Ce livre a très vite
disparu des rayons des
librairies en France, dès
sa parution. L'éditeur
note : "L'auteur de
ce livre est menacé de
mort par des fascistes
israéliens ! Il dénonce
les tortures, les
destructions de
villages, la
discrimination raciale,
l'expropriation des
terres arabes,
l'occupation sauvage et
la répression. Oui tout
cela se passe en Israël
! Pour le croire, il
faut lire ce terrible témoignage
qui révèle pour la
première fois la face
cachée d'Israël."
Si le Liban ploie sous
le diktat syrien, qui
s'est traduit sur le
plan des libertés
d'expression, dans le
secteur audiovisuel,
par la fermeture, il y
a deux ans, de la chaîne
de télévision
arabophone et
francophone MTV, la
France, quant à elle,
ploie sous le diktat
sioniste, véritable
terrorisme
intellectuel, en phase
avec le
terrorisme pratiqué
au quotidien à
l'encontre de la
population
palestinienne par Israël,
depuis la création de
cet Etat raciste.
Cette explication est
la seule logique que
l'on puisse donner au
nouvel assassinat médiatique
secouant cette semaine
Radio France
Internationale, à
savoir la démission
forcée de son
directeur de
l'information nommé
en juin, notre grand
ami Alain Ménargues,
accusé d'avoir dit la
vérité sur les
agissements du
gouvernement Sharon se
basant le Lévitique
appliqué en Israël,
pays où il a effectué un
séjour en avril.
Nos propos ne
sont pas "antisémites",
car les Libanais et
les Arabes sont un
peuple sémite. Ils
sont certes
antisionistes, et
partagés par bon
nombre de
bien-pensants de
toutes confessions, y
compris des juifs
opposés aux pratiques
de l'Etat d'Israël
qui, depuis près de
60 ans, déchire le
Proche-Orient où il
s'est engouffré.
A la France et aux
Nations unies - avec
l'Angleterre -, de
trouver une solution
à la monstruosité
de l'Etat d'Israël,
dont ils sont à
l'origine de la création sous
couvert de thèse
pseudo-historique, et
qui ne peut survivre
que par le sang des
populations de la région
qu'il fait couler en
abondance.
Sur le plan interne,
seule une
rechristianisation de
la France, accompagnée
d'un travail de mémoire
collectif, dans un
cadre laïc de tolérance,
permettra à ce pays,
ainsi qu'à l'Europe,
de faire face aux intégrismes
juifs - et musulmans -
qui les rongent, et
les empêchera de
sombrer dans le désastre
vers lequel on les
accule.
Alain Ménargues
au dîner du Club
RJLiban
Le lendemain de la
parution en France du
"Mur de
Sharon", notre
Club RJLiban a organisé,
au cours de son dîner-rencontre,
le vendredi 24
septembre, au
restaurant libanais
Fakhreddine à
Paris, une séance de
signatures durant
laquelle le
journaliste Alain Ménargues
a présenté son
nouveau livre - comme
il l'avait fait précédemment,
le vendredi 7 mai, lors
de la parution de son
livre "Les
secrets de la guerre
du Liban" (éd.
Albin Michel). Voici
son discours de
présentation intégral
(disponible également
sous format Word :
alainmenargues-discours.doc
) :
"En
ce qui concerne mon
livre, le Mur de
Sharon, j’étais en
Israël au mois
d’avril et j’ai
voulu aller de Jérusalem
à Jéricho. Pour
aller de Jérusalem à
Jéricho, on est obligé
de passer le Mont des
Oliviers. Et donc c’était
la nuit tombée,
j’ai roulé et
brusquement je me suis
trouvé devant un mur,
je ne sais pas si ça
vous est arrivé de
conduire et de vous
trouver devant un mur
qui coupe la route,
c’est assez
stressant, d’autant
que le mur est
tellement haut que les
phares n’éclairaient
pas le haut du mur. Et
j’ai voulu
comprendre pourquoi un
peuple, le peuple israélien
en l’occurrence,
peut accepter
intellectuellement un
mur, alors que c’est
un peuple qui a
souffert de tout ce
qui est clôtures,
qu’elles soient en
bois, en ciment ou en
barbelés. Et ça
m’a amené à
plonger dans
l’histoire d’Israël,
et du peuple juif, et
là j’ai vu trois
choses qui justifient
intellectuellement la
séparation.
Si
cette séparation, si
ce mur avait été
construit sur la ligne
verte, c’est-à-dire
sur la frontière, la
ligne de cessez-le-feu
entre Israël et les
territoires occupés,
et la Cisjordanie,
personne n’aurait
rien dit. D’ailleurs
personne n’a rien
dit quand les Israéliens
ont construit le mur
de barbelés qui
entoure Gaza parce que
c’était sous la
ligne de
cessez-le-feu. Là
cette ligne, ce mur,
va à l’Est,
c’est-à-dire empiète
sur le territoire
palestinien, mais de
parfois 20 km, les
Israéliens gagnent de
la terre mais gagnent
des villages
palestiniens avec.
Quand on veut séparer
des gens, on met le
mur à la limite des
propriétés de
chacun, alors là on
empiète sur
l’autre, ce qui est
un non sens, un non
sens géographique, un
non sens historique,
un non sens ethnique.
Alors pourquoi ?
Tout simplement parce
que, quand on plonge
dans le Lévitique,
quand on plonge dans
la Torah qui est la
base du peuple juif,
et d’ailleurs du
peuple chrétien également,
y compris d’ailleurs
le peuple musulman, le
Lévitique du 5e
livre de la Torah est
fait pour séparer le
pur de l’impur.
Et
ce qui m’est arrivé,
le lendemain de
l’assassinat du
cheikh Yassine (le 22
mars) : j’ai pris un
bus à Jérusalem
parce que je voulais
savoir comment ça
faisait de prendre un
bus alors qu’un
attentat de cette
importance avait eu
lieu. Il n’y avait
presque personne dans
le bus, et en
traversant le quartier
de Méa Shéarim, le
quartier des
"cent
portes", le
quartier religieux, il
y a un religieux, un
"craignant
Dieu" comme on
dit, qui est monté
dans le bus et qui
m’a demandé de
partir, je lui ai dit
non, pourquoi, c’est
ma place, excusez-moi
je garde cette place,
il avait un journal
plié à la main,
alors il l’a déplié,
il l’a mis contre
son épaule, et il
s’est assis à côté
de moi, de manière à
séparer. Non, ce
n’est absolument pas
méprisant, dans sa tête,
ce n’était pas
quelque chose
d’offensant, pour
pouvoir prier, le juif
doit être pur, la
communauté juive,
pour prier, doit être
pure, il allait prier,
il était pur, je suis
un goy non juif, donc
a priori je suis
impur. Il n’y a
rien, absolument rien
de méprisant dans sa
tête.
Le
problème, quand on
aborde ce genre de
situation, c’est de
comprendre pourquoi
les autres font ça.
Donc le Lévitique
c’est la séparation
du pur et de
l’impur. On a
beaucoup parlé des
ghettos en Europe, des
ghettos juifs à
Varsovie ou ailleurs.
Il faut savoir que le
premier ghetto de l’Histoire,
c’était à Venise,
et c’étaient les
juifs eux-mêmes qui
s’étaient enfermés
dans un quartier pour
justement éviter
l’impur, mais aussi
pour éviter la mixité.
Le grand débat
qu’il y a en Israël,
il y a une loi
d’ailleurs sur les
mariages, c’est
qu’il faut se marier
entre juifs pour
garder la pureté. Le
Lévitique, si jamais
il y en a que ça intéresse,
lisez-le, c’est
assez intéressant, au
niveau de la compréhension
de certaines choses.
Deuxième
point important pour
comprendre le mur,
c’est bien évidemment
la doctrine sioniste.
Qu’est-ce que
c’est que la
doctrine sioniste ?
Il y avait en Europe,
à la fin du 18e
siècle, une campagne
antijuive très
importante, les juifs
ont voulu se
retrouver, on a lancé
l’idée d’un pays,
pour les juifs, où
les juifs seraient
chez eux, on a cherché
un peu partout, en
Ouganda ou ailleurs,
et puis on a dit c’était
la Palestine. Dans la
Palestine, il y avait
la population, c’est
ce qui a entraîné
les guerres
successives, vous
connaissez
l’histoire mieux que
moi, et c’est la
base de la loi du
retour, le régime, la
doctrine sioniste est
une doctrine coloniale
au même titre, à
l’époque, que la
doctrine coloniale
française et
anglaise. Les Français
et les Anglais ont évolué,
la doctrine sioniste
n’a pas évolué. Et
aujourd’hui, Sharon
a dit, il y a deux ans
: "chaque mètre
de gagné est un mètre
de plus pour Israël".
Ils sont totalement
sur la doctrine
coloniale, et
d’ailleurs ceux qui
habitent dans les
colonies, c’est leur
terme, sont bien des
colons, c’est tout
à fait dans la ligne
étymologique.
Mais
ce qui est grave, et
si on revient au mur,
c’est que la ligne
verte, et le mur, sont
séparés parfois de
20 km, avec des
villages qui sont
habités par des
Palestiniens, et
Sharon a déjà avancé
que quand le mur sera
terminé, tous les
Arabes, c’est clair,
tous les Arabes qui
seront pris en Israël,
c’est-à-dire du bon
côté israélien du
mur, seront expulsés
s’ils n’ont pas
les papiers israéliens,
et les Palestiniens
n’auront pas de
papiers israéliens.
Ca veut dire qu’on
va assister à une épuration
ethnique qui considère
700.000 personnes. Ca
c’est prévisible
dans deux ans, deux
ans et demi.
Dernier
point, en Israël et
en Palestine
aujourd’hui,
l’irraisonnable a été
atteint. C’est la
haine à cause de la
frustration et de
l’injustice d’un côté,
et de l’autre côté
c’est la haine à
cause de la peur. Les
Israéliens, les juifs
israéliens sont
paniqués d’être
obligés de repartir,
les Palestiniens sont
haineux, mais ont un
point extraordinaire,
parce qu’ils se
sentent brimés,
injustement punis et méprisés.
Il faut avoir deux
chiffres en tête :
Gaza c’est un
million trois cent
mille palestiniens,
68% d’entre eux ont
moins de 15 ans, ils
ne connaissent que la
guerre, ils ne sont
pas éduqués, et
c’est une véritable
bombe humaine, qui est
à cet endroit. Le
deuxième chiffre,
c’est que 70% des
Palestiniens sont au
chômage, et ils
vivent de rapines,
quand on n’a pas
d’argent et qu’on
a des enfants, on va
voler, ça s’est vu
dans tous les peuples
du monde, la
justification de cela,
cette compression de
la haine et de la misère
est une bombe qui
risque de balayer Israël.
Un
professeur de Droit très
connu, Claude Klein,
qui est le détenteur
de la chaire de Droit
de l’Université hébraïque
de Jérusalem, m’a
dit, et je l’ai dans
mon livre : "Israël
a perdu la bataille du
sionisme, le peuple
juif va être obligé
de repartir en
exil." Et je
crois que beaucoup
d’Israéliens le
pensent actuellement
très fort. Je vous
remercie."
Le Mur de
Sharon
par ALAIN
MENARGUES, éditions
Presses de la
Renaissance, Paris,
septembre 2004
Note de l'éditeur
: De 70
à 100 mètres de
large, avec fossés et
barbelés, un mur de béton
de 8 mètres de haut
équipé de caméras
et de mitrailleuses
télécommandées, le
tout sur 700 km : la
"barrière de sécurité"
érigée par Tsahal
"pour stopper
l'infiltration des
kamikazes
palestiniens" se
met petit à petit en
place, sus l'oeil
bienveillant des
Etats-Unis.
Englobant les colonies
juives et les terres
agricoles de
Cisjordanie, le mur
coupe en deux ou isole
des villages
palestiniens ; sépare
les membres d'une même
famille ; les élèves
de leurs écoles ; les
paysans de leurs
champs ; les fidèles
de leurs lieux de prière.
Ce "mur de la
honte" comme le
surnomment les
Palestiniens, est bâti
dans l'indifférence
totale de la communauté
internationale.
Grand reporter, spécialiste
du Moyen-Orient, Alain
Ménargues fait un état
des lieux saisissant
de l'histoire de ce
projet pharaonique
qui, réalisé au mépris
des résolutions de l'ONU, anéantit toute
chance de réconciliation
des deux frères
ennemis.
Né en 1947, Alain Ménargues
est l'un des grands spécialistes
français du monde
arabe. Grand reporter,
envoyé spécial
permanent au
Moyen-Orient pendant
15 ans, il est
aujourd'hui directeur
général adjoint
chargé des antennes
et de l'information à
Radio France
Internationale. Lauréat
des prix Pierre Mille
(1985) pour la
couverture des événements
libanais et Scoop
(1988) pour la
couverture de
l'actualité du monde
arabe, il collabore à
de nombreux magazines
nationaux et radios étrangères.
Il est l'auteur de
plusieurs ouvrages
dont "Les larmes
de la colère" et
"Les secrets de
la guerre du
Liban".
Conclusion
de l'auteur : Depuis
l'origine et partout où
ils se sont installés,
les juifs ont bâti
des eruv, ces
murs symboliques qui
les séparent des
autres, des non-juifs,
des goys.
Curieusement, l'un des
rares vestiges du
temple de Jérusalem détruit
par Rome est une
inscription, ô
combien symbolique
dans le contexte
actuel : "Goy, si
tu passes ce Mur, tu
ne pourras que te blâmer
toi-même pour la mort
atroce qui
t'attend."
L'efficacité
politique et stratégique
des murs, murailles et
rideaux de fer qui
jalonnent l'histoire
des peuples est plus
que douteuse. Quand
ces frontières
artificielles ne se
sont pas tout
simplement écroulées,
elles ont été
contournées comme la
Grande Muraille de
Chine et la ligne
Maginot, ou chargées
de la symbolique du
Mal, comme le mur de
Berlin que chacun
finalement rêvait de
détruire.
Le mur de Sharon
suffira-t-il à
contenir ce terrorisme
qu'Israël ne peut
vaincre ? Le général
devenu Premier
ministre a-t-il oublié
qu'aucun obstacle matériel
ne résiste à
l'imagination des
hommes ? Lorsque mus
par la haine et le désespoir
les terroristes
palestiniens
transiteront par les
pays voisins, que
faudra-t-il faire ?
Construire d'autres
murs tout au long des
frontières syrienne,
libanaise,
jordanienne, égyptienne
? Bâtir des blockhaus
sur les plages et
truffer de mines
sous-marines la côte
méditerranéenne ?
Israël s'enferme.
Israël s'isole. Avec
ce mur, ses habitants
seront plus que jamais
coupés des réalités
de la région. Les
juifs européens se
sont battus pendant
deux siècles pour
sortir des ghettos,
pour faire tomber le
mur de la ségrégation
et de l'arbitraire.
Celui que les Israéliens
construisent
aujourd'hui illustre
leur peur de l'avenir,
leur
impuissance, leur désespoir.
Il est tel une ultime
expression physique de
l'une des maximes les
plus importantes de
l'enseignement juif :
"Erige un mur
autour de la
Torah". Le mur de
Sharon est aussi ce
mur autour de la
Torah, car comme m'a
dit l'un de ses
soutiens politiques :
"Si vous laissez
un goy circuler
librement, tôt ou
tard il tue un
juif."
La formule est dure,
mais elle cache une réalité
intangible qui met en
péril, aux yeux de
bien des juifs,
l'existence même de
leur Etat et donc leur
avenir : la situation
démographique des
deux côtés du mur
est telle que si les
Palestiniens renoncent
demain au rêve
d'avoir un Etat indépendant,
ils réclameront le
droit de vivre dans un
Etat binational, au côté
des juifs. Ils auront
alors le soutien du
million trois cent
mille Arabes vivant à
l'intérieur des
frontières actuelles
d'Israël et y seront
majoritaires à court
terme. Ils réclameront
et obtiendront le
droit de vote et
entreront de
plain-pied dans la
communauté vivant sur
le territoire considéré
aujourd'hui comme
"propriété
d'Israël". L'idée
d'évacuer les
colonies deviendra
alors absurde.
Les Israéliens et les
Palestiniens sont donc
condamnés à vivre côte
à côte. La création
d'un Etat palestinien
est non seulement
vitale pour Israël,
mais elle est urgente.
Plus l'injustice
frappera l'un, plus
l'autre en souffrira.
Aujourd'hui, la
question est de savoir
de quoi demain sera
fait.
Et pour qu'un avenir
de paix et de justice
ait une chance, il est
indispensable qu'Israël
devienne, enfin, un
pays comme les autres.
Ce
dossier sera complété
demain par un
communiqué ( Communiqué
RJLiban N°51 du 23
octobre 2004 ) qui
reprendra plusieurs
articles de presse sur les
thèmes de la séparation
provoquée par le mur en
Israël et de l'ouverture engagée
par l'Europe et ses
religions.