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Deux ans après les
attentats du 11
septembre, que
reste-t-il du choc
dans la tête des Américains
?
Un
traumatisme, plus
sensible, évidemment,
au moment de
l'anniversaire. Ces
attentats resteront
toujours un peu
incroyables par leur
dimension : presque
3.000 tués, c'est
très difficile à
comprendre. Cela
dit, le 11 septembre
nous préoccupe
beaucoup moins qu'il
y a un an. Par la
faute de George
Bush. N'importe quel
Président aurait,
comme lui, réagi
sur-le-champ et
renversé les
talibans qui
soutenaient Al-Qaida.
Mais Bush a fait ce
qu'aucun autre Président
n'aurait fait. Ses
conseillers néoconservateurs,
animés par des
sentiments pro-israéliens,
ont pensé que c'était
une occasion idéale
pour aller chercher
Saddam Hussein. Ils
ont pressé les
services de
renseignement de démontrer
ses liens avec
Al-Qaida. Rien n'a
été établi. Mais
cela n'a pas empêché
Bush de déclencher
la guerre et
aujourd'hui, au lieu
de rendre hommage
aux victimes du 11
septembre, on est préoccupé
par l'Irak qui
n'avait rien à voir
avec le terrorisme,
avec Oussama ben
Laden, avec
l'Afghanistan.
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Vu d'Europe, on a eu
le sentiment qu'une
poignée d'idéologues
- les néoconservateurs
qui entourent le
vice-président Dick
Cheney et le secrétaire
à la Défense
Donald Rumsfeld -
dirigeait l'Amérique...
Cela
a été vrai du
printemps 2002 au
printemps 2003. Les
néoconservateurs
faisaient la guerre
comme ils voulaient,
menaçaient l'Iran
et la Corée du
Nord, calomniaient
les Européens et
les Nations unies...
Mais il faut bien
voir la réalité
profonde des
Etats-Unis. A la
différence de
l'Europe, où tout
est très centralisé,
le pouvoir, ici, est
très partagé.
Selon notre
Constitution, chaque
pouvoir est
contrebalancé par
un autre, le Président
par la Cour suprême
qui joue les
garde-fous, et par
le Congrès, qui
peut ouvrir des enquêtes.
Et puis il y a le
pouvoir de la presse
qui autrefois
retourna l'opinion
contre la guerre au
Vietnam... Le 11
septembre avait "anesthésié"
ces contre-pouvoirs.
L'Irak, qui n'est
pas une
"bonne"
guerre comme
l'Afghanistan, les réveille.
Le Congrès demande
des comptes, la
presse redevient
agressive et accuse
George Bush d'avoir
menti sur les armes
de destruction
massive. Si vous y
regardez de près,
les néoconservateurs
sont en train de
subir une éclipse,
parce que tous leurs
projets
s'effondrent. Il y a
de nouveau un équilibre
entre les forces qui
mènent les
Etats-Unis.
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Cela veut-il dire
que les Américains
ne sont plus prêts
à avaler n'importe
quoi au nom de la
guerre contre le
terrorisme ?
George
Bush avait dit que
l'Irak serait un cake
work, qu'on y
entrerait comme dans
du beurre. L'Américain
de la rue se rend
compte, aujourd'hui,
que Bush a triché
pour lancer cette
guerre, que le résultat
n'est pas du tout ce
qu'il avait
promis... Les deux
leaders démocrates
John Kerry et Howard
Dean ont trouvé le
bon angle d'attaque
: ils disent, en
gros, que c'est une
guerre nécessaire
mais très mal
conduite. On n'avait
préparé que
l'aspect militaire
qui a été facile :
pensez, l'hyperpuissance
contre un pays
faible ! Mais tout
ce qui a suivi a été
très mal fait. Sur
le plan de la sécurité
intérieure,
beaucoup d'entre
nous estiment que
l'on y est allé
trop fort. Que l'on
viole nos principes
constitutionnels,
notamment celui qui
dit que les gens bénéficient
de la présomption
d'innocence. Il y a
environ 700
personnes détenues
aux Etats-Unis, la
plupart musulmanes
d'origine arabe, qui
ont été arrêtées
pour des entorses
aux lois sur
l'immigration. La
plupart n'ont rien
à voir avec le 11
septembre.
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Pour autant, le crédit
de la Maison-Blanche
est-il entamé ?
Le
11 septembre avait
"sauvé"
George Bush. Elu
avec une minorité
des suffrages exprimés,
il était
impopulaire durant
la première année
de son mandat. La
guerre contre
l'Afghanistan l'a légitimé
et la guerre
continue de le légitimer
: le Congrès
devrait voter
l'enveloppe de 87
milliards de dollars
supplémentaires que
demande la
Maison-Blanche pour
la guerre, parce
qu'il faut bien
soutenir les boys...
Bush joue sur le
sentiment
patriotique. Avec
succès jusqu'à présent.
Mais le doute
s'installe. Les Américains
commencent à faire
le parallèle avec
la guerre du
Vietnam. On n'est
pas du tout prêts
à faire des
sacrifices pour se
noyer dans le
bourbier irakien.
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Cela annonce-t-il un
virage dans la
politique étrangère
de George Bush,
marquée jusqu'alors
par l'unilatéralisme
?
Il
y a quelques mois,
Condoleezza Rice
disait : "Il
faut punir la
France, ignorer
l'Allemagne et
pardonner la
Russie." Ce
n'est plus
d'actualité. Au
Congrès, les indépendants,
les modérés,
reprochent au Président
d'avoir rompu les
ponts avec les alliés.
Ils lui demandent de
rétablir le
dialogue afin de
mettre sur pied une
force internationale
en Irak. La fin de
l'unilatéralisme
sera l'un des grands
thèmes de la présidentielle
de 2004. La majorité
des Américains
n'aiment pas du tout
cette idée d'unilatéralisme,
d'abord parce
qu'elle coûte trop
cher - notre déficit
explose, à 500
milliards de
dollars, un record -
et ensuite parce que
ce n'est pas notre
tradition
historique. Nous ne
sommes pas un
empire. Si le prix
de l'empire, de la
pax americana,
est de s'entendre
mal avec tous nos
anciens amis, alors
nous ne sommes pas
prêts à le payer.
Ici, on est
internationaliste.
Les gens éduqués
n'acceptent pas du
tout la manière
odieuse dont George
Bush a traité nos
idéaux, notre passé,
nos alliés, et les
dommages qu'il a
causés à l'image
de l'Amérique.
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George Bush est-il
en danger pour l'élection
présidentielle de
novembre 2004 ?
Il
a des problèmes. Il
conduit une mauvaise
guerre, le tableau
économique est
sombre : il y avait
eu 17 millions
d'emplois créés
pendant les huit ans
de présidence
Clinton, il y a eu 3
millions d'emplois détruits
depuis l'élection
de George Bush. On
peut dire que c'est
plus une affaire de
conjoncture que de
politique, mais l'électeur
de base n'est pas
aussi subtil. Il se
dit : on perd des
jobs, on change de
Président. L'équipe
Bush mise sur une
reprise économique,
mais les économistes
sont très partagés
là-dessus. Si les démocrates
choisissent un
candidat centriste,
intelligent, avec de
bonnes idées, alors
Bush peut perdre.