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Les attentats à la
voiture piégée se
succèdent à Bagdad,
les Américains
essuient des pertes
quasi quotidiennes
autour de la
capitale... Est-ce le
fait d'une résistance
organisée ?
Les
Américains se
heurtent à une
opposition politique
informelle et à une résistance
militaire structurée.
L'opposition
politique, c'est que
personne ne veut des
Américains, hormis
les Kurdes du nord de
l'Irak, qui ont tout
à perdre :
depuis la fin de la
guerre du Golfe, en
1991, ils jouissaient
d'une quasi-autonomie,
sous la protection de
l'aviation américaine.
Sur le plan militaire,
c'est différent :
il y a un soutien des
Kurdes aux Américains,
une résistance
passive de la majorité
chiite et une guérilla
active des sunnites
(la confession de
Saddam Hussein), qui
ont une stratégie
d'usure à deux morts
par jour. Cela ne
suffit pas pour déstabiliser
militairement les Américains,
mais agit sur leur
moral et, à terme,
représente un danger.
Cette opposition
militaire souterraine
se fond dans la
population comme un
poisson dans l'eau.
Ces gens sont mus par
l'argent, par la
solidarité entre
Tikritis (la ville de
Tikrit, au nord de
Bagdad, est le berceau
familial de Saddam
Hussein), par l'idéologie
baasiste... Ils sont
renforcés par
quelques dizaines
d'islamistes infiltrés
en Irak non pas via
l'Iran, qui joue le
jeu, mais par la
Syrie, qui a parié
sur un enlisement américain.
Cette opposition ne
tient que parce
qu'elle a un chef. La
capture ou la mort de
Saddam Hussein lui
porterait un coup très
dur. C'est pourquoi
elle est si importante
aux yeux des Américains.
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Les Américains éprouvent
les pires difficultés
à installer une
nouvelle
administration.
Pourquoi ?
Parce
qu'en voulant le
purger radicalement de
sa structure baasiste,
ils ont démantelé l'Etat
irakien ! Ils ont
jeté le bébé avec
l'eau du bain. Ils ont
renvoyé les
fonctionnaires chez
eux. Mais beaucoup
n'adhéraient au Baas
que parce qu'il
fallait bien vivre. Le
Baas (parti de Saddam
Hussein), ils s'en
fichaient. Les Américains
disent aux Irakiens "Vous
êtes un Etat libre et
souverain", mais
dissolvent l'armée
qui, dans cette région
du monde, est l'une
des expressions de la
souveraineté. Deuxième
erreur : les Américains
ne disent pas quand
ils partiront. Troisième
erreur : ils ont
nommé au Conseil de
gouvernement des gens
dont la seule légitimité
est d'être des gens
de confiance. Tout est
fait pour que les
Irakiens confondent
libération et
occupation.
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George Bush a justifié
la guerre, entre
autres raisons, par
l'implantation d'une démocratie
à Bagdad. Celle-ci
devait, par contagion,
gagner tout le
Proche-Orient. Est-ce
crédible ?
Le
projet était très
beau, très naïf.
Mais malheureusement
très peu crédible,
ce dont on ne peut se
réjouir. La ficelle
est un peu trop grosse
aux yeux des peuples
du Proche-Orient. Ceux
qui proposent
aujourd'hui la démocratie
sont ceux qui ont armé
l'Irak quand il
s'agissait d'endiguer
l'Iran, ceux qui,
depuis des dizaines
d'années, ont soutenu
les régimes
autoritaires de la région
au nom de la sécurité
- entre autres la sécurité
des approvisionnements
en pétrole -, ceux
qui ont imposé
l'embargo de l'Onu
puis ont retardé sa
levée...
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Comme son père lors
de la première guerre
du Golfe, George Bush
affirme qu'un succès
en Irak aidera à résoudre
le conflit israélo-palestinien.
Peut-on établir un
tel lien ?
La
région est la même.
Mais il s'agit de deux
conflits distincts :
Saddam, c'était un
problème de dictature ;
la Palestine, c'est le
problème d'un peuple.
Le lien est
artificiel. Ce lien,
c'est le climat créé
par l'Amérique. Un
climat de "deux
poids, deux
mesures".
Washington exigeait
que Saddam Hussein obéisse
à l'Onu, qui avait
ordonné son désarmement.
Mais les Etats-Unis
n'exigent pas d'Israël
qu'il applique les résolutions
de l'Onu commandant d'évacuer
les territoires
palestiniens. Au
contraire, ils
opposent leur veto à
toute nouvelle
condamnation d'Israël.
George Bush dit :
si je libère l'Irak,
je résoudrai la
Palestine. Mais c'est
le contraire qui est
vrai : s'il résout
le conflit israélo-palestinien,
il deviendra un héros
en Irak.
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Après l'échec du
sommet de Camp David,
en juillet 2000, trois
ans d'Intifada
semblent avoir ruiné
tout espoir d'une paix
proche entre Israël
et les Palestiniens.
Voyez-vous des raisons
d'espérer ?
Non.
Cela va de mal en pis,
dans un silence total,
avec un président
Bush qui est enfoncé
en Irak et qui ne peut
se permettre aucune
critique d'Israël à
l'approche des élections.
Les raisons d'espérer
des politiques sont
inexistantes. Peut-on
espérer de la société
civile ?
L'Intifada a fait un
mort, le camp de la
paix en Israël. Une
partie de la gauche
israélienne vient de
négocier un accord
parallèle avec des
modérés
palestiniens. Cela ne
mène malheureusement
pas très loin. La
meilleure solution, à
court terme, est celle
que sont arrivés à
préconiser les
travaillistes :
un retrait des
territoires et une
stricte séparation
des deux peuples. Si
elle s'accompagne du démantèlement
des colonies, alors
les kamikazes s'arrêteront.
Mais cette solution,
peut être nécessaire
à court terme, est
illusoire à long
terme : Israël
ne peut prétendre
vivre dans cette région
en ne parlant pas à
son plus proche
voisin.