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Le
général Michel
Aoun prêche pour le
"Liban
libre"
Le
général chrétien
a dénoncé à
Washington
l'occupation de son
pays par la Syrie
par
JEAN-PIERRE PERRIN,
publié dans Libération
le 12 novembre 2003
Marginalisé
par son exil
parisien, le général
libanais Michel Aoun
refait surface.
Aujourd'hui, il
mobilise la justice
libanaise qui a
engagé des
poursuites et
voudrait l'extrader
de France, refait la
une des quotidiens
libanais et se voit
même défendu bec
et ongles par
Washington. Ce qui a
provoqué la colère
de Beyrouth, ce sont
ses déclarations,
le 17 septembre,
devant le Congrès
américain. L'ancien
chef d'un éphémère
gouvernement de
militaires chrétiens,
chassé du pouvoir
en 1990 par l'armée
syrienne, y
comparaissait comme
témoin devant une
commission qui
discutait d'un
projet de loi sur
l'imposition de
sanctions à Damas
pour son "soutien
au terrorisme"
et son "occupation
du Liban".
L'ex-commandant
en chef de l'armée
libanaise y accusait
notamment la Syrie
d'avoir fait
assassiner deux présidents
libanais, Béchir
Gemayel et René
Mouawad. Et comparaît
le pouvoir syrien à
"un
syndicat du crime
organisé".
La justice libanaise
répliquait en
engageant des
poursuites contre
lui, estimant que
ses propos avaient
nui aux relations
entre Beyrouth et
Damas - qui
maintient toujours
quelque 20.000
hommes au Liban -
et incité à la
haine religieuse. Le
24 octobre, un
mandat d'arrêt était
lancé contre lui
pour défaut de
comparution devant
le parquet de
Beyrouth. Une
demande
d'extradition à la
France était même
étudiée - à
laquelle il n'y a
aucune chance que
Paris réponde. Immédiatement,
le département d'Etat
réagissait sévèrement
contre Beyrouth.
L'ambassadeur américain
au Liban se faisait
même menaçant :
"Le
gouvernement
libanais a intérêt
à faire respecter
la liberté
d'opinion."
Depuis la guerre
en Irak, les
partisans d'Aoun
estiment que le vent
a tourné en leur
faveur. Ils savent
Damas dans le
collimateur américain,
d'autant que nombre
de "terroristes"
agissant en Irak
transitent par ce
pays. La Chambre des
représentants a
d'ailleurs voté
dernièrement à une
écrasante majorité
le Syria
Accountability Act
et le Lebanese
Sovereignity
Restoration Act
(Salsa) qui menacent
Damas de sanctions
économiques et
diplomatiques s'il
ne se retire pas du
Liban. "Nous
avons dit clairement
à la Syrie ce
qu'elle doit faire.
Le Liban a besoin d'être
libéré à
l'avenir. (..) Nous
sommes soucieux de
voir s'opérer un
changement de régime.
Ceux qui ont supporté
le terrorisme et qui
sont installés au
Liban, comme le
Hezbollah, doivent
partir",
renchérissait, le
15 octobre,
Condoleezza Rice, la
conseillère pour la
sécurité nationale
de Bush. Les proches
d'Aoun estiment de
bon augure que, pour
la première
participation à une
législative
(partielle), début
septembre dans une
circonscription
maronite, l'un de
ses partisans,
Hikmat Dib, ait été
devancé de peu par
le candidat
prosyrien. Dès la
mi-novembre, ils ont
l'intention de
lancer à Paris une
grande campagne de
mobilisation en
faveur du "Liban
libre".
Syrie, la
stagnation :
Damas ouvre le
parapluie européen
Dans
le collimateur américain,
la Syrie se tourne
vers les pays
de l'Union,
notamment vers la France
par
SCARLETT HADDAD,
publié dans
l'Express du 13
novembre 2003
Au
bout du no man's
land entre le
Liban et la Syrie,
du côté de la
frontière
syrienne, un
restaurant
flambant neuf de
la chaîne américaine
Dunkin' Donuts a
ouvert ses portes
tout récemment.
Le rêve américain
à deux heures de
route de Damas...
Pour autant, les
relations de la
Syrie avec les
Etats-Unis sont
loin d'être au
beau fixe. Les Américains,
qui reprochent
notamment à la
Syrie de ne pas
avoir coupé les
ponts avec les
organisations extrémistes
palestiniennes,
ont ressorti du
placard le Syria
Accountability Act,
un projet de
sanctions
diplomatiques et
économiques.
Adopté le 15
octobre par la
Chambre des représentants,
le texte doit
maintenant être
approuvé par le Sénat,
puis par Bush. Du
coup, la Syrie,
après avoir espéré
un rapprochement
avec Washington,
se tourne vers les
Européens. Les
Syriens, qui
d'abord ont traîné
les pieds,
refusant l'accord
d'association
offert par l'Union
européenne jugé
trop contraignant,
ont décidé de
tout mettre en œuvre
pour pouvoir le
signer avant la
fin de l'année.
Le président
Bachar el-Assad a
même prévu de
rendre visite aux
institutions européennes
à l'occasion d'un
voyage officiel en
Belgique, en décembre.
Le
chef de l'Etat
syrien compte sur
la France pour accélérer
le rythme des réformes,
notamment la
modernisation de
l'appareil d'Etat.
Paris a envoyé
une mission spéciale
chargée d'évaluer
les besoins de
l'administration.
Une coopération
très étroite se
met en place entre
l'Institut
national de
l'administration
syrien et
l'université
Bordeaux-Montesquieu,
en France, pour la
formation des
hauts
fonctionnaires. Un
DES de finances a
aussi été créé
à l'université
de Damas. Reste
que les choses
avancent, comme
toujours en Syrie,
avec une extrême
lenteur, et que le
dernier
remaniement ministériel
a déçu tous ceux
qui espéraient
que les choses
allaient enfin
bouger.
"Chaque pas
en avant
s'accompagne d'un
autre en arrière.
Mais il faudra
bien que le régime
se décide. Ni la
France ni l'Union
européenne ne
pourront l'aider
s'il maintient un
tel statu
quo",
commente l'un de
ces déçus,
professeur d'économie
à Damas.
Michel
Aoun : "Le
règne des
hauts-commissaires
syriens prendra
bientôt fin"
paru
dans l'Orient-le
Jour le 13
novembre 2003
L’ancien
Premier ministre, le
général Michel
Aoun, a réitéré
hier son opposition
à tout projet
d’implantation des
réfugiés
palestiniens au
Liban et à la résolution
élaborée par la
Chambre US des représentants
Ileana Ros-Lehtinen. Contacté
par L’Orient-Le
Jour, le général
Aoun a affirmé :
"Nous plaidons
en faveur du droit
au retour des
Palestiniens,
conformément aux résolutions
internationales. De
toute manière, il
nous est impossible
de les accueillir au
Liban pour des
raisons de densité,
de superficie,
d’espace et de
ressources." "Le
Liban est un pays
voué à l’émigration.
C’est bien pour
cela qu’il y a 14
millions de Libanais
à l’extérieur et
seulement quatre
millions sur le
territoire libanais.
Par ailleurs,
l’implantation des
Palestiniens
constitue une menace
pour les structures
et l’équilibre
sociologiques du
Liban. Au cas où
cette implantation a
lieu, c’est
d’une rupture avec
les valeurs, la
mission et le
message libanais
qu’il
s’agira",
a-t-il indiqué.
"Je m’oppose
complètement à
cette résolution,
qui n’a absolument
rien à avoir avec
le Syria
Accountability and
Lebanese Sovereignty
Restoration Act
(SALSA). Il n’y a
que les ennemis du
Liban qui ont fait
le lien entre les
deux.
Malheureusement, les
Libanais ne savent
pas défendre leur
cause, à commencer
par le rejet de
l’implantation",
a-t-il ajouté.
Concernant par
ailleurs
l’adoption hier
par le Sénat américain
du SALSA à une
grande majorité,
l’ancien Premier
ministre a affirmé
: "Il s’agit
d’une réalisation
majeure pour le
Liban. Le rétablissement
de la souveraineté
libanaise est
redevenu une
constante et une
priorité pour la
politique étrangère
américaine." "Nous
ne sommes pas contre
le peuple syrien. Ce
sont ceux qui tirent
profit de
l’occupation
syrienne qui
cherchent à démontrer
que l’indépendance
du Liban est dirigée
contre la Syrie. Au
contraire, ceux qui
aspirent à de
bonnes relations
entre Beyrouth et
Damas doivent réclamer
le rétablissement
de la souveraineté
libanaise", a
estimé le général
Aoun. Selon lui, un
comité mixte formé
de membres de la
Chambre des représentants
et du Sénat va se réunir
pour élaborer la
version finale du
SALSA après les
amendements des deux
Chambres. Ensuite,
la proposition de
loi sera entre les
mains du président
des Etats-Unis, qui
sera tenu de la
mettre en
application.
"Pour le Liban,
cela change beaucoup
de choses.
D’abord, le pays
va redevenir libre,
indépendant et
souverain, et
c’est notre
objectif principal.
La sous-traitance va
être supprimée. Le
Liban existera pour
lui-même, et la
solution au problème
libanais ne dépendra
plus du règlement
de la question régionale.
Ensuite, il sera
possible de mettre
en place un plan de
redressement économique.
Enfin, il n’y aura
plus de
demi-souveraineté
et de demi-indépendance.
Le règne des
hauts-commissaires
syriens prendra
bientôt fin",
a-t-il conclu.
Michel
Aoun : "Une
intervention américaine
n'est pas
exclue"
L'ancien
Premier ministre
libanais a témoigné
à Washington
par
PATRICK SAINT-PAUL,
publié dans le
Figaro le 13
novembre 2003
L'ancien
Premier ministre
libanais Michel Aoun,
qui a témoigné
devant la Chambre des
représentants des
Etats-Unis en
septembre, y avait
appuyé ouvertement le
projet de loi de
sanctions contre la
Syrie. Cela a valu à
l'ancien général,
farouche adversaire de
la soumission du Liban
à la domination
syrienne, d'être
inculpé au Liban le
mois dernier pour
atteinte à l'image et
à l'autorité de l'Etat
libanais.
-
Pensez-vous que les
sanctions votées
par le Congrès
peuvent contraindre
la Syrie à mettre
un terme à
l'occupation du
Liban ?
La réaction
de Damas dépendra
du sérieux et de la
détermination de
Washington. Les
sanctions votées
par le Congrès sont
symboliques, le
niveau des échanges
économiques entre
les Etats-Unis et la
Syrie étant de
l'ordre du budget
d'un gros restaurant
à Washington.
L'important, c'est
l'inflexion dans la
politique américaine.
Une intervention américaine
en Syrie n'est plus
exclue si Damas
choisit l'épreuve
de force. La Syrie
doit comprendre que
le monde a changé
depuis le 11
septembre et qu'elle
ne peut pas
gouverner avec la même
mentalité, comme
elle le fait depuis
40 ans. Certaines
espèces ont disparu
parce qu'elles ne se
sont pas adaptées
aux changements
climatiques. C'est
ce qui guette désormais
le régime de Damas.
La Syrie voudrait
bien se plier aux
exigences de
Washington. Mais
elle est prisonnière
de sa politique.
Cela fait 40 ans que
la Syrie vit sous le
règne de la loi
martiale. Le peuple
syrien a été décimé,
laissant beaucoup de
rancoeur et de
haine. Si le régime
se libéralise, il
s'effondrera.
-
La justice libanaise
a engagé des
poursuites contre
vous, pour avoir dénoncé
la présence
syrienne au Liban.
Pourquoi ?
La
justice libanaise
prend ses ordres
auprès des services
de renseignements
syriens. La Syrie
occupe le Liban
depuis plus de 27
ans maintenant,
malgré la résolution
du Conseil de sécurité
de l'ONU, datant du
17 septembre 1982,
qui stipule le
retrait de toutes
les forces étrangères
du Liban. Israël
s'est retiré du
Sud-Liban en 2000,
mais la Syrie
continue de piller
les ressources du
pays du cèdre. La
Syrie est
responsable du
massacre de milliers
de civils libanais
et de la destruction
de nombreux villages
dans le nord du
Liban. Elle a
bombardé le pays
sans relâche et
s'est livrée à des
assassinats contre
des députés, des
journalistes, des
hommes politiques.
Aucune enquête indépendante
ne s'est jamais
penchée sur ces
crimes. Moi-même,
j'ai été l'objet
de trois attentats.
Un million et demi
de Libanais ont fui
leur pays, où ils
étaient privés de
liberté et de
travail. La Syrie a
toujours été une
force de nuisance.
Quelqu'un doit
mettre un terme à
son jeu d'influence
régionale néfaste.
-
Les Etats-Unis ont
inscrit le Hamas, le
Hezbollah et le
Djihad islamique sur
leur liste
d'organisations
terroristes et
exigent que Damas
cesse d'apporter son
soutien à ces
organisations.
Pensez-vous que la
Syrie puisse rompre
ses liens avec ces
organisations,
considérés comme
des mouvements de résistance
dans de nombreux
pays arabes ?
S'il
n'y a plus de Hamas,
de Hezbollah ou de
Djihad islamique, il
n'y a plus de
politique étrangère
syrienne, car c'est
la principale
composante dans la
diplomatie de Damas.
Les Libanais sont
les premières
victimes du
terrorisme syrien.
Le Hezbollah a déclaré
qu'il n'y avait plus
de société civile
israélienne, parce
que c'est une société
militarisée,
justifiant ainsi les
attentats contre des
civils israéliens.
Les Israéliens qui
manifestaient pour
la paix sont devenus
des victimes des
attentats et ont
perdu leur voie
pendant plusieurs
années. Les
Palestiniens
auraient dû
continuer de jeter
des pierres. A cause
des attentats, ils
ont perdu le soutien
d'une partie de
l'opinion
internationale. Le
terrorisme a aussi
offert une
justification à la
politique de
destruction menée
par l'armée israélienne
contre les
Palestiniens.
22
novembre - L’indépendance,
d’hier à
aujourd’hui
par
MICHEL HAJJI
GEORGIOU, publié dans
l'Orient-le Jour le 21
novembre 2003
Leurs
pères ont tous joué
un rôle dans le
processus qui a débouché,
le 22 novembre 1943,
sur l’indépendance
du Liban, dont nous célébrons
le 60e anniversaire,
ou le 60e souvenir,
selon les perspectives
: Béchara el-Khoury,
Riad el-Solh, Camille
Chamoun, Pierre
Gemayel, l’émir
Magid Arslane,
Abdelhamid Karamé,
Sabri Hamadé, Saëb
Salam, Adel Osseirane
et Hamid Frangié
(nous n’avons pas pu
joindre le ministre
Talal Arslane et
l’ancien Premier
ministre Omar Karamé).
La plupart d’entre
eux ont assumé des
fonctions dans la
chose publique,
certains ont même accédé
aux plus hauts postes
de l’Etat libanais.
D’autres y sont
encore, quand ils
n’ont pas rejoint
les rangs de
l’opposition et
milité pour un autre
Liban, différent de
l’actuel, et qui
serait dans l’esprit
du pacte national de
1943. A toutes
ces personnalités,
L’Orient-Le Jour a
posé la même
question : Que
signifie pour vous
l’indépendance,
soixante ans après
son avènement, où en
est-elle, et
qu’aurait dit votre
père sur la situation
actuelle s’il était
encore vivant ?
Amine
Pierre Gemayel
"Pour
moi, l’indépendance
est un défi de tous
les jours. Elle
n’est pas
seulement une lutte
pour préserver ou
restaurer la
souveraineté. Il
faut la construire
chaque jour. De
toute manière, la
souveraineté est
une notion très
relative à
l’heure actuelle,
et c’est pourquoi
il faut la grignoter
par petits morceaux.
Il faut également
renouveler la foi en
l’indépendance,
continuer à la
construire avec la même
détermination et la
préserver. Si mon père
était là, il
aurait réagi de la
même manière. Il
était un battant,
un lutteur. Il a mené
des combats en 1943,
1968 et 1975. Pour
lui, l’indépendance
était un
apprentissage de
chaque jour, une
lutte de chaque
jour, une résistance
quotidienne."
Ali
Sabri Hamadé
"L’indépendance
est, pour moi,
source de deuil et
d’infamie. Le
deuil est relatif au
projet d’Etat né
du pacte de 1943, même
s’il n’était
pas exemplaire. Ce
pacte s’est
transformé en bien
moins qu’un projet
de ferme. Et encore
: au moins, les
fermes ont des
propriétaires. Le
moins que l’on
puisse dire, c’est
que l’Etat
n’applique pas la
loi. Quant à
l’infamie, nous en
sommes tous
responsables. Tous
les Libanais sont
responsables du fait
que les choses en
soient là. Des
hommes d’Etat
comme Sabri Hamadé
nous manquent. Ils
auraient su préserver
ce pays avec
sagesse. Ils
auraient des sages
qui ont fait taire
leur égoïsme dans
l’intérêt du
pays."
Samir
Hamid Frangié
"L’indépendance
? Le Liban n’est
pas souverain. Le
peuple libanais
n’est pas libre de
choisir ses représentants
et d’exercer sa
souveraineté
nationale. L’indépendance,
dans le cas
libanais, est la résultante
de deux compromis :
l’un est interne
et l’autre
externe. Le
compromis interne
existe
potentiellement.
Quant au compromis
externe, il
n’existe pas.
L’opposition a
proposé un
compromis historique
avec la Syrie. Non
seulement cette
dernière l’a
refusé, mais elle
empêche l’émergence
du compromis qui
existe réellement
sur la scène
interne. S’il était
vivant, mon père
serait entré dans
une grande colère."
Dory
Camille Chamoun
"Soixante
ans d’indépendance
? Ce n’est pas
vrai. Cela fait une
vingtaine d’années
qu’on ne l’a
plus. Nous sommes un
pays qui, sur le
papier, est censé
être libre, mais,
dans la réalité,
il n’en est rien.
Quand on voit
comment la Syrie
tire les ficelles du
pouvoir... Toute décision
importante est prise
à Damas. Je ne vois
vraiment pas comment
on peut parler
d’indépendance.
J’ai souvent dit
à ceux qui
fleurissent chaque
année les tombes
des hommes de
l’indépendance,
lorsqu’ils me
demandaient de les
accompagner : “Je
ne monte pas avec
vous, mon père
pourrait se lever de
sa tombe et me
donner une raclée”.
Tammam
Saëb Salam
"L’indépendance
est une réalisation
historique dans la
marche du peuple
libanais. Elle a
fait l’unité et
la force du Liban.
Elle constitue
toujours un exemple,
soixante ans après.
J’espère que le
Liban continuera à
exister, toutes
confessions et
communautés
confondues, dans
l’optique de cette
indépendance. Je
souhaite au Liban de
poursuivre dans
l’esprit du pacte
et dans le développement,
malgré les
condition difficiles
tant sur le plan
interne
qu’externe. Le
Liban a été édifié
sur les bases de
tous les Libanais.
Certains leaders ont
joué un rôle
particulier dans
cette édification.
C’est de ce type
de leaders, comme Saëb
bey, et de ce type
de sacrifices que
nous avons besoin
aujourd’hui.
C’est grâce à
eux que l’on
restaurera le cours
normal des choses,
pour construire l’Etat
et renforcer la cohésion
nationale pour
immuniser davantage
le Liban."
Riad
el-Assaad
(petit-fils de Riad
el-Solh)
"Si
Riad el-Solh était
encore vivant, il
aurait versé une
larme. Non par sur
les 10.452 km2 ou
sur le drapeau
libanais, mais sur
le fait que le Liban
a perdu son rôle
sur le plan de la
liberté et de la
dignité. Par
ailleurs, il aurait
été rassuré de
savoir qu’on a
beau essayer de détruire
ce pays, il continue
quand même à
vivre. Riad el-Solh
voulait un Liban
fort, stable,
souverain, indépendant
et libre. Mais nous
avons perdu la spécificité
qui en faisait un pôle
dans la région : le
message de
coexistence. Nous
l’avons nous-mêmes
saboté. L’indépendance,
c’est la
souveraineté de la
nation et de
l’individu. Or le
citoyen et la nation
disposent d’une
souveraineté tronquée.
Cela m’encourage
à lutter davantage.
L’indépendance à
laquelle j’aspire,
je l’aurai."
Ali
Adel Osseirane
"L’indépendance
est un souvenir
glorieux pour tous
les Libanais. Nos pères
ont consenti
beaucoup de
sacrifices pour
l’obtenir, et cela
déjà du temps de
la domination
ottomane. Ils se
sont réunis à la
fin de la guerre et
ont imposé leur
volonté à la
France. Et, en
s’unissant, ils
ont uni leur nation.
Mon père aurait dit
aujourd’hui ce
qu’il a toujours
dit aux Libanais, et
que je répète à
mon tour : “Préservez
l’unité
nationale, préservez-vous
les uns les autres.
Le Liban est un
message, et nous
devons en connaître
la valeur.” Je
considère pour ma
part que l’avenir
sera florissant. Les
Libanais ont de
l’esprit, une pensée,
un potentiel et des
moyens. Ils ont de
quoi faire du Liban
un grand pays, malgré
les obstacles et les
circonstances, qui
sont difficiles dans
l’existence
d’une nation, et
que nous devons
surmonter."
Michel
Béchara el-Khoury
"Je
peux me féliciter
que mon père soit
mort, pour qu’il
ne voit pas comment
l’indépendance
s’est évaporée.
L’indépendance a
disparu, et le
vocable utilisé ne
correspond plus du
tout à la réalité."
Le
Sénat américain
vote une loi contre
la Syrie
Elle
prévoit des
sanctions économiques
et diplomatiques
contre Damas
par
CHRISTOPHE AYAD,
publié dans Libération
le 13 novembre 2003
Voilà
un geste qui ne va
pas contribuer à détendre
l'atmosphère au
Proche-Orient. Le Sénat
américain a adopté
mardi soir, par 89
voix contre 4, la
"loi pour la
responsabilité de
la Syrie et sur la
souveraineté du
Liban". Ce
texte, déjà adopté
par la Chambre des
représentants le
mois dernier, prévoit
des sanctions économiques
et diplomatiques
contre la Syrie,
accusée de soutenir
le terrorisme et
d'occuper le Liban.
Cette loi donne de
très larges
pouvoirs au président
George Bush pour
exercer des
pressions sur Damas,
comme restreindre
les exportations et
investissements américains
en Syrie, abaisser
le niveau de la représentation
diplomatique américaine
à Damas,
restreindre la
liberté de
circulation des
diplomates syriens
ou geler les avoirs
syriens aux
Etats-Unis. Elle prévoit
également
l'interdiction
d'exportations de
produits de haute
technologie pouvant
trouver une
utilisation
militaire. Alors que
l'administration
Bush, satisfaite de
la coopération
syrienne dans la
traque d'Al-Qaeda
après le 11
septembre 2001,
avait dissuadé le
Congrès d'adopter
de telles mesures,
la dégradation de
la situation en Irak a
entraîné un très
net durcissement à
la Maison Blanche.
La Syrie, accusée
de laisser transiter
par son sol -
volontairement ou
pas - des
combattants
islamistes en route
pour le "jihad"
en Irak, est désormais
dans le collimateur
américain. Damas,
qui fait tout pour
boycotter le Conseil
irakien de
gouvernement nommé
par Paul Bremer,
mise clairement sur
un échec américain
en Irak. Le pari, même
crédible, est
dangereux.
Le
silence de
Washington, au
lendemain d'un raid
israélien, le 5
octobre, contre un
camp d'entraînement
palestinien abandonné
à quelques kilomètres
de Damas, valait
approbation. Cette
attaque, la première
depuis 1974, a
suscité une grande
inquiétude à
Damas, malgré son
apparente fermeté
de langage.
Washington, qui n'a
jamais été aussi
proche des positions
israéliennes,
accuse Damas de
soutenir activement
le Hezbollah, le
Hamas, et le Jihad
islamique, entravant
ainsi le processus
de paix israélo-palestinien.
Enfin, dernière pièce
d'un dossier déjà
chargé :
l'administration
Bush estime que la
Syrie possède des
armes chimiques. A défaut
de réactions des
dirigeants, la
presse officielle
syrienne a réagi
avec un calme
apparent au vote de
la loi, au risque de
sous-estimer la détermination
américaine. Jacques
Chirac est
suffisamment inquiet
pour avoir dépêché
son principal
conseiller
diplomatique,
Maurice
Gourdault-Montagne,
lundi à Damas, où
il a rencontré le
jeune président
Bachar al-Assad.
Nayla
Moawad : "En
tuant René Moawad,
on a voulu attenter
à l’indépendance,
à la libre décision"
Les
étudiants de l’USJ
se souviennent du président
assassiné
paru
dans l'Orient-le
Jour le 19 novembre
2003
Les
étudiants du campus
des sciences
sociales de l’Université
Saint-Joseph (USJ,
rue Huvelin) ont
commémoré
l’assassinat du président
René Moawad, le 22
novembre 1989,
quelques jours après
son élection à la
présidence de la République.
Cet événement
s’inscrit dans le
cadre d’une série
de journées consacrées
à de grands hommes
politiques libanais
contemporains, à
l’instar de Béchir
Gemayel, l’imam
Moussa Sadr, Camille
Chamoun ou Kamal
Joumblatt.
L’objectif étant
de sortir des mémoires
collectives
partielles et de
jeter les bases
d’une mémoire
collective
nationale. L’USJ a
ainsi rendu hommage
à l’un de ses
anciens étudiants
(promo 1948 de la
faculté de droit,
comme Michel Eddé
et Elias Sarkis) et
à un homme qui, aux
yeux de beaucoup de
Libanais, s’est
sacrifié pour
l’unité et
l’indépendance du
Liban. Un hommage
marqué surtout par
le mot très émouvant,
à la fois panégyrique
du défunt et bilan
noir des 15 années
post-Taëf, de Mme
Nayla Moawad. Une
exposition-photo
retraçant le
parcours de
l’homme a été
organisée sur le
campus de
l’université,
ainsi qu’une vente
de livres et du DVD
du documentaire réalisé
par la chaîne New
TV sur René Moawad.
Le montant des
recettes, s’élevant
à 1.200 dollars, a
été entièrement
reversé par la
Fondation René
Moawad à la caisse
du service social de
l’USJ.
En soirée, une conférence
sur René Moawad a
été organisée à
l’amphithéâtre A
de l’université,
en présence d’un
grand nombre de
personnalités,
parmi lesquelles le
fils du président
Moawad, Michel
Moawad, l’ancien
président de la République
Amine Gemayel, le
ministre de l’Economie
Marwan Hamadé,
l’ancien Premier
ministre Sélim Hoss,
l’ancien ministre
Fouad Boutros, les députés
Nassib Lahoud,
Boutros Harb, Salah
Honein, le représentant
personnel du général
Michel Aoun, le général
Nadim Lteif, Mme
Sethrida Samir
Geagea, le chef du
Parti national libéral,
Dory Chamoun, le
secrétaire général
du PNL, Elias Bou
Assi, les membres du
Rassemblement de
Kornet Chehwane
Camille Ziadé,
Chakib Cortbaoui et
Farid el-Khazen,
l’ancien député
Tammam Salam,
l’ancien
gouverneur de la
Banque du Liban,
Michel el-Khoury, et
l’ancien bâtonnier
Michel Khattar. L’épouse
du président défunt,
la députée Nayla
Moawad, l’ancien
président de la
Chambre Hussein
Husseini et le rédacteur
en chef du journal
al-Anouar, Rafic
el-Khoury, ont pris
la parole pour évoquer
la mémoire et le
message de René
Moawad. La conférence
a débuté par une
minute de silence,
observée par les étudiants
à la mémoire de
l’étudiant Rami
Azzam, décédé le
27 octobre dernier,
et qui faisait
partie de la
promotion 2003 de la
faculté de droit.
Jamil Moawad, étudiant
en troisième année
de sciences
politiques, est
ensuite intervenu en
ces termes : "Il
m’a été demandé
de vous parler
d’un président
que je n’ai pas eu
la chance de connaître.
Sa disparition est
pour nous une
blessure inguérissable".
Citant le président
Husseini, M. Moawad
a affirmé : "Le
président Moawad
faisait partie des
piliers de la
nation. En
l’assassinant,
c’est un pilier de
l’entente
nationale qui a
disparu." Et de
poursuivre :
"S’il était
encore en vie, nous
n’en serions pas là.
Il a été assassiné,
et c’est tout un
projet qui est mort,
non pas celui de
l’Etat, mais celui
des équilibres les
plus délicats. Il
savait ménager tout
le monde sans perdre
de vue l’essentiel
: le maintien de la
souveraineté, sur
laquelle il n’a
pas transigé.
S’il lui avait été
donné de poursuivre
le chemin, nous
n’aurions pas
connu cette classe
politique qui ne
recherche qu’une
seule chose : les
moyens de se
maintenir au
pouvoir." "Est-ce
cela la démocratie
consensuelle, celle
de toutes les inégalités
?" s’est-il
enfin demandé. Pour
sa part, Nabil Abou
Charaf, président
du bureau de la
faculté de droit à
l’amicale
estudiantine de l’USJ,
a affirmé : "Si
René Moawad avait
complété son
mandat, en serait-on
arrivé là où nous
sommes aujourd’hui
? Les relations
fraternelles se
seraient-elles
transformées en
occupation ?"
Et de conclure en se
demandant si René
Moawad n’avait pas
été victime des
mots en faveur de
l’unité du Liban
qu’il avait
prononcés à Ehden,
quelques jours avant
son assassinat.
Nayla
Moawad
"L’histoire
ne peut être effacée
par une décision.
Le 22 novembre sera
toujours le jour de
l’indépendance.
Nous allons le
transformer de commémoration
en fête, par le
biais de la foi, de
l’amour, de la
coordination et de
la solidarité, pour
effacer la tristesse
et triompher du désespoir.
Nous allons
recouvrer
l’honneur
d’appartenir à
une seule identité
et à un seul
territoire."
C’est par ces
mots, extraits du
discours de l’Indépendance
de René Moawad, le
21 novembre 1989,
que Nayla Moawad débute
son intervention. Et
Mme Moawad d’enchaîner
: "Telle était
sa décision. Et
c’est pour cela
qu’ils l’ont tué." "Où
en sommes-nous de
l’indépendance,
qui a ses éléments
propres à elle ? Où
en sommes-nous de
l’entente entre
Libanais, fondée
sur la réconciliation
nationale ? 'Nous
n’excluons
personne, même ceux
qui se bornent à
s’exclure de la réconciliation.'
N’est-ce pas ce
qu’avait dit René
Moawad ? Il a été
assassiné, ainsi
que la réconciliation",
a-t-elle souligné.
Evoquant la vision
qu’avait le président
Moawad des relations
libano-syriennes, la
députée a estimé
que "le
fait de créer des
antagonismes spontanés
avec la Syrie porte
atteinte à
l’entente, tout
comme des relations
déséquilibrées
avec la Syrie lèsent
la souveraineté et
la libre décision". "René
Moawad a été
assassiné. Les
relations ont changé
de visage, et un
pouvoir que les
Libanais n’ont pas
choisi a été imposé.
Un pouvoir qui a
hypothéqué la décision
et à qui il est
interdit de demander
des comptes", a
poursuivi Mme Moawad.
Faisant
un bilan du projet
étatique de René
Moawad, la députée
a évoqué l’Etat
de droit et de la
modernité, l’Etat
légitime déterminé
"à mettre fin
à l’existence des
mini-Etats et à rétablir
la souveraineté de
la loi sur tous les
territoires",
l’Etat indépendant,
garantissant l’égalité
des chances, l’Etat
de la démocratie,
des libertés et de
la participation.
"Mais René
Moawad a été
assassiné. Ils ont
bafoué l’Etat,
ont faussé la représentation,
se sont partagé les
institutions, ont légitimé
la corruption. Ils
ont ridiculisé la
justice au service
de leurs propres intérêts.
Ils ont affamé l’Etat
et ont favorisé
l’émigration des
jeunes",
a-t-elle affirmé.
"Où en
sommes-nous de la République
de René Moawad,
'fondée sur les
droits de l’homme,
le respect des
libertés, à
commencer par la
liberté
d’expression'
?" estimant que
le président avait
plaidé en faveur
d’ "une armée
nationale, au
service de
tous". Et de
revenir à la charge
: "Ils ont
violé les droits de
l’homme, ont réprimé
les libertés et
brutalisé les étudiants.
Ils ont fermé
certaines chaînes
de télévision et
ont établi un contrôle
sur les autres. Ils
ont noyauté les
syndicats, paralysé
les partis et empêché
l’armée de se déployer
sur l’ensemble du
territoire, pour
mieux la pousser à
affonter sa
population."
Mme
Moawad a enfin estimé
que le projet de
société de son défunt
époux, favorable à
la coexistence, au
pluralisme, au
consensus et à la
diversité, avait été
saboté :
"Toutes les
valeurs ont été
frappées lorsque
René Moawad a été
tué. Ils ont récompensé
les voleurs et les
criminels, ont laminé
le secteur de
l’enseignement,
ont provoqué une hémorragie
des cerveaux. Ils
ont marchandé les
naturalisations
suspectes à des
fins électorales et
ont fait perdre au
Liban son rôle
pionnier en
paralysant le développement
à tous les niveaux
(institutions médiatiques
et technologiques,
secteur
bancaire)." Et
de tirer les
conclusions
suivantes : "En
tuant René Moawad,
ce n’est pas
uniquement l’homme
ou le processus de
Taëf qu’on a
voulu éliminer. Il
s’agissait aussi
d’un attentat
contre l’indépendance
réelle, la
souveraineté et la
libre décision,
contre l’Etat de
droit et de la
modernité, contre
une nouvelle chance
de renaissance,
contre laquelle se
sont liguées des
circonstances
internationales, régionales
et locales pour la
faire avorter." "Mais
le salut est encore
possible", et,
selon la députée,
il est d’abord
tributaire de
l’unité nationale
tant voulue par René
Moawad, en vue
d’un changement démocratique
et la mise en place
d’un pouvoir
alternatif, dans
l’optique du
document politique
proposé par le
Rassemblement de
Kornet Chehwane. Et
de conclure son
intervention sur une
citation du président,
quelques heures
avant sa mort :
"Je vous pose
une question du fond
du cœur :
Aimons-nous ce pays
? Je connais la réponse.
Alors, unissons-nous
pour construire, être
heureux et
vivre."
Signalons
que pour avoir défendu
les mêmes idées
patriotiques, le
mufti sunnite de la
République
libanaise cheikh
Hassan Khaled avait
également été
assassiné dans des
conditions
similaires, six mois
auparavant, le 16
mai 1989.
Husseini
et Rafic el-Khoury
L’ancien président
de la Chambre
Hussein Husseini a
ensuite évoqué
l’esprit dans
lequel l’accord de
Taëf avait été élaboré,
s’attardant
longuement sur le Préambule
de la Constitution.
M. Husseini a estimé
ensuite que
l’esprit et la
lettre de l’accord
de Taëf avaient été
violés par le
pouvoir en place, ce
qui avait provoqué "l’effondrement
de la vie politique
et des
institutions".
"L’esprit de
cet accord est
simple : le Liban
doit rester aux
Libanais et rester
attaché aux droits
de l’homme",
a-t-il dit. Il a
ensuite rendu
hommage au président
Moawad. "Quoi
que je puisse dire
sur lui, ce n’est
jamais assez. Nous
avons fondé
beaucoup d’espoirs
sur lui. Il était
l’homme de
l’entente, un
homme d’Etat, qui
a aidé, avec
quelques-uns de ses
camarades, à préserver
et à restaurer la
nation.
Aujourd’hui, nous
sommes là pour
renouveler notre
engagement de
poursuivre la
diffusion de son
message, celui pour
lequel il est
mort", a-t-il
affirmé. "Dans
chacun des principes
(du Préambule), je
vois le président
martyr René Moawad",
a-t-il poursuivi, en
évoquant la
naissance du Front
national de réforme,
courant pluraliste
qui vise, selon lui,
à appliquer Taëf.
S’adressant aux étudiants,
il a enfin indiqué
: "Vous
constituez
l’espoir. Vous
devez être le nerf
à travers lequel le
message doit
aboutir. Nous
assumons tous une
responsabilité,
(...) et il existe
une possibilité de
salut." Quant
à Rafic el-Khoury,
il a indiqué : "L’homme
que nous avons perdu
était un président.
Il faisait partie de
ceux sans lesquels
le Liban ne peut être
bien gouverné. Mais
son exemple vit en
nous, et nous devons
faire notre possible
aujourd’hui pour
ne pas perdre la République."
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