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INTERVIEW  RJLIBAN  N°38  du 27 juillet 2006 

 
Louise Arbour appelle à protéger les civils et évoque le principe de "proportionnalité"

 

par NATALIE NOUGAYREDE, publié dans le Monde du 22 juillet 2006

 

Le Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Louise Arbour, lance un appel à toutes les parties au conflit en cours au Liban pour qu'elles respectent le droit de la guerre et le "principe de proportionnalité" dans les opérations militaires. Dans un entretien accordé jeudi 20 juillet au Monde, Mme Arbour s'est élevée contre le fait que "des civils se retrouvent être des cibles dans ce conflit", notamment lors de "bombardements sans discrimination de villes". La juriste canadienne précise, au sujet du "principe de proportionnalité", que le droit de la guerre autorise des destructions d'objets de nature civile, tels des ponts, mais à la condition que ceux-ci revêtent une dimension militaire indiscutable, et que cela n'affecte pas des besoins importants de la population. Ce qui n'est pas le cas, ajoute-t-elle, "dans le cas de destructions de centrales électriques, par exemple".

 

Mme Arbour souligne que son but n'est pas de porter des accusations, mais de mettre en garde les belligérants. Elle dit ne pas être en mesure de conclure formellement à une violation du principe de proportionnalité, dans la guerre au Liban, car cela "suppose de disposer de toutes les informations et de pouvoir formuler une appréciation précise". Le Haut Commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme rappelle que, dans la guerre au Liban, comme dans tout conflit, la "responsabilité de ceux qui commandent" les opérations et attaques armées "peut être engagée, au regard du droit pénal international". Elle rappelle l'existence, à cet égard, de la Cour pénale internationale (CPI), qui peut juger de crimes de guerre.

 

"Une certaine gravité atteinte"

 

Soulignant que le droit pénal international a pour vocation d'être non seulement punitif, mais "surtout dissuasif", Mme Arbour espère que ses déclarations auront "un certain effet" sur les belligérants. Elle rappelle qu'un principe d' "imputabilité" peut s'appliquer. Autrement dit : de part et d'autre, les responsables des opérations armées pourraient avoir, un jour, à rendre des comptes. Au Liban, "des violations du droit de la guerre pourraient engager des responsabilités pénales", insiste Louise Arbour. Si Mme Arbour a décidé de s'exprimer ainsi, au neuvième jour du conflit, c'est parce que les opérations militaires sont allées s'intensifiant. "Il est devenu clair que les choses ne s'arrêtaient pas, et qu'une certaine gravité et amplitude étaient atteintes" dans la guerre, dit-elle, dénonçant par ailleurs les obstacles créés, sur le terrain, au travail des organisations humanitaires, en l'absence d'un cessez-le-feu.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), gardien des conventions de Genève, a fait part, mercredi, d'inquiétudes du même ordre. Au Liban, "le nombre élevé de victimes civiles et l'étendue des dégâts subis par des infrastructures publiques posent de sérieuses questions au regard du respect du principe de proportionnalité dans la conduite des hostilités", a-t-il déclaré.


 

Proche-Orient : le cri d'alarme du premier ministre libanais Fouad Siniora
 
Propos recueillis par GEORGES MALBRUNOT, publiés dans le Figaro le 20 juillet 2006

Dans un entretien au "Figaro", le premier ministre libanais demande un cessez-le-feu immédiat, la création d'un couloir humanitaire et des négociations globales. Ancien proche de Rafik Hariri, Fouad Siniora, de confession sunnite, est chef du gouvernement libanais depuis un an.

 
* Quelle est la priorité du gouvernement libanais, après plus d'une semaine de combats ?
 
J'appelle Israël et le Hezbollah à un cessez-le-feu immédiat et général. C'est le plus urgent pour permettre la création d'un couloir humanitaire afin d'acheminer des médicaments et de la nourriture aux populations du Liban-Sud, qui sont coupées du reste du pays. J'approuve les efforts en ce domaine du président Chirac. Ensuite, le gouvernement libanais traitera les problèmes qui ont conduit à cette situation catastrophique, en particulier la question des deux soldats israéliens aux mains du Hezbollah et des détenus libanais emprisonnés en Israël.
 
* N'êtes-vous pas déçu par la faiblesse des réactions de la communauté internationale ?
 
J'implore la communauté internationale de regarder avec justesse ce qui est en train de se passer. Il faut absolument stopper les tueries contre nos femmes et nos enfants. Depuis une semaine, Israël a ouvert sur le Liban les portes à la folie et nous mène en enfer. Par une réaction complètement disproportionnée, ils ont détruit le Liban, découpant le pays en morceaux. Ils brisent les ponts, les infrastructures. Ils commettent des crimes inimaginables. Israël se dit souvent victime du terrorisme. Mais depuis une semaine, c'est Israël qui pratique un terrorisme d'Etat. Pourquoi détruire une usine de lait ? Pourquoi attaquer un convoi de médicaments offerts par les Emirats Arabes unis et Koweït ? Pourquoi s'en prendre à deux ambulances ? L'armée israélienne terrorise tout un peuple. Je vous le répète, nous voulons un cessez-le-feu immédiat, nous asseoir autour de la table avec les Nations unies pour régler l'ensemble des problèmes qui nous opposent à Israël : les prisonniers, l'occupation des fermes de Chebaa, le désarmement du Hezbollah et le déploiement de l'armée au sud du Liban. Tout cela doit faire partie d'un paquet global de mesures pour en finir une fois pour toutes avec la violence entre le Liban et Israël.
 
* Israël espère, en visant des infrastructures, que les Libanais se retourneront contre le Hezbollah.
 
Les Israéliens sont déjà intervenus à de nombreuses reprises au Liban. Cette fois encore, ils vont obtenir le contraire de ce qu'ils recherchent : leurs tueries créent toujours plus de désir de vengeance et de haine contre eux, toujours plus d'actes désespérés. Quand ils sont venus en 1982 pour en finir avec l'OLP et Arafat, qu'est-il arrivé ? Arafat a quitté Beyrouth. Mais les Israéliens ont créé le Hezbollah. Ne croyez pas que leur offensive va détruire le Hezbollah comme ils le prétendent. Au contraire, cela ne va que le renforcer. Les Israéliens n'infligent pratiquement aucun dommage au Hezbollah. Le monde doit le savoir. Ils infligent des pertes aux civils libanais.
 
* Comment assurer le désarmement du Hezbollah ?
 
Pour nous, la question essentielle est un retrait israélien de nos territoires occupés, c'est-à-dire les fermes de Chebaa, ce n'est pas le désarmement du Hezbollah. Ensuite, le gouvernement libanais assurera sa souveraineté sur tout le pays. Il aura à ce moment-là un réel monopole sur les armes dans ce pays, mais pas avant.
 
* Avez-vous demandé au Hezbollah de vous remettre les deux soldats israéliens ?
 
Non. J'ai discuté de cette question avec la délégation des Nations unies qui est venue au Liban à la demande du secrétaire général, Kofi Annan. Mais depuis qu'ils ont quitté Beyrouth, je n'ai pas eu d'éléments nouveaux concernant les idées développées avec cette délégation.
 
* Le Hezbollah prétend qu'il coordonne sa résistance avec le gouvernement libanais.
 
Le Hezbollah peut dire ce qu'il veut, accuser qui il veut. Une chose est sûre : ils nous ont mis dans le bourbier. Ils ne nous ont pas informés de leur action. Nous nous désolidarisons complètement de cette prise d'otages.
 
* Après l'ONU, appelez-vous au déploiement d'une force internationale de stabilisation au Liban-Sud ?
 
C'est une idée qui a été avancée, mais je n'ai rien eu de concret entre les mains. Nous ne sommes prêts à l'envisager que dans le cadre d'un paquet global de mesures pour régler la crise. Une force internationale seule pour créer une zone tampon entre Israël et le Liban ne résoudra pas durablement la crise. Nous réclamons un traitement global des problèmes qui mène à l'application de l'armistice de 1949 entre le Liban et Israël.
 

 

Mohammad Fneich : L’objectif d’Israël est de modifier le statu quo dans la région

 

Propos recueillis par JEANINE JALKH, publiés dans l'Orient-le Jour le 22 juillet 2006

 

C’était la dixième tentative de capture de soldats israéliens à la frontière, affirme le ministre de l’Energie et de l’Eau

 

Loin du bruit de la guerre, des gémissements des blessés et des lamentations des familles démembrées, le ministre Mohammad Fneich a tenu à évoquer, sereinement, les différents enjeux qui ont mis, en quelques jours, le pays à feu et à sang. Siégeant dans son ministère où l’on parle peu des problèmes de coupures d’électricité, mais plutôt de "cette sale guerre menée par l’occupant contre la population civile", le ministre du Hezbollah explique comment son parti a été acculé à s’engager "dans une bataille qu’il n’avait pas prévue". Le seul objectif du parti, dit-il, était de poursuivre "les opérations de résistance habituelles" en vue de libérer des prisonniers qui croupissent dans les geôles israéliennes depuis plusieurs années. "Contrairement aux arguments avancés par certains, affirme M. Fneich, c’est Israël, et non le Hezbollah, qui a décidé du “timing” de cette bataille, d’autant que l’Etat hébreu cherche à anéantir le Hezbollah pour modifier le statu quo dans la région."


Selon M. Fneich, le parti chiite n’avait aucunement l’intention d’entrer dans cette guerre, et tous ceux qui cherchent à faire assumer au Hezbollah la responsabilité de l’escalade "sont en train de légitimer l’agression israélienne contre le Liban". A ceux qui considèrent que l’opération du kidnapping des deux soldats a été commanditée par l’Iran et la Syrie, le ministre répond : "Personne n’est jamais mis au courant des décisions (militaires) prises au sein du parti. D’ailleurs, quel est l’intérêt de la Syrie dans cette affaire ? Damas ne craint-il pas lui-même une extension du conflit ?" s’interroge le ministre. Quant à la question du timing de l’enlèvement, elle n’a aucune portée stratégique par rapport au parti, souligne-t-il en substance. M. Fneich précise à ce propos que cette opération s’inscrit dans la lignée des multiples interventions militaires de la Résistance. "C’était la dixième tentative de capture de soldats israéliens à la frontière, dont la fameuse opération menée dans la région de Ghajar il y a quelques mois. Certaines des tentatives ont échoué, d’autres n’ont jamais été rendues publiques", dit-il.


Et le ministre de réitérer ce que plusieurs responsables et observateurs avaient déjà affirmé, à savoir que "l’ampleur et la violence de l’agression ne peuvent en aucun cas s’expliquer par le seul rapt des deux militaires israéliens". "Elles s’inscrivent plutôt dans le cadre d’une action préméditée qui a pour objectif d’anéantir le rôle du Hezbollah (...) C’est plutôt Israël qui a décidé du timing", ajoute-t-il, précisant que l’Etat hébreu attendait la moindre excuse pour lancer une opération de grande envergure contre le pays. Preuve en est, dit-il, la déclaration faite par l’Etat israélien qui a officiellement reconnu, jeudi, avoir préparé l’opération contre le Hezbollah "il y a longtemps, bien avant la capture des deux militaires, dans l’objectif de modifier le statu quo dans la région". Cette déclaration peut s’expliquer par le seul fait qu’Israël ne peut plus légitimer aux yeux de l’opinion internationale cette agression disproportionnée contre le Liban en avançant l’argument des deux soldats, affirme M. Fneich.


Cependant, et quels que soient les motifs avancés par l’une ou l’autre partie, les conséquences sur le terrain sont on ne peut plus dramatiques, puisque c’est la population civile qui paye dans sa chair le lourd tribut d’une décision prise par deux entités militaires. Les leaders du Hezbollah sont-ils conscients de la lourde responsabilité qui leur incombe ? "C’est l’agresseur qui doit assumer cette responsabilité, ainsi que tous les Etats qui le soutiennent et assistent passivement à ce qui se déroule sur notre territoire, tout en s’abstenant de blâmer, voire de stopper l’Etat hébreu, affirme M. Fneich. Ce dernier dispose comme il veut de notre territoire et foule aux pieds toutes les règles et lignes rouges. Au lieu d’affronter directement le Hezbollah, l’armée israélienne mène une sale guerre contre la population civile", dit-il. "Certes, insiste le ministre, nous sommes conscients et sensibles à la souffrance du peuple libanais. En même temps, nous leur disons que cette affliction ne devrait pas nous faire oublier notre rejet absolu de toute atteinte à notre dignité. Comment peut-on tolérer que des crimes aussi barbares soient commis à l’encontre des civils ?" s’indigne M. Fneich.


Il n’en demeure pas moins que c’est le Hezbollah qui a provoqué le conflit. Cela en valait-il vraiment la peine ? Selon lui, le parti chiite ne s’attendait pas du tout à une telle réaction de la part d’Israël. "Le Hezbollah n’avait d’autre intention que celle de libérer les prisonniers qui croupissent dans les geôles israéliennes depuis des années", précise-t-il, en rappelant que le parti avait, à plusieurs reprises, laissé la voie ouverte à une solution pacifique par le biais de la diplomatie, des tentatives que l’Etat hébreu a rejetées à chaque fois. Le parti chiite ne peut-il pas tout simplement libérer les deux prisonniers pour mettre un terme à ce conflit ? "Nous n’en sommes plus au stade des deux prisonniers. Si c’était le cas, on aurait pu y remédier facilement et rapidement en procédant à un échange de détenus de part et d’autre, comme l’a proposé le Hezbollah. Cette question est largement dépassée maintenant, notamment à la lumière des destructions massives et des massacres des civils."


Quelle solution propose donc le Hezbollah ? "Il s’agit d’abord d’arrêter les hostilités puis de procéder à l’échange des prisonniers. Il faudra également s’assurer du respect des principes prévus par les accords d’avril 96 (notamment celui d’épargner la population civile)", propose le ministre du Hezbollah. "Nous n’avons aucun problème à nous engager dans la bataille militaire avec les forces d’occupation. Ces dernières doivent cependant respecter le principe prévoyant la protection des civils", conclut M. Fneich. 

 



L’ambassadeur de Suisse François Barras : Nous sommes aux côtés du Liban et nous ne l’abandonnerons pas
 
Propos recueillis par LELIA MEZHER, publiés dans l'Orient-le Jour le 22 juillet 2006
 
L’équipe du Corps suisse d’aide humanitaire (CSAH), arrivée depuis mercredi à Beyrouth, s’est réunie hier avec le Premier ministre Fouad Siniora afin de dresser un bilan provisoire des besoins des personnes déplacées. Le CSAH fait partie de la Direction du développement et de la coopération, un service de l’Etat suisse dont le rôle est d’aider les victimes de catastrophes, naturelles ou autres, à travers le monde. Contacté par L’Orient-Le Jour, l’ambassadeur de Suisse, François Barras, a tenu à insister sur le fait que "la Suisse n’abandonne pas le Liban et veut rester à ses côtés en ces temps difficiles, car la Suisse est une grande amie du pays du Cèdre, et la communauté libanaise de Suisse a toujours beaucoup donné à la Confédération helvétique". Et M. Barras de poursuivre : "De plus, la Suisse a toujours eu dans le cœur des Libanais une place très spéciale."

Que la Suisse assure aux populations déplacées une aide humanitaire de base n’est qu’un juste retour des choses, selon M. Barras. Un triple couloir humanitaire serait ainsi mis en place d’ici peu, même s’il n’est pas toujours facile d’obtenir la confiance des belligérants. Des négociations sont actuellement en cours avec les deux parties au conflit afin de garantir la sécurité et le bon fonctionnement de ces couloirs. Trois couloirs donc, le premier reliant Beyrouth au Liban-Sud, le second assurant le lien entre la capitale et Chypre et le troisième, enfin, permettant d’établir une connexion entre le sud du pays et Chypre. Ces corridors permettront, d’une part, l’évacuation prioritaire des blessés et des civils fuyant les zones de combat ; ils permettront, d’autre part, à la population d’avoir accès aux produits de première nécessité.

Le caza de Baabda prioritaire

Actuellement en train d’évaluer l’ampleur des aides à assurer ainsi que leur nature, le CSAH compte concentrer son aide dans un premier temps sur le caza de Baabda. Interrogé sur la nature de l’aide que la Suisse entend prodiguer aux populations, M. Barras a affirmé que "des médicaments, des denrées de première nécessité, ainsi que des tentes et des sacs à couchage" seront assurés à tous ceux qui en ont besoin. Un point de travail sera donc installé dans cette région afin de venir en aide aux populations qui ont dû fuir la banlieue sud de Beyrouth. A cet égard, M. Barras a souligné qu’une première livraison de médicaments a déjà été effectuée dans cette région. Comment en outre garantir que l’aide arrive bel et bien, et uniquement aux personnes qui en ont besoin ? L’ambassadeur de Suisse explique qu’il existe un système, un genre de mode de fonctionnement qui est appliqué à chaque fois que le CSAH apporte son soutien aux victimes de catastrophes. En effet, "l’élément primordial dans ce cas est la centralisation de l’aide dans un entrepôt unique. Seuls quelques fournisseurs seront autorisés à distribuer cette aide, et dans ce cadre, nous travaillons étroitement avec la Croix Rouge libanaise ainsi qu’avec le ministère de la Santé", indique M. Barras. Il ajoute : "C’est l’expérience du terrain qui nous a poussés à adopter ce système qui nous permet, dans la mesure du possible, de faire parvenir l’aide entre de bonnes mains."

Respect du droit humanitaire

"La Suisse est dépositaire des conventions de Genève et attache ainsi une importance primordiale à leur respect par les deux parties au conflit", selon les propres dires de M. Barras. Les quatre conventions de Genève garantissent en effet la sécurité et la protection des personnes ne prenant pas part aux hostilités. Font partie de cette catégorie les civils, les membres du personnel sanitaire ou d’organisations non gouvernementales, les personnes ayant abandonné le combat (combattants blessés, malades ou naufragés, prisonniers de guerre). "La Suisse tient à ce que les deux parties respectent leurs obligations, conformément au droit international humanitaire", précise à cet égard M. Barras. A noter que ces obligations ne sont soumises à aucune condition de réciprocité. Autre obligation à laquelle les parties aux combats doivent se conformer : le principe de proportionnalité. Ce principe suppose une riposte proportionnelle à l’attaque subie. Il prohibe donc toute riposte intempestive susceptible de mettre en péril la vie de civils.

Une aide globale et durable

Interrogé en outre sur le sort des ressortissants suisses, François Barras a mis en exergue la volonté de la plupart des ressortissants suisses de rester au Liban malgré la situation délicate et dangereuse qu’il traverse actuellement. "Mis à part les Suisses qui résident dans la banlieue sud de Beyrouth et ceux qui habitent Baalbek ou au Liban-Sud, les ressortissants suisses ont choisi de se solidariser avec le Liban, précise-t-il. Il ne s’agit pas d’une opération d’évacuation à proprement parler, mais bien d’un choix laissé à l’appréciation de chaque ressortissant. Une simple possibilité de partir." La phase de rapatriement étant pratiquement terminée, l’aide humanitaire peut être acheminée.

M. Barras poursuit : "Une fois la guerre terminée, une phase d’aide à la reconstruction est prévue, mais il est prématuré d’en parler aujourd’hui." L’ambassadeur a par ailleurs indiqué que toutes les instances internationales œuvrent en ce moment et de manière très active pour parvenir à une solution pacifique qui puisse mettre un terme à "une escalade dangereuse de la violence, tant sur le plan local que sur le plan régional". M. Barras a notamment mis l’accent sur l’urgence d’un cessez-le-feu, "car la poursuite des hostilités ne fera qu’aggraver la crise humanitaire déjà grave que traverse le Liban ; plus les infrastructures seront touchées, plus la crise ira en s’aggravant". M. Barras a enfin souhaité un déploiement rapide d’une force de stabilisation, en assurant une nouvelle fois que la Suisse "se tient aux côtés du Liban pour l’aider à surmonter cette tragédie".  
 

 
Le Liban et nous
 
par DANIEL RONDEAU, écrivain et journaliste, publié dans le Monde du 27 juillet 2006
 
Fallait-il encore une fois massacrer le Liban, déjà gangrené dans les années 1970 par l'hyper-présence de réfugiés palestiniens, sacrifié hier sur l'autel d'une alliance contre nature de l'Amérique avec les terroristes syriens et aujourd'hui livré aux dévastations d'une force brutale au nom de la sécurité d'Israël ? L'Etat d'Israël a le droit de se défendre, et, si ses dirigeants nous ont habitués à entretenir des relations rudes, souvent violentes, avec leurs voisins, c'est parce qu'ils ont été habitués à vivre sous la constante menace des armes de tous ceux qui, depuis cinquante-huit ans, ne pensent qu'à rayer ce pays de la carte du monde. Pourtant ce qui se passe aujourd'hui concerne autant la mort du Liban que la survie d'Israël. Des ponts, des routes, mais aussi des usines de lait, des élevages de poulets, des immeubles de civils, des convois de réfugiés, des églises, sont la cible des avions israéliens. Le peuple libanais pensait enfin sortir de son malheur. En moins d'une semaine, Israël l'a renvoyé à l'exode, à la paupérisation, à la solitude et à la mort. Quelle victoire !
 

Les dirigeants d'Israël reprochent aux Libanais de ne pas avoir désarmé la milice du Hezbollah. Le président français a d'ailleurs exprimé les mêmes remontrances. Pourquoi feindre de croire que cet Etat en charpie avait la capacité de désarmer une milice soutenue par deux puissances majeures de la région ? Les Libanais s'étaient engagés dans un dialogue national dont la communauté chiite était partie prenante, et de nombreux Libanais, de toutes confessions, souhaitaient le désarmement du Hezbollah. Il fallait accompagner ce dialogue. Seules les puissances internationales pouvaient conduire cette nécessaire entreprise à son terme. Or au Moyen-Orient, depuis l'invasion de l'Irak, les militaires ont remplacé les diplomates dans l'administration américaine. Plus de diplomatie européenne non plus, par faute d'Europe (c'est aussi l'une des conséquences du non français au référendum). La mansuétude des autorités libanaises à l'égard du Hezbollah ne peut s'interpréter qu'au regard de cette absence.

 

L'essor du Hezbollah n'est d'ailleurs pas seulement le résultat du soutien constant de l'Iran et de la Syrie. Le Hezbollah s'est développé dans les régions les plus pauvres du Liban, là où les gens manquaient du minimum vital, quand la communauté internationale a abandonné ce pays aux mains d'Hafez Al-Assad. Les chiites aussi ont le droit de vivre. C'est sur la faillite des démocraties que l'organisation terroriste a prospéré. Cela ne signifie d'ailleurs pas que tous les chiites sont ralliés au Hezbollah. Chez les chiites, comme les autres Libanais, comme chez les Palestiniens ou les Israéliens, nombreux sont ceux qui se disent prêts à épouser la cause de la paix.

 

Pour une majorité de Libanais, Hassan Nasrallah s'est d'ailleurs mis au ban de la communauté libanaise en enlevant de façon irresponsable des militaires israéliens. Israël a pris en otage l'ensemble du peuple libanais, qui reste hanté par le cauchemar de la guerre civile. La tempête aveugle déclenchée par Israël n'a réussi qu'à susciter un mouvement de solidarité patriotique dans un pays soumis à des bombardements aussi meurtriers que désinvoltes, et à nourrir la haine dans le monde entier. Rien ne sera fondé sur la haine. C'est pourquoi il y a quelque chose de suicidaire pour Israël dans cette politique. Le Moyen-Orient, plus que jamais, et Israël aussi, ont besoin du Liban. C'est un pays arabe où a duré une présence chrétienne aussi ancienne que le christianisme. Au Liban plus qu'ailleurs, il reste possible de faire reculer ce que Fernand Braudel appelait "des haines de civilisation", celles qui menacent aujourd'hui le monde entier.

 

Il y a moins d'un mois, des chanteurs et des musiciens, israéliens et palestiniens, étaient venus chanter dans quinze villes de France, d'une seule voix et main dans la main. A Nancy, à Marseille, à Rennes, à Dunkerque, à Paris, leurs chants, leur présence témoignaient d'une volonté commune de paix. L'un d'eux, Habib Awwad, chanteur palestinien du groupe Karawan d'Ibillin (en Galilée), un touche-à-tout souriant et père de quatre enfants, a été tué dimanche par une roquette tirée du Liban sud. L'une de ses amies de tournée, Limor, une jolie chanteuse israélienne, a dit que cette mort la renvoyait dans le pire de ses cauchemars. Ce cauchemar est celui de tous les peuples de cette région ; la paix ne se divisera pas. Le désarmement du Hezbollah va devenir plus que jamais à l'ordre du jour. Ne nous trompons pas. Chacun sait bien que seule la paix entre Israël et les Palestiniens désarmera les folies et les haines, au Liban et ailleurs.

 


 

Le paravent humanitaire

 

par RICHARD WERLY, publié dans le Temps le 27 juillet 2006

 

Les caméras étaient au rendez-vous : premier avion à se poser mercredi sur la piste endommagée de l'aéroport de Beyrouth depuis le début des frappes israéliennes, l'appareil militaire jordanien, rempli de vivres et de médicaments, a fait le tour du monde. Qu'importe l'échec de la conférence de Rome, incapable de dégager plus que des vœux pieux d'intervention multinationale ? Puisque l'aide est au rendez-vous, semblent dire les images, les Libanais peuvent supporter la poursuite des hostilités. Le problème est que ces images-là sont mensongères. L'urgence au Liban n'est pas de décharger des colis. Il y a suffisamment de stocks dans le pays pour nourrir les déplacés et assister les victimes, y compris sur le plan médical. L'urgence, c'est l'accès. Or, dans la région de Tyr, les civils bloqués sous les bombes demeurent scandaleusement hors d'atteinte.

 

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) se retrouve, dans ce contexte, dans une position aussi décisive que problématique. Une de ses équipes a pu se rendre le plus loin dans la zone de combats dimanche. Mais depuis, aucun convoi d'assistance n'a pu rejoindre les villages assiégés. Or, tout le monde sait que dans cette guerre la garantie de sécurité ne peut pas être obtenue sans l'accord de l'armée israélienne. En décidant de différer ses convois et en ne forçant pas la porte des localités pilonnées par Tsahal, le CICR laisse le piège des hostilités se refermer. Tandis que les images de déchargement d'aide à Beyrouth occupent les écrans, l'institution basée à Genève donne l'impression que l'aide arrive, alors qu'elle n'est pas là. Quid des hôpitaux des villages assiégés ? Quid des blessés restés dans les carcasses de leurs voitures sur le bord des routes aux environs de Tyr ?

 

Le paravent humanitaire libanais a le goût de la défaite. Le CICR, sous d'autres théâtres, notamment l'Irak, nous avait habitués à de l'audace et du courage. Il doit à nouveau en faire preuve. Car l'ironie du calendrier rend en plus cette situation détestable. Voilà quelques semaines, le mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge s'est doté d'un nouvel emblème, le cristal, pour accueillir le Magen David Adom de l'Etat hébreu. L'épreuve du feu, au Sud-Liban, montre à quoi cela a servi...

 


 

Un cri pour le Liban - La courbature

 

par WAJDI MOUAWAD, auteur et metteur en scène, publié dans le Devoir le 25 juillet 2006

 

C'est la soudaineté de tout cela qui fait mal. Tout à coup. D'un coup. Voilà. Ponts détruits, jambes arrachées, enfances perdues et routes cassées, immeubles écroulés, avions dans le ciel et hurlements. Sifflement et explosion et prière désespérée, souffle trop court, coeur qui bat, grande frayeur, sommeil brûlé et ironie et honte et humiliation. Cela tout à coup. Soudaineté. Comme un couteau planté dans la gorge. Des jours déjà que je marche sans faire attention à rien, à la recherche des mots. Ne pas croire ceux qui disent "qu'il n'y a pas assez de mots pour dire...", au contraire, s'entêter. Quand on n'a plus rien, il nous reste encore des mots ; si on commence à dire qu'il n'y a plus de mots, alors vraiment tout est perdu, noirceur noirceur. Chercher même si on ne trouve pas. Regarder ses propres mains et y voir, là, dans ses propres veines et ses propres muscles, là, dans ses bras, l'impossibilité d'agir. Constater et être impitoyable envers soi et assumer : je ne peux rien faire, je ne sais pas quoi faire, je me sens impuissant, je ne peux qu'attendre et suivre le décompte.


Zidane, il y a un siècle

Il y a bien longtemps de cela, un siècle je crois, je tremblais pour Zidane et pour les Bleus. Je comptais, avec une jubilation profonde, les buts marqués contre le Brésil, le Portugal, l'Espagne et puis voilà, fin de la Coupe du monde, et tout à coup, un couteau planté dans la gorge ! Depuis je compte les morts d'un match cauchemardesque où les règles s'inventent à mesure : 316 à 48, addition infernale, sang pour sang sanglante sans remise possible ni banco ni go à passer pour réclamer les vies, toutes les vies perdues, morts, ils sont morts et les voilà, Moustafa, Samir, Sarah, Jean, Abdelwahab, Esther et Isaac et Naji et Nayla et Walid devenus chiffres comme dans France 1 Brésil 0, catastrophe catastrophe.

Est-ce qu'on peut pleurer des lettres ? Pleurer de tout son alphabet, alphabet arabe, Aleph et Bé, Alpha et beta. Devenir poulpe et éclater en encre. Pour inventer des mots ? Est-ce qu'on peut pleurer des lettres ? Alors marcher dans la rue. Chercher des mots. Non pas pour apaiser, non pas pour consoler. Non pas pour dire la situation de tout cela, non pas pour parler politique. Surtout pour ne pas parler politique. Au contraire. Utiliser une langue incompréhensible à la politique. Au journaliste qui me demandait quelle était ma position dans le conflit du Moyen-Orient, je n'ai pas pu lui mentir, lui avouant que ma position relevait d'une telle impossibilité que ce n'est plus une position, c'est une courbature. Torticolis de tous les instants.

Et moi

Je n'ai pas de position, je n'ai pas de parti, je suis simplement bouleversé car j'appartiens tout entier à cette violence. Je regarde la terre de mon père et de ma mère et je me vois, moi : je pourrais tuer et je pourrais être des deux côtés, des six côtés, des 20 côtés. Je pourrais envahir et je pourrais terroriser. Je pourrais me défendre et je pourrais résister et comble de tout, si j'étais l'un ou si j'étais l'autre, je saurais justifier chacun de mes agissements et justifier l'injustice qui m'habite, je saurais trouver les mots pour dire combien ils me massacrent, combien ils m'ôtent toute possibilité à vivre.

Cette guerre, c'est moi, je suis cette guerre. C'est un "je" impersonnel qui s'accorde à chaque personne et qui pourrait dire le contraire ? Pour chacun le même désarroi. Je le sais. J'ai marché toute la nuit à la faveur d'une ardente canicule pour tenter de trouver les mots, tous les mots, tenter de dire ce qui ne peut pas être dit. Car comment dire l'abandon des hommes par les hommes ? Ébranlés ébranlés. Nous sommes ébranlés car nous entendons la marche du temps auquel nous appartenons et aujourd'hui, encore, l'hécatombe est sur nous.

De haine ou de folie

Il n'y a que ceux qui crient victoire à la mort de leurs ennemis qui tirent joie et bonheur de ce désastre. Je ne serai pas l'un d'entre eux même si tout concours à ce que je le sois. Alors justement, comment faire pour éviter le piège ? Comment faire pour ne pas se mettre à faire de la politique et tomber ainsi dans le discours qui nous mènera tout droit à la détestation ? Je voudrais devenir fou pour pouvoir, non pas fuir la réalité mais, au contraire, me réclamer tout entier à la poésie. Je voudrais déterrer les mots à défaut de ressusciter les morts. Car ce n'est pas la destruction qui me terrorise, ce ne sont pas même les invasions, non, car les gens de mon pays sont indésespérables malgré tout leur désespoir et demain, j'en suis sûr, vous les verrez remettre des vitres à leurs fenêtres, replanter des oliviers, et continuer, malgré la peine effroyable, à sourire devant la beauté. Ils sont fiers. Ils sont grands. Je les connais. Les routes sont détruites ? Elles seront reconstruites. Et les enfants, morts dans le chagrin insupportable de leurs parents, naîtront encore. Au moment où je vous écris, des gens, là-bas, font l'amour. Obstinément.

Je les connais. Ils ont trouvé une manière de gagner qui consiste à perdre et cela dure depuis 7.000 ans. Ce n'est pas cela. L'armée qui envahit mon pays devra un jour ou l'autre se retirer et ce jour-là sera un jour de fête, et demain, vous verrez, d'autres guerres viendront prendre le relais de celle qui nous occupe en ce moment, d'autres attentats, d'autres massacres, d'autres ignominies, d'autres souffrances, renvoyant tout ce qui nous révolte aujourd'hui à l'oubli. Non, ce qui est terrifiant, ce n'est pas la situation politique, c'est la souricière dans laquelle la situation nous met tous et nous oblige, face à l'impuissance à agir, à faire un choix insupportable : celui de la haine ou celui de la folie.


 

Liban : réflexions autour d'une paix possible, par Georges Corm

 

publié dans le Monde du 25 juillet 2006

 

Georges Corm, ministre des finances du Liban de 1998 à 2000, est l'auteur du "Liban contemporain. Histoire et société", La Découverte, 2005

 

Les décideurs internationaux ont la mémoire courte. Face à l'immensité de l'agression israélienne sur le Liban, ils pensent pouvoir l'exploiter pour mettre en oeuvre par la force la fameuse résolution 1559 qui a rendu le Liban à son statut d'Etat-tampon où se règlent en toute impunité les tensions et conflits régionaux. En proposant la constitution d'une force multinationale à déployer au sud du Liban, la "communauté internationale" risque fort de rééditer les mêmes erreurs que celles qui ont présidé à la constitution de la Force multinationale d'interposition (FM), créée à l'initiative de François Mitterrand lors de l'invasion israélienne de l'été 1982. Cette force avait pour mission d'assurer l'évacuation des combattants palestiniens hors du Liban, qualifiés alors de "terroristes", et de protéger la population civile libanaise et palestinienne martyrisée par l'invasion brutale de la moitié du Liban, et le siège militaire de la partie de Beyrouth abritant le quartier général de l'OLP et les bureaux de Yasser Arafat.

 

Comme aujourd'hui, où la totalité du Liban est prise en otage par l'armée israélienne, la moitié du pays le fut alors, au cours de l'été 1982, par cette même armée ; elle fut aussi, comme en cet été 2006, bombardée nuit et jour durant deux mois et demi par terre, par mer et par air, sans distinction entre objectifs militaires et civils ; l'eau et l'approvisionnement furent coupés aux habitants de Beyrouth encerclée. Yasser Arafat était l'objet de poursuites aériennes, tout comme l'est aujourd'hui le chef du Hezbollah. On peut se rappeler aussi qu'en juillet 1982 les dirigeants du G7 étaient alors somptueusement réunis au château de Versailles et trop occupés par leurs agapes pour daigner même regarder mourir des milliers de Libanais et de Palestiniens ensevelis sous les décombres de leurs habitations ou bombardés alors qu'ils tentaient de fuir l'enfer. Il n'y avait pas à l'époque de Hezbollah, mais Israël voulait éradiquer le "terrorisme" palestinien présent au Liban et imposer un gouvernement libanais à sa solde qui termine le travail d'éradication violente.

 

La force d'interposition débarqua effectivement à Beyrouth, fit sortir Yasser Arafat et deux ou trois mille combattants palestiniens, s'assura de l'élection d'un président phalangiste (Bachir Gemayel) qui avait cautionné l'invasion israélienne, puis rembarqua. La suite fut un désastre : assassinat du président, entrée des troupes israéliennes à Beyrouth et massacres horribles de femmes et d'enfants palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila. François Mitterand obtint alors le retour précipité de la FM au Liban : cette dernière assista sans broncher aux massacres du Chouf, encouragés par l'armée israélienne (10.000 victimes, 200.000 chrétiens chassés par la force de cette région). Le gouvernement américain, de son côté, encouragea le gouvernement phalangiste libanais à signer un traité inégal avec Israël, résultat ? Des attentats spectaculaires contre les troupes américaines et françaises (450 morts) en octobre 1983 et une relance sanglante jusqu'en 1990 de la guerre entre milices libanaises opposées.

 

Aussi bien le secrétaire général des Nations unies que la Maison Blanche ou l'Elysée auraient donc intérêt à potasser leur dossier libanais avant de proposer au gouvernement de Beyrouth de se lancer dans une nouvelle aventure. Plutôt que de reproduire les mêmes graves erreurs faites par la Syrie dans sa gestion du Liban, et donc de continuer de se mêler aussi imprudemment des affaires intérieures libanaises sans prendre en compte toutes les sensibilités politiques libanaises, les décideurs internationaux devraient d'abord établir un diagnostic clair de la situation libanaise et régionale.

 

Si le Hezbollah n'est qu'une émanation de la volonté de Téhéran et de Damas qui veut agresser indirectement et sans raison Israël, il est totalement aberrant dans ce cas de laisser Israël s'en prendre au Liban. Il faudrait même imposer à l'Etat hébreu qu'il s'engage à ne plus martyriser ainsi le Liban de façon récurrente et inutilement cruelle. Militairement ou par la négociation, qu'Israël ou les Etats-Unis règlent leur contentieux pour l'hégémonie régionale avec ces deux pays, mais non avec le Liban. Si, en revanche, l'existence du Hezbollah au Liban, comme celle du Hamas en Palestine, n'est pas une simple création machiavélique de l'axe Téhéran-Damas, mais le résultat des quarante ans d'occupation par Israël de la Cisjordanie, de Gaza, de la Palestine et du Golan syrien, de vingt-deux ans d'occupation d'une large partie du sud du Liban par Israël (1978-2000) - en infraction à toute légalité internationale -, alors le traitement de la question libanaise doit être tout autre.

 

Le Liban, en effet, ne se gouverne pas par la force ni par la loi de la majorité. Il est une démocratie consensuelle et fragile du fait justement du contexte régional si agité, mais aussi de son régime communautaire. C'est pourquoi les décideurs internationaux seraient avisés de ne pas tenter, comme en 1982, de forcer la main au gouvernement actuel. Celui-ci est d'autant plus fragile qu'il n'est pas un gouvernement d'union nationale - même si le Hezbollah y dispose de deux ministres - et qu'il résulte d'élections menées dans des conditions peu reluisantes sous la houlette des Etats-Unis et de la France, sans même une réforme de la loi électorale réclamée par l'ensemble des Libanais.

 

Il faudrait aussi reconnaître la complexité des forces politiques en présence au Liban et ne pas présenter exclusivement le point de vue des factions sympathisantes de la politique américaine ou française et hostiles au Hezbollah. Il en est ainsi du général Aoun, de très loin le dirigeant le plus populaire de la communauté maronite, mais qui a disparu des médias français pour avoir refusé de se lancer dans des attitudes hostiles au Hezbollah afin de préserver l'unité des rangs et la concorde communautaire au Liban. Il en est de même de Sélim El Hoss, ancien premier ministre du Liban, issu de la communauté sunnite, et qui, aux pires moments de la guerre passée (1975-1990), a su maintenir l'unité du Liban ; celui-ci, depuis l'adoption de la résolution 1559, n'a pas arrêté de recommander aux ambassadeurs occidentaux en poste à Beyrouth de faire appliquer l'ensemble du droit onusien sur le conflit israélo-arabe afin que le Liban soit en mesure de mettre en oeuvre toutes les dispositions de la résolution 1559 sans provoquer de graves discordes internes.

 

La "communauté internationale" ne doit pas instrumentaliser encore plus le Liban dans la partie de bras de fer régionale actuelle et ne doit pas tenter d'exaspérer les divisions des Libanais ou d'ignorer les uns au profit des autres. Ne serait-il pas temps d'ailleurs au Proche-Orient de tenter une autre voie que la politique de la canonnière, qui a si bien caractérisé le XIXe siècle colonial et qui renaît de ses cendres aujourd'hui de façon scandaleuse ?

 


 

Trois questions à Arslan Sinno, président du Rassemblement des propriétaires de minoteries

 

par LILIANE MOKBEL, publié dans l'Orient-le Jour le 22 juillet 2006

 

* Dans une économie de guerre, les minoteries sont dans le collimateur. Quel est l’état des lieux, aujourd’hui ?


"En stockant le pain, un produit périssable, les Libanais sont en train de priver d’autres citoyens de cette denrée alimentaire essentielle. Dans les circonstances ordinaires, la quantité de blé disponible aujourd’hui dans les silos et les minoteries, environ 60.000 tonnes, aurait suffi à la consommation locale pour une période de deux mois. Le Liban consomme entre 1.000 et 1.200 tonnes de blé par jour. D’autres quantités de blé local (ou durum) sont disponibles sur le marché, mais celles-ci ne sont pas adaptées à la production du pain libanais. Au cas où il serait difficile d’importer du blé, les boulangers devraient incorporer 30 % de blé local au mélange de la pâte destinée à la fabrication du pain. En temps normal, cette proportion n’est que de 10 %. La qualité du pain, cependant, ne serait pas la même que celle proposée en ce moment. Si l’on décide d’importer aujourd’hui du blé, il faudrait au moins un mois pour que ce blé soit livré aux minoteries. La procédure administrative à l’Office national des céréales est lente."

* Auriez-vous une proposition à faire dans les circonstances difficiles que traverse le pays ?


"Sur base des propos tenus par le président Jacques Chirac sur la création de corridors humanitaires, j’ai proposé aux instances françaises compétentes que certains dons français portent sur des quantités de blé. Le blé français est de bonne qualité et il n’est pas commercialisé au Liban en raison de son prix élevé. L’envoi de blé français au Liban serait une occasion pour familiariser les minotiers et les boulangeries à ce genre de blé. Vu le blocus, l’inspection des chargements de blé est relativement facile, aucune arme ou autres outils ne pouvant y être cachés. De plus, le transport du blé se fait de point à point, c’est-à-dire d’un port spécialisé vers un autre port spécialisé. Je propose également que le ministère de l’Economie effectue un recensement pointilleux des quantités de blé disponibles sur le marché pour être fixé sur les proportions des ingrédients du mélange destiné à la fabrication du pain libanais."

* Auriez-vous en tant que rassemblement de propriétaires de minoteries une stratégie pour le transport et la distribution ? De même auriez-vous une stratégie organisant la consommation ?


"On n’a pas de stratégie pour le transport et la distribution. On essaie simplement de motiver les ouvriers et les chauffeurs de camion en relevant leurs rémunérations. Le prix du mazout est par ailleurs passé de 600 à 900 dollars. Les coûts de production additionnels se sont répercutés sur le prix du pain, qui a augmenté d’une manière "raisonnable". En ce qui concerne l’organisation de la consommation, c’est une question qui est du ressort du gouvernement. Un éventuel rationnement du pain créerait un marché noir parallèle."


 

François Heisbourg : le Hezbollah, un ennemi difficile

 

Propos recueillis par BRUNO RIPOCHE, publiés dans Ouest-France le 21 juillet 2006

 

Pour François Heisbourg, qui dirige la Fondation pour la recherche stratégique, la milice chiite est aidée par l'Iran.

 

* En neuf jours de bombardements, la puissante armée d'Israël n'a pas fait taire les artilleurs du Hezbollah. Pourquoi ?

 

Le Hezbollah est un ennemi difficile. On est sur un théâtre où les distances sont très courtes. Haïfa n'est qu'à 30 km de la frontière libanaise. Il ne suffit pas d'avoir des images satellite. Les lance-roquettes multiples du Hezbollah sont mobiles, faciles à dissimuler sous les arbres et dans des hangars. Des roquettes grandes comme l'avant-bras, cela se stocke dans des parkings souterrains, des garages, par définition proches des maisons. Ce fort recoupement entre l'espace d'opérations du Hezbollah et les lieux de vie des Libanais explique le nombre de civils tués. Il ne l'excuse pas.

 

* Les généraux israéliens ont mobilisé des troupes sur la frontière. Pourquoi semblent-ils hésiter à les utiliser ?

 

Techniquement, l'invasion terrestre serait sans doute plus efficace pour faire cesser les tirs de roquettes. Mais elle a un coût politique important : en termes de violation de souveraineté, d'occupation, d'ennemis que l'on se fait... Le Hezbollah peut éventuellement reculer jusqu'en Syrie. De quoi faire hésiter les Israéliens. Ce film, ils l'ont déjà joué, en version grand écran, lors de l'invasion de 1982. Ils n'ont pas envie de le revoir.

 

* Qu'est-ce que ces dix jours d'affrontements enseignent sur le Hezbollah ?

 

Beaucoup de choses que l'on savait déjà : ce mouvement s'apprête tout de même à fêter ses 25 ans ! Il y a de grandes constantes, comme le rôle majeur de Damas et Téhéran, avec la présence ininterrompue de centaines de Gardiens de la Révolution iraniens sur place. Ce rôle est confirmé : le Hezbollah a atteint Haïfa, Nazareth et Afoula avec des roquettes de gros calibre d'une portée de 40 à 75 km, qu'il n'avait jamais utilisées auparavant. Ce que la milice chiite appelle des Raad, ce sont des BM27 syriens et des Fajr iraniens.

 

* On a peine à croire que les Israéliens, maîtres du renseignement, aient été pris au dépourvu...

 

On savait que le Hezbollah recevait de telles armes depuis cinq ans. Les Israéliens n'ont pas mené de frappes préventives à la Bush. Ils ont attendu que l'occasion se présente avec la capture de ces deux soldats... Il y a cependant des surprises : le tir sur un navire israélien d'un missile C-802 Silkworm, de conception chinoise, mais fabriqué en Iran, a provoqué stupeur et tremblement. Personne n'imaginait ce genre d'engin entre les mains du Hezbollah. Ce missile requiert une maintenance et un téléguidage. Le Hezbollah ne l'a sûrement pas tiré tout seul !

 

* Quel intérêt le Hezbollah, l'Iran et la Syrie ont-ils à pareille escalade ?

 

Le Hezbollah est probablement, comme le Hamas, sujet à des dissensions. Rappelez-vous : le soldat israélien Gilad Shalit a été enlevé à Gaza au moment où le Hamas local signait le "manifeste des prisonniers", une reconnaissance indirecte d'Israël à laquelle est opposé Khaled Mechaal, le dirigeant du Hamas en exil à Damas. De même, le Hezbollah est tiraillé : d'un côté, il est entré au gouvernement, au Parlement, il a en main le sud du Liban ; de l'autre, il y a les tenants du rôle révolutionnaire régional. Ceux-là, visiblement, ont eu le dessus. L'Iran ? Il manifeste son pouvoir de nuisance. Même si l'on ne distingue pas encore bien s'il s'agit de peser dans la négociation avec les Occidentaux sur son programme nucléaire ou de la rendre impossible. La Syrie ? Je la crois très embêtée, parce qu'elle risque les représailles d'Israël. Mais elle ne peut pas le dire, parce que l'Iran est son seul allié et le Hezbollah son seul levier face à Israël. Elle seule a intérêt à un cessez-le-feu rapide.

 

* Hormis la France, qui invoque la situation humanitaire, les Occidentaux ne paraissent guère pressés...

 

La communauté internationale n'est, au fond, pas fâchée de voir le Hezbollah désarmé - ce que réclamait la résolution 1559 de l'Onu -. On laisse Israël faire le sale boulot tant qu'il ne commet pas une grosse bêtise, comme une bombe sur un hôpital qui ferait 200 morts et mettrait le monde arabe dans la rue.

 


 

Lettres : Un gros recul international
 
par ANDRE MARCEAU, publié dans le Devoir le 11 juillet 2006 

Il n'y a rien de plus dangereux que de se mêler des chicanes des autres quand on n'a pas de solution à proposer. Israël et les Etats-Unis sont en guerre depuis des lustres, avec les Palestiniens et plusieurs pays arabes, et notre bon M. Harper s'est permis une magistrale erreur en décidant d'impliquer la fédération canadienne dans cette guerre. Des soldats d'ici qui guerroient sous commandement américain et qui tuent des Afghans pour permettre aux Etats-Unis de transférer leurs soldats en Irak. Alors que, depuis le Prix Nobel de M. Pearson il y a 50 ans, notre fédération jouissait d'une réputation de complète neutralité à travers le monde, et le passeport canadien nous évitait de passer pour des "guerriers ennemis" dans les nombreux pays où nos voisins sont souvent détestés. Finie aujourd'hui cette "assurance voyage", qui permettait aux Québécois de se faire des amis partout au monde. On vit actuellement un énorme recul international, et c'est la fédération canadienne qui nous y entraîne.

 


 
Un cessez-le-feu unilatéral d'Israël n'est pas la solution, dit MacKay
 
paru dans le Devoir le 24 juillet 2006
 
Il faut commencer à utiliser la diplomatie dans la recherche de la paix au Liban, mais cela ne signifie pas un cessez-le-feu unilatéral d'Israël, affirme le ministre canadien des Affaires étrangères Peter MacKay. Le ministre, qui s'exprimait hier sur les ondes de CTV, a refusé de joindre la voix du Canada à celles d'autres pays qui ont appelé l'Etat hébreu à contenir son offensive militaire dans la région. Pour que les hostilités prennent fin, les deux parties devront d'abord s'entendre sur une solution qui fera en sorte qu'Israël ne subira pas à nouveau les attaques du Hezbollah, dont les troupes se servent du Liban comme base d'opérations, a dit M. MacKay. "Un cessez-le-feu et un retour au statu quo constituent une victoire pour le Hezbollah, a prévenu M. MacKay. N'oublions pas qu'il s'agissait d'une attaque provoquée de la part d'une organisation terroriste [...]. Les discussions doivent mettre l'accent sur la disparition à long terme de la violence dans la région."
 
Les propos du ministre sont conformes à l'opinion que maintient depuis le début de la crise le premier ministre Stephen Harper, suivant lequel le Hezbollah est coupable d'avoir déclenché la violence et un retrait unilatéral d'Israël ne résoudrait pas le problème. Le gouvernement conservateur est la cible de critiques virulentes de la part de Canadiens arabes. Des milliers d'entre eux se sont rassemblés à Montréal, Toronto, Ottawa et ailleurs en fin de semaine dernière pour faire pression sur M. Harper afin qu'il modère sa position. M. MacKay s'est montré très réservé, hier, sur la question de savoir si le Canada accepterait de participer à une éventuelle force de maintien de la paix susceptible d'être constituée sous les auspices de l'OTAN ou de l'ONU. Il a aussi indiqué qu'il n'avait pas encore décidé s'il pouvait contribuer au processus diplomatique en se rendant au Proche-Orient. Pour le moment, a-t-il dit, il se préoccupe surtout de s'assurer que tous les Canadiens désireux de quitter le Liban puissent le faire. Hier, plus de 6.500 ressortissants canadiens étaient sortis du Liban, mais un nombre encore plus grand de Canadiens s'y trouvaient toujours.
 

 
C'est Israël le vrai responsable
 
par JOHN BERGER, NOAM CHOMSKY, HAROLD PINTER ET JOSE SARAMAGO, publié dans le Monde du 27 juillet 2006
 
John Berger est romancier essayiste ; Noam Chomsky est linguiste ; Harold Pinter est dramaturge et Prix Nobel de littérature 2005 ; José Saramago est écrivain et Prix Nobel de littérature 1998. Traduit de l'anglais par Gilles Berton
 
Le dernier épisode du conflit entre Israël et la Palestine s'est ouvert avec l'enlèvement à Gaza de deux civils, un médecin et son frère, par les forces israéliennes. Un incident mentionné nulle part, sauf dans la presse turque. Le lendemain, les Palestiniens capturèrent un soldat israélien, puis proposèrent d'en négocier l'échange contre un certain nombre de prisonniers palestiniens - ils sont environ 10.000 dans les prisons israéliennes. Que l' "enlèvement" d'un soldat israélien soit considéré comme un scandale alors que l'occupation militaire illégale de la Cisjordanie et l'appropriation systématique de ses ressources naturelles - en particulier de son eau - par les forces de défense (!) israéliennes sont acceptées comme un fait certes regrettable mais objectif : voilà qui est typique de la politique du deux poids, deux mesures que l'Occident pratique de façon systématique devant ce qu'endurent, depuis soixante-dix ans, les Palestiniens sur des terres qui leur ont été allouées par des accords internationaux.

Aujourd'hui, les scandales se répondent ; des missiles artisanaux croisent en plein vol des engins autrement sophistiqués. Ces derniers vont généralement atteindre leur objectif dans des zones où les plus déshérités s'entassent en attendant ce qu'on appelait autrefois la Justice. Les deux sortes de missiles déchiquettent les corps de façon tout aussi horrible - qui, hormis les chefs militaires, pourrait l'oublier un seul instant ? Chaque provocation et contre-provocation est montée en épingle et donne lieu à des leçons de morale. Mais les débats qui en résultent, les accusations et les serments ne servent qu'à détourner l'attention du monde d'une pratique militaire, économique et géographique à long terme dont l'objectif politique n'est rien moins que la liquidation de la nation palestinienne. Cela doit être dit à haute et intelligible voix car ladite pratique, seulement exprimée à demi-mot et souvent exécutée secrètement, progresse rapidement ces jours-ci, et c'est un devoir, à notre avis, que de lui résister et de la dénoncer sans cesse et toujours pour ce qu'elle est.

 


 
Pourquoi une telle indifférence de l'UE ?
 
par NABIH DAOU, publié dans le Temps le 26 juillet 2006
 
Pour la énième fois, le Liban est sujet aux attaques sauvages et aux massacres barbares de l'Etat hébreu. Pour la énième fois, l'Union européenne reste les bras croisés et les yeux fermés. Pourquo i? C'est tout simple. [...] Chaque fois que les Nations unies condamnent l'Etat hébreu, le "veto" de l'Oncle Sam est toujours là pour arrêter toute condamnation. Est-ce démocratique ? Peut-être que oui, selon la définition de la démocratie de M.Bush en Irak. A l'UE, j'aurais d'ailleurs envie de dire : "Rien ne vous émeut. Seul le cours du pétrole motive vos actions. Ce qui vous intéresse, c'est de vendre des armes, sans vous soucier de savoir pourquoi et comment ces armes seront utilisées. [...] Soutien total à Israël, pour autant que les juifs restent là où ils sont, c'est-à-dire en Israël." Pour soi-disant libérer deux soldats (peut-on croire à un tel prétexte ?), ces massacres et ces destructions sauvages et barbares font acte d'une vraie démesure. Je conjure donc tous les Etats de l'Union européenne, ainsi que tous les pays libres, à réagir rapidement et fermement, afin de mettre fin à cette barbarie. Enfin, je remercie la Suisse (mon second pays de cœur) d'avoir été le premier pays à condamner cette démesure.
 

 

Liban : vous avez dit terroristes ?
 
par GREGOIRE BAILLOD, pour le Collectif citoyen Suisse-Liban, Genève, publié dans le Temps le 26 juillet 2006 
 
Lutte contre le terrorisme : c'est ainsi qu'Israël justifie sa campagne de destruction massive du Liban depuis dix jours, réalisant sa promesse de ramener le pays du Cèdre "vingt ans en arrière" en le mettant à feu et à sang sans la moindre retenue. Lutte contre le terrorisme : une justification qui jouit d'une acceptation pratiquement sans bornes de la part de la communauté internationale depuis un certain 11 septembre... A tel point que l'on ne se pose même plus la question de savoir ce que l'on entend effectivement par terrorisme - il suffit apparemment d'être Arabe et armé pour répondre aux critères. Hezbollah, Hamas, Al-Qaida, même combat. Vraiment ? Voici la définition que donne l'encyclopédie en ligne Wikipédia de terrorisme : "Le terrorisme est la réalisation, par une personne, un groupe ou un Etat, d'actions violentes destinées à produire sur la population civile un sentiment de terreur et de produire des souffrances supérieures aux objectifs requis par l'objectif du combat. Le terrorisme vise la population civile en général ou une de ses composantes, une institution ou les structures d'un Etat. L'objectif peut être d'imposer un système politique, de nuire à un système politique, ou d'obtenir la satisfaction de revendications, de causer des destructions à un ennemi ou de déstabiliser une société." C'est à se demander si Israël n'a pas consulté cette encyclopédie avant de mener son attaque contre le Hezbollah, ou plutôt contre l'ensemble du Liban et de sa population civile. (Pour plus de détails troublants lire le reste de l'article "Terrorisme" de Wikipédia, et s'informer sur la création du Hezbollah en réponse à l'invasion israélienne du Liban en 1982).
 

 

Israël peut-il vraiment détruire le Hezbollah ?

 

paru dans le Figaro le 20 juillet 2006

 

Analystes en stratégie et experts de l’armée israélienne doutent de la capacité de Tsahal à mettre hors de combat le mouvement chiite libanais.

 
En lançant son offensive sur le Liban, Israël avait un objectif principal : récupérer ses deux soldats enlevés par le Hezbollah. En termes militaires, l’armée israélienne se donnait trois défis : faire cesser les tirs de roquettes sur le nord de l’Etat hébreu, éliminer les dirigeants du Hezbollah et repousser les combattants du mouvement chiite de la zone limitrophe à Israël. Après neufs jours de raids, un porte-parole de l’armée dressait un constat amer : "140 roquettes se sont abattues sur le nord d'Israël depuis mercredi matin, portant à près d'un millier le nombre de ces engins tirés sur Israël par le Hezbollah depuis le début de l'offensive israélienne au Liban, le 12 juillet". Les tirs de roquettes ont fait 15 morts parmi les civils israéliens.
 
"L’illusion d’une solution miracle s’évanouit"
 
Le quotidien Yediot Aharonot évoque déjà une "amère victoire". "Aucun des objectifs fixés par le premier ministre ne sera atteint", estime un éditorialiste. "Les soldats enlevés ne seront pas restitués sans contrepartie, le Hezbollah ne sera pas désarmé et l'armée libanaise ne fera pas grand chose à la frontière". Le Haaretz renchérit : "D'une façon ou d'une autre, l'illusion d'une solution miracle s'évanouit". Au sein de l’administration israélienne, le ton change également. "Je pense qu'en fin de compte, nous ramènerons les soldats à la maison et si l'une des voies passe par une négociation sur le sort de prisonniers libanais, je pense que nous devrons la considérer un jour", déclare Avi Dichter, le ministre de la Sécurité intérieure, respecté pour son passé de patron du Shin Bet, le renseignement israélien. "Cela a été une erreur d'exclure un échange. Il s'agit parfois du dernier recours quand les options militaires ne sont tout simplement pas réalisables", soutient également Danny Yatom, général à la retraite et désormais député du Parti travailliste, partenaire de la coalition gouvernementale.
 
"Israël est dans le pétrin"
 
Les analystes militaires ne sont guère plus optimistes : "Il est indéniable qu'Israël est dans le pétrin. Tsahal a surestimé ses capacités de briser le Hezbollah", constate l’Israélien Reuven Pedatzur. Le risque, selon lui, est que "l'armée déclenche une vaste opération terrestre au Sud-Liban, ce qui la rendrait vulnérable aux actions de guérilla du Hezbollah". "Le Hezbollah semble tenir le coup et son moral semble intact", souligne Shaoul Mishal, spécialiste des mouvements islamiques, de l'université de Tel-Aviv. Selon lui, "il est illusoire de croire qu'on pourra détruire par la seule force des armes un mouvement comme le Hezbollah". Au-delà de la ténacité du mouvement chiite, l’armée israélienne se heurte à des problèmes stratégiques, et constate sur le terrain les limites d’une opération purement aérienne. Le général Alon Friedman, en poste dans la région nord d'Israël, explique d'ailleurs que l'armée "opère pour détruire les infrastructures du Hezbollah notamment les bunkers souterrains et les stocks de roquettes difficiles à localiser et neutraliser par l'aviation".
 
Aucune bombe capable d’éventrer les bunkers du Hezbollah ?
 
Mercredi soir, l’aviation israélienne a largué un tapis de 23 tonnes de bombes sur un bunker du Hezbollah, dans la banlieue sud de Beyrouth, croyant savoir que des dirigeants du Hezbollah s’y trouvaient. Comme à son habitude, le Hezbollah a aussitôt démenti. Ce déluge de bombes s’explique, selon Alon Ben-David, analyste pour le magazine britannique Jane’s Defence Weekly, par le fait qu’Israël ne possède aucune bombe capable d’éventrer les solides bunkers dans lesquels se terrent les chefs du Hezbollah. Israël avait demandé en 2004 aux Etats-Unis de lui vendre des bombes capables de pénétrer des bunkers. Le Pentagone avait approuvé la vente de cent bombes GBU-28 l'an dernier. Mais le ministère israélien de la Défense n’a finalement pas acheté les engins pour cause de coupes budgétaires. Une version allégée du GBU-28, pesant 2.272 kg et pouvant pénétrer sept mètres de béton a été conçue par Israël, explique encore qu’Israël a subi quelques surprises au sujet de l’armement du Hezbollah. Une corvette israélienne a ainsi été touchée le 14 juillet par un missile sol-mer Noor. "Nous ne savions pas que le Hezbollah possédait ce type de missile", qui atteindrait une portée de 200 km, reconnait l’amiral Noam Faig, chef des opérations maritimes israéliennes. Selon le Jane’s Defence, le Noor, fabriqué en Iran sur une base de C-802 chinois, aurait une portée de 200 km et serait même guidé par radar.
 
La majorité des experts estiment qu’en toute hypothèse, Israël devra choisir entre le déploiement d’une force internationale et une vaste offensive terrestre, fatalement coûteuse en vies humaines, mais seul moyen efficace de débusquer les chefs du Hezbollah et de détruire les stocks souterrains de roquettes.
 

 


 

L’encadrement familial pour juguler la peur
 
par VIVIANE MATAR TOUMA, psychologue et psychothérapeute, publié dans l'Orient-le Jour le 22 juillet 2006
 
A-t-on le droit d’avoir peur ? Faut-il exprimer ou camoufler sa peur ? Des questions qui se posent avec acuité, notamment au niveau des jeunes. Quels que soient l’âge, la situation, le statut de chaque personne, la peur est un facteur humain, c’est-à-dire totalement normal. Croyants ou athées, à chacun ses peurs et ses appréhensions. Dans la situation actuelle, la peur se manifeste dans chaque foyer. La peur de la mort mais aussi la peur de l’avenir. "Que vais-je devenir ? Et mes parents, mes amis et les projets d’avenir ?..." s’inquiète une jeune fille de 19 ans. Avant de parler de la situation du Libanais, parlons de l’homme, de l’humain. L’être humain a des craintes et des appréhensions qui relèvent de facteurs en rapport avec les croyances, l’appartenance, l’éducation, le caractère et bien d’autres paramètres. L’expression de la peur diffère d’une personne à l’autre. Les uns sont modérés dans leurs réactions, les autres théâtralisent, exagérant la situation (état de panique). Certains camouflent leurs peurs, refoulant ainsi les affects, mais courant le risque de voir s’ouvrir un jour la soupape de sécurité qui, jusque-là, gardait la personne sous contrôle. Celui qui exprime sa peur ne la dépasse pas nécessairement, mais réduit l’intensité de la pulsion. Dans le cas contraire, la personne court le risque de perdre son équilibre à long terme.

Le Libanais, quelles que soient son appartenance, ses croyances, sa religion, sa confession, est capable de gérer sa peur d’une manière ou d’une autre. L’âge, l’expérience et l’éducation influencent ses réactions. Un facteur vient s’ajouter aux précédents, celui de la guerre. Nous distinguerons les Libanais, qui ont vécu la guerre du dernier quart de siècle, de ceux qui ne l'ont jamais vécue, en passant par ceux qui ont quitté le pays au début du conflit. Les personnes qui ont déjà vécu la guerre la vivent différemment lorsqu’elle se répète. Certes, elles ne se réjouissent pas de la reprise du conflit armé, mais se trouvent capables de maîtriser leurs affects et de gérer leur peur. Quant à ceux qui ont quitté le pays en temps de guerre (surtout dans des conditions difficiles), ils ne peuvent supporter la reprise des affrontements. Ils associent à leurs peurs une mélancolie et une perte de l’espoir en un retour dans leur pays d’origine. Les jeunes de l’après-guerre sont les plus affectés aujourd’hui, parce que la situation est inhabituelle pour eux et par le fait même mystérieuse dans le sens où "tout peut se passer". Certains de ces jeunes perdent l’espoir et sont stressés sans toutefois se laisser aller. D’autres perdent le nord et cherchent à tout prix à quitter le pays (sans vraiment avoir un but bien déterminé).

Le rôle des parents et de la famille s’avère primordial. Dans les circonstances présentes, il nous est demandé d’encadrer nos enfants et les jeunes, d’écouter leur souffrance, de comprendre leurs craintes, de se mettre à leur niveau et leur expliquer la situation. Autrement dit, de communiquer et de ne pas banaliser la situation. Aujourd’hui, plus que jamais, le Libanais est invité à "réfléchir à ses actes" et à ne pas se lancer dans l’inconnu. Prise dans le tourbillon des événements, toute personne peut être emportée par le courant et se retrouver au fond du gouffre. Il est important d’exprimer ce que l’on ressent et de parler de ses peurs. Mais il est indispensable aussi de prendre du recul et de prendre le temps de réfléchir à la situation vécue pour mieux cibler son comportement.
 

 
Largas a Líbano
 
El País, el 27 de julio de 2006
 

Aparte buenas palabras, la conferencia de Roma ha dejado en absoluta penumbra las dos necesidades más apremiantes en Líbano: un alto el fuego y el envío de una fuerza de pacificación. Nada se ha concretado sobre cómo conseguir el inmediato fin de un apocalipsis que dura 15 días, ni tampoco a propósito de la naturaleza, composición, mandato o momento de despliegue de los soldados internacionales. Así las cosas, todo apunta a que Israel tendrá tiempo, como quiere Washington, para conseguir limitar con su ofensiva la capacidad militar de Hezbolá y liquidar la consolidación de su base territorial en el sur de Líbano. Condoleezza Rice lo ha expresado en términos diplomáticos: las cosas en Líbano deben quedar arregladas de manera que sea imposible una vuelta al statu quo anterior.

 

La guerra, sin embargo, no está siendo un paseo para uno de los ejércitos más experimentados del mundo. Los combates cuerpo a cuerpo para conquistar los feudos de Hezbolá están resultando particularmente sangrientos para las tropas israelíes, cuyas bajas aumentan sin cesar. Y los cohetes de la fanática milicia chií siguen cayendo a mansalva y matando a civiles en Haifa y otras localidades norteñas. A medida que crecen los costos humanos de la invasión, una fuerza de interposición tiene cada vez más sentido para un Israel con dificultades para desplegarse con eficacia en los frentes de Líbano y Gaza y en su frontera con Siria. Nada sugiere, tras el vacilante cónclave diplomático de ayer, que vaya a ser fácil o rápido el reclutamiento de esta fuerza crucial bajo los auspicios de Naciones Unidas, que Romano Prodi cifra al menos en 10.000 soldados y de la que la OTAN ya se desmarca. Francia y Alemania mostraron ayer abiertamente su oposición a implicar a la Alianza, que se apresta a medir su eficacia en el descontrolado polvorín afgano.

 

Pero Líbano no puede esperar. Transcurridos 15 días, los combates son más encarnizados que nunca, y el peaje en víctimas inocentes y devastación es insoportable. Y con ello la amenaza de una extensión regional del conflicto que acabe implicando a los grandes protagonistas en la sombra, Irán y Siria, y haciendo si cabe más ingobernable Irak por la agitación incontenible que entre su mayoría chií provocan los acontecimientos libaneses. Es preciso, por tanto, concretar en días, no semanas, un alto el fuego tan duradero como sea posible, pero en cualquier caso inmediato. El paso siguiente, e imprescindible, será obtener de Hezbolá la disolución de sus milicias, algo que exige la implicación directa de Teherán y Damasco, y cuyas posibilidades actuales son prácticamente cero en un Líbano destruido y políticamente inane.

 

Ni en Roma ha habido suficiente sentido de la urgencia ni tampoco indicios de que Estados Unidos, el único actor del reparto con capacidad para ello, esté preparado para leer la cartilla a Israel y sacarle de su trágico error, según el cual a más destrucción, mayor seguridad. Lo que viene, salvo milagro, es la prolongación de la agonía de los libaneses.

 


 

Lebanese Americans flee conflict zone
 
by MARTIN ASSER, BBC, 26 july 2006
 
Many southern Lebanese villagers on the receiving end of Israel's bombardment are also, paradoxically, citizens of Israel's closest ally and strongest military backer, the United States. This is an outcome of the years of Israeli occupation of south Lebanon, when thousands of people, especially Shia Muslims, emigrated to the US. So when the current round of fighting broke out on 12 July, the village of Yaroun, just a few kilometres from the Israeli border, was packed with Lebanese Americans. Young and old had been enjoying their summer holidays, little suspecting that their ancestral homes would soon be subjected to a remorseless battering by Israeli firepower. Teenager Ali Nasser recalls the family huddling in one corner during an Israeli bombardment. The family are lucky to be living in a solid-stone, traditional Lebanese mountain house, he says, which was able to withstand the onslaught. Ali holds up his swanky new mobile telephone and says: "Thank God I had this with me, otherwise I don't think we'd have made it out alive."
 

Escape route

 

Landline telephones and electricity have been cut off for days in Yaroun. Fortunately, most houses have their own wells so water was available. But having Ali's mobile phone enabled the Nassers to call the US embassy in Beirut to ask to get the family out, urgently. US embassy officials said there was nothing they could do except persuade the Israelis to allow a certain route from the nearby town of Rmeich to Tyre to be kept free from bombing. The only road out of Yaroun goes through Bint Jbeil, scene of fierce battles between Israeli forces and their adversaries, Hezbollah, the militant group which captured two Israeli soldiers in a cross-border raid two weeks ago. So the Nassers and other fleeing residents had to walk across country with the battle raging behind them to make their escape. Setting off at an agreed time from Rmeich, fleets of dozens of taxis have been taking people down to the coast at Naqqoura and north to Tyre. The US embassy had to tell the Israelis the exact number of vehicles in the convoy - otherwise they could have been hit anyway, like so many other civilians between Tyre and the border. "It is a scary journey," says Ali. "We saw a burning banana grove that must have just been hit, with two houses destroyed nearby and a blown-up car." Those who arrived in Tyre said there was no way of getting in touch with the families to tell them about the safe escape route.

 

Waiting in pain

 

As US citizens were arriving at Tyre port to get on the SS Princesa Marissa, on its second trip to pick up foreign passport holders and relatives, 80-year-old Afifa Laith (who does not have a foreign passport) was recovering from her ordeal in a nearby hospital. Her house in Chihin, a mountain village 10km (six miles) south of Tyre, had been hit by Israeli bombing, fracturing her elbow and causing shrapnel injuries to two other elderly relatives. "We had to wait three days until a United Nations ambulance came," the distraught Mrs Laith said. "I was in agony all the time and there was no one to help." Many houses in Chihin had been bombed, she said, and the Israelis also dropped leaflets telling the residents to leave their homes. "But when a group of people tried to escape, they bombed the cars. They had to gather up the children's remains in plastic bags," Mrs Laith said. "Now I am safe but my son is still up there, with his wife and four children. I don't know what will become of them."

 


 
Le désarroi des cinéastes libanais à la 8e Biennale de l'IMA
 
par JACQUES MANDELBAUM, publié dans le Monde du 25 juillet 2006
 
Beaucoup de cinéastes libanais vivent entre le Liban et la France. Saisie par la guerre qui frappe son pays d'origine, cette communauté de réalisateurs assiste, médusée, au déferlement de violence, et s'emploie à pallier son impuissance. La 8e Biennale des cinémas arabes à Paris, qui se tient du 22 au 30 juillet à l'Institut du monde arabe (IMA), devient la caisse de résonance de leurs initiatives. Le ton a été donné lors de la soirée d'ouverture, vendredi 21 juillet, par le cinéaste Yves Boisset, qui a appelé "les cinéastes et intellectuels à faire pression sur leurs gouvernements pour que cette boucherie abjecte s'arrête le plus vite possible". L'IMA a décidé de programmer, avant chaque séance, un des quatre spots de trente secondes réalisés, dans l'urgence, par un collectif issu de la jeune garde du cinéma libanais. Délibérément dépourvues d'images spectaculaires, jouant volontiers sur l'obturation de l'image par un cache noir qui leur donne un aspect de faire-part de décès, ces vignettes minimalistes, d'une sobre et digne efficacité, s'achèvent toutes sur l'inscription "Laisserons-nous le Liban mourir sous nos yeux ?"
 

Ghassan Salhab à Beyrouth, Akram Zaatari, Khalil Joreige, Joana Hadjithomas et Danielle Arbid à Paris y ont oeuvré, dans la fébrilité et l'inquiétude - tous ont des parents sous les bombes - de leurs nuits blanches. Les mêmes, associés à d'autres cinéastes présents durant la Biennale, ont lancé l'idée d'une réunion quotidienne sur le parvis de l'IMA, appelant les cinéastes français à les rejoindre pour réfléchir avec eux aux actions à mener. Par ailleurs, Danielle Arbid a lancé une pétition dans ce sens qui circule en ce moment sur Internet, d'ores et déjà signée par des dizaines de réalisateurs français. Ces initiatives témoignent d'un sentiment mêlé d'indignation et de résignation qu'exprime avec justesse cette cinéaste née en 1970 à Beyrouth, qui vit en France depuis 1987 : "Je suis en colère à la fois contre le Hezbollah et contre Israël. Les premiers ont pris en otage la population libanaise tout entière, les seconds détruisent méthodiquement le pays. Nous vivons aujourd'hui un traumatisme d'autant plus terrible que nous pensions être enfin sortis de la guerre et avoir le droit de vivre en paix."

 


 
Pour un Liban responsable de ses frontières
 
par ANTOINE JOSEPH ASSAF, écrivain et philosophe, publié dans le Figaro le 20 juillet 2006
 
Voici donc une autre guerre au Liban après trente ans de guerre et de paix avortées et les leçons à tirer sont aussi évidentes que le soleil de l'Orient.
 
Première leçon : seul le droit peut donner à la paix son fondement stable et inébranlable dans un monde où la nature humaine passe pour être fragile et imprévisible. Or qui peut dire aujourd'hui que le Liban ne méritait pas sa paix et le droit qui pouvaient garantir sa stabilité ? Il a aussi besoin de la force nécessaire pour consolider la paix et permettre à l'esprit du droit et de la liberté de s'épanouir là où la violence terroriste aveugle remplace la justice, l'arrogance le droit et la barbarie la liberté. Il faut donc une force internationale capable d'assurer une transition réaliste pour que la légitimité, la souveraineté et l'indépendance du Liban soient établies contre la barbarie et le chaos.
 
Deuxième leçon : seul l'esprit critique, avec le jugement et la lucidité nécessaires, pouvait donner aux chefs et aux dirigeants d'un pays qui a connu tant de divisions et de guerres la nouvelle chance issue d'un long purgatoire : onze ans de prisons pour Samir Geagea ; quinze ans d'exil pour le général Michel Aoun ; l'assassinat pour Hariri et le retour à un discours nationaliste de résistance, après tant d'autres discours colorés, de Walid Joumblatt. Seul Nasrallah et sa milice du Hezbollah ont continué à caresser les rêves de victoire et de grandeur. Il est temps de leur faire comprendre, avant le désastre, que cela est inutile pour un parti authentiquement libanais représenté par vingt-quatre députés au Parlement et deux ministres au gouvernement ; il est temps de leur dire plus haut que le bruit des bombes qu'ils seront seuls et que leurs alliés, la Syrie et l'Iran, ne viendront pas se battre et mourir sur le front des martyrs de Dieu. Ces pays ont toujours préféré celui de la démission, de l'illusion et de la démesure des empires passés.
 
Troisième leçon : seul l'ordre est nécessaire pour une grande puissance victorieuse pour qu'elle puisse gagner la paix après la guerre. Or Israël est une nation qui a gagné toutes ses guerres mais qui a toujours perdu cette paix tant désirée et si ajournée. Il lui fallait la "paix en Galilée" et en effet elle a réussi à l'avoir, bien que fragile, pour un temps avec cette "bonne frontière" qu'elle avait réalisée avec la défunte Armée du Liban-Sud, abandonnée depuis et disséminée entre les prisons du Hezbollah et l'exil en Israël ! Ses généraux légendaires Haddad et Lahad sont morts mais le principe ne l'est pas : il faut que l'armée libanaise soit enfin capable de jouer ce rôle majeur qui réhabiliterait son image et rendrait au Liban la légitimité et la surveillance naturelle et légale de ses frontières.
 
Que voulez-vous, grands de ce monde, l'Orient vit toujours sous une espèce d'éternité et la réalité de l'histoire reste pour lui voilée derrière les métaphores obscures et les discours grandiloquents. Mais les vrais carrefours sont là devant nous : ou bien le Liban est adopté par le monde libre, au-delà même de "la feuille de route" pour le sauver, ou bien c'est le grand chaos des vieilles civilisations. Car quand les plus humbles et les plus innocents attendent le salut venant de la France et de l'Occident, les plus obstinés et les plus farouches - ceux qui préfèrent les ruines de Persépolis aux cèdres éternels - rêvent encore du retour victorieux de la Syrie agonisante des lions et de la Grande Perse du triste Darius poignardé. 
 

 

Communiqué de presse des co-présidents du Conseil d’Eglises chrétiennes en France au sujet de la situation au Proche-Orient

 

Paris, mercredi 26 juillet 2006

 

Cardinal JEAN-PIERRE RICARD, Archevêque de Bordeaux, Président de la Conférence des évêques de France

Pasteur JEAN-ARNOLD DE CLERMONT, Président de la Fédération protestante de France

Métropolite EMMANUEL, Président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France

 

La région du Proche-Orient se trouve une nouvelle fois face à une flambée démesurée et irrationnelle de violence qui touche toutes les populations civiles. Plus particulièrement, le Liban est à nouveau meurtri et dévasté par l’ampleur des destructions occasionnées par les opérations militaires qui se déroulent sur son sol et qui n’épargnent pas les civils.

 

Face à la situation alarmante que vit actuellement le Liban et devant les risques sérieux d’un véritable drame humanitaire qui menace la population de ce pays, il est de notre devoir, en tant que responsables d’Eglises chrétiennes en France, catholiques, protestants et orthodoxes, de lancer un appel vigoureux aux différentes parties en cause ainsi qu’à tous les responsables politiques, chefs d’Etat, de gouvernement et d’organisations internationales pour parvenir à un cessez-le-feu immédiat afin d’arrêter toutes les opérations militaires de part et d’autre, et soulager les populations et les victimes de toutes les parties en cause. Nous exprimons notre profonde solidarité avec toutes les populations civiles qui, de part et d’autre de la frontière libanaise, se trouvent sous les menaces des bombes, de la destruction et de la mort et vivent des moments tragiques. Nous condamnons fermement le recours à la violence et à la force et appelons toutes les parties en cause à recourir au dialogue pour trouver des solutions pacifiques aux conflits existants. Le recours à la violence n’a pour effet que d’exacerber les tensions et les ressentiments de part et d’autre. Or cette région du monde, tellement meurtrie depuis des générations, a aujourd’hui besoin, plus que jamais, de la paix.

 
 

Le Haut Commissaire de l'Onu aux droits de l'Homme, Louise Arbour, s'est dit 
très inquiet de l'impact sur les civils de l'escalade du conflit entre Israël, le Liban
et les Palestiniens
 
 
 
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