"Le règne de la terreur de Saddam
Hussein prend fin. Son gouvernement baasiste ne
coulera toutefois pas seul. De manière ironique,
les Nations unies sombreront avec lui."
Richard Perle
Cette prémonition, ou planification, a été
promulguée par le sioniste américain Richard
Perle, au lendemain de la chute de Bagdad (voir article
ci-dessous). Ainsi, le cataclysme que viennent de
subir les Nations unies en Irak, avec la
terrible attaque le 19 août de leur siège à
Bagdad par un camion piégé entraînant la mort de
plus de 24 personnes, dont le représentant spécial
de nationalité brésilienne Sergio Vieira de Mello, est
à la hauteur de la décision américaine d'envahir
ce pays, et trouve sa source dans le déclenchement
de cette guerre sans l'accord de la puissante
centrale internationale. Quelle autre plus grande
forme de terrorisme peut-il y avoir que celle
d'attaquer un pays et un peuple sans avoir obtenu
l'aval de la communauté internationale représentée
par l'ONU ?
Les Etats-Unis ont démontré une fois de plus que
seul le terrorisme peut garantir la sécurité
d'Israël, dont l'avenir paraît aussi sombre que le
présent. C'est là d'ailleurs que le Comte Bernadotte
avait été assassiné, le 17 septembre 1948, par
le groupe sioniste Stern. Ce même groupe d'Itzac Shamir
avait assassiné, le 6 novembre 1944, le Secrétaire
d’Etat britannique au Caire, Lord Moyne, qui avait
déclaré deux ans auparavant, à la Chambre des
Lords, que les juifs n’étaient pas les
descendants des anciens Hébreux, et qu’ils
n’avaient pas de "revendication légitime"
sur la Terre Sainte. Partisan de modérer
l’immigration en Palestine, il avait alors été
accusé d’être "un
ennemi implacable de l’indépendance hébreue".
Le Comte Folke Bernadotte, neveu du roi Gustave V et
diplomate suédois, en sa qualité de président de
la Croix-Rouge suédoise, avait organisé l'échange
de prisonniers britanniques et allemands pendant la
Deuxième guerre mondiale et le transfert, de camps
de concentration allemands, de prisonniers
politiques norvégiens et danois. Il a joué un rôle
clé dans les efforts des Nations Unies visant à
maintenir la paix au Moyen-Orient, et payé de sa
vie son dévouement. En mai 1948, après que le
Conseil de sécurité eut déclaré une trêve dans
la première guerre arabo-israélienne, il a été
appelé à jouer un rôle de médiateur dans l'élaboration
d'un accord entre les parties. Cela a conduit à la
première opération de maintien de la paix des
Nations Unies, l'Organisme des Nations Unies chargé
de la surveillance de la trêve (ONUST). En
septembre 1948, le Comte Bernadotte a été assassiné
à Jérusalem, après qu'il eut terminé son rapport
pour le Conseil de sécurité.
Notons enfin que le responsable des Nations unies
Sergio Vieira de Mello a été assassiné à 55 ans,
cinq mois après la prise de contrôle de l'Irak par
les troupes américaines, tandis que le Comte Bernadotte
a été assassiné à 53 ans, cinq mois après la
reconnaissance de l'Etat d'Israël en Palestine par
l'ONU. Quant à l'ancien ministre libanais de la
Culture, Ghassan Salamé, nommé conseiller politique
de Sergio Vieira de Mello, il a échappé de peu à
l'attentat, se trouvant dans le même bâtiment
mais dans un autre bureau. Pour terminer, une dernière
comparaison peut être faite avec l''attentat
revendiqué par l'Irgoun de Menahem Begin (prix
Nobel de la Paix en 1978 !), le 22 juillet
1946, contre l’aile de l’hôtel du Roi David, à
Jérusalem, où était installé l’état-major
militaire du Gouvernement britannique, entraînant
la mort d’environ 100 personnes : Anglais, arabes
et juifs. L'Irgoun perpétra par la suite, le 9
avril 1948, le célèbre massacre de Deir Yassine,
dans lequel 254 habitants de ce village
palestinien (hommes, femmes, enfants, vieillards)
trouvèrent la mort.
La chute de l'ONU
Irak
- Un point de vue polémique sur le rôle de
l'organisation internationale
Article
écrit par RICHARD PERLE, ancien sous-secrétaire d'Etat
américain à la Défense, professeur à l'Institut
américain des entreprises à Washington, et publié
dans le Figaro le 11 avril 2003 (Project Syndicate -
Traduit par Valérie Bellot)
Le
règne de la terreur de Saddam Hussein prend fin.
Son gouvernement baasiste ne coulera toutefois pas
seul. De manière ironique, les Nations unies
sombreront avec lui. Il est possible que
l'ONU ne disparaisse pas intégralement. Les
secteurs dédiés aux "bonnes oeuvres" (à
savoir, les bureaucraties pour le maintien de la
paix à faible risque ou celles qui luttent contre
le sida et la malaria ou pour défendre les droits
de l'enfant) perdureront. Le moulin à paroles
installé sur l'East River à New York continuera à
geindre. La réticence du Conseil de sécurité à
entériner l'usage de la force pour appliquer ses
propres résolutions sur la possession par l'Irak
d'armes de destruction massive a sonné le glas du
fantasme vieux de plusieurs décennies qui considérait
l'ONU comme le fondement de l'ordre mondial.
Alors que nous poursuivons nos
efforts de guerre pour libérer l'Irak, il est
important de sauvegarder parmi les décombres du
conflit, pour mieux les analyser et les comprendre,
les débris du concept de sécurité via le droit
international appliqué par des institutions
internationales... Tandis que des Irakiens libres décrivent
le cauchemar du règne de Saddam, qui a duré un quart
de siècle, nous ne devons pas oublier quels sont ceux
qui ont soutenu cette guerre et ceux qui ne l'ont pas
soutenue ; ceux qui ont affirmé que l'autorité
morale de la communauté internationale se nichait
dans des plaidoyers visant à obtenir des délais
supplémentaires pour les inspecteurs de l'ONU ou ceux
qui ont manifesté contre le "changement de régime".
Dans l'esprit de réconciliation
d'après-guerre que les diplomates veulent toujours
absolument promouvoir, nous ne devons pas nous résigner
à la notion timide et désuète selon laquelle
l'ordre mondial nous demande de reculer devant des
Etats voyous qui terrorisent leurs citoyens et
menacent les nôtres. Décents, réfléchis et bourrés
de principes, les millions d'individus qui ont
manifesté contre la décision de demander des comptes
à l'Irak étaient mus par l'idée que seul le Conseil
de sécurité de l'ONU dispose de l'autorité nécessaire
pour légitimer le recours à la force. Ils
critiquaient la coalition volontaire de démocraties
libérales prêtes à dépêcher ses soldats pour
barrer la route au mal. Peu leur importait que ces
troupes permettent d'appliquer les exigences de l'ONU.
Pour eux, si un pays ou une coalition de pays -
en marge du Conseil de sécurité de l'ONU - fait
usage de la force, même en dernier recours,
"l'anarchie", et non le droit international,
ne peut que l'emporter, détruisant tout espoir
d'ordre mondial.
C'est ce que croyaient les
manifestants. Mais cette idée est dangereusement
erronée et amène à justifier moralement les décisions
politico-militaires de pays comme la Syrie, le
Cameroun, l'Angola, la Russie ou la Chine. Si une
politique est juste lorsque le Conseil de sécurité
l'approuve, comment peut-elle être fausse simplement
parce que la Chine communiste, la Russie, la France ou
une multitude de dictatures secondaires refusent leur
approbation ? Ceux qui se sont opposés aux actions de
la coalition en Irak répondent généralement que
"l'ordre" doit avoir la primauté sur
"l'anarchie". Mais est-ce exact ? Le Conseil
de sécurité de l'ONU représente-t-il l'institution
la plus compétente pour garantir l'ordre et nous
sauver de l'anarchie ? L'Histoire suggère le
contraire. L'ONU est née des cendres d'une guerre que
la Société des nations s'était révélée dans
l'incapacité de prévenir. La SDN n'était tout
simplement pas prête à faire face à l'Italie en
Abyssinie, et encore moins, si elle avait survécu à
cette débâcle, à lutter contre l'Allemagne nazie.
Dans l'euphorie qui a suivi la
victoire, juste après la Deuxième Guerre mondiale,
l'espoir de rendre la sécurité du monde plus
collective fut placé entre les mains du Conseil de sécurité
de l'ONU, pour de bien piètres résultats. Au cours
de la guerre froide, le Conseil de sécurité se révéla
complètement paralysé. En effet, la décision de défendre
la Corée du Sud contre les attaques menées contre
elle en 1950 fut prise par le Conseil uniquement parce
que Staline avait ordonné à ses diplomates de
boycotter les séances de l'ONU, ce qui impliquait
qu'aucun ambassadeur soviétique n'était présent
pour exercer son droit de veto ! Une erreur que les
Soviétiques n'ont plus commise par la suite. En 1967
et 1973, l'ONU s'est retirée du Moyen-Orient,
laissant Israël se défendre par ses propres moyens.
Encore plus tard, l'empire soviétique s'est effondré
et l'Europe de l'Est s'est libérée, non pas grâce
à l'ONU mais grâce à la mère de toutes les
coalitions, l'Otan.
Confrontée aux multiples
agressions de Milosevic, l'ONU n'est pas parvenue à
mettre un terme aux guerres balkaniques ni même à
protéger ses victimes. Vous souvenez-vous de
Sarajevo, de Srebrenica et du massacre de milliers de
musulmans placés sous la prétendue protection des
Nations unies ? Il a fallu que des pays de bonne
volonté forment une coalition pour sauver la Bosnie
de l'extinction. Une fois la guerre terminée, la paix
a été conclue à Dayton, dans l'Ohio, et non à
l'ONU. Le sauvetage des musulmans du Kosovo n'était
pas le fait des Nations unies : leur cause n'a jamais
reçu l'approbation du Conseil de sécurité. Ce siècle
lance désormais un défi aux espoirs d'un nouvel
ordre mondial. Nous ne vaincrons pas - ni même
ne contiendrons - la terreur fanatique, si nous
sommes incapables d'exporter la guerre dans les
territoires qui la déclenchent. Nous devrons pour
cela utiliser la force contre les Etats qui donnent
asile aux terroristes, comme nous l'avons fait pour détruire
le régime des talibans en Afghanistan.
Les Etats les plus dangereux sont
ceux qui possèdent des armes de destruction massive,
des armes chimiques, biologiques et nucléaires qui
peuvent tuer non pas des centaines ou des milliers
d'individus, mais des centaines de milliers. L'Irak
faisait partie de ceux-là, mais il en existe bien
d'autres. L'espoir de les convaincre de retirer leur
soutien ou le droit d'asile qu'ils accordent aux
terroristes repose sur la certitude et l'efficacité
des représailles qui les menacent. L'incapacité
chronique du Conseil de sécurité de l'ONU à
appliquer ses propres résolutions, comme le prouve le
cas irakien, est manifeste : l'organisation n'est tout
simplement pas capable de remplir sa mission. Il ne
reste donc que les coalitions formées par les pays de
bonne volonté pour faire régner la sécurité. Loin
de les dénigrer en tant que menace posée à un
nouvel ordre mondial, nous devrions plutôt reconnaître
qu'elles sont, par défaut, le meilleur espoir d'un
monde pacifié et la véritable alternative à
l'anarchie engendrée par l'échec lamentable des
Nations unies.
L'ONU frappée au cœur à Bagdad - La trêve
violée à Jérusalem
Caricature de PLANTU publiée
dans le Monde du 21 août 2003 après les attentats du
19 août contre le siège des Nations unies à Bagdad
et un bus israélien à Jérusalem