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COMMUNIQUÉ
RJLIBAN N°41 du 8 janvier 2004
www.rjliban.com
Le
triomphe du fondamentalisme américain
Nous vous souhaitons
nos Meilleurs Voeux pour l'année 2004.
Deux drames similaires
ont endeuillé le Liban et la France en ce début
d'année, avec la chute de deux avions au décollage,
dans la mer, entraînant la mort de plus de cent
Libanais à Cotonou (le 25 décembre) et cent Français
à Charm-el-Cheikh (le 3 janvier).
Cinquante ans après
son appel à une "insurrection de la bonté"
contre la misère, l'abbé Pierre, 91 ans, lance un
nouveau combat pour arracher au dénuement et à la
détresse les trois millions de personnes mal logées
en France.
Les
Etats-Unis triomphent avec une force inégalable,
qui leur aura permis d'atteindre aussi bien l'Irak
que la planète Mars.
Accident
de voeux
par PIERRE
MARCELLE, publié dans Libération le 5 janvier
2004
Et vous, vos voeux,
vous les avez présentés comment ? Coincés entre
attentats et menaces contre des aéronefs,
tremblement de terre lointain et séisme social
pour chômeurs au coin de la rue, les nôtres
manquent, cette année, de cette conviction
chantante qui appelle les lendemains radieux. Le délitement
de l'Europe dans la résurgence de tous ses
nationalismes, si exemplairement illustrée par la
fortune électorale du purificateur ethnique
Milosevic, aura déprimé notre somnolente
vacance. Sans même regarder vers l'Orient qui brûle
avec constance, le coeur n'est pas trop à rire,
ni l'esprit à faire des bulles. Il y eut
pourtant, venue d'Albion afin de nous ravir la Noël,
une diversion que le quotidien la Montagne
titra plaisamment "Royal drame -
Accident de chiens." Y était relaté
comme le "puissant"
bull-terrier (marque de chien) de Mlle Anne,
princesse d'Angleterre, mordit "sauvagement"
le "vieillissant" corgi (autre
marque de chien) de Mme Elisabeth, reine
d'Angleterre. Ainsi Dottie fit-il passer Pharos ad
patres canum ; de cet anecdotique incident,
survenu le 24 décembre au château de Sandrigham,
on eût aimé tirer plus : détailler le
jaillissement hors la Bentley qui l'amena, du
clebs princier fonçant sus au clebs royal, les
glapissements de loufiats impuissants à empêcher
que celui-ci bouffât celui-là, et le sang sur la
neige ; revenir sur les antécédents du cabot
agresseur (deux mômes déjà, en avril 2002 dans
le parc de Windsor) ; analyser, peut-être, le
poids de la querelle familiale et subséquente sur
le devenir de la Couronne... L'atmosphère du
temps délétère tua cette velléité. C'est
qu'en s'attelant à ces voeux de papier, on se
souvint que 2004 serait électorale. Un cauchemar
nous projeta alors un chien irruptant dans ses
scrutins comme en un jeu de quilles. Les quilles y
figuraient les libertés démocratiques, les
acquis sociaux et les lois de la République. Le mâtin
était tatoué au jambon d'une flamme tricolore.
Le temps du mépris
par BERTRAND POIROT-DELPECH, publié dans le
Monde du 7 janvier 2004
Longtemps après la victoire allemande de juin 1940,
des affiches proclamaient encore que nous
serions vainqueurs parce que nous étions "les
plus forts". C'est dire que le mensonge
d'Etat ne date pas d'hier. Le citoyen est traité
en client docile au conditionnement. Il semblait
que l'opinion américaine faisait exception -
par atavisme protestant, peut-être. Les
dirigeants d'outre-Atlantique pouvaient tout se
permettre, sauf de tricher avec la vérité. Récemment
encore, Clinton a fait les frais de cette
exigence puritaine, en se cachant de ses amours
latérales comme un gamin surpris les doigts
dans la confiture. Depuis lors, la Mecque
du trucage qu'était Moscou a succombé à ses
menteries. Tout s'est alors passé comme si le
dernier géant resté debout pouvait tout se
permettre, y compris trahir son bon fond de
loyauté. Il pouvait affabuler quant aux motifs
de la guerre à Saddam, enfreindre, à
Guantanamo, les droits de l'homme dont on le
disait la patrie, faire sa banque sur le dos des
pauvres et piller les ressources naturelles
communes, tout en prônant le partage, en se
donnant comme modèle indépassable. La terreur
du déséquilibre remplaçait en douce l'équilibre
de la terreur. D'où surgira l'ultime
contrepoids ? Pour jouer ce rôle vital,
aura-t-il manqué à l'Europe une génération
supplémentaire d'atermoiements ? Au vrai,
l'Amérique n'est pas seule à brader ses
vertus. La France, qui se flattait de résister
mieux que d'autres pays au bourrage de crâne,
s'est engouffrée dans le faux-semblant.
L'annonce y tient lieu d'action, l'euphémisme règne.
Qu'un drame surgisse, et tous les responsables
se disputent les micros pour plaider leur
innocence, leur compassion, comme si on allait
voter demain.
Les télescopages du "zapping"
encouragent toutes les diversions, qu'on dirait
orchestrées, au nom de la modernité, par nos
nouveaux princes, les dir'com'. Le coq-à-l'âne
du "voile à l'école" masque à bon
compte la crise des services publics, comme
autrefois la querelle sur le sexe des anges,
ouverte en plein vacillement mondial, ou la
"campagne anti-acridienne" sur
laquelle nos proconsuls
"communiquaient" en pleine bataille
d'Alger. Notre goût pour les joutes théoriques
fait la part belle aux alibis des débats
"majeurs", des "grandes"
lois, et autres messages "forts". Médiatiseurs
et médiatisés se partagent le gâteau de la
parole publique, reconnaissables à leur rabâchage
de l'expression "c'est vrai que". Les
mots n'ont plus de valeur que marchande, de
publicité déguisée, de bouche-trous. Prime
absolue au "dernier album" de
chanteurs, aux anecdotes de présentateurs.
Jusqu'au terme de "réalité",
confisqué pour couvrir le comble de l'artifice
tarifé ! Restent les signaux-lapsus échappés
aux stratagèmes écervelants des
communicateurs. A quelques "20 heures"
d'intervalle se sont succédé sur nos écrans
le Queen-Mary-2, paré comme une élégante
victorienne au Derby d'Epsom - preuve, par
son style nouille du Normandie, que le
nouveau siècle n'est plus porteur, sur mer en
tout cas, que de nostalgie -, et la dépouille
du porte-avions Clemenceau renvoyée de
toutes les anses européennes pour recracher ses
amiantes et ses rouilles.
Les vacanciers de Charm el-Cheikh n'avaient pas
encore vu la mort exploser les hublots vert
sombre de leur "charter", et les
asphyxier à prix imbattables. " Nous
sommes des créateurs", est venu dire
un voyagiste, gorge serrée. Des créateurs
de... " joie de vivre !",
a-t-il précisé ( sic). 2004 commence très
fort dans l'art de se foutre du monde. Serait-il
venu, et irrévocable, le temps du mépris ?
Le pape dénonce "la plaie du
terrorisme"
Dans son message de Noël depuis la place
Saint-Pierre
paru dans Ouest-France le 27 décembre
2003
Fatigué mais déterminé, le pape a demandé
jeudi à Dieu, lors de sa traditionnelle bénédiction
urbi et orbi, de sauver l'humanité du fléau du
terrorisme et des guerres. 26e Noël
du pontificat de Jean-Paul II. Le vieux pape de
83 ans s'est exprimé avec beaucoup de difficultés,
hier, à midi, pour sa bénédiction de Noël et
son traditionnel message "à Rome et
au monde" (urbi et orbi). Au
cours de la messe de la nativité, dans la nuit
de mercredi à jeudi, il avait semblé plus en
forme. Hier, il a dû s'interrompre plusieurs
fois pour reprendre son souffle. En particulier
lorsqu'il a, dans 62 langues différentes,
souhaité au monde un joyeux Noël.
"Sauve-nous des grands maux qui déchirent
l'humanité en ces premières années du troisième
millénaire", a-t-il demandé à Dieu
depuis son siège installé sur le parvis de la
basilique Saint-Pierre. "Sauve-nous des
guerres et des conflits armés qui dévastent
des régions entières du globe, de la plaie du
terrorisme et des nombreuses formes de violences
qui atteignent gravement des personnes faibles
et sans défense", a-t-il poursuivi, devant
des milliers de fidèles qui l'ont interrompu à
plusieurs reprises par leurs applaudissements.
Jean-Paul II a par ailleurs appelé dans sa bénédiction
à la paix au Proche-Orient. "Sauve-nous
du découragement dans notre marche sur les
chemins de la paix [...] surtout
sur la Terre où tu es né, Toi, Prince de la
Paix." Pour la première fois
depuis 1978, le pape célèbre Noël sans aucun
projet de voyages pour l'année 2004, mais ce
n'est pas faute d'avoir été invité dans
plusieurs pays. Pour autant, son porte-parole,
Joaquim Navarro-Vals, a fait savoir que
Jean-Paul II n'avait pas renoncé à ses
voyages.
Air
Massacre
par ISSA GORAIEB,
publié dans l'Orient-le Jour le 7 janvier 2004
Coup sur coup, les
catastrophes aériennes de Cotonou et de Charm
el-Cheikh ont fait surgir deux problèmes des
plus préoccupants, en cette ère de démocratisation
effrénée des voyages et loisirs : la fiabilité
des vols charters et la responsabilité des
autorités pour ce qui a trait à l’état de
vol des avions exploités comme à la
qualification réelle de leurs équipages. Non
point évidemment que charter soit forcément
synonyme de médiocrité ou, plus grave encore,
de précarité et d’insécurité. La formule
reste pain bénit pour les millions de voyageurs
gagnant tous les ans, hiver comme été, des
sites de tourisme ou de pèlerinage rarement
desservis en direct par les vols réguliers : la
programmation précise des vols et le
coefficient de remplissage élevé permettant de
pratiquer des tarifs qui défient toute
concurrence. Tout se gâte cependant dès
lors que le pire se mêle au meilleur et que
l’on a affaire à des opérateurs douteux
mettant en service des avions d’un autre âge,
sommairement entretenus de surcroît. De telles
lacunes ne sont pas toujours très apparentes hélas,
et même un pays aussi strict en la matière que
la France, cruellement endeuillée par
l’accident de Charm el-Cheikh, s’est vu
donner des leçons de rigueur par la Suisse, spécialiste
mondial en la matière qui, elle, avait refusé
le survol de son territoire à la compagnie égyptienne
Flash. Mais parfois aussi ces lacunes sont si
flagrantes, si criantes qu’il faudrait être
sourd, d’une criminelle surdité, pour ne pas
réagir face à l’inacceptable.
Tel semble bien avoir été le cas dans la tragédie
de Cotonou du 25 décembre 2003, qui a causé la
mort de dizaines de nos compatriotes, et qui
soulève une foule de questions qu’il serait
trop long d’énumérer ici. Sans présumer
bien sûr du cheminement de l’enquête
actuellement menée par les plus hautes autorités
judiciaires libanaises, on reste stupéfait
devant la complaisance dont a pu longtemps bénéficier,
à l’Aéroport de Beyrouth, la compagnie UTA.
Il apparaît aujourd’hui - mais
aujourd’hui seulement ! - que celle-ci
est soupçonnée d’avoir maquillé au départ
ses documents accréditifs, ce qui porte
d’ailleurs le procureur de la République à
saisir la totalité du dossier pour le
soustraire, selon ses propres dires, à d’éventuels
et tardifs rajouts ou amputations. Il est
de même établi que le Boeing 727, vieux de
quarante ans desservant Beyrouth, souffrait de défaillances
suffisamment graves pour être constatées sur
place et pas assez graves cependant, faut-il
croire, pour que les autorités locales se
donnent la peine d’alerter les organismes
internationaux ou du moins les passagers
potentiels. Pour couronner le tout, les
organisateurs du vol
Conakry-Cotonou-Beyrouth-Dubaï, au mépris des
règles les plus élémentaires de sécurité,
pratiquaient couramment la surcharge de
passagers et de fret : lequel fret ne se
limitait peut-être pas à des lots de mangues
et de papayes, puisqu’il est fortement
question aussi de blanchiment d’argent par
valises entières bourrées de billets de
banque, qui passaient sans encombre le contrôle
de l’AIB. Le plus préoccupant, le plus révoltant,
est que toutes ces lacunes et irrégularités
n’auraient pu se produire et se poursuivre
jusqu’au désastre final si elles ne bénéficiaient
de protections exceptionnellement agissantes.
Ya-t-il une chance sur mille que celles-ci
soient démasquées, que l’on ne se contente
pas comme dans d’autres scandales de jeter
quelque bouc émissaire en pâture à
l’opinion ? De voler très haut sur la scène
politique locale, aussi haut que leurs cercueils
volants, suffit-il pour placer les protecteurs
au-dessus de la loi ? L’ampleur de la tragédie
exige pourtant que toute la lumière soit faite
: car venant s’ajouter aux nombreuses pertes
de vies humaines, le scandale rejaillit
indirectement mais très effectivement sur
l’excellente renommée des ailes libanaises,
de même qu’il porte un grand préjudice aux
très sérieuses et performantes agences de
tourisme locales affrétant des charters pour
transporter les vacanciers. Pour conclure, ce
n’est pas pousser le bouchon trop loin que de
rappeler que les malheureuses victimes ne
rentraient pas d’un passionnant et coûteux
safari-photo : c’était des expatriés partis
chercher en terre africaine les moyens de
subsistance que ne peut plus leur offrir leur
pays arraisonné, en proie au marasme économique,
ployant sous la dette publique et où prospère
avec insolence néanmoins une caste politique en
tous points privilégiée qui s’ingénie à
boucher tous les horizons face aux jeunes
Libanais. Le véritable drame c’est
l’absence de toute politique de l’émigration,
constatait amèrement il y a quelques jours un
élu. Erreur, Monsieur le député : elle est
bien là, "leur" politique. Et
elle consiste très précisément à fabriquer
des émigrés.
La question d'Orient
par JOSEPH MACE-SCARON,
publié dans le Figaro Magazine du 3 janvier
2004
Pauvres chrétiens d'Orient, si près de
Dieu et si loin des Etats-Unis. Qui s'intéresse
à eux ? Qui s'est jamais intéressé à eux
autrement que pour les images esthétisantes de
leurs offices ? Utilisés de temps à autre,
ignorés le plus souvent, ces marginaux de
l'histoire ont payé très cher, tout au long
des siècles, leur délicate position à la
jointure de deux mondes, Orient et Occident, et
de deux civilisations, Islam et christianisme.
Singulier destin que celui des Eglises de
l'aurore qui, les premières, accueillirent la
lumière de la Résurrection. Certains de leurs
fidèles, comme Jésus en son temps, prient
toujours - c'est le cas en Irak - en araméen,
langue vernaculaire de tout l'Orient au tournant
de notre ère. D'autres invoquent le Seigneur en
copte, issu de l'égyptien antique. Leurs monastères
et leurs églises se dressent depuis la plaine
de Mésopotamie jusqu'aux hauts plateaux d'Ethiopie...
Qui se souvient que les chrétiens orientaux, présents
depuis toujours sur ces terres, furent les
premiers à révéler le message des Evangiles ?
On cherchera en vain, en Egypte, toute trace de
"discrimination positive". Les sept
millions de chrétiens présents ici depuis
bientôt deux millénaires sont toujours des
citoyens de seconde zone. Il y a quelques jours,
j'ai pu constater de visu que ce que l'on
appelle pompeusement le "quartier
copte", au Caire, est en fait un ghetto. Et
que les monastères de Wadi Natroun, où enseignèrent
et enseignent toujours des pères du désert,
sont sous protection policière. Un monastère
comme Deir Abou Makar est une forteresse assiégée.
Les cent moines qui y résident sont étrangers
dans leur propre pays. Et le fait qu'une intense
vie spirituelle s'y développe, notamment avec
la haute figure du père Matta El-Maskîne,
digne fils de saint Macaire, ne fait qu'accroître
les haines. Et pourtant, depuis dix ans, les
autorités coptes ont multiplié les gestes de
bonne volonté. Elles accueillent dans les écoles
75% de musulmans et leur dispensent des cours
d'islam. Comme tous les chrétiens d'Orient, ils
cultivent un sens du compromis poussé jusqu'à
la mutilation. Les coptes se sont même voulus
parfois plus musulmans que les musulmans. Cette
attitude les conduisant à d'inquiétantes dérives
lorsqu'ils abordaient le conflit israélo-palestinien.
L'oppression commence toujours par annihiler la
parole de la victime. Malgré tous leurs
efforts, la question copte est taboue en Egypte,
de même que celle des chrétiens d'Orient est
taboue dans l'immense majorité des pays
musulmans. Il ne se passe pas un mois sans qu'un
attentat soit commis contre des coptes : églises
et chapelles profanées ou brûlées, fidèles
ou prêtres tués dans la rue ou dans leur
foyer, tirs meurtriers sur les processions,
pourtant organisées, comme le veut la loi
musulmane, dans une enceinte close à cette
intention. Méprisés par le pouvoir, les coptes
ne sont jamais secourus par leurs compatriotes
musulmans. Un seul le fit, comme l'a rappelé
Jean-Pierre Péroncel-Hugoz : l'écrivain Frag
Foda. Il fut assassiné en 1992. Certes, on ne
doute pas qu'il existe, qu'il a toujours existé,
un islam tolérant et modéré, mais ce n'est
pas, aujourd'hui, celui que l'on entend le plus
en Egypte. On attend encore que se construise la
nahdha, la vraie renaissance arabe, celle qui
veut épouser son temps. Avec plus d'ingénieurs
que d'imams et plus de professeurs que de
guerriers. Sans cette renaissance, le
Proche-Orient méditerranéen, dont la fortune
fut attachée aux brassages des religions et des
ethnies, risque d'avoir demain le triste visage
de l'uniformité.
Cette sombre situation des coptes peut être étendue
aux autres chrétiens. Au Liban, ces derniers étaient
répartis sur un territoire de 10.000 kilomètres
carrés ; après des années de conflit, ils
vivent dans un réduit (NDLR RJLiban : en
fait, depuis la fin de la guerre en 1990, les
chrétiens libanais ont pu regagner toutes les régions
où ils vivaient avant 1975, dans un même
esprit de coexistence ; l'émigration a
cependant touché des dizaines de milliers
d'habitants, les chrétiens étant plus nombreux
que les musulmans à avoir quitté leur pays). Un
confetti de pays. C'est que notre mémoire est décidément
bien sélective. Déraciné et arraché à son
milieu naturel, le christianisme oriental, qui fête
la naissance du Christ dans quelques jours, est
en danger de mort car la moitié de ses fidèles
se trouvent aujourd'hui en dehors de leurs pays
natifs, disséminés en Europe, aux Etats-Unis,
au Canada ou en Amérique latine. Peut-on arrêter
ce massacre cultuel et culturel ? On peut, tout
au moins, tenter de lever le voile qui couvre le
visage des Eglises d'Orient. Ce que les chrétiens
ont gagné en mondialisation, ne risquent-ils
pas de le perdre en catholicité ? Il y a déjà
plus d'un quart de siècle, un évêque polonais
tenait à Rome une conférence de presse.
Interrogé par un journaliste sur les Eglises du
silence, il eut cette répartie cinglante :
"Sachez, Monsieur, qu'il n'y a pas d'Eglise
du silence, il y a des Eglises sur lesquelles
vous, en Occident, faites silence." Ce prêtre
s'appelait Karol Wojtyla.
Martyrology of 2003 : 29 Catholic
Missionaries Killed
published by All Africa Global Media on
December 31, 2003
The Fides list includes all Catholics - clerics,
religious, and laymen - who are known to have
died while engaged in missionary work. As Fides
explains, the list includes "not
missionaries ad gentes in the strict sense of
the term, but all members of Church personnel
who chose to risk their lives rather than give
up their mission and apostolate : they are
'martyrs of charity,' as Pope John Paul II
fondly calls them." Fides points out that
this list is not exhaustive ; many other
Catholics may have died for the Gospel without
attracting public notice. This year's list of
slain missionaries includes one archbishop, 22
priests, one nun, 3 seminarians, and 2 lay
missionaries. For the first time, an apostolic
nuncio is listed in the year's martyrology :
Archbishop Michael Courtney, who died in Burundi
on December 29. Africa was once again the
continent where the greatest number of
missionaries died this year: 17 people were
killed there, including 6 in Uganda and 5 in the
Democratic Republic of Congo. The most deadly
nation in the Western hemisphere was Colombia,
where six missionaries were killed. The overall
number of missionaries slain in 2003 is similar
to that of previous years. In 2002, 25 people
were listed in the Fides martyrology. In 2001
that figure was 33, and in 2000 it was 30. The
list of missionaries slain in 2003, according to
Fides, includes :
Father Dieudonne Mvuezolo-Tovo of the Democratic
Republic of Congo, killed in that country on
March 11.
Father Nelson Gomez Bejarano of Colombia, killed
there on March 22.
Father Martin Macharia Njoroge of Kenya, killed
in Nairobi on April 11.
Father Raphel Ngona of Democratic Republic of
Congo, killed there on May 6.
Three students from the minor seminary in Lachor,
Uganda, who were killed on May 10. (Another 38
students from the same institution, kidnapped by
rebels, are believed to still be captives.)
Fathers Aime Njabu and Francois Xavier Mateso,
both of the Democratic Republic of Congo, killed
on May 10 along with several parishioners.
Father Jairo Garavito of Colombia, killed there
on May 15.
Father Manus Campbell OFM, an Irish missionary
working in South Africa, killed near Durban on
May 21.
Ana Isabel Sanchez Torralba, a Spanish mission
volunteer, killed in Equatorial Guinea on July
1.
Father George Ibrahim of Pakistan, killed there
on July 5.
Father Taddeo Gabrieli, OFM Cap, an Italian
missionary stationed in Brazil, killed there on
July 19.
Father Mario Mantovani, an Italian Comboni
missionary, killed in Uganda on August 14.
Brother Godfrey Kiryowa, of Uganda, killed
alongside Father Mantovani on August 14.
Father Alphones Kavendiambuku of the Democratic
Republic of Congo, killed there on August 26.
Father Lawrence Oyuru of Uganda, killed along
with 25 other people in a rebel attack on
September 1.
Father William de Jesus Ortez and Jaime Noel
Quintanilla of El Salvador, killed inside the
cathedral of Santiago de Maria diocese on
October 5.
Annalena Tonelli, an Italian medical volunteer,
killed on October 5 at a hospital in Somalia.
Father Sanjeevananda Swami of India, killed
there on October 7.
Father Saulo Carreno and Maritza Linares, both
of Colombia, killed there on November 3.
Father Henry Humberto Lopez Cruz of Lebanon,
killed in Colombia on November 3.
Father Jose Rubin Rodriguez of Colombia, killed
there sometime after being kidnapped on November
14. (His body was discovered on November 21.)
Father Jose Maria Ruiz Furlan of Guatemala,
killed there on December 14.
Father Anton Probst, a German Claretian
missionary, killed in Cameroon after midnight
Mass on Christmas Day.
Archbishop Michael Courtney, the apostolic
nuncio in Burundi, killed there on December 29.
Lugubre célébration de Noël à Bethléem
Pour la troisième année
consécutive, Israël a interdit à Yasser
Arafat de participer à la messe de minuit en l'église
de la Nativité
paru dans le Figaro le
26 décembre 2003
La célébration de Noël à Bethléem a pris
une nouvelle fois des accents lugubres hier,
l'espoir peinant à se frayer un chemin vers la
ville natale de Jésus, toujours encerclée par
l'armée israélienne. Le patriarche latin de Jérusalem,
Michel Sabbah, a estimé que la construction par
Israël d'une barrière de sécurité le séparant
de la Cisjordanie nuisait aux efforts de paix.
Des pèlerins étrangers et des chrétiens
palestiniens sont parvenus à franchir les
barrages militaires israéliens pour se réunir
dans l'église de la Nativité, afin d'y célébrer
la messe de minuit. Mais cette assemblée
semblait clairsemée par rapport aux milliers de
pèlerins qui venaient à Bethléem pour fêter
Noël avant la deuxième intifada, en septembre
2000. "La barrière militaire est en
train de transformer les villes et les villages
palestiniens en une véritable prison, tout en détruisant
(au passage) des maisons et des terrains
cultivés", a déclaré Michel Sabbah,
un Palestinien, dans son sermon de Noël. Devant
l'église de la Nativité, plusieurs façades de
la place de la Mangeoire arboraient des
banderoles critiquant la barrière de sécurité,
qui selon Israël est indispensable pour empêcher
la venue de kamikazes en territoire israélien.
Côté palestinien, on estime que cette
construction constitue une expropriation déguisée
aux dépens des habitants des secteurs situés
sur son tracé, dont les terres devraient
appartenir à un futur Etat palestinien.
Pour la troisième année consécutive, Israël
a interdit au dirigeant palestinien, Yasser
Arafat, de participer comme il avait coutume de
le faire à la messe de minuit célébrée en l'église
de la Nativité. Son siège frappé d'une plaque
à son nom, au premier rang, est resté vide,
recouvert de l'un de ses keffiehs. Arafat, qui
est de confession musulmane, s'est contenté
d'illuminer un arbre de Noël dans ses locaux de
la Moukatta, à Ramallah, où le confine l'armée
israélienne depuis 2001. Il a déclaré qu'Israël
"avait voulu entamer le moral du peuple
palestinien" en le maintenant confiné
dans son quartier général. Il a en outre
stigmatisé la poursuite de la construction de
la ligne de séparation, qu'Israël compte
achever, pour la plus grande partie, en 2004. "C'est
un crime qui a été condamné par la communauté
internationale. En dépit de la résolution de
l'ONU référant la question à la Cour
internationale de justice (CIJ), ils poursuivent
leur crime", a-t-il dit. Pendant un
bref instant, le conflit israélo-palestinien
est toutefois passé au second plan. Des
chorales d'étudiants palestiniens ont donné de
la voix et un groupe de pop sud-coréen a offert
un concert sur la place de la Mangeoire, où
l'on proposait sur des stands du maïs et des
bonbons. Un grand sapin de Noël, scintillant,
dominait la place.
Israël affirme avoir assoupli les conditions de
passage aux barrages ponctuant les routes de
Cisjordanie, afin d'aider les chrétiens
palestiniens et les pèlerins étrangers à
gagner Bethléem. "C'est la foi qui nous
a guidés ici, explique Eileen Dunne, une
retraitée irlandaise venue en pèlerinage. Nous
sommes ici pour nous joindre à la
population." Les Palestiniens
regrettent le manque des pèlerins, qui
alimentaient auparavant un secteur touristique
représentant une bouffée d'oxygène pour l'économie
palestinienne. "Ces gens ne viennent que
pour la messe. Pas les touristes. Ce n'est pas
vraiment Noël", déplore pour sa part
Hussein Agil Boucharigh, montrant ses colliers
invendus au passage de deux nonnes au regard évasif.
Le
triomphe du fondamentalisme américain
Chaque
jour se dresse une Amérique plus puissante,
plus dure, religieuse, puritaine et nationaliste
par PATRICE HIGONNET, publié dans Libération
le 1er janvier 2004
L'auteur est
professeur d'histoire française à Harvard
L'Amérique, comme la nostalgie, n'est vraiment
plus ce qu'elle était. Il faut voir ce pays de
l'intérieur, allant quotidiennement de mal en
pis, selon une accélération de l'histoire qui
donne le vertige. L'Amérique semblait en 1945
toute gagnée aux Lumières. Nous la découvrons
aujourd'hui schizophrène, libertaire sans doute
encore à New York, Boston, Seattle et San
Francisco, l'Amérique des scientifiques et des
lettrés, des théâtres, des musées, des
happenings, des grandes universités, des mécènes
et des philanthropes : en un mot, c'est l'Amérique
du New Deal mâtinée de postmodernisme. A côté
de cette Amérique tocquevillienne, si l'on peut
parler ainsi, se dresse une autre Amérique,
sans cesse plus puissante, plus dure,
religieuse, puritaine, nationale et
nationaliste, une Amérique arrogante qu'incarne
George Bush, président que nous avons tous
sous-estimé, hélas, et qui incarne désormais
le mal profond, et peut-être irréversible, qui
ronge les Etats-Unis.
Sans doute, le protestantisme des "dissenters"
est depuis toujours au coeur de l'américanité.
L'Amérique de John Locke et de Thomas Jefferson
a dû cohabiter avec celle des Puritains. Et,
sans doute, ce protestantisme populaire a
toujours eu son côté populiste, son travers démagogique
: ce n'est ni aux oulémas ou aux kabbalistes
que nous devons l'invention du fondamentalisme,
qu'il s'agisse de la chose en soi ou du terme
qui le désigne, mais à cette Amérique intégriste.
Rappelons en effet que c'est en Californie que
naquit en 1910 cette locution tirée du titre
d'une revue, intitulée Fundamentals. Et
le Webster's Dictionary de 1938 nous
offre comme définition du terme : "Une
tendance récente du protestantisme américain,
née en réaction aux mouvements de
modernisation de la société." Le
Petit Larousse, qui ignorait ce terme avant
la Seconde Guerre mondiale, proposait quant à
lui en 1980 : "tendance conservatrice
de certains milieux protestants, notamment aux
Etats-Unis". Cette religiosité
populiste - méthodiste plutôt que
strictement calviniste ou presbytérienne,
baptiste plutôt qu'anglicane - fut pendant
plus de deux siècles minoritaire et assez
souvent positive : c'est à ce courant que nous
devons par exemple, vers 1850,
l'anti-esclavagisme et le féminisme. Mais
aujourd'hui ce courant populiste s'est figé,
parce qu'en son sein les obscurantistes
l'emportent largement sur les universalistes,
mais aussi car cette vision du monde s'est
raidie par rapport aux autres courants culturels
véhiculés en Amérique.
Brusquement, nous prenons conscience que le
rapport de force, vieux de près de trois siècles,
entre le protestantisme populiste et le
protestantisme libertaire, s'est inversé. Nous
assistons donc aujourd'hui, quelque peu effarés,
à l'épanouissement d'une tendance ancienne en
Amérique qui croissait souterrainement (nous le
comprenons maintenant mais c'est un peu tard)
depuis cinq ou six décennies. De ce courant délétère,
George Bush est la parfaite expression. Que ce
courant fondamentaliste existât, nous le
savions tous, mais sans nous en inquiéter
beaucoup, et de fait il n'était autrefois
qu'assez peu dangereux. Ainsi, Lincoln, simultanément
visionnaire et fin politique, se montra plein d'égards
pour les prédicants protestants de son temps,
mais c'était pour faire, et à leurs dépens,
de l'émancipation des Noirs une cause millénariste
: comme le voulait le Battle Hymn of the
Republic, au son duquel les Nordistes marchèrent
au combat, "comme le Christ marcha pour
transformer les hommes en saints, marchons pour
rendre les hommes libres" ! Pour
reprendre le message de Clemenceau lors de
l'armistice de 1918, "la France, hier
soldat de Dieu aujourd'hui soldat de l'humanité,
sera toujours le soldat de l'idéal",
c'était là affirmer que l'Amérique de
Lincoln, soldat de la liberté religieuse en même
temps que de l'émancipation des Noirs, serait
toujours le soldat d'une liberté quelconque.
Mais nous n'en sommes plus là. Certes, le
parti républicain n'est pas uniforme. Comme
l'explique Kevin Philips, commentateur de droite
mais en rupture de fourneaux, la coalition républicaine
actuelle réunit "Wall Street, Big
Energy, multinational corporations, the Military
Industrial Complex, the Religious Right, the
Market Extremists think tanks, et le Rush
Limbaugh Axis" (Approximativement : la
Bourse et la finance, le pétrole, les
multinationales, le complexe
militaro-industriel, la droite religieuse, les
idéologues de l'ultralibéralisme et les
grandes gueules populistes). Sans doute, à ceci
près cependant qu'il importe d'inverser cet
ordre : la droite religieuse est devenue, et de
loin, électoralement surtout, la plus conséquente.
C'est elle qui détermine la sensibilité de
George Bush. Rappelons que les "white
evangelical protestants" (un tiers de
la population américaine) comptaient pour 15 %
des électeurs de Gore et plus de 40 % de ceux
de Bush. Cette minorité religieuse agissante
tire sa force de son nombre, de son
intransigeance idéologique, et du fait que
George Bush attribue la défaite de son père au
manque de soutien que lui apporta ce milieu.
Mais surtout de la nouvelle stratégie du
fondamentalisme protestant. En 1958, par
exemple, ce fondamentalisme protestant n'a pas
empêché l'arrivée au pouvoir de Kennedy,
catholique doublement vulnérable puisque démocrate
et licencieux ; mais, quarante ans plus tard, il
a réussi à porter George Bush jusqu'à la
Maison Blanche.
Comment en est-on arrivé là ? Pour les uns,
il faudrait remonter à l'anticommunisme des années
40 et 50 qui fut, pour des millions d'Américains
- les catholiques surtout -, la victoire
enthousiasmante non pas du capitalisme sur le
socialisme, ou de la liberté sur la dictature,
mais de la religion sur l'irreligion. D'autres
insistent sur l'effet sur les "petits
Blancs" (le Southern White Trash),
pendant les années 60, de l'accès aux urnes
des Afro-Américains, un désarroi collectif récemment
recyclé par l' "affirmative
action" qui impose des quotas de Noirs
dans les administrations ou les universités. On
peut aussi évoquer un rejet généralisé de la
libéralisation des moeurs, de la tolérance de
l'homosexualité, du féminisme, c'est-à-dire
de toutes les manifestations culturelles du
postmodernisme, haines diverses dont le dénominateur
commun serait le mépris, et parfois même la
haine, du gouvernement fédéral et de tout type
d'ingérence économique ou culturelle issue de
Washington. Le chômage ne se résorbe pas malgré
la reprise ? La faute en est au Congrès qui tolère
l'importation de produits mexicains. Le crime,
la pornographie, les évêques homophiles : rien
de cela ne serait si le gouvernement fédéral
ne subventionnait pas les universités (trop coûteuses),
les arts (corrompus) ou l'enseignement de Darwin
sur l'évolution, telle est la litanie que l'on
peut entendre dans leurs bouches. L'explication
passe aussi par les chemins plus obscurs du
traditionalisme et de ses atavismes : ainsi, une
majorité d'Américains croit aux miracles, la
moitié aux fantômes, un tiers à l'astrologie.
On en saurait davantage, sans doute, si les
historiens américains n'avaient pas négligé
l'étude de cette religiosité généralement méprisée.
Quoi qu'il en soit, cet esprit, dur,
puritain, intransigeant et nationaliste, est
devenu la toile de fond de la politique de
George Bush, comme la grande pensée de son frère
Jeb, actuellement gouverneur de Floride. Le
Texas, la Floride : on en revient toujours à
cela. Car ce sont les vingt-deux Etats de
l'ancienne Confédération sudiste qui semblent
gouverner actuellement l'Amérique. De la guerre
de Sécession jusqu'à l'effondrement du New
Deal, la hargne raciste et le fondamentalisme
des anciens Sudistes furent contenus par
l'alliance bizarre qui, au sein du parti démocrate,
liait les immigrants du Nord-Est et les petits
Blancs du Sud. Mais les temps ont changé. En
1955, les républicains l'avaient emporté dans
10 des 120 circonscriptions du Sud. Dès 1995,
ils en contrôlaient la grande majorité. Les
circonscriptions du Sud et de l'Ouest sont désormais
largement majoritaires dans ce parti, alors
qu'elles ne représentaient que le quart du
total au Congrès il y a un demi-siècle.
Il existe donc en Amérique une
"radicalisation fondamentaliste", qui
se double d'une "régionalisation" du
jeu politique, ce qui creuse le fossé culturel
entre les deux Amériques, la religieuse et la
laïque. A ce niveau, le contraste entre les
Etats-Unis et l'Europe est assez saisissant.
Alors qu'en France la Révolution est finie et
que les combats idéologiques d'antan entre frères
ennemis catholiques et communistes ne sont plus
que de vagues souvenirs, l'Amérique, malade,
est sur une trajectoire historique inverse, où
les enjeux idéologiques et religieux sont de
plus en plus prononcés. Bizarrement, dans une
société ou 20 % de la population n'a pas
d'assurance maladie, les grands enjeux du jour
sont la tolérance pour l'homosexualité, le féminisme,
et la sécularisation de la vie publique,
uniquement des débats remis au goût du jour
par les fondamentalistes. Car, au fond, ce qui
distingue le programme de George Bush de celui
des imams wahhabites serait non pas le rejet des
Lumières - tous sont d'accord sur ce point.
Il réside surtout en ce que les uns, les
wahhabites, envisagent leur fondamentalisme
primitif dans le contexte d'une indigence matérielle
totale, et les autres, le clan Bush, dans celui
de l'ostentation des richesses.
Télé Lumière rapatrie 160
prisonniers soudanais
publié dans l'Orient-le Jour le 30 décembre
2003
A l’occasion des fêtes
de Noël et du Nouvel An, qui coïncident avec
la Journée mondiale de la paix, la télévision
libanaise Télé Lumière et sa chaîne
satellite Nour Sat ont pris l’initiative de
rapatrier, hier, 160 ressortissants soudanais
emprisonnés au Liban, affrêtant, pour
l’occasion, un charter spécial. Des membres
du conseil d’administration de la chaîne, présidés
par l’évêque maronite Roland Abou Jaoudé,
ont accompagné les prisonniers relaxés
jusqu’à Khartoum. Ces prisonniers soudanais
croupissaient toujours en prison, alors qu’ils
avaient purgé leur peine, car ils n’avaient
pas les moyens de payer leur billet de retour. Réagissant
à l’indifférence des instances officielles
et à l’impossibilité des associations
d’assumer les frais de rapatriement des
prisonniers, Télé Lumière a pris cette
initiative humanitaire, malgré ses moyens limités,
véhiculant ainsi "un message de paix,
d’amour et de dialogue entre les peuples, les
pays et les religions".
La position de l’Eglise catholique
sur la peine de mort
par P. FADI DAOU (Conseil culturel
catholique), publié dans l'Orient-le Jour le 18
décembre 2003
La question de la peine de
mort resurgit ces derniers jours, et le débat
sur son application ou son abolition anime
actuellement certaines tranches de la société
libanaise. Le présent texte ne prétend pas
apporter une solution définitive et exhaustive
à l’ensemble du problème posé. Il veut
uniquement présenter quelques clarifications au
sujet de la position officielle de l’Eglise
catholique par rapport à la peine de mort et
enlever ainsi une ambiguïté à ce sujet qui
s’est propagée ces derniers jours. Rappelons
pour commencer les principes bibliques et théologiques
de l’enseignement de l’Eglise concernant la
peine de mort. Le premier principe est que Dieu
est le créateur de l’univers et de l’homme
(Genèse 1, 1-27), et donc qu’Il est
l’unique maître de la vie en chacun de nous
et dont nous ne sommes que les intendants. Le
second principe complète le premier et lui
donne plus de sens, car il confère à la vie
humaine sa dignité inaliénable. Dieu a en
effet créé l’homme, non comme toutes les
autres créatures, mais Il l’a créé "à
son image et selon sa ressemblance" (Genèse
1, 26-27). Ce qui signifie que la dignité
humaine qui vient du fait que nous sommes à
l’image de Dieu ne dépend pas de raisons extérieures,
personnelles ou sociales, ni des actes qu’on
fait ou on ne fait pas. Tout être humain, indépendamment
des conditions de sa vie et de son histoire
personnelle, depuis sa conception jusqu’à sa
mort, porte en lui donc cette dignité inaliénable
d’être créé par Dieu, à son image et appelé
à être son fils. Le troisième principe est
que ce Dieu Créateur est aussi le Dieu Sauveur
qui, malgré le péché de l’homme, ne désespère
pas de lui et ne détruit pas son image en lui,
mais vient la restaurer par l’œuvre de salut
accomplie en Jésus-Christ.
A partir de ces trois
principes, quelle est donc la position de l’Eglise
catholique par rapport à la peine de mort ?
L’enseignement de l’Eglise à ce sujet
s’est toujours inscrit dans le cadre de la
problématique du devoir de défendre sa vie et
celle des autres. Le cinquième commandement du
décalogue donné par Dieu à Moïse, "Tu
ne tueras pas" (Exode 20, 13) implique
aussi le devoir d’empêcher quelqu’un de me
tuer ou de tuer autrui. C’est pourquoi le catéchisme
de l’Eglise catholique enseigne que "la
légitime défense peut être non seulement un
droit, mais un devoir grave pour qui est
responsable de la vie d’autrui. La défense du
bien commun exige que l’on mette l’injuste
agresseur hors d’état de nuire" (n°
2265). Dans ce sens, le même catéchisme
reconnaît que l’enseignement traditionnel de
l’Eglise n’exclut pas le recourt à la peine
de mort, si celle-ci est l’unique moyen
praticable pour protéger efficacement de
l’injuste agresseur la vie d’êtres humains
(n° 2267). Or, le texte précise aussitôt que,
par opposition aux conditions qui ont amené
jadis l’Eglise à avoir ce discours
traditionnel, aujourd’hui, étant donné les
possibilités dont l’Etat dispose pour réprimer
efficacement le crime en rendant incapable de
nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement
la possibilité de se repentir, les cas
d’absolue nécessité de supprimer le coupable
"sont désormais assez rares, sinon même
pratiquement inexistants" (n° 2267 ; voir
aussi : Jean-Paul II, Evangelium vitae, n° 56).
Nous concluons de cet enseignement deux choses.
En premier lieu, l’Eglise pense le problème
de la peine de mort uniquement dans les termes
de légitime défense de soi et de la société
par rapport à l’agresseur. En second lieu,
jamais l’Eglise n’a dit ou accepté de dire
que la peine de mort peut être appliquée comme
une vengeance des victimes et de leurs familles
ou comme une punition exemplaire qui aurait une
valeur dissuasive pour les autres criminels
possibles.
En revanche, l’Eglise espère
et œuvre dans le sens de la conversion du
criminel, d’un côté - et les exemples
ne manquent pas -, et le pardon de la part des
familles et proches des victimes, de l’autre -
là aussi les exemples héroïques et saints
existent. Par ailleurs, ces dernières années,
l’Eglise catholique a franchi encore un pas et
s’est engagée pour l’abolition définitive
de la peine de mort. A Rome, la Communauté
San Egidio a lancé une campagne internationale
pour l’abolition de cette peine capitale. Pour
sa part, et lors de sa participation au 1er
Congrès mondial contre la peine de mort à
Strasbourg en 2001, Mgr Richard Gallagher,
observateur permanent du Saint-Siège au Conseil
de l’Europe, a ainsi résumé la position de
l’Eglise catholique en disant : "Le
Saint-Siège a constamment recherché
l’abolition de la peine de mort, et le pape
Jean-Paul II a, personnellement et sans
discrimination aucune, demandé, à de
nombreuses reprises, que de telles sentences
soient commuées en un moindre châtiment, qui
puisse donner au coupable le temps et le courage
de s’amender, permettre à l’innocent
d’espérer et sauvegarder le bien-être de la
société civile et des personnes qui, sans
l’avoir choisi, se retrouvent étroitement liées
au destin des condamnés à mort." Et il
ajoute : "Là où la peine de mort est un
signe de désespoir, la société civile est
invitée à affirmer sa foi en une justice qui
sauve l’espérance menacée par les maux dont
notre monde est envahi. L’abolition
universelle de la peine de mort réaffirmerait,
de manière courageuse, la conviction que
l’humanité peut réussir à traiter le problème
de la criminalité, ainsi que notre refus de
succomber au désespoir face à de telles
forces. Cela ferait renaître une nouvelle espérance
en notre propre humanité" (Documentation
catholique, n° 2259, p. 1029).
En définitive, c’est non
la mise en application de la peine de mort, mais
son abolition qui serait la meilleure leçon à
donner à ceux qui osent mettre en péril et
voler la vie des innocents. Le grand courage que
cela nous demande ne peut qu’interpeller le cœur
de tout homme, et peut-être l’aiderait à
prendre conscience de la valeur inestimable et
inaliénable de la vie, même celle du criminel
le plus cruel. Aussi espérons-nous que le sang
des victimes innocentes ne serait plus jamais un
cri de vengeance, mais un cri pour la vie.
L'espoir en questions
par JEAN DE BELOT, publié
dans le Figaro le 5 janvier 2004
Le traditionnel marathon des
vœux n'est pas achevé que, déjà - Charm
el-Cheikh après Bam -, le sort rappelle
son implacable loi. L'heure reste pourtant aux
espoirs. "Cinquante questions pour
2004", propose "le Figaro".
Quelle sera l'année ? Le siècle qui s'ouvre
devait, dans la foulée de 1989, de la chute du
Mur et des blocs communistes, de l'ouverture du
monde, instaurer une ère de paix et de prospérité.
En trois ans, trois coups, l'attente a été sévèrement
déçue. 2001, d'abord, avec le terrorisme
frappant au cœur même de la ville phare,
rappelant qu'il n'est pas de monde en paix ;
2002, ensuite, avec la multiplication des
scandales financiers, ruinant la confiance placée
dans les règles du jeu économique moderne ;
2003, enfin, avec le recours à la guerre pour
imposer, sans assurance, le modèle démocratique.
L'ensemble aboutissant à saper chacune des
certitudes héritées de la fin du siècle
dernier. Il ne faut pas confondre la
mondialisation et ses promesses. Le modèle
n'est pas universel ; la guerre contre le
terrorisme ne se terminera pas demain. La guerre
économique peut certes créer des richesses
mais elle reste une guerre. Un monde plus ouvert
n'est pas un monde sans nations. Les ambitions
ressurgissent là où elles étaient bafouées,
et les nationalismes reviennent là où on ne
les attendait plus, jusqu'au sein de la
"vieille Europe". L'époque, en effet,
attise la course au leadership. Puisque Chine,
Inde, Russie, Brésil, seront parmi les grands
à l'horizon 2020, les Etats-Unis redoublent d'énergie.
La réélection probable de George W. Bush
se fera sur un programme d'Etat impérial. Et
dans une hiérarchie mondiale en mouvement accéléré,
c'est la place de l'Europe qui se joue. Nain
politique, handicapé économique : l'année
2004 sera pour l'Union celle d'un sursaut ou de
la poursuite du plongeon.
De tous les pays européens, c'est la France qui
a le plus besoin d'Europe. La Grande-Bretagne a
une vocation historique propre ; la réunification
et l'élargissement replacent l'Allemagne au cœur
du continent ; l'Espagne, grâce à sa langue,
cultive des ambitions multiples. Le thème européen
est au contraire le seul vrai dessein offert aux
Français depuis plusieurs années. Son contour
était flou. Il est devenu incertain. Et Paris,
après l'affaire d'Irak, reste en première
ligne face à l'adversité de Washington. Avec
un risque d'isolement. L'euro, fort pour de
mauvaises raisons, contrariera-t-il la
croissance venue d'outre-Atlantique ? De
celle-ci dépend pour partie le résultat du
cycle électoral qui s'ouvre dans moins de trois
mois avec les régionales. Et pour partie aussi
le niveau de croissance dont manque
structurellement notre économie. Mais qu'il
s'agisse d'intégration, de finances publiques,
de réformes de l'Etat, de l'école ou de l'hôpital,
c'est un très lourd programme que la France
doit lancer dès cette année pour espérer
rompre avec la spirale du déclin. Pour espérer,
surtout, casser ce discours qui consiste à
penser que les clés de notre destin sont
ailleurs qu'en nous-mêmes. Et faire, dès 2004,
que les enseignements de 2003 ne soient pas
vains.
"Génération
1954"
par PHILOMENE
BOUILLON (Val d'Oise), GWENAELLE MOULIN
(Montpellier), JEAN-LUC POUSSIER (Rennes),
FRANCOIS VAYNE (Lourdes), publié dans la Croix du
27 décembre 2003
Quatre prêtres, tous ordonnés en
1954, témoignent de l'impact de la figure de l'
ABBE PIERRE et de l'évolution
que le sacerdoce a connu en cinquante ans
Ordonnés prêtres en 1954, ils
incarnent une Eglise catholique dont le visage
s'est transformé radicalement en seulement cinq
décennies. Et un Concile... "Il faut
se remettre dans le contexte. Dans ces années-là,
le catholicisme était très en vogue, fougueux,
témoigne le P. René Guignot, 74 ans, prêtre
à Nîmes (Gard). On nous disait d'être conquérant,
qu'il fallait y aller, que tout était beau. On
était porté à l'apostolat de plein-vent. On
nous poussait à aller vers le peuple." Le
P. Guignot est aujourd'hui archiviste de l'évêché
de Nîmes et aumônier du clergé. Il est entré
au séminaire à 16 ans et fut ordonné à 23
ans. "A l'époque, continue-t-il, on était
surtout formé à la théologie, très peu à la
pastorale." Sentiment partagé par le P.
Jean-Baptiste Abadie, 76 ans, ordonné prêtre
en cette même année 1954, Missionnaire de
l'Immaculée Conception. Cette figure du diocèse
de Tarbes et de Lourdes, qui sait parler le
patois bigourdan confirme : "Nous étions
formés pour devenir des curés à la mode du
temps passé. Nous sortions de la guerre et
cette expérience nous avait permis d'entrevoir
les changements qui s'imposaient dans l'Eglise
pour rejoindre ceux qui ne viendraient plus
jamais à nos messes du dimanche. Enfermés et
isolés jusqu'à l'âge de l'ordination - 27 ans
pour moi - nous lisions beaucoup et partagions
les intuitions de l'abbé Godin, considérant
que notre pays était redevenu terre de mission.
Nous voulions annoncer l'Evangile aux pauvres,
aller vers la classe ouvrière..."
Une sensibilité que l'appel de l'abbé
Pierre a comme cristallisée. Le P. Charles
Mullier, salésien, encore actif à mi-temps à
Enghien-les-Bains (Val-d'Oise) - 82 ans le 4
janvier prochain ! - se souvient de cet appel :
"En 1954, lorsque j'ai été ordonné prêtre
à Issy-les-Moulineaux, j'avais entendu parler
de l'abbé Pierre et de son appel pour les
sans-abris. Je m'étais dit : "Ce
n'est pas un message, c'est un cri". Cela
m'avait frappé. Je n'étais pas directement
dans le caritatif mais on ne pouvait plus être
prêtre de l'Eglise catholique et ne pas s'intéresser
au monde des pauvres quand on voit le Christ
dans l'Evangile." Le P. Abadie confirme cet
impact : "L'exemple de l'abbé Pierre nous
a marqués. Il manifestait en réalité la
volonté de beaucoup de prêtres d'aller vers
les pauvres, de vivre avec eux-mêmes si,
regrette-t-il, certains confrères qui se sont
ainsi engagés, ont tellement voulu être comme
tout le monde qu'ils se sont mariés, ont adhéré
à la CGT et au Parti communiste... Leur
sacerdoce a perdu sa substance, ils n'étaient
plus "tout à tous". Equilibre pas
facile à trouver entre le ministère
traditionnel en paroisse et l'annonce de l'Evangile
aux pauvres." Un équilibre que le Concile
Vatican II a tenté d'apporter une dizaine d'années
plus tard, comme le résume le P. Guignot :
"Avec le Concile Vatican II, certains prêtres
ont pris un virage à 180 degrés ! Ce fut une
vraie bouffée de fraîcheur. Nous étions une génération
qui avait hâte de changement et le Concile nous
a encore davantage poussés vers
l'ouverture."
Vicaire épiscopal en charge de la
formation des prêtres dans le diocèse de
Rennes, le P. Bernard Poirier, 75 ans l'an
prochain, également ordonné en 1954, apporte
l'image saisissante de cette révolution :
"La théologie de l'Eglise que j'ai apprise
pendant ma formation était celle de Vatican I
et non celle de Vatican II même si cette dernière
s'amorçait. Lorsque vous regardez les chiffres,
vous vous rendez compte que les deux tiers des
prêtres en activité sont encore dans ce cas.
Pour Vatican I, l'Eglise est une société inégale.
Les évêques sont les préfets de Rome et, dans
les paroisses, le prêtre dirige tout. Avec
Vatican II, c'est une rupture totale. L'Eglise
devient un peuple de frères tous égaux. Les
pasteurs ont à reconnaître les ministères et
les grâces propres aux laïcs. Confrontés à
ces changements, beaucoup de prêtres ont peur
de perdre leur identité et leur pouvoir. Or,
aujourd'hui, le rôle du prêtre est de veiller
au cap, de ne pas prendre toute la place et
d'aider les autres à grandir."
Un changement radical dont le P. Mullier
rappelle l'amplitude : "Les prêtres de ma
génération ont encaissé un certain nombre de
chocs. En 1963, on a eu le Concile, qui a été
un événement très marquant pour nous. Il a précédé
les événements de 1968 qui ont marqué un
bouleversement profond. Cette année-là, j'ai
été nommé curé de Cormeilles-en-Parisis et
aumônier de lycée. J'avais un séminariste qui
venait célébrer la messe avec moi le matin,
ensuite nous prenions le petit déjeuner
ensemble. Je me souviens qu'il posait son casque
sur la table car le soir il participait à la
manifestation. Il allait se trouver en face des
CRS ! Globalement, tous ces événements
montrent que l'Eglise a quand même été
ouverte à des changements importants et qu'on
est resté fidèles à notre mission pastorale,
qui s'est exercée de plus en plus avec la
participation des laïcs."
Mais qu'en est-il de cet engagement et de cette
capacité d'interpeller, cinquante ans plus tard
? "On a au moins un prophète qui se lève
comme l'abbé Pierre, constate le P. Mullier. Ce
n'est plus tellement dans l'air du temps.
L'interpellation du pouvoir politique est forte
aujourd'hui quand elle vient du corps épiscopal
qui a vu sa responsabilité reconnue et accrue
avec le Concile." Mais le prêtre doit
toutefois "rester un éveilleur, un
interpellateur, insiste le P. Guignot. Il ne
doit pas être tout seul pour que cela porte ses
fruits. Il doit pouvoir s'appuyer sur toute l'église
militante, les laïcs et les groupes catholiques
avec lesquels il travaille. Même si le prêtre
n'est pas là pour se substituer aux conseillers
généraux, aux maires ou à tout autre élu,
notre rôle est d'intervenir quand il y a une
situation de crise."
Pas facile pourtant d'interpeller, même si,
estime le P. Poirier, "c'est là que la
société l'attend". L'opinion publique
rend parfois cette expression difficile et il
faut du courage pour faire entendre sa voix. Le
P. Abadie conclut pourtant : "Ce que les
gens acceptent, c'est que le prêtre organise la
charité, et ainsi il donne bonne conscience à
un grand nombre. S'il se mêle de vouloir aller
à l'origine du mal, sur des questions qui
touchent à l'organisation de la vie politique,
il est rejeté." Ces prêtres de la génération
54 en souffrent et le regrettent. Comme si
l'opinion, nous disent-ils, acceptait un abbé
Pierre mais pas trop d' "abbés
Pierre".
Le nouvel appel de l’abbé
Pierre
A
Gênes, au sanctuaire Notre-Dame de la
Garde, le
12 décembre 2003
publié
dans la Croix du 27 décembre 2003
Henri Grouès dit l'abbé
Pierre, né le 5 août 1912 à Lyon dans
une famille aisée et pieuse de sept enfants. Prêtre
catholique, responsable de la Résistance
pendant la deuxième guerre mondiale puis député
MRP (démocrates chrétiens), il fonde le
mouvement Emmaüs en 1949. Dans les années 90,
il manifeste en faveur des immigrés (régularisation
de leur situation, logement ...). L'abbé Pierre
en quelques dates :
1931, Moine capucin après avoir renoncé à
tout héritage ; devient frère Philippe
1938, Ordonné prêtre six ans après être
entré au cloître au couvent de Crest
1942-1945, Résistant, il prend le nom d'abbé
Pierre dans la clandestinité ; en 1944, il
passe en Espagne puis rejoint le général de
Gaulle à Alger.
1945-1951, Député de Meurthe-et-Moselle, il
fait vivre des pauvres sur son indemnité
parlementaire.
1949-1954, Premières communautés Emmaüs.
1954, "Insurrection de la Bonté"
(appel radio de l'abbé Pierre en faveur des
sans-logis) ; depuis il n'a cessé d'être le
porte-parole le plus célèbre des exclus.
1958, Expansion mondiale des Chiffonniers d'Emmaüs.
1981, Il est nommé officier de la Légion
d'honneur.
1986, Après le premier hiver des Restos du Cœur,
Coluche offre à l'abbé Pierre les sommes qui
n'ont pas été dépensées.
1987, Création de la Fondation Abbé-Pierre
pour le logement des défavorisés.
1988, Il se retire à l'abbaye de
Saint-Wandrille. Depuis l'âge de 70 ans, il
s'est démis de ses responsabilités.
"Pour vaincre le malheur, osons ouvrir les
yeux et combattre. Le monde est malheureux. Pour
ceux d'entre nous qui ne sont pas affamés, ni
sans travail, ni sans logis, saurons-nous vivre
ce que la détresse implacable des autres réclame
de nous ? Le monde est malheureux. Probablement
plus que jamais. Il l'est à l'échelle du monde
entier car il y a l'aveugle refus de chefs d'Etat
de mettre un frein à la pollution - dont
s'enrichissent les chefs d'industrie - tandis
qu'elle détraque irrémédiablement notre
terre, comme le crient les inondations survenant
à tour de rôle dans tous les continents. Et on
nous dit que ce n'est qu'un début. Réagissons,
il est encore temps ! Réagissons pour vaincre
le malheur qui se répand avec les écarts
scandaleux entre ce que l'on gagne dans les pays
pauvres et dans les pays riches, provoquant
l'irrésistible émigration de ceux qui ont pu
acquérir un compétence universitaire.
Et encore le malheur ! Avec l'immigration
toujours croissante de ceux qui ne veulent pas désespérer.
Et ce n'est qu'un début. Peut-on prévoir ce
que cela sera bientôt si on est attentif à l'éveil
d'un million et demi de Chinois et un million
d'Indiens ? Quant au malheur français, on le
voit dans la manière de vivre de ces 200.000
familles ruinées chaque année et privées de
tout, par la faillite qui frappe chaque année
200.000 entreprises, abattant un million de
personnes. Voudrait-on que l'Etat réduise les
budgets de l'éducation, de la santé ou autres
? Nous ne saurions nous arracher de nos malheurs
par quelques grands travaux comme le firent les
dictatures. Réagissons, il est encore temps !
C'est la guerre ! Car qui accepterait de voir
annuler ses allocations de survie, alors qu'en
France plus de trois millions de personnes sont
indignement mal logées ? Nous savons tous que
la France, comme l'Allemagne, parmi d'autres
nations européennes, passe par un temps de
restrictions de moyens. Un à un tous les
budgets sont rognés.
Refusons
à tous ceux qui décident, élus et ministre du
logement, le droit de diminuer le budget
logement. Deux millions de Français sont encore
mal logés ou dans des gîtes inhumains surpeuplés.
50.000 sans logis grelottent dans le froid, ou
meurent écrasés de chaleur dans les canicules.
Cette réalité ne peut que pousser la jeunesse
au désespoir ou à la délinquance. Nous qui
sommes logés, que serions-nous si, dans notre
enfance, nous avions dû grandir dans cette détresse
? Où en serait notre santé ? Qu’aurait été
notre scolarité ? Oui, il faut le crier
: Assez d'indifférence ou d’aveuglement !
Agissons tous, où que nous soyons, pour
interdire que soit encore, cette année, réduite
la construction de logements et sauvons par
priorité les logements sociaux à la portée
des plus démunis.
Et n’oublions
pas l’Eternel.
La science est certes merveilleuse. Mais elle
n’a pas réponse à tout. Dans son expérience
intérieure, la personne humaine peut rencontrer
la présence de l’Eternel. Dans son livre, Le
Hasard et la Nécessité, Jacques Monod nous éclairait
sur "le comment" de toute chose.
Mais après ? Ou plutôt avant ? Je veux dire :
sur "l’Etre" de ce tout, le livre
est aveugle ! Peut-on vraiment saisir l’Eternel
à force de grossir la petitesse des atomes,
comme les astronautes enfantins riant de ne
l’avoir
pas vu dans la démesure de l’espace ?
A vouloir écouter la musique avec les yeux
ou respirer les couleurs ou entendre les
parfums, on peut sincèrement enseigner que
n'existent ni musique, ni couleur, ni parfum.
Mais on se trompe ! Le microscope ne saisit pas
l'Eternel ! Ni rien ne le saisit... Mais celui
qui dit "non" à l'injustice... mais
celui qui va, par "vrai amour", à
rebours de tout profit pour que soit servi en
premier le plus petit... dans la saveur
inexprimable qui jaillit en lui, il sait bien
que l'Eternel insaisissable le saisit et,
minuscule étincelle de liberté, juste assez
pour être capable d'aimer, il sait bien que,
dans ce commencement d'amour, il est aimé par
l'Aimable infini, dont tout en lui était autant
signe, en creux, qu'impatientes faim et soif.
N’ayons
pas peur. A l'heure de mourir, n'ayons pas peur
! Nous nous verrons en pleine lumière devant
Notre Père avec les péchés de notre vie. Mais
Notre Dame, la Vierge Marie, aux côtés de Jésus
Notre Seigneur dira au Père : "Oui, il ou
elle a été pêcheur. Mais, Père, regarde
comme il ou elle a vécu pour les pauvres avec
les pauvres, pour leur redonner leur pain et
leur dignité." Alors Jésus dira : "Père,
oui, celui-ci ou celle-là sont de mes
amis." Et notre Père dira : "Merci
d'avoir aimé comme vraiment un de mes fils,
pour rendre croyable que je suis Amour, malgré
tout ce qui, dans la Nature et dans l’Histoire,
semble le nier.
Entre dans la pleine Vie,
et Paix, et Joie éternelle"."

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