Colin
L. Powell : La
vision américaine
d'un monde meilleur
De
la capture de Saddam
Hussein aux
concessions de
Mouammar Kadhafi :
un regain
diplomatique des
Etats-Unis ?
paru
dans le Figaro le 2
janvier 2004
Extrait
d'un article du Secrétaire
d'Etat américain
paru dans le nouveau
numéro de la revue
Foreign Affairs
(janvier-février
2004)
Aujourd'hui,
lorsque la plupart
des gens pensent à
la politique étrangère
des Etats-Unis, ils
ont d'abord à
l'esprit les différents
aspects de la lutte
contre le terrorisme
: la reconstruction
de l'Irak et de
l'Afghanistan, les
problèmes du
Moyen-Orient, les
cellules terroristes
qui subsistent en
Asie du Sud-Est, en
Europe et même aux
Etats-Unis. Ce souci
est bien compréhensible.
Le terrorisme
international nous a
littéralement frappés
de plein fouet le 11 septembre
2001. Pour des
raisons aisément
intelligibles, le
peuple américain
meurtri exige que
les auteurs de ces
attentats soient
traduits en justice.
Les Américains réclament
également une
politique étrangère
qui empêche une
telle tragédie de
se reproduire. Aussi
longtemps qu'elle se
révélera nécessaire,
la guerre contre la
terreur restera la
priorité de la
politique étrangère
des Etats-Unis : le
terrorisme, qui va
souvent de pair avec
la prolifération
d'armes de
destruction massive,
est la menace la
plus importante à
laquelle sont
confrontés les Américains.
Mais pour autant,
cette menace n'est
pas la seule
question qui nous préoccupe.
Le président George
W. Bush a la
vision d'un monde
meilleur. Il a aussi
une stratégie pour
traduire cette
vision dans les
faits. Rendue
publique pour la
première fois en
septembre 2002
dans le rapport sur
la politique de sécurité
nationale, la stratégie
américaine est
ambitieuse et
profonde.
"Sensible aux
occasions
historiques, mais
tout aussi
consciente des
dangers qui nous
guettent, cette
stratégie voit loin
et se projette dans
l'avenir." On
accuse souvent les
Etats-Unis d'unilatéralisme
délibéré. Cela ne
tient pas. Reproche
leur est fait aussi
de favoriser la méthode
militaire forte. Il
n'en est rien. On dépeint
volontiers leur
stratégie comme une
obsession du
terrorisme qui les
inciterait à prôner
la guerre préventive
à l'échelle
mondiale. Cela est
totalement erroné.
La stratégie du président
Bush est avant tout
fondée sur les
partenariats qui réaffirment
avec détermination
le rôle vital de
l'Otan ainsi que
celui des autres
alliances - y
compris celui de
l'ONU. Au-delà du
partenariat, il y a
les principes. La
stratégie du président
américain repose
sur la diffusion des
valeurs de liberté
et de dignité dans
le monde. Le président
a écrit :
"L'Amérique ne
doit pas céder sur
le respect, non négociable,
de la dignité
humaine, sur l'Etat
de droit, sur la
limitation du
pouvoir absolu de l'Etat,
sur la liberté de
parole, sur la
liberté de
religion, sur l'égalité
devant la justice,
sur le respect dû
aux femmes, sur la
tolérance des
religions et des
cultures et sur le
respect des biens
individuels."
Nous sommes définitivement
engagés dans la défense
de toutes ces
valeurs. Ce sont
elles qui
sous-tendent les
partenariats que
nous construisons et
que nous
entretenons. Le
libre-échange et
les nouvelles
initiatives américaines
en faveur du développement
économique ont une
place prépondérante
dans la stratégie
du président. Le président
est également
attaché à notre
implication dans la
résolution des
conflits régionaux,
tel que le conflit
israélo-palestinien.
Une autre de nos
priorités est la
coopération entre
les grandes
puissances
internationales :
c'est la clé de la
réussite de la
guerre contre le
terrorisme. La lutte
contre la terreur et
l'élaboration d'une
relation
constructive entre
les grandes
puissances ne sont
nullement pour nous
des tâches
contradictoires.
Nous menons la
guerre contre le
terrorisme dans
l'esprit d'une coopération
internationale et
nous nous attachons
à resserrer les
liens d'entraide
entre les grandes
puissances, afin de
triompher du
terrorisme. La
logique de cette
double approche
repose sur l'idée
que le terrorisme
menace l'ordre
mondial lui-même,
créant ainsi un
horizon d'intérêts
communs à toutes
les nations
auxquelles importent
les valeurs de paix,
de prospérité et
d'Etat de droit.
Le président Bush a
écrit :
"Aujourd'hui,
les grandes
puissances se
retrouvent toutes du
même côté."
Ce changement est
davantage encore
qu'une bonne
nouvelle : c'est une
nouvelle révolutionnaire.
Pendant de longs siècles,
les penchants impériaux
des nations ont
incité ces dernières
à dilapider leurs
ressources et leurs
talents dans des
disputes pour des
richesses
territoriales, économiques
ou symboliques. La
futilité de ces
pratiques est
devenue patente au
XXIe siècle.
La possession de
vastes territoires
ou de matières
premières et la détention
de la force ne
garantissent ni la
prospérité ni la
paix. C'est, au
contraire,
l'investissement
dans le capital
humain, dans la
confiance sociale,
dans les échanges
commerciaux et dans
la coopération
internationale qui
les garantit.
La force d'une
nation ou sa capacité
à garantir sa sécurité
n'ont plus besoin d'être
dirigées contre la
sécurité des
autres nations. Les
Pères fondateurs de
la nation américaine
avaient l'habitude
de dire que la
politique n'est pas
forcément condamnée
à être un jeu à
somme nulle. Ce
principe a été
adopté par
suffisamment de
peuples sur la planète
pour que des
distinctions d'ordre
qualitatif aient désormais
cours dans les
relations
internationales. Si,
au lieu de
gaspiller, comme par
le passé, vies et
richesses dans leurs
conflits, les
grandes puissances
s'unissaient pour résoudre
les problèmes, nous
serions en mesure de
sauver notre devenir
commun des menaces
que fait peser sur
lui la folie
humaine. Nous ne
devons pas tenir
pour acquise la paix
entre les peuples
car des intérêts
divergents peuvent
encore diviser les
nations et créer
des conflits entre
elles. Nous devons
travailler avec
patience, en ne
perdant jamais de
vue que certains
conflits se sont déjà
rallumés, par le
passé, alors même
qu'on les croyait dépassés.
Nous voulons défendre
la dignité humaine
et promouvoir la démocratie,
aider les peuples à
échapper à la
pauvreté et réformer
un système de santé
publique qui reste
inégalitaire au
niveau mondial. Ces
objectifs que nous
poursuivons et que
nous poursuivrons le
temps qu'il faudra,
exigent que la paix
soit "préservée,
défendue, et propagée",
pour reprendre les
paroles du président.
Il ne faut pas s'y méprendre,
ce sont là les
objectifs cardinaux
de la politique américaine
au XXIe siècle.
Nous luttons contre
le terrorisme par nécessité,
mais nous aspirons
aussi à un monde
meilleur qu'il est
dans notre vocation
de désirer. C'est
pour cela que nous
nous engageons en
faveur de la démocratie,
du développement,
de la santé et des
droits de l'homme.
C'est aussi la
raison pour laquelle
nous entendons
favoriser les
conditions de
l'existence d'un
contexte mondial de
paix durable. Ces
objectifs n'ont pas
vocation à
enjoliver nos intérêts.
Ils sont nos intérêts
mêmes.
Les Etats-Unis
continueront donc à
bénéficier d'une réputation
d'honnêteté et
d'une image de
bienveillance.
Aujourd'hui certains
pays mettent en
doute les
motivations américaines.
Comme nous sommes décidés
à préserver, à défendre
et à propager la
paix gagnée au XXe siècle,
le siècle qui
commence verra la réhabilitation
des Etats-Unis aux
yeux du monde. Il
serait malvenu de prétendre
que la politique étrangère
de l'administration
Bush a été
infaillible. Mais
nous avons toujours
cherché à défendre
les intérêts éclairés
du peuple américain,
parce que nos
aspirations et nos
principes sont
justes.
Nos intérêts font
de nous les
adversaires des
terroristes, des
tyrans, et de tous
ceux qui nous
veulent du mal. De
toutes ces
personnes, nous ne
recherchons ni la
confiance ni
l'approbation : nous
ne leur laisserons
aucun répit. Nos
intérêts
fondamentaux font de
nous les partenaires
de tous ceux qui chérissent
la liberté, la
dignité humaine et
la paix. Nous savons
de quel côté se
trouve l'esprit
d'humanité, et
c'est de là que
nous tirons la force
qui nourrit notre
stratégie.
Finalement, c'est le
seul soutien dont
nous ayons vraiment
besoin.