L'ancien président américain Jimmy Carter accuse Israël de pratiquer l'"apartheid"

 

par ERIC LESER, publié dans le Monde du 12 décembre 2006

 

L'ancien président américain Jimmy Carter, 82 ans, Prix Nobel de la paix en 2002, est au coeur d'une vive polémique depuis la publication, il y a deux semaines, de son dernier livre : Palestine : Peace Not Apartheid ("Palestine : la paix, pas l'apartheid"). L'ouvrage retrace l'évolution du processus de paix depuis les accords de Camp David entre Israël et l'Egypte, signés en 1978 sous sa présidence, jusqu'aux élections, en 2006, dans les territoires palestiniens où Jimmy Carter a mené une mission d'observation. Il blâme les Palestiniens et les Etats-Unis pour les échecs du processus du paix, mais surtout la politique israélienne. Dès la veille de la publication du livre, Nancy Pelosi, future numéro un démocrate de la Chambre des représentants, a pris ses distances avec M. Carter, affirmant qu' "il ne parle pas au nom du Parti démocrate sur Israël".

 

Il y a quelques jours, Kenneth Stein, ex-directeur du Centre Carter, organisation de défense des droits de l'homme, et directeur du Centre d'études sur Israël de l'université Emory, a démissionné et rompu publiquement avec l'ancien président. Il juge son livre "basé sur des analyses simplistes, bourré d'erreurs factuelles, de matériaux copiés et non cités, d'omissions et de parties tout simplement inventées". Le Centre Simon-Wiesenthal, l'un des principaux groupes mondiaux de défense juifs, a lancé une pétition condamnant l'utilisation par M. Carter du mot "apartheid". Dans une lettre ouverte à l'ancien président, publiée dans plusieurs quotidiens, des organisations comme l'Anti-Defamation League et l'American Jewish Committee dénoncent des critiques "injustes et infondées" qui "accordent peu d'attention au fait qu'Israël est attaqué sans cesse depuis sa création et menacé d'annihilation."

 

Jimmy Carter a répliqué en soulignant que le mot "apartheid" ne faisait pas référence à un quelconque racisme de la part d'Israël envers les Palestiniens mais au "désir d'une minorité d'Israéliens de confisquer et de coloniser des sites palestiniens". Il ajoute que "le livre décrit l'abominable oppression et les persécutions dans les territoires palestiniens occupés, le rigide système de laissez-passer et la ségrégation stricte entre citoyens palestiniens et colons juifs en Cisjordanie. De bien des manières, c'est plus oppressant que pour les Noirs vivant en Afrique du Sud au temps de l'apartheid". L'ancien président s'en prend, dans un article publié par le Los Angeles Times intitulé "Parler franchement d'Israël et de la Palestine" aux "critiques (de son livre) dans les principaux médias qui ont été écrites, dans leur grande majorité, par des représentants d'organisations juives". Il affirme vouloir faire tomber "le mur impénétrable" qui empêche le public américain de voir la souffrance des Palestiniens. Interrogé par Forward, un magazine de la communauté juive américaine, Jimmy Carter rappelle qu'il a négocié l'accord de Camp David : "Je n'ai pas à donner des références concernant mon désir d'apporter la paix à Israël", dit-il.

 


 

Dans un de ses derniers discours, Kofi Annan critique sévèrement l'administration Bush
 
paru dans le Monde du 12 décembre 2006
 

Dans une intervention largement considérée comme un discours d'adieu, à quelques semaines de la fin de son mandat à la tête des Nations unies, Kofi Annan a clairement critiqué, lundi 11 décembre, les Etats-Unis, laissant entendre qu'ils ont bafoué leurs valeurs fondatrices dans leur lutte contre le terrorisme. "Ce pays a historiquement été à l'avant-garde du mouvement des droits de l'homme", a noté M. Annan dans le discours qu'il devait prononcer à Independence (Missouri), distribué à l'avance. "Mais ce rôle ne peut se perpétuer que si l'Amérique reste fidèle à ses principes, même dans la lutte contre le terrorisme", a-t-il ajouté, estimant que "les droits de l'homme et l'Etat de droit sont vitaux pour la sécurité globale et la prospérité". Lorsque l'Amérique "semble abandonner ses propres idéaux et objectifs, ses amis à l'étranger sont naturellement troublés", a-t-il poursuivi, alors que l'armée américaine a été au centre de plusieurs scandales en Irak et que le camp de détention de Guantanamo et les méthodes de la CIA ont donné l'impression que les Etats-Unis s'affranchissaient des règles internationales.

 

Dans une allusion claire à l'invasion de l'Irak en 2003 - à laquelle il s'était opposé -, M. Annan continuait : "Lorsque la force, en particulier la force militaire, est utilisée, le monde la considère légitime" seulement si elle est utilisée dans "un but juste" et pour des "objectifs communs en accord avec des normes globalement acceptées". Le secrétaire général de l'ONU, qui sera remplacé par le Sud-Coréen Ban Ki-moon le 1er janvier prochain, a prononcé son discours depuis la bibliothèque présidentielle Harry-Truman, qualifiant cet ancien dirigeant des Etats-Unis (1945-1953) de "pionnier" pour avoir contribué à l'émergence des Nations unies. Tout au long de son texte, M. Annan a loué l'administration Truman, alors qu'il n'a pas une seule fois prononcé le nom de l'actuel président, George W. Bush.

 

Réformer le Conseil de sécurité de l'ONU

 

"Comme le disait le président Truman, 'la responsabilité des grands Etats est de servir et non de dominer les peuples du monde' ", a-t-il estimé. Et d'expliquer que l'ordonnateur du largage de deux bombes atomiques sur le Japon en 1945, qui fit des Etats-Unis le seul pays à avoir fait usage d'armes nucléaires, apprit de cette expérience que la sécurité devait désormais "être collective et indivisible". Tirant les leçons de ses dix années passées à la tête de l'ONU, il a fortement plaidé pour davantage de multilatéralisme. "Plus que jamais, les Américains, comme le reste de l'humanité, ont besoin d'un système global à travers lequel les populations peuvent faire face ensemble aux défis" tels que la prolifération nucléaire, le changement climatique, le terrorisme et les pandémies. "Face à ces dangers, aucune nation ne peut assurer sa sécurité en cherchant à dominer les autres. Nous partageons tous la responsabilité de la sécurité de chacun", a poursuivi Kofi Annan.

 

Il a notamment suggéré une réforme du Conseil de sécurité, expliquant que sa composition "reflète toujours la réalité de 1945, mais pas celle d'aujourd'hui". Pour y parvenir, le secrétaire général a souhaité que "les pays en voie de développement [aient] une voix plus forte" au sein des institutions internationales. En guise de conclusion, il a rappelé que"les Américains ont tant fait lors du siècle dernier pour construire un système multilatéral efficace, au centre duquel se trouvent les Nations unies", et appelé les dirigeants actuels aux Etats-Unis à poursuivre dans cette voie, sur les pas de Harry Truman.

 


 

Benoît XVI : la course aux énergies menace la paix du monde

 

publié par l'AFP le 12 décembre 2006

 

Les injustices et les tensions provoquées par la course aux sources d'énergie sont une menace pour la paix du monde, souligne le pape Benoît XVI dans son message annuel pour la paix publié mardi. Le pape met en garde contre les conséquences de "la course aux ressources disponibles sans précédent" provoquée par "la raréfaction des approvisionnement énergétiques", qui laisse de nombreux pays sur le bord du chemin. "Que deviendront les populations de ces régions", demande le chef de l'Eglise catholique. "Quelles injustices et quelles oppositions provoquera la course aux ressources d'énergie ? Et comment réagiront les exclus de cette course ?" Dans ce message publié en prévision de la journée mondiale de la paix, célébrée le 1er janvier, Benoît XVI dénonce "la destruction de l'environnement, son usage impropre ou égoïste et la mainmise violente sur les ressources de la terre" qui "engendrent des déchirures, des conflits et des guerres (...) parce qu'ils sont le fruit d'une conception inhumaine du développement". 

 


 

Assassinat Hariri : l’enquête Brammertz progresse, le lien entre tous les attentats ne fait plus de doute

Lire le rapport détaillé de Serge Brammertz sur notre site Internet 

 

paru dans l'Orient-le Jour le 13 décembre 2006

 

Plus aucun doute, désormais : pour la commission d’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri, il existe un lien entre les différents attentats qui se sont déroulés au Liban depuis le 1er octobre 2004. C’est en tout cas ce que confirme le sixième rapport d’étape rédigé par le magistrat Serge Brammertz, qui a été remis le 12 décembre 2006 à New York au secrétaire général sortant de l’ONU, Kofi Annan. Le rapport révèle en outre que l’homme qui a actionné la bombe le 14 février 2005, tuant Rafic Hariri, Bassel Fleyhane et leurs compagnons, "n’a pas passé sa jeunesse au Liban" et n’aurait résidé dans le pays que deux ou trois mois avant l’attentat. Par ailleurs, il fait part des premiers résultats de l'enquête sur l'assassinat de Pierre Gemayel le 21 novembre 2006.  


Toujours à New York, c’est avec fermeté que le Conseil de sécurité a pris position, dans le cadre d’une déclaration présidentielle, en faveur du gouvernement "légitime et démocratiquement élu du Liban", auquel il a exprimé "un appui sans réserve". Cependant, la séance a failli tourner à l’incident diplomatique entre la France et la Russie, Moscou exprimant des réserves sur la formulation du texte proposé. Le soutien du Conseil de sécurité est venu s’accompagner d’une déclaration sans appel de la secrétaire d’Etat US, Condoleezza Rice, qui a affirmé en direction de Damas et de Téhéran que l’avenir du Liban "n’est pas négociable". Sur la scène interne, le Conseil des ministres s’est réuni mardi pour adopter le projet de tribunal international, avant de le transférer immédiatement à la Chambre pour ratification.
 

 



"La presse en état de siège" ou "l’art" de réprimer les journalistes dans les pays arabes
Deuxième jour du séminaire pour la commémoration de l’assassinat de GEBRAN TUENI
 
par SUZANNE BAAKLINI, publié dans l'Orient-le Jour le 12 décembre 2006
 
La deuxième journée du séminaire organisé à l’hôtel Le Royal de Dbayeh, en hommage à Gebran Tuéni, a été une occasion de constater tristement la pitoyable situation de la presse dans les pays arabes, qui continuent de rivaliser de répression contre les journalistes. Certains d’entre eux, venus de Tunisie, du Maroc, de Bahreïn ou d’Egypte, ont témoigné hier de leurs malheurs, souvent avec humour (mieux vaut en rire !), lors des deuxième et troisième sessions de l’événement consacré à la première commémoration de l’assassinat de Gebran Tuéni, organisé par an-Nahar et l’Association mondiale de journaux, sous le thème de "La presse en état de siège". L’omniprésent et très subtil problème de la censure, qui mène tout naturellement à l’autocensure, a été largement abordé durant la première session de la journée. Ahmad Benchemsi, directeur de Tel Quel au Maroc, a affirmé que la liberté d’expression dans ce pays se porte apparemment mieux qu’ailleurs, mais qu’elle a été "grignotée centimètre par centimètre" par les journalistes eux-mêmes, sans attendre qu’on la leur accorde. Selon lui, peu de sujets restent vraiment tabous, ce qui ne signifie pas que l’Etat ne garde pas une marge de manœuvre importante contre les publications, comme les procès ou les amendes importantes imposées aux journaux, ou encore le boycott publicitaire. Ce regain de démocratie a commencé, a ajouté M. Benchemsi, avec le début du règne du roi Mohammad VI. "Il fallait vaincre la peur qui avait donné lieu à l’autocensure", a-t-il souligné, déclarant qu’une minorité de journalistes de la presse indépendante a alors procédé par tests, abordant l’un après l’autre les sujets considérés comme délicats, dont des critiques dirigées contre le roi et la monarchie ou les tabous sociaux.

Rien de tel en Tunisie, à en croire l’exposé fait par une journaliste connue pour son audace, Naziha Rjiba, rédactrice en chef d’un journal en ligne Kalima. Son premier journal, al-Raï, avait été fermé par le régime actuel à cause d’un article qu’elle avait publié et qui était "pourtant équilibré", affirme-t-elle. Toute la presse libre a ensuite connu le même sort, selon elle, d’où la prolifération des journaux en ligne. "Les arrestations pour ce qui paraît en ligne se poursuivent", raconte Mme Rjiba. Les moyens de répression par le biais de la "censure préventive" sont multiples, et les journalistes qui ont opté pour la confrontation en subissent les conséquences, ajoute-t-elle, avouant "lutter contre l’autocensure même si elle existe aussi chez moi". Mme Rjiba brosse un sombre tableau de l’avenir de la presse dans son pays, mais ne peut "qu’espérer un changement futur". La vie n’est pas plus clémente à Bahreïn pour Ali Abdeleman, qui dirige une publication en ligne. Le journaliste explique comment le pays a été secoué, de 1994 à 1999, par une "intifada" populaire, après quoi "le régime a fait quelques opérations esthétiques sous les pressions internationales". Son site Internet naît en 1999, dans un Etat toujours policier, se développe en restant anonyme. En 2001, le Pacte de travail national est voté, augmentant nettement la liberté d’expression. "Nous avons tous cru en la bonne volonté du roi, et nous avons dévoilé les noms des collaborateurs au journal", raconte M. Abdeleman. Mauvaise idée : en 2002, la répression recommence. Il est lui-même fait prisonnier et relâché seulement sous la pression populaire. Aujourd’hui, la loi sur la presse, très impopulaire, a été renvoyée au Parlement, mais les arrestations persistent.

Les législations, arme pernicieuse

La censure ne provient pas seulement de mesures directes prises contre les journaux, mais elle peut être imposée par les législations elles-mêmes. Cette question a été au centre des débats de la seconde session d’hier. C’est le cas dans la quasi-totalité des pays arabes, mais la presse d’Egypte est particulièrement touchée, comme l’explique Ibrahim Issa, rédacteur en chef de la revue d’opposition al-Doustour. Lui-même s’attend à ce qu’un jugement soit prononcé contre lui dès son retour au Caire, pour "diffamation" contre des responsables. Avec un humour admirable, il explique comment on l’a accusé de "faire régner la terreur au sein de la population" pour avoir publié une simple information qui a dérangé. "Les législations portent en elles les moyens de répression et sont restées inchangées malgré la succession de régimes, a-t-il déclaré. Même l’obtention de permis est liée à une approbation des services de sécurité." Et d’ajouter : "Un journaliste libre en Egypte est constamment menacé de prison, même s’il ne fait que respirer."

Ali Amar, cofondateur du Journal Hebdomadaire marocain, a évoqué les "lignes rouges" toujours présentes dans la loi, malgré les améliorations constatées sur le terrain. Ainsi, le nouveau code de la presse, voté en 2002, comporte des éléments d’ouverture mais aussi de crispation. Les textes restent souvent ambigus, selon lui, sous l’effet de certains principes incohérents et de thèmes vagues ("atteinte à l’ordre public", à titre d’exemple) qui accordent au juge un vaste champ d’interprétations. L’ "offense" reste une arme fatale pouvant être utilisée contre les journalistes, ce qui leur coûterait trois à cinq ans de prison, pour des sujets sensibles. Les tabous n’ont eux non plus pas vraiment disparu. Le Journal Hebdomadaire a été jugé plusieurs fois et condamné, au fil des ans, à payer plus de 400.000 euros d’amendes, a précisé M. Amar.

Enfin, le cas du Liban a été exposé par l’avocat Ziad Baroud, qui a constaté que, "même si la liberté d’expression est protégée par la Constitution, la loi comporte en elle les limites de cette liberté". La loi a ainsi empêché les publications "libres" de s’attaquer à une foule de sujets, sous peine de sanctions, comme le fait de publier les procès-verbaux des Conseils des ministres, par exemple. Il y a donc des informations "interdites", "sous restrictions" ou "autorisées". Le cas le plus frappant reste lié à la diffamation : Me Baroud explique qu’en cas de procès, le journaliste n’est pas acquitté même s’il arrive à prouver la justesse de ses informations, ce qui laisse le coupable libre et sanctionne celui qui n’a fait que dévoiler le scandale...
 

 
Vers une nouvelle guerre au Proche-Orient !
 
par GABRIEL ENKIRI, candidat à la présidentielle française, reçu le 11 décembre 2006
 
"Instaurer une paix juste et définitive au Proche-Orient - Créer un Marché Commun Méditerranéen alliant les deux rives de la Mer dans un seul devenir - Unifier les pays francophones dans une Confédération appelée Nouveaux Etats-Unis Francophones - Créer un grand club omnisports dénomme COP au stade de France à Saint-Denis pour hâter et favoriser l'intégration des jeunes immigrés..."
 

On aura du mal à y échapper. Toutes les conditions sont réunies pour qu'une nouvelle guerre ait lieu au Proche-Orient. On peut même la situer dans le temps : au printemps 2007 ! Qu'est-ce qui me rend pessimiste à ce point ? L'inconscience de nos candidats à la présidentielle. Deux d'entre eux sont déjà instrumentalisés : Royal et Sarkozy. Je résume : en Israël, les faucons préparent leur "revanche" sur le Hezbollah. Ils ne peuvent rester sur leur échec de juillet 2006 qui rend impossible toute négociation avec l'adversaire. A Washington, leurs correspondants, désavoués par les électeurs, restent en place : ils vont tout faire pour neutraliser Bush junior qui pourrait être tenté de suivre les recommandations de la commission Baker-Hamilton. Comme ils ne peuvent agir en Irak, ils vont naturellement se reporter sur le Liban actuellement en décomposition et qui devient un terrain de manoeuvre pour tous ceux qui veulent élargir le conflit à toute la région, en frappant les chiites du Hezbollah. Les sunnites, actuellement en guerre contre les chiites, peuvent escompter rallier à eux une partie des chrétiens, et prendre ainsi en tenaille le Hezbollah entre les troupes israéliennes d'une part, et les milices d'autre part. Il est probable que le bombardement de tout le Liban-sud sera terrible : les Israéliens vont profiter de l'occasion pour en "finir" avec le Hezbollah. Les troupes de la FINUL seront piégées : elles ne pourront rien faire contre les bombardements, et se retrouveront aux prises avec les combattants libanais chiites, entraînées par conséquent dans le camp israélo-sunnite ! Washington laissera faire, tout en neutralisant l'Iran et la Syrie par une négociation sur le "nucléaire" pour l'un, et le Golan pour l'autre, avec abandon du "procès Hariri" à la clef. Le Liban, détruit une fois de plus, aura servi de "monnaie d'échange", mais il est probable que les sionistes iront jusqu'à le réduire à peu de chose, en détruisant ses potentialités économiques et financières, et en annexant le sud du pays qui permettra de détourner les eaux du Litani tant convoitées !


Les faucons israéliens ont besoin de s'assurer le soutien de Paris - tant pour la fourniture d'armes que par son rôle diplomatique à l'ONU, en proie à une tempête internationale que l'agression israélienne déclenchera inévitablement. Au Liban comme en France les dirigeants politiques doivent prendre conscience du danger qui nous menace : au Liban, les dirigeants du Hezbollah doivent impérativement rechercher au plus vite un compromis avec tous les autres Libanais qui fera échec au projet des faucons ; en France, Sarkozy et Royal doivent prendre l'engagement solennel devant les Français qu'ils ne participeront, en aucun cas, à l'agression qui se prépare contre le Liban. Tous les autres candidats doivent en faire autant !
 

 


 

La bourde d’Olmert sur le nucléaire sème le trouble

 

paru dans le Figaro le 12 décembre 2006

 

Le premier ministre israélien Ehoud Olmert a brisé un tabou hier, en sous-entendant lors d’une interview à la télévision allemande qu’Israël détenait l’arme nucléaire. Un porte-parole officiel a immédiatement démenti ses propos. C’est un flou qui auréole la déclaration d’Ehoud Olmert et un vent de réactions qui agite la sphère politique israélienne. En réponse à une question de la chaine allemande N24 Sat1, le premier ministre israélien a affirmé : "Nous n’avons jamais menacé un pays d’annihilation. L’Iran menace ouvertement, explicitement et publiquement de rayer Israël de la carte. Pouvez-dire qu’il s’agit du même niveau de menace lorsqu’ils (les Iraniens) aspirent à avoir des armes nucléaires, comme la France, les Américains, les Russes et Israël ?" C’est la première fois qu’un dirigeant israélien avoue publiquement ce que certains considèrent être un secret de polichinelle. En effet, selon les experts internationaux, l’arsenal nucléaire israélien comporterait jusqu’à deux cents ogives pouvant équiper des missiles à longue portée. Mais l’Etat juif a toujours refusé de confirmer ou de démentir cette analyse. La semaine dernière, Robert Gates, désigné pour succéder à Donald Rumsfeld à la tête du Pentagone, avait déjà mentionné Israël parmi les puissances nucléaires de la région. Depuis cinquante ans, Israël n’a cessé de mener une "politique de l’ambiguité" concernant son dossier nucléaire.

 
De vives réactions
 
Selon un haut responsable gouvernemental, ces propos ne remettent pas en cause la politique d’Israël sur cette question alors que la presse, ce matin, gonflait la polémique et qualifiait les propos d’Olmert de "lapsus nucléaire" et de "tempête nucléaire". Les réactions ont été vives. Le député du parti de droite le Likoud, Youhal Steinitz, a appelé à la démission du premier ministre à la suite de ce "lapsus irresponsable qui remet en cause une politique datant de près d’un demi-siècle". Yossi Beilin, député de l’opposition de gauche a dénoncé "les propos stupéfiants d’Ehoud Olmert qui ne font que renforcer les doutes sur ses capacités à rester premier ministre".
 

 
Augusto Pinochet, un dictateur mis en place par les Etats-Unis
L'ancien dictateur chilien, qui est mort hier, fut longtemps un protégé des Etats-Unis qui l'aidèrent activement lors de son coup d'Etat du 11 septembre 1973
 
paru dans le Devoir le 11 décembre 2006
 
Augusto Pinochet n'a pas pris le pouvoir à la suite d'une intervention américaine directe, mais son coup d'Etat a été rendu possible par les opérations entreprises par la CIA, dès 1970, lorsque le socialiste Salvador Allende fut élu président de la République chilienne. Craignant que les Soviétiques ne profitent de l'élection d'un gouvernement socialiste au Chili pour installer un régime communiste sur le continent sud-américain, Washington avait décidé d'agir secrètement avec la CIA pour tenter de renverser Salvador Allende et lui substituer un homme de droite fidèle aux principes de la doctrine américaine. Les principales ressources minières du pays, comme le cuivre, étant à l'époque contrôlées par des multinationales américaines, les Etats-Unis craignaient également, avec la venue d'un président socialiste, la nationalisation de ces importantes ressources minières. Commandité et soutenu par Washington, le coup d'Etat du 11 septembre 1973 avait pour but premier d'éliminer le gouvernement socialiste d'Allende, premier et seul gouvernement de gauche à avoir vu le jour en Amérique latine à cette époque. Une fois aux commandes, Pinochet fut acclamé par l'administration américaine d'alors pour avoir restauré l'ordre et relancé l'économie chilienne en suivant les préceptes monétaristes et ultralibéraux de l'Ecole de Chicago. Mais, arrivé au pouvoir, le général Pinochet prit également des mesures instaurant la répression sur le plan politique et régional, y compris par la torture et le meurtre de ressortissants étrangers.

Soupçonnant que les autorités américaines aient été sinon impliquées du moins informées de ces exactions, le juge chilien Juan Guzmán Tapia a demandé en vain dès juillet 2001 d'interroger l'ex-secrétaire d'Etat Henry Kissinger dans le cadre d'une enquête sur l'assassinat du journaliste américain Charles Horman fusillé pendant la dictature du général Pinochet (1973-1990). Charles Horman, dont l'assassinat a inspiré le film "Missing" de Costa Gavras, avait été arrêté par des agents chiliens le 17 septembre 1973, six jours après le coup d'Etat, après avoir dénoncé des actions de la CIA contre le régime d'Allende. Il avait disparu au Stade national de Santiago, transformé alors en centre de détention et de torture, et son cadavre avait été retrouvé en 1974 dans une fosse commune du cimetière général de la capitale. L'assassinat à Washington, le 21 septembre 1976, d'Orlando Letelier, ancien chef de la diplomatie chilienne et ancien ambassadeur du Chili aux Etats-Unis et de sa secrétaire, l'Américaine Ronni Moffitt, a commencé à distendre les liens entre Pinochet et les Etats-Unis. Avec l'arrivée du démocrate Jimmy Carter à la Maison-Blanche en janvier 1977, les Etats-Unis ont commencé à prendre leurs distances avec le plan Condor. Ce plan, conçu en 1975 sous les auspices de Pinochet, visait à éliminer les opposants de gauche des dictatures sud-américaines. Quand l'étau judiciaire s'est refermé sur Augusto Pinochet pour fraude fiscale, les autorités américaines ont fourni à la justice chilienne des informations sur les montages financiers complexes de la famille Pinochet aux Etats-Unis. Et quand la fille aînée de l'ex-dictateur, Lucia Pinochet, inculpée de fraude fiscale au Chili, a cherché asile aux Etats-Unis en janvier 2006, elle n'a pas été admise sur le territoire américain.
 

 
Cheikh Naïm Kassem : Nous voulons nous débarrasser de la tutelle américaine
Les opposants catégoriques au Liban : le mouvement continuera jusqu’à la chute du gouvernement
 
paru dans l'Orient-le Jour le 2 décembre 2006
 
Le ministre démissionnaire de l’Agriculture, Talal Sahili, a déclaré hier que les manifestations d’hier constituaient "un moyen d’expression démocratique, pacifique et civilisé". Il a de plus estimé qu’il ne fallait pas "perdre espoir, même dans les situations les plus noires". Le ministre démissionnaire a ajouté que la majorité "a voulu se comporter comme le ferait la majorité en Occident, (...) Voilà aussi une manifestation à l’occidentale. Mais il existe une réalité libanaise qu’il ne faut pas perdre de vue : le Liban est un pays qui ne peut survivre que grâce au consensus entre ces différentes composantes". Concernant d’éventuelles initiatives tendant à calmer les tensions, M. Sahili a souligné que "si une telle initiative existait, les gens seraient rentrés chez eux".
 
Le secrétaire général adjoint du Hezbollah, Naïm Kassem, a pour sa part indiqué que "le peuple libanais ne supportait plus que des groupuscules se réunissent pour décider de sa destinée en fonction des souhaits des pays étrangers". Cheikh Kassem a ainsi mis en exergue "la lutte contre la tutelle américaine" qui, selon lui, a débuté hier par le biais des manifestations. "Nous avons tenté de discuter avec la majorité pour la convaincre de ne pas livrer le pays et ces discussions n’ont pas abouti, que ce soit par le biais du dialogue ou par celui des concertations", a poursuivi M. Kassem, qui a précisé "qu’il n’y aura pas de retour en arrière", le but étant de parvenir à la chute de l’actuel gouvernement. Le responsable de la communication du Courant patriotique libre (CPL), Georges Bassil, a quant à lui affirmé que "les revendications de l’opposition consistent en la formation d’un cabinet d’union nationale qui puisse mettre un terme au monopole du pouvoir et à l’exclusion des autres". M. Bassil a ajouté que le fait que le pouvoir actuel se proclame "gouvernement de l’indépendance" signifie que "tous les gouvernements formés sous Rafic Hariri étaient des cabinets de tutelle".
 

 
Le général Michel Aoun : L’opposition prête à former un "gouvernement de transition"
 
paru dans l'Orient-le Jour le 11 décembre 2006
 
L’opposition annoncera dans "les prochains jours la formation d’un gouvernement de transition", a déclaré le chef du CPL, le général Michel Aoun. "Dans les prochains jours, l’opposition formera un gouvernement de transition, si un cabinet d’entente nationale n’est pas mis sur pied pour remplacer celui de Siniora, désormais illégitime", a lancé le général Aoun, tout d’orange vêtu, dans un discours retransmis en direct aux centaines de milliers de manifestants au centre-ville. Selon lui, "le gouvernement de transition devra préparer la tenue d’élections législatives" anticipées. "Les barbelés ne protégeront pas le Sérail", a-t-il ajouté. "Les fils de fer barbelés ne résisteront pas à la poussée des manifestants de l’opposition" a-t-il encore dit. Le général Aoun a affirmé "ne plus accepter désormais les demi-mesures", soulignant que l’opposition "pourrait recourir à la désobéissance civile pour faire chuter Siniora". Le chef du CPL a rappelé les mouvements révolutionnaires qui avaient eu lieu "en Ukraine et en Serbie, quand le peuple avait pris d’assaut les sièges des institutions gouvernementales". Le général Aoun a aussi affirmé que "le 7 mai 2005 (date de son retour au Liban) il s’était engagé à lutter contre un diable à trois têtes : le féodalisme politique, le sectarisme et le confessionnalisme, et l’argent politique", soulignant que "le mouvement de changement a commencé".
 

 
"J'ai peur que le Liban en reprenne pour 10 ans"
Trois questions à... notre confrère Nicolas Cavagni, qui fut Casque bleu au Liban en 1995. Et qui conserve un regard très attendri sur ce pays

 

Propos recueillis par MICHEL TANNEAU, publiés dans Ouest-France le 28 août 2006

 

- Vous vous êtes engagé dans les Casques bleus en septembre 1994, alors que vous étiez non pas militaire de carrière, mais simple appelé du contingent ?
Je sortais de l'Ecole supérieure de journalisme de Paris, et j'avais encore en moi le fantasme du grand reportage. Or, j'effectuais mon service militaire en Allemagne. Lorsque mon régiment a demandé des volontaires pour le Liban, je me suis dit que c'était l'occasion de me confronter à la réalité de l'actualité Proche-orientale. Plutôt que d'effectuer des marches nocturnes en Forêt Noire, ou de tourner en rond à la caserne. Nous avons quitté Metz où il faisait zéro degré, pour une température de 40 degrés à Naqoura, sur la côte méditerranéenne, à l'extrême-sud du Liban, tout près de la frontière avec Israël. Dans notre contingent, il y avait à la fois des militaires du Ghana, des îles Fidji, du Népal ou de Finlande.
 
- Votre mandat était de six mois, jusqu'en mars 1995. Comment ressort-on de ce climat de guerre ?
Nous gardions un camp et des postes ONU, tout en servant d'escorte aux convois, et d'aide sanitaire aux Libanais qui allait se faire soigner à l'hôpital militaire de Naqoura. Le tout, entre tirs de roquette du Hezbollah d'un côté, mesures de rétorsions de l'armée israélienne de l'autre, bombes au bord de la route, terrains minés. Du haut de mes 25 ans, je ne pensais pas la situation du Proche-Orient aussi compliquée. On rencontrait des gens d'une même famille dans des camps opposés. A Tyr, nous rencontrions des mères de martyrs, la photo de leur fils autour du cou. Aujourd'hui, lorsque je vois des images télévisées, je pense aux gens que j'ai croisés là-bas. A la grand-mère libanaise qui avait vécu dans les années 30 à Carnac. A ces enfants qui vivaient la guerre en continu, qui voulaient regarder les collines à travers mes jumelles. J'étais idéaliste, j'espérais apporter ma pierre à la paix au Proche-Orient.
 
- Le Liban vient de vivre un mois sous les bombes. Comment voyez-vous son avenir ?
Dans ce pays, au bout du monde, coupé de tout, j'ai découvert des gens qui parlaient notre langue, avec qui on avait une culture commune. Mais aussi un pays multiconfessionnel, où se mélangent les cultures, les traditions et les religions. Hélas, toutes les problématiques du Proche-Orient se concentrent au Liban. C'est comme si on avait voulu lui faire payer sa capacité à faire vivre ensemble toutes ces communautés. 10 ans plus tard, alors que la diaspora revenait, que le commerce reprenait ses droits, et que la reconstruction était aussi d'ordre économique, patatras ! Les Israéliens s'étaient retirés, ils sont revenus. Cela semble sans fin. Tout dépendra du mandat que l'on donnera aux forces de la FINUL. Avec ce conflit, j'ai peur que le Liban en reprenne pour 10 ans. J'aurais bien aimé revenir en touriste dans ce pays merveilleux. Il va falloir attendre.

 


 

Tarek Mitri sur le perron de Bkerké : "L’heure de la politique a sonné"
Le ministre de la Culture évoque "les inquiétudes du patriarche maronite"

 

paru dans l'Orient-le Jour le 12 décembre 2006

 

Le ministre de la Culture, Tarek Mitri, a jugé hier que la manifestation de dimanche dernier a été une "démonstration de force", mais que "l’heure de la politique a sonné". S’exprimant après avoir été reçu par le patriarche maronite et déjeuné à sa table, le ministre de la Culture, rendant compte de l’inquiétude du chef de l’Eglise maronite, a affirmé : "Le patriarche est très inquiet pour le Liban et les Libanais, à cause du profond clivage politique, de la dureté du langage et de cette forme d’opposition. Dans tous les pays du monde, l’opposition prend certaines formes qui lui sont propres. Les manifestations de masse sont une démonstration de force. Et personne de nous n’affirme que le Hezbollah n’a pas des masses qui le suivent. Le nombre des manifestants était hier très important, et nul ne peut le nier, tout le monde a pu le voir à la télévision. Voilà une forme d’expression qu’il faut respecter. Mais cette démonstration faite, l’heure est à la politique. L’heure de la politique a sonné."

Pas de défi

 

Par ailleurs, le ministre de la Culture a nié que la convocation du Conseil des ministres, aujourd’hui, soit "une provocation pour quiconque". "Le Conseil des ministres, a dit M. Mitri, estime qu’il agit de façon légale et constitutionnelle. Il a même le devoir de remplir sa fonction et de faciliter la vie quotidienne des Libanais. Certains ministres assurent des heures de travail, mais moins que d’habitude. Nous avons besoin d’un gouvernement qui assume ses fonctions, et c’est ce qui va être examiné demain (aujourd’hui). Nous n’agissons pas dans la volonté de provoquer quiconque. Le fait que le gouvernement assume son devoir et ses fonctions n’est une provocation pour personne." Par ailleurs, M. Mitri, qui a rencontré aussi, hier, le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Elias Audeh, a affirmé qu’il transmettra au Premier ministre les propos du patriarche Sfeir. "Je lui ai dit pour ma part que les propos de l’opposition ont atteint leur point de saturation, et qu’ils n’apportent plus aux Libanais rien de positif ou de bénéfique, mais ne sauraient provoquer qu’un surcroît de tension", a-t-il affirmé.

 


 

Le ministre de l'Economie Sami Haddad craint un report, voire l’annulation de Paris III
Le ministre de l'Economie poursuit les préparatifs de la conférence, de plus en plus menacée

 

paru dans l'Orient-le Jour le 12 décembre 2006

 

La crise politique menace la tenue de la conférence d’aide internationale au Liban, prévue le mois prochain, a estimé hier le ministre de l’Economie et du Commerce, Sami Haddad. Dans un entretien accordé à Reuters, il a affirmé que "si la tension politique persiste, le risque que cette conférence soit repoussée ou, Dieu nous en préserve, annulée, sera très grand". "Le scénario du pire pourrait être très sombre. Si la tension politique se poursuit et si nous ne sommes pas en mesure de nous rendre à la conférence de Paris pour obtenir l’assistance financière dont nous avons désespérément besoin, les choses pourraient échapper à tout contrôle", a-t-il ajouté.


M. Haddad a toutefois indiqué que la date de la conférence de Paris III est maintenue, le 25 janvier prochain, et que le gouvernement poursuivait les préparatifs. "L’opposition est responsable de tout ce qui est en train de se passer ; par conséquent, si, pour une raison ou une autre, nous ne pouvions nous rendre à cette conférence, elle devrait en assumer toutes les conséquences", a conclu le ministre, qui n’est pas le premier à mettre en garde contre un éventuel échec de Paris III. Plusieurs responsables libanais et certains diplomates étrangers ont récemment émis des craintes sur un possible nouveau report.

 

De son côté, le ministre des Finances, Jihad Azour, s’est voulu un peu moins alarmiste. Mais il a néanmoins fait part de son inquiétude dans un entretien à l’AFP. "Si nous continuons dans le parcours politique actuel, bien entendu cela va avoir un impact négatif sur l’assistance internationale, a-t-il reconnu, mais le gouvernement continue de travailler d’arrache-pied afin de s’assurer que la conférence aura lieu à la date fixée." M. Azour a une nouvelle fois souligné que le but de cette conférence est de donner "un nouveau départ" au pays, malgré la crise politique qui paralyse les institutions. "C’est à travers cette conférence que le Liban pourra s’en sortir, ce n’est pas seulement de l’assistance financière que nous cherchons, c’est un nouveau départ, un nouvel élan qui permettra de reprendre les réformes", a affirmé le ministre. Initialement conditionnée à la mise en œuvre de réformes économiques, cette conférence doit essentiellement permettre au Liban de faire face à sa dette publique, qui dépassera à la fin de l’année les 40 milliards de dollars - soit 190 % du PIB - et dont le service représente au moins les deux tiers des revenus de l’Etat. Cette dette s’est accrue sous l’effet de l’offensive israélienne de cet été et le PIB devrait se contracter de 5 % cette année, rappelle l’AFP.

 


 

Darfour, les raisons de l'insoutenable silence de la communauté internationale
L'inertie est totale au Soudan. Le Conseil des droits de l'homme ouvre une session extraordinaire sur la province en guerre.

 

par PIERRE CHAMBONNET, publié dans le Temps le 12 décembre 2006

 

Le Conseil des droits de l'homme va-t-il enfin briser le silence qui entoure le Darfour ? Aujourd'hui s'ouvre à Genève une session extraordinaire sur la province soudanaise en proie à une guerre civile dévastatrice depuis bientôt quatre ans. Signe de la difficulté à mobiliser sur la question: Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies en personne, a dû frapper du poing sur la table pour que les 47 Etats membres du Conseil se penchent sur les massacres et autres violations massives des droits de l'homme dans l'ouest soudanais. Fin novembre, le Conseil avait péniblement accouché d'une résolution édulcorée sur la crise du Darfour. Le texte, amendé par le groupe africain au Conseil, évitait soigneusement de pointer la responsabilité du régime de Khartoum.

La crise déborde sur les pays voisins

Des voix qui crient dans le désert. Depuis le début de la guerre civile, la communauté internationale dénonce un conflit qui aurait déjà fait entre 200.000 et 300.000 victimes. Mais en dépit d'un accord de paix, d'une résolution de l'ONU et de l'indignation générale, la crise redouble d'intensité et déborde sur les pays voisins, Tchad et Centrafrique en tête ; sans pour autant que la mobilisation soit suffisante pour mettre un terme au conflit, et que la communauté internationale parvienne à s'entendre pour agir de manière significative. A l'heure actuelle, seuls 7.000 soldats mal équipés et mal préparés de la force AMIS, déployée par l'Union africaine, tentent de faire régner l'ordre. En vain. Depuis février 2003, les forces gouvernementales soudanaises, appuyées par des milices arabes - les Janjawid - s'opposent à des mouvements rebelles qui réclament une plus grande autonomie pour leur région ainsi qu'un partage plus équitable des ressources du pays, notamment pétrolières. Les Janjawid s'appuient sur les tribus musulmanes arabes pour massacrer les tribus musulmanes africaines contestataires. Parmi les 6 millions d'habitants répartis dans les trois provinces du Darfour - un territoire grand comme la France -, 2,5 millions ont été déplacés vers des camps humanitaires ; 250.000 autres se sont réfugiés au Tchad. Le Darfour poursuit sa longue descente aux enfers, sans intéresser suffisamment le reste du monde. L'inertie de la communauté internationale, divisée sur la question, est totale.

 

Pourtant, en septembre 2005, les Nations unies avaient approuvé un texte pour empêcher les massacres à grande échelle, après les précédents bosniaque et rwandais. Adoptée en grande pompe par l'Assemblée générale, la doctrine assurant une protection aux populations civiles "face aux génocides, nettoyages ethniques et crimes contre l'humanité" reste lettre morte. La gabegie s'explique par différents facteurs. D'abord la volonté de la communauté internationale de régler le conflit vieux de vingt ans entre le nord du Soudan et le sud : pas question d'intervenir au Darfour pour mettre fin aux massacres, au moment où la coopération du gouvernement soudanais est requise pour parvenir à l'accord de paix du Sud-Soudan, en 2004. A cette période, la communauté internationale parle d'un "problème humanitaire" au Darfour, et tarde à reconnaître l'ampleur des atrocités et la dimension politique du conflit. En dépit des condamnations de principe et des déclarations d'intention (dont le déploiement de 20.600 casques bleus voté par l'ONU en août 2006 mais bloqué par Khartoum), les puissances mondiales ne se pressent pas pour organiser une opération d'envergure à destination d'une région périphérique et sans grand intérêt stratégique.


Au sein de l'ONU, les blocages s'expliquent en revanche par des enjeux géostratégiques : la Chine importe 8% de son pétrole du Soudan, et sa dépendance vis-à-vis de Khartoum explique ses réticences. Avec l'accroissement des recettes pétrolières, le gouvernement soudanais se sent en position de force. Aussi avec l'appui de la Russie, grand pourvoyeur d'armes au Soudan. L'administration Bush a été la première à employer le terme de "génocide", au sujet des tueries du Darfour. Mais, entaché par l'expédition désastreuse en Irak, le messianisme américain ne fait plus recette. Et les Etats-Unis doivent jongler entre des intérêts divergents : d'un côté la condamnation du gouvernement soudanais pour son rôle au Darfour ; de l'autre, la coopération avec le régime de Khartoum (qui a hébergé Oussama ben Laden un temps) dans la guerre contre le terrorisme. Enfin, nombre d'humanitaires sur place pointent le délitement d'une crise aujourd'hui ingérable : la violence est devenue totalement désorganisée du fait de la multiplication des groupes insurrectionnels. On assiste à un éclatement du conflit encouragé par Khartoum, où le clan au pouvoir consolide sa domination en divisant pour mieux régner. Profitant aussi des divisions de la communauté internationale, le gouvernement soudanais dilue sa responsabilité en mettant le plus de champ possible entre ceux qui commettent les exactions et ceux qui les ordonnent.

 

 
Decenas de miles de personas vuelven a pedir en Beirut la renuncia de Siniora
Hezbolá convoca la segunda gran marcha contra el Gobierno prooccidental de Líbano
 
El País, el 12 de diciembre de 2006
 
Decenas de miles de libaneses han vuelto a pedir en las calles de Beirut el fin del Gobierno prooccidental de Fuad Siniora, tal como llevan haciendo desde hace 10 días. De nuevo, los manifestantes, convocados por la organización radical chií Hezbolá, se han dirigido hacia la sede del Gobierno, donde permanece atrincherado el primer ministro, que se niega a ceder a las presiones de los sectores prosirios. Tropas de combate del Ejército libanés, así como fuerzas armadas de la policía, protegen las inmediaciones de la sede gubernamental, donde Siniora y sus ministros se encuentran alojados desde el pasado 1 de diciembre. Siniora encabeza un Gobierno de corte prooccidental que ha perdido a los cinco ministros chiíes de Hezbolá y Amal previstos en los pactos constitucionales. Los ministros renunciaron en protesta por la disposición del primer ministro a crear un tribunal internacional patrocinado por la ONU que investigue la muerte del ex presidente antisirio Rafik Hariri, asesinado en un atentado en febrero de 2005.

Ayer mismo, la crisis política se agudizó después de que el presidente del país, Emile Lahud, prosirio, se negase a firmar el decreto de creación de este tribunal enviado por el Gobierno de Siniora. Lahoud, un férreo aliado de Siria, señaló que el Gobierno carece de toda legitimidad constitucional para presentar el documento, por la ausencia de los cinco ministros chiíes. Hezbolá exige la dimisión del Gabinete o bien que se le otorguen los ministerios necesarios para disponer de una minoría de bloqueo en el Ejecutivo. Siniora rechaza una y otra opción.

 

División social

 

La crisis política ha dividido al país : la mayoría de los suníes respaldan a su primer ministro, mientras que los chiíes han expresado su apoyo al grupo radical Hezbolá, mientras que las facciones cristianas se encuentran en medio del conflicto, con la opinión dividida. Es Hezbolá el grupo que canaliza las protestas de los sectores prosimios, desde una posición reforzada tras la guerra del pasado verano contra Israel. Así, convocados por la guerrilla chií, miles de personas ocupan desde la madrugada del sábado dos plazas del centro de Beirut a las que se han unido hoy otros varios miles a para protagonizar una nueva manifestación contra el Gobierno de Siniora. Muchos de estos manifestantes ondeaban banderas libanesas o de Hezbolá, mientras se escuchaban himnos en honor a la guerrilla a través de megáfonos. Aunque al principio de las movilizaciones se pedía un Gobierno de unidad nacional, los manifestantes se limitan ya sólo a intentar derribar el Gabinete de Siniora. Éste ha afirmado en varias ocasiones que no dimitirá bajo la presión de la calle y ha instado a la oposición reanudar el diálogo, único medio para salir de la grave crisis.

 


 

Hezbollah chief 'plotting coup'
 

BBC, 8 December 2006

 

Lebanese Prime Minister Fouad Siniora has accused the leader of the Hezbollah militant movement of plotting a coup. He pointed to comments by Hezbollah's Hassan Nasrallah that the opposition would form an interim government without the existing administration. Mr Siniora said these were tantamount to a plot to overthrow the government. In another development, a Sunni preacher led thousands of Sunni and Shia anti-government protesters in a show of unity during Friday prayers. The preacher, Fathi Yakan, praised the protesters for trying to stop what he called the American project in Lebanon - a reference to western support for Mr Siniora's government. Speaking in al-Jazeera TV, Mr Siniora said : "The least that can be said is that Mr Nasrallah was not right yesterday to say what he said." "He is trying to stage a coup. Or at least he's threatening to stage a coup. And he has already decided the outcome."

TV address

 

In a televised address on Thursday, Sheikh Hassan Nasrallah also said street protests would continue until the opposition achieved its aim of forming a new national unity government. Sheikh Nasrallah told supporters camped in central Beirut that Lebanon needed a new government, one free from foreign influence. He said Hezbollah was open to negotiations, and would not fight fellow Lebanese. The group, backed by Iran and Syria, withdrew from government last month. Thousands of Hezbollah followers have been protesting in central Beirut for a week, with sporadic clashes between government and anti-government supporters. Hezbollah withdrew its minister from the government last month - and other pro-Syrian members of the cabinet followed suit.

 


 

Téhéran, capitale du déni de la Shoah

 

par THOMAS HOFNUNG, publié dans Libération le 12 décembre 2006

 

Le "mythe" vaut bien une conférence. Une réunion sur la "réalité" de l'extermination des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, notamment sur l'utilisation de chambres à gaz dans les camps de concentration nazis, s'est ouverte, hier, à Téhéran. Intitulée "Etude de l'Holocauste : une vision mondiale", la conférence se tient à l'Institut d'études politiques et internationales, qui dépend du ministère des Affaires étrangères. Durant deux jours, des "universitaires" et "chercheurs" européens, tel l'ex-universitaire et révisionniste français Robert Faurisson, condamné à de multiples reprises par la justice française pour sa négation de la réalité de l'Holocauste, mais aussi des rabbins antisionistes ou encore l'ancien représentant républicain de Louisiane David Duke, ex-dirigeant du Ku Klux Klan, vont "débattre" sur le sujet. Ils sont notamment invités à se pencher sur le thème suivant : "Holocauste : suites et exploitation." Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad en est à la fois le concepteur et le promoteur. Depuis son arrivée au pouvoir, en août 2005, il a parlé à plusieurs reprises de l'Holocauste comme d'un "mythe", utilisé ­ selon lui ­ par Israël au Proche-Orient, qu'il qualifie par ailleurs de "tumeur" et qu'il souhaite ouvertement "rayer de la carte". Malgré les pressions de la communauté internationale, Téhéran cherche à se doter de l'arme nucléaire.
 
Dans son discours d'ouverture, le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a affirmé : "Le but de cette conférence n'est pas de nier ou de confirmer la réalité de l'Holocauste. L'objectif principal, c'est de donner l'occasion de s'exprimer à des penseurs qui ne peuvent pas le faire librement en Europe." Cette conférence a provoqué de nombreuses protestations. Le Premier ministre israélien Ehud Olmert l'a qualifiée de "nauséabonde". Paris a exprimé son "inquiétude", alors que Berlin a condamné "toute tentative de ceux qui cherchent à donner un forum à ceux qui relativisent et remettent en cause l'Holocauste". Washington a parlé de "geste honteux". Enfin, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a estimé que "toute tentative de semer le doute sur la réalité de cette horreur unique et indéniable doit susciter l'opposition ferme de toute personne de bonne volonté, quelle que soit sa religion". La conférence est également critiquée par la communauté juive d'Iran (25.000 personnes). "Nier l'Holocauste est une immense insulte", a dit Moris Motamed, unique député juif au Parlement iranien. Pas aux yeux des dirigeants iraniens.

 


 

Trouvons une stratégie commune pour apaiser le Moyen-Orient
 
par JOSCHKA FISCHER, publié dans le Figaro le 7 décembre 2006 
 
L'auteur est ancien ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier allemand de 1998 à 2005. Chef de file du parti des Verts pendant presque vingt ans, actuellement professeur à la Woodrow Wilson School de l'université de Princeton
 

La situation politique et les problèmes de sécurité sont extrêmement préoccupants dans la vaste région comprise entre la vallée de l'Indus et la rive est de la Méditerranée. Quand les Etats-Unis sont intervenus militairement en Irak en 1991, leur objectif était d'entraîner un changement radical dans toute cette région. Aujourd'hui, il est clair que pour l'essentiel ils n'y sont pas parvenus, quel que soit le domaine considéré. Et même un succès, la tenue d'élections libres en Irak, menace de diviser le pays, plutôt que de l'unifier. Les relations de pouvoir au Moyen-Orient sont instables, en transformation constante, ce qui n'entraîne pas un effet de dominos vers la démocratisation, mais soulève la menace d'une chute en dominos vers le chaos. En 1991, la décision de partir en guerre contre l'Irak pour libérer le Koweït a marqué le début du rôle de l'Amérique comme seul pouvoir militaire hégémo­nique dans la région. La décision de mener la guerre contre l'Irak pour la deuxième fois et d'oc­cuper le pays en mars 2003 a transformé cette hégémonie en responsabilité directe des Etats-Unis quant à l'avenir du Moyen-Orient. Le positionnement des Etats-Unis comme acteur principal au Moyen-Orient pouvait déboucher sur deux scénarios différents. S'ils réussissaient en utilisant leur puissance militaire, cela pouvait conduire à un nouveau Moyen-Orient, démocratique, mais si en dépit de leur force militaire ils échouaient, cela pouvait entraîner un vide de pouvoir déstabilisateur pour la région. C'est ce deuxième scénario, prévisible depuis le début, qui est devenu une réalité.

 

L'objectif même de la guerre en Irak s'est transformé d'une mission de démocratisation à une mission de stabilisation très coûteuse en termes de vies humaines et de moyens financiers. A la place d'un réaménagement radical des relations entre les pouvoirs dans la région, l'objectif se réduit maintenant à maintenir le statu quo. Au mieux, les Etats-Unis peuvent maintenant espérer un retrait qui leur permettrait de sauver la face. Le récent scrutin aux Etats-Unis était un référendum sur la guerre en Irak. Le résultat conduit à un calendrier vers "l'irakisation" et à un retrait américain avant la prochaine élection présidentielle. Derrière la trop prévisible fin de la mission américaine de stabilisation en Irak se profile une guerre civile qui menace de se transformer en guerre entre Arabes et Iraniens par milices interposées, avec pour enjeu le contrôle de l'Irak, du Golfe, du Liban, des territoires palestiniens et au-delà. Il faut aussi prendre en compte le risque important présenté par le vide de pouvoir en Irak qui pourrait fusionner le conflit israélo-arabe, la situation en Irak et en Afghanistan en une mégacrise régionale. A la lumière du retrait américain à venir, les pouvoirs régionaux réévaluent leurs intérêts et leurs objectifs. Les principaux acteurs seront l'Iran, la Syrie, l'Arabie saoudite, l'Egypte, la Jordanie, le Pakistan, la Turquie et Israël. Avec la guerre en Irak, les Etats-Unis ont perdu leur position de pouvoir unilatéral, cela tant au Moyen-Orient qu'ailleurs. A l'avenir, plusieurs grandes puissances se manifesteront au Moyen-Orient, notamment les Etats-Unis, la Russie, la Chine et l'Inde. Espérons que l'Europe sera de la partie, car sa sécurité se joue dans cette région.

 

L'enjeu n'est plus seulement l'Irak, mais l'avenir de toute la région. Nous pourrons nous estimer heureux si le chaos naissant peut être limité à l'Irak. La reconnaissance par Washington que l'Irak ne peut plus être gagné ni même stabilisé sans un changement de structure au niveau de toute la région est venue très tard, peut-être même trop tard. Les Etats-Unis devront trouver un accord avec leurs alliés et entamer des pourparlers directs avec tous les autres acteurs pour essayer de parvenir à un nouveau consensus régional. Si ce changement de poli­tique avait eu lieu il y a un an ou même au début de l'été dernier, les perspectives auraient été meilleures. Avec chaque jour qui passe, la position américaine dans la région s'affaiblit encore et les chances de réussite d'une nouvelle stratégie politique s'éloignent. Le plus grand danger vient de l'Iran, le premier bénéficiaire du vide de pouvoir en Irak. L'Iran a des ambitions hégémoniques qu'il cherche à réaliser en s'appuyant sur son potentiel mili­taire, ses réserves en pétrole et en gaz, son programme nuclé­aire, son influence sur les chiites dans toute la région et ses tentatives pour mettre fin au statu quo dans le monde arabo-musulman. Néanmoins, ce pays est relativement isolé. Ses seuls alliés dans la région sont la Syrie et le Hezbollah. D'autre part, il est menacé par une coalition anti-iranienne de facto de tous les autres pouvoirs régionaux rassemblés par leur crainte d'une domination iranienne.

 

Si l'Occident - l'Amérique et l'Europe - agit vite et résolument dans le cadre d'une stratégie conjointe, il reste une chance de stabiliser la situation. Mais, pour y parvenir, il sera nécessaire de réexaminer les relations avec les principaux acteurs de la région. Cela passe par une stratégie fondée sur des moyens de nature politique et non sur une menace d'intervention militaire ou de changement de régime. A la place, il faut des négociations directes, des garanties de sécurité et une aide à l'intégration politique et économique. Pour réussir, cette stratégie nécessite aussi le recours à une menace réaliste d'isolation envers ceux qui continuent à miner la stabilité régionale, ainsi que des progrès substantiels dans la résolution du conflit israélo-arabe. Une nouvelle politique moyen-orientale doit donc privilégier quatre éléments : 1) une offre globale à la Syrie, pour la détacher de l'Iran, et la résolution des points de friction ; 2) une offre de négociations directes à l'Iran portant sur une perspec­tive de normalisation complète des relations ; 3) une initiative décisive et réaliste pour résoudre le conflit israélo-arabe ; 4) une architecture de sécurité régio­nale centrée sur la stabilisation de l'Irak et de l'Afghanistan.

 


 

Interpellation, par John Le Carré

 

publié dans le Monde du 7 septembre 2006

 

Répondez un peu à cette question, je vous prie. Quand vous tuez cent civils innocents et un terroriste, est-ce que vous gagnez ou perdez la guerre contre le terrorisme ? "Ah, me rétorquerez-vous, mais ce terroriste aurait pu tuer deux cents personnes, mille personnes, plus encore !" Se pose alors une autre question : si, en tuant cent personnes innocentes, vous provoquez l'émergence future de cinq nouveaux terroristes et leur procurez une base populaire qui jure de leur fournir aide et soutien, garantissez-vous un avantage aux prochaines générations de vos concitoyens, ou vous êtes-vous créé l'ennemi que vous méritez ? Le 12 juillet, le chef d'état-major de l'armée israélienne nous a gratifiés d'un aperçu des subtilités de la pensée militaire de son pays. Les opérations militaires prévues au Liban, nous déclara-t-il, "allaient renvoyer ce pays vingt ans en arrière". Eh bien, j'étais là-bas il y a vingt ans, et ce n'était pas joli, joli. Après sa déclaration, le général a tenu sa promesse. J'écris ceci vingt-huit jours exactement après que le Hezbollah a enlevé deux soldats israéliens, pratique militaire assez fort courante que les Israéliens eux-mêmes ne s'interdisent pas.

 

Au cours de ces vingt-huit jours, neuf cent trente-deux Libanais ont été tués et plus de trois mille blessés. Neuf cent treize mille sont devenus des réfugiés. Le nombre de victimes israéliennes s'élève à quatre-vingt-quatre morts et huit cent soixante-sept blessés. Au cours de la première semaine du conflit, le Hezbollah tirait environ quatre-vingt-dix roquettes par jour sur Israël. Un mois plus tard - en dépit de huit mille sept cents sorties effectuées par les forces aériennes israéliennes sans qu'elles rencontrent la moindre résistance, et qui provoquèrent la paralysie de l'aéroport international de Beyrouth et la destruction de centrales électriques, de dépôts de carburant, de flottilles de pêche, de cent quarante-sept ponts et de soixante-douze axes routiers -, le Hezbollah porta sa moyenne quotidienne de tirs de roquettes à cent soixante-neuf. Et les deux soldats israéliens qui étaient la raison affichée de toute cette agitation ne sont toujours pas rentrés chez eux.

 

Alors oui, comme nous en avions été avertis, Israël a fait au Liban ce qu'il lui avait fait il y a vingt ans : il a saccagé son infrastructure et infligé une punition collective à une démocratie fragile, multiculturelle et résiliente qui s'efforçait de réconcilier ses différences confessionnelles et de vivre en bonne harmonie avec ses voisins. Il y a encore un mois à peine, les Etats-Unis faisaient du Liban le modèle de ce que les autres pays du Proche-Orient pourraient devenir. Le Hezbollah, pensait-on avec un optimisme peut-être excessif dans la communauté internationale, allait peu à peu couper ses liens avec la Syrie et l'Iran et se muer en une force politique et non plus purement militaire. Et voilà qu'aujourd'hui l'Arabie entière célèbre cette force armée, la réputation de suprématie militaire dont jouissait Israël est en miettes et l'image dissuasive à laquelle il tenait tant ne dissuade plus personne. Et les Libanais sont devenus les dernières victimes d'une catastrophe globale qui est l'oeuvre de zélotes égarés et ne paraît avoir aucune issue.

 
 

L'ancien président américain Jimmy Carter, Prix Nobel de
la  paix en 2002, accuse Israël d' "apartheid" et affirme
vouloir faire tomber "le mur impénétrable" qui empêche
le public américain de voir la souffrance des Palestiniens