Le conflit israélo-palestinien
vient de prendre une nouvelle
dimension, six mois après les
attentats anti-américains de
New York et de Washington, avec
une violence inégalée jusque-là. Incursions
israéliennes, accompagnées de
liquidations de responsables
militaires et de bombardements
en règle des infrastructures,
en territoire palestinien, d'un
côté, et attentats
palestiniens contre des cibles
civiles et militaires, en plein
coeur des grandes villes israéliennes,
de l'autre, se succèdent à un
rythme effréné depuis décembre
dernier. Ceci a donné lieu ces
derniers jours à une véritable
guerre, conduite par Ariel
Sharon, qui a reçu le feu vert
américain lors de sa visite il
y a un mois à George Bush.
Pendant ce temps, la guerre lancée
en octobre dernier par les
Etats-Unis contre l'Afghanistan
se poursuit, les troupes américaines
et leurs alliés européens
attaquant les dernières poches
de résistance des éléments d'el-Qaëda
en haute montagne, alors
que des informations en
provenance des Etats-Unis
confirment l'implication directe
ou indirecte des services de
renseignements israéliens dans
les attentats qui ont endeuillé
l'Amérique le 11 septembre
2001. Au Liban, des centaines de
Palestiniens sont toujours en
armes dans les camps encerclés
par l'armée libanaise, dont
celui de Aïn-el-Héloué à Saïda,
le plus important du pays,
qui abrite l'organisation Esbat
el-Ansar, classée terroriste
par l'Administration américaine.
Un demi-siècle plus tôt, la création
de l'Etat d'Israël en 1948,
suivie par la guerre des Six
jours en 1967, avaient constitué
un important tournant au Levant,
plongeant cette contrée du
monde dans des guerres durables.
Ce fut le cas du Liban, que le
Hezbollah a libéré de
l'occupation israélienne en mai
2000, mais qui demeure depuis
les accords de Taëf, signés en
1989, avec l'aval des Etats-Unis,
sous occupation syrienne. Le
Liban avait été envahi par
Israël à plusieurs reprises, principalement
en mars 1978 et en juin 1982,
date à laquelle l'armée israélienne
avait chassé l'OLP de Beyrouth.
L'organisation de Yasser Arafat
croyait en effet, ainsi que les
pays arabes la finançant, faire
du Liban un pays de
remplacement, au lieu de
concentrer ses efforts pour récupérer
la Palestine. Mais c'était sans
compter sur la volonté du
peuple libanais, les chrétiens
ayant été suivis par les
musulmans chiites dans leur
lutte armée contre les factions
palestiniennes, lesquelles
avaient déclaré dès 1973 la
guerre à l'Etat libanais qui
les hébergeait.
Dans ce contexte, nous
consacrons le premier numéro de
notre nouvelle publication
bibliographique
"Biblio" - s'ajoutant
à "Lettre",
"Reportage",
"Communiqué",
"Presse" et
"Interview" - au livre
suivant, "Le Racisme de
l'Etat d'Israël", édité
par Guy Authier, que de discrètes
manoeuvres avaient, dès sa
parution en 1975, réussi à éliminer
complètement du marché et du
monde parisien.
Le
Racisme de l'Etat d'Israël
par ISRAEL
SHAHAK, éditions Guy Authier,
collection "Vérités"
dirigée par Michel Rachline, préface
de Eli Lobel, Paris, 1975
NOTE
DE L'EDITEUR : "L'auteur de
ce livre est menacé de mort par
des fascistes israéliens ! Il dénonce
les tortures, les destructions de
villages, la discrimination
raciale, l'expropriation des
terres arabes, l'occupation
sauvage et la répression. Oui
tout cela se passe en Israël !
Pour le croire, il faut lire ce
terrible témoignage qui révèle
pour la première fois la face
cachée d'Israël."
Qui est Israël Shahak ?
"Le racisme de l'Etat d'Israël",
écrit en 1975 par le président
de la Ligue israélienne des
droits de l'homme (élu à ce
poste en 1970), décrit la réalité
intérieure en Israël, qui n'a guère
changé depuis, et dénonce les
tortures, les destructions de
villages, la discrimination
raciale, l'expropriation des
terres arabes, l'occupation
sauvage et la répression. Son
auteur, Israël Shahak, nommé en
1973 professeur titulaire à
l'université hébraïque de Jérusalem,
est né à Varsovie en 1933. De
1939 à 1945, il a vécu sous le régime
nazi et, particulièrement, a passé
deux années (1943-1945) au camp
de concentration de Bergen-Belsen.
Il est arrivé en Palestine en
1945, et termine en 1951 ses études
secondaires, avant d'accomplir son
service militaire obligatoire dans
l'armée israélienne de 1951 à
1953. Il obtient son agrégation
et son doctorat en chimie
organique à l'université hébraïque
de Jérusalem en 1963 et fait des
études supplémentaires à
l'université de Stanford en
Californie. Son combat actif dans
la lutte pour les droits de
l'homme commence en 1968. En
1990, il critique fortement le
"processus de paix"
d'Oslo, le considérant comme
"une fraude et un véhicule
pour rendre l'occupation israélienne
plus efficace".
Citons parmi les autres
publications de l'auteur : "Jewish
History, Jewish Religion : The
Weight of Three Thousand Years"
(Pluto Press, 1994) - peu de
mois après la sortie de ce livre,
le Premier ministre Yitzhak Rabin
a été assassiné, en novembre
1995, par un étudiant juif
orthodoxe - , "Israeli
Nuclear and Foreign Policies"
(Pluto Press, 1997) et "Jewish
Fundamentalism in Israel"
(Pluto Press, 1999). Israël
Shahak est décédé en juillet
2001 à Jérusalem, suite à des
complications causées par un fort
diabète.
La Ligue israélienne des
droits de l'homme
La première partie de ce livre
est consacrée à la présentation de
la
Ligue israélienne des droits de
l'homme et des pressions qu'elle rencontre
dans l'exercice de ses fonctions,
aussi bien de la part de la classe
politique que de la presse, citant
une tentative de récupération de
cette Ligue par le parti
travailliste israélien en 1972,
financé essentiellement par
l' "Appel juif unifié"
des Etats-Unis. Un an auparavant,
elle seule avait dénoncé, entre
autres, les exactions dans la
bande de Gaza, et parlé du cas de
Abu Zuneima, camp de concentration
dans le désert du Sinaï, où des
familles entières - enfants et bébés
compris - de fedayins n'ayant pas
été capturés, étaient envoyées
pour faire pression sur eux.
Revenant au financement du parti
travailliste, le professeur Shahak
écrit : "La plus grande
partie des fonds acquise par le
parti travailliste provient des
différents appels, dits
"charitables", lancés
à l'étranger et déductibles des
impôts des pays respectifs où
sont lancés ses appels, comme les
Etats-Unis, la Grande-Bretagne et
la France. La principale source
est l' "Appel juif unifié"
des Etats-Unis, par ses versements
à la Fédération sioniste et à
l'Agence juive, toutes deux contrôlées
par une coalition de partis
politiques, dont le parti
travailliste est le chef... Ces
fonds proviennent ainsi,
indirectement, des revenus de tous
les citoyens des pays dont les impôts
sont si élevés qu'ils peuvent
financer des oeuvres
"charitables" qui
corrompent et pervertissent des
associations indépendantes en
Israël. J'ai dit que c'est du
gangstérisme politique. Mais je
voudrais bien faire comprendre que
c'est un gangstérisme sans précédent...
Même Al Capone n'a pas revendiqué
ce privilège."
Les crimes
La deuxième partie du livre porte
sur les crimes perpétrés par
l'armée israélienne, détaillant
des cas de répression,
d'occupation et de torture, dénonçant
les conditions de vie dans les
prisons israéliennes ainsi que
l'administration des
"territoires occupés",
et abordant la question des
villages arabes détruits : "La
vérité sur les populations
arabes, telles qu'elles existaient
sur le territoire de l'Etat d'Israël
avant 1948, est l'un des secrets
les mieux gardés de la vie israélienne...
Ce silence, bien sûr, a pour but
l'authentification du mythe,
accepté officiellement,
"d'un pays désert"...
Cette falsification est, à mon
avis, d'autant plus grave qu'elle
est presque universellement admise
hors du Moyen-Orient. Etant donné
que les villages arabes furent
presque toujours détruits, complètement,
avec leurs maisons, leurs clôtures,
et même leurs cimetières et
leurs tombes, pas une pierre n'étant
restée visible, les visiteurs
peuvent accepter l'idée qu'il n'y
avait là qu'un désert."
Dans un rapport établi sur la
base des 16 anciens districts
palestiniens et comptabilisant ces
villages, desquels la plupart des
tribus furent expulsées, l'auteur
chiffre le nombre de villages détruits
à 385 sur 475.
Opinions et discussions
Des opinions et discussions sur
trois thèmes : les
discriminations en Israël, l'éducation
et le terrorisme, sont publiées
dans la troisième partie du
livre. En annexes, dans la quatrième
partie, figurent le témoignage du
professeur Shahak devant le Congrès
américain (4 avril 1974), ainsi
qu'une carte des "colonies
israéliennes" (1967-1974) et
un tableau des terres confisquées
par Israël dans les territoires
occupés : janvier 1968 - août
1972. "Plus de 50
colonies, de plusieurs sortes -
avant-postes militaires, colonies
rurales et urbaines, villages,
centres de villes, etc. -, furent
établies depuis les hauteurs du
Golan au nord jusqu'à la péninsule
du Sinaï au sud."
Conclusion
"Si l'on n'extirpe pas le
racisme en Israël et si le
"double modèle" de
racisme et de pluralisme continue
à coexister, un exemple de
racisme similaire finira
certainement alors par s'établir
contre les Juifs. Pour conclure je
voudrais m'adresser à ceux de mes
lecteurs qui sont juifs comme moi.
Je souffre beaucoup de constater
que la plus grande partie de mon
peuple vit dans un état
d'apostasie. Au lieu d'adorer
Dieu, de poursuivre et de rendre réelle
l'idée de justice... ces hommes
non seulement font le contraire,
cherchent un refuge dans le
système tribal le plus brutal et
l'adoration de la force, mais ils
sont en train de couper la branche
sur laquelle ils sont assis...
Mais apparemment pour la majorité
de mes frères juifs qui adorent
l'Etat matérialiste d'Israël
comme nos ancêtres adoraient
le veau d'or et le Baal, cette
considération n'est pas
importante. Ainsi leur dirai-je :
"Par votre hypocrisie et
votre double pensée, par votre façon
de pardonner et de soutenir le
racisme et l'oppression, vous
allez amener un nouveau malheur
sur vos propres têtes. Tout ce
que les Palestiniens et les Arabes
supportent aujourd'hui, avec votre
encouragement et votre soutien,
vous le supporterez demain."

