-
Cela a-t-il nécessité
beaucoup de
courage de faire
ce film ?
Je ne sais pas. Je
ne suis pas
courageux. J'ai été
terrifié toute ma
vie. Quand j'étais
enfant, ma famille
était persécutée
parce qu'elle était
catholique. Je me
souviens de cela.
Ça arrive à tout
le monde. Ça
arrive aux
catholiques. Ça
arrive aux juifs.
Ça arrive à
beaucoup de gens
qui sont persécutés
pour ce qu'ils
sont. C'est
quelque chose de
terrible. Donc ce
n'est pas du
courage. Je crois
simplement que les
Evangiles sont des
vérités. Je base
ma foi sur ces témoignages
des Evangiles. Et
je souhaitais
avoir une
traduction de
cette histoire qui
ne soit pas
encombrée d'un décorum
inutile. J'ai vu
des versions qui
sont inexactes ou
bien qui
embellissent
beaucoup.
- Et ce souci
de réalisme
implique cette scène
insoutenable de la
flagellation du
Christ ?
Oui. Certains ont
dit qu'il n'y
avait pas plus de
39 coups mais
il est prouvé que
cela allait bien
au-delà, et que
beaucoup en sont
morts. Sur le
suaire de Turin il
y a des marques
montrant que cet
homme n'avait plus
de peau. Il avait
un trou sur le côté
et une couronne d'épines
sur la tête. On a
retrouvé des
marques de pièces
romaines datant du
premier siècle
sur ses yeux. Et,
toujours en
analysant ce
suaire du premier
siècle, découvert
des pollens et des
graines de cette
partie du monde.
C'étaient des
coups haineux que
j'ai tenu à
restituer fidèlement.
Et c'est
certainement la scène
de flagellation la
plus cruelle qu'on
ait jamais vue
dans un film.
- Vous avez
fait des
recherches
impressionnantes
pour le film...
C'est qu'il y a
beaucoup de
contradictions qui
pouvaient
affaiblir notre
foi. La politique,
la cupidité,
l'ego... toutes
ces choses qui
s'accumulent
autour des
diverses
institutions
religieuses et qui
obscurcissent le
sens profond. La
Passion du Christ
est censé être
un film sur la
foi, l'espoir,
l'amour, le
pardon... donc
j'ai pensé que le
moyen de se sortir
de toute cette
m... était de
revenir au
message, le clair
message originel.
Les Ecritures ont
toujours été
controversées.
Elles ont été
mises de côté,
rassemblées,
retournées, déchirées
et jetées à
terre, réinterprétées
pendant deux mille
ans, et elles ont
toujours défié
le temps qui
passe. Mon film
colle assez bien
aux Ecritures mais
je n'ai pas fait
cela à partir de
rien. J'ai lu des
livres, j'ai parlé
à des spécialistes
de la Bible, à
des spécialistes
du Talmud - j'ai
travaillé dur
pendant ces douze
années. Ce ne
sont pas les
Ecritures selon
Mel. D'une
certaine façon,
c'est mon interprétation
et ma vision, oui.
Les Ecritures ne
mentionnent pas un
âne mangé par
des vers. Elles ne
mentionnent pas
que la mère de Jésus
essuie son sang.
Mais je ne pense
pas avoir trahi
les Evangiles. Je
pense leur avoir
été fidèle.
- Pouvez-vous
nous dire un mot
des accusations
d'antisémitisme,
accusations
apparues avant même
qu'on ait vu le
film ?
C'est curieux
n'est-ce pas ?
Avant même que
j'ai fini les
prises de vue, les
boulets de canon
volaient au-dessus
de nos têtes et
le film, dès
lors, fut jugé
sommairement et
condamné avant même
que je puisse le
sortir. Je ne sais
pas quoi dire là-dessus.
Cela a été une
année difficile.
Je ne suis pas ici
pour pointer un
doigt accusateur,
et ce n'est
certainement pas
non plus
l'intention du
film. Je suis resté
silencieux face à
ces propos
assassins. Mais je
m'en suis tenu au
principe que je
suis censé
respecter, celui
de la tolérance.
(Un sourire éclaire
son visage.) Je
dois recevoir les
coups et agir
comme un homme,
vous savez. Je
voulais que le
film soit sur Jésus
et son sacrifice.
C'est un sacrifice
pré-ordonné. La
volonté du
Tout-Puissant,
librement acceptée
par la victime.
Quand ils disent :
"Qui a tué Jésus
?"... Eh bien
je crois que c'est
nous tous. Il est
mort pour les péchés
de tous les hommes
de tous les temps.
Certains,
particulièrement
à certaines époques
du passé, ont
accusé les juifs
de la mort du
Christ mais nous
sommes tous frères
dans la culpabilité.
Et la papauté a
condamné toutes
les formes de
racisme et d'antisémitisme.
- Quelle a été
votre source
d'inspiration pour
l'esthétique du
film ?
J'aime beaucoup le
Caravage et son
sens du mouvement.
Ses éclairages très
cinématographiques
semblent jaillir
de projecteurs. Et
ses thèmes sont
toujours religieux
et toujours
violents. Il y a
beaucoup
d'artistes très
différents que
j'admire et qui
m'ont influencé,
mais le Caravage
se détache
nettement. La
seule chose que
nous savons sur
cet homme provient
des archives de
prison. C'était
un homme rude,
mais de sa vénalité
et de sa nature
bestiale
jaillissait cette
expression divine
sur la toile.
- Quel est
l'avenir de Mel
Gibson, acteur ou
réalisateur ?
Je n'en ai
vraiment aucune idée.
Je pense que quand
tout cela sera
terminé nous
irons dans un
endroit où
personne ne pourra
me trouver. Vous
savez où,
n'est-ce pas ? Où
ils ne peuvent pas
vous trouver ? Je
vais planter ma
tente près des
armes de
destruction
massive ! (Ce qui
prouve que, quoi
qu'il arrive dans
le monde et dans
les films, le sens
de l'humour de Mel
Gibson demeure
intact.)
Tarak
Ben Ammar annonce
la sortie du film
de Mel Gibson le
31 mars en France
paru
dans Yahoo les 1er
et 8 mars 2004
Le
film controversé
de Mel Gibson
"La Passion
du Christ"
sortira le
mercredi 31 mars
sur les écrans
français, a-t-on
appris auprès de
Quinta
Communications,
société du
producteur
tunisien Tarak Ben
Ammar, qui va le
distribuer en 600
copies minimum.
Tarak Ben Ammar,
54 ans, a déjà
produit "Jésus
de Nazareth"
de Franco
Zeffirelli (1977),
"Le
Messie" de
Roberto Rossellini
(1975), "La
Bible", une
saga télévisée,
et "Femme
fatale" de
Brian de Palma.
Selon
l'hebdomadaire Le
Film Français, le
producteur sortira
le film via une
structure de
distribution (Quinta
Distribution) créée
deux mois plus tôt
que prévu. En
annonçant avoir
obtenu les droits
de "La
Passion du
Christ" pour
la France, le
producteur avait déclaré
:
"Naturellement,
ce film n'est pas
raciste et n'est
pas antisémite.
La cabale qui a été
montée sur le
film, c'était
avant qu'il ne
sorte, sur un scénario
qui n'était pas
le scénario du
film".
"J'ai
cru que c'était
mon devoir en tant
que musulman qui
croit en Jésus et
parce que je
respecte et j'ai
été élevé dans
les trois
religions (monothéistes,
ndlr) de faire
voir ce film aux
Français, de leur
donner la
possibilité de le
juger par eux-mêmes",
a expliqué Tarak
Ben Ammar. Attendu
par certains
groupes chrétiens
ou vivement
critiqué par des
organisations
juives qui
craignent qu'il
n'alimente l'antisémitisme,
le film de l'acteur-réalisateur
australien, sorti
mercredi 25 février
aux Etats-Unis, a
été accueilli
par de très vives
critiques en
raison de sa
violence.
Tarak
Ben Ammar a affirmé
que le film de Mel
Gibson était
"un film sur
la cruauté
humaine".
"C'est un
film contre l'intégrisme,
c'est un film
contre les foules,
et c'est ce film
que j'ai tant aimé
et que j'ai
souhaité en tant
que producteur,
pour une fois,
distribuer",
a-t-il ajouté.
"C'est un
film sur l'amour
et sur le pardon,
puisque Jésus
pardonne même
ceux qui l'ont
fait
souffrir", a
estimé Tarak Ben
Ammar. Interrogé
sur les scènes
violentes
contenues dans le
film, Tarak Ben
Ammar a expliqué
que Mel Gibson
avait souhaité
"un film réaliste"
et "exact aux
Ecritures
saintes".
"Il a voulu
montrer la
barbarie des
Romains..."
Tarak
Ben Ammar a précisé
qu'il avait
"rencontré
Mel Gibson il y a
trois ans".
"Je
souhaitais
produire ce film
avec lui en
Tunisie, mon pays
d'origine, mais
les événements
du 11 septembre en
ont décidé
autrement. Le film
a été fait en
Italie."
Distribuer un film
"est une
première pour
moi", a
souligné Tarak
Ben Ammar. "La
Passion du
Christ",
toujours en tête
du box-office américain,
pourrait totaliser
212 millions de
dollars en deux
semaines aux
Etats-Unis.
"Le
but de Mel Gibson
est d'évangéliser"
Habib
C. Malek, spécialiste
de l'histoire de
la pensée européenne
moderne et
professeur à la
Lebanese American
University (LAU),
campus de Byblos,
a assisté, en
compagnie du réalisateur,
à la première
projection de
"La
Passion"
paru
dans Magazine le
12 mars 2004
-
Vous avez assisté
à Washington à
la première
projection du
film, en compagnie
de Mel Gibson...
C'était
en juillet dernier
et grâce à mes
liens avec l'American
Enterprise
Institute, fondé
en 1959 par
William Baroudi.
Il s'agit d'une
institution privée
assez connue parmi
les centres de
recherche, à qui
l'Administration
américaine confie
des études. Le
fondateur, également
conservateur,
avait développé
le concept d'une
relation binaire
entre religion et
vie publique.
Depuis, un
religieux est
affilié au
centre. Mel Gibson
avait organisé
une projection
pour des
journalistes et
penseurs de revues
chrétiennes triés
sur le volet, afin
de recueillir
l'impact du film
sur un public spécialisé.
A qui il a été
demandé de ne
rien écrire sur
ce qu'ils allaient
voir parce que des
fuites du script
avaient déjà
enflammé les
accusations antisémites
au printemps 2003.
C'est donc à
travers mon amitié
avec le théologien
catholique Michael
Novak de l'AEI,
qui par ailleurs
était venu au
Liban en 1998 pour
le 50e
anniversaire de la
Déclaration des
droits de l'homme,
que j'ai pu
obtenir une
invitation. Nous
étions dans un théâtre
de la Motion
Picture Acadamy
avec l'équipe d'Icon
Productions. J'ai
eu l'impression
qu'on ressemblait
aux premiers chrétiens
clandestins des
cavernes.
-
Avez-vous discuté
avec le réalisateur
?
Avant le lancement
de la projection, il
a commencé par dire
"bon
film", puis
s'est repris :
"Non, plutôt
bonne expérience
!", car le film
est vraiment
bouleversant. A la
fin, quand les lumières
se sont rallumées,
l'émotion était
visible sur les
visages. Puis une
heure de débat a
suivi. Mel n'a pas
caché que son
objectif était de
créer un choc sur
les chrétiens, en
mettant en avant la
souffrance et la
crucifixion dans
l'Occident de la
luxure, parce le
christianisme est un
sacrifice jusqu'à
la mort. "Mon
but premier est d'évangéliser",
a-t-il avoué. Avant
de donner l'exemple
de son avocat, athée,
qui, après avoir vu
le film, a planché
sur la lecture des
quatre Evangiles.
Gibson disait que
c'est le saint
Esprit qui a dirigé
le film. Mais quand
il a évoqué des
miracles qui ont eu
lieu lors du
tournage,
l'assistance était
réticente. "Come
on Mel !", lui
a-t-on lancé. Et
Gibson de rétorquer
: "Il s'en est
produit davantage,
mais je n'en dirai
pas plus." Puis
j'ai pu avoir un
aparté. Mel Gibson,
qui était assez
chaleureux, m'a
alors raconté qu'en
Australie, il allait
à l'école avec des
Libanais, dont son
meilleur ami, jusqu'à
ce qu'il l'ait cogné
sur le nez !
-
Pour les registres
libanais, vous êtes
grec-orthodoxe.
Pourtant vous
paraissez assez
proche des
catholiques ?
Charles Malek aimait
beaucoup la pensée
de saint Thomas d'Aquin,
qui était assez œcuménique
dans sa foi et
proche des
protestants dans sa
lecture des textes.
Deux parmi mes
oncles paternels ont
adopté le
catholicisme en
entrant l'un chez
les Dominicains
l'autre chez les Jésuites.
Et puis feue ma mère
était la
petite-fille du
premier pasteur
libanais, Youssef
Badr, le fondateur
de l'Eglise évangélique
nationale. Elle
s'est pourtant
convertie au
catholicisme. C'est
vous dire que notre
maison est assez
ouverte. Pour ma
part, je suis fier
de mon appartenance
orthodoxe, mais je
vais à la messe des
"papistes".
Les dogmes chrétiens
ont été assis dans
les conciles du
premier millénaire.
A cette époque, l'Eglise
était une.
Aujourd'hui les
quelques désaccords
de forme, tels
l'infaillibilité du
pape et l'immaculée
conception,
cherchent le chemin
de l'unité.
-
Quelle est votre
opinion sur les
accusations d'antisémitisme
?
Vatican II avait
exhorté les auteurs
de pièces de théâtre
sur la Passion à tâcher
de ne pas créer de
tensions antijuives.
Car vous savez
qu'historiquement,
quelques excités,
après avoir assisté
à de telles pièces,
s'en allaient brûler
le quartier juif.
D'autre part,
Vatican II a ouvert
la messe à toutes
les langues, mais
Gibson continue de
préférer la messe
en latin. Il s'est
aussi inspiré des
écrits de mystiques
qui ont fait l'expérience
des stigmates. On ne
peut pas lui
reprocher ni sa foi
traditionaliste ni
ses préférences pré-Vatican
II. Autre élément
: il n'y a que les
grands prêtres tel
Caiphe, qui ne
soient pas
"propres".
Le Christ leur a
pardonné quand il
était sur la croix.
Le reste des juifs
de l'époque et ceux
qui se sont succédés
à travers les siècles
sont innocents pour
l'Eglise. Il est
compréhensible,
aujourd'hui, que
ceux-là aient des
craintes vis-à-vis
du film. Car la
recrudescence de
l'antisémitisme en
Occident, elle non
plus, n'est pas
fictive.