Il faut réprimer la violence avant qu’il ne soit trop tard pour la France  !!

 

Editorial

 

Faire respecter la loi coûte que coûte et agrandir les prisons. Ne pas avoir peur des bavures et éviter les discours laxistes et culpabilisants. Secourir la population en danger et établir un couvre-feu généralisé à l’ensemble du territoire français. Faire descendre l’armée dans les villes et former des milices civiles pour renforcer les effectifs de la police. Consacrer des émissions permanentes de télévision aux incidents et montrer en direct les opérations de nettoyage dans toutes les régions. Telles sont les mesures prioritaires à entreprendre par le gouvernement français pour éviter l’escalade de la violence en France et donner l’exemple aux autres pays d’Europe.

 

L’expérience libanaise et proche-orientale est à prendre en compte. Nous pouvons comparer les casseurs qui détruisent les banlieues françaises aux Palestiniens armés des camps de réfugiés du Liban et de Jordanie, à la différence près que ces casseurs, peu armés jusqu'à présent, sont formés de voyous, criminels et terroristes, et jouissent de tous les droits au même titre que les autres citoyens français. N’ayant pas su en profiter, il est grand temps de les en priver en les empêchant de nuire hors des prisons.

 

Scénario à la jordanienne

 

En septembre 1970, les Palestiniens armés menacent la sécurité dans le royaume jordanien, tirant sur des civils. L’armée jordanienne bombarde sans distinction les immeubles d’où part le feu, faisant 3.500 morts dont de nombreux innocents, mais le résultat est là : l’ordre public est rétabli durablement et les Palestiniens armés sont chassés du pays, vers le Liban. Ce scénario ne peut être adopté par le gouvernement français pour des raisons évidentes.

 

Scénario à la libanaise

 

En avril 1975, les Palestiniens armés se déploient dans la banlieue de Beyrouth, établissent des barrages, enlèvent des Libanais et torturent des Libanaises dans les camps de Sabra et Chatila. L’armée libanaise est paralysée pour des raisons confessionnelles, des milices d’autodéfense se forment et s’affrontent de part et d’autre. C’est le départ d’une guerre de 15 ans. Bilan : 200.000 morts, un pays ruiné. Voilà ce à quoi la France s’expose : la non intervention rapide de l’armée française dans les banlieues aura pour conséquence l’exacerbation des tensions sociales, avec des attaques contre des édifices religieux et des agressions contre la population, entraînant de facto des affrontements entre groupes civils organisés. Un scénario à éviter coûte que coûte.

   

Scénario à l'israélienne

 

Là, les Palestiniens sont dans leur droit car ils sont chez eux et ont vu leurs villages détruits par les colons qui poursuivent leur expansion. En décembre 1987, l'intifada est lancée, prenant des allures de véritable guerre, entre kamikazes palestiniens qui se font exploser en plein coeur des villes et soldats israéliens qui pénètrent au moyen d'opérations musclées dans des quartiers à haut risque et en prennent le contrôle. Même si le contexte est différent pour la France, tel est le scénario à retenir : l'armée française rétablira ainsi l'autorité de l'Etat dans les banlieues, et les familles des casseurs arrêtés recevront des visites civiles de blâme qui donneront lieu systématiquement à des mesures d'expulsion si le cas s'y prête. 

 


 
Communiqué de presse
 
par JACQUES MYARD, publié le 7 novembre 2005 suite au discours du Premier ministre Dominique de Villepin
 
L'auteur est député UMP, président du Cercle Nation et République
 
Le gouvernement regarde enfin la réalité en face et a justement décidé de recourir aux pouvoirs que lui confère la loi du 3 avril 1955, en instituant un état d'urgence. Je m'en félicite sans restriction puisque je l'avais demandé avec force, afin d'établir un couvre-feu et donner de réels pouvoirs à la police face aux casseurs.
 
J'espère à ce titre que le gouvernement décidera d'appliquer l'article 11-1 de la loi qui permet au préfet d'ordonner des perquisitions à domicile de jour et de nuit pour saisir les cocktails molotovs qui sont fabriqués dans les caves des cités. Quant aux bobos salonnards et gauchistes qui clament déjà leur indignation, ils pourraient bénéficier d'une mesure de faveur en étant assignés à résidence dans quelques quartiers chauds pour avoir les idées plus claires.
 

 
L’identité et ses pièges
 
par ISSA GORAIEB, publié dans l'Orient-le Jour le 9 novembre 2005
 
Qu’ils soient chrétiens ou musulmans, jeunes ou vieux, de gauche ou de droite, qu’ils aient ou non des sympathies françaises, les Libanais ne peuvent évidemment rester indifférents à la contestation violente dont l’Hexagone est depuis une douzaine de jours le théâtre. Confusément, de près ou de loin, ils se sentent même concernés par cette tornade venue soudain secouer un pays qui a joué - et continue de jouer - un rôle aussi capital dans la formation, puis la pérennité du Liban moderne. Le plus frappant cependant, c’est cet irrésistible besoin de se livrer à des rapprochements, d’établir des parallèles, qui semble s’être emparé de bon nombre de nos compatriotes.

La France n’est certes pas le Liban, pas plus que le Liban n’est la France. Ici, en effet, un conglomérat de communautés, un confessionnalisme tantôt conflictuel et tantôt consensuel ; et là, une doyenne de démocratie tirant légitime fierté de sa laïcité républicaine. Voilà bien pourtant deux sociétés foncièrement libérales qui, à des degrés d’inconscience divers (et en écartant un moment, il est vrai, d’autres paramètres non moins importants), n’ont pas adéquatement traité le brûlant problème de ces ceintures de misère qui les entouraient : ces sociétés n’ont pas réalisé qu’elles étaient assises sur un volcan assoupi. Le Liban, refuge des minorités, et la France, patrie des droits de l’homme, ont également en commun d’avoir cultivé leur vocation de terre d’asile. Entreprise généreuse certes, mais n’excluant pas dans certains cas quelques avantages, tel celui de disposer d’une main-d’œuvre bon marché pour toutes les humbles tâches que dédaigne le commun des citoyens.

Là s’arrête le parallèle cependant, si parallèle il peut réellement y avoir. La France est dramatiquement rattrapée aujourd’hui par un passé colonial qu’elle n’a pas encore entièrement, parfaitement assumé, et cela de l’aveu même de ses propres dirigeants. L’ironie du sort veut même que pour instituer l’état d’urgence et rétablir ainsi l’ordre et le calme dans les banlieues en émeute, il ait fallu exhumer une loi d’exception datant… de la guerre d’Algérie : initiative qui dans un paysage politique invariablement enclin à la chicane et à la polémique est aussitôt devenue matière à débat.

Toujours est-il que cette masse de travailleurs immigrés, surtout maghrébins, la France l’a accueillie pour des raisons en bonne partie économiques. Elle en a fait des citoyens français ; elle s’est engagée à les intégrer, mais ne l’a fait qu’à moitié, et des décennies de laxisme face à l’immigration clandestine n’ont guère arrangé les choses. La prolifération des ghettos devenus de véritables ilôts d’insécurité, la discrimination en matière d’emploi ne sont pas hélas phénomènes bien nouveaux. Et c’est pour éteindre un incendie prévisible sinon annoncé que l’Autorité se trouve maintenant acculée à brandir d’une main le bâton et de l’autre une carotte passablement passée de saison : c’est-à-dire un train de mesures socio-économiques en faveur des banlieues déshéritées.

La misère, c’est bien connu, est le terreau idéal où croît et se développe la contestation : laquelle, dans le choc furieux des racismes, fanatismes et intégrismes, a vite fait de se muer en affrontement des cultures, lui-même une aubaine pour la manipulation et la subversion. Il n’est pas vrai que la globalisation a fait de la planète un vaste village : en ce début de 21e siècle, jamais les particularismes nationaux, religieux ou autres n’ont au contraire paru plus nombreux, plus vivaces. C’est un singulier pari que se doit de gagner en ce moment la France : celui d’amener tous ces Français pas comme les autres à se reconnaître pleinement enfin dans leur identité d’adoption. Sans pour cela qu’elle y perde, elle-même, son âme.
 

 
Menace sur les Champs-Elysées
 
paru dans le Figaro le 9 novembre 2005

La capitale est jusqu'alors relativement épargnée par les violences urbaines, mais les forces de l'ordre sont en alerte. Depuis 48 heures, une enquête est ainsi menée par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) afin d'identifier les auteurs d'un mystérieux mail donnant rendez-vous aux émeutiers, samedi prochain, sur l'avenue des Champs-Elysées. Ce quartier, à forte charge symbolique, est certainement l'un des plus sécurisés d'Europe : plus de 700 policiers y travaillent chaque jour. Les sorties du RER A y feront cependant l'objet d'une surveillance soutenue ce week-end. A la dernière Saint-Sylvestre, l'avenue avait été le théâtre d'affrontements orchestrés par des bandes de banlieue. Une quarantaine de policiers avaient été blessés lors des altercations.


 
République secouée
 
par SERGE TRUFFAUT, publié dans le Devoir le 8 novembre 2005

D'abord circonscrite dans les cités de la région parisienne, la flambée de violences a atteint plusieurs villes de provinces. Jusqu'à présent plus de 1.000 véhicules ont été brûlés, près de 400 personnes blessées. Vu l'ampleur des événements qui opposent avant tout des jeunes Maghrébins aux forces de l'ordre, le premier ministre Villepin a décidé d'accorder aux préfets le droit d'imposer le couvre-feu. Une première depuis des lunes qui en dit long sur la gravité de la situation. Cet arrêt pris afin de rétablir l'ordre à court terme s'est accompagné d'une série de dispositions illustrant les ratés du modèle républicain en matière d'intégration des immigrants. Ou plus exactement sur le cynisme des élites du pays. Il y a dix ans, faut-il le rappeler, Jacques Chirac s'était fait élire en promettant un combat de tous les instants contre la fracture sociale. Il y a trois ans, il avait axé sa campagne sur la sécurité. Et voilà qu'aujourd'hui le président donne sa caution à un train de mesures qui auraient dû être appliquées au cours des dix dernières années.

Antérieurement à l'immigration maghrébine, le modèle républicain d'intégration reposait, grosso modo il va sans dire, sur trois socles : l'école pour les raisons que l'on devine, la syndicalisation parce qu'elle favorisait la socialisation politique des individus et le service militaire qui, heureusement, fut aboli, mais n'a jamais été remplacé par ce service civique envisagé alors que Lionel Jospin était à Matignon. Bref, ces vecteurs d'intégration sont l'ombre de ce qu'ils étaient. Lorsqu'on combine cela au taux de chômage élevé et surtout aux ravages sociaux qu'il provoque, on obtient un cocktail fait de colère, de violence, de révolte qui, on le constate ces jours-ci, s'exprime avec d'autant plus de force qu'entre ces jeunes et le pouvoir il n'y a pratiquement pas de relais. Plus exactement, il y a absence de représentation politique.

Dans une étude consacrée au sujet, Olivier Masclet de l'Université de Metz note que "les enfants d'immigrés d'aujourd'hui sont largement absents des usines, des syndicats et des partis ouvriers qui se trouvent, depuis un siècle, au coeur de la socialisation politique des milieux populaires". De là s'ensuit, en partie, un déficit politique dont les émeutes actuelles sont la traduction. Hier, Villepin a indiqué que la contribution publique au monde associatif serait... restaurée ! Qu'on y songe, un jour on entonne l'air de la fracture sociale et, le lendemain, voilà qu'on sabre les budgets de ce réseau qui fait aujourd'hui ce que le syndicalisme faisait hier, soit l'apprentissage du politique. Soit surtout l'implication dans le débat politique. Le modèle républicain a besoin d'un bon coup de fouet.


 
Questions autour du maintien de l'ordre

Le gouvernement cherche toujours les moyens de rétablir l'ordre. Lundi 7 novembre, les violences urbaines, qui perdurent depuis plus de dix jours, ont fait une première victime
 
par PASCAL CHARRIER et MICHEL WEINTROP, publié dans la Croix le 7 novembre 2005
 
La police est-elle formée pour réagir à ces violences urbaines ?

Les images d’une périphérie "à feu et à sang", les records de voitures incendiées, tout cela peut laisser croire que la police est débordée. Ce que les intéressés démentent. "Les policiers suffisent bien au rétablissement de l’ordre et de la sécurité et ils l’ont déjà montré", dit-on à Unsa-Police, l’un des principaux syndicats de police. Ce que Paul le Guennic, l’un de ses responsables, confirme : "On a déjà vu les policiers aux prises avec ce genre de violence, notamment à Toulouse ou à Pau, et elle a toujours réussi à rétablir l’ordre." Pour ce policier, ce n’est pas tant la formation qui est à reconsidérer que les techniques d’intervention. "Parmi les 61 Compagnies républicaines de sécurité, soit environ 12.000 hommes, explique-t-il, il existe des Sections de protection et d’intervention (Spi) particulièrement entraînées à affronter de tels troubles. En revanche, on commence à fonctionner de manière différente, par petits groupes moins statiques, qui peuvent quadriller et se déplacer rapidement, pour répondre aux techniques des casseurs. Et cela semble marcher puisqu’on réussit de plus en plus d’interventions."

Une police de proximité peut-elle être efficace ?

Pour Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS et enseignant à l’Ecole nationale de police à Lyon, "la police envoyée dans les banlieues n’est pas vraiment faite pour maintenir l’ordre dans les espaces habités…" Pour ce spécialiste de la police de proximité (Il a écrit Police de proximité, Ed. du Seuil), cette dernière est la plus à même à réussir, étant donné qu’elle n’est pas considérée comme un ennemi lors des émeutes, qu’elle a su tisser des liens avec les habitants des quartiers sensibles. Le problème, c’est qu’elle n’existe pratiquement plus. "Nicolas Sarkozy, qui voulait rompre avec l’image de la police “gentille” l’a laissée mourir de sa belle mort", affirme Sebastian Roché. "Des postes ont été fermés, des effectifs ont été prélevés et affectés à d’autres tâches. Plus personne n’est présent sur le terrain de manière continue." Quant aux polices municipales, même si Sebastian Roché constate un fort accroissement de ses effectifs depuis quelques années, 20.000 hommes (contre 220.000 policiers de l’État), il ne la juge pas prête à accomplir sa mission. "Pas assez d’encadrement de haute qualité, pour des raisons juridiques de recrutement d’ailleurs… Et puis si les élus souhaitent qu’elles remplissent un rôle de police de proximité, les agents municipaux, eux, désirent ressembler plus à une police de répression."

Quelle prévention est-il possible de mettre en place ?

Xavier Raufer, auteur avec Alain Bauer d’un "Que sais-je ?" sur Les violences et insécurités urbaines, estime qu’il est temps de bouleverser la carte de la présence policière. "Depuis Pétain, il n’y a pas eu de restructuration des commissariats, critique-t-il. Or, les populations ont énormément migré vers les banlieues. Résultat, la police est abondante dans les centres-villes, les gendarmes quadrillent les campagnes et il n’y a pas vraiment de forces de police entre les deux. En outre, la France a été incapable de créer un vrai renseignement criminel. Résultat : on ne sait pas qui va agir et où…" Pour lui, il est urgent de refaire un maillage des banlieues qui permette une présence policière permanente, et non une réponse épisodique par des opérations "coup-de-poing." Une opinion que partage Sebastian Roché : "Aujourd’hui, il est surtout important de quadriller avec une nouvelle police de proximité les quartiers et les villes qui n’ont pas encore été touchés pour prévenir la diffusion de la violence. Mais pas en refaisant les mêmes erreurs, notamment de trop petits commissariats, ou en prenant des effectifs sur les équipes de police judiciaire. Il vaut mieux y détacher par exemple des CRS. La police doit d’abord se faire voir, ensuite travailler à tisser ses relations."

Faut-il mettre en œuvre des mesures d’exception, comme le couvre-feu ?

Dans l’absolu, tout est possible : l’état de siège (loi de 1849), comme l’état d’urgence (loi de 1955). "Ces deux lois relèvent de l’artillerie lourde et concernent des cas où les institutions de la République sont en péril", commente le juriste François Saint-Bonnet, auteur de L’Etat d’exception (PUF). "Il s’agit de dispositifs qui organisent un régime de restriction drastique des libertés, pas du tout adaptés à la situation actuelle. C’est un arsenal trop lourd par rapport à ce qui se passe en banlieue ." A une échelle plus locale, il est davantage envisageable de mettre en place un couvre-feu, comme l’a décidé hier Eric Raoult, pour sa commune du Raincy (Seine-Saint-Denis). Les maires en ont le pouvoir dans le cadre de leur statut de responsables de l’ordre public sur le territoire de leur commune. C’est ce qu’ont déjà fait par le passé plusieurs élus qui voulaient interdire à des mineurs de circuler seuls, passé une certaine heure de la nuit. Reste la difficulté de faire appliquer un tel arrêté sur le terrain.

Les forces armées pourraient-elles intervenir dans les banlieues ?

Le président du Mouvement pour la France Philippe de Villiers a été l’un des premiers à réclamer l’envoi de l’armée pour rétablir l’ordre. Plus surprenant, certains élus de l’opposition, comme le maire socialiste de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), Michel Pajon, ont suggéré à leur tour hier l’intervention des forces armées dans les quartiers touchés par les violences urbaines. Là aussi, rien n’interdit à la République de faire appel aux militaires en métropole. "Mais ce serait mettre le feu aux poudres, affirme le sociologue Jean-Marc Stébé, de l’université de Nancy II, auteur d’un "Que sais-je ?" sur Les Médiations des banlieues difficiles. Pour l’instant, les casseurs prennent cela comme un jeu. Si l’armée intervient, il y aura des morts…" La proposition est également aussitôt rejetée par plusieurs syndicats policiers. "Bien que grave, la situation ne nécessite pas de telles mesures. On n’en est pas à avoir besoin de l’armée dans les rues, affirme Jean-Claude Delage, secrétaire général adjoint d’Alliance. Les forces régulières doivent suffire."

François Saint-Bonnet est du même avis : "D’un point de vue politique, cela aurait des effets dévastateurs. Cela poserait aussi des problèmes d’adaptation. Les militaires ne sont pas formés à cela." Le juriste rappelle les précédents sanglants de l’immédiat après-guerre. Même en mai 1968, les forces armées n’ont pas été appelées pour faire du maintien de l’ordre. "Ce n’est ni leur métier, ni la conception que nous avons en France de l’armée depuis le XVIIIe siècle, poursuit Dominique David, responsable des études de sécurité à l’Institut français des relations internationales. L’appel à l’armée serait un signe de panique, de mauvaise interprétation de la situation et de totale irresponsabilité."
 

 
"Notre stratégie est la bonne", par Nicolas Sarkozy
 
publié dans le Monde du 6 novembre 2005
 
L'auteur est ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire
 
La France connaît depuis quelques jours une flambée de violences urbaines. Des individus sans foi ni loi n'hésitent plus à tirer à balles réelles sur les représentants de la République, à saccager, piller et brûler des écoles. Un père de famille est battu à mort à coups de pieds et de poings sous les yeux des siens. Une personne handicapée, coincée dans un bus, est aspergée d'essence avant d'être enflammée. Devant ce déferlement de violences gratuites, on est en droit d'attendre de tous du discernement et de la dignité, plutôt qu'une exploitation politicienne des événements. Faut-il être inconscient et bien peu responsable pour trouver encore le temps de polémiquer quand les fondements de la paix civile et de l'ordre républicain sont en cause et que la vie même de certains de nos compatriotes est menacée ? Mais puisqu'une tribune, hier, a été offerte dans les pages de ce journal, à des propos et des commentaires qui relèvent de la polémique, je ne peux, chargé que je suis de la sécurité et des libertés des Français, me taire.

La stratégie que ce gouvernement met en oeuvre maintenant depuis quatre ans est la bonne. Je la défends plus encore aujourd'hui qu'hier, non parce qu'elle serait une stratégie de "droite", mais parce qu'elle est à ce jour la seule qui ait fait ses preuves. Ceux qui la contestent en ce moment pour des raisons purement idéologiques ont la mémoire courte. Les Français, eux, n'ont sans doute pas oublié le triste record de cette politique angélique et calamiteuse : plus de 4,1 millions de crimes et de délits constatés en France en 2002 ! Et déjà les violences urbaines, ne l'oublions pas ! En deux ans, en nous montrant résolument pragmatiques, nous avons ramené ce chiffre à 3,8 millions, soit presque 8 % de moins. Et cette diminution se poursuit cette année encore. En octobre 2005, nous avons enregistré 17 % de crimes et de délits de moins qu'en octobre 2001. N'ayant tiré aucune leçon de leurs échecs successifs et de ce vaste mouvement d'exaspération populaire qui a conduit au 21 avril 2002, les socialistes, qui avaient la charge de notre sécurité persistent dans l'erreur. Non, nous n'abandonnerons pas le souci d'efficacité et de pragmatisme qui est le nôtre, pour ressortir leur conception hémiplégique de la police de proximité qui n'était en fait que du laxisme et de la faiblesse déguisés.

Je suis favorable à la police de proximité. J'appartenais en 1994 au gouvernement qui l'a introduite dans notre droit. Et je trouve excellent que la police cultive des liens étroits avec la population, soit à l'écoute de ses besoins, rencontre les associations et les professionnels. Mais, comme je l'ai déjà expliqué à diverses reprises, la police de proximité ne peut se construire au détriment de la police d'investigation et d'interpellation. Ce n'est pas l'une sans l'autre : mais l'une avec l'autre. Je considère que le rôle de la police n'est pas de faire de l'animation sportive. J'ai préféré remobiliser les forces de sécurité sur leur coeur de métier, renforcer leurs moyens d'action, et remettre les victimes au centre de leur mission. Aujourd'hui, police et gendarmerie sont non seulement chargées de maintenir l'ordre, mais aussi d'interpeller les auteurs de crimes et de délits. A chacun son métier. Les médiateurs sont faits pour dialoguer, les forces de l'ordre d'abord pour arrêter les délinquants : c'est peut-être ça le vrai changement et l'origine des affrontements présents. Nous ne tolérons plus les zones "interdites", où le crime organisé et les trafics mafieux règnent en maître et où les honnêtes gens sont obligés de se taire et de baisser les yeux.

De la même façon que nous avons réussi à rétablir la sécurité dans les transports publics, notamment en Ile-de-France, grâce à un renforcement sans précédent des effectifs, nous ramènerons l'ordre et la tranquillité dans ces territoires depuis trop longtemps laissés à l'abandon. Partout sur le sol de la République, et pas seulement dans les beaux quartiers, les Français ont le droit de vivre en sécurité, sans craindre pour leurs biens ou leur intégrité physique. C'est un droit absolu pour chacun d'entre nous. Et je demande que l'on mesure bien l'enjeu fondamental de la présence de la police dans les banlieues. La police est la police de la République. Elle assure l'ordre de la République. Si elle ne le faisait pas, quel ordre lui succéderait ? Celui des mafias ou celui des intégristes.

Mon nom est conspué dans les rangs des bandes qui terrorisent les quartiers. La belle affaire ! C'est dans l'ordre des choses. Ce qui me choquerait plutôt, c'est qu'ils me portent aux nues. Manifestement, si les criminels et les voyous n'aiment guère notre politique de sécurité, les Français la soutiennent. Ce que nos concitoyens apprécient depuis 2002, c'est indiscutablement les objectifs clairs de la politique de lutte contre l'insécurité. Celle-ci s'appuie en effet, désormais, sur le bon sens et non plus sur l'idéologie : les victimes ont droit à davantage de protection et de compassion que leurs agresseurs ; la loi est faite, avant tout, pour protéger les faibles ; la prévention, qui est indispensable, ne doit pas exclure la répression, chaque fois qu'elle s'avère juste et nécessaire. Devant les actes de sauvagerie et de vandalisme ­ je ne fais aucun amalgame entre les voyous et l'immense majorité des jeunes de banlieues qui ne songent qu'à réussir leur vie­, les Français peuvent compter sur la totale détermination du gouvernement.


 
Le bûcher de l'intégration à la française
 
par ALAIN DUHAMEL, publié dans Libération le 9 novembre 2005
 
Contrairement à ce que tentent de faire croire les télévisions américaines d'information continue et le Front national, la France n'est pas au bord de la guerre civile mais elle vit plutôt le crépuscule d'une tentative originale et honorable, celle d'un modèle d'intégration typiquement tricolore. Ce qu'annoncent les milliers de voitures incendiées, les centaines d'échauffourées nocturnes, les dizaines d'équipements publics dévastés depuis une dizaine de jours, c'est l'agonie d'une histoire française vieille d'un siècle, d'une aventure idéaliste et ambitieuse, orgueilleuse et généreuse, qui voulait faire des immigrés venus de tous les pays, issus de tous les peuples, façonnés par toutes les religions et par toutes les cultures d'identiques citoyens français. La République française entendait démontrer au monde que, avec sa laïcité, son école, sa langue, son passé, ses valeurs universelles, son Etat volontariste, elle était capable de métamorphoser tout étranger, venu de n'importe quel continent, quelles que soient la couleur de sa peau et ses croyances originelles, en un Gaulois moustachu, patriote et râleur. Cette assimilation méthodique était l'une des pièces maîtresse de la fameuse et péremptoire exception française.

D'autres pays -­ les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, les Pays-Bas, le Canada ­- avaient choisi la voie différente du multiculturalisme et du communautarisme. Ils acceptaient, ils encourageaient les immigrés à entretenir leur culture, leur langue, leur mémoire, leurs moeurs d'origine. Ils leur concédaient donc une marge d'autonomie, d'auto-organisation. Ils admettaient, ils proclamaient, ils facilitaient la persistance des différences. En France, le creuset républicain, ce chaudron mystérieux et unique, recherchait l'objectif inverse. Des immigrés multiples, il s'agissait de faire des citoyens uniques. Pendant longtemps, Paris a observé avec une supériorité goguenarde les émeutes raciales, les affrontements interethniques au sein des Etats ayant opté pour le communautarisme. Aujourd'hui, c'est à son tour de pleurer son modèle incendié.

La décade terrible que traverse la France, d'abord dans la banlieue parisienne puis dans toutes les régions, sert en effet de révélateur féroce : elle théâtralise, dans le feu et les flammes involontairement symboliques, le bûcher de l'intégration à la française. Ce vieux pays d'éternelle immigration ­- contrairement à tous ses voisins, la France n'a cessé d'être un pôle d'immigration, quand les autres ont si souvent été des peuples d'émigrants ­- semble maintenant avoir atteint les limites de son propre modèle. Les incendiaires, les caillasseurs ont entre 10 et 25 ans. L'immense majorité d'entre eux est née sur le territoire français, et est donc de nationalité française. Les cibles qu'ils choisissent sont les symboles mêmes de la société : la police, l'école, la crèche, le collège, le centre de loisirs collectifs, la voiture du voisin, la boutique du riverain. Ils enragent contre une société qu'ils vivent comme injuste et discriminatoire. Ils se sentent rejetés par elle et ils la rejettent à leur tour. S'il s'agissait d'un débat rationnel, on pourrait argumenter, reconnaître les erreurs (la ghettoïsation territoriale, les longues barres inhumaines, l'amputation des crédits d'intégration, la médiation sacrifiée, les associations asphyxiées, la police de proximité décimée) mais aussi souligner les efforts : rénovation urbaine, emplois aidés, enseignement prioritaire (pas assez), équipements collectifs. On pourrait se jeter des chiffres et des sigles à la tête : cela ne servirait à rien.

Nous sommes bien au-delà d'une discussion posée. Il y a d'un côté une fraction de la jeunesse la plus déshéritée, la plus acculturée, celle qui ne connaît que la pauvreté, la scolarité chaotique, l'absence de toute qualification professionnelle et la perspective du chômage : elle se jette dans la violence la plus provocatrice, la plus périlleuse, la plus stérile malgré les efforts des élus, des enseignants, des religieux, des responsables associatifs. En face, l'Etat multiplie dans le désordre depuis vingt ans avec d'incessants et irritants changements de cap les crédits, les contrats, les plans et les législations, comme on construit un château de sable que la marée emporte.

Le bilan de cette colère sans issue politique ou sociale et de cette impuissance coûteuse et débilitante débouche sur l'épuisement d'un modèle d'intégration. Pour la première fois, une génération née en France se sent nettement moins bien intégrée que celle de ses parents venus d'ailleurs et se comporte de telle manière qu'elle est regardée comme plus étrangère à la collectivité nationale. La société française entame ainsi un processus de dissociation, aux antipodes même de ses efforts et de ses principes vieux d'un siècle. Les discriminations (logement, scolarité, embauche) sont accentuées par la crise sociale qui s'enracine depuis trente ans. Les réactions violentes et transgressives des adolescents et des jeunes adultes qui rejettent toute norme sociale et vivent en état d'anomie dramatisent cet éloignement. Lorsque les incendies s'éteindront et que les cocktails Molotov s'épuiseront, une défiance accrue entre les habitants des "quartiers" et les autres subsistera.

La peur, la provocation et la rage auront communautarisé la société française. Plaider pour la mixité sociale des logements risque alors de ne plus séduire que l'abbé Pierre et Olivier Besancenot. Reconstruire l'intégration à la française ressemblera plus que jamais au destin de Sisyphe, sauf volontarisme réellement proportionnel au désastre.


 
Les cités, c'est la France !
 
par JEAN-MARC AYRAULT, publié dans le Figaro le 7 novembre 2005

L'auteur est président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale

Le moins que l'on puisse dire est que la réponse des autorités gouvernementales apparaît désordonnée et impuissante. Là où la politique des cités s'appuyait sur une approche globale et continue, certes insuffisante mais indispensable, le pouvoir a suivi, depuis trois ans, le ministre de l'Intérieur dans une dangereuse démarche de rupture. Rupture dans les priorités. Décrites comme des "zones de non-droit", les cités ont fait l'objet d'un traitement policier qui a trop souvent relégué le rattrapage social ou éducatif au second plan. La fermeté est évidemment indispensable pour combattre la loi des bandes et des délinquants, mais sans un travail de fond contre le chômage, la ghettoïsation, les discriminations, elle alimente le sentiment de relégation. Or dans ces domaines les efforts de l'Etat ont été beaucoup plus chiches.

La deuxième rupture a été la réorganisation des forces de sécurité. La police de proximité tirait sa force de son immersion dans la population et permettait d'anticiper les conflits. Elle a été liquidée. Son remplacement par une police tournée vers les opérations coup de poing (trop souvent médiatisées) n'a pas donné de résultat probant dans la lutte contre les violences. Il apparaît aujourd'hui qu'un rééquilibrage entre les missions de prévention, d'anticipation, d'investigation et de répression est nécessaire. De même faut-il revoir la formation des policiers souvent mal adaptée à la réalité des quartiers et rendre leur recrutement plus conforme à la diversité du pays. Cette adaptation des forces de sécurité doit s'accompagner d'un appui financier et logistique de l'Etat au travail de prévention sociale des élus locaux et des associations. L'assèchement de leurs subventions a laissé, dans certains cas, le champ libre à des organisations religieuses.

C'est la troisième rupture : l'institutionnalisation du communautarisme. La dérive communautaire ne date pas de M. Sarkozy. Mais l'instrumentalisation du Conseil français du culte musulman par la Place Beauvau a érigé des organisations religieuses en médiateurs de la vie des cités. S'il est temps de reconnaître à l'islam sa place de deuxième religion de France et lui donner les moyens d'exercer son culte dans la dignité, arrêtons de lui demander de régler la vie des cités à la place de la République. La laïcité doit retrouver ses droits. La médiation sociale est l'affaire des municipalités et des associations, non des prédicateurs. Le cocktail Sarkozy était explosif. Il a hélas explosé. Il ne saurait être question pour nous d'attiser le feu. Quelles que soient les fautes du pouvoir, nul ne peut justifier ce déchaînement de violence. Le retour à l'ordre républicain est la première urgence. Mais le gouvernement ne peut pas s'en tenir là et à la confection improvisée d'un énième plan banlieue. Tout un recadrage politique est à opérer, au plan de la sécurité, de l'économie, du social, de l'égalité des chances. C'est le sens du débat parlementaire que nous demandons.

Toute la nation est interpellée. Est-elle prête à consentir l'effort de remise à niveau des quartiers en difficulté ? Accepte-t-elle les règles de mixité sociale en matière de logement et d'urbanisme ? Veut-elle se donner les moyens d'assumer la pleine égalité des chances à tous ses enfants, quels que soient leur origine, leur nom, leur quartier ? Le politique doit avoir le courage de ce langage de vérité. La véritable égalité des chances implique de soutenir plus massivement les quartiers déshérités que les autres. Elle exige, par exemple, que leurs écoles aient moins d'élèves par classe, plus de profs expérimentés, plus d'encadrement, plus de crédits. Il ne s'agit plus de distribuer la manne financière à l'aveugle mais de la cibler sur les familles qui cumulent les handicaps sociaux. Ce contrat de remise à niveau doit être clairement établi devant les Français.

De la même manière ne faut-il plus esquiver les difficultés de notre pays à assumer la diversité de sa population. Trop de jeunes, nés en France, titulaires d'une carte d'identité nationale, se sentent étrangers à leur pays. Parce que la société les renvoie à leurs origines, parce qu'elle oublie de leur transmettre ses valeurs de solidarité et de civisme. C'est pour retrouver ce sentiment d'appartenance nationale que j'ai défendu à l'Assemblée une proposition de loi visant à instaurer un service civique obligatoire pour tous les jeunes Français, garçons et filles. Offrir quelques mois de son temps aux personnes âgées, aux handicapés, aux malades, redonnerait une réalité au brassage social. Il n'est plus possible d'en faire l'économie.

"Le ciel redevenait sauvage, le béton bouffait le paysage", chantait Reggiani il y a trente ans. Nous en sommes là. La République est au pied des barres. En rester à quelques mesures de circonstances l'exposerait à de nouveaux embrasements. Il lui faut retrouver "le goût de la fraternité". Redonner une réalité aux valeurs qu'elle proclame. Les cités, c'est la France ! ll n'y a certainement pas de solution magique. Les cités en difficulté sont le miroir des dégradations de notre modèle républicain, le reflet de notre crise nationale. Celle-ci ne se réduit pas à la dépression économique et sociale, elle est aussi une perte de repères et de normes dans notre vie collective. La politique de la ville menée depuis vingt-cinq ans a montré à cet égard ses limites. Le saupoudrage et les pansements ne suffisent plus. Ce doit être une priorité globale, massive, qui redonne un contenu à notre vouloir vivre ensemble.


Violences urbaines : Inquiétude internationale

Alors que, pour la onzième nuit consécutive, les émeutes se sont répétées dans les cités, de nombreux pays appellent aujourd'hui leurs ressortissants en voyage en France à la prudence. Leurs analyses sont pessimistes

par PAULINE LECUIT, publié dans l'Express le 7 novembre 2005

Alors que la France a connu hier soir sa 11e nuit d'émeutes - 1.408 véhicules brûlés et 395 interpellations - le ministère britannique des Affaires étrangères a recommandé ce matin à ses ressortissants d'être "extrêmement vigilants" s'ils doivent se rendre ou transiter par les zones touchées par la violence en région parisienne. "Cette violence touche également d'autres régions françaises avec des troubles dans plusieurs villes, dont Dijon, Lille, Marseille, Lille et Toulouse", précise le Foreign Office sur son site Internet. Samedi, le Herald Tribune s'interrogeait sur le profil des insurgés du 9-3. A la question "Qui sont les véritables français ?", Mamadou, un français d'origine malienne, répondait : "Ceux qui ont les yeux bleus et la peau blanche !"

Cet appel à la prudence vient rejoindre ceux déjà émis par la Finlande, l'Australie, la Russie ou les Etats-Unis, qui n'hésitent pas à comparer Paris à Bagdad. Condamnant fermement les violences et les actes de vandalisme gratuits qui les accompagnent, le ministre australien des Affaires étrangères, Alexander Downer, s'est déclaré inquiet, affirmant que "malheureusement, les émeutes risquaient encore de s'étendre". L'ambassade du Portugal a également offert sa protection en cas de danger et Khadafi son aide à Jacques Chirac.

Des analyses alarmistes

"Face au problème de la discrimination ethnique et religieuse, la France n'a pas su prendre la juste mesure", estime le New York Times. "Un cocktail explosif", renchérit le Times. Le quotidien anglais observe ainsi que "le modèle républicain français - tous citoyens et égaux en droit - a été sérieusement mis à mal cette dernière semaine". Par leurs violences, "les enfants d’immigrés pauvres, à dominante musulmane du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne manifestent leur rejet". Titrant "Les feux de la désintégration", le Los Angeles times compare la situation en France à celle connue en Grande Bretagne, au moment des attentats dans le métro de Londres, et juge la première plus préoccupante. "Le problème ? Les propos provocateurs de l’ambitieux ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy".

Si, au Japon, le Tokyo Shimbun évoque d'éventuelles répercussions des émeutes sur le tourisme - 620.000 Japonais sont venus en France en 2004 - la presse nipponne évoque elle aussi surtout le problème de l'immigration en France. "Les immigrés isolés, cercle vicieux de la haine", titre ainsi en une, dimanche, le quotidien japonais de droite Sankei Shimbun. "Explosion du mécontentement de la communauté des immigrés", répète le quotidien de gauche Asahi Shimbun, tandis que le quotidien centriste Mainichi Shimbun estime que "le sentiment de marginalisation attire la radicalisation". Dans un entretien au journal Milliyet, le premier ministre turc associe pour sa part la flambée de violence en France au "processus qui interdit le port du voile dans les établissements scolaires". "Nous avons toujours défendu l'alliance des civilisations (afin de rapprocher l'islam et l'Occident) et voulu faire comprendre combien une adhésion de la Turquie à l'Union européenne était importante dans ce domaine mais certains n'ont pas voulu comprendre, surtout les Français", insiste-t-il, pointant la menace de l'islamisme radical.

Un quart-monde français

La presse du Maghreb reste globalement discrète sur les événements qui se déroulent en France. La Tribune algérienne note la fin du mutisme de Jacques Chirac, et Aujourd'hui le Maroc observe que "la politique et les interventions musclées de Nicolas Sarkozy sont critiquées de toutes parts, y compris par les familles des victimes, qui ont refusé sa visite. Si les matchs entre la République et ceux que Sarkozy a traité de 'racaille' se jouent en nocturne, la misère, elle, s'étale au grand jour au milieu des barres des banlieues", note pour sa part le quotidien algérien Liberté, estimant que "la misère fait des habitants des 'banlieues en flammes' le 'quart-monde français' ".

Asharq Al-Awsat, quotidien saoudien édité à Londres, fait par contre sa Une sur le sujet. "La France, connue pour être la vitrine européenne du métissage des cultures et de l'amitié euro-méditerranéenne (...) a échoué dans sa gestion d'un problème hérité de la période de la colonisation. Ils sont 5 millions de Français d'origine étrangère à vivre dans des conditions misérables. Il est impensable, dans un pays démocratique, qu'une si forte minorité n'ait aucun représentant au sein du Parlement, une institution supposée refléter toutes les composantes du pays, sa racaille et ses seigneurs", s'indigne ainsi son éditorialiste. Sur le même ton, Al-Quds Al-Arabi, autre quotidien panarabe édité à Londres, dénonce les propos tenus par Nicolas Sarkozy. Le journal fait cependant le vœu que ces événements jouent le rôle de "choc électrique pour les deux parties, le Français et l'immigré, afin qu'ils entament un vrai dialogue allant aux racines du problème".


Les fléaux des cités

 
Juste avant les émeutes, un rapport dressait la liste des handicaps affectant les "zones urbaines sensibles"
 
par SYLVAIN BESSON, publié dans le Temps le 9 novembre 2005
 
Les cités, ou "zones urbaines sensibles" (ZUS) en langage administratif, sont plus que des quartiers isolés à la périphérie des villes de France. Elles forment presque un petit pays fait de 751 ensembles qui contiennent 1,8 million de logements. Quelque 2,7 millions de personnes âgées de 15 à 65 ans y habitent. Le 24 octobre dernier, trois jours avant le début des émeutes à Clichy-sous-Bois, l'Observatoire des zones urbaines sensibles publiait un rapport destiné à donner une image scientifique de la situation des ZUS. Sans être désespérant, le tableau est sombre, en particulier concernant le chômage chez les 15-59 ans, qui est en moyenne de 20,7%, soit le double de la moyenne nationale. Seules les femmes diplômées, relativement peu nombreuses dans les cités, connaissent un taux d'inactivité comparable à celui du reste de la France. Le revenu fiscal moyen par ménage et par an est de 19.000 euros, contre près de 28.500 euros ailleurs en France.

Deux fois moins de médecins

A ces difficultés économiques s'ajoutent des problèmes d'éducation et de santé. Dans les classes maternelles, un élève sur cinq souffre de difficultés d'élocution, contre 13% dans les autres écoles, ce qui reflète la forte proportion d'immigrés vivant dans les ZUS. Il y a deux fois moins de médecins que dans le reste du pays, et davantage de cas d'obésité et de mauvaise santé dentaire. La délinquance est aussi plus prononcée dans les ZUS : en 2004, on y relevait 68 faits de délinquance pour 1.000 habitants, contre 47,3 en moyenne nationale. Il s'agit notamment de vandalisme, d'actes de violence ou de vols. Le taux d'incendies volontaires était déjà deux fois plus élevé que dans le reste de la France, un chiffre que les récentes émeutes ne vont pas contribuer à améliorer.

250.000 nouveaux logements

On comprend mieux que beaucoup d'habitants des cités ne s'attardent pas et partent vivre ailleurs. 61% des habitants des ZUS de 1990 avaient quitté ces territoires neuf ans plus tard. Ceux qui ont le plus de rique de rester sont les gens les plus pauvres, les plus touchés par le chômage, les moins diplômés et les femmes élevant seules leurs enfants. Selon le rapport, "les enfants d'immigrés, quel que soit leur niveau de diplôme, restent plus souvent que les autres en ZUS". Le gouvernement français n'a pas lésiné sur les moyens pour tenter d'inverser ces tendances négatives. La création de zones franches jouissant de taux d'imposition préférentiels a permis la création de 37.000 entreprises. Le programme de rénovations urbaines engagé depuis 2003 prévoit la démolition de quelque 30.000 logements vétustes (la plupart des ZUS ont été construites entre 1960 et 1975), la construction de plus de 27.000 nouveaux logements et la réhabilitation de 53.000 autres. Une loi datant du début de l'année est encore plus ambitieuse : elle prévoit la construction jusqu'en 2011 de 250.000 nouveaux logements et la démolition d'un nombre équivalent d'anciennes unités. Il reste à voir si ces mesures suffiront à sortir les ZUS de leur marasme.
 

Lettre ouverte à Jacques Chirac et à Dominique de Villepin

par GABRIEL ENKIRI, envoyée sur notre site le 4 novembre 2005

Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre,

 

J'ai publié ce printemps un petit livre intitulé "Israël un projet funeste" (Ed. Alif, janvier 2005 ) dans lequel je soulignais que la France était au bord de l'explosion, qu'elle était menacée d'une effroyable "guerre civile doublée d'une guerre de religion". Nous y sommes ! (Je me flatte d'être l'un des rares à avoir prévu l'explosion de Mai 68). Il serait grand temps que vous preniez conscience que le monde arabo-musulman s'étend désormais de l'Indonésie à la Seine-Saint-Denis, et qu'il traverse même la Manche jusqu'à Birmingham ! Les moyens de communication modernes, notamment internet, accroissent son audience.  En pleine effervescence, il fait l'objet d'un enjeu planétaire entre les deux super-puissances qui se font face : les Etats-Unis et la Chine. De quel côté penchera l'Islam ? Vers l'Asie probablement, par solidarité anti-colonialiste. Vous allez me dire que nous sommes loin de la Seine-Saint-Denis... Pas du tout ! Nous en sommes en plein dedans : la mondialisation n'est pas seulement économique, elle est également politique, culturelle, militaire... et "terroriste" ! 

 

Ainsi nous découvrons que, "Israël" cet Etat inepte et mal placé, c'est le cas de le dire, sert de levier pour une mobilisation générale de l'islamisme - tout comme Dantzig le fut pour Hitler. Face à George W. Bush, au moment de l'agression américaine en Irak, vous vous êtes opposés, lors d'une séance mémorable à l'ONU, à la politique belliciste de Washington. Nous avons été très fiers, à ce moment-là, de la France. Je n'hésite pas à vous dire que pour mettre un terme aux violences des banlieues, prémices d'une guerre civile annoncée, il nous faut se tourner vers le Sud, vers la Méditerranée, afin d'y construire un vaste Marché Commun qui réunira les deux rives de Notre Mer dans un seul et même avenir, en apportant à chacun un emploi et un logement... de chaque côté de la Mer ! Pour réaliser cette vaste zone de prospérité, il nous faut, au préalable, résoudre le problème "israélo-arabe", je dis bien arabe, et non plus seulement palestinien.

 

Le moment est venu pour la France de prendre une initiative diplomatique spectaculaire : 1) Vous devez affirmer la nécessité et l'urgence de créer un Etat palestinien sans plus tarder, en vous inspirant de la méthode utilisée à l'encontre du gouvernement de Damas. 2) Proposer la tenue à Marseille d'une Conférence internationale qui aura à son ordre du jour  la mise en place du Marché Commun Méditerranéen, seul moyen de résoudre le problème des "flux migratoires". En agissant de la sorte, avec détermination, affirmant une fois de plus la souveraineté de la France, à un moment crucial de son histoire, vous apporterez un espoir réel aux jeunes "afro-français" des banlieues et redonnerez en même temps une chance à la ville de Marseille qui fut, il n'y a pas si longtemps encore, une grande métropole méditerranéenne. Veuillez agréer, Monsieur le Président et Monsieur le Premier Ministre, l'assurance de ma haute considération.

 


 

Le cerveau des attentats de Madrid capturé au Pakistan

 

Identifié par la télévision al-Jezira, Mustafa Setmarian Nasar aurait contribué à la préparation du carnage qui fit 192 morts à Madrid en 2004

 

par DIANE CAMBON, publié dans le Figaro le 4 novembre 2005

Le cerveau présumé des attentats du 11 mars 2004 à Madrid (192 morts) aurait été capturé au Pakistan. Considéré comme l'un des fondateurs de la cellule espagnole d'al-Qaida dans les années 90, Mustafa Setmarian Nasar, alias le "rouquin", était en fuite depuis le carnage de Madrid. La télévision arabe al-Jezira l'a identifié comme la personne arrêtée lundi à Quetta au Pakistan. Les autorités pakistanaises ont indiqué hier qu'elles vérifiaient son identité. Setmarian, 48 ans, Syrien naturalisé espagnol en 1987, est soupçonné d'avoir oeuvré à la préparation des attentats de Madrid, mais aussi de Casablanca (mai 2003) et de Londres (7 juillet 2005). Le juge espagnol Baltasar Garzon le considère aussi comme suspect dans l'enquête sur les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Selon la police espagnole, il serait un proche de Ben Laden depuis 1988. Les Etats-Unis ont offert cinq millions de dollars pour sa capture.

A Madrid, où il résidait depuis 1985, ce père de trois enfants, marié à une Espagnole, travaillait à la fois dans le commerce de produits artisanaux et comme journaliste pour des revues intégristes. Prédicateur à la mosquée madrilène Abu Bakr, il était chargé de recruter des jeunes pour les former au djihad. Selon le magistrat Garzon, il aurait formé des dizaines de "soldats de l'islam" en les envoyant en stage en Afghanistan. Jusqu'en 1995, date à laquelle il emménagea avec sa famille à Londres pour diriger la revue al-Ansar, vitrine médiatique du GIA algérien, le "rouquin" mit en place la première cellule islamiste d'Espagne.

Vers l'extradition

Setmarian utilisa la péninsule Ibérique comme un sanctuaire pour les islamistes prêts à mener le djihad. Dans son entourage, on retrouve plusieurs personnages mêlés aux attentats de New York et Madrid : Abu Dahdah, condamné en septembre par la justice espagnole à 27 ans de prison, mais aussi Serhane Ben Abdelmajid, dit "le Tunisien", lequel deviendra le principal organisateur des attentats du 11 mars. L'ouverture du procès contre les auteurs des attentats du 11 mars, prévue l'année prochaine, pourrait inciter la justice espagnole à demander l'extradition de Setmarian, bien que Madrid n'ait pas d'accord d'extradition avec Islamabad.


L’épreuve du feu

 
par CHRISTIAN MERVILLE, publié dans l'Orient-le Jour le 8 novembre 2005
 
Une révolte ? Une révolution ? Gardons-nous d’exagérer : la Bastille n’est pas tombée et le 15 juillet 1789, ce n’était pas hier. Tout de même, ce qui se passe depuis onze jours est d’une gravité telle qu’il y a tout lieu désormais de craindre de difficiles lendemains, en France bien entendu, mais aussi un peu partout en Europe. C’est que des foyers d’incendie naissent déjà à Berlin, Brême et dans cette quiète Bruxelles, capitale d’un continent qui brutalement récolte la tempête sans même avoir commis l’erreur de semer le vent. Seuls, à ce jour, les Allemands ont vu le danger, qui qualifiaient hier, un peu tardivement, d’ "avertissement pour toutes les démocraties les images qui nous viennent de Paris". A croire que nul n’avait vu le danger qui pourtant s’inscrivait dans la logique des faits, après l’attentat de Madrid, les explosions de Londres et avant cela le coup de tonnerre du 11 septembre new-yorkais puis les malencontreux propos tenus à Washington à la veille de l’expédition irakienne. En œuvrant à l’assimilation, préalable indispensable à l’intégration, les gouvernements de la Ve République qui se sont succédé ces trente dernières années auront raté et l’une et l’autre, alors que s’accélérait le mouvement d’immigration.
 
Au point qu’aujourd’hui, le déclencheur de l’ 'europintifada', pour reprendre l’expression (trop facile pour être exacte) de la presse roumaine, paraît de moins en moins être la mort de deux adolescents électrocutés à Clichy-sous-Bois et de plus en plus la nécessité d’entreprendre d’indispensables rectifications de parcours - sociales autant qu’économiques et pédagogiques - dont nul n’avait voulu voir l’urgence. Et il est permis de douter de l’efficacité des "propositions concrètes" formulées hier après-midi par Dominique de Villepin. Trop timides, tardives, incomplètes, elles surviennent à un moment où, de part et d’autre, les esprits sont surchauffés et refusent ce qu’ils estiment constituer des demi-mesures. Il n’en reste pas moins que, lente à démarrer, la machine étatique s’est mise en branle ; il ne lui faudra pas longtemps pour atteindre sa vitesse de croisière. C’est alors qu’il sera possible de juger de l’efficacité des dispositions arrêtées, éventuellement de procéder aux indispensables corrections de tir. Entre-temps, il faudra bien que les organisateurs des journées d’enfer que vivent les Français parviennent à se faire obéir. Et pour cela, la "fatwa" édictée par l’Union des organisations islamiques était nécessaire, mais pas suffisante. Interdire "à tout musulman recherchant la satisfaction et la grâce divine de participer à quelque action qui frappe de façon aveugle des biens privés ou publics ou qui peut attenter à la vie d’autrui", voilà qui relevait d’une louable intention. Hélas, la guérilla urbaine a atteint une intensité telle que la riposte, il faut le craindre, nécessite, pour être pleinement efficace, une vigoureuse action sur le terrain et l’intervention de la justice.

Contre le risque de chaos, l’UMP vient d’appeler à l’union sacrée ; les appels à des manifestations commencent à se multiplier et Philippe de Villiers a parlé de "la France profonde qui se barricade à partir de 6 heures du soir" pour réclamer un couvre-feu qui serait imposé aux jeunes, dans les villes de 30.000 habitants, une disposition qui a commencé d’être appliquée dès hier soir dans la mairie du Raincy. Des maires voudraient voir l’armée intervenir dans les quartiers touchés par la violence urbaine et demandent l’application de l’article 16 de la Constitution, une mesure d’exception à laquelle l’Etat avait eu recours lors du putsch des généraux puis, cinq semaines plus tard, le 6 octobre 1961. Fait rarissime dans les annales politiques du pays : de l’extrême gauche à l’ultradroite, tout le monde invite l’Etat à faire preuve de fermeté, le rétablissement de la sécurité représentant un préalable, "car le dernier mot doit revenir à la loi", a scandé Jacques Chirac. Tout le monde aussi soutient la mise en œuvre d’un train de mesures contre le chômage - un fléau qui touche le plus lourdement les banlieues -, veut une meilleure cohésion et plaide pour une rénovation urbaine accélérée. On l’aura compris : plus que jamais, c’est le fameux modèle français qui est remis en cause, une fois de plus, non plus par des manifestations ou des débats, mais par le biais d’incendies et de cocktails Molotov.

L’enjeu, c’est autant la fin du quinquennat Chirac que l’avenir d’un homme politique, de candidat à l’Elysée dans deux ans. Nicolas Sarkozy aura ainsi mené son combat en solitaire, contre tous et d’abord contre les siens. En définitive, il est le véritable marginalisé dans la délicate partie engagée sur fond de barricades. A lui donc les lauriers d’une éventuelle victoire. La défaite, elle, sera celle de tout le régime.
 

 
Une double défaite
 
par RICHARD WERLY, publié dans le Temps le 4 novembre 2005
 
Les factures sociales arrivent toujours quand on ne s'y attend pas. En France, le gouvernement de Dominique de Villepin croyait avoir repris l'initiative en martelant le discours de la lutte tous azimuts contre le chômage. Comme la méthode Coué de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité, ce nouveau refrain avait pour but de séduire l'opinion. Le premier ministre français, réputé énergique, faisait ainsi d'une pierre deux coups : cultivant sa différence avec le conservatisme assoupi de Jean-Pierre Raffarin, et défrichant ses futures terres électorales en vue d'un duel présidentiel annoncé avec son ministre de l'Intérieur. La flambée de violence qui secoue depuis plusieurs jours la banlieue parisienne a mis à bas ce bel exercice de relations publiques. Dominique de Villepin, l'homme présumé de l'emploi, et Nicolas Sarkozy, l'homme présumé de l'ordre, sont en train de payer au prix fort la défiance qui règne dans les quartiers populaires à forte population immigrée envers un Etat uniquement perçu comme un instrument d'exclusion et de répression.

Cette défiance, c'est évident, est le fruit d'un long pourrissement dans lequel tous les gouvernements, de gauche comme de droite, ont une part de responsabilité. Mais elle en dit plus long que toutes les rodomontades sarkoziennes sur l'état d'une partie de la société française. La jeunesse qui caillasse les pompiers n'est pas en rébellion. Elle s'est ghettoïsée parce qu'abandonnée. Elle ne veut pas partir à l'assaut des beaux quartiers comme lors des grands soirs d'antan. Elle défend ce qu'elle considère comme son territoire, où les voitures sont des proies et les bus des cibles. La discipline des clans, nourris à l'argent de la drogue et des trafics, y est devenue l'autorité. Le projet de Dominique de Villepin le régalien et celui de Nicolas Sarkozy le communautariste sont tous les deux également caillassés. Le dialogue est rompu entre la République et une partie de sa jeunesse. La glorification de la consommation d'un côté et la misère sociale issue du chômage de l'autre ont, chez notre voisin français comme ailleurs en Europe de l'Ouest, produit une arme sociale de destruction massive. Dans la bataille rangée nocturne qui se joue dans les rues de Seine-Saint-Denis, les CRS encagoulés ne défendent rien de moins, aux yeux des caillasseurs, que l'ordre des perdants : celui de cette classe populaire ou moyenne laminée dont les enfants haïssent aujourd'hui l'héritage.
 

 
Deux erreurs
 
par PATRICK SABATIER, publié dans Libération le 4 novembre 2005
 
On peut sourire des gros titres des médias étrangers sur une France aux prises avec une "Intifada du 9-3". Et dénoncer les boutefeux d'extrême droite qui crient à la "guerre civile". Les violences en Ile-de-France ont pris une forme de guérilla urbaine, mais ne relèvent pour l'heure que du maintien de l'ordre. Elles sont le fait de petites minorités de jeunes, voire très jeunes "casseurs" sans autre stratégie que de répondre à Sarkozy. Pour intolérables qu'elles soient, leurs violences ne sont pour partie que la manifestation d'un mal-être nourri d'exclusion, d'injustices et de misère. Même si certains d'entre eux peuvent être manipulés. Il y a, face à cette situation, deux erreurs dont on espère que le gouvernement Villepin, confronté à sa première crise grave, ne les commettra pas. La première serait d'entrer dans l'escalade de la violence, à laquelle certains ont intérêt ­- des caïds protégeant leurs trafics aux islamistes en mal de chair à jihad, sans oublier les hérauts de l'extrême droite raciste. Une répression, aveugle et désordonnée, ne ferait que donner une aura de rébellion à ce qui n'est encore qu'une manifestation de ras-le-bol contre des injustices, réelles ou imaginées.

La seconde erreur serait pour l'Etat de déserter un terrain, qu'il a lui-même miné par son (in)action et ses maladresses, et de laisser pourrir une situation qui l'est déjà assez. A l'heure où sifflent des balles et où brûlent des écoles, force doit rester à la loi. On ne doit pas abandonner des zones entières à une violence minoritaire qui pourrit d'abord la vie des habitants des cités. Non plus qu'à l'autorité d'instances, "communautaires" ou religieuses, au détriment de l'action courageuse de ceux, maires, médiateurs et associatifs, qui tentent, en première ligne, d'y faire vivre le pacte républicain. C'est eux que l'Etat doit appuyer, en leur donnant les moyens, d'abord financiers, de faire régner l'ordre, si on veut qu'il soit durable.


Halte au feu !
par JEAN-YVES BOULIC, publié dans Ouest-France le 8 novembre 2005

Halte au feu ! C'est le préalable qu'a réclamé hier soir, sur un ton mesuré, le Premier ministre. Face au défi lancé par les jeunes émeutiers, la droite et la gauche sont au moins d'accord sur ce point. Sans retour au calme, point de salut. Dominique de Villepin a donc annoncé un renforcement des effectifs sur le terrain, avec le retour de 1.500 réservistes de la police et de la gendarmerie, en renfort des 8.000 hommes déjà sur place. Et ce matin même, lors d'un Conseil des ministres exceptionnel, sera donné aux préfets, sur l'ensemble du territoire, la possibilité de recourir au couvre-feu. Les jeunes incendiaires entendront-ils cet appel au calme, relayé par tant et tant de voix, y compris celles d'autorités musulmanes ? L'appel du président de la République, dimanche soir, n'a guère eu d'effet, et certains maires en sont à mettre sur pied des équipes de surveillance de nuit aux abords des bâtiments publics, à tenter d'éviter les dérapages de l'autodéfense.

Emportés par la spirale de leur "jeu" mortifère et la surenchère d'une folle comptabilité répercutée par les médias, ces jeunes - parfois très jeunes - déboussolés sont entrés dans un cycle d'autodestruction. Dans les petites villes, les victimes sont le plus souvent des voisins ou des proches, et les bâtiments détruits ceux qui servent le plus aux habitants : écoles, commerces, entreprises, voitures pour aller travailler... Ils se punissent eux-mêmes, car l'une des conséquences, inévitable, de ces violences, sera la difficulté accrue pour eux à trouver un emploi et à se faire reconnaître comme des citoyens français à part entière. Le discours d'exclusion des extrémistes à leur endroit pourrait bien trouver encore plus d'oreilles compréhensives...

Mais l'essentiel de l'intervention du Premier ministre a porté sur les mesures concrètes, à plus long terme, destinées à avancer, dans ces quartiers, vers "une République de l'égalité des chances". Elles porteront sur trois domaines : l'éducation, l'emploi, le logement. Les maires verront leur pouvoir renforcé et les subventions aux associations, diminuées ou supprimées par le gouvernement précédent, seront rétablies. Des mesures sensées, peut-être utiles, mais en rien révolutionnaires. L'Etat n'a pas les moyens d'un "Grenelle des banlieues" (Une grande négociation entre partenaires sociaux organisée pour sortir de la crise de Mai 1968), que certains réclament, et qui ne voudrait pas dire grand-chose. Beaucoup d'argent a déjà été investi dans ces quartiers, ce qui a permis d'améliorer le bâti, mais pas de remédier aux multiples déficits de la population. C'est du cousu main, du microsocial, cité par cité, qu'il faut ré-entreprendre avec ténacité. En est-il encore temps ?

Le ministre Jean-Louis Borloo lui-même a reconnu que son plan de rénovation urbaine, apprécié même à gauche, arrivait "5, 7 ou 10 ans trop tard" et que faute d'avoir mis suffisamment de moyens par le passé, on en est réduit à faire du "rattrapage". Si un Front républicain, associant toutes les bonnes volontés, de droite et de gauche, peut avoir un sens et une utilité, voilà bien l'occasion et le moment de le mettre en oeuvre. Pour parvenir à des résultats marquants, changer le cadre de vie et l'habitat de ces banlieues, élever le niveau de conscience et de connaissances générales des jeunes, il faudra au moins une dizaine d'années d'efforts collectifs. On a bien fait de la sécurité routière et du cancer de "grandes causes nationales" : pourquoi ne le ferait-on pas pour tenter de réussir un nouveau "vivre ensemble" ?


 
Dessin de Wozniak

publié dans le Monde du 9 novembre 2005

L'insécurité.