Accueil
Revue de presse
Communiqués
Interviews
Reportages
Bibliographie
Arts-spectacles
Portraits
Tourisme  
Archéologie  
Religion
Emigration
Météo
 
Liste                           Numéro suivant                           Numéro précédent                          Format impression

INTERVIEW  RJLIBAN  N°22  du 18 mars 2004 

 
La fidélité de Mel Gibson dans "La Passion du Christ"
 
Le 18 mars 2003, le président américain George Bush lançait un ultimatum historique annonçant la guerre contre l'Irak (Communiqué N.21). Le bilan est bien triste en ce 18 mars 2004, une semaine après le 11 mars espagnol qui augure d'une ère remplie de menaces et de haine marquant le continent européen. Pourtant, la clé se trouve en Palestine, où est né et ressuscité le Christ. Le film "La Passion du Christ", qui sort aujourd'hui sur les écrans du Liban, nous donne la force de nous en souvenir. 
 
 
La fidélité de Mel Gibson
 
lettre de LEO BONNEVILLE, publiée dans le Devoir le 16 mars 2004

 

Après avoir vu le film "La Passion du Christ" et lu tous les articles sur ce sujet parus dans les journaux de Montréal, j'aimerais interroger les Ecritures autant au profit des écrivains que des lecteurs. Pourquoi le Christ Jésus est-il venu sur la terre ? Les Ecritures nous disent : "N'allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu abroger, mais accomplir." [Matthieu 5, 17]


Alors que disent les prophètes ? Il faut revenir en arrière et aller questionner, dans l'Ancien Testament le grand prophète Esaïe. Que dit-il ? "Le Seigneur a fait retomber sur lui la perversité de nous tous. / Brutalisé, il s'humilie ; / Il n'ouvre pas la bouche, / comme un agneau traîné à l'abattoir, / comme une brebis devant ceux qui la tondent." [Esaïe, 53, 6-7]. (...) Toujours dans Esaïe : "J'ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, / je n'ai pas caché mon visage, face aux outrages et aux crachats. / C'est que le Seigneur Dieu me vient en aide." [Esaïe 50, 6-7]

 

Est-ce assez clair ? N'est-ce pas cela que nous avons vu sur l'écran ? Alors pourquoi en vouloir à Gibson d'avoir été fidèle à la prophétie d'Esaïe ? C'est bien de cela que Jésus a souffert. Précisément. Exactement. Ne nous cachons pas le visage. Ne crions pas à la violence. Elle ne date pas d'hier. Elle a été assumée par le Christ.
 
 
Mel Gibson : "Je n'ai pas trahi les Evangiles"
 
propos recueillis par MARIANNE RUUTH à Los Angeles, publiés dans le Figaro le 27 février 2004 

Mel Gibson, acteur et réalisateur de 48 ans, semble un peu fatigué suite à l'avalanche d'opinions exprimées avant même que son film très personnel soit sorti. Cependant, il demeure, comme à son habitude, courtois et ouvert pour parler de la polémique. Il confie tout d'abord que son rapport à cette histoire, à ce film, remonte à 12 ans environ. Epoque à laquelle il a vécu une intense crise spirituelle et guéri en méditant sur la Passion. Il explique aussi le choix de Jim Caviezel dans le rôle du Christ. "Non, je ne l'ai pas choisi pour jouer Jésus parce que ses initiales sont J.C. et qu'il avait 33 ans quand j'ai fait appel à lui, dit Mel Gisbon avec une lueur dans ses yeux bleus. Je l'avais vu à l'écran dans un gros plan de La Ligne rouge, et j'ai pensé : Waouh ! Qui est ce type ? Il n'est pas compliqué. Il y a une innocence enfantine en lui. Il y a de la simplicité. Il y a de la pureté. Il y a de la force. Qui est-il ? Et c'était tout."
 
- Pourquoi évoquer à ce moment de votre vie la Passion du Christ ?
Je pense que nous allons tous droit dans le mur à un moment de notre vie. C'est très douloureux, et comme chacun le sait, la douleur précède toujours le changement. Cela a aussi été mon cas. J'en étais arrivé à un tel point de détresse personnelle qu'il était vraiment temps de m'arrêter et de me remettre en question. Cela s'est opéré à travers la foi et une attention particulière portée à la Passion, cœur de la foi chrétienne. C'est ainsi que j'ai pu renaître à la vie.

- Comment ce cheminement personnel a-t-il abouti à ce film, La Passion du Christ ?
Si vous utilisez ce moyen de guérison, ça devient partie intégrante de vous et tout ce qui est en vous, surtout si vous êtes un artiste, va finalement émerger, sortir. Regardez des hommes tels que Michel-Ange et Léonard de Vinci - attention, je ne me compare pas à eux ! - ils étaient vénaux, ils avaient des défauts, et pourtant leurs œuvres étaient très sensibles, et cela vient de l'humiliation, de la douleur. Parce qu'ils ont été abîmés. Nous avons tous été meurtris mais il en ressort quelque chose de meilleur si nous nous en donnons la peine. (Il s'arrête, souhaitant clarifier des propos qu'il a lus dans la presse australienne selon lesquels il serait égaré par le dogme catholique qui veut qu'il n'y ait pas de salut hors de l'Eglise.) Ce n'est pas du tout ce que l'Eglise enseigne. Elle dit que la grâce du Christ n'est pas seulement en ceux qui ont la foi chrétienne mais que même ceux qui ne sont pas chrétiens peuvent être sauvés. D'accord ?

- Cela a-t-il nécessité beaucoup de courage de faire ce film ?
Je ne sais pas. Je ne suis pas courageux. J'ai été terrifié toute ma vie. Quand j'étais enfant, ma famille était persécutée parce qu'elle était catholique. Je me souviens de cela. Ça arrive à tout le monde. Ça arrive aux catholiques. Ça arrive aux juifs. Ça arrive à beaucoup de gens qui sont persécutés pour ce qu'ils sont. C'est quelque chose de terrible. Donc ce n'est pas du courage. Je crois simplement que les Evangiles sont des vérités. Je base ma foi sur ces témoignages des Evangiles. Et je souhaitais avoir une traduction de cette histoire qui ne soit pas encombrée d'un décorum inutile. J'ai vu des versions qui sont inexactes ou bien qui embellissent beaucoup.

- Et ce souci de réalisme implique cette scène insoutenable de la flagellation du Christ ?
Oui. Certains ont dit qu'il n'y avait pas plus de 39 coups mais il est prouvé que cela allait bien au-delà, et que beaucoup en sont morts. Sur le suaire de Turin il y a des marques montrant que cet homme n'avait plus de peau. Il avait un trou sur le côté et une couronne d'épines sur la tête. On a retrouvé des marques de pièces romaines datant du premier siècle sur ses yeux. Et, toujours en analysant ce suaire du premier siècle, découvert des pollens et des graines de cette partie du monde. C'étaient des coups haineux que j'ai tenu à restituer fidèlement. Et c'est certainement la scène de flagellation la plus cruelle qu'on ait jamais vue dans un film.

- Vous avez fait des recherches impressionnantes pour le film...
C'est qu'il y a beaucoup de contradictions qui pouvaient affaiblir notre foi. La politique, la cupidité, l'ego... toutes ces choses qui s'accumulent autour des diverses institutions religieuses et qui obscurcissent le sens profond. La Passion du Christ est censé être un film sur la foi, l'espoir, l'amour, le pardon... donc j'ai pensé que le moyen de se sortir de toute cette m... était de revenir au message, le clair message originel. Les Ecritures ont toujours été controversées. Elles ont été mises de côté, rassemblées, retournées, déchirées et jetées à terre, réinterprétées pendant deux mille ans, et elles ont toujours défié le temps qui passe. Mon film colle assez bien aux Ecritures mais je n'ai pas fait cela à partir de rien. J'ai lu des livres, j'ai parlé à des spécialistes de la Bible, à des spécialistes du Talmud - j'ai travaillé dur pendant ces douze années. Ce ne sont pas les Ecritures selon Mel. D'une certaine façon, c'est mon interprétation et ma vision, oui. Les Ecritures ne mentionnent pas un âne mangé par des vers. Elles ne mentionnent pas que la mère de Jésus essuie son sang. Mais je ne pense pas avoir trahi les Evangiles. Je pense leur avoir été fidèle.

- Pouvez-vous nous dire un mot des accusations d'antisémitisme, accusations apparues avant même qu'on ait vu le film ?
C'est curieux n'est-ce pas ? Avant même que j'ai fini les prises de vue, les boulets de canon volaient au-dessus de nos têtes et le film, dès lors, fut jugé sommairement et condamné avant même que je puisse le sortir. Je ne sais pas quoi dire là-dessus. Cela a été une année difficile. Je ne suis pas ici pour pointer un doigt accusateur, et ce n'est certainement pas non plus l'intention du film. Je suis resté silencieux face à ces propos assassins. Mais je m'en suis tenu au principe que je suis censé respecter, celui de la tolérance. (Un sourire éclaire son visage.) Je dois recevoir les coups et agir comme un homme, vous savez. Je voulais que le film soit sur Jésus et son sacrifice. C'est un sacrifice pré-ordonné. La volonté du Tout-Puissant, librement acceptée par la victime. Quand ils disent : "Qui a tué Jésus ?"... Eh bien je crois que c'est nous tous. Il est mort pour les péchés de tous les hommes de tous les temps. Certains, particulièrement à certaines époques du passé, ont accusé les juifs de la mort du Christ mais nous sommes tous frères dans la culpabilité. Et la papauté a condamné toutes les formes de racisme et d'antisémitisme.

- Quelle a été votre source d'inspiration pour l'esthétique du film ?
J'aime beaucoup le Caravage et son sens du mouvement. Ses éclairages très cinématographiques semblent jaillir de projecteurs. Et ses thèmes sont toujours religieux et toujours violents. Il y a beaucoup d'artistes très différents que j'admire et qui m'ont influencé, mais le Caravage se détache nettement. La seule chose que nous savons sur cet homme provient des archives de prison. C'était un homme rude, mais de sa vénalité et de sa nature bestiale jaillissait cette expression divine sur la toile.

- Quel est l'avenir de Mel Gibson, acteur ou réalisateur ?
Je n'en ai vraiment aucune idée. Je pense que quand tout cela sera terminé nous irons dans un endroit où personne ne pourra me trouver. Vous savez où, n'est-ce pas ? Où ils ne peuvent pas vous trouver ? Je vais planter ma tente près des armes de destruction massive ! (Ce qui prouve que, quoi qu'il arrive dans le monde et dans les films, le sens de l'humour de Mel Gibson demeure intact.)
 
 
Tarak Ben Ammar annonce la sortie du film de Mel Gibson le 31 mars en France
 
paru dans Yahoo les 1er et 8 mars 2004
 
Le film controversé de Mel Gibson "La Passion du Christ" sortira le mercredi 31 mars sur les écrans français, a-t-on appris auprès de Quinta Communications, société du producteur tunisien Tarak Ben Ammar, qui va le distribuer en 600 copies minimum. Tarak Ben Ammar, 54 ans, a déjà produit "Jésus de Nazareth" de Franco Zeffirelli (1977), "Le Messie" de Roberto Rossellini (1975), "La Bible", une saga télévisée, et "Femme fatale" de Brian de Palma. Selon l'hebdomadaire Le Film Français, le producteur sortira le film via une structure de distribution (Quinta Distribution) créée deux mois plus tôt que prévu. En annonçant avoir obtenu les droits de "La Passion du Christ" pour la France, le producteur avait déclaré : "Naturellement, ce film n'est pas raciste et n'est pas antisémite. La cabale qui a été montée sur le film, c'était avant qu'il ne sorte, sur un scénario qui n'était pas le scénario du film".
 
"J'ai cru que c'était mon devoir en tant que musulman qui croit en Jésus et parce que je respecte et j'ai été élevé dans les trois religions (monothéistes, ndlr) de faire voir ce film aux Français, de leur donner la possibilité de le juger par eux-mêmes", a expliqué Tarak Ben Ammar. Attendu par certains groupes chrétiens ou vivement critiqué par des organisations juives qui craignent qu'il n'alimente l'antisémitisme, le film de l'acteur-réalisateur australien, sorti mercredi 25 février aux Etats-Unis, a été accueilli par de très vives critiques en raison de sa violence.

 

Tarak Ben Ammar a affirmé que le film de Mel Gibson était "un film sur la cruauté humaine". "C'est un film contre l'intégrisme, c'est un film contre les foules, et c'est ce film que j'ai tant aimé et que j'ai souhaité en tant que producteur, pour une fois, distribuer", a-t-il ajouté. "C'est un film sur l'amour et sur le pardon, puisque Jésus pardonne même ceux qui l'ont fait souffrir", a estimé Tarak Ben Ammar. Interrogé sur les scènes violentes contenues dans le film, Tarak Ben Ammar a expliqué que Mel Gibson avait souhaité "un film réaliste" et "exact aux Ecritures saintes". "Il a voulu montrer la barbarie des Romains..."

 

Tarak Ben Ammar a précisé qu'il avait "rencontré Mel Gibson il y a trois ans". "Je souhaitais produire ce film avec lui en Tunisie, mon pays d'origine, mais les événements du 11 septembre en ont décidé autrement. Le film a été fait en Italie." Distribuer un film "est une première pour moi", a souligné Tarak Ben Ammar. "La Passion du Christ", toujours en tête du box-office américain, pourrait totaliser 212 millions de dollars en deux semaines aux Etats-Unis.
 
 
"Le but de Mel Gibson est d'évangéliser"
 
Habib C. Malek, spécialiste de l'histoire de la pensée européenne moderne et professeur à la Lebanese American University (LAU), campus de Byblos, a assisté, en compagnie du réalisateur, à la première projection de "La Passion"
 
paru dans Magazine le 12 mars 2004
 
- Vous avez assisté à Washington à la première projection du film, en compagnie de Mel Gibson...
C'était en juillet dernier et grâce à mes liens avec l'American Enterprise Institute, fondé en 1959 par William Baroudi. Il s'agit d'une institution privée assez connue parmi les centres de recherche, à qui l'Administration américaine confie des études. Le fondateur, également conservateur, avait développé le concept d'une relation binaire entre religion et vie publique. Depuis, un religieux est affilié au centre. Mel Gibson avait organisé une projection pour des journalistes et penseurs de revues chrétiennes triés sur le volet, afin de recueillir l'impact du film sur un public spécialisé. A qui il a été demandé de ne rien écrire sur ce qu'ils allaient voir parce que des fuites du script avaient déjà enflammé les accusations antisémites au printemps 2003. C'est donc à travers mon amitié avec le théologien catholique Michael Novak de l'AEI, qui par ailleurs était venu au Liban en 1998 pour le 50e anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme, que j'ai pu obtenir une invitation. Nous étions dans un théâtre de la Motion Picture Acadamy avec l'équipe d'Icon Productions. J'ai eu l'impression qu'on ressemblait aux premiers chrétiens clandestins des cavernes.
 

- Avez-vous discuté avec le réalisateur ?
Avant le lancement de la projection, il a commencé par dire "bon film", puis s'est repris : "Non, plutôt bonne expérience !", car le film est vraiment bouleversant. A la fin, quand les lumières se sont rallumées, l'émotion était visible sur les visages. Puis une heure de débat a suivi. Mel n'a pas caché que son objectif était de créer un choc sur les chrétiens, en mettant en avant la souffrance et la crucifixion dans l'Occident de la luxure, parce le christianisme est un sacrifice jusqu'à la mort. "Mon but premier est d'évangéliser", a-t-il avoué. Avant de donner l'exemple de son avocat, athée, qui, après avoir vu le film, a planché sur la lecture des quatre Evangiles. Gibson disait que c'est le saint Esprit qui a dirigé le film. Mais quand il a évoqué des miracles qui ont eu lieu lors du tournage, l'assistance était réticente. "Come on Mel !", lui a-t-on lancé. Et Gibson de rétorquer : "Il s'en est produit davantage, mais je n'en dirai pas plus." Puis j'ai pu avoir un aparté. Mel Gibson, qui était assez chaleureux, m'a alors raconté qu'en Australie, il allait à l'école avec des Libanais, dont son meilleur ami, jusqu'à ce qu'il l'ait cogné sur le nez !

 

- Pour les registres libanais, vous êtes grec-orthodoxe. Pourtant vous paraissez assez proche des catholiques ?
Charles Malek aimait beaucoup la pensée de saint Thomas d'Aquin, qui était assez œcuménique dans sa foi et proche des protestants dans sa lecture des textes. Deux parmi mes oncles paternels ont adopté le catholicisme en entrant l'un chez les Dominicains l'autre chez les Jésuites. Et puis feue ma mère était la petite-fille du premier pasteur libanais, Youssef Badr, le fondateur de l'Eglise évangélique nationale. Elle s'est pourtant convertie au catholicisme. C'est vous dire que notre maison est assez ouverte. Pour ma part, je suis fier de mon appartenance orthodoxe, mais je vais à la messe des "papistes". Les dogmes chrétiens ont été assis dans les conciles du premier millénaire. A cette époque, l'Eglise était une. Aujourd'hui les quelques désaccords de forme, tels l'infaillibilité du pape et l'immaculée conception, cherchent le chemin de l'unité.

 

- Quelle est votre opinion sur les accusations d'antisémitisme ?
Vatican II avait exhorté les auteurs de pièces de théâtre sur la Passion à tâcher de ne pas créer de tensions antijuives. Car vous savez qu'historiquement, quelques excités, après avoir assisté à de telles pièces, s'en allaient brûler le quartier juif. D'autre part, Vatican II a ouvert la messe à toutes les langues, mais Gibson continue de préférer la messe en latin. Il s'est aussi inspiré des écrits de mystiques qui ont fait l'expérience des stigmates. On ne peut pas lui reprocher ni sa foi traditionaliste ni ses préférences pré-Vatican II. Autre élément : il n'y a que les grands prêtres tel Caiphe, qui ne soient pas "propres". Le Christ leur a pardonné quand il était sur la croix. Le reste des juifs de l'époque et ceux qui se sont succédés à travers les siècles sont innocents pour l'Eglise. Il est compréhensible, aujourd'hui, que ceux-là aient des craintes vis-à-vis du film. Car la recrudescence de l'antisémitisme en Occident, elle non plus, n'est pas fictive.

 

 

 
Copyright 2004 RJLiban