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COMMUNIQUÉ
RJLIBAN N°48 du 29 août 2004
www.rjliban.com
Et
la grandeur, Excellence ?
Au
lendemain du forcing syrien en faveur du
maintien d'Emile Lahoud à la présidence, les
événements se sont précipités au cours des
dernières heures, toute la République ou
presque retenant son souffle pour savoir ce
que Rafic Hariri comptait faire. L'affaire était
entendue : le Premier ministre a signé samedi
matin, au cours d'un Conseil des ministres
sans ordre du jour convoqué en urgence, le
projet de loi visant à amender la
Constitution pour permettre une prorogation de
trois ans "à titre exceptionnel" du
mandat présidentiel en cours. L'accélération
des événements est intervenue immédiatement
après une cascade de déclarations
occidentales, émanant de Washington, Paris,
Londres et Berlin (ce qu'a exprimé le
ministre allemand des Affaires étrangères,
Joschka Fischer, en visite vendredi à
Beyrouth), toutes hostiles à une ingérence
étrangère dans la présidentielle ainsi qu'à
une reconduction du mandat de M. Lahoud. Muet
tout au long de la journée, M. Hariri qui,
selon son entourage, aurait subi de fortes
pressions, s'est alors rendu en soirée à
Chtaura, dans la plaine de la Békaa, pour y
rencontrer le général syrien Rustom Ghazalé.
Et
la grandeur, Excellence ?
Lettre
ouverte au président Emile Lahoud
par
ISSA GORAIEB, publié dans l'Orient-le Jour le 28
août 2004
- J’appelle
pour vous remercier de votre éditorial de ce
matin. Je ferai de mon mieux pour être à la
hauteur des espérances.
- Les espérances sont grandes en effet,
Monsieur le Président, et vous avez droit
d’emblée aux vœux de succès, au soutien de
tous les Libanais. Cela dit, il n’y a pas lieu
de remercier, je ne fais rien d’autre que
coucher sur le papier mes convictions.
- C’est chose bien connue. Et je vous y engage
vivement, ne changez surtout pas !
(15 octobre 1998)
Monsieur
le président,
Ces aimables propos que j’ai précieusement
gardés en mémoire, vous m’en faisiez
l’honneur au téléphone le jour même de
votre triomphale élection. Et c’est parce que
je ne crois pas avoir trop changé, c’est
parce que tant de choses en revanche ne sont
plus ce qu’elles étaient que je me résous à
vous adresser respectueusement cette lettre
ouverte. Au terme d’un long silence qui
en réalité ne trompait personne, et dans un
subit accès de transparence, vous venez de
confirmer ce que tout le monde pressentait : à
savoir que vous vous portez volontaire pour un
nouveau mandat. Mieux, et pour la première fois
dans les annales, vous n’avez même pas
attendu pour cela, comme le veut l’hypocrite
usage, que se soit prononcée en votre faveur
une majorité parlementaire : ce qui, en
apparence du moins, ne vous eut laissé
d’autre choix que de vous incliner. Mieux
encore, vous avez paru inciter à se mettre en
besogne une Assemblée figée dans l’attente
de la consigne.
Malgré toutes ces singulières innovations, il
était grand temps, Monsieur le Président, que
vous vous décidiez à dévoiler vos batteries.
Car dans ce climat d’incertitude savamment
entretenu depuis des mois, le pays, qui allait déjà
bien mal, se trouvait frappé chaque jour un peu
plus de paralysie. Force est de constater
toutefois que le pays ne se porte guère mieux,
qu’il n’est pas près de jeter au loin ses béquilles,
maintenant qu’il est fixé sur vos
dispositions et intentions. Ce qui aggrave le
mal libanais, c’est le décevant bilan de ces
six dernières années ; et ce qui effraie, abat
et déprime les Libanais, c’est la perspective
des années à venir durant lesquelles vous vous
promettez - et promettez aux sceptiques que
nous sommes, ou sommes devenus - de remplir
enfin les clauses demeurées inappliquées du
contrat qui vous liait au peuple. Bilan et
perspectives : en politique comme en affaires,
ce sont là, Monsieur le Président, les deux
paramètres de base de toute gestion saine. Et
sans évidemment que votre personne soit mise en
cause, ils ne plaident ni l’un ni l’autre
pour une réédition à grands frais - et même
au prix fort - d’une expérience qui a
largement montré, hélas, ses limites.
Devant vos visiteurs mardi, vous avez tiré
fierté d’accomplissements "stratégiques"
qui reposent invariablement, tous, sur
l’axiome d’un amarrage sans faille à la
Syrie. Et force est de reconnaître que sur ce
plan, vous avez effectivement réussi au-delà
de toute espérance : syrienne, s’entend.
Votre régime aura vu, c’est vrai et c’est
admirable, la libération du Liban-Sud, premier
territoire arabe qu’Israël ait jamais évacué
sous la pression des armes : libération qui
n’a heureusement pas été ternie par les règlements
de comptes et autres séquelles sanglantes notées
en Europe à la fin de la Seconde Guerre
mondiale. Mais a-t-il réellement réintégré
la République, ce territoire cédé en
concession à une milice décidant à sa guise
de la température à la frontière et sensible
aux souhaits de Téhéran comme de Damas, mais
certes pas des "stratèges" de
Beyrouth ?
C’est dire, Monsieur le Président, que vous
n’avez jamais convaincu vos concitoyens que
tout ce qui est bon pour la Syrie est forcément,
nécessairement, invariablement bon pour le
Liban, dussent en souffrir la légitime quête
de souveraineté, le sentiment national, nos
traditions démocratiques et notre respectabilité
internationale. C’est néanmoins sur ce
capital de fidélité "stratégique"
que vous misez surtout pour vous rendre irremplaçable
aux yeux de Damas. Mais ne serait-il pas
extraordinaire, énorme, accablant qu’après
trois décennies de mainmise, les Syriens se
retrouvent à court d’amis inconditionnels, au
point qu’un seul homme, en l’occurrence
vous-même, soit jugé digne de leur confiance ?
Plus
nuancée mais non moins sujette à discussion,
Monsieur le Président, aura été votre évaluation
de la situation interne. Vous n’avez pas
manqué de courage en reconnaissant que de
nombreux points de votre ambitieux programme
de gouvernement étaient demeurés lettre
morte, et que les trois présidences en
portent conjointement la responsabilité.
C’est un fait que votre régime, pas plus
que celui qui l’a précédé, n’a réalisé
une réconciliation nationale véritable et
entière ; que nombre de Libanais continuent
de n’être pas authentiquement représentés
au Parlement, en raison de lois électorales
scélérates ; que les tiraillements sectaires
se sont aggravés, attisés qu’ils étaient
par les rivalités politiciennes et les prosaïques
conflits d’intérêts ; que l’Etat de
droit reste une chimère; que les libertés
publiques sont trop souvent bafouées ; que
les ingérences des services occultes vont
jusqu’à compromettre le bon fonctionnement
de la justice ; et que la corruption des
dirigeants et de leurs proches n’a jamais été
plus insolemment affichée.
Mais au nom de quelle logique un échec
consommé, avéré, un échec à moitié (ou même
au tiers) avoué ouvrirait-il la voie à une
nouvelle chance, à une session de rachat en
septembre ou octobre ? De combien de décennies
de présidence ininterrompue faudrait-il alors
récompenser les mandats réussis, les
parcours sans faute ? Que fait-on de la règle
de l’alternance, pilier essentiel de toute démocratie
quand bien même serait-elle aussi
approximative que la nôtre ? N’avez-vous
pas déjà bénéficié, Monsieur le Président,
d’une prorogation exceptionnelle de votre
commandement militaire puis d’un premier
amendement de la Constitution qui vous a
catapulté sans transition de Yarzé à Baabda
? A multiplier de la sorte, à des fins
personnelles, les atteintes à la loi
fondamentale dont vous êtes le gardien, ne
finit-on pas par désacraliser celle-ci jusque
dans ses clauses fondamentales, mettant en péril
ainsi le principe du refus de l’implantation
des réfugiés palestiniens ? Et quelle
sollicitude internationale - matérielle
ou morale - le Liban pourra-t-il encore
s’attirer en faisant fi des puissances qui,
sans relâche, lui prêchent le respect de la
Constitution ?
Monsieur le Président,
C’est fort surtout de vos amitiés d’outre-frontière,
dont vous escomptez qu’elles se répercuteront
immanquablement place de l’Etoile, que vous
briguez en ce moment une extension de mandat :
démarche dont vous savez parfaitement
qu’elle suscite l’hostilité latente,
rentrée, ravalée ou proclamée
d’importantes forces politiques locales et
instances religieuses. Vous serez inévitablement
attaqué pour cela si vous êtes réélu, et
vous devrez vous défendre avec les armes du
bord : ce qui augure d’une ère
d’instabilité à laquelle le dispositif qui
vous entoure ne saurait répondre autrement
que par l’imposition d’un ordre musclé.
Ce serait la militarisation à outrance du
système, la fin de la démocratie libanaise.
Au brillant officier de marine que vous avez
été, Monsieur le Président, il serait bien
prétentieux de prodiguer des conseils de
navigation. Même un moussaillon cependant
vous dirait qu’en ce moment, seules deux
routes s’offrent à vous ; et à nous tous
avec vous, dérivant sur la même galère. La
première route, que vous avez entrepris d’écumer
déjà, est semée d’écueils ; c’est la
porte étroite, et il faut se faire tout petit
pour s’y glisser. L’autre voie, c’est
celle du grand large : elle consisterait pour
vous à répudier une aventure aussi gratuite
que chargée de périls. A dire merci,
mais c’est non merci. A endosser la même
dimension historique que votre propre modèle,
le général-président Fouad Chéhab, qui, au
terme de son mandat, se refusa à une rallonge
requérant un amendement de la Constitution et
qui lui était offerte sur un plateau
d’argent. Et qui, parce qu’il le jugeait
politiquement inopportun, dangereux, néfaste,
dédaigna six années plus tard un retour,
pourtant assuré et parfaitement conforme aux
textes constitutionnels cette fois. Pour
vous-même, pour la place qui sera la vôtre
dans l’histoire, pour le Liban, pour son
peuple martyrisé par la guerre et trahi par
l’après-guerre : pour tout cela et pendant
qu’il en est encore temps, jouez donc la
grandeur, Monsieur le Président !
Damas
provoque pour maintenir Lahoud au pouvoir
paru dans le Nouvel Observateur le 28 août
2004
L
a Syrie s'est livrée samedi 28 août à un
coup de force politique au Liban pour garantir
le maintien au pouvoir du président Emile
Lahoud, en dépit des mises en garde américaine,
britannique, allemande et française. Le
gouvernement libanais a adopté un projet
d'amendement de l'article 49 de la
Constitution qui permet une prorogation de
trois ans du mandat du président Lahoud et décidé
l'ouverture dès lundi d'une session
parlementaire spéciale pour finaliser
l'amendement. Le processus a en fait été
engagé jeudi à Damas lorsque le président
syrien Bachar al-Assad a littéralement
convoqué le Premier ministre libanais, Rafic
Hariri, pour l'informer que Damas avait fait
son choix. "Le président Assad a signifié
à M. Hariri qu'il avait tranché, que M.
Lahoud devait être maintenu au pouvoir, et il
a sommé M. Hariri de prendre position pour ou
contre la Syrie", selon le quotidien
d'opposition libanais An-Nahar. Comble de
l'ironie, M. Hariri, qui avait déclaré préférer
"se suicider" (politiquement) plutôt
que de se plier aux desiderata syriens, a été
contraint de présider la séance et a lui-même
voté en faveur de l'amendement.
Condamnations
Avant le vote, M. Lahoud a remercié les
ministres "pour la confiance"
qu'ils allaient lui accorder et s'est retiré
prétextant un rendez-vous, laissant à M.
Hariri le soin de présider la séance.
Reprenant les mêmes arguments que M. Lahoud,
avec lequel il est à couteaux tirés, M.
Hariri a déclaré que "la situation régionale
délicate nécessite des mesures
exceptionnelles" et a demandé aux
ministres d'adopter le projet. Seuls trois
ministres, membres du bloc parlementaire du
chef druze Walid Joumblatt, Ghazi Aridi,
Marouane Hamadé et Abdallah Farhat, ont voté
contre le projet, qui doit encore être entériné
par le Parlement à une majorité des deux
tiers des députés. Une figure de proue de
l'opposition, le député Nassib Lahoud, a
aussitôt réagi, tirant à boulets rouges sur
la Syrie. "La décision syrienne est une
atteinte à la souveraineté du Liban et un
manque de respect pour les Libanais qu'elle
veut maintenir sous sa tutelle. Elle aura des
incidences économiques et politiques désastreuses",
a-t-il affirmé dans un communiqué. Le
patriarche maronite Nasrallah Sfeir, chef de
la principale communauté chrétienne
libanaise, est également farouchement opposé
à l'amendement constitutionnel et a accusé
la Syrie d'ingérence dans les affaires intérieures
du Liban.
Respecter la Constitution
Selon une source diplomatique arabe, Damas a
mis les bouchées doubles après avoir constaté
une identité de vues entre Washington et
l'Union européenne sur le dossier libanais et
que Washington eut fermé la porte à toute négociation.
Washington, qui impose depuis juin des
sanctions économiques à la Syrie, appelle au
retrait du corps expéditionnaire syrien,
estimé actuellement à 20.000 hommes, déployé
au Liban depuis 28 ans. Selon la presse de
Beyrouth, les ambassadeurs libanais et syrien
à Washington, Farid Abboud et Imad Moustapha,
ont été convoqués vendredi par le département
d'Etat. La Maison Blanche avait auparavant
exhorté la Syrie à ne pas s'ingérer dans l'élection
présidentielle libanaise. Emboîtant le pas
à Washington, le gouvernement britannique a
demandé au parlement libanais de manifester
"l'indépendance" du pays, visant la
Syrie sans la nommer. Le président français
Jacques Chirac a souligné que la prochaine élection
"d'un nouveau président" libanais
devait se faire "conformément à la
Constitution actuelle" dans le
"plein respect de la souveraineté et de
l'indépendance" de ce pays. S'alignant
sur Washington, Londres et Paris, le chef de
la diplomatie allemande, Joschka Fisher a
souhaité vendredi à Beyrouth que la
prochaine présidentielle se fasse dans le
respect de la Constitution, de l'indépendance
et de la souveraineté du Liban.
La
présidentielle libanaise se prépare à Damas
Avant
le scrutin prévu cet automne, les tractations
se multiplient
par
SIBYLLE RIZK, publié dans le Figaro le 25 août
2004
L'échéance
présidentielle cet automne au Liban s'annonce
comme un véritable test pour la Syrie,
faiseuse de rois au pays du Cèdre, qui est
soumise à des pressions sans précédent de
la part des Etats-Unis. L'un des enjeux est de
savoir si le président Emile Lahoud, dont le
mandat expire le 24 novembre, sera reconduit
ou non dans ses fonctions. La Constitution
interdit ce cas de figure. L'obstacle pourrait
toutefois être contourné grâce à un
amendement ad hoc. La désignation du
nouveau chef de l'Etat qui doit
obligatoirement appartenir à la communauté
maronite revient aux 128 députés du
Parlement, mais c'est la Syrie qui est le véritable
"grand électeur" dans un pays dont
elle contrôle les rouages politiques. A
mesure que l'échéance présidentielle
approche, on ne compte plus les déplacements
des responsables libanais qui prennent le
chemin de Damas pour s'informer des intentions
"fraternelles" des autorités
syriennes et la presse locale se perd en
conjectures sur le profil idéal du candidat,
au sens du président Bachar el-Assad.
Le choix est de fait limité à des
personnalités "prosyriennes" et les
candidats émanant des rangs de l'opposition
chrétienne ont des chances quasi nulles de
victoire. Dans ce cadre étroit, Emile Lahoud
a l'avantage d'avoir déjà fait la preuve de
sa loyauté. Ancien commandant en chef de
l'armée libanaise, l'homme est un allié indéfectible
de la diplomatie syrienne fondée sur la nécessité
de lier le sort du Liban au sien dans le
conflit qui l'oppose à Israël. Damas réclame
depuis 1967 la restitution du Golan occupé et
annexé par Israël. Une paix séparée entre
Beyrouth et Tel-Aviv achèverait de sceller
l'isolement de la Syrie, qui estime avoir été
lâchée par l'Egypte, la Jordanie et même
les Palestiniens à Oslo. De ce point de vue,
Emile Lahoud a donné toute satisfaction en
maintenant la stratégie de la
"concomitance des volets" syrien et
libanais face à Israël, selon le jargon
diplomatique libanais, en refusant de déployer
l'armée libanaise à la frontière sud du
Liban après le retrait israélien effectué
en mai 2000 et en soutenant le Hezbollah.
Quelles que soient ses préférences, la
Syrie doit toutefois tenir compte de la
nouvelle donne régionale imposée par les
Etats-Unis dans laquelle il y a désormais peu
de place à la tractation. Habituée depuis
des années à négocier avec Washington (qui
a donné son feu vert en 1989 à la mainmise
de Damas au Liban), la diplomatie syrienne est
aujourd'hui déboussolée par le ton nouveau
des Américains. Poussé par le Congrès,
George W. Bush a imposé en mai dernier des
sanctions économiques et commerciales à la
Syrie et les autorités américaines
multiplient les appels au départ des troupes
syriennes du Liban. Il est "temps que
l'armée syrienne se retire du Liban» et
que ce pays «jouisse d'une pleine
souveraineté", a ainsi déclaré
l'ambassadeur sortant des Etats-Unis à
Beyrouth, avant son départ. Damas veut
toutefois croire aux cartes qu'elle conserve
en main, d'autant que pour elle l'enjeu du
Liban - poumon économique et social pour
la Syrie - au-delà de l'enjeu régional
est crucial. Le régime baasiste fragilisé
par la mort du président Hafez el-Assad en
juin 2000 ne survivrait pas à un revers au
Liban, estiment certains analystes. L'évolution
de la situation en Irak est donc la principale
préoccupation des autorités syriennes, car
c'est là qu'elles peuvent éventuellement se
montrer "utiles" aux
Etats-Unis.
Damas multiplie donc les signes d'ouverture
à l'adresse de ceux qui, au sein de
l'administration américaine, restent
favorables à un "dialogue", par
opposition à la méthode musclée des
faucons. Des discussions syro-américaines
sont annoncées par la presse libanaise en fin
de semaine à Rome. Le choix du président
libanais pourrait donc s'inscrire dans cette
stratégie d'ouverture, d'autant que se
multiplient les prises de position au Liban
contre la reconduction du président sortant.
L'hostilité des chrétiens à cette hypothèse
est la plus grande, alimentée par les
candidats potentiels à la succession d'Emile
Lahoud, la fonction étant réservée aux
maronites. Mais elle est surtout menée par
les opposants antisyriens qui réitèrent à
l'occasion de l'échéance présidentielle
leur appel au rétablissement de la
souveraineté libanaise. "Les
concertations préparant la grande échéance
présidentielle se font en dehors de nos
frontières", dénonce ainsi le
patriarche maronite, Mar Nasrallah Sfeir,
selon qui un amendement constitutionnel "anéantirait
le peu de démocratie qui nous reste".
L’échéance automnale, l’un
des points de surenchères entre Washington
et Damas
Le dialogue syro-US suspendu sur
fond de divergences portant sur le Liban
par PHILIPPE ABI-AKL, publié dans
l'Orient-le Jour le 11 août 2004
Le premier round des
discussions américano-syriennes, qui
s’est tenu au début du mois à
Washington, a été suspendu et reporté à
la fin août en raison de sérieux différends
apparus entre les deux parties au sujet du
dossier libanais. C’est ce que rapportent
des sources locales dignes de foi, sur base
d’informations en provenance de la
capitale fédérale. Les divergences syro-US
auraient porté essentiellement sur la présence
syrienne au Liban, la situation des camps
palestiniens dans le pays, ainsi que le
problème du déploiement de l’armée
libanaise à la frontière avec Israël.
Sans compter, évidemment, l’échéance présidentielle,
Washington réaffirmant à ce sujet la
position définie à maintes reprises par
l’Administration Bush. Côté syrien, le
président Bachar el-Assad avait déjà donné
le ton sur ce plan. Les Libanais sont libres
de choisir, avait-il dit. Pour enchaîner
tout de suite en traitant de doux rêveurs,
entendre de naïfs, ceux qui mettent en
question l’influence décisive de la Syrie
dans ce pays. Richard Armitage, numéro deux
du département d’Etat US, n’est pas en
reste. Alors que Bush, Condoleezza Rice et
Colin Powell n’ont cessé d’attaquer la
Syrie sur le point de la présidentielle
libanaise, en lui enjoignant de ne pas
s’en mêler, Armitage sème le trouble par
une petite phrase sibylline. Car il soutient
que cette présidentielle concerne en même
temps le gouvernement syrien et le
gouvernement libanais. Pour ajouter à la
confusion, il somme la Syrie de se retirer
d’ici. Et lui adresse une menace à peine
voilée, en lui rappelant ce qu’il est
advenu au Baas en Irak...
Bien entendu, à
Beyrouth, ce petit jeu du chat et de la
souris ne fait qu’aggraver la confusion
ambiante. Les professionnels, ne sachant
plus sur quel pied danser, se perdent en
conjectures. Que veulent les grands électeurs
? Mais il est peut-être peu pertinent de
vouloir en sonder les intentions. Car si
elles se trouvent de la sorte, et des deux côtés,
dissimulées derrière un écran de fumée,
c’est pour une bonne raison partagée. A
savoir qu’au stade présent, la Syrie et
les Etats-Unis amorcent une difficile négociation
bilatérale. Il est donc normal qu’ils se
livrent réciproquement à des surenchères
autour de ce plateau commun qu’est la scène
libanaise. Et plus particulièrement cette
présidentielle sur laquelle ces
protagonistes se sont si souvent entendus
par le passé. On retiendra dans cet ordre
d’idées les récentes explications US sur
les déclarations d’Armitage. On y lit que
ces propos ne traduisent pas une position
nouvelle. Mais veulent signifier que l’Amérique
n’est pas concernée par la présidentielle
libanaise comme la Syrie peut avoir
l’impression de l’être. Autrement dit,
Washington fait savoir aux Syriens qu’ils
ne doivent pas se fatiguer à tenter
d’utiliser la présidentielle libanaise
comme un levier de pression. Parce que, pour
sa part, il n’est pas du tout intéressé.
De plus, indiquent les commentaires US,
Damas doit se rappeler ce que Bush, Rice et
Powell lui ont dit : pas d’immixtion,
cette fois, dans la présidentielle
libanaise, et d’une. Alternance à la tête
de l’Etat libanais, et de deux. Retrait
militaire rapproché, et de trois.
En fait, Armitage est spécialement
qualifié pour s’adresser aux Syriens. Car
c’est lui qui a conduit la délégation US
aux pourparlers qui ont eu lieu avec les
Syriens au début du mois en cours à
Washington. Des échanges qui se sont arrêtés
le 7 août mais qui devraient reprendre dans
deux semaines, quelque part en Europe. Bien
entendu, les deux parties n’ont rien laissé
filtrer des entretiens. Mais la sortie d’Armitage
laisse penser qu’il n’y a pas eu de détente,
de progrès effectué. Et ce serait normal :
le contentieux est aussi lourd que tendu. On
sait en effet que l’Amérique exige de la
Syrie une attitude plus claire, plus
positive, moins infiltrée, en Irak. Un désengagement
vis-à-vis des organisations palestiniennes
hébergées à Damas. Une neutralisation du
Hezbollah. Un nettoyage des camps
palestiniens du Liban, pour que le contrôle
en soit remis aux autorités libanaises.
Cette question devient pratiquement la plus
importante pour les Américains, parce que,
dans leur hantise de la lutte contre le
terrorisme, ils pensent que les camps
palestiniens du Liban constituent un refuge,
un antre de terroristes internationaux. Ils
réclament enfin un retrait des troupes
syriennes cantonnées dans ce pays.
La Syrie, bombardée
d’exigences aussi pointues, profite sans
doute de l’avantage que lui donne l’entrée
en campagne présidentielle des Etats-Unis.
En principe, d’ici à l’élection,
Washington ne devrait pas prendre à son
encontre de mesures dramatiques. Du même
coup, estiment les professionnels libanais,
la Syrie garde une assez large marge de manœuvre
en terme de présidentielle libanaise. Mais
du fait même qu’elle est en train de négocier,
il est peu probable qu’elle opte pour des
choix qui provoqueraient une rupture avec
les Etats-Unis. En même temps, il est également
peu vraisemblable qu’elle laisse Armitage
la menacer ouvertement sans réagir quelque
part. Donc, on en est pratiquement entre
deux chaises. Et, répétons-le, il serait
vain de spéculer sur les intentions des uns
ou des autres en ce qui concerne notre présidentielle.
Tant que toutes les cartes n’ont pas été
abattues sur la table des pourparlers.
Le président libanais brigue un second
mandat
Anticonstitutionnelle, la reconduction d'Emile
Lahoud a l'appui de l'occupant syrien.
par CHRISTOPHE
AYAD, publié dans Libération le 26 août
2004
L'automne s'annonce chaud
au Liban. Le président Emile Lahoud s'est déclaré
hier candidat à un nouveau mandat de six ans.
L'annonce a suscité une levée de boucliers
dans l'opposition chrétienne antisyrienne. La
Constitution libanaise interdit en effet à un
Président de se représenter au terme de son
mandat. Une reconduction d'Emile Lahoud nécessiterait
donc un amendement de la Constitution par une
majorité de députés. Il y a déjà eu un précédent
: Elias Hraoui, le prédécesseur de Lahoud,
avait été reconduit en 1995 pour un
demi-mandat.
Servile
Le Président - forcément maronite -
étant désigné par les députés et non au
suffrage universel direct, les jeux seront
faits lorsque le Parlement se réunira en
novembre. Les députés se contenteront en
fait d'entériner le choix de Damas. Jusqu'à
présent, la Syrie, qui exerce un véritable
protectorat sur le Liban et y entretient
20.000 soldats, avait laissé toutes les
options ouvertes. La déclaration
d'intention d'Emile Lahoud ne peut qu'avoir
reçu le feu vert de Damas et pourrait donc
signifier que le président syrien Bachar
al-Assad a fait son choix. Emile Lahoud
s'est montré un allié fidèle, voire
servile, allant ainsi jusqu'à boycotter
l'enterrement du roi Hussein de Jordanie en
1999, pensant faire plaisir à son homologue
syrien... qui l'a pris à contre-pied en s'y
rendant au dernier moment. Son alignement
inconditionnel sur les positions syriennes a
irrité plus d'une fois la diplomatie américaine,
ouvertement hostile à un deuxième mandat
de Lahoud. Si la pression devenait trop
forte, Damas pourrait changer de candidat.
Mais, les dirigeants syriens comptent sur le
fait que la Maison Blanche ne veut pas de
vagues au Proche-Orient en pleine présidentielle.
Ebullition
L'opposition antisyrienne au Liban, elle,
est en ébullition. "La Constitution
n'est pas une loi ordinaire que l'on peut
modifier comme bon nous semble", a
déclaré le patriarche maronite Nasrallah
Sfeir dans le quotidien Al-Nahar, qui
a activement mené campagne contre Lahoud
ces dernières semaines.
Liban - Le président
Lahoud accusé de "crime
constitutionnel"
paru dans Courrier
International le 27 août 2004
L’annonce faite mardi 24 août par le
président libanais Emile Lahoud, dont le
mandat expire le 24 novembre, de son éventuelle
candidature à la prochaine élection présidentielle
a fait l’objet de vives critiques de la part
des responsables politiques du pays. Le
quotidien The Daily Star indique en
effet que "cette nouvelle candidature nécessite
la modification de l’article 49 de la
Constitution libanaise, qui doit être votée
par le Parlement". Approuvée au moment
des accords de Taëf, qui ont mis fin, en
1989, à quinze années de conflit, la
Constitution interdit le renouvellement du
mandat présidentiel. Sa modification fait
craindre que le fragile équilibre entre les
communautés religieuses ne soit affecté.
"Les leaders des principales confessions
du pays se sont prononcés contre un
amendement de la Constitution", note à
ce propos L’Orient-Le Jour.
"Les plus violentes réactions ont
été celles des députés de Baabda et de
Zahlé", relève le Daily Star.
"Le député Bassem Sabaa a accusé le
chrétien Emile Lahoud de préparer un 'crime
constitutionnel', alors que Nicolas Fattouche
s’est inquiété qu’un renouvellement de
mandat 'ne réveille la guerre civile dans le
pays'." D’après The Daily Star, "de
nombreux opposants à Lahoud estiment cette
candidature injustifiée, compte tenu de l’échec
politique et économique de son premier
mandat". Le président est également
suspecté d’être le candidat favori du
voisin syrien, qui dispose encore d’un
contingent de 20.000 hommes au Liban.
"Peut-être s’agit-il d’une réponse
[négative] de la Syrie aux sommations américaines
et françaises", s’interroge L’Orient-Le
Jour. Les Etats-Unis ont tenu à
souligner, par la voie du porte-parole adjoint
du département d’Etat, que "la décision
de choisir qui doit être élu président du
Liban revenait au peuple libanais, et non aux
Américains ou à qui que ce soit
d’autre".
Présidentielle libanaise :
convergence islamo-chrétienne contre la
reconduction de Lahoud
publié par l'AFP le 24 août
2004
La possibilité d'une reconduction du président
Emile Lahoud promue par la Syrie, maître du
jeu au Liban, a été rejetée par des
personnalités chrétiennes et musulmanes,
politiques et religieuses, phénomène
unitaire très rare. Les muftis Rachid Kabbani,
sunnite, et Abdel Amir Kabalan, chiite, ont créé
la surprise lundi en soulignant, dans un
communiqué commun, "l'importance de
respecter la Constitution en ce qui concerne
l'élection du président de la République",
notamment. Les deux dignitaires ont en outre
émis l'espoir que "les résultats de l'élection
présidentielle expriment la volonté des
Libanais et renforcent l'union
nationale". Ils ont ainsi rejoint dans
leur refus d'amender la Constitution le
patriarche chrétien maronite, Nasrallah Sfeir,
chef de la communauté de laquelle est issue
le chef de l'Etat. Le cardinal Sfeir avait
clairement condamné dimanche, les appels
"à la réélection à la magistrature
suprême de la même personne pour une durée
indéfinie, à l'instar de ce qui se passe
dans les (pays) qui nous entourent".
"Le communiqué des deux muftis a montré
que la société libanaise évolue dans un
sens unitaire et que les Libanais n'ont plus
besoin de tutelle extérieure pour gérer
leurs affaires", a déclaré à l'AFP,
Samir Frangié, figure de proue de
l'opposition chrétienne. Selon lui, le texte
est d'autant plus important que les deux
muftis avaient rejeté un appel, en septembre
2000, des évêques maronites pour un retrait
du corps expéditionnaire syrien stationné au
Liban.
Mais la rare convergence islamo-chrétienne
n'a pas résisté aux pressions. "Damas
est mécontente d'une prise de position
musulmane qui va à l'encontre de son jeu et
de ses intérêts", a estimé un autre
opposant chrétien sous le couvert de
l'anonymat.
En effet, une nouvelle mouture du communiqué
commun a été distribuée, amputée de la référence
au respect de la Constitution, après que la
première version eut circulé pendant cinq
heures sur les ondes des médias
audio-visuels.
" 'Des parties inconnues' sont
intervenues pour retirer le communiqué de
Kabbani et Kabalan", titre en une le
quotidien libéral an-Nahar.
Ignorant cette péripétie, le quotidien
d'expression française L'Orient-Le Jour écrit
en Une: "Au-delà des pressions,
convergence islamo-chrétienne sur le respect
de la Constitution".
En vertu de la Constitution, le président en
exercice ne peut briguer un second mandat
successif.
Mais l'article 49 de la Constitution a été
violé à deux reprises, le Parlement libanais
ayant été forcé, sous pression de la Syrie,
de l'amender.
La première fois en 1995 pour prolonger de
trois ans le mandat du président Elias Hraoui,
un homme lige de Damas et une deuxième fois,
en 1998, pour ouvrir la voie à l'élection de
M. Lahoud, alors commandant en chef de l'armée
qui n'avait pas démissionné dans le délai réglementaire
pour devenir éligible.
La possibilité d'une réélection d'Emile
Lahoud ou la prorogation de son mandat de six
ans qui expire le 24 novembre a été avancée
par des hommes politiques libanais pro-syriens
ayant rencontré le président syrien Bachar
al-Assad.
Cette possibilité a été retenue par la
Syrie alors que son influence au Liban est
remise en cause par une loi, adoptée fin 2003
par le Congrès, la "Syrian
Accountability Act", prévoyant un
recouvrement de la souveraineté du Liban.
Allié difficile de Damas, le chef druze, le député
Walid Joumblatt, avait lancé le premier la
campagne. "La reconduction suscitera la déprime",
a-t-il dit, soulignant que "l'homme n'a
aucune valeur s'il n'a pas la liberté de
choisir".
Farouchement hostile à la reconduction mais
contraint dernièrement au silence, le Premier
ministre Rafic Hariri, sunnite, doit
rencontrer aujourd'hui Mgr Sfeir.
La reconduction à titre définitif,
un piège lourd de conséquences
Washington n’ayant pas d’emprise sur les députés,
Damas devra peser les risques d’un choix
monochrome pour la présidentielle
par MICHEL TOUMA, publié dans l'Orient-le
Jour le 23 août 2004
La libanisation de l’élection
présidentielle signifie donc des
concertations entreprises... à Damas par le
président syrien ! Une réalité amère qui a
au moins pour avantage (une sorte de lot de
consolation) de nous rappeler à nos tristes réalités.
Et qui permet surtout de faire apparaître au
grand jour les choses comme elles sont, sans
trop s’encombrer des apparences, souvent
trompeuses. Compte tenu de la caste politico-sécuritaire
en charge du pays depuis près de quinze ans,
nul ne se faisait en effet d’illusions sur
la tournure que prendrait l’échéance
automnale. Une "petite" inconnue
reste toutefois à éclaircir : la décision
dans le choix du président serait-elle
exclusivement syrienne ou plutôt syro-américaine,
ou aussi syro-américano-française ? Dans
l’attente de pouvoir apporter une réponse
à cette question, force est de relever qu’à
l’évidence, Washington n’a pratiquement
aucune emprise (ou en tout cas très peu) sur
le corps électoral des 128 députés appelé
à mettre en scène la désignation du
successeur du général Emile Lahoud. Si le
profil et l’identité du prochain locataire
de Baabda revêtent réellement pour l’Administration
US une quelconque importance - pour des
considérations clairement régionales -
les Américains devraient donc négocier ce
point précis avec Damas. Ce qui les placerait
en position de demandeurs. Eventualité très
peu probable, car pour eux, même si le choix
du futur chef de l’Etat s’inscrit dans le
cadre de leur vision stratégique régionale,
portant sur le rôle et le poids de la Syrie
dans le nouveau Moyen-Orient, il ne constitue
peut-être pas un enjeu suffisamment crucial
pour qu’ils s’engagent dans un jeu de
concessions réciproques à ce propos avec
Damas.
Dans l’incapacité donc
de peser directement sur le cours de la présidentielle,
Washington semble se contenter de définir une
position de principe, conforme à ses
objectifs globaux, sans trop rentrer dans les
détails. Cela revient à faire parvenir à
qui de droit des messages plus ou moins
fermes, suivant l’importance que revêt l’échéance
pour la superpuissance. "Les choses ne
sont plus aujourd’hui ce qu’elles étaient
il y a quinze ou vingt ans", a souligné
sans ambages le nouvel ambassadeur américain,
Jeffrey Feltman, quelques heures avant son
arrivée à Beyrouth. En clair : fini le temps
où l’Administration US marchandait le nom
du président avec le régime syrien. Cette
fois-ci, Washington a fait connaître
publiquement son point de vue. Il revient à
Damas de peser les risques que comporterait
une décision non conciliatoire. Au plan
strictement local, cette éventuelle décision
monochrome pourrait se traduire, entre autres,
par un amendement du fameux article 49 de la
Constitution, de manière à permettre soit la
prorogation soit la reconduction pure et
simple du mandat du président Lahoud. Pour
faire avaler la pilule, et afin de ne pas paraître
modifier la loi fondamentale au profit d’une
personne, il serait question de reformuler
l’article 49 en stipulant que désormais le
mandat du chef de l’Etat pourrait être
renouvelé de façon permanente.
Une telle mesure
constituerait un véritable piège qui serait
beaucoup plus grave et aurait des retombées
de loin plus sérieuses qu’une prorogation
conjoncturelle "pour une seule fois et à
titre exceptionnel", comme ce fut le cas
en 1995 avec le président Elias Hraoui. Car
dans le seul but de permettre le maintien du général
Lahoud à Baabda, on aurait modifié profondément
la nature même du système politique en
place, ou tout au moins le rapport de forces
entre les pôles du pouvoir censés représenter,
au niveau étatique, les principales
composantes communautaires du pays. Prévoir définitivement
un possible renouvellement du mandat présidentiel
reviendrait en effet à affaiblir encore plus
la première magistrature en hypothéquant
l’action du chef de l’Etat. Celui-ci se
verrait contraint d’amadouer en permanence
aussi bien les fractions locales que les décideurs
étrangers afin d’assurer sa reconduction.
Cela diminuerait d’autant sa marge de manœuvre,
déjà sensiblement réduite depuis Taëf.
Certains observateurs
continuent d’espérer que la présidentielle
fournira l’occasion aux décideurs (syriens)
d’adresser un message fort à Bkerké, en
favorisant le choix d’un candidat qui bénéficierait
de la confiance du patriarche maronite et qui
serait par conséquent crédible aux yeux de
l’opinion chrétienne. Un candidat qui
n’aurait pas pour seul et unique atout le
soutien de Damas, mais qui serait aussi
capable d’adopter des mesures concrètes
pour rétablir l’équilibre national en
initiant le chantier du dialogue interne, des
réformes, de la réconciliation et de
l’entente véritables. Un nouvel
affaiblissement de la position du président
de la République - par le biais d’un
amendement piégé de l’article 49 -
aurait pour conséquence d’approfondir
encore davantage le sentiment de
marginalisation que ressent la collectivité
chrétienne. C’est en définitive à ce
dossier précis - le rétablissement de
l’équilibre interne - que devrait
s’atteler le futur chef de l’Etat. Si ce
critère de choix est primordial dans le
contexte présent, c’est qu’il y va dans
une large mesure de la sauvegarde des spécificités
du Liban. Et donc de la raison d’être et
des fondements de l’entité libanaise.
Réactions locales
Le patriarche maronite le cardinal
Nasrallah Sfeir
"Le chômage est un fléau pour la réduction
ou l’éradication duquel les gouvernements
du monde entier déploient tous les efforts
possibles et imaginables. Ce chômage est un
signe patent de régression et de perdition,
alors que les offres d’emploi sont synonymes
d’évolution et de prospérité. Si nous
prenons le chômage comme référent, nous
nous rendons compte que nous sommes en train,
au Liban, de régresser et de nous perdre. A
l’heure, notamment, où l’on nous occupe
avec des sujets qui ne sont plus à notre portée,
mais au-dessus de nos moyens ; à l’heure où
les concertations préparant la grande échéance
libanaise se font en dehors de nos frontières,
comme si nous avions désormais définitivement
perdu la souveraineté sur notre territoire,
l’indépendance dans le choix de nos leaders
et la liberté de décider à propos de tout
ce qui touche à nos propres affaires. Plus
loin encore : des voix s’élèvent pour
appeler à un amendement définitif de la
Constitution, afin de permettre la réélection
d’une même personne ad vitam aeternam à la
première magistrature, comme cela se passe
autour de nous dans la région, là où les
peuples s’opposent à leurs gouvernants
parce qu’ils n’ont pas le droit de décider
de leur propre destin. Ce faisant, nous
aurions fini par assassiner le peu de démocratie
qui nous reste et à propos de laquelle nous
continuons de nous enorgueillir. Sachant que
les médias continuent d’évoquer des plans
visant à créér au Proche-Orient des systèmes
démocratiques, à l’instar des démocraties
occidentales qui permettent au peuple
d’avoir le dernier mot."
La députée Nayla Moawad
"Porter atteinte à la Constitution,
c’est nuire au régime démocratique. Les
propos de Mgr Sfeir étaient très alarmants,
et j’appuie ce qu’il a dit, pas parce que
je me suis portée candidate à la présidence
de la République, mais pour deux raisons
principales : d’abord, porter atteinte à la
Constitution, c’est nuire au régime démocratique
au Liban. Ensuite, il est dangereux d’ébranler
les constantes de l’entente nationale, parce
qu’elles représentent un consensus qui a coûté
cher au Liban. Ces constantes représentent
une entente qui n’est pas seulement à la
base de l’existence du Liban, mais qui a également
mis un terme à la guerre et qui a permis de
reconstruire le pays. Nous sommes garants de
l’existence de ce consensus, nous l’avons
payé trop cher et nous ne pouvons pas le
mettre en danger."
Le député Nassib Lahoud
"Il est temps de tourner la page de
l’amendement constitutionnel, de la
prorogation et de la reconduction du mandat
actuel. Un mois avant le début de la période
constitutionnelle pour l’élection du président
de la République, le pays se retrouve perdu
dans des futilités qui sortent l’échéance
de son contexte, l’éloignent et le font dévier
de son cadre constitutionnel et démocratique,
notamment en ce qui concerne l’alternance du
pouvoir et le renouvellement de la vie
politique. Les tentatives d’utiliser
l’échéance présidentielle pour réaliser
des objectifs servent exclusivement les intérêts
des détenteurs du pouvoir et n’ont aucun
rapport avec les prétextes invoqués sur le
plan national ou avec les grands slogans
brandis. Il est temps que ces tentatives désespérées
et inutiles prennent fin, et que la page de
l’amendement constitutionnel, de la
prorogation et de la reconduction soit définitivement
tournée, afin que les Libanais et les différentes
forces politiques assument enfin leurs
responsabilités et surpassent les obstacles
et les barrages qui sont dressés et imposés.
J'appelle à des concertations et des débats
sérieux sur la prochaine étape et ses défis,
afin de pouvoir mettre au point les éléments
principaux d’un programme de réforme pour
sauver le pays. Un programme dont le prochain
président de la République doit assurer le
parrainage et dont le succès dépend du large
consensus qu’il parviendra à créer au sein
des forces politiques principales du
pays."
Le député Farès Souhaid
"Nous vivons, sur la scène libanaise, au
sein d’une contradiction qui dépasse tout
entendement. D’un côté, il y a la
société civile qui a réalisé son unité
islamo-chrétienne et qui appelle à
l’application de la loi et de la
Constitution. De l’autre, il y a le pouvoir
politique et ceux qui le protègent, qui
plaident en faveur de la violation de la loi
et de la Constitution. Les "convocations"
à Damas sont humiliantes pour la dignité
nationale. Nul au Liban n’accepte que le président
de la République libanaise soit élu ou désigné
hors des frontières nationales. Ils sont en
train de faire la plus grande faveur aux
opposants. Je n'irais pas à Damas parce que
les Syriens n’ont pas besoin que quelqu’un
leur raconte ce qui se produit au Liban et
quelle est la position de l’opposition. La
position du patriarche maronite est
historique. Il est constant dans ses
positions. Il est contre l’amendement de la
Constitution, et il l’avait déjà dit lors
de sa visite en France en février 2004."
Réaction internationale
Le président français Jacques Chirac
Comme tous les ans, la réunion des
ambassadeurs de France à Paris, qui s'est
achevée vendredi 27 août, a été l'occasion
pour le président de la République d'une présentation
générale de sa politique étrangère. A
propos du Liban, Jacques Chirac a estimé que
l'élection présidentielle devait avoir lieu "conformément
à la Constitution actuelle", désavouant
ainsi le président Emile Lahoud, soutenu par
la Syrie, qui cherche à se maintenir au
pouvoir au moyen d'une révision de la
Constitution.
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