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INTERVIEW  RJLIBAN  N°12  du 19 septembre 2003 

 
Donald Rumsfeld : "Allô ? Europe Assistance..."
 
Plus les Etats-Unis s'enlisent dans l' "après-guerre" d'Irak, plus les déclarations de responsables américains se font fracassantes. La dernière en date est celle du président Bush lui-même, qui a affirmé qu'il ne détenait pas encore de preuves de l'implication de Saddam Hussein dans les attentats du 11 septembre. Pendant ce temps, un grand nombre de soldats américains restent convaincus du contraire, qui aura été la principale motivation de leur participation à cette guerre. Nous publions à ce sujet un article qui vient de paraître dans le Monde, ainsi qu'une interview d'actualité de Donald Rumsfeld réalisée par le Canard enchaîné.
 
 
Aucune preuve de liens entre Saddam Hussein et le 11 septembre 2001
 
paru dans le Monde du 18 septembre 2003
 

Le président américain, George W. Bush, a affirmé mercredi 17 septembre qu'aucun lien n'avait été formellement établi entre l'ancien président irakien Saddam Hussein et les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. "Nous n'avons aucune preuve d'une implication de Saddam Hussein dans (les attentats du) 11 septembre", a-t-il déclaré. Parmi les raisons avancées pour expliquer le déclenchement de la guerre en Irak en mars, le président et son administration ont affirmé, avant le conflit et depuis, que le régime de Saddam Hussein était lié au réseau Al-Qaida, tenu responsable des attentats du 11 septembre. Les Etats-Unis disaient notamment redouter que les armes de destruction massive qu'ils accusaient l'Irak de posséder tombent entre les mains de "terroristes" tels qu'Al-Qaida si aucune initiative n'était prise pour renverser Saddam Hussein. Aucun arsenal interdit n'a été retrouvé en Irak depuis la chute de Saddam Hussein en avril. "Il ne fait aucun doute que Saddam Hussein avait des liens avec Al-Qaida", a répété le président américain mercredi.

Un sondage récemment publié par le Washington Post a montré que 69 % des Américains étaient persuadés que Saddam Hussein avait joué un rôle dans les attentats du 11 septembre 2001. Les démocrates américains accusent l'administration Bush d'avoir volontairement créé cette "impression erronée". Au cours de l'émission "Meet the Press" dimanche sur NBC, le vice-président Dick Cheney a estimé qu'il n'était "pas surprenant" que les Américains soient convaincus de l'implication de Saddam Hussein. "Nous ne savons pas", a-t-il déclaré. "Nous avons appris de nombreuses choses. Nous en avons appris toujours plus sur une relation entre l'Irak et Al-Qaida qui courait depuis les années 90."

 

 
Donald Rumsfeld : "Allô ? Europe Assistance..."
 
Les interviews (presque) imaginaires du "Canard"
 
Propos (presque) recueillis par FREDERIC PAGES et publiés dans le Canard enchaîné du 10 septembre 2003
 
Dans l'avion qui le ramène de l'Orient compliqué, le secrétaire à la Défense américain nous invite à déjeuner simplement. (Le texte de cet entretien a été relu et amendé par Donald Rumsfeld.)
 
- Alors, Donald, votre sentiment, après ces deux jours en Irak ?  
(effondré) On l'a voulu, on l'a eu.
 
- Qui ? Saddam ?
Non, le bordel !
 
- Mais à Bagdad vous avez dit : "Quel merveilleux début !"
C'est vrai. La canicule là-bas a tué moins de vieux que chez vous. Non, je plaisante... En fait, j'adore la France. (Il sonne le maître d'hôtel.) Roquefort pour tout le monde ! Et je confirme que notre présence en Irak est un succès. La preuve : Saddam Hussein n'a pas réussi à me choper.
 
- Pourtant deux missiles sol-air ont été tirés contre un avion américain qui décollait de l'aéroport de Bagdad quelques heures avant votre départ.
Cela prouve qu'il existe là-bas des armes de destruction massive ! J'ai failli les prendre en pleine poire !
 
- Ensuite vous avez décollé vers l'Afghanistan...
Tout va bien là-bas ! J'ai pu rester quelques heures à Kaboul au nez et à la barbe de mollah Omar, qui n'a pas réussi à me tendre une embuscade.
 
- Revenons à l'Irak. Finalement, vous appelez à l'aide le reste du monde...
Vous avez aimé les Américains, vous adorerez l'ONU, sa bureaucratie, ses motions inapplicables...
 
- Mais ça ne vous gêne pas de tendre la main aux Français et aux Allemands ? 
J'adore le Vieux Continent ! (Il tape dans ses mains.) Blanquette de Limoux pour tout le monde ! Comme l'a dit George W, oublions "nos divergences passées". Partageons-nous tranquillement l'Irak. Vous vous occupez des feux rouges, nous nous occupons des puits de pétrole.
 
- Mais le président Bush vient de demander une rallonge de 87 milliards de dollars au Congrès pour continuer la guerre !
C'est un hommage à la France. Il s'inspire de Raffarin et de Chirac. Moins il y a d'argent dans la caisse, plus on en dépense ! Vous reprenez des frites ? C'est le moment : nous allons à nouveau les appeler "French fries".
 
- Par décret ?
Non, par un vote solennel de l'ONU.

 

 

 
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