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Au centième
anniversaire de l'
"entente
cordiale", les désaccords
persistants, qui
opposent la France et
la Grande-Bretagne à
propos de la guerre en
Irak et de la
construction européenne,
ne rendent-ils pas nécessaire
une redéfinition de
cette alliance ?
Nos récentes
difficultés n'ont
rien de nouveau.
L'entente cordiale est
née des problèmes
qu'il y avait à l'époque
entre Londres et
Paris. Comme
puissances coloniales,
nous étions en compétition
en Afrique et en Asie.
L'accord de 1904 a
permis de calmer cette
rivalité et de créer
des rapports apaisés
qui ont survécu à un
siècle d'une histoire
européenne particulièrement
troublée. Nous devons
donc mettre à profit
ce centenaire pour
renforcer nos
relations. Il ne faut
pas que notre querelle
de principe à propos
de l'Irak aboutisse à
des divisions irréparables.
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Lors du 26e
sommet
franco-britannique,
Jacques Chirac a parlé
de "confiance
cordiale". Ce qui
impose des preuves
quotidiennes de
l'amitié entre les
deux pays.
Partagez-vous cette
analyse ?
Pour préserver une
relation, pour
l'approfondir, il faut
y travailler. Ce qui
est vrai d'un mariage
l'est aussi des
relations
franco-britanniques.
Or les preuves concrètes
de notre harmonie ne
manquent pas.
Aujourd'hui, on compte
250.000 citoyens français
vivant en Grande
Bretagne et 100.000
Britanniques qui sont
propriétaires de
maisons en France.
Quelque 1.300 sociétés
françaises ont
investi dans le
Royaume-Uni et 1.800
sociétés
britanniques en
France. Entre nos deux
gouvernements, la
collaboration est
d'autant plus intense
que, dans mon cabinet,
par exemple, plusieurs
de mes collaborateurs
sont passés par l'ENA.
Et les actes
s'ajoutent aux mots :
ainsi pour le règlement
de l'affaire des réfugiés
de Sangatte.
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Apparemment, Londres a
conclu de l'élargissement
de l'Europe que le
moteur franco-allemand
est désormais trop
faible pour faire
tourner une Union à
vingt-cinq. Alors, n'êtes-vous
pas en train de
pousser à
l'organisation d'un ménage
à trois avec la
Grande-Bretagne ?
Je ne dirai pas que le
moteur franco-allemand
est trop faible. Ces
deux pays pèsent un
poids considérable :
140 millions
d'habitants et la
moitié du PIB de
l'Union. Les difficultés
économiques qu'ils
connaissent
aujourd'hui finiront
donc par être surmontées.
Mais associer le
Royaume-Uni au moteur
franco-allemand
correspond à la
logique puisque
l'Europe passe de 15
à 25 membres. Ce qui
explique que Gordon
Brown, notre ministre
des Finances, ait
approuvé la France et
l'Allemagne dans leur
décision de
s'affranchir du pacte
de stabilité qui
encadre l'euro. Dans
le domaine économique,
quand il y a collision
entre les règlements
et la réalité, c'est
toujours la réalité
qui gagne.
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Ce ménage à trois a
pu donner toute sa
mesure lorsque, de
concert avec Dominique
de Villepin et Joschka
Fischer, vous vous êtes
rendu en Iran pour
tenter de convaincre
ce pays de renoncer à
ses ambitions nucléaires.
La Grande-Bretagne a
aidé ses partenaires
à court-circuiter les
néoconservateurs de
Washington qui étaient
hostiles à toute négociation
avec Téhéran. Ce
faisant, votre pays ne
s'est-il pas rallié
à la thèse d'une
politique étrangère
commune ?
La politique étrangère
de l'Union européenne
est inscrite sur un
morceau de papier.
Avec notre mission à
Téhéran, nous lui
avons donné une
substance. Nous représentions
trois pays qui,
disposant d'une
industrie nucléaire
à usage civil,
pouvaient offrir un
accès crédible à
cette technologie de
pointe. Quant à soupçonner
Londres d'avoir
participé à un
mouvement tournant
contre les Américains,
c'est faux. Grâce à
nos relations étroites
avec les Etats-Unis,
nous avons pu dire aux
responsables de
Washington :
"Nous pensons
qu'en approchant
l'Iran de cette manière
nous avons une chance
de réussir."
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Mais Javier Solana,
qui est supposé tenir
le rôle de ministre
des Affaires étrangères
de l'Union européenne,
a été laissé sur le
bord de la route.
Pas du tout. Il est
simplement exclu que
la politique étrangère
de l'Europe puisse être
faite par la seule
Union européenne. Il
y aura toujours une
double action : celle
des Etats membres et
celle de l'Union.
C'est particulièrement
vrai pour des nations
comme le Royaume-Uni
et la France : nos
gouvernements ne
renonceront jamais à
la décision finale
parce qu'au centre de
tout il y a la défense.
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Votre gouvernement
participe activement
au chantier d'une défense
commune. Mais pour
rassurer les Américains,
inquiets que l'Otan
puisse être
concurrencée, la
Grande-Bretagne a
esquivé toute réponse
précise au problème
d'un quartier général
européen distinct.
Combien de temps
supporterez-vous ce
grand écart ?
Nous n'avons pas
esquivé le problème
du QG. Nous sommes
convaincus que tout dépend
des missions que
l'Europe entreprend.
La coexistence du
Shape, pour l'Otan, et
des états-majors
nationaux n'entraîne
alors aucune difficulté.
L'opération européenne
de Bunia au Congo, qui
est pilotée par la
France, se trouve
naturellement organisée
par un état-major
national. De son côté,
Jacques Chirac a
souligné, lors du
sommet
franco-britanique de
novembre, que l'Otan
se trouve
effectivement au coeur
du système de défense.
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La capture de Saddam
Hussein,
officiellement
applaudie par la
France, va-t-elle
faciliter un règlement
du contentieux irakien
entre Londres et Paris
?
Le passé est le passé.
Ce qui m'intéresse
c'est que la situation
en Irak s'améliore.
Il y a moins d'opérations
terroristes. L'Irak
restera uni dans ses
frontières. Enfin, ce
pays va se doter d'un
système plus représentatif
qui, avec le temps, débouchera
sur la démocratie.
Rappelons-nous qu'il a
fallu à la France et
à la Grande-Bretagne
des siècles et
beaucoup de sang versé
pour se transformer en
démocraties.
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Qu'en est-il du
remodelage du
Proche-Orient dont,
selon les néoconservateurs,
la libération de
l'Irak devait être
la première étape
?
Depuis la capture de
Saddam Hussein, nous
avons eu de bonnes
nouvelles en
provenance de l'Iran
et de la Libye,
soudain plus disposés
à négocier. Quant
au conflit israélo-palestinien,
il faut bien voir
que, paradoxalement,
George W. Bush a
accompli de grands
pas vers l'analyse
européenne. C'est
lui qui s'est fait
l'avocat d'un Etat
palestinien. Pas
Bill Clinton. Il
peut y avoir des
différences
tactiques avec la
Maison-Blanche. Mais
l'objectif stratégique
reste le même. Nous
devons travailler
avec les Américains
car l'Europe seule
ne peut rien. Il est
inutile de prétendre
le contraire.