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Mgr
Michel Sabbah, patriarche
latin de Jérusalem
: "Il faut cesser de
boycotter le Hamas"
Propos
recueillis par HENRI TINCQ,
publiés dans le Monde du
18 mai 2006
*
Cinq
mois après la victoire du
Hamas, les chrétiens de
Terre sainte ne
craignent-ils pas une
islamisation accrue de la
société palestinienne ?
Non,
ils demandent le respect
de la liberté religieuse,
mais n'ont, pour le
moment, aucune crainte
particulière. Le Hamas
est affronté à une
situation intérieure
grave, à Israël, à une
communauté internationale
méfiante et n'a aucun intérêt
à ouvrir un front
religieux avec les chrétiens.
Il y a deux semaines, dans
une école de Gaza, j'ai
reçu le premier ministre,
Ismaël Haniyeh, qui nous
a donné toute assurance
quant à l'avenir des établissements
chrétiens. Tous les
citoyens palestiniens, chrétiens
et musulmans, sont à égalité
de droits et de devoirs.
*
Mais
la montée de l'extrémisme
ne menace-t-elle pas des
minorités chrétiennes
obligées de s'expatrier
?
Le
conflit entre musulmans
et chrétiens au
Proche-Orient, c'est au
Proche-Orient qu'il
appartient de le régler.
Les craintes, les
tensions, les erreurs
existent, mais c'est à
nous de les gérer.
Pendant treize siècles,
avec des moments faciles
et d'autres plus
difficiles, on a su
cohabiter. Les difficultés
actuelles ne seront pas
résolues par des
accusations, par des
peurs, mais par la
discussion.
La Palestine
est notre terre. Nous ne
sommes pas des étrangers,
des missionnaires. Nous
sommes partie prenante
de la société
palestinienne. Alors,
nous avons le choix :
partir ou rester.
Rester, c'est-à-dire
accepter la potentialité
de crises et de
difficultés qui existe
dans la région ;
collaborer avec des
musulmans qui sont plus
nombreux à vouloir
travailler avec nous qu'à
nous voir partir.
*
Depuis
le 11-Septembre, le
radicalisme islamique a
tout changé...
Tout
a changé pour l'Occident,
pas pour nous. Nous
n'ignorons pas la menace
immense qui pèse sur
l'humanité. Mais cette
menace ne se limite pas à
l'islam radical. Elle a
d'autres racines dans des
pouvoirs qui oppriment,
dans un système mondial où
ne compte que l'intérêt
national, la sécurité
nationale qui s'exerce au
détriment de la personne,
de la dignité humaine.
Mais la sécurité
justifie-t-elle que des
peuples entiers soient
sacrifiés ? Elle est là
la racine d'un terrorisme
qui fait autant de mal aux
musulmans qu'aux chrétiens.
Avant
la deuxième intifada et
avant la montée du Hamas,
80 % des Palestiniens étaient
pour la non-violence. Et
la question qui me hante
encore est de savoir
pourquoi Israël a refusé
de discuter avec ces 80 %
de non-violents, n'a
retenu que les 20 % de
violents, mis en avant la
violence du Hamas. Et
pourquoi Israël continue
de construire un
"mur" qui ne
provoque que des colères,
elles-mêmes sources de
violences. Pourquoi ?
Parce que l'unique critère
d'action est la force
militaire.
*
Une
nouvelle orientation
politique s'est tout de même
imposée en Israël...
Ariel
Sharon a cru qu'il
pourrait écraser les
Palestiniens. En cinq ans,
il a tué beaucoup de
Palestiniens, démoli des
milliers de maisons, détruit
l'agriculture, des propriétés.
Puis il s'est rendu compte
qu'il n'avait pas avancé
d'un pouce, que le peuple
palestinien existait
toujours, voulait défendre
sa liberté, au besoin par
l'action violente. Alors,
il y a eu chez Sharon une
demi-conversion : la
guerre ne sert à rien.
Elle est inutile, ne met
pas fin au conflit. Il a
engagé un retrait unilatéral
à Gaza, n'a pas eu le
temps de le poursuivre
dans les autres
territoires, a fondé un
parti incarnant cette
nouvelle vision. Ehoud
Olmert a hérité de tout
cela, mais aura-t-il la
force d'aller au bout de
ce processus ?
Israël
a fait un grand pas, mais
il lui en reste un autre
à faire : prendre
conscience que la paix se
fera à deux, comme la
guerre s'est faite à
deux. On est à mi-chemin.
Il faut parler avec
l'adversaire. Avec la
victoire du Hamas, son
enracinement et sa force
de conviction dans le
peuple, avec cette
nouvelle vision israélienne,
il y a une chance de paix.
L'Occident doit prendre au
sérieux cette chance de
paix, cesser de boycotter
le Hamas, de l'assimiler
au terrorisme, encourager
les négociateurs des deux
camps. Le Hamas, ce n'est
pas le terrorisme mondial.
C'est au contraire, s'il
reste isolé, boycotté,
qu'il finira par le
rejoindre. J'ai lu que Ben
Laden cherchait à
implanter des cellules d'Al-Qaida
dans les territoires
palestiniens. Ce
terrorisme-là ne nous
concerne pas. C'est un élément
extérieur. Il n'y a pas
d'alliance entre le Hamas
et Ben Laden. C'est quand
le Hamas se convertira à
Ben Laden que toute chance
sera perdue.
*
Un
voyage du pape - invité
par les autorités israéliennes,
palestiniennes et les
Eglises - est-il
souhaitable ?
Il
n'y a aucune date et une
telle visite en ce moment
ne serait pas opportune.
Ou elle devrait être précédée
par de sérieux
changements politiques. Je
ne vois pas le pape
franchir le
"mur" et le
repasser dans l'autre sens
! Je ne le vois pas venir
bénir l'actuelle
situation de séparation,
les atteintes aux libertés
et aux droits du peuple
palestinien. Le Vatican
exigera quelque chose au
préalable.
*
On
vous reproche, en Israël,
un manque de compassion
pour les victimes juives
du terrorisme. Vous n'êtes
jamais présent à leurs
obsèques...
C'est
faux. Quand nous sommes
invités, nous y allons.
Mais les victimes en Israël
et en Palestine sont égales
dans leur sort de
victimes. On ne peut pas
condamner les victimes
palestiniennes sans
condamner aussi les
victimes israéliennes et
on ne peut pas condamner
les victimes israéliennes
sans condamner aussi les
victimes palestiniennes.
Il ne s'agit pas de
terrorisme, mais de deux
peuples qui sont en
guerre. On ne peut pas non
plus invoquer le droit à
la légitime défense pour
une seule partie. Dans
cette guerre, les deux
parties ont eu recours à
des moyens violents. Les
deux parties ont tué des
innocents. Les deux
parties doivent être
condamnées. Les deux
parties doivent être
consolées et j'apprécie
que des associations de
parents des victimes, des
deux côtés, se
rencontrent et se
pardonnent.
Plus
que jamais...
par
ISSA GORAIEB, publié dans
l'Orient-le Jour le 17 mai
2006
Paris,
ce n’est pas Rome bien sûr,
et il y a des siècles que
la France n’est plus la
fille aînée de l’Eglise
(une fille qui, à son
tour, fut la Tendre mère
de générations entières
de chrétiens libanais).
Il n’empêche que la
longue rencontre
intervenue lundi au palais
de l’Elysée entre
Jacques Chirac et des
chefs d’Eglises
orientales, présents à
Paris pour le 150e
anniversaire de l’Œuvre
d’Orient, est un évènement
majeur, même s’il
s’insère
rigoureusement, tout
compte fait, dans
l’ordre naturel des
choses. Car qu’elle soit
socialiste, giscardienne
ou gaulliste, la France républicaine
n’a jamais renié les
liens particuliers qui
l’unissent aux chrétiens
d’Orient.
Ces liens, Chirac se
devait de les réaffirmer
avec force devant ses hôtes
; en ces temps de tension
extrême, a-t-il souligné,
ils ont plus que jamais
leur place au
Moyen-Orient. Pourquoi
donc les chrétiens,
pourquoi plus que jamais
alors que la France
cultive soigneusement ses
amitiés arabes, accumulées
depuis qu’elle a
entrepris d’entraîner
l’Europe vers une
approche juste et équilibrée
des problèmes secouant
cette partie du monde ?
Parce que les chrétiens
d’Orient ont toujours été
un pont vers le Vieux
Continent et qu’ils ont
contribué, avant
l’heure, au dialogue des
cultures. Parce que leur
ancrage même dans la région
est le plus fort des démentis
qui puisse être apporté
à la sombre prophétie du
choc inéluctable des
civilisations. Parce que
la montée des intégrismes
n’a pas manqué de
s’accompagner hélas, en
Irak et en Egypte
notamment, d’agressions
diverses contre des lieux
de prières et des
particuliers chrétiens.
Parce que l’Orient,
enfin, est en train de se
vider lentement de ses chrétiens
d’Orient, dont la moitié
en effet a déjà pris le
chemin de l’exode.
Que, parmi ses pairs, le
cardinal Nasrallah Sfeir
ait eu droit à des égards
particuliers - un tête-à-tête
de plus d’une heure avec
le président, suivi
d’un déjeuner donné en
son honneur - ne
devrait guère étonner.
Par-delà les rapports séculaires
entre la France et le
Liban en effet, par-delà
la vive admiration portée
à ce champion du dialogue
intercommunautaire, de
l’indépendance et de la
démocratie qu’est le
patriarche maronite, le
Liban reste un modèle
unique de convivialité
exercée à tous les
niveaux, y compris et
surtout dans l’exercice -
et donc le partage -
du pouvoir. Autant que
pour les Libanais eux-mêmes
cependant, c’est pour le
monde arabe, pris dans son
ensemble, que ce modèle
devrait, dans les pensées
et dans les actes, revêtir
valeur de trésor.
Cela Chirac ne l’a pas
dit, il ne pouvait sans
doute pas le dire dans ces
circonstances, mais
c’est à l’immense
majorité de musulmans
qu’il appartient en réalité
de rassurer les minorités,
de leur garantir leurs
pleins droits. Ce n’est
pas là seulement leur
devoir, mais leur intérêt
le plus grand. Car autant
que le péril sioniste et
les classiques visées impérialistes,
réelles ou fictives, ce
sont les faux musulmans
qui menacent les
musulmans. Ce sont eux
qui, par leur dévoiement
des livres saints, par
leur recours à la
violence et à la terreur
aveugles, font insulte au
message du Prophète et
discréditent délibérément
leur nation.
Que les puissances
n’aient pas réussi à
juguler le terrorisme,
c’est évident. Que les
plus grandes d’entre
elles s’y soient mal
prises, qu’elles se
soient trompées
d’objectif comme en
Irak, qu’elles aient
engendré le chaos là où
elles prétendaient
instaurer un ordre démocratique
est vrai aussi. Mais les
Arabes ne peuvent plus
continuer à se prévaloir
des erreurs de
l’Occident pour
justifier leurs
inhibitions, leur coupable
inaction, sous prétexte
que l’impératif de
stabilité passe avant
toute chose. Il est vrai
que c’est une bien précaire
stabilité que l’on
aurait mise en place si
les vannes de la démocratie
étaient grandes ouvertes
sans transition, là où règnent
depuis des décennies les
plus implacables
dictatures. Mais il est
non moins vrai qu’un
surcroît de dictature ne
pourra jamais édifier ces
sociétés de justice
auxquelles aspirent les
populations : le silence
des agneaux, la paix des
charniers et des cimetières,
ce n’est pas la paix.
En attendant, c’est dans
le grand corps arabe que
le cancer du fanatisme
fait son œuvre. Au vu des
résultats obtenus par les
apprentis médecins
officiant du dehors,
c’est le malade qui est
tenu de lutter lui aussi,
lui d’abord, contre le
mal.
Mahmoud
Abbas, président de
l'Autorité palestinienne
: "L'arrêt
de l'aide européenne
n'est pas justifié et il
y a urgence"
Propos
recueillis par GILLES
PARIS, publiés dans le
Monde du 22 avril 2006
*
Qu'espérez-vous
des visites que vous allez
effectuer ces prochains
jours, notamment en
Turquie, en Norvège et en
France ?
Je
vais expliquer notre
position, afin que les
Palestiniens ne soient pas pénalisés
par le blocus économique
qui a été décidé [par
l'Union européenne et les
Etats-Unis]. J'estime
que l'arrêt de l'aide [directe]
européenne n'est pas
justifié. Si les pays européens
ne veulent pas avoir de
contacts avec le
gouvernement palestinien [contrôlé
par le Mouvement de la résistance
islamique (Hamas)], il
existe d'autres moyens pour
maintenir une aide destinée
au peuple palestinien. L'une
des pistes peut consister à
passer par la présidence de
l'Autorité palestinienne,
qui la recevrait et qui la
redistribuerait. Cette
option a été examinée
avec différentes parties
palestiniennes. Le problème
de l'aide se pose déjà. De
l'argent en provenance du
Qatar a ainsi été versé
à
la Ligue
arabe, mais celle-ci ne sait
pas quoi en faire. Or il y a
urgence. Il faudrait que les
salaires [des
fonctionnaires], ou du
moins qu'une partie de ces
salaires soit versée le
plus rapidement possible.
Nous allons faire des
propositions en ce sens aux
Américains et aux Européens
en espérant qu'elles seront
acceptées. Mais pour
l'instant, nous n'avons eu
aucune réponse.
*
Que
pensez-vous de la réaction
du Hamas après l'attentat
de Tel-Aviv perpétré lundi
17 avril par le Djihad
islamique ?
J'espérais
qu'ils allaient condamner ce
qui s'est passé,
malheureusement, ils ne
l'ont pas fait. J'espère
qu'ils changeront de
position à l'avenir.
J'essaie nuit et jour de les
convaincre d'adopter ma
politique, qui est une
politique modérée. S'ils
ne le font pas, ils finiront
totalement isolés, et donc
incapables de remplir leur
mission. Qui en souffrira
alors ? Ce ne sera pas le
gouvernement, mais les
Palestiniens.
*
Redoutez-vous
que des pays européens se résignent
à accepter le projet évoqué
par le premier ministre israélien,
Ehoud Olmert, de recourir à
l'unilatéralisme, à la
fois pour se retirer de
certaines zones de
Cisjordanie et pour tracer
les futures frontières
d'Israël ?
Les
Palestiniens sont catégoriquement
opposés à l'unilatéralisme.
Nous pensons que des
retraits israéliens unilatéraux
ne feront qu'entretenir le
conflit au lieu de lui
apporter une solution. Les
Européens ne seront jamais
une alternative aux Américains,
mais ils peuvent pousser
dans le bon sens. Les uns et
les autres sont membres du
Quartet avec les Russes et
les Nations unies. Ils ont
adopté la "feuille de
route" [un plan de
paix qui prévoit par étapes
la création d'un Etat
palestinien], et ils
devraient pousser les
parties à la négociation.
L'Union européenne ne peut
pas renoncer à ce qu'elle a
élaboré. L'unilatéralisme
n'est pas un terme qui
figure dans la "feuille
de route". Il mènerait
à la catastrophe.
*
Qu'attendez-vous
du prochain gouvernement
israélien ?
Qu'il
débloque l'argent des
Palestiniens [le produit
des taxes collectées par
Israël à la place des
Palestiniens mais qui n'est
plus rétrocédé depuis la
victoire du Hamas aux élections
législatives], et qu'il
ouvre des négociations
officielles et sérieuses.
*
Le
Hamas, et à travers lui le
gouvernement palestinien,
entretient de bonnes
relations avec
la Syrie
et l'Iran. Croyez-vous que
ces relations privilégiées
soient utiles et positives
pour les Palestiniens ?
Le
gouvernement palestinien
doit entretenir de bonnes
relations avec tout le
monde, mais nous n'avons pas
besoin d'un axe avec un pays
particulier. Nous devons
travailler avec tous les
pays, qu'ils soient arabes
ou non.
*
Quelle
a été votre réaction après
les camouflets diplomatiques
enregistrés successivement
par le ministre des affaires
étrangères palestinien
(Hamas), Mahmoud Zahar, en
Egypte, où il n'a pas pu
rencontrer son homologue, et
en Jordanie, où il n'a pas
pu se rendre cette semaine
comme prévu ?
Il
s'agit de décisions
souveraines de la part des
pays en question. C'est à
eux de voir s'ils peuvent
recevoir ou non tel ou tel
responsable. Je souhaite
pour ma part que mon
gouvernement puisse être
accueilli partout. Mais si
ses ministres ne peuvent pas
être reçus pour des
raisons précises, c'est à
eux de faire en sorte que
les obstacles soient levés.
*
Les
tiraillements se sont
multipliés depuis quelques
jours entre le gouvernement,
l'administration et la présidence
de l'Autorité palestinienne
à propos des compétences
des uns et des autres. Qu'en
pensez-vous ?
Le
gouvernement n'en est qu'à
ses débuts. C'est normal
qu'il y ait un peu de
confusion. S'il y a des
conflits, ils seront réglés
par l'application de la loi.
Le gouvernement disposera de
tous ses pouvoirs. J'aime la
loi et l'ordre. Nous sommes
en contact permanent avec le
premier ministre et pour ce
qui me concerne, il n'existe
pas de "shadow
gouvernment" [gouvernement
bis].
La
France
refuse la venue d'un
ministre du gouvernement du
Hamas
publié
par l'AFP le 21 avril 2006
La
France a refusé vendredi de
délivrer un visa au
ministre palestinien du Plan
du gouvernement Hamas, Samir
Abou Eisheh, qui voulait
participer à un "Forum
sur le dialogue euro-arabe"
à Paris, a indiqué le
ministère des Affaires étrangères.
"En concertation avec
nos partenaires européens,
nous n'avons pas donné de
suite favorable à cette
demande de visa", a déclaré
le porte-parole du ministère,
Jean-Baptiste Mattéi, lors
d'un point de presse.
"Cette décision découle
de la position européenne
(...) c'est-à-dire la
suspension des contacts
politiques avec le
gouvernement
palestinien" tant que
celui-ci n'aura pas accepté
les conditions fixées par
la communauté
internationale, notamment le
renoncement à la violence
et la reconnaissance d'Israël.
Le responsable palestinien
devait participer à un
"Forum sur le dialogue
euro-arabe" à
l'Institut du monde arabe de
Paris, en présence
notamment du chef de la
diplomatie française
Philippe Douste-Blazy.
L'Union européenne a
suspendu le 10 avril son
aide directe au gouvernement
palestinien dirigé par le
Hamas.
Douste-Blazy
met en garde Israël
contre une solution unilatérale
paru
dans l'Orient-le Jour le
18 mai 2006
Lors
d’entretiens à Jérusalem,
le ministre français des
Affaires étrangères,
Philippe Douste-Blazy, a
mis en garde hier Israël
contre toute solution
unilatérale avec les
Palestiniens. "Il
n’y a de solution juste
et durable au conflit
(avec les Palestiniens)
qu’à travers des négociations
qui débouchent sur un
accord entre les
parties", a déclaré
M. Douste-Blazy lors
d’une conférence de
presse avec son homologue
israélienne, Tzipi Livni.
Faisant allusion aux
intentions du Premier
ministre israélien Ehud
Olmert de mettre en œuvre
un plan de
"regroupement"
des colons de Cisjordanie,
et définir ainsi des
frontières entre Israël
et les Palestiniens, le
ministre français a estimé
que "l’unilatéralisme
ne permettra à aucune des
parties d’atteindre ses
objectifs légitimes". "Il
est exclu, a-t-il dit,
qu’une frontière définie
unilatéralement puisse
faire l’objet d’une
reconnaissance
internationale." A
quoi Mme Livni a répondu
qu’Israël est "lui
aussi favorable" à
des négociations avec les
Palestiniens. "Mais
si cela ne marche pas, il
s’agira d’impliquer la
communauté
internationale" dans
la recherche d’une
solution, a-t-elle affirmé. "L’idée
israélienne est de
promouvoir un processus
qui mènera à deux Etats".
M. Douste-Blazy s’est
ensuite entretenu avec M.
Olmert à huis clos. Dans
un communiqué, M. Olmert
a assuré qu’Israël
"fera tout" pour
parvenir par des négociations
à une solution politique
avec les Palestiniens. Peu
avant, à l’issue
d’une rencontre avec des
intellectuels palestiniens
au consulat général de
France à Jérusalem, le
ministre français avait
jugé nécessaire une
rencontre entre M. Olmert
et le président de
l’Autorité
palestinienne Mahmoud
Abbas. "C’est bien
aux dirigeants du Hamas
d’évoluer" pour
reconnaître Israël, les
accords de paix israélo-palestiniens
et ne pas prôner la lutte
armée, a, par ailleurs,
estimé M. Douste-Blazy en
soulignant qu’il fallait
"tout faire pour éviter
une crise humanitaire dans
les territoires
palestiniens". "Ceux
qui pensent qu’on peut
fragiliser le gouvernement
du Hamas en diminuant les
fonds se trompent (...).
Il est essentiel que
l’aide humanitaire soit
acheminée le plus vite
possible", a-t-il
insisté en rappelant la
volonté internationale
que l’aide aux
Palestiniens ne soit pas
versée au gouvernement du
Hamas, mais directement à
la population.
Au cours de sa visite
entamée mardi et qui a
pris fin hier en fin
d’après-midi, M.
Douste-Blazy a aussi évoqué
le dossier du nucléaire
iranien, considérant que
"la balle est désormais
dans le camp
iranien". M.
Douste-Blazy, qui avait,
par ailleurs, donné mardi
soir le coup d’envoi en
Israël d’une "saison
culturelle" française
d’une ampleur sans précédent,
a inauguré hier une
exposition de l’artiste
française Clara Halter, "Les
tentes de la paix".
A Gaza,
les Palestiniens plongent
dans la misère
par
CELINE BRUNEAU, publié
dans Ouest-France le 13
avril 2006
Depuis
la victoire du Hamas, Israël
bloque les importations.
Les Etats-Unis et l'Europe
coupent les vivres à
l'Autorité palestinienne.
C'est la population, déjà
très pauvre, qui
trinque... Dans le
quartier des bijoutiers,
au coeur de la vieille
ville de Gaza, Abou Saïma
continue d'ouvrir sa
boutique tous les jours.
Il ne vend pourtant
presque rien depuis
plusieurs semaines et,
dans la vitrine,
s'entassent colliers
clinquants, bagues et
gourmettes. En fait, les
seules personnes à passer
la porte voudraient plutôt
qu'il rachète leurs
bijoux de famille.
Une
femme d'une quarantaine
d'années, drapée de noir
entre et tend trois
bracelets en or : "Je
veux les vendre,
explique-t-elle à Abou Saïma.
J'ai treize enfants, mon
mari était ouvrier en
Israël et il n'a plus le
droit d'y aller, mon fils
qui travaillait a des
dettes. Je suis si triste,
mais je suis obligée de
vendre ces bijoux."
Abou Saïma pèse la
marchandise qu'il a lui-même
vendue à cette femme il y
a seulement deux mois. Le
prix proposé ne convient
pas à la mère de
famille. Elle va refaire
un tour de toutes les
boutiques pour vendre au
plus offrant. "Gaza
est en train de se vider
de son or, commente le
commerçant. Les gens
raclent les tiroirs et
vendent ce qu'ils peuvent.
Même les jeunes mariés
ne peuvent plus offrir la
dot en or à leurs épouses.
C'est inimaginable dans
notre culture !"
Les portefeuilles des
Palestiniens sont vides,
tout comme les caisses de
leur embryon d'Etat.
L'Autorité palestinienne
est au bord de la
banqueroute et les décisions
américaine et européenne
de suspendre les aides
directes au nouveau
gouvernement Hamas n'ont
fait que renforcer une
crise économique sans précédent.
"La situation qui
nous préoccupe le plus
aujourd'hui, explique
Arnold Vercken, le
directeur du Programme
alimentaire mondial (Pam)
pour les territoires
palestiniens, est celle
des fonctionnaires."
Khader,
épicier : "Plus
personne ne peut
payer..."
En
fait, l'Union européenne,
principal bailleur de
fonds des Palestiniens,
contribuait en partie à
payer les 140.000 fonctionnaires.
Les salaires de mars n'ont
toujours pas été versés,
faute de liquidités.
"Les fonctionnaires
font vivre environ un
tiers de la population,
commente Arnold Vercken.
L'impact est énorme. Ils
ne sont pas d'habitude bénéficiaires
d'aides humanitaires, mais
ils arrivent à une
situation critique. Ils
glissent vers la pauvreté
et entraînent tous ceux
qui dépendent
d'eux." Et Gaza doit
faire face à un autre
problème, celui de
l'approvisionnement. Tous
les produits importés
dans le petit territoire
viennent d'Israël. Or, en
mars, les Israéliens ont
fermé presque sans
interruption le seul point
de passage des
marchandises. Dans les
magasins de Gaza, les
familles qui le pouvaient
ont commencé à faire des
stocks de nourriture, et
très vite les produits de
première nécessité
comme la farine et le
sucre se sont fait rares
dans les étals et les
prix ont sérieusement
augmenté.
Khader
Zibda, propriétaire d'une
épicerie au centre-ville
de Gaza, note, depuis
quelques semaines, dans un
cahier d'écolier, les
dettes de ses clients.
"Plus personne ne
peut payer les
marchandises. Même les
fonctionnaires, qui étaient
les seuls à avoir un
revenu stable, doivent
faire attention."
Dans la boutique, la bière
sans alcool et les pâtisseries
palestiniennes sont en
promotion exceptionnelle.
Mais rien n'y fait :
"Les clients ne
peuvent prendre que
l'essentiel : lait,
riz et farine."
Khader ne peut plus faire
crédit, les clients
doivent maintenant payer
comptant. En un mois, les
ardoises ont atteint la
somme de 85.000 shekels
(15.000 Euros).
Aujourd'hui, Khader, comme
tout le monde n'attend
plus qu'une chose :
le versement du salaire
des fonctionnaires, seule
bouffée d'air
envisageable dans le
marasme économique des
territoires palestiniens.
Les
Israéliens sont
favorables à l’émigration
des Arabes de l’Etat
hébreu
Les
colons seraient prêts
à quitter les
implantations sauvages
contre une réinstallation
"légale"
publié
dans l'Orient-le Jour le
10 mai 2006
Près
de deux tiers des Israéliens
se disent favorables à
une politique d’émigration
de leurs concitoyens
arabes
qu’encouragerait leur
gouvernement, selon un
sondage publié hier.
Parallèlement, les
colons de Cisjordanie
seraient prêts à évacuer
les colonies sauvages créées
sur ce territoire à
condition qu’elles
soient réinstallées
"légalement"
ailleurs sur des terres
domaniales en
Cisjordanie, a affirmé
le quotidien israélien
"Yediot Aharonot",
mais selon les colons,
aucune décision n’a
été prise. Selon un
sondage réalisé par
l’Institut pour la démocratie
et publié hier, 62 %
des Israéliens
souhaiteraient que leur
gouvernement adopte une
politique visant à
persuader les Arabes
israéliens à quitter
l’Etat hébreu. Les
Arabes d’Israël
forment 20 % de la
population totale, soit
1.387.000 personnes,
selon un recensement
publié début mai par
le Bureau central des
statistiques, à
l’occasion du 58e
anniversaire de la création
d’Israël. Seulement
14 % des personnes
interrogées qualifient
de bonnes les relations
entre juifs et Arabes.
"Le sionisme se
doit de procéder à un
examen de conscience
pour comprendre comment
le racisme est devenu
son courant
central", ont confié
des députés arabes
israéliens à Y-Net, le
journal en ligne du
quotidien israélien
Yediot Aharonot, en réaction
à ce sondage.
D’autre part, ce même
quotidien rapportait
hier que les colons de
Cisjordanie sont prêts
à évacuer les colonies
sauvages créées sur ce
territoire, à condition
qu’elles soient réinstallées
"légalement"
ailleurs en Cisjordanie,
sur des terres
domaniales. Le journal
soulignait en une la décision,
qualifiée de
"tournant
spectaculaire" dans
la position des colons
juifs farouchement opposés
à tout démantèlement
de colonies, et ajoutait
qu’elle a été prise
lundi lors d’une
rencontre secrète de
leurs dirigeants. L’idée
serait de
"sacrifier"
les colonies sauvages
que le gouvernement israélien
s’est engagé à démanteler,
notamment auprès des
Etats-Unis, pour sauver
les colonies appelées
à être démantelées
dans le cadre des
retraits partiels, en
Cisjordanie, envisagés
par le Premier ministre
israélien, Ehud Olmert.
De son côté, la
direction des colons a
affirmé qu’aucune décision
concrète n’avait été
prise, tout en
confirmant la tenue de
la rencontre de ses
dirigeants la veille, au
cours de laquelle différents
scénarios ont été
envisagés concernant
l’avenir des colonies,
à la lumière des résultats
des récentes élections.
"Nous n’avons
pris aucune décision.
Nous ne ferons aucune
concession sur les
colonies sauvages qui
sont partie intégrale
des colonies existantes.
Nous lutterons contre
toute tentative de les
évacuer", a déclaré
à l’AFP Pinhas
Wallerstein, membre de
la direction de Yesha,
le Conseil des colonies
juives de Cisjordanie.
Selon un rapport
officiel, il y a 105
colonies sauvages en
Cisjordanie, dont 24 créées
sans feu vert officiel
israélien après
l’accession au pouvoir
de l’ex-Premier
ministre Ariel Sharon en
mars 2001, qui est dans
le coma à la suite
d’une attaque cérébrale
survenue le 4 janvier.
Pour la communauté
internationale, toutes
les colonies dans les
territoires occupés
sont illégales.
Pierre
Salignon : "Nous
ne serons pas les
auxiliaires des
diplomates"
Le
directeur général de
Médecins sans frontières
dénonce le gel des
aides européennes à
la Palestine, vécu
sur place comme une
"punition
collective"
par
CHRISTOPHE AYAD, publié
dans Libération le 27
avril 2006
Pierre
Salignon revient d'une
mission dans les
territoires
palestiniens, où MSF
prend en charge des
centaines de familles.
Alors que Mahmoud Abbas,
président de l'Autorité
palestinienne, arrive
aujourd'hui à Paris
pour discuter notamment
de l'aide aux
Palestiniens, il
explique la position de
son organisation sur la
décision récente des
Occidentaux de geler
l'aide directe à
l'Autorité contrôlée
par le Hamas.
*
Quelle est la situation
sur le terrain ?
La
situation est tendue,
difficile, pénible. Il
y a une semaine, les
tirs israéliens étaient
quotidiens dans le nord
et l'est de la bande de
Gaza, afin de prévenir
les tirs de roquettes
sur Israël par des
militants palestiniens.
Parmi les familles que
nous prenons en charge,
l'une a perdu une petite
fille, tuée par un obus
; les 12 autres enfants
ont été blessés. Des
familles sont déplacées
du nord vers le sud de
la bande de Gaza. Les
munitions non explosées
posent un vrai problème.
Sur le plan économique,
les marchandises
n'entrent pas et les
Palestiniens ne sortent
pas travailler en Israël.
C'est comme si le départ
israélien de Gaza
n'avait rien changé.
Les distributions de
nourriture par l'ONU
sont irrégulières.
Nous ne sommes pas
encore dans une crise
humanitaire et
sanitaire, mais elle est
en devenir. Les familles
s'endettent alors
qu'elles sont déjà au
bout du bout. Les
salaires des 152.000
fonctionnaires n'ont pas
été payés en mars,
ils ne le seront
probablement pas en
avril. Parmi eux, il y a
60.000 membres des
forces de sécurité
avec tous les risques
que cela comporte. Il y
a enfin une tension très
forte entre le Hamas au
pouvoir et le Fatah, qui
contrôle les rouages de
l'Etat.
*
Quel jugement
portez-vous sur le gel
de l'aide à l'Autorité
palestinienne par les
bailleurs de fonds
occidentaux ?
Il
est illusoire et
caricatural de penser
que l'on peut cibler le
Hamas sans affecter la
population. Laisser
croire que l'on va faire
passer cette aide par le
canal des ONG et des
agences de l'ONU est une
autre illusion. Sans
compter que l'appel de
fonds lancé par l'Unrwa
(l'agence de l'ONU
chargée des réfugiés
palestiniens, ndlr)
pour 2006 est pour
l'instant loin d'être
rempli. A MSF, il n'est
pas question de faire le
service après-vente
d'une mesure de rétorsion
qui affecte la
population. Nous ne
sommes pas les
auxiliaires des
diplomates. D'autant que
cela nous mettrait en
danger. Les Palestiniens
vivent ce gel comme une
punition collective.
Notre indépendance est
la garantie de notre sécurité
et de notre capacité à
aider les populations.
*
Faut-il pour autant
travailler avec le Hamas
?
Boycotter
l'Autorité
palestinienne, dirigée
par le Hamas, serait
aller à l'encontre de
nos principes
d'impartialité. Comme
dans tous les conflits où
nous intervenons, nous
sommes en contact avec
toutes les parties. Dans
les territoires
palestiniens, il y a des
autorités élues, un
gouvernement, des agents
de l'Etat, nous traitons
avec. On ne va pas
commencer à faire le
tri entre bonnes et
mauvaises victimes. Lors
de mon séjour, j'ai
rencontré tous les
acteurs palestiniens et
tous m'ont dit qu'ils
souhaitaient la présence
de MSF, le Hamas comme
les autres. Mes
interlocuteurs ne nient
pas les tensions, mais
ils feront tout leur
possible pour assurer
notre sécurité.
*
Les effets du gel de
l'aide se font-ils déjà
sentir ?
Il
y a eu une dégradation
continue ces derniers
mois, qui peut très
rapidement s'aggraver.
Des pénuries
ponctuelles apparaissent
: les hôpitaux manquent
de bandes de plâtrage,
certains médicaments
essentiels sont
indisponibles et il n'y
a plus de vaccins contre
l'hépatite B, par
exemple. Pour prendre un
problème dont personne
ne parle, les premiers
cas de grippe aviaire
confirmés ont été
signalés le 7 avril à
Gaza et en Cisjordanie.
Selon l'Organisation
mondiale de la santé,
les Palestiniens ont un
besoin urgent de 24.000
kits de protection et
des stocks de Tamiflu
pour couvrir préventivement
le quart de la
population. A ce jour,
seuls 3.000 kits et
1.300 traitements préventifs
sont arrivés. Quand on
connaît les problèmes
de promiscuité, de
pauvreté et de désorganisation
administrative à Gaza,
le boycott de l'Autorité
est très dangereux.
Cette décision fait le
lit de tous les extrémismes.
Sans perspective
politique, la violence
ne peut que s'accroître.
L'UE
dans l'impasse face au
Hamas
Au
sein de l'Union européenne,
la décision de
suspendre l'aide à
l'Autorité
palestinienne est
sourdement contestée
par
AGNES DE ROTIVEL, publié
dans la Croix le 8 mai
2006
"Nous
sommes en train d’étudier
la mise en place d’un
mécanisme international
pour pouvoir envoyer de
l’aide aux
Palestiniens."
Cette déclaration de
Benita Ferrero-Waldner,
commissaire européenne
aux relations extérieures,
samedi 6 mai au
Caire, donne le ton de
l’embarras des Européens
depuis leur décision de
suspendre l’aide à
l’Autorité
palestinienne, après
que les élections législatives
palestiniennes, le 25
janvier dernier, ont
porté au pouvoir le
Hamas. Décidée le 7
avril par la Commission
européenne, entérinée
le 10 avril par le
Conseil des ministres
des affaires étrangères,
cette décision provoque
depuis un véritable
imbroglio politique.
Pendant ce temps, des
troubles se développent
dans les Territoires
palestiniens où les
salaires des 160.000
fonctionnaires et
membres des services de
sécurité n’ont pas
été versés depuis
trois mois.
"Ca nous est tombé
sur la tête comme un
coup du ciel, déclare,
furieuse, Véronique de
Keyser, députée belge
au Parlement européen
et chef de mission des
observateurs des élections
en Palestine. Le 5
avril, il y avait une
session plénière au
Parlement de Strasbourg.
Le haut représentant du
conseil de l’Union
européenne, Javier
Solana, et Benita
Ferrero-Waldner étaient
là, tous les deux. Je
suis intervenue pour
dire qu’il fallait
discuter avec le Hamas.
J’ai évoqué la
situation financière
catastrophique dans les
Territoires. Solana a
dit : “On ne peut pas
continuer avec le Hamas
comme si rien ne s’était
passé.” Mais rien de
plus. Et, tout d’un
coup, le vendredi, on
apprend que la
Commission européenne
suspend son aide ! Il
est clair que la
Commission n’a pris sa
décision que parce
qu’elle savait que le
Conseil européen allait
l’entériner le lundi
!"
Trois
conditions pour la
poursuite de l’aide
En
fait, dès le 30 janvier
2006, l’Union européenne
avait conclu que les
relations ne pouvaient
plus être les mêmes
avec un gouvernement
dirigé par le Hamas.
Dans sa déclaration du
31 janvier, l’UE
posait trois conditions
au mouvement islamiste
pour la poursuite de
l’aide :
reconnaissance d’Israël,
arrêt du terrorisme et
acceptation des accords
internationaux liant
l’Autorité
palestinienne. "La
décision politique de
suspendre les fonds a été
définie à cette date,
reconnaît Cristina
Gallach, porte-parole de
Javier Solana. Mais, on
s’est donné deux mois
jusqu’à la formation
du gouvernement
palestinien, le 30 mars,
pour l’annoncer. On
espérait
qu’entre-temps le
Hamas enverrait des
signaux positifs, mais
rien n’est venu."
Le 7 avril, la
Commission européenne décrétait
la suspension de
l’aide en des termes
"brutaux",
reconnaît Cristina
Gallach.
Pourquoi la Commission
a-t-elle pris cette décision
? "Elle a été
utilisée politiquement
par les Etats-Unis qui,
via la Grande-Bretagne,
ont fait d’énormes
pressions sur les
commissaires",
dit-on à Bruxelles. Ce
qui s’est passé sur
ce dossier reflète
aussi le changement des
équilibres politiques
au sein de l’Union
européenne, depuis
l’arrivée des dix
nouveaux pays,
majoritairement issus de
l’ancien bloc de
l’Est.
Le Conseil
européen "sous
influence américaine"
"Le
dossier israélo-palestinien
illustre parfaitement ce
changement flagrant,
analyse Leïla Chahid.
Les Etats-Unis, la
Grande-Bretagne et Israël
ont compris qu’ils
pouvaient faire pression
sur les nouveaux pays
entrants, pro-américains,
et qui gardent une
culpabilité énorme par
rapport à leur passé
envers la communauté
juive. Résultat, le
Conseil européen,
composé des 25 pays
membres de l’UE, est
sous influence américaine."
Auparavant, la France
avait traditionnellement
un rôle de rééquilibrage
sur le Proche-Orient.
Mais, empêtrée dans
ses "affaires"
de politique intérieure,
lâchée sur ce dossier
par l’Allemagne qui ne
prend jamais aucune décision
critique sur Israël,
elle a perdu son
influence. D’ailleurs,
lorsque le Conseil
s’est prononcé le 10
avril, Paris, représenté
par Catherine Colonna,
ministre déléguée aux
affaires européennes,
ne s’y est pas opposé.
"Cette décision
est une absurdité, mais
il aurait été
politiquement incorrect
de dire aux Américains
: on continue de
financer les
Palestiniens avec le
Hamas au pouvoir,
commente une spécialiste
des mécanismes de
l’Union européenne.
La communauté
internationale ne s’était
pas préparée aux résultats
des élections
palestiniennes. Il
n’empêche que vouloir
la démocratie au
Moyen-Orient et refuser
les résultats de ces élections
ou l’entourer de
telles conditions que
cela équivaut à les
refuser, est une
contradiction majeure.
Nous sommes tous dans
l’embarras. Mais,
actuellement, aucun
Européen ne veut de
crise transatlantique
sur ce sujet." "Nous
sommes très embêtés
parce qu’on sait que
si l’on coupe les
vivres aux Palestiniens,
c’est la guerre
civile, poursuit un
diplomate français.
Mais on ne peut pas tout
accepter du Hamas. Résultat,
nous sommes dans un
imbroglio incroyable. Et
personne ne veut
s’afficher comme étant
le premier à donner une
certaine légitimité au
Hamas."
Depuis, chacun se
renvoie la balle.
L’Union européenne
rend l’Etat hébreu
responsable de la
faillite économique des
Territoires. "Israël
doit verser les 50
millions d’euros par
mois à l’Autorité
palestinienne, qui
correspondent au
remboursement des droits
de douane et de TVA prélevés
sur les produits destinés
aux Palestiniens,
transitant par les ports
israéliens", tempête
la porte-parole de la
Commission.
Une décision
"prise sous
fortes pressions américaines"
Pour
beaucoup, le nœud de
l’affaire remonte à
l’inscription par
l’Union européenne,
le 2 avril 2004, du
Hamas sur la liste des
organisations
terroristes. "Sans
cette décision prise
sous fortes pressions américaines,
on ne serait pas
aujourd’hui dans cette
situation ubuesque !
L’Europe est tombée
dans le piège",
explique notre diplomate
français qui déplore
qu’il n’y ait jamais
eu de discussion sur les
critères
d’inscription et de
sortie de cette liste.
"Les Américains
ont donné la liste et
les Européens se sont
exécutés", lâche
Leïla Chahid, déléguée
de la Palestine auprès
de l’Union européenne.
"Il y avait une
escalade des attentats
terroristes contre les
populations civiles en
Israël, modère
Cristina Gallach. Et la
décision a été prise
à l’unanimité des
Etats membres",
sous-entendant : la
France ne s’y est pas
opposée.
"Le résultat,
c’est
qu’aujourd’hui on se
retrouve lié par des
mots dont on ne connaît
pas exactement la portée
juridique, poursuit le
diplomate. Que signifie
le fait de placer un
mouvement sur cette
liste ? Est-ce à dire
que l’on n’a plus de
rapport financier, ni économique,
ni politique ? Que
fait-on si le Hamas
remplit implicitement ou
explicitement une, voire
deux des conditions posées
par l’EU ? Qui décide
? Et comment ? On sait
comment faire entrer
quelqu’un sur la
liste, on ne sait pas
comment l’en faire
sortir !" "Et
il ne faut pas compter
que le Hamas soit rayé
de sitôt de la liste,
car c’est un moyen de
pression
politique", reconnaît
volontiers Cristina
Gallach. Pourtant, le
Hamas ne respecte-t-il
pas depuis plus d’un
an la trêve avec Israël
? Samedi 6 et dimanche 7
mai, la Banque mondiale,
dans un rapport rendu
public ce week-end, a
averti que "si
l’Autorité
palestinienne est
paralysée pour une période
prolongée, cela
pourrait torpiller les
efforts déployés par
les donateurs depuis
douze ans pour mettre en
place les institutions
responsables nécessaires
pour le futur Etat
palestinien ou pour le
fonctionnement du régime
de transition".
Noam
Chomsky : "La guerre
US contre le terrorisme
est une farce"
Propos
recueillis par ANTOINE
AJOURY, publiés dans
l'Orient-le Jour le 17
mai 2006
Le
célèbre intellectuel américain
Noam Chomsky vient
d’achever une visite de
dix jours au Liban, au
cours de laquelle il a
rencontré des personnalités
politiques et
intellectuelles
libanaises, ainsi que
nombre d’étudiants à
l’occasion de plusieurs
conférences organisées
à Beyrouth. Pour
"L’Orient-Le
Jour", il revient sur
les grands enjeux qui
agitent la région.
* Vous
avez parlé lors de votre
conférence à l’AUB la
semaine dernière des
obligations des
intellectuels. Qu’en
est-il du rôle des médias
?
Parlons
essentiellement des médias
en Occident où le contrôle
du gouvernement est
inexistant sinon très
limité. Ces médias sont
censés êtres libres,
comme c’est le cas aux
Etats-Unis et dans la
plupart des pays européens.
Une situation similaire à
celle des intellectuels en
général. Mais aux
Etats-Unis, par exemple,
les médias sont de
grandes entreprises,
faisant partie d’autres
entreprises géantes dans
le domaine du
divertissement, de la
consommation ou de la
politique. Ces entreprises
appartiennent généralement
à une minorité
influente. C’est la
vraie définition des médias
de masse. Or ceux qui sont
orientés vers les
intellectuels sont plutôt
dirigés vers la tranche
éduquée de la société
qui n’est pas la masse
populaire. Les Américains
en général ne lisent pas
le New York Times ou le
Washington Post dont le
lectorat se trouve plutôt
parmi les classes
politiques ou économiques.
Ce genre de presse présente
ainsi une vue du monde
adaptée à ceux qui les
lisent, à savoir les
riches, les intellectuels
ou les dirigeants étatiques.
Ils sont d’excellents
journalistes qui font leur
boulot d’une façon très
honnête. Mais leur
travail est façonné dans
un cadre très limité,
qui exclut les questions
cruciales. Les critiques
sont ainsi largement
acceptées, mais dans un
cadre bien déterminé.
Nous avons dès lors
l’impression qu’ils
sont des médias libres,
indépendants et
courageux, puisqu’il y a
débat réel à l’intérieur
de ces limites, alors que
ce n’est pas réellement
le cas.
La
guerre en Irak illustre
parfaitement cette
situation : le débat
oppose deux extrêmes,
d’une part, les
“faucons” qui
appellent à poursuivre le
combat pour gagner la
guerre et atteindre son
but qui est de bâtir une
démocratie, d’autre
part, les “colombes”
qui affirment que le coût
d’une telle guerre est
exorbitant et qu’on ne
peut imposer la démocratie
par la force. Le même débat
existait au sein de la
Pravda dans les années 80
en Union soviétique.
L’aile dure encourageait
la poursuite de la guerre
en Afghanistan pour
apporter les bienfaits du
communisme à la
population, alors que les
modérés dénonçaient le
coût trop élevé d’un
conflit inutile. Ce débat
avait lieu sous la censure
et la peur, tandis
qu’aujourd’hui la même
logique prévaut, avec la
peur en moins. Parallèlement,
le monde occidental décrivait
l’invasion de
l’Afghanistan plus
objectivement, la
qualifiant d’agression,
de crime, de guerre dont
le but était
d’installer un
gouvernement allié et
d’avoir accès aux
ressources du
Moyen-Orient. Les Américains
pouvaient ainsi critiquer
les Soviets, mais,
aujourd’hui, on interdit
aux autres de critiquer la
politique américaine et
on occulte délibérément
toute autocritique
appelant une invasion par
son nom.
* Comment
jugez-vous la stratégie
américaine contre le
terrorisme ?
La guerre contre le
terrorisme a été déclarée
en 1981 par Ronald Reagan
lors de son arrivée au
pouvoir. Il mettait ainsi
en place une nouvelle
politique étrangère américaine
par opposition à celle
que menait Jimmy Carter
avant lui, qui consistait
à défendre les droits de
l’homme dans le monde.
Le terrorisme
international fut donc
qualifié de “peste des
temps modernes”. Depuis,
les Etats-Unis n’ont
fait que mener une guerre
brutale, vicieuse et
terroriste qui a tué des
milliers de personnes en
Amérique latine, au
Nicaragua, au Salvador,
etc. Les Etats-Unis ont
quand même trouvé
approprié de soutenir le
gouvernement de
l’apartheid en Afrique
du sud. Il en est de même
en Indonésie, un pays qui
a également reçu
l’appui de Washington
dans sa guerre contre le
terrorisme, mais qui a
commis un génocide au
Timor-Oriental.
L’actuelle guerre contre
le terrorisme est une
farce. La politique américaine
ne fait qu’encourager le
terrorisme, et le
gouvernement américain le
sait très bien. Tous les
pronostics prédisaient
l’aggravation de la
menace terroriste en cas
de guerre en Irak, et
c’est exactement ce qui
se passe.
Par ailleurs, Saddam
Hussein est accusé
aujourd’hui de crimes
qu’il a commis à
Doujail en 1982. Or
savez-vous que cette année
est cruciale dans les
relations américano-irakiennes
? En 1982, Ronald Reagan a
rayé l’Irak de la liste
des pays terroristes afin
de pouvoir fournir au régime
de Bagdad une aide
substantielle, notamment
en matière d’armement.
Et ce fut Donald Rumsfeld
qui fut envoyé plus tard
pour mettre en œuvre ce
programme d’aide qui se
poursuivra durant des années,
malgré le fait que le régime
de Saddam Hussein avait
commis d’autres
massacres. Qui doit être
aujourd’hui aux côtés
du président irakien ?
N’est-ce pas également
ceux qui lui ont permis de
commettre ces crimes ?
D’autre part, le
bombardement américain à
Khartoum contre une usine
pharmaceutique, dans le
cadre de la guerre contre
le terrorisme durant le
mandat de Bill Clinton, a
entraîné la mort de
plusieurs milliers de
pauvres Africains par
suite du manque de médicaments,
selon plusieurs rapports.
Evidemment,
l’Administration américaine
n’a pas enquêté sur
les conséquences de cette
attaque “mineure”.
* Après dix
jours au Liban, comment évaluez-vous
votre visite ?
C’est trop compliqué
pour moi d’essayer d’évaluer
la situation au Liban.
J’ai écouté différents
points de vue et analyses
de la part d’une large
panoplie de personnalités
libanaises comme Hassan
Nasrallah et Walid
Joumblatt, entre autres.
La société libanaise est
trop complexe pour être
évaluée en quelques
mots, mais j’ai appris
beaucoup de choses. Ce fut
très instructif pour moi.
Le
Mossad s'est restructuré
en vue d'un éventuel
conflit avec l'Iran
L'Iran
est devenu l'objectif numéro
un du service secret israélien
à qui son chef, Meïr
Dagan, entend redonner son
caractère offensif
par
SERGE DUMONT, publié dans
le Temps le 13 mai 2006
"L'Iran
aussi peut être rayé de
la carte." Pour les
commentateurs de la presse
israélienne, cette petite
phrase prononcée lundi
par le vice-premier
ministre Shimon Peres
confirme bien que le problème
du nucléaire est désormais
considéré comme le problème
stratégique le plus
important de l'Etat hébreu.
Le dossier iranien est
d'ailleurs le principal
sujet de discussion des
douze membres du cabinet
israélien de la sécurité
et c'est également à la
politique nucléaire de Téhéran
que la "commission
Meridor" (un comité
formé de spécialistes
chargés d'évaluer les
enjeux stratégiques des
années à venir) vient de
consacrer la plus grande
partie de son rapport
secret de 250 pages. Promu
à la tête du Mossad en
2002 grâce au soutien
d'Ariel Sharon - l'un de
ses vieux compagnons de
combat -, le brigadier général
Meïr Dagan a d'ailleurs
reçu dès novembre 2003
l'ordre de recentrer les
activités du service
secret sur l'Iran. Certes,
ni la menace terroriste (Al-Qaida,
Hezbollah) ni les pays
arabes (Liban, Syrie) ou
musulmans (Pakistan) n'ont
été rayés de la liste
des opérations montées
par les agents israéliens.
Mais ces objectifs
traditionnels ont été
supplantés par la
"menace
iranienne", qui est désormais
prioritaire.
Structure moins
lourde
Dès 2003, Meïr Dagan a
entrepris de redonner au
Mossad le caractère
offensif qu'il avait
quelque peu perdu sous la
direction de son prédécesseur
Ephraïm Halevy. Dans le
cadre de ces réformes,
plusieurs responsables de
la division des opérations
ont été priés de démissionner.
Près de 200 membres du
personnel - principalement
des administratifs et des
analystes - ont été également
été poussés vers la
sortie, voire licenciés.
Certains d'entre eux se
sont d'ailleurs vengés en
organisant quelques fuites
dans la presse locale.
C'est ainsi que le Mossad
a été doté d'une
nouvelle structure moins
lourde que la précédente
et qu'une partie de son
personnel a été renouvelée
grâce à une série
d'appels aux candidatures
lancés dans la presse et
sur Internet à partir de
2004 (quelque 10.000 réponses).
Selon des sources dignes
de foi, afin de recentrer
ses activités sur l'Iran,
l'agence a également réduit
les activités de
certaines de ses antennes
à l'étranger, voire les
a supprimées. En Europe
notamment. En revanche,
elle a accru le partage
d'informations avec ses
alliés. Surtout avec les
agences américaines -
Dagan s'est discrètement
rendu aux Etats-Unis il y
a quelques semaines.
Objectif ? Localiser tous
les sites nucléaires
iraniens - surtout ceux
dont personne n'a jamais
entendu parler - et
remonter autant que faire
se peut les filières
d'approvisionnement de Téhéran.
Contrairement à son prédécesseur,
Dagan n'est ni diplomate
ni un amateur de réceptions
mondaines. C'est un
militaire dans l'âme et
un chaud partisan des opérations
clandestines sur le
terrain. En mars dernier,
le Sunday Times a
d'ailleurs publié une
enquête selon laquelle
des éléments israéliens
effectueraient des
reconnaissances en Iran à
partir du nord de l'Irak.
Comme prévu, cette
information n'a jamais été
infirmée. En revanche, il
est certain que le Mossad
s'est doté de sa propre
unité formée de spécialistes
des coups tordus et des opérations
en territoire ennemi. Dans
les milieux proches du
renseignement israélien,
on murmure que ces hommes
«ne resteront pas les
bras croisés» si le système
nucléaire iranien devait
poursuivre son développement
et si les menaces du président
Mahmoud Ahmadinejad sur
l'existence de l'Etat hébreu
devaient devenir plus
concrètes.
Divergences
entre Israël et les
Etats-Unis sur le gel de
la production de plutonium
paru
dans l'Orient-le Jour le
20 mai 2006
Israël
et les Etats-Unis sont en
désaccord sur une
proposition américaine de
geler la production de
plutonium ou d’uranium
enrichi, utilisés pour la
fabrication de bombes nucléaires,
a rapporté hier le
quotidien israélien
Haaretz. Israël a exprimé
son désaccord à une
proposition présentée
jeudi par les Etats-Unis
à la commission des
Nations unies sur le désarmement
à Genève, selon le
journal. L’Etat hébreu
craint qu’une telle
proposition porte atteinte
à son propre programme
nucléaire sans qu’elle
ait d’effet sur le
programme nucléaire
iranien, écrit le
Haaretz. Par ailleurs,
Washington a rejeté une
demande d’Israël
d’acquérir aux
Etats-Unis des
technologies de pointe
dans le domaine des
utilisations pacifiques de
l’atome et de bénéficier
à ce sujet du même
statut que l’Inde, selon
cette même source. Par
ailleurs, l’autre grand
tirage israélien, le
Yediot Aharonot, a rapporté
hier également qu’Israël
et l’Afrique du Sud ont
procédé en 1979 à un
essai nucléaire sur une
plate-forme marine au nord
de l’Antarctique, selon
des documents secrets américains
récemment dévoilés. Ces
documents confirment
qu’une mystérieuse
explosion, détectée le
22 septembre 1979 par un
satellite américain
au-dessus de
l’Atlantique Sud, était
bien d’origine nucléaire.
Ils contredisent les
conclusions d’une
commission d’enquête désignée
à l’époque par le président
américain Jimmy Carter,
selon laquelle
l’explosion avait une
autre origine.
L'impossible
débat sur l'influence
d'Israël dans la
politique étrangère américaine
par
PHILIPPE GELIE, publié
dans le Figaro le 22 avril
2006
L'énonciation
d'une idée reçue peut
avoir parfois l'impact
d'une provocation. John
Mearsheimer et Stephen
Walt en ont fait l'expérience
en publiant fin mars
("The Israel
Lobby", London
Review of Books, 23
mars 2006) une étude sur
l'influence du "lobby
pro-israélien" dans
la politique étrangère
des Etats-Unis. Comme ils
s'y attendaient, les deux
professeurs d'université
ont déclenché une polémique
dans les cercles académiques
américains. Mais si
l'objectif était de
lancer un débat de fond
dans le pays, c'est raté.
Leur "brûlot" a
fini en pétard mouillé,
avant que le sujet ne soit
promptement balayé sous
le tapis. Au pays des
lobbies et de la
transparence, cela en dit
long sur la sensibilité
du sujet. L'objet du
délit est un texte de 22
pages (Une version de 42
pages, plus 20 pages de
notes, avait été postée
sur le site de
la John F.
Kennedy School of
Government de Harvard) au
ton délibérément polémique.
Les auteurs, tous deux
professeurs de science
politique, y observent
d'emblée : "Depuis
plusieurs décennies, et
spécialement depuis la
guerre des Six-Jours en
1967, la clé de voûte de
la politique américaine
au Proche-Orient est sa
relation avec Israël."
Or, estiment-ils, l'Etat
juif "ne se
comporte pas en allié
loyal", au point
d'être devenu "un
fardeau stratégique".
Mearsheimer
et Walt vont même plus
loin : "Les
Etats-Unis ont un problème
de terrorisme en grande
partie parce qu'ils sont
si étroitement alliés à
Israël. Le soutien à
Israël n'est pas l'unique
source de terrorisme
anti-américain, mais
c'est une source
importante." Rappelant
la politique d'occupation
des Territoires
palestiniens, les ventes
d'armes sensibles à
la Chine
et les cas d'espionnage
israélien aux Etats-Unis,
ils concluent que "pas
plus les arguments stratégiques
que moraux ne peuvent
expliquer le soutien des
Etats-Unis". L'explication,
à leurs yeux, tient en
une formule : "le
lobby israélien". Dans
un pays où le lobbying
est protégé par
la Constitution
, où les lobbies ont
pignon sur rue parce
qu'ils représentent les
intérêts légitimes de
segments de la société,
le mot ne devrait pas
avoir la connotation péjorative
qu'on lui donne généralement
en France. Mais les
auteurs adoptent une définition
extensive pour inclure
dans ce groupe de pression
tous les partisans d'un
soutien indéfectible à
Israël : les
organisations représentatives
de la communauté juive
aux Etats-Unis, comme l'Aipac
(American
Israel
Public Affairs Committee),
mais aussi les chrétiens
évangéliques (pour qui
la "renaissance"
d'Israël s'inscrit
dans un dessein biblique)
ou encore les néoconservateurs
influents dans
l'Administration Bush, à
la fois ardents défenseurs
de l'Etat juif et
partisans de la guerre en
Irak.
La
mise en cause de cette nébuleuse
est censée renforcer la démonstration
: en fait, elle
l'affaiblit. Certes, l'Aipac
se proclame fièrement "lobby
pro-Israël" et
se flatte, avec ses
100.000 membres actifs, d'être
classé "parmi
les groupes d'intérêts
les plus puissants d'Amérique".
Certes, Ariel Sharon
s'était ouvertement appuyé
sur son réseau
d'influence -
notamment au Congrès -
pour faire accepter par
Bush sa stratégie de
retrait unilatéral
assorti de
"garanties" américaines
sur un règlement final.
Certes, "le
Lobby", auquel les
auteurs prêtent
maladroitement une
majuscule pour renforcer
le soupçon, s'efforce
d'orienter le débat
politique et académique
en faveur d'Israël,
quitte à pratiquer
parfois l'intimidation et
à brandir un peu vite
l'accusation d'antisémitisme.
Mais
c'est avoir une courte vue
que de limiter le phénomène
à une sorte de
manipulation qui aurait
permis de "prendre
en otage" la
politique étrangère américaine.
Négligeant des pans
entiers des intérêts
stratégiques de
Washington dans la région,
tels que le pétrole ou la
relation avec l'Arabie
saoudite, l'essai de
Mearsheimer et de Walt
omet surtout d'analyser le
consensus national qui est
au coeur de l'alliance
avec Israël. Un phénomène
profond, aux dimensions à
la fois historiques, idéologiques
et affectives, que
l'universitaire Earl Raab
expliquait naguère par
"la crainte, si
l'Amérique abandonne Israël,
d'abandonner du même coup
la communauté juive américaine
elle-même". Le
fait que cette dernière
soit souvent plus critique
à l'égard de la
politique israélienne que
ses instances représentatives
n'entame en rien ce pacte.
Plusieurs
commentateurs ont répondu
aux pourfendeurs du
"Lobby israélien".
Sur le site Internet de la
faculté de Harvard,
l'avocat vedette et
professeur de droit Alan
Dershowitz déplore "l'approche
illogique et la démarche
de conspirateurs" de
ses collègues, qui "devaient
savoir que leur
compilation de vieilles
assertions ferait le miel
des antisémites". David
Gergen, ancien conseiller
de quatre présidents,
proteste "n'avoir
jamais vu une seule décision
prise dans le Bureau ovale
pour orienter la politique
étrangère en faveur
d'Israël au détriment
des intérêts américains".
Avec mordant, le
chroniqueur Christopher
Hitchens explique : "L'essai
lui-même, pour
l'essentiel une critique
moyennement centriste et "réaliste"
de l'influence d'Israël,
contient beaucoup de vérités
et quelques originalités.
Mais ce qui y est original
n'est pas vrai et ce qui y
est vrai n'est pas
original." Fermez
le ban. Les Américains
viennent de rater une
nouvelle occasion de tenir
ce "débat légitime"
que chacun prétend
souhaiter sur un aspect
central des relations extérieures
de la première puissance
mondiale. "Ce
serait même dans l'intérêt
d'Israël si la discussion
ouverte et critique qui se
tient ici était exportée
là-bas", a
souligné dans Haaretz l'ancien
négociateur Daniel Levy.
C'est trop attendre du brûlot
de Mearsheimer et Walt. L'Aipac,
réputé pour sa
vigilance, n'a même pas
cru bon d'y réagir.
Le
choc des cultures :
Peut-on se dire Occidental
et fier de l'être ?
par
ANTOINE ROBITAILLE, publié
dans le Devoir le 20 mai
2006
Devant
les revendications
multiculturalistes qui se
multiplient et la haine de
l'Occident exprimée par
les Ahmadinejad et Ben
Laden, retrouver un
certain sens de la
"fierté
occidentale"
pourrait-il être de mise
? La question, en soi polémique,
se pose, selon plusieurs.
"L'identité
occidentale ? Ce n'est
pas sans péril que l'on
aborde la question
aujourd'hui", nous écrit
un universitaire québécois
dans un courriel pour
justifier sa décision de
refuser d'accorder une
entrevue sur le sujet.
D'abord, poursuit-il dans le
courriel, ce mot
"occidental"
semble désormais trop lourd
à porter. A une époque
où les identités
nationales paraissent en déclin,
celles de
"civilisation" ont
l'air tout simplement
exorbitantes. Mais surtout,
se dire Occidental, reconnaître
une sorte de fierté à
appartenir à cet ensemble,
équivaut pratiquement, pour
plusieurs, à "s'avouer
criminels". C'est
participer d'une
civilisation qui, il n'y a
pas si longtemps, se prenait
encore pour la civilisation,
qui a colonisé des peuples,
organisé des traites
d'esclaves, etc., et qui,
aujourd'hui, non seulement
prospérerait grâce à un
commerce absolument non équitable
mais, au surplus, dont le
mode de vie préparerait
l'apocalypse
environnemental.
L'universitaire, qui refuse
même qu'on le nomme, ajoute
que ceux qui se permettent
encore de vanter l'Occident
de nos jours sont souvent
"des infréquentables".
Joint à Paris, l'écrivain
français Pascal Bruckner
rappelle que, dans
l'Hexagone des années 1960,
le mot "Occident"
fut le titre d'une
publication d'extrême
droite. "A une certaine
période, le mot avait une
connotation fasciste",
explique-t-il. S'il rejette
cet "Occident",
l'auteur du célèbre essai Le
Sanglot de l'homme blanc
s'est toujours montré très
critique envers l'autre extrême,
c'est-à-dire l'antioccidentalisme,
cette "haine de
soi" si présente dans
le discours tiers-mondiste,
par exemple. En 1983, il
publiait Le sanglot...
, dans lequel il dénonçait
justement la
"culpabilisation
incessante de
l'Occident",
"accusé de tous les
maux de la terre". Ça
se voulait une
"critique constructive
du tiers-mondisme",
rappelle-t-il. Et Bruckner
est justement à préparer
un autre essai, qui sortira
cet automne (chez Grasset),
sur le même sujet, où il réactualise
"en les déplaçant un
peu" ses thèses, à la
lumière de l'époque
actuelle de l'après-11
septembre et de l'après-invasion
de l'Irak.
A ses
yeux, il est parfaitement
possible de manifester une
fierté occidentale
"sans rougir,
aujourd'hui". Dans le
tiers-mondisme de jadis
comme dans l'altermondialisation
contemporaine, "on
perçoit toujours
l'Occident comme étant la
civilisation qui asservit,
qui a colonisé nombre de
peuples, qui a organisé
l'esclavage". A
en écouter certains,
l'Occident en général et
les Etats-Unis en
particulier seraient même
responsables, par exemple,
des 200.000 morts imputées
au terrorisme islamiste en
Algérie, puisque ce même
terrorisme a été fomenté
par les Américains dans
leur lutte contre l'URSS
dans la guerre froide.
Mais,
insiste-t-il, dans ces
analyses convenues, on
oublie bien aisément
"l'autre part"
de l'Occident, celle qui
"a produit le
mouvement anticolonialiste
et les mouvements
d'abolition".
D'ailleurs, il y a ici
exclusivité : ces
mouvements en faveur de
l'abolition, aux
Etats-Unis et en Europe,
ne sont le fait que de
l'Occident, souligne-t-il.
On "impute
l'esclavage aux seuls
Occidentaux et on oublie
complètement qu'il y a eu
au moins deux autres
traites tout aussi
violentes et beaucoup plus
longues", dans les
mondes arabe et africain.
"Or je ne connais
aucun régime oriental ou
arabe qui, pour l'instant,
a demandé pardon pour la
traite des Noirs, qui a
longtemps sévi. En
Afrique, il n'y a que le
président du Bénin, Kérékou,
qui a demandé pardon en
l'an 2000 pour la
traite."
Bruckner, aujourd'hui
comme hier, insiste :
"L'Occident est la
seule civilisation qui
fasse son autocritique,
qui ait un rapport
critique avec sa propre
histoire." En découle
une autre particularité
occidentale : il a
produit des
anthropologues. Or,
"qu'est-ce que
l'anthropologie ?
C'est une certaine manière
de s'éloigner de soi-même
et de s'approcher de
l'Autre. Il y a dans
l'anthropologie cette
fascination pour les
autres et cette sorte de dédoublement
de l'identité".
C'est d'ailleurs dans les
rangs des anthropologues,
qui ont pris une distance
par rapport à leur
civilisation, qu'on trouve
souvent les critiques de
l'Occident les plus
virulentes, les plus
radicales. Le paradoxe, en
somme, est que "la
critique de soi est
consubstantielle à notre
relation avec nous-mêmes".
Mais celle-ci peut devenir
aisément "haine de
soi", avertit
Bruckner.
Multiculturalisme
Pour certains, le
multiculturalisme est un
exemple probant de cette
ouverture à l'Autre
proprement occidentale --
dixit Bruckner -- qui
peut, au-delà d'un
certain degré, se muer en
haine de soi. Pour le père
de la thèse du Choc
des civilisations
(Odile Jacob, 1997),
Samuel Huntington, par
exemple, les choses sont
claires : "Le
multiculturalisme menace
de l'intérieur les
Etats-Unis et
l'Occident", écrivait-il
dans son célèbre
ouvrage. Pour Huntington,
les multiculturalistes ont
"dénoncé
l'assimilation des
Etats-Unis à la
civilisation
occidentale". Ils
estiment qu'on devrait se
débarrasser du
"parti pris systématique
pour la culture européenne
et ses dérivés dans l'éducation",
ce que déplore Huntington
puisque, selon lui,
l'Europe est la source des
notions occidentales de
"liberté
individuelle, de démocratie
politique, d'autorité de
la loi, de droits de
l'homme et de la liberté
culturelle". Rejeter
le multiculturalisme,
insistait-il, c'est défendre
l'Occident, défendre ces
notions chez soi :
"Les
multiculturalistes américains
rejettent [...] l'héritage
culturel de leur pays. Ils
[...] souhaitent créer un
pays aux civilisations
multiples, [qui
n'appartient] à aucune
civilisation [...]
L'histoire nous apprend
qu'aucun Etat ainsi
constitué n'a jamais
perduré en tant que société
cohérente."
Ces phrases ont suscité
un déluge de critiques,
on s'en doute. Même
l'ancien élève de
Huntington, le philosophe
Francis Fukuyama, écrivait
très récemment dans la
préface de la dernière
édition de son essai La
Fin de l'histoire et le
dernier homme, qu'il
divergeait d'opinion avec
son maître de Harvard sur
ce point, entre autres. Il
est inévitable, écrit
Fukuyama, que dans les
sociétés modernes les
individus s'organisent en
groupes culturels, et l'Etat
ne peut refuser de reconnaître
ce fait et de
l'accommoder. "Cela
peut prendre des versions
relativement douces, comme
dans le cas des Canadiens
français, qui
contraignent les élèves
au Québec à étudier en
français", écrit-il
(en assimilant le Québec
à un groupe ethnique...
mais c'est un autre débat).
Les problèmes se posent
lorsque des islamistes
demandent, par exemple, à
ce que la charia prime sur
la loi commune. Dans ces
cas, le multiculturalisme
entre en conflit avec les
valeurs de base de
l'Occident, l'égalité,
entre autres choses.
Au Canada
Sociologue et ancien
ministre péquiste, Joseph
Facal souligne que le
Canada donne "à
plein dans une version
particulièrement radicale
de
multiculturalisme".
Actuellement, la question
de la gestion des valeurs
propres à l'Occident se
joue selon lui dans ces
cas où les religions réclament
une place dans la vie
publique : kirpan,
lieux de prière, piscine
réservée aux jeunes
musulmanes, etc. Il note
que le multiculturalisme
procède d'une idée très
importante en Occident, le
relativisme. Se sortir de
notre société et la
comparer comme le font les
anthropologues, "très
bien". Mais à partir
du "moment où l'on
n'ose plus affirmer un
certain nombre de
principes fondamentaux, à
ce moment-là, tout
devient relatif. Toutes
les opinions se valent. Et
là, évidemment, on n'a
plus de points de repère".
Reste les chartes des
droits comme seul lien
social. "Ce qui est
très bien, mais je ne
crois pas que des concepts
exclusivement juridiques
soient assez forts pour
cimenter une société",
note-t-il.
A l'étranger
Et les "valeurs
occidentales" à l'étranger ?
Farouche promoteur des idées
occidentales "à la
maison", afin de
rejeter le
multiculturalisme, Samuel
Huntington surprend par sa
position sur le plan
international.
"L'universalisme
menace l'Occident et le
monde", écrivait-il
dans son essai. Selon lui,
l'Occident ferait mieux
d'abandonner l'idée que
ses idées et valeurs sont
universelles. Aussi, il
devrait s'abstenir
"d'intervenir dans
des conflits survenant
dans des civilisations
autres que la
[sienne]". Surtout en
ces temps où la
modernisation
technologique (par exemple
le nucléaire) ne va plus
de pair avec
l'occidentalisation.
(Voyons l'Iran.) Est-ce à
dire qu'Amnistie
internationale devrait
fermer ses bureaux à l'étranger ?
Chose certaine, les
Occidentaux, à travers
leurs gouvernements du
moins, devraient, au
risque de provoquer un
"choc des
civilisations", se
refuser à promouvoir les
principes proprement
occidentaux. Ainsi, à
suivre Huntington, les
Etats occidentaux
devraient s'abstenir de se
plaindre officiellement du
projet (aux accents hitlériens)
de faire porter un signe
distinctif à tous les
non-musulmans, projet mis
en avant par le régime du
président iranien
Ahmadinejad.
Ce que Huntington appelle
"le déclin de
l'Occident, c'est cette
propension à
l'universalisme, à se mêler
de ce qui ne le regarde
pas", déplore Pascal
Bruckner, avant de lancer :
"Evidemment, moi, je
dirais le contraire :
il y a déclin à partir
du moment où nous n'avons
plus le courage d'affirmer
nos valeurs haut et fort
et que nous nous
cantonnons à notre pré
carré." Ce qui n'est
pas étonnant venant d'un
auteur qui a appuyé
l'invasion américaine en
Irak en 2003 (pour des
raisons s'apparentant à
celles d'un Michael
Ignatieff, candidat à la
direction du Parti libéral
fédéral). Mais est-ce
que la "fierté
occidentale" doit nécessairement
conduire à un appui à
l'invasion américaine en
Irak ? Ou encore en
Afghanistan ? Pas nécessairement.
Francis Fukuyama, qui
croit -- contrairement à
Huntington -- que les
valeurs occidentales
peuvent être universalisées,
n'appuie pas pour autant
l'action américaine au
Proche-Orient.
Par ailleurs, l'Occident
est profondément divisé,
souligne Pascal Bruckner,
qui déplore que, depuis
la fin de la guerre froide
et la disparition de la
menace communiste,
"l'Europe croit
qu'elle n'a plus d'ennemi
déclaré : elle se
laisse aller à son
tropisme
d'assouplissement, d'auto-introspection
maladive. Qui est vraiment
la pathologie du vieux
monde". En somme, il
n'y a pas de quoi être
fier !
Israël
et nous
par
JACQUES-SIMON EGGLY, publié
dans le Temps le 9 mai
2006
Samedi
dernier, le Centre
protestant d'études et
l'Aumônerie protestante
de l'université proposèrent
un colloque en l'honneur
du pasteur et théologien
Marc Faessler. Dans cette
chronique, parce que cela
touche à la politique,
arrêtons-nous sur l'exposé
de Catherine Chalier, avec
laquelle, d'ailleurs, Marc
Faessler a écrit un
monument intitulé Judaïsme
et christianisme, l'écoute
en partage. Son
propos touchait à la
terre d'Israël : cette
terre perdue, puis
recolonisée peu à peu et
officialisée par un Etat
depuis quelque soixante
ans ; mais dans un
environnement hostile.
Quand et comment une paix
et une cohabitation
pourront-elles s'instaurer
? Les pays européens, y
compris la Suisse, sont
devenus assez critiques
envers Israël. Le contenu
de ces critiques, leur ton
encore davantage sont mal
ressentis par nombre
d'Israéliens et beaucoup
de Juifs. La terre d'Israël,
explique Catherine
Chalier, n'est pas, dans
la tradition biblique, une
terre sacrée, magique qui
vaudrait plus qu'une autre
; mais le lieu défini où
un peuple précis ayant
rencontré Dieu et affirmé
le monothéisme a vocation
de vivre selon les
valeurs, notamment de
justice, que cela suppose.
Le lieu, délimité,
permet à une singularité
cohérente de se développer.
Une vocation historique et
théologique, donc,
d'exemplarité sur cette
terre et une contribution
particulière à la
recherche d'un monde
meilleur désiré par
Dieu. Il ne s'agit
nullement, dans cette
optique, d'un peuple élu
pour l'orgueil et la
domination.
Evidemment, et Catherine
Chalier en convient la
première, la réalité
politique est bien éloignée
de cet idéal. Mais,
dit-elle, il y a une
longue histoire du
christianisme qui n'a rien
voulu savoir de ce judaïsme
dont il est pourtant issu.
Et les Juifs, dont le
destin tragique a fait
souvent des
hypersensibles, ressentent
confusément un arrière-fond
de non-reconnaissance
derrière les critiques
politiques. C'est donc
bien toute une démarche
spirituelle de
reconnaissance mutuelle,
soit d'une écoute en
partage, qui ouvre la voie
à un vrai dialogue.
Autrement dit, une
critique de la politique
d'Israël ne laissant
aucun doute sur la compréhension
et l'acceptation du lien
entre une terre et une
identité sera plus
facilement reçue que si
le destinataire de la
critique ressent une
ambiguïté à cet égard.
Plus encore. Cette
critique peut appeler les
Israéliens à se référer
à leur propre tradition
prophétique : un lieu où
doit régner la justice.
Autrement dit encore,
c'est pour se retrouver
eux-mêmes que les Israéliens
devraient tirer l'exigence
d'une paix négociée,
juste, digne, vivable pour
eux et pour les autres. Ce
détour par la religion
semble nous éloigner de
l'analyse politique. Ce
n'est pas le cas. Les
Européens chrétiens
n'ont pas à pratiquer
l'autocensure. Mais ils
ont aussi un devoir de
compréhension,
d'empathie, disons
culturelle, qui devrait
donner un ton à la
critique. Cela n'a l'air
de rien mais change tout
un état d'esprit.
L'influence européenne en
faveur de la paix ne peut
qu'y gagner.

Le
patriarche latin de Jérusalem,
Mgr Michel Sabbah, aux
côtés du premier
ministre
de
l'Autorité
palestinienne, Ismaël
Haniyeh, à Gaza, le
28 avril 2006
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