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Palestine,
Irak :
comment
s'en
sortir ?
Le
point de
vue d' HENRY
LAURENS,
professeur
au Collège
de France
M.
Laurens a
pris ses
fonctions
au Collège
de France
il y a un
an, après
avoir été
directeur
du Centre
d’études
et de
recherches
sur le
Moyen-Orient
contemporain
(CERMOC)
à
Beyrouth.
propos
recueillis
par JACQUES
ROUIL,
publiés
dans
Ouest-France
le 13
octobre
2004
Aucun
Etat au
monde ne
peut
exister
derrière
un mur.
Pour Henry
Laurens,
professeur
au Collège
de France,
titulaire
de la
chaire
d'histoire
contemporaine
du monde
arabe,
Israéliens
et
Palestiniens
sont trop
imbriqués
pour que
la raison
ne
l'emporte
pas un
jour ou
l'autre.
Quant à
la démocratie,
ce que le
christianisme
a fait,
l'Islam
peut le
faire.
Aujourd'hui,
les Israéliens
en sont réduit
à
construire
un mur de
séparation
avec les
Palestiniens.
Le
mur est l'échec
d'une
normalisation.
Aucun Etat
au monde
n'existe
derrière un
mur. C'est
le parodoxe
du sionisme.
Il a voulu
créer une
situation où
le peuple
juif vivrait
en sécurité.
Or, s'il y a
une zone au
monde où
les juifs
sont en état
d'insécurité,
c'est bien
Israël. Par
rapport au
projet
initial, les
Israéliens
n'ont pas réalisé
l'ambition
première
qui est
celle de la
sécurité.
Ça, ils ne
l'auront
jamais sans
accord avec "l'autre".
Le rêve des
deux peuples
est de
pouvoir
exister
comme si
l'autre
n'existait
pas, mais,
dans le
concret, ils
sont
prisonniers,
entremêlés.
-
Imaginons
un instant
une fédération
israélo-palestinienne.
L'espace
occupé
par les
deux
parties
est ingérable
s'il n'y a
pas
collaboration.
Les réseaux
électriques,
les
ressources
primaires,
l'eau, le
téléphone,
tout est
commun. La
seule
solution
raisonnable
est une
gestion
commune.
Le reste
est
d'ordre
juridique.
Les Israéliens
veulent un
Etat juif.
Ils ont déjà
20 % de
non-juifs
et les
jeux démographiques
ne leur
sont pas
favorables.
Donc on
peut définir
différentes
solutions
juridiques.
La
solution
classique
de l'Etat
binational.
Ou la
solution
de deux
Etats. Fédération
? Même si
vous avez
deux Etats,
les intérêts
communs
sont
tellement
importants
que ça
fonctionnera
comme une
sorte de fédération.
-
Pourquoi
les
Etats-Unis
ne réussissent-ils
pas à
imposer la
coexistence
entre les
deux
communautés
?
D'abord
parce que
le dossier
palestinien
est autant
un dossier
de
politique
intérieure
qu'extérieure
américaine.
Dès lors
qu'Israël
apparaît
comme un
prolongement
des
Etats-Unis,
en termes
d'identité,
à la fois
par la
culture
biblique,
par
l'histoire,
par l'héritage
pionnier,
vous ne
pouvez pas
forcer des
amis.
-
Pourquoi
les Européens
sont-ils
aussi
absents de
la scène
?
Ils ne
sont pas
si absents
que ça.
Ils ont
une
logique
différente
de celle
des Américains
et
fonctionnent
davantage
dans la
durée.
Les Européens
voient à
vingt ou
trente
ans. Les
Américains
jouent le
rôle
dominant,
les Européens
jouent le
rôle de
faciliteur.
Ils ont,
par
exemple,
accepté
plus tôt
la création
d'un Etat
palestinien.
Ils préparent
le
terrain.
Pour des
raisons de
gestion géopolitique,
les Européens
ne peuvent
pas être
absents.
Ils sont
tout près
géographiquement
et les
conflits
du
Moyen-Orient
s'exportent
beaucoup
plus
facilement
chez eux.
La
politique
de
partenariat,
dit
"processus
de
Barcelone",
est extrêmement
active.
Elle
conduit au
remodelage
des systèmes
administratifs
des pays
de la région,
des systèmes
éducatifs.
Mais on
reste
discrets.
Ce serait
vexant
pour des
gens qui
ont une
expérience
coloniale
antérieure.
Et puis,
enfin, si
la Turquie
entre dans
l'Union,
les frontières
européennes
seront sur
l'Euphrate.
-
Existe-t-il
un moyen
idéal
pour dénouer
la crise
au
Proche-Orient
?
Toute
solution
doit
passer par
une définition,
au départ,
des termes
du règlement,
en matière
de
colonisation,
d'échange
de terres,
de statut
de Jérusalem,
puis à
mettre en
place un
échéancier.
On saura
alors
exactement
où l'on
va. Les
accords
d'Oslo
avaient
fait le
contraire.
-
Les Américains
ont semblé
découvrir,
sur le
terrain,
qu'il
serait
difficile
d'occuper
l'Irak. Ça
paraît
incompréhensible.
Il y a eu
un phénomène
d'auto-intoxication
chez les
politiques
américains.
D'abord,
ils ont
cru aux
armes de
destruction
massive, même
si on leur
disait
qu'il n'y
en avait
pas. Ils
ont cru
les exilés
irakiens
et les
Kurdes,
lesquels
savaient
ce qu'il
fallait
dire aux
Américains.
Il y a eu
la prégnance
d'un modèle
Seconde
Guerre
mondiale
mal digéré
et mal
compris.
Les
Etats-Unis
et la
Grande-Bretagne,
qui ont eu
une vision
glorieuse
de cette
guerre,
ont pu la
réinterpréter
positivement
pour
l'Irak.
Ils ont
pensé
qu'il
serait
aussi
facile de
reconstruire
l'Irak que
l'Allemagne
ou le
Japon
d'après
1945.
-
Peut-on,
comme le
souhaite
Bush,
exporter
la démocratie
?
Dans
l'ancien
bloc de
l'Est, on
a pu
observer
quelque
chose de
contradictoire.
Une partie
est
devenue démocratique
après la
chute du
mur,
l'autre
partie est
devenue
autoritaire
(Russie,
Ukraine,
etc.). Au
Moyen-Orient,
les Européens
poussent
la démocratisation
en aidant
à la réforme
des
administrations
et des
appareils
d'Etat.
Ils y réussissent
mieux
qu'on ne
croit. Les
Américains,
eux, sont
bloqués.
La démocratisation
devrait,
selon leur
tradition
politique,
passer par
les sociétés
civiles.
Mais les
opinions
publiques
arabes
sont
farouchement
contre la
politique
américaine
jugée impérialiste.
-
L'islam
est-il
soluble
dans la démocratie
?
Rien ne
l'interdit.
Il y a des
pays
musulmans
démocratiques.
L'Indonésie
a eu un
changement
de Président
dans les
urnes. Il
n'y a pas
d'obstacle
culturel.
L'autoritarisme
arabe,
c'est un
produit
d'importation
: celui du
modèle
européen
révolutionnaire,
de la démocratie
populaire
du milieu
du XXe
siècle.
Ce n'est
pas de la
culture
arabe. En
termes de
sciences
sociales,
l'islam
n'est que
ce qu'en
font les
musulmans,
comme le
christianisme
n'est que
ce qu'en
font les
chrétiens.
Avec le
texte
biblique,
Bossuet
vous établissait
la légitimité
chrétienne
de la
monarchie
absolue
et, au XXe
siècle,
avec le même
texte,
vous avez
la théologie
de la libération.
D'Henry
Laurens : La
question
de
Palestine
(deux
volumes,
chez
Fayard). Histoire
du monde
arabe
contemporain
(même éditeur).
L'Orient
arabe à
l'heure américaine
(Armand
Colin).
Israël,
omis aux
Etats-Unis
par
JACQUES
AMALRIC, publié
dans Libération
le 7
octobre
2004
Ariel
Sharon, le
Premier
ministre
israélien,
n'a pu qu'être
satisfait
à l'issue
du débat
télévisé
qui a
opposé la
semaine
dernière
le président
George W.
Bush au sénateur
John Kerry
: à aucun
moment les
deux
hommes
n'ont
abordé le
contentieux,
pourtant
combien
lourd,
israélo-palestinien.
Ce silence
sur un
conflit -
qui,
depuis la
première
Intifada,
a coûté
la vie à
plus de
3.400
Palestiniens
et à plus
de 1.000
Israéliens
- ne
signifie
pas que le
président
républicain
et le
candidat démocrate
campent
sur les mêmes
positions
; John
Kerry,
tout en
approuvant
le retrait
unilatéral
d'Israël
de la
bande de
Gaza et en
promettant
un soutien
sans
faille à
la sécurité
d'Israël,
est
beaucoup
plus réservé
à l'égard
de la
politique
d'Ariel
Sharon ;
il lui
arrive de
critiquer,
non pas le
principe,
mais le
tracé du
mur de sécurité
en
construction
qui va
placer
dans une
situation
intenable
plus de
300.000
Palestiniens
de
Cisjordanie,
pris au piège
entre la
ligne
verte et
le mur ; même
chose,
mais mezzo
voce,
quant à
l'abandon
par George
W. Bush de
la
fonction médiatrice
des
Etats-Unis
en faveur
de
laquelle
Bill
Clinton
avait dépensé
une bonne
dose de
son énergie.
L'oubli
du conflit
dans le
face-à-face
du 1er
octobre
tendrait
plutôt à
indiquer
que les
deux
candidats
estiment
n'avoir
rien à
gagner électoralement
à
souffler
sur les
braises de
l'affrontement
israélo-palestinien.
En effet,
dans leur
grande
majorité,
les juifs
américains
(2 % de la
population
mais 3 %
des électeurs)
restent
fidèles
au Parti démocrate
; selon un
sondage
commandé
par l'American
Jewish
Committee,
et dont
les résultats
ont été
publiés
à la fin
août, 69
% d'entre
eux disent
vouloir
voter
Kerry, 24
% préférant
Bush. Une
progression
de
seulement
5 % pour
le président
sortant
qui avait
recueilli
19 % du
vote juif
en 2000.
Selon la même
étude
d'opinion,
66 % des
juifs américains
désapprouvent
l'intervention
en Irak,
57 %
estimant même
que la
menace
terroriste
est plus
grande
aujourd'hui
qu'à la
veille de
l'invasion
de l'Irak.
Les
choses
risquent
fort d'en
rester là,
au moins
jusqu'au 2
novembre,
malgré la
lourde
intervention
(au moins
2.000
hommes et
200 chars)
lancée
par Ariel
Sharon
dans le
nord de la
bande de
Gaza après
la mort de
deux
enfants
israéliens,
tués la
semaine
dernière
à Sdérot
par deux
roquettes
artisanales
tirées
par le
Hamas à
partir de
cette
zone.
Contesté
par une
partie du
Likoud, hué
par les
colons
israéliens
(et plus
particulièrement
par les
7.000 ou
8.000 qui
occupent
le quart
des terres
arables de
Gaza alors
que la
population
palestinienne
de cette
enclave
atteint
1.400.000
habitants),
le Premier
ministre
ne veut
pas que le
retrait de
Tsahal,
annoncé
pour 2005,
puisse être
présenté
comme une
défaite
militaire.
Exactement
le
contraire
du but
poursuivi
par les
islamistes
du Hamas,
qui
savaient
parfaitement
quelle
serait la
réaction
israélienne
dans le
cas où
leurs
roquettes
feraient
des
victimes.
Cette déclaration
d'un
responsable
du Hamas,
pour le
nord de
Gaza,
Nizar
Rayan, résume
bien cet
état
d'esprit :
"Chaque
roquette
qu'ils ne
peuvent
pas arrêter
est une
victoire
pour nous.
Chaque
soldat
israélien
tué est
une
victoire,
même si
dix
d'entre
nous
meurent
pour le
tuer.
Chaque
fois que
Sharon
doit
envoyer
son armée
dans nos
rues,
c'est une
victoire
pour nous
car cela
rappelle
aux juifs
pourquoi
ils ne
veulent
pas rester
ici (The
Guardian,
4 octobre
2004)."
La "victoire"
évoquée
par Nizar
Rayan est
cher payée
: le bilan
provisoire
de l'opération
en cours
s'élevait
hier à 1
militaire
israélien
tué pour
85
victimes
palestiniennes,
dont de
nombreux
civils.
Sans
parler des
assassinats
ciblés de
responsables
du Hamas,
du Jihad
islamique
et du
Fatah qui
se
poursuivent
alors que
l'armée
et les
services
israéliens
réussissent
à déjouer
la plupart
des
attentats-suicides
palestiniens
(huit sur
neuf,
selon
l'armée
contre un
sur trois
en 2001).
Efficacité
que l'on
peut
constater
en
consultant
le décompte
des morts
des deux
camps : si
392
Palestiniens
et 171
Israéliens
ont été
tués
pendant
les neuf
premiers
mois de
2003, le
ratio est
de 478
Palestiniens
et de 90
Israéliens
pour la même
période
en 2004.
L'extrémisme
stratégique
du Hamas
conforte
Ariel
Sharon
dans sa
volonté
d'enterrer
définitivement
les
derniers
vestiges
du
processus
de paix.
C'est pour
cette
raison
qu'elle a
été
(timidement)
critiquée
par le
Premier
ministre
palestinien
Ahmed Qoreï
et par
l'ancien
responsable
palestinien
de la sécurité
à Gaza,
Mohammed
Dahlan,
qui
attendent
l'après-Arafat
pour en
dire plus,
notamment
les élections
locales, législatives
et présidentielle
qu'il est
question
d'organiser
d'ici le
printemps
si Israël
ne s'y
oppose
pas. En
attendant,
les ennuis
d'Ariel
Sharon,
qui
continue
de négocier
discrètement
avec le
vieux
leader
travailliste
Shimon Pérès,
se situent
à son
extrême
droite et
chez
certains
rabbins
extrémistes
qui
l'accusent
- comme
ils
l'avaient
fait pour
Yitzhak
Rabin -
de
trahison
pour
vouloir
abandonner
Gaza. Un
fardeau
qu'il veut
pourtant
troquer
contre une
bonne
partie de
la
Cisjordanie
où 40.000
colons
supplémentaires
se sont
installés
depuis
quatre ans
sans que
l'administration
américaine
y trouve
beaucoup
à redire
; elle
accepte même
depuis
quelques
semaines
le
principe
de la "croissance
naturelle"
des
implantations
juives et
oppose
systématiquement
son veto
au Conseil
de sécurité
(elle l'a
encore
fait mardi
soir) à
toute résolution
critiquant
Israël.
Méditerranée
: Quelle
communauté
de destin
pour les
deux rives
?
Pour
un 11
Septembre
à
l'envers
par
JEAN-LOUIS
GUIGOU,
publié
dans le
Figaro le
12 octobre
2004
L'auteur
est
professeur
agrégé
des
Universités
; ancien délégué
à l'Aménagement
du territoire
; président
de
l'association
Calame
(Centre
d'analyse
et de liaison
des
acteurs de
la Méditerranée)
qui milite
pour un
destin
commun entre
les deux
rives de
la Méditerranée
La
zone méditerranéenne
est source
d'inquiétudes
et d'espérances. Inquiétudes
liées au
terrorisme
international,
aux
expressions
multiples de
la
post-colonisation
et de cent
ans
d'humiliation
et d'incompréhension du
monde
musulman, à
la course
pour les
approvisionnements
en pétrole,
etc. Source
d'espérances
quand,
enfin, mais
avec quelle
détermination
et unanimité,
les
musulmans de
France
crient leur
colère
devant les
prises d'otages
et la fierté
d'appartenir
à la République
française.
Quel beau message
! Quel
bonheur !
Merci. Dans
les pays de
la rive sud
de la Méditerranée,
se trouvent
des industriels,
des
intellectuels,
des
fonctionnaires,
des
citoyens,
hommes et
femmes,
vieux et
jeunes, en
majorité
arabes et
musulmans,
qui
souffrent de
ces images négatives
de violence,
de
corruption,
d'absence de démocratie,
etc.
Nombreuses
sont ces
majorités
silencieuses
qui croient
à un
destin
commun des
deux rives
de la Méditerranée. Dès
lors,
comment leur
redonner
confiance et
quel projet
politique
leur proposer
?
Deux
projets sont
connus, mais
une troisième
solution
plus
ambitieuse et
réaliste se
dessine. Le
projet le
plus récent
(automne
2003), celui
du Grand
Moyen-Orient (GMO),
émane de
l'administration
de G. W.
Bush. Il
envisage
d'exporter
et d'imposer,
y compris
par la
force, la démocratie
à
l'ensemble
des pays s'étendant
de la
Mauritanie
à
l'Afghanistan.
Cette démarche
messianique, propre
à
l'entourage
du président
américain
qui occulte
la diversité
(et les
rivalités)
de ces
quelque
vingt pays,
augure mal
d'une
"contagion démocratique".
Elle nourrit
l'illusion
que la démocratie
s'exporte et s'impose
alors
qu'elle est
le résultat
d'un long
processus.
L'autre
projet est
spécifiquement
européen.
Après la
conférence
de Barcelone
(1995),
chaque pays
sud et est méditerranéen
a signé un
accord d'association
avec
l'ensemble
de l'Union
européenne
qui définit
des objectifs
à cinq ans,
envisage une
zone de
libre-échange
dans un délai
de dix
ans et des
partenariats
dans tous
les domaines
de compétence communautaire.
Ce projet ne
propose pas,
néanmoins,
d'intégration
aux structures
communautaires
comparable
à celle qui
fut offerte
aux pays d'Europe
centrale ou
orientale.
Pour
compenser
cette différence
de
traitement
et pour
consolider
le partenariat
avec les
nouveaux
voisins de
l'Union élargie,
le président
de la
commission
Romano Prodi
a proposé,
en mars
2003, un
nouveau
concept, celui
de la
politique de
voisinage de
Marrakech à
Moscou, pour
les pays voisins
du Sud et de
l'Est. Le
projet de
voisinage
constitue,
en soi, une révolution
conceptuelle
et politique
très
positive.
Cela étant,
la politique
européenne
en Méditerranée
souffre de nombreuses
limites qui
la rendent,
actuellement,
peu
efficace.
L'approche sécuritaire
prédomine
trop souvent
; les
instruments
financiers (Meda)
mis en
place ne
sont pas à
la hauteur
puisque, en
comparaison
pour la période 2000-2006,
l'Union
européenne
aura alloué
trente euros
par habitant
aux Peco
contre
quatre pour
les douze
pays
partenaires
de la Méditerranée
; l'absence
d'organisation
politique adéquate
et de secrétariat
permanent rend
le processus
de coopération
tributaire
de
l'administration
de la Communauté
européenne.
Enfin, la
vision
eurocentrique
prime sur le partenariat,
le centre
domine et
les pays
voisins
restent périphériques.
Le
projet de
voisinage de
l'Union
européenne
nous fait
progresser
de quelques
mètres
alors qu'il
faudrait
avancer de
plusieurs
kilomètres.
Le temps
nous est
compté.
C'est
pourquoi une
troisième
voie mérite
d'être
explorée.
Considérant que
l'Europe a,
dans les années
à venir,
besoin des
pays de la
rive sud de la
Méditerranée
pour se développer
(besoin de
leur
dynamisme démographique,
besoin de
relais de
croissance,
besoin de
leurs marchés)
et que,
réciproquement,
les pays de
la rive du
Sud ont eux
aussi besoin
d'une Europe
forte, dans
la mesure où
ils vont être
confrontés
à des chocs
(choc démographique,
choc économique,
choc
politique et
sociétal)
d'une
ampleur telle
qu'ils ne
peuvent,
seuls, y
faire face.
Nous sommes
"condamnés"
à coopérer
dans un
rapport
gagnant-gagnant.
Alors
pourquoi ne
pas imaginer
qu'à côté
de l'Union
européenne
soit créée
une autre
communauté
euro-méditerranéenne
sur un modèle
identique mais
avec des
contenus
différents.
La mise en
place d'une
communauté
euro-méditerranéenne
présente de nombreux
avantages :
donner une
vision
politique à
la coopération euro-méditerranéenne,
renouveler
les liens
avec les
pays arabes,
apprendre à
travailler
ensemble, préparer
un avenir
commun aux
deux rives
de la Méditerranée,
laisser à
chacun la
liberté d'y
adhérer.
Cette autre communauté
viendrait en
complément
de
l'arrimage
stratégique
de la
Turquie et
permettrait
à des
"tandems",
non
exclusifs,
comme
France-Algérie, Espagne-Maroc,
Italie-Tunisie,
Grande-Bretagne-Egypte,
d'entraîner politiquement
l'ensemble
des pays du
monde arabe
et de la région.
Si
la France et
l'Union
européenne
proposaient
aux pays de
la rive sud de
créer, à
partir de
2005, année
du dixième
anniversaire
des Accords
de Barcelone,
un G-MED
représentatif
d'une
communauté
euro-méditerranéenne
à inventer,
ce serait créer
une sorte de
"11
Septembre à
l'envers".
Notre
monde a
besoin de ce
genre
d'initiatives
ambitieuses,
afin de sortir
du fatalisme
des théories
de la
confrontation.
Fatalisme
qui alimente,
peu à peu,
la lente dégradation
des libertés
publiques au
nom d'une
sécurité
jamais aussi
peu assurée
qu'aujourd'hui.
Aram
Ier : Le
pluralisme
religieux
est menacé
à Jérusalem
Une
insulte
faite à un
évêque arménien
a mis hors
de lui le
chef de la
Maison de
Cilicie
paru
dans
l'Orient-le
Jour le 14
octobre 2004
Le
catholicos
de la Maison
de Cilicie
à Antelias
(banlieue-nord
de
Beyrouth),
Aram Ier, a
mis en
garde, hier,
dans une déclaration
de presse,
contre la
menace
pesant sur
le
pluralisme
religieux à
Jérusalem,
un
pluralisme
qu’il
considère
comme
"un élément-clé"
d’un règlement
de la crise
du
Proche-Orient.
"Tout
indique que
la présence
chrétienne
à Jérusalem
est menacée,
a déclaré
Aram Ier. Et
le plus
grave,
c’est que
la Ville
sainte se
vide
progressivement
de ses
habitants
chrétiens,
qui émigrent
sous
diverses
formes de
pressions
exercées
sur eux par
le
gouvernement
israélien.
Regardez le
nombre d’églises
abandonnées
par leurs
fidèles au
cours des
dernières
années.
C’est la
preuve
flagrante
que la présence
chrétienne
à Jérusalem
est menacée,
dans le
plein sens
du terme. On
ne peut
ignorer
cette
situation
tragique."
Les
propos du
catholicos
Aram Ier ont
été tenus
en réaction
à la
nouvelle de
l’incident
dont a été
victime l’évêque
arménien
Nourhan
Manoukian,
membre du
patriarcat
orthodoxe de
Jérusalem,
de la part
d’un Israélien.
Ce dernier a
craché en
direction du
prélat,
lors d’une
procession
religieuse.
Une double
insulte, aux
yeux d’Aram
Ier,
puisqu’elle
vise aussi
bien l’évêque
personnellement
que la
religion chrétienne. Stigmatisant
cet
incident, le
catholicos a
affirmé :
"Il ne
s’agit pas
d’un
incident
isolé, mais
d’un phénomène
qui s’est
multiplié
ces derniers
temps. Il ne
s’agit pas
non plus
d’un acte
individuel,
mais du résultat
d’une
politique
planifiée
visant à
vider la
Ville sainte
de ses
habitants
originels,
chrétiens
et
musulmans,
dans le but
de la judaïser.
Les grandes
puissances,
mais aussi
le Conseil
mondial des
Eglises et
le Vatican,
devraient
accorder à
de tels
incidents
l’attention
qu’ils méritent." "Comment
parvenir à
une justice
reposant sur
la paix ?
Comment
consolider
le dialogue
des
religions
dans un
climat
d’instabilité,
de méfiance
et d’insécurité
? La préservation
du
pluralisme
religieux à
Jérusalem
est un élément-clé
du processus
de paix au
Moyen-Orient",
a conclu le
chef
religieux.
Solana
présente
de
nouvelles
propositions
pour la
paix au
Proche-Orient
paru
dans
l'Orient-le
Jour le 14
octobre
2004
Javier
Solana, chef
de la
diplomatie
européenne,
a exposé
hier un plan
en quatre
points
visant à
relancer le
processus de
paix au
Proche-Orient.
Il a proposé
une
assistance
aux
Palestiniens
tout en
avertissant
Israël que
sa non-coopération
affecterait
l’aide
qu’il reçoit.
M. Solana a
marqué sa déception
devant
l’absence
de progrès
de la "feuille
de
route".
L’initiative
de M. Solana
pourrait
toutefois se
heurter au
fait que les
Etats-Unis
sont
actuellement
centrés sur
l’élection
présidentielle
et aux soupçons
qu’inspire
l’Union
Européenne
aux Israéliens.
M.
Solana a présenté
les quatre
points
suivants :
SECURITE :
"L’Union
est prête
à aider
l’Autorité
palestinienne
à améliorer
son appareil
de police en
sorte
qu’il
puisse
accomplir
ses tâches
dans un
esprit de
responsabilité,
contribuer
à la lutte
contre le
terrorisme
et rétablir
l’ordre
public."
REFORMES
POLITIQUES :
"L’Union
fournira
toute
l’assistance
possible à
l’Autorité
palestinienne
pour que le
processus de
réforme
commence.
Les
dirigeants
doivent être
assurés que
s’ils
veulent réaliser
des réformes,
il leur sera
toujours
possible de
compter sur
nous."
REFORMES
ECONOMIQUES
: "Nous
sommes prêts
à (...)
faire tout
notre
possible au
niveau économique
pour que le
plan ne
souffre pas
d’un
manque
d’engagement
financier de
la part de
l’Union
européenne." "Les
ressortissants
de l’UE
qui
acquittent
des impôts
ici ne
peuvent être
mis
constamment
à
contribution
si les choix
qu’ils
financent ne
contribuent
pas dans les
faits à réaliser
la paix à
laquelle
nous
aspirons
tous."
Pour M.
Solana, le
plan de
retrait israélien
de la bande
de Gaza ne
peut
s’inscrire
que dans une
stratégie
plus large
de retour
aux frontières
de 1967.
"Si la
stratégie
de sortie ne
concerne que
Gaza, Israël
ne pourra
pas
continuer à
compter sur
l’assistance
financière
de l’Union
européenne",
a-t-il ajouté.
ASSISTANCE
ELECTORALE :
"Nous
devons
soutenir le
processus électoral
dans les
Territoires.
Il nous faut
une
commission
électorale
qui ait la
confiance de
toutes les
parties afin
qu’elles
puissent
avoir les
dirigeants
que veut réellement
le peuple
palestinien."
M. Solana a
dit que des
élections
étaient
cruciales
pour qu’Israël
et les
Palestiniens
progressent
vers la
solution à
deux Etats
que prévoit
la "feuille
de
route", "rêve
que
partagent
beaucoup
d’entre
nous". "Il
se peut à
présent que
nous soyons
en mesure de
tenter un
saut, a-t-il
dit. Il
s’agit de
toute évidence
d’une
stratégie
à haut
risque
susceptible
de nous
donner de
meilleurs résultats,
et je crois
le moment
venu."
Il a qualifié
d’ "irresponsables"
des propos
de Dov
Weisglass,
chef de
cabinet du
Premier
ministre
israélien
Ariel
Sharon,
selon
lesquels
l’Etat hébreu
cherchait à
geler le
processus de
paix et à
refuser de
facto un
Etat aux
Palestiniens.
"La
Porte du
soleil"
: le conte
tragique
de l'épopée
de la
Palestine
Dans
son
adaptation
du roman
du
Libanais
Elias
Khoury,
le réalisateur
égyptien
Yousry
Nasrallah
embrasse
cinquante
ans
d'histoire
du
peuple
palestinien,
de 1943
à 1994
par
THOMAS
SOTINEL,
publié
dans le
Monde du
6
octobre
2004
Film
franco-égyptien
de Yousry
Nasrallah
avec Rim
Turki,
Orwa
Nyrabeya,
Hiam
Abbas, Béatrice
Dalle. (4
h 38 avec
entracte.)
Sans
vouloir
diminuer
le mérite
d'Arte,
qui a
contribué
au
financement
de cette Porte
du soleil
et à sa
diffusion
(en
version
française)
avant sa
sortie,
plutôt
confidentielle,
en salles,
c'est au
cinéma
qu'il faut
voir le
film que
Yousry
Nasrallah
a tiré du
roman
d'Elias
Khoury.
Cette épopée
de la
Palestine,
ce conte
magnifique
et
tragique
qui va de
la
catastrophe
à la désintégration
ne prendra
pleinement
son sens
que dans
l'obscurité
d'une
salle,
face à l'éblouissement
de l'écran.
Ce n'est
d'ailleurs
pas un
hasard si
la Porte
du soleil
du titre désigne
une
caverne
cachée en
Galilée,
sur le
territoire
de l'Etat
d'Israël,
où se
retrouvent
Younès,
le
combattant
exilé au
Liban, et
sa femme
Nahila,
restée au
pays. Il
faut sans
doute
prendre un
peu de
distance
avec le
monde extérieur
pour dire
cette
histoire
sans que
la
violence
de
l'Histoire
ne la
torde tout
à fait.
Non que La
Porte du
soleil
prétende
à
l'objectivité
ou même
à la sérénité.
Il s'agit
ici d'une
parole
arabe et
palestinienne,
qui décrit
un long
chemin, en
un récit
plein de
colère et
d'amertume.
Le
point de départ
se situe
dans le
village
d'Ain
el-Zeitoun,
en 1943,
un village
où le maître
d'école
s'évertue
à
convaincre
ses élèves
que leur
pays ne
s'appelle
pas "Ain
el-Zeitoun",
mais "Palestine".
L'arrivée,
c'est
Beyrouth
en 1994, où
subsistent
quelques
milliers
de
Palestiniens
laissés-pour-compte
de l'évacuation
de la
ville par
l'OLP, après
la défaite
face à
l'armée
israélienne
et à ses
alliés
libanais.
Entre les
deux, il y
a un
double
film,
divisé en
deux
parties à
la fois
inséparables
et irréductibles.
La première
est une épopée
à la
forme
simple,
presque naïve.
Elle évoque
le premier
exode
palestinien,
celui qui
mena, en
1948, des
centaines
d'hommes,
de femmes
et
d'enfants
de leurs
villages
aux camps
du Liban,
de
Cisjordanie
ou de
Gaza.
Dès
les premières
séquences,
Yousry
Nasrallah
établit
clairement
que les
raisons de
la présence
juive, que
l'histoire
et la
personnalité
du peuple
qui veut
s'établir
là, ne
lui
importent
pas plus
que la
tectonique
des
plaques ne
se soucie
de la
victime
d'un
tremblement
de terre.
Le
sionisme
est ici décrit
comme le
vecteur
impersonnel
d'une
catastrophe.
Et
l'aspect
militaire
de cette
catastrophe
n'est
envisagé
que sous
le seul
angle de
la lâcheté
des régimes
arabes, de
l'inefficacité
de la guérilla
palestinienne
naissante.
Les séquences
qui évoquent
cette défaite
ressemblent
parfois à
des
tableaux
vivants.
Le jeune
officier
égyptien
qui
choisit
trop tard
de passer
à
l'action
est une
caricature
comique.
Du coup,
lorsqu'il
se suicide
pour échapper
à la
honte de
la
trahison,
sa mort
choque
comme ne
l'aurait
pas fait
celle d'un
personnage
construit
selon les
règles de
l'art
psychologique.
Forme
naïve,
histoire
cruelle
Très
tôt dans
le film,
Yousry
Nasrallah
installe
cette
dialectique
qui oppose
la forme
superficielle
de La
Porte du
soleil
- naïve,
généreuse,
sentimentale
- à la
complexité
cruelle de
l'histoire.
Pendant la
première
partie du
film,
c'est le
cinéma
populaire
qui
l'emporte
encore.
Les
maquillages
outranciers
qui
signifient
la
vieillesse,
la douleur
ou la
maladie,
les scènes
de foule réglées
pour les
figurants
(jamais
tout à
fait assez
nombreux,
comme les
soldats
palestiniens
lorsqu'il
leur faut
combattre)
occupent
au mieux
le champ.
Les angles
qui
exacerbent
encore des
émotions
déjà
portées
à
incandescence
- ce style
propre au
cinéma égyptien
- semblent
faits pour
rendre
justice
aux
malheurs
des
villageois
sur la
route de
l'exil.
Parmi
eux se détachent
les
figures de
Younès (Orwa
Nyrabeya)
et de son
épouse,
Nahila (Rim
Turki). Au
moment
d'atteindre
la frontière
avec le
Liban,
celle-ci décide
de rester
en Galilée
et choisit
de vivre,
dans un
village
sous
autorité
israélienne,
avec les
parents de
Younès.
Pourtant,
la mère
de ce
dernier,
Om Younès
-
qu'interprète
Hiam Abbas
avec une
violence
retenue
impressionnante
-, la
poursuit
d'une
vindicte
sans fin.
C'est pour
surmonter,
quelques
jours par
an, cette
séparation
que Younès
et Nahila
aménagent
la grotte
de la
Porte du
soleil,
afin de
cacher
leurs
amours
licites
(après
tout, leur
mariage a
été
arrangé),
mais
interdites
par
l'Histoire.
Ce
segment-là
de
l'histoire
va se
briser -
comme
toutes les
histoires
d'amour -
sous le
poids des
ans. En même
temps, le
mouvement
de libération
nationale
palestinien
se tord
sous les
coups :
l'occupation
de Gaza et
de la
Cisjordanie,
Septembre
noir, la
guerre du
Liban, la
prise de
Beyrouth
par les
Israéliens.
Pour
parler de
ces défaites
à répétition
et des dévoiements
qu'elles
entraînent,
le récit
quitte
alors les
pas de
Younès et
Nahila
pour
s'attacher
à ceux de
Khalil (Bassel
Khayyat),
enfant de
l'exil,
combattant
de toutes
les
batailles
perdues.
Celui-ci
survit
avec
l'aisance
d'un
poisson
hors de
l'eau dans
un
Beyrouth
fantomatique
que Yousry
Nasrallah
peuple de
personnages
entre la
vie et la
mort,
comme
Chams
(Hala
Omran),
pasionaria
d'un
peuple qui
n'arrive
pas à
faire sa
place aux
femmes.
La
complexité
des
sentiments
et des événements
de cette
seconde
partie est
vertigineuse.
Jamais ce
puits sans
fond qu'a
creusé la
perte
d'une
terre
n'est
aussi crûment
illuminé
que lors
de la
visite à
Beyrouth
d'une
actrice
française
(Béatrice
Dalle)
venue
jouer le
texte que
Genet
consacra
à Chatila.
Forcément
ridicule,
cette
intrusion
d'un
regard extérieur
est mise
en scène
sur le ton
d'une comédie
amère,
dont le héros
est Selim
(Maher
Essam),
orphelin
de guerre
qui rêve
de partir
pour les
Etats-Unis.
Au lieu de
manier la
kalachnikov
comme ses
aînés,
il survit
en vendant
un faux élixir
de
jeunesse,
et ne perd
jamais une
occasion
de se
moquer du
président
Arafat.
Chargé d'évoquer
le
massacre
de Chatila
devant les
visiteurs,
Selim préfère
leur
vendre sa
camelote
et faire
le clown.
La cruauté
comique de
la
situation
ne verse
jamais
dans la dérision
- ici grâce
au regard
grave et
lucide de
Béatrice
Dalle. A
ce moment,
comme à
tant
d'autres,
chaque
situation,
chaque fil
du récit
que Yousry
Nasrallah
a pris à
Elias
Khoury (et
lui a
rendu au
centuple)
acquiert
à l'écran
une
infinité
de résonances
et
d'harmonies
qui font
de La
Porte du
soleil,
au-delà
de la réflexion
sur le
destin du
peuple
palestinien,
une œuvre
universelle.
Comment
l’Empire ottoman
fut dépecé
Les
ravages
d'une
guerre
arbitraire
par
HENRY
LAURENS,
publié
dans le
Monde
diplomatique
d'avril
2003
Entre
1916 et
1922,
l’empire
ottoman et
ses
marches
firent
l’objet
d’intenses
tractations
entre Français
et Britanniques.
Après
1918, les
Etats-Unis
se posèrent
en
arbitres,
au nom du
"droit
des
peuples".
Pourtant,
à aucun
moment,
les populations
locales ne
furent réellement
consultées.
Le partage territorial
en fut
durablement
fragilisé.
En
1914, les
provinces
arabes de
l’Empire ottoman
se
trouvaient
sous
l’influence
collective
et
multiforme
des puissances
européennes,
auxquelles
s’ajoutaient
les
Etats-Unis.
Les Jeunes-Turcs,
au pouvoir
depuis 1908,
cherchaient
à se débarrasser
de ces ingérences
permanentes,
mais au prix
d’un
centralisme
autoritaire
qui suscitait
l’émergence
d’un
mouvement
autonomiste
arabe prêt
à chercher
des appuis
chez les
Européens.
La France était
la puissance
dominante en "Syrie
naturelle",
grâce à
ses
investissements
économiques
et à
son
rayonnement
scolaire et
culturel. On
en arrivait
à parler
d’une "France
du
Levant".
Les
Britanniques,
qui
occupaient
l’Egypte depuis
1882,
avaient fini
par reconnaître
- de
mauvaise grâce
- cette primauté.
En
entrant en
guerre en
novembre
1914, les Ottomans
entendaient
s’affranchir
des
dominations
étrangères
et liquider les
autonomismes
locaux. Dès
le début de
1915, la répression
frappe les élites
politiques
arabes
(pendaisons,
exils en
Anatolie).
Des
populations entières
seront
martyrisées
(chrétiens
du mont
Liban décimés
par la famine,
sort
tragique des
Arméniens
et autres
chrétiens
anatoliens déportés
et massacrés).
Cherchant à
déstabiliser
les deux
grandes "puissances
musulmanes"
que
constituent
les empires
coloniaux français
et
britanniques,
les Ottomans
appellent à
la guerre
sainte, au djihad.
Les
Britanniques
s’en
tiennent
d’abord à
un combat défensif
à proximité
du canal de
Suez, tandis
que l’armée
anglo-indienne
commence la conquête
difficile de
l’Irak à
partir de
Basra (1).
Mais
le djihad
menace l’Afrique
du Nord française
(et une
partie de
l’Afrique
noire) et
l’Inde
britannique. Français
et
Britanniques
se trouvent
ainsi en
position défensive,
et cherchent
une nouvelle
formule
juridique
susceptible
de rétablir
leur ancienne
domination.
Ils
envisagent
d’abord de
maintenir un
Empire
ottoman décentralisé,
qui serait
un
protectorat
de fait. En
attaquant
les Dardanelles
(1915) pour
menacer la
capitale de
l’Empire
ottoman, ils
sont contraints
d’accepter
la
revendication
russe sur
Constantinople
et donc de considérer
un partage
de la région.
L’échec
sanglant des
Dardanelles
n’en remet pas
en cause le
principe. En
suscitant un
soulèvement
du chérif
Hussein, émir
de La Mecque,
ils espèrent
mettre fin
à la menace
du djihad et
créer un
nouveau
front contre
les
Ottomans. Le
haut-commissaire
en Egypte, Mac-Mahon,
entretient
donc une
correspondance
difficile
avec le chérif Hussein
pour le
pousser à
se révolter.
Défaillances
de
traduction
et malentendus
sur le sens
des mots
utilisés
compliquent
encore le
texte, déjà
ambigu, de
la
correspondance,
créant
ainsi un
imbroglio
dont la solution
est remise
à plus
tard.
Un
certain
nombre
d’esprits
romantiques
du Caire,
dont le plus
célèbre
sera T. E.
Lawrence, le
futur
Lawrence d’Arabie,
misent sur
une
renaissance
arabe qui,
fondée sur
l’authenticité bédouine,
se
substituerait
à la
corruption
ottomane et
au
levantinisme francophone.
Ces bédouins,
commandés
par les fils
de Hussein,
les princes de
la dynastie
hachémite,
accepteront
naturellement
une tutelle britannique "bienveillante".
Londres leur
promet bien
une "Arabie"
indépendante,
mais par
rapport aux
Ottomans. De
leurs côtés,
les Français
veulent étendre
leur
"France
du
Levant"
à l’intérieur
des terres
et
construire
ainsi une
"grande
Syrie" francophone,
francophile
et sous leur
tutelle.
Comment
fixer les
limites
entre l’Arabie britannique
et la Syrie
française ?
La négociation
est confiée
au Français
François
Georges-Picot
et à l’Anglais
Mark Sykes.
Elle dure plusieurs
mois, reflétant
l’évolution
des rapports
de forces,
et se conclut
en mai 1916
par un échange
de lettres
entre
l’ambassadeur
de France
à Londres,
Paul Cambon,
et le secrétaire
au Foreign
Office,
Edward Grey (2).
Les Français
administreront
directement
une zone
allant du littoral
syrien
jusqu’à
l’Anatolie ;
la Palestine
sera internationalisée
(condominium
franco-britannique
de fait) ;
la province
irakienne de
Basra et une
enclave
palestinienne
autour de Haïfa seront
placées
sous
administration
directe des
Britanniques ;
les Etats
arabes indépendants
confiés aux
Hachémites
seront
partagés en
deux zones
d’influence
et de
tutelle,
l’une au
nord confiée
aux Français, l’autre
au sud aux
Britanniques.
La ligne
dite
Sykes-Picot,
qui divise
le Proche-Orient,
doit aussi
permettre la
construction
d’un
chemin de
fer britannique
de Bagdad à
Haïfa.
Russes et
Italiens
donnent leur
approbation à
cet accord,
dont les
Hachémites
ne sont
informés
qu’en
termes voilés
et confus.
Au
début de
1917, les
Britanniques
commencent la
conquête
difficile de
la
Palestine.
En avril,
les
Etats-Unis
entrent en guerre
comme
"associés"
- et non "alliés"
- de la France
et de la
Grande-Bretagne
contre
l’Allemagne.
La mécanisation croissante
de la guerre
achève la
prise de
conscience
franco-britannique de
leur dépendance
envers le pétrole
(en 1918, la
guerre sera
gagnée par les
Alliés grâce
à un
"flot
de pétrole").
Le président
Woodrow
Wilson ne se
sent aucunement
lié par les
accords
"secrets"
contractés
par ses partenaires.
Il se pose
en défenseur
du droit des
peuples à
disposer d’eux-mêmes,
bien qu’il
ne soit pas
très clair
dans son
esprit si
cela vaut
aussi pour
les peuples
non blancs,
comme les
"bruns"
(les Arabes)
et les
"jaunes"
- pour les
"noirs",
il n’en
est pas
question (3).
Les Anglais
du Caire
veulent
remettre en
cause l’accord
passé avec
les Français,
au moins
pour la
Palestine,
si ce
n’est pour
le reste de
la Syrie. Et
ils
disposent
maintenant
de solides
appuis
à Londres.
Ils savent
utiliser
avec sincérité
la rhétorique wilsonienne :
sur les
ruines de
l’Empire
ottoman,
Arabes,
Kurdes, Arméniens,
Juifs coopéreront
sous la
tutelle
bienveillante
des Britanniques.
Sykes
utilise dans
ce sens le
mouvement sioniste,
ce qui
conduira à
la déclaration
Balfour du 2
novembre 1917 (4)
annonçant
l’établissement
"en
Palestine"
d’un Foyer
national
juif. La
stratégie
britannique
va reposer
sur
l’occupation du
terrain avec
l’encouragement
donné à la
révolte
arabe de
s’étendre
à la Syrie
(mais non à
la
Palestine)
et sur une
succession
de déclarations officielles
allant dans
le sens de
l’autodétermination.
Pour
Londres, le droit
des peuples
signifie le
droit de
choisir la
tutelle
britannique. Quand
des
nationalistes
arabes
radicaux
refusent
cette
domination,
ils sont
ravalés au
statut
infamant de
"Levantins",
qu’ils partagent
avec les éléments
pro-français
(en général
des chrétiens).
En
1918, la
question pétrolière
devient dominante.
Selon
l’accord,
la France
devrait
contrôler
la région
de Mossoul,
où se
trouvent
d’importantes
réserves
potentielles,
mais les Britanniques,
eux, ont les
droits de
concession.
Georges
Clemenceau
veut bien
satisfaire
le groupe de
pression
colonial,
mais en se
limitant à
une "Syrie
utile"
ne
comprenant
pas la Terre
sainte, mais permettant
un accès
aux
ressources pétrolières.
Une trop
grande
extension territoriale
impliquerait
de lourdes
charges
d’administration
sans commune mesure
avec les
revenus que
l’on
pourrait en
tirer.
C’est
l’abandon
de la revendication
de la
"Syrie
intégrale"
(on dirait
actuellement "Grande
Syrie").
Au lendemain
de
l’armistice,
il traite directement
et sans témoin
avec Lloyd
George du
partage du Proche-Orient.
Dans
son journal,
le 11 décembre
1920,
Maurice Hankey,
secrétaire
du
gouvernement
britannique,
notera :
"Clemenceau
et Foch ont
traversé [la
mer] après
l’armistice,
et on leur a
donné une
grande réception militaire
et publique.
Lloyd George
et
Clemenceau
ont été
conduits
à l’ambassade
de France...
Quand ils
furent
seuls...
Clemenceau
dit : "Bien.
De quoi
devons-nous
discuter ?"
"De la
Mésopotamie
et de la Palestine",
répondit
Lloyd
George.
"Dites-moi
ce que vous
voulez",
demanda Clemenceau.
"Je
veux
Mossoul",
dit Lloyd
George.
"Vous
l’aurez",
a dit Clemenceau.
"Rien
d’autre ?"
"Si, je
veux aussi Jérusalem",
a continué
Lloyd
George.
"Vous
l’aurez",
a dit
Clemenceau,
"mais Pichon (5)
fera des
difficultés
pour
Mossoul".
Il n’y
a absolument
aucune trace
écrite ou mémorandum
fait sur le
moment (...).
Cependant,
en dépit de
grandes
pressions de
la part de
ses collègues
et de toutes
sortes de
parties
concernées,
Clemenceau, qui
a toujours
été
inflexible,
ne revint
jamais sur
sa parole et
je suis bien
placé pour
dire que
Lloyd George
ne lui en a
jamais laissé l’occasion.
C’est
ainsi que
l’histoire
est faite (6)."
Les
Français
ayant
conditionné
tout accord territorial
à un
partage de
l’accès
au pétrole,
les deux négociations
vont se
dérouler
parallèlement.
Dès le début
de la conférence
de la paix,
le président
Wilson
refuse
l’annexion
des
anciennes
colonies
allemandes d’Afrique
et du
Pacifique
aux Empires
français et
britanniques :
il veut
les confier
à la future
Société
des nations
(SDN). Lloyd
George manoeuvre
habilement
en proposant
la création
de
"mandats"
de la
SDN, qui
seraient
confiés de
façon
temporaire
à une
puissance "civilisée"
chargée de
les amener
à l’indépendance.
Il y introduit
discrètement
les
provinces
arabes de
l’Empire
ottoman
(Mandats dits
A). Wilson
accepte
(janvier
1919).
Un
face-à-face
franco-britannique
Les
principaux
intéressés
ne sont
pas informés et
seront
appelés
à comparaître
devant le
Conseil
suprême
allié
(dit Conseil
des dix).
Nationalistes
arabes,
pro-français
(syrianistes)
et sionistes
(les
Anglais
ont
intercepté
une délégation
libanaise
pour lui interdire
de venir
en France)
parleront
ainsi, en
février
1919, sans connaître
réellement
la règle
du jeu.
Lloyd
George
laisse ses représentants
engager
une épreuve
de force
avec les
Français.
La
question est
de savoir
s’il y
aurait un
mandat
unique sur
l’ensemble
du Proche-Orient
(et dans
ce cas
certainement
confié
aux
Britanniques)
ou s’il
y aurait
deux
mandats,
l’un
français,
l’autre
britannique.
Les Français
tiennent
bon.
Des
accords de
Sykes-Picot...
au Proche-Orient
contemporain
Wilson,
exaspéré,
fait alors décider
la création
d’une
commission
chargée de
consulter
les
populations
sur le choix
de la
puissance
mandataire.
Brusquement,
les
Britanniques
se rendent compte
que les
Arabes de
Palestine et
d’Irak
pourraient
ne pas
demander leur
tutelle. De
leur côté,
les Français
craignent
que les
Syriens leur soient
hostiles et
qu’ils se
trouvent
contraints
d’accepter
la revendication
d’un Etat
libanais à
majorité
chrétienne.
Les deux puissances
européennes
se retirent
de la
commission,
qui sera
dirigée exclusivement
par des Américains.
Cette dernière,
après avoir
entendu les
Arabes palestiniens
rejeter le
sionisme,
les Libanais
chrétiens
accepter la France
et les
Arabes
syriens
exiger
l’indépendance,
conclut au
choix d’un mandataire...
américain
(28 août
1919) !
Il est trop
tard :
le Sénat
américain
rejette le
traité de
Versailles,
et les Américains
se retirent
de toutes
les conférences
interalliées.
Français
et
Britanniques
se
retrouvent
ainsi face
à face. Le
rapport de
forces sur
le terrain
s’est infléchi
en faveur des
premiers,
qui
disposent de
moyens
militaires
accrus alors
que Londres démobilise.
La division
en mandats
est entérinée.
De la conférence
de Deauville
(septembre
1919) à
celle de San
Remo (avril
1920), on se contente
d’ajuster
la ligne
Sykes-Picot.
La frontière
palestinienne
est déplacée
de quelques
kilomètres
vers le
nord. La
Transjordanie
reliera la Palestine
à l’Irak,
ce qui
permettra de
créer un
corridor
assurant
dans l’immédiat
le passage
des lignes aériennes
vers l’Inde
et, à moyen
terme, d’installer
un oléoduc
transportant
le pétrole
d’Irak
vers la Méditerranée
(l’idée
de chemin de
fer
appartient
au passé).
Les Français
disposeront d’un
quart des
parts (ultérieurement
23,75 %)
au sein du
consortium chargé
d’exploiter
ce pétrole.
Reste à
imposer le régime
des mandats
par une dernière
épreuve de
force. En
Palestine,
en Syrie et
en Irak,
Français et Britanniques
engageront
des opérations
débouchant
sur une
guerre pour mater
les
populations
indigènes.
La
division du
Proche-Orient
en plusieurs Etats
n’était
pas en soi
condamnable :
les Hachémites
l’avaient envisagée
dès le début
en faveur
des fils aînés
de Hussein.
Mais elle s’est
opérée
contre la
volonté des
populations
et en
utilisant
une rhétorique
libérale
que
l’utilisation
de la force
rendait vide
de sens. Par
rapport à
l’évolution
politique de
la dernière
décennie
ottomane, où la
cooptation
des notables
et l’établissement
d’un système
électoral, certes
très
imparfait,
avaient tracé
la voie à
une vraie
représentation politique,
l’autoritarisme
franco-anglais
constitue
une régression durable.
En
tant que découpage
territorial,
le partage a
duré,
essentiellement
parce que
les
nouvelles
capitales et
leurs
classes dirigeantes
ont su
imposer leur
autorité
sur le
nouveau
pays. Mais
les événements
de 1919-1920
furent
ressentis
comme une
trahison des engagements
pris (en
premier
lieu, du
droit des
peuples à
disposer d’eux-mêmes).
Ils dépossédèrent
surtout les
élites
locales de
leur destin. Quand
le
nationalisme
arabe
reviendra en
force, il ne
reconnaîtra
pas la légitimité
de ce découpage
et appellera
à la
constitution
d’un Etat unitaire,
panacée à
tous les
maux de la région.
Les Etats réels
seront ainsi
frappés
d’illégitimité
et
durablement
fragilisés.
La
constitution
du Foyer
national
juif entraînera
la région
dans un
cycle de
conflits qui semble
loin de se
terminer.
Périodiquement,
le spectre
d’un
nouveau "Sykes-Picot"
ou partage
du
Proche-Orient
imposé de l’extérieur
resurgit. La
prétention
occidentale
d’une supériorité
morale fondée
sur
l’application
de la démocratie
et du libéralisme
apparaît
alors comme
une sinistre
mystification.
C’est
peut-être
la conséquence
la plus néfaste
des choix de
la période
1916-1920, régulièrement
renouvelés depuis.
(1) Les
Anglais
des Indes
ne pensent
pas à une
Arabie romantique,
ils
veulent
mettre en
exploitation
ce que
l’on
considère
alors comme
les
immenses
potentiels
agricoles
de la Mésopotamie
afin de "nourrir
le
monde".
Lire
Charles
Tripp,
" Leçons
d’une histoire
coloniale
oubliée",
Le
Monde diplomatique,
janvier
2003.
(2) En
1919, pour
diminuer
la valeur
de cette
entente, les
Britanniques
l’appelleront
"accord
Sykes-Picot".
(3) A la
Conférence
de la
paix, les
Américains rejetteront
avec énergie
la
revendication
japonaise
d’égalité
des races.
(4) Outre
la remise
en cause
de
l’accord franco-britannique,
Londres
veut aussi
mettre de
son côté
la
puissance occulte
supposée
des juifs
sur la
destinée
de la
Russie et
des
Etats-Unis. Enfin,
l’acceptation
des thèses
sionistes
se trouve
facilitée
par l’imprégnation
biblique
de la
culture
religieuse
britannique.
(5)
Ministre
français
des
affaires
étrangères
(Le
Monde
diplomatique
vient de
s’installer
dans la
rue qui porte
son nom).
(6)
Stephen
Roskill, Hankey,
Man of Secrets,
Collins,
Londres,
vol. II,
1972, pp.
28-29.
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