Il
faut réprimer la violence avant qu’il ne soit
trop tard pour
la France
!!
Editorial
Faire
respecter la loi coûte que coûte et agrandir les
prisons. Ne pas avoir peur des bavures et éviter
les discours laxistes et culpabilisants. Secourir la
population en danger et établir un couvre-feu généralisé
à l’ensemble du territoire français. Faire
descendre l’armée dans les villes et former
des milices civiles pour renforcer les effectifs de la
police. Consacrer des émissions permanentes
de télévision aux incidents et montrer en direct les
opérations de nettoyage dans toutes les régions.
Telles sont les mesures prioritaires à entreprendre
par le gouvernement français pour éviter
l’escalade de
la violence en France
et donner l’exemple aux autres pays d’Europe.
L’expérience
libanaise et proche-orientale est à prendre en
compte. Nous pouvons comparer les casseurs qui détruisent
les banlieues françaises aux Palestiniens armés des
camps de réfugiés du Liban et de Jordanie, à la
différence près que ces casseurs, peu armés
jusqu'à présent, sont formés de voyous, criminels
et terroristes, et jouissent de tous les droits
au même titre que les autres citoyens français.
N’ayant pas su en profiter, il est grand temps de
les en priver en les empêchant de nuire hors des
prisons.
Scénario
à la jordanienne
En
septembre 1970, les Palestiniens armés menacent la sécurité
dans le royaume jordanien, tirant sur des civils.
L’armée jordanienne bombarde sans distinction les
immeubles d’où part le feu, faisant 3.500 morts
dont de nombreux innocents, mais le résultat est
là : l’ordre public est rétabli durablement et les
Palestiniens armés sont chassés du pays, vers le
Liban. Ce scénario ne peut être adopté par le
gouvernement français pour des raisons évidentes.
Scénario
à la libanaise
En
avril 1975, les Palestiniens armés se déploient dans
la banlieue de Beyrouth, établissent des barrages,
enlèvent des Libanais et torturent des Libanaises
dans les camps de Sabra et Chatila. L’armée
libanaise est paralysée pour des raisons
confessionnelles, des milices d’autodéfense se
forment et s’affrontent de part et d’autre.
C’est le départ d’une guerre de 15 ans. Bilan :
200.000 morts, un pays ruiné. Voilà ce à quoi
la France
s’expose : la non intervention rapide de
l’armée française dans les banlieues aura pour
conséquence l’exacerbation des tensions sociales,
avec des attaques contre des édifices religieux et
des agressions contre la population, entraînant de
facto des affrontements entre groupes civils organisés.
Un scénario à éviter coûte que coûte.
Scénario
à l'israélienne
Là,
les Palestiniens sont dans leur droit car ils sont
chez eux et ont vu leurs villages détruits par
les colons qui poursuivent leur expansion. En décembre
1987, l'intifada est lancée, prenant des allures de véritable
guerre, entre kamikazes palestiniens qui se font
exploser en plein coeur des villes et
soldats israéliens qui pénètrent au moyen d'opérations
musclées dans des quartiers à haut risque et en prennent
le contrôle. Même si le contexte est différent
pour la France, tel est le scénario à retenir :
l'armée française rétablira ainsi l'autorité
de l'Etat dans les banlieues, et les familles des
casseurs arrêtés recevront des visites civiles de
blâme qui donneront lieu systématiquement
à des mesures d'expulsion si le cas s'y prête.
Communiqué de presse
par JACQUES MYARD,
publié le 7 novembre 2005 suite au discours
du Premier ministre Dominique de Villepin
L'auteur est député UMP, président
du Cercle Nation et République
Le gouvernement regarde
enfin la réalité en face et a justement décidé
de recourir aux pouvoirs que lui confère la loi du
3 avril 1955, en instituant un état d'urgence. Je
m'en félicite sans restriction puisque je l'avais
demandé avec force, afin d'établir un couvre-feu
et donner de réels pouvoirs à la police face aux
casseurs.
J'espère à ce titre
que le gouvernement décidera d'appliquer l'article
11-1 de la loi qui permet au préfet d'ordonner des
perquisitions à domicile de jour et de nuit pour
saisir les cocktails molotovs qui sont fabriqués
dans les caves des cités. Quant aux bobos
salonnards et gauchistes qui clament déjà leur
indignation, ils pourraient bénéficier d'une
mesure de faveur en étant assignés à résidence
dans quelques quartiers chauds pour avoir les idées
plus claires.
L’identité
et ses pièges
par ISSA GORAIEB,
publié dans l'Orient-le Jour le 9 novembre 2005
Qu’ils soient chrétiens
ou musulmans, jeunes ou vieux, de gauche ou de
droite, qu’ils aient ou non des sympathies françaises,
les Libanais ne peuvent évidemment rester indifférents
à la contestation violente dont l’Hexagone est
depuis une douzaine de jours le théâtre. Confusément,
de près ou de loin, ils se sentent même concernés
par cette tornade venue soudain secouer un pays qui
a joué - et continue de jouer - un rôle
aussi capital dans la formation, puis la pérennité
du Liban moderne. Le plus frappant cependant,
c’est cet irrésistible besoin de se livrer à des
rapprochements, d’établir des parallèles, qui
semble s’être emparé de bon nombre de nos
compatriotes.
La France n’est certes pas le Liban, pas plus que
le Liban n’est la France. Ici, en effet, un
conglomérat de communautés, un confessionnalisme
tantôt conflictuel et tantôt consensuel ; et là,
une doyenne de démocratie tirant légitime fierté
de sa laïcité républicaine. Voilà bien pourtant
deux sociétés foncièrement libérales qui, à des
degrés d’inconscience divers (et en écartant un
moment, il est vrai, d’autres paramètres non
moins importants), n’ont pas adéquatement traité
le brûlant problème de ces ceintures de misère
qui les entouraient : ces sociétés n’ont pas réalisé
qu’elles étaient assises sur un volcan assoupi.
Le Liban, refuge des minorités, et la France,
patrie des droits de l’homme, ont également en
commun d’avoir cultivé leur vocation de terre
d’asile. Entreprise généreuse certes, mais
n’excluant pas dans certains cas quelques
avantages, tel celui de disposer d’une main-d’œuvre
bon marché pour toutes les humbles tâches que dédaigne
le commun des citoyens.
Là s’arrête le parallèle cependant, si parallèle
il peut réellement y avoir. La France est
dramatiquement rattrapée aujourd’hui par un passé
colonial qu’elle n’a pas encore entièrement,
parfaitement assumé, et cela de l’aveu même de
ses propres dirigeants. L’ironie du sort veut même
que pour instituer l’état d’urgence et rétablir
ainsi l’ordre et le calme dans les banlieues en émeute,
il ait fallu exhumer une loi d’exception datant…
de la guerre d’Algérie : initiative qui dans un
paysage politique invariablement enclin à la
chicane et à la polémique est aussitôt devenue
matière à débat.
Toujours est-il que cette masse de travailleurs
immigrés, surtout maghrébins, la France l’a
accueillie pour des raisons en bonne partie économiques.
Elle en a fait des citoyens français ; elle s’est
engagée à les intégrer, mais ne l’a fait qu’à
moitié, et des décennies de laxisme face à
l’immigration clandestine n’ont guère arrangé
les choses. La prolifération des ghettos devenus de
véritables ilôts d’insécurité, la
discrimination en matière d’emploi ne sont pas hélas
phénomènes bien nouveaux. Et c’est pour éteindre
un incendie prévisible sinon annoncé que
l’Autorité se trouve maintenant acculée à
brandir d’une main le bâton et de l’autre une
carotte passablement passée de saison : c’est-à-dire
un train de mesures socio-économiques en faveur des
banlieues déshéritées.
La misère, c’est bien connu, est le terreau idéal
où croît et se développe la contestation :
laquelle, dans le choc furieux des racismes,
fanatismes et intégrismes, a vite fait de se muer
en affrontement des cultures, lui-même une aubaine
pour la manipulation et la subversion. Il n’est
pas vrai que la globalisation a fait de la planète
un vaste village : en ce début de 21e siècle,
jamais les particularismes nationaux, religieux ou
autres n’ont au contraire paru plus nombreux, plus
vivaces. C’est un singulier pari que se doit de
gagner en ce moment la France : celui d’amener
tous ces Français pas comme les autres à se
reconnaître pleinement enfin dans leur identité
d’adoption. Sans pour cela qu’elle y perde,
elle-même, son âme.
Menace sur les Champs-Elysées
paru dans le Figaro le 9 novembre 2005
La capitale est jusqu'alors relativement épargnée
par les violences urbaines, mais les forces de
l'ordre sont en alerte. Depuis 48 heures, une enquête
est ainsi menée par la Direction centrale de la
police judiciaire (DCPJ) afin d'identifier les
auteurs d'un mystérieux mail donnant rendez-vous
aux émeutiers, samedi prochain, sur l'avenue des
Champs-Elysées. Ce quartier, à forte charge
symbolique, est certainement l'un des plus sécurisés
d'Europe : plus de 700 policiers y travaillent
chaque jour. Les sorties du RER A y feront
cependant l'objet d'une surveillance soutenue ce
week-end. A la dernière Saint-Sylvestre, l'avenue
avait été le théâtre d'affrontements orchestrés
par des bandes de banlieue. Une quarantaine de
policiers avaient été blessés lors des
altercations.
République
secouée
par
SERGE TRUFFAUT, publié dans le Devoir le 8 novembre
2005
D'abord
circonscrite dans les cités de la région parisienne,
la flambée de violences a atteint plusieurs villes de
provinces. Jusqu'à présent plus de 1.000 véhicules
ont été brûlés, près de 400 personnes blessées.
Vu l'ampleur des événements qui opposent avant tout
des jeunes Maghrébins aux forces de l'ordre, le
premier ministre Villepin a décidé d'accorder aux préfets
le droit d'imposer le couvre-feu. Une première depuis
des lunes qui en dit long sur la gravité de la
situation. Cet
arrêt pris afin de rétablir l'ordre à court terme
s'est accompagné d'une série de dispositions
illustrant les ratés du modèle républicain en matière
d'intégration des immigrants. Ou plus exactement sur
le cynisme des élites du pays. Il y a dix ans,
faut-il le rappeler, Jacques Chirac s'était fait élire
en promettant un combat de tous les instants contre la
fracture sociale. Il y a trois ans, il avait axé sa
campagne sur la sécurité. Et voilà qu'aujourd'hui
le président donne sa caution à un train de mesures
qui auraient dû être appliquées au cours des dix
dernières années.
Antérieurement à l'immigration maghrébine, le modèle
républicain d'intégration reposait, grosso modo il
va sans dire, sur trois socles : l'école pour
les raisons que l'on devine, la syndicalisation parce
qu'elle favorisait la socialisation politique des
individus et le service militaire qui, heureusement,
fut aboli, mais n'a jamais été remplacé par ce
service civique envisagé alors que Lionel Jospin était
à Matignon. Bref, ces vecteurs d'intégration sont
l'ombre de ce qu'ils étaient. Lorsqu'on combine cela
au taux de chômage élevé et surtout aux ravages
sociaux qu'il provoque, on obtient un cocktail fait de
colère, de violence, de révolte qui, on le constate
ces jours-ci, s'exprime avec d'autant plus de force
qu'entre ces jeunes et le pouvoir il n'y a
pratiquement pas de relais. Plus exactement, il y a
absence de représentation politique.
Dans
une étude consacrée au sujet, Olivier Masclet de
l'Université de Metz note que "les enfants
d'immigrés d'aujourd'hui sont largement absents des
usines, des syndicats et des partis ouvriers qui se
trouvent, depuis un siècle, au coeur de la
socialisation politique des milieux populaires".
De là s'ensuit, en partie, un déficit politique dont
les émeutes actuelles sont la traduction. Hier,
Villepin a indiqué que la contribution publique au
monde associatif serait... restaurée ! Qu'on y
songe, un jour on entonne l'air de la fracture sociale
et, le lendemain, voilà qu'on sabre les budgets de ce
réseau qui fait aujourd'hui ce que le syndicalisme
faisait hier, soit l'apprentissage du politique. Soit
surtout l'implication dans le débat politique. Le modèle
républicain a besoin d'un bon coup de fouet.
Questions
autour du maintien de l'ordre
Le gouvernement
cherche toujours les moyens de rétablir l'ordre.
Lundi 7 novembre, les violences urbaines, qui
perdurent depuis plus de dix jours, ont fait une
première victime
par
PASCAL CHARRIER et MICHEL WEINTROP, publié dans la
Croix le 7 novembre 2005
La
police est-elle formée pour réagir à ces
violences urbaines ?
Les images d’une périphérie "à feu et à
sang", les records de voitures incendiées,
tout cela peut laisser croire que la police est débordée.
Ce que les intéressés démentent. "Les
policiers suffisent bien au rétablissement de
l’ordre et de la sécurité et ils l’ont déjà
montré", dit-on à Unsa-Police, l’un des
principaux syndicats de police. Ce que Paul le
Guennic, l’un de ses responsables, confirme :
"On a déjà vu les policiers aux prises avec
ce genre de violence, notamment à Toulouse ou à
Pau, et elle a toujours réussi à rétablir
l’ordre." Pour ce policier, ce n’est pas
tant la formation qui est à reconsidérer que les
techniques d’intervention. "Parmi les 61
Compagnies républicaines de sécurité, soit
environ 12.000 hommes, explique-t-il, il existe des
Sections de protection et d’intervention (Spi)
particulièrement entraînées à affronter de tels
troubles. En revanche, on commence à fonctionner de
manière différente, par petits groupes moins
statiques, qui peuvent quadriller et se déplacer
rapidement, pour répondre aux techniques des
casseurs. Et cela semble marcher puisqu’on réussit
de plus en plus d’interventions."
Une police de proximité peut-elle être efficace
?
Pour Sebastian Roché, directeur de recherche au
CNRS et enseignant à l’Ecole nationale de police
à Lyon, "la police envoyée dans les banlieues
n’est pas vraiment faite pour maintenir l’ordre
dans les espaces habités…" Pour ce spécialiste
de la police de proximité (Il a écrit Police de
proximité, Ed. du Seuil), cette dernière est
la plus à même à réussir, étant donné
qu’elle n’est pas considérée comme un ennemi
lors des émeutes, qu’elle a su tisser des liens
avec les habitants des quartiers sensibles. Le problème,
c’est qu’elle n’existe pratiquement plus.
"Nicolas Sarkozy, qui voulait rompre avec
l’image de la police “gentille” l’a laissée
mourir de sa belle mort", affirme Sebastian
Roché. "Des postes ont été fermés, des
effectifs ont été prélevés et affectés à
d’autres tâches. Plus personne n’est présent
sur le terrain de manière continue." Quant aux
polices municipales, même si Sebastian Roché
constate un fort accroissement de ses effectifs
depuis quelques années, 20.000 hommes (contre
220.000 policiers de l’État), il ne la juge pas
prête à accomplir sa mission. "Pas assez
d’encadrement de haute qualité, pour des raisons
juridiques de recrutement d’ailleurs… Et puis si
les élus souhaitent qu’elles remplissent un rôle
de police de proximité, les agents municipaux, eux,
désirent ressembler plus à une police de répression."
Quelle prévention est-il possible de mettre en
place ?
Xavier Raufer, auteur avec Alain Bauer d’un
"Que sais-je ?" sur Les violences et
insécurités urbaines, estime qu’il est temps
de bouleverser la carte de la présence policière.
"Depuis Pétain, il n’y a pas eu de
restructuration des commissariats, critique-t-il.
Or, les populations ont énormément migré vers les
banlieues. Résultat, la police est abondante dans
les centres-villes, les gendarmes quadrillent les
campagnes et il n’y a pas vraiment de forces de
police entre les deux. En outre, la France a été
incapable de créer un vrai renseignement criminel.
Résultat : on ne sait pas qui va agir et où…"
Pour lui, il est urgent de refaire un maillage des
banlieues qui permette une présence policière
permanente, et non une réponse épisodique par des
opérations "coup-de-poing." Une opinion
que partage Sebastian Roché : "Aujourd’hui,
il est surtout important de quadriller avec une
nouvelle police de proximité les quartiers et les
villes qui n’ont pas encore été touchés pour prévenir
la diffusion de la violence. Mais pas en refaisant
les mêmes erreurs, notamment de trop petits
commissariats, ou en prenant des effectifs sur les
équipes de police judiciaire. Il vaut mieux y détacher
par exemple des CRS. La police doit d’abord se
faire voir, ensuite travailler à tisser ses
relations."
Faut-il mettre en œuvre des mesures
d’exception, comme le couvre-feu ?
Dans l’absolu, tout est possible : l’état de siège
(loi de 1849), comme l’état d’urgence (loi de
1955). "Ces deux lois relèvent de
l’artillerie lourde et concernent des cas où les
institutions de la République sont en péril",
commente le juriste François Saint-Bonnet, auteur
de L’Etat d’exception (PUF). "Il
s’agit de dispositifs qui organisent un régime de
restriction drastique des libertés, pas du tout
adaptés à la situation actuelle. C’est un
arsenal trop lourd par rapport à ce qui se passe en
banlieue ." A une échelle plus locale, il
est davantage envisageable de mettre en place un
couvre-feu, comme l’a décidé hier Eric Raoult,
pour sa commune du Raincy (Seine-Saint-Denis). Les
maires en ont le pouvoir dans le cadre de leur
statut de responsables de l’ordre public sur le
territoire de leur commune. C’est ce qu’ont déjà
fait par le passé plusieurs élus qui voulaient
interdire à des mineurs de circuler seuls, passé
une certaine heure de la nuit. Reste la difficulté
de faire appliquer un tel arrêté sur le terrain.
Les forces armées pourraient-elles intervenir
dans les banlieues ?
Le président du Mouvement pour la France Philippe
de Villiers a été l’un des premiers à réclamer
l’envoi de l’armée pour rétablir l’ordre.
Plus surprenant, certains élus de l’opposition,
comme le maire socialiste de Noisy-le-Grand
(Seine-Saint-Denis), Michel Pajon, ont suggéré à
leur tour hier l’intervention des forces armées
dans les quartiers touchés par les violences
urbaines. Là aussi, rien n’interdit à la République
de faire appel aux militaires en métropole. "Mais
ce serait mettre le feu aux poudres, affirme le
sociologue Jean-Marc Stébé, de l’université de
Nancy II, auteur d’un "Que sais-je ?"
sur Les Médiations des banlieues difficiles.
Pour l’instant, les casseurs prennent cela comme
un jeu. Si l’armée intervient, il y aura des
morts…" La proposition est également aussitôt
rejetée par plusieurs syndicats policiers.
"Bien que grave, la situation ne nécessite pas
de telles mesures. On n’en est pas à avoir besoin
de l’armée dans les rues, affirme Jean-Claude
Delage, secrétaire général adjoint d’Alliance.
Les forces régulières doivent suffire."
François Saint-Bonnet est du même avis : "D’un
point de vue politique, cela aurait des effets dévastateurs.
Cela poserait aussi des problèmes d’adaptation.
Les militaires ne sont pas formés à cela." Le
juriste rappelle les précédents sanglants de
l’immédiat après-guerre. Même en mai 1968, les
forces armées n’ont pas été appelées pour
faire du maintien de l’ordre. "Ce n’est ni
leur métier, ni la conception que nous avons en
France de l’armée depuis le XVIIIe siècle,
poursuit Dominique David, responsable des études de
sécurité à l’Institut français des relations
internationales. L’appel à l’armée serait un
signe de panique, de mauvaise interprétation de la
situation et de totale irresponsabilité."
"Notre
stratégie est la bonne", par Nicolas Sarkozy
publié
dans le Monde du 6 novembre 2005
L'auteur
est ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de
l'aménagement du territoire
La
France connaît depuis quelques jours une flambée
de violences urbaines. Des individus sans foi ni loi
n'hésitent plus à tirer à balles réelles sur les
représentants de la République, à saccager,
piller et brûler des écoles. Un père de famille
est battu à mort à coups de pieds et de poings
sous les yeux des siens. Une personne handicapée,
coincée dans un bus, est aspergée d'essence avant
d'être enflammée. Devant ce déferlement de
violences gratuites, on est en droit d'attendre de
tous du discernement et de la dignité, plutôt
qu'une exploitation politicienne des événements.
Faut-il être inconscient et bien peu responsable
pour trouver encore le temps de polémiquer quand
les fondements de la paix civile et de l'ordre républicain
sont en cause et que la vie même de certains de nos
compatriotes est menacée ? Mais puisqu'une tribune,
hier, a été offerte dans les pages de ce journal,
à des propos et des commentaires qui relèvent de
la polémique, je ne peux, chargé que je suis de la
sécurité et des libertés des Français, me taire.
La stratégie que ce gouvernement
met en oeuvre maintenant depuis quatre ans est la
bonne. Je la défends plus encore aujourd'hui
qu'hier, non parce qu'elle serait une stratégie de
"droite", mais parce qu'elle est à ce
jour la seule qui ait fait ses preuves. Ceux qui la
contestent en ce moment pour des raisons purement idéologiques
ont la mémoire courte. Les Français, eux, n'ont
sans doute pas oublié le triste record de cette
politique angélique et calamiteuse : plus de 4,1
millions de crimes et de délits constatés en
France en 2002 ! Et déjà les violences urbaines,
ne l'oublions pas ! En deux ans, en nous montrant résolument
pragmatiques, nous avons ramené ce chiffre à 3,8
millions, soit presque 8 % de moins. Et cette
diminution se poursuit cette année encore. En
octobre 2005, nous avons enregistré 17 % de crimes
et de délits de moins qu'en octobre 2001. N'ayant
tiré aucune leçon de leurs échecs successifs et
de ce vaste mouvement d'exaspération populaire qui
a conduit au 21 avril 2002, les socialistes, qui
avaient la charge de notre sécurité persistent
dans l'erreur. Non, nous n'abandonnerons pas le
souci d'efficacité et de pragmatisme qui est le nôtre,
pour ressortir leur conception hémiplégique de la
police de proximité qui n'était en fait que du
laxisme et de la faiblesse déguisés.
Je suis favorable à la police de
proximité. J'appartenais en 1994 au gouvernement
qui l'a introduite dans notre droit. Et je trouve
excellent que la police cultive des liens étroits
avec la population, soit à l'écoute de ses
besoins, rencontre les associations et les
professionnels. Mais, comme je l'ai déjà expliqué
à diverses reprises, la police de proximité ne
peut se construire au détriment de la police
d'investigation et d'interpellation. Ce n'est pas
l'une sans l'autre : mais l'une avec l'autre. Je
considère que le rôle de la police n'est pas de
faire de l'animation sportive. J'ai préféré
remobiliser les forces de sécurité sur leur coeur
de métier, renforcer leurs moyens d'action, et
remettre les victimes au centre de leur mission.
Aujourd'hui, police et gendarmerie sont non
seulement chargées de maintenir l'ordre, mais aussi
d'interpeller les auteurs de crimes et de délits. A
chacun son métier. Les médiateurs sont faits pour
dialoguer, les forces de l'ordre d'abord pour arrêter
les délinquants : c'est peut-être ça le vrai
changement et l'origine des affrontements présents.
Nous ne tolérons plus les zones
"interdites", où le crime organisé et
les trafics mafieux règnent en maître et où les
honnêtes gens sont obligés de se taire et de
baisser les yeux.
De la même façon que nous avons
réussi à rétablir la sécurité dans les
transports publics, notamment en Ile-de-France, grâce
à un renforcement sans précédent des effectifs,
nous ramènerons l'ordre et la tranquillité dans
ces territoires depuis trop longtemps laissés à
l'abandon. Partout sur le sol de la République, et
pas seulement dans les beaux quartiers, les Français
ont le droit de vivre en sécurité, sans craindre
pour leurs biens ou leur intégrité physique. C'est
un droit absolu pour chacun d'entre nous. Et je
demande que l'on mesure bien l'enjeu fondamental de
la présence de la police dans les banlieues. La
police est la police de la République. Elle assure
l'ordre de la République. Si elle ne le faisait
pas, quel ordre lui succéderait ? Celui des mafias
ou celui des intégristes.
Mon nom est conspué dans les
rangs des bandes qui terrorisent les quartiers. La
belle affaire ! C'est dans l'ordre des choses. Ce
qui me choquerait plutôt, c'est qu'ils me portent
aux nues. Manifestement, si les criminels et les
voyous n'aiment guère notre politique de sécurité,
les Français la soutiennent. Ce que nos concitoyens
apprécient depuis 2002, c'est indiscutablement les
objectifs clairs de la politique de lutte contre
l'insécurité. Celle-ci s'appuie en effet, désormais,
sur le bon sens et non plus sur l'idéologie : les
victimes ont droit à davantage de protection et de
compassion que leurs agresseurs ; la loi est faite,
avant tout, pour protéger les faibles ; la prévention,
qui est indispensable, ne doit pas exclure la répression,
chaque fois qu'elle s'avère juste et nécessaire.
Devant les actes de sauvagerie et de vandalisme
je ne fais aucun amalgame entre les voyous et
l'immense majorité des jeunes de banlieues qui ne
songent qu'à réussir leur vie, les Français
peuvent compter sur la totale détermination du
gouvernement.
Le bûcher de l'intégration
à la française
par ALAIN DUHAMEL, publié
dans Libération le 9 novembre 2005
Contrairement à ce que
tentent de faire croire les télévisions américaines
d'information continue et le Front national, la
France n'est pas au bord de la guerre civile mais
elle vit plutôt le crépuscule d'une tentative
originale et honorable, celle d'un modèle d'intégration
typiquement tricolore. Ce qu'annoncent les
milliers de voitures incendiées, les centaines d'échauffourées
nocturnes, les dizaines d'équipements publics dévastés
depuis une dizaine de jours, c'est l'agonie d'une
histoire française vieille d'un siècle, d'une
aventure idéaliste et ambitieuse, orgueilleuse et
généreuse, qui voulait faire des immigrés venus
de tous les pays, issus de tous les peuples, façonnés
par toutes les religions et par toutes les
cultures d'identiques citoyens français. La République
française entendait démontrer au monde que, avec
sa laïcité, son école, sa langue, son passé,
ses valeurs universelles, son Etat volontariste,
elle était capable de métamorphoser tout étranger,
venu de n'importe quel continent, quelles que
soient la couleur de sa peau et ses croyances
originelles, en un Gaulois moustachu, patriote et
râleur. Cette assimilation méthodique était
l'une des pièces maîtresse de la fameuse et péremptoire
exception française.
D'autres pays - les
Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, les
Pays-Bas, le Canada - avaient choisi la voie
différente du multiculturalisme et du
communautarisme. Ils acceptaient, ils
encourageaient les immigrés à entretenir leur
culture, leur langue, leur mémoire, leurs moeurs
d'origine. Ils leur concédaient donc une marge
d'autonomie, d'auto-organisation. Ils admettaient,
ils proclamaient, ils facilitaient la persistance
des différences. En France, le creuset républicain,
ce chaudron mystérieux et unique, recherchait
l'objectif inverse. Des immigrés multiples, il
s'agissait de faire des citoyens uniques. Pendant
longtemps, Paris a observé avec une supériorité
goguenarde les émeutes raciales, les
affrontements interethniques au sein des Etats
ayant opté pour le communautarisme. Aujourd'hui,
c'est à son tour de pleurer son modèle incendié.
La décade terrible que
traverse la France, d'abord dans la banlieue
parisienne puis dans toutes les régions, sert en
effet de révélateur féroce : elle théâtralise,
dans le feu et les flammes involontairement
symboliques, le bûcher de l'intégration à la
française. Ce vieux pays d'éternelle immigration
- contrairement à tous ses voisins, la France
n'a cessé d'être un pôle d'immigration, quand
les autres ont si souvent été des peuples d'émigrants
- semble maintenant avoir atteint les limites de
son propre modèle. Les incendiaires, les
caillasseurs ont entre 10 et 25 ans. L'immense
majorité d'entre eux est née sur le territoire
français, et est donc de nationalité française.
Les cibles qu'ils choisissent sont les symboles mêmes
de la société : la police, l'école, la crèche,
le collège, le centre de loisirs collectifs, la
voiture du voisin, la boutique du riverain. Ils
enragent contre une société qu'ils vivent comme
injuste et discriminatoire. Ils se sentent rejetés
par elle et ils la rejettent à leur tour. S'il
s'agissait d'un débat rationnel, on pourrait
argumenter, reconnaître les erreurs (la ghettoïsation
territoriale, les longues barres inhumaines,
l'amputation des crédits d'intégration, la médiation
sacrifiée, les associations asphyxiées, la
police de proximité décimée) mais aussi
souligner les efforts : rénovation urbaine,
emplois aidés, enseignement prioritaire (pas
assez), équipements collectifs. On pourrait se
jeter des chiffres et des sigles à la tête :
cela ne servirait à rien.
Nous sommes bien au-delà d'une
discussion posée. Il y a d'un côté une fraction
de la jeunesse la plus déshéritée, la plus
acculturée, celle qui ne connaît que la pauvreté,
la scolarité chaotique, l'absence de toute
qualification professionnelle et la perspective du
chômage : elle se jette dans la violence la plus
provocatrice, la plus périlleuse, la plus stérile
malgré les efforts des élus, des enseignants,
des religieux, des responsables associatifs. En
face, l'Etat multiplie dans le désordre depuis
vingt ans avec d'incessants et irritants
changements de cap les crédits, les contrats, les
plans et les législations, comme on construit un
château de sable que la marée emporte.
Le bilan de cette colère sans
issue politique ou sociale et de cette impuissance
coûteuse et débilitante débouche sur l'épuisement
d'un modèle d'intégration. Pour la première
fois, une génération née en France se sent
nettement moins bien intégrée que celle de ses
parents venus d'ailleurs et se comporte de telle
manière qu'elle est regardée comme plus étrangère
à la collectivité nationale. La société française
entame ainsi un processus de dissociation, aux
antipodes même de ses efforts et de ses principes
vieux d'un siècle. Les discriminations (logement,
scolarité, embauche) sont accentuées par la
crise sociale qui s'enracine depuis trente ans.
Les réactions violentes et transgressives des
adolescents et des jeunes adultes qui rejettent
toute norme sociale et vivent en état d'anomie
dramatisent cet éloignement. Lorsque les
incendies s'éteindront et que les cocktails
Molotov s'épuiseront, une défiance accrue entre
les habitants des "quartiers" et les
autres subsistera.
La peur, la provocation et la
rage auront communautarisé la société française.
Plaider pour la mixité sociale des logements
risque alors de ne plus séduire que l'abbé
Pierre et Olivier Besancenot. Reconstruire l'intégration
à la française ressemblera plus que jamais au
destin de Sisyphe, sauf volontarisme réellement
proportionnel au désastre.
Les cités, c'est la
France !
par JEAN-MARC AYRAULT,
publié dans le Figaro le 7 novembre 2005
L'auteur est président du groupe socialiste à
l'Assemblée nationale
Le moins que
l'on puisse dire est que la réponse des autorités
gouvernementales apparaît désordonnée et
impuissante. Là où la politique des cités
s'appuyait sur une approche globale et continue,
certes insuffisante mais indispensable, le pouvoir a
suivi, depuis trois ans, le ministre de l'Intérieur
dans une dangereuse démarche de rupture. Rupture
dans les priorités. Décrites comme des "zones
de non-droit", les cités ont fait l'objet d'un
traitement policier qui a trop souvent relégué le
rattrapage social ou éducatif au second plan. La
fermeté est évidemment indispensable pour
combattre la loi des bandes et des délinquants,
mais sans un travail de fond contre le chômage, la
ghettoïsation, les discriminations, elle alimente
le sentiment de relégation. Or dans ces domaines
les efforts de l'Etat ont été beaucoup plus
chiches.
La deuxième
rupture a été la réorganisation des forces de sécurité.
La police de proximité tirait sa force de son
immersion dans la population et permettait
d'anticiper les conflits. Elle a été liquidée.
Son remplacement par une police tournée vers les opérations
coup de poing (trop souvent médiatisées) n'a pas
donné de résultat probant dans la lutte contre les
violences. Il apparaît aujourd'hui qu'un rééquilibrage
entre les missions de prévention, d'anticipation,
d'investigation et de répression est nécessaire.
De même faut-il revoir la formation des policiers
souvent mal adaptée à la réalité des quartiers
et rendre leur recrutement plus conforme à la
diversité du pays. Cette adaptation des forces de sécurité
doit s'accompagner d'un appui financier et
logistique de l'Etat au travail de prévention
sociale des élus locaux et des associations. L'assèchement
de leurs subventions a laissé, dans certains cas,
le champ libre à des organisations religieuses.
C'est la
troisième rupture : l'institutionnalisation du
communautarisme. La dérive communautaire ne date
pas de M. Sarkozy. Mais l'instrumentalisation du
Conseil français du culte musulman par la Place
Beauvau a érigé des organisations religieuses en médiateurs
de la vie des cités. S'il est temps de reconnaître
à l'islam sa place de deuxième religion de France
et lui donner les moyens d'exercer son culte dans la
dignité, arrêtons de lui demander de régler la
vie des cités à la place de la République. La laïcité
doit retrouver ses droits. La médiation sociale est
l'affaire des municipalités et des associations,
non des prédicateurs. Le cocktail Sarkozy était
explosif. Il a hélas explosé. Il ne saurait être
question pour nous d'attiser le feu. Quelles que
soient les fautes du pouvoir, nul ne peut justifier
ce déchaînement de violence. Le retour à l'ordre
républicain est la première urgence. Mais le
gouvernement ne peut pas s'en tenir là et à la
confection improvisée d'un énième plan banlieue.
Tout un recadrage politique est à opérer, au plan
de la sécurité, de l'économie, du social, de l'égalité
des chances. C'est le sens du débat parlementaire
que nous demandons.
Toute la
nation est interpellée. Est-elle prête à
consentir l'effort de remise à niveau des quartiers
en difficulté ? Accepte-t-elle les règles de mixité
sociale en matière de logement et d'urbanisme ?
Veut-elle se donner les moyens d'assumer la pleine
égalité des chances à tous ses enfants, quels que
soient leur origine, leur nom, leur quartier ? Le
politique doit avoir le courage de ce langage de vérité.
La véritable égalité des chances implique de
soutenir plus massivement les quartiers déshérités
que les autres. Elle exige, par exemple, que leurs
écoles aient moins d'élèves par classe, plus de
profs expérimentés, plus d'encadrement, plus de crédits.
Il ne s'agit plus de distribuer la manne financière
à l'aveugle mais de la cibler sur les familles qui
cumulent les handicaps sociaux. Ce contrat de remise
à niveau doit être clairement établi devant les
Français.
De la même
manière ne faut-il plus esquiver les difficultés
de notre pays à assumer la diversité de sa
population. Trop de jeunes, nés en France,
titulaires d'une carte d'identité nationale, se
sentent étrangers à leur pays. Parce que la société
les renvoie à leurs origines, parce qu'elle oublie
de leur transmettre ses valeurs de solidarité et de
civisme. C'est pour retrouver ce sentiment
d'appartenance nationale que j'ai défendu à
l'Assemblée une proposition de loi visant à
instaurer un service civique obligatoire pour tous
les jeunes Français, garçons et filles. Offrir
quelques mois de son temps aux personnes âgées,
aux handicapés, aux malades, redonnerait une réalité
au brassage social. Il n'est plus possible d'en
faire l'économie.
"Le
ciel redevenait sauvage, le béton bouffait le
paysage", chantait Reggiani il y a trente
ans. Nous en sommes là. La République est au pied
des barres. En rester à quelques mesures de
circonstances l'exposerait à de nouveaux
embrasements. Il lui faut retrouver "le goût
de la fraternité". Redonner une réalité
aux valeurs qu'elle proclame. Les cités, c'est la
France ! ll n'y a certainement pas de solution
magique. Les cités en difficulté sont le miroir
des dégradations de notre modèle républicain, le
reflet de notre crise nationale. Celle-ci ne se réduit
pas à la dépression économique et sociale, elle
est aussi une perte de repères et de normes dans
notre vie collective. La politique de la ville menée
depuis vingt-cinq ans a montré à cet égard ses
limites. Le saupoudrage et les pansements ne
suffisent plus. Ce doit être une priorité globale,
massive, qui redonne un contenu à notre vouloir
vivre ensemble.
Violences
urbaines : Inquiétude internationale
Alors que,
pour la onzième nuit consécutive, les émeutes se
sont répétées dans les cités, de nombreux pays
appellent aujourd'hui leurs ressortissants en voyage
en France à la prudence. Leurs analyses sont
pessimistes
par
PAULINE LECUIT, publié dans l'Express le 7 novembre
2005
Alors que la
France a connu hier soir sa 11e nuit d'émeutes -
1.408 véhicules brûlés et 395 interpellations -
le ministère britannique des Affaires étrangères
a recommandé ce matin à ses ressortissants d'être
"extrêmement vigilants" s'ils doivent se
rendre ou transiter par les zones touchées par la
violence en région parisienne. "Cette violence
touche également d'autres régions françaises avec
des troubles dans plusieurs villes, dont Dijon,
Lille, Marseille, Lille et Toulouse", précise
le Foreign Office sur son site Internet. Samedi,
le Herald Tribune s'interrogeait sur le
profil des insurgés du 9-3. A la question "Qui
sont les véritables français ?", Mamadou, un
français d'origine malienne, répondait : "Ceux
qui ont les yeux bleus et la peau blanche !"
Cet appel à
la prudence vient rejoindre ceux déjà émis
par la Finlande, l'Australie, la Russie ou les
Etats-Unis, qui n'hésitent pas à comparer Paris à
Bagdad. Condamnant fermement les violences et les
actes de vandalisme gratuits qui les accompagnent,
le ministre australien des Affaires étrangères,
Alexander Downer, s'est déclaré inquiet,
affirmant que "malheureusement, les émeutes
risquaient encore de s'étendre". L'ambassade
du Portugal a également offert sa
protection en cas de danger et Khadafi son aide à
Jacques Chirac.
Des
analyses alarmistes
"Face au
problème de la discrimination ethnique et
religieuse, la France n'a pas su prendre la juste
mesure", estime le New York Times.
"Un cocktail explosif", renchérit le
Times. Le quotidien anglais observe ainsi
que "le modèle républicain français - tous
citoyens et égaux en droit - a été sérieusement
mis à mal cette dernière semaine". Par leurs
violences, "les enfants d’immigrés pauvres,
à dominante musulmane du Maghreb ou d’Afrique
subsaharienne manifestent leur rejet". Titrant "Les
feux de la désintégration", le Los
Angeles times compare la situation en France à
celle connue en Grande Bretagne, au moment des
attentats dans le métro de Londres, et juge la
première plus préoccupante. "Le problème ?
Les propos provocateurs de l’ambitieux ministre de
l’intérieur Nicolas Sarkozy".
Si, au Japon,
le Tokyo Shimbun évoque d'éventuelles répercussions
des émeutes sur le tourisme - 620.000 Japonais sont
venus en France en 2004 - la presse
nipponne évoque elle aussi surtout le problème de
l'immigration en France. "Les immigrés
isolés, cercle vicieux de la haine", titre
ainsi en une, dimanche, le quotidien japonais de
droite Sankei Shimbun. "Explosion du mécontentement
de la communauté des immigrés", répète le
quotidien de gauche Asahi Shimbun, tandis
que le quotidien centriste Mainichi Shimbun
estime que "le sentiment de marginalisation
attire la radicalisation". Dans un entretien au
journal Milliyet, le premier ministre turc associe
pour sa part la flambée de violence en France au
"processus qui interdit le port du voile dans
les établissements scolaires". "Nous
avons toujours défendu l'alliance des civilisations
(afin de rapprocher l'islam et l'Occident) et voulu
faire comprendre combien une adhésion de la Turquie
à l'Union européenne était importante dans ce
domaine mais certains n'ont pas voulu comprendre,
surtout les Français", insiste-t-il, pointant
la menace de l'islamisme radical.
Un
quart-monde français
La presse du
Maghreb reste globalement discrète sur les événements
qui se déroulent en France. La Tribune algérienne
note la fin du mutisme de Jacques Chirac, et Aujourd'hui
le Maroc observe que "la politique et les
interventions musclées de Nicolas Sarkozy sont
critiquées de toutes parts, y compris par les
familles des victimes, qui ont refusé sa visite. Si
les matchs entre la République et ceux que Sarkozy
a traité de 'racaille' se jouent en nocturne, la
misère, elle, s'étale au grand jour au milieu des
barres des banlieues", note pour sa part le
quotidien algérien Liberté, estimant que "la
misère fait des habitants des 'banlieues en
flammes' le 'quart-monde français' ".
Asharq
Al-Awsat, quotidien saoudien édité à
Londres, fait par contre sa Une sur le sujet.
"La France, connue pour être la vitrine européenne
du métissage des cultures et de l'amitié euro-méditerranéenne
(...) a échoué dans sa gestion d'un problème hérité
de la période de la colonisation. Ils sont 5
millions de Français d'origine étrangère à vivre
dans des conditions misérables. Il est impensable,
dans un pays démocratique, qu'une si forte minorité
n'ait aucun représentant au sein du Parlement, une
institution supposée refléter toutes les
composantes du pays, sa racaille et ses
seigneurs", s'indigne ainsi son éditorialiste.
Sur le même ton, Al-Quds Al-Arabi, autre
quotidien panarabe édité à Londres, dénonce les
propos tenus par Nicolas Sarkozy. Le journal
fait cependant le vœu que ces événements jouent
le rôle de "choc électrique pour les deux
parties, le Français et l'immigré, afin qu'ils
entament un vrai dialogue allant aux racines du
problème".
Juste avant les émeutes, un
rapport dressait la liste des handicaps affectant
les "zones urbaines sensibles"
par SYLVAIN BESSON, publié
dans le Temps le 9 novembre 2005
Les cités, ou "zones
urbaines sensibles" (ZUS) en langage
administratif, sont plus que des quartiers isolés
à la périphérie des villes de France. Elles
forment presque un petit pays fait de 751
ensembles qui contiennent 1,8 million de
logements. Quelque 2,7 millions de personnes âgées
de 15 à 65 ans y habitent. Le 24 octobre dernier,
trois jours avant le début des émeutes à
Clichy-sous-Bois, l'Observatoire des zones
urbaines sensibles publiait un rapport destiné à
donner une image scientifique de la situation des
ZUS. Sans être désespérant, le tableau est
sombre, en particulier concernant le chômage chez
les 15-59 ans, qui est en moyenne de 20,7%, soit
le double de la moyenne nationale. Seules les
femmes diplômées, relativement peu nombreuses
dans les cités, connaissent un taux d'inactivité
comparable à celui du reste de la France. Le
revenu fiscal moyen par ménage et par an est de
19.000 euros, contre près de 28.500 euros
ailleurs en France.
Deux fois moins de médecins
A ces difficultés économiques s'ajoutent des
problèmes d'éducation et de santé. Dans les
classes maternelles, un élève sur cinq souffre
de difficultés d'élocution, contre 13% dans les
autres écoles, ce qui reflète la forte
proportion d'immigrés vivant dans les ZUS. Il y a
deux fois moins de médecins que dans le reste du
pays, et davantage de cas d'obésité et de
mauvaise santé dentaire. La délinquance est
aussi plus prononcée dans les ZUS : en 2004, on y
relevait 68 faits de délinquance pour 1.000
habitants, contre 47,3 en moyenne nationale. Il
s'agit notamment de vandalisme, d'actes de
violence ou de vols. Le taux d'incendies
volontaires était déjà deux fois plus élevé
que dans le reste de la France, un chiffre que les
récentes émeutes ne vont pas contribuer à améliorer.
250.000 nouveaux logements
On comprend mieux que beaucoup d'habitants des cités
ne s'attardent pas et partent vivre ailleurs. 61%
des habitants des ZUS de 1990 avaient quitté ces
territoires neuf ans plus tard. Ceux qui ont le
plus de rique de rester sont les gens les plus
pauvres, les plus touchés par le chômage, les
moins diplômés et les femmes élevant seules
leurs enfants. Selon le rapport, "les enfants
d'immigrés, quel que soit leur niveau de diplôme,
restent plus souvent que les autres en ZUS".
Le gouvernement français n'a pas lésiné sur les
moyens pour tenter d'inverser ces tendances négatives.
La création de zones franches jouissant de taux
d'imposition préférentiels a permis la création
de 37.000 entreprises. Le programme de rénovations
urbaines engagé depuis 2003 prévoit la démolition
de quelque 30.000 logements vétustes (la plupart
des ZUS ont été construites entre 1960 et 1975),
la construction de plus de 27.000 nouveaux
logements et la réhabilitation de 53.000 autres.
Une loi datant du début de l'année est encore
plus ambitieuse : elle prévoit la construction
jusqu'en 2011 de 250.000 nouveaux logements et la
démolition d'un nombre équivalent d'anciennes
unités. Il reste à voir si ces mesures suffiront
à sortir les ZUS de leur marasme.
Lettre
ouverte à Jacques Chirac et à Dominique de
Villepin
par
GABRIEL ENKIRI, envoyée sur notre site le
4 novembre 2005
Monsieur
le Président, Monsieur le Premier Ministre,
J'ai
publié ce printemps un petit livre intitulé
"Israël un projet funeste"
(Ed. Alif,
janvier 2005 ) dans lequel je soulignais
que la
France
était au bord de l'explosion, qu'elle était menacée d'une
effroyable "guerre civile doublée d'une guerre
de religion". Nous y sommes ! (Je me flatte d'être
l'un des rares à avoir prévu l'explosion de Mai
68). Il serait grand temps que vous preniez
conscience que le monde arabo-musulman s'étend désormais
de l'Indonésie à la Seine-Saint-Denis, et qu'il
traverse même la Manche jusqu'à Birmingham ! Les
moyens de communication modernes, notamment internet, accroissent
son audience. En pleine effervescence, il
fait l'objet d'un enjeu planétaire entre les deux
super-puissances qui se font face : les Etats-Unis
et la Chine. De quel côté penchera l'Islam ? Vers
l'Asie probablement, par solidarité
anti-colonialiste. Vous allez me dire que nous
sommes loin de la Seine-Saint-Denis... Pas du tout !
Nous en sommes en plein dedans : la mondialisation
n'est pas seulement économique, elle est également
politique, culturelle, militaire... et
"terroriste" !
Ainsi
nous découvrons que, "Israël" cet Etat
inepte et mal placé, c'est le cas de le dire, sert
de levier pour une mobilisation générale de
l'islamisme - tout comme Dantzig le fut pour Hitler.
Face à George W. Bush, au moment de
l'agression américaine en Irak, vous vous êtes
opposés, lors d'une séance mémorable à l'ONU, à
la politique belliciste de Washington. Nous avons été
très fiers, à ce moment-là, de la France. Je n'hésite
pas à vous dire que pour mettre un terme aux
violences des banlieues, prémices d'une guerre
civile annoncée, il nous faut se tourner vers le
Sud, vers la Méditerranée, afin d'y construire un
vaste Marché Commun qui réunira les deux rives de
Notre Mer dans un seul et même avenir, en apportant
à chacun un emploi et un logement... de chaque côté
de la Mer ! Pour réaliser cette vaste
zone de prospérité, il nous faut, au préalable, résoudre
le problème "israélo-arabe", je dis bien
arabe, et non plus seulement palestinien.
Le
moment est venu pour la France de prendre une
initiative diplomatique spectaculaire : 1) Vous
devez affirmer la nécessité et l'urgence de créer
un Etat palestinien sans plus tarder, en vous
inspirant de la méthode utilisée à
l'encontre du gouvernement de Damas. 2)
Proposer la tenue à Marseille d'une Conférence
internationale qui aura à son ordre du jour
la mise en place du Marché Commun Méditerranéen,
seul moyen de résoudre le problème des "flux
migratoires". En agissant de la sorte, avec détermination,
affirmant une fois de plus la souveraineté de la
France, à un moment crucial de son histoire, vous
apporterez un espoir réel aux jeunes "afro-français" des
banlieues et redonnerez en même temps une
chance à la ville de Marseille qui fut, il n'y a
pas si longtemps encore, une grande métropole méditerranéenne.
Veuillez agréer, Monsieur le Président et Monsieur
le Premier Ministre, l'assurance de ma haute considération.
Le
cerveau des attentats de Madrid capturé au Pakistan
Identifié
par la télévision al-Jezira, Mustafa Setmarian
Nasar aurait contribué à la préparation du
carnage qui fit 192 morts à Madrid en 2004
par
DIANE CAMBON, publié dans le Figaro le 4 novembre
2005
Le cerveau présumé des
attentats du 11 mars 2004 à Madrid (192 morts)
aurait été capturé au Pakistan. Considéré comme
l'un des fondateurs de la cellule espagnole d'al-Qaida
dans les années 90, Mustafa Setmarian Nasar, alias
le "rouquin", était en fuite depuis le
carnage de Madrid. La télévision arabe al-Jezira
l'a identifié comme la personne arrêtée lundi à
Quetta au Pakistan. Les autorités pakistanaises ont
indiqué hier qu'elles vérifiaient son identité.
Setmarian, 48 ans, Syrien naturalisé espagnol en
1987, est soupçonné d'avoir oeuvré à la préparation
des attentats de Madrid, mais aussi de Casablanca
(mai 2003) et de Londres (7 juillet 2005). Le juge
espagnol Baltasar Garzon le considère aussi comme
suspect dans l'enquête sur les attentats du 11
septembre 2001 à New York. Selon la police
espagnole, il serait un proche de Ben Laden depuis
1988. Les Etats-Unis ont offert cinq millions de
dollars pour sa capture.
A Madrid, où il résidait depuis
1985, ce père de trois enfants, marié à une
Espagnole, travaillait à la fois dans le commerce
de produits artisanaux et comme journaliste pour des
revues intégristes. Prédicateur à la mosquée
madrilène Abu Bakr, il était chargé de recruter
des jeunes pour les former au djihad. Selon le
magistrat Garzon, il aurait formé des dizaines de
"soldats de l'islam" en les envoyant en
stage en Afghanistan. Jusqu'en 1995, date à
laquelle il emménagea avec sa famille à Londres
pour diriger la revue al-Ansar, vitrine médiatique
du GIA algérien, le "rouquin" mit en
place la première cellule islamiste d'Espagne.
Vers l'extradition
Setmarian utilisa la péninsule
Ibérique comme un sanctuaire pour les islamistes prêts
à mener le djihad. Dans son entourage, on retrouve
plusieurs personnages mêlés aux attentats de New
York et Madrid : Abu Dahdah, condamné en septembre
par la justice espagnole à 27 ans de prison, mais
aussi Serhane Ben Abdelmajid, dit "le
Tunisien", lequel deviendra le principal
organisateur des attentats du 11 mars. L'ouverture
du procès contre les auteurs des attentats du 11
mars, prévue l'année prochaine, pourrait inciter
la justice espagnole à demander l'extradition de
Setmarian, bien que Madrid n'ait pas d'accord
d'extradition avec Islamabad.
par
CHRISTIAN MERVILLE, publié dans l'Orient-le Jour
le 8 novembre 2005
Une révolte ? Une révolution
? Gardons-nous d’exagérer : la Bastille n’est
pas tombée et le 15 juillet 1789, ce n’était
pas hier. Tout de même, ce qui se passe depuis
onze jours est d’une gravité telle qu’il y a
tout lieu désormais de craindre de difficiles
lendemains, en France bien entendu, mais aussi un
peu partout en Europe. C’est que des foyers
d’incendie naissent déjà à Berlin, Brême et
dans cette quiète Bruxelles, capitale d’un
continent qui brutalement récolte la tempête
sans même avoir commis l’erreur de semer le
vent. Seuls, à ce jour, les Allemands ont vu le
danger, qui qualifiaient hier, un peu tardivement,
d’ "avertissement pour toutes les démocraties
les images qui nous viennent de Paris". A
croire que nul n’avait vu le danger qui pourtant
s’inscrivait dans la logique des faits, après
l’attentat de Madrid, les explosions de Londres
et avant cela le coup de tonnerre du 11 septembre
new-yorkais puis les malencontreux propos tenus à
Washington à la veille de l’expédition
irakienne. En œuvrant à l’assimilation, préalable
indispensable à l’intégration, les
gouvernements de la Ve République qui se sont
succédé ces trente dernières années auront raté
et l’une et l’autre, alors que s’accélérait
le mouvement d’immigration.
Au point qu’aujourd’hui, le
déclencheur de l’ 'europintifada', pour
reprendre l’expression (trop facile pour être
exacte) de la presse roumaine, paraît de moins en
moins être la mort de deux adolescents électrocutés
à Clichy-sous-Bois et de plus en plus la nécessité
d’entreprendre d’indispensables rectifications
de parcours - sociales autant qu’économiques
et pédagogiques - dont nul n’avait voulu
voir l’urgence. Et il est permis de douter de
l’efficacité des "propositions concrètes"
formulées hier après-midi par Dominique de
Villepin. Trop timides, tardives, incomplètes,
elles surviennent à un moment où, de part et
d’autre, les esprits sont surchauffés et
refusent ce qu’ils estiment constituer des
demi-mesures. Il n’en reste pas moins que, lente
à démarrer, la machine étatique s’est mise en
branle ; il ne lui faudra pas longtemps pour
atteindre sa vitesse de croisière. C’est alors
qu’il sera possible de juger de l’efficacité
des dispositions arrêtées, éventuellement de
procéder aux indispensables corrections de tir.
Entre-temps, il faudra bien que les organisateurs
des journées d’enfer que vivent les Français
parviennent à se faire obéir. Et pour cela, la
"fatwa" édictée par l’Union des
organisations islamiques était nécessaire, mais
pas suffisante. Interdire "à tout musulman
recherchant la satisfaction et la grâce divine de
participer à quelque action qui frappe de façon
aveugle des biens privés ou publics ou qui peut
attenter à la vie d’autrui", voilà qui
relevait d’une louable intention. Hélas, la guérilla
urbaine a atteint une intensité telle que la
riposte, il faut le craindre, nécessite, pour être
pleinement efficace, une vigoureuse action sur le
terrain et l’intervention de la justice.
Contre le risque de chaos, l’UMP vient
d’appeler à l’union sacrée ; les appels à
des manifestations commencent à se multiplier et
Philippe de Villiers a parlé de "la
France profonde qui se barricade à partir de 6
heures du soir" pour réclamer un couvre-feu
qui serait imposé aux jeunes, dans les villes de
30.000 habitants, une disposition qui a commencé
d’être appliquée dès hier soir dans la mairie
du Raincy. Des maires voudraient voir l’armée
intervenir dans les quartiers touchés par la
violence urbaine et demandent l’application de
l’article 16 de la Constitution, une mesure
d’exception à laquelle l’Etat avait eu
recours lors du putsch des généraux puis, cinq
semaines plus tard, le 6 octobre 1961. Fait
rarissime dans les annales politiques du pays : de
l’extrême gauche à l’ultradroite, tout le
monde invite l’Etat à faire preuve de fermeté,
le rétablissement de la sécurité représentant
un préalable, "car le dernier mot doit
revenir à la loi", a scandé Jacques Chirac.
Tout le monde aussi soutient la mise en œuvre
d’un train de mesures contre le chômage -
un fléau qui touche le plus lourdement les
banlieues -, veut une meilleure cohésion et
plaide pour une rénovation urbaine accélérée.
On l’aura compris : plus que jamais, c’est le
fameux modèle français qui est remis en cause,
une fois de plus, non plus par des manifestations
ou des débats, mais par le biais d’incendies et
de cocktails Molotov.
L’enjeu, c’est autant la fin du quinquennat
Chirac que l’avenir d’un homme politique, de
candidat à l’Elysée dans deux ans. Nicolas
Sarkozy aura ainsi mené son combat en solitaire,
contre tous et d’abord contre les siens. En définitive,
il est le véritable marginalisé dans la délicate
partie engagée sur fond de barricades. A lui
donc les lauriers d’une éventuelle victoire. La
défaite, elle, sera celle de tout le régime.
Une double défaite
par RICHARD WERLY, publié
dans le Temps le 4 novembre 2005
Les factures sociales arrivent
toujours quand on ne s'y attend pas. En France, le
gouvernement de Dominique de Villepin croyait
avoir repris l'initiative en martelant le discours
de la lutte tous azimuts contre le chômage. Comme
la méthode Coué de Nicolas Sarkozy en matière
de sécurité, ce nouveau refrain avait pour but
de séduire l'opinion. Le premier ministre français,
réputé énergique, faisait ainsi d'une pierre
deux coups : cultivant sa différence avec le
conservatisme assoupi de Jean-Pierre Raffarin, et
défrichant ses futures terres électorales en vue
d'un duel présidentiel annoncé avec son ministre
de l'Intérieur. La flambée de violence qui
secoue depuis plusieurs jours la banlieue
parisienne a mis à bas ce bel exercice de
relations publiques. Dominique de Villepin,
l'homme présumé de l'emploi, et Nicolas Sarkozy,
l'homme présumé de l'ordre, sont en train de
payer au prix fort la défiance qui règne dans
les quartiers populaires à forte population
immigrée envers un Etat uniquement perçu comme
un instrument d'exclusion et de répression.
Cette défiance, c'est évident, est le fruit d'un
long pourrissement dans lequel tous les
gouvernements, de gauche comme de droite, ont une
part de responsabilité. Mais elle en dit plus
long que toutes les rodomontades sarkoziennes sur
l'état d'une partie de la société française.
La jeunesse qui caillasse les pompiers n'est pas
en rébellion. Elle s'est ghettoïsée parce
qu'abandonnée. Elle ne veut pas partir à
l'assaut des beaux quartiers comme lors des grands
soirs d'antan. Elle défend ce qu'elle considère
comme son territoire, où les voitures sont des
proies et les bus des cibles. La discipline des
clans, nourris à l'argent de la drogue et des
trafics, y est devenue l'autorité. Le projet de
Dominique de Villepin le régalien et celui de
Nicolas Sarkozy le communautariste sont tous les
deux également caillassés. Le dialogue est rompu
entre la République et une partie de sa jeunesse.
La glorification de la consommation d'un côté et
la misère sociale issue du chômage de l'autre
ont, chez notre voisin français comme ailleurs en
Europe de l'Ouest, produit une arme sociale de
destruction massive. Dans la bataille rangée
nocturne qui se joue dans les rues de
Seine-Saint-Denis, les CRS encagoulés ne défendent
rien de moins, aux yeux des caillasseurs, que
l'ordre des perdants : celui de cette classe
populaire ou moyenne laminée dont les enfants haïssent
aujourd'hui l'héritage.
Deux
erreurs
par
PATRICK SABATIER, publié dans Libération le 4
novembre 2005
On peut sourire des gros titres
des médias étrangers sur une France aux prises
avec une "Intifada du 9-3". Et dénoncer
les boutefeux d'extrême droite qui crient à la
"guerre civile". Les violences en
Ile-de-France ont pris une forme de guérilla
urbaine, mais ne relèvent pour l'heure que du
maintien de l'ordre. Elles sont le fait de petites
minorités de jeunes, voire très jeunes
"casseurs" sans autre stratégie que de
répondre à Sarkozy. Pour intolérables qu'elles
soient, leurs violences ne sont pour partie que la
manifestation d'un mal-être nourri d'exclusion,
d'injustices et de misère. Même si certains
d'entre eux peuvent être manipulés. Il y a, face
à cette situation, deux erreurs dont on espère
que le gouvernement Villepin, confronté à sa
première crise grave, ne les commettra pas. La
première serait d'entrer dans l'escalade de la
violence, à laquelle certains ont intérêt -
des caïds protégeant leurs trafics aux
islamistes en mal de chair à jihad, sans oublier
les hérauts de l'extrême droite raciste. Une répression,
aveugle et désordonnée, ne ferait que donner une
aura de rébellion à ce qui n'est encore qu'une
manifestation de ras-le-bol contre des injustices,
réelles ou imaginées.
La seconde
erreur serait pour l'Etat de déserter un terrain,
qu'il a lui-même miné par son (in)action et ses
maladresses, et de laisser pourrir une situation qui
l'est déjà assez. A l'heure où sifflent des
balles et où brûlent des écoles, force doit
rester à la loi. On ne doit pas abandonner des
zones entières à une violence minoritaire qui
pourrit d'abord la vie des habitants des cités. Non
plus qu'à l'autorité d'instances,
"communautaires" ou religieuses, au détriment
de l'action courageuse de ceux, maires, médiateurs
et associatifs, qui tentent, en première ligne, d'y
faire vivre le pacte républicain. C'est eux que l'Etat
doit appuyer, en leur donnant les moyens, d'abord
financiers, de faire régner l'ordre, si on veut
qu'il soit durable.
Halte au feu !
par JEAN-YVES BOULIC, publié dans
Ouest-France le 8 novembre 2005
Halte au feu !
C'est le préalable qu'a réclamé hier soir, sur un
ton mesuré, le Premier ministre. Face au défi lancé
par les jeunes émeutiers, la droite et la gauche
sont au moins d'accord sur ce point. Sans retour au
calme, point de salut. Dominique de Villepin a donc
annoncé un renforcement des effectifs sur le
terrain, avec le retour de 1.500 réservistes
de la police et de la gendarmerie, en renfort des
8.000 hommes déjà sur place. Et ce matin même,
lors d'un Conseil des ministres exceptionnel, sera
donné aux préfets, sur l'ensemble du territoire,
la possibilité de recourir au couvre-feu. Les
jeunes incendiaires entendront-ils cet appel au
calme, relayé par tant et tant de voix, y compris
celles d'autorités musulmanes ? L'appel du président
de la République, dimanche soir, n'a guère eu
d'effet, et certains maires en sont à mettre sur
pied des équipes de surveillance de nuit aux abords
des bâtiments publics, à tenter d'éviter les dérapages
de l'autodéfense.
Emportés par la
spirale de leur "jeu" mortifère et la
surenchère d'une folle comptabilité répercutée
par les médias, ces jeunes - parfois très
jeunes - déboussolés sont entrés dans un
cycle d'autodestruction. Dans les petites villes,
les victimes sont le plus souvent des voisins ou des
proches, et les bâtiments détruits ceux qui
servent le plus aux habitants : écoles,
commerces, entreprises, voitures pour aller
travailler... Ils se punissent eux-mêmes, car l'une
des conséquences, inévitable, de ces violences,
sera la difficulté accrue pour eux à trouver un
emploi et à se faire reconnaître comme des
citoyens français à part entière. Le discours
d'exclusion des extrémistes à leur endroit
pourrait bien trouver encore plus d'oreilles compréhensives...
Mais l'essentiel
de l'intervention du Premier ministre a porté sur
les mesures concrètes, à plus long terme, destinées
à avancer, dans ces quartiers, vers "une République
de l'égalité des chances". Elles porteront
sur trois domaines : l'éducation, l'emploi, le
logement. Les maires verront leur pouvoir renforcé
et les subventions aux associations, diminuées ou
supprimées par le gouvernement précédent, seront
rétablies. Des mesures sensées, peut-être utiles,
mais en rien révolutionnaires. L'Etat n'a pas les
moyens d'un "Grenelle des banlieues" (Une
grande négociation entre partenaires sociaux
organisée pour sortir de la crise de Mai 1968),
que certains réclament, et qui ne voudrait pas dire
grand-chose. Beaucoup d'argent a déjà été
investi dans ces quartiers, ce qui a permis d'améliorer
le bâti, mais pas de remédier aux multiples déficits
de la population. C'est du cousu main, du
microsocial, cité par cité, qu'il faut ré-entreprendre
avec ténacité. En est-il encore temps ?
Le ministre
Jean-Louis Borloo lui-même a reconnu que son plan
de rénovation urbaine, apprécié même à gauche,
arrivait "5, 7 ou 10 ans trop tard"
et que faute d'avoir mis suffisamment de moyens par
le passé, on en est réduit à faire du
"rattrapage". Si un Front républicain,
associant toutes les bonnes volontés, de droite et
de gauche, peut avoir un sens et une utilité, voilà
bien l'occasion et le moment de le mettre en oeuvre.
Pour parvenir à des résultats marquants, changer
le cadre de vie et l'habitat de ces banlieues, élever
le niveau de conscience et de connaissances générales
des jeunes, il faudra au moins une dizaine d'années
d'efforts collectifs. On a bien fait de la sécurité
routière et du cancer de "grandes causes
nationales" : pourquoi ne le ferait-on pas
pour tenter de réussir un nouveau "vivre
ensemble" ?
Dessin de Wozniak
publié
dans le Monde du 9 novembre 2005
L'insécurité.