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INTERVIEW  RJLIBAN  N°32  du 25 mars 2005 

 

La précipitation des événements  en février au Proche-Orient, avec l'assassinat de Rafic Hariri au Liban, survenant juste après le nouvel accord israélo-palestinien de Charm el-Sheikh et entre les visites de Condoleezza Rice et George Bush en Europe, ont donné lieu à de nombreuses interviews dans la presse francophone, dont nous publions une partie parue en février par ordre chronologique.

 
Hariri ou le miracle libanais

 

Le Liban a connu hier une journée particulièrement intense en émotions et en prières, les communautés catholiques commençant en ce Jeudi Saint les célébrations de la crucifixion du Christ en prélude à la fête de Pâques, alors que tout le peuple libanais se recueillait pour le 40e de la mort de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri. 40 jours au cours desquels Hariri a fait un véritable miracle au Liban, réussissant à réunifier le peuple dans toutes ses composantes et donnant la force à la grande majorité silencieuse de s'exprimer dans les rues de Beyrouth : la journée historique du 14 mars sera ainsi suivie de celle du 13 avril, commémorant le 30e anniversaire de la guerre du Liban, au cours de laquelle des milliers de Libanais résidant à l'étranger, représentant les 15 millions de Libanais de l'émigration, sont attendus pour renforcer la marche finale pour la liberté.

A Paris, en solidarité avec le Liban libre, une manifestation pour le 40ème de la mort de Rafic Hariri aura lieu le mardi 29 mars à 19h30, place d'Iéna, à laquelle tous les amis du Liban en France sont conviés. Pour plus d'informations, contactez le courant du Futur et l'Amicale des anciens étudiants de la Fondation Hariri : Tél. 06.03.89.36.76 - E-mail : info@rafikhariri.net - Site Web : www.rafikhariri.net .

Enfin, le rapport de la commission d’information de l’Onu sur l’assassinat de Rafic Hariri a été rendu public hier soir par Kofi Annan. Ce texte au ton acerbe est particulièrement accablant pour les services de sécurité libanais et syriens. Il estime que l’enquête libanaise souffre de "négligences sérieuses et systématiques", impute à Damas la responsabilité de la tension qui a précédé le meurtre de l’ancien Premier ministre et conclut à la nécessité de la formation d’une commission d’enquête internationale en bonne et due forme.

 
Farid Abboud , pour une application "graduelle et prudente" de la 1559

 

par IRENE MOSALLI, publié dans l'Orient-le Jour le 10 février 2005

 

Les ambassadeurs du Liban (Farid Abboud) et de Syrie (Imad Moustapha) ont abordé à l’Institut James Baker de l’Université de Rice (Houston) l’actuel contexte du processus de paix au Proche-Orient. Tous deux ont exprimé leur optimisme quant à l’accord survenu entre le leader palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre Ariel Sharon concernant l’arrêt de violence entre les deux parties. Mais les deux ambassadeurs ont souligné que les trois mois à venir allaient être critiques. M. Abboud a néanmoins souligné que c’était là "une occasion à saisir", et pour M. Moustapha, cette initiative démontre "un certain engagement". Et tous deux restent sur leurs gardes en attendant des résultats plus tangibles. M. Moustapha s’est dit choqué par cette phrase prononcée par le président Bush durant son discours sur l’état de l’Union et qui accuse la Syrie de tolérer " des terroristes qui cherchent à saboter toute chance de paix dans la région". Il a ajouté que ce commentaire était fait à des fins politiques et que la Syrie avait fait plusieurs gestes d’ouverture envers Israël qui les a tous rejetés. Pour ce qui est de la présence militaire syrienne, il a fait valoir que son pays était en train de retirer ses troupes dont il ne reste plus que 15.000 membres. De cette présence, l’ambassadeur du Liban a dit qu’elle constituait un contentieux et qu’elle serait probablement le point central des élections législatives libanaises qui se dérouleront au printemps prochain.

Selon lui, le pays expérimente un important processus démocratique accompagné d’une liberté de presse et de débats. Interrogé sur le rôle du Hezbollah, il a répondu qu’il faisait partie de la vie politique du pays, qu’il participe aux élections et que, par conséquent, il ne fallait pas le percevoir uniquement sous un angle sécuritaire. Pour M. Abboud, les différentes clauses de la résolution 1559 doivent être appliquées "graduellement et prudemment". Il a également réitéré la volonté du Liban de voir le problème palestinien traité dans le cadre d’une solution régionale globale. Quant au Syria Accountability Act que le Congrès a voté il y a deux ans, M. Moustapha considère qu’il s’agit là "d’une législation injustifiée... Nous ne sommes pas l’ennemi des Etats-Unis... Je ne pense pas que les Etats-Unis aient besoin d’un autre ennemi". Pour lui, la Syrie a toujours la volonté de dialoguer avec les Etats-Unis et elle attend un signal de ce côté-là.


 
Le général Aoun va rentrer à Beyrouth

par JEAN-PIERRE PERRIN, publié dans Libération le 11 février 2005

Même si la police doit l'arrêter à son arrivée, le général Michel Aoun, qui vit en exil en France, a annoncé hier son intention de regagner bientôt son pays. " Je veux rentrer avant les élections législatives (prévues pour le printemps), d'une façon classique ou non classique", a-t-il déclaré hier lors d'une conférence de presse à Paris, se refusant d'en dire plus. " Je me présenterai avec les mains tendues", a-t-il ajouté, faisant écho aux récentes déclarations du ministre de la Justice, Adnane Addoum, qui a fait savoir qu'il serait alors arrêté : "Le général Aoun a reconnu des faits qui, selon la loi libanaise, constituent un crime, à savoir la fomentation de troubles au Liban. S'il débarque à l'aéroport, les services de sécurité sont appelés à exécuter le mandat d'arrêt lancé contre lui." L'officier rebelle a aussi indiqué qu'il recevrait à une date non encore fixée le chef druze Walid Joumblatt, qui incarne aujourd'hui l'opposition légale à la tutelle syrienne. Il a annoncé son souhait de voir désarmé le Hezbollah, plaidant pour une séparation totale entre les partis politiques et les forces de sécurité.

 

 


 
Fneich : Le Hezbollah se tient aux côtés de tout projet de réforme
 
paru dans l'Orient-le Jour le 14 février 2005

Dans une déclaration qu’il a faite à Nabatiyé (Liban-sud)
à l’occasion de la commémoration de la Achoura, M. Mohammed Fneich, député du Hezbollah, a indiqué que la formation à laquelle il appartient se tient aux côtés de tout projet de réforme. "Si un projet de réforme authentique est établi et si l’opposition tient réellement à améliorer la situation locale, notamment au niveau des politiques économique et sociale tout en appliquant l’accord de Taëf, nous serons parmi les premières forces à soutenir cette orientation réformiste", a-t-il déclaré, affirmant que le Hezbollah tend la main à toute partie "sincère dans son appel à la réforme". "Le Hezbollah représente une ligne politique à part. Nous ne sommes pas avec les loyalistes qui veulent maintenir leur style d’action erroné et leurs politiques stériles qui favorisent la corruption. Nous ne sommes pas non plus avec l’opposition qui veut entraîner le pays dans une nouvelle aventure, que ce soit ou non à travers des paris sur des projets externes", a ajouté le parlementaire.

Le désarmement du Hezbollah est une question qui ne se pose pas, affirme Kassem
Naïm Kassem, le n° 2 du Hezbollah, a estimé samedi que le désarmement du parti de Dieu tel que stipulé par la résolution 1559 de l’Onu est une question qui ne se pose pas, "ni aujourd’hui ni dans l’avenir". Interrogé par l’agence Reuters, il a précisé que ce désarmement "n’est pas négociable", soulignant que les armes de son mouvement sont celles de la Résistance, celles qui "ont libéré le Sud et qui œuvrent pour la libération des fermes de Chebaa" ; des armes qui ont été "adoptées par le peuple libanais". Naïm Kassem a en outre tenu à réaffirmer que la résolution 1559 constitue "une ingérence flagrante dans les affaires libanaises" et qu’elle vise à concrétiser la victoire "d’une partie des Libanais contre les autres". Pour sa part, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, le député Mohammed Raad, s’est exprimé hier dans le cadre des dix jours de deuil de la Achoura pour affirmer que le parti de Dieu est prêt à se consacrer à « la chute de l’entité sioniste dans la région ».
 
Enfin, et selon la radio publique israélienne citée samedi par l’AFP, le ministre israélien des Affaires étrangères, Sylvan Shalom, se serait rendu hier à Londres puis à Paris pour demander aux deux capitales leur soutien à une proposition de l’Etat hébreu visant à convaincre l’Union européenne d’inscrire le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes. Aucune confirmation officielle sur ce voyage n’a pu être obtenue auprès du ministère israélien des AE, précise l’AFP. Rappelons que le quotidien israélien Haaretz avait rapporté jeudi que l’ambassadeur d’Israël auprès de l’Union européenne, Oded Eran, avait présenté une demande formelle en ce sens à Bruxelles.
 

 
Pharaon : Le Liban et Beyrouth ont basculé dans l’opposition
Le Liban a plus que jamais besoin d’une surveillance internationale, dit le député de la capitale
 
par ZIYAD MAKHOUL, publié dans l'Orient-le Jour le 17 février 2005

Michel Pharaon était l’allié de poids de Rafic Hariri, "un homme avec lequel je me retrouvais dans la tolérance, la diversité des cultures, le respect des équilibres et des spécificités nationales, l’avenir économique du Liban...", dit d’emblée le député de Beyrouth. Qui a-t-on voulu tuer ? "Rafic Hariri était le pivot central de l’Etat de droit et de la démocratie au Liban ; il s’est toujours battu avec, comme seules armes, l’ouverture et le dialogue, la volonté d’être un trait d’union entre tous les Libanais, mais aussi aux niveaux régional et international." Son assassinat signifie clairement qu’il était dans l’opposition ? " C’est sûr, mais il ne s’en réclamait pas pour ne pas rajouter à la division du pays, il voulait maintenir le dialogue, à l’heure où pratiquement tous les ponts étaient coupés." L’accusation lancée au cours de la rencontre de l'opposition à Koraytem lundi soir était on ne peut plus claire. "Rafic Hariri était sous la protection des forces de sécurité et des forces de facto. Mais il y a eu l’attentat contre Marwan Hamadé, sans oublier que les autorités avaient décidé de réduire la sécurité officielle autour du président défunt au lieu de la renforcer... Il est dans l’intérêt du gouvernement de demander une enquête internationale, ou la présence d’observateurs internationaux qui garantiraient une transparence maximale", estime Michel Pharaon, ajoutant qu’une prise de position claire de la part du cabinet Karamé " pourrait constituer le premier pas vers l’arrêt de l’escalade". Le pouvoir " ne se rend pas compte que l’union nationale s’est faite (hier) dans la rue alors que le gouvernement, dont la légitimité populaire a été plus qu’ébranlée, était dans ses bureaux", a-t-il asséné.

La rue sunnite a réagi très vivement hier du Nord au Sud. "Aujourd’hui, l’impatience s’est transformée en de l’indignation et de la colère contre le gouvernement. Et cela ne s’arrêtera que si l’enquête se fait dans la transparence la plus totale, que s’il y a des élections libres et démocratiques, un gouvernement d’union nationale, le retrait des forces syriennes et l’établissement d’une relation saine, basée sur le respect, entre le Liban et la Syrie." Demandez-vous vous aussi une protection internationale, une assistance à pays en danger ? "Le Liban est au cœur de la tourmente, bien plus qu’il ne l’a été depuis plusieurs mois. Il a plus que jamais besoin d’une surveillance internationale et de négociations pour aboutir à des résultats concrets, pour que l’application de la 1559 se fasse dans le respect des intérêts du Liban et de la Syrie, que ce soit par rapport à leur lutte contre Israël, par rapport au processus de paix régional ou par rapport à la Résistance libanaise", a dit Michel Pharaon. Les élections auront-elles lieu ? "Il est nécessaire que la communauté internationale intervienne, que le processus d’adoption du projet de loi électorale continue ; ces élections doivent avoir lieu, c’est une échéance constitutionnelle. Il est nécessaire aussi que l’action commune entamée avec l’opposition plurielle dans toutes les régions du Liban aille jusqu’au bout par la formation de listes communes. Le Liban et Beyrouth ont basculé dans l’opposition, et l’ “institution” Hariri ne cessera jamais de peser de tout son poids sur l’ensemble du Liban", a conclu le député de Beyrouth.


 
L'accusé de Damas

par
RICHARD WERLY, publié dans le Temps le 17 février 2005

Les faucons du Pentagone ne pouvaient rêver meilleure conjoncture : dans la ligne de mire de la communauté internationale après l'attentat qui a coûté la vie, lundi, à l'ex-premier ministre libanais Rafic Hariri, la Syrie leur semble soudain offerte sur un plateau. Voici donc, pour ses accusateurs, le régime de Damas pris à nouveau la main dans le sac du terrorisme, et soupçonné de recourir à la pire des violences pour maintenir sa tutelle sur sa proie libanaise, mise sous séquestre économique. Un régime "irrécupérable" dont la seule parade officielle, par la voie du premier ministre syrien Mohammad Naji Otri, a consisté mercredi à proposer à l'Iran de constituer un "front uni", c'est-à-dire, vu des Etats-Unis, une sorte de mini - "Axe du mal". Quels qu'ils soient, les hommes qui ont fait sauter le convoi de Rafic Hariri ont du même coup allumé des projecteurs que Bachar el-Assad, le président syrien, aura le plus grand mal à faire éteindre. Responsable ou pas, coupable ou non, l'homme fort de Damas est un accusé qui arrange tout le monde: les Libanais épris d'indépendance, les Américains désireux de démocratiser au forceps le Moyen-Orient, les Européens déçus par ses promesses de modernisation non tenues, les Israéliens lassés de son double langage et les régimes arabes voisins, inquiets de son pouvoir de déstabilisation.

Cet acte d'accusation n'a rien d'indécent. L'implication de la Syrie au Liban est tout sauf menée dans le strict intérêt des Libanais. La présence à Damas d'ex-responsables baassistes irakiens, grands argentiers de l'insurrection sunnite, du groupe terroriste de Al-Zarqaoui et donc artisans du bourbier actuel, est aussi crédible. Le problème qu'il pose est en revanche celui de la cible : Bachar el-Assad est-il un autre Saddam Hussein, seul maître à bord de son pays? A l'évidence, non. La Syrie, coupable idéal, peut-elle être militairement remise sur le droit chemin ? On peut en douter. On n'éradique pas comme ça un pouvoir à plusieurs têtes, dont les services sont voués au culte du secret et ont, depuis des décennies, partie liée avec les mouvements clandestins de lutte armée. D'autant que l'intervention en Irak a montré les limites des stratèges de Washington. Restent donc les pressions. Elles vont à coup sûr décupler. Le régime syrien, avec à sa tête la secte religieuse des Alaouites qui représentent moins de 10% de la population, se considère déjà sans doute en état de siège. Va-t-il, pour tenter de desserrer l'étau, jouer l'ouverture ? Ou au contraire se murer et vociférer à la manière de la Corée du Nord, en purgeant au passage ses éléments modérés ? Les deux options imposent au procureur américain et à ses alliés de se déterminer vite, très vite, sur une stratégie à adopter. Car à Damas, les procès sont souvent expéditifs.


 
Washington pour une enquête "crédible" et le retrait immédiat de la Syrie
William Burns rencontre le patriarche Sfeir et Walid Joumblatt ; Scobey exprime à Chareh son « indignation » avant de quitter Damas
 
paru dans l'Orient-le Jour le 17 février 2005 

Les Etats-Unis affirment ne pas être en mesure de désigner nommément le responsable de l’attentat qui a coûté la vie à Rafic Hariri et réclament une enquête "impartiale et crédible" sur cette affaire. Cela ne les empêche pourtant pas d’exprimer officiellement à l’adresse des dirigeants syriens leur profonde "indignation" à la suite de cet "acte terroriste" et d’appeler Damas à retirer immédiatement ses troupes du Liban. A Beyrouth d’abord, le secrétaire d’Etat adjoint pour le Proche-Orient, Williams Burns, venu participer aux funérailles de Hariri, a souligné à plusieurs reprises hier que la mort brutale de l’ancien Premier ministre "devrait renforcer l’élan pour un Liban libre, indépendant et souverain. Cela veut dire une application immédiate de la résolution 1559", a-t-il clairement annoncé.  A Damas ensuite, l’ambassadrice US, Margaret Scobey, a fait part au chef de la diplomatie syrienne, Farouk el-Chareh, de "la profonde inquiétude et de la profonde indignation des Etats-Unis après cet acte de terrorisme", et lui a transmis un message de son homologue américaine, Condoleezza Rice. Celle-ci, de Washington, s’est refusée à donner une date pour le retour à son poste de Mme Scobey. "Au cours de mon entrevue en cette triste journée avec le ministre des Affaires étrangères, j’ai à nouveau insisté sur la condamnation par les Etats-Unis de l’assassinat de l’ancien chef du gouvernement, Rafic Hariri. J’en profite pour présenter une nouvelle fois mes condoléances à la famille de Hariri et à celles des autres victimes innocentes qui ont péri du fait de cet acte terroriste barbare", a commencé par dire William Burns au palais Bustros.

"Les Etats-Unis se joignent à l’ensemble de la communauté internationale pour réclamer que des investigations impartiales et crédibles conduisent les responsables de cet acte barbare devant la justice. Pour notre part, nous insistons sur l’urgence de cette démarche en raison de l’importance de l’enjeu", a-t-il poursuivi. Pour le diplomate US, Rafic Hariri était "un homme d’Etat dans tous les sens du terme et était profondément engagé en faveur de l’indépendance, de la souveraineté et de la liberté du Liban". " Il avait beaucoup d’amis aux Etats-Unis et les Américains se joignent en ce jour au peuple libanais pour partager avec lui sa profonde peine et sa colère face à cette perte", a-t-il déclaré. "La mort de Rafic Hariri devrait renforcer l’élan en vue d’un Liban indépendant, souverain et libre. Cela signifie l’application immédiate et totale de la résolution 1559 du Conseil de sécurité et, par voie de conséquence, la mise en œuvre totale et immédiate du retrait par la Syrie de toutes ses forces du Liban", a ensuite martelé le sous-secrétaire d’Etat adjoint, assurant que "c’est avec un soin extrême que la communauté internationale suivra les préparatifs des élections législatives du printemps prochain. Il faut que l’on permette au peuple libanais d’exprimer par lui-même ses choix politiques et que le scrutin se déroule sans ingérence étrangère", a-t-il dit. William Burns en a également profité pour insister sur l’application de la résolution 1566 du Conseil de sécurité (relative au terrorisme) et sur "la détermination de la communauté internationale à œuvrer avec tous les Etats et gouvernements du monde en vue d’une coopération totale dans la lutte contre le terrorisme".

A Bkerké
Sur le perron du patriarcat maronite, et à l’issue d’un entretien avec le patriarche Sfeir, auquel assistait l’ambassadeur US Jeffrey Feltman, William Burns a réaffirmé son attachement à une enquête sérieuse, à l’application de la 1559 et à des législatives libres et justes. Rappelant que Rafic Hariri avait œuvré pour que le Liban redevienne libre, indépendant et souverain. "Je ne sais pas qui est responsable de cet odieux acte terroriste", a-t-il répondu, interrogé par les journalistes présents à Bkerké et qui ont enchaîné avec une question relative à d’éventuelles sanctions contre la Syrie. "Nous avons convoqué l’ambassadrice des Etats-Unis à Damas pour consultations et cela donne une image du comportement de la Syrie et de la difficulté des relations que nous avons avec elle. Vous savez que le Syria Accountability Act, que le président Bush a commencé à appliquer, comporte plusieurs dispositions et il est certain que cela va être l’objet de consultations à Washington", a-t-il indiqué. "J’ai une profonde foi dans les capacités du peuple libanais de prendre en charge ses propres affaires politiques et de participer aux législatives, de manière à ce que celles-ci soient une source de fierté pour le Liban. Je crois aussi dans la capacité des Libanais à édifier un avenir économique qui serait le fruit des efforts déployés par Rafic Hariri. Cela exigera beaucoup d’aide de la part des amis du Liban", a reconnu William Burns.

A Koraytem puis à dîner avec Joumblatt

Rappelons que la visite de M. Burns à Beyrouth pour les obsèques de Rafic Hariri intervient au lendemain du rappel à Washington de l’ambassadrice américaine en poste à Damas, Margaret Scobey. Mme Scobey a quitté hier Damas pour Washington où elle a été rappelée pour des "consultations urgentes après le meurtre brutal" de l’ancien Premier ministre, a indiqué le département d’Etat américain. "Elle est partie et est en route pour Washington", a dit un responsable du ministère américain des Affaires étrangères sous couvert d’anonymat. Mme Scobey a rencontré avant son départ le ministre syrien des Affaires étrangères, Farouk el-Chareh, "à qui elle a réaffirmé notre position", a-t-il ajouté. Elle a exprimé la "profonde inquiétude et la profonde indignation" des Etats-Unis après cet "acte de terrorisme" que constitue l’attentat contre Hariri, selon le département d’Etat.

Pour sa part, la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice a indiqué hier devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain qu’aucune date n’était fixée pour un retour de Mme Scobey à Damas. "Ce n’était pas déterminé à ce stade", a-t-elle précisé, laissant entendre que ce retour pourrait être lié à l’adoption par la Syrie d’une attitude plus conciliante à l’égard des Etats-Unis, et insistant notamment sur la nécessité pour Damas de faire cesser tout soutien dont l’insurrection irakienne bénéficierait sur son sol. "Nous allons faire savoir qu’il y a des pas que nous voudrions voir faits" par le régime du président syrien Bachar el-Assad. "Nous devons voir avec quel sérieux les Syriens prennent ce signal", a ajouté Condoleezza Rice, réaffirmant que Washington n’accusait pas directement le pouvoir syrien d’être l’auteur de l’assassinat de Rafic Hariri, mais soulignant que la présence militaire syrienne et le soutien de Damas à des organisations extrémistes créaient "un environnement déstabilisant" au Liban. Mme Rice a indiqué que les Etats-Unis allaient continuer de travailler à l’Onu sur la question libanaise, et en particulier avec la France, soulignant qu’elle s’était entretenue au téléphone avec son homologue français, Michel Barnier, après l’assassinat de Rafic Hariri. Pour en revenir à M. Burns, il convient d’indiquer qu’il a rencontré à dîner, hier soir, le leader du PSP, Walid Joumblatt.

 


 

Un partenariat pour agir, par Javier Solana

Haut Représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune

publié dans le Figaro le 21 février 2005

Je vois une double signification dans la visite du président Bush demain à Bruxelles : la reconnaissance par l'Amérique de la valeur ajoutée de l'Union européenne dans la construction d'un monde meilleur ; le souhait légitime de l'Amérique d'investir davantage dans le partenariat avec l'Union européenne. Dès lors, rien de plus normal pour les Européens que de saisir cette opportunité et finir de convaincre les derniers sceptiques qu'une Europe unie et plus forte constitue le meilleur autre partenaire global avec lequel les Etats-Unis peuvent travailler. Des différences d'approche peuvent subsister entre les deux rives de l'Atlantique. Mais vouloir toutes les abolir serait vain, voire dangereux. Le socle de notre relation reste suffisamment profond et solide pour vivre avec ces différences. Comme par le passé, nous savons pouvoir compter sur la confiance et le sens du compromis de l'autre. Mais pour demain, il nous faut apprendre à moins parler de nous-mêmes et à plus travailler ensemble aux problèmes du monde.

Ce travail est déjà engagé. Les résultats, trop peu mis en valeur, de notre action commune dans la lutte contre le terrorisme en attestent : accords sur l'extradition et l'assistance juridique mutuelle, accords entre Europol et les agences américaines compétentes, établissement de mécanisme de consultation sur la sécurité des frontières et des transports. Les priorités futures sont d'ores et déjà fixées : renforcement de la lutte contre le financement du terrorisme, le recrutement et l'assistance par des Etats tiers.Récemment et de manière plus visible, Européens et Américains ont aussi oeuvré ensemble au succès des élections en Irak. Dans ce dernier pays, la poursuite et l'approfondissement de l'engagement des Européens sera d'autant plus décisif qu'il se fera au travers de l'Union européenne, dans le cadre du processus fixé par la résolution 1546 du Conseil de Sécurité des Nations unies. Ensemble avec les Etats-Unis, l'Europe veut et peut aider au succès des prochaines étapes attendues du processus politique irakien : dans une logique de développement d'un Etat de droit, la contribution européenne à la rédaction de la future Constitution irakienne, à l'installation d'institutions politiques et administratives solides ou encore à la formation d'un large nombre de juges et de policiers irakiens, sera déterminante.

Dans d'autres régions du monde, les vertus d'un partenariat transatlantique équilibré et déterminé à réussir ont également fait leur preuve. En Afghanistan ou dans les Balkans par exemple : dans le cadre d'une vraie stratégie conjointe, l'Union européenne vient ainsi, avec le soutien constant des Etats-Unis, de prendre la relève de l'opération de l'Otan en Bosnie pour assumer le commandement d'une force militaire de pas moins de 7.000 hommes. Le travail qui reste à accomplir pour définitivement stabiliser cette région, et en particulier la Serbie-et-Monténégro et le Kosovo, exige que nous y maintenions ce même esprit de partenariat efficient. L'enseignement est désormais clair pour chacun : en travaillant dans la même direction, les Etats-Unis et l'Europe sont capables des meilleures réalisations. La tâche qui nous attend ici et maintenant est de définir une base d'action commune pour relever le plus grand nombre possible de défis, y compris les plus difficiles. J'en mentionnerai deux pour lesquels l'action concertée peut faire toute la différence.

Le premier de ces défis est l'Iran. Ensemble, Américains et Européens, nous souhaitons un Iran qui soit un pays démocratique, gouverné de manière responsable par des dirigeants prêts à s'intégrer à la communauté internationale et à en assumer les règles. Ensemble, nous considérons qu'un Iran disposant de l'arme nucléaire n'est pas une option. Nous, Européens, estimons que la meilleure voie pour écarter cette option passe par la négociation, l'engagement politique et l'ouverture du pays. En rien cela signifie une quelconque naïveté. L'Europe a d'ailleurs clairement fait savoir qu'une telle voie exigeait des garanties objectives de la part de l'Iran. L'Union européenne est fermement déterminée à rechercher une solution diplomatique à la situation actuelle. Nos efforts ont déjà commencé à porter : l'Iran a suspendu ses activités d'enrichissement tandis que les discussions se poursuivent pour consolider un accord global. Mais les Etats-Unis ont un rôle à jouer. Une approche concertée selon cette ligne ne ferait que maximiser les chances de succès et garantir la viabilité d'un résultat.

La seconde priorité immédiate concerne le processus de paix au Proche-Orient. Ensemble, Américains et Européens, nous sommes décidés à mettre à profit la fenêtre d'opportunités nouvelles qui s'ouvre. La récente élection présidentielle de Mahmoud Abbas a frappé par la dignité et l'espoir manifesté alors par le peuple de Palestine. Il faut aussi miser sur la nouvelle équipe israélienne. Ainsi que sur le cessez-le-feu formel mis aujourd'hui en place. L'espoir enfin d'une paix durable dans cette région du monde mérite qu'on lui sacrifie tous les efforts. Ensemble, les responsables palestiniens et israéliens doivent assumer de prendre des décisions courageuses pour leur peuple. Mais là encore, nul ne peut masquer les difficultés qui subsistent. Le désengagement israélien de Gaza reste un lourd défi. Ensemble, Israéliens, Palestiniens, Européens, Américains ainsi que les voisins arabes, nous devons partager le même intérêt au succès de cette opération. L'effort devra se porter sur le volet sécuritaire, mais aussi sur celui économique et social pour enrayer la catastrophe humaine qui menace de laisser les Territoires palestiniens aux mains des seuls extrémistes.

Au-delà, en travaillant au succès du désengagement de Gaza, il nous faudra renouer avec la mise en oeuvre de la "feuille de route". Il est nécessaire de redonner une perspective politique aux deux parties. A Israël : celle de la paix, de la sécurité et de sa reconnaissance par tous les autres pays de la région. Aux Palestiniens : celle d'un Etat viable et indépendant qui permette de rompre définitivement avec une occupation entamée en 1967. Bien sûr, d'autres questions figurent à l'ordre du jour de l'agenda transatlantique. La Syrie et le Liban, l'Afghanistan, la Chine, la Russie, l'Ukraine, le réchauffement de la planète et le protocole de Kyoto, la réforme des Nations unies, le traité de non-prolifération, le cycle commercial de Doha : autant de questions qui exigent des Américains et des Européens de bâtir une approche commune et de consolider un vrai partenariat pour agir. Demain, nous en avons l'opportunité.

 


 

Espoir de paix au Moyen-Orient, par le roi Abdallah II de Jordanie  

 

publié dans le Monde du 23 février 2005  

Le mois dernier, je suis allé à Charm el-Cheikh pour assister au sommet durant lequel le président palestinien Abbas et le premier ministre Sharon ont promis de réactiver le processus de paix au Moyen-Orient. Peu après, j'ai téléphoné afin de finaliser l'organisation de ma rencontre avec le président Chirac, à Paris. Mon appel montre ma reconnaissance du rôle de leader de la France dans la construction d'un avenir positif pour ma région et pour toute l'humanité, un avenir plein d'espoir de paix et de liberté. A Charm el-Cheikh, le monde a pu observer un engagement sincère. Mais l'histoire démontre que les mots ne peuvent être qu'un début. Aujourd'hui et dans les jours à venir, les espoirs de paix doivent être concrétisés et, pour cela, il faudra du courage, des compromis et beaucoup de travail. Les amis de la paix ont un besoin urgent du soutien de la communauté internationale et aucune nation n'a plus d'influence dans cette cause que la France, de par son rôle historique, son équité et son profond respect envers les autres nations.

Le soutien total pour la paix est plus qu'une obligation morale. Le conflit arabo-israélien demeure la crise centrale de la région, qui est à l'origine d'immenses souffrances, de destructions, et entrave le développement régional. Ce conflit a également eu un impact général explosif en aidant les terroristes et les extrémistes à créer des tensions culturelles et religieuses à travers le monde. La paix est par conséquent une cause universelle. Actuellement, et avec le soutien français, il existe une "feuille de route" qui reflète les initiatives réussies de paix réalisées par les nations arabes au sommet de Beyrouth en 2002, initiatives approuvées par les membres du Quartet (l'Europe, la Russie, l'ONU, les Etats-Unis) et le G8 des nations industrialisées. La "feuille de route" apporte la solution de deux Etats, seul moyen d'une paix durable : une Palestine souveraine, démocratique et viable ; des garanties de sécurité pour Israël ; et un processus qui amène à un accord global s'adressant à la Syrie et au Liban. La "feuille de route" assure la justice et la sécurité en réunissant la région entière, du Maroc au Yémen, dans un processus de guérison apportant réconciliation et espoir.

Nous devons maintenant travailler ensemble pour être à la hauteur de cette promesse. La France a un rôle de leader à jouer en Europe et dans le monde, pour s'assurer que le processus de paix soit repris efficacement, ainsi que pour soutenir les efforts du président Abbas et de son gouvernement à créer les institutions nécessaires à la paix, à la sécurité et au développement. Dans cette perspective, une occasion importante se présentera à la conférence de Londres au mois de mars, qui organisera l'assistance internationale pour soutenir les efforts palestiniens dans la construction des institutions démocratiques et débattra également du soutien économique public et privé nécessaire pour apporter aux Palestiniens un nouvel avenir rempli d'espoir. En anticipant cette réunion, ainsi que celle de la Ligue arabe à Alger, je me réjouis d'un dialogue étroit et ininterrompu avec le président Chirac.

Le processus de paix arabo-israélien n'est sûrement qu'un champ d'action où notre partenariat est requis d'urgence. La Jordanie et la France partagent un intérêt commun pour l'avenir libanais dans le soutien de la paix et de la démocratie. Nous travaillons aussi ensemble pour aider l'Irak à organiser la sécurité, la normalisation et la reconstruction du pays. Le succès des récentes élections irakiennes a été un pas en avant important, mais nous devons encourager la participation du peuple irakien dans la rédaction de la Constitution et aux élections qui auront lieu à la fin de cette année. La Jordanie est aussi déterminée à soutenir la France dans ses propres intérêts. Nous avons été fiers d'avoir joué un rôle dans la libération des otages français, l'année dernière, et nous faisons encore tout ce qui est en notre pouvoir pour faire de même pour la journaliste française actuellement retenue captive.

La volonté de cesser le conflit dans notre région doit être accompagnée parallèlement d'engagements pour créer un développement durable, en donnant une chance à un avenir de paix pour ceux qui en sont actuellement dépossédés. Aujourd'hui, notre peuple, surtout les jeunes, a un besoin désespéré d'accéder à la liberté, à la prospérité et aux progrès du XXIe siècle. Pour réaliser cela, le monde arabe s'accorde sur la nécessité d'une réforme : une gouvernance réactive et transparente, des systèmes éducatifs dédiés à l'excellence, des avancées tangibles dans le développement