|
|
 |
|
|
|
 |
 |
|
|
Combat
pour Al-Manar
par
NAJI FARAH, directeur de
la rédaction
Le
gouvernement français s'apprête
à prendre une décision
s'alignant sur le rapport Rufin
et la démission d'Alain Ménargues,
à savoir l'interdiction de la
diffusion en France de la chaîne
de télévision libanaise
Al-Manar pour ses propos
anti-israéliens. Ceci paraît
logique lorsque l'on sait que
cette chaîne est le
porte-parole du parti du
Hezbollah, dont la milice est la
seule armée arabe à avoir
vaincu Israël, l'obligeant à
retirer totalement ses troupes
du Liban en mai 2000 après une
occupation de 22 ans.
Accusé de
"terrorisme", le
Hezbollah s'en défend à juste
titre : ce parti, représenté
au parlement libanais, est
aujourd'hui l'un des plus
respectables du pays, son
assistance à la population
chiite est exemplaire, et son
ouverture au dialogue islamo-chrétien
est réelle, faisant oublier l'épisode
des prises d'otages chrétiens
libanais et étrangers - de 1984
à 1988 - qui constitue son seul
point noir.
S'il a donné
l'exemple au Hamas sunnite
palestinien qui a ainsi développé
la politique des bombes humaines
en Israël, ses martyrs
n'ont agi que contre des cibles
militaires israéliennes, alors
que des centaines de femmes et
d'enfants libanais ont été tués
délibérément dans les
bombardements israéliens durant
la période d'occupation du
Liban-sud.
Pour M.
Raffarin, rappeler les
actions héroïques de la résistance
libanaise contre l'occupant israélien
est "incompatible avec
les valeurs de la France".
Qu'en est-il des innombrables émissions
diffusées sur les chaînes françaises
portant atteinte à la religion
chrétienne ou incitant à la débauche
? Ainsi, père Michel Lelong, spécialiste
des relations islamo-chrétiennes,
a appelé au dialogue, estimant
que "ceux qui connaissent
bien cette chaîne libanaise
savent qu'elle comporte des
programmes de valeur et qu'elle
peut aussi nous intéresser,
nous, Européens".
Mohammad Haïdar,
directeur général d'Al-Manar,
a souligné que sa chaîne
"a toujours fait la différence
entre Israël en tant qu'Etat et
la religion juive en tant que
telle". "Toutes les
confessions présentes au Liban
sont représentées dans notre
actionnariat. Il n'y a pas que
des musulmans chiites mais aussi
des chrétiens maronites et des
musulmans sunnites." Notant
qu'Al-Manar est actuellement
"centrée sur le conflit
israélo-palestinien" dans
tous ses programmes, il a observé
que "le plus grand
succès 2004 est une série
consacrée à la vierge
Marie".
Surprise par
ce nouveau rebondissement,
Al-Manar, pour qui le problème
est essentiellement politique, a
déclaré qu'elle "a été
arrêtée dans son élan et
sanctionnée, comme si on ne
voulait pas lui donner la
moindre chance de faire ses
preuves et de se transformer en
tribune d’ouverture et de
dialogue". Elle a annoncé
de son côté observer les
programmes de la TFJ (la chaîne
française juive), pour voir si
elle se conforme au code imposé
par la convention.
site
Internet d'Al-Manar
Pour
Al-Manar, pour le dialogue
par PERE
MICHEL LELONG, publié dans le
Monde du 4 décembre 2004
L'auteur,
prêtre catholique, a été secrétaire
de la Commission épiscopale
française pour les relations
avec l’islam
Décidement,
l'islam n'a pas fini de susciter
en France d'ardents débats. Après
l'affaire du voile, c'est celle
de la chaîne de télévision
Al-Manar qui soulève les
passions. Ayant depuis quelques
mois suivi ce dossier, je
constate que la plupart des déclarations
qu'il suscite viennent de gens
qui n'ont sans doute pas regardé
régulièrement les émissions
de cette chaîne libanaise. Il
est vrai que celle-ci a, voici
quelques mois, diffusé un
programme non seulement
contestable, mais inacceptable,
qui confondait - comme cela, hélas,
arrive trop souvent - antisémitisme
et antisionisme. Mais
n'arrive-t-il pas parfois aux
chaînes de notre télévision
nationale de commettre, elles
aussi, des fautes, parfois
graves ? Etant prêtre
catholique, je suis souvent
choqué et blessé par la façon
dont certaines émissions
parlent du christianisme, de l'Eglise,
du pape, et même du Christ et
de la Vierge Marie. De tels
propos, qui ne respectent pas la
foi des chrétiens, me
paraissent inacceptables. Mais
faut-il, pour autant, demander
au Conseil supérieur de
l'audiovisuel de sanctionner -
voire d'interdire - les chaînes
qui agressent les chrétiens ?
Il ne faut
pas juger - et condamner -
Al-Manar en tenant compte
seulement d'un dérapage, si blâmable
soit-il. Ceux qui connaissent
bien cette chaîne libanaise
savent qu'elle comporte des
programmes de valeur et qu'elle
peut aussi nous intéresser,
nous, Européens. Et l'on doit
espérer que la direction d'Al-Manar
s'engagera à veiller
soigneusement, désormais, à éviter
toute faute et à rejeter tout
élément risquant d'approfondir
les malentendus. Je serai alors
heureux que le CSA l'autorise à
diffuser dans les pays de
l'Union européenne. Je le serai
en tant que Français, parce que
je suis convaincu que la liberté
de pensée et d'expression est
une valeur fondamentale à
laquelle notre pays doit être
fidèle. Je le serai aussi en
tant que chrétien, car, croyant
en la nécessité d'un dialogue
sincère entre chrétiens, juifs
et musulmans, ainsi qu'entre
croyants et incroyants, je suis
persuadé que la chaîne
Al-Manar pourra apporter une
utile contribution à ce
dialogue, difficile, certes,
mais si nécessaire, tant en
France qu'au Proche-Orient.
Mohammed
Haïdar : "Nous sommes
centrés sur le conflit au
Proche-Orient"
Aucun
changement de fond n'est prévu
à Al-Manar
propos
recueillis par PAULE GONZALES,
publiés dans le Figaro le 25
novembre 2004
Le
Conseil supérieur de
l'audiovisuel a souligné hier
que la convention signée par la
chaîne controversée al-Manar,
proche du Hezbollah chiite
libanais, était "rigoureuse"
avec des "dispositions
très strictes". Cette
convention, est "la
plus rigoureuse de toutes les
conventions que nous ayons signées,
comportant des dispositions très
strictes quant à la nature des
programmes", a déclaré
le président du CSA, Dominique
Baudis. "Toute
infraction à ces engagements
conventionnels pourra donner
lieu à une sanction
administrative de la part du
CSA, dont la vigilance et la résolution
seront totales quant à l'exécution
sans faille." Mohammed
Haïdar, directeur général d'Al-Manar,
prend pour la première fois
position sur la polémique que
le conventionnement de la chaîne
a suscitée en France.
-
Allez-vous modifier
substantiellement le contenu
de vos programmes comme le
souhaite le CSA ?
Nous
sommes prêts à respecter la
loi française et à nous y
soumettre. Nous sommes donc
d'accord pour respecter la
convention qu'exige de nous le
CSA. Cela dit, il ne devrait
pas y avoir de modifications
substantielles de nos
programmes. En tous cas, pas
sur le fond car depuis le début
de notre diffusion en France,
nous ne contrevenons pas à la
loi française. Les
modifications que nous allons
apporter à la chaîne seront
surtout d'ordre formel. Je
pense à tout ce qui relève
du symbolique ou du
vocabulaire et qui pourrait être
considéré comme insultant
vis-à-vis de la confession
juive. Al-Manar a toujours
fait la différence entre Israël
en tant qu'Etat et la religion
juive en tant que telle.
Depuis le début de notre
existence nous subissons des
pressions en France et
ailleurs pour fermer cette chaîne.
Le Conseil d'Etat en France a
pris position en faveur d'Al-Manar
en lui accordant un délai
pour obtenir son
conventionnement.
- Il reste qu' "al-Chatat",
la série qui a mis le feu aux
poudres, était purement et
simplement antisémite et
qu'elle est passée sur votre
antenne ?
Cette série a été diffusée
pendant le ramadan alors qu'il
y avait peu de monde dans la
chaîne et personne à la régie
de contrôle. Nous étions
d'accord nous-mêmes sur la nécessité
de couper plusieurs scènes de
cette série. C'est une erreur
regrettable dont des groupes
de pressions ont profité.
- Pourquoi
diffusez-vous les idées du
Hezbollah en Europe et plus
particulièrement en France ?
Al-Manar n'est pas la propriété
du Hezbollah. Toutes les
confessions présentes au
Liban sont représentées dans
notre actionnariat. Il n'y a
pas que des musulmans chiites
mais aussi des chrétiens
maronites et des musulmans
sunnites. Cela dit, notre
ligne éditoriale rencontre de
nombreuses positions défendues
par le Hezbollah, notamment
tout ce qui relève du conflit
israélo-palestinien. Notre
but - que cela soit en
France ou dans tous les pays où
nous sommes diffusés -
est de faire entendre notre
voix au sein du public
arabophone afin de créer une
opinion publique favorable -
qu'elle soit arabe ou mondiale -
à la cause palestinienne.
Pour défendre au mieux notre
cause nous n'avons pas intérêt
à ce qu'il y ait un transfert
du conflit israélo-palestinien
hors de sa zone géographique.
Un tel transfert du conflit
pourrait menacer la sécurité
des pays en Europe par exemple
et retourner les opinions
publiques contre nous.
-
Quel est le budget d'al-Manar ?
Et dans quelles conditions vous
approvisionnez-vous en
programmes ?
Nous disposons d'un budget
annuel qui ne dépasse pas les
10 millions de dollars. Ce qui
est peu surtout au regard de nos
70 millions de téléspectateurs.
La publicité représente 45% de
nos recettes. Ces dernières
proviennent également de la
vente d'archives mais aussi de
la vente de DVD de fictions,
documentaires ou programmes
religieux. Notre plus grand succès
2004 est une série consacrée
à la vierge Marie. Nous
disposons aussi de grands privilèges
dans le monde arabe, notamment
en termes de prix. Par exemple
les programmes spéciaux durant
le ramadan sont quatre fois
moins chers pour Al-Manar. De même,
les programmes sportifs sont la
plupart du temps offerts à la
chaîne.
-
Quelles sont vos relations avec
l'Iran ?
Nous avons un accord de coopération
avec ce pays qui nous donne
beaucoup de programmes que nous
remontons, sous-titrons et
vendons via des sociétés de
distribution libanaise. La série
sur Marie est une production
iranienne.
- Que
pensez-vous de vos concurrentes
comme Al-Arabya ou Al-Jezira ?
Ce sont des chaînes d'info et
nous sommes une chaîne généraliste.
Ce sont des chaînes qui privilégient
l'événement alors que nous
sommes centrés sur le conflit
israélo-palestinien y compris
dans nos programmes sociaux,
culturels, jeunesse ou
politiques.
Raffarin
bricole une loi contre la chaîne
du Hezbollah
Objectif
: la résiliation de la
convention accordée à Al-Manar
en novembre
par
ISABELLE ROBERTS, publié dans
Libération le 3 décembre 2004
Raffarin
prend Al-Manar en main. Mercredi
soir, suite à une rencontre
avec le président du Conseil
supérieur de l'audiovisuel
(CSA), Dominique Baudis, le
Premier ministre a indiqué
qu'il allait proposer "le
renforcement du dispositif législatif"
afin de permettre la "suspension
immédiate de toute chaîne
diffusant des images à caractère
raciste ou antisémite".
"Valeurs"
Dans le collimateur : la désormais
célèbre Al-Manar, chaîne
libanaise proche du Hezbollah.
Autorisée par le CSA le 19
novembre dernier, elle a déjà
reçu une mise en demeure du même
CSA, qui demande parallèlement
son interdiction au Conseil d'Etat.
Celui-ci devrait se prononcer
la semaine prochaine. La
raison : la diffusion sur
Al-Manar, le 23 novembre, de
propos antisémites ( Libération
du 1er décembre). Hier,
devant le Sénat, le Premier
ministre en a remis une couche
: "Les programmes d'Al-Manar
sont incompatibles avec nos
valeurs. Il est clair qu'ils
vont conduire à la résiliation
de la convention entre le CSA
et Al-Manar". Le
message est passé : Raffarin
veut que chacun comprenne bien
qu'il est contre Al-Manar. Il
faut dire que, mercredi, à
l'Assemblée, il s'est fait
alpaguer sur la question, et
que le soir même, la
rencontre avec Baudis a été
très tendue. Le président du
CSA en a marre de porter seul
le chapeau d'Al-Manar.
Le
conventionnement de la chaîne a
été une surprise. Au début de
l'année, Baudis se prononce
pour son interdiction après la
diffusion d'un feuilleton antisémite.
N'ayant aucun pouvoir sur
Al-Manar, qui est diffusée
depuis l'étranger, il saisit le
Conseil d'Etat. Mais la chaîne
convainc le Conseil qu'elle est
prête à signer une convention
avec le CSA et donc à accepter
son contrôle. Le CSA finit par
accepter. Par peur de se
retrouver devant le Conseil d'Etat,
suite à une plainte de la chaîne.
Et surtout parce qu'il a subi de
nombreuses pressions notamment
liées au sort des otages français
en Irak.
Pressions
Face au tollé provoqué par
Al-Manar, les pressions se
sont renversées, et mercredi,
Raffarin a tapé du poing,
exigeant de Baudis l'arrêt
immédiat d'Al-Manar.
Impossible, a répondu Baudis,
un rien fumasse : légalement,
c'est au Conseil d'Etat de décider.
C'est pourquoi le Premier
ministre a annoncé un
prochain changement de la loi,
afin que le CSA puisse, dans
des cas semblables, se tourner
vers le gouvernement qui, le
cas échéant, prononcerait
une interdiction par décret.
Car Al-Manar n'est pas un cas
isolé : sur la centaine de
chaînes diffusées sans
convention, dix ou douze sont
susceptibles de poser des
problèmes. La France va par
ailleurs demander à l'Europe
de se saisir de la question,
puisqu'une convention délivrée
dans un pays vaut pour toute
l'Union. Réagissant hier à
sa demande d'interdiction,
Al-Manar s'est déclarée
victime d'une "campagne
sioniste"...
Le poison d'Al-Manar
paru dans le Monde du 4
décembre 2004
La diffusion à répétition
d'images et de discours de
haine sur le territoire français
par la chaîne télévisée
Al-Manar pose un sérieux
problème. La gesticulation
de la classe politique, en
multipliant les déclarations
péremptoires et vaines, en
pose désormais un second.
Voilà donc un dossier
empoisonné dans lequel une
inutile confusion vient se
greffer sur des aspects
juridiques et moraux.
Al-Manar n'est pas n'importe
quelle télévision. Il
s'agit de la chaîne du
Hezbollah libanais dont la
diffusion ne cesse
d'augmenter dans le monde
arabe et qui est regardée
par 20% de la population
libanaise. Et le Hezbollah
n'est pas n'importe quel
mouvement politique. Cette
milice armée, née dans les
années 1980 en réaction à
l'occupation israélienne de
la partie sud du Liban, est
devenue un parti qui a
remporté une large victoire
lors des dernières élections
municipales. Chiite
pro-iranien, soutenu par la
Syrie, le Hezbollah assoit
son succès sur une intense
action caritative et un
combat fanatique contre "l'ennemi
sioniste" .
En 2000, Lionel Jospin,
alors premier ministre en déplacement
en Israël, avait condamné "les
attaques du Hezbollah et
toutes les actions
terroristes unilatérales"
, encourant sur-le-champ un
blâme présidentiel. Les réactions
indignées dans le monde
arabe avaient donné la
mesure de la popularité
d'une organisation qui
recourt aux attentats et
exalte le martyrologe
palestinien. Cette politique
et cette idéologie se
retrouvent inévitablement
sur les écrans d'Al-Manar.
La convention d'agrément
accordée à la chaîne à
la mi-novembre par le
Conseil supérieur de
l'audiovisuel (CSA), avec
toutes les mises en garde
possibles, n'y a rien changé.
Une dizaine de jours après
s'être engagée à
respecter les règles et les
lois françaises, Al-Manar
les a enfreintes. Propos
antisémites et propagande
anti-israélienne ont réapparu.
Inadmissibles, ce racisme et
cette guerre des images
doivent être sanctionnés ;
la loi appliquée, comme
elle s'applique à
l'ensemble des médias
diffusés en France.
Logiquement, le CSA a
saisi le Conseil d'Etat afin
que soit ordonnée la
cessation de la diffusion d'Al-Manar.
Tel est le cheminement obligé
d'une procédure
respectueuse du droit français
en l'état actuel des
choses. Les hommes
politiques et les
parlementaires, qui font et
votent les lois, devraient
le savoir. Ils devraient
avoir à cœur de ne pas
hystériser un débat, comme
ce fut le cas cette semaine
à l'Assemblée nationale,
qui concerne non seulement
l'Hexagone, mais aussi
l'Europe - le satellite
Eutelsat arrose les pays de
l'Union européenne - et
tout le Proche-Orient. En
demandant la "résiliation"
de la convention accordée
à Al-Manar, Jean-Pierre
Raffarin ne fait pas de la
bonne politique. Le Conseil
d'Etat, la plus haute
juridiction administrative,
n'a besoin ni de conseil ni
de directive. En revanche,
le premier ministre pourrait
utilement proposer une
modification de la loi pour
donner davantage de moyens
d'action et de répression
au CSA.
Stupeur
et consternation à Al-Manar
après la nouvelle plainte du
CSA français
Sur
le plan technique, interdire
la chaîne du Hezbollah,
c’est interdire toutes les
autres chaînes du bouquet sur
Eutelsat
par
SCARLETT HADDAD, publié dans
l'Orient-le Jour le 4 décembre
2004
L’équipe
d’al-Manar est encore sous
le choc des informations
parvenues de France. Alors que
la chaîne s’apprêtait à
modifier certains de ses
programmes et à se doter
d’une nouvelle ligne éditoriale,
plus en harmonie avec
l’esprit de la convention
signée le 19 novembre avec le
CSA français, elle a appris
par voie de presse, avant
d’en être informée
officiellement, qu’elle
faisait l’objet d’un sévère
avertissement de la part du même
CSA, qui avait aussi décidé
de déposer une nouvelle
plainte contre la chaîne
devant le Conseil d’Etat, réclamant
l’interdiction pure et
simple de sa diffusion sur le
territoire français. Au
cœur de la nouvelle affaire,
les propos d’un expert des
questions israéliennes, appelé
au téléphone et en direct
par Al-Manar, dans le cadre
d’un programme quotidien
al-Yaoumiya, qui décortique
et commente la presse israélienne.
Cet expert, Omar Saadé, avait
ainsi déclaré le 23
novembre, en évoquant les échanges
commerciaux entre les pays
arabes et Israël, que
jusqu’à présent, "le
monde arabe avait surtout fait
l’objet de tentatives de la
part des sionistes de lui
exporter des microbes et des
maladies graves, dont le
sida".
Du temps pour s’adapter aux
nouveaux critères
Selon le responsable des
relations publiques au sein de
la chaîne, hajj Ibrahim
Farhat, le programme se déroulant
en direct, il n’a pas été
possible de couper les propos
de l’expert. Le présentateur
aurait certes pu dire à ce
moment-là que ces propos ne
reflètent pas nécessairement
l’opinion d’Al-Manar, mais
il n’a pas eu cette présence
d’esprit, la signature de la
convention avec le CSA étant
encore toute fraîche et le
PDG de la chaîne, qui se
trouvait encore à Paris,
n’ayant pas eu le temps de réunir
son équipe pour lui donner de
nouvelles instructions. Mais,
selon hajj Farhat, aucune chaîne
ne peut prévoir les propos
que tiendra un invité en
direct et au téléphone. Sauf
s’il s’agit d’un faux
direct et d’une opération
convenue. "Mais dans ce
cas, dit-il, que deviendrait
le respect de la diversité
des opinions et de la libre
expression ?" Autre
programme mis en cause dans la
nouvelle plainte du CSA, une
émission consacrée aux
martyrs du Hezbollah, Des
hommes qui ont été
jusqu’au bout de leurs
convictions. Dans l’émission
diffusée le 23 novembre, un
martyr appelait à la
destruction d’Israël, dans
un testament filmé avant sa
mort. Mais se rendant compte
que de tels appels pouvaient
faire l’objet d’une polémique,
la direction de la chaîne
avait coupé ce passage dans
la rediffusion de l’émission,
quelques heures plus tard. C’est
dire que la chaîne était
pleine de bonne volonté,
selon hajj Ibrahim Farhat,
mais qu’elle avait besoin
d’un peu de temps pour
s’adapter aux nouveaux critères
de diffusion établis par la
convention avec le CSA.
Faux prétextes
"Pourtant, au cours de
nos discussions avec le CSA
avant la signature de la
convention, nous avions
constaté une grande compréhension
mutuelle et nous n’avions
pas l’impression qu’il
existait un désaccord sur le
fond, précise M. Farhat.
Juste des questions de forme.
En tout cas, pour nous, il ne
s’agissait pas d’une manœuvre
mais d’une volonté réelle
de respecter les critères de
la convention." C’est
d’ailleurs la raison pour
laquelle les responsables de
la chaîne ont été si
surpris, voire choqués,
d’apprendre par voie de
presse qu’ils devaient de
nouveau affronter la justice
française. En principe,
l’audience du Conseil d’Etat
consacrée à cette affaire
est prévue pour la semaine
prochaine. Il s’agira aux
deux parties d’exposer leur
point de vue et le juge fixera
ensuite une date pour émettre
son arrêt. Hajj Ibrahim
Farhat a le sentiment que les
autorités françaises
souhaitent aller très vite.
Ce qui n’est pas sans
l’inquiéter. Selon lui et
selon la plupart des personnes
qui travaillent à Al-Manar,
les affaires invoquées pour
remettre en question la
convention signée le 19
novembre ne sont pas crédibles. "Il
s’agit de simples prétextes,
dus sans doute au fait que les
pressions exercées sur les
autorités françaises, à la
suite de la signature de la
convention, ont été
probablement immenses."
Pour l’instant, les
responsables de la chaîne ne
souhaitent pas hausser le ton,
se contentant de préparer un
dossier solide à présenter
devant le Conseil d’Etat.
Ils comptent aussi sur
l’appui de l’Etat libanais
qui a chargé officiellement
le ministre des Affaires étrangères,
M. Mahmoud Hammoud, de suivre
le dossier avec les autorités
françaises. Enfin, ils
n’excluent pas l’émergence
d’un mouvement de solidarité
de la part des médias arabes
et des institutions de la
communauté arabo-musulmane en
France qui ne comprend pas les
raisons qui poussent le CSA
français à réclamer des
sanctions contre Al-Manar. Sur
le plan technique, Al-Manar
est diffusée en France par le
biais d’Eutelsat, dans le
cadre d’un bouquet de dix
chaînes dont la plupart sont
des chaînes publiques arabes,
comme la chaîne satellitaire
de l’Arabie saoudite, du
sultanat d’Oman, etc.
Interdire la diffusion d’al-Manar
signifierait l’interdiction
de toutes ces chaînes et cela
entraînerait de grosses
pertes financières pour
Eutelsat.
Des signes de bonne volonté
Mais au-delà de ces questions
techniques et financières, la
chaîne du Hezbollah a le
sentiment de faire l’objet
d’une grave injustice. Alors
qu’elle avait multiplié les
signes de bonne volonté
depuis la signature de la
convention, arrêtant par
exemple les clips appelant à
la résistance armée contre
Israël, modifiant son website
et préparant une nouvelle
grille de programmes, tout en
se proposant d’établir un
nouveau code d’éthique
professionnelle largement
inspiré des points de la
convention, elle a été arrêtée
dans son élan et sanctionnée,
comme si on ne voulait pas lui
donner la moindre chance de
faire ses preuves et de se
transformer en tribune
d’ouverture et de dialogue.
Selon les responsables de la
chaîne, celle-ci ne va pas
pour autant modifier sa ligne
de conduite, puisque c’est
par conviction qu’elle a
signé la convention, mais
elle ne désespère pas de
voir en définitive triompher
la voix du dialogue et de la
raison. Mais elle observe
aussi de son côté les
programmes de la TFJ (la chaîne
française juive), pour voir
si elle se conforme au code
imposé par la convention. Car
au-delà des questions médiatiques,
il est clair pour Al-Manar que
le problème est
essentiellement politique. Il
est un des aspects d’un
conflit qui dure depuis des
années et qui se transpose
maintenant au sein du paysage
audiovisuel français. Mais
les responsables de la chaîne
l’affirment, la bataille
sera menée jusqu’au bout.
Le projet de loi ferait
l’objet d’un premier vote à
l’Assemblée nationale française
avant Noël
Un député de droite, M.
Pierre Lellouche, a exprimé
hier l’espoir d’obtenir un
premier vote à l’Assemblée
nationale avant Noël, au
sujet du projet de loi visant
à réorganiser le paysage
audiovisuel en France. Selon
le député, le gouvernement
soutient ce projet qui prévoit
l’interdiction des chaînes
diffusant des propos racistes
ou antisémites. Mais il reste
encore à définir au préalable
si le pouvoir d’interdiction
sera confié au CSA ou au
gouvernement (le Premier
ministre ou le ministre de
l’Intérieur), a expliqué
M. Lellouche à l’issue
d’un entretien avec le
Premier ministre français,
Jean-Pierre Raffarin. Le député
de l’UMP a encore ajouté
qu’il comptait faire
inscrire ce projet en urgence
à l’Assemblée. Autrement,
il pourrait y avoir un premier
vote avant Noël. Le député
a encore indiqué qu’il
comptait entreprendre très
rapidement des contacts avec
l’opposition, parce que,
selon lui, cette affaire
concerne tous les Français.
Al-Manar
rafle la mise
par
PIERRE MARCELLE, publié dans
Libération le 6 décembre 2004
Reste, dans
cette affaire Al-Manar, du nom
de la télévision férocement
"antisioniste" du
Hezbollah libanais, des tas de
choses que je ne comprends pas.
Je n'ai pas de satellite, je
n'entends pas l'arabe,
j'ignorais jusqu'au nom de la
chaîne avant que force
communiqués réclamant son
interdiction me le fissent connaître
; nulle adresse, en revanche,
exigeant son autorisation ne
m'ayant jamais été transmise,
j'ignorais même qu'elle
constituât un enjeu. De ses
programmes, je n'aurai vu que
quelques secondes extraites, par
des journaux télévisés d'ici,
du feuilleton Al Shatat
(Diaspora) qu'elle diffusa en
novembre 2003 ; kitschissimes
dans la forme et délirantes sur
le fond, ces images-là
attestent certainement une sale
entreprise de propagande antisémite.
Mais la suite, faite de
pressions diplomatiques diverses
sur fond d'otages français en
Irak ("Ne les oubliez
pas..." ), de
protestations de légalisme du
Conseil d'Etat et d'indépendance
(!) du Conseil supérieur de
l'audiovisuel, des pas de deux
lamentables de Matignon, et d'un
sac de noeuds technologiques,
c'est la bouteille à l'encre...
(voir Libération du 25
novembre). Il paraît que le
CSA, pourtant décrédibilisé
à vie par les dérives du "mieux-disant
culturel" des cerveaux
de TF1, prétend interdire
Al-Manar, et que Raffarin, dont
l'autorité ne vaut guère plus,
veut légiférer afin de donner
à son président, l'ineffable
Dominique Baudis, des moyens de
droit. Tout ceci est bel et bon.
Il apparaît cependant
dommageable que nul ne soit en
mesure de lui en fournir les
moyens techniques : outre qu'on
coupe plus aisément les ailes
d'un pigeon que les ondes d'une
télé satellisée, Al-Manar se
diffuse dorénavant sur la toile
de Pandore d'Internet, où son
site énonce ses fréquences. En
fait de criminelles cochoncetés
antisémites, elle y est certes
confrontée à rude concurrence,
mais la polémique dont elle est
le coeur a multiplié sa notoriété
par mille.
A
propos d'Al-Manar... et de
nombreuses autres chaînes
par DOMINIQUE BAUDIS,
publié dans le Monde du 1er décembre
2004
L'auteur
est président du Conseil supérieur
de l'audiovisuel
Des voix s'élèvent
pour protester contre la
convention passée par le
Conseil supérieur de
l'audiovisuel (CSA) avec la chaîne
libanaise Al-Manar. Je comprends
parfaitement que cette décision
appelle une explication hors de
tout esprit polémique.
Rappelons tout d'abord que le
CSA s'est toujours montré
particulièrement vigilant sur
les questions de racisme,
d'antisémitisme ou d'incitation
à la haine. Nous intervenons
souvent par des sanctions ou des
mises en garde, car nous avons
les moyens d'agir auprès des
radios et des télévisions qui
diffusent en France sur les
antennes classiques. Mais
comment faire quand les images
"tombent du ciel",
transmises directement du
satellite à la parabole ? Or
c'est justement par ce moyen
qu'arrivent en France et en
Europe des programmes de télévision
venus parfois de pays en guerre
; et, comme Al-Manar, certaines
de ces chaînes diffusent des
programmes ouvertement racistes,
antisémites et faisant
l'apologie de la violence. Face
à cette situation, le CSA n'a
jamais fui ses responsabilités.
Dès janvier, nous avons saisi
le parquet de Paris au sujet
d'un feuilleton antisémite
diffusé sur la chaîne Al-Manar.
Notre plainte est entre les
mains du procureur de la République,
et des poursuites peuvent être
engagées contre la chaîne pour
avoir diffusé ce programme.
En attendant,
Al-Manar continuait d'envoyer
ses émissions via le satellite
d'Eutelsat. En dépit de nos
demandes, Eutelsat a refusé de
mettre fin à la diffusion d'Al-Manar
et de nombreuses autres chaînes
non conventionnées. Or le CSA
ne dispose pas d'un ascenseur et
d'une clé magiques qui lui
permettent de monter sur le
satellite et de couper le
robinet. Nous avons donc alerté
le gouvernement sur le vide
juridique devant lequel nous étions
face à ces chaînes envoyant en
toute illégalité, sans
convention, des programmes
contestables. Le gouvernement a
décidé d'introduire dans un
projet de loi en discussion
devant le Parlement un article
permettant d'ordonner à
Eutelsat d'interrompre la
diffusion d'une chaîne dont les
programmes porteraient atteinte
à la loi et à l'ordre public.
Le CSA souhaitait - et il l'a
demandé publiquement - exercer
lui-même ce pouvoir d'imposer
le retrait d'une telle chaîne.
Si nous l'avions obtenu, nous
aurions aussitôt ordonné à
Eutelsat de mettre fin à la
diffusion d'Al-Manar.
Mais,
finalement, ce pouvoir a été
confié au Conseil d'Etat par la
loi de juillet 2004. Dès la
promulgation de cette loi, j'ai
donc saisi le Conseil d'Etat en
lui demandant de mettre fin sous
astreinte à la diffusion d'Al-Manar
en raison du caractère raciste
et antisémite de certains
programmes. Au cours de
l'audience, chacun a fait
entendre ses arguments. Les représentants
de la chaîne libanaise ont
alors reconnu que la diffusion
du feuilleton était une grave
faute de leur part. Ils ont
assuré vouloir désormais se
soumettre à la loi française
et ont exprimé, la veille de
l'audience, leur volonté de
saisir le CSA d'une demande de
conventionnement. Leur
engagement a été pris en
compte par la juridiction, et le
CSA n'a pas eu gain de cause. En
effet, le Conseil d'Etat n'a pas
suivi notre demande. Au
contraire, son ordonnance du 20
août laissait à Al-Manar
jusqu'au 1er octobre pour déposer
un dossier de demande de
conventionnement. Le Conseil d'Etat
considérait donc que les
diffusions antérieures et
illicites de la chaîne ne
constituaient pas un motif
suffisant pour en demander l'arrêt
dès lors qu'Al-Manar prenait
des engagements pour l'avenir.
Le 21
septembre dernier, Al-Manar a déposé
son dossier, s'engageant à
respecter la loi française et
à ne pas diffuser de programmes
susceptibles d'inciter à la
violence ou à la haine pour des
raisons de religion et de
nationalité. Le CSA était donc
conduit, conformément à la décision
du Conseil d'Etat, à procéder
à l'instruction de cette
demande et à se prononcer dans
un délai de deux mois. Délai
fixé, lui aussi, par le Conseil
d'Etat. En réponse, nous avons
posé les conditions les plus
draconiennes : "Ne pas
porter atteinte à la dignité
de la personne ; ne pas inciter
à des pratiques ou
comportements pénalement
sanctionnés en France,
respecter les sensibilités
politiques, culturelles ou
religieuses du public européen
; ne pas inciter à la haine, à
la violence ou à la
discrimination pour des raisons
de race , de sexe, de
reli gion ou de
nationalité ; ne pas présenter
de manière favorable des
actions violentes à l'encontre
de populations civiles ; ne pas
diffuser de documents contraires
aux stipulations de la
convention de Genève sur les
prisonniers de guerre ; ne pas
diffuser des programmes
susceptibles d'entraîner des
troubles à l'ordre public ; ne
pas encourager des attitudes de
rejet ou de xénophobie ;
respecter une présentation honnête
des questions
conflictuelles."
Ce sont là
les termes exacts de la
convention. Texte le plus
rigoureux jamais imposé à une
chaîne de télévision.
Al-Manar a accepté de se
soumettre à ces dispositions.
De plus, le CSA a limité la
convention à une durée d'un
an, alors que la durée des
conventions est toujours de cinq
ans, c'est-à-dire que, conformément
à la volonté du Conseil d'Etat,
Al-Manar, qui diffusait depuis
quatre ans de façon sauvage des
programmes inacceptables,
s'inscrit maintenant dans un
cadre juridiquement contraint,
surveillé et limité dans le
temps. Les programmes d'Al-Manar
sont suivis par des observateurs
arabophones qualifiés et
assermentés. Le CSA et le
gouvernement ont préparé une
convention prévoyant la mise à
disposition du Conseil des compétences
nécessaires. Toute infraction
aux engagements de la convention
souscrits par Al-Manar ferait
bien évidemment l'objet de procédures
de sanction qui peuvent aller
jusqu'à la résiliation unilatérale
de la convention, ce qui
mettrait consécutivement
Eutelsat dans l'obligation de
cesser la diffusion de la chaîne.
Ce débat
autour d'Al-Manar présente au
moins le mérite de mettre en évidence
la difficulté de la régulation
à l'échelle internationale.
Car la chaîne libanaise est un
arbre qui cache la forêt des
autres chaînes venues de
partout, mais surtout du Proche
et du Moyen-Orient, et qui
posent souvent les mêmes problèmes.
Ainsi la chaîne iranienne
arabophone Al-Alam, qui a diffusé
le même feuilleton antisémite.
Nous avons une nouvelle fois
saisi le procureur de la République.
Et maintenant, que faire ?
Demander au Conseil d'Etat
l'interruption du programme ? Au
risque de nous retrouver dans la
même situation... Le CSA ne
peut pas endiguer ce flot
d'images s'il est seul et sans
moyens juridiques suffisants.
Neuf personnes, quelle que soit
leur détermination et celle des
services administratifs du
Conseil, ne peuvent pas retenir
l'avalanche planétaire des télévisions
venues de pays belligérants si
les Etats, l'Union européenne
et les organisations
internationales s'en désintéressent.
Il serait injuste et illusoire
de demander au seul CSA français
de contenir la guerre des images
qui fait rage dans le monde.
Dans aucun autre pays où ces
programmes sont également
diffusés, en Europe ou aux
Etats-Unis, les autorités
publiques ne sont intervenues.
Nous sommes les seuls à tenter
quelque chose et sans avoir véritablement
les moyens de droit efficaces à
notre disposition.
Je souhaite
vivement que le président de la
République, le gouvernement et
le Parlement se saisissent de
cette question et adaptent la
loi afin qu'elle permette de
relever les défis d'une télévision
mondialisée. Sans une législation
explicite, claire et efficace,
nous ne pouvons rien faire. Le
premier ministre et moi-même
sommes convenus de la nécessité
d'une rencontre urgente afin
d'envisager les moyens
juridiques à mettre en œuvre.
Non seulement en France, mais
aussi en Europe, car c'est bien
toute l'UE qui est concernée dès
lors que le conventionnement
d'une chaîne par un Etat membre
vaut autorisation de diffusion
dans tous les pays de l'Union.
Sur cette question, nous devons
mieux coordonner notre action
avec l'ensemble des pays européens
qui rencontrent les mêmes
difficultés et mettre en place
un système de décision commun.
Il est donc indispensable de
commencer un dialogue avec la
Commission européenne. En
effet, toute action dans ce
domaine doit s'accompagner d'une
initiative auprès de l'UE si on
veut donner une portée réelle
aux mesures qui doivent être
prises contre la diffusion illégale
de programmes dangereux.
Al-Manar
sommée de se taire
Onze
jours après l'avoir autorisée,
le CSA réclame au Conseil d'Etat
l'interdiction de la télé du
Hezbollah pour diffusion de
propos antisémites
par
ISABELLE ROBERTS, publié dans
Libération le 1er décembre
2004
Onze jours
après l'autorisation d'Al-Manar
par le Conseil supérieur de
l'audiovisuel (CSA), le couperet
est déjà tombé : mise en
demeure et demande
d'interdiction. Le CSA a mis les
bouchées doubles contre la chaîne
du Hezbollah. Les raisons de
cette volte-face.
Pourquoi le CSA veut-il
faire interdire Al-Manar ?
Le CSA a donné hier un
exemple d'émission
contrevenant à la convention.
Le 23 novembre sur Al-Manar,
un intervenant a déclaré : "On
a assisté, durant les dernières
années, à des tentatives
sionistes pour transmettre des
maladies dangereuses, à
travers les exportations aux
pays arabes, comme le sida.
Cet ennemi n'aura aucun
scrupule à commettre des
actes qui pourraient porter
atteinte à la santé des
citoyens arabes et
musulmans." Le
propos, tout en nuances, est,
explique le CSA, «de
nature à troubler l'ordre
public et à porter atteinte
aux principes fondamentaux du
droit de l'audiovisuel (...)
qui prohibe toute incitation
à la haine ou à la violence,
notamment pour des raisons de
religion ou de nationalité".
Première réaction : la
mise en demeure à Al-Manar de
respecter sa convention, une
étape obligatoire avant
d'envisager l'annulation de
l'autorisation de diffusion.
Deuxième réaction : le CSA a
saisi le Conseil d'Etat afin
que soit ordonné l'arrêt de
la diffusion. Décision d'ici
à Noël.
Pourquoi le CSA l'avait-il
autorisée ?
Depuis le 19 novembre et
l'annonce de l'autorisation d'Al-Manar
qui vaut pour toute l'Europe,
la polémique enfle, à
l'initiative du Crif (Conseil
représentatif des
institutions juives de France)
mais aussi du Parti
socialiste. Hier matin encore,
un car de manifestants anti
Al-Manar était aux portes du
CSA. Et ce malgré les
assurances prodiguées par
Dominique Baudis, son président,
martelant que la convention -
signée pour un an contre cinq
d'habitude - est très
stricte et qu'au moindre
manquement, Al-Manar sera
sanctionnée. Lors de la
signature de la convention,
Baudis avait d'ailleurs dressé
toute une liste de programmes
déjà incompatibles avec son
autorisation. Pour comprendre
pourquoi, malgré tout, le CSA
a conventionné la chaîne
libanaise, il faut remonter au
début 2004. A la suite du
Crif, Baudis s'indigne :
Al-Manar a diffusé en 2003 un
feuilleton antisémite Al-Shatat
("Diaspora").
Seulement, le CSA ne peut
sanctionner la chaîne car
celle-ci, diffusée depuis l'étranger,
n'a pas besoin de convention.
A la faveur d'une modification
de la loi en juillet, le CSA,
pour faire interdire la chaîne,
se tourne vers le Conseil d'Etat.
Mais celui-ci refuse :
Al-Manar vient de faire amende
honorable sur le feuilleton et
brigue une autorisation. Le
Conseil d'Etat demande donc au
CSA d'examiner cette demande.
Aujourd'hui, le CSA lui
renvoie la patate chaude.
Le CSA pouvait-il refuser ?
Oui. Mais Al-Manar aurait
alors pu attaquer la décision
du CSA devant le Conseil d'Etat.
Et puis, le gendarme du PAF
estime qu'en autorisant la chaîne,
il se donne aussi les moyens
de la contrôler. Mais tous
les Sages n'étaient pas
d'accord. Lors du vote pour le
conventionnement d'Al-Manar -
qui s'est tenu pour la première
fois à bulletins secrets -,
trois conseillers sur neuf ont
voté contre. Et ce malgré
des pressions tous azimuts,
notamment liées au sort des
otages français en Irak. Mais
cette autorisation a créé un
tel tollé que les pressions
se sont exercées la semaine
dernière dans le sens
inverse. Aujourd'hui, c'est un
véritable embrouillamini que
Baudis souhaite voir régler
par "une législation
explicite, claire et
efficace" ( le
Monde). Hier, le député
UMP Pierre Lellouche a annoncé
qu'il allait déposer une
proposition de loi transférant
au ministère de l'Intérieur
le pouvoir d'interdire une
telle chaîne. Mais ça ne règle
rien.
Peut-on vraiment
l'interdire ?
Qui connaissait Al-Manar avant
que le Crif ne saisisse le CSA
au sujet du feuilleton Al-Shatat
? Diffusée par Eutelsat
via satellite sur toute
l'Europe depuis 2000, la chaîne
est absente des bouquets
CanalSatellite et TPS. Pour la
capter, il faut savoir
orienter sa parabole. Compliqué.
Si l'interdiction est décidée,
un nouveau problème va se
poser. Eutelsat ne fait que
louer un "tuyau" au
bouquet Arabsat, lequel y fait
passer neuf chaînes arabes,
dont Al-Manar. En cas
d'interdiction, Eutelsat ne
peut pas couper Al-Manar sans
faire de même avec les huit
autres chaînes. L'opérateur
satellite peut en revanche
demander à Arabsat de
supprimer Al-Manar du bouquet.
Arabsat, qui a déjà menacé
le CSA de stopper la diffusion
des chaînes françaises au
Moyen-Orient s'il ne
conventionnait pas Al-Manar,
n'obtempérera pas facilement.
1.400 chaînes sont
diffusées par les satellites
d'Eutelsat
par GUY DUTHEIL, publié
dans le Monde du 2 décembre
2004
C'est à une
montagne que s'est attaqué le
Conseil supérieur de
l'audiovisuel (CSA) en devenant
le gendarme des télévisions
diffusées par la flotte de
satellites d'Eutelsat. Cette
société française est le
premier opérateur de satellites
en Europe. Elle permet la
diffusion de plus de 1.400 télévisions
et de plus de 850 radios du
monde entier. Dans cet ensemble
cosmopolite, seule "une
centaine de chaînes"
comme Al-Manar sont considérées
comme "extracommunautaires"
, précise Eutelsat. C'est-à-dire
qu'elles ne proviennent pas d'un
pays de "l'Union européenne,
ou d'une nation signataire de la
directive Télévision sans
frontières (TSF)".
Pour continuer à être diffusées
par Eutelsat, ces chaînes
doivent obtenir un
conventionnement du CSA.
Bruxelles a, en effet, estimé
que l'organisme de régulation
de ces chaînes doit être le même
que celui de l'opérateur de
satellites. Comme Eutelsat est
une société de droit français
qui a son siège à Paris, c'est
donc au CSA que revient le
devoir de "régenter
toutes les chaînes
extracommunautaires" ,
indique l'opérateur.
Précédent serbe
"Nous avons traité
une cinquantaine de chaînes.
Leur demande de
conventionnement est en cours
avec le CSA, a expliqué
au Monde Eutelsat. Pour
les autres, nous essayons de
les contacter." Ce
n'est pas la première fois
qu'Eutelsat pourra être amené
à interrompre la diffusion
d'une chaîne. En avril 1999,
pendant l' "action de
coercition" de l'OTAN
contre l'ex-Yougoslavie, l'opérateur
avait dû faire cesser les émissions
de la Radio-Télévision serbe
(RTS). A l'époque, il avait
fallu "une décision
politique" pour
"éteindre" la RTS,
car Eutelsat était alors un
consortium européen régi par
un traité
intergouvernemental. Cette
fois, l'interruption de la
diffusion d'Al-Manar sera
techniquement plus compliquée
à mettre en œuvre, fait
savoir Eutelsat. Emise en mode
numérique, Al-Manar fait
partie d'un bouquet d'une "dizaine
de chaînes arabes"
acheminées de Tunis vers le
satellite Hot Bird d'Eutelsat.
"Pour interrompre la
chaîne, il faut interrompre
tout le multiplex" ,
soit l'ensemble des 10 chaînes,
explique l'opérateur.
Eutelsat se dit pourtant prêt
à se plier "sans états
d'âme" à un avis du
Conseil d'Etat. Dans la
pratique, l'opérateur de
satellites "attend la
décision de la justice"
. Toutefois Eutelsat précise
que, si elle se veut "une
société citoyenne"
, elle n'est "pas le
juge" dans cette
affaire. "Il y a un
organisme de régulation en
France. A chacun son
boulot" , ajoute
Eutelsat, cherchant par avance
à se dédouaner auprès de
ses clients.
CSA :
le censeur supérieur de l'audiovisuel
publié par
le Réseau Voltaire le 20 août
2004
Depuis
le 9 juillet, le Conseil supérieur
de l'audiovisuel dispose de
nouveaux pouvoirs de censure sur
l'ensemble des émissions de
radio et de télévision quel
que soit leur mode de diffusion.
Désormais, la loi française
traite différemment des propos
identiques écrits dans des
journaux ou dits à la télévision.
Cet arbitraire ouvre la voie à
des manipulations politiques.
Aussi, le CSA a engagé sans
tarder des procédures pour empêcher
la diffusion aux Etats-Unis par
un satellite français de chaînes
libanaise et iranienne
critiquant Israël. Jusque là,
le droit de l'expression était
le même quel que soit le
support choisi (presse écrite,
audiovisuelle, internet) :
la publication était libre,
l'insulte et la diffamation
passibles a
posteriori des tribunaux.
Une exception était cependant
instituée pour les radios et télévisions
hertziennes dans la mesure où
le nombre de fréquences
disponibles étant limité, une
autorité para-administrative était
en charge d'attribuer ces fréquences,
donc de donner des autorisations
de publication. Progressivement,
le Conseil supérieur de
l'audiovisuel (CSA) avait utilisé
son pouvoir d'attribution de fréquences
pour exercer des pressions sur
les contenus des programmes. Par
le jeu des "mises en
demeures", le Conseil avait
commencé à exercer une censure
a priori.
Depuis
un mois, cet édifice a été
abattu. La liberté d'expression
qui fonde la démocratie a été
restreinte et un nouveau régime
de censure préalable a été
instauré pour l'audiovisuel. La
majorité parlementaire, qui se
flatte à juste titre d'avoir
intégré l'internet au droit général,
a discrètement créé deux régimes
juridiques distincts selon les
formes d'expression : l'un
pour les activités commerciales
et l'autre pour les activités
politiques. Elle a ainsi
satisfait le lobby de
l'industrie culturelle, qui a
obtenu des moyens répressifs
pour continuer à percevoir une
dîme sur tous ses produits,
notamment ceux diffusés via
internet. Simultanément, elle
s'est emparée d'un pouvoir de
contrôle exorbitant sur la
radio et la télévision. Tout a
commencé il y a un an et demi.
Alors qu'il était ministre de
l'Economie et des Finances,
Francis Mer a déposé à
l'Assemblée nationale deux
projets de loi ; en janvier
2003, celui pour la confiance
dans l'économie numérique,
puis en juillet 2003, celui
relatif aux communications électroniques
et aux services de communication
audiovisuelle. Les deux textes
ont été adoptés fin juin-début
juillet 2004 sans que l'opinion
publique n'en comprenne bien les
enjeux. Ils complètent et
prolongent des modifications législatives
qui se sont multipliées depuis
quatre ans.
Désormais,
le CSA dispose du pouvoir
d'interdire tout programme de
radio et de télévision quel
que soit son mode de diffusion
(hertzien, mais aussi par câble,
par satellite, par internet).
Tous les éditeurs sont soumis
à une autorisation préalable
de diffusion. Ils auront
quelques mois pour la solliciter
et se mettre en conformité avec
les nouvelles dispositions. Dès
lors, le CSA pourra à tout
moment leur retirer cette
autorisation et leur interdire
de s'exprimer. Le Conseil se
substituera aux tribunaux :
il censurera souverainement ce
qui lui paraît contraire au
" respect de la dignité
de la personne humaine, du
caractère pluraliste de
l'expression des courants de
pensée et d'opinion",
ou tout ce qui trouble "
la sauvegarde de l'ordre public
et les besoins de la défense
nationale". Il pourra
aussi fixer des amendes.
L'ensemble de ce dispositif est
à l'évidence contraire à
l'article 11 de la Déclaration
des Droits de l'Homme et du
Citoyen du 26 août 1789, placée
en préambule de la Constitution
française.
Par
le passé, un éditeur journaux
ou de télévision par satellite
qui diffamait quelqu'un ou qui
troublait l'ordre public devait
en rendre compte, après coup,
devant les tribunaux.
Aujourd'hui, rien n'a changé
pour l'éditeur de presse écrite,
mais l'éditeur de télévision
s'expose à une interdiction d'émettre,
formulée discrétionnairement
par le CSA, sans jugement.
Quitte au paria de faire appel
de cette décision devant le
Conseil d'Etat qui prendra tout
le temps qui lui paraît nécessaire
pour se prononcer. Évidemment,
tout cela est profondément
ridicule : quelle que soit
sa volonté, le CSA n'a aucun
pouvoir coercitif sur les
satellites étrangers et n'a
aucun moyen d'empêcher les
internautes de se connecter à
des programmes étrangers. C'est
surtout injuste puisque la règle
est différente pour un même
propos selon qu'il ait été écrit
ou dit.
La
seconde loi a été publiée au
Journal officiel
le vendredi 9 juillet. Le même
jour, le Comité interministériel
de lutte contre le racisme et
l'antisémitisme a rappelé au
CSA qu'il lui appartenait de "
veiller à ce que les programmes
ne contiennent aucune incitation
à la haine ou à la violence
pour des raisons de sexe, de mœurs,
de religion ou de nationalité". A
la demande du Conseil représentatif
des institutions juives de
France (CRIF), le Conseil supérieur
de l'audiovisuel a engagé, dès
le lundi 12 juillet, une procédure
de censure à l'encontre de la
chaîne iranienne Al-Alam et de
la chaîne libanaise Al-Manar,
toutes deux diffusées par le
satellite Eutelsat. Si l'on
ignore le détail de ce qui est
reproché à Al-Alam, on connaît
le dossier d'Al-Manar. La chaîne,
qui produit essentiellement des
émissions d'information et des
débats politiques, remplit sa
grille en diffusant des fictions
arabes bon marché. Elle a ainsi
diffusé en novembre 2003 une série
sur les fondateurs du sionisme
comprenant des passages antisémites.
Les responsables de la chaîne
admettent la faute et indiquent
ne pas avoir visionné la série
complète avant diffusion. Ils
en ont d'ailleurs interrompu la
programmation dès qu'ils ont été
alertés du contenu.
Dans
un passé récent, on a vu des
émissions de télévision françaises
condamnées pour incitation à
la haine raciale par les
tribunaux. Le CSA n'avait pas un
instant envisagé d'interdire d'émettre
aux chaînes concernées. Il y a
donc "deux poids, deux
mesures". En réalité
Al-Manar est la chaîne du
Hezbollah, ses émissions
critiquent l'occupation israélienne
en Palestine, au Liban et en
Syrie. Et Al-Alam est une chaîne
politiquement proche d'Al-Manar.
Au lieu de chercher à
sanctionner un programme fautif,
on tente de censurer
l'expression d'opinions. Au
Liban, tous les partis
politiques se sont mobilisés.
Le ministre des Affaires étrangères
Jean Obeid, le ministre de
l'information Michel Samaha et
le président du Conseil
national de l'audiovisuel Abdel
Hadi Mahfouz ont apporté leur
soutien à Al-Manar. Le Premier
ministre Rafic Hariri s'est
engagé à intervenir auprès de
la France. Le président du "Réseau
Voltaire pour la liberté
d'expression", Thierry
Meyssan, est venu apporter son
soutien à la chaîne. Il a
notamment eu des entretiens avec
Ibrahim Mousawi, directeur de
l'information, et avec cheik Naïm
Qassim, secrétaire général
adjoint du Hezbollah.
Les
Libanais ont été d'autant plus
surpris que le président du
CSA, Dominique Baudis, a
longtemps vécu avec une
Libanaise et se rend fréquemment
en villégiature dans le pays.
Dans ces conditions, ils se sont
souvenus que M. Baudis siège
au Comité d'honneur de
l'association France-Israël et
qu'il a représenté en France
les intérêts du Carlyle Group,
le fonds de placement des
familles Bush et Ben Laden. Ils
ont aussi appris qu'en avril
2002 M. Baudis avait abusé
de ses pouvoirs de président du
CSA pour dissuader par courrier
France-Télévision de recevoir
désormais M. Meyssan au
motif que celui-ci propagerait
" des informations à
l'évidence fausses".
L'affaire a tourné à la comédie
lorsque l'opérateur
satellitaire, Eutelsat, a fait
savoir qu'il ne pouvait pas
techniquement interrompre la
diffusion d'Al-Manar sans
interrompre en même temps celle
de neuf autres chaînes arabes
du même bouquet satellitaire,
dont une bénéficie d'un
conventionnement du CSA. De son
côté, Me Denis Garreau, avocat
d'Al-Manar, a observé devant le
Conseil d'Etat que
l'interruption par Eutelsat
n'aurait aucune conséquence
pour le public français dans la
mesure où la chaîne est également
diffusée par Arabsat, sur
lequel le CSA n'a pas d'autorité,
et accessible
par
internet depuis n'importe
quel ordinateur connecté à une
ligne à haut débit. Le véritable
objectif de procédure serait en
réalité d'empêcher la réception
satellitaire de programmes
critiques vis-à-vis d'Israël,
non pas en France, mais sur la côte
Est des Etats-Unis où Al-Manar
ne peut être capté que via
Eutelsat.
Dominique
Baudis
|
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
Copyright 2004 RJLiban
|
|