La précipitation des
événements
en février
au Proche-Orient, avec
l'assassinat de Rafic
Hariri au Liban,
survenant juste après
le nouvel accord israélo-palestinien
de Charm el-Sheikh et
entre les visites de
Condoleezza Rice et
George Bush en Europe,
ont donné lieu à de
nombreuses interviews
dans la presse
francophone, dont nous
publions une partie
parue en février par
ordre chronologique.
Hariri
ou le miracle
libanais
Le
Liban a connu hier une
journée particulièrement
intense en émotions
et en prières, les
communautés
catholiques commençant
en ce Jeudi Saint les
célébrations de la
crucifixion du Christ
en prélude à la fête
de Pâques, alors que
tout le peuple
libanais se
recueillait pour le
40e de la mort de
l'ancien Premier
ministre Rafic Hariri.
40 jours au cours
desquels Hariri a fait
un véritable miracle
au Liban, réussissant
à réunifier le
peuple dans toutes ses
composantes et donnant
la force à la grande
majorité silencieuse
de s'exprimer dans les
rues de Beyrouth : la
journée historique du
14 mars sera ainsi
suivie de celle du 13
avril, commémorant le
30e anniversaire de la
guerre du Liban, au
cours de laquelle des
milliers de Libanais résidant
à l'étranger, représentant
les 15 millions de
Libanais de l'émigration,
sont attendus pour
renforcer la marche
finale pour la liberté.
A
Paris, en solidarité
avec le Liban libre,
une manifestation pour
le 40ème de la mort
de Rafic Hariri aura
lieu le mardi 29 mars
à 19h30, place d'Iéna,
à laquelle tous les
amis du Liban en
France sont conviés. Pour
plus d'informations,
contactez le courant
du Futur et l'Amicale
des anciens étudiants
de la Fondation Hariri
: Tél. 06.03.89.36.76
- E-mail : info@rafikhariri.net -
Site Web : www.rafikhariri.net .
Enfin,
le rapport de la
commission
d’information de
l’Onu sur
l’assassinat de
Rafic Hariri a été
rendu public hier soir
par Kofi Annan. Ce
texte au ton acerbe
est particulièrement
accablant pour les
services de sécurité
libanais et syriens.
Il estime que l’enquête
libanaise souffre de
"négligences sérieuses
et systématiques",
impute à Damas la
responsabilité de la
tension qui a précédé
le meurtre de
l’ancien Premier
ministre et conclut à
la nécessité de la
formation d’une
commission d’enquête
internationale en
bonne et due forme.
Farid Abboud ,
pour une application
"graduelle et
prudente" de la
1559
par
IRENE MOSALLI, publié
dans l'Orient-le Jour
le 10 février 2005
Les
ambassadeurs du Liban
(Farid Abboud) et de
Syrie (Imad Moustapha)
ont abordé à
l’Institut James
Baker de l’Université
de Rice (Houston)
l’actuel contexte du
processus de paix au
Proche-Orient. Tous
deux ont exprimé leur
optimisme quant à
l’accord survenu
entre le leader
palestinien Mahmoud
Abbas et le Premier
ministre Ariel Sharon
concernant l’arrêt
de violence entre les
deux parties. Mais les
deux ambassadeurs ont
souligné que les
trois mois à venir
allaient être
critiques. M. Abboud a
néanmoins souligné
que c’était là
"une occasion à
saisir", et pour
M. Moustapha, cette
initiative démontre
"un certain
engagement". Et
tous deux restent sur
leurs gardes en
attendant des résultats
plus tangibles. M.
Moustapha s’est dit
choqué par cette
phrase prononcée par
le président Bush
durant son discours
sur l’état de
l’Union et qui
accuse la Syrie de tolérer
" des terroristes
qui cherchent à
saboter toute chance
de paix dans la région".
Il a ajouté que ce
commentaire était
fait à des fins
politiques et que la
Syrie avait fait
plusieurs gestes
d’ouverture envers
Israël qui les a tous
rejetés. Pour ce qui
est de la présence
militaire syrienne, il
a fait valoir que son
pays était en train
de retirer ses troupes
dont il ne reste plus
que 15.000 membres. De
cette présence,
l’ambassadeur du
Liban a dit qu’elle
constituait un
contentieux et
qu’elle serait
probablement le point
central des élections
législatives
libanaises qui se dérouleront
au printemps prochain.
Selon
lui, le pays expérimente
un important processus
démocratique
accompagné d’une
liberté de presse et
de débats. Interrogé
sur le rôle du
Hezbollah, il a répondu
qu’il faisait partie
de la vie politique du
pays, qu’il
participe aux élections
et que, par conséquent,
il ne fallait pas le
percevoir uniquement
sous un angle sécuritaire.
Pour M. Abboud, les
différentes clauses
de la résolution 1559
doivent être appliquées
"graduellement et
prudemment". Il a
également réitéré
la volonté du Liban
de voir le problème
palestinien traité
dans le cadre d’une
solution régionale
globale. Quant au
Syria Accountability
Act que le Congrès a
voté il y a deux ans,
M. Moustapha considère
qu’il s’agit là
"d’une législation
injustifiée... Nous
ne sommes pas
l’ennemi des
Etats-Unis... Je ne
pense pas que les
Etats-Unis aient
besoin d’un autre
ennemi". Pour
lui, la Syrie a
toujours la volonté
de dialoguer avec les
Etats-Unis et elle
attend un signal de ce
côté-là.
Le
général Aoun va
rentrer à Beyrouth
par
JEAN-PIERRE PERRIN,
publié dans Libération
le 11 février 2005
Même
si la police doit
l'arrêter à son
arrivée, le général
Michel Aoun, qui vit
en exil en France, a
annoncé hier son
intention de regagner
bientôt son pays. "
Je veux rentrer
avant les élections législatives
(prévues pour le
printemps), d'une
façon classique ou
non classique",
a-t-il déclaré hier
lors d'une conférence
de presse à Paris, se
refusant d'en dire
plus. " Je
me présenterai avec
les mains
tendues",
a-t-il ajouté,
faisant écho aux récentes
déclarations du
ministre de la
Justice, Adnane Addoum,
qui a fait savoir
qu'il serait alors arrêté
: "Le général
Aoun a reconnu des
faits qui, selon la
loi libanaise,
constituent un crime,
à savoir la
fomentation de
troubles au Liban.
S'il débarque à l'aéroport,
les services de sécurité
sont appelés à exécuter
le mandat d'arrêt
lancé contre
lui."
L'officier rebelle a
aussi indiqué qu'il
recevrait à une date
non encore fixée le
chef druze Walid
Joumblatt, qui incarne
aujourd'hui
l'opposition légale
à la tutelle
syrienne. Il a annoncé
son souhait de voir désarmé
le Hezbollah, plaidant
pour une séparation
totale entre les
partis politiques et
les forces de sécurité.
Fneich : Le
Hezbollah se tient
aux côtés de tout
projet de réforme
paru
dans l'Orient-le
Jour le 14 février
2005
Dans
une déclaration
qu’il a faite à
Nabatiyé (Liban-sud)
à l’occasion de la
commémoration de la
Achoura, M. Mohammed
Fneich, député du
Hezbollah, a indiqué
que la formation à
laquelle il appartient
se tient aux côtés
de tout projet de réforme.
"Si un projet de
réforme authentique
est établi et si
l’opposition tient réellement
à améliorer la
situation locale,
notamment au niveau
des politiques économique
et sociale tout en
appliquant l’accord
de Taëf, nous serons
parmi les premières
forces à soutenir
cette orientation réformiste",
a-t-il déclaré,
affirmant que le
Hezbollah tend la main
à toute partie
"sincère dans
son appel à la réforme".
"Le Hezbollah
représente une ligne
politique à part.
Nous ne sommes pas
avec les loyalistes
qui veulent maintenir
leur style d’action
erroné et leurs
politiques stériles
qui favorisent la
corruption. Nous ne
sommes pas non plus
avec l’opposition
qui veut entraîner le
pays dans une nouvelle
aventure, que ce soit
ou non à travers des
paris sur des projets
externes", a
ajouté le
parlementaire.
Le désarmement
du Hezbollah est une
question qui ne se
pose pas, affirme
Kassem
Naïm Kassem, le n°
2 du Hezbollah, a
estimé samedi que
le désarmement du
parti de Dieu tel
que stipulé par la
résolution 1559 de
l’Onu est une
question qui ne se
pose pas, "ni
aujourd’hui ni
dans
l’avenir".
Interrogé par
l’agence Reuters,
il a précisé que
ce désarmement
"n’est pas négociable",
soulignant que les
armes de son
mouvement sont
celles de la Résistance,
celles qui "ont
libéré le Sud et
qui œuvrent pour la
libération des
fermes de Chebaa"
; des armes qui ont
été "adoptées
par le peuple
libanais". Naïm
Kassem a en outre
tenu à réaffirmer
que la résolution
1559 constitue
"une ingérence
flagrante dans les
affaires
libanaises" et
qu’elle vise à
concrétiser la
victoire
"d’une partie
des Libanais contre
les autres".
Pour sa part, le
chef du bloc
parlementaire du
Hezbollah, le député
Mohammed Raad,
s’est exprimé
hier dans le cadre
des dix jours de
deuil de la Achoura
pour affirmer que le
parti de Dieu est prêt
à se consacrer à
« la chute de
l’entité sioniste
dans la région ».
Enfin, et selon la
radio publique israélienne
citée samedi par
l’AFP, le ministre
israélien des
Affaires étrangères,
Sylvan Shalom, se
serait rendu hier à
Londres puis à
Paris pour demander
aux deux capitales
leur soutien à une
proposition de l’Etat
hébreu visant à
convaincre l’Union
européenne
d’inscrire le
Hezbollah sur la
liste des
organisations
terroristes. Aucune
confirmation
officielle sur ce
voyage n’a pu être
obtenue auprès du
ministère israélien
des AE, précise
l’AFP. Rappelons
que le quotidien
israélien Haaretz
avait rapporté
jeudi que
l’ambassadeur
d’Israël auprès
de l’Union européenne,
Oded Eran, avait présenté
une demande formelle
en ce sens à
Bruxelles.
Pharaon
: Le Liban et
Beyrouth ont basculé
dans l’opposition
Le Liban a plus que
jamais besoin
d’une surveillance
internationale, dit
le député de la
capitale
par
ZIYAD MAKHOUL, publié
dans l'Orient-le
Jour le 17 février
2005
Michel
Pharaon était
l’allié de poids
de Rafic Hariri,
"un homme avec
lequel je me
retrouvais dans la
tolérance, la
diversité des
cultures, le respect
des équilibres et
des spécificités
nationales,
l’avenir économique
du Liban...",
dit d’emblée le député
de Beyrouth. Qui
a-t-on voulu tuer ?
"Rafic Hariri
était le pivot
central de l’Etat
de droit et de la démocratie
au Liban ; il
s’est toujours
battu avec, comme
seules armes,
l’ouverture et le
dialogue, la volonté
d’être un trait
d’union entre tous
les Libanais, mais
aussi aux niveaux régional
et
international."
Son assassinat
signifie clairement
qu’il était dans
l’opposition ?
" C’est sûr,
mais il ne s’en réclamait
pas pour ne pas
rajouter à la
division du pays, il
voulait maintenir le
dialogue, à
l’heure où
pratiquement tous
les ponts étaient
coupés."
L’accusation lancée
au cours de la
rencontre de
l'opposition à
Koraytem lundi soir
était on ne peut
plus claire.
"Rafic Hariri
était sous la
protection des
forces de sécurité
et des forces de
facto. Mais il y a
eu l’attentat
contre Marwan Hamadé,
sans oublier que les
autorités avaient décidé
de réduire la sécurité
officielle autour du
président défunt
au lieu de la
renforcer... Il est
dans l’intérêt
du gouvernement de
demander une enquête
internationale, ou
la présence
d’observateurs
internationaux qui
garantiraient une
transparence
maximale",
estime Michel
Pharaon, ajoutant
qu’une prise de
position claire de
la part du cabinet
Karamé "
pourrait constituer
le premier pas vers
l’arrêt de
l’escalade".
Le pouvoir " ne
se rend pas compte
que l’union
nationale s’est
faite (hier) dans la
rue alors que le
gouvernement, dont
la légitimité
populaire a été
plus qu’ébranlée,
était dans ses
bureaux",
a-t-il asséné.
La
rue sunnite a réagi
très vivement hier
du Nord au Sud.
"Aujourd’hui,
l’impatience
s’est transformée
en de
l’indignation et
de la colère contre
le gouvernement. Et
cela ne s’arrêtera
que si l’enquête
se fait dans la
transparence la plus
totale, que s’il y
a des élections
libres et démocratiques,
un gouvernement
d’union nationale,
le retrait des
forces syriennes et
l’établissement
d’une relation
saine, basée sur le
respect, entre le
Liban et la
Syrie."
Demandez-vous vous
aussi une protection
internationale, une
assistance à pays
en danger ? "Le
Liban est au cœur
de la tourmente,
bien plus qu’il ne
l’a été depuis
plusieurs mois. Il a
plus que jamais
besoin d’une
surveillance
internationale et de
négociations pour
aboutir à des résultats
concrets, pour que
l’application de
la 1559 se fasse
dans le respect des
intérêts du Liban
et de la Syrie, que
ce soit par rapport
à leur lutte contre
Israël, par rapport
au processus de paix
régional ou par
rapport à la Résistance
libanaise", a
dit Michel Pharaon.
Les élections
auront-elles lieu ?
"Il est nécessaire
que la communauté
internationale
intervienne, que le
processus
d’adoption du
projet de loi électorale
continue ; ces élections
doivent avoir lieu,
c’est une échéance
constitutionnelle.
Il est nécessaire
aussi que l’action
commune entamée
avec l’opposition
plurielle dans
toutes les régions
du Liban aille
jusqu’au bout par
la formation de
listes communes. Le
Liban et Beyrouth
ont basculé dans
l’opposition, et
l’
“institution”
Hariri ne cessera
jamais de peser de
tout son poids sur
l’ensemble du
Liban", a
conclu le député
de Beyrouth.
L'accusé
de Damas
par
RICHARD
WERLY, publié dans
le Temps le 17 février
2005
Les
faucons du Pentagone
ne pouvaient rêver
meilleure conjoncture
: dans la ligne de
mire de la communauté
internationale après
l'attentat qui a coûté
la vie, lundi, à
l'ex-premier ministre
libanais Rafic Hariri,
la Syrie leur semble
soudain offerte sur un
plateau. Voici donc,
pour ses accusateurs,
le régime de Damas
pris à nouveau la
main dans le sac du
terrorisme, et soupçonné
de recourir à la pire
des violences pour
maintenir sa tutelle
sur sa proie
libanaise, mise sous séquestre
économique. Un régime
"irrécupérable"
dont la seule parade
officielle, par la
voie du premier
ministre syrien
Mohammad Naji Otri, a
consisté mercredi à
proposer à l'Iran de
constituer un
"front uni",
c'est-à-dire, vu des
Etats-Unis, une sorte
de mini - "Axe du
mal". Quels
qu'ils soient, les
hommes qui ont fait
sauter le convoi de
Rafic Hariri ont du même
coup allumé des
projecteurs que Bachar
el-Assad, le président
syrien, aura le plus
grand mal à faire éteindre.
Responsable ou pas,
coupable ou non,
l'homme fort de Damas
est un accusé qui
arrange tout le monde:
les Libanais épris
d'indépendance, les
Américains désireux
de démocratiser au
forceps le
Moyen-Orient, les
Européens déçus par
ses promesses de
modernisation non
tenues, les Israéliens
lassés de son double
langage et les régimes
arabes voisins,
inquiets de son
pouvoir de déstabilisation.
Cet
acte d'accusation n'a
rien d'indécent.
L'implication de la
Syrie au Liban est
tout sauf menée dans
le strict intérêt
des Libanais. La présence
à Damas
d'ex-responsables
baassistes irakiens,
grands argentiers de
l'insurrection
sunnite, du groupe
terroriste de
Al-Zarqaoui et donc
artisans du bourbier
actuel, est aussi crédible.
Le problème qu'il
pose est en revanche
celui de la cible :
Bachar el-Assad est-il
un autre Saddam
Hussein, seul maître
à bord de son pays? A
l'évidence, non. La
Syrie, coupable idéal,
peut-elle être
militairement remise
sur le droit chemin ?
On peut en douter. On
n'éradique pas comme
ça un pouvoir à
plusieurs têtes, dont
les services sont voués
au culte du secret et
ont, depuis des décennies,
partie liée avec les
mouvements clandestins
de lutte armée.
D'autant que
l'intervention en Irak
a montré les limites
des stratèges de
Washington. Restent
donc les pressions.
Elles vont à coup sûr
décupler. Le régime
syrien, avec à sa tête
la secte religieuse
des Alaouites qui représentent
moins de 10% de la
population, se considère
déjà sans doute en
état de siège.
Va-t-il, pour tenter
de desserrer l'étau,
jouer l'ouverture ? Ou
au contraire se murer
et vociférer à la
manière de la Corée
du Nord, en purgeant
au passage ses éléments
modérés ? Les deux
options imposent au
procureur américain
et à ses alliés de
se déterminer vite,
très vite, sur une
stratégie à adopter.
Car à Damas, les procès
sont souvent expéditifs.
Washington
pour une enquête
"crédible"
et le retrait immédiat
de la Syrie
William Burns
rencontre le
patriarche Sfeir et
Walid Joumblatt ;
Scobey exprime à
Chareh son «
indignation » avant
de quitter Damas
paru
dans l'Orient-le
Jour le 17 février
2005
Les
Etats-Unis affirment
ne pas être en mesure
de désigner nommément
le responsable de
l’attentat qui a coûté
la vie à Rafic Hariri
et réclament une enquête
"impartiale et crédible"
sur cette affaire.
Cela ne les empêche
pourtant pas
d’exprimer
officiellement à
l’adresse des
dirigeants syriens
leur profonde
"indignation"
à la suite de cet
"acte
terroriste" et
d’appeler Damas à
retirer immédiatement
ses troupes du Liban.
A Beyrouth d’abord,
le secrétaire d’Etat
adjoint pour le
Proche-Orient,
Williams Burns, venu
participer aux funérailles
de Hariri, a souligné
à plusieurs reprises
hier que la mort
brutale de l’ancien
Premier ministre
"devrait
renforcer l’élan
pour un Liban libre,
indépendant et
souverain. Cela veut
dire une application
immédiate de la résolution
1559", a-t-il
clairement annoncé.
A Damas ensuite,
l’ambassadrice US,
Margaret Scobey, a
fait part au chef de
la diplomatie
syrienne, Farouk
el-Chareh, de "la
profonde inquiétude
et de la profonde
indignation des
Etats-Unis après cet
acte de
terrorisme", et
lui a transmis un
message de son
homologue américaine,
Condoleezza Rice.
Celle-ci, de
Washington, s’est
refusée à donner une
date pour le retour à
son poste de Mme
Scobey. "Au cours
de mon entrevue en
cette triste journée
avec le ministre des
Affaires étrangères,
j’ai à nouveau
insisté sur la
condamnation par les
Etats-Unis de
l’assassinat de
l’ancien chef du
gouvernement, Rafic
Hariri. J’en profite
pour présenter une
nouvelle fois mes
condoléances à la
famille de Hariri et
à celles des autres
victimes innocentes
qui ont péri du fait
de cet acte terroriste
barbare", a
commencé par dire
William Burns au
palais Bustros.
"Les
Etats-Unis se joignent
à l’ensemble de la
communauté
internationale pour réclamer
que des investigations
impartiales et crédibles
conduisent les
responsables de cet
acte barbare devant la
justice. Pour notre
part, nous insistons
sur l’urgence de
cette démarche en
raison de
l’importance de
l’enjeu",
a-t-il poursuivi. Pour
le diplomate US, Rafic
Hariri était "un
homme d’Etat dans
tous les sens du terme
et était profondément
engagé en faveur de
l’indépendance, de
la souveraineté et de
la liberté du
Liban". " Il
avait beaucoup
d’amis aux
Etats-Unis et les Américains
se joignent en ce jour
au peuple libanais
pour partager avec lui
sa profonde peine et
sa colère face à
cette perte",
a-t-il déclaré.
"La mort de Rafic
Hariri devrait
renforcer l’élan en
vue d’un Liban indépendant,
souverain et libre.
Cela signifie
l’application immédiate
et totale de la résolution
1559 du Conseil de sécurité
et, par voie de conséquence,
la mise en œuvre
totale et immédiate
du retrait par la
Syrie de toutes ses
forces du Liban",
a ensuite martelé le
sous-secrétaire d’Etat
adjoint, assurant que
"c’est avec un
soin extrême que la
communauté
internationale suivra
les préparatifs des
élections législatives
du printemps prochain.
Il faut que l’on
permette au peuple
libanais d’exprimer
par lui-même ses
choix politiques et
que le scrutin se déroule
sans ingérence étrangère",
a-t-il dit. William
Burns en a également
profité pour insister
sur l’application de
la résolution 1566 du
Conseil de sécurité
(relative au
terrorisme) et sur
"la détermination
de la communauté
internationale à œuvrer
avec tous les Etats et
gouvernements du monde
en vue d’une coopération
totale dans la lutte
contre le
terrorisme".
A Bkerké
Sur le perron
du patriarcat
maronite, et à
l’issue d’un
entretien avec le
patriarche Sfeir,
auquel assistait
l’ambassadeur US
Jeffrey Feltman,
William Burns a réaffirmé
son attachement à une
enquête sérieuse, à
l’application de la
1559 et à des législatives
libres et justes.
Rappelant que Rafic
Hariri avait œuvré
pour que le Liban
redevienne libre, indépendant
et souverain. "Je
ne sais pas qui est
responsable de cet
odieux acte
terroriste",
a-t-il répondu,
interrogé par les
journalistes présents
à Bkerké et qui ont
enchaîné avec une
question relative à
d’éventuelles
sanctions contre la
Syrie. "Nous
avons convoqué
l’ambassadrice des
Etats-Unis à Damas
pour consultations et
cela donne une image
du comportement de la
Syrie et de la
difficulté des
relations que nous
avons avec elle. Vous
savez que le Syria
Accountability Act,
que le président Bush
a commencé à
appliquer, comporte
plusieurs dispositions
et il est certain que
cela va être
l’objet de
consultations à
Washington",
a-t-il indiqué.
"J’ai une
profonde foi dans les
capacités du peuple
libanais de prendre en
charge ses propres
affaires politiques et
de participer aux législatives,
de manière à ce que
celles-ci soient une
source de fierté pour
le Liban. Je crois
aussi dans la capacité
des Libanais à édifier
un avenir économique
qui serait le fruit
des efforts déployés
par Rafic Hariri. Cela
exigera beaucoup
d’aide de la part
des amis du
Liban", a reconnu
William Burns.
A Koraytem puis à
dîner avec Joumblatt
Rappelons que la
visite de M. Burns à
Beyrouth pour les obsèques
de Rafic Hariri
intervient au
lendemain du rappel à
Washington de
l’ambassadrice américaine
en poste à Damas,
Margaret Scobey. Mme
Scobey a quitté hier
Damas pour Washington
où elle a été
rappelée pour des
"consultations
urgentes après le
meurtre brutal"
de l’ancien Premier
ministre, a indiqué
le département d’Etat
américain. "Elle
est partie et est en
route pour
Washington", a
dit un responsable du
ministère américain
des Affaires étrangères
sous couvert
d’anonymat. Mme
Scobey a rencontré
avant son départ le
ministre syrien des
Affaires étrangères,
Farouk el-Chareh,
"à qui elle a réaffirmé
notre position",
a-t-il ajouté. Elle a
exprimé la
"profonde inquiétude
et la profonde
indignation" des
Etats-Unis après cet
"acte de
terrorisme" que
constitue l’attentat
contre Hariri, selon
le département d’Etat.
Pour
sa part, la secrétaire
d’Etat Condoleezza
Rice a indiqué hier
devant la commission
des Affaires étrangères
du Sénat américain
qu’aucune date n’était
fixée pour un retour
de Mme Scobey à
Damas. "Ce n’était
pas déterminé à ce
stade", a-t-elle
précisé, laissant
entendre que ce retour
pourrait être lié à
l’adoption par la
Syrie d’une attitude
plus conciliante à
l’égard des
Etats-Unis, et
insistant notamment
sur la nécessité
pour Damas de faire
cesser tout soutien
dont l’insurrection
irakienne bénéficierait
sur son sol.
"Nous allons
faire savoir qu’il y
a des pas que nous
voudrions voir
faits" par le régime
du président syrien
Bachar el-Assad.
"Nous devons voir
avec quel sérieux les
Syriens prennent ce
signal", a ajouté
Condoleezza Rice, réaffirmant
que Washington
n’accusait pas
directement le pouvoir
syrien d’être
l’auteur de
l’assassinat de
Rafic Hariri, mais
soulignant que la présence
militaire syrienne et
le soutien de Damas à
des organisations extrémistes
créaient "un
environnement déstabilisant"
au Liban. Mme Rice a
indiqué que les
Etats-Unis allaient
continuer de
travailler à l’Onu
sur la question
libanaise, et en
particulier avec la
France, soulignant
qu’elle s’était
entretenue au téléphone
avec son homologue
français, Michel
Barnier, après
l’assassinat de
Rafic Hariri. Pour en
revenir à M. Burns,
il convient
d’indiquer qu’il a
rencontré à dîner,
hier soir, le leader
du PSP, Walid
Joumblatt.
Un
partenariat pour agir,
par Javier Solana
Haut
Représentant de
l'Union européenne
pour la politique étrangère
et de sécurité
commune
publié
dans le Figaro le 21 février
2005
Je
vois une double
signification dans la
visite du président
Bush demain à
Bruxelles : la
reconnaissance par
l'Amérique de la
valeur ajoutée de
l'Union européenne
dans la construction
d'un monde meilleur ;
le souhait légitime
de l'Amérique
d'investir davantage
dans le partenariat
avec l'Union européenne.
Dès lors, rien de
plus normal pour les
Européens que de
saisir cette
opportunité et finir
de convaincre les
derniers sceptiques
qu'une Europe unie et
plus forte constitue
le meilleur autre
partenaire global avec
lequel les Etats-Unis
peuvent travailler.
Des différences
d'approche peuvent
subsister entre les
deux rives de
l'Atlantique. Mais
vouloir toutes les
abolir serait vain,
voire dangereux. Le
socle de notre
relation reste
suffisamment profond
et solide pour vivre
avec ces différences.
Comme par le passé,
nous savons pouvoir
compter sur la
confiance et le sens
du compromis de
l'autre. Mais pour
demain, il nous faut
apprendre à moins
parler de nous-mêmes
et à plus travailler
ensemble aux problèmes
du monde.
Ce
travail est déjà
engagé. Les résultats,
trop peu mis en
valeur, de notre
action commune dans la
lutte contre le
terrorisme en
attestent : accords
sur l'extradition et
l'assistance juridique
mutuelle, accords
entre Europol et les
agences américaines
compétentes, établissement
de mécanisme de
consultation sur la sécurité
des frontières et des
transports. Les
priorités futures
sont d'ores et déjà
fixées : renforcement
de la lutte contre le
financement du
terrorisme, le
recrutement et
l'assistance par des
Etats tiers.Récemment
et de manière plus
visible, Européens et
Américains ont aussi
oeuvré ensemble au
succès des élections
en Irak. Dans ce
dernier pays, la
poursuite et
l'approfondissement de
l'engagement des Européens
sera d'autant plus décisif
qu'il se fera au
travers de l'Union
européenne, dans le
cadre du processus fixé
par la résolution
1546 du Conseil de Sécurité
des Nations unies.
Ensemble avec les
Etats-Unis, l'Europe
veut et peut aider au
succès des prochaines
étapes attendues du
processus politique
irakien : dans une
logique de développement
d'un Etat de droit, la
contribution européenne
à la rédaction de la
future Constitution
irakienne, à
l'installation
d'institutions
politiques et
administratives
solides ou encore à
la formation d'un
large nombre de juges
et de policiers
irakiens, sera déterminante.
Dans
d'autres régions du
monde, les vertus d'un
partenariat
transatlantique équilibré
et déterminé à réussir
ont également fait
leur preuve. En
Afghanistan ou dans
les Balkans par
exemple : dans le
cadre d'une vraie
stratégie conjointe,
l'Union européenne
vient ainsi, avec le
soutien constant des
Etats-Unis, de prendre
la relève de l'opération
de l'Otan en Bosnie
pour assumer le
commandement d'une
force militaire de pas
moins de 7.000 hommes.
Le travail qui reste
à accomplir pour définitivement
stabiliser cette région,
et en particulier la
Serbie-et-Monténégro
et le Kosovo, exige
que nous y maintenions
ce même esprit de
partenariat efficient.
L'enseignement est désormais
clair pour chacun : en
travaillant dans la même
direction, les
Etats-Unis et l'Europe
sont capables des
meilleures réalisations.
La tâche qui nous
attend ici et
maintenant est de définir
une base d'action
commune pour relever
le plus grand nombre
possible de défis, y
compris les plus
difficiles. J'en
mentionnerai deux pour
lesquels l'action
concertée peut faire
toute la différence.
Le
premier de ces défis
est l'Iran. Ensemble,
Américains et Européens,
nous souhaitons un
Iran qui soit un pays
démocratique, gouverné
de manière
responsable par des
dirigeants prêts à
s'intégrer à la
communauté
internationale et à
en assumer les règles.
Ensemble, nous considérons
qu'un Iran disposant
de l'arme nucléaire
n'est pas une option.
Nous, Européens,
estimons que la
meilleure voie pour écarter
cette option passe par
la négociation,
l'engagement politique
et l'ouverture du
pays. En rien cela
signifie une
quelconque naïveté.
L'Europe a d'ailleurs
clairement fait savoir
qu'une telle voie
exigeait des garanties
objectives de la part
de l'Iran. L'Union
européenne est
fermement déterminée
à rechercher une
solution diplomatique
à la situation
actuelle. Nos efforts
ont déjà commencé
à porter : l'Iran a
suspendu ses activités
d'enrichissement
tandis que les
discussions se
poursuivent pour
consolider un accord
global. Mais les
Etats-Unis ont un rôle
à jouer. Une approche
concertée selon cette
ligne ne ferait que
maximiser les chances
de succès et garantir
la viabilité d'un résultat.
La
seconde priorité immédiate
concerne le processus
de paix au
Proche-Orient.
Ensemble, Américains
et Européens, nous
sommes décidés à
mettre à profit la
fenêtre d'opportunités
nouvelles qui s'ouvre.
La récente élection
présidentielle de
Mahmoud Abbas a frappé
par la dignité et
l'espoir manifesté
alors par le peuple de
Palestine. Il faut
aussi miser sur la
nouvelle équipe israélienne.
Ainsi que sur le
cessez-le-feu formel
mis aujourd'hui en
place. L'espoir enfin
d'une paix durable
dans cette région du
monde mérite qu'on
lui sacrifie tous les
efforts. Ensemble, les
responsables
palestiniens et israéliens
doivent assumer de
prendre des décisions
courageuses pour leur
peuple. Mais là
encore, nul ne peut
masquer les difficultés
qui subsistent. Le désengagement
israélien de Gaza
reste un lourd défi.
Ensemble, Israéliens,
Palestiniens, Européens,
Américains ainsi que
les voisins arabes,
nous devons partager
le même intérêt au
succès de cette opération.
L'effort devra se
porter sur le volet sécuritaire,
mais aussi sur celui
économique et social
pour enrayer la
catastrophe humaine
qui menace de laisser
les Territoires
palestiniens aux mains
des seuls extrémistes.
Au-delà,
en travaillant au succès
du désengagement de
Gaza, il nous faudra
renouer avec la mise
en oeuvre de la
"feuille de
route". Il est nécessaire
de redonner une
perspective politique
aux deux parties. A
Israël : celle de la
paix, de la sécurité
et de sa
reconnaissance par
tous les autres pays
de la région. Aux
Palestiniens : celle
d'un Etat viable et
indépendant qui
permette de rompre définitivement
avec une occupation
entamée en 1967. Bien
sûr, d'autres
questions figurent à
l'ordre du jour de
l'agenda
transatlantique. La
Syrie et le Liban,
l'Afghanistan, la
Chine, la Russie,
l'Ukraine, le réchauffement
de la planète et le
protocole de Kyoto, la
réforme des Nations
unies, le traité de
non-prolifération, le
cycle commercial de
Doha : autant de
questions qui exigent
des Américains et des
Européens de bâtir
une approche commune
et de consolider un
vrai partenariat pour
agir. Demain, nous en
avons l'opportunité.
Espoir
de paix au
Moyen-Orient, par le
roi Abdallah II de
Jordanie
publié dans le
Monde du 23 février
2005
Le
mois dernier, je suis
allé à Charm
el-Cheikh pour
assister au sommet
durant lequel le président
palestinien Abbas et
le premier ministre
Sharon ont promis de réactiver
le processus de paix
au Moyen-Orient. Peu
après, j'ai téléphoné
afin de finaliser
l'organisation de ma
rencontre avec le président
Chirac, à Paris. Mon
appel montre ma
reconnaissance du rôle
de leader de la France
dans la construction
d'un avenir positif
pour ma région et
pour toute l'humanité,
un avenir plein
d'espoir de paix et de
liberté. A Charm
el-Cheikh, le monde a
pu observer un
engagement sincère.
Mais l'histoire démontre
que les mots ne
peuvent être qu'un début.
Aujourd'hui et dans
les jours à venir,
les espoirs de paix
doivent être concrétisés
et, pour cela, il
faudra du courage, des
compromis et beaucoup
de travail. Les amis
de la paix ont un
besoin urgent du
soutien de la
communauté
internationale et
aucune nation n'a plus
d'influence dans cette
cause que la France,
de par son rôle
historique, son équité
et son profond respect
envers les autres
nations.
Le
soutien total pour la
paix est plus qu'une
obligation morale. Le
conflit arabo-israélien
demeure la crise
centrale de la région,
qui est à l'origine
d'immenses
souffrances, de
destructions, et
entrave le développement
régional. Ce conflit
a également eu un
impact général
explosif en aidant les
terroristes et les
extrémistes à créer
des tensions
culturelles et
religieuses à travers
le monde. La paix est
par conséquent une
cause universelle.
Actuellement, et avec
le soutien français,
il existe une
"feuille de
route" qui reflète
les initiatives réussies
de paix réalisées
par les nations arabes
au sommet de Beyrouth
en 2002, initiatives
approuvées par les
membres du Quartet
(l'Europe, la Russie,
l'ONU, les Etats-Unis)
et le G8 des nations
industrialisées. La
"feuille de
route" apporte la
solution de deux Etats,
seul moyen d'une paix
durable : une
Palestine souveraine,
démocratique et
viable ; des garanties
de sécurité pour
Israël ; et un
processus qui amène
à un accord global
s'adressant à la
Syrie et au Liban. La
"feuille de
route" assure la
justice et la sécurité
en réunissant la région
entière, du Maroc au
Yémen, dans un
processus de guérison
apportant réconciliation
et espoir.
Nous
devons maintenant
travailler ensemble
pour être à la
hauteur de cette
promesse. La France a
un rôle de leader à
jouer en Europe et
dans le monde, pour
s'assurer que le
processus de paix soit
repris efficacement,
ainsi que pour
soutenir les efforts
du président Abbas et
de son gouvernement à
créer les
institutions nécessaires
à la paix, à la sécurité
et au développement.
Dans cette
perspective, une
occasion importante se
présentera à la conférence
de Londres au mois de
mars, qui organisera
l'assistance
internationale pour
soutenir les efforts
palestiniens dans la
construction des
institutions démocratiques
et débattra également
du soutien économique
public et privé nécessaire
pour apporter aux
Palestiniens un nouvel
avenir rempli
d'espoir. En
anticipant cette réunion,
ainsi que celle de la
Ligue arabe à Alger,
je me réjouis d'un
dialogue étroit et
ininterrompu avec le
président Chirac.
Le
processus de paix
arabo-israélien n'est
sûrement qu'un champ
d'action où notre
partenariat est requis
d'urgence. La Jordanie
et la France partagent
un intérêt commun
pour l'avenir libanais
dans le soutien de la
paix et de la démocratie.
Nous travaillons aussi
ensemble pour aider
l'Irak à organiser la
sécurité, la
normalisation et la
reconstruction du
pays. Le succès des récentes
élections irakiennes
a été un pas en
avant important, mais
nous devons encourager
la participation du
peuple irakien dans la
rédaction de la
Constitution et aux élections
qui auront lieu à la
fin de cette année.
La Jordanie est aussi
déterminée à
soutenir la France
dans ses propres intérêts.
Nous avons été fiers
d'avoir joué un rôle
dans la libération
des otages français,
l'année dernière, et
nous faisons encore
tout ce qui est en
notre pouvoir pour
faire de même pour la
journaliste française
actuellement retenue
captive.
La
volonté de cesser le
conflit dans notre région
doit être accompagnée
parallèlement
d'engagements pour créer
un développement
durable, en donnant
une chance à un
avenir de paix pour
ceux qui en sont
actuellement dépossédés.
Aujourd'hui, notre
peuple, surtout les
jeunes, a un besoin désespéré
d'accéder à la
liberté, à la prospérité
et aux progrès du
XXIe siècle. Pour réaliser
cela, le monde arabe
s'accorde sur la nécessité
d'une réforme : une
gouvernance réactive
et transparente, des
systèmes éducatifs dédiés
à l'excellence, des
avancées tangibles
dans le développement
humain et un secteur
privé rigoureux,
pouvant contribuer à
créer de l'innovation
et de la croissance économique.
La Jordanie s'est déjà
engagée dans cette
perspective ; notre
pays a effectué des
changements
structurels afin de
construire une vie
politique démocratique
et pour enraciner les
droits de l'homme et
l'accès à toutes les
possibilités à tous
les niveaux de la société.
Dans l'économie, nous
avons encouragé
l'innovation et le
partenariat avec le
secteur privé.
L'investissement français
a joué un rôle
important et apprécié.
La Jordanie a eu
l'honneur d'être le
premier pays du
Machrek à signer un
accord d'association
avec l'Union européenne,
et nous travaillons en
étroite collaboration
avec la France et
d'autres pays européens
à travers le
processus de
Barcelone.
La
vision de mon pays est
celle d'une société
ouverte et moderne basée
sur les valeurs
authentiques
arabo-islamiques : la
paix, la dignité égale
pour tous, le règne
de la loi et la
poursuite de
l'excellence. Nous
croyons fortement à
la tolérance et au
respect des autres. En
novembre 2004, la
Jordanie a délivré
le message d'Amman
pour tous les
musulmans et pour
d'autres à travers le
monde, affirmant le véritable
islam ; celui de la
paix, de la modération
et du progrès. Nous
croyons que le modèle
local de la Jordanie
est pertinent pour la
région entière, dans
la création du développement,
dans le combat contre
l'extrémisme, et pour
apporter un nouvel
espoir. L'initiative
"Vision 2010 du
monde arabe", qui
sera lancée au Forum
international économique
de la mer Morte, en
Jordanie, en mai,
accueillera des chefs
d'entreprises privées
et de la société
civile de tout le
monde arabe afin
d'organiser un plan
d'action régionale
efficace.
Nous
sommes reconnaissants
à la France d'avoir
pris une position
forte dans le respect
du propre processus de
réforme de notre région
et encouragé son
soutien. Le président
Chirac a également
joué un rôle de
leader important en
abordant la question
du financement inadéquat
du développement. De
tels efforts
favorisent la mise en
place d'un cadre
international en vue
d'augmenter le
financement du développement
pour les pays démontrant
une forte volonté de
progresser et motivés
par un changement
positif. Je suis fier
de prendre part au
dialogue continu entre
la France et la
Jordanie. Depuis l'époque
de Sa Majesté le feu
roi Hussein, nous
avons établi un
partenariat fort, qui
se poursuit
aujourd'hui, fondé
sur des intérêts et
une base d'idéaux
communs. De nos jours,
une plus grande liberté
et une plus grande sécurité
sont davantage à la
portée de l'humanité.
Je suis persuadé
qu'en travaillant
ensemble nous pouvons
passer de la promesse
à l'action.
Entretien
avec le Cardinal
Pierre Nasrallah Sfeir,
Patriarche
d’Antioche des
maronites
par
TRISTAN KHAYAT, publié
dans la Croix le 23 février
2005
Pour
le patriarche
d'Antioche des
maronites, "les
Libanais savent ce que
coûte une
guerre" et il
appelle le
gouvernement Karamé
à démissionner
– Comment
jugez-vous la
mobilisation sans précédent
autour de
l’opposition depuis
une semaine ?
Ce qui est arrivé est
sans précédent. Il
n’est pas naturel
qu’un homme tel que
Rafic Hariri soit
liquidé ainsi.
C’est un grand coup
pour le pays. Déjà,
plusieurs personnalités
avaient disparu ainsi
et les enquêtes
n’ont jamais rien
donné. Mais ce crime
a soudé les Libanais,
musulmans et chrétiens,
et ils réclament la même
chose : le retrait de
la Syrie du Liban.
Spontanément, les
gens se dirigent vers
le tombeau de Rafic
Hariri et là ils
s’expriment : les
uns prient, les autres
pleurent, d’autres
encore rient. C’est
un sentiment unanime
qui a unifié les
Libanais.
– L’opposition
pourra-t-elle conduire
seule cette bataille
pour l’indépendance
et la souveraineté du
Liban ?
Elle
n’est pas seule. Il
y a aussi les Nations
unies, qui ont déjà
voté une résolution
à ce propos. Il y a
la France et les États-Unis,
certes, mais les
Nations unies en tant
que telles sont
favorables à ce que
le Liban recouvre sa
souveraineté, son indépendance
et sa capacité de
libre décision.
Alors, je crois que
cela pourrait aboutir.
C’est un droit, et
cela ne doit pas se
faire dans une atmosphère
d’inimitié contre
la Syrie, au contraire
: la Syrie est voisine
du Liban, et nous
devons nous arranger
tous deux pour pouvoir
être toujours dans
une position qui nous
permette de vivre
ensemble, mais chacun
à l’intérieur de
ses propres frontières.
Cela n’interdit pas
qu’il y ait coopération
pour tout ce qui ne
regarde pas la vie intérieure
de chaque pays.
– Lundi, le président
syrien Bachar Al Assad
a annoncé qu’il
allait redéployer les
troupes syriennes dans
la Békaa, conformément
aux accords de Taëf
signés en 1989.
Qu’en pensez-vous ?
On ne peut que le
juger positivement,
parce que les accords
de Taëf avaient
stipulé que deux ans
après leur signature,
les Syriens devaient
au moins redéployer
leurs troupes, ce qui
n’avait pas été
fait. Nous sommes en
l’an 2005, vous
voyez. Alors s’il a
dit cela, c’est très
bien.
– Est-ce
suffisant selon vous,
alors que la communauté
internationale et une
grande partie du
peuple libanais réclame
un retrait immédiat
et total ?
Il faut qu’il y ait
une marge de compréhension
entre le Liban et la
Syrie. La Syrie doit
retirer ses troupes,
mais rien n’empêche
qu’il y ait de
bonnes relations entre
les deux pays.
– Estimez-vous
que le gouvernement
libanais a la capacité
de réclamer ou, en
tout cas, la volonté
de réclamer que les
troupes syriennes se
retirent de ce pays ?
Je ne dis rien de
nouveau quand
j’affirme que le
gouvernement actuel du
Liban est contrôlé
par la Syrie. Alors,
il ne peut pas mener
son travail comme il
devrait le faire.
– Devrait-il démissionner
?
Tôt ou tard, cela va
se faire. Après un événement
de la dimension d’un
attentat contre un
premier ministre de
cette valeur, on ne
peut pas laisser les
choses comme si rien
ne s’était passé.
– Beaucoup de
personnes dans ce pays
ont peur d’une
reprise de la guerre.
Est-ce un risque
possible ?
Non, je ne le crois
pas. Les Libanais ont
été en guerre
pendant dix-sept ans,
et les malheurs que
cette guerre avait
charriés sont
toujours là dans
leurs conséquences.
Il y a les estropiés,
les blessés, les
malades, et beaucoup
de destructions
n’ont pas été
relevées. Les
Libanais savent ce que
coûte une guerre.
Personne n’a plus la
disposition ni les
moyens de la faire, à
moins qu’il n’y
ait des interventions
extérieures.
– En tant
qu’homme d’Eglise,
quel est votre message
pour sortir ce pays de
l’impasse dans
laquelle il se trouve
aujourd’hui ?
Il faut faire tout son
possible pour
installer la paix au
Liban. La leçon du
passé devrait nous
imposer de ne pas
retourner à la
guerre, parce que la
guerre a été trop coûteuse
; elle a aussi
occasionné le départ
de nombre de jeunes.
Le Liban se vide, et
c’était à cause de
la guerre. Tout le
monde a intérêt à
vivre en paix. Nous
souhaitons que les
Libanais puissent
vivre en paix
ensemble, musulmans et
chrétiens, parce
qu’ils se trouvent
dans les mêmes
conditions.
"Il n'est
pas question de
discuter avec un
pouvoir
fantoche"
Entretien avec Walid
Joumblatt, leader
druze
Propos
recueillis par MOUNA
NAIM, publiés dans le
Monde du 23 février
2005
- Comment évaluez-vous
la situation après
les déclarations du
secrétaire général
de la Ligue arabe
Amr Moussa et celle
du président George
Bush concernant le
retrait syrien ?
M. Moussa, en
sortant de chez le
président syrien, a
déclaré que ce
dernier était
disposé à
appliquer les
accords de Taëf.
Cette histoire, on
en parle depuis
1991, depuis presque
quinze ans. Alors,
il faut une
application immédiate
et le démantèlement
de l'appareil sécuritaire
syrien conjoint avec
les Libanais et le
retrait -des forces
syriennes- dans la Békaa.
Ensuite, et Taëf
est très clair à
ce sujet, il faut
qu'un gouvernement
d'union nationale
soit formé, un
gouvernement libre,
et non un
gouvernement
fantoche sous la
tutelle syrienne,
pour définir les
modalités de la
sortie honorable des
Syriens du Liban.
Cela est écrit dans
la Constitution de
Taëf.
- Les assurances
fournies par M.
Moussa ne vous
paraissent donc pas
suffisantes ?
Elles ne sont pas du
tout suffisantes. Si
le président syrien
veut gagner du
temps, il a réussi
à se mettre à dos
presque toute la
population
libanaise, surtout
en couvrant un
gouvernement
libanais qui est
quelque part
responsable de
l'assassinat de
Rafic Hariri
-l'ancien premier
ministre libanais-
et de la tentative
d'assassinat de
Marouan Hamadé -député
et ancien ministre
de l'économie-.
Quand on parle de
gouvernement
libanais, c'est d'un
gouvernement
simplement géré
par le Gauleiter
syrien, dans la Békaa.
- Pensez-vous que
la décision du président
syrien vise
uniquement à gagner
du temps ?
Je regrette de dire
que je n'ai pas
confiance dans la
Ligue arabe et je
connais un peu la
tactique syrienne.
Ils font appel au
dialogue. On va
dialoguer avec qui ?
Avec une bande de
criminels qui ont
hier assassiné
Hariri ? Avec un
pouvoir fantoche à
la solde des
services de
renseignements
syriens ? Il n'en
est pas question. Il
nous faut des
assurances quant au
retrait immédiat
des Syriens.
- Et ces
assurances, qui peut
vous les donner ?
Les Syriens eux-mêmes
?
Il faut d'abord des
élections, mais des
élections libres,
pas à l'ombre des
baïonnettes
syriennes. Il faut
en deuxième lieu le
départ de ce régime
laquais, Emile
Lahoud -le président
de la République-,
Omar Karamé -le
premier ministre- et
compagnie. En troisième
lieu, il faut définir
un calendrier très
précis concernant
le retrait syrien du
Liban.
- Le Parlement
libanais va discuter
de la présence
syrienne au Liban le
28 février.
Estimez-vous que
c'est un bon début
?
Le Parlement
libanais, hormis
l'opposition, est à
la solde des
Syriens. On va aller
au Parlement, on va
discuter et on va
exiger des modalités
précises pour le
retrait syrien.
Mais, en même
temps, une enquête
sur l'assassinat de
Rafic Hariri est
indispensable. La
commission
internationale
d'enquête désignée
par Kofi Annan est
une excellente
chose, mais il faut
que le commissaire
irlandais Fitzgerald
puisse interpeller
les plus hauts
responsables syriens
et libanais, et les
hommes politiques.
Faute de quoi,
l'enquête se
soldera par un échec.
- Il y a quelque
temps encore, aussi
bien vous que feu
Rafic Hariri étiez
plutôt conciliants
avec les Syriens.
Quel a été le
point de rupture ?
Le point de rupture
a été la tentative
d'assassinat de
Marouan Hamadé, en
octobre 2004, juste
après que l'on a
pacifiquement osé
dire non à la décision
de Bachar Al-Assad
de prolonger le
mandat présidentiel
de M. Lahoud. Ils,
c'est-à-dire
Syriens et Libanais,
ont essayé de tuer
Marouan. Puis, quand
on a demandé
l'application de Taëf,
ils ont assassiné
Hariri.
- La position
franco-américaine
peut-elle vous aider
ou est-elle au
contraire
contre-productive ?
Elle peut aider.
Mais qu'on ne se
trompe pas, nous ne
voulons pas être
accusés d'être traîtres.
Nous ne réclamons
pas les flottes françaises
et américaines.
Nous demandons, en
tant que citoyens
libres et libanais,
le respect des
droits de l'homme.
Nous voulons un
Liban indépendant
et libre, ni plus ni
moins. Il faut que
le président syrien
comprenne que le mur
de Berlin est tombé,
que l'empire soviétique
est tombé.
- Craignez-vous
pour votre vie ?
Ecoutez, le
sacrifice doit être
accepté pour l'indépendance
de ce pays. Je me
souviens de mon père.
Il avait prévenu,
à l'époque,
certains leaders de
l'extrême droite
chrétienne du
danger de
l'occupation
syrienne. Ils ne
l'ont pas écouté.
Je rejoins la mémoire
de mon père. Après
tout, j'ai la
conscience
tranquille.
La
Syrie au Liban : les
ambiguïtés d'une si
vieille liaison
par
SAMUEL GARDAZ, publié
dans le Temps le 25 février
2005
L'assassinat
de l'ancien premier
ministre Rafic Hariri
a poussé la communauté
internationale à
durcir considérablement
le ton à l'encontre
de Damas, instamment
prié d'évacuer dans
les plus brefs délais
ses troupes du Pays du
Cèdre. Mais, sur la
question, les Libanais
sont partagés.
Reportage.
"Que
les Syriens partent en
gardant des amis au
Liban, plutôt que des
ennemis. Qu'ils
sauvegardent de bonnes
relations entre nos
deux Etats, car aucun
parti d'opposition ne
souhaite de mauvaises
relations entre eux.
La géopolitique nous
dicte cette
attitude."
L'homme qui tient ces
propos est Toufiq
al-Hindi,
ex-conseiller
politique de Samir
Geagea, l'ancien chef
de guerre chrétien du
mouvement des Forces
libanaises
actuellement incarcéré
pour crimes. Il a
lui-même fait de la
prison pour son
opposition à
l'occupation syrienne
au Liban, avant de
participer l'an
dernier à la
fondation de Kornet
Chehwane, l'une des
composantes de
l'opposition
anti-syrienne en
pleine effervescence
aujourd'hui à
Beyrouth. Pas
franchement ce qu'on
peut appeler un "
ami"
historique et spontané
de la Syrie, donc. Et
pourtant... Comme
Toufiq al-Hindi, croisé
lundi dernier lors de
la grande
manifestation marquant
le septième jour de
l'assassinat de
l'ex-premier ministre
Rafic Hariri, c'est
toute l'opposition
libanaise à la présence
militaire syrienne qui
insiste sur cette nécessité
de conserver de bonnes
relations. Par nécessité
géopolitique, mais
aussi parce que les
liens sont dans la réalité
multiples : familiaux,
humains, économiques,
affectifs. Bref,
l'interpénétration
de ces deux pays
artificiellement
constitués par la
puissance mandataire
française au sortir
de la Première Guerre
mondiale est telle
qu'elle impose ces
liens particuliers.
Vu
d'Occident, et dans le
contexte subit de la résolution
1559 de l'ONU sommant
la Syrie de retirer
ses troupes –
quelque 15.000 hommes
–, le président
libanais Emile Lahoud
fait figure de vil
"pro-syrien"
inféodé à l'un des
derniers "régimes
staliniens" de la
planète, pour
reprendre l'un des
leitmotivs d'une
partie de
l'opposition. A
Beyrouth, il se trouve
des voix pour défendre
en toute indépendance
une autre perception.
"Lahoud considère
qu'Israël ne s'est
pas normalisé et
conserve des visées hégémoniques
dans la région,
explique par exemple
l'ancien ministre
Georges Corm, auteur
de nombreux ouvrages
de référence sur le
Proche et le
Moyen-Orient. Sa
position consiste donc
à coller à la Syrie
pour garantir la
stabilité du Liban et
à accepter la présence
du Hezbollah dans le
sud comme épouvantail."
Subitement, c'est ce
positionnement qui se
retrouve en pleine redéfinition
depuis cette résolution
de l'ONU adoptée en
septembre dernier et
qui exige en outre le
désarmement des
milices, dont celle du
mouvement chiite.
"Quel que soit
l'avenir, les
relations entre la
Syrie et le Liban sont
vouées à demeurer
proches",
remarque précisément
le Dr Hussein el-Hajj
Hassan, l'un des douze
députés du Hezbollah
au parlement.
"Moi-même, je
suis Syrien par ma mère,
et beaucoup de gens de
l'opposition sont eux
aussi d'origine
syrienne, ou égyptienne.
Nous sommes un peu ici
dans une région comme
l'Alsace, où les
liens de toutes sortes
sont très forts de
part et d'autre de la
frontière."
Ces
appels à l'apaisement
ne semblent toutefois
pas être compris par
tous au Liban. Ou,
peut-être, le
ressentiment accumulé
par une partie des
Libanais en vingt années
d'une présence
massive et brutale
rend-il simplement
inaudibles ces appels
au bon sens. La crise
politique ouverte par
l'assassinat de Rafic
Hariri, le 14 février,
alimente une atmosphère
anti-syrienne. Des
travailleurs syriens,
très nombreux dans
les secteurs de la
construction et de
l'agriculture, ont été
parfois pris à partie
par la population,
provoquant depuis
quelques jours le départ
d'un grand nombre
d'entre eux. Et, selon
des Beyrouthins bien
informés, beaucoup de
Syriens de la
bourgeoisie damascène,
habitués des plaisirs
et des commodités de
Beyrouth, laissent désormais
leur voiture à la
frontière pour
rejoindre la capitale
libanaise à bord de véhicules
à plaques locales
pour éviter les
ennuis. "Il est
dans l'intérêt des
deux pays que ces
travailleurs syriens
reviennent",
affirme Fouad
al-Khazel, président
du syndicat des
entrepreneurs de BTP,
qui parle d'un nombre
suffisamment important
de personnes pour que
le phénomène ait des
conséquences graves
s'il ne s'avérait pas
"momentané",
comme il veut le
croire. "Vous
comprenez, beaucoup de
gens ici associent
cette main-d'œuvre
peu qualifiée aux
agents des services de
renseignement
syriens", dit-il
encore.
Sous
les coups de boutoir
des Etats-Unis et de
la France, Damas donne
des signes de vouloir
lâcher prise. Selon
le ministre libanais
de la Défense, la
Syrie aurait décidé
de procéder à un
dernier redéploiement
de ses troupes pour ne
plus les cantonner que
dans la plaine de la Békaa.
Mais sur le plan sécuritaire,
et dans un contexte de
tension politique
tendu, la pression des
services de
renseignement syriens
ne semble pas se relâcher.
"Les gens de ma
circonscription ont
peur de venir me voir
par crainte des
menaces qui planent
sur eux", affirme
un député de
l'opposition dont les
gardes du corps sont
équipés de fusils
d'assaut. "Oh,
des petites choses,
comparé à certains
de mes collègues..."
Des petites choses qui
laissent craindre que,
dans un pays qui n'a
pas soldé les comptes
de quinze ans de
guerre civile de 1975
à 1990, la redéfinition
des relations avec la
Syrie ne se fasse dans
la violence.
Pour
le Hezbollah,
l'ennemi reste
encore et toujours
Israël
Dans banlieue
sud de Beyrouth,
le député
Hussein el-Hajj
Hassan dénonce la
pression exercée
par la communauté
internationale.
Des portraits jaunis
de l'ayatollah
Khomeiny et de
l'actuel leader du
Hezbollah, Sayyed
Hassan Nasrallah,
accrochés le long
des artères
principales; et,
dans l'enchevêtrement
des fils électriques
et des enseignes
bariolées, de discrètes
caméras de
surveillance,
difficiles à
distinguer.
Bienvenue dans Haret
Hreik, un quartier
de la banlieue sud
de Beyrouth, fief du
"Parti de
Dieu", le grand
mouvement chiite
libanais
d'inspiration
iranienne, qui y
possède son
quartier général,
barricadé derrière
de hauts murs
surmontés de barbelés,
et un peu plus loin,
dans une ruelle
calme, son centre
d'information. C'est
là, au troisième
étage d'un immeuble
d'habitation
anonyme, que le Dr
Hussein el-Hajj
Hassan, l'un des
douze députés du
parti, reçoit les
journalistes étrangers
de passage. Patelin,
faisant dans
l'allusion et
l'ellipse, cet
ancien responsable
du département de
l'éducation du
Hezbollah participe,
dans un français élégamment
cultivé dans
l'Hexagone, à la
riposte de son
mouvement face aux
pressions
internationales. Et
il ne cache pas son
but : "Nous espérons
que la France révisera
sa politique en des
termes positifs à
notre égard",
dit-il. Comment?
"Nous avons des
moyens pour résister
à cette pression et
négocier",
dit-il sur un ton
laconique qui permet
toutes les interprétations.
"Nous défendons
une cause
juste", dit-il
encore. Ou bien,
d'une moue
sibylline,
"nous sommes présents..."
Une manière de
dire, peut-être, ce
que chacun sait ici
: l'armée libanaise
ne ferait pas le
poids si elle devait
engager la
confrontation avec
la puissante milice
chiite aguerrie par
des années de
guerre contre Israël.
Sa
position concernant
la résolution 1559
de l'ONU est claire
: elle comporte des
exigences réclamées
de longue date par
l'Etat hébreu –
le retrait syrien du
Liban et le désarmement
des
"milices"
– et s'avère donc
inacceptable. A ses
yeux, la Syrie
n'occupe pas son
voisin mais y est
"présente"
légitimement en
vertu d'un accord
passé entre les
deux gouvernements.
"Ceux qui
parlent d'occupation
aujourd'hui sont
ceux-là mêmes qui
ont demandé aux
Syriens de
venir",
rappelle-t-il en
outre. "Quant
à nous, nous aussi
sommes des Libanais.
Nous respectons la
souveraineté du
Liban que nous avons
défendue contre
Israël." Un
dernier argument
difficilement
contestable. Les
trophées de guerre
du Hezbollah, ces
chars de Tsahal
capturés puis exhibés
dans les rues de
Beyrouth au plus
fort de la guerre
contre Israël, ont
même suscité
l'admiration et
l'enthousiasme
jusque dans la
communauté chrétienne.
Il n'en demeure pas
moins que le
Hezbollah, après
avoir fondé sa légitimité
dans le combat
contre Israël et
son exigence du
respect des résolutions
de l'ONU sur la
Palestine, se
retrouve en porte-à-faux
face à la résolution
1559. D'où ses
contorsions rhétoriques
pour défendre l'idée
que cette dernière
est inacceptable.
Contrairement à
l'accord de Taëf,
auquel il faut
revenir, dit celui
qui est élu de la Békaa
depuis 1996. Le
temps presse. Une équipe
de télévision française
attend El-Hajj
Hassan dans une pièce
voisine. Nul doute
qu'à elle aussi, il
dira qu' "on ne
peut pas faire
confiance au Pharaon
américain".
Dans sa bouche, la
formule, qui reprend
la terminologie de
l'islamisme sunnite
des années 60-70
pour désigner les régimes
arabes, aurait
presque un charme désuet.
"On sait
communiquer",
disait-il aussi...
"Pitié
! Ce pays ne doit plus
servir d'Etat
tampon"
Georges Corm, ancien
ministre libanais des
Finances et auteur de
nombreux ouvrages de référence
sur le Proche et le
Moyen-Orient, décrit
un "climat d'hystérie".
Interview.
- Qu'est-ce qui
explique que la Syrie
continue d'occuper le
Liban aujourd'hui?
Est-ce la mise en œuvre
par Damas du projet de
"Grande
Syrie" ?
Je n'ai jamais
beaucoup cru à cette
idée. Je pense plutôt
que cette occupation découle
d'une vision stratégique
directement liée au
conflit israélo-palestinien.
Pour compenser le fait
que l'Egypte ait signé
la paix avec Israël
en 1978, la Syrie a
cherché à pallier
cette défection en
essayant de coordonner
de façon très étroite
l'action des pays qui
entourent l'Etat hébreu.
Au Liban, toute la
politique de Damas a
été de mettre au pas
l'OLP, ce qui coïncidait
avec les intérêts américains,
avant de faire du
Liban un partenaire à
sa botte. Et le Liban
a eu de plus en plus
d'importance à ses
yeux au fur et à
mesure que la résistance
du Hezbollah dans le
sud s'avérait
efficace. L'alliance
entre la Syrie et le
Liban est donc devenue
un élément
fondamental, que les
Etats-Unis eux-mêmes
ont contribué à
consolider. Dans le
contexte de la première
guerre du Golfe de
1991 et en
contrepartie de l'adhésion
de la Syrie à la
coalition anti-Saddam,
les Américains ont
d'autant plus accepté
cette mise sous
tutelle syrienne
qu'ils ne voulaient
pas de problèmes sur
la scène libanaise.
- Ce furent les années
Hariri.
Oui, et l'arrivée
d'une nouvelle équipe
dirigeante au Liban,
dont Rafic Hariri était
le catalyseur, qui a
énormément profité
de ces relations
libano-syriennes pour
installer un régime
économique tout à
fait condamnable. Au
lieu de réparer les dégâts
de la guerre et de
restaurer le potentiel
productif du pays, son
slogan a été :
"Enrichissez-vous
!" Le résultat a
été une crise
sociale majeure,
l'explosion de la
dette publique et la
fuite des cerveaux.
- L'occupation
syrienne ne
s'explique-t-elle pas
aussi par les
avantages économiques
qu'elle en tire ?
Bien sûr, la Syrie a
ponctionné le Liban
pendant la guerre,
mais tout le monde l'a
fait : les
Palestiniens, les
milices libanaises,
les Israéliens, tout
le monde. Mais après
la guerre, ce sont les
Libanais eux-mêmes
qui ont mis en place
des systèmes de
corruption, auxquels
ils ont associé les
Syriens.
- Vous évoquez la
responsabilité des
Etats-Unis dans cet état
de fait. La France non
plus n'est pas exempte
de reproches.
Elle a même des
responsabilités
majeures. Elle a poussé
le général Aoun dans
une aventure insensée
en 1989 (ndlr: une
guerre de libération),
avant de se taire
complètement. Et
puis, subitement, elle
se manifeste de
nouveau avec une espèce
d'hystérie.
- Pour quelles
raisons ? Tout
d'abord, du fait des
relations très
personnelles entre le
président français
Jacques Chirac et
Rafic Hariri ;
ensuite, pour se
rapprocher à bon
compte des Etats-Unis
; enfin, pour essayer
de délimiter une zone
d'influence au
Moyen-Orient, où elle
a été complètement
marginalisée dans le
règlement du conflit
israélo-palestinien.
Il est urgent de
calmer ce climat
d'hystérie et que le
Liban sorte de ce
statut d'Etat tampon,
qui sert aux grands
joueurs régionaux et
internationaux pour la
domination du
Moyen-Orient, de ce
statut d'espace
symbolique où chacun
marque ses points au
prix de cataclysmes
terribles pour les
Libanais. Pitié pour
le Liban !
- Trouve-t-on dans
l'héritage de Rafic
Hariri une volonté de
sortir de ce statut ?
Absolument pas. Il a
laissé en suspens des
questions
fondamentales pendant
les quatorze années
pendant lesquelles il
a été omniprésent
sur la scène
politique. Il n'a
entrepris aucune réforme
de quelque sorte que
ce soit sous prétexte
qu'on ne le laissait
pas faire. Or, le
problème du Liban,
c'est précisément
que son système
communautaire est à
la base de cet Etat
tampon, qu'il a une
classe dirigeante qui
bénéficie de ce
statut et qui n'a donc
aucun intérêt à le
remettre en cause.
- C'est-à-dire ?
Les communautés
religieuses ont cessé
depuis le XIXe de ne
s'occuper que de vie
spirituelle pour
devenir des organes
d'expression politique
qui se sont insérés
dans les réseaux des
puissances régionales
et internationales,
dont elles sont
devenues le symbole.
C'est ainsi que les
maronites ont
longtemps représenté
la France, les
sunnites les relais du
nationalisme arabe de
type nassérien, avant
d'être happés par
l'Arabie saoudite puis
récupéré un peu par
la Syrie. Quant aux
chiites, longtemps délaissés,
ils ont fini eux aussi
par rentrer dans ces réseaux.
– Aujourd'hui au
Liban, existe-t-il des
hommes capables de
remettre en cause ce
statut d'Etat tampon?
Tous ceux qui, depuis
l'indépendance, ont
essayé, ont soulevé
l'hostilité de la
classe politique
traditionnelle et ont
fini par être écartés
: le président de
l'indépendance, Béchir
el-Khoury, qui a refusé
d'entrer dans le Pacte
de Bagdad en 1955, le
général Fouad Chehab
entre 1958 et 1964.
- Ou le général
Aoun en 1989...
Oui, lui aussi a
beaucoup dérangé, à
commencer par ses
propres
coreligionnaires.
- A l'inverse,
faut-il craindre un
renforcement de ce
statut, en dépit des
appels de la communauté
internationale au
respect de la
souveraineté
libanaise, voire la
multiplication de ce
type d'entités ?
C'est vrai qu'il
existe aujourd'hui une
école de pensée israélienne
qui a une vision extrêmement
détaillée de la nécessité
de morceler les grands
Etats du Moyen-Orient
en petits Etats
communautaires ou
ethniques. La guerre
du Liban de 1975 à
1990, de ce point de
vue, était largement
un galop d'essai, avec
ces quasi-Etats qui
ont émergé après le
retrait israélien.
L'Irak est aussi un
champ d'expérimentation
de cette vision. Je
n'exclus pas du tout
qu'on essaie de
remettre en œuvre
cette dynamique au
Liban, mais je pense
que ce sera beaucoup
plus difficile car les
Libanais ont trop payé
ces années de guerre.
Dernier ouvrage de
Georges Corm : "Orient-Occident,
la fracture
imaginaire", Ed.
La Découverte, Paris,
2005.
Satterfield
: Donner plus de
force encore à un
message US déjà
connu
Le
sous-secrétaire d’Etat
US entame son séjour
libanais par un
briefing de presse
par
ISSA GORAIEB, publié
dans l'Orient-le Jour
le 28 février 2005
"Souligner,
étoffer, renforcer un
message qui vous est désormais
familier, à savoir la
nécessité absolue
d’une mise en
application de la résolution
1559 de l’Onu"
: tel est l’objet de
l’actuel séjour du
sous-secrétaire d’Etat
américain David
Satterfield, ainsi
qu’il l’a défini
lui-même hier matin
devant une dizaine de
représentants de la
presse libanaise invités
à le rencontrer pour
un
"briefing"
à l’ambassade des
Etats-Unis à Awkar.
M. Satterfield, qui a
occupé dans le passé
les fonctions de
conseiller puis
d’ambassadeur à
Beyrouth, s’est dit
pleinement confiant de
l’aptitude du peuple
libanais à décider
de son propre destin,
pourvu seulement que
lui en soient donnés
les moyens et qu’il
soit mis fin à toute
influence étrangère
dans ses affaires.
Auquel cas, estime le
responsable US, les
Libanais seront à même
de régler entre eux
le problème du désarmement
du parti intégriste. Le
terme de "c’est
assez", formulé
avec force, est revenu
comme un leitmotiv
tout au long de cette
rencontre, à laquelle
assistait également
l’ambassadeur
Jeffrey Feltman et qui
a comporté une brève
partie non destinée
à la publication.
L’agenda officiel de
M. Satterfield, qui séjournera
quatre jours dans
notre pays, se limite
pour le moment à un
entretien avec le
ministre des Affaires
étrangères Mahmoud
Hammoud ; il
rencontrera toutefois
"un vaste éventail"
de personnalités
libanaises. Ci-dessous
sont résumées les
principales idées-force
développées par M.
Satterfield :
La résolution
1559 –
Les Etats-Unis sont
intraitables sur la nécessité
de sa mise en
application. Cette
visite fait suite à
celle effectuée au
lendemain de
l’assassinat de
Rafic Hariri à
Beyrouth par le numéro
deux du département
d’Etat, qui a exprimé
le soutien américain
au droit des Libanais
de décider pour eux-mêmes.
C’est bien là le
propos de la résolution
1559 du Conseil de sécurité,
qui stipule le départ
de toutes les forces
étrangères, c’est-à-dire
syriennes, du pays, et
l’arrêt des ingérences
dans ses affaires. Ce
message est clair, dénué
de toute équivoque,
il est bien connu désormais
et cependant cette
visite est loin d’être
inutile, puisqu’elle
a précisément pour
objet de lui conférer
plus de force encore.
Nous voulons un avenir
différent pour le
peuple libanais, sans
que nul ne prenne les
décisions qui lui
appartiennent : cela
vaut mieux pour les
Libanais bien sûr ;
pour les Syriens
aussi, mais chez eux
et sans ingérence
dans les affaires de
leur voisin. M.
Satterfield a évoqué
à un moment un
"délai" (timeline)
pour l’exécution de
la résolution 1559,
mais s’est refusé
à se montrer plus précis
; pressé de
questions, et à celle
de savoir si une telle
période pouvait s’étaler
sur deux années comme
le veulent certaines
rumeurs, il a
instantanément répondu
: "Oh non,
beaucoup moins."
Quant aux accusations
d’ingérence portées
contre les Etats-Unis
eux-mêmes, elles
appellent une seule réponse,
a dit M. Satterfield :
s’il faut qualifier
d’intervention la
mise en œuvre d’une
résolution
internationale, alors
oui, il y a bien
intervention de
Washington. Tous les
peuples de la terre
ont le droit de se
gouverner eux-mêmes,
le Liban n’est pas
une exception et il mérite
encore mieux. Aux yeux
de l’Amérique, la résolution
1559 reflète
parfaitement, de
surcroît, la lettre
et l’esprit de
l’accord de Taëf.
Le dossier libanais
– Pourquoi cet
intérêt relativement
récent pour le Liban,
après tant d’années
d’acceptation du
statu quo, sinon
d’indifférence ?
"Précisément
parce que quinze années
se sont écoulées et
qu’assez, c’est
assez."
"Depuis la
vingtaine d’années
que je m’occupe du
Liban, souligne à ce
propos M. Satterfield,
des Libanais m’ont
souvent fait part de
leur crainte d’être
victimes de quelque
marché régional."
Beaucoup d’erreurs
ont été commises,
poursuit-il, et une
fois de plus c’est
assez, nous sommes en
2005 et le Liban et la
Syrie doivent changer.
Les Etats-Unis sont
fortement engagés déjà,
ils ne soutiennent pas
des individus libanais
ou des groupements
d’individus, mais
des idées et des
principes, et ce sont
les peuples eux-mêmes,
non l’Amérique, qui
doivent assumer leurs
responsabilités.
Washington est
confiant que les
Libanais sont mûrs
pour cela, et considère
avec confiance la
perspective d’élections
libres. Comment les
Etats-Unis réagiraient-ils
à d’éventuelles
fraudes électorales
et autres abus dont
est devenu coutumier
l’Etat libanais ? Se
bornant à réitérer
l’exigence d’un
environnement sain,
d’une atmosphère
normale autorisant le
libre choix, de même
que la confiance US
dans l’aptitude du
peuple libanais à se
prendre en charge, M.
Satterfield a résolument
écarté tout risque
d’une reprise des
affrontements entre
Libanais
"lesquels, en
effet, en ont déjà
trop vu". Il
n’a pas manqué de dénoncer
"les
intimidations et
menaces", les
propos "extrêmement
destructeurs"
proférés à ce
sujet, et a pris soin
de préciser que
"ce jugement vaut
aussi pour tous les
officiels".
Affirmant
que l’Administration
US a "les
contacts adéquats"
avec les autorités
libanaises, le
sous-secrétaire d’Etat
a indiqué que le
programme de ses
rencontres avec les
officiels se limitait
à un entretien avec
le ministre des
Affaires étrangères.
A la question de
savoir toutefois si
quelque rôle spécifique
pouvait encore être
joué par le président
de la République, il
a répondu en
soulignant la volonté
des Etats-Unis
"de venir en aide
à toute institution
libanaise en mesure de
parvenir à
l’objectif souhaité".
A propos des déclarations
israéliennes
relatives à la résolution
1559 - et qui risquent
d’être source
d’embarras pour une
opposition libanaise déjà
en butte aux
accusations de
"collusion"
des prosyriens - M.
Satterfield, qui va
rencontrer un vaste éventail
de personnalités
politiques locales,
s’est borné à dégager
toute responsabilité
des Etats-Unis. Il a
toutefois qualifié
d’insensée l’idée,
attribuée par un
journal de Tel-Aviv au
chef de la diplomatie
israélienne, d’une
quelconque paternité
israélienne de ladite
résolution.
L’assassinat de
Hariri –
L’attentat du 14 février
a hâté un processus
déjà en marche et
Beyrouth doit coopérer
pleinement avec les
enquêteurs
internationaux.
L’assassinat de
Rafic Hariri tombe
sous le coup de la résolution
1556 des Nations unies
qui fait obligation à
tous les Etats de coopérer
dans la lutte contre
le terrorisme, et les
Etats-Unis attendent
du Liban et de la
Syrie qu’ils
s’acquittent de
leurs obligations
(l’ambassadeur
Feltman est intervenu
à ce moment pour
signaler que sur les
12 conventions
internationales que
renferme la résolution
1556, deux attendent
encore d’être signées
par l’État
libanais).
Le Hezbollah
– Les Etats-Unis
exigent
l’application intégrale
de la résolution 1559
stipulant la
dissolution de toutes
les milices armées.
Washington a des vues
très claires sur le
terrorisme, qu’il
soit exercé sur ou à
partir du territoire
libanais, ou hors de
celui-ci, à partir de
Gaza par exemple ou
d’autres régions
palestiniennes.
C’est là un problème
qui inquiète non
seulement Israël et
les Etats-Unis, mais
aussi les chefs
palestiniens eux-mêmes.
L’Iran et le
Hezbollah n’ont pas
intérêt à la paix,
et les Etats-Unis ne
voient pas en quoi de
telles actions peuvent
servir les intérêts
du Liban, mais aussi
de la Syrie. Quant à
savoir qui procédera
un jour au désarmement
du Hezbollah, il a
assuré qu’il
s’agit là d’une
question libanaise,
ajoutant : "Nous
avons la certitude que
si un libre choix, un
climat différent leur
est offert, les
Libanais seront
capables d’assumer
leurs décisions."
La Syrie et la paix
– Damas a abusé de
rhétorique, c’est
des actions concrètes
qu’il faut et la
mise en application de
la résolution 1559 ne
souffre aucun
compromis. Toute
mesure concrète sur
le territoire
libanais, tel un repli
sur la plaine de la Békaa,
serait la bienvenue ;
ce serait un pas
positif mais non
suffisant, puisque la
résolution onusienne
doit être appliquée
dans toutes ses
clauses. M.
Satterfield a paru
minimiser la portée
des initiatives déployées
notamment par l’Egypte
et l’Arabie
saoudite, en vue
d’apporter une
couverture arabe au
retrait des forces
syriennes :
"C’est leur
affaire", a-t-il
assuré. Il a de
même affirmé que les
Etats-Unis ne
recherchent pas un
changement de régime
à Damas, mais un
changement de
politique et de
comportement. A plus
d’une reprise,
a-t-il dit, le président
Bachar el-Assad a
exprimé sa quête
d’une paix globale
au Proche-Orient. Or
pour y parvenir, la
Syrie ne peut plus
continuer de
s’impliquer aux côtés
de groupes
terroristes. Si elle
persiste dans son
attitude, il ne sera
jamais possible pour
les Etats-Unis de
l’aider ; et quand
des mesures concrètes
de désengagement
auront été prises,
l’assistance US
deviendra possible.
Les Etats-Unis sont
loin d’avoir oublié
la résolution 242 et
les autres textes
onusiens relatifs au
conflit arabo-israélien,
mais c’est bien la
politique syrienne qui
empêche que l’on y
vienne. Il existe
aujourd’hui une sérieuse
chance de paix au
Proche-Orient, et
beaucoup est en train
d’être fait dans le
sens d’une
application de la résolution
242 datant de 1967.
Manifestation
à Paris, mardi 29
mars à 19h30, place
d'Iéna, pour
le 40ème de la
mort de Rafic Hariri