Georges Corm, ancien ministre
libanais des Finances
(1998-2000), économiste et
politologue de renom, est
l'auteur de plusieurs ouvrages
de référence sur le
Moyen-Orient. Il aborde ici un
thème d'actualité, alors que
le conflit israélo-palestinien
prend une nouvelle dimension,
avec une violence rarement
atteinte jusque-là. Pendant
ce temps, l'armée américaine
renforce son contrôle des
derniers bastions talibans
en Afghanistan, résultant
d'une action militaire de
grande envergure faisant suite
aux attentats anti-américains
de New York et de Washington
survenus il y a trois mois.
Le thème en question est
l'efficacité des actions
internationales américaines,
européennes, arabes et des
Nations-Unies au
Proche-Orient. Ces actions
contribuent-elles à limiter
l'embrasement de la région
après les centaines de morts
de l'Intifada palestinienne ?
Au-delà des efforts menés
pour parer au plus urgent, le
conférencier constate
que la situation au Proche et
au Moyen-Orient reste figée.
La violence qui monte en
Palestine de façon
insupportable est un sujet qui
nous préoccupe tous et
demande réflexion. Je fais
partie de ceux qui avaient dit
que les accords israélo-palestiniens
d'Oslo (1993) ne marcheraient
pas et qu'au contraire, cela
allait amener un regain de
violence spectaculaire au
Moyen-Orient. A l'époque, je
me suis fait malmener par tout
le monde, y compris par des
parlementaires européens,
auprès desquels j'avais été
invité à m'expliquer sur
cette critique. Je crois
qu'aujourd'hui on peut
analyser un peu plus
sereinement ce qui s'est passé
et ce que l'on peut faire.
Depuis la fin de la Guerre
Froide, il y a une
ossification de ce que
l'Occident considère comme
ses intérêts stratégiques
au Proche-Orient. J'entends
par là qu'il y a un certain
nombre de dogmes, de croyances
à l'égard de cette région,
qui sont devenus totalement
rigides, qui ne tiennent pas
compte des évolutions. Au
centre de cette doctrine, pour
ce qui est du Moyen-Orient, se
trouvent la sécurité de l'Etat
d'Israël et celle des
approvisionnements pétroliers.
Nous verrons qu'il y règne en
outre un économisme naïf,
qui ne fait qu'aggraver la
situation actuelle. Il existe
des espoirs complètement
irrationnels, que j'ai
d’ailleurs dénoncés dans
le tome deux du "Proche-Orient
éclaté".
A l’issue
de la guerre du Golfe et de la
libération du Koweït (1991),
le Proche-Orient devait être
en principe le nouveau modèle
d'un ordre international
meilleur, où le droit et la
justice allaient enfin régner,
où les agresseurs seraient et
étaient punis, où les droits
des opprimés allaient pouvoir
être enfin reconnus par le
système international. Il
existe un contraste énorme
entre ces espoirs et cette
ossification massive des intérêts
dits "stratégiques"
de l’Occident, qui prennent
maintenant une couleur
coloniale. Dix ans plus tard,
nous sommes ainsi face à une
doctrine stratégique américaine
sur laquelle l'Europe est de
plus en plus alignée. En
effet, la différence française,
puisque la différence européenne
était essentiellement française,
s'estompe totalement. Nous
sommes tous prisonniers de
vocabulaires, de concepts,
dans lesquels nous finissons
par tourner en rond, risquant
de ne pas comprendre ce qui se
passe actuellement sur le
terrain et de ne pas voir
grandir l'instabilité, la
violence et le non-droit. Cela
n'avait plus eu lieu depuis le
début du 19e siècle, c'est-à-dire
depuis la domination
anglo-française sur le
Proche-Orient.
L'UTILISATION
DE L'IDENTITAIRE RELIGIEUX
Il existe
de grandes traditions dans
lesquelles tout le monde peut
se retrouver, notamment celle
du droit naturel, qui a fondé
le droit international
moderne. Si l'on quitte ces
traditions et que l'on se réfère
au Coran, à la Bible ou à l'Evangile,
il n'y a pas d'ordre
international possible. C'est
alors que la théorie à la
mode de Huntington sur la guerre
des civilisations devient
une prophétie auto-réalisatrice,
puisque les gérants du système
international continuent
d'employer le religieux dans
la gestion de ce système, créant
ainsi les conditions de guerre
de religions. Je cite un
exemple de cet investissement
du religieux avec les
mouvements islamiques qui, au
départ, ont été largement
financés par les Etats-Unis.
Nous avons vu comment ces
mouvements islamiques
pouvaient être à la fois
dans l'orbite américaine et,
dans un même mouvement de
conscience historique, être
anti-américains.
C'est ainsi
le cas de ce mélange explosif
dans la révolution iranienne
avec la convergence d'intérêts
à abattre le communisme et
l'Union Soviétique, et à développer
un anti-occidentalisme, qui
est en fait un
anti-colonialisme, dont le
retentissement a été extrêmement
fort dans l'ensemble du monde
arabe. Cet emploi du religieux
a continué en Bosnie, de même
en Tchétchénie, où tout en
ne condamnant pas la Russie,
l'Occident n'empêche pas la
mobilisation islamique. Je
persiste sur ce plan à dénoncer
la thèse intellectuelle
dominante, aux Etats-Unis
comme en France, selon
laquelle on ne peut moderniser
les pays musulmans que par
l'islam et qu'il ne faut pas
chercher à crédibiliser, à
étendre les principes démocratiques
et laïcs qui seraient réservés
à la zone blanche, à la zone
noble du monde.
L'INVESTISSEMENT
DU JUDAISME
L'investissement
dans le renforcement du judaïsme
a été tout aussi fort que
celui fait pour l’islam. Par
exemple, pour négocier la
clause de la nation la plus
favorisée, du temps où
l'Union Soviétique existait
encore, les Américains
avaient posé comme condition
le départ des dissidents
juifs soviétiques. On a vu
progressivement un
investissement massif par les
Etats-Unis dans la
sacralisation de la mémoire
de l'Holocauste, qui devient
la mémoire du 20e siècle.
Cette sacralisation fait complètement
tomber la distinction entre
sionisme et judaïsme, qui
avait permis à beaucoup de
gens de continuer à refuser
ce que faisait l'Etat d'Israël
en matière de violation du
droit international, sans être
taxé d'anti-sémitisme. Nous
constatons de plus en plus
comment, sous le parapluie de
la culture américaine,
l'Holocauste est installé
comme élément central de la
culture occidentale. Cet événement
légitime la création de l'Etat
d'Israël et, bien plus,
permet de continuer la
colonisation sans que cela ne
soulève vraiment
d’indignation en Occident.
Je voudrais
rappeler à ce propos que la
colonisation vient
principalement des Etats-Unis.
Ce sont des citoyens américains,
le plus souvent des Juifs de
New York, qui sont les
militants religieux qui
colonisent. Les Juifs d'Union
Soviétique n'ont pas constitué
le flux le plus important de
la colonisation des
territoires occupés ; ceux-ci
sont prudemment restés dans
les territoires acquis en
1948. C'est un phénomène que
j'ai décrit dans mon ouvrage "Le
Proche-Orient éclaté"
et qui semble être accepté
comme un fait normal. Les
protestations ne vont pas plus
loin qu'un petit froncement de
sourcil. Israël est donc
un espace sacré et central de
la mémoire occidentale. Par
conséquent, il est au-dessus
des lois et l'ensemble de la région
doit être au service de sa sécurité,
quelles que soient les
infractions que commet cet
Etat par rapport aux principes
établis du droit
international. C'est au fond
ce qui a justifié la Guerre
du Golfe et le maintien de
l'embargo sur l'Iraq, ainsi
que toute la politique de containment
dont je vais parler.
Le grand problème
aujourd'hui est que l'Occident
voudrait que le monde arabe
ait vis-à-vis des communautés
juives, notamment israéliennes,
le même type de sensibilité
que les Américains ou les
Européens. Ce qui est
parfaitement impossible pour
des raisons historiques et
objectives : les Arabes n'ont
pas vécu les expériences
traumatisantes de l'anti-sémitisme,
de l'Holocauste et des
horribles massacres commis à
l'encontre des Juifs. Nous
sommes en plein colonialisme
et il ne faut pas avoir peur
de le dire. Seul le
colonialisme peut arriver à
ce degré de surréalisme.
Nous aurions donc pu croire
qu'avec la fin de la Guerre
Froide et du communisme,
l'investissement dans le
religieux aurait cessé. Nous
voyons au contraire que c'est
un mouvement ascendant, qui
est encouragé dans les
cercles académiques, dans les
universités.
LES VIOLATIONS DU DROIT
INTERNATIONAL
Le deuxième phénomène
observable est l'abus du droit
international. Depuis la
Guerre du Golfe, le droit
international est décrédibilisé
par les Etats-Unis, avec le
consentement plus ou moins
tacite de l'Europe. Cette évolution
est de nature à totalement dégoûter
les peuples de la région de
toute idée de démocratie
pouvant provenir de
l'Occident. Cela est extrêmement
grave, puisque cela crédibilise
ce que j'appelle le "millénarisme"
des mouvements islamiques ou
la croyance naïve qu’il
suffirait de rétablir les
conditions socio-politiques
existant à la naissance du
Prophète pour que la
"nation" islamique
redevienne puissante et
respectée. Le principe des
"deux poids, deux
mesures" qu’appliquent
les puissances occidentales au
Moyen-Orient est de nature à
décrédibiliser les valeurs
de droit, de justice dans
lesquelles l'on peut trouver
un terrain commun où
communiquer.
Les théories
telles que celle du Hezbollah
libanais, qui affirment que
seule la lutte armée pourra
libérer les peuples de la région
de cette violence exercée sur
eux, acquièrent de la crédibilité
du fait de l’attitude
occidentale qui n’applique
pas les principes du droit
international de façon égale
entre tous les Etats de la région.
C'est en effet une des première
fois qu'un Etat arabe, le
Liban, a obtenu une évacuation
inconditionnelle de son
territoire par l'armée israélienne
(mai 2000), et ce grâce au
soutien de l'Etat, de l'armée
et de la population. Pour moi,
il ne faisait aucun doute que
l'exemple du Hezbollah allait
se répandre en Palestine, si
les Israéliens ne se décidaient
pas, sept ans après les
accords d'Oslo, à enfin
permettre la création d'un
Etat palestinien.
Ne parlons
pas des droits de l'homme, qui
servent de prétexte à
l'Occident lorsqu'un régime
lui est inamical. Quand cela
leur convient, les Occidentaux
accusent ces régimes de ne
pas respecter les droits de
l'homme. Par contre, quand un
régime est ami, on a beau
regarder à la loupe les différents
rapports des organisations de
droits de l'homme, on ne voit
absolument rien. Là encore,
c'est une farce, celle des
colonialismes. Je pense donc
que pour changer cet état de
fait, il va falloir puiser
dans le passé des luttes
anti-coloniales, qui sont
d'ailleurs des parties de
l'Europe elle-même. C'est
l'Europe qui a développé
l'anti-colonialisme. La
rencontre de la lutte des
peuples colonisés avec la
pensée libératrice
anti-coloniale de l'Europe a
permis la décolonisation. Il
serait donc temps que nous
revenions à cette littérature
pour essayer de se défaire de
cette prison intellectuelle
dans laquelle nous sommes
enfermés aujourd'hui.
LA
SECURITE D'ISRAEL ET LE
PETROLE
La
conception des intérêts
stratégiques des Occidentaux
est donc très simple : tout
le monde est censé travailler
à la sécurité de l'Etat
d'Israël. Aujourd'hui, ce que
l'on reproche à Arafat est
qu'il ne fait pas bien la
police. L'Etat libanais a subi
des représailles colossales
entre 1978 et aujourd'hui,
c'est-à-dire pendant 22 ans,
tout simplement parce que l'on
n'assurait pas la sécurité
de l'Etat d'Israël. Israël a
donc à la fois une valeur
sentimentale dans la
psychologie occidentale, et il
est la sentinelle des intérêts
de l'Occident au Moyen-Orient.
Si vous lisez les mémoires de
Chaïm Weizmann, le premier président
de l’Etat d’Israël, vous
verrez qu'Israël a toujours réussi
à "vendre" sa cause
aux puissances occidentales.
Le sionisme a fait la
promotion de sa cause, en
disant que la création d’un
Etat juif au Proche-Orient en
ferait la sentinelle naturelle
des intérêts occidentaux. La
seule chose qui, récemment, a
réduit l'importance stratégique
de l'Etat d'Israël, est la présence
militaire américaine directe
au Moyen-Orient suite à la
Guerre du Golfe.
Le pétrole
constitue le deuxième intérêt
stratégique au Moyen-Orient.
Les Occidentaux ont cette peur
lointaine de se voir couper
l'accès aux puits de pétrole.
Et cet embargo, tout à fait
éphémère, de 1973, a évidemment
alimenté les affabulations
occidentales. Du temps de
Kissinger, on avait formé une
force d'intervention rapide
pour pouvoir débarquer dans
le Golfe. Le régime iraqien a
malheureusement fourni le prétexte
aux Etats-Unis pour enfin
installer leur présence
militaire directe dans la région.
Elle continue tant et si bien
qu'alors que l'on attendait un
geste ferme pour stopper
l'effusion de sang déclenchée
par l'Intifada, le président
américain nouvellement élu a
ordonné des raids aériens
sur Bagdad. Ce fut son
premier geste hautement
symbolique : c'est la
preuve d'un surréalisme
total, celui de toutes les
gestions coloniales.
UN
ECONOMISME NAIF
Le troisième
objectif stratégique, qui intéresse
plus l'Europe que les
Etats-unis, est le contrôle
des flux de migration vers les
pays européens. C'est ce qui
pousse à cet économisme naïf
qui est le troisième facteur
dont je vais parler, et dont
les piliers sont : réforme économique
classique, privatisations,
ouverture du marché, baisse
des droits de douane, adhésion
à l'Organisation Mondiale du
Commerce et à la zone de
libre échange méditerranéenne.
Or, dans cette région du
monde où le secteur privé
n'est ni compétitif, ni
puissant et n'est pas entré
dans le cercle vertueux de
l'industrialisation, ce
programme économique est
complètement saugrenu. Il
contredit en outre le désir
de stopper les flux
migratoires, puisqu'en réalité
il provoque encore plus de chômage
et de demandes d'émigration.
Malgré cela, on continue à
faire comme si l'adhésion à
la zone méditerranéenne de
libre-échange allait arrêter
le chômage, comme si la
privatisation était le remède
miracle à tous les maux, et
comme s'il y avait au
Moyen-Orient un secteur privé
d'un dynamisme fantastique. Ce
n'est cependant pas du tout le
cas.
Nous sommes au contraire en
présence d'une gestion privée
de type oligopolistique, qui
vit sur des rentes et sur la
corruption. Cette situation
est un frein énorme au développement.
Il suffirait d'aller dans des
hôtels de luxe à Qatar, à
Marrakech, au Caire et de
"faire du business",
et tout serait réglé, la
paix serait là. Bien sûr,
cela n'a fait qu'aviver les
tensions, et sur le
terrain la violence est plus
grande que jamais. Il faut
vraiment se poser la question
de savoir comment ce surréalisme
peut passer, comment les
journalistes, qui ont cette
vocation de pouvoir
intellectuel et moral, peuvent
rentrer dans le jeu. Et
il ne s'agit pas seulement des
journalistes :
intellectuels et écrivains
sont aussi concernés.
LA DOCTRINE DU CONTAINMENT
Le dispositif des intérêts
stratégiques a été prolongé
avec la doctrine du containment
et des Rogue States ou
Etats hostiles. Un exemple
nous a été donné par
l'affrontement entre l'Iraq et
l'Iran (1980-1988), que l'on a
opposés l'un à l'autre puis
que l'on a mis en quarantaine
à des degrés divers. Ces
Etats servent de repoussoir très
pratique. Au Liban, on a
confirmé l'emprise de la
Syrie. On est en fait resté
dans le sillage de l'accord
sur les lignes rouges de 1976.
Evidemment, le retrait israélien
déséquilibre un peu l'équation
de ces lignes, mais l'on sent
très bien que les Etats-Unis
n'ont aucune envie de toucher
à ce statu quo qui
existe au Liban. De toute façon,
les accords de Taëf (1989)
ont été conçus de telle
manière que les pouvoirs
constitutionnels libanais ne
peuvent pas fonctionner sans
un arbitre extérieur.
On constate
aujourd'hui que la politique
menée est tout à fait
rigide, qu'elle ne veut pas
bouger d'un cran. C'est pour
cette raison que je dis qu'il
y a une ossification extrêmement
forte de la conception que
l'Occident se fait de ses
propres intérêts stratégiques.
Toucher au statut exceptionnel
de l'Etat d'Israël, qui est
aussi une puissance nucléaire,
semble impossible. On continue
cependant à dire que l'on ne
permettra pas les armes de
destruction massive en Iraq et
en Iran, alors que la
possession de l'arme nucléaire
par Israël est considérée
comme normale. Il est
impensable de quitter
militairement le Golfe
arabo-persique, de lever
l'embargo sur l'Iraq et
l'Iran. C'est tout le prestige
des Etats-Unis qui est derrière
cette opération. Ce qui est
malheureux aujourd'hui,
c’est que cela est devenu
une partie intégrante de
l'ossification de la doctrine
stratégique occidentale.
Comment y toucher ? Comment
demander à la Syrie de
quitter le Liban ? Comment
imaginer un développement économique
dans la région ? Comment
lever l’embargo sur l’Iraq ?
LA
NECESSITE D'UN DEVELOPPEMENT
ECONOMIQUE DANS LA REGION
Au fond, on peut se
demander pourquoi ces
ressources énergétiques
colossales n'ont pas servi à
mettre en route un véritable
développement industriel dans
la région, qui pourrait
assurer un emploi aux millions
de jeunes Arabes, qui entrent
chaque année dans la vie
active, et qui ont cette
fertilité extraordinaire que
tout le monde dénonce, qui
font trop d'enfants. Le pétrole
n'est pas du tout utilisé
pour stimuler une véritable
renaissance industrielle, dont
ces pays ont besoin pour résoudre
la crise démographique, la
crise de l'emploi, sur
lesquelles prospèrent tous
les millénarismes. Les incohérences
économiques sont donc de plus
en plus grandes, et plus nous
faisons du libre-échange, même
entre nous Arabes, plus nous
tuons les opportunités
d'emploi. Si j'en avais eu la
possibilité au Liban,
j'aurais arrêté tous les
accords avec les autres pays
arabes, y compris avec la
Syrie, jusqu'à ce que je
puisse avoir une industrie et
une agriculture quelque peu
compétitives. Je crois que ce
système ne peut pas éternellement
durer.
En
conclusion, je sais que le
"dialogue des
civilisations", le
"dialogue des
cultures", est le sujet
de la Francophonie et des
Nations-Unies pour l'année
2001, mais je vous conjure de
ne pas tomber dans le piège
et de revenir au droit, à la
morale, à la justice. Les
religions n'ont rien à faire
dans cette histoire de gestion
du système international.
Elles sont exploitées,
manipulées, instrumentalisées,
mais ce ne sont pas elles qui
sont en cause. J'aurais plutôt
proposé, comme sujet pour la
Francophonie, la
"fracture sociale"
dans le Tiers-Monde ou à l'échelle
du monde, qui est bien plus
dans l'esprit impertinent de
l'exception culturelle française. Cette
histoire de "dialogue des
civilisations" est une façon
de ne pas aborder directement
les problèmes politiques et
de prolonger les souffrances
que nous avons sur le terrain,
que ce soit en Iraq, en
Palestine ou au Liban. La
presse a un rôle extrêmement
important à jouer : elle ne
doit pas être le prolongement
des pouvoirs qui gèrent le
système international, mais au
contraire constituer un
pouvoir moral qui doit dénoncer
les écarts. Il faut refuser
l'idée que la realpolitik,
la raison d'Etat, est la seule
approche sérieuse. Je vous
remercie.
Dernières
publications de l'auteur
:
La
Méditerranée, espace de
conflit, espace de rêve ,
éditions l'Harmattan ,
Paris , octobre 2001
Le
Proche-Orient éclaté (en
un volume, édition mise à
jour et augmentée) , éditions
Gallimard , collection Folio
histoire , Paris , avril
2001