Conférence de Paris III : S'engager résolument sur la voie de la redistribution économique et du rééquilibrage social

 

par BEATRICE PATRIE, députée européenne, présidente de la délégation du Parlement européen pour la région du Machrek, membre de l'Assemblée parlementaire euroméditerranéenne
 
La conférence de Paris III s'ouvre le 25 janvier alors que le Liban connaît des affrontements violents et une situation de tension politique inquiétante.

Intervenant devant la Commission des affaires étrangères du Parlement européen, Béatrice Patrie a souhaité que cette réunion ne se limite pas au traitement des objectifs initiaux, à savoir la mobilisation des soutiens financiers internationaux en vue de résorber la dette libanaise, mais revête, au contraire, une dimension politique essentielle en la période.

A cet égard, elle a exprimé le vœu que les représentants de l'Union européenne développent une position équilibrée : "Il est tentant, a souligné Béatrice Patrie, de ne voir dans les manifestants de l'opposition qu'une faction populaire manipulée par un groupe extrémiste. Mais vous savez bien que la réalité n'est pas si simple. Aucun gouvernement libanais, aussi légitime soit-il, ne peut faire l'impasse sur une manifestation qui rassemble la communauté chiite dans son ensemble et une partie de la communauté chrétienne".

La Présidente de la délégation interparlementaire pour le Machrek a donc exhorté la Commission européenne à subordonner fermement les soutiens financiers à la mise en oeuvre sans délai d'un plan de réformes qui ne se limite pas à combler la dette publique. "Il faut mettre fin à cette fuite en avant qui consiste, pour les gouvernements libanais, à toujours instaurer des préalables à la réforme, a-t-elle déclaré. Il faut cesser d'endetter le pays en empruntant aux banques libanaises qui ne font que servir des intérêts aux plus riches. Nous appelons le gouvernement à s'engager résolument sur la voie de la redistribution économique et du rééquilibrage social. Le Liban a besoin de moyens de transports, d'écoles, d'hôpitaux publics. Ce sont là les véritables remèdes à la crise actuelle". 

 

Béatrice Patrie, députée européenne

 


 
Nous reprenons un article de Béatrice Patrie publié durant la guerre de l'été 2006
 
Un Liban libre, uni et stable, c'est possible
 
par BEATRICE PATRIE, publié dans le Figaro le 27 juillet 2006
 
L'Histoire ne repasse pas les plats. Tout au moins, tentons de le croire, et dans le concert des Cassandre qui prédisent ou souhaitent déjà une nouvelle guerre civile au Liban et un embrasement de la région, croyons possible de faire entendre un contrepoint plus optimiste sur l'avenir de ce pays cher au coeur de la France. Certes, la provocation unilatérale du Hezbollah, et la riposte aussi brutale que disproportionnée d'Israël semblent plonger le Liban dans une spirale meurtrière d'autant plus inquiétante que l'on voit trop bien à qui peut profiter potentiellement le crime : l'Iran qui fournit les armes trouve dans l'affrontement matière à négocier plus avantageusement les conditions de son programme nucléaire ; la Syrie par laquelle transite le matériel diffère le moment de rendre des comptes à la justice internationale sur l'assassinat de l'ancien premier ministre Rafic Hariri. Si l'on ajoute à cela le développement d'un antagonisme entre communautés chiite et sunnite dans la région - la fameuse thèse du croissant chiite -, tous les ingrédients du drame semblent, une fois de plus, en place.
 
C'est peut-être un peu vite oublier que, malgré ces constances malheureuses, le Liban n'est plus le pays sorti exsangue de la guerre de 1975. Répéter, à l'envi, que le Liban, une fois encore, va être le terrain de jeu des conflits régionaux, c'est faire l'affront au pays du Cèdre d'occulter le formidable travail de reconquête de sa souveraineté et de reconstruction démocratique, engagé depuis 2004, malgré les attentats meurtriers qui ont constamment assombri son histoire récente. Ne voir, aujourd'hui au Liban, que des chrétiens désespérés et des sunnites exaspérés prêts à se coaliser contre des chiites tétanisés, c'est ignorer l'extraordinaire mobilisation populaire du 14 mars 2005 autour du mot d'ordre d'unité nationale.
 
C'est surtout faire l'impasse sur un événement passé, il est vrai, assez inaperçu aux yeux de l'opinion publique internationale : l'organisation, ce printemps, sur l'initiative de Nabih Berri, président du Parlement libanais, d'un "dialogue national", au cours duquel on a vu, durant plusieurs semaines, l'ensemble des responsables politiques libanais se mettre autour d'une table pour aborder toutes les questions d'intérêt national, y compris les plus épineuses comme la mise en oeuvre de la résolution 1559 des Nations unies, la délimitation de la frontière syro-libanaise, et le problème des armes de la résistance. Pour la première fois depuis 1975, les anciens chefs de guerre, naguère ennemis, se concertaient en toute indépendance et rompaient avec la pratique habituelle libanaise des négociations bilatérales n'aboutissant qu'à des compromis partiels. Le Hezbollah qui n'avait pas participé aux manifestations du 14 mars avait accepté de s'asseoir à la table des négociations. Même si cette tentative de concertation reste inachevée, elle a montré que le Liban avait la volonté et la capacité de maîtriser son destin national.
 
Aussi, la responsabilité de la communauté internationale, et surtout celle de l'Union européenne, est aujourd'hui de redonner au Liban les moyens d'exercer pleinement sa souveraineté. Cela passe, bien entendu, par un cessez-le-feu immédiat de la part des protagonistes, par la restitution des prisonniers et par la garantie mutuelle du respect des frontières israélo-libanaises. Il faut, à cet égard, convaincre Israël d'accepter le principe d'une force multinationale d'interposition : confier ce rôle à l'armée libanaise risque, en effet, de monter dangereusement les chiites, première communauté démographique du Liban contre l'armée nationale. Il faudra ensuite amener les parties à la table des négociations. Ce sera le moment de rappeler à Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, ses déclarations tenues lors du dialogue national : "Le parti de Dieu ne va pas se barricader derrière des constantes, nous serons positifs." Les conditions du désarmement des "forces de la résistance" sont connues : la sécurité des frontières et des territoires, et l'assurance pour les populations chiites du sud de pouvoir exercer leurs droits sur l'eau, mis à mal par les pilonnages israéliens.
 
Mais il ne faudra pas en rester là. L'Union européenne devra poursuivre son travail de soutien à la construction d'un véritable Etat au Liban, embryonnaire à ce jour. A cet égard, rappelons à Israël qu'il est paradoxal de fustiger "l'Etat dans l'Etat» incarné par le Hezbollah à travers ses multiples institutions sociales, et de détruire le peu d'infrastructures étatiques existant au Liban (réserves d'eau, centrales électriques, ponts, routes ou usines). La garantie, sur le long terme, de l'unité nationale passera par la réforme des institutions, et la mise en place de services publics de base. C'est d'ailleurs le chantier que le gouvernement Siniora engageait au moment même où Israël a décidé de la destruction systématique du pays. Face aux Etats-Unis dont elle n'est pas tenue de partager les visions hégémoniques, l'Europe doit être un acteur essentiel de l'avenir du Moyen-Orient. Aujourd'hui, elle doit agir pour que le Liban ne soit plus la victime sacrificielle de ses voisins, mais devienne, au contraire, un pôle de paix, de stabilité et de démocratie de la région.
 

 
Présentée par la quasi-totalité des médias occidentaux comme une réaction à la capture de deux soldats, la guerre menée par Israël contre le Liban est le fruit d¹une longue préparation qui trouve ses racines dans le coeur même du projet néoconservateur pour le Proche-Orient. Dans un long article dont nous publions un extrait de la première partie, Jürgen Cain Külbel, décrit l¹entente entre Washington et Tel-Aviv qui a mené à l¹agression du Liban.
 
La longue route d'Israël vers la guerre de juillet 2006
 
Extrait de l'article de JURGEN CAIN KULBEL, publié dans la lettre d'information de BERTRAND LAMBERT le 9 janvier 2007
 
Ancien enquêteur de la police criminelle de RDA (1974-1988), l'auteur est journaliste indépendant et écrivain
 
L'histoire le montre, les Etats fauteurs de guerre se sont toujours efforcés de tromper l'opinion sur les raisons et causes de leur agression. Un exemple parmi d'autres est la fausse attaque de la station de radio de Gleiwitz, organisée par les Nazis, qui fut le prétexte de l'attaque de la Pologne et marqua ainsi le début de la Deuxième Guerre Mondiale. Ou encore « l'incident » de la Baie de Tonkin qui fut fabriqué par les États-Unis afin d'avoir un prétexte pour envahir le Vietnam. Ou, plus récemment, la falsification des preuves concernant les soi-disant armes de destruction massive de Saddam Hussein et qui permirent à l'administration états-uniennes, aux mains maculées de pétrole et de sang, de dépecer l'Irak et de s'emparer de ses ressources pétrolières. Israël vient d'apporter sa contribution à cette pyromanie mondiale, organisée par « l'Internationale démocratique » et menée avec un entrain redoublé depuis que Bush junior et ses comparses sont au pouvoir. Les raisons de l'attaque israélienne sont multiples : depuis des années, Israël s'efforce, avec l'aide active des États-Unis, de balkaniser le Moyen-Orient afin de garantir son hégémonie vis-à-vis de ses voisins arabes, toujours présentés comme « menaçant l'existence de l'État hébreu » . Dans cette stratégie, l'État d'Israël s'est fixé, entre autres « objectifs stratégiques » , de sécuriser sa frontière au Nord et d'éliminer définitivement la résistance libanaise du Hezbollah, qui garde la frontière côté libanais.

La pseudo « Révolution des Cèdres » au Liban n'a pas profité à Israël ; le nouveau gouvernement à Beyrouth est faible et s'avère incapable de répondre aux exigences de l'administration états-unienne et à celles du gouvernement de Tel-Aviv. Il est notamment incapable de désarmer véritablement la milice chiite. Au contraire. Par ailleurs, peu avant le début de la guerre, Israël se retrouvait dans la situation d'un boxeur K.O., allongé sur le ring. En effet, des preuves avaient été découvertes par les Libanais qui démontraient que les services secrets de l'État hébreu étaient activement impliqués dans des activités terroristes au Liban : notamment des attentats à la bombe, des voitures piégées et des assassinats de cadres palestiniens et d'élus du Hezbollah. Par ailleurs un faisceau d'indices était mis au jour et qui semblait désigner Israël et non la Syrie comme étant l'instigateur de l'attentat sanglant qui avait coûté la vie à l'ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri.

Le fait que cette guerre, pourtant planifiée de longue date par Israël, ait été déclenchée dans l'urgence face aux découvertes embarrassantes des Libanais et qu'elle se soit muée en une débâcle pour l'agresseur n'a finalement pas beaucoup d'importance. Elle aura au moins prouvé une chose : la guerre menée par la machine militaire surpuissante contre le Liban est représentative des futures batailles du XXIème siècle, menées sans complexes et avec une cruauté criminelle. On cible désormais la population civile avec des actes de terreur et on détruit sciemment des infrastructures vitales afin de faire souffrir la population et la briser. Ni « l'Internationale démocratique » ni l'ONU se sont véritablement opposés à la punition collective imposée aux Libanais. Ils restèrent muets face aux innombrables bombardements d'infrastructures civiles, d'usines de lait en poudre, d'écoles, d'hôpitaux, d'ambulances, de convois de réfugiés, de voitures individuelles ou de motocyclettes, de quartiers d'habitation densément peuplés ainsi que la quasi totalité des routes et ponts autoroutiers du pays. Bien au contraire, les politiques des États-Unis et de l'Union européenne, dont la Première Ministre allemande Angela Merkel, accordèrent indirectement un blanc-seing à l'agresseur israélien en refusant de mentionner, et encore moins de condamner, l'utilisation par Israël d'armes interdites par la communauté internationale, comme par exemple les obus au phosphore, les bombes à sous munitions et apparemment également les obus contenant de l'uranium appauvri.

L'opération commando israélienne

Quelques jours après que le ministre israélien de la Défense, Amir Peretz ait poussé son cri de guerre et ordonné, le 12. juillet 2006 à son aviation de « détruire les villages du Hezbollah ainsi que l'infrastructure du Liban » , le Premier ministre libanais, Fouad Siniora a pu constater que ce n'était pas le Hezbollah mais son pays qui avait été détruit. A Tel-Aviv on a pris pour prétexte la capture des soldats Ehud Goldwasser et Eldad Regev par la milice chiite, au matin du 12 juillet, pour déclencher sans attendre une guerre dévastatrice et sans aucun égard pour les vies innocentes. Que s'est-il exactement passé ce jour là ? Ce mercredi, à 9h05 exactement, un communiqué de l'organisation résistante, lu sur l'antenne de la station de télévision du Hezbollah, Al Manar, annonçait que, ses « soldats ont attaqué une patrouille israélienne près de la frontière et fait prisonnier deux soldats. » Hassan Sayyed Nasrallah, chef de la milice chiite, expliqua que « cette opération était planifiée depuis 5 mois » par son organisation. Comme l'explique Philip Abi Akl dans le journal conservateur libanais Daily Star, la milice affirmait vouloir, par cette action, « tenir une promesse vis à vis du peuple libanais. L'enlèvement permettrait d'échanger les soldats israéliens contre des prisonniers libanais retenus en Israël » [1]
 
Le Dr. Mazin Qumsiyeh, ancien enseignant à la Duke & Yale University, et auteur du livre Partage de la terre de Canaan précise : « Le Hezbollah est un mouvement libanais de résistance armée, fondé après l'invasion israélienne du Liban en 1982. Il est important de rappeler, pour ceux qui auraient la mémoire courte, que - pour la seule année 1982 - des dizaines de milliers de Libanais et de Palestiniens (ces derniers étant déjà des réfugiés de la guerre israélienne de 1948) furent assassinés par les troupes d'occupation israéliennes dans le Sud du Liban. Le Hezbollah a connu une grande popularité et obtenu le soutien d'une bonne partie de la population libanaise (y compris chez les chrétiens) à cause de sa victoire sur la brutale machine militaire d'occupation israélienne, victoire ayant permis de chasser Israël et ses vassaux de la plus grande partie du territoire libanais. Bien sûr, Israël continue d'occuper illégalement Gaza, la Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est), les « fermes de Chebaa » ainsi que le plateau du Golan. De la même manière Israël continue à s'opposer au droit international en interdisant aux réfugiés palestiniens de retourner dans leurs maisons et de retrouver leurs terres. Plus important encore : l'armée israélienne continue à garder prisonniers de très nombreux citoyens libanais ainsi que plus de 10.000 prisonnier politiques palestiniens. L'histoire des enlèvements de Libanais et de Palestiniens par Israël remonte à loin. Par ailleurs ces prisonniers sont régulièrement torturés. » [2].

Le Hezbollah lui même n'a donné aucune indication quand au lieu de l'enlèvement. Ce n'est que le lendemain de l'enlèvement que l'AFP indique : « Aux dires de la police libanaise, les deux soldats ont été faits prisonniers sur territoire libanais, dans la région de Aïta Al-Chaab, proche de la frontière israélienne, région qui avait été la cible d'une incursion de l'unité israélienne tôt dans la matinée. » La lettre d'information française Réseau Voltaire indique de son côté, « De manière délibérée, Tsahal (l'armée israélienne) a envoyé un commando dans l'arrière-pays libanais à Aïta al Chaab. Il a été attaqué par le Hezbollah, faisant deux prisonniers. Israël a alors feint d'être agressé et a attaqué le Liban » [3]. Le quotidien italien La Reppublica cite des sources au sein du Hezbollah pour affirmer que « la capture a eu lieu dans la zone Aïta Al Chaab, non loin du village Zarit » , les deux se situant au Liban. Les Français dénoncent par ailleurs le fait que, « à la demande du colonel Sima Vaknin-Gil, chef de la censure militaire israélienne, la presse occidentale a accepté de relayer une version tronquée des événements survenus ces derniers jours au Proche-Orient. (...) Sur injonction de la censure militaire israélienne, les agences de presse et médias ayant des journalistes accrédités en Israël ont renoncé à informer leurs lecteurs du lieu où les soldats israéliens ont été faits prisonniers » . La journaliste suisse Silvia Cattori, travaillant pour le Réseau Voltaire s'est vue enlever son accréditation de travail en Israël pour avoir refusé de d'obéir aux consignes de la censure militaire » [4].

Mais, pour le Premier ministre israélien Ehud Olmert les soldats ont été enlevés sur territoire israélien. « Les évènements de ce matin ne sont pas une attaque terroriste, mais l'action d'un État souverain qui a attaqué Israël sans raison. Le Liban en paiera le prix » a t'il menacé lors d'une conférence de presse en présence du premier ministre japonais Junichiro Koizumi tout en annonçant une riposte « très douloureuse et très étendue » . Son ministre de la Défense Amir Peretz et les services secrets avaient de toute évidence prévu le coup depuis longtemps et tout préparé. C'est la raison pour laquelle, le jour même de l'enlèvement des deux soldats, le 12 juillet, l'armée israélienne envahit le Liban tandis que la rapide mobilisation des réservistes et l'extension des opérations démontrent clairement qu'Israël avait tout planifié longtemps à l'avance, et ne réagissait donc pas simplement à l'enlèvement de ses deux soldats. Outre les bombardement extrêmement ciblés - qui montrent à quel point les services israéliens et leurs collaborateurs sur le terrain avaient repéré les cibles au Liban, l'armée israélienne disposait par ailleurs des coordonnées détaillées de chaque restaurant, de chaque usine de savon, de chaque école, le tout repéré depuis longtemps en prévision de cette guerre. Peretz savait parfaitement ce qu'il disait quand il menaçait de « ramener le Liban 50 ans en arrière » avec ses bombardement. Ce n'étaient pas des paroles de vantard, il savait qu'il en avait les moyens [5].

Le Liban : une guerre préparée en laboratoire

« De toutes les guerres qu'Israël a menées depuis 1948, celle-ci [contre le Liban] est la seule pour laquelle le pays était parfaitement préparé » , a déclaré Gerald Steinberg, professeur d'études politiques à l'université Bar-Ilan de Ramat Gan, quelques jours après le début du conflit. Cet universitaire, qui travaille pour le ministère israélien des Affaires étrangères et de la Sécurité nationale, ajoute : « Dans un certain sens, les préparatifs ont débuté dès le mois de mai 2000, juste après le retrait israélien [du Liban]. En 2004 la campagne militaire, prévue pour une durée de trois semaines et à laquelle nous assistons en ce moment, était déjà planifiée et a été simulée et testée en laboratoire depuis un ou deux ans. » [6].

Matthew Kalman confirme ces dires le 21 juillet 2006 dans le San Francisco Chronicle : « Il y a plus d'un an, un haut gradé de l'armée israélienne a commencé à présenter à des diplomates, des journalistes et des think tanks états-uniens et autres, des simulations PowerPoint non destinées au public et comportant des détails révélateurs de l'opération actuellement en cours. » L'identité de ce gradé, selon Kalman, a été tenue secrète. Ce militaire a présenté les plans d'une « campagne de trois semaines » contre le Liban en ces termes : « La première semaine sera consacrée à la destruction des roquettes puissantes et de longue portée du Hezbollah, au bombardement du poste de commandement et de contrôle et à rendre impraticables les grands axes de transport et de communication du pays. La deuxième semaine devra être principalement consacrée aux attaques contre des localités abritant des rampes de lancement de missiles ou des dépôts d'armes. La troisième semaine, on enverra un effectif plus important de forces terrestres [Š] pour détruire les cibles repérées au cours des missions de reconnaissance [...] Par contre il n'est pas prévu d'occuper à nouveau le Sud-Liban pour une longue période. » .

Moshé Marzuk, un ancien membre des Services secrets militaires israéliens, aujourd'hui chercheur à l'Institut du contre-terrorisme d'Herzlia, ajoute : « Israël a tiré les leçons des guerres précédentes au Liban, en Cisjordanie et à Gaza, tout comme des expériences des États-Unis en Afghanistan et en Irak : l'armée à compris qu'un campagne militaire classique serait inefficace » . Néanmoins, cela faisait dix ans qu'Israël projetait d'attaquer à nouveau le Liban, quelle que soit la stratégie employée [7].

Clean Break : Déclaration de guerre à l'Orient arabe

Wayne Madsen, un ancien agent de la NSA, une des agences de renseignement états-unienne, écrivait le 22 juillet 2006 : « Les 17 et 18 juin 2006, au cours d'une conférence de l'American Enterprise Institute (néo-conservateur), à Beaver Creek. (Colorado), l'ancien Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahu, Nathan Sharansky [8], un membre de la Knesset et le vice-président des États-Unis Dick Cheney sont tombés d'accord pour envahir le Liban » . Cheney « a donné son feu vert » poursuit Wayne Madsen. Netanyahu est retourné en Israël où il a fait part, « au cours d'une rencontre entre anciens Premiers ministres, du soutien de l'administration Bush » [9]. La rencontre entre Cheney et Netanyahu, rapportée par Madsen présente un caractère quelque peu explosif. En 1996, le Study Group on a New Israeli Strategy Toward 2000, un groupe de néo-conservateurs américains du think tank privé The Institute for Advanced Strategy and Political Studies, avait élaboré pour Netanyahu, alors Premier ministre israélien, le projet tristement célèbre A Clean Break : A New Strategy for Securing the Realm [10].

Dans ce pamphlet militariste, les stratèges néo-conservateurs exhortaient Israël à dénoncer l'intégralité des accords de paix d'Oslo avec les Palestiniens, à envahir les territoires autonomes et à « attaquer le Hezbollah, la Syrie et l'Iran, les trois principaux agresseurs du Liban » . Le groupe qui avait rédigé le pamphlet était supervisé par Cheney et dirigé par Richard Perle, surnommé le « prince des ténèbres » , membre du premier gouvernement de Bush Jr et l'un des pires fauteurs de guerre lors de la préparation de l'invasion de l'Irak. Parmi les rédacteurs figuraient d'autres membres du cabinet Cheney, tels que Douglas Feith et David Wurmser ; toutes ces personnes sont également membres du fameux « Golden Circle » , qui regroupe les dirigeants de l'United States Committee for a Free Lebanon (SCFL), une officine dont nous aurons l'occasion de reparler.

Le Clean Break affirme : « La Syrie menace Israël depuis le territoire libanais. Israël devrait attaquer le Hezbollah, la Syrie ainsi que l'Iran, qui sont les principaux agresseurs du Liban : mener des attaques contre les installations militaires syriennes au Liban et, si cela devait s'avérer inefficace, attaquer des objectifs ciblés en Syrie même » [11]. Israël doit en outre « utiliser les groupes d'opposition libanais pour affaiblir le pouvoir syrien au Liban » . Les groupes libanais, associés à Israël, pourraient « attaquer les objectifs militaires syriens présents sur leur territoire » ou « si cela devait s'avérer insuffisant » , Israël pourrait même « attaquer des objectifs ciblés en Syrie » et montrer ainsi que « le territoire syrien n'est plus considéré comme un sanctuaire » . Bien sûr il faut également renverser le régime de Saddam Hussein en Irak. Finalement un « nouveau Proche-Orient » devrait voir le jour, composé d'États affaiblis et morcelés, sans unité interne et dirigés par des marionnettes, tandis qu'Israël jouirait d'une hégémonie incontestée sur la région. Autrement dit, un projet qui ressemble énormément au « nouveau Proche-Orient » dont Condoleezza Rice, la secrétaire d'État des États-Unis, rêvait publiquement en juillet dernier, au début du conflit.

Ce genre de projets est tout à fait du goût de Daniel Pipes [12] directeur de la « revue de géopolitique renommée » Middle East Forum et thuriféraire anti-arabe patenté. Pipes s'évertue depuis des années à prêcher une politique états-unienne au Moyen-Orient orientée vers une solide alliance avec Israël, la Turquie et d' « autres démocraties, si elles adviennent » , car pour lui, le Moyen-Orient est « une source majeure de problèmes pour les États-Unis à cause de la quantité prodigieuse de dictatures, d'idéologies radicales, de conflits existentiels et de frontières, de violence politique et d'armes de destruction massive qui s'y trouvent » . [13]...
 
[1] « Clashes raise familiar questions » , par Philip Abi Akl, 13 juillet 2006.
[2] « Libanon, Israel, Palästina : Interview mit Mazin Qumsiyeh, Fragen von Anis » , 24 juillet 2006.
[3] « Les agences de presse occidentales victimes consentantes de la censure militaire israélienne » , 18 juillet 2006.
[4] Id.
[5] « Krieg gegen Libanon ? » , par Cain Külbel, Jürgen : Provozierter, Neues Deutschland, 26 juillet 2006.
[6] « Jürgen : Power-Point-Inszenierung » par Cain Külbel, Junge Welt, 27 juillet 2006.
[7] « Israel set war plan more than a year ago » par Matthew Kalman, : San Francisco Chronicle, 21.juillet 2006.
[8] « Natan Sharansky, idéologue de la démocratisation forcée » , Réseau Voltaire, 24 février 2005.
[9] « Israel and US planned Lebanon invasion in June » , Wayne Madsen Report, 22 et 23 juillet 2006.
[10] « A Clean Break : A New Strategy for Securing the Realm ».
[11] « Der Ölpreis und Libanon » , Zeit-Fragen, 21 mars 2005.
[12] « Daniel Pipes, expert de la haine » , Réseau Voltaire, 5 mai 2004.
[13] « About the Middle East Forum », Middle East Forum.
 

 
Un Etat palestinien ne renforcera pas la stabilité de la région, estime le général israélien Yalon
 
paru dans l'Orient-le Jour le 23 janvier 2007
 
La solution de deux Etats fondée sur des concessions territoriales d’Israël aux Palestiniens ne renforcerait pas la stabilité du Proche-Orient, a averti hier l’ancien chef d’état-major israélien Moshe Yaalon. "Le règlement du conflit israélo-palestinien, que nous pourrons résoudre je l’espère, mais je ne pense pas dans un futur proche, ne conduira pas à la stabilité du Proche-Orient", a déclaré le général de réserve Yaalon, lors de la conférence annuelle de Herzliya (nord de Tel-Aviv) sur les questions stratégiques d’Israël. "Des pressions internationales sur Israël pour obtenir des concessions territoriales ne feront que renforcer la menace du jihad (mondial) conduit aujourd’hui par l’Iran et encourager (les jihadistes) à poursuivre les attaques contre Israël et l’Occident", a-t-il ajouté. "La formule de deux Etats comme solution du conflit est inopérante à ce stade. Une solution du conflit ne résoudra pas les attaques islamistes de l’islam contre l’Occident", a-t-il souligné. La cause de l’instabilité au Proche-Orient est selon lui le régime islamique iranien qui prêche "une confrontation entre l’Occident et l’islam radical".
 

 
Paralysies libanaises
 
par FRANCK JOHANNES, publié dans le Monde du 25 janvier 2007
 
On grimpe dans l'immeuble en retenant son souffle, les gravats qui crissent sous les pas ne rendent le silence que plus pesant. Les appartements éventrés sont déserts. Quelques-uns ont eu le temps de partir avec leurs meubles, la plupart ont presque tout laissé, des chaussures en vrac, les cassettes de prières, les devoirs des petits qui reposent sous une fine couche de poussière. En face, un tapis baille sur une façade soufflée par les bombes, un meuble de cuisine, au-dessus du vide, essaie désespérément de rester à l'intérieur. Une dizaine d'étages plus bas, un immense terrain vague sert de parking, une tranchée bien nette entre les immeubles serrés du quartier d'Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth. En juillet 2006, après la capture de deux de ses soldats, l'armée israélienne a minutieusement pilonné le quartier général du Hezbollah. Il n'en reste que quelques grilles tordues, un bout de mirador et un garde qui fait les cent pas pour décourager les pillards. L'essentiel des gravats a été évacué, la reconstruction commence à peine. Les Israéliens ont suivi en ville le parcours clandestin d'Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, et rasé ici trois immeubles, là un pâté de maison.

Beyrouth, à l'inverse de sa banlieue et du sud du pays, n'a pas été touchée, en dehors d'un missile égaré sur le quartier chrétien d'Achrafieh. La vie a repris après la parenthèse de l'été, les joggeurs trottinent sur le bord de mer en promenant leur chien entre les pêcheurs à la ligne, les plages ont été à peu près nettoyées de la marée noire après le bombardement d'une centrale électrique, les fonctionnaires sont payés, pas un papier ne traîne en centre-ville. Le gouvernement a estimé les dégâts à plus de 2,5 milliards de dollars, que le pays est bien en peine de trouver : la dette extérieure du Liban tourne autour de 41 milliards de dollars, soit 180 % du produit national brut, et le gouvernement espère un sérieux coup de main de la communauté internationale lors de la conférence de Paris-3, qui s'ouvre en France jeudi 25 janvier. "A la veille de la guerre, le 12 juillet, on tablait sur une croissance de 5 % à 6 %, explique Ahmad Fatfat, un ministre sunnite proche du premier ministre Fouad Siniora. Après la guerre, le 14 août, on était entre 0 % et - 3 %. On en est à - 6 %. La guerre et le Hezbollah nous ont coûté 12 points de croissance." Depuis juillet, les prix ont flambé de 13 % en moyenne, 8 % pour le pain, 10 % pour les produits laitiers, 25 % pour les légumes. Quatre-vingt-dix pour cent des biens sont importés, et le Liban ne produit quasiment rien, sinon des banques. 

Mais le problème est ailleurs. Ancien ministre de l'intérieur par intérim, Ahmad Fatfat est ministre de la jeunesse et des sports et à peu près prisonnier dans son bureau. Avec trois autres collègues qui ne peuvent pas non plus sortir, il campe au Grand Sérail, l'ancienne caserne où siège le premier ministre. Sous ses fenêtres, le Hezbollah et ses alliés, notamment les chrétiens du général Aoun, ont installé 700 tentes et bloquent tout le quartier depuis le 1er décembre, derrière un cordon d'automitrailleuses de l'armée libanaise. Le gouvernement est paralysé, le centre-ville asphyxié, l'impasse politique totale. "On travaille sous tension, mais on travaille, se rassure Ahmad Fatfat. On est même plus efficaces qu'avant. L'équipe est plus solidaire. Et puis on se voit tous les jours." Son cabinet fait la navette avec son ministère, dans le sud de la ville ; les fonctionnaires viennent au Grand Sérail pour les réunions. Il a décidé de s'installer là après l'assassinat du ministre de l'industrie, Pierre Gemayel, le 21 novembre 2006. "Nous avons reçu des menaces directes, explique le ministre, une personnalité, de retour de Damas, nous a dit, au premier ministre et à moi : "Vous êtes en tête de liste, les Syriens sont furieux, plus qu'avant le 14 février"." Le 14 février 2005, c'est la date de l'assassinat de Rafic Hariri, le premier ministre sunnite. Il en reste un énorme cratère en bord de mer, là où la bombe a pulvérisé sa voiture, et un pompeux chapiteau où repose sa dépouille mortelle, en permanence recouverte de fleurs blanches. 

Hariri, le riche entrepreneur qui a remodelé le centre-ville de Beyrouth - les Libanais assurent en ne riant qu'à moitié qu'il a détruit plus d'immeubles que la guerre civile de 1975 à 1990 -, est devenu un martyr. Des panneaux gigantesques égrènent les jours depuis sa mort, ses portraits sont partout, l'aéroport a été rebaptisé à son nom. Quatorze attentats ont suivi son assassinat, dont plusieurs mortels, généralement attribués aux Syriens. Un mois après sa mort est né le mouvement du 14-Mars : une foule gigantesque, près d'un million de Libanais sur les quatre que compte le pays, est descendue dans la rue pour exiger le départ des Syriens, débarqués au Liban en 1976. Ils ont effectivement plié bagage en avril, et un immense espoir s'est levé : construire enfin un Etat citoyen, sortir des guerres féodales et des invasions étrangères. En face du mouvement du 14-Mars, incarné par les musulmans sunnites, les Druzes et une partie des chrétiens, l'opposition affiche à peu près autant de bataillons avec les chiites du Hezbollah et du mouvement Amal, alliés pour la circonstance à l'influent général chrétien Michel Aoun. Le Hezbollah est puissant, s'appuie sur une milice disciplinée et armée par l'Iran, ménage la Syrie par où transitent ses armes, et est auréolé de ses deux victoires contre Israël, en 2000, quand Tsahal a évacué le sud du Liban, et cet été, lorsque les bombardements n'ont pas fait plier ses troupes. 

Anti-israéliens d'un côté, anti-syriens de l'autre, les trois grandes communautés du Liban - sunnites, chiites et chrétiens - s'équilibrent dans un avenir incertain. "Tout le monde brandit le drapeau libanais, explique Afif Osman, chercheur au Centre d'études stratégiques, de recherche et de documentation, mais pour fonder un pays, il faut un ennemi commun. C'est le point central de discorde." En attendant, on vit normalement, ou presque. L'armée est omniprésente, ça n'a jamais empêché les Beyrouthins de prendre les sens interdits à tombeau ouvert. "On vit normalement, mais dans une ambiance de conflit, raconte Afif Osman. Nous avons cette habitude de réagir raisonnablement aux événements. Quand, en juillet, les réfugiés du Sud ont fui à Beyrouth, on a rouvert les écoles pour les loger. Comme à chaque fois, les gens sont venus leur apporter à manger. Personne n'était surpris, on a l'habitude." 

La lassitude gagne, pourtant. "Nous étions un groupe de dix amis d'enfance, soupire Rana Khoury, 23 ans. Huit sont partis à l'étranger. Ici, on ne trouve pas de travail, et c'est très mal payé. Depuis la guerre de juillet, les gens sont encore plus dégoûtés. Moi, je reste. Rester, c'est un acte militant." Les étudiants qui en ont les moyens s'en vont en files serrées. Mahmoud Harb, 23 ans, de passage à Beyrouth, a rejoint l'étudiante au café De Prague, le bar du moment à Hamra, le quartier le plus vivant de la capitale. Il est parti en 2002 à Paris boucler un DEA de finances. "Les germes du changement sont là, il faut les faire fructifier, assure le jeune homme. Il faut une école publique, gratuite et obligatoire ; il n'existe même pas un livre d'histoire unique, chaque confession a sa version." Ahmed, 27 ans, est ingénieur en mécanique ; il a travaillé au Gabon, en Azerbaïdjan, aux Emirats, et rentrerait bien au Liban, même pour 60 % de son salaire. 

Tous sont vigoureusement laïques et parfois en délicatesse avec leur famille. Ils militent pour le statut de la femme, exigent le droit de vote à 18 ans et non plus à 21, rêvent de la réconciliation du 14-Mars, pour lequel la priorité est de construire un Etat, laïque. "On essaie de concilier croyance et laïcité, monde arabe et modernité, Etat et socialisme, assure Rana. On ne rêve pas, c'est la première marche d'un escalier très long." C'est que l'Etat libanais n'existe pas, ou si peu. Il est passé directement des quinze ans de somnolence de la guerre civile à la tutelle syrienne. La classe politique se transmet les postes de père en fils, la présidence de la République et la tête de l'armée pour les chrétiens, la direction du gouvernement pour les sunnites, la présidence du Parlement pour les chiites. Beyrouth est gérée comme une entreprise, la corruption est générale et l'argent s'évapore rapidement sous le soleil libanais. "La corruption fait partie de la politique libanaise, sourit l'intellectuel et journaliste Abbas Beydoun, c'est un héritage français, même si la France, avec le temps, a su le gérer chez elle. Avec Hariri transformé en martyr, la corruption est généralisée." 

La blague, qui a déjà beaucoup servi en Afrique, circule dans tout Beyrouth. Le ministre des travaux publics libanais est invité dans la somptueuse maison de son homologue français et lui demande comment il a pu faire construire pareille merveille. Le Français l'emmène lui dit : "Vous voyez le pont, là-bas ? Il coûtait 18 millions, j'en ai facturé 20." Quelque temps plus tard, le ministre français visite bouche bée la demeure du Libanais : à côté de sa maison, les palais ottomans sont des WC à la turque. "Comment avez-vous fait ?", souffle-t-il. "Vous voyez le pont, là-bas ?", demande le ministre libanais. "Euh, non", dit le Français. "Eh bien, justement", se félicite le ministre. 

Le Hezbollah, évidemment, ne se prive pas de dénoncer l'affairisme. "Un parlementaire gagne 300.000 dollars sur quatre ans, explique Hussein Hajj Hassan, député du parti religieux. Comment font-ils pour s'offrir des appartements à 7 ou 10 millions de dollars ?" Le Hezbollah, lui, a le sens de l'Etat, et forme d'ailleurs un Etat dans l'Etat. Ses gardes, en uniforme bleu, font la circulation en banlieue sud, ses écoles, ses hôpitaux, modernes et bien équipés, sont gratuits, quand les hôpitaux publics sont payants - et on paye d'avance. "Les gens sympathisent avec les partis qui défendent leurs intérêts, convient simplement Hajj Hassan. Nous sommes peut-être un peu mieux organisés que les autres." Au lendemain de la guerre, le Hezbollah a distribué des valises de dollars aux réfugiés : une famille qui a tout perdu dans les bombardements a aussitôt touché 10.000 à 12.000 dollars pour se reloger. De l'argent iranien, bien sûr. "Ce n'est pas un secret, indique le député du Hezbollah. Les autres partis touchent de l'argent arabe, ou d'ailleurs. Tous les partis ont créé leur télévision. Qui paye ?" 

Avec ceux du 14-Mars, le fossé s'élargit. "Avec la mort d'Hariri, les musulmans sunnites ont accepté pour la première fois le modèle d'un Etat démocratique et civil, dont ils avaient toujours refusé le concept, explique Youssef Bazzi, journaliste dans un quotidien proche du gouvernement. Le 14-Mars est un point de refondation. Et je suis prêt à accepter une petite marge de corruption, intrinsèque à la démocratie, mais je me refuse, sous la bannière de la lutte contre la corruption, à aligner le Liban sur le Hezbollah, qui nous entraîne dans une guerre intenable avec Israël." D'autant que le soutien du Hezbollah aux déshérités a un coût. Rana, l'étudiante, a été l'une des premières à s'occuper des réfugiés, en juillet. "Il y avait un gamin de 5 ans puni parce qu'il avait chanté, un ado de 12 ans qui ne me saluait pas parce que j'étais une fille. C'est une culture de la mort. Des filles de mon âge rêvent que leur fils meure un jour en martyr. Le Hezbollah leur a donné un peu de dignité, mais on voit à quel prix." 

Si le parti pèse lourd chez les chiites, c'est surtout parce qu'il incarne "la résistance" à Israël. Pour le reste, on croise dans la rue chiite toutes les variantes de voiles, du tchador iranien au foulard de couleur porté avec un jean moulant. Les chiites eux-mêmes ne sont pas les derniers à boire un coup et comptent un nombre remarquable d'intellectuels et une forte proportion d'incroyants. "Et pourtant, le fait d'être né dans une famille a une influence sur le comportement, analyse Franck Mermier, le directeur de l'Institut français du Proche-Orient. Même si on refuse l'appartenance confessionnelle, elle reste un marqueur, ne serait-ce que dans le regard des autres." L'opposition, autour du Hezbollah et des chrétiens du général Aoun, compte en tout cas autant de carpes que de lapins : un parti pro-syrien (le Parti social nationaliste syrien), aux curieuses couleurs proches du drapeau nazi, des ultragauchistes, comme Jihad Daoud, 29 ans, remarquablement élégant dans son manteau noir et ses lunettes fumées, la barbe soigneusement taillée à la Trotski - sans doute par erreur. Il est ouvrier boulanger, se définit comme "prolétaire" et dort depuis le 1er décembre sous une des tentes qui bloquent le centre-ville en essayant de garder le pli de son pantalon. Ses modèles restent la Bolivie de Morales, le Venezuela de Chavez, Cuba, bien sûr, et l'austère Corée du Nord. 

Ils sont 12.000 le week-end, assure un organisateur proche du général Aoun, et 6.000 à dormir là tous les soirs. Il faut probablement diviser le chiffre par dix, mais il y a du monde. Des marchands ambulants, des loueurs de narguilés, des marchands de ballons (chaque parti a sa couleur). On trouve pour une bouchée de pain un briquet qui projette le visage sévère d'Hassan Nasrallah, ou un échantillon de "parfum de la résistance" - qu'aurait, dit-on, porté l'imam Khomeiny - probablement pour écarter les mouches tant son odeur est puissante. L'ambiance est bon enfant, en dehors des prêches incendiaires de la tombée de la nuit. Le Hezbollah a depuis longtemps renoncé à vouloir imposer un Etat islamique. "Notre conviction idéologique, c'est qu'il faut fonder une République islamique, même en France, explique Hussein Hajj Hassan. Mais est-ce que ce serait possible en France ? Evidemment non, au Liban non plus, alors ce n'est pas la peine de se taper la tête contre les murs." 

La majorité et l'opposition se regardent depuis deux mois en chiens de faïence. L'opposition multiplie les manifestations pour pousser à la démission le gouvernement, qui fait la sourde oreille en espérant que le Hezbollah se gardera d'aller trop loin : il suffirait de bloquer le port ou l'aéroport pour que le pays s'écroule. Chacun sait que l'impasse peut se résoudre dans un compromis, sauf si une étincelle met le feu aux poudres. Cela a bien failli être le cas lors de la journée de grève générale, mardi 23 janvier, lorsque des émeutes ont fait 3 morts et près de 130 blessés, parfois par balles, dans tout le pays. Depuis, les pauvres serrent à nouveau les dents, les taxis évitent tant bien que mal dans la rue les Lamborghini, les cafés se remplissent, et le frère d'Oussama Ben Laden, est toujours propriétaire du Hard Rock Café. 
 

Le premier ministre libanais, Fouad Siniora, a rencontré le président français, Jacques Chirac, à l'Elysée, 

mercredi 24 janvier, à la veille de l'ouverture de la conférence internationale sur le Liban à Paris

 


 
La conferencia de donantes consigue 5.800 millones para Líbano
España aportará 41 millones de euros de donación directa
 
El País, el 25 de enero de 2007
 
El presidente de Francia, Jacques Chirac, ha anunciado hoy que la Conferencia internacional de Donantes para Líbano ha conseguido ya contribuciones por un montante superior a 7.600 millones de dólares (5.800 millones de euros). Medio centenar de países y organismos internacionales están presentes en esta conferencia, en la que Francia es anfitriona y que también cuenta con la participación del primer ministro libanés, Fuad Siniora. Durante la sesión matinal, que se ha prolongado durante más de cuatro horas, una más de lo previsto, han intervenido la mayor parte de los jefes de delegación, quienes han ido anunciando las aportaciones financieras respectivas. El resultado final de la conferencia será anunciado por el propio Chirac en rueda de prensa a última hora de la tarde. 

Los oradores han dado un mensaje colectivo a los libaneses que consiste en que este apoyo financiero servirá para la reconstrucción y desarrollo del Líbano, tras el conflicto del verano pasado entre Israel y la milicia chíi de Hezbolá, y es una apuesta también por la estabilidad del país, que vive una grave crisis política. España donará a Líbano 41 millones de euros para ayudar a la reconstrucción del país hasta 2008, según ha anunciado hoy el ministro de Asuntos Exteriores y Cooperación, Miguel Ángel Moratinos, en el marco de la conferencia de donantes, según han informado fuentes de la Dirección General de Comunicación Exterior.

Dos muertos en Beirut en enfrentamientos entre estudiantes pro gubernamentales y opositores

La violencia se ha extendido a varios barrios de la capital y el Ejército ha establecido un toque de queda hasta mañana por la mañana. Los enfrentamientos entre estudiantes pro gubernamentales y de la oposición que han estallado hoy en la Universidad Árabe de Beirut, en el sur de la ciudad, se han saldado con al menos dos muertos y 35 heridos, según fuentes de seguridad libanesas. La violencia se ha extendido a varios barrios de la capital. Varios coches y autobuses han sido quemados y columnas de humo se levantan desde los lugares de los enfrentamientos. A última hora de la tarde, el Ejército ha establecido un toque de queda hasta mañana por la mañana. Carros de combate del ejército han salido a las calles para intentar atajar los disturbios. El Ejército ya había intervenido antes en la mañana para separar a los estudiantes enzarzados en la trifulca, que según la televisión NBN, del grupo chií Amal, fue comenzada por "milicias del gobierno". 

Según varios medios locales, los altercados, protagonizados por simpatizantes de los grupos chiíes Amal y Hizbulá y por la agrupación suní Futuro, se han reproducido en los barrios de Tarik Ydeide, Cola, Ciudad Deportiva, Salim Slem, en el sur y centro de Beirut, donde están quemando neumáticos. Ambos grupos han llamado esta tarde a sus seguidores a la calma y a volver a sus casas. Las televisiones han mostrado imágenes de estudiantes lanzándose piedras junto a la Universidad Árabe ante la mirada de numerosos soldados que intentan sin demasiada convicción interponerse entre ambas facciones. El presidente del Parlamento libanés, Nabih Berri, y dirigente del grupo chií opositor Amal, ha advertido de que si la situación continúa así en el Líbano podrían "perder el país". En un llamamiento retransmitido por el canal de televisión NBN, Berri ha pedido a todos que "regresen a sus trabajos" y ha subrayado que "es necesario el diálogo y que estemos tomados de la mano".

 


 

Donors in aid boost for Lebanon
 
BBC, 25 January 2007
 
Foreign donors have pledged $7.6bn (£3.5bn) in aid and loans for Lebanon at a conference in Paris, French President Jacques Chirac has said. The biggest pledges came from Saudi Arabia, the US, France and the EU. Lebanon has been struggling to recover following last summer's conflict between Hezbollah militants and Israel. As the donors met, clashes erupted between students from rival political factions at a Beirut University, leaving at least two dead, reports say. Lebanon has been rocked by violence and protests since late last year amid moves by Hezbollah and its Christian allies to bring down Prime Minister Fouad Siniora's government. The BBC's Laura Trevelyan in Paris says Lebanon's political instability has not deterred the international community from pledging money to rebuild the damaged country. She says Lebanon is currently $41bn in debt and Mr Siniora's fragile government has had to promise financial reforms which are unpopular at home to get some of this money. But the Paris pledges will help repair some of the damage done by last summer's conflict, our correspondent adds. 

The Paris forum came against a backdrop of violence in Lebanon:

  • Clashes erupted as troops tried to break up fighting between students for and against the government at Beirut Arab University. One student was shot dead and several were injured.
  • Lebanese soldiers and Islamist gunmen exchanged fire near Ain el-Helweh Palestinian refugee camp in southern Lebanon. At least one soldier and two civilians were hurt.
  • In Tripoli, northern Lebanon, government loyalists and opposition followers exchanged fire after the funeral of a man killed in protests in the city a day earlier, wounding at least one person.
'Brink of recession' 

In Paris, Mr Chirac told delegates he was "overjoyed" at the amount pledged, eliciting loud applause. Mr Siniora said he was "really pleased" with the level of financial support. Earlier, the prime minister thanked the participants from some 40 countries. "Your support to our medium-term programme in the form of contributions and loans at concessionary rates with considerable front-loading that extends over the programme's duration is what is needed," he said. "Failure to achieve the programme's objectives could well jeopardise the broader goals of political and social stability and a strong democratic system." He said Lebanon, which had been on the path to economic recovery before the Israel-Hezbollah conflict, was "now on the verge of a deep recession". President Chirac said Lebanon was being reborn from the ashes and needed the international community's support. "We know that financial stability is essential for political stability in Lebanon and so controlling the debt levels which after the hostilities of last year amounted to 180% of the entire national wealth is the first and most urgent task to be tackled," he said. 

France has offered to lend Lebanon $650m at a concessionary rate, while the European Union is promising another $520m in new aid and loans. US Secretary of State Condoleezza Rice confirmed the promise of a new $770m aid package (to be approved by the US Congress), saying the pledge would bring the level of US aid to Lebanon since last summer to more than $1bn. Saudi Arabia pledged an additional $1.1bn in aid ($1bn in development funding and an extra $100m gift to the government), while the World Bank and the European Investment Bank announced more than $2bn in aid. The amount pledged on Thursday eclipses the $4.2bn offered at a previous donors' conference for Lebanon in Paris in 2002. Large parts of Lebanon's infrastructure were destroyed during Israel's attempt to wipe out Hezbollah last year, after Hezbollah militants killed a number of Israeli troops and kidnapped two others. The country is also heavily indebted from the effects of 15 years of civil war in the 1970s and 80s.

Beirut under curfew after clashes
 
The Lebanese army has imposed a dusk-to-dawn curfew in the capital, Beirut, after clashes between students from rival political factions. Two people were reported to have been killed and at least 20 others injured. It comes two days after three people died in clashes amid a general strike called by the militant Hezbollah group. In Paris, foreign donors pledged $7.6bn (£3.5bn) to help Lebanon recover from last year's conflict between Hezbollah and Israel and a huge public debt. The biggest pledges came from Saudi Arabia, the US, France and the EU. Lebanese Prime Minister Fouad Siniora, who attended the conference, said he was "really pleased with the level of financial support". However, the BBC's Caroline Wyatt in Paris says the Lebanese government had to promise to implement potentially unpopular economic reforms, which could create further difficulties with the Hezbollah-led opposition. 

Campus brawl 

The latest violence started as a row between Sunni supporters of the government and Shia opponents at Beirut's Arab University but it flared rapidly from a student fist fight to violent clashes between local supporters of the two sides. Club-wielding students hurled rocks and other missiles at each other as fighting spread across the capital. Television pictures showed youths moving through the streets, brandishing makeshift weapons and vandalising cars. As the row escalated supporters of the Shia Hezbollah movement called in help, and residents from the local Sunni neighbourhood also joined in. Armoured vehicles full of soldiers moved in, firing shots in to the air, trying to keep the two groups apart. The clashes erupted in a volatile area where the mainly Sunni population overlaps with Shia neighbourhoods. 

Gunfire continued to echo in the area after nightfall but police later said order had been restored. The clashes reinforced fears raised by the general strike on Tuesday that a major flare-up of civil strife could break out if urgent action is not taken to defuse the explosive political situation, reports the BBC's Jim Muir in Beirut. Hezbollah, which is backed by Syria and Iran, has led mass demonstrations and strike action since the beginning of December to try to force Mr Siniora's pro-Western government to resign.


 
Les promesses d'aide au Liban atteignent 7,6 milliards de dollars
Les dons et les prêts, notamment de la Banque mondiale, des Etats-Unis ou de l'Arabie Saoudite, dépassent les espérances de Beyrouth
 
paru dans le Nouvel Observateur le 25 janvier 2007
 
L'aide totale récoltée pour la reconstruction du Liban à la conférence de Paris est supérieure à 7,6 milliards de dollars, a annoncé jeudi 25 janvier Jacques Chirac. "Le montant de la collecte faite au profit du Liban s'élève à un peu plus de sept milliards 600 millions de dollars américains", a déclaré le président français. La Banque mondiale et la Banque européenne d'investissement (BEI) vont octroyer respectivement 1 milliard de dollars (769 millions d'euros) et 1,25 milliard de dollars (960 millions d'euros) d'aide au Liban, ont-elles annoncé lors de la conférence internationale de Paris jeudi. 

Le gouvernement de Siniora complimenté

Lors d'une intervention au début de la conférence, le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, a annoncé une aide d'environ 1 milliard de dollars au Liban, dont 400 millions (307 millions d'euros) pour soutenir la mise en oeuvre de programmes gouvernementaux. Ces fonds seront disponibles dès cette année. Paul Wolfowitz a complimenté le programme du gouvernement Siniora, qui a déjà reçu le soutien du Fonds monétaire international (FMI). "Il s'agit d'un effort extraordinaire de la part de la Banque mondiale", a-t-il salué. Par ailleurs, la BEI a annoncé une aide de 960 millions d'euros (1,25 md de dollars) au Liban. Le Fonds islamique de développement (FID) accorde pour sa part une aide de 250 millions de dollars (192 millions d'euros). A la mi-journée, le Liban avait engrangé plus de 5 milliards de dollars de promesses d'aide, soit plus que ce qu'il escomptait.
 

Pays ruiné par la guerre 

Cette conférence internationale, destinée à mobiliser une importante aide financière pour le Liban et à conforter le gouvernement pro-occidental de Fouad Siniora, a débuté jeudi matin. Les représentants d'une quarantaine de pays et d'institutions internationales se retrouvent pour une conférence d'aide à un Liban ruiné par la guerre de cet été entre Israël et le Hezbollah. Le Premier ministre libanais, Fouad Siniora, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, et le nouveau secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, assistent à cette réunion, dite "Paris III", au chevet du pays de 4,5 millions d'habitants étranglé par une dette de 41 milliards de dollars. De hauts représentants de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, participent également aux discussions.

La France apporte 500 millions d'euros 

La France a mis sur la table 500 millions d'euros sous forme de prêts "à des conditions très avantageuses". L'Union européenne a annoncé une aide supplémentaire de 400 millions d'euros. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Fayçal ben Abdulaziz al-Saoud, a battu tous les records en annonçant le versement d'1 milliard de dollars. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a de son côté fait état d'un versement de 500 millions d'euros sous forme de subventions et de prêts dans le cadre de la conférence internationale de soutien au Liban au centre international de conférences à Paris.


Réduire la dette

Au total, le Liban espérait obtenir 7,6 milliards de dollars, soit une enveloppe supérieure à celle obtenue lors de la conférence Paris II, fin 2002, où 4,2 milliards avaient été promis. Avec cet argent, Fouad Siniora compte réduire la dette - en la faisant passer de 180% à 144% du PIB en 2011 - et mener à bien des réformes parmi lesquelles figurent le relèvement de la TVA et la privatisation du secteur de la téléphonie mobile. Le programme économique adopté par le cabinet libanais début janvier prévoit aussi l'élimination du déficit budgétaire en cinq ans, des initiatives pour attirer les investisseurs étrangers et des mesures pour renforcer le système de sécurité sociale et réformer l'administration. De leur côté, les Etats-Unis se sont engagés à accorder au Liban une aide de 770 millions de dollars (594 millions d'euros), pour reconstruire le pays et renforcer le Premier ministre Fouad Siniora, a annoncé mercredi à Paris la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice.

"Descendre dans la rue ne peut qu'aggraver la situation"

La conférence survient à un moment critique pour le gouvernement libanais, confronté à une fronde de l'opposition. Le Hezbollah, son allié chiite Amal et le courant chrétien de l'ancien Premier ministre Michel Aoun ont lancé une grève générale, qui a paralysé le pays mardi, pour obtenir le départ de Fouad Siniora et des élections anticipées. Des affrontements ont fait trois morts et plus de 130 blessés. Le Premier ministre libanais a répété à Paris que son gouvernement "légitime" était soutenu par "une majorité de Libanais". "Nous savons que le dialogue est le seul moyen et la clé pour parvenir à des résultats", a-t-il dit, mercredi, après un déjeuner avec Jacques Chirac à l'Elysée. "Descendre dans la rue ne peut qu'aggraver la situation, accroître les tensions", a-t-il estimé, émettant le souhait déjà exprimé par son hôte français que les troubles au pays du Cèdre ne freinent pas l'élan de générosité des pays donateurs.

"Le coût de l'inaction"

"Sans aucun doute, la communauté internationale et tous ceux qui aiment le Liban et qui souhaitent le bien au Liban souffrent de ce qui s'est passé hier", a-t-il dit, ajoutant, à l'instar de Jacques Chirac, que "le coût de l'inaction serait bien supérieur à l'engagement" aux côtés du Liban. La réunion de Paris vise à prolonger les efforts consentis lors de la conférence du 31 août 2006 à Stockholm, où 980 millions de dollars avaient été promis au Liban pour se reconstruire dans l'urgence après la guerre de cet été. Dans la délégation française, on émet le souhait que Paris III crée une dynamique à même de favoriser une stabilisation dans la région. "Un Liban en bonne santé économique profite non seulement aux Libanais mais aussi à la Syrie et à tout le Proche-Orient", fait remarquer un diplomate français. En marge de la conférence, Jacques Chirac doit s'entretenir jeudi à 18h00 avec Condoleezza Rice, et avec Ban Ki-Moon vendredi matin à l'Elysée. 

Nouvelles violences à Beyrouth
 
La spirale de la violence se poursuit au Liban. Deux jours après la grève générale organisée par l'opposition contre le gouvernement, des heurts ont éclaté dans plusieurs quartiers de Beyrouth, jeudi 25 janvier, entre partisans des deux camps. Deux personnes ont été tuées et une vingtaine d'autres blessées, selon des sources hospitalières. Les bagarres ont débuté en début d'après-midi entre plusieurs dizaines d'étudiants pro et anti-gouvernementaux, dans le quartier de l'Université arabe de Beyrouth. A coups de pierres et de bâtons, les partisans du Courant du futur, un parti membre de la majorité parlementaire anti-syrienne, ont affronté des étudiants chiites du Hezbollah et du mouvement Amal. Les affrontements se sont ensuite étendus du campus à la rue. Des pneus et des voitures ont été enflammés pour bloquer la circulation. Pour séparer les partisans des deux camps, l'armée a tiré en l'air et bouclé le quartier. Un couvre-feu, le premier du genre depuis mai 1973, a été instauré par l'armée libanaise dans le département de Beyrouth, entrant en vigueur le jeudi à 20h30, jusqu'au vendredi à 6h (locales).

Trois morts mardi à Beyrouth

Mardi, des bagarres similaires avaient eu lieu dans ce même quartier de Beyrouth, où cohabitent sunnites et chiites, lors de la journée de grève générale organisée par l'opposition libanaise, qui réclame la démission du Premier ministre Fouad Siniora. Ces incidents avaient éclaté lorsque des partisans du gouvernement avaient tenté de dégager la chaussée, bloquée par des incendies allumés par les partisans de l'opposition. Ces heurts ont fait trois morts et plus de 170 blessés mardi, mais le mot d'ordre de grève a été suspendu dans la soirée.

Blessés à Tripoli

D'autres affrontements ont eu lieu mercredi à Tripoli, dans le nord du pays. Les heurts ont éclaté lors des funérailles d'un des deux hommes tués la veille, selon des témoins. Alors qu'environ 2.000 partisans du gouvernement se dirigeaient vers le cimetière du quartier sunnite Tabbaneh, certains ont tiré en l'air avec des fusils automatiques, signe de deuil traditionnel. Des hommes armés qui se trouvaient sur une colline dans le quartier rival de Jabal Mohsen, fief du mouvement alaouite, ont ouvert le feu sur la foule, provoquant la panique. Une fusillade a suivi, selon des témoins et des responsables de la sécurité. Deux personnes ont été blessées aux jambes, selon la police. Les commerces ont rapidement baissé leurs rideaux et les habitants se sont mis à l'abri. Les tirs se sont calmés une demi-heure plus tard.
 
 

La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, aux côtés du premier ministre 

libanais, Fouad Siniora, jeudi matin à Paris