Louise
Arbour appelle à protéger
les civils et évoque le
principe de
"proportionnalité"
par
NATALIE NOUGAYREDE, publié
dans le Monde du 22 juillet
2006
Le
Haut commissaire de l'ONU
aux droits de l'homme,
Louise Arbour, lance un
appel à toutes les
parties au conflit en
cours au Liban pour
qu'elles respectent le
droit de la guerre et le "principe
de proportionnalité"
dans les opérations
militaires. Dans un
entretien accordé jeudi
20 juillet au Monde,
Mme Arbour
s'est élevée contre le
fait que "des
civils se retrouvent être
des cibles dans ce
conflit",
notamment lors de "bombardements
sans discrimination de
villes". La
juriste canadienne précise,
au sujet du "principe
de proportionnalité",
que le droit de la guerre
autorise des destructions
d'objets de nature civile,
tels des ponts, mais à la
condition que ceux-ci revêtent
une dimension militaire
indiscutable, et que cela
n'affecte pas des besoins
importants de la
population. Ce qui n'est
pas le cas, ajoute-t-elle,
"dans le cas de
destructions de centrales
électriques, par
exemple".
Mme
Arbour souligne que son
but n'est pas de porter
des accusations, mais de
mettre en garde les belligérants.
Elle dit ne pas être en
mesure de conclure
formellement à une
violation du principe de
proportionnalité, dans la
guerre au Liban, car cela "suppose
de disposer de toutes les
informations et de pouvoir
formuler une appréciation
précise". Le
Haut Commissaire de l'ONU
pour les droits de l'homme
rappelle que, dans la
guerre au Liban, comme
dans tout conflit, la "responsabilité
de ceux qui
commandent" les
opérations et attaques
armées "peut être
engagée, au regard du
droit pénal
international".
Elle rappelle l'existence,
à cet égard, de la Cour
pénale internationale (CPI),
qui peut juger de crimes
de guerre.
"Une
certaine gravité
atteinte"
Soulignant
que le droit pénal
international a pour
vocation d'être non
seulement punitif, mais "surtout
dissuasif", Mme
Arbour espère que ses déclarations
auront "un certain
effet" sur les
belligérants. Elle
rappelle qu'un principe d'
"imputabilité"
peut s'appliquer.
Autrement dit : de part et
d'autre, les responsables
des opérations armées
pourraient avoir, un jour,
à rendre des comptes. Au
Liban, "des
violations du droit de la
guerre pourraient engager
des responsabilités pénales",
insiste Louise Arbour. Si
Mme Arbour a décidé de
s'exprimer ainsi, au neuvième
jour du conflit, c'est
parce que les opérations
militaires sont allées
s'intensifiant. "Il
est devenu clair que les
choses ne s'arrêtaient
pas, et qu'une certaine
gravité et amplitude étaient
atteintes" dans
la guerre, dit-elle, dénonçant
par ailleurs les obstacles
créés, sur le terrain,
au travail des
organisations
humanitaires, en l'absence
d'un cessez-le-feu.
Le
Comité international de
la Croix-Rouge (CICR),
gardien des conventions de
Genève, a fait part,
mercredi, d'inquiétudes
du même ordre. Au Liban, "le
nombre élevé de victimes
civiles et l'étendue des
dégâts subis par des
infrastructures publiques
posent de sérieuses
questions au regard du
respect du principe de
proportionnalité dans la
conduite des hostilités",
a-t-il déclaré.
Proche-Orient
: le cri d'alarme du
premier ministre libanais
Fouad Siniora
Propos
recueillis par GEORGES
MALBRUNOT, publiés
dans le Figaro le 20
juillet 2006
Dans
un entretien au "Figaro",
le premier ministre
libanais demande un
cessez-le-feu immédiat,
la création d'un couloir
humanitaire et des négociations
globales. Ancien proche de
Rafik Hariri, Fouad
Siniora, de confession
sunnite, est chef du
gouvernement libanais
depuis un an.
*
Quelle est la priorité
du gouvernement
libanais, après plus
d'une semaine de combats
?
J'appelle
Israël et le Hezbollah
à un cessez-le-feu immédiat
et général. C'est le
plus urgent pour
permettre la création
d'un couloir humanitaire
afin d'acheminer des médicaments
et de la nourriture aux
populations du Liban-Sud,
qui sont coupées du
reste du pays.
J'approuve les efforts
en ce domaine du président
Chirac. Ensuite, le
gouvernement libanais
traitera les problèmes
qui ont conduit à cette
situation
catastrophique, en
particulier la question
des deux soldats israéliens
aux mains du Hezbollah
et des détenus libanais
emprisonnés en Israël.
*
N'êtes-vous pas déçu
par la faiblesse des réactions
de la communauté
internationale ?
J'implore
la communauté
internationale de
regarder avec justesse
ce qui est en train de
se passer. Il faut
absolument stopper les
tueries contre nos
femmes et nos enfants.
Depuis une semaine, Israël
a ouvert sur le Liban
les portes à la folie
et nous mène en enfer.
Par une réaction complètement
disproportionnée, ils
ont détruit le Liban, découpant
le pays en morceaux. Ils
brisent les ponts, les
infrastructures. Ils
commettent des crimes
inimaginables. Israël
se dit souvent victime
du terrorisme. Mais
depuis une semaine,
c'est Israël qui
pratique un terrorisme
d'Etat. Pourquoi détruire
une usine de lait ?
Pourquoi attaquer un
convoi de médicaments
offerts par les Emirats
Arabes unis et Koweït ?
Pourquoi s'en prendre à
deux ambulances ? L'armée
israélienne terrorise
tout un peuple. Je vous
le répète, nous
voulons un cessez-le-feu
immédiat, nous asseoir
autour de la table avec
les Nations unies pour régler
l'ensemble des problèmes
qui nous opposent à
Israël : les
prisonniers,
l'occupation des fermes
de Chebaa, le désarmement
du Hezbollah et le déploiement
de l'armée au sud du
Liban. Tout cela doit
faire partie d'un paquet
global de mesures pour
en finir une fois pour
toutes avec la violence
entre le Liban et Israël.
*
Israël espère, en
visant des
infrastructures, que les
Libanais se retourneront
contre le Hezbollah.
Les
Israéliens sont déjà
intervenus à de
nombreuses reprises au
Liban. Cette fois
encore, ils vont obtenir
le contraire de ce
qu'ils recherchent :
leurs tueries créent
toujours plus de désir
de vengeance et de haine
contre eux, toujours
plus d'actes désespérés.
Quand ils sont venus en
1982 pour en finir avec
l'OLP et Arafat,
qu'est-il arrivé ?
Arafat a quitté
Beyrouth. Mais les Israéliens
ont créé le Hezbollah.
Ne croyez pas que leur
offensive va détruire
le Hezbollah comme ils
le prétendent. Au
contraire, cela ne va
que le renforcer. Les
Israéliens n'infligent
pratiquement aucun
dommage au Hezbollah. Le
monde doit le savoir.
Ils infligent des pertes
aux civils libanais.
*
Comment assurer le désarmement
du Hezbollah ?
Pour
nous, la question
essentielle est un
retrait israélien de
nos territoires occupés,
c'est-à-dire les fermes
de Chebaa, ce n'est pas
le désarmement du
Hezbollah. Ensuite, le
gouvernement libanais
assurera sa souveraineté
sur tout le pays. Il
aura à ce moment-là un
réel monopole sur les
armes dans ce pays, mais
pas avant.
*
Avez-vous demandé au
Hezbollah de vous
remettre les deux
soldats israéliens ?
Non.
J'ai discuté de cette
question avec la délégation
des Nations unies qui
est venue au Liban à la
demande du secrétaire général,
Kofi Annan. Mais depuis
qu'ils ont quitté
Beyrouth, je n'ai pas eu
d'éléments nouveaux
concernant les idées développées
avec cette délégation.
*
Le Hezbollah prétend
qu'il coordonne sa résistance
avec le gouvernement
libanais.
Le
Hezbollah peut dire ce
qu'il veut, accuser qui
il veut. Une chose est sûre
: ils nous ont mis dans
le bourbier. Ils ne nous
ont pas informés de
leur action. Nous nous désolidarisons
complètement de cette
prise d'otages.
*
Après l'ONU,
appelez-vous au déploiement
d'une force
internationale de
stabilisation au
Liban-Sud ?
C'est
une idée qui a été
avancée, mais je n'ai
rien eu de concret entre
les mains. Nous ne
sommes prêts à
l'envisager que dans le
cadre d'un paquet global
de mesures pour régler
la crise. Une force
internationale seule
pour créer une zone
tampon entre Israël et
le Liban ne résoudra
pas durablement la
crise. Nous réclamons
un traitement global des
problèmes qui mène à
l'application de
l'armistice de 1949
entre le Liban et Israël.
Mohammad
Fneich : L’objectif
d’Israël est de modifier
le statu quo dans la région
Propos
recueillis par JEANINE JALKH, publiés
dans l'Orient-le Jour le 22
juillet 2006
C’était
la dixième tentative de
capture de soldats israéliens
à la frontière, affirme le
ministre de l’Energie et
de l’Eau
Loin
du bruit de la guerre, des gémissements
des blessés et des
lamentations des familles démembrées,
le ministre Mohammad Fneich
a tenu à évoquer,
sereinement, les différents
enjeux qui ont mis, en
quelques jours, le pays à
feu et à sang. Siégeant
dans son ministère où
l’on parle peu des problèmes
de coupures d’électricité,
mais plutôt de "cette
sale guerre menée par
l’occupant contre la
population civile", le
ministre du Hezbollah
explique comment son parti a
été acculé à s’engager
"dans une bataille
qu’il n’avait pas prévue".
Le seul objectif du parti,
dit-il, était de poursuivre
"les opérations de résistance
habituelles" en vue de
libérer des prisonniers qui
croupissent dans les geôles
israéliennes depuis
plusieurs années.
"Contrairement aux
arguments avancés par
certains, affirme M. Fneich,
c’est Israël, et non le
Hezbollah, qui a décidé du
“timing” de cette
bataille, d’autant que
l’Etat hébreu cherche à
anéantir le Hezbollah pour
modifier le statu quo dans
la région."
Selon M. Fneich, le parti
chiite n’avait aucunement
l’intention d’entrer
dans cette guerre, et tous
ceux qui cherchent à faire
assumer au Hezbollah la
responsabilité de
l’escalade "sont en
train de légitimer
l’agression israélienne
contre le Liban". A
ceux qui considèrent que
l’opération du kidnapping
des deux soldats a été
commanditée par l’Iran et
la Syrie, le ministre répond
: "Personne n’est
jamais mis au courant des décisions
(militaires) prises au sein
du parti. D’ailleurs, quel
est l’intérêt de la
Syrie dans cette affaire ?
Damas ne craint-il pas lui-même
une extension du conflit
?" s’interroge le
ministre. Quant à la
question du timing de
l’enlèvement, elle n’a
aucune portée stratégique
par rapport au parti,
souligne-t-il en substance.
M. Fneich précise à ce
propos que cette opération
s’inscrit dans la lignée
des multiples interventions
militaires de la Résistance.
"C’était la dixième
tentative de capture de
soldats israéliens à la
frontière, dont la fameuse
opération menée dans la région
de Ghajar il y a quelques
mois. Certaines des
tentatives ont échoué,
d’autres n’ont jamais été
rendues publiques",
dit-il.
Et le ministre de réitérer
ce que plusieurs
responsables et observateurs
avaient déjà affirmé, à
savoir que "l’ampleur
et la violence de
l’agression ne peuvent en
aucun cas s’expliquer par
le seul rapt des deux
militaires israéliens". "Elles
s’inscrivent plutôt dans
le cadre d’une action préméditée
qui a pour objectif d’anéantir
le rôle du Hezbollah (...)
C’est plutôt Israël qui
a décidé du timing",
ajoute-t-il, précisant que
l’Etat hébreu attendait
la moindre excuse pour
lancer une opération de
grande envergure contre le
pays. Preuve en est, dit-il,
la déclaration faite par
l’Etat israélien qui a
officiellement reconnu,
jeudi, avoir préparé
l’opération contre le
Hezbollah "il y a
longtemps, bien avant la
capture des deux militaires,
dans l’objectif de
modifier le statu quo dans
la région". Cette déclaration
peut s’expliquer par le
seul fait qu’Israël ne
peut plus légitimer aux
yeux de l’opinion
internationale cette
agression disproportionnée
contre le Liban en avançant
l’argument des deux
soldats, affirme M. Fneich.
Cependant, et quels que
soient les motifs avancés
par l’une ou l’autre
partie, les conséquences
sur le terrain sont on ne
peut plus dramatiques,
puisque c’est la
population civile qui paye
dans sa chair le lourd
tribut d’une décision
prise par deux entités
militaires. Les leaders du
Hezbollah sont-ils
conscients de la lourde
responsabilité qui leur
incombe ? "C’est
l’agresseur qui doit
assumer cette responsabilité,
ainsi que tous les Etats qui
le soutiennent et assistent
passivement à ce qui se déroule
sur notre territoire, tout
en s’abstenant de blâmer,
voire de stopper l’Etat hébreu,
affirme M. Fneich. Ce
dernier dispose comme il
veut de notre territoire et
foule aux pieds toutes les règles
et lignes rouges. Au lieu
d’affronter directement le
Hezbollah, l’armée israélienne
mène une sale guerre contre
la population civile",
dit-il. "Certes,
insiste le ministre, nous
sommes conscients et
sensibles à la souffrance
du peuple libanais. En même
temps, nous leur disons que
cette affliction ne devrait
pas nous faire oublier notre
rejet absolu de toute
atteinte à notre dignité.
Comment peut-on tolérer que
des crimes aussi barbares
soient commis à
l’encontre des civils
?" s’indigne M.
Fneich.
Il n’en demeure pas moins
que c’est le Hezbollah qui
a provoqué le conflit. Cela
en valait-il vraiment la
peine ? Selon lui, le parti
chiite ne s’attendait pas
du tout à une telle réaction
de la part d’Israël. "Le
Hezbollah n’avait
d’autre intention que
celle de libérer les
prisonniers qui croupissent
dans les geôles israéliennes
depuis des années", précise-t-il,
en rappelant que le parti
avait, à plusieurs
reprises, laissé la voie
ouverte à une solution
pacifique par le biais de la
diplomatie, des tentatives
que l’Etat hébreu a rejetées
à chaque fois. Le parti
chiite ne peut-il pas tout
simplement libérer les deux
prisonniers pour mettre un
terme à ce conflit ?
"Nous n’en sommes
plus au stade des deux
prisonniers. Si c’était
le cas, on aurait pu y remédier
facilement et rapidement en
procédant à un échange de
détenus de part et
d’autre, comme l’a
proposé le Hezbollah. Cette
question est largement dépassée
maintenant, notamment à la
lumière des destructions
massives et des massacres
des civils."
Quelle solution propose donc
le Hezbollah ? "Il
s’agit d’abord d’arrêter
les hostilités puis de procéder
à l’échange des
prisonniers. Il faudra également
s’assurer du respect des
principes prévus par les
accords d’avril 96
(notamment celui d’épargner
la population civile)",
propose le ministre du
Hezbollah. "Nous
n’avons aucun problème à
nous engager dans la
bataille militaire avec les
forces d’occupation. Ces
dernières doivent cependant
respecter le principe prévoyant
la protection des
civils", conclut M.
Fneich.
L’ambassadeur
de Suisse François
Barras : Nous sommes
aux côtés du Liban et
nous ne l’abandonnerons
pas
Propos
recueillis par LELIA
MEZHER, publiés dans
l'Orient-le Jour le 22
juillet 2006
L’équipe
du Corps suisse d’aide
humanitaire (CSAH), arrivée
depuis mercredi à
Beyrouth, s’est réunie
hier avec le Premier
ministre Fouad Siniora
afin de dresser un bilan
provisoire des besoins des
personnes déplacées. Le
CSAH fait partie de la
Direction du développement
et de la coopération, un
service de l’Etat suisse
dont le rôle est
d’aider les victimes de
catastrophes, naturelles
ou autres, à travers le
monde. Contacté par
L’Orient-Le Jour,
l’ambassadeur de Suisse,
François Barras, a tenu
à insister sur le fait
que "la Suisse
n’abandonne pas le Liban
et veut rester à ses côtés
en ces temps difficiles,
car la Suisse est une
grande amie du pays du Cèdre,
et la communauté
libanaise de Suisse a
toujours beaucoup donné
à la Confédération helvétique".
Et M. Barras de poursuivre
: "De plus, la Suisse
a toujours eu dans le cœur
des Libanais une place très
spéciale."
Que la Suisse assure aux
populations déplacées
une aide humanitaire de
base n’est qu’un juste
retour des choses, selon
M. Barras. Un triple
couloir humanitaire serait
ainsi mis en place d’ici
peu, même s’il n’est
pas toujours facile
d’obtenir la confiance
des belligérants. Des négociations
sont actuellement en cours
avec les deux parties au
conflit afin de garantir
la sécurité et le bon
fonctionnement de ces
couloirs. Trois couloirs
donc, le premier reliant
Beyrouth au Liban-Sud, le
second assurant le lien
entre la capitale et
Chypre et le troisième,
enfin, permettant d’établir
une connexion entre le sud
du pays et Chypre. Ces
corridors permettront,
d’une part, l’évacuation
prioritaire des blessés
et des civils fuyant les
zones de combat ; ils
permettront, d’autre
part, à la population
d’avoir accès aux
produits de première nécessité.
Le
caza de Baabda prioritaire
Actuellement en train d’évaluer
l’ampleur des aides à
assurer ainsi que leur
nature, le CSAH compte
concentrer son aide dans
un premier temps sur le
caza de Baabda. Interrogé
sur la nature de l’aide
que la Suisse entend
prodiguer aux populations,
M. Barras a affirmé que
"des médicaments,
des denrées de première
nécessité, ainsi que des
tentes et des sacs à
couchage" seront
assurés à tous ceux qui
en ont besoin. Un point de
travail sera donc installé
dans cette région afin de
venir en aide aux
populations qui ont dû
fuir la banlieue sud de
Beyrouth. A cet égard,
M. Barras a souligné
qu’une première
livraison de médicaments
a déjà été effectuée
dans cette région.
Comment en outre garantir
que l’aide arrive bel et
bien, et uniquement aux
personnes qui en ont
besoin ? L’ambassadeur
de Suisse explique qu’il
existe un système, un
genre de mode de
fonctionnement qui est
appliqué à chaque fois
que le CSAH apporte son
soutien aux victimes de
catastrophes. En effet,
"l’élément
primordial dans ce cas est
la centralisation de
l’aide dans un entrepôt
unique. Seuls quelques
fournisseurs seront
autorisés à distribuer
cette aide, et dans ce
cadre, nous travaillons étroitement
avec la Croix Rouge
libanaise ainsi qu’avec
le ministère de la Santé",
indique M. Barras. Il
ajoute : "C’est
l’expérience du terrain
qui nous a poussés à
adopter ce système qui
nous permet, dans la
mesure du possible, de
faire parvenir l’aide
entre de bonnes
mains."
Respect
du droit humanitaire
"La
Suisse est dépositaire des
conventions de Genève et
attache ainsi une importance
primordiale à leur respect
par les deux parties au
conflit", selon les
propres dires de M. Barras.
Les quatre conventions de
Genève garantissent en
effet la sécurité et la
protection des personnes ne
prenant pas part aux
hostilités. Font partie de
cette catégorie les civils,
les membres du personnel
sanitaire ou
d’organisations non
gouvernementales, les
personnes ayant abandonné
le combat (combattants blessés,
malades ou naufragés,
prisonniers de guerre).
"La Suisse tient à ce
que les deux parties
respectent leurs
obligations, conformément
au droit international
humanitaire", précise
à cet égard M. Barras. A
noter que ces obligations ne
sont soumises à aucune
condition de réciprocité.
Autre obligation à laquelle
les parties aux combats
doivent se conformer : le
principe de proportionnalité.
Ce principe suppose une
riposte proportionnelle à
l’attaque subie. Il
prohibe donc toute riposte
intempestive susceptible de
mettre en péril la vie de
civils.
Une
aide globale et durable
Interrogé en outre sur le
sort des ressortissants
suisses, François Barras
a mis en exergue la volonté
de la plupart des
ressortissants suisses de
rester au Liban malgré la
situation délicate et
dangereuse qu’il
traverse actuellement.
"Mis à part les
Suisses qui résident dans
la banlieue sud de
Beyrouth et ceux qui
habitent Baalbek ou au
Liban-Sud, les
ressortissants suisses ont
choisi de se solidariser
avec le Liban, précise-t-il.
Il ne s’agit pas d’une
opération d’évacuation
à proprement parler, mais
bien d’un choix laissé
à l’appréciation de
chaque ressortissant. Une
simple possibilité de
partir." La phase de
rapatriement étant
pratiquement terminée,
l’aide humanitaire peut
être acheminée.
M. Barras poursuit :
"Une fois la guerre
terminée, une phase
d’aide à la
reconstruction est prévue,
mais il est prématuré
d’en parler
aujourd’hui."
L’ambassadeur a par
ailleurs indiqué que
toutes les instances
internationales œuvrent
en ce moment et de manière
très active pour parvenir
à une solution pacifique
qui puisse mettre un terme
à "une escalade
dangereuse de la violence,
tant sur le plan local que
sur le plan régional".
M. Barras a notamment mis
l’accent sur l’urgence
d’un cessez-le-feu,
"car la poursuite des
hostilités ne fera
qu’aggraver la crise
humanitaire déjà grave
que traverse le Liban ;
plus les infrastructures
seront touchées, plus la
crise ira en
s’aggravant". M.
Barras a enfin souhaité
un déploiement rapide
d’une force de
stabilisation, en assurant
une nouvelle fois que la
Suisse "se tient aux
côtés du Liban pour
l’aider à surmonter
cette tragédie".
Le
Liban et nous
par
DANIEL RONDEAU, écrivain
et journaliste, publié
dans le Monde du 27
juillet 2006
Fallait-il
encore une fois
massacrer le Liban, déjà
gangrené dans les années
1970 par l'hyper-présence
de réfugiés
palestiniens, sacrifié
hier sur l'autel d'une
alliance contre nature
de l'Amérique avec les
terroristes syriens et
aujourd'hui livré aux dévastations
d'une force brutale au
nom de la sécurité
d'Israël ? L'Etat
d'Israël a le droit de
se défendre, et, si ses
dirigeants nous ont
habitués à entretenir
des relations rudes,
souvent violentes, avec
leurs voisins, c'est
parce qu'ils ont été
habitués à vivre sous
la constante menace des
armes de tous ceux qui,
depuis cinquante-huit
ans, ne pensent qu'à
rayer ce pays de la
carte du monde. Pourtant
ce qui se passe
aujourd'hui concerne
autant la mort du Liban
que la survie d'Israël.
Des ponts, des routes,
mais aussi des usines de
lait, des élevages de
poulets, des immeubles
de civils, des convois
de réfugiés, des églises,
sont la cible des avions
israéliens. Le peuple
libanais pensait enfin
sortir de son malheur.
En moins d'une semaine,
Israël l'a renvoyé à
l'exode, à la paupérisation,
à la solitude et à la
mort. Quelle victoire !
Les
dirigeants d'Israël
reprochent aux Libanais de
ne pas avoir désarmé la
milice du Hezbollah. Le président
français a d'ailleurs
exprimé les mêmes
remontrances. Pourquoi
feindre de croire que cet
Etat en charpie avait la
capacité de désarmer une
milice soutenue par deux
puissances majeures de la
région ? Les Libanais s'étaient
engagés dans un dialogue
national dont la communauté
chiite était partie
prenante, et de nombreux
Libanais, de toutes
confessions, souhaitaient
le désarmement du
Hezbollah. Il fallait
accompagner ce dialogue.
Seules les puissances
internationales pouvaient
conduire cette nécessaire
entreprise à son terme.
Or au Moyen-Orient, depuis
l'invasion de l'Irak, les
militaires ont remplacé
les diplomates dans
l'administration américaine.
Plus de diplomatie européenne
non plus, par faute
d'Europe (c'est aussi
l'une des conséquences du
non français au référendum).
La mansuétude des autorités
libanaises à l'égard du
Hezbollah ne peut
s'interpréter qu'au
regard de cette absence.
L'essor
du Hezbollah n'est
d'ailleurs pas seulement
le résultat du soutien
constant de l'Iran et de
la Syrie. Le Hezbollah
s'est développé dans les
régions les plus pauvres
du Liban, là où les gens
manquaient du minimum
vital, quand la communauté
internationale a abandonné
ce pays aux mains d'Hafez
Al-Assad. Les chiites
aussi ont le droit de
vivre. C'est sur la
faillite des démocraties
que l'organisation
terroriste a prospéré.
Cela ne signifie
d'ailleurs pas que tous
les chiites sont ralliés
au Hezbollah. Chez les
chiites, comme les autres
Libanais, comme chez les
Palestiniens ou les Israéliens,
nombreux sont ceux qui se
disent prêts à épouser
la cause de la paix.
Pour
une majorité de Libanais,
Hassan Nasrallah s'est
d'ailleurs mis au ban de
la communauté libanaise
en enlevant de façon
irresponsable des
militaires israéliens.
Israël a pris en otage
l'ensemble du peuple
libanais, qui reste hanté
par le cauchemar de la
guerre civile. La tempête
aveugle déclenchée par
Israël n'a réussi qu'à
susciter un mouvement de
solidarité patriotique
dans un pays soumis à des
bombardements aussi
meurtriers que désinvoltes,
et à nourrir la haine
dans le monde entier. Rien
ne sera fondé sur la
haine. C'est pourquoi il y
a quelque chose de
suicidaire pour Israël
dans cette politique. Le
Moyen-Orient, plus que
jamais, et Israël aussi,
ont besoin du Liban. C'est
un pays arabe où a duré
une présence chrétienne
aussi ancienne que le
christianisme. Au Liban
plus qu'ailleurs, il reste
possible de faire reculer
ce que Fernand Braudel
appelait "des
haines de
civilisation",
celles qui menacent
aujourd'hui le monde
entier.
Il
y a moins d'un mois, des
chanteurs et des
musiciens, israéliens et
palestiniens, étaient
venus chanter dans quinze
villes de France, d'une
seule voix et main dans la
main. A Nancy, à
Marseille, à Rennes, à
Dunkerque, à Paris, leurs
chants, leur présence témoignaient
d'une volonté commune de
paix. L'un d'eux, Habib
Awwad, chanteur
palestinien du groupe
Karawan d'Ibillin (en
Galilée), un touche-à-tout
souriant et père de
quatre enfants, a été tué
dimanche par une roquette
tirée du Liban sud. L'une
de ses amies de tournée,
Limor, une jolie chanteuse
israélienne, a dit que
cette mort la renvoyait
dans le pire de ses
cauchemars. Ce cauchemar
est celui de tous les
peuples de cette région ;
la paix ne se divisera
pas. Le désarmement du
Hezbollah va devenir plus
que jamais à l'ordre du
jour. Ne nous trompons
pas. Chacun sait bien que
seule la paix entre Israël
et les Palestiniens désarmera
les folies et les haines,
au Liban et ailleurs.
Le
paravent humanitaire
par
RICHARD WERLY, publié
dans le Temps le 27
juillet 2006
Les
caméras étaient au
rendez-vous : premier
avion à se poser mercredi
sur la piste endommagée
de l'aéroport de Beyrouth
depuis le début des
frappes israéliennes,
l'appareil militaire
jordanien, rempli de
vivres et de médicaments,
a fait le tour du monde.
Qu'importe l'échec de la
conférence de Rome,
incapable de dégager plus
que des vœux pieux
d'intervention
multinationale ? Puisque
l'aide est au rendez-vous,
semblent dire les images,
les Libanais peuvent
supporter la poursuite des
hostilités. Le problème
est que ces images-là
sont mensongères.
L'urgence au Liban n'est
pas de décharger des
colis. Il y a suffisamment
de stocks dans le pays
pour nourrir les déplacés
et assister les victimes,
y compris sur le plan médical.
L'urgence, c'est l'accès.
Or, dans la région de
Tyr, les civils bloqués
sous les bombes demeurent
scandaleusement hors
d'atteinte.
Le
Comité international de
la Croix-Rouge (CICR) se
retrouve, dans ce
contexte, dans une
position aussi décisive
que problématique. Une de
ses équipes a pu se
rendre le plus loin dans
la zone de combats
dimanche. Mais depuis,
aucun convoi d'assistance
n'a pu rejoindre les
villages assiégés. Or,
tout le monde sait que
dans cette guerre la
garantie de sécurité ne
peut pas être obtenue
sans l'accord de l'armée
israélienne. En décidant
de différer ses convois
et en ne forçant pas la
porte des localités
pilonnées par Tsahal, le
CICR laisse le piège des
hostilités se refermer.
Tandis que les images de déchargement
d'aide à Beyrouth
occupent les écrans,
l'institution basée à
Genève donne l'impression
que l'aide arrive, alors
qu'elle n'est pas là.
Quid des hôpitaux des
villages assiégés ? Quid
des blessés restés dans
les carcasses de leurs
voitures sur le bord des
routes aux environs de Tyr
?
Le
paravent humanitaire
libanais a le goût de la
défaite. Le CICR, sous
d'autres théâtres,
notamment l'Irak, nous
avait habitués à de
l'audace et du courage. Il
doit à nouveau en faire
preuve. Car l'ironie du
calendrier rend en plus
cette situation détestable.
Voilà quelques semaines,
le mouvement de la
Croix-Rouge et du
Croissant-Rouge s'est doté
d'un nouvel emblème, le
cristal, pour accueillir
le Magen David Adom de l'Etat
hébreu. L'épreuve du
feu, au Sud-Liban, montre
à quoi cela a servi...
Un
cri pour le Liban - La
courbature
par
WAJDI MOUAWAD, auteur et
metteur en scène, publié
dans le Devoir le 25 juillet
2006
C'est
la soudaineté de tout cela
qui fait mal. Tout à coup.
D'un coup. Voilà. Ponts détruits,
jambes arrachées, enfances
perdues et routes cassées,
immeubles écroulés, avions
dans le ciel et hurlements.
Sifflement et explosion et
prière désespérée,
souffle trop court, coeur
qui bat, grande frayeur,
sommeil brûlé et ironie et
honte et humiliation. Cela
tout à coup. Soudaineté.
Comme un couteau planté
dans la gorge. Des jours déjà
que je marche sans faire
attention à rien, à la
recherche des mots. Ne pas
croire ceux qui disent
"qu'il n'y a pas assez
de mots pour dire...",
au contraire, s'entêter.
Quand on n'a plus rien, il
nous reste encore des mots ;
si on commence à dire qu'il
n'y a plus de mots, alors
vraiment tout est perdu,
noirceur noirceur. Chercher
même si on ne trouve pas.
Regarder ses propres mains
et y voir, là, dans ses
propres veines et ses
propres muscles, là, dans
ses bras, l'impossibilité
d'agir. Constater et être
impitoyable envers soi et
assumer : je ne peux
rien faire, je ne sais pas
quoi faire, je me sens
impuissant, je ne peux
qu'attendre et suivre le décompte.
Zidane, il y a un siècle
Il y a bien longtemps de
cela, un siècle je crois,
je tremblais pour Zidane et
pour les Bleus. Je comptais,
avec une jubilation
profonde, les buts marqués
contre le Brésil, le
Portugal, l'Espagne et puis
voilà, fin de la Coupe du
monde, et tout à coup, un
couteau planté dans la
gorge ! Depuis je
compte les morts d'un match
cauchemardesque où les règles
s'inventent à mesure :
316 à 48, addition
infernale, sang pour sang
sanglante sans remise
possible ni banco ni go à
passer pour réclamer les
vies, toutes les vies
perdues, morts, ils sont
morts et les voilà,
Moustafa, Samir, Sarah,
Jean, Abdelwahab, Esther et
Isaac et Naji et Nayla et
Walid devenus chiffres comme
dans France 1 Brésil 0,
catastrophe catastrophe.
Est-ce
qu'on peut pleurer des
lettres ? Pleurer de
tout son alphabet, alphabet
arabe, Aleph et Bé, Alpha
et beta. Devenir poulpe et
éclater en encre. Pour
inventer des mots ?
Est-ce qu'on peut pleurer
des lettres ? Alors
marcher dans la rue.
Chercher des mots. Non pas
pour apaiser, non pas pour
consoler. Non pas pour dire
la situation de tout cela,
non pas pour parler
politique. Surtout pour ne
pas parler politique. Au
contraire. Utiliser une
langue incompréhensible à
la politique. Au journaliste
qui me demandait quelle était
ma position dans le conflit
du Moyen-Orient, je n'ai pas
pu lui mentir, lui avouant
que ma position relevait
d'une telle impossibilité
que ce n'est plus une
position, c'est une
courbature. Torticolis de
tous les instants.
Et moi
Je n'ai pas de position, je
n'ai pas de parti, je suis
simplement bouleversé car
j'appartiens tout entier à
cette violence. Je regarde
la terre de mon père et de
ma mère et je me vois, moi :
je pourrais tuer et je
pourrais être des deux côtés,
des six côtés, des 20 côtés.
Je pourrais envahir et je
pourrais terroriser. Je
pourrais me défendre et je
pourrais résister et comble
de tout, si j'étais l'un ou
si j'étais l'autre, je
saurais justifier chacun de
mes agissements et justifier
l'injustice qui m'habite, je
saurais trouver les mots
pour dire combien ils me
massacrent, combien ils m'ôtent
toute possibilité à vivre.
Cette guerre, c'est moi, je
suis cette guerre. C'est un
"je" impersonnel
qui s'accorde à chaque
personne et qui pourrait
dire le contraire ?
Pour chacun le même désarroi.
Je le sais. J'ai marché
toute la nuit à la faveur
d'une ardente canicule pour
tenter de trouver les mots,
tous les mots, tenter de
dire ce qui ne peut pas être
dit. Car comment dire
l'abandon des hommes par les
hommes ? Ébranlés ébranlés.
Nous sommes ébranlés car
nous entendons la marche du
temps auquel nous
appartenons et aujourd'hui,
encore, l'hécatombe est sur
nous.
De haine ou de folie
Il n'y a que ceux qui crient
victoire à la mort de leurs
ennemis qui tirent joie et
bonheur de ce désastre. Je
ne serai pas l'un d'entre
eux même si tout concours
à ce que je le sois. Alors
justement, comment faire
pour éviter le piège ?
Comment faire pour ne pas se
mettre à faire de la
politique et tomber ainsi
dans le discours qui nous mènera
tout droit à la détestation ?
Je voudrais devenir fou pour
pouvoir, non pas fuir la réalité
mais, au contraire, me réclamer
tout entier à la poésie.
Je voudrais déterrer les
mots à défaut de
ressusciter les morts. Car
ce n'est pas la destruction
qui me terrorise, ce ne sont
pas même les invasions,
non, car les gens de mon
pays sont indésespérables
malgré tout leur désespoir
et demain, j'en suis sûr,
vous les verrez remettre des
vitres à leurs fenêtres,
replanter des oliviers, et
continuer, malgré la peine
effroyable, à sourire
devant la beauté. Ils sont
fiers. Ils sont grands. Je
les connais. Les routes sont
détruites ? Elles
seront reconstruites. Et les
enfants, morts dans le
chagrin insupportable de
leurs parents, naîtront
encore. Au moment où je
vous écris, des gens, là-bas,
font l'amour. Obstinément.
Je les connais. Ils ont
trouvé une manière de
gagner qui consiste à
perdre et cela dure depuis
7.000 ans. Ce n'est pas
cela. L'armée qui envahit
mon pays devra un jour ou
l'autre se retirer et ce
jour-là sera un jour de fête,
et demain, vous verrez,
d'autres guerres viendront
prendre le relais de celle
qui nous occupe en ce
moment, d'autres attentats,
d'autres massacres, d'autres
ignominies, d'autres
souffrances, renvoyant tout
ce qui nous révolte
aujourd'hui à l'oubli. Non,
ce qui est terrifiant, ce
n'est pas la situation
politique, c'est la souricière
dans laquelle la situation
nous met tous et nous
oblige, face à
l'impuissance à agir, à
faire un choix insupportable :
celui de la haine ou celui
de la folie.
Liban
: réflexions autour d'une
paix possible, par Georges
Corm
publié
dans le Monde du 25 juillet 2006
Georges
Corm, ministre des finances
du Liban de 1998 à 2000,
est l'auteur du "Liban
contemporain. Histoire et
société", La Découverte,
2005
Les
décideurs internationaux
ont la mémoire courte. Face
à l'immensité de
l'agression israélienne sur
le Liban, ils pensent
pouvoir l'exploiter pour
mettre en oeuvre par la
force la fameuse résolution
1559 qui a rendu le Liban à
son statut d'Etat-tampon où
se règlent en toute impunité
les tensions et conflits régionaux.
En proposant la constitution
d'une force multinationale
à déployer au sud du
Liban, la "communauté
internationale" risque
fort de rééditer les mêmes
erreurs que celles qui ont
présidé à la constitution
de la Force multinationale
d'interposition (FM), créée
à l'initiative de François
Mitterrand lors de
l'invasion israélienne de
l'été 1982. Cette force
avait pour mission d'assurer
l'évacuation des
combattants palestiniens
hors du Liban, qualifiés
alors de
"terroristes", et
de protéger la population
civile libanaise et
palestinienne martyrisée
par l'invasion brutale de la
moitié du Liban, et le siège
militaire de la partie de
Beyrouth abritant le
quartier général de l'OLP
et les bureaux de Yasser
Arafat.
Comme
aujourd'hui, où la totalité
du Liban est prise en otage
par l'armée israélienne,
la moitié du pays le fut
alors, au cours de l'été
1982, par cette même armée
; elle fut aussi, comme en
cet été 2006, bombardée
nuit et jour durant deux
mois et demi par terre, par
mer et par air, sans
distinction entre objectifs
militaires et civils ; l'eau
et l'approvisionnement
furent coupés aux habitants
de Beyrouth encerclée.
Yasser Arafat était l'objet
de poursuites aériennes,
tout comme l'est aujourd'hui
le chef du Hezbollah. On
peut se rappeler aussi qu'en
juillet 1982 les dirigeants
du G7 étaient alors
somptueusement réunis au château
de Versailles et trop occupés
par leurs agapes pour
daigner même regarder
mourir des milliers de
Libanais et de Palestiniens
ensevelis sous les décombres
de leurs habitations ou
bombardés alors qu'ils
tentaient de fuir l'enfer.
Il n'y avait pas à l'époque
de Hezbollah, mais Israël
voulait éradiquer le
"terrorisme"
palestinien présent au
Liban et imposer un
gouvernement libanais à sa
solde qui termine le travail
d'éradication violente.
La
force d'interposition débarqua
effectivement à Beyrouth,
fit sortir Yasser Arafat et
deux ou trois mille
combattants palestiniens,
s'assura de l'élection d'un
président phalangiste (Bachir
Gemayel) qui avait cautionné
l'invasion israélienne,
puis rembarqua. La suite fut
un désastre : assassinat du
président, entrée des
troupes israéliennes à
Beyrouth et massacres
horribles de femmes et
d'enfants palestiniens dans
les camps de Sabra et
Chatila. François Mitterand
obtint alors le retour précipité
de la FM au Liban : cette
dernière assista sans
broncher aux massacres du
Chouf, encouragés par l'armée
israélienne (10.000
victimes, 200.000 chrétiens
chassés par la force de
cette région). Le
gouvernement américain, de
son côté, encouragea le
gouvernement phalangiste
libanais à signer un traité
inégal avec Israël, résultat
? Des attentats
spectaculaires contre les
troupes américaines et françaises
(450 morts) en octobre 1983
et une relance sanglante
jusqu'en 1990 de la guerre
entre milices libanaises
opposées.
Aussi
bien le secrétaire général
des Nations unies que la
Maison Blanche ou l'Elysée
auraient donc intérêt à
potasser leur dossier
libanais avant de proposer
au gouvernement de Beyrouth
de se lancer dans une
nouvelle aventure. Plutôt
que de reproduire les mêmes
graves erreurs faites par la
Syrie dans sa gestion du
Liban, et donc de continuer
de se mêler aussi
imprudemment des affaires
intérieures libanaises sans
prendre en compte toutes les
sensibilités politiques
libanaises, les décideurs
internationaux devraient
d'abord établir un
diagnostic clair de la
situation libanaise et régionale.
Si
le Hezbollah n'est qu'une émanation
de la volonté de Téhéran
et de Damas qui veut
agresser indirectement et
sans raison Israël, il est
totalement aberrant dans ce
cas de laisser Israël s'en
prendre au Liban. Il
faudrait même imposer à l'Etat
hébreu qu'il s'engage à ne
plus martyriser ainsi le
Liban de façon récurrente
et inutilement cruelle.
Militairement ou par la négociation,
qu'Israël ou les Etats-Unis
règlent leur contentieux
pour l'hégémonie régionale
avec ces deux pays, mais non
avec le Liban. Si, en
revanche, l'existence du
Hezbollah au Liban, comme
celle du Hamas en Palestine,
n'est pas une simple création
machiavélique de l'axe Téhéran-Damas,
mais le résultat des
quarante ans d'occupation
par Israël de la
Cisjordanie, de Gaza, de la
Palestine et du Golan
syrien, de vingt-deux ans
d'occupation d'une large
partie du sud du Liban par
Israël (1978-2000) - en
infraction à toute légalité
internationale -, alors le
traitement de la question
libanaise doit être tout
autre.
Le
Liban, en effet, ne se
gouverne pas par la force ni
par la loi de la majorité.
Il est une démocratie
consensuelle et fragile du
fait justement du contexte régional
si agité, mais aussi de son
régime communautaire. C'est
pourquoi les décideurs
internationaux seraient avisés
de ne pas tenter, comme en
1982, de forcer la main au
gouvernement actuel.
Celui-ci est d'autant plus
fragile qu'il n'est pas un
gouvernement d'union
nationale - même si le
Hezbollah y dispose de deux
ministres - et qu'il résulte
d'élections menées dans
des conditions peu
reluisantes sous la houlette
des Etats-Unis et de la
France, sans même une réforme
de la loi électorale réclamée
par l'ensemble des Libanais.
Il
faudrait aussi reconnaître
la complexité des forces
politiques en présence au
Liban et ne pas présenter
exclusivement le point de
vue des factions
sympathisantes de la
politique américaine ou
française et hostiles au
Hezbollah. Il en est ainsi
du général Aoun, de très
loin le dirigeant le plus
populaire de la communauté
maronite, mais qui a disparu
des médias français pour
avoir refusé de se lancer
dans des attitudes hostiles
au Hezbollah afin de préserver
l'unité des rangs et la
concorde communautaire au
Liban. Il en est de même de
Sélim El Hoss, ancien
premier ministre du Liban,
issu de la communauté
sunnite, et qui, aux pires
moments de la guerre passée
(1975-1990), a su maintenir
l'unité du Liban ;
celui-ci, depuis l'adoption
de la résolution 1559, n'a
pas arrêté de recommander
aux ambassadeurs occidentaux
en poste à Beyrouth de
faire appliquer l'ensemble
du droit onusien sur le
conflit israélo-arabe afin
que le Liban soit en mesure
de mettre en oeuvre toutes
les dispositions de la résolution
1559 sans provoquer de
graves discordes internes.
La
"communauté
internationale" ne doit
pas instrumentaliser encore
plus le Liban dans la partie
de bras de fer régionale
actuelle et ne doit pas
tenter d'exaspérer les
divisions des Libanais ou
d'ignorer les uns au profit
des autres. Ne serait-il pas
temps d'ailleurs au
Proche-Orient de tenter une
autre voie que la politique
de la canonnière, qui a si
bien caractérisé le XIXe
siècle colonial et qui renaît
de ses cendres aujourd'hui
de façon scandaleuse ?
Trois
questions
à
Arslan Sinno, président du
Rassemblement des propriétaires
de minoteries
par
LILIANE MOKBEL, publié dans
l'Orient-le Jour le 22
juillet 2006
*
Dans une économie de
guerre, les minoteries sont
dans le collimateur. Quel
est l’état des lieux,
aujourd’hui ?
"En stockant le pain,
un produit périssable, les
Libanais sont en train de
priver d’autres citoyens
de cette denrée alimentaire
essentielle. Dans les
circonstances ordinaires, la
quantité de blé disponible
aujourd’hui dans les silos
et les minoteries, environ
60.000 tonnes, aurait suffi
à la consommation locale
pour une période de deux
mois. Le Liban consomme
entre 1.000 et 1.200 tonnes
de blé par jour. D’autres
quantités de blé local (ou
durum) sont disponibles sur
le marché, mais celles-ci
ne sont pas adaptées à la
production du pain libanais.
Au cas où il serait
difficile d’importer du blé,
les boulangers devraient
incorporer 30 % de blé
local au mélange de la pâte
destinée à la fabrication
du pain. En temps normal,
cette proportion n’est que
de 10 %. La qualité du
pain, cependant, ne serait
pas la même que celle
proposée en ce moment. Si
l’on décide d’importer
aujourd’hui du blé, il
faudrait au moins un mois
pour que ce blé soit livré
aux minoteries. La procédure
administrative à l’Office
national des céréales est
lente."
*
Auriez-vous une proposition
à faire dans les
circonstances difficiles que
traverse le pays ?
"Sur base des propos
tenus par le président
Jacques Chirac sur la création
de corridors humanitaires,
j’ai proposé aux
instances françaises compétentes
que certains dons français
portent sur des quantités
de blé. Le blé français
est de bonne qualité et il
n’est pas commercialisé
au Liban en raison de son
prix élevé. L’envoi de
blé français au Liban
serait une occasion pour
familiariser les minotiers
et les boulangeries à ce
genre de blé. Vu le blocus,
l’inspection des
chargements de blé est
relativement facile, aucune
arme ou autres outils ne
pouvant y être cachés. De
plus, le transport du blé
se fait de point à point,
c’est-à-dire d’un port
spécialisé vers un autre
port spécialisé. Je
propose également que le
ministère de l’Economie
effectue un recensement
pointilleux des quantités
de blé disponibles sur le
marché pour être fixé sur
les proportions des ingrédients
du mélange destiné à la
fabrication du pain
libanais."
* Auriez-vous
en tant que rassemblement de
propriétaires de minoteries
une stratégie pour le
transport et la distribution
? De même auriez-vous une
stratégie organisant la
consommation ?
"On n’a pas de stratégie
pour le transport et la
distribution. On essaie
simplement de motiver les
ouvriers et les chauffeurs
de camion en relevant leurs
rémunérations. Le prix du
mazout est par ailleurs passé
de 600 à 900 dollars. Les
coûts de production
additionnels se sont répercutés
sur le prix du pain, qui a
augmenté d’une manière
"raisonnable". En
ce qui concerne
l’organisation de la
consommation, c’est une
question qui est du ressort
du gouvernement. Un éventuel
rationnement du pain créerait
un marché noir parallèle."
François
Heisbourg : le Hezbollah, un
ennemi difficile
Propos
recueillis par BRUNO RIPOCHE, publiés
dans Ouest-France le 21
juillet 2006
Pour
François Heisbourg, qui
dirige la Fondation pour
la recherche stratégique,
la milice chiite est aidée
par l'Iran.
*
En neuf jours de
bombardements, la puissante
armée d'Israël n'a pas
fait taire les artilleurs du
Hezbollah. Pourquoi ?
Le
Hezbollah est un ennemi
difficile. On est sur un théâtre
où les distances sont très
courtes. Haïfa n'est qu'à
30 km de la frontière
libanaise. Il ne suffit pas
d'avoir des images
satellite. Les
lance-roquettes multiples du
Hezbollah sont mobiles,
faciles à dissimuler sous
les arbres et dans des
hangars. Des roquettes
grandes comme l'avant-bras,
cela se stocke dans des
parkings souterrains, des
garages, par définition
proches des maisons. Ce fort
recoupement entre l'espace
d'opérations du Hezbollah
et les lieux de vie des
Libanais explique le nombre
de civils tués. Il ne
l'excuse pas.
*
Les généraux israéliens
ont mobilisé des troupes
sur la frontière. Pourquoi
semblent-ils hésiter à les
utiliser ?
Techniquement,
l'invasion terrestre serait
sans doute plus efficace
pour faire cesser les tirs
de roquettes. Mais elle a un
coût politique important :
en termes de violation de
souveraineté, d'occupation,
d'ennemis que l'on se
fait... Le Hezbollah peut éventuellement
reculer jusqu'en Syrie. De
quoi faire hésiter les Israéliens.
Ce film, ils l'ont déjà
joué, en version grand écran,
lors de l'invasion de 1982.
Ils n'ont pas envie de le
revoir.
*
Qu'est-ce que ces dix jours
d'affrontements enseignent
sur le Hezbollah ?
Beaucoup
de choses que l'on savait déjà :
ce mouvement s'apprête tout
de même à fêter ses 25 ans !
Il y a de grandes
constantes, comme le rôle
majeur de Damas et Téhéran,
avec la présence
ininterrompue de centaines
de Gardiens de la Révolution
iraniens sur place. Ce rôle
est confirmé : le
Hezbollah a atteint Haïfa,
Nazareth et Afoula avec des
roquettes de gros calibre
d'une portée de 40 à 75 km,
qu'il n'avait jamais utilisées
auparavant. Ce que la milice
chiite appelle des Raad,
ce sont des BM27 syriens
et des Fajr iraniens.
*
On a peine à croire que les
Israéliens, maîtres du
renseignement, aient été
pris au dépourvu...
On
savait que le Hezbollah
recevait de telles armes
depuis cinq ans. Les Israéliens
n'ont pas mené de frappes
préventives à la Bush. Ils
ont attendu que l'occasion
se présente avec la capture
de ces deux soldats... Il y
a cependant des surprises :
le tir sur un navire israélien
d'un missile C-802
Silkworm, de conception
chinoise, mais fabriqué en
Iran, a provoqué stupeur et
tremblement. Personne
n'imaginait ce genre d'engin
entre les mains du
Hezbollah. Ce missile
requiert une maintenance et
un téléguidage. Le
Hezbollah ne l'a sûrement
pas tiré tout seul !
*
Quel intérêt le Hezbollah,
l'Iran et la Syrie ont-ils
à pareille escalade ?
Le
Hezbollah est probablement,
comme le Hamas, sujet à des
dissensions. Rappelez-vous :
le soldat israélien Gilad
Shalit a été enlevé à
Gaza au moment où le Hamas
local signait le
"manifeste des
prisonniers", une
reconnaissance indirecte
d'Israël à laquelle est
opposé Khaled Mechaal, le
dirigeant du Hamas en exil
à Damas. De même, le
Hezbollah est tiraillé :
d'un côté, il est entré
au gouvernement, au
Parlement, il a en main le
sud du Liban ; de
l'autre, il y a les tenants
du rôle révolutionnaire régional.
Ceux-là, visiblement, ont
eu le dessus. L'Iran ?
Il manifeste son pouvoir de
nuisance. Même si l'on ne
distingue pas encore bien
s'il s'agit de peser dans la
négociation avec les
Occidentaux sur son
programme nucléaire ou de
la rendre impossible. La
Syrie ? Je la crois très
embêtée, parce qu'elle
risque les représailles
d'Israël. Mais elle ne peut
pas le dire, parce que
l'Iran est son seul allié
et le Hezbollah son seul
levier face à Israël. Elle
seule a intérêt à un
cessez-le-feu rapide.
*
Hormis la France, qui
invoque la situation
humanitaire, les Occidentaux
ne paraissent guère pressés...
La
communauté internationale
n'est, au fond, pas fâchée
de voir le Hezbollah désarmé
- ce que réclamait la résolution
1559 de l'Onu -. On laisse
Israël faire le sale boulot
tant qu'il ne commet pas une
grosse bêtise, comme une
bombe sur un hôpital qui
ferait 200 morts et mettrait
le monde arabe dans la rue.
Lettres
: Un gros recul
international
par
ANDRE MARCEAU, publié
dans le Devoir le 11
juillet 2006
Il
n'y a rien de plus
dangereux que de se mêler
des chicanes des autres
quand on n'a pas de
solution à proposer. Israël
et les Etats-Unis sont en
guerre depuis des lustres,
avec les Palestiniens et
plusieurs pays arabes, et
notre bon M. Harper s'est
permis une magistrale
erreur en décidant
d'impliquer la fédération
canadienne dans cette
guerre. Des soldats d'ici
qui guerroient sous
commandement américain et
qui tuent des Afghans pour
permettre aux Etats-Unis
de transférer leurs
soldats en Irak. Alors
que, depuis le Prix Nobel
de M. Pearson il y a 50
ans, notre fédération
jouissait d'une réputation
de complète neutralité
à travers le monde, et le
passeport canadien nous évitait
de passer pour des
"guerriers
ennemis" dans les
nombreux pays où nos
voisins sont souvent détestés.
Finie aujourd'hui cette
"assurance
voyage", qui
permettait aux Québécois
de se faire des amis
partout au monde. On vit
actuellement un énorme
recul international, et
c'est la fédération
canadienne qui nous y
entraîne.
Un
cessez-le-feu unilatéral
d'Israël n'est pas la
solution, dit MacKay
paru
dans le Devoir le 24
juillet 2006
Il
faut commencer à utiliser
la diplomatie dans la
recherche de la paix au
Liban, mais cela ne
signifie pas un
cessez-le-feu unilatéral
d'Israël, affirme le
ministre canadien des
Affaires étrangères
Peter MacKay. Le ministre,
qui s'exprimait hier sur
les ondes de CTV, a refusé
de joindre la voix du
Canada à celles d'autres
pays qui ont appelé l'Etat
hébreu à contenir son
offensive militaire dans
la région. Pour que les
hostilités prennent fin,
les deux parties devront
d'abord s'entendre sur une
solution qui fera en sorte
qu'Israël ne subira pas
à nouveau les attaques du
Hezbollah, dont les
troupes se servent du
Liban comme base d'opérations,
a dit M. MacKay. "Un
cessez-le-feu et un retour
au statu quo constituent
une victoire pour le
Hezbollah, a prévenu M.
MacKay. N'oublions pas
qu'il s'agissait d'une
attaque provoquée de
la part d'une organisation
terroriste [...]. Les
discussions doivent mettre
l'accent sur la
disparition à long terme
de la violence dans la région."
Les
propos du ministre sont
conformes à l'opinion que
maintient depuis le début
de la crise le premier
ministre Stephen Harper,
suivant lequel le
Hezbollah est coupable
d'avoir déclenché la
violence et un retrait
unilatéral d'Israël ne résoudrait
pas le problème. Le
gouvernement conservateur
est la cible de critiques
virulentes de la part de
Canadiens arabes. Des
milliers d'entre eux se
sont rassemblés à Montréal,
Toronto, Ottawa et
ailleurs en fin de semaine
dernière pour faire
pression sur M. Harper
afin qu'il modère sa
position. M. MacKay s'est
montré très réservé,
hier, sur la question de
savoir si le Canada
accepterait de participer
à une éventuelle force
de maintien de la paix
susceptible d'être
constituée sous les
auspices de l'OTAN ou de
l'ONU. Il a aussi indiqué
qu'il n'avait pas encore décidé
s'il pouvait contribuer au
processus diplomatique en
se rendant au
Proche-Orient. Pour le
moment, a-t-il dit, il se
préoccupe surtout de
s'assurer que tous les
Canadiens désireux de
quitter le Liban puissent
le faire. Hier, plus de
6.500 ressortissants
canadiens étaient sortis
du Liban, mais un nombre
encore plus grand de
Canadiens s'y trouvaient
toujours.
C'est
Israël le vrai
responsable
par
JOHN BERGER, NOAM CHOMSKY,
HAROLD PINTER ET JOSE
SARAMAGO, publié dans le
Monde du 27 juillet 2006
John
Berger est romancier
essayiste ; Noam Chomsky
est linguiste ; Harold
Pinter est dramaturge et
Prix Nobel de littérature
2005 ; José Saramago est
écrivain et Prix Nobel de
littérature 1998. Traduit
de l'anglais par Gilles
Berton
Le
dernier épisode du
conflit entre Israël et
la Palestine s'est ouvert
avec l'enlèvement à Gaza
de deux civils, un médecin
et son frère, par les
forces israéliennes. Un
incident mentionné nulle
part, sauf dans la presse
turque. Le lendemain, les
Palestiniens capturèrent
un soldat israélien, puis
proposèrent d'en négocier
l'échange contre un
certain nombre de
prisonniers palestiniens -
ils sont environ 10.000
dans les prisons israéliennes.
Que l' "enlèvement"
d'un soldat israélien
soit considéré comme un
scandale alors que
l'occupation militaire illégale
de la Cisjordanie et
l'appropriation systématique
de ses ressources
naturelles - en
particulier de son eau -
par les forces de défense
(!) israéliennes sont
acceptées comme un fait
certes regrettable mais
objectif : voilà qui est
typique de la politique du
deux poids, deux mesures
que l'Occident pratique de
façon systématique
devant ce qu'endurent,
depuis soixante-dix ans,
les Palestiniens sur des
terres qui leur ont été
allouées par des accords
internationaux.
Aujourd'hui,
les scandales se répondent
; des missiles artisanaux
croisent en plein vol des
engins autrement
sophistiqués. Ces
derniers vont généralement
atteindre leur objectif
dans des zones où les
plus déshérités
s'entassent en attendant
ce qu'on appelait
autrefois la Justice. Les
deux sortes de missiles déchiquettent
les corps de façon tout
aussi horrible - qui,
hormis les chefs
militaires, pourrait
l'oublier un seul instant
? Chaque provocation et
contre-provocation est
montée en épingle et
donne lieu à des leçons
de morale. Mais les débats
qui en résultent, les
accusations et les
serments ne servent qu'à
détourner l'attention du
monde d'une pratique
militaire, économique et
géographique à long
terme dont l'objectif
politique n'est rien moins
que la liquidation de la
nation palestinienne. Cela
doit être dit à haute et
intelligible voix car
ladite pratique, seulement
exprimée à demi-mot et
souvent exécutée secrètement,
progresse rapidement ces
jours-ci, et c'est un
devoir, à notre avis, que
de lui résister et de la
dénoncer sans cesse et
toujours pour ce qu'elle
est.
Pourquoi
une telle indifférence de
l'UE ?
par
NABIH DAOU, publié dans
le Temps le 26 juillet
2006
Pour
la énième fois, le Liban
est sujet aux attaques
sauvages et aux massacres
barbares de l'Etat hébreu.
Pour la énième fois,
l'Union européenne reste
les bras croisés et les
yeux fermés. Pourquo i?
C'est tout simple. [...]
Chaque fois que les
Nations unies condamnent
l'Etat hébreu, le
"veto" de
l'Oncle Sam est toujours là
pour arrêter toute
condamnation. Est-ce démocratique
? Peut-être que oui,
selon la définition de la
démocratie de M.Bush en
Irak. A l'UE, j'aurais
d'ailleurs envie de dire :
"Rien ne vous émeut.
Seul le cours du pétrole
motive vos actions. Ce qui
vous intéresse, c'est de
vendre des armes, sans
vous soucier de savoir
pourquoi et comment ces
armes seront utilisées.
[...] Soutien total à
Israël, pour autant que
les juifs restent là où
ils sont, c'est-à-dire en
Israël." Pour
soi-disant libérer deux
soldats (peut-on croire à
un tel prétexte ?), ces
massacres et ces
destructions sauvages et
barbares font acte d'une
vraie démesure. Je
conjure donc tous les
Etats de l'Union européenne,
ainsi que tous les pays
libres, à réagir
rapidement et fermement,
afin de mettre fin à
cette barbarie. Enfin, je
remercie la Suisse (mon
second pays de cœur)
d'avoir été le premier
pays à condamner cette démesure.
Liban
: vous avez dit
terroristes ?
par
GREGOIRE BAILLOD, pour
le Collectif citoyen
Suisse-Liban, Genève,
publié dans le Temps le
26 juillet 2006
Lutte
contre le terrorisme :
c'est ainsi qu'Israël
justifie sa campagne de
destruction massive du
Liban depuis dix jours, réalisant
sa promesse de ramener le
pays du Cèdre "vingt
ans en arrière" en
le mettant à feu et à
sang sans la moindre
retenue. Lutte contre le
terrorisme : une
justification qui jouit
d'une acceptation
pratiquement sans bornes
de la part de la communauté
internationale depuis un
certain 11 septembre... A
tel point que l'on ne se
pose même plus la
question de savoir ce que
l'on entend effectivement
par terrorisme - il suffit
apparemment d'être Arabe
et armé pour répondre
aux critères. Hezbollah,
Hamas, Al-Qaida, même
combat. Vraiment ? Voici
la définition que donne
l'encyclopédie en ligne
Wikipédia de terrorisme :
"Le terrorisme est la
réalisation, par une
personne, un groupe ou un
Etat, d'actions violentes
destinées à produire sur
la population civile un
sentiment de terreur et de
produire des souffrances
supérieures aux objectifs
requis par l'objectif du
combat. Le terrorisme vise
la population civile en général
ou une de ses composantes,
une institution ou les
structures d'un Etat.
L'objectif peut être
d'imposer un système
politique, de nuire à un
système politique, ou
d'obtenir la satisfaction
de revendications, de
causer des destructions à
un ennemi ou de déstabiliser
une société." C'est
à se demander si Israël
n'a pas consulté cette
encyclopédie avant de
mener son attaque contre
le Hezbollah, ou plutôt
contre l'ensemble du Liban
et de sa population
civile. (Pour plus de détails
troublants lire le reste
de l'article
"Terrorisme" de
Wikipédia, et s'informer
sur la création du
Hezbollah en réponse à
l'invasion israélienne du
Liban en 1982).
Israël
peut-il vraiment détruire
le Hezbollah ?
paru
dans le Figaro le 20 juillet
2006
Analystes
en stratégie et experts de
l’armée israélienne
doutent de la capacité de
Tsahal à mettre hors de
combat le mouvement chiite
libanais.
En lançant son offensive
sur le Liban, Israël
avait un objectif
principal : récupérer
ses deux soldats enlevés
par le Hezbollah. En
termes militaires, l’armée
israélienne se donnait
trois défis : faire
cesser les tirs de
roquettes sur le nord de
l’Etat hébreu, éliminer
les dirigeants du
Hezbollah et repousser les
combattants du mouvement
chiite de la zone
limitrophe à Israël. Après
neufs jours de raids, un
porte-parole de l’armée
dressait un constat amer :
"140 roquettes se
sont abattues sur le nord
d'Israël depuis mercredi
matin, portant à près
d'un millier le nombre de
ces engins tirés sur Israël
par le Hezbollah depuis le
début de l'offensive israélienne
au Liban, le 12
juillet". Les tirs de
roquettes ont fait 15
morts parmi les civils
israéliens.
"L’illusion
d’une solution miracle
s’évanouit"
Le
quotidien Yediot
Aharonot évoque déjà
une "amère
victoire".
"Aucun des objectifs
fixés par le premier
ministre ne sera
atteint", estime un
éditorialiste. "Les
soldats enlevés ne seront
pas restitués sans
contrepartie, le Hezbollah
ne sera pas désarmé et
l'armée libanaise ne fera
pas grand chose à la
frontière". Le Haaretz
renchérit : "D'une
façon ou d'une autre,
l'illusion d'une solution
miracle s'évanouit".
Au sein de
l’administration israélienne,
le ton change également.
"Je pense qu'en fin
de compte, nous ramènerons
les soldats à la maison
et si l'une des voies
passe par une négociation
sur le sort de prisonniers
libanais, je pense que
nous devrons la considérer
un jour", déclare
Avi Dichter, le ministre
de la Sécurité intérieure,
respecté pour son passé
de patron du Shin Bet, le
renseignement israélien.
"Cela a été une
erreur d'exclure un échange.
Il s'agit parfois du
dernier recours quand les
options militaires ne sont
tout simplement pas réalisables",
soutient également Danny
Yatom, général à la
retraite et désormais député
du Parti travailliste,
partenaire de la coalition
gouvernementale.
"Israël
est dans le pétrin"
Les
analystes militaires ne
sont guère plus
optimistes : "Il est
indéniable qu'Israël est
dans le pétrin. Tsahal a
surestimé ses capacités
de briser le
Hezbollah", constate
l’Israélien Reuven
Pedatzur. Le risque, selon
lui, est que "l'armée
déclenche une vaste opération
terrestre au Sud-Liban, ce
qui la rendrait vulnérable
aux actions de guérilla
du Hezbollah".
"Le Hezbollah semble
tenir le coup et son moral
semble intact",
souligne Shaoul Mishal, spécialiste
des mouvements islamiques,
de l'université de
Tel-Aviv. Selon lui,
"il est illusoire de
croire qu'on pourra détruire
par la seule force des
armes un mouvement comme
le Hezbollah". Au-delà
de la ténacité du
mouvement chiite, l’armée
israélienne se heurte à
des problèmes stratégiques,
et constate sur le terrain
les limites d’une opération
purement aérienne. Le général
Alon Friedman, en poste
dans la région nord
d'Israël, explique
d'ailleurs que l'armée
"opère pour détruire
les infrastructures du
Hezbollah notamment les
bunkers souterrains et les
stocks de roquettes
difficiles à localiser et
neutraliser par
l'aviation".
Aucune
bombe capable d’éventrer
les bunkers du Hezbollah ?
Mercredi
soir, l’aviation israélienne
a largué un tapis de 23
tonnes de bombes sur un
bunker du Hezbollah, dans
la banlieue sud de
Beyrouth, croyant savoir
que des dirigeants du
Hezbollah s’y
trouvaient. Comme à son
habitude, le Hezbollah a
aussitôt démenti. Ce déluge
de bombes s’explique,
selon Alon Ben-David,
analyste pour le magazine
britannique Jane’s
Defence Weekly, par le
fait qu’Israël ne possède
aucune bombe capable d’éventrer
les solides bunkers dans
lesquels se terrent les
chefs du Hezbollah. Israël
avait demandé en 2004 aux
Etats-Unis de lui vendre
des bombes capables de pénétrer
des bunkers. Le Pentagone
avait approuvé la vente
de cent bombes GBU-28 l'an
dernier. Mais le ministère
israélien de la Défense
n’a finalement pas acheté
les engins pour cause de
coupes budgétaires. Une
version allégée du
GBU-28, pesant 2.272 kg et
pouvant pénétrer sept mètres
de béton a été conçue
par Israël, explique
encore qu’Israël a subi
quelques surprises au
sujet de l’armement du
Hezbollah. Une corvette
israélienne a ainsi été
touchée le 14 juillet par
un missile sol-mer Noor. "Nous
ne savions pas que le
Hezbollah possédait ce
type de missile", qui
atteindrait une portée de
200 km, reconnait
l’amiral Noam Faig, chef
des opérations maritimes
israéliennes. Selon le Jane’s
Defence, le Noor,
fabriqué en Iran sur une
base de C-802 chinois,
aurait une portée de 200
km et serait même guidé
par radar.
La
majorité des experts
estiment qu’en toute
hypothèse, Israël devra
choisir entre le déploiement
d’une force
internationale et une
vaste offensive terrestre,
fatalement coûteuse en
vies humaines, mais seul
moyen efficace de débusquer
les chefs du Hezbollah et
de détruire les stocks
souterrains de roquettes.
L’encadrement
familial pour juguler la
peur
par
VIVIANE MATAR TOUMA,
psychologue et psychothérapeute,
publié dans l'Orient-le
Jour le 22 juillet 2006
A-t-on
le droit d’avoir peur ?
Faut-il exprimer ou
camoufler sa peur ? Des
questions qui se posent
avec acuité, notamment au
niveau des jeunes. Quels
que soient l’âge, la
situation, le statut de
chaque personne, la peur
est un facteur humain,
c’est-à-dire totalement
normal. Croyants ou athées,
à chacun ses peurs et ses
appréhensions. Dans la
situation actuelle, la
peur se manifeste dans
chaque foyer. La peur de
la mort mais aussi la peur
de l’avenir. "Que
vais-je devenir ? Et mes
parents, mes amis et les
projets d’avenir
?..." s’inquiète
une jeune fille de 19 ans.
Avant de parler de la
situation du Libanais,
parlons de l’homme, de
l’humain. L’être
humain a des craintes et
des appréhensions qui relèvent
de facteurs en rapport
avec les croyances,
l’appartenance, l’éducation,
le caractère et bien
d’autres paramètres.
L’expression de la peur
diffère d’une personne
à l’autre. Les uns sont
modérés dans leurs réactions,
les autres théâtralisent,
exagérant la situation (état
de panique). Certains
camouflent leurs peurs,
refoulant ainsi les
affects, mais courant le
risque de voir s’ouvrir
un jour la soupape de sécurité
qui, jusque-là, gardait
la personne sous contrôle.
Celui qui exprime sa peur
ne la dépasse pas nécessairement,
mais réduit l’intensité
de la pulsion. Dans le cas
contraire, la personne
court le risque de perdre
son équilibre à long
terme.
Le Libanais, quelles que
soient son appartenance,
ses croyances, sa
religion, sa confession,
est capable de gérer sa
peur d’une manière ou
d’une autre. L’âge,
l’expérience et l’éducation
influencent ses réactions.
Un facteur vient
s’ajouter aux précédents,
celui de la guerre. Nous
distinguerons les
Libanais, qui ont vécu la
guerre du dernier quart de
siècle, de ceux qui ne
l'ont jamais vécue, en
passant par ceux qui ont
quitté le pays au début
du conflit. Les personnes
qui ont déjà vécu la
guerre la vivent différemment
lorsqu’elle se répète.
Certes, elles ne se réjouissent
pas de la reprise du
conflit armé, mais se
trouvent capables de maîtriser
leurs affects et de gérer
leur peur. Quant à ceux
qui ont quitté le pays en
temps de guerre (surtout
dans des conditions
difficiles), ils ne
peuvent supporter la
reprise des affrontements.
Ils associent à leurs
peurs une mélancolie et
une perte de l’espoir en
un retour dans leur pays
d’origine. Les jeunes de
l’après-guerre sont les
plus affectés
aujourd’hui, parce que
la situation est
inhabituelle pour eux et
par le fait même mystérieuse
dans le sens où
"tout peut se
passer". Certains de
ces jeunes perdent
l’espoir et sont stressés
sans toutefois se laisser
aller. D’autres perdent
le nord et cherchent à
tout prix à quitter le
pays (sans vraiment avoir
un but bien déterminé).
Le rôle des parents et de
la famille s’avère
primordial. Dans les
circonstances présentes,
il nous est demandé
d’encadrer nos enfants
et les jeunes, d’écouter
leur souffrance, de
comprendre leurs craintes,
de se mettre à leur
niveau et leur expliquer
la situation. Autrement
dit, de communiquer et de
ne pas banaliser la
situation. Aujourd’hui,
plus que jamais, le
Libanais est invité à
"réfléchir à ses
actes" et à ne pas
se lancer dans
l’inconnu. Prise dans le
tourbillon des événements,
toute personne peut être
emportée par le courant
et se retrouver au fond du
gouffre. Il est important
d’exprimer ce que l’on
ressent et de parler de
ses peurs. Mais il est
indispensable aussi de
prendre du recul et de
prendre le temps de réfléchir
à la situation vécue
pour mieux cibler son
comportement.
Largas
a Líbano
El
País, el 27 de
julio de 2006
Aparte
buenas palabras, la
conferencia de Roma ha
dejado en absoluta
penumbra las dos
necesidades más
apremiantes en Líbano: un
alto el fuego y el envío
de una fuerza de
pacificación. Nada se ha
concretado sobre cómo
conseguir el inmediato fin
de un apocalipsis que dura
15 días, ni tampoco a
propósito de la
naturaleza, composición,
mandato o momento de
despliegue de los soldados
internacionales. Así las
cosas, todo apunta a que
Israel tendrá tiempo,
como quiere Washington,
para conseguir limitar con
su ofensiva la capacidad
militar de Hezbolá y
liquidar la consolidación
de su base territorial en
el sur de Líbano.
Condoleezza Rice lo ha
expresado en términos
diplomáticos: las cosas
en Líbano deben quedar
arregladas de manera que
sea imposible una vuelta
al statu quo
anterior.
La
guerra, sin embargo, no
está siendo un paseo para
uno de los ejércitos más
experimentados del mundo.
Los combates cuerpo a
cuerpo para conquistar los
feudos de Hezbolá están
resultando particularmente
sangrientos para las
tropas israelíes, cuyas
bajas aumentan sin cesar.
Y los cohetes de la fanática
milicia chií siguen
cayendo a mansalva y
matando a civiles en Haifa
y otras localidades norteñas.
A medida que crecen los
costos humanos de la
invasión, una fuerza de
interposición tiene cada
vez más sentido para un
Israel con dificultades
para desplegarse con
eficacia en los frentes de
Líbano y Gaza y en su
frontera con Siria. Nada
sugiere, tras el vacilante
cónclave diplomático de
ayer, que vaya a ser fácil
o rápido el reclutamiento
de esta fuerza crucial
bajo los auspicios de
Naciones Unidas, que
Romano Prodi cifra al
menos en 10.000 soldados y
de la que la OTAN ya se
desmarca. Francia y
Alemania mostraron ayer
abiertamente su oposición
a implicar a la Alianza,
que se apresta a medir su
eficacia en el
descontrolado polvorín
afgano.
Pero
Líbano no puede esperar.
Transcurridos 15 días,
los combates son más
encarnizados que nunca, y
el peaje en víctimas
inocentes y devastación
es insoportable. Y con
ello la amenaza de una
extensión regional del
conflicto que acabe
implicando a los grandes
protagonistas en la
sombra, Irán y Siria, y
haciendo si cabe más
ingobernable Irak por la
agitación incontenible
que entre su mayoría chií
provocan los
acontecimientos libaneses.
Es preciso, por tanto,
concretar en días, no
semanas, un alto el fuego
tan duradero como sea
posible, pero en cualquier
caso inmediato. El paso
siguiente, e
imprescindible, será
obtener de Hezbolá la
disolución de sus
milicias, algo que exige
la implicación directa de
Teherán y Damasco, y
cuyas posibilidades
actuales son prácticamente
cero en un Líbano
destruido y políticamente
inane.
Ni
en Roma ha habido
suficiente sentido de la
urgencia ni tampoco
indicios de que Estados
Unidos, el único actor
del reparto con capacidad
para ello, esté preparado
para leer la cartilla a
Israel y sacarle de su trágico
error, según el cual a más
destrucción, mayor
seguridad. Lo que viene,
salvo milagro, es la
prolongación de la agonía
de los libaneses.
Lebanese
Americans flee conflict
zone
by
MARTIN ASSER, BBC, 26
july 2006
Many
southern Lebanese
villagers on the receiving
end of Israel's
bombardment are also,
paradoxically, citizens of
Israel's closest ally and
strongest military backer,
the United States. This is
an outcome of the years of
Israeli occupation of
south Lebanon, when
thousands of people,
especially Shia Muslims,
emigrated to the US. So
when the current round of
fighting broke out on 12
July, the village of
Yaroun, just a few
kilometres from the
Israeli border, was packed
with Lebanese Americans.
Young and old had been
enjoying their summer
holidays, little
suspecting that their
ancestral homes would soon
be subjected to a
remorseless battering by
Israeli firepower.
Teenager Ali Nasser
recalls the family
huddling in one corner
during an Israeli
bombardment. The family
are lucky to be living in
a solid-stone, traditional
Lebanese mountain house,
he says, which was able to
withstand the onslaught.
Ali holds up his swanky
new mobile telephone and
says: "Thank God I
had this with me,
otherwise I don't think
we'd have made it out
alive."
Escape
route
Landline
telephones and electricity
have been cut off for days
in Yaroun. Fortunately, most
houses have their own wells
so water was available. But
having Ali's mobile phone
enabled the Nassers to call
the US embassy in Beirut to
ask to get the family out,
urgently. US embassy
officials said there was
nothing they could do except
persuade the Israelis to
allow a certain route from
the nearby town of Rmeich to
Tyre to be kept free from
bombing. The only road out
of Yaroun goes through Bint
Jbeil, scene of fierce
battles between Israeli
forces and their adversaries,
Hezbollah, the militant
group which captured two
Israeli soldiers in a
cross-border raid two weeks
ago. So the Nassers and
other fleeing residents had
to walk across country with
the battle raging behind
them to make their escape.
Setting off at an agreed
time from Rmeich, fleets of
dozens of taxis have been
taking people down to the
coast at Naqqoura and north
to Tyre. The US embassy had
to tell the Israelis the
exact number of vehicles in
the convoy - otherwise they
could have been hit anyway,
like so many other civilians
between Tyre and the border.
"It is a scary journey,"
says Ali. "We saw a
burning banana grove that
must have just been hit,
with two houses destroyed
nearby and a blown-up
car." Those who arrived
in Tyre said there was no
way of getting in touch with
the families to tell them
about the safe escape route.
Waiting
in pain
As
US citizens were arriving at
Tyre port to get on the SS
Princesa Marissa, on its
second trip to pick up
foreign passport holders and
relatives, 80-year-old Afifa
Laith (who does not have a
foreign passport) was
recovering from her ordeal
in a nearby hospital. Her
house in Chihin, a mountain
village 10km (six miles)
south of Tyre, had been hit
by Israeli bombing,
fracturing her elbow and
causing shrapnel injuries to
two other elderly relatives.
"We had to wait three
days until a United Nations
ambulance came," the
distraught Mrs Laith said.
"I was in agony all the
time and there was no one to
help." Many houses in
Chihin had been bombed, she
said, and the Israelis also
dropped leaflets telling the
residents to leave their
homes. "But when a
group of people tried to
escape, they bombed the
cars. They had to gather up
the children's remains in
plastic bags," Mrs
Laith said. "Now I am
safe but my son is still up
there, with his wife and
four children. I don't know
what will become of them."
Le
désarroi des cinéastes
libanais à la 8e Biennale
de l'IMA
par
JACQUES MANDELBAUM, publié
dans le Monde du 25
juillet 2006
Beaucoup
de cinéastes libanais
vivent entre le Liban et
la France. Saisie par la
guerre qui frappe son pays
d'origine, cette communauté
de réalisateurs assiste,
médusée, au déferlement
de violence, et s'emploie
à pallier son
impuissance. La 8e
Biennale des cinémas
arabes à Paris, qui se
tient du 22 au 30 juillet
à l'Institut du monde
arabe (IMA), devient la
caisse de résonance de
leurs initiatives. Le ton
a été donné lors de la
soirée d'ouverture,
vendredi 21 juillet, par
le cinéaste Yves Boisset,
qui a appelé "les
cinéastes et
intellectuels à faire
pression sur leurs
gouvernements pour que
cette boucherie abjecte
s'arrête le plus vite
possible". L'IMA
a décidé de programmer,
avant chaque séance, un
des quatre spots de trente
secondes réalisés, dans
l'urgence, par un
collectif issu de la jeune
garde du cinéma libanais.
Délibérément dépourvues
d'images spectaculaires,
jouant volontiers sur
l'obturation de l'image
par un cache noir qui leur
donne un aspect de
faire-part de décès, ces
vignettes minimalistes,
d'une sobre et digne
efficacité, s'achèvent
toutes sur l'inscription "Laisserons-nous
le Liban mourir sous nos
yeux ?"
Ghassan
Salhab à Beyrouth, Akram
Zaatari, Khalil Joreige,
Joana Hadjithomas et
Danielle Arbid à Paris y
ont oeuvré, dans la fébrilité
et l'inquiétude - tous ont
des parents sous les bombes
- de leurs nuits blanches.
Les mêmes, associés à
d'autres cinéastes présents
durant la Biennale, ont lancé
l'idée d'une réunion
quotidienne sur le parvis de
l'IMA, appelant les cinéastes
français à les rejoindre
pour réfléchir avec eux
aux actions à mener. Par
ailleurs, Danielle Arbid a
lancé une pétition dans ce
sens qui circule en ce
moment sur Internet, d'ores
et déjà signée par des
dizaines de réalisateurs
français. Ces initiatives témoignent
d'un sentiment mêlé
d'indignation et de résignation
qu'exprime avec justesse
cette cinéaste née en 1970
à Beyrouth, qui vit en
France depuis 1987 : "Je
suis en colère à la fois
contre le Hezbollah et
contre Israël. Les premiers
ont pris en otage la
population libanaise tout
entière, les seconds détruisent
méthodiquement le pays.
Nous vivons aujourd'hui un
traumatisme d'autant plus
terrible que nous pensions
être enfin sortis de la
guerre et avoir le droit de
vivre en paix."
Pour
un Liban responsable de
ses frontières
par
ANTOINE JOSEPH ASSAF, écrivain
et philosophe, publié
dans le Figaro le 20
juillet 2006
Voici
donc une autre guerre au
Liban après trente ans de
guerre et de paix avortées
et les leçons à tirer
sont aussi évidentes que
le soleil de l'Orient.
Première
leçon : seul le droit
peut donner à la paix son
fondement stable et inébranlable
dans un monde où la
nature humaine passe pour
être fragile et imprévisible.
Or qui peut dire
aujourd'hui que le Liban
ne méritait pas sa paix
et le droit qui pouvaient
garantir sa stabilité ?
Il a aussi besoin de la
force nécessaire pour
consolider la paix et
permettre à l'esprit du
droit et de la liberté de
s'épanouir là où la
violence terroriste
aveugle remplace la
justice, l'arrogance le
droit et la barbarie la
liberté. Il faut donc une
force internationale
capable d'assurer une
transition réaliste pour
que la légitimité, la
souveraineté et l'indépendance
du Liban soient établies
contre la barbarie et le
chaos.
Deuxième
leçon : seul l'esprit
critique, avec le jugement
et la lucidité nécessaires,
pouvait donner aux chefs
et aux dirigeants d'un
pays qui a connu tant de
divisions et de guerres la
nouvelle chance issue d'un
long purgatoire : onze ans
de prisons pour Samir
Geagea ; quinze ans d'exil
pour le général Michel
Aoun ; l'assassinat pour
Hariri et le retour à un
discours nationaliste de résistance,
après tant d'autres
discours colorés, de
Walid Joumblatt. Seul
Nasrallah et sa milice du
Hezbollah ont continué à
caresser les rêves de
victoire et de grandeur.
Il est temps de leur faire
comprendre, avant le désastre,
que cela est inutile pour
un parti authentiquement
libanais représenté par
vingt-quatre députés au
Parlement et deux
ministres au gouvernement
; il est temps de leur
dire plus haut que le
bruit des bombes qu'ils
seront seuls et que leurs
alliés, la Syrie et
l'Iran, ne viendront pas
se battre et mourir sur le
front des martyrs de Dieu.
Ces pays ont toujours préféré
celui de la démission, de
l'illusion et de la démesure
des empires passés.
Troisième
leçon : seul l'ordre est
nécessaire pour une
grande puissance
victorieuse pour qu'elle
puisse gagner la paix après
la guerre. Or Israël est
une nation qui a gagné
toutes ses guerres mais
qui a toujours perdu cette
paix tant désirée et si
ajournée. Il lui fallait
la "paix en Galilée"
et en effet elle a réussi
à l'avoir, bien que
fragile, pour un temps
avec cette "bonne
frontière" qu'elle
avait réalisée avec la défunte
Armée du Liban-Sud,
abandonnée depuis et disséminée
entre les prisons du
Hezbollah et l'exil en
Israël ! Ses généraux légendaires
Haddad et Lahad sont morts
mais le principe ne l'est
pas : il faut que l'armée
libanaise soit enfin
capable de jouer ce rôle
majeur qui réhabiliterait
son image et rendrait au
Liban la légitimité et
la surveillance naturelle
et légale de ses frontières.
Que
voulez-vous, grands de ce
monde, l'Orient vit
toujours sous une espèce
d'éternité et la réalité
de l'histoire reste pour
lui voilée derrière les
métaphores obscures et
les discours
grandiloquents. Mais les
vrais carrefours sont là
devant nous : ou bien le
Liban est adopté par le
monde libre, au-delà même
de "la feuille de
route" pour le
sauver, ou bien c'est le
grand chaos des vieilles
civilisations. Car quand
les plus humbles et les
plus innocents attendent
le salut venant de la
France et de l'Occident,
les plus obstinés et les
plus farouches - ceux
qui préfèrent les ruines
de Persépolis aux cèdres
éternels - rêvent
encore du retour
victorieux de la Syrie
agonisante des lions et de
la Grande Perse du triste
Darius poignardé.
Communiqué
de presse des co-présidents
du Conseil d’Eglises chrétiennes
en France au sujet de la
situation au Proche-Orient
Paris,
mercredi 26 juillet 2006
Cardinal
JEAN-PIERRE RICARD, Archevêque
de Bordeaux, Président de
la Conférence
des évêques de France
Pasteur
JEAN-ARNOLD DE CLERMONT, Président
de
la Fédération
protestante de France
Métropolite
EMMANUEL, Président
de l’Assemblée des évêques
orthodoxes de France
La
région du Proche-Orient se
trouve une nouvelle fois
face à une flambée démesurée
et irrationnelle de violence
qui touche toutes les
populations civiles. Plus
particulièrement, le Liban
est à nouveau meurtri et dévasté
par l’ampleur des
destructions occasionnées
par les opérations
militaires qui se déroulent
sur son sol et qui n’épargnent
pas les civils.
Face
à la situation alarmante
que vit actuellement le
Liban et devant les risques
sérieux d’un véritable
drame humanitaire qui menace
la population de ce pays, il
est de notre devoir, en tant
que responsables d’Eglises
chrétiennes en France,
catholiques, protestants et
orthodoxes, de lancer un
appel vigoureux aux différentes
parties en cause ainsi qu’à
tous les responsables
politiques, chefs d’Etat,
de gouvernement et
d’organisations
internationales pour
parvenir à un cessez-le-feu
immédiat afin d’arrêter
toutes les opérations
militaires de part et
d’autre, et soulager les
populations et les victimes
de toutes les parties en
cause. Nous exprimons notre
profonde solidarité avec
toutes les populations
civiles qui, de part et
d’autre de la frontière
libanaise, se trouvent sous
les menaces des bombes, de
la destruction et de la mort
et vivent des moments
tragiques. Nous condamnons
fermement le recours à la
violence et à la force et
appelons toutes les parties
en cause à recourir au
dialogue pour trouver des
solutions pacifiques aux
conflits existants. Le
recours à la violence n’a
pour effet que d’exacerber
les tensions et les
ressentiments de part et
d’autre. Or cette région
du monde, tellement meurtrie
depuis des générations, a
aujourd’hui besoin, plus
que jamais, de la paix.

Le
Haut Commissaire de
l'Onu aux droits de
l'Homme, Louise
Arbour, s'est dit
très
inquiet de l'impact
sur les civils de
l'escalade du
conflit entre Israël,
le
Liban
et
les Palestiniens