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La précipitation des événements
en février au
Proche-Orient, avec
l'assassinat de Rafic Hariri
au Liban, survenant juste après
le nouvel accord israélo-palestinien
de Charm el-Sheikh et entre
les visites de Condoleezza
Rice et George Bush en Europe,
ont donné lieu à de
nombreuses interviews dans la
presse francophone, dont nous
publions une partie parue en février par
ordre chronologique.
Hariri
ou le miracle libanais
Le
Liban a connu hier une journée
particulièrement intense en
émotions et en prières, les
communautés catholiques
commençant en ce Jeudi Saint
les célébrations de la
crucifixion du Christ en prélude
à la fête de Pâques, alors
que tout le peuple libanais se
recueillait pour le 40e de la
mort de l'ancien Premier
ministre Rafic Hariri. 40
jours au cours desquels Hariri
a fait un véritable miracle
au Liban, réussissant à réunifier
le peuple dans toutes ses
composantes et donnant la
force à la grande majorité
silencieuse de s'exprimer dans
les rues de Beyrouth : la
journée historique du 14 mars
sera ainsi suivie de celle du
13 avril, commémorant le 30e
anniversaire de la guerre du
Liban, au cours de laquelle
des milliers de Libanais résidant
à l'étranger, représentant
les 15 millions de Libanais de
l'émigration, sont attendus
pour renforcer la marche
finale pour la liberté.
A
Paris, en solidarité avec le
Liban libre, une manifestation
pour le 40ème de la mort de
Rafic Hariri aura lieu le
mardi 29 mars à 19h30, place
d'Iéna, à laquelle tous les
amis du Liban en France sont
conviés. Pour plus
d'informations, contactez le
courant du Futur et l'Amicale
des anciens étudiants de la
Fondation Hariri : Tél.
06.03.89.36.76 - E-mail : info@rafikhariri.net -
Site Web : www.rafikhariri.net .
Enfin,
le rapport de la commission
d’information de l’Onu sur
l’assassinat de Rafic Hariri
a été rendu public hier soir
par Kofi Annan. Ce texte au
ton acerbe est particulièrement
accablant pour les services de
sécurité libanais et
syriens. Il estime que
l’enquête libanaise souffre
de "négligences sérieuses
et systématiques",
impute à Damas la
responsabilité de la tension
qui a précédé le meurtre de
l’ancien Premier ministre et
conclut à la nécessité de
la formation d’une
commission d’enquête
internationale en bonne et due
forme.
Farid Abboud , pour une
application "graduelle
et prudente" de la 1559
par
IRENE MOSALLI, publié dans
l'Orient-le Jour le 10 février
2005
Les
ambassadeurs du Liban (Farid
Abboud) et de Syrie (Imad
Moustapha) ont abordé à
l’Institut James Baker de
l’Université de Rice
(Houston) l’actuel contexte
du processus de paix au
Proche-Orient. Tous deux ont
exprimé leur optimisme quant
à l’accord survenu entre le
leader palestinien Mahmoud
Abbas et le Premier ministre
Ariel Sharon concernant
l’arrêt de violence entre
les deux parties. Mais les
deux ambassadeurs ont souligné
que les trois mois à venir
allaient être critiques. M.
Abboud a néanmoins souligné
que c’était là "une
occasion à saisir", et
pour M. Moustapha, cette
initiative démontre "un
certain engagement". Et
tous deux restent sur leurs
gardes en attendant des résultats
plus tangibles. M. Moustapha
s’est dit choqué par cette
phrase prononcée par le président
Bush durant son discours sur
l’état de l’Union et qui
accuse la Syrie de tolérer
" des terroristes qui
cherchent à saboter toute
chance de paix dans la région".
Il a ajouté que ce
commentaire était fait à des
fins politiques et que la
Syrie avait fait plusieurs
gestes d’ouverture envers
Israël qui les a tous rejetés.
Pour ce qui est de la présence
militaire syrienne, il a fait
valoir que son pays était en
train de retirer ses troupes
dont il ne reste plus que
15.000 membres. De cette présence,
l’ambassadeur du Liban a dit
qu’elle constituait un
contentieux et qu’elle
serait probablement le point
central des élections législatives
libanaises qui se dérouleront
au printemps prochain.
Selon
lui, le pays expérimente un
important processus démocratique
accompagné d’une liberté
de presse et de débats.
Interrogé sur le rôle du
Hezbollah, il a répondu
qu’il faisait partie de la
vie politique du pays, qu’il
participe aux élections et
que, par conséquent, il ne
fallait pas le percevoir
uniquement sous un angle sécuritaire.
Pour M. Abboud, les différentes
clauses de la résolution 1559
doivent être appliquées
"graduellement et
prudemment". Il a également
réitéré la volonté du
Liban de voir le problème
palestinien traité dans le
cadre d’une solution régionale
globale. Quant au Syria
Accountability Act que le
Congrès a voté il y a deux
ans, M. Moustapha considère
qu’il s’agit là
"d’une législation
injustifiée... Nous ne sommes
pas l’ennemi des Etats-Unis...
Je ne pense pas que les
Etats-Unis aient besoin d’un
autre ennemi". Pour lui,
la Syrie a toujours la volonté
de dialoguer avec les
Etats-Unis et elle attend un
signal de ce côté-là.
Le
général Aoun va rentrer à
Beyrouth
par
JEAN-PIERRE PERRIN, publié
dans Libération le 11 février
2005
Même si la
police doit l'arrêter à son
arrivée, le général Michel
Aoun, qui vit en exil en
France, a annoncé hier son
intention de regagner bientôt
son pays. " Je
veux rentrer avant les élections
législatives (prévues
pour le printemps), d'une
façon classique ou non
classique", a-t-il déclaré
hier lors d'une conférence de
presse à Paris, se refusant
d'en dire plus. " Je
me présenterai avec les mains
tendues", a-t-il
ajouté, faisant écho aux récentes
déclarations du ministre de
la Justice, Adnane Addoum, qui
a fait savoir qu'il serait
alors arrêté : "Le général
Aoun a reconnu des faits qui,
selon la loi libanaise,
constituent un crime, à
savoir la fomentation de
troubles au Liban. S'il débarque
à l'aéroport, les services
de sécurité sont appelés à
exécuter le mandat d'arrêt
lancé contre lui."
L'officier rebelle a aussi
indiqué qu'il recevrait à
une date non encore fixée le
chef druze Walid Joumblatt,
qui incarne aujourd'hui
l'opposition légale à la
tutelle syrienne. Il a annoncé
son souhait de voir désarmé
le Hezbollah, plaidant pour
une séparation totale entre
les partis politiques et les
forces de sécurité.
Fneich : Le Hezbollah se
tient aux côtés de tout
projet de réforme
paru
dans l'Orient-le Jour le 14
février 2005
Dans une déclaration
qu’il a faite à Nabatiyé (Liban-sud)
à l’occasion de la commémoration
de la Achoura, M. Mohammed
Fneich, député du Hezbollah,
a indiqué que la formation à
laquelle il appartient se
tient aux côtés de tout
projet de réforme. "Si
un projet de réforme
authentique est établi et si
l’opposition tient réellement
à améliorer la situation
locale, notamment au niveau
des politiques économique et
sociale tout en appliquant
l’accord de Taëf, nous
serons parmi les premières
forces à soutenir cette
orientation réformiste",
a-t-il déclaré, affirmant
que le Hezbollah tend la main
à toute partie "sincère
dans son appel à la réforme".
"Le Hezbollah représente
une ligne politique à part.
Nous ne sommes pas avec les
loyalistes qui veulent
maintenir leur style
d’action erroné et leurs
politiques stériles qui
favorisent la corruption. Nous
ne sommes pas non plus avec
l’opposition qui veut entraîner
le pays dans une nouvelle
aventure, que ce soit ou non
à travers des paris sur des
projets externes", a
ajouté le parlementaire.
Le désarmement du
Hezbollah est une question
qui ne se pose pas, affirme
Kassem
Naïm Kassem, le n° 2 du
Hezbollah, a estimé samedi
que le désarmement du parti
de Dieu tel que stipulé par
la résolution 1559 de
l’Onu est une question qui
ne se pose pas, "ni
aujourd’hui ni dans
l’avenir". Interrogé
par l’agence Reuters, il a
précisé que ce désarmement
"n’est pas négociable",
soulignant que les armes de
son mouvement sont celles de
la Résistance, celles qui
"ont libéré le Sud et
qui œuvrent pour la libération
des fermes de Chebaa" ;
des armes qui ont été
"adoptées par le
peuple libanais". Naïm
Kassem a en outre tenu à réaffirmer
que la résolution 1559
constitue "une ingérence
flagrante dans les affaires
libanaises" et
qu’elle vise à concrétiser
la victoire "d’une
partie des Libanais contre
les autres". Pour sa
part, le chef du bloc
parlementaire du Hezbollah,
le député Mohammed Raad,
s’est exprimé hier dans
le cadre des dix jours de
deuil de la Achoura pour
affirmer que le parti de
Dieu est prêt à se
consacrer à « la chute de
l’entité sioniste dans la
région ».
Enfin, et selon la radio
publique israélienne citée
samedi par l’AFP, le
ministre israélien des
Affaires étrangères,
Sylvan Shalom, se serait
rendu hier à Londres puis
à Paris pour demander aux
deux capitales leur soutien
à une proposition de l’Etat
hébreu visant à convaincre
l’Union européenne
d’inscrire le Hezbollah
sur la liste des
organisations terroristes.
Aucune confirmation
officielle sur ce voyage
n’a pu être obtenue auprès
du ministère israélien des
AE, précise l’AFP.
Rappelons que le quotidien
israélien Haaretz avait
rapporté jeudi que
l’ambassadeur d’Israël
auprès de l’Union européenne,
Oded Eran, avait présenté
une demande formelle en ce
sens à Bruxelles.
Pharaon
: Le Liban et Beyrouth ont
basculé dans l’opposition
Le Liban a plus que jamais
besoin d’une surveillance
internationale, dit le député
de la capitale
par
ZIYAD MAKHOUL, publié dans
l'Orient-le Jour le 17 février
2005
Michel
Pharaon était l’allié de
poids de Rafic Hariri,
"un homme avec lequel
je me retrouvais dans la tolérance,
la diversité des cultures,
le respect des équilibres
et des spécificités
nationales, l’avenir économique
du Liban...", dit
d’emblée le député de
Beyrouth. Qui a-t-on voulu
tuer ? "Rafic Hariri était
le pivot central de l’Etat
de droit et de la démocratie
au Liban ; il s’est
toujours battu avec, comme
seules armes, l’ouverture
et le dialogue, la volonté
d’être un trait d’union
entre tous les Libanais,
mais aussi aux niveaux régional
et international." Son
assassinat signifie
clairement qu’il était
dans l’opposition ? "
C’est sûr, mais il ne
s’en réclamait pas pour
ne pas rajouter à la
division du pays, il voulait
maintenir le dialogue, à
l’heure où pratiquement
tous les ponts étaient coupés."
L’accusation lancée au
cours de la rencontre de
l'opposition à Koraytem
lundi soir était on ne peut
plus claire. "Rafic
Hariri était sous la
protection des forces de sécurité
et des forces de facto. Mais
il y a eu l’attentat
contre Marwan Hamadé, sans
oublier que les autorités
avaient décidé de réduire
la sécurité officielle
autour du président défunt
au lieu de la renforcer...
Il est dans l’intérêt du
gouvernement de demander une
enquête internationale, ou
la présence
d’observateurs
internationaux qui
garantiraient une
transparence maximale",
estime Michel Pharaon,
ajoutant qu’une prise de
position claire de la part
du cabinet Karamé "
pourrait constituer le
premier pas vers l’arrêt
de l’escalade". Le
pouvoir " ne se rend
pas compte que l’union
nationale s’est faite
(hier) dans la rue alors que
le gouvernement, dont la légitimité
populaire a été plus qu’ébranlée,
était dans ses
bureaux", a-t-il asséné.
La
rue sunnite a réagi très
vivement hier du Nord au
Sud. "Aujourd’hui,
l’impatience s’est
transformée en de
l’indignation et de la colère
contre le gouvernement. Et
cela ne s’arrêtera que si
l’enquête se fait dans la
transparence la plus totale,
que s’il y a des élections
libres et démocratiques, un
gouvernement d’union
nationale, le retrait des
forces syriennes et l’établissement
d’une relation saine, basée
sur le respect, entre le
Liban et la Syrie."
Demandez-vous vous aussi une
protection internationale,
une assistance à pays en
danger ? "Le Liban est
au cœur de la tourmente,
bien plus qu’il ne l’a
été depuis plusieurs mois.
Il a plus que jamais besoin
d’une surveillance
internationale et de négociations
pour aboutir à des résultats
concrets, pour que
l’application de la 1559
se fasse dans le respect des
intérêts du Liban et de la
Syrie, que ce soit par
rapport à leur lutte contre
Israël, par rapport au
processus de paix régional
ou par rapport à la Résistance
libanaise", a dit
Michel Pharaon. Les élections
auront-elles lieu ? "Il
est nécessaire que la
communauté internationale
intervienne, que le
processus d’adoption du
projet de loi électorale
continue ; ces élections
doivent avoir lieu, c’est
une échéance
constitutionnelle. Il est nécessaire
aussi que l’action commune
entamée avec l’opposition
plurielle dans toutes les régions
du Liban aille jusqu’au
bout par la formation de
listes communes. Le Liban et
Beyrouth ont basculé dans
l’opposition, et l’
“institution” Hariri ne
cessera jamais de peser de
tout son poids sur
l’ensemble du Liban",
a conclu le député de
Beyrouth.
L'accusé
de Damas
par
RICHARD
WERLY, publié dans le Temps
le 17 février 2005
Les faucons
du Pentagone ne pouvaient rêver
meilleure conjoncture : dans
la ligne de mire de la
communauté internationale après
l'attentat qui a coûté la
vie, lundi, à l'ex-premier
ministre libanais Rafic
Hariri, la Syrie leur semble
soudain offerte sur un
plateau. Voici donc, pour ses
accusateurs, le régime de
Damas pris à nouveau la main
dans le sac du terrorisme, et
soupçonné de recourir à la
pire des violences pour
maintenir sa tutelle sur sa
proie libanaise, mise sous séquestre
économique. Un régime
"irrécupérable"
dont la seule parade
officielle, par la voie du
premier ministre syrien
Mohammad Naji Otri, a consisté
mercredi à proposer à l'Iran
de constituer un "front
uni", c'est-à-dire, vu
des Etats-Unis, une sorte de
mini - "Axe du mal".
Quels qu'ils soient, les
hommes qui ont fait sauter le
convoi de Rafic Hariri ont du
même coup allumé des
projecteurs que Bachar
el-Assad, le président
syrien, aura le plus grand mal
à faire éteindre.
Responsable ou pas, coupable
ou non, l'homme fort de Damas
est un accusé qui arrange
tout le monde: les Libanais épris
d'indépendance, les Américains
désireux de démocratiser au
forceps le Moyen-Orient, les
Européens déçus par ses
promesses de modernisation non
tenues, les Israéliens lassés
de son double langage et les régimes
arabes voisins, inquiets de
son pouvoir de déstabilisation.
Cet acte
d'accusation n'a rien d'indécent.
L'implication de la Syrie au
Liban est tout sauf menée
dans le strict intérêt des
Libanais. La présence à
Damas d'ex-responsables
baassistes irakiens, grands
argentiers de l'insurrection
sunnite, du groupe terroriste
de Al-Zarqaoui et donc
artisans du bourbier actuel,
est aussi crédible. Le problème
qu'il pose est en revanche
celui de la cible : Bachar
el-Assad est-il un autre
Saddam Hussein, seul maître
à bord de son pays? A l'évidence,
non. La Syrie, coupable idéal,
peut-elle être militairement
remise sur le droit chemin ?
On peut en douter. On n'éradique
pas comme ça un pouvoir à
plusieurs têtes, dont les
services sont voués au culte
du secret et ont, depuis des décennies,
partie liée avec les
mouvements clandestins de
lutte armée. D'autant que
l'intervention en Irak a montré
les limites des stratèges de
Washington. Restent donc les
pressions. Elles vont à coup
sûr décupler. Le régime
syrien, avec à sa tête la
secte religieuse des Alaouites
qui représentent moins de 10%
de la population, se considère
déjà sans doute en état de
siège. Va-t-il, pour tenter
de desserrer l'étau, jouer
l'ouverture ? Ou au contraire
se murer et vociférer à la
manière de la Corée du Nord,
en purgeant au passage ses éléments
modérés ? Les deux options
imposent au procureur américain
et à ses alliés de se déterminer
vite, très vite, sur une
stratégie à adopter. Car à
Damas, les procès sont
souvent expéditifs.
Washington pour une
enquête "crédible"
et le retrait immédiat de
la Syrie
William Burns rencontre le
patriarche Sfeir et Walid
Joumblatt ; Scobey exprime
à Chareh son « indignation
» avant de quitter Damas
paru
dans l'Orient-le Jour le 17
février 2005
Les
Etats-Unis affirment ne pas être
en mesure de désigner nommément
le responsable de l’attentat
qui a coûté la vie à Rafic
Hariri et réclament une enquête
"impartiale et crédible"
sur cette affaire. Cela ne les
empêche pourtant pas
d’exprimer officiellement à
l’adresse des dirigeants
syriens leur profonde
"indignation" à la
suite de cet "acte
terroriste" et
d’appeler Damas à retirer
immédiatement ses troupes du
Liban. A Beyrouth d’abord,
le secrétaire d’Etat
adjoint pour le Proche-Orient,
Williams Burns, venu
participer aux funérailles de
Hariri, a souligné à
plusieurs reprises hier que la
mort brutale de l’ancien
Premier ministre "devrait
renforcer l’élan pour un
Liban libre, indépendant et
souverain. Cela veut dire une
application immédiate de la résolution
1559", a-t-il clairement
annoncé. A Damas
ensuite, l’ambassadrice US,
Margaret Scobey, a fait part
au chef de la diplomatie
syrienne, Farouk el-Chareh, de
"la profonde inquiétude
et de la profonde indignation
des Etats-Unis après cet acte
de terrorisme", et lui a
transmis un message de son
homologue américaine,
Condoleezza Rice. Celle-ci, de
Washington, s’est refusée
à donner une date pour le
retour à son poste de Mme
Scobey. "Au cours de mon
entrevue en cette triste journée
avec le ministre des Affaires
étrangères, j’ai à
nouveau insisté sur la
condamnation par les
Etats-Unis de l’assassinat
de l’ancien chef du
gouvernement, Rafic Hariri.
J’en profite pour présenter
une nouvelle fois mes condoléances
à la famille de Hariri et à
celles des autres victimes
innocentes qui ont péri du
fait de cet acte terroriste
barbare", a commencé par
dire William Burns au palais
Bustros.
"Les
Etats-Unis se joignent à
l’ensemble de la communauté
internationale pour réclamer
que des investigations
impartiales et crédibles
conduisent les responsables de
cet acte barbare devant la
justice. Pour notre part, nous
insistons sur l’urgence de
cette démarche en raison de
l’importance de
l’enjeu", a-t-il
poursuivi. Pour le diplomate
US, Rafic Hariri était
"un homme d’Etat dans
tous les sens du terme et était
profondément engagé en
faveur de l’indépendance,
de la souveraineté et de la
liberté du Liban".
" Il avait beaucoup
d’amis aux Etats-Unis et les
Américains se joignent en ce
jour au peuple libanais pour
partager avec lui sa profonde
peine et sa colère face à
cette perte", a-t-il déclaré.
"La mort de Rafic Hariri
devrait renforcer l’élan en
vue d’un Liban indépendant,
souverain et libre. Cela
signifie l’application immédiate
et totale de la résolution
1559 du Conseil de sécurité
et, par voie de conséquence,
la mise en œuvre totale et
immédiate du retrait par la
Syrie de toutes ses forces du
Liban", a ensuite martelé
le sous-secrétaire d’Etat
adjoint, assurant que
"c’est avec un soin
extrême que la communauté
internationale suivra les préparatifs
des élections législatives
du printemps prochain. Il faut
que l’on permette au peuple
libanais d’exprimer par
lui-même ses choix politiques
et que le scrutin se déroule
sans ingérence étrangère",
a-t-il dit. William Burns en a
également profité pour
insister sur l’application
de la résolution 1566 du
Conseil de sécurité
(relative au terrorisme) et
sur "la détermination de
la communauté internationale
à œuvrer avec tous les Etats
et gouvernements du monde en
vue d’une coopération
totale dans la lutte contre le
terrorisme".
A Bkerké
Sur le perron du
patriarcat maronite, et à
l’issue d’un entretien
avec le patriarche Sfeir,
auquel assistait
l’ambassadeur US Jeffrey
Feltman, William Burns a réaffirmé
son attachement à une enquête
sérieuse, à l’application
de la 1559 et à des législatives
libres et justes. Rappelant
que Rafic Hariri avait œuvré
pour que le Liban redevienne
libre, indépendant et
souverain. "Je ne sais
pas qui est responsable de cet
odieux acte terroriste",
a-t-il répondu, interrogé
par les journalistes présents
à Bkerké et qui ont enchaîné
avec une question relative à
d’éventuelles sanctions
contre la Syrie. "Nous
avons convoqué
l’ambassadrice des
Etats-Unis à Damas pour
consultations et cela donne
une image du comportement de
la Syrie et de la difficulté
des relations que nous avons
avec elle. Vous savez que le
Syria Accountability Act, que
le président Bush a commencé
à appliquer, comporte
plusieurs dispositions et il
est certain que cela va être
l’objet de consultations à
Washington", a-t-il
indiqué. "J’ai une
profonde foi dans les capacités
du peuple libanais de prendre
en charge ses propres affaires
politiques et de participer
aux législatives, de manière
à ce que celles-ci soient une
source de fierté pour le
Liban. Je crois aussi dans la
capacité des Libanais à édifier
un avenir économique qui
serait le fruit des efforts déployés
par Rafic Hariri. Cela exigera
beaucoup d’aide de la part
des amis du Liban", a
reconnu William Burns.
A Koraytem puis à dîner
avec Joumblatt
Rappelons que la visite de M.
Burns à Beyrouth pour les obsèques
de Rafic Hariri intervient au
lendemain du rappel à
Washington de l’ambassadrice
américaine en poste à Damas,
Margaret Scobey. Mme Scobey a
quitté hier Damas pour
Washington où elle a été
rappelée pour des
"consultations urgentes
après le meurtre brutal"
de l’ancien Premier
ministre, a indiqué le département
d’Etat américain.
"Elle est partie et est
en route pour
Washington", a dit un
responsable du ministère américain
des Affaires étrangères sous
couvert d’anonymat. Mme
Scobey a rencontré avant son
départ le ministre syrien des
Affaires étrangères, Farouk
el-Chareh, "à qui elle a
réaffirmé notre
position", a-t-il ajouté.
Elle a exprimé la
"profonde inquiétude et
la profonde indignation"
des Etats-Unis après cet
"acte de terrorisme"
que constitue l’attentat
contre Hariri, selon le département
d’Etat.
Pour
sa part, la secrétaire d’Etat
Condoleezza Rice a indiqué
hier devant la commission des
Affaires étrangères du Sénat
américain qu’aucune date
n’était fixée pour un
retour de Mme Scobey à Damas.
"Ce n’était pas déterminé
à ce stade", a-t-elle précisé,
laissant entendre que ce
retour pourrait être lié à
l’adoption par la Syrie
d’une attitude plus
conciliante à l’égard des
Etats-Unis, et insistant
notamment sur la nécessité
pour Damas de faire cesser
tout soutien dont
l’insurrection irakienne bénéficierait
sur son sol. "Nous allons
faire savoir qu’il y a des
pas que nous voudrions voir
faits" par le régime du
président syrien Bachar
el-Assad. "Nous devons
voir avec quel sérieux les
Syriens prennent ce
signal", a ajouté
Condoleezza Rice, réaffirmant
que Washington n’accusait
pas directement le pouvoir
syrien d’être l’auteur de
l’assassinat de Rafic
Hariri, mais soulignant que la
présence militaire syrienne
et le soutien de Damas à des
organisations extrémistes créaient
"un environnement déstabilisant"
au Liban. Mme Rice a indiqué
que les Etats-Unis allaient
continuer de travailler à
l’Onu sur la question
libanaise, et en particulier
avec la France, soulignant
qu’elle s’était
entretenue au téléphone avec
son homologue français,
Michel Barnier, après
l’assassinat de Rafic
Hariri. Pour en revenir à M.
Burns, il convient
d’indiquer qu’il a
rencontré à dîner, hier
soir, le leader du PSP, Walid
Joumblatt.
Un
partenariat pour agir, par
Javier Solana
Haut
Représentant de l'Union européenne
pour la politique étrangère
et de sécurité commune
publié
dans le Figaro le 21 février
2005
Je
vois une double signification
dans la visite du président
Bush demain à Bruxelles : la
reconnaissance par l'Amérique
de la valeur ajoutée de
l'Union européenne dans la
construction d'un monde
meilleur ; le souhait légitime
de l'Amérique d'investir
davantage dans le partenariat
avec l'Union européenne. Dès
lors, rien de plus normal pour
les Européens que de saisir
cette opportunité et finir de
convaincre les derniers
sceptiques qu'une Europe unie
et plus forte constitue le
meilleur autre partenaire
global avec lequel les
Etats-Unis peuvent travailler.
Des différences d'approche
peuvent subsister entre les
deux rives de l'Atlantique.
Mais vouloir toutes les abolir
serait vain, voire dangereux.
Le socle de notre relation
reste suffisamment profond et
solide pour vivre avec ces
différences. Comme par le
passé, nous savons pouvoir
compter sur la confiance et le
sens du compromis de l'autre.
Mais pour demain, il nous faut
apprendre à moins parler de
nous-mêmes et à plus
travailler ensemble aux problèmes
du monde.
Ce
travail est déjà engagé.
Les résultats, trop peu mis
en valeur, de notre action
commune dans la lutte contre
le terrorisme en attestent :
accords sur l'extradition et
l'assistance juridique
mutuelle, accords entre
Europol et les agences américaines
compétentes, établissement
de mécanisme de consultation
sur la sécurité des frontières
et des transports. Les priorités
futures sont d'ores et déjà
fixées : renforcement de la
lutte contre le financement du
terrorisme, le recrutement et
l'assistance par des Etats
tiers.Récemment et de manière
plus visible, Européens et Américains
ont aussi oeuvré ensemble au
succès des élections en
Irak. Dans ce dernier pays, la
poursuite et
l'approfondissement de
l'engagement des Européens
sera d'autant plus décisif
qu'il se fera au travers de
l'Union européenne, dans le
cadre du processus fixé par
la résolution 1546 du Conseil
de Sécurité des Nations
unies. Ensemble avec les
Etats-Unis, l'Europe veut et
peut aider au succès des
prochaines étapes attendues
du processus politique irakien
: dans une logique de développement
d'un Etat de droit, la
contribution européenne à la
rédaction de la future
Constitution irakienne, à
l'installation d'institutions
politiques et administratives
solides ou encore à la
formation d'un large nombre de
juges et de policiers
irakiens, sera déterminante.
Dans
d'autres régions du monde,
les vertus d'un partenariat
transatlantique équilibré et
déterminé à réussir ont également
fait leur preuve. En
Afghanistan ou dans les
Balkans par exemple : dans le
cadre d'une vraie stratégie
conjointe, l'Union européenne
vient ainsi, avec le soutien
constant des Etats-Unis, de
prendre la relève de l'opération
de l'Otan en Bosnie pour
assumer le commandement d'une
force militaire de pas moins
de 7.000 hommes. Le travail
qui reste à accomplir pour définitivement
stabiliser cette région, et
en particulier la
Serbie-et-Monténégro et le
Kosovo, exige que nous y
maintenions ce même esprit de
partenariat efficient.
L'enseignement est désormais
clair pour chacun : en
travaillant dans la même
direction, les Etats-Unis et
l'Europe sont capables des
meilleures réalisations. La tâche
qui nous attend ici et
maintenant est de définir une
base d'action commune pour
relever le plus grand nombre
possible de défis, y compris
les plus difficiles. J'en
mentionnerai deux pour
lesquels l'action concertée
peut faire toute la différence.
Le
premier de ces défis est
l'Iran. Ensemble, Américains
et Européens, nous souhaitons
un Iran qui soit un pays démocratique,
gouverné de manière
responsable par des dirigeants
prêts à s'intégrer à la
communauté internationale et
à en assumer les règles.
Ensemble, nous considérons
qu'un Iran disposant de l'arme
nucléaire n'est pas une
option. Nous, Européens,
estimons que la meilleure voie
pour écarter cette option
passe par la négociation,
l'engagement politique et
l'ouverture du pays. En rien
cela signifie une quelconque
naïveté. L'Europe a
d'ailleurs clairement fait
savoir qu'une telle voie
exigeait des garanties
objectives de la part de
l'Iran. L'Union européenne
est fermement déterminée à
rechercher une solution
diplomatique à la situation
actuelle. Nos efforts ont déjà
commencé à porter : l'Iran a
suspendu ses activités
d'enrichissement tandis que
les discussions se poursuivent
pour consolider un accord
global. Mais les Etats-Unis
ont un rôle à jouer. Une
approche concertée selon
cette ligne ne ferait que
maximiser les chances de succès
et garantir la viabilité d'un
résultat.
La
seconde priorité immédiate
concerne le processus de paix
au Proche-Orient. Ensemble, Américains
et Européens, nous sommes décidés
à mettre à profit la fenêtre
d'opportunités nouvelles qui
s'ouvre. La récente élection
présidentielle de Mahmoud
Abbas a frappé par la dignité
et l'espoir manifesté alors
par le peuple de Palestine. Il
faut aussi miser sur la
nouvelle équipe israélienne.
Ainsi que sur le cessez-le-feu
formel mis aujourd'hui en
place. L'espoir enfin d'une
paix durable dans cette région
du monde mérite qu'on lui
sacrifie tous les efforts.
Ensemble, les responsables
palestiniens et israéliens
doivent assumer de prendre des
décisions courageuses pour
leur peuple. Mais là encore,
nul ne peut masquer les
difficultés qui subsistent.
Le désengagement israélien
de Gaza reste un lourd défi.
Ensemble, Israéliens,
Palestiniens, Européens, Américains
ainsi que les voisins arabes,
nous devons partager le même
intérêt au succès de cette
opération. L'effort devra se
porter sur le volet sécuritaire,
mais aussi sur celui économique
et social pour enrayer la
catastrophe humaine qui menace
de laisser les Territoires
palestiniens aux mains des
seuls extrémistes.
Au-delà,
en travaillant au succès du désengagement
de Gaza, il nous faudra
renouer avec la mise en oeuvre
de la "feuille de
route". Il est nécessaire
de redonner une perspective
politique aux deux parties. A
Israël : celle de la paix, de
la sécurité et de sa
reconnaissance par tous les
autres pays de la région. Aux
Palestiniens : celle d'un Etat
viable et indépendant qui
permette de rompre définitivement
avec une occupation entamée
en 1967. Bien sûr, d'autres
questions figurent à l'ordre
du jour de l'agenda
transatlantique. La Syrie et
le Liban, l'Afghanistan, la
Chine, la Russie, l'Ukraine,
le réchauffement de la planète
et le protocole de Kyoto, la réforme
des Nations unies, le traité
de non-prolifération, le
cycle commercial de Doha :
autant de questions qui
exigent des Américains et des
Européens de bâtir une
approche commune et de
consolider un vrai partenariat
pour agir. Demain, nous en
avons l'opportunité.
Espoir
de paix au Moyen-Orient, par
le roi Abdallah II de Jordanie
publié dans le Monde du
23 février 2005
Le
mois dernier, je suis allé à
Charm el-Cheikh pour assister
au sommet durant lequel le président
palestinien Abbas et le
premier ministre Sharon ont
promis de réactiver le
processus de paix au
Moyen-Orient. Peu après, j'ai
téléphoné afin de finaliser
l'organisation de ma rencontre
avec le président Chirac, à
Paris. Mon appel montre ma
reconnaissance du rôle de
leader de la France dans la
construction d'un avenir
positif pour ma région et
pour toute l'humanité, un
avenir plein d'espoir de paix
et de liberté. A Charm
el-Cheikh, le monde a pu
observer un engagement sincère.
Mais l'histoire démontre que
les mots ne peuvent être
qu'un début. Aujourd'hui et
dans les jours à venir, les
espoirs de paix doivent être
concrétisés et, pour cela,
il faudra du courage, des
compromis et beaucoup de
travail. Les amis de la paix
ont un besoin urgent du
soutien de la communauté
internationale et aucune
nation n'a plus d'influence
dans cette cause que la
France, de par son rôle
historique, son équité et
son profond respect envers les
autres nations.
Le
soutien total pour la paix est
plus qu'une obligation morale.
Le conflit arabo-israélien
demeure la crise centrale de
la région, qui est à
l'origine d'immenses
souffrances, de destructions,
et entrave le développement régional.
Ce conflit a également eu un
impact général explosif en
aidant les terroristes et les
extrémistes à créer des
tensions culturelles et
religieuses à travers le
monde. La paix est par conséquent
une cause universelle.
Actuellement, et avec le
soutien français, il existe
une "feuille de
route" qui reflète les
initiatives réussies de paix
réalisées par les nations
arabes au sommet de Beyrouth
en 2002, initiatives approuvées
par les membres du Quartet
(l'Europe, la Russie, l'ONU,
les Etats-Unis) et le G8 des
nations industrialisées. La
"feuille de route"
apporte la solution de deux
Etats, seul moyen d'une paix
durable : une Palestine
souveraine, démocratique et
viable ; des garanties de sécurité
pour Israël ; et un processus
qui amène à un accord global
s'adressant à la Syrie et au
Liban. La "feuille de
route" assure la justice
et la sécurité en réunissant
la région entière, du Maroc
au Yémen, dans un processus
de guérison apportant réconciliation
et espoir.
Nous
devons maintenant travailler
ensemble pour être à la
hauteur de cette promesse. La
France a un rôle de leader à
jouer en Europe et dans le
monde, pour s'assurer que le
processus de paix soit repris
efficacement, ainsi que pour
soutenir les efforts du président
Abbas et de son gouvernement
à créer les institutions nécessaires
à la paix, à la sécurité
et au développement. Dans
cette perspective, une
occasion importante se présentera
à la conférence de Londres
au mois de mars, qui
organisera l'assistance
internationale pour soutenir
les efforts palestiniens dans
la construction des
institutions démocratiques et
débattra également du
soutien économique public et
privé nécessaire pour
apporter aux Palestiniens un
nouvel avenir rempli d'espoir.
En anticipant cette réunion,
ainsi que celle de la Ligue
arabe à Alger, je me réjouis
d'un dialogue étroit et
ininterrompu avec le président
Chirac.
Le
processus de paix arabo-israélien
n'est sûrement qu'un champ
d'action où notre partenariat
est requis d'urgence. La
Jordanie et la France
partagent un intérêt commun
pour l'avenir libanais dans le
soutien de la paix et de la démocratie.
Nous travaillons aussi
ensemble pour aider l'Irak à
organiser la sécurité, la
normalisation et la
reconstruction du pays. Le
succès des récentes élections
irakiennes a été un pas en
avant important, mais nous
devons encourager la
participation du peuple
irakien dans la rédaction de
la Constitution et aux élections
qui auront lieu à la fin de
cette année. La Jordanie est
aussi déterminée à soutenir
la France dans ses propres intérêts.
Nous avons été fiers d'avoir
joué un rôle dans la libération
des otages français, l'année
dernière, et nous faisons
encore tout ce qui est en
notre pouvoir pour faire de même
pour la journaliste française
actuellement retenue captive.
La
volonté de cesser le conflit
dans notre région doit être
accompagnée parallèlement
d'engagements pour créer un développement
durable, en donnant une chance
à un avenir de paix pour ceux
qui en sont actuellement dépossédés.
Aujourd'hui, notre peuple,
surtout les jeunes, a un
besoin désespéré d'accéder
à la liberté, à la prospérité
et aux progrès du XXIe siècle.
Pour réaliser cela, le monde
arabe s'accorde sur la nécessité
d'une réforme : une
gouvernance réactive et
transparente, des systèmes éducatifs
dédiés à l'excellence, des
avancées tangibles dans le développement
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