Samedi 7 juillet, Journée nationale du taboulé

Des monts et des merveilles au Liban
 
par NAJI FARAH, directeur de la rédaction
 

L'Espagne en deuil : la mort de six soldats du contingent espagnol de la FINUL, dont trois colombiens, au Liban sud, le dimanche 24 juin 2007, a provoqué une grande consternation dans la péninsule ibérique

Le Liban, il y a exactement un an, a de nouveau été transformé en terrain d’affrontement direct entre l’Orient et l’Occident, dont les gouvernements, véritables ennemis du Liban, ne tiennent pas compte des souffrances du peuple libanais, et même plus s’acharnent à le diviser. A travers leurs politiciens et leurs médias, ils se veulent les défenseurs du pays du Cèdre, mais dans les coulisses, leurs plans sont tout autres : encore plus de destructions et de morts, tel est leur dessein pour ce petit pays en superficie qui, malgré le rayonnement de ses fils à l’étranger, n’arrive pas à s’imposer sur la scène internationale. Car le Liban, dans son entité démocratique, tolérante et pluriculturelle, s’ajoutant à son climat et ses paysages merveilleux, est l’anti-thèse d’Israël et des autres pays de la terre arabe qui, avec leurs alliés américains, européens et iraniens, s’activent de façon coordonnée à souffler le feu et les rumeurs. La saison touristique est une fois de plus perdue, dans l’attente de l’avènement de la nouvelle guerre imminente qui fait la une dans tous les milieux libanais, mais dont on ne sait toujours pas la nature : un coup d’Etat militaire, un soulèvement palestinien, une intervention syrienne, une attaque en règle contre le Hezbollah, les suppositions sont multiples, amplifiées par la volonté internationale de provoquer une nouvelle guerre civile.

Sur le terrain, le front du camp palestinien de Nahr el-Bared au Liban nord, engageant l’armée libanaise, est bien établi, après les violents affrontements faisant suite au massacre à l’arme blanche d’une trentaine de soldats libanais, le 20 mai, par des islamistes régionaux, qui n’ont même pas eu la politesse de leurs co-prédateurs israéliens, dix mois auparavant au Liban sud, de donner une excuse publique pour justifier leur agression délibérée. Il ne se passe pas dix jours sans qu’un attentat sanglant survienne, pour entretenir la tension en ce début d’été libanais, comme l’explosion d’une voiture piégée sur la corniche du bord de mer de Beyrouth, tuant le député Walid Eido le 13 juin, suivie par celle d’une autre voiture piégée au passage d’une patrouille de la FINUL dans la localité de Khiam, tuant six Casques bleus du contingent espagnol dont trois colombiens le 24 juin. Alors, pays amis, vous voulez vraiment aider le Liban ? Rien de plus facile : il suffit d’équiper l’armée libanaise, en lui fournissant des armes de défense anti-aérienne et des hélicoptères de combat, lui donnant ainsi les moyens d’étendre son autorité à l’intérieur et le long des frontières du pays. Aucune présence armée étrangère ou dépendant de l’étranger ne sera plus nécessaire ou tolérée, et nous pourrons alors déguster en paix notre taboulé en profitant des monts et des merveilles au Liban, sans avoir à nous soucier de l’avenir de nos enfants. C’est ainsi que sera célébrée ce samedi 7 juillet la Journée nationale du taboulé, fleuron de la gastronomie libanaise, avec des jeux et des concours qui se tiendront dorénavant tous les premiers samedis de juillet.

 


 

Gracias

 

par ZIYAD MAKHOUL, publié dans l'Orient-le Jour le 26 juin 2007

 

Il n’y a rien à dire ; simplement, merci. Merci d’être aussi gentils avec les Libanais du Sud, même quand certains leur demandent de moins vous sourire, de moins bien vous accueillir. Merci de participer à la reconstruction de la souveraineté libanaise, donc de l’État libanais. Merci d’aider les soldats de l’armée comme vous l’auriez fait avec un frère. Merci de contribuer à asseoir, envers et contre tout(s), la stabilité à la frontière méridionale – qu’est ce que les Libanais auraient aimé vous voir le long de l’autre frontière, vous savez, la cancéreuse passoire ! Merci de regarder le Liban comme une autre casa, une petite Espagne. Merci, comme les Français et les Américains il y a vingt ans, d’être des hombres d’honneur. Léo Ferré vous l’aurait dit, presque comme ça : Tu ne m’as pas dit/Que les guitares de l’exil/Sonnaient parfois comme un clairon/Toi mon ami l’Espagnol de la rue de Madrid/Rencontré ce printemps une fleur aux lèvres/Je ne t’ai pas dit/Que les guitares de Beyrouth/Pouvaient apprendre ta chanson/Toi mon ami l’Espagnol de la rue de Madrid/Rencontré ce printemps une fleur aux lèvres/Et puis tu es parti/Dans les rues là-haut/Et tu ne m’as rien dit/PACIENCA !… Infiniment, vous, six morts, en ce dimanche d’été pour le Liban, comme des Libanais ; infiniment Jefferson Vagas, Jonathan Galea, Alejandro Castello, John Edison Posada, Manuel David Portas, Juan Carlos Villora, et tous vos copains du contingent et toute l’Espagne qui vous pleure, infiniment gracias. 

 


 

Le Liban glisse dans la guerre par explosions successives incontrôlées

par ALAIN CAMPIOTTI, publié dans le Termps le 26 juin 2007 

L'attentat qui a coûté la vie à six Casques bleus du contingent espagnol avait été annoncé. La menace partait du camp assiégé près de Tripoli que l'armée libanaise ne parvient pas à réduire. Qui tient le briquet ? Au sud du lac Qaraoun, après un chapelet de villages décorés de fanions jaunes et de portraits des martyrs du Hezbollah, l'armée libanaise barrait le chemin. Raison donnée : «La route est trop mauvaise.» Même une autorisation du Ministère de l'information ne servait à rien. C'était dimanche, à la mi-journée. Peu après, deux véhicules de la Finul ont été soufflés par l'explosion d'une voiture piégée, dix kilomètres plus loin, avant Khiam. Opacité libanaise. Six soldats du contingent de Casques bleus espagnols venu renforcer la surveillance du pays au sud du Litani après la guerre de l'été 2006 ont payé de leur vie cette action annoncée. Car l'ONU savait. A Beyrouth, la protection du QG de la Finul avait été consolidée par de hautes barrières. La menace venait de prisonniers du Fatah al-Islam, capturés à Nahr al-Bared, au nord de Tripoli, où ce mouvement ultra-violent soutient depuis trente-sept jours un siège face à l'armée libanaise. Ils avaient promi, selon les services de renseignement, d'autres actions contre «les juifs, les croisés et les infidèles» si le siège n'était pas levé, et en particulier des attentats contre la Force intérimaire de l'ONU (Finul).

Le Liban entre peu à peu dans une étrange guerre, faite d'actions violentes compartimentées, illisibles ou à lectures multiples. Tripoli, pour la deuxième fois depuis mai, a été dans la nuit de samedi à dimanche le théâtre d'un épisode d'une extraordinaire violence. Il s'est terminé au matin par la quasi-destruction d'un immeuble de cinq étages dans le quartier populaire d'Abou Samra. L'armée libanaise, dont les chars sont dans toutes les grandes avenues, a voulu arrêter des membres d'un groupe djihadiste. Dans la maison en partie détruite, les soldats ont retrouvé, après une prise d'otages et dix heures de tirs, les cadavres de sept personnes, dont celui d'une femme : trois Saoudiens, un Tchétchène, des Libanais, dont certains avaient aussi la nationalité australienne. Ils appartenaient à un groupe de plus de 200 combattants, puissamment armés. C'est ce qu'affirme un résident de Tripoli bien connu en Europe : Cheikh Omar Bakri, prédicateur islamiste expulsé de Londres pour ses accointances supposées avec Al-Qaida. Le 20 mai dernier, un assaut tout aussi violent dans la ville avait conduit à la liquidation d'une cellule d'un autre groupe, Fatah al-Islam, dont la base principale était à Nahr al-Bared, camp palestinien installé depuis plus d'un demi-siècle au bord de la mer, au nord de Tripoli. Le groupe s'est vengé en exécutant une trentaine de soldats libanais dans la périphérie du camp, souvent égorgés pendant leur sommeil. Le siège de la Rivière froide (en arabe, le nom du camp) a commencé le lendemain.

Elias Murr, le ministre de la Défense, a annoncé vendredi dernier la fin de la bataille. Il ne restait, disait-il, que quelques poches à réduire. Mais samedi matin, au nord de la ville-camp, sous un hangar du port, aucun des soldats couchés ou assis ne le croyait. Ils revenaient d'un assaut nocturne, exténués. Plusieurs étaient blessés, l'un à la joue, d'autres aux bras et aux jambes. Les combats, il y a un mois, avaient commencé là, où une extension récente du camp touche le village d'Al-Abde au bord de la route côtière. Les combattants du Fatah al-Islam ont été peu à peu repoussés vers le «vieux camp» des origines, où ils sont encerclés, sans accès à la mer. «Il y avait peu de Palestiniens au départ, dit un ferrailleur qui a ses locaux à côté du hangar des soldats, mais beaucoup se battent maintenant avec eux.» Des habitants d'Al-Abde sont revenus petit à petit, à l'abri des murs côté route, regardant par les fenêtres le résultat du pilonnage de l'artillerie installée sur les collines. Les véhicules blindés entrent et sortent du camp par une espèce de piste au milieu des maisons détruites. Le long mois de combats a été ponctué par sept attentats dans la région du grand Beyrouth. Le dernier - déjà une voiture piégée - a coûté la vie au député Walid Eido. Il y a une dizaine de jours, à Bar Elias, dans la Bekaa, à côté de la ville de Zahle, les services de sécurité ont réussi un coup de filet sur un autre groupe. Dans un garage, ils ont retrouvé trois voitures, bourrées d'explosifs, prêtes à l'emploi.

Qui veut faire sombrer le Liban ? Le gouvernement des sunnites, des chrétiens et des druzes, soutenu par les Etats-Unis et - apparemment encore - par la France, accuse la Syrie de vouloir récupérer sa mise perdue en 2005, après l'assassinat de Rafic Hariri. L'opposition (le Hezbollah et ses petits alliés), qui s'est retirée il y a sept mois du cabinet pour le faire tomber, dénonce une manipulation américaine pour défendre un point d'appui au Proche-Orient. Les deux camps s'invectivent avec la même passion. On ne voit pas ce qui empêchera le feu de prendre dans la montagne.

Espoirs libanais à la réunion du Mont-Pèlerin  par STEPHANE BUSSARD

Une seconde rencontre interlibanaise soutenue par la Confédération s'est achevée dimanche. Des députés, des professeurs, des conseillers politiques, des avocats : de jeudi soir à dimanche, des Libanais représentant toutes les sensibilités du Pays du Cèdre se sont réunis au Mont-Pèlerin pour échafauder des pistes pour sortir le Liban de l'impasse dangereuse dans laquelle il se trouve. Organisée par l'Association suisse pour le dialogue euro-arabo-musulman avec un appui important du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), la réunion a débouché sur l'élaboration d'un document. Celui-ci s'attelle aux causes profondes de la crise et devrait être soumis aux leaders politiques. Les Libanais en conclave sur les hauts du Léman ont appelé à l'application complète des accords de Taëf, conclus en 1990 en Arabie saoudite pour mettre fin à la guerre civile. Aujourd'hui, l'organisation politique de l'Etat libanais est l'otage du communautarisme : la présidence revient à un chrétien maronite, celle du gouvernement à un sunnite et celle du parlement à un chiite. Le document élaboré au Mont-Pèlerin invite à la suppression de ce confessionnalisme politique.

Autre impératif : rétablir les institutions de l'Etat qui est particulièrement affaibli. Dans les discussions est apparue une crainte énorme du Hezbollah alimentée par la prise de Gaza par le Hamas. Mais l'esprit coopératif du représentant du Hezbollah a apparemment montré que le Parti de Dieu n'a rien à voir avec le Hamas palestinien et qu'il peut être davantage pris au sérieux dans le jeu politique libanais. Si le DFAE soutient pour la seconde fois une telle réunion au Mont-Pèlerin - la première s'est tenue les 20 et 21 avril -, il a aussi exposé l'expérience suisse en matière de neutralité. En bref, les enseignements historiques qu'a tirés la Suisse à propos de ses relations avec ses voisins ou de l'organisation sécuritaire de son territoire peuvent servir au Liban. Un porte-parole du DFAE estime que la rencontre nourrit des espoirs : «Le groupe du Mont-Pèlerin peut produire des effets positifs sur le dialogue interlibanais. On espère que ce dialogue puisse s'instaurer à un plus haut niveau.» Berne met en tout cas les moyens. Depuis le mois de mars, l'ambassadeur Didier Pfirter s'est rendu à trois reprises à Beyrouth.


Paris canaille

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 6 juillet 2007

À nous les belles Françaises ! Dans un peu moins de pas longtemps, la Camarilla Banana Libanera s’en ira avec ses grosses babouches pantoufler à Paris, emmenant dans ses bagages une bonne dose d’obscurité locale, au propre comme au figuré, qui tranchera avec le scintillement insolent de la Ville lumière. Là, sous les lambris et la cristallerie, les 28 Chevaliers de la Table Bancale débattront non point des « problèmes de l’heure à la lumière des derniers événements », comme ils ont l’habitude de l’ânonner quand ils veulent jeter un os aux journalistes indigènes, mais d’un seul problème à la lumière d’un événement unique : un accident de la nature datant du 22 novembre 1943. L’identité des stars de ce pince-fesse n’a pas de quoi faire grimper aux rideaux. Rien que des seconds couteaux tout juste bons à se passer la soupière les uns aux autres avant d’en référer, chacun, à son demi-dieu exotique à qui seul reviendra le droit de renverser la table à distance à la fin du verbiage.

Parallèlement, chaque partie devra gérer ses petits problèmes domestiques. Certains parmi nos roitelets qui ne babillent aucune langue étrangère feront l’effort de dépêcher des francophones pour traduire à leurs hôtes les insultes et autres échanges fructueux de vases et de cendriers. Quant aux autres, chez qui la confiance règne au plus haut point, ils enverront, pour changer, qui son frérot, qui sa fifille. Famille, quand tu nous tiens… Puis, place au tourisme dans le Gai Paris ! Certes, l’exercice sera un peu plus difficile pour ceux des délégués qui en sont encore à « ascensaire », « atoubiss » et « boftaik », mais tous devraient en gros passer un bon moment. D’autant plus rigolo que ce sont les contribuables français qui vont cracher au bassinet. Grand panache et petites misères de la diplomatie. Qu’est-ce qui a bien pu pousser Bernard Kouchner à se coltiner ces 28 sacs de riz ? Allez savoir ! Ce n’est plus le Quai d’Orsay, c’est le quai des brumes…


 

La messe annuelle de l’Ordre souverain de Malte a été célébrée à Baraachit (Liban-Sud)
Là où la politique trébuche, l’amour poursuit sa route
 
par FADY NOUN, publié dans l'Orient-le Jour le 2 juillet 2007

Le Liban dans ce qu’il a de plus noble, de plus authentique, était au cœur de l’événement créé jeudi 28 juin par l’association des chevaliers de l’Ordre de Malte, à Baraachit, en plein cœur de ce Liban-Sud martyrisé en juillet dernier. Il fallait de l’audace et de la foi pour arracher à leurs demeures confortables une cinquantaine de personnes et les emmener par des routes chaotiques, tronçonnées par les raids israéliens, dans un de ces villages mixtes du diocèse de Tyr, assister à une messe ! Mais ce n’est pas la foi qui manque à Marwan Sehnaoui, président de l’association des chevaliers de l’Ordre de Malte ! À l’occasion de la fête de Jean-Baptiste, son saint patron, l’Ordre célèbre annuellement une messe. Cette année, il a choisi de la célébrer au Liban-Sud, à Baraachit, village violemment bombardé lors des hostilités de juillet 2006, dont 300 habitations ont été gravement endommagées ou détruites, l’infrastructure dévastée et dont l’église, dédiée à Notre-Dame de l’Assomption, a été sérieusement endommagée.

La messe annuelle a donc été décalée de quelques jours, pour correspondre à la volonté des organisateurs : célébrer le Liban de la convivialité loin de Beyrouth, dans un Sud où les chrétiens, par moments, ne se sentent plus complètement chez eux. Cette amertume a été adoucie jeudi, grâce à l’Ordre de Malte, qui a fait sonner la cloche de l’église de l’Assomption, restaurée grâce à l’effort conjugué de l’Ordre et de l’Émirat du Qatar. Mais ce n’est pas la cloche seulement qui a résonné ; le cœur des habitants s’est aussi mis de la partie, heureux de retrouver pour quelques moments trop vite passés le Liban qu’il connaît, celui de la fraternité insouciante des temps de paix. Des soldats des contingents français et belge de la Finul ont aussi pu goûter à cette ferveur authentique qui est la vraie marque du Liban de toujours, ce Liban que les politiques sacrifient sur l’autel des axes, de la haine et des égoïsmes.

Le sens profond d’un déplacement

C’est bien ce qu’a déploré l’archevêque de Tyr des grecs-catholiques, Mgr Georges Bakouni, qui a relevé que « l’amour triomphe là où la politique échoue ». C’était là le sens profond de ce déplacement inhabituel que l’Ordre de Malte a eu l’intelligence, l’intuition, la bonne idée d’effectuer. Tout était dit, d’ailleurs, dans cette homélie. Citant l’Exhortation apostolique, Mgr Bakouni a appelé « tous les Libanais à poursuivre et à développer des gestes concrets de solidarité et de partage, dans tous les domaines de la vie sociale, confirmant ainsi l’interdépendance indispensable entre citoyens d’un même pays, le principe de la destination universelle des biens de la terre et l’option préférentielle pour les plus démunis ». L’archevêque de Tyr a pris soin de remercier, outre l’Ordre de Malte, l’Émirat du Qatar pour sa participation à la reconstruction de l’église Notre-Dame à Baraachit, et d’un bâtiment annexe, ainsi que du domicile du prêtre à Safad el-Battikh et de l’église, en sus du siège de l’évêché à Yaroun, toujours en association avec l’Ordre de Malte. « C’est là la vérité de la religion musulmane », a-t-il relevé, réprouvant ceux qui font l’amalgame entre islam et un terrorisme qui est « étranger à l’enseignement islamique ». « Pour la croix, emblème de l’Ordre de Malte, que nous nous réjouissons de voir, elle est celle de l’abnégation de soi pour autrui, a encore dit l’archevêque de Tyr, elle n’a jamais été un moyen de soumettre les autres, de s’opposer aux différentes religions, au contraire ! »

Du reste, si l’activité hospitalière de l’Ordre de Malte s’étend sur l’ensemble du territoire libanais, une sollicitude particulière se manifeste en ce moment pour le Sud. Depuis novembre dernier, la guerre ayant rendu pénible le déplacement sur les routes, une unité mobile de l’Ordre de Malte, avec la collaboration des Filles de la Charité, sillonne la région méridionale, tandis qu’une seconde unité sera opérationnelle à partir de la mi-juillet, en coopération avec la Fondation de l’imam Sadr. L’Ordre de Malte gère par ailleurs quatre centres médico-sociaux à Yaroun, Siddikine, Marjeyoun et Roum. Ce moment de communion s’est achevé par un buffet où, après la messe, les invités, la population locale et les notables de la région ont pu bavarder sans façon. Parmi eux, les fils de Mme Rabab Sadr Charafeddine, Loay et Kosay, le président du conseil d’administration de l’hôpital de Tebnine, le Dr Mohammad Hamadé, le nonce apostolique, Mgr Luigi Gatti, l’ambassadeur de l’Ordre de Malte, Jacques Guerrier de Dumast, le prince et la princesse de Lobkowicz, l’archevêque maronite de Tyr, Nabil Chekrallah Hajje, l’aumônier des chevaliers de l’Ordre de Malte, le père Mansour Labaki, etc. Un moment d’espoir, mais non pas d’espoir factice, avec la dose nécessaire de simplicité pour faire passer les choses importantes.


 

Son appui à la guerre américaine en Irak a plombé la réputation du nouvel envoyé spécial du Quartette
Le monde arabe réservé sur la mission de Tony Blair au Proche-Orient

par GEORGES MALBRUNOT, publié dans le Figaro le 28 juin 2007

 
« Un va-t-en guerre en Irak pour construire la paix israélo-palestinienne, c'est plutôt cocasse ! », réagissait hier un diplomate arabe, à l'annonce de la nomination de Tony Blair comme envoyé spécial du Quartette au Proche-Orient. Retardée par un mouvement d'humeur des Russes, la nomination de l'ex-premier ministre britannique a été confirmée hier par les États-Unis, la Russie, l'Europe et l'ONU. Sa mission consistera à aider le président palestinien Mahmoud Abbas à édifier les institutions indispensables à un futur État. Si les régimes amis de l'Occident se félicitent - du moins officiellement - de la désignation de Blair, la rue arabe, elle, exprime ses réserves. La participation de Londres au conflit irakien, aux côtés des États-Unis, est restée en travers de la gorge de beaucoup. « Je ne vois pas du tout en quoi sa personnalité sera un atout pour la paix entre Israéliens et Palestiniens », déclare Assem al-Omari, un politologue jordanien, qui voit plutôt sa nomination comme « un cadeau fait à un ami qui part en retraite. Blair n'a ni indépendance, ni influence morale auprès des Arabes, je ne le vois pas venir dans la région armé d'une grande énergie pour faire avancer la paix », dit-il.
 
« L'Europe ne compte pas »
 
L'« État palestinien viable », objectif affiché du Quartette international, semble un leurre pour certains. « Le Quartette n'existe que sur le papier. Il n'a jamais produit le moindre résultat, constate amèrement Assem al-Omari. La paix a besoin d'autres dynamiques, et d'abord de la détermination des Européens et des Américains à exercer des pressions sur leurs amis israéliens, et non pas de quelqu'un qui va jouer les figurants. » D'autres se disent même « choqués » que l'Union européenne ait entériné sa nomination. « Quand la presse américaine a commencé de parler de Tony Blair au Quartette, après sa récente visite d'adieu à George Bush, les Européens n'y étaient pas du tout favorables », relève un diplomate palestinien. S'ils ont changé d'avis, « cela montre une fois de plus qu'ils ne comptent pas au sein du Quartette, feuille de vigne manipulée par les Américains », d'après lui.
 

 
L'envoyé spécial de l'ONU, Alvaro de Soto, dénonce la politique des Etats-Unis, d'Israël et des Nations unies envers la Palestine
Washington est accusé d'avoir encouragé le chaos palestinien
 
par MICHEL-BOLE RICHARD, publié dans le Temps le 15 juin 2007
 
Après deux années passées comme envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU au Moyen-Orient, Alvaro de Soto dresse, dans un rapport confidentiel de fin de mission daté du 5 mai et révélé le 13 juin par le Guardian, un constat dramatique et désabusé sur le conflit israélo-palestinien. A tel point que ce Péruvien qui, pendant vingt-cinq ans, s'est évertué à trouver une solution aux conflits de la planète se demande s'il est nécessaire de pourvoir au remplacement de son poste (ce qui est déjà fait en la personne du Britannique Michaël Williams) et au maintien du Quartette, cette entité constituée par les Etats-Unis, l'ONU, la Russie et l'Union européenne. A tout le moins, «le rôle des Nations unies devrait être sérieusement revu», fait remarquer le diplomate international, dans un texte de 51 pages particulièrement amer et pessimiste où il fait part de ses désillusions. Passant en revue tous les événements qui ont émaillé son mandat, Alvaro de Soto constate, comme il l'a déclaré récemment au quotidien Haaretz, que «la situation est extrêmement volatile lorsqu'il n'y a pas de progrès dans le processus de paix et que le boycottage de l'Autorité palestinienne se poursuit».

«Prison à ciel ouvert»

A ce propos, il dénonce la suppression de l'aide directe de la communauté internationale, dont «les conséquences ont été dévastatrices sur le plan humanitaire et dans l'affaiblissement des institutions palestiniennes». «Les mesures prises censées conforter les Palestiniens qui avaient le désir de vivre en paix avec leur voisin ont eu l'effet contraire.» Avant d'ajouter que «les eurocrates ont réalisé qu'ils avaient dépensé plus d'argent en boycottant l'Autorité palestinienne que lorsqu'ils la soutenaient et qu'en la contournant, cela n'a pas permis de la consolider, mais que cet argent a été investi à fonds perdu». «J'éprouve une grande tristesse», avait-il dit en quittant ses fonctions. Ayant travaillé au Salvador, à Chypre, il fait remarquer que le retrait israélien de la bande de Gaza, qui a soulevé tant d'espoirs, a été utilisé par Ariel Sharon «pour obtenir des concessions importantes des Etats-Unis alors que la construction de «la barrière de sécurité» se poursuivait et que des colons s'installaient en Cisjordanie». De fait, constate Alvaro de Soto, la bande de Gaza est devenue «une prison à ciel ouvert» et le processus s'est enlisé d'autant que le Hamas a remporté les élections générales du 25 janvier 2006.

Analysant la mise en place du processus de boycottage du Mouvement de la résistance islamique qui avait gagné démocratiquement les élections, Alvaro de Soto estime que le rejet de l'issue du scrutin par la communauté internationale, qui l'avait pourtant appelé de ses vœux, a été une erreur. «Le Hamas évoluait et pouvait encore le faire et nous devions l'encourager dans cette évolution, de sorte qu'un dialogue puisse s'instaurer dans lequel l'ONU aurait eu un rôle à jouer.» «Nous parlons au Hezbollah et nous avons raison de le faire car c'est important et qu'il n'y a pas de solution au Liban sans cette organisation. Ce devrait être la même chose avec le Hamas», tranche le Péruvien. Au lieu de cela, Israël a poursuivi sa politique «des faits accomplis» qui rend de plus en plus difficile, voire impossible, la création d'un Etat palestinien viable dont les diplomates ne cessent de parler sans que rien se concrétise d'une manière ou d'une autre. Au contraire. Alvaro de Soto rapporte que «les Américains ont poussé à une confrontation entre le Hamas et la Fatah» et, s'interroge-t-il : «Je me demande si les autorités israéliennes réalisent qu'elles récoltent ce qu'elles ont semé et qu'elles encouragent systématiquement le cycle violence-répression au point qu'il se nourrit de lui-même.»
 
Situation «d'autocensure»

Dans ce testament accablant sur les incapacités des uns et des autres à vouloir résoudre ce conflit, une mention particulière est adressée aux Etats-Unis, qui dictent leur volonté au Quartette et à Israël, et qui se sont «réfugiés dans une position de rejet, dans laquelle ils sont prisonniers, en insistant sur des préconditions dont on sait qu'elles ne sont pas réalisables». «L'expérience démontre que ces préconditions sont habituellement un masque du manque de volonté de négocier. Comme le disait Colin Powell, ancien secrétaire d'Etat américain, vous ne pouvez négocier lorsque vous dites à l'autre partie : «Donnez-moi ce à quoi des pourparlers vont aboutir avant que ceux-ci ne commencent.» Alvoro de Soto déplore qu'au cours des deux années qu'il a passées dans la région l'ONU ait «traité Israël avec une extrême considération, presque de la tendresse», et qu'il doit être mis fin à cette situation «d'autocensure». «Je ne crois honnêtement pas que l'ONU rende service à Israël en ne parlant pas franchement de ses manquements dans le processus de paix. Nous ne sommes pas un ami d'Israël si nous permettons à ce pays de s'autosatisfaire que les Palestiniens soient les seuls à blâmer, ou que ce pays puisse, avec légèreté, continuer à ignorer ses obligations liées aux accords passés, sans payer un prix diplomatique à court terme et un prix beaucoup plus élevé en matière d'identité et de sécurité à plus long terme.»
 

 
Des documents montrent que l’Elysée avait été alerté très tôt du risque d’un génocide
Le Rwanda revient hanter la France

par THOMAS HOFNUNG, publié dans Libération le 3 juillet 2007

La France en aura-t-elle jamais fini avec son rôle supposé ou réel avant et pendant le génocide de 1994 au Rwanda ? Hier, les avocats de 6 survivants du carnage ont indiqué avoir demandé les auditions des anciens ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Alain Juppé et Pierre Joxe, mais aussi de l’ex-secrétaire général de l’Elysée sous François Mitterrand, Hubert Védrine.
 
Audition.  En 2005, les plaignants rwandais ont obtenu l’ouverture d’une information judiciaire pour «complicité de génocide et de crimes contre l’humanité» visant des soldats de l’opération militaro-humanitaire Turquoise (été 1994). Leurs avocats fondent leur demande d’audition sur des documents d’archives remis récemment à la juge Florence Michon, du tribunal aux armées de Paris. Le quotidien le Monde a révélé, hier, l’existence de ces archives émanant de la présidence de la République. Ces documents montrent que l’Elysée, malgré ses dénégations, avait été alerté très tôt du risque d’un massacre généralisé au Rwanda. Durant les années qui ont précédé le génocide contre les tutsis et les hutus modérés - au moins 800.000 morts -, la France était très impliquée au Rwanda. A la demande du président hutu, Juvénal Habyarimana, Paris a dépêché ses soldats, dès 1990, pour tenter de repousser les rebelles tutsis du Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé. Les militaires français n’auraient pas combattu directement le FPR mais dirigé en sous-main les opérations. Dans le même temps, ils avaient assuré la formation de militaires qui ont joué, plus tard, un rôle crucial dans le génocide.
 
Fin 1993, après avoir pesé en faveur des accords d’Arusha (Tanzanie), qui prévoyait un partage du pouvoir entre hutus et tutsis, Paris rapatriait ses soldats, cédant la place à l’ONU. Mais, le 6 avril 1994, le président Habyarimana mourait dans le crash de son avion, abattu par un missile. Aussitôt, les massacres commençaient. Les autorités de Kigali, qui reprochent à Paris de ne s’être jamais excusé, ont rompu leurs relations diplomatiques avec la France en novembre 2006. En 1998, une mission parlementaire d’information avait conclu à des manquements graves de la France, tout en rejetant l’accusation de complicité.
 
«Vieille thèse». Le Monde cite pourtant un télégramme diplomatique daté du 19 janvier 1993, rédigé par l’ambassadeur Georges Martres. Ce dernier rapporte un témoignage selon lequel le président rwandais Habyarimana aurait donné «l’ordre de procéder à un génocide systématique». Un mois plus tard, la DGSE évoquait «un vaste programme de purification ethnique [.] contre les tutsis». «Il n’y a rien de nouveau dans ces documents, réagit le socialiste Paul Quilès, qui a dirigé la mission d’information. C’est la vieille thèse de Mitterrand complice du génocide ! Pourquoi, dans ce cas, la France aurait-elle pesé en faveur des accords d’Arusha ?» Selon le chercheur Olivier Lanotte - auteur de La France au Rwanda (1990-1994), Éd. P.I.E. Peter Lang (Bruxelles) -, «ces documents prouvent une chose : très tôt, les infos du terrain sont remontées jusqu’à l’Elysée».

 

Journée nationale du taboulé le samedi 7 juillet 2007

 

La montagne de Dhour Choueir en fleurs accueille les premiers estivants. Photo du 24 juin 2007. Naji Farah