Genève,
l'accord majeur
Le
succès de la lutte
contre le terrorisme
passe aussi par la
paix entre Israéliens
et Palestiniens
par
PAUL QUILES, publié
dans Libération le
13 février 2004
L'auteur
est député du
Tarn, ancien
ministre (a occupé
plusieurs postes
ministériels dont
celui de la Défense
en 1985-1986) - Site
Web de Paul Quilès
Le président
Bush n'a pas dit un
seul mot dans son
grand discours sur
"l'état de
l'Union" (le 20
janvier) à propos
du conflit israélo-palestinien,
alors qu'une grande
partie de son
intervention a été
consacrée à l'Irak
et à la lutte
contre le
terrorisme. Pas un
mot non plus sur la
tentative courageuse
des initiateurs de
l'accord de Genève
pour trouver les
voies de la paix.
Raison de plus pour
revenir sur les
grands mérites de
cet accord.
Un adage prétend
que "le
diable est dans les
détails".
Ici, c'est au
contraire le salut
qui se cache dans l'énoncé
détaillé de toutes
les conditions de la
paix. Jusqu'à présent,
les négociateurs
ont en effet cru
pouvoir construire
la paix sur des
ambiguïtés et des
non-dits. Ils ont
concentré leur
attention sur le
processus de paix en
laissant dans le
vague le résultat
politique auquel il
doit conduire. Ces
tentatives ont voulu
instaurer la
confiance entre les
deux parties, mais
sans leur demander
au préalable de
s'entendre
clairement sur les
buts de la négociation.
Il y a là une
contradiction qui ne
peut conduire qu'à
l'échec.
L'accord de Genève
propose une démarche
inverse. Il définit
le contenu du futur
accord de paix, sans
évacuer aucune des
questions-clés sur
lesquelles les
positions des uns et
des autres
apparaissaient
jusqu'à présent
inconciliables. Sur
chacune de ces
questions celle
du tracé des frontières,
celle des
implantations, celle
des réfugiés et
celle du statut de Jérusalem
, des solutions
claires et équitables,
parce que conformes
aux intérêts
fondamentaux des uns
et des autres, sont
proposées. L'une
des caractéristiques
essentielles de
l'accord est en
effet qu'il réclame
à chacune des deux
parties la quantité
de sacrifice juste
suffisante pour lui
permettre de
sauvegarder
l'essentiel. Ainsi,
en contrepartie de
la renonciation au
droit systématique
au retour, les
Palestiniens
obtiennent leur Etat
sur l'essentiel du
territoire de la
Cisjordanie d'avant
1967, une grande
partie de Jérusalem
et la reconnaissance
du préjudice subi
avec les expulsions.
De son côté, Israël
obtient, en
contrepartie de la
renonciation à la
plupart des
implantations, la
garantie de son
caractère juif, la
paix et la sécurité
de ses frontières.
Cet accord offre
un grand espoir à
tous ceux qui
mesurent les enjeux
de la paix entre
Israël et les
Palestiniens. La
paix, dont on semble
si loin aujourd'hui,
rendrait bien sûr
à des millions de
personnes l'espoir
de retrouver une vie
humaine et digne.
Elle mettrait fin à
plus d'un demi-siècle
de souffrances, de
violences et de
terrorisme. Mais
elle ouvrirait aussi
la voie au règlement
des multiples
conflits qui font du
Moyen-Orient un
foyer de guerre
permanent et qui
retirent toute
perspective de développement
véritable aux
peuples de la région.
Je pense en
particulier au
conflit entre Israël
et la Syrie, à
l'occupation
syrienne du Liban,
aux tensions au
Sud-Liban.
La paix entre
Israéliens et
Palestiniens est une
des conditions du
succès dans la
lutte contre le
terrorisme
international. Car
tant que cette paix
ne sera pas conclue,
les recruteurs du
terrorisme
trouveront un
argumentaire facile
et efficace dans le
refus de reconnaître
aux Palestiniens le
droit de vivre dans
leur Etat, dans la
situation de misère
et de chômage où
le conflit les place
et dans le cycle
interminable des
attentats et de la
riposte militaire.
La paix entre
Israéliens et
Palestiniens
permettrait aussi
d'envisager de manière
réaliste une
participation de la
Syrie et de l'Iran
à un accord global
de sécurité pour
le Grand
Moyen-Orient. Elle
améliorerait de
manière décisive
les perspectives de
stabilisation
politique en Irak.
Elle créerait des
conditions
incomparablement
plus favorables pour
la restauration de
la souveraineté
irakienne et pour le
départ à terme des
forces d'occupation.
Face à ces immenses
enjeux, les
tentatives de règlement
du conflit israélo-palestinien
ont été
dramatiquement
insuffisantes, tout
particulièrement
depuis l'échec des
négociations de
Camp David et de
Taba et l'arrivée
au pouvoir d'Ariel
Sharon.
L'inaction de
l'administration
Bush est patente.
Les partenaires des
Etats-Unis au sein
du Quartet semblent
avoir renoncé à
toute initiative
propre et paraissent
gagnés par le
fatalisme. De leur côté
les extrémistes des
deux camps font prévaloir
leurs méthodes :
multiplication des
attentats d'un côté,
développement de la
colonisation,
construction du mur
de sécurité et
incursions armées
de l'autre.
Dans cette
situation
apparemment bloquée
et chaque jour plus
dégradée, l'accord
de Genève a
l'immense mérite d'énoncer
clairement les
conditions
objectives de la
paix. Il appartient
à présent à
l'Autorité
palestinienne et au
gouvernement Sharon
de prendre
clairement position
sur chacun des
points de l'accord.
Les réactions de
rejet global que
l'on a pu entendre
ne suffisent pas.
Chacune des parties
doit dire clairement
ce qu'elle refuse et
ce qu'elle propose
en lieu et place des
clauses refusées.
Elle devra, dans
sa réponse, tenir
compte d'ores et déjà
des aspirations
d'une population
lasse du conflit et
très largement désireuse
de paix. Un sondage
récent a demandé
à 1.241 Israéliens
et Palestiniens leur
position sur les
dispositions de
l'accord de Genève,
sans en indiquer
l'origine. La réponse
est très
encourageante. Selon
ce sondage en effet,
plus de 50 % des
Palestiniens et des
Israéliens
paraissent soutenir
le contenu de
l'accord.
L'Union européenne
ne doit pas rester
inactive face à cet
espoir nouveau. Elle
doit saisir le
Conseil de sécurité
de l'ONU du contenu
de l'accord de Genève.
Elle doit demander
au Conseil de sécurité
d'établir un mandat
international dans
les frontières
attribuées par
l'accord de Genève
au futur Etat
palestinien en vue
d'y déployer
rapidement une force
d'interposition crédible
dont le commandement
pourrait être confié
aux Etats-Unis.
Parallèlement,
elle doit demander
au Conseil de sécurité
d'intervenir
directement dans le
règlement du
conflit et de mettre
sur pied dans ce but
une conférence
internationale chargée
d'élaborer, en
accord avec les
parties israélienne
et palestinienne, un
règlement de paix
sur la base des
clauses de l'accord
de Genève. Ce règlement
de paix devra être
accompagné d'un
accord général de
sécurité associant
l'ensemble des pays
de la région. Il
devra également être
complété par un
vaste plan de
reconstruction économique
sous l'égide
notamment des
Etats-Unis et de
l'Union européenne.
Espérons que
l'Europe saura
assumer les
responsabilités que
lui créent les développements
actuels de la
situation. Elle
s'est trop longtemps
contentée des
seconds rôles dans
les négociations
sur la paix au
Moyen-Orient. Il lui
appartient
aujourd'hui de
vouloir et d'agir.
Sur cette
question vitale pour
la paix, le PS doit
s'exprimer sans
ambiguïté. Ici
aussi, comme dans l'élaboration
de l'accord de Genève,
le diable n'est pas "dans
les détails". Il
ne faut pas hésiter
à aller au-delà de
formules générales
de soutien à cette
initiative
historique, dire
clairement ce que
nous soutenons, ce
que nous dénonçons.
C'est ainsi que nous
démontrerons le
mieux la fermeté de
nos convictions.