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ARTS-SPECTACLES
RJLIBAN N°18 du 15
janvier 2007
www.rjliban.com
Le
Liban, "pays à
l’honneur" au
festival Paris-Cinéma
2007
par
ZENA ZALZAL, paru dans
l'Orient-le Jour le 12
janvier 2007
Directrice
de la programmation du
festival Paris-Cinéma,
Aude Hesbert est venue à
Beyrouth pour procéder à
une sélection de films
libanais qui seront présentés
dans le cadre de la cinquième
édition de ce festival
qui se tiendra du 4 au 14
juillet 2007 dans différentes
salles de la Ville lumière.
En effet, après le Brésil
et la Corée du Sud,
c’est la cinématographie
du pays du Cèdre qui sera
à l’honneur cette année.
Le choix du Liban, induit
par le maire de Paris, M.
Bertrand Delanoë, s’il
est, certes, un témoignage
de plus de la solidarité
française, est également
mû par une vraie curiosité
envers la culture et, plus
précisément, le cinéma
libanais. C’est ce
qu’affirme Aude Hesbert,
signalant que "les
années précédentes,
nous avions déjà dans
nos programmes des films
de Danielle Arbid ou de
Joanna Hajji Thomas et
Khalil Joreige".
"Il me semble
d’ailleurs y avoir une
cinématographie très
vivante et très riche au
Liban", relève la
jeune femme, qui espère
repartir avec une
trentaine de films réalisés
"ces dernières années",
entre longs et courts-métrages,
dans ses bagages.
Hommage au duo
Hajji Thomas-Joreige
L’idée est de montrer
un large éventail de la
production libanaise et
d’essayer ainsi de
"traverser le pays à
travers les caméras de
jeunes réalisateurs,
professionnels bien sûr,
mais aussi ceux qui ont
filmé spontanément les
événements de cet été",
indique Hesbert, qui a déjà
pratiquement sélectionné
Falafel de Michel
Kammoun, Bosta de
Philippe Aractingi ou
encore Le dernier
homme de Ghassan
Salhab. Par ailleurs,
Paris-Cinéma a décidé
de rendre hommage cette
année au couple Hajji
Thomas-Joreige en
programmant la totalité
de leur filmographie et en
organisant des débats et
tables rondes autour de
leur œuvre. "Le duo
de réalisateurs pourra également
inviter des plasticiens et
des artistes de la jeune
garde libanaise qu’il
aimerait faire connaître.
Lesquels pourront ainsi
avoir accès aux
plates-formes de
coproduction qui présentent
des films étrangers en développement
à la recherche de
financements français",
précise encore la
directrice de la
programmation. Laquelle
s’attelle pour sa part
à mettre au point la
liste des équipes des
films libanais qui seront
les invités présents aux
avant-premières de cette
édition.
Charlotte Rampling,
présidente
Présidé au départ
par Costa-Gavras qui a cédé
le relais l’année dernière
à Charlotte Rampling, le
festival Paris-Cinéma,
initié et soutenu par la
mairie de Paris, s’est
rapidement imposé comme
un événement cinématographique
à la fois populaire et
exigeant. Un festival qui
ne ressemble à aucun
autre. Se démarquant
nettement de celui de
Cannes, plus glamour et
paillettes, ce festival
parisien dans son esprit
se veut véritablement démocratique. A
cet effet, le seul prix
qu’il décerne est celui
du public pour le meilleur
long-métrage dans la catégorie
compétition
internationale. Et ce prix
est en fait "une aide
à la distribution".
Pas de jury de
professionnels donc, même
si ces derniers sont présents
à titre d’invités
(Nathalie Baye par exemple
sera l’invitée
d’honneur cette année)
pour des rencontres
conviviales et des échanges
avec le public et les
professionnels étrangers.
Car outre le
divertissement qu’il
offre, ce festival a une
vocation de défricheur de
cinématographies
lointaines, rares et peu
connues. Et présente
ainsi l’opportunité de
pouvoir faire découvrir
au public parisien une
grande diversité de films
provenant de tous horizons
ainsi que des œuvres inédites
en présence de leurs
auteurs. "Par
ailleurs, signale Aude
Hesbert, la dimension pédagogique
n’est pas oubliée :
Paris CinéCampus,
université d’été du
cinéma gratuit, offre, à
travers des ateliers et
des cours, des leçons aux
professionnels, étudiants
et cinéphiles soucieux
d’enrichir leurs
connaissances pour nourrir
leur passion. Et côté
patrimoine, une rétrospective
des films de Lusbich est
programmée pour cette
cinquième édition."
Accessible à tous les
publics (des films de tous
les genres et pour tous
les âges) grâce à un
tarif réduit de 4 euros
la séance ainsi qu’à
des projections dans une
vingtaine de salles réparties
dans tous les
arrondissements et des événements
en plein air (projections
sur le parvis de l’hôtel
de ville, ciné-concerts
dans les jardins du Sénat…),
Paris-Cinéma offrira
cette année encore aux
Parisiens deux semaines
d’évasion en été.
Dont une incursion au pays
du lait, du miel et
de...la guerre.
"Je S'appelle
YASS et je viens de
loin"
YASSER HACHEM est sur
la scène du Petit Palais
des Glaces à Paris à
partir du 16 janvier et jusqu'au
31 mars 2007, du mardi au
samedi à 20h, au 37, rue
du Faubourg du Temple,
Paris 10e, Mo République
ou Goncourt, Rés.
01.48.03.11.36 ou www.palaisdesglaces.com . Mise
en scène de CAROLINE
BRESARD, production par
Loj Productions.
Biographie
Yass a 37 ans. Il est
d'origine libanaise mais
il est né à Dakar, au Sénégal,
où il a vécu jusqu'à l'âge
de 18 ans. Après son bac,
il vient étudier
à Paris
où
parallèlement à des études
de gestion il prend des
cours de théâtre (cours
Viriot). Une fois ses études
terminées, il part
s'installer en Côte
d'Ivoire où il a travaillé
pendant 10 ans. En marge
de ses activités
professionnelles, il a créé
une troupe de théâtre
(le Prêt à Jouer) avec
laquelle il monte chaque
année un spectacle différent.
Aujourd'hui Yass est de
nouveau installé à Paris
où il vient de monter son
premier one man show.
Le spectacle
C'est avec une énergie
contagieuse que Yass nous
transporte dans son
univers. De Dakar où il
est né à Paris où il a
fait ses études en
passant par le Liban dont
il est originaire et la Côte
d'Ivoire d'où il a été
rapatrié, il nous fait
voyager grâce à une
galerie de personnages à
la fois drôles et émouvants.
Une vraie performance
d'acteur pour un dépaysement
garanti.
Critiques
- Si naturel
"Yass"
et touchant de vérité et
d'humanité, qu'on a pas
envie de le quitter à la
fin du spectacle. Mais on
irait bien boire un pot
avec lui pour apprendre à
le connaître davantage.
J'ai beaucoup aimé son
spectacle. Il mérite d'être
connu. En tout cas, il
sera très prochainement
au Petit Palais des
Glaces. Alors n'hésitez
pas ! Prenez des places.
- Sympathique - On
sourit plus qu'on y rit,
c'est du moins mon point
de vue. Mais l'artiste
fait preuve d'un dynamisme
et d'une énergie sans
faille. L'ami qui m'a
accompagné a beaucoup aimé.
- Terrible - Franchement
un spectacle super mais
vraiment super, morte de
rire, un personnage
unique, il fait plusieurs
voix... Franchement il
faut y aller, c'est top.
- Waou quel talent
- Françaises, Français,
ce mec déchire sur scène,
son spectacle, c'est un
truc de ouf ! Cet artiste
a un talent monstre, vous
passerez sans doutes
aucuns une très agréable
soirée ! Petite, petit
qui sait à peine lire,
demande à tes parents de
te faire découvrir ce
monsieur, il est gentil
comme le père Noël. Waf
waf, waf ouaf ouaf ouaf !
Voilà, j'ai essayé de
viser un public le plus
large possible, parce que
c'est mérité !
- Top ! J'ai vu
Yass il a quelques temps
et j'ai été très touchée
par son spectacle : non
seulement il est très drôle,
dans tous ses personnages
qui sont d'une justesse
incroyable, mais en plus
il est particulièrement
émouvant... J'ai pleuré
en même temps que lui au
moment de la standing
ovation à laquelle il a
eu droit, et qui était
amplement méritée. Il se
donne à 200% sur scène !
Bravo.
- Super spectacle - Magnifique
spectacle très drôle et
très émouvant à la
fois. Toute la salle est
morte de rire. A faire
absolument !
- Hymne à la tolérance
avec beaucoup d'humour
- Yass partage son
histoire au travers des
pays où il a pu vivre. On
voyage d'Abidjan à Paris
en passant par Dakar, bercé
par l'émotion et l'humour
d'un spectacle
extraordinaire, au son
d'accents internationaux.
A voir absolument
!!!!!!!!!!
- Yass... on l'aime !
- J'ai connu Yass en
Côte d'Ivoire, je suis
allée le voir à son One
Man Show et le résultat
est extra !! Quelle
performance, je conseille
à tous, il me fait de
plus en plus rire !
- Super Yass - Nous
avons passé un moment
fort sympa en compagnie de
YASS... quel talent !!!!
Yass est un
"pro". Merci
encore !!!!!!!!!!
- Très bon - Excellent
spectacle ! Yass a une énergie
communicative et on passe
un très bon moment.
Le
Soldat Rose, de
Pierre-Dominique Burgaud
et Louis Chédid
Le
DVD du spectacle enregistré
au Grand Rex à Paris le
12 novembre 2006 vient de
sortir
Il était une fois un
chanteur qui s’appelait
Louis. Louis Chédid.
Quand il était plus
jeune, il avait été
raton laveur sur le très
joli ‘Emilie Jolie’ de
Philippe Chatel. Depuis,
l’idée lui trottait
dans la tête : écrire un
conte musical pour les
enfants. Mais attention,
pas que pour les petits
enfants ! Pour les enfants
moyens aussi. Et pour les
enfants grands, pour les
enfants immenses, pour les
enfants banquiers, pour
les enfants trapézistes,
pour les enfants mamans,
pour les enfants grands-pères,
pour tous les enfants
quoi. Comme Louis
n’avait pas envie de se
lancer tout seul dans
cette aventure, son éditrice
lui a présenté
Pierre-Dominique Burgaud.
Tous les deux se sont mis
d’accord là-dessus :
c’est Louis qui écrira
les musiques et
Pierre-Dominique
s’occupera des paroles.
C’est ainsi qu’est né
le Soldat Rose. Petit à
petit. Des bouts de textes
de Pierre-Dominique, des
bouts de musiques de
Louis, un début
d’histoire, des débuts
de chansons, des
personnages qui
apparaissent et
disparaissent, et, au bout
de quelques mois, un conte
complet, quatorze
chansons. L’épopée
d’un petit Joseph, déçu
par le monde des grands,
qui se laisse enfermer
dans un grand magasin pour
vivre avec des jouets.
Tous les personnages du
conte sont interprétés
par : CATHERINE JACOB
(la voix de grand
magasin), JEANNE CHERHAL
(Betty Quette), -M-
MATTHIEU CHEDID (Le
Soldat Rose),
SANSEVERINO (Le
Conducteur de Train),
SHIRLEY & DINO (Le
Roi & la Reine),
ALBIN DE LA SIMONE
(Cousin Puzzle), FRANCIS
CABREL (Le Gardien de
Nuit), VANESSA PARADIS
(Made in Asia), BENABAR
(Le Petit Chimiste),
LOUIS CHEDID (La panthère
noire en peluche), ALAIN
SOUCHON (L’Homme de ménage),
RAOUL LE PENNEC
(JOseph), CELINE BARY
(La fiancée du Soldat
Rose).
Un
concert pour la joie et la
paix avec maestro Robert
Lehrbaumer
Vendredi
12 janvier, au palais de
l’Unesco
par
EDGAR DAVIDIAN, publié
dans l'Orient-le Jour le
11 janvier 2007
Seconde
visite du maestro
autrichien Robert
Lehrbaumer à Beyrouth
pour diriger l’Orchestre
symphonique national
libanais. Dans ses
bagages, une fois de plus,
des partitions de Johann
Strauss fils. "Dans
le même esprit que le
concert donné l’an
dernier au Grand Sérail,
mais guère identique à
celui qui se donnera ce
vendredi 12 au palais de
l’Unesco", précise
Robert Lehrbaumer, un peu
pince-sans-rire. Rencontre
avec un chef d’orchestre
doublé d’un pianiste
concertiste, d’un
organiste inspiré et
d’un pédagogue pour qui
parler musique c’est
aussi naturel et vital que
respirer…Les cheveux châtain
clair légèrement annelés,
un peu longs, le teint
clair, les yeux d’un
bleu de porcelaine, Robert
Lehrbaumer s’exprime en
un anglais métissé
d’accent autrichien.
A quarante-six ans,
ce Viennois imbibé de la
culture de son pays compte
à son actif plus de 3.500
concerts (à neuf ans, il
faisait déjà partie du
monde de la musique et
assume son premier récital
à 16 ans) et plus de
douze CD dans les bacs.
"J’aime Bach,
Beethoven, Chopin,
Stravinsky, mais aussi
Strauss qui est ancré
dans l’esprit viennois,
dit maestro Lehrbaumer.
Strauss c’est un grand
éclat de vie, avec de la
joie. J’ai beaucoup apprécié
l’enthousiasme du public
libanais l’année dernière
devant le déploiement de
la musique à trois temps
! Réaction tonique partagée
aussi par l’orchestre.
Ce rythme des mesures à
trois temps c’est déjà
tout un art: à la fois régulier
et irrégulier, avec un
sens particulier pour
instaurer le rythme qui a
ses pulsations et ses
secrets… La musique de
Strauss, d’une grande
richesse sonore, est
typiquement viennoise.
Strauss était l’enfant
de son siècle. A une
époque, tout le monde
jouait du Schubert… Et
puis la moitié de Vienne
a dansé sur les airs de
Strauss ! Un vrai phénomène.
D’où, quand on parle de
Strauss, il faut évoquer
les racines des choses, ce
qui est une tradition…
Je dirais que la musique
de Strauss c’est une
maladie positive et
l’aimer c’est être
positivement infecté ! Sa
musique est une drogue
positive. Pour moi, il est
le compositeur le plus
positif qui ait vécu, le
plus aimé aussi… Quand
on aime la musique de
Strauss, on ne peut pas haïr,
on ne peut vouloir faire
la guerre, on aime la
vie… Ce concert est une
invitation à la joie, à
la paix…"
Mais revenons un peu à la
carrière de
musicien-interprète-soliste.
Maestro Lehrbaumer a-t-il
les mêmes préférences
musicales devant les
touches d’un clavier ou
celles d’un orgue ?
"Cela diffère évidemment,
répond Lehrbaumer. Comme
pianiste, j’aime surtout
Schubert et Liszt. Pour
l’orgue, il y a Bach,
Schmitt (un collègue à
Arnold Schonberg). Tenez,
pour mes CD où je joue en
soliste, j’ai interprété
des œuvres de Mozart,
Schumann, Tchaïkovsky,
Bach, Schubert, Liszt et
quelques compositeurs
contemporains… Et mon
dernier projet
d’enregistrement va à
la Rhapsody in Blue de
Gershwin, dans sa version
jazz band, avec en plus
des concertos pour piano
de Haydn et
Mozart…" Ses
impressions sur le pays du
Cèdre, maintenant qu’il
le connaît ? "Je me
sens bien ici, confie
Lehrbaumer, avec un
sourire de contentement.
Il y a des paysages
magnifiques et surtout je
suis charmé par la
reconstruction si
splendide du
centre-ville… Je suis
heureux aussi de renouer
avec les musiciens de
l’orchestre. J’aime
par ailleurs écouter la
langue arabe que je trouve
belle dans ses intonations
fortes… La musique reste
un symbole et une part de
la vie. Et c’est bon de
la partager avec les
autres.»
Ce vendredi se succéderont
au palais de l’Unesco,
valses, marches,
ouvertures, polkas…
Va-t-il instaurer, en ce
sens, une tradition de la
musique viennoise à
Beyrouth ? "S’il y
a intérêt, pourquoi pas
? Puisque cet amour pour
cette musique est aussi
bien partagé par le
public et les musiciens…
Mais cela n’exclut pas
aussi d’élargir le
cercle et de présenter
d’autres compositeurs…
Et pourquoi pas Strauss et
Wagner, Brahms ou Carl
Mikhael Ziehrer, un
musicien qui a donné
aussi dans le domaine des
marches et des polka et
que le public ne connaît
pas autant que les
Strauss…"
Rendez-vous donc sous la
houlette de maestro Robert
Lehrbaumer pour un vrai
feu d’artifice musical,
pour une soyeuse croisière
où la joie, la bonne
humeur et le rythme ont le
vent en poupe.
Fairouziyyat,
Hommage à Fairouz
Avec
l’ensemble Elie Achkar
et les chanteuses Naziha
Meftah et Madona Rouhana
les
vendredi 26 et samedi 27
janvier 2007 à 20h30
à
l'Institut du Monde Arabe
dans le cadre de "La
Méditerranée des
musiques"
Réservations
sur le site Internet de
l'IMA
Fairouz est sans conteste
la personnalité la plus
marquante de la musique
libanaise. Celle-ci
n’aurait pas connu une
telle vogue si elle
n’avait pas bénéficié
de la voix sublime de
cette chanteuse qui, même
du vivant d’Oum Kalthoum,
s’est imposée dans tout
le monde arabe, en
chantant non seulement le
Liban mais aussi la
Palestine, l’Egypte, la
Syrie et La Mecque…
L'art de Fairouz est
indissociable du talent
des deux frères Rahbâni.
Auteurs compositeurs hors
pair, ils ont une
connaissance parfaite de
la musique occidentale et
de la musique
traditionnelle libanaise.
Assi (époux de Fairouz)
et son frère Mansour Rahbâni
puisent leur inspiration
dans la riche et dense
musique populaire du Liban
et dans les chansons
populaires des pays
voisins (Syrie, Egypte),
tout en nourrissant une réelle
curiosité à l’égard
des autres musiques du
monde, ce qui explique la
qualité exceptionnelle de
leur travail.
Naziha Meftah, originaire
du Maroc, est l’une des
meilleures interprètes de
la chanson « fairouzienne
». Avec la Libanaise
Madona Rouhana, une belle
voix qui se fraye un
chemin sur les sentiers
esthétiques du chant
arabe, elles prêtent leur
voix aux couleurs de
l’arc-en-ciel à la diva
dont elles interpréteront
des chansons anciennes et
contemporaines. Portées
par des musiciens
remarquables dirigés par
Elie Achkar, virtuose du qânûn,
fin connaisseur de la
musique arabe qui a lui-même
accompagné Fairouz
plusieurs années durant,
Naziha et Madona nous
invitent à partager ce
vibrant hommage et
promettent de nous guider
au fil de leur émotion
teintée de nostalgie dans
les pas d’une femme qui
aura marqué l’histoire.
Naziha
Meftah et Madona Rouhana
(chant), Elie Achkar (qânûn
& direction), Hatem
Bedoui (derbouka), Georges
Daccache (clavier),Yassine
Ayari (flûte nây),
Jasser Haj-yousef
(violon).
"Une
diva illumine les
jours sombres de
Beyrouth"
Faiyrouz
dans le "New York
Times"
par
IRENE MOSALLI, publié
dans l'Orient-le Jour le 5
décembre 2006
L’art
au Liban l’a emporté
sur la politique dans l’édition
du dimanche du New York
Times qui a consacré
trois colonnes au
spectacle "Sah el-Nom",
alors que le sit-in de
l’opposition est relaté
en une colonne.
L’article intitulé
"Une diva illumine
les jours sombres de
Beyrouth" est illustré
d’une très belle photo
de Fairouz étalée sur
trois colonnes. On peut
notamment lire :
"Lorsqu’elle est
apparue sur scène vêtue
de soie couleur abricot,
il y a eu dans
l’audience des larmes,
de forts applaudissements
et des cris de joie.
Faiyrouz se produisait à
Beyrouth et son pays,
semble-t-il, n’a jamais
eu autant besoin
d’elle." Et
l’auteur de l’article,
Katherine Zoepf, de
rappeler que durant ces
derniers jours, des tanks
de l’armée avaient pris
position aux intersections
du centre-ville où se déroulait
la grande manifestation du
Hezbollah alors que les
rumeurs d’une nouvelle
guerre civile étaient sur
toutes les lèvres :
"Mais les Beyrouthins
de tous les quartiers étaient
d’accord pour que
Fairouz se produise comme
prévu." Et de
rappeler que notre
ambassadrice auprès des
étoiles devait à
l’origine se produire en
juillet dernier dans le
cadre du Festival
international de Baalbek,
mais dont le programme
avait été annulé à
cause de la guerre avec
Israël.
Ce
nouveau rendez-vous avec
le public a tenu malgré
tout. Et ce dernier y a répondu,
relate le New York Times :
"Les spectateurs ont
bravé la manifestation,
les routes bloquées et
les barrages de sécurité
pour s’installer sur des
chaises en plastique
blanc, alors que des
soldats patrouillaient
dans les environs. Ils étaient
venus de Beyrouth, de Saïda,
de la Békaa." La
journaliste américaine a
recueilli leurs témoignages.
"Fairouz est le rêve
de tous les Libanais. Elle
est majestueuse et mystérieuse,
et on la voit rarement.
Durant ce dernier
week-end, il y a eu des
rumeurs de coup d’Etat,
mais Fairouz a refusé
d’annuler le spectacle.
Ma sœur et moi sommes si
heureuses. Guerre civile
ou pas, c’est peut-être
la seule fois que je la
verrai", dit Rosine
Hajjar, 28 ans, originaire
de la Békaa et
psychologue. Pour Amal
Hachem (29 ans, avocate
beyrouthine), "le
fait que Fairouz ait tenu
bon est important, car
elle est le symbole du
Liban. Du Liban en guerre,
du Liban en paix et du
Liban en révolte. Elle
nous fédère." Le
mot de la fin est réservé
à la présidente du
Festival international de
Baalbek, May Arida, qui,
en voyant la salle se
remplir, a dit :
"Nous savions qu’il
y aurait une certaine
peur. C’est hier que
nous avons decidé que
“the show must go on”.
En ces temps difficiles,
nous avons besoin de
Fairouz."
A
Diva Brightens a Dark Time
in Beirut
By
KATHERINE ZOEPF, published
in The New York Times on
December 3, 2006
As
she stepped onto the
stage, a tiny figure in
apricot-colored silk, some
in the audience broke into
tears, while others
clapped and cheered. As
she lifted her lace
parasol, turned her famous
hooded eyes to the balcony,
and her song began,
ululations of joy erupted
from several elderly
Lebanese ladies in formal
evening dress seated near
the stage. Fayrouz was
performing in Beirut again
at last, and her country,
it seemed, had never
needed her more. In recent
days, armored personnel
carriers have moved into
position along highway
on-ramps, at major Beirut
intersections and on a
bridge overlooking the
Hezbollah demonstrators at
Martyrs’ Square, and
fears and rumors that
civil war might return
have swirled. All the
while, Beirutis of every
sectarian stripe seemed to
agree on this: Fayrouz
must sing as planned.
In
the Arab world, the
emotional resonance this
70ish diva commands is
difficult to overstate. Many
of the great anthems of
Palestinian and Lebanese
nationalism - not
factionalism - are her
songs. Passengers on cheap
overnight buses between
Syrian cities know that
morning has come and their
destination lies near when
the driver turns on Fayrouz.
From Damascus to Ramalla to
Amman, Fayrouz’s
unmistakable deep, quavering
tones echo from radios and
tape decks in cafes, shops
and taxi cabs, reminding
people of the long-lost
rhythms of village life and
the longer-lost, golden
years of peace. “Fayrouz
is the music of our lives,”
said a young Arab Israeli
man in Haifa last week, who
gave his name as Said.
“She plays from dawn till
midnight, every day,
everywhere we go. She is the
symbol of Lebanon and of
Palestine. We all love her.”
Just
how true that is in Lebanon
seemed clear on Friday
night, as she took the stage
before tens of thousands of
people at a convention
center on the Beirut
waterfront, to perform in
“Sah el Nom,” a musical
comedy. They had braved the
demonstrations, blocked
roads and multiple security
checks to occupy white
plastic chairs while scores
of soldiers with AK-47s
patrolled outside. Some came
from Beirut, some from
Saida, a mainly Sunni town
considered the gateway to
southern Lebanon. Rosine
Hajjar, 28, a
psychotherapist from the
Bekaa Valley, a
predominantly Shiite region,
said she had planned and
saved for months for this
night. “Fayrouz is a dream
for all Lebanese people,”
Ms. Hajjar said. “She is
majestic, she is mysterious,
and it is very rare to see
her. There were so many
rumors this weekend of a
coup d’état. But Fayrouz
refused to cancel, and my
sisters and I are so happy.
Whether there is a new civil
war or not, I feel sure that
this will be the first and
last time in my life that I
will ever see her.” Amal
Hachem, 29, a lawyer from a
Christian neighborhood in
Beirut, said: “The fact
that Fayrouz went ahead with
this means a lot for
Lebanese people. She is the
symbol of Lebanon. Lebanon
in war, Lebanon in peace,
and Lebanon in revolution.
She brings us together.”
“Sah
el Nom” concerns a
self-serving king who
demands impossible favors
when his people ask for
help, but who comes to
change his ways through the
intervention of a good,
brave village woman, played
by Fayrouz. But even
symbolism and inspiration
sometimes have to take a
back seat to age and the
sound requirements of a
convention center. As the
performance progressed,
there were hisses and
whispers - soon hushed
by diehard admirers -
as her lips occasionally
moved out of time to the
voice singing from the
speakers, or as she focused
on dancing, and the voice
sang on. Born more than 70
years ago - no one
seems certain just how many -
as Nouhad Haddad, she was
dubbed Fayrouz, or
Turquoise, by an early
musical mentor. For more
than 50 years, she and
several family members -
her husband, the composer
Assi Rahbani, his brother
Mansour, a lyricist, and a
son, Ziad - have been
the musical royal family of
the Levant. The Rahbani
brothers wrote most of the
material that Fayrouz has
regularly performed
throughout her career,
including “Sah el Nom.”
They
are the rarest of public
figures in Lebanon:
artists whose standing is
above politics. Throughout
the 15 years of
Lebanon’s civil war,
they never took sides.
Fayrouz was to sing in
“Sah el Nom” at the
ancient Roman acropolis in
Baalbeck, where an
international music,
theater and dance festival
is held each summer. But
the Israeli-Hezbollah war
began that very evening,
and the performance was
canceled. Throughout the
34-day war, Fayrouz’s
patriotic songs, including
“To Beirut” and “The
True Lebanon Is Coming,”
were everywhere. But she
never appeared. The
festival’s organizers
decided to move the
program to Beirut. Fayrouz
had not performed here
since 1994, and ticket
sales were frantic. May
Arida, the festival’s
president, watched as the
audience filed in on
Friday night. “We knew
there would be some fear,”
she said. “We didn’t
make the decision until
yesterday, but we finally
decided that the show must
go on. In a difficult
time, we need Fayrouz.”
The
Lebanese singer Fayrouz
performing Friday night
in the musical comedy
"Sah
el Nom" in Beirut
L’Espagne
fait chanter et danser le
"Bustan"
FESTIVAL
- Seize performances, du
21 février au 25 mars
paru
dans l'Orient-le Jour le
10 janvier 2007
C’est
d’un commun accord que
le comité du Festival
al-Bustan à Beit-Méry a
voulu maintenir la date prévue
des spectacles. Dans une
conférence de presse
tenue hier à
l’auditorium Emile
Boustany, le programme des
festivités a été présenté.
Thème : l’Espagne et
son soleil, qui
illuminerait l’hiver
libanais. "Les
difficultés étaient
grandes cette année et
nous avons eu beaucoup de
mal à convaincre les
artistes à venir au
Liban, avoue Myrna
Boustany avant
d’introduire le
programme. Mais le comité
m’a encouragée à
prendre cette décision et
à persévérer dans ce
travail que nous jugeons
plus que bénéfique pour
le pays." Un
programme réduit, regroupé
sur quatre semaines, mais
diversifié et riche
qualitativement.
"Car, par ailleurs,
comme l’a si bien précisé
Myrna Boustany, s’il
faut couvrir toute
l’Espagne, il faudrait
faire plus de cinq
festivals." Cette édition
2007 donc, majoritairement
hispanique, rassemblera
sous son chapiteau des
interprètes espagnols ou
vivant dans les villes
d’Espagne. Une soirée
consacrée à la France,
avec un monologue signé
Jean Piat, et une autre
entièrement à Beethoven
contribuent à rendre ces
manifestations colorées
et festives. A noter
une nouveauté dans ce
festival : du lundi 12 au
dimanche 18 mars, Pepa
Chacon, professeur de
danse flamenco à Madrid,
donnera des cours de
"Sevillanas". Le
cours complet comprend 5
leçons et sera suivi
d’une répétition
samedi 17 mars à 18h30 et
d’un spectacle donné
par Pepa Chacon et ses élèves
le dimanche 18 mars à
20h30.
Programme :
- Mercredi
21 février, auditorium
Emile Boustany, 20h30
Un soir dans les jardins
d’Espagne avec deux
artistes habitant
Barcelone : Kai Gleusteen
au violon et Catherine
Ordronneau au piano. Avec
l’Orchestre symphonique
national libanais dirigé
par Guerassim Voronkov.
- Vendredi 23
février, église
Saint-Joseph (USJ), 20h30
Rien que Beethoven avec
Lluis Claret au
violoncelle, Kai Gleusteen
au violon, Catherine
Ordronneau au piano,
accompagnés par la
chorale de la NDU et
l’Orchestre symphonique
national libanais sous la
direction de Guerassim
Voronkov.
- Samedi 24 février,
auditorium
Emile Boustany, 20h30
Musique à deux avec Kai
Gleusteen au violon et
Catherine Ordronneau au
piano.
- Mercredi 28
février et jeudi 1er
mars, église
Notre-Dame de Jamhour,
20h30
Requiem flamenco por la
Tierra, Paco Peña &
Compagnie avec la chorale
d’adultes et d’enfants
de la NDU, sous la
direction de Rob Vermeulen.
La première de ce Requiem
qui évoque la vie éphémère
sur terre a été présentée
dans la cathédrale de
Salzbury en 2004. Un
spectacle à la
dramaturgie forte et
poignante.
- Lundi 5
mars, Crystal
Garden, 20h30
En suivant la route du
flamenco. Six artistes,
six traditions, avec
l’ensemble Badila, formé
de percussionnistes français
et de danseurs et
chanteurs iraniens. La
route du flamenco commence
en Inde, traverse la
Perse, l’Irak et le Yémen
pour se terminer en
Andalousie.
- Jeudi 8
mars, auditorium
Emile Boustany, 20h30
Sur le chemin d’Aranjuez
avec José Maria Gallardo
del Rey à la guitare et
Sasha Rozhdestvensky au
violon, soutenus par
l’Orchestre symphonique
national libanais sous la
direction d’Edmon
Colomer. Au programme également
le Concerto d’Aranjuez
et le Concerto n°3 au
violon de Saint Saëns...
- Samedi 10
mars, auditorium
Emile Boustany, 20h30
Chanta la Mui (Chut,
attention ! Ils
dansent...)
Avec Olga Pericet, Daniel
Doña et Marco Flores.
Entre danse contemporaine
et flamenco, un spectacle
qui combine humour et légèreté.
- Mardi 13
mars, musée
Guiragossian, 20h30
Dix guitares et des tapas
avec l’ensemble Guitares
de Cèdre. Dix guitaristes
libanais serviront des
morceaux choisis dans une
ambiance agréable
accompagnée de tapas et
de sangria.
- Mercredi 14
mars, auditorium
Emile Boustany, 20h30
La magie du piano, avec
Vestard Shimkus. Au
programme : des morceaux
de Haydn, Soler, Liszt...
- Jeudi 15
mars, auditorium
Emile Boustany, 20h30
Chants arabes de
l’Andalousie. Soirée de
"mouachahat"
avec la chorale et les
musiciens du Conservatoire
national libanais et Aïda
Chalhoub, chef de chœur.
- Vendredi 16
mars, Crystal
Garden, 20h30
Viva Espana !...
Zarzuelas. Opérettes avec
le ténor Francisco Corujo
et Nauzet Mederos au
piano.
- Samedi 17
mars, ALBA,
20h30
L’heure espagnole de
Maurice Ravel. Une
nouvelle production de
l’opéra-bouffe préparé
par les étudiants de la
4e année des beaux-arts
de l’ALBA avec des
marottes géantes sur scène.
- Mardi 20
mars, auditorium
Emile Boustany, 20h30
Impromptu de Sacha Guitry.
Journée de la
francophonie avec Jean
Piat dans son dernier
spectacle qui triomphe
actuellement au Théâtre
des Champs-Élysées.
- Mercredi 21
mars, auditorium
Emile Boustany, 20h30
Avec brio, avec Samir
el-Ghoul au piano. Le
pianiste libano-équatorien,
installé en France,
interprétera des extraits
d’Albeniz, de Tchaïkovsky
et de Schubert.
- Samedi 24 et
dimanche 25 mars,
auditorium Emile Boustany,
20h30
Carmen de Bizet avec l’Helikon
Opera. Une réalisation très
contemporaine avec plus de
90 interprètes et une
dizaine de techniciens.
Les
enfants de la Chanterie
de Beyrouth dirigée par
Noha Hatem ont donné en
compagnie
de Mayssa Karaa deux
concerts de Noël au
"Bustan"les
22 et 23 décembre
Jean
Merhi mobilise des
photographes français
pour le Liban
Aider,
par l’action artistique,
à mieux comprendre
l’image du pays du Cèdre
par
ZENA ZALZAL, publié dans
l'Orient-le Jour le 27 décembre
2006
Photographe,
réalisateur-vidéaste et
responsable des archives
vidéos à la Maison européenne
de la photographie ( www.mep-fr.org ),
Jean Merhi vit depuis plus
de vingt ans à Paris,
sans oublier, pour autant,
ses racines libanaises. Un
attachement au pays qui se
traduit chez lui en
actions culturelles menées
dans un objectif de
promotion d’une certaine
image du Liban.
Instigateur en 1998, avec
Henri Chapier (président
de la Maison européenne
de la photographie), du
Mois de la photo au Liban,
qui avait fait connaître,
ici puis en France, nombre
de jeunes photographes de
talent, il avait également
monté, l’année
suivante (en collaboration
avec le ministère
libanais de la Culture et
l’Unesco - Paris),
une expo-photo collective
et itinérante, intitulée
"Un autre regard sur
le patrimoine".
Toujours concerné par ce
qui se passe dans son pays
natal, Merhi ne pouvait
rester passif face aux événements
de juillet dernier -
auxquels est venue se
greffer la crise actuelle.
Il a donc décidé de
mobiliser des collègues
photographes français
pour qu’à travers des
travaux - hors
reportage - ils
contribuent à donner à
leurs compatriotes un éclairage
senti de la situation au
Liban.
Portraits "électrocathodiques"
Pour mieux
encadrer son action, le
photographe-vidéaste
libanais a fondé une
association,
"Artistes pour le
Liban", à laquelle
ont souscrit en tant que
membres d’honneur Amin
Maalouf, Charlotte
Rampling ou encore
Abdel-Rahman el-Bacha...
Actuellement en cours
d’enregistrement, cette
association entamera
officiellement ses activités
en février 2007, à
Paris, par une soirée de
projection vidéo qui sera
suivie au cours du même
mois par une double
exposition photos. Une
exposition qui montrera
justement les travaux exécutés,
début décembre, par deux
photographes français,
Pierre Giorgio Lomascolo
et Anne-Françoise
Pelissier, lesquels étaient
venus passer une dizaine
de jours à Beyrouth, pour
réaliser, chacun, un
projet personnel. Le
premier a fait une série
de portraits. "Pierre
Giorgio a choisi de
photographier des Libanais
de tous âges et de différentes
confessions et tendances.
Il les a fait poser les
yeux fermés, avec des électrodes
sur le front, en leur
demandant de rêver à
leur propre Liban. Puis
d’établir, chacun,
l’année au cours de
laquelle la vision de leur
Liban idéal pourra être
concrétisée. Un procédé
par lequel il cherche à
transmettre une impression
de connexions de pensées
entre sujets photographiés
et spectateurs, indique
Merhi. Quant au travail
d’Anne-Françoise
Pelissier, il s’inscrit
en quelque sorte dans le
registre d’une mémoire
des lieux, puisqu’elle
est partie, pour sa part,
à la rencontre des
familles libanaises qui
avaient accueilli chez eux
les déplacés de la
guerre de juillet".
Christine Spengler
en février à Beyrouth
C’est à
l’instigation de Serge
Akl, directeur de
l’Office libanais du
tourisme à Paris (qui
participe à la production
de cet événement), que
le choix s’est porté
sur ces deux photographes,
"qui connaissaient déjà
le Liban pour y avoir réalisé
des brochures
touristiques",
explique Jean Merhi. Qui,
pour sa part, a convaincu
Christine Spengler, la
fameuse reporter de guerre
(elle a couvert, entre
autres, pour l’agence
Sipa-Press, les événements
du Cambodge, du Vietnam,
d’Iran, d’Irlande du
Nord, d’Irak après la
chute de Saddam), de
revenir en février 2007
au Liban où, durant les
années quatre-vingts,
elle avait été kidnappée
par les Mourabitoun et
sauvée de justesse grâce
à l’intervention de
Walid Joumblatt. Cette
grande photographe -
qui a été nommée, il y
a quelques mois, chevalier
de l’ordre des Arts et
des Lettres et dont les
clichés ont fait la une
des plus prestigieuses
revues et quotidiens, Le
Figaro, Time, Newsweek,
El-Païs, Paris-Match,
etc. - est sensible
à la condition de la
femme dans les pays
arabes. C’est là une
des motivations de sa
venue à Beyrouth en février
prochain pour réaliser un
projet "porteur
d’un regard d’espérance",
à travers une approche
des femmes et des familles
dans les villages touchés
par les derniers
bombardements israéliens.
Par
ailleurs, au cours de la
soirée de lancement, qui
se déroulera donc en février
à la Maison européenne
de la photographie, Jean
Merhi présentera un
diaporama retraçant
"l’évolution sur
le terrain des projets des
deux photographes"
ainsi qu’un documentaire
(52mn) qu’il a lui-même
signé, incluant une série
de rencontres avec différents
intervenants de la scène
artistique - et même
politique - libanaise.
"Le paysage politique
libanais est tellement
complexe et changeant
qu’il fallait offrir aux
gens de l’extérieur une
vision plus juste, des
impressions plus directes,
notamment à travers ces
œuvres
photographiques",
indique Merhi. Si, dans un
premier temps,
l’objectif de cette
association est de faire
parler du Liban, à
travers les œuvres des
photographes et
plasticiens français, à
moyen terme, il s’agira
également de promouvoir
les photographes, vidéastes
et plasticiens libanais
par le biais
d’expositions
collectives en Europe.
Pour ce faire,
l’association, qui
financera ses activités
en prélevant la moitié
des bénéfices des ventes
des œuvres qu’elle
expose, compte également
sur le soutien des
donateurs. "Cela en
attendant de réorganiser
le plus rapidement
possible, dès que la
situation le permettra à
nouveau, le Mois de la
photo au Liban",
soutient, plein
d’espoir, Merhi.
Concepto
de Cultura Arabe, LA
REVISTA ARABE, Argentina
Precisamente
el concepto de "cultura
arabe " define el
conjunto de idioma,
costumbres , creencias
etc. El pasado vivido como
propio , las pertenencias
; es decir todos aquellos
saberes y sentires que nos
ligan al pasado.
Domingo Sahda (Santa
Fe-Argentina)
Herederos
y portadores de casi diez
mil años de historia, los
árabes en cuya
idiosincracia yace un
inmenso caudal de cultura
, se consideran entre los
que más contribuyeron a
la civilización universal.
Es obvio el hecho que aún
azotados por destructoras
invasiones , jamás
renunciaron a su misión
Literario-Espiritual. Si
trazamos una linea desde
Gilgamech a Hammurabi, Isa
(Jesús), Muhammad (sas),
Averroes y Gibrán,
observamos que su
pensamiento abarcó casi
todos los siglos. Los árabes
por lo tanto, no pueden
renunciar a su misión
cultural, quizás porqué
se sienten en gran parte
artífices de esa historia
del hombre, que como nunca,
está padeciendo los
peligros de la decadencia
y la desaparición. Prof.
Juan Yaser
Humor de
Arabes - "Saca
la bomba, Vallejos"
Transcurría el año
1923 en la ciudad de
Gualeguaychú, don Hamud
Dahuc, papá de Carlos y
de Morat, era un verdadero
ejemplo de la sociedad de
ese tiempo. Tenía una
relojería, vendía
repuestos y fabricaba
bicicletas y además era
armador de las primeras
radios a galena, que muy
poca gente tenía en ese
tiempo. El acontecimiento
deportivo de esa época
era el match de boxeo por
el título mundial, entre
el argentino Firpo y el
norteamericano Densey. En
calle Rocamora entre
Jurado y Gervasio Mendez,
estaba el negocio de don
Hamud Dahuc. La noche de
la pelea se comenzó a
juntar el vecindario para
escuchar por la radio a
galena el combate. Don
Hamud se había puesto los
auriculares y por si
ganaba Firpo trajo el
mortero para tirar bombas
de estruendo. Esto ya era
de dominio público. En un
pasaje emotivo y
electrizante del combate
que " relataba "
para la gente don Dahuc,
cuando Firpo saca de una
trompada a Densey del
ring, don Hamud emocionado
lo relata medio en árabe,
medio en su media lengua
española, y le hace una
seña al encargado del
mortero diciendole :
"Saca la bomba
Vallejo". Transcurren
unos segundos y el campeón
mundial es devuelto por el
público al cuadrilátero
y sigue peleando, de tal
suerte que con el
transcurrir de los minutos,
la pelea se torma
favorable al
norteamericano y de no
creer, termina ganándole
la pelea al compatriota
Firpo. Entonces viene la
seña y de inmediato la
orden : "Guarda la
bomba, Vallejo". En
cuatro palabras había
dicho todo. Esta frase
quedó en el recuerdo de
la gente de Gualeguaychú
hasta nuestros dias. Había
perdido Firpo, Guarda la
Bomba Vallejos.

Théâtre
- Voyage aux pays du
souvenir
L'Espace Go
accueille Forêts de WAJDI
MOUAWAD à son retour
d'une première tournée
triomphale en France
par
MICHEL BELAIR, publié
dans le Devoir le 6
janvier 2007
Wajdi
Mouawad a l'air sombre. Préoccupé
plutôt. Visiblement,
cette nouvelle phase de
tensions au Liban -- en
sortira-t-on jamais? -- le
déchire. Comme s'il s'était
mal remis du voyage qu'il
devait faire là-bas puis
qu'il a dû annuler au
dernier moment... Nous
sommes là pour parler de
Forêts, le troisième
volet de sa grande fresque
dramatique amorcée avec
Littoral puis poursuivie
avec Incendies, que l'on
revoyait récemment au TNM.
Il arrive de Québec, le
chevalier à la sombre
figure, où il a répété
avec un nouveau comédien
qui se joint à l'équipe
de Forêts après une
première tournée qui a
reçu un accueil délirant
en France -- Le Monde, Le
Nouvel Obs et L'Humanité
se sont montrés
dithyrambiques. Mais
l'homme qui est devant moi
semble bien loin de tout
cela déjà. Tout au long
de l'entrevue, entre les
lignes, dans les silences
qui viendront jalonner la
conversation tout comme
dans le feu des mots, le
fantôme du drame qui
perdure au Moyen-Orient se
dressera là, entre nous,
au beau milieu de la table
de ce petit café de la
rue Laurier, à quelques
jours de Noël. Sans
jamais nous quitter...
Collisions
temporelles
Pourtant, le lien entre
Forêts et ce qui se passe
au Liban est très mince,
"ténu", dira le
metteur en scène.
"C'est la suite des
deux autres pièces par
son rapport au temps, au
passé, à la famille,
mais c'est tout. Forêts
pose une question :
comment la réconciliation
est-elle possible ? J'y
aborde encore le thème de
la famille, oui, mais dans
un sens complètement différent,
très loin du poids du
"sang", de la
malédiction presque qui
pesait sur les personnages
de Littoral et
d'Incendies. C'est aussi
une pièce qui débouche
sur l'amitié. Et ce qui
la caractérise d'abord,
c'est ce qu'on peut
appeler les
"collisions
temporelles" dans
lesquelles elle
s'articule."
Pour me faire saisir tout
cela, le metteur en scène
bifurque tout à coup du côté
de ses souvenirs et se met
à parler d'une promenade
dans un cimetière,
quelque part en France
durant la série de représentations
européennes
d'Incendies... "Je me
suis retrouvé devant une
vieille tombe, attiré par
les dates gravées dans la
pierre : l'homme enterré
là avait vécu les trois
guerres franco-allemandes.
Celle de la fin du XIXe et
les deux épouvantables
charniers de 14-18 et de
39-45 qui ont fait plus de
douze millions de morts...
Et puis aujourd'hui, après
la guerre froide, le Marché
commun et la création de
l'Union européenne, il y
a même eu cette alliance
entre les deux pays jadis
ennemis pour tenter d'empêcher
l'injustifiable invasion
de l'Irak. Malgré tous
les morts, malgré toutes
les haines accumulées...
Comment la réconciliation
a-t-elle été possible?
Et si celle-là s'est
faite, pourquoi d'autres
qui paraissent impensables
encore ne pourraient-elles
pas se faire ? Cela
n'apparaît nulle part
dans Forêts, mais c'en
est le point de départ."
Et où se placent
les "collisions
temporelles" dont
vous parliez ?
"Dans le théâtre,
dans ce qui se construit,
un élément à la fois.
J'ai fait se télescoper
des histoires différentes
pour que l'on en perçoive
les liens d'une façon
différente. Forêts,
c'est d'abord la mise en
relief du langage du théâtre,
de ses conventions et de
sa "vérité"
bien particulière aussi ;
sa construction sur scène,
devant tout le monde et
avec tout le monde, par
suite de l'implication émotive
des spectateurs et des comédiens
qui découle de l'opération...
Ces collisions temporelles
entre des histoires qui
s'imbriquent l'une dans
l'autre deviennent elles-mêmes
un langage. On y voit, par
exemple, dans le même
mouvement, une fille
assister à la mort de sa
grand-mère alors que
celle-ci donne naissance
à sa mère. Le récit
prend ainsi de l'ampleur
dans la tête du
spectateur qui, sans
pouvoir vraiment saisir
tout de suite toutes les
implications, se rend
compte qu'il participe lui
aussi à la construction
du spectacle."
Chagrin
Un sentiment fait le lien
entre toutes ces histoires
: le chagrin, "porté
à doses massives,
puissantes, par les
acteurs". Mais il y a
un personnage aussi que
l'on suivra tout au long,
une jeune femme qui porte
le nom de Loup.
"C'est une
adolescente ; c'est par
elle, à travers elle, que
j'ai choisi de raconter
l'histoire de Forêts,
poursuit Mouawad. Et comme
tous ces adolescents que
je n'arrête pas de mettre
en scène depuis Alphonse
[un texte jeunes publics
monté à la Maison Théâtre
au début des années
1990], elle poursuit une
sorte de quête : Loup
veut comprendre le désespoir
et la désillusion qui
l'ont envahie depuis
qu'elle a perdu la magie
de l'enfance. C'est elle
qui devient le pivot
central autour duquel
tournent toutes ces
histoires : elle choisit
de faire face, d'affronter
l'histoire, et l'on suivra
sa métamorphose tout au
long de sa quête." Ceux
qui connaissent l'oeuvre
de Wajdi Mouawad ne seront
pas surpris par la démarche
entreprise par le
personnage énigmatique de
Loup : ce violent cri de
protestation devant la
perte de l'enfance, qui
peut aussi ressembler à
la douleur de la séparation
et au sentiment d'être
abandonné, s'élève dans
presque tous les textes du
dramaturge. Chaque fois,
il raconte ce que Mouawad
décrit comme
"l'insondable
difficulté de nommer tout
ce qu'il faut acquérir
pour trouver la force de
vivre -- malgré le
quotidien ravageur et les
appels à la conformité
-- en restant lié à la
poésie de la vie. C'est
un peu cela que je veux
raconter : une résistance,
un combat, une lutte
contre le chagrin".
Une lutte qui
ouvre sur une sorte de
promesse : celle de
l'amitié
Si c'est le même cri, la
même révolte que l'on
entend dans Forêts que
dans Willy Protagoras,
Littoral ou Incendies, le
metteur en scène
s'empresse de souligner
qu'il ne prend jamais tout
à fait les mêmes moyens
pour creuser le destin de
ses personnages ; "un
peu comme Fred, dans les
aventures de Philémon,
n'emploie jamais le même
moyen pour faire passer
son héros d'un monde à
l'autre". Pas mal,
celle-là : Wajdi Mouawad
dans les nouvelles
aventures de Philémon sur
les lettres de la mer Méditerranée...
Un ange vient de passer.
Et d'emporter aussi une
amorce de conversation sur
la récente nomination de
Mouawad au poste de
directeur artistique du Théâtre
français du Centre
national des arts, à
Ottawa ; comme tout cela
ne se fera vraiment qu'en
septembre, on trouvera
bien l'occasion d'y
revenir à un moment plus
approprié. Mieux vaut
pour tout de suite laisser
le plus de place possible
aux aventures de Philémon,
pardon, de Loup aux pays
du souvenir...
***
Forêts
"La
route vers Cana" de
Jalal Khoury
Au Monnot,
troublant constat des
lieux
par
EDGAR DAVIDIAN, publié
dans l'Orient-le Jour le 16
décembre 2006
Quatre
acteurs et une chanteuse
pour une dramatisation de
Cana, petit village
mythique au Sud qui a
tristement volé la
vedette à l’actualité
cet été à cause d’une
sanglante guerre israélienne.
Tel est le spectacle, en
arabe, de "Tarik ila
Cana" ("La route
vers Cana") de Jalal
Khoury, qui en signe le
texte et la mise en scène.
Depuis "Geha aux
villages
frontaliers", une œuvre
dramaturgique marquante
des années
d’avant-guerre, Jalal
Khoury semble revenir,
mais dans une optique, une
inspiration et un état
d’esprit différents,
vers les lieux de ses
premières amours… Décor
minimaliste pour figurer
quelques vestiges de
pierres sculptées, battus
par le vent. A
l’extrémité de la scène,
une loggia. Une loggia un
peu surélevée où, derrière
un voile noir, se
groupent, tout vêtus de
noir comme un chœur à
l’antique, une chanteuse
et des musiciens avec oud,
bouzouk, qanun, nay,
clarinette et percussion.
Subterfuge musical déjà
utilisé, presque un
remake à l’identique,
de la précédente pièce
Hindiyé, d’inspiration
mystique de Jalal Khoury.
Dans ce
cadre austère et dépouillé,
par-delà quelques notes
cristallines de qanun et
quelques plaintes charnues
et mélancoliques du oud,
surgit un narrateur, ni
archéologue, ni poète,
ni historien. Un peu
Monsieur Tout-le-monde
peut-être. Un narrateur
surtout tourmenté par
l’esprit des lieux. Un
narrateur aux confins de
saint Thomas, en quête de
précision, de tangibilité,
de conviction presque
tactile. Un narrateur en
quête d’une exactitude
géographique, d’une
explication sans équivoque
pour ce haut lieu d’un
miracle qui n’a pas fini
d’étonner et d’éblouir
le monde. Un lieu où
l’eau a été transformée
en vin… Mais est-ce bien
cette rocaille éparse qui
serait le témoin à la
fois silencieux et éloquent
de l’histoire rapportée
par les évangiles ? Pour
cette longue et insoluble
méditation, répartie en
un âpre dialogue
philosophique, religieux
et politique, vient un être
mystérieux, un passant
qui ne déclinera jamais
son identité. C’est un
passant - ni guide ni
instituteur - dont la
voix est celle de la
connaissance, de la
conscience et du cœur…
Comme un ange intérieur
qui, écartant le fatras
des parts d’ombre, guide
les pas et la pensée vers
la lumière…
Dialogue
serré, appuyé, qui fait
démarrer lentement la pièce.
D’autant plus que les
deux acteurs (Ayman
Ghannam et Mounir Ghaoui)
ne semblaient pas maîtriser
les nuances et parfois les
envolées lyriques d’un
texte déjà ardu... Et
puis débarque un couple
bruyant et "coloré",
non pas de simples
touristes, mais des
croyants d’autres
horizons au verbe teinté
de raisonnements
occidentaux et
hindouistes… Une sorte
de cheftaine scout, une
"clergywoman
orientaliste" et un
Ramakrishna grimaçant,
avec galette de cheveux à
l’occiput, sautant aux
conclusions ahurissantes
entre réincarnation et
Karma ! Cela pimente la
discussion, cravache les
platitudes, anime la scène.
L’écho des siècles
Et alors Cana passe au
crible des diverses
civilisations pour un
troublant constat de l’état
des lieux. On ne se défait
pas facilement et impunément
de deux mille ans
d’histoire… Jalal
Khoury, jongleur d’idées,
pour mener à bien ses
analyses, en homme de scène
rompu au métier, déploie
alors la richesse d’une
culture époustouflante.
Une vaste culture qui mélange,
avec brio et humour,
notions politiques,
sociales, métaphysiques,
philosophiques, économiques
et, bien entendu,
religieuses. Mélange
explosif, hilarant, détonnant,
tendu. C’est ce qui
s’appelle, sans nul
doute, entendre tous les
sons de cloche… Même si
la trame est d’une
grande simplicité,
l’histoire est menée
rondement et adroitement,
avec quand même certains
moments creux.
Etourdissant brassage de
connaissances, dextrement
agencées, pour faire la
jonction des idées reçues,
manipulées, imposées ou
acceptées en toute
humilité, pour écarter
le doute et la suspicion,
pour trouver la lumière
et chasser ce qui obsède
inutilement. Dans cet
intempestif choc de données,
cet impétueux ouragan de
valeurs humaines et
spirituelles, rien de
mieux que d’écouter son
cœur. Le cœur est ce qui
révèle la vérité.
Les acteurs
sont inégaux dans leur
prestation. Si Fadia
Saaibi et Chadi el-Zein
accentuent outrancièrement
leurs intonations d’Américaine
et d’Indien de Kerala,
leur performance frise
celle d’un théâtre de
boulevard, ce qui rafraîchit
et détend certes
l’atmosphère, mais
minimise souvent la force
des arguments jetés comme
dans une comédie légère.
Les intermèdes musicaux
(portant la griffe de Samy
Hawat) sont très beaux et
le chant de Reem al-Chaar,
d’une vibrante
incantation, touche par sa
sensibilité et sa
douceur. La route
vers Cana est une pièce
à thèse, au texte dense
et richement documenté,
de Jalal Khoury. On
convient, le doute a des
limites, les pierres ne
parlent pas, le rêve est
un compagnon indispensable
et le cœur ne ment pas… A
voir, pour que les images
d’une guerre
inadmissible ne
s’effacent pas de la mémoire
en toute impunité. Le
ruban de la route vers
Cana a les millénaires
pour escarpements et
bordures…C’est cet écho
des siècles qui fait la
force et le pouvoir
dramaturgiques de la dernière
pièce de Jalal Khoury.
Quatre
CD de Béchara el-Khoury
chez Naxos
paru
dans l'Orient-le Jour le
29 décembre 2006
Compositeur-poète
libanais installé à
Paris, Béchara el-Khoury
a fait récemment l’événement
avec son classement dans
les meilleures ventes de
musique classique sélectionnées
par The Penguin Guide pour
l’année 2006. Quatre CD
de musique symphonique
portant sa signature
viennent de paraître chez
Naxos, dont le tout
nouveau opus, dédié aux
victimes du 11 septembre,
intitulé fort
explicitement New York,
Tears and Hope (NewYork,
larmes et espoir) sous la
direction de Martiyn
Brabbins. Sur cette
platine voisinent aussi
Les fleuves engloutis, op
64 (sous la direction de
Daniel Harding), un
Sextuor pour violons,
Vagues pour piano, op 60,
ainsi que Fragments oubliés
(pour piano), op 66. Au
clavier, se succèdent
Hideki Nagano et Dimitri
Vassilakis.
Musique à
tempérament, d’un
lyrisme majestueux, l’œuvre
de Béchara el-Khoury,
avec ses roulements de
tambour, ses images
sonores somptueuses, son
tumulte harmonieux, sa
part d’orientalité
adroitement distillée
dans une mer houleuse de
notes s’ouvrant à la
culture occidentale, ne
laisse pas l’auditeur,
surtout étranger, indifférent.
Dans son interview avec
Viviane Ackerman, Béchara
el-Khoury répond en ces
termes à la question de
savoir si la musique
classique contemporaine
est accessible au grand
public : "Bien sûr !
Où est le problème ? Les
gens ont des goûts différents
qui évoluent avec le
temps. Il faut aussi,
peut-être de temps en
temps, une certaine persévérance.
Mais ce n’est pas une
condition absolue. La
musique doit toucher les
gens… c’est son but.
Le problème d’une
partie de la musique
contemporaine et de ses
auteurs est qu’elle se
perd dans des problèmes
intellectuels, complexes,
souvent avec un mauvais résultat
sonore, mais surtout sans
aucun intérêt sauf pour
ceux qui composent ce
genre de musique. Une
grande partie de la
musique contemporaine est
vraiment accessible, mais
parfois il faut réécouter
l’œuvre. C’est comme
l’amour : il y a des
coups de foudre qui ne
durent pas et d’autres
rencontres qui se
construisent solidement à
travers l’expérience et
le temps."
290,
rue du Liban
Photos
de JOANNA ANDRAOS et
CAROLINE TABET
A la
galerie Pièce unique,
Saifi Village, Beyrouth,
jusqu’au 20 janvier
"Cela que je vois
s’est trouvé là, dans
ce lieu qui s’étend
entre l’infini et le
sujet ; il a éte là,
et cependant tout de suite
séparé ; il a éte
absolument, irrécusablement
présent, et cependant déjà
différé." La
chambre claire de Roland
Barthes, Gallimard, 1980
par
ALEXANDRE MEDAWAR
Beyrouth vit
toujours, brille et ne
cesse d'attirer vers elle
regards et convoitises.
Maintes fois violée et
malmenée, elle n'a
pourtant jamais cessé de
s'accroître et de s'étendre,
engloutissant les hommes
et les passions. Beyrouth
aurait pu connaître le
destin de Carthage, mais
à se nourrir de l'énergie
de ses habitants, elle
poursuit sa mue et se
transforme sans cesse et
sans épargner les destins
malheureux qui, de jour
comme de nuit, alimentent
en continu ses artères,
avant d'échouer
inexorablement dans l'une
des strates de son
histoire. Dans les murs,
dans les sous-sols, dans
le limon du temps,
s'accumulent alors les
spectres de ceux qui ont vécu
en elle.
290,
rue du Liban. A cette
adresse, si bien nommée,
se trouvait une vieille
demeure traditionnelle, de
celles qui disparaissent
chaque jour un peu plus
dans la furie de la spéculation
immobilière. Construite
à la fin du XIXe siècle,
elle a vu passer plusieurs
générations de
locataires. Juste avant la
guerre civile de 1975, un
homme, cordonnier de
"l'hôpital des
souliers", occupait
un magasin au
rez-de-chaussé qui
donnait, comme tant
d'autres sur une rue à
deux pas de la ligne de démarcation.
Que reste-t-il de sa vie ?
Quelles traces a laissé
l'histoire des générations
qui, à un moment ou à un
autre, ont vécu entre ces
murs ? Car la vie imprime
ses signes sur autant de
supports que sont les
artefacts, mémoires
mortes, objets de la vie
quotidienne et
architectures. Et rien ne
nous dit que les drames vécus
ne vont pas aussi hanter
plus en profondeur les
couches superposées des
surfaces sensibles aux présences
humaines successives.
Beyrouth
ne se défait pas
facilement de ses fantômes.
Comment alors capturer ces
spectres, morts vivants
dans la chair de la ville,
quand ils s'échappent des
décombres de l'ordre
ancien que l'on saccage ?
C'est à cette expérience
que s'est livré, au 290
rue du Liban, Engram. Ce
collectif d’expression
visuelle crée par Joanna
Andraos et Caroline Tabet
traque depuis 2003 les présences
éphémères, les absences
marquées et les
trajectoires fantomatiques
des individus qui peuplent
la ville, théâtre minéral
des solitudes
existentielles. Ces thématiques
récurrentes prennent en général
la forme de séries dans
lesquelles, sous un ou
plusieurs angles,
l'appareil photosensible
capture la trace non pas
des événements - il
n'y en a pas - mais
des gestes de vie, ou plutôt,
de ce qu'ils laissent réfléchir
d'eux-même à la lumière
du temps. Engram, à la
manière des chasseurs de
vampires, promène son
miroir sensible sur les
ruines et sur les corps évanescents,
à la recherche des
indices de la vie passée,
des spectres incarcérés
dans des strates oubliées.
Il
ne s'agit pas tant de
fixer ce qui est vu
aujourd'hui, ni de mémoriser
le lieu avant sa
destruction, mais bien de
laisser surgir, à travers
un processus scénique
plus ou moins arrangé,
les fantômes de la mémoire,
de les laisser librement
imprimer sur la pellicule
ce qu'ils voudront bien
laisser entrevoir d'eux-même.
Le rectangle de l'image
devient alors le lieu de
l'expression poétisée
d'une projection des psychés
des morts et des disparus.
Leur absence prend corps
dans l'image. Leur présence
est retracée par la
photographie. La mémoire
de leur existence se réécrit
à l'effet de la lumière,
qui imprègne le lieu et
les acteurs, sur le
support argentique / numérique.
Au 290 de la rue du Liban,
le duo d'Engram s'est
adonné à une expérience
unique : faire, par séances
régulières, la
psychanalyse d'un lieu et
de ses anciens habitants.
Avec patience, il a écouté
les fantômes, les a
laisser parler et guider,
comme dans une tentative
de reconstitution de vies
qui ne sont plus, les
derniers témoins du lieu
dans l'espace intérieur
de la demeure. Puis vint
le moment de la
destruction finale. Sous
les fondations de la
maison, une nécropole
romaine fut mise à découvert.
On vous l'a dit, Beyrouth
ne se défait pas
facilement de ses fantômes.
"Sans
titre",
photographie de la série
"Runa",
2006, de
Joanna
Andraos
France 24,
nouveau symbole
par PAUL CAUCHON,
publié dans le Devoir
le 11 décembre 2006
La nouvelle chaîne
d'information continue
France 24 est vraiment
le symbole des nouvelles
tendances multimédia :
lancement original sur
le Net, appel aux
blogueurs pour se faire
connaître, ouverture
aux webcams des
citoyens, et même des
problèmes de droit
d'auteur pour les
journalistes. La semaine
dernière, France 24 a
d'abord créé un
engouement en diffusant
24 heures sur Internet
avant son entrée en
ondes sur le câble et
le satellite, ce qui
serait une première.
Selon ses dirigeants, un
demi-million de
personnes dans 108 pays
se sont connectées sur
Internet pendant les
premières heures de
diffusion. Les trois
quarts des connexions
provenaient de la France
et des pays limitrophes,
et 15 % d'Amérique du
nord. Dès sa naissance,
la chaîne investit
massivement Internet. Un
directeur Internet et
Nouveaux médias
coordonne une équipe de
trente personnes, dont
quinze
"coordonnateurs
Internet" qui sont
chargés de la "hiérarchisation
éditoriale" et de
l'animation du site. Un
site qui a l'ambition de
devenir "le premier
véritable site vidéo
d'information
internationale",
selon le directeur
Internet Stanislas
Leridon.
France 24 prévoit
offrir sur son site en
vidéo sur demande et en
streaming la totalité
des vidéos diffusées
à l'antenne, et il
invite les internautes
à lui envoyer leurs
images. La chaîne prévoit
également offrir des
dossiers multimédia et
des "chats"
(on annonçait vendredi
soir une rencontre sur
Internet avec le premier
ministre libanais,
rencontre qualifiée de
"talk de
Paris", dans le pur
style parisien...). Le
lancement de la chaîne
s'accompagne d'un autre
phénomène caractéristique
du nouvel univers multimédia,
celui des conflits
autour des droits
d'auteur. En effet, les
journalistes de France Télévision
se sont opposés la
semaine dernière à
l'attitude de la chaîne,
qui reprend leurs
reportages. Le syndicat
de journalistes estime
qu'on viole les droits
d'auteur : un article de
la convention collective
prévoit que l'employeur
a le droit de céder à
un tiers le droit
d'exploitation des
reportages, mais il faut
obligatoirement en
informer le principal
intéressé.
Rappelons que France 24
est une chaîne détenue
à part égales par TF1,
grand groupe privé, et
France Télévision,
l'entreprise publique
qui regroupe les télévisions
publiques comme France 2
ou France 3. France 24 a
ses propres équipes
mais elle utilise pour
environ le tiers de ses
reportages les images de
ses deux principaux
partenaires, ce qui
semble causer quelques résistances,
sans qu'on sache
exactement s'il s'agit
plus d'une résistance
de principe que d'une
question de gros sous.
Quoi qu'il en soit,
c'est le genre d'enjeu
qui se posera de plus en
plus dans les grands
groupes qui veulent
utiliser le matériel
journalistique sur
plusieurs plate-formes.
Mais France 24 se
distingue aussi par son
utilisation
exceptionnelle des
blogueurs. La chaîne a
cinq blogues maison sur
son site (un blogue économique,
un blogue culturel, un
blogue signé par la
chroniqueuse spécialisée
pour l'Europe, et ainsi
de suite). Et la fin de
semaine avant son
lancement, France 24
avait invité une
douzaine de blogueurs
connus à visiter les
locaux et à faire des
entrevues, une autre
première. J'ai
d'ailleurs vu sur le
blogue d'un de ces invités
une vidéo où celui-ci
se promène avec sa caméra
pour rencontrer les
journalistes et les
dirigeants et pour
filmer la salle de rédaction.
Selon Stanislas Leridon,
le directeur Internet,
France 24 a ainsi voulu
"cibler les
nouveaux leaders
d'opinion" (c'est
bien la première fois
qu'on voit une grande
chaîne qualifier les
blogueurs de leaders
d'opinion), et reconnaître
que "ce sont de véritables
relais d'opinion sur le
net". De plus,
ajoute-t-il, les
blogueurs représentent
"une nouvelle forme
de journalistes: multimédia
et interactif. Or, c'est
exactement le nouveau
modèle de média que
France 24 est en train
d'inventer avec une
seule rédaction multimédia
et plurisupports (TV,
Internet, Mobile...),
interactive et bien sûr
internationale et
polyglotte !".
Leridon va encore plus
loin : il a amorcé un
dialogue avec ses invités
pour éventuellement créer
un réseau mondial de
correspondants blogueurs.
Visiblement, les
blogueurs invités par
France 24 ont beaucoup
apprécié l'expérience.
Mais compter sur le
blogueurs est un
exercice risqué, car
ils sont très vigilants
et critiques. Sur son
blogue, le rédacteur en
chef du secteur multimédia
de la Télé Suisse
Romande qualifie de
"curieuses"
les pratiques qui
poussent France 24 à
"mélanger
savamment le monde de
l'information et de la
communication".
Car cette visite des
blogueurs européens,
qui comprenait avion et
réception au champagne,
a été organisée par
BuzzParadise, une
"plate-forme
internationale de mise
en relation entre les
marques et les
consommateurs
avertis".
"Information ?
Promotion ?
Communication ?, se
demande ce blogueur. Déjà
difficile à identifier
dans les médias dits
traditionnels, ces
frontières deviennent
quasiment impossibles à
tracer dans les nouveaux
espaces du type blog".
Il faudra voir comment
se développera le site
Internet de la chaîne.
Mais certains
observateurs se
demandent déjà si
France 24 n'aurait pas
pu tracer encore mieux
la voie de l'avenir, en
diffusant carrément et
entièrement sur
Internet.
Une musique pour
s’évader le temps
d’un soir
Avec LAURENT DE WILDE au
Music Hall
par ZIAD BOUSTANI,
publié dans l'Orient-le
Jour le 22 décembre
2006
Pour le dernier concert
de la saison 2006, le
Liban Jazz Festival
avait invité le Laurent
de Wilde Trio à
Beyrouth, afin de présenter
son dernier album. Il
devait venir accompagné,
mais il est finalement
venu seul, à
l’invitation de Karim
Ghattas, organisateur du
festival, dont la dernière
édition s’était déroulée
à Paris en raison de la
guerre de cet été.
Laurent de Wilde est
venu, en dépit de la
situation que traverse
le pays, pour apporter
"un peu de paix et
de musique" à ceux
qui en ont le plus
besoin, et offrir au
public, présent ce
soir-là, un moyen de
s’évader, l’espace
de quelques instants,
tout en restant sur
place. A quelques
centaines de mètres du
Music Hall, l’on
pouvait entendre résonner
les manifestants
toujours là, mais dans
la salle pas un bruit
n’est venu perturber
le long voyage musical
que Laurent de Wilde a
offert. Voyage
d’autant plus
passionnant qu’il
s’agissait là d’un
grand pan de
l’histoire du jazz qui
se déroulait ce soir-là,
le musicien ayant eu la
bonne idée d’alterner
ses propres compositions
et d’autres tirées du
répertoire classique ou
avant-gardiste (Duke
Ellington, Monk…).
Seul à son piano,
tournant presque le dos
au public et éclairé
simplement par de
nombreuses bougies
disposées un peu
partout sur scène,
Laurent de Wilde a fait
progressivement monter
la tension tout au long
du concert, débutant
sur un tempo très lent
avant de, peu à peu,
accélérer le rythme et
finir magistralement, le
souffle coupé. A
la fin de chaque
morceau, le musicien
prenait la parole pour
dire un peu plus sur ce
qu’il venait de jouer
et sur ce qu’il
s’apprêtait à faire
entendre, rendant le
voyage encore plus agréable,
car parsemé
d’anecdotes et de références,
en relation directe avec
le concert. "Je
voulais retrouver
l’intimité du son, la
possibilité d’un
piano ténu, les ombres,
le silence, ainsi
qu’un matériel plus
précieux et plus
fragile." Ainsi
s’exprimait le
pianiste à la sortie de
son dernier album, The
Present, qui semble
illustrer les paroles
qu’écrivait la poétesse
Dana Bryant il y a
quelques années :
"Yesterday is
history, tomorrow is a
mystery. But today is a
gift. That’s why they
call it : the Present".
Et c’est dans cette
optique que le concert
semblait se dérouler,
faisant de chaque
instant et de chaque
note un monde en soi,
tout à la fois présent
et en perpétuel
mouvement, schéma bien
sûr propre au jazz mais
qui dépassait largement
le cadre conventionnel
de cette musique. Bien sûr,
la contrebasse de Rémi
Vignolo et la batterie
de Laurent Robin
auraient permis au
musicien d’aller
encore plus loin dans
son exploration du champ
musical. Mais même
seul, Laurent de Wilde réussissait
à envoûter amateurs de
jazz et mélomanes
curieux présents dans
la salle, tant la légèreté
de son jeu et la finesse
qui se dégageait de sa
relation au piano
permettaient à chacun
de créer sa propre
histoire autour de la
musique qu’il donnait
à entendre : du jazz
bien sûr, mais beaucoup
plus que cela aussi, de
la musique tout
simplement, jouée par
un homme qui voit en
elle l’une des seules
manières de dépasser
les errances, les doutes
et surtout les conflits.
Laurent
de Wilde
Gengis
Khan, retour vainqueur à
Istanbul
| EXPOSITION.
Héros populaire en
Turquie, le conquérant
mongol fait l'objet
pour la première
fois d'une
exposition dans la
capitale turque. Où
l'on découvre que
ce seigneur, décrié
en Europe, a su
faire cohabiter des
cultures très
diverses |
par
DELPHINE NERBOLLIER, publié
dans le Temps le 6 janvier
2007
"Emotionnellement,
Gengis Khan est un membre de
notre famille. Sans savoir
s'il était Turc ou Mongol,
nous en avons fait, en
Turquie, un héros
populaire, contrairement aux
Européens qui le perçoivent
comme un barbare. Regardez
le succès du prénom Gengis
parmi les enfants de ce pays
et vous comprendrez."
La directrice du musée
Sakip Sabanci d'Istanbul,
Nazan Olçer, ne cache pas
sa fierté de présenter
pour la première fois en
Turquie une exposition
consacrée au chef mongol et
à son héritage, 800 ans
exactement après la
fondation de son empire.
L'exposition, présentée
l'an dernier en Allemagne,
s'est depuis agrémentée de
pièces issues du musée de
Topkapi et a, du même coup,
pris un tout autre sens :
celui de rappeler aux Turcs,
tournés vers l'Europe, que
leurs racines se trouvent
dans les vastes steppes
mongoles. Plus précisément,
dans les montagnes de
l'ouest de l'Altaï où vécurent,
au VIe siècle, les tribus
turques du chef Bilge Khan.
C'est avec l'évocation de
ce passé, antérieur à
Gengis Khan, que débute
l'exposition. Dans une
ambiance de rafales de vent
et de hennissements de
chevaux, le visiteur découvre
successivement la couronne
dorée de Bilge Khan, un
monument funéraire dédié
à son frère cadet Kultegin
et, l'une des pièces
centrales de l'exposition,
une sculpture recouverte des
plus anciennes inscriptions
runiques turques jamais découvertes.
Autre particularité, cette
exposition se veut résolument
positive, déterminée à
valoriser l'incroyable mélange
de peuples et de cultures né
de cet empire, sans
s'attarder sur la cruauté
et la violence des armées
de Gengis Khan qui hantent
encore les esprits européens.
Bien sûr, c'est dans le
sang que les Mongols ont réussi
à fonder, du Pacifique à
l'Europe, le plus vaste
empire de l'histoire et à
faire chuter, au XIIIe siècle,
Pékin, Moscou, Bagdad, Kiev
et Budapest. Mais leur génie
consiste aussi à avoir réussi
à gouverner cet immense
empire, grâce à un système
qui assura jusqu'au XVIe siècle
les échanges commerciaux,
culturels et artistiques. De
Gengis Khan, né Temudjin,
l'exposition ne présente
rien de matériel. Mort en
1227 dans le nord de la
Chine, sa tombe n'a jamais
été découverte et reste
taboue pour les Mongols. On
se laisse néanmoins
emporter sans peine dans son
univers grâce aux arcs,
armes et armures qui évoquent
la puissance de ses troupes.
Grâce aux textes juridiques
du XIIIe siècle qui
rappellent l'importance de
la justice dans l'empire. Grâce
à l'omniprésence des
animaux, centraux dans la
culture chamaniste de l'époque.
Le cheval, bien sûr, devenu
une véritable arme de
guerre, est partout : sous
forme de statuettes, dans
des miniatures, sur des
soieries, mais aussi sur le
manche coloré d'un morin
chuur, une sorte de violon
à deux cordes. Elément
central de la vie nomade, le
cheval devient symbole du
peuple mongol, à l'image de
cet impressionnant étendard
à neuf queues blanches. Un
peu plus loin, une dizaine
de petits marmots de six
ans, accompagnés de leur maîtresse
d'école, s'interrogent sur
la signification d'une
immense tortue de pierre datée
du XIIIe siècle, symbole de
durée, devenue effigie de
Karakorum.
Karakorum, justement, à
laquelle est consacrée une
partie de l'exposition,
capitale de l'empire avant
d'être détrônée par Pékin,
révèle au visiteur le
multiculturalisme de cette période.
C'est ici que se
retrouvaient
administrateurs, militaires,
mais aussi artisans, souvent
chinois, et commerçants, généralement
musulmans. Des échanges qui
prirent un envol sans précédent
grâce à la Pax Mongolica,
un système basé sur une
administration efficace, sur
un service de poste et de
passeports - dont certains
sont bien sûr exposés - et
sur la tolérance religieuse
et culturelle. Pour se faire
une idée du bouillonnement
intellectuel et commercial
de l'empire, il suffit de pénétrer
au second étage de
l'exposition. Ici, une
miniature datée de 1450,
fabriquée à Shiraz, en
Iran, dépeint l'assemblée
des grands khans qui nomma
Temudjin empereur, il y a
exactement 800 ans. Là,
c'est un dragon chinois représenté
sur une peinture de Tabriz.
Plus loin, on découvre une
série de portraits
d'empereurs Yuans, avec en tête
celui de Gengis Khan. La
filiation entre le chef
mongol et la dynastie
chinoise ne choque pas le
visiteur qui, grâce aux
superbes 600 pièces présentées
dans les diverses pièces de
l'exposition, aura découvert
l'incroyable influence de
Gengis Khan et de ses
successeurs sur les peuples
conquis. Une filiation qui
perdure aujourd'hui au-delà
de la Chine, de l'Asie
Centrale à l'Iran, en
passant par la Turquie.
Lieu
: Musée Sakıp Sabancı
de l’Université Sabancı,
Sakıp Sabancı
Caddesi, 22 Emirgan ,
Istanbul, jusqu'au 8 avril
2007
L'Egypte
sort de l'eau et fait rêver
Paris
par
PIERRE FORNEROD, publié
dans Ouest-France le 12 décembre
2006
Une exposition pour rêver.
Le Grand Palais, à Paris,
présente près de cinq
cents pièces d'archéologie
sauvées des eaux égyptiennes.
"C'est l'ancêtre de
la Vénus de
Botticelli",
confie-t-il aujourd'hui.
Pourtant quand il l'a vue
surgir des flots, sans
pieds ni tête, mais comme
sensuellement drapée dans
un voile impudique, Franck
Goddio a peut-être songé
aussi à Ursula Andress,
la James Bond Girl de légende
engagée contre Docteur
No. Aujourd'hui, on
l'a baptisée Arsinoé II.
Une pharaonne taillée
dans le granit noir au
IIIe siècle avant Jésus-Christ,
qui doit sans doute à son
plongeon prolongé dans
les eaux méditerranéennes
d'avoir échappé au
vandalisme, de la part des
premiers chrétiens
notamment. Très courtisée,
elle est l'une des stars
d'une exposition qui offre
au regard 488 autres
objets d'exception. Des
colosses en granit de
plusieurs tonnes, aussi
bien que de minuscules pièces
de monnaie qui racontent
quinze siècles de l'Egypte.
Le tout disposé dans une
scénographie inventive et
intelligente qui distille
habilement ses
informations dans un
parcours magique : des
salles entourées de
photographies géantes et
bercées de musique sourde
vous donneront la
sensation d'être dans les
fonds sous-marins.
Alexandrie la
commerciale
Parce que c'est là que
l'aventure a commencé, il
y a dix ans, quand l'archéologue
Franck Goddio, guidé par
son instinct et ses
recherches, a plongé une
première fois dans les
eaux de la baie d'Aboukir.
Avec son équipe, il va
retrouver les vestiges de
trois cités mythiques :
Canope, un centre
religieux réputé aussi
pour ses plaisirs ; Héraclion,
fondée là même où Héraclès
(Hercule) mit le pied en
Egypte, et Alexandrie
l'immense centre
commercial qui doit son
nom à son fondateur
l'empereur Alexandre le
Grand en 331 avant J.-C.
Ces trois sites racontent
quinze siècles
d'histoire, entre le VIIe
siècle avant notre ère
et le VIIIe après. Des
dernières dynasties
pharaoniques au début de
l'époque islamique.
Spectaculaire et contrastée,
métissée et inventive,
la destinée d'un
urbanisme et d'une
architecture qui ont moins
souffert des hommes, entre
crises, guerres et rivalités,
que du climat :
tremblements de terre,
crues exceptionnelles,
raz-de-marée à répétition
ont fini par avoir raison
de la création des
humains. Grâce aux
plongeurs-archéologues,
ce monde englouti refait
aujourd'hui surface. Un
peu de lumière sur une
civilisation perdue, en
attendant un jour, qui
sait, de retrouver l'éclairage
du phare d'Alexandrie.
Trésors engloutis
d'Egypte, 7 jours
sur 7 jusqu'au 16 mars au
Grand Palais, avenue
Winston-Churchill, Paris
VIIIe, métro
Champs-Elysées-Clemenceau
ou Franklin-Roosevelt.
Rens. www.tresors-engloutis-degypte.fr
.
Le
Centre Pompidou décolle
avec Tintin
Hergé
aurait eu 100 ans en
2007. Le Centre Pompidou
rend hommage au créateur
de Tintin et Milou grâce
à une belle exposition
qui met en scène
plusieurs centaines de
planches originales
par
OLIVIER DELCROIX, publié
dans le Figaro le 19 décembre
2006
Un conseil : accédez
au Musée de Beaubourg
par son parvis. Vous
allez ainsi découvrir
avec stupéfaction que
la structure métallique
du Centre Pompidou sert
de pas de tir à la
gigantesque fusée à
damier rouge et blanc de
Tintin ! Voilà qui
semble étrangement
logique si l'on considère
de plus près
l'architecture
originelle du bâtiment
de Renzo Piano et
Richard Rogers. En tout
cas, le parallèle est
tentant. Le commissaire
de l'exposition Laurent
Le Bonn ne s'en est pas
privé. Ce premier choc
passé (et pas le
dernier), on est bien
forcé de constater que
l'exposition Hergé
commence à l'extérieur
du musée !
L'immense bâche de 40 mètres
de haut permet à
l'imposant engin spatial
mis au point par le
professeur Tournesol
dans Objectif Lune,
de s'élever dans l'azur
en toute liberté.
"Symboliquement,
j'ai voulu que
l'empreinte d'Hergé
vienne s'inscrire sur le
bâtiment avec la force
de l'évidence", précise
Laurent Le Bon, en
souriant. Tout cela est
si impressionnant qu'on
a presque peur de se brûler
au troisième degré, à
l'entrée du musée, en
passant sous les réacteurs
fumants dessinés par
Georges Remi, dit Hergé.
A l'intérieur,
pourtant, une autre
surprise attend les
visiteurs : des
dizaines
d'agrandissements de
bulles ou de jurons de
Haddock ont été collés
sur le sol. "J'ai
récemment appris qu'en
terme savant, on
appelait cela des signes
diacritiques, note
avec une pointe d'ironie
le commissaire de
l'exposition. On
remarque aussi un étrange
phénomène. Depuis
qu'ils ont été disposés,
les gens s'assoient ou
se couchent dessus, et
s'amusent à imiter le
sens des dessins en se
tapant dessus, comme
s'ils imitaient l'état
d'esprit lié à ses
signes imaginés par
Hergé." Voilà
une preuve supplémentaire
du talent inné - et
universel - du créateur
de Tintin et Milou.
Acquérir
un original d'Hergé
pour le musée
C'est
à l'occasion de la célébration
prochaine du centenaire
de sa naissance que le
Centre Pompidou
orchestre une grande
exposition consacrée à
Hergé (22 mai
1907-3 mars 1983).
Toute l'opération est née
d'un simple constat :
"L'an dernier, j'ai
découvert que depuis sa
création, en 1977,
notre Centre national
d'art de culture, qui
compte quelque 58.000
oeuvres d'art, ne possédait
pas de planche de bande
dessinée, raconte le
jeune conservateur. En
accord avec Bruno
Racine, qui préside aux
destinées du Centre,
j'ai contacté la
Fondation Hergé afin de
tenter d'acquérir un
original d'Hergé pour
le musée. Nick et Fanny
Rodwell m'ont alors suggéré
qu'il serait intéressant
d'organiser une grande
exposition à Beaubourg,
préludant ainsi au
centenaire de la
naissance d'Hergé."
Les expositions du Musée
national d'art moderne
étant plus ou moins
"bouclées jusqu'en
2010", se posait
toutefois un problème
crucial : nulle
place n'était réservée
à une rétrospective
organisée autour de
l'oeuvre d'un
dessinateur de BD.
Mesurant l'enjeu et
l'impact d'un tel événement
sur les fréquentations
du Centre Pompidou, le
président Racine, par
ailleurs grand amateur
de Tintin, trouva
rapidement une solution
en libérant l'espace du
forum ainsi que le
premier étage.
"Montons au niveau
1, à la mezzanine,
c'est là que débute
l'exposition",
souffle Laurent Le Bon.
Et l'on découvre, émerveillé,
plusieurs centaines de
dessins originaux signés
du créateur de Tintin.
Au niveau - 1, la scénographie
de l'exposition rend également
parfaitement hommage à
la "ligne
claire" chère au
"maître de
Moulinsart".
"Nous avons voulu
avant tout mettre en
avant trois lignes de
force : simplicité,
sobriété et lisibilité",
lance le commissaire de
l'exposition. Les cinq
vitrines qui forment une
grande ligne droite
narrative (qui rappelle
presque la tapisserie de
Bayeux), évoquent, d'un
côté, la vie et, de
l'autre, l'oeuvre d'Hergé.
De son premier dessin
effectué à l'âge de 4
ans sur une carte
postale, jusqu'à la
salle du Lotus Bleu,
véritable "chapelle
Sixtine du neuvième
art" (dixit Le
Bon), qui expose l'intégralité
des 154 planches de cet
album mythique (datant
de 1936), on suit avec
passion l'itinéraire créatif
d'un des grands artistes
du XXe siècle.
Une avalanche
d'ouvrages tintinophiles
Une déferlante
d'ouvrages consacrés à
Tintin paraissent en
librairie, afin de fêter
dignement le centenaire
de la naissance d'Hergé,
le 22 mai 2007.
Outre le splendide
"pavé" (1.050
pages au format carré)
du catalogue de l'Exposition
Hergé à Beaubourg
(coédité par La
Fondation Hergé et Le
Centre Pompidou), il
faut se procurer le
coffret de La
PetiteBibliothèque du
tintinologue, (coll.
Champs, Flammarion) qui
comporte trois ouvrages
essentiels permettant
d'approfondir sa
connaissance de l'oeuvre
d'Hergé. A noter
également, la parution
de l'admirable Hergé
collectionneur d'art,
écrit par Pierre
Sterckx (La Renaissance
du livre), sans oublier
la biographie non
autorisée de La
Castafiore par
Albert Algoud (Chiflet
& Cie)...
Exposition
Hergé, du 20 décembre
2006 au 19 février
2007. Tél. : 01 44 78
14 63. Internet : www.centrepompidou.fr .
Centre Pompidou, Forum,
niveaux 1 et -1. 19, rue
Beaubourg, 75004 Paris.
Entrée gratuite.
Azur et Asmar,
Les Mille et une nuits
contées par Michel
Ocelot
par LAURENCE BERGER,
publié dans commeaucinema.com
Azur est blond aux yeux
bleus. Asmar brun aux
yeux noirs. Mais tous
deux ont tété le même
sein maternel, celui
d'une femme africaine
nourrie des contes de
son pays, mère de l'un
et nourrice de l'autre.
C'est l'histoire de deux
petits garçons
semblables au-delà de
leur différence de
peau, de deux frères
siamois que le destin va
désunir pour mieux réunir
dans une aventure
fabuleuse, inspirée des
contes des Mille et
une nuits. Azur rêve
d'un pays qui n'est pas
le sien, et d'aller délivrer
la fée des djinns,
par-delà la mer, dans
l'Orient qui a bercé
son enfance. Mais
l'univers merveilleux
qu'on lui avait décrit
ne correspond pas tout
à fait à la réalité
d'un monde dont il ne
perçoit d'abord que la
laideur, avant de découvrir
ses beautés cachées.
Michel
Ocelot continue à décliner
sa fascination pour
l'onirisme enfantin, son
héroïsme et sa magie.
On retrouve le trait
graphique qui nous avait
déjà enchantés dans Princes Et Princesses
et les deux épisodes de
Kirikou
. Une palette de
couleurs riche et
chatoyante, que la réalisation
numérique n'a
aucunement affadi, bien
qu'elle crée un effet légèrement
artificiel sur le grain
de l'image. Azur et
Asmar mêle récit
d'aventure et conte féérique,
sur fond de brassage des
cultures et d'éloge de
la différence. Sans
oublier la touche
d'humour indispensable
à la réussite de toute
histoire animée : le
personnage de Crapaud,
sans être hilarant,
vous réserve quelques
moments de joyeuse
rigolade. Et Michel
Ocelot, une nouvelle
fois, nous rend
complices de ses jeunes
héros aux vertus et aux
ressources insoupçonnées.
Le film a bien sûr sa
morale, mais on échappe
aux poncifs habituels du
cinéma d'animation qui,
généralement oppose
les bons aux méchants.
Ici, chacun aura sa part
d'un joli rêve abouti
et partagé, pas
seulement réservé aux
tout petits !
Musique composée par
GABRIEL YARED, bande
originale du film
disponible en album
CD, interprètes
HIAM ABASS et SOUAD
MASSI
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