Un
groupe de Français
au Liban, sur les
traces de Charles
de Gaulle
Histoire
- Perpétuer le
souvenir des œuvres
du général, de
la France libre,
de la Résistance
par
ANNE-MARIE
EL-HAGE, publié
dans
l'Orient-le
Jour le 12
juin 2004
Au cours
de dix jours
passés au
Liban, du 29
mai au 7
juin, pour
une visite culturelle
et
historique,
organisée
par l'agence
Cèdre
Voyage à
l'initiative
de
l'association
RJLiban, une
entrevue de
90 mn s'est
déroulée
le 4 juin à
Beyrouth
dans les
locaux du
quotidien
l'Orient-le
Jour.
Participaient
à cette réunion
M. Michel
Anfrol, président
de l'amicale
de
l'Institut
Charles-de-Gaulle,
le colonel
Alain Corvez,
conseiller
en stratégie
internationale,
le colonel
Jean Martin
d'Escrienne,
dernier aide
de camp du Général
de Gaulle,
Mme Florence
d'Harcourt,
ancien député,
Mme
Jacqueline Péry
d'Alincourt,
ancienne résistante,
M. Henri
Ecochart,
ancien des
Forces Françaises
libres, M.
Philippe de
Saint-Robert,
écrivain et
journaliste,
ancien
directeur de
la
Francophonie,
M. Naji
Farah, président
de
l'association
RJLiban, ainsi
que Mme
Anne-Marie
El-Hage, M.
Elie Fayad
et M. Michel
Touma,
journalistes
à l'Orient-le
Jour.
Un
groupe de Français
membres de
l’amicale de
l’Institut
Charles-de-Gaulle
a fait un périple
au Liban, sur
les traces du
général de
Gaulle, à
l’occasion
de la date
anniversaire
du débarquement
en Normandie.
Parmi eux,
d’anciens
combattants et
des résistants
dont le but était
de suivre
l’itinéraire
du général
de Gaulle au
Liban, de 1929
à 1931, alors
qu’il était
encore
commandant, et
de tenter de
retrouver des
témoins de
l’époque.
Retrouver des
témoins
encore en vie
de ce temps-là
n’est pas
chose aisée.
Mais cette
difficulté
n’a pas empêché
ce groupe d’ "amis"
du général
de Gaulle de
s’atteler à
la tâche, dès
leur arrivée.
Ils ne sont
pas repartis
bredouilles
car ils ont
retrouvé un
petit-fils,
Nadim, et une
petite-fille,
Guitta, d’un
homme de la
famille Wehbé,
Elias, qui
avait loué sa
maison à de
Gaulle en
1929. "Le
petit-fils que
nous avons
retrouvé
avait 11 ans,
à l’époque",
raconte Michel
Anfrol, président
de l’amicale
de
l’institut.
"C’était
d’ailleurs
très émouvant",
ajoute-t-il.
D’autres
personnes
rencontrées
par le groupe
n’avaient
pas
directement
connu le général
de Gaulle,
mais étaient
les
descendantes
de familles
qui
l’avaient
accueilli ou côtoyé.
Les seuls
souvenirs dont
elles
disposent
encore sont
des photos de
leurs familles
avec de Gaulle.
"Ce
voyage nous
tenait à cœur.
Nous
envisagions
d’ailleurs
de le réaliser
depuis
longtemps",
observe-t-il.
De grandes
ambitions
Poursuivre les
traces du général
n’est pas
une nouveauté
pour les
membres de
l’amicale de
l’Institut
Charles-de-Gaulle.
Régulièrement,
ils effectuent
des voyages
dans différents
pays du monde
pour
rencontrer des
témoins de
son passage,
recueillir des
souvenirs ou
des histoires
sur lui-même
ou sur les
gens qui
l’ont connu.
Ils sont ainsi
allés au Québec
en 1997 pour
assister à
l’inauguration
d’une statue
du général
de Gaulle, à
l’occasion
du 30e
anniversaire
du Québec
libre. Ils
sont aussi
partis en
Grande-Bretagne
retrouver les
traces des
premiers Français
libres de
1940. Ils ont
effectué un
voyage en
Irlande, pays
où s’est réfugié
le général
de Gaulle après
sa démission
en avril 1969.
L’an
dernier, ils
ont pris part,
à Moscou, à
l’exposition
consacrée au
général de
Gaulle, à la
France libre,
et à
l’escadrille
des français
qui se sont
battus aux côtés
des Soviétiques.
Perpétuer le
souvenir des
œuvres du général
et surtout de
l’histoire
de la France
libre, de la Résistance
et de la
fondation de
la Ve République
est la
vocation
essentielle de
l’Institut
Charles-de-Gaulle,
fondé en 1971
par Pierre
Lefranc,
premier secrétaire
général et
chef de
cabinet du général,
également
l’un des
fondateurs du
Rassemblement
pour la France
(RPF) en 1947.
Présidé
à ses débuts
par André
Malraux, l’Institut
est
aujourd’hui
placé sous la
présidence
d’Yves Guéna,
qui a été
ministre du général
de Gaulle et
qui était,
jusqu’à récemment,
président du
Conseil
constitutionnel.
Les ambitions
de
l’institut
étaient
grandes, à
ses débuts,
mais ses
ressources
financières réduites,
malgré la
publication de
la revue
Espoir.
"Nous
voulions
organiser des
colloques, des
séminaires,
des débats,
des
expositions,
des
rencontres.
Nous ne
pouvions le
faire sans
dons
financiers.
C’est la
raison pour
laquelle nous
avons créé
la Fondation
Charles-de-Gaulle,
aujourd’hui
reconnue
d’utilité
publique",
explique
Michel Anfrol.
Grâce à une
subvention du
gouvernement,
c’est la
fondation qui
finance
aujourd’hui
les activités
de l’Institut
dont les amis
n’ont de
cesse de faire
rayonner la mémoire
et l’œuvre
du général
de Gaulle à
travers le
monde. Par
ailleurs, en
2001, le
ministère de
l’Education
nationale,
alors
socialiste, a
mis quatre
professeurs
agrégés
d’histoire
à la
disposition de
l’Institut.
Car si les témoins
encore en vie
de l’époque
du général
de Gaulle se
font désormais
rares, de plus
en plus
d’historiens
se penchent
sur
l’histoire
du gaullisme.
Henri
Ecochard
raconte le désespoir
des
combattants
des FFL au
Liban
Henri
Ecochard,
ancien
combattant des
Forces françaises
libres,
rejoint
Londres en
juillet 1940 où
il défile le
14 de ce même
mois devant le
général de
Gaulle avec
les premières
forces françaises
libres.
C’est en
1941 qu’il
vient au Liban
avec 300
jeunes soldats
qui arrivaient
d’Angleterre,
en renfort.
"J’étais
caporal,
j’avais 17
ans, raconte
Henri Ecochard.
Quand je suis
arrivé au
Liban, les
forces de
Vichy étaient
parties. Je
suis resté un
mois au Liban
avant de me
rendre en
train à la
caserne de
Syrie, pour
deux mois, où
j’ai changé
d’armes." "Nous
n’étions
pas très
disciplinés,
se souvient-il
avec humour.
Nous
descendions du
train,
marchions et
remontions
dans le train,
au grand désespoir
du chef de
convoi
libanais qui
sifflait sans
arrêt." "Nous
étions
cependant des
Français
libres très
malheureux,
des soldats
presque
perdus, reniés
par notre
patrie. Nous
sentions que
nous étions
des résistants
condamnés à
mort. Nous étions
aussi sans le
sou",
observe M.
Ecochard.
Pendant le
mois où Henri
Ecochard a
servi au
Liban, deux ou
trois cents
jeunes
Libanais se
sont engagés
avec les Français
libres. "A un
moment donné,
indique-t-il,
la France
libre au Liban
était composée
de plus de
Libanais que
de Français."
Philippe
de
Saint-Robert :
"La
France adopte
une politique
cohérente au
Moyen-Orient"
Selon
Philippe de
Saint-Robert,
membre de
l’amicale de
l’Institut
Charles-de-Gaulle,
la politique
française au
Moyen-Orient
est cohérente
et s’inscrit
dans le cadre
de la
continuité de
la politique
du général
de Gaulle,
"et en
particulier de
sa politique
étrangère,
proche-orientale,
qui s’est
manifestée au
moment de la
guerre des
Six-
Jours".
Il avait alors
mis en garde
les dirigeants
israéliens
contre les
conséquences
de cette
guerre. Dans
sa conférence
de presse du
27 novembre
1967, il avait
dit que les
Israéliens
allaient créer
dans les
territoires
occupés une résistance
qu’ils
qualifieraient
par la suite
de terrorisme.
"Cette
politique a
continué dans
la même
ligne, car en
1980, explique
M. de
Saint-Robert,
la France a réussi
à entraîner
ses neuf
partenaires
européens
dans la déclaration
de Venise qui
distinguait la
politique
européenne au
Proche-Orient
de celle des
Etats-Unis.
François
Mitterrand a
malheureusement
désavoué
cette déclaration
dès qu’il
est venu au
pouvoir",
déplore-t-il.
Mais, estime
M. de
Saint-Robert,
la position
prise par la
France après
l’agression
américaine en
Irak s’est
inscrite avec
beaucoup d’éclat
dans la ligne
du général
de Gaulle.
Ainsi, pour la
première fois
depuis
longtemps, la
France a menacé
d’utiliser
son droit de
veto, ce qui a
empêché les
Américains de
faire leur opération
sous couvert
des Nations
unies.
"Cela
faisait
plusieurs années
que la France
réclamait la
levée de
l’embargo
sur l’Irak
qui avait été
décrété au
moment de la
première
guerre du
Golfe",
observe M. de
Saint-Robert.
"Un
embargo qui ne
se justifiait
plus à partir
du moment où
les Irakiens
s’étaient
retirés du
Koweït et
avaient
reconnu sa
souveraineté",
note-t-il,
ajoutant que
les dix ans
d’embargo étaient
contraires aux
intérêts de
la région.
"Il y a
une cohérence
de la
politique française
au
Proche-Orient,
conclut
Philippe de
Saint-Robert.
Nous avons
sauvé
l’honneur de
la France au
Moyen-Orient."
Jacqueline
Péry d’Alincourt,
une résistante
se souvient
L’horreur
de la déportation,
la
surpopulation,
la fatigue,
l’espoir
Elle paraît
frêle et
fragile,
avec sa
minceur, ses
cheveux
blancs coiffés
en chignon
et son
regard bleu.
Et pourtant,
Jacqueline Péry d’Alincourt,
gaulliste
engagée, a
fait de la résistance.
Elle a même
survécu à
l’horreur
des camps de
concentration,
alors que
son époux,
officier,
est décédé
dans les
premiers
mois de sa
captivité.
C’est
d’une voix
lente mais
assurée
qu’elle
raconte son
entrée dans
la Résistance,
l’enfer
qu’elle a
vécu, mais
aussi
l’espoir,
qui ne l’a
jamais quittée,
d’une
victoire
finale de la
France
libre.
"Dès
le début de
la guerre,
j’éprouvais
un désir
passionné
de faire
quelque
chose pour
la France.
Je
ressentais même
une sorte de
désespoir
de ne
pouvoir le
faire, immédiatement.
C’était
comme un
sentiment
d’oppression
dont on ne
pouvait
sortir que
si l’on
avait la
chance de
rencontrer
quelqu’un
de la Résistance
qui vous
engage",
raconte
Jacqueline Péry d’Alincourt.
C’était
en 1940.
Jacqueline et
ses amies
menaient alors
de petites
actions isolées.
Mais ce
n’est
qu’en 1942
qu’elle a pu
rejoindre un réseau
organisé.
"Ce n’était
pas un bureau
d’embauche,
dit-elle, il
fallait faire
ses preuves et
surtout
rencontrer la
personne adéquate."
Cette personne
adéquate,
c’était
Jean Ayral, un
parachutiste
blessé
qu’elle a
rencontré
chez une amie.
Il avait du
mal à
retrouver ses
contacts. Il
devait
organiser les
terrains de
parachutage et
d’atterrissage
de la région
nord.
"J’ai
été engagée
pour envoyer,
par messages
codés, les
coordonnées
des terrains
homologués et
les
informations
les
concernant.
J’envoyais
aussi des
messages au général
de Gaulle, lui
demandant de
nous fournir
des armes et
des aides
financières
pour aider les
réseaux
spontanément
nés en
France",
se
souvient-elle.
Durant cette période,
Jacqueline a même
rencontré
Daniel
Cordier, bras
droit de Jean
Moulin, figure
emblématique
de la Résistance.
Elle raconte
la prise de
conscience de
la Résistance,
de sa force à
travers la
France, mais
aussi son
organisation,
les structures
qu’il
fallait mettre
en place pour
préparer la
libération,
le
gouvernement
qu’il
fallait
installer,
rapidement,
pour empêcher
les Américains
d’installer
leur propre
gouvernement
et
d’administrer
eux-mêmes la
France, comme
ils
l’envisageaient.
"Cela a
été l’expérience
la plus
magnifique de
ma vie,
observe
Jacqueline. Même
si j’étais
consciente de
ce danger de
mort qui nous
guettait tous,
24 heures sur
24."
Un chaos
insoutenable
Et puis
survient
l’inévitable.
Jacqueline est
arrêtée à
Paris par la
Gestapo en
septembre
1943. Après
avoir été
isolée
pendant 6 mois
sans la
moindre
communication
avec le monde
extérieur,
elle est placée
en camp de
transit à
Compiègne
avant d’être
envoyée au
camp de
Ravensbrück.
"C’était
un camp féminin
de déportation,
situé au nord
de Berlin,
dans une région
inhabitée, de
lacs et de forêts.
On
l’appelait
la petite Sibérie
car il y
faisait très
froid",
se
souvient-elle. A
Ravensbrück,
Jacqueline a
supporté le
froid, la
faim, le
travail
harassant, la
fatigue, la
saleté, la
promiscuité,
la
surpopulation,
au même titre
que toutes les
résistantes
européennes.
"Il y
avait même
des
criminelles
allemandes de
droit commun
et des
prostituées
qui faisaient
régner la
terreur dans
le camp",
raconte
l’ancienne résistante.
"C’est
par le dernier
train de déportées
arrivé de
Paris le 16 août
1944 que
Jacqueline
apprend la libération
de la
capitale. Ces
dernières
prisonnières
nous ont donné
un espoir énorme,
poursuit-elle.
Nous savions
que nous
allions
retrouver la
liberté. Nous
pensions alors
que ce n’était
plus qu’une
question de
semaines. Mais
cela a duré
tout un hiver.
Le camp était
dans un tel
chaos que c’était
devenu
insoutenable.
Les prisonnières
s’entassaient
sur des
paillasses à
même le sol
et beaucoup
d’entre
elles n’ont
pas survécu."
C’est
dans ce même
camp que
Jacqueline a
revu Geneviève
de Gaulle, nièce
du général,
avec laquelle
elle avait noué
une relation
d’amitié
avant leur déportation. "Nous
avons partagé
la même
paillasse et
les mêmes
travaux,
raconte-t-elle.
Mais elle était
très
malade."
La nièce du général
de Gaulle doit
sa survie à
son
enfermement
dans une
cellule.
"Cela lui
a sauvé la
vie, car elle
n’était
plus
contrainte de
faire les
travaux
harassants de
terrassements
qui nous étaient
imposés. De même,
les appels à
trois heures
du matin lui
ont été épargnés.
Ces appels qui
vous
obligeaient à
sortir des
baraques, même
si vous étiez
mourant",
dit-elle
encore. Considérée
par la suite
comme un otage
précieux,
Geneviève de
Gaulle a été
raccompagnée
à la frontière
suisse en février
1945. Quant à
Jacqueline Péry d’Alincourt,
elle n’a été
libérée par
la Croix-Rouge
que le 27
avril 1945,
juste avant
l’arrivée
des Soviétiques.