement of plotting a coup.
He pointed to comments by
Hezbollah's Hassan Nasrallah
that the opposition would
form an interim government
without the existing
administration. Mr Siniora
said these were tantamount
to a plot to overthrow the
government. In another
development, a Sunni
preacher led thousands of
Sunni and Shia anti-government
protesters in a show of
unity during Friday prayers.
The preacher, Fathi Yakan,
praised the protesters for
trying to stop what he
called the American project
in Lebanon - a reference to
western support for Mr
Siniora's government.
Speaking in al-Jazeera TV,
Mr Siniora said : "The
least that can be said is
that Mr Nasrallah was not
right yesterday to say what
he said." "He is
trying to stage a coup. Or
at least he's threatening to
stage a coup. And he has
already decided the outcome."
TV
address
In a
televised address on
Thursday, Sheikh Hassan
Nasrallah also said street
protests would continue
until the opposition
achieved its aim of forming
a new national unity
government. Sheikh Nasrallah
told supporters camped in
central Beirut that Lebanon
needed a new government, one
free from foreign influence.
He said Hezbollah was open
to negotiations, and would
not fight fellow Lebanese.
The group, backed by Iran
and Syria, withdrew from
government last month.
Thousands of Hezbollah
followers have been
protesting in central Beirut
for a week, with sporadic
clashes between government
and anti-government
supporters. Hezbollah
withdrew its minister from
the government last month -
and other pro-Syrian members
of the cabinet followed
suit.
Téhéran,
capitale du déni de la
Shoah
par
THOMAS HOFNUNG, publié
dans Libération le 12 décembre 2006
Le "mythe" vaut
bien une conférence.
Une réunion sur la
"réalité" de
l'extermination des
Juifs durant la Seconde
Guerre mondiale,
notamment sur
l'utilisation de
chambres à gaz dans les
camps de concentration
nazis, s'est ouverte,
hier, à Téhéran.
Intitulée "Etude
de l'Holocauste : une
vision mondiale", la
conférence se tient à
l'Institut d'études
politiques et
internationales, qui dépend
du ministère des
Affaires étrangères.
Durant deux jours, des
"universitaires"
et
"chercheurs"
européens, tel
l'ex-universitaire et révisionniste
français Robert
Faurisson, condamné à
de multiples reprises
par la justice française
pour sa négation de la
réalité de
l'Holocauste, mais
aussi des rabbins
antisionistes ou encore
l'ancien représentant républicain
de Louisiane David Duke,
ex-dirigeant du Ku Klux
Klan, vont "débattre"
sur le sujet. Ils sont
notamment invités à se
pencher sur le thème
suivant : "Holocauste
: suites et
exploitation." Le
président iranien
Mahmoud Ahmadinejad en
est à la fois le
concepteur et le
promoteur. Depuis son
arrivée au pouvoir, en
août 2005, il a parlé
à plusieurs reprises de
l'Holocauste comme d'un "mythe", utilisé
selon lui par Israël
au Proche-Orient, qu'il
qualifie par ailleurs de
"tumeur" et
qu'il souhaite
ouvertement "rayer
de la carte". Malgré
les pressions de la
communauté
internationale, Téhéran
cherche à se doter de
l'arme nucléaire.
Dans son discours
d'ouverture, le ministre
iranien des Affaires étrangères,
Manouchehr Mottaki, a
affirmé : "Le
but de cette conférence
n'est pas de nier ou de
confirmer la réalité
de l'Holocauste.
L'objectif principal,
c'est de donner
l'occasion de s'exprimer
à des penseurs qui ne
peuvent pas le faire
librement en
Europe." Cette
conférence a provoqué
de nombreuses
protestations. Le
Premier ministre israélien
Ehud Olmert l'a qualifiée
de "nauséabonde". Paris
a exprimé son "inquiétude", alors
que Berlin a condamné "toute
tentative de ceux qui
cherchent à donner un
forum à ceux qui
relativisent et
remettent en cause
l'Holocauste". Washington
a parlé de "geste
honteux". Enfin,
le secrétaire général
de l'ONU, Kofi Annan, a
estimé que "toute
tentative de semer le
doute sur la réalité
de cette horreur unique
et indéniable doit
susciter l'opposition
ferme de toute personne
de bonne volonté,
quelle que soit sa
religion". La
conférence est également
critiquée par la
communauté juive d'Iran
(25.000 personnes). "Nier
l'Holocauste est une
immense insulte", a
dit Moris Motamed,
unique député juif au
Parlement iranien. Pas
aux yeux des dirigeants
iraniens.
Trouvons une stratégie
commune pour apaiser le
Moyen-Orient
par JOSCHKA FISCHER,
publié dans le Figaro le
7 décembre 2006
L'auteur est ancien
ministre des Affaires étrangères
et vice-chancelier
allemand de 1998 à 2005.
Chef de file du parti des
Verts pendant presque
vingt ans, actuellement
professeur à la Woodrow
Wilson School de
l'université de Princeton
La
situation politique et les
problèmes de sécurité
sont extrêmement préoccupants
dans la vaste région
comprise entre la vallée
de l'Indus et la rive est
de la Méditerranée.
Quand les Etats-Unis sont
intervenus militairement
en Irak en 1991, leur
objectif était d'entraîner
un changement radical dans
toute cette région.
Aujourd'hui, il est clair
que pour l'essentiel ils
n'y sont pas parvenus,
quel que soit le domaine
considéré. Et même un
succès, la tenue d'élections
libres en Irak, menace de
diviser le pays, plutôt
que de l'unifier. Les
relations de pouvoir au
Moyen-Orient sont
instables, en
transformation constante,
ce qui n'entraîne pas un
effet de dominos vers la démocratisation,
mais soulève la menace
d'une chute en dominos
vers le chaos. En 1991, la
décision de partir en
guerre contre l'Irak pour
libérer le Koweït a
marqué le début du rôle
de l'Amérique comme seul
pouvoir militaire hégémonique
dans la région. La décision
de mener la guerre contre
l'Irak pour la deuxième
fois et d'occuper le
pays en mars 2003 a
transformé cette hégémonie
en responsabilité directe
des Etats-Unis quant à
l'avenir du Moyen-Orient.
Le positionnement des
Etats-Unis comme acteur
principal au Moyen-Orient
pouvait déboucher sur
deux scénarios différents.
S'ils réussissaient en
utilisant leur puissance
militaire, cela pouvait
conduire à un nouveau
Moyen-Orient, démocratique,
mais si en dépit de leur
force militaire ils échouaient,
cela pouvait entraîner un
vide de pouvoir déstabilisateur
pour la région. C'est ce
deuxième scénario, prévisible
depuis le début, qui est
devenu une réalité.
L'objectif même de la
guerre en Irak s'est
transformé d'une mission
de démocratisation à une
mission de stabilisation
très coûteuse en termes
de vies humaines et de
moyens financiers. A
la place d'un réaménagement
radical des relations
entre les pouvoirs dans la
région, l'objectif se réduit
maintenant à maintenir le
statu quo. Au mieux, les
Etats-Unis peuvent
maintenant espérer un
retrait qui leur
permettrait de sauver la
face. Le récent scrutin
aux Etats-Unis était un référendum
sur la guerre en Irak. Le
résultat conduit à un
calendrier vers "l'irakisation"
et à un retrait américain
avant la prochaine élection
présidentielle. Derrière
la trop prévisible fin de
la mission américaine de
stabilisation en Irak se
profile une guerre civile
qui menace de se
transformer en guerre
entre Arabes et Iraniens
par milices interposées,
avec pour enjeu le contrôle
de l'Irak, du Golfe, du
Liban, des territoires
palestiniens et au-delà.
Il faut aussi prendre en
compte le risque important
présenté par le vide de
pouvoir en Irak qui
pourrait fusionner le
conflit israélo-arabe, la
situation en Irak et en
Afghanistan en une mégacrise
régionale. A la lumière
du retrait américain à
venir, les pouvoirs régionaux
réévaluent leurs intérêts
et leurs objectifs. Les
principaux acteurs seront
l'Iran, la Syrie, l'Arabie
saoudite, l'Egypte, la
Jordanie, le Pakistan, la
Turquie et Israël. Avec
la guerre en Irak, les
Etats-Unis ont perdu leur
position de pouvoir unilatéral,
cela tant au Moyen-Orient
qu'ailleurs. A
l'avenir, plusieurs
grandes puissances se
manifesteront au
Moyen-Orient, notamment
les Etats-Unis, la Russie,
la Chine et l'Inde. Espérons
que l'Europe sera de la
partie, car sa sécurité
se joue dans cette région.
L'enjeu n'est plus
seulement l'Irak, mais
l'avenir de toute la région.
Nous pourrons nous estimer
heureux si le chaos
naissant peut être limité
à l'Irak. La
reconnaissance par
Washington que l'Irak ne
peut plus être gagné ni
même stabilisé sans un
changement de structure au
niveau de toute la région
est venue très tard,
peut-être même trop
tard. Les Etats-Unis
devront trouver un accord
avec leurs alliés et
entamer des pourparlers
directs avec tous les
autres acteurs pour
essayer de parvenir à un
nouveau consensus régional.
Si ce changement de politique
avait eu lieu il y a un an
ou même au début de l'été
dernier, les perspectives
auraient été meilleures.
Avec chaque jour qui
passe, la position américaine
dans la région
s'affaiblit encore et les
chances de réussite d'une
nouvelle stratégie
politique s'éloignent. Le
plus grand danger vient de
l'Iran, le premier bénéficiaire
du vide de pouvoir en
Irak. L'Iran a des
ambitions hégémoniques
qu'il cherche à réaliser
en s'appuyant sur son
potentiel militaire, ses
réserves en pétrole et
en gaz, son programme nucléaire,
son influence sur les
chiites dans toute la région
et ses tentatives pour
mettre fin au statu quo
dans le monde
arabo-musulman. Néanmoins,
ce pays est relativement
isolé. Ses seuls alliés
dans la région sont la
Syrie et le Hezbollah.
D'autre part, il est menacé
par une coalition
anti-iranienne de facto de
tous les autres pouvoirs régionaux
rassemblés par leur
crainte d'une domination
iranienne.
Si l'Occident - l'Amérique
et l'Europe - agit vite et
résolument dans le cadre
d'une stratégie
conjointe, il reste une
chance de stabiliser la
situation. Mais, pour y
parvenir, il sera nécessaire
de réexaminer les
relations avec les
principaux acteurs de la région.
Cela passe par une stratégie
fondée sur des moyens de
nature politique et non
sur une menace
d'intervention militaire
ou de changement de régime. A
la place, il faut des négociations
directes, des garanties de
sécurité et une aide à
l'intégration politique
et économique. Pour réussir,
cette stratégie nécessite
aussi le recours à une
menace réaliste
d'isolation envers ceux
qui continuent à miner la
stabilité régionale,
ainsi que des progrès
substantiels dans la résolution
du conflit israélo-arabe.
Une nouvelle politique
moyen-orientale doit donc
privilégier quatre éléments :
1) une offre globale à la
Syrie, pour la détacher
de l'Iran, et la résolution
des points de friction ;
2) une offre de négociations
directes à l'Iran portant
sur une perspective de
normalisation complète
des relations ; 3)
une initiative décisive
et réaliste pour résoudre
le conflit israélo-arabe ;
4) une architecture de sécurité
régionale centrée sur
la stabilisation de l'Irak
et de l'Afghanistan.
Interpellation,
par John Le Carré
publié dans le
Monde du 7 septembre 2006
Répondez un peu à
cette question, je vous
prie. Quand vous tuez cent
civils innocents et un
terroriste, est-ce que
vous gagnez ou perdez la
guerre contre le
terrorisme ? "Ah,
me rétorquerez-vous, mais
ce terroriste aurait pu
tuer deux cents personnes,
mille personnes, plus
encore !" Se pose
alors une autre question :
si, en tuant cent
personnes innocentes, vous
provoquez l'émergence
future de cinq nouveaux
terroristes et leur
procurez une base
populaire qui jure de leur
fournir aide et soutien,
garantissez-vous un
avantage aux prochaines générations
de vos concitoyens, ou
vous êtes-vous créé
l'ennemi que vous méritez
? Le 12 juillet, le chef
d'état-major de l'armée
israélienne nous a
gratifiés d'un aperçu
des subtilités de la pensée
militaire de son pays. Les
opérations militaires prévues
au Liban, nous déclara-t-il,
"allaient renvoyer
ce pays vingt ans en arrière".
Eh bien, j'étais là-bas
il y a vingt ans, et ce n'était
pas joli, joli. Après sa
déclaration, le général
a tenu sa promesse. J'écris
ceci vingt-huit jours
exactement après que le
Hezbollah a enlevé deux
soldats israéliens,
pratique militaire assez
fort courante que les Israéliens
eux-mêmes ne
s'interdisent pas.
Au cours de ces
vingt-huit jours, neuf
cent trente-deux Libanais
ont été tués et plus de
trois mille blessés. Neuf
cent treize mille sont
devenus des réfugiés. Le
nombre de victimes israéliennes
s'élève à
quatre-vingt-quatre morts
et huit cent soixante-sept
blessés. Au cours de la
première semaine du
conflit, le Hezbollah
tirait environ
quatre-vingt-dix roquettes
par jour sur Israël. Un
mois plus tard - en dépit
de huit mille sept cents
sorties effectuées par
les forces aériennes israéliennes
sans qu'elles rencontrent
la moindre résistance, et
qui provoquèrent la
paralysie de l'aéroport
international de Beyrouth
et la destruction de
centrales électriques, de
dépôts de carburant, de
flottilles de pêche, de
cent quarante-sept ponts
et de soixante-douze axes
routiers -, le Hezbollah
porta sa moyenne
quotidienne de tirs de
roquettes à cent
soixante-neuf. Et les deux
soldats israéliens qui étaient
la raison affichée de
toute cette agitation ne
sont toujours pas rentrés
chez eux.
Alors oui, comme nous
en avions été avertis,
Israël a fait au Liban ce
qu'il lui avait fait il y
a vingt ans : il a saccagé
son infrastructure et
infligé une punition
collective à une démocratie
fragile, multiculturelle
et résiliente qui s'efforçait
de réconcilier ses différences
confessionnelles et de
vivre en bonne harmonie
avec ses voisins. Il y a
encore un mois à peine,
les Etats-Unis faisaient
du Liban le modèle de ce
que les autres pays du
Proche-Orient pourraient
devenir. Le Hezbollah,
pensait-on avec un
optimisme peut-être
excessif dans la communauté
internationale, allait peu
à peu couper ses liens
avec la Syrie et l'Iran et
se muer en une force
politique et non plus
purement militaire. Et
voilà qu'aujourd'hui
l'Arabie entière célèbre
cette force armée, la réputation
de suprématie militaire
dont jouissait Israël est
en miettes et l'image
dissuasive à laquelle il
tenait tant ne dissuade
plus personne. Et les
Libanais sont devenus les
dernières victimes d'une
catastrophe globale qui
est l'oeuvre de zélotes
égarés et ne paraît
avoir aucune issue.

L'ancien
président américain
Jimmy Carter, Prix
Nobel de
la
paix en 2002,
accuse Israël d'
"apartheid"
et affirme
vouloir
faire tomber "le
mur impénétrable"
qui empêche
le
public américain de
voir la souffrance
des Palestiniens
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