Et la grandeur, Excellence ?
 
Au lendemain du forcing syrien en faveur du maintien d'Emile Lahoud à la présidence, les événements se sont précipités au cours des dernières heures, toute la République ou presque retenant son souffle pour savoir ce que Rafic Hariri comptait faire. L'affaire était entendue : le Premier ministre a signé samedi matin, au cours d'un Conseil des ministres sans ordre du jour convoqué en urgence, le projet de loi visant à amender la Constitution pour permettre une prorogation de trois ans "à titre exceptionnel" du mandat présidentiel en cours. L'accélération des événements est intervenue immédiatement après une cascade de déclarations occidentales, émanant de Washington, Paris, Londres et Berlin (ce qu'a exprimé le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, en visite vendredi à Beyrouth), toutes hostiles à une ingérence étrangère dans la présidentielle ainsi qu'à une reconduction du mandat de M. Lahoud. Muet tout au long de la journée, M. Hariri qui, selon son entourage, aurait subi de fortes pressions, s'est alors rendu en soirée à Chtaura, dans la plaine de la Békaa, pour y rencontrer le général syrien Rustom Ghazalé.
 
 
Et la grandeur, Excellence ?
Lettre ouverte au président Emile Lahoud 

par ISSA GORAIEB, publié dans l'Orient-le Jour le 28 août 2004

- J’appelle pour vous remercier de votre éditorial de ce matin. Je ferai de mon mieux pour être à la hauteur des espérances.
- Les espérances sont grandes en effet, Monsieur le Président, et vous avez droit d’emblée aux vœux de succès, au soutien de tous les Libanais. Cela dit, il n’y a pas lieu de remercier, je ne fais rien d’autre que coucher sur le papier mes convictions. 
- C’est chose bien connue. Et je vous y engage vivement, ne changez surtout pas ! 
  (15 octobre 1998)

Monsieur le président,

Ces aimables propos que j’ai précieusement gardés en mémoire, vous m’en faisiez l’honneur au téléphone le jour même de votre triomphale élection. Et c’est parce que je ne crois pas avoir trop changé, c’est parce que tant de choses en revanche ne sont plus ce qu’elles étaient que je me résous à vous adresser respectueusement cette lettre ouverte. Au terme d’un long silence qui en réalité ne trompait personne, et dans un subit accès de transparence, vous venez de confirmer ce que tout le monde pressentait : à savoir que vous vous portez volontaire pour un nouveau mandat. Mieux, et pour la première fois dans les annales, vous n’avez même pas attendu pour cela, comme le veut l’hypocrite usage, que se soit prononcée en votre faveur une majorité parlementaire : ce qui, en apparence du moins, ne vous eut laissé d’autre choix que de vous incliner. Mieux encore, vous avez paru inciter à se mettre en besogne une Assemblée figée dans l’attente de la consigne. 

Malgré toutes ces singulières innovations, il était grand temps, Monsieur le Président, que vous vous décidiez à dévoiler vos batteries. Car dans ce climat d’incertitude savamment entretenu depuis des mois, le pays, qui allait déjà bien mal, se trouvait frappé chaque jour un peu plus de paralysie. Force est de constater toutefois que le pays ne se porte guère mieux, qu’il n’est pas près de jeter au loin ses béquilles, maintenant qu’il est fixé sur vos dispositions et intentions. Ce qui aggrave le mal libanais, c’est le décevant bilan de ces six dernières années ; et ce qui effraie, abat et déprime les Libanais, c’est la perspective des années à venir durant lesquelles vous vous promettez - et promettez aux sceptiques que nous sommes, ou sommes devenus - de remplir enfin les clauses demeurées inappliquées du contrat qui vous liait au peuple. Bilan et perspectives : en politique comme en affaires, ce sont là, Monsieur le Président, les deux paramètres de base de toute gestion saine. Et sans évidemment que votre personne soit mise en cause, ils ne plaident ni l’un ni l’autre pour une réédition à grands frais - et même au prix fort - d’une expérience qui a largement montré, hélas, ses limites. 

Devant vos visiteurs mardi, vous avez tiré fierté d’accomplissements "stratégiques" qui reposent invariablement, tous, sur l’axiome d’un amarrage sans faille à la Syrie. Et force est de reconnaître que sur ce plan, vous avez effectivement réussi au-delà de toute espérance : syrienne, s’entend. Votre régime aura vu, c’est vrai et c’est admirable, la libération du Liban-Sud, premier territoire arabe qu’Israël ait jamais évacué sous la pression des armes : libération qui n’a heureusement pas été ternie par les règlements de comptes et autres séquelles sanglantes notées en Europe à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais a-t-il réellement réintégré la République, ce territoire cédé en concession à une milice décidant à sa guise de la température à la frontière et sensible aux souhaits de Téhéran comme de Damas, mais certes pas des "stratèges" de Beyrouth ?

C’est dire, Monsieur le Président, que vous n’avez jamais convaincu vos concitoyens que tout ce qui est bon pour la Syrie est forcément, nécessairement, invariablement bon pour le Liban, dussent en souffrir la légitime quête de souveraineté, le sentiment national, nos traditions démocratiques et notre respectabilité internationale. C’est néanmoins sur ce capital de fidélité "stratégique" que vous misez surtout pour vous rendre irremplaçable aux yeux de Damas. Mais ne serait-il pas extraordinaire, énorme, accablant qu’après trois décennies de mainmise, les Syriens se retrouvent à court d’amis inconditionnels, au point qu’un seul homme, en l’occurrence vous-même, soit jugé digne de leur confiance ? 

Plus nuancée mais non moins sujette à discussion, Monsieur le Président, aura été votre évaluation de la situation interne. Vous n’avez pas manqué de courage en reconnaissant que de nombreux points de votre ambitieux programme de gouvernement étaient demeurés lettre morte, et que les trois présidences en portent conjointement la responsabilité. C’est un fait que votre régime, pas plus que celui qui l’a précédé, n’a réalisé une réconciliation nationale véritable et entière ; que nombre de Libanais continuent de n’être pas authentiquement représentés au Parlement, en raison de lois électorales scélérates ; que les tiraillements sectaires se sont aggravés, attisés qu’ils étaient par les rivalités politiciennes et les prosaïques conflits d’intérêts ; que l’Etat de droit reste une chimère; que les libertés publiques sont trop souvent bafouées ; que les ingérences des services occultes vont jusqu’à compromettre le bon fonctionnement de la justice ; et que la corruption des dirigeants et de leurs proches n’a jamais été plus insolemment affichée. 

Mais au nom de quelle logique un échec consommé, avéré, un échec à moitié (ou même au tiers) avoué ouvrirait-il la voie à une nouvelle chance, à une session de rachat en septembre ou octobre ? De combien de décennies de présidence ininterrompue faudrait-il alors récompenser les mandats réussis, les parcours sans faute ? Que fait-on de la règle de l’alternance, pilier essentiel de toute démocratie quand bien même serait-elle aussi approximative que la nôtre ? N’avez-vous pas déjà bénéficié, Monsieur le Président, d’une prorogation exceptionnelle de votre commandement militaire puis d’un premier amendement de la Constitution qui vous a catapulté sans transition de Yarzé à Baabda ? A multiplier de la sorte, à des fins personnelles, les atteintes à la loi fondamentale dont vous êtes le gardien, ne finit-on pas par désacraliser celle-ci jusque dans ses clauses fondamentales, mettant en péril ainsi le principe du refus de l’implantation des réfugiés palestiniens ? Et quelle sollicitude internationale - matérielle ou morale - le Liban pourra-t-il encore s’attirer en faisant fi des puissances qui, sans relâche, lui prêchent le respect de la Constitution ?

Monsieur le Président, 

C’est fort surtout de vos amitiés d’outre-frontière, dont vous escomptez qu’elles se répercuteront immanquablement place de l’Etoile, que vous briguez en ce moment une extension de mandat : démarche dont vous savez parfaitement qu’elle suscite l’hostilité latente, rentrée, ravalée ou proclamée d’importantes forces politiques locales et instances religieuses. Vous serez inévitablement attaqué pour cela si vous êtes réélu, et vous devrez vous défendre avec les armes du bord : ce qui augure d’une ère d’instabilité à laquelle le dispositif qui vous entoure ne saurait répondre autrement que par l’imposition d’un ordre musclé. Ce serait la militarisation à outrance du système, la fin de la démocratie libanaise. 

Au brillant officier de marine que vous avez été, Monsieur le Président, il serait bien prétentieux de prodiguer des conseils de navigation. Même un moussaillon cependant vous dirait qu’en ce moment, seules deux routes s’offrent à vous ; et à nous tous avec vous, dérivant sur la même galère. La première route, que vous avez entrepris d’écumer déjà, est semée d’écueils ; c’est la porte étroite, et il faut se faire tout petit pour s’y glisser. L’autre voie, c’est celle du grand large : elle consisterait pour vous à répudier une aventure aussi gratuite que chargée de périls. A dire merci, mais c’est non merci. A endosser la même dimension historique que votre propre modèle, le général-président Fouad Chéhab, qui, au terme de son mandat, se refusa à une rallonge requérant un amendement de la Constitution et qui lui était offerte sur un plateau d’argent. Et qui, parce qu’il le jugeait politiquement inopportun, dangereux, néfaste, dédaigna six années plus tard un retour, pourtant assuré et parfaitement conforme aux textes constitutionnels cette fois. Pour vous-même, pour la place qui sera la vôtre dans l’histoire, pour le Liban, pour son peuple martyrisé par la guerre et trahi par l’après-guerre : pour tout cela et pendant qu’il en est encore temps, jouez donc la grandeur, Monsieur le Président !
 
 
Damas provoque pour maintenir Lahoud au pouvoir
 
paru dans le Nouvel Observateur le 28 août 2004
 
L a Syrie s'est livrée samedi 28 août à un coup de force politique au Liban pour garantir le maintien au pouvoir du président Emile Lahoud, en dépit des mises en garde américaine, britannique, allemande et française. Le gouvernement libanais a adopté un projet d'amendement de l'article 49 de la Constitution qui permet une prorogation de trois ans du mandat du président Lahoud et décidé l'ouverture dès lundi d'une session parlementaire spéciale pour finaliser l'amendement. Le processus a en fait été engagé jeudi à Damas lorsque le président syrien Bachar al-Assad a littéralement convoqué le Premier ministre libanais, Rafic Hariri, pour l'informer que Damas avait fait son choix. "Le président Assad a signifié à M. Hariri qu'il avait tranché, que M. Lahoud devait être maintenu au pouvoir, et il a sommé M. Hariri de prendre position pour ou contre la Syrie", selon le quotidien d'opposition libanais An-Nahar. Comble de l'ironie, M. Hariri, qui avait déclaré préférer "se suicider" (politiquement) plutôt que de se plier aux desiderata syriens, a été contraint de présider la séance et a lui-même voté en faveur de l'amendement.

Condamnations
Avant le vote, M. Lahoud a remercié les ministres "pour
la confiance" qu'ils allaient lui accorder et s'est retiré prétextant un rendez-vous, laissant à M. Hariri le soin de présider la séance. Reprenant les mêmes arguments que M. Lahoud, avec lequel il est à couteaux tirés, M. Hariri a déclaré que "la situation régionale délicate nécessite des mesures exceptionnelles" et a demandé aux ministres d'adopter le projet. Seuls trois ministres, membres du bloc parlementaire du chef druze Walid Joumblatt, Ghazi Aridi, Marouane Hamadé et Abdallah Farhat, ont voté contre le projet, qui doit encore être entériné par le Parlement à une majorité des deux tiers des députés. Une figure de proue de l'opposition, le député Nassib Lahoud, a aussitôt réagi, tirant à boulets rouges sur la Syrie. "La décision syrienne est une atteinte à la souveraineté du Liban et un manque de respect pour les Libanais qu'elle veut maintenir sous sa tutelle. Elle aura des incidences économiques et politiques désastreuses", a-t-il affirmé dans un communiqué. Le patriarche maronite Nasrallah Sfeir, chef de la principale communauté chrétienne libanaise, est également farouchement opposé à l'amendement constitutionnel et a accusé la Syrie d'ingérence dans les affaires intérieures du Liban.

Respecter la Constitution
Selon une source diplomatique arabe, Damas a mis les bouchées doubles après avoir constaté une identité de vues entre Washington et l'Union européenne sur le dossier libanais et que Washington eut fermé la porte à toute négociation. Washington, qui impose depuis juin des sanctions économiques à la Syrie, appelle au retrait du corps expéditionnaire syrien, estimé actuellement à 20.000 hommes, déployé au Liban depuis 28 ans. Selon la presse de Beyrouth, les ambassadeurs libanais et syrien à Washington, Farid Abboud et Imad Moustapha, ont été convoqués vendredi par le département d'Etat. La Maison Blanche avait auparavant exhorté la Syrie à ne pas s'ingérer dans l'élection présidentielle libanaise. Emboîtant le pas à Washington, le gouvernement britannique a demandé au parlement libanais de manifester "l'indépendance" du pays, visant la Syrie sans la nommer. Le président français Jacques Chirac a souligné que la prochaine élection "d'un nouveau président" libanais devait se faire "conformément à la Constitution actuelle" dans le "plein respect de la souveraineté et de l'indépendance" de ce pays. S'alignant sur Washington, Londres et Paris, le chef de la diplomatie allemande, Joschka Fisher a souhaité vendredi à Beyrouth que la prochaine présidentielle se fasse dans le respect de la Constitution, de l'indépendance et de la souveraineté du Liban.
 
 
La présidentielle libanaise se prépare à Damas
Avant le scrutin prévu cet automne, les tractations se multiplient
 
par SIBYLLE RIZK, publié dans le Figaro le 25 août 2004

L'échéance présidentielle cet automne au Liban s'annonce comme un véritable test pour la Syrie, faiseuse de rois au pays du Cèdre, qui est soumise à des pressions sans précédent de la part des Etats-Unis. L'un des enjeux est de savoir si le président Emile Lahoud, dont le mandat expire le 24 novembre, sera reconduit ou non dans ses fonctions. La Constitution interdit ce cas de figure. L'obstacle pourrait toutefois être contourné grâce à un amendement ad hoc. La désignation du nouveau chef de l'Etat qui doit obligatoirement appartenir à la communauté maronite revient aux 128 députés du Parlement, mais c'est la Syrie qui est le véritable "grand électeur" dans un pays dont elle contrôle les rouages politiques. A mesure que l'échéance présidentielle approche, on ne compte plus les déplacements des responsables libanais qui prennent le chemin de Damas pour s'informer des intentions "fraternelles" des autorités syriennes et la presse locale se perd en conjectures sur le profil idéal du candidat, au sens du président Bachar el-Assad.

Le choix est de fait limité à des personnalités "prosyriennes" et les candidats émanant des rangs de l'opposition chrétienne ont des chances quasi nulles de victoire. Dans ce cadre étroit, Emile Lahoud a l'avantage d'avoir déjà fait la preuve de sa loyauté. Ancien commandant en chef de l'armée libanaise, l'homme est un allié indéfectible de la diplomatie syrienne fondée sur la nécessité de lier le sort du Liban au sien dans le conflit qui l'oppose à Israël. Damas réclame depuis 1967 la restitution du Golan occupé et annexé par Israël. Une paix séparée entre Beyrouth et Tel-Aviv achèverait de sceller l'isolement de la Syrie, qui estime avoir été lâchée par l'Egypte, la Jordanie et même les Palestiniens à Oslo. De ce point de vue, Emile Lahoud a donné toute satisfaction en maintenant la stratégie de la "concomitance des volets" syrien et libanais face à Israël, selon le jargon diplomatique libanais, en refusant de déployer l'armée libanaise à la frontière sud du Liban après le retrait israélien effectué en mai 2000 et en soutenant le Hezbollah.

Quelles que soient ses préférences, la Syrie doit toutefois tenir compte de la nouvelle donne régionale imposée par les Etats-Unis dans laquelle il y a désormais peu de place à la tractation. Habituée depuis des années à négocier avec Washington (qui a donné son feu vert en 1989 à la mainmise de Damas au Liban), la diplomatie syrienne est aujourd'hui déboussolée par le ton nouveau des Américains. Poussé par le Congrès, George W. Bush a imposé en mai dernier des sanctions économiques et commerciales à la Syrie et les autorités américaines multiplient les appels au départ des troupes syriennes du Liban. Il est "temps que l'armée syrienne se retire du Liban» et que ce pays «jouisse d'une pleine souveraineté", a ainsi déclaré l'ambassadeur sortant des Etats-Unis à Beyrouth, avant son départ. Damas veut toutefois croire aux cartes qu'elle conserve en main, d'autant que pour elle l'enjeu du Liban - poumon économique et social pour la Syrie - au-delà de l'enjeu régional est crucial. Le régime baasiste fragilisé par la mort du président Hafez el-Assad en juin 2000 ne survivrait pas à un revers au Liban, estiment certains analystes. L'évolution de la situation en Irak est donc la principale préoccupation des autorités syriennes, car c'est là qu'elles peuvent éventuellement se montrer "utiles" aux Etats-Unis.

Damas multiplie donc les signes d'ouverture à l'adresse de ceux qui, au sein de l'administration américaine, restent favorables à un "dialogue", par opposition à la méthode musclée des faucons. Des discussions syro-américaines sont annoncées par la presse libanaise en fin de semaine à Rome. Le choix du président libanais pourrait donc s'inscrire dans cette stratégie d'ouverture, d'autant que se multiplient les prises de position au Liban contre la reconduction du président sortant. L'hostilité des chrétiens à cette hypothèse est la plus grande, alimentée par les candidats potentiels à la succession d'Emile Lahoud, la fonction étant réservée aux maronites. Mais elle est surtout menée par les opposants antisyriens qui réitèrent à l'occasion de l'échéance présidentielle leur appel au rétablissement de la souveraineté libanaise. "Les concertations préparant la grande échéance présidentielle se font en dehors de nos frontières", dénonce ainsi le patriarche maronite, Mar Nasrallah Sfeir, selon qui un amendement constitutionnel "anéantirait le peu de démocratie qui nous reste". 

 

L’échéance automnale, l’un des points de surenchères entre Washington et Damas 
Le dialogue syro-US suspendu sur fond de divergences portant sur le Liban

 
par PHILIPPE ABI-AKL, publié dans l'Orient-le Jour le 11 août 2004

Le premier round des discussions américano-syriennes, qui s’est tenu au début du mois à Washington, a été suspendu et reporté à la fin août en raison de sérieux différends apparus entre les deux parties au sujet du dossier libanais. C’est ce que rapportent des sources locales dignes de foi, sur base d’informations en provenance de la capitale fédérale. Les divergences syro-US auraient porté essentiellement sur la présence syrienne au Liban, la situation des camps palestiniens dans le pays, ainsi que le problème du déploiement de l’armée libanaise à la frontière avec Israël. Sans compter, évidemment, l’échéance présidentielle, Washington réaffirmant à ce sujet la position définie à maintes reprises par l’Administration Bush. Côté syrien, le président Bachar el-Assad avait déjà donné le ton sur ce plan. Les Libanais sont libres de choisir, avait-il dit. Pour enchaîner tout de suite en traitant de doux rêveurs, entendre de naïfs, ceux qui mettent en question l’influence décisive de la Syrie dans ce pays. Richard Armitage, numéro deux du département d’Etat US, n’est pas en reste. Alors que Bush, Condoleezza Rice et Colin Powell n’ont cessé d’attaquer la Syrie sur le point de la présidentielle libanaise, en lui enjoignant de ne pas s’en mêler, Armitage sème le trouble par une petite phrase sibylline. Car il soutient que cette présidentielle concerne en même temps le gouvernement syrien et le gouvernement libanais. Pour ajouter à la confusion, il somme la Syrie de se retirer d’ici. Et lui adresse une menace à peine voilée, en lui rappelant ce qu’il est advenu au Baas en Irak...

Bien entendu, à Beyrouth, ce petit jeu du chat et de la souris ne fait qu’aggraver la confusion ambiante. Les professionnels, ne sachant plus sur quel pied danser, se perdent en conjectures. Que veulent les grands électeurs ? Mais il est peut-être peu pertinent de vouloir en sonder les intentions. Car si elles se trouvent de la sorte, et des deux côtés, dissimulées derrière un écran de fumée, c’est pour une bonne raison partagée. A savoir qu’au stade présent, la Syrie et les Etats-Unis amorcent une difficile négociation bilatérale. Il est donc normal qu’ils se livrent réciproquement à des surenchères autour de ce plateau commun qu’est la scène libanaise. Et plus particulièrement cette présidentielle sur laquelle ces protagonistes se sont si souvent entendus par le passé. On retiendra dans cet ordre d’idées les récentes explications US sur les déclarations d’Armitage. On y lit que ces propos ne traduisent pas une position nouvelle. Mais veulent signifier que l’Amérique n’est pas concernée par la présidentielle libanaise comme la Syrie peut avoir l’impression de l’être. Autrement dit, Washington fait savoir aux Syriens qu’ils ne doivent pas se fatiguer à tenter d’utiliser la présidentielle libanaise comme un levier de pression. Parce que, pour sa part, il n’est pas du tout intéressé. De plus, indiquent les commentaires US, Damas doit se rappeler ce que Bush, Rice et Powell lui ont dit : pas d’immixtion, cette fois, dans la présidentielle libanaise, et d’une. Alternance à la tête de l’Etat libanais, et de deux. Retrait militaire rapproché, et de trois.

En fait, Armitage est spécialement qualifié pour s’adresser aux Syriens. Car c’est lui qui a conduit la délégation US aux pourparlers qui ont eu lieu avec les Syriens au début du mois en cours à Washington. Des échanges qui se sont arrêtés le 7 août mais qui devraient reprendre dans deux semaines, quelque part en Europe. Bien entendu, les deux parties n’ont rien laissé filtrer des entretiens. Mais la sortie d’Armitage laisse penser qu’il n’y a pas eu de détente, de progrès effectué. Et ce serait normal : le contentieux est aussi lourd que tendu. On sait en effet que l’Amérique exige de la Syrie une attitude plus claire, plus positive, moins infiltrée, en Irak. Un désengagement vis-à-vis des organisations palestiniennes hébergées à Damas. Une neutralisation du Hezbollah. Un nettoyage des camps palestiniens du Liban, pour que le contrôle en soit remis aux autorités libanaises. Cette question devient pratiquement la plus importante pour les Américains, parce que, dans leur hantise de la lutte contre le terrorisme, ils pensent que les camps palestiniens du Liban constituent un refuge, un antre de terroristes internationaux. Ils réclament enfin un retrait des troupes syriennes cantonnées dans ce pays.

La Syrie, bombardée d’exigences aussi pointues, profite sans doute de l’avantage que lui donne l’entrée en campagne présidentielle des Etats-Unis. En principe, d’ici à l’élection, Washington ne devrait pas prendre à son encontre de mesures dramatiques. Du même coup, estiment les professionnels libanais, la Syrie garde une assez large marge de manœuvre en terme de présidentielle libanaise. Mais du fait même qu’elle est en train de négocier, il est peu probable qu’elle opte pour des choix qui provoqueraient une rupture avec les Etats-Unis. En même temps, il est également peu vraisemblable qu’elle laisse Armitage la menacer ouvertement sans réagir quelque part. Donc, on en est pratiquement entre deux chaises. Et, répétons-le, il serait vain de spéculer sur les intentions des uns ou des autres en ce qui concerne notre présidentielle. Tant que toutes les cartes n’ont pas été abattues sur la table des pourparlers.

 

Le président libanais brigue un second mandat
Anticonstitutionnelle, la reconduction d'Emile Lahoud a l'appui de l'occupant syrien.

par CHRISTOPHE AYAD, publié dans Libération le 26 août 2004

L'automne s'annonce chaud au Liban. Le président Emile Lahoud s'est déclaré hier candidat à un nouveau mandat de six ans. L'annonce a suscité une levée de boucliers dans l'opposition chrétienne antisyrienne. La Constitution libanaise interdit en effet à un Président de se représenter au terme de son mandat. Une reconduction d'Emile Lahoud nécessiterait donc un amendement de la Constitution par une majorité de députés. Il y a déjà eu un précédent : Elias Hraoui, le prédécesseur de Lahoud, avait été reconduit en 1995 pour un demi-mandat.

Servile
Le Président ­- forcément maronite - étant désigné par les députés et non au suffrage universel direct, les jeux seront faits lorsque le Parlement se réunira en novembre. Les députés se contenteront en fait d'entériner le choix de Damas. Jusqu'à présent, la Syrie, qui exerce un véritable protectorat sur le Liban et y entretient 20.000 soldats, avait laissé toutes les options ouvertes. La déclaration d'intention d'Emile Lahoud ne peut qu'avoir reçu le feu vert de Damas et pourrait donc signifier que le président syrien Bachar al-Assad a fait son choix. Emile Lahoud s'est montré un allié fidèle, voire servile, allant ainsi jusqu'à boycotter l'enterrement du roi Hussein de Jordanie en 1999, pensant faire plaisir à son homologue syrien... qui l'a pris à contre-pied en s'y rendant au dernier moment. Son alignement inconditionnel sur les positions syriennes a irrité plus d'une fois la diplomatie américaine, ouvertement hostile à un deuxième mandat de Lahoud. Si la pression devenait trop forte, Damas pourrait changer de candidat. Mais, les dirigeants syriens comptent sur le fait que la Maison Blanche ne veut pas de vagues au Proche-Orient en pleine présidentielle.
 
Ebullition
L'opposition antisyrienne au Liban, elle, est en ébullition. "La Constitution n'est pas une loi ordinaire que l'on peut modifier comme bon nous semble", a déclaré le patriarche maronite Nasrallah Sfeir dans le quotidien Al-Nahar, qui a activement mené campagne contre Lahoud ces dernières semaines.   
 
 
Liban - Le président Lahoud accusé de "crime constitutionnel"
 
paru dans Courrier International le 27 août 2004 
 
L’annonce faite mardi 24 août par le président libanais Emile Lahoud, dont le mandat expire le 24 novembre, de son éventuelle candidature à la prochaine élection présidentielle a fait l’objet de vives critiques de la part des responsables politiques du pays. Le quotidien The Daily Star indique en effet que "cette nouvelle candidature nécessite la modification de l’article 49 de la Constitution libanaise, qui doit être votée par le Parlement". Approuvée au moment des accords de Taëf, qui ont mis fin, en 1989, à quinze années de conflit, la Constitution interdit le renouvellement du mandat présidentiel. Sa modification fait craindre que le fragile équilibre entre les communautés religieuses ne soit affecté. "Les leaders des principales confessions du pays se sont prononcés contre un amendement de la Constitution", note à ce propos L’Orient-Le Jour.

"Les plus violentes réactions ont été celles des députés de Baabda et de Zahlé", relève le Daily Star. "Le député Bassem Sabaa a accusé le chrétien Emile Lahoud de préparer un 'crime constitutionnel', alors que Nicolas Fattouche s’est inquiété qu’un renouvellement de mandat 'ne réveille la guerre civile dans le pays'." D’après The Daily Star, "de nombreux opposants à Lahoud estiment cette candidature injustifiée, compte tenu de l’échec politique et économique de son premier mandat". Le président est également suspecté d’être le candidat favori du voisin syrien, qui dispose encore d’un contingent de 20.000 hommes au Liban. "Peut-être s’agit-il d’une réponse [négative] de la Syrie aux sommations américaines et françaises", s’interroge L’Orient-Le Jour. Les Etats-Unis ont tenu à souligner, par la voie du porte-parole adjoint du département d’Etat, que "la décision de choisir qui doit être élu président du Liban revenait au peuple libanais, et non aux Américains ou à qui que ce soit d’autre".
 
 
Présidentielle libanaise : convergence islamo-chrétienne contre la reconduction de Lahoud

publié par l'AFP le 24 août 2004
 
La possibilité d'une reconduction du président Emile Lahoud promue par la Syrie, maître du jeu au Liban, a été rejetée par des personnalités chrétiennes et musulmanes, politiques et religieuses, phénomène unitaire très rare. Les muftis Rachid Kabbani, sunnite, et Abdel Amir Kabalan, chiite, ont créé la surprise lundi en soulignant, dans un communiqué commun, "l'importance de respecter la Constitution en ce qui concerne l'élection du président de la République", notamment. Les deux dignitaires ont en outre émis l'espoir que "les résultats de l'élection présidentielle expriment la volonté des Libanais et renforcent l'union nationale". Ils ont ainsi rejoint dans leur refus d'amender la Constitution le patriarche chrétien maronite, Nasrallah Sfeir, chef de la communauté de laquelle est issue le chef de l'Etat. Le cardinal Sfeir avait clairement condamné dimanche, les appels "à la réélection à la magistrature suprême de la même personne pour une durée indéfinie, à l'instar de ce qui se passe dans les (pays) qui nous entourent". "Le communiqué des deux muftis a montré que la société libanaise évolue dans un sens unitaire et que les Libanais n'ont plus besoin de tutelle extérieure pour gérer leurs affaires", a déclaré à l'AFP, Samir Frangié, figure de proue de l'opposition chrétienne. Selon lui, le texte est d'autant plus important que les deux muftis avaient rejeté un appel, en septembre 2000, des évêques maronites pour un retrait du corps expéditionnaire syrien stationné au Liban. Mais la rare convergence islamo-chrétienne n'a pas résisté aux pressions. "Damas est mécontente d'une prise de position musulmane qui va à l'encontre de son jeu et de ses intérêts", a estimé un autre opposant chrétien sous le couvert de l'anonymat. En effet, une nouvelle mouture du communiqué commun a été distribuée, amputée de la référence au respect de la Constitution, après que la première version eut circulé pendant cinq heures sur les ondes des médias audio-visuels.
 
" 'Des parties inconnues' sont intervenues pour retirer le communiqué de Kabbani et Kabalan", titre en une le quotidien libéral an-Nahar. Ignorant cette péripétie, le quotidien d'expression française L'Orient-Le Jour écrit en Une: "Au-delà des pressions, convergence islamo-chrétienne sur le respect de la Constitution". En vertu de la Constitution, le président en exercice ne peut briguer un second mandat successif. Mais l'article 49 de la Constitution a été violé à deux reprises, le Parlement libanais ayant été forcé, sous pression de la Syrie, de l'amender. La première fois en 1995 pour prolonger de trois ans le mandat du président Elias Hraoui, un homme lige de Damas et une deuxième fois, en 1998, pour ouvrir la voie à l'élection de M. Lahoud, alors commandant en chef de l'armée qui n'avait pas démissionné dans le délai réglementaire pour devenir éligible. La possibilité d'une réélection d'Emile Lahoud ou la prorogation de son mandat de six ans qui expire le 24 novembre a été avancée par des hommes politiques libanais pro-syriens ayant rencontré le président syrien Bachar al-Assad. Cette possibilité a été retenue par la Syrie alors que son influence au Liban est remise en cause par une loi, adoptée fin 2003 par le Congrès, la "Syrian Accountability Act", prévoyant un recouvrement de la souveraineté du Liban. Allié difficile de Damas, le chef druze, le député Walid Joumblatt, avait lancé le premier la campagne. "La reconduction suscitera la déprime", a-t-il dit, soulignant que "l'homme n'a aucune valeur s'il n'a pas la liberté de choisir". Farouchement hostile à la reconduction mais contraint dernièrement au silence, le Premier ministre Rafic Hariri, sunnite, doit rencontrer aujourd'hui Mgr Sfeir.
 
 
La reconduction à titre définitif, un piège lourd de conséquences
Washington n’ayant pas d’emprise sur les députés, Damas devra peser les risques d’un choix monochrome pour la présidentielle
 
par MICHEL TOUMA, publié dans l'Orient-le Jour le 23 août 2004

La libanisation de l’élection présidentielle signifie donc des concertations entreprises... à Damas par le président syrien ! Une réalité amère qui a au moins pour avantage (une sorte de lot de consolation) de nous rappeler à nos tristes réalités. Et qui permet surtout de faire apparaître au grand jour les choses comme elles sont, sans trop s’encombrer des apparences, souvent trompeuses. Compte tenu de la caste politico-sécuritaire en charge du pays depuis près de quinze ans, nul ne se faisait en effet d’illusions sur la tournure que prendrait l’échéance automnale. Une "petite" inconnue reste toutefois à éclaircir : la décision dans le choix du président serait-elle exclusivement syrienne ou plutôt syro-américaine, ou aussi syro-américano-française ? Dans l’attente de pouvoir apporter une réponse à cette question, force est de relever qu’à l’évidence, Washington n’a pratiquement aucune emprise (ou en tout cas très peu) sur le corps électoral des 128 députés appelé à mettre en scène la désignation du successeur du général Emile Lahoud. Si le profil et l’identité du prochain locataire de Baabda revêtent réellement pour l’Administration US une quelconque importance - pour des considérations clairement régionales - les Américains devraient donc négocier ce point précis avec Damas. Ce qui les placerait en position de demandeurs. Eventualité très peu probable, car pour eux, même si le choix du futur chef de l’Etat s’inscrit dans le cadre de leur vision stratégique régionale, portant sur le rôle et le poids de la Syrie dans le nouveau Moyen-Orient, il ne constitue peut-être pas un enjeu suffisamment crucial pour qu’ils s’engagent dans un jeu de concessions réciproques à ce propos avec Damas.

Dans l’incapacité donc de peser directement sur le cours de la présidentielle, Washington semble se contenter de définir une position de principe, conforme à ses objectifs globaux, sans trop rentrer dans les détails. Cela revient à faire parvenir à qui de droit des messages plus ou moins fermes, suivant l’importance que revêt l’échéance pour la superpuissance. "Les choses ne sont plus aujourd’hui ce qu’elles étaient il y a quinze ou vingt ans", a souligné sans ambages le nouvel ambassadeur américain, Jeffrey Feltman, quelques heures avant son arrivée à Beyrouth. En clair : fini le temps où l’Administration US marchandait le nom du président avec le régime syrien. Cette fois-ci, Washington a fait connaître publiquement son point de vue. Il revient à Damas de peser les risques que comporterait une décision non conciliatoire. Au plan strictement local, cette éventuelle décision monochrome pourrait se traduire, entre autres, par un amendement du fameux article 49 de la Constitution, de manière à permettre soit la prorogation soit la reconduction pure et simple du mandat du président Lahoud. Pour faire avaler la pilule, et afin de ne pas paraître modifier la loi fondamentale au profit d’une personne, il serait question de reformuler l’article 49 en stipulant que désormais le mandat du chef de l’Etat pourrait être renouvelé de façon permanente.

Une telle mesure constituerait un véritable piège qui serait beaucoup plus grave et aurait des retombées de loin plus sérieuses qu’une prorogation conjoncturelle "pour une seule fois et à titre exceptionnel", comme ce fut le cas en 1995 avec le président Elias Hraoui. Car dans le seul but de permettre le maintien du général Lahoud à Baabda, on aurait modifié profondément la nature même du système politique en place, ou tout au moins le rapport de forces entre les pôles du pouvoir censés représenter, au niveau étatique, les principales composantes communautaires du pays. Prévoir définitivement un possible renouvellement du mandat présidentiel reviendrait en effet à affaiblir encore plus la première magistrature en hypothéquant l’action du chef de l’Etat. Celui-ci se verrait contraint d’amadouer en permanence aussi bien les fractions locales que les décideurs étrangers afin d’assurer sa reconduction. Cela diminuerait d’autant sa marge de manœuvre, déjà sensiblement réduite depuis Taëf.

Certains observateurs continuent d’espérer que la présidentielle fournira l’occasion aux décideurs (syriens) d’adresser un message fort à Bkerké, en favorisant le choix d’un candidat qui bénéficierait de la confiance du patriarche maronite et qui serait par conséquent crédible aux yeux de l’opinion chrétienne. Un candidat qui n’aurait pas pour seul et unique atout le soutien de Damas, mais qui serait aussi capable d’adopter des mesures concrètes pour rétablir l’équilibre national en initiant le chantier du dialogue interne, des réformes, de la réconciliation et de l’entente véritables. Un nouvel affaiblissement de la position du président de la République - par le biais d’un amendement piégé de l’article 49 - aurait pour conséquence d’approfondir encore davantage le sentiment de marginalisation que ressent la collectivité chrétienne. C’est en définitive à ce dossier précis - le rétablissement de l’équilibre interne - que devrait s’atteler le futur chef de l’Etat. Si ce critère de choix est primordial dans le contexte présent, c’est qu’il y va dans une large mesure de la sauvegarde des spécificités du Liban. Et donc de la raison d’être et des fondements de l’entité libanaise. 

 
Réactions locales
 
Le patriarche maronite le cardinal Nasrallah Sfeir
"Le chômage est un fléau pour la réduction ou l’éradication duquel les gouvernements du monde entier déploient tous les efforts possibles et imaginables. Ce chômage est un signe patent de régression et de perdition, alors que les offres d’emploi sont synonymes d’évolution et de prospérité. Si nous prenons le chômage comme référent, nous nous rendons compte que nous sommes en train, au Liban, de régresser et de nous perdre. A l’heure, notamment, où l’on nous occupe avec des sujets qui ne sont plus à notre portée, mais au-dessus de nos moyens ; à l’heure où les concertations préparant la grande échéance libanaise se font en dehors de nos frontières, comme si nous avions désormais définitivement perdu la souveraineté sur notre territoire, l’indépendance dans le choix de nos leaders et la liberté de décider à propos de tout ce qui touche à nos propres affaires. Plus loin encore : des voix s’élèvent pour appeler à un amendement définitif de la Constitution, afin de permettre la réélection d’une même personne ad vitam aeternam à la première magistrature, comme cela se passe autour de nous dans la région, là où les peuples s’opposent à leurs gouvernants parce qu’ils n’ont pas le droit de décider de leur propre destin. Ce faisant, nous aurions fini par assassiner le peu de démocratie qui nous reste et à propos de laquelle nous continuons de nous enorgueillir. Sachant que les médias continuent d’évoquer des plans visant à créér au Proche-Orient des systèmes démocratiques, à l’instar des démocraties occidentales qui permettent au peuple d’avoir le dernier mot."
 
La députée Nayla Moawad
"Porter atteinte à la Constitution, c’est nuire au régime démocratique. Les propos de Mgr Sfeir étaient très alarmants, et j’appuie ce qu’il a dit, pas parce que je me suis portée candidate à la présidence de la République, mais pour deux raisons principales : d’abord, porter atteinte à la Constitution, c’est nuire au régime démocratique au Liban. Ensuite, il est dangereux d’ébranler les constantes de l’entente nationale, parce qu’elles représentent un consensus qui a coûté cher au Liban. Ces constantes représentent une entente qui n’est pas seulement à la base de l’existence du Liban, mais qui a également mis un terme à la guerre et qui a permis de reconstruire le pays. Nous sommes garants de l’existence de ce consensus, nous l’avons payé trop cher et nous ne pouvons pas le mettre en danger."
 
Le député Nassib Lahoud
"Il est temps de tourner la page de l’amendement constitutionnel, de la prorogation et de la reconduction du mandat actuel. Un mois avant le début de la période constitutionnelle pour l’élection du président de la République, le pays se retrouve perdu dans des futilités qui sortent l’échéance de son contexte, l’éloignent et le font dévier de son cadre constitutionnel et démocratique, notamment en ce qui concerne l’alternance du pouvoir et le renouvellement de la vie politique. Les tentatives d’utiliser l’échéance présidentielle pour réaliser des objectifs servent exclusivement les intérêts des détenteurs du pouvoir et n’ont aucun rapport avec les prétextes invoqués sur le plan national ou avec les grands slogans brandis. Il est temps que ces tentatives désespérées et inutiles prennent fin, et que la page de l’amendement constitutionnel, de la prorogation et de la reconduction soit définitivement tournée, afin que les Libanais et les différentes forces politiques assument enfin leurs responsabilités et surpassent les obstacles et les barrages qui sont dressés et imposés. J'appelle à des concertations et des débats sérieux sur la prochaine étape et ses défis, afin de pouvoir mettre au point les éléments principaux d’un programme de réforme pour sauver le pays. Un programme dont le prochain président de la République doit assurer le parrainage et dont le succès dépend du large consensus qu’il parviendra à créer au sein des forces politiques principales du pays."
 
Le député Farès Souhaid
"Nous vivons, sur la scène libanaise, au sein d’une contradiction qui dépasse tout entendement. D’un côté, il y a la société civile qui a réalisé son unité islamo-chrétienne et qui appelle à l’application de la loi et de la Constitution. De l’autre, il y a le pouvoir politique et ceux qui le protègent, qui plaident en faveur de la violation de la loi et de la Constitution. Les "convocations" à Damas sont humiliantes pour la dignité nationale. Nul au Liban n’accepte que le président de la République libanaise soit élu ou désigné hors des frontières nationales. Ils sont en train de faire la plus grande faveur aux opposants. Je n'irais pas à Damas parce que les Syriens n’ont pas besoin que quelqu’un leur raconte ce qui se produit au Liban et quelle est la position de l’opposition. La position du patriarche maronite est historique. Il est constant dans ses positions. Il est contre l’amendement de la Constitution, et il l’avait déjà dit lors de sa visite en France en février 2004."
 
 
Réaction internationale
 
Le président français Jacques Chirac 
Comme tous les ans, la réunion des ambassadeurs de France à Paris, qui s'est achevée vendredi 27 août, a été l'occasion pour le président de la République d'une présentation générale de sa politique étrangère. A propos du Liban, Jacques Chirac a estimé que l'élection présidentielle devait avoir lieu "conformément à la Constitution actuelle", désavouant ainsi le président Emile Lahoud, soutenu par la Syrie, qui cherche à se maintenir au pouvoir au moyen d'une révision de la Constitution.
 

.