Palestine,
Texas
Là où la
"guerre d'Irak" a commencé...
par
NAJI FARAH, Directeur de la Rédaction
"Harold
Stephens est un magnat du pétrole
du Texas, "born again" ou
chrétien évangéliste "re-né",
après avoir été un alcoolique
notoire. Depuis dix-sept ans, il a
investi plusieurs dizaines de
millions de dollars en Israël,
explorant des terrains au sud-ouest
de la Mer Morte. Il est persuadé de
la découverte imminente d'un énorme
gisement de pétrole qui inaugurera
une ère messianique dans la région.
Elle déclenchera aussi une invasion
de voisins venus du Nord, prévue
par les prophètes, et convoitant
l'eldorado noir. Elle se concrétisera
par la bataille d' "Armageddon"
(plaine de Har Meggido, propice
aux rencontres armées entre le Nord
et le Sud). Cette richesse ouvrirait
la voie à la construction du troisième
Temple et à la venue, ou au retour
du Messie. Harold Stephens est un
croyant qui a une société cotée
en bourse appelée "ness"
ou miracle. Ce qui peut paraître
surprenant, c'est qu'il ait réussi
à convaincre et à entraîner avec
lui des géologues et des experts sérieux
ainsi que des investisseurs et des pétroliers
locaux, et même un ancien président
du B'nai B'rith international,
William Wexler !"
C'est
ce qui ressort d'une enquête réalisée
récemment à partir de sources du
Jerusalem Post notamment. Ce journal
a obtenu par ailleurs du centre
Simon Weisental une lettre expédiée
par un émissaire du pape Pie XII
pendant la guerre, provenant des
archives américaines, qui reflète
le point de vue du Vatican en juin
1943 sur la question juive :
"Il est vrai qu'à un certain
moment, la Palestine était habitée
par la race hébraïque, mais il n'y
a pas d'axiome de l'histoire qui
justifie la nécessité du retour
d'un peuple dans un pays qu'il a
quitté dix-neuf siècles
auparavant. Si un foyer hébreu est
désiré, il ne doit pas être
difficile de trouver un territoire
plus seyant, car l'augmentation de
la population juive en Palestine
sera la source de graves problèmes".
Autre
point de vue, provenant de
nationalistes palestiniens :
"Depuis leur naissance au
XVIIIe siècle, les Etats-Unis
maintiennent une politique agressive
contre les peuples du monde qui
n'acceptent pas leurs positions économiques
et politiques. Ainsi, la
Floride a été arrachée à
l'Espagne. Ensuite le Texas, le
Nouveau Mexique, la Californie et
l'Arizona au Mexique. Plus tard,
Cuba, le Porto Rico et les
Philippines, aussi à l'Espagne. L'intervention
en Amérique latine a maintenu dans
l'instabilité les pays de la zone,
en soutenant toutes leurs dictatures
et en étant, par conséquent,
responsable de milliers de meurtres
politiques, décès, faims et pénalités
diverses qui se poursuivent jusqu'à
nos jours. Ces agressions,
depuis 1947, ont été planifiées,
organisées, financées et dirigées
par la CIA et, par conséquent,
autorisées toujours par le Président
des Etats-Unis. L'agression
constante des Etats-Unis contre ces
pays est la cause de la haine
accumulée par beaucoup de citoyens
du monde contre tout ce qui est américain.
Le reste du monde, incapable de
concurrencer militairement cette
superpuissance, a été obligé de
s'agenouiller ou de répondre avec
des attaques comme celles du 11
septembre 2001."
Et
de poursuivre : "Aussi Israël
est un danger pour la paix mondiale.
Comme agent des Etats-Unis dans la
zone, il maintient une même
politique agressive. Depuis le début
de son existence dans les années
40, il a exercé le terrorisme
contre les autorités britanniques
qui administraient la Palestine et
contre les arabes qui la peuplaient.
Et cette politique de terreur se
poursuit actuellement. Israël
se plait à rappeler l'holocauste
nazi, mais n'est pas capable de voir
le gigantesque champ de
concentration qu'il a fait de la
Palestine."
En
ce début de février 2003, mois de
tous les dangers, il nous paraît
intéressant de rapporter des
opinions aussi diverses, alors que
le New York Times annonce que le
Pentagone a l'intention de lâcher
3.000 bombes et missiles sur l'Irak
dans les premières 48 heures de la
campagne, de façon à briser le
moral de l'armée et à créer un
choc au sein du pouvoir politique.
Bagdad répond à ces menaces par
celle d'exterminer un million de
soldats américains en cas de débarquement
aérien, tandis que les partisans de
la paix se mobilisent par milliers
à travers le monde dans une inquiétude
généralisée. Le chef des
inspecteurs en désarmement de
l'ONU, Hans Blix, s'en prend à
l'administration Bush, accusée de
lancer contre l'Irak des accusations
non étayées sur le terrain, et se
prononce pour la poursuite des
inspections.
L'Europe est divisée quant à son
appui inconditionnel aux Etats-Unis.
Le gouvernement britannique est
confronté à une opposition
grandissante de l'opinion - dont les
chefs des Eglises anglicane et
catholique -, un Britannique sur
cinq seulement souhaitant que son
pays fasse la guerre à l'Irak sans
l'aval explicite de l'ONU, et un sur
quatre se déclarant convaincu par
les arguments de Tony Blair. Pour
leur part, la France et l'Allemagne
réclament plus de transparence et
de preuves dans les enquêtes en
cours sur la nuisance de l'actuel régime
irakien.
Certes,
selon un internaute, "la
vieille Europe a eu ses boucs émissaires,
les juifs, responsables de tout,
soupçonnés des pires complots, et
on sait assez où cela a mené ; il
semble que les Etats-Unis, privés
d’indiens - exterminés -, et de
communistes, aient décidés de
choisir les musulmans en tant que
Grands Responsables des catastrophes !
Pas n’importe quels musulmans,
cela va de soi, pas les sultans,
grands amis et frères et
certainement pas moyenâgeux, non,
les "fanatiques", ceux
qu’ils manipulaient hier contre le
socialisme en Afghanistan ou
ailleurs et qui sont devenus par décision
des grands stratèges stipendiés
par l’industrie de l’armement,
les ennemis de demain !"
Ce qui n'a pas empêché le député
français Alain Madelin de déclarer
au Figaro, dans un article intitulé
"Bush ou Saddam, il faudra
choisir" (30-01-03) : "Le
passage par l'ONU ne dispense pas du
choix, Bush ou Saddam. Renverser
Saddam Hussein participe à une démarche
de prévention durable du
terrorisme, non pas en raison d'une
quelconque assimilation directe
entre l'Irak et al-Qaida, mais parce
qu'un changement de régime à
Bagdad s'inscrit dans la perspective
d'une nécessaire refondation de nos
politiques étrangères au lendemain
du 11 septembre, pour notamment
s'attaquer aux racines du
terrorisme."
Les
déclarations ci-dessus se passent
de commentaires, si ce n'est pour
revenir sur le Texas, terre de
l'actuel président américain
George Bush, qui fait également
partie, depuis 1986, du mouvement évangéliste
"born again" - c'est-à-dire
"né du Saint-Esprit", chrétien
qui revient à la foi par la révélation
divine -, qui compte près de 50
millions d'Américains. Le Texas,
terre de violence, où des centaines
d'indiens et de colons ont été
massacrés au XIXe siècle, qui bat
les records américains d'exécutions
de peines de mort et où a été
tourné le film d'horreur
"Massacre à la tronçonneuse"
("The Texas Chainsaw
Massacre"), le pire de ce que
le cinéma a pu produire, en terme
de violence, d'incitation au meurtre
et d'atteinte à la dignité
humaine. Le Texas, dont le représentant
Dick Armey, qui dirige les Républicains
à la Chambre des Représentants, a
souhaité, en mai dernier,
l'expulsion des Palestiniens vers
d'autres nations arabes, déclarant
: "La plupart des gens qui
peuplent Israël ont été transportés
du monde entier sur cette terre et
ils en ont fait leur maison. Les
Palestiniens peuvent faire pareil,
et nous serions tout à fait
satisfaits de collaborer avec eux
pour cela. Nous ne voulons pas qu'on
sacrifie Israël pour la notion
d'une patrie palestinienne."
C'est
cette terre du Texas que Dieu a élue
pour faire exploser, il y a trois
jours, au-dessus d'une ville portant
le nom de Palestine, la navette
Columbia, au moment de son retour
sur Terre, annonçant ainsi la
teneur des événements à venir. Columbia,
revenant d'une mission scientifique
de 16 jours en orbite, qui se
trouvait alors à 60 kilomètres
d'altitude et volait à 20.000 km/h,
devait atterrir un quart d'heure
plus tard au centre spatial Kennedy
près de Cap Canaveral en Floride. A
son bord 6 astronautes américains
et un israélien, colonel de l'armée
israélienne et pilote de chasse,
qui avait participé au raid contre
le réacteur nucléaire irakien d'Osirak
en 1981 et terrorisé la population
libanaise, franchissant maintes fois
le mur du son et bombardant en 1982
le Liban en proie à la guerre.
Cette terre du Texas, regorgeant
elle aussi de pétrole, vient ainsi
d'accueillir les restes de la
navette Columbia et de ses
passagers, qui se sont désintégrés
en vol, dix-sept ans après
l'explosion, au décollage, de la
navette Challenger, le 28 janvier
1986, tuant les 7 Américains à
bord, et dix-sept mois après les
attentats du 11 septembre 2001,
entraînant la mort de milliers
d’Américains.
L'explosion
de Columbia a donc été repérée
en premier par les habitants de
Palestine, Texas (ville de 20.000
personnes à composition hétéroclite
reflétant celle du peuple américain,
située entre Dallas et Houston,
fondée en 1846), qui ont entendu
un bruit assourdissant similaire
à celui d'un bombardement et vu
des boules de feu en plein
ciel. Nous ne pouvons qu'exprimer
notre solidarité avec les
familles des victimes, ainsi
qu'avec celles des victimes
palestiniennes et israéliennes,
de l'autre côté de la planète,
en Palestine du Levant, où règne
la loi du Texas, appliquée avec
une violence inégalée par les
sionistes. Selon un dernier
rapport qui vient d'être publié
par l’association Christian Aid
et présenté à la Chambre des
Lords par le Secrétaire d’Etat
britannique au développement
international, Mme Clare Short,
les Palestiniens vivent désormais
dans un état de pauvreté extrême.
Ce rapport dérangeant, intitulé
"Loosing Ground : Israel,
Poverty and the Palestinians",
examine en détail comment
l’occupation d’Israël de la
Cisjordanie et de la bande de Gaza
est éminemment responsable de la
destruction de l’économie
palestinienne. Il préconise un
retrait complet des territoires
occupés, et l’intervention
d’observateurs étrangers pour
superviser ce retrait.
"Un
rêve désintégré", a titré
de là le quotidien Maariv,
au-dessus d'une photo de la traînée
de feu de la navette se désintégrant.
Le journal souligne le
"caractère symbolique de la
mort commune d'un Israélien et
d'Américains, à l'heure où les
Américains s'apprêtent à
combattre l'Irak pour écarter la
menace que fait planer, notamment
sur Israël, le régime du président
Saddam Hussein". Pour sa
part, le Premier ministre Ariel
Sharon a déclaré à propos de ce
drame : "C'est dans des
moments comme celui-là que nous
nous rendons compte de la
communauté de nos destins, de
notre identité et de nos valeurs
avec les Etats-Unis".
Histoire à suivre...