Accueil
Revue de presse
Communiqués
Interviews
Reportages
Bibliographie
Arts-spectacles
Portraits
Tourisme  
Archéologie  
Religion
Emigration
Météo
 
Liste                           Numéro suivant                           Numéro précédent                          Format impression

INTERVIEW  RJLIBAN  N°17  du 7 décembre 2003 

 
Le général Michel Aoun prêche pour le "Liban libre"

Le général chrétien a dénoncé à Washington l'occupation de son pays par la Syrie
 
par JEAN-PIERRE PERRIN, publié dans Libération le 12 novembre 2003
 
Marginalisé par son exil parisien, le général libanais Michel Aoun refait surface. Aujourd'hui, il mobilise la justice libanaise qui a engagé des poursuites et voudrait l'extrader de France, refait la une des quotidiens libanais et se voit même défendu bec et ongles par Washington. Ce qui a provoqué la colère de Beyrouth, ce sont ses déclarations, le 17 septembre, devant le Congrès américain. L'ancien chef d'un éphémère gouvernement de militaires chrétiens, chassé du pouvoir en 1990 par l'armée syrienne, y comparaissait comme témoin devant une commission qui discutait d'un projet de loi sur l'imposition de sanctions à Damas pour son "soutien au terrorisme" et son "occupation du Liban".

L'ex-commandant en chef de l'armée libanaise y accusait notamment la Syrie d'avoir fait assassiner deux présidents libanais, Béchir Gemayel et René Mouawad. Et comparaît le pouvoir syrien à "un syndicat du crime organisé". La justice libanaise répliquait en engageant des poursuites contre lui, estimant que ses propos avaient nui aux relations entre Beyrouth et Damas ­- qui maintient toujours quelque 20.000 hommes au Liban ­- et incité à la haine religieuse. Le 24 octobre, un mandat d'arrêt était lancé contre lui pour défaut de comparution devant le parquet de Beyrouth. Une demande d'extradition à la France était même étudiée -­ à laquelle il n'y a aucune chance que Paris réponde. Immédiatement, le département d'Etat réagissait sévèrement contre Beyrouth. L'ambassadeur américain au Liban se faisait même menaçant : "Le gouvernement libanais a intérêt à faire respecter la liberté d'opinion."

Depuis la guerre en Irak, les partisans d'Aoun estiment que le vent a tourné en leur faveur. Ils savent Damas dans le collimateur américain, d'autant que nombre de "terroristes" agissant en Irak transitent par ce pays. La Chambre des représentants a d'ailleurs voté dernièrement à une écrasante majorité le Syria Accountability Act et le Lebanese Sovereignity Restoration Act (Salsa) qui menacent Damas de sanctions économiques et diplomatiques s'il ne se retire pas du Liban. "Nous avons dit clairement à la Syrie ce qu'elle doit faire. Le Liban a besoin d'être libéré à l'avenir. (..) Nous sommes soucieux de voir s'opérer un changement de régime. Ceux qui ont supporté le terrorisme et qui sont installés au Liban, comme le Hezbollah, doivent partir", renchérissait, le 15 octobre, Condoleezza Rice, la conseillère pour la sécurité nationale de Bush. Les proches d'Aoun estiment de bon augure que, pour la première participation à une législative (partielle), début septembre dans une circonscription maronite, l'un de ses partisans, Hikmat Dib, ait été devancé de peu par le candidat prosyrien. Dès la mi-novembre, ils ont l'intention de lancer à Paris une grande campagne de mobilisation en faveur du "Liban libre".

 
 
Syrie, la stagnation : Damas ouvre le parapluie européen
 
Dans le collimateur américain, la Syrie se tourne vers les pays de l'Union, notamment vers la France
 
par SCARLETT HADDAD, publié dans l'Express du 13 novembre 2003
 
Au bout du no man's land entre le Liban et la Syrie, du côté de la frontière syrienne, un restaurant flambant neuf de la chaîne américaine Dunkin' Donuts a ouvert ses portes tout récemment. Le rêve américain à deux heures de route de Damas... Pour autant, les relations de la Syrie avec les Etats-Unis sont loin d'être au beau fixe. Les Américains, qui reprochent notamment à la Syrie de ne pas avoir coupé les ponts avec les organisations extrémistes palestiniennes, ont ressorti du placard le Syria Accountability Act, un projet de sanctions diplomatiques et économiques. Adopté le 15 octobre par la Chambre des représentants, le texte doit maintenant être approuvé par le Sénat, puis par Bush. Du coup, la Syrie, après avoir espéré un rapprochement avec Washington, se tourne vers les Européens. Les Syriens, qui d'abord ont traîné les pieds, refusant l'accord d'association offert par l'Union européenne jugé trop contraignant, ont décidé de tout mettre en œuvre pour pouvoir le signer avant la fin de l'année. Le président Bachar el-Assad a même prévu de rendre visite aux institutions européennes à l'occasion d'un voyage officiel en Belgique, en décembre.
 
Le chef de l'Etat syrien compte sur la France pour accélérer le rythme des réformes, notamment la modernisation de l'appareil d'Etat. Paris a envoyé une mission spéciale chargée d'évaluer les besoins de l'administration. Une coopération très étroite se met en place entre l'Institut national de l'administration syrien et l'université Bordeaux-Montesquieu, en France, pour la formation des hauts fonctionnaires. Un DES de finances a aussi été créé à l'université de Damas. Reste que les choses avancent, comme toujours en Syrie, avec une extrême lenteur, et que le dernier remaniement ministériel a déçu tous ceux qui espéraient que les choses allaient enfin bouger. "Chaque pas en avant s'accompagne d'un autre en arrière. Mais il faudra bien que le régime se décide. Ni la France ni l'Union européenne ne pourront l'aider s'il maintient un tel statu quo", commente l'un de ces déçus, professeur d'économie à Damas.

 

 
Michel Aoun : "Le règne des hauts-commissaires syriens prendra bientôt fin" 
 
paru dans l'Orient-le Jour le 13 novembre 2003 
 
L’ancien Premier ministre, le général Michel Aoun, a réitéré hier son opposition à tout projet d’implantation des réfugiés palestiniens au Liban et à la résolution élaborée par la Chambre US des représentants Ileana Ros-Lehtinen. Contacté par L’Orient-Le Jour, le général Aoun a affirmé : "Nous plaidons en faveur du droit au retour des Palestiniens, conformément aux résolutions internationales. De toute manière, il nous est impossible de les accueillir au Liban pour des raisons de densité, de superficie, d’espace et de ressources." "Le Liban est un pays voué à l’émigration. C’est bien pour cela qu’il y a 14 millions de Libanais à l’extérieur et seulement quatre millions sur le territoire libanais. Par ailleurs, l’implantation des Palestiniens constitue une menace pour les structures et l’équilibre sociologiques du Liban. Au cas où cette implantation a lieu, c’est d’une rupture avec les valeurs, la mission et le message libanais qu’il s’agira", a-t-il indiqué. "Je m’oppose complètement à cette résolution, qui n’a absolument rien à avoir avec le Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act (SALSA). Il n’y a que les ennemis du Liban qui ont fait le lien entre les deux. Malheureusement, les Libanais ne savent pas défendre leur cause, à commencer par le rejet de l’implantation", a-t-il ajouté.
 
Concernant par ailleurs l’adoption hier par le Sénat américain du SALSA à une grande majorité, l’ancien Premier ministre a affirmé : "Il s’agit d’une réalisation majeure pour le Liban. Le rétablissement de la souveraineté libanaise est redevenu une constante et une priorité pour la politique étrangère américaine." "Nous ne sommes pas contre le peuple syrien. Ce sont ceux qui tirent profit de l’occupation syrienne qui cherchent à démontrer que l’indépendance du Liban est dirigée contre la Syrie. Au contraire, ceux qui aspirent à de bonnes relations entre Beyrouth et Damas doivent réclamer le rétablissement de la souveraineté libanaise", a estimé le général Aoun. Selon lui, un comité mixte formé de membres de la Chambre des représentants et du Sénat va se réunir pour élaborer la version finale du SALSA après les amendements des deux Chambres. Ensuite, la proposition de loi sera entre les mains du président des Etats-Unis, qui sera tenu de la mettre en application. "Pour le Liban, cela change beaucoup de choses. D’abord, le pays va redevenir libre, indépendant et souverain, et c’est notre objectif principal. La sous-traitance va être supprimée. Le Liban existera pour lui-même, et la solution au problème libanais ne dépendra plus du règlement de la question régionale. Ensuite, il sera possible de mettre en place un plan de redressement économique. Enfin, il n’y aura plus de demi-souveraineté et de demi-indépendance. Le règne des hauts-commissaires syriens prendra bientôt fin", a-t-il conclu.
 
 
Michel Aoun : "Une intervention américaine n'est pas exclue"
 
L'ancien Premier ministre libanais a témoigné à Washington
 
par PATRICK SAINT-PAUL, publié dans le Figaro le 13 novembre 2003

L'ancien Premier ministre libanais Michel Aoun, qui a témoigné devant la Chambre des représentants des Etats-Unis en septembre, y avait appuyé ouvertement le projet de loi de sanctions contre la Syrie. Cela a valu à l'ancien général, farouche adversaire de la soumission du Liban à la domination syrienne, d'être inculpé au Liban le mois dernier pour atteinte à l'image et à l'autorité de l'Etat libanais.

 
- Pensez-vous que les sanctions votées par le Congrès peuvent contraindre la Syrie à mettre un terme à l'occupation du Liban ?
La réaction de Damas dépendra du sérieux et de la détermination de Washington. Les sanctions votées par le Congrès sont symboliques, le niveau des échanges économiques entre les Etats-Unis et la Syrie étant de l'ordre du budget d'un gros restaurant à Washington. L'important, c'est l'inflexion dans la politique américaine. Une intervention américaine en Syrie n'est plus exclue si Damas choisit l'épreuve de force. La Syrie doit comprendre que le monde a changé depuis le 11 septembre et qu'elle ne peut pas gouverner avec la même mentalité, comme elle le fait depuis 40 ans. Certaines espèces ont disparu parce qu'elles ne se sont pas adaptées aux changements climatiques. C'est ce qui guette désormais le régime de Damas. La Syrie voudrait bien se plier aux exigences de Washington. Mais elle est prisonnière de sa politique. Cela fait 40 ans que la Syrie vit sous le règne de la loi martiale. Le peuple syrien a été décimé, laissant beaucoup de rancoeur et de haine. Si le régime se libéralise, il s'effondrera.
 
- La justice libanaise a engagé des poursuites contre vous, pour avoir dénoncé la présence syrienne au Liban. Pourquoi ?
La justice libanaise prend ses ordres auprès des services de renseignements syriens. La Syrie occupe le Liban depuis plus de 27 ans maintenant, malgré la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, datant du 17 septembre 1982, qui stipule le retrait de toutes les forces étrangères du Liban. Israël s'est retiré du Sud-Liban en 2000, mais la Syrie continue de piller les ressources du pays du cèdre. La Syrie est responsable du massacre de milliers de civils libanais et de la destruction de nombreux villages dans le nord du Liban. Elle a bombardé le pays sans relâche et s'est livrée à des assassinats contre des députés, des journalistes, des hommes politiques. Aucune enquête indépendante ne s'est jamais penchée sur ces crimes. Moi-même, j'ai été l'objet de trois attentats. Un million et demi de Libanais ont fui leur pays, où ils étaient privés de liberté et de travail. La Syrie a toujours été une force de nuisance. Quelqu'un doit mettre un terme à son jeu d'influence régionale néfaste.
 
- Les Etats-Unis ont inscrit le Hamas, le Hezbollah et le Djihad islamique sur leur liste d'organisations terroristes et exigent que Damas cesse d'apporter son soutien à ces organisations. Pensez-vous que la Syrie puisse rompre ses liens avec ces organisations, considérés comme des mouvements de résistance dans de nombreux pays arabes ?
S'il n'y a plus de Hamas, de Hezbollah ou de Djihad islamique, il n'y a plus de politique étrangère syrienne, car c'est la principale composante dans la diplomatie de Damas. Les Libanais sont les premières victimes du terrorisme syrien. Le Hezbollah a déclaré qu'il n'y avait plus de société civile israélienne, parce que c'est une société militarisée, justifiant ainsi les attentats contre des civils israéliens. Les Israéliens qui manifestaient pour la paix sont devenus des victimes des attentats et ont perdu leur voie pendant plusieurs années. Les Palestiniens auraient dû continuer de jeter des pierres. A cause des attentats, ils ont perdu le soutien d'une partie de l'opinion internationale. Le terrorisme a aussi offert une justification à la politique de destruction menée par l'armée israélienne contre les Palestiniens.
 
 
22 novembre - L’indépendance, d’hier à aujourd’hui
 

par MICHEL HAJJI GEORGIOU, publié dans l'Orient-le Jour le 21 novembre 2003

Leurs pères ont tous joué un rôle dans le processus qui a débouché, le 22 novembre 1943, sur l’indépendance du Liban, dont nous célébrons le 60e anniversaire, ou le 60e souvenir, selon les perspectives : Béchara el-Khoury, Riad el-Solh, Camille Chamoun, Pierre Gemayel, l’émir Magid Arslane, Abdelhamid Karamé, Sabri Hamadé, Saëb Salam, Adel Osseirane et Hamid Frangié (nous n’avons pas pu joindre le ministre Talal Arslane et l’ancien Premier ministre Omar Karamé). La plupart d’entre eux ont assumé des fonctions dans la chose publique, certains ont même accédé aux plus hauts postes de l’Etat libanais. D’autres y sont encore, quand ils n’ont pas rejoint les rangs de l’opposition et milité pour un autre Liban, différent de l’actuel, et qui serait dans l’esprit du pacte national de 1943. A toutes ces personnalités, L’Orient-Le Jour a posé la même question : Que signifie pour vous l’indépendance, soixante ans après son avènement, où en est-elle, et qu’aurait dit votre père sur la situation actuelle s’il était encore vivant ?

 

Amine Pierre Gemayel
"Pour moi, l’indépendance est un défi de tous les jours. Elle n’est pas seulement une lutte pour préserver ou restaurer la souveraineté. Il faut la construire chaque jour. De toute manière, la souveraineté est une notion très relative à l’heure actuelle, et c’est pourquoi il faut la grignoter par petits morceaux. Il faut également renouveler la foi en l’indépendance, continuer à la construire avec la même détermination et la préserver. Si mon père était là, il aurait réagi de la même manière. Il était un battant, un lutteur. Il a mené des combats en 1943, 1968 et 1975. Pour lui, l’indépendance était un apprentissage de chaque jour, une lutte de chaque jour, une résistance quotidienne."
 
Ali Sabri Hamadé
"L’indépendance est, pour moi, source de deuil et d’infamie. Le deuil est relatif au projet d’Etat né du pacte de 1943, même s’il n’était pas exemplaire. Ce pacte s’est transformé en bien moins qu’un projet de ferme. Et encore : au moins, les fermes ont des propriétaires. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Etat n’applique pas la loi. Quant à l’infamie, nous en sommes tous responsables. Tous les Libanais sont responsables du fait que les choses en soient là. Des hommes d’Etat comme Sabri Hamadé nous manquent. Ils auraient su préserver ce pays avec sagesse. Ils auraient des sages qui ont fait taire leur égoïsme dans l’intérêt du pays."
 
Samir Hamid Frangié
"L’indépendance ? Le Liban n’est pas souverain. Le peuple libanais n’est pas libre de choisir ses représentants et d’exercer sa souveraineté nationale. L’indépendance, dans le cas libanais, est la résultante de deux compromis : l’un est interne et l’autre externe. Le compromis interne existe potentiellement. Quant au compromis externe, il n’existe pas. L’opposition a proposé un compromis historique avec la Syrie. Non seulement cette dernière l’a refusé, mais elle empêche l’émergence du compromis qui existe réellement sur la scène interne. S’il était vivant, mon père serait entré dans une grande colère."
 
Dory Camille Chamoun
"Soixante ans d’indépendance ? Ce n’est pas vrai. Cela fait une vingtaine d’années qu’on ne l’a plus. Nous sommes un pays qui, sur le papier, est censé être libre, mais, dans la réalité, il n’en est rien. Quand on voit comment la Syrie tire les ficelles du pouvoir... Toute décision importante est prise à Damas. Je ne vois vraiment pas comment on peut parler d’indépendance. J’ai souvent dit à ceux qui fleurissent chaque année les tombes des hommes de l’indépendance, lorsqu’ils me demandaient de les accompagner : “Je ne monte pas avec vous, mon père pourrait se lever de sa tombe et me donner une raclée”.
 
Tammam Saëb Salam
"L’indépendance est une réalisation historique dans la marche du peuple libanais. Elle a fait l’unité et la force du Liban. Elle constitue toujours un exemple, soixante ans après. J’espère que le Liban continuera à exister, toutes confessions et communautés confondues, dans l’optique de cette indépendance. Je souhaite au Liban de poursuivre dans l’esprit du pacte et dans le développement, malgré les condition difficiles tant sur le plan interne qu’externe. Le Liban a été édifié sur les bases de tous les Libanais. Certains leaders ont joué un rôle particulier dans cette édification. C’est de ce type de leaders, comme Saëb bey, et de ce type de sacrifices que nous avons besoin aujourd’hui. C’est grâce à eux que l’on restaurera le cours normal des choses, pour construire l’Etat et renforcer la cohésion nationale pour immuniser davantage le Liban."
 
Riad el-Assaad (petit-fils de Riad el-Solh)
"Si Riad el-Solh était encore vivant, il aurait versé une larme. Non par sur les 10.452 km2 ou sur le drapeau libanais, mais sur le fait que le Liban a perdu son rôle sur le plan de la liberté et de la dignité. Par ailleurs, il aurait été rassuré de savoir qu’on a beau essayer de détruire ce pays, il continue quand même à vivre. Riad el-Solh voulait un Liban fort, stable, souverain, indépendant et libre. Mais nous avons perdu la spécificité qui en faisait un pôle dans la région : le message de coexistence. Nous l’avons nous-mêmes saboté. L’indépendance, c’est la souveraineté de la nation et de l’individu. Or le citoyen et la nation disposent d’une souveraineté tronquée. Cela m’encourage à lutter davantage. L’indépendance à laquelle j’aspire, je l’aurai."
 
Ali Adel Osseirane
"L’indépendance est un souvenir glorieux pour tous les Libanais. Nos pères ont consenti beaucoup de sacrifices pour l’obtenir, et cela déjà du temps de la domination ottomane. Ils se sont réunis à la fin de la guerre et ont imposé leur volonté à la France. Et, en s’unissant, ils ont uni leur nation. Mon père aurait dit aujourd’hui ce qu’il a toujours dit aux Libanais, et que je répète à mon tour : “Préservez l’unité nationale, préservez-vous les uns les autres. Le Liban est un message, et nous devons en connaître la valeur.” Je considère pour ma part que l’avenir sera florissant. Les Libanais ont de l’esprit, une pensée, un potentiel et des moyens. Ils ont de quoi faire du Liban un grand pays, malgré les obstacles et les circonstances, qui sont difficiles dans l’existence d’une nation, et que nous devons surmonter."
 
Michel Béchara el-Khoury
"Je peux me féliciter que mon père soit mort, pour qu’il ne voit pas comment l’indépendance s’est évaporée. L’indépendance a disparu, et le vocable utilisé ne correspond plus du tout à la réalité."
 
 
Le Sénat américain vote une loi contre la Syrie
 
Elle prévoit des sanctions économiques et diplomatiques contre Damas
 
par CHRISTOPHE AYAD, publié dans Libération le 13 novembre 2003
 
Voilà un geste qui ne va pas contribuer à détendre l'atmosphère au Proche-Orient. Le Sénat américain a adopté mardi soir, par 89 voix contre 4, la "loi pour la responsabilité de la Syrie et sur la souveraineté du Liban". Ce texte, déjà adopté par la Chambre des représentants le mois dernier, prévoit des sanctions économiques et diplomatiques contre la Syrie, accusée de soutenir le terrorisme et d'occuper le Liban. Cette loi donne de très larges pouvoirs au président George Bush pour exercer des pressions sur Damas, comme restreindre les exportations et investissements américains en Syrie, abaisser le niveau de la représentation diplomatique américaine à Damas, restreindre la liberté de circulation des diplomates syriens ou geler les avoirs syriens aux Etats-Unis. Elle prévoit également l'interdiction d'exportations de produits de haute technologie pouvant trouver une utilisation militaire. Alors que l'administration Bush, satisfaite de la coopération syrienne dans la traque d'Al-Qaeda après le 11 septembre 2001, avait dissuadé le Congrès d'adopter de telles mesures, la dégradation de la situation en Irak a entraîné un très net durcissement à la Maison Blanche. La Syrie, accusée de laisser transiter par son sol -­ volontairement ou pas -­ des combattants islamistes en route pour le "jihad" en Irak, est désormais dans le collimateur américain. Damas, qui fait tout pour boycotter le Conseil irakien de gouvernement nommé par Paul Bremer, mise clairement sur un échec américain en Irak. Le pari, même crédible, est dangereux.

Le silence de Washington, au lendemain d'un raid israélien, le 5 octobre, contre un camp d'entraînement palestinien abandonné à quelques kilomètres de Damas, valait approbation. Cette attaque, la première depuis 1974, a suscité une grande inquiétude à Damas, malgré son apparente fermeté de langage. Washington, qui n'a jamais été aussi proche des positions israéliennes, accuse Damas de soutenir activement le Hezbollah, le Hamas, et le Jihad islamique, entravant ainsi le processus de paix israélo-palestinien. Enfin, dernière pièce d'un dossier déjà chargé : l'administration Bush estime que la Syrie possède des armes chimiques. A défaut de réactions des dirigeants, la presse officielle syrienne a réagi avec un calme apparent au vote de la loi, au risque de sous-estimer la détermination américaine. Jacques Chirac est suffisamment inquiet pour avoir dépêché son principal conseiller diplomatique, Maurice Gourdault-Montagne, lundi à Damas, où il a rencontré le jeune président Bachar al-Assad.

 

 
Nayla Moawad : "En tuant René Moawad, on a voulu attenter à l’indépendance, à la libre décision"
 
Les étudiants de l’USJ se souviennent du président assassiné
 
paru dans l'Orient-le Jour le 19 novembre 2003
 
Les étudiants du campus des sciences sociales de l’Université Saint-Joseph (USJ, rue Huvelin) ont commémoré l’assassinat du président René Moawad, le 22 novembre 1989, quelques jours après son élection à la présidence de la République. Cet événement s’inscrit dans le cadre d’une série de journées consacrées à de grands hommes politiques libanais contemporains, à l’instar de Béchir Gemayel, l’imam Moussa Sadr, Camille Chamoun ou Kamal Joumblatt. L’objectif étant de sortir des mémoires collectives partielles et de jeter les bases d’une mémoire collective nationale. L’USJ a ainsi rendu hommage à l’un de ses anciens étudiants (promo 1948 de la faculté de droit, comme Michel Eddé et Elias Sarkis) et à un homme qui, aux yeux de beaucoup de Libanais, s’est sacrifié pour l’unité et l’indépendance du Liban. Un hommage marqué surtout par le mot très émouvant, à la fois panégyrique du défunt et bilan noir des 15 années post-Taëf, de Mme Nayla Moawad. Une exposition-photo retraçant le parcours de l’homme a été organisée sur le campus de l’université, ainsi qu’une vente de livres et du DVD du documentaire réalisé par la chaîne New TV sur René Moawad. Le montant des recettes, s’élevant à 1.200 dollars, a été entièrement reversé par la Fondation René Moawad à la caisse du service social de l’USJ.

En soirée, une conférence sur René Moawad a été organisée à l’amphithéâtre A de l’université, en présence d’un grand nombre de personnalités, parmi lesquelles le fils du président Moawad, Michel Moawad, l’ancien président de la République Amine Gemayel, le ministre de l’Economie Marwan Hamadé, l’ancien Premier ministre Sélim Hoss, l’ancien ministre Fouad Boutros, les députés Nassib Lahoud, Boutros Harb, Salah Honein, le représentant personnel du général Michel Aoun, le général Nadim Lteif, Mme Sethrida Samir Geagea, le chef du Parti national libéral, Dory Chamoun, le secrétaire général du PNL, Elias Bou Assi, les membres du Rassemblement de Kornet Chehwane Camille Ziadé, Chakib Cortbaoui et Farid el-Khazen, l’ancien député Tammam Salam, l’ancien gouverneur de la Banque du Liban, Michel el-Khoury, et l’ancien bâtonnier Michel Khattar. L’épouse du président défunt, la députée Nayla Moawad, l’ancien président de la Chambre Hussein Husseini et le rédacteur en chef du journal al-Anouar, Rafic el-Khoury, ont pris la parole pour évoquer la mémoire et le message de René Moawad. La conférence a débuté par une minute de silence, observée par les étudiants à la mémoire de l’étudiant Rami Azzam, décédé le 27 octobre dernier, et qui faisait partie de la promotion 2003 de la faculté de droit.

Jamil Moawad, étudiant en troisième année de sciences politiques, est ensuite intervenu en ces termes : "Il m’a été demandé de vous parler d’un président que je n’ai pas eu la chance de connaître. Sa disparition est pour nous une blessure inguérissable". Citant le président Husseini, M. Moawad a affirmé : "Le président Moawad faisait partie des piliers de la nation. En l’assassinant, c’est un pilier de l’entente nationale qui a disparu." Et de poursuivre : "S’il était encore en vie, nous n’en serions pas là. Il a été assassiné, et c’est tout un projet qui est mort, non pas celui de l’Etat, mais celui des équilibres les plus délicats. Il savait ménager tout le monde sans perdre de vue l’essentiel : le maintien de la souveraineté, sur laquelle il n’a pas transigé. S’il lui avait été donné de poursuivre le chemin, nous n’aurions pas connu cette classe politique qui ne recherche qu’une seule chose : les moyens de se maintenir au pouvoir." "Est-ce cela la démocratie consensuelle, celle de toutes les inégalités ?" s’est-il enfin demandé. Pour sa part, Nabil Abou Charaf, président du bureau de la faculté de droit à l’amicale estudiantine de l’USJ, a affirmé : "Si René Moawad avait complété son mandat, en serait-on arrivé là où nous sommes aujourd’hui ? Les relations fraternelles se seraient-elles transformées en occupation ?" Et de conclure en se demandant si René Moawad n’avait pas été victime des mots en faveur de l’unité du Liban qu’il avait prononcés à Ehden, quelques jours avant son assassinat.
 

Nayla Moawad
"L’histoire ne peut être effacée par une décision. Le 22 novembre sera toujours le jour de l’indépendance. Nous allons le transformer de commémoration en fête, par le biais de la foi, de l’amour, de la coordination et de la solidarité, pour effacer la tristesse et triompher du désespoir. Nous allons recouvrer l’honneur d’appartenir à une seule identité et à un seul territoire." C’est par ces mots, extraits du discours de l’Indépendance de René Moawad, le 21 novembre 1989, que Nayla Moawad débute son intervention. Et Mme Moawad d’enchaîner : "Telle était sa décision. Et c’est pour cela qu’ils l’ont tué." "Où en sommes-nous de l’indépendance, qui a ses éléments propres à elle ? Où en sommes-nous de l’entente entre Libanais, fondée sur la réconciliation nationale ? 'Nous n’excluons personne, même ceux qui se bornent à s’exclure de la réconciliation.' N’est-ce pas ce qu’avait dit René Moawad ? Il a été assassiné, ainsi que la réconciliation", a-t-elle souligné. Evoquant la vision qu’avait le président Moawad des relations libano-syriennes, la députée a estimé que "le fait de créer des antagonismes spontanés avec la Syrie porte atteinte à l’entente, tout comme des relations déséquilibrées avec la Syrie lèsent la souveraineté et la libre décision". "René Moawad a été assassiné. Les relations ont changé de visage, et un pouvoir que les Libanais n’ont pas choisi a été imposé. Un pouvoir qui a hypothéqué la décision et à qui il est interdit de demander des comptes", a poursuivi Mme Moawad.

Faisant un bilan du projet étatique de René Moawad, la députée a évoqué l’Etat de droit et de la modernité, l’Etat légitime déterminé "à mettre fin à l’existence des mini-Etats et à rétablir la souveraineté de la loi sur tous les territoires", l’Etat indépendant, garantissant l’égalité des chances, l’Etat de la démocratie, des libertés et de la participation. "Mais René Moawad a été assassiné. Ils ont bafoué l’Etat, ont faussé la représentation, se sont partagé les institutions, ont légitimé la corruption. Ils ont ridiculisé la justice au service de leurs propres intérêts. Ils ont affamé l’Etat et ont favorisé l’émigration des jeunes", a-t-elle affirmé. "Où en sommes-nous de la République de René Moawad, 'fondée sur les droits de l’homme, le respect des libertés, à commencer par la liberté d’expression' ?" estimant que le président avait plaidé en faveur d’ "une armée nationale, au service de tous". Et de revenir à la charge : "Ils ont violé les droits de l’homme, ont réprimé les libertés et brutalisé les étudiants. Ils ont fermé certaines chaînes de télévision et ont établi un contrôle sur les autres. Ils ont noyauté les syndicats, paralysé les partis et empêché l’armée de se déployer sur l’ensemble du territoire, pour mieux la pousser à affonter sa population."

Mme Moawad a enfin estimé que le projet de société de son défunt époux, favorable à la coexistence, au pluralisme, au consensus et à la diversité, avait été saboté : "Toutes les valeurs ont été frappées lorsque René Moawad a été tué. Ils ont récompensé les voleurs et les criminels, ont laminé le secteur de l’enseignement, ont provoqué une hémorragie des cerveaux. Ils ont marchandé les naturalisations suspectes à des fins électorales et ont fait perdre au Liban son rôle pionnier en paralysant le développement à tous les niveaux (institutions médiatiques et technologiques, secteur bancaire)." Et de tirer les conclusions suivantes : "En tuant René Moawad, ce n’est pas uniquement l’homme ou le processus de Taëf qu’on a voulu éliminer. Il s’agissait aussi d’un attentat contre l’indépendance réelle, la souveraineté et la libre décision, contre l’Etat de droit et de la modernité, contre une nouvelle chance de renaissance, contre laquelle se sont liguées des circonstances internationales, régionales et locales pour la faire avorter." "Mais le salut est encore possible", et, selon la députée, il est d’abord tributaire de l’unité nationale tant voulue par René Moawad, en vue d’un changement démocratique et la mise en place d’un pouvoir alternatif, dans l’optique du document politique proposé par le Rassemblement de Kornet Chehwane. Et de conclure son intervention sur une citation du président, quelques heures avant sa mort : "Je vous pose une question du fond du cœur : Aimons-nous ce pays ? Je connais la réponse. Alors, unissons-nous pour construire, être heureux et vivre."

Signalons que pour avoir défendu les mêmes idées patriotiques, le mufti sunnite de la République libanaise cheikh Hassan Khaled avait également été assassiné dans des conditions similaires, six mois auparavant, le 16 mai 1989.

 

Husseini et Rafic el-Khoury
L’ancien président de la Chambre Hussein Husseini a ensuite évoqué l’esprit dans lequel l’accord de Taëf avait été élaboré, s’attardant longuement sur le Préambule de la Constitution. M. Husseini a estimé ensuite que l’esprit et la lettre de l’accord de Taëf avaient été violés par le pouvoir en place, ce qui avait provoqué "l’effondrement de la vie politique et des institutions". "L’esprit de cet accord est simple : le Liban doit rester aux Libanais et rester attaché aux droits de l’homme", a-t-il dit. Il a ensuite rendu hommage au président Moawad. "Quoi que je puisse dire sur lui, ce n’est jamais assez. Nous avons fondé beaucoup d’espoirs sur lui. Il était l’homme de l’entente, un homme d’Etat, qui a aidé, avec quelques-uns de ses camarades, à préserver et à restaurer la nation. Aujourd’hui, nous sommes là pour renouveler notre engagement de poursuivre la diffusion de son message, celui pour lequel il est mort", a-t-il affirmé. "Dans chacun des principes (du Préambule), je vois le président martyr René Moawad", a-t-il poursuivi, en évoquant la naissance du Front national de réforme, courant pluraliste qui vise, selon lui, à appliquer Taëf. S’adressant aux étudiants, il a enfin indiqué : "Vous constituez l’espoir. Vous devez être le nerf à travers lequel le message doit aboutir. Nous assumons tous une responsabilité, (...) et il existe une possibilité de salut." Quant à Rafic el-Khoury, il a indiqué : "L’homme que nous avons perdu était un président. Il faisait partie de ceux sans lesquels le Liban ne peut être bien gouverné. Mais son exemple vit en nous, et nous devons faire notre possible aujourd’hui pour ne pas perdre la République."

 

 
Copyright 2003 RJLiban