Le Liban, "pays à l’honneur" au festival Paris-Cinéma 2007
 
par ZENA ZALZAL, paru dans l'Orient-le Jour le 12 janvier 2007
 
Directrice de la programmation du festival Paris-Cinéma, Aude Hesbert est venue à Beyrouth pour procéder à une sélection de films libanais qui seront présentés dans le cadre de la cinquième édition de ce festival qui se tiendra du 4 au 14 juillet 2007 dans différentes salles de la Ville lumière. En effet, après le Brésil et la Corée du Sud, c’est la cinématographie du pays du Cèdre qui sera à l’honneur cette année. Le choix du Liban, induit par le maire de Paris, M. Bertrand Delanoë, s’il est, certes, un témoignage de plus de la solidarité française, est également mû par une vraie curiosité envers la culture et, plus précisément, le cinéma libanais. C’est ce qu’affirme Aude Hesbert, signalant que "les années précédentes, nous avions déjà dans nos programmes des films de Danielle Arbid ou de Joanna Hajji Thomas et Khalil Joreige". "Il me semble d’ailleurs y avoir une cinématographie très vivante et très riche au Liban", relève la jeune femme, qui espère repartir avec une trentaine de films réalisés "ces dernières années", entre longs et courts-métrages, dans ses bagages.

Hommage au duo Hajji Thomas-Joreige
L’idée est de montrer un large éventail de la production libanaise et d’essayer ainsi de "traverser le pays à travers les caméras de jeunes réalisateurs, professionnels bien sûr, mais aussi ceux qui ont filmé spontanément les événements de cet été", indique Hesbert, qui a déjà pratiquement sélectionné Falafel de Michel Kammoun, Bosta de Philippe Aractingi ou encore Le dernier homme de Ghassan Salhab. Par ailleurs, Paris-Cinéma a décidé de rendre hommage cette année au couple Hajji Thomas-Joreige en programmant la totalité de leur filmographie et en organisant des débats et tables rondes autour de leur œuvre. "Le duo de réalisateurs pourra également inviter des plasticiens et des artistes de la jeune garde libanaise qu’il aimerait faire connaître. Lesquels pourront ainsi avoir accès aux plates-formes de coproduction qui présentent des films étrangers en développement à la recherche de financements français", précise encore la directrice de la programmation. Laquelle s’attelle pour sa part à mettre au point la liste des équipes des films libanais qui seront les invités présents aux avant-premières de cette édition.

Charlotte Rampling, présidente
Présidé au départ par Costa-Gavras qui a cédé le relais l’année dernière à Charlotte Rampling, le festival Paris-Cinéma, initié et soutenu par la mairie de Paris, s’est rapidement imposé comme un événement cinématographique à la fois populaire et exigeant. Un festival qui ne ressemble à aucun autre. Se démarquant nettement de celui de Cannes, plus glamour et paillettes, ce festival parisien dans son esprit se veut véritablement démocratique. A cet effet, le seul prix qu’il décerne est celui du public pour le meilleur long-métrage dans la catégorie compétition internationale. Et ce prix est en fait "une aide à la distribution". Pas de jury de professionnels donc, même si ces derniers sont présents à titre d’invités (Nathalie Baye par exemple sera l’invitée d’honneur cette année) pour des rencontres conviviales et des échanges avec le public et les professionnels étrangers.

Car outre le divertissement qu’il offre, ce festival a une vocation de défricheur de cinématographies lointaines, rares et peu connues. Et présente ainsi l’opportunité de pouvoir faire découvrir au public parisien une grande diversité de films provenant de tous horizons ainsi que des œuvres inédites en présence de leurs auteurs. "Par ailleurs, signale Aude Hesbert, la dimension pédagogique n’est pas oubliée : Paris CinéCampus, université d’été du cinéma gratuit, offre, à travers des ateliers et des cours, des leçons aux professionnels, étudiants et cinéphiles soucieux d’enrichir leurs connaissances pour nourrir leur passion. Et côté patrimoine, une rétrospective des films de Lusbich est programmée pour cette cinquième édition." Accessible à tous les publics (des films de tous les genres et pour tous les âges) grâce à un tarif réduit de 4 euros la séance ainsi qu’à des projections dans une vingtaine de salles réparties dans tous les arrondissements et des événements en plein air (projections sur le parvis de l’hôtel de ville, ciné-concerts dans les jardins du Sénat…), Paris-Cinéma offrira cette année encore aux Parisiens deux semaines d’évasion en été. Dont une incursion au pays du lait, du miel et de...la guerre.
 

 
"Je S'appelle YASS et je viens de loin"
 
YASSER HACHEM est sur la scène du Petit Palais des Glaces à Paris à partir du 16 janvier et jusqu'au 31 mars 2007, du mardi au samedi à 20h, au 37, rue du Faubourg du Temple, Paris 10e, Mo République ou Goncourt, Rés. 01.48.03.11.36 ou www.palaisdesglaces.com . Mise en scène de CAROLINE BRESARD, production par Loj Productions. 
 
Biographie
Yass a 37 ans. Il est d'origine libanaise mais il est né à Dakar, au Sénégal, où il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Après son bac, il vient étudier à Paris où parallèlement à des études de gestion il prend des cours de théâtre (cours Viriot). Une fois ses études terminées, il part s'installer en Côte d'Ivoire où il a travaillé pendant 10 ans. En marge de ses activités professionnelles, il a créé une troupe de théâtre (le Prêt à Jouer) avec laquelle il monte chaque année un spectacle différent. Aujourd'hui Yass est de nouveau installé à Paris où il vient de monter son premier one man show.
 
Le spectacle
C'est avec une énergie contagieuse que Yass nous transporte dans son univers. De Dakar où il est né à Paris où il a fait ses études en passant par le Liban dont il est originaire et la Côte d'Ivoire d'où il a été rapatrié, il nous fait voyager grâce à une galerie de personnages à la fois drôles et émouvants. Une vraie performance d'acteur pour un dépaysement garanti.
 
Critiques
- Si naturel "Yass" et touchant de vérité et d'humanité, qu'on a pas envie de le quitter à la fin du spectacle. Mais on irait bien boire un pot avec lui pour apprendre à le connaître davantage. J'ai beaucoup aimé son spectacle. Il mérite d'être connu. En tout cas, il sera très prochainement au Petit Palais des Glaces. Alors n'hésitez pas ! Prenez des places.
- Sympathique - On sourit plus qu'on y rit, c'est du moins mon point de vue. Mais l'artiste fait preuve d'un dynamisme et d'une énergie sans faille. L'ami qui m'a accompagné a beaucoup aimé.
- Terrible - Franchement un spectacle super mais vraiment super, morte de rire, un personnage unique, il fait plusieurs voix... Franchement il faut y aller, c'est top.
- Waou quel talent - Françaises, Français, ce mec déchire sur scène, son spectacle, c'est un truc de ouf ! Cet artiste a un talent monstre, vous passerez sans doutes aucuns une très agréable soirée ! Petite, petit qui sait à peine lire, demande à tes parents de te faire découvrir ce monsieur, il est gentil comme le père Noël. Waf waf, waf ouaf ouaf ouaf ! Voilà, j'ai essayé de viser un public le plus large possible, parce que c'est mérité !
- Top ! J'ai vu Yass il a quelques temps et j'ai été très touchée par son spectacle : non seulement il est très drôle, dans tous ses personnages qui sont d'une justesse incroyable, mais en plus il est particulièrement émouvant... J'ai pleuré en même temps que lui au moment de la standing ovation à laquelle il a eu droit, et qui était amplement méritée. Il se donne à 200% sur scène ! Bravo.
- Super spectacle - Magnifique spectacle très drôle et très émouvant à la fois. Toute la salle est morte de rire. A faire absolument !
- Hymne à la tolérance avec beaucoup d'humour - Yass partage son histoire au travers des pays où il a pu vivre. On voyage d'Abidjan à Paris en passant par Dakar, bercé par l'émotion et l'humour d'un spectacle extraordinaire, au son d'accents internationaux. A voir absolument !!!!!!!!!!
- Yass... on l'aime ! - J'ai connu Yass en Côte d'Ivoire, je suis allée le voir à son One Man Show et le résultat est extra !! Quelle performance, je conseille à tous, il me fait de plus en plus rire !
- Super Yass - Nous avons passé un moment fort sympa en compagnie de YASS... quel talent !!!! Yass est un "pro". Merci encore !!!!!!!!!!
- Très bon - Excellent spectacle ! Yass a une énergie communicative et on passe un très bon moment.
 
 

 
Le Soldat Rose, de Pierre-Dominique Burgaud et Louis Chédid
 
Le DVD du spectacle enregistré au Grand Rex à Paris le 12 novembre 2006 vient de sortir
 

Il était une fois un chanteur qui s’appelait Louis. Louis Chédid. Quand il était plus jeune, il avait été raton laveur sur le très joli ‘Emilie Jolie’ de Philippe Chatel. Depuis, l’idée lui trottait dans la tête : écrire un conte musical pour les enfants. Mais attention, pas que pour les petits enfants ! Pour les enfants moyens aussi. Et pour les enfants grands, pour les enfants immenses, pour les enfants banquiers, pour les enfants trapézistes, pour les enfants mamans, pour les enfants grands-pères, pour tous les enfants quoi. Comme Louis n’avait pas envie de se lancer tout seul dans cette aventure, son éditrice lui a présenté Pierre-Dominique Burgaud. Tous les deux se sont mis d’accord là-dessus : c’est Louis qui écrira les musiques et Pierre-Dominique s’occupera des paroles. C’est ainsi qu’est né le Soldat Rose. Petit à petit. Des bouts de textes de Pierre-Dominique, des bouts de musiques de Louis, un début d’histoire, des débuts de chansons, des personnages qui apparaissent et disparaissent, et, au bout de quelques mois, un conte complet, quatorze chansons. L’épopée d’un petit Joseph, déçu par le monde des grands, qui se laisse enfermer dans un grand magasin pour vivre avec des jouets.

 

Tous les personnages du conte sont interprétés par : CATHERINE JACOB (la voix de grand magasin), JEANNE CHERHAL (Betty Quette), -M- MATTHIEU CHEDID (Le Soldat Rose), SANSEVERINO (Le Conducteur de Train), SHIRLEY & DINO (Le Roi & la Reine), ALBIN DE LA SIMONE (Cousin Puzzle), FRANCIS CABREL (Le Gardien de Nuit), VANESSA PARADIS (Made in Asia), BENABAR (Le Petit Chimiste), LOUIS CHEDID (La panthère noire en peluche), ALAIN SOUCHON (L’Homme de ménage), RAOUL LE PENNEC (JOseph), CELINE BARY (La fiancée du Soldat Rose).
 

 

 
Un concert pour la joie et la paix avec maestro Robert Lehrbaumer
Vendredi 12 janvier, au palais de l’Unesco
 
par EDGAR DAVIDIAN, publié dans l'Orient-le Jour le 11 janvier 2007
 
Seconde visite du maestro autrichien Robert Lehrbaumer à Beyrouth pour diriger l’Orchestre symphonique national libanais. Dans ses bagages, une fois de plus, des partitions de Johann Strauss fils. "Dans le même esprit que le concert donné l’an dernier au Grand Sérail, mais guère identique à celui qui se donnera ce vendredi 12 au palais de l’Unesco", précise Robert Lehrbaumer, un peu pince-sans-rire. Rencontre avec un chef d’orchestre doublé d’un pianiste concertiste, d’un organiste inspiré et d’un pédagogue pour qui parler musique c’est aussi naturel et vital que respirer…Les cheveux châtain clair légèrement annelés, un peu longs, le teint clair, les yeux d’un bleu de porcelaine, Robert Lehrbaumer s’exprime en un anglais métissé d’accent autrichien.

A quarante-six ans, ce Viennois imbibé de la culture de son pays compte à son actif plus de 3.500 concerts (à neuf ans, il faisait déjà partie du monde de la musique et assume son premier récital à 16 ans) et plus de douze CD dans les bacs. "J’aime Bach, Beethoven, Chopin, Stravinsky, mais aussi Strauss qui est ancré dans l’esprit viennois, dit maestro Lehrbaumer. Strauss c’est un grand éclat de vie, avec de la joie. J’ai beaucoup apprécié l’enthousiasme du public libanais l’année dernière devant le déploiement de la musique à trois temps ! Réaction tonique partagée aussi par l’orchestre. Ce rythme des mesures à trois temps c’est déjà tout un art: à la fois régulier et irrégulier, avec un sens particulier pour instaurer le rythme qui a ses pulsations et ses secrets… La musique de Strauss, d’une grande richesse sonore, est typiquement viennoise. Strauss était l’enfant de son siècle. A une époque, tout le monde jouait du Schubert… Et puis la moitié de Vienne a dansé sur les airs de Strauss ! Un vrai phénomène. D’où, quand on parle de Strauss, il faut évoquer les racines des choses, ce qui est une tradition… Je dirais que la musique de Strauss c’est une maladie positive et l’aimer c’est être positivement infecté ! Sa musique est une drogue positive. Pour moi, il est le compositeur le plus positif qui ait vécu, le plus aimé aussi… Quand on aime la musique de Strauss, on ne peut pas haïr, on ne peut vouloir faire la guerre, on aime la vie… Ce concert est une invitation à la joie, à la paix…"

Mais revenons un peu à la carrière de musicien-interprète-soliste. Maestro Lehrbaumer a-t-il les mêmes préférences musicales devant les touches d’un clavier ou celles d’un orgue ? "Cela diffère évidemment, répond Lehrbaumer. Comme pianiste, j’aime surtout Schubert et Liszt. Pour l’orgue, il y a Bach, Schmitt (un collègue à Arnold Schonberg). Tenez, pour mes CD où je joue en soliste, j’ai interprété des œuvres de Mozart, Schumann, Tchaïkovsky, Bach, Schubert, Liszt et quelques compositeurs contemporains… Et mon dernier projet d’enregistrement va à la Rhapsody in Blue de Gershwin, dans sa version jazz band, avec en plus des concertos pour piano de Haydn et Mozart…" Ses impressions sur le pays du Cèdre, maintenant qu’il le connaît ? "Je me sens bien ici, confie Lehrbaumer, avec un sourire de contentement. Il y a des paysages magnifiques et surtout je suis charmé par la reconstruction si splendide du centre-ville… Je suis heureux aussi de renouer avec les musiciens de l’orchestre. J’aime par ailleurs écouter la langue arabe que je trouve belle dans ses intonations fortes… La musique reste un symbole et une part de la vie. Et c’est bon de la partager avec les autres.»

Ce vendredi se succéderont au palais de l’Unesco, valses, marches, ouvertures, polkas… Va-t-il instaurer, en ce sens, une tradition de la musique viennoise à Beyrouth ? "S’il y a intérêt, pourquoi pas ? Puisque cet amour pour cette musique est aussi bien partagé par le public et les musiciens… Mais cela n’exclut pas aussi d’élargir le cercle et de présenter d’autres compositeurs… Et pourquoi pas Strauss et Wagner, Brahms ou Carl Mikhael Ziehrer, un musicien qui a donné aussi dans le domaine des marches et des polka et que le public ne connaît pas autant que les Strauss…" Rendez-vous donc sous la houlette de maestro Robert Lehrbaumer pour un vrai feu d’artifice musical, pour une soyeuse croisière où la joie, la bonne humeur et le rythme ont le vent en poupe.
 




Fairouziyyat, Hommage à Fairouz
Avec l’ensemble Elie Achkar et les chanteuses Naziha Meftah et Madona Rouhana
 
les vendredi 26 et samedi 27 janvier 2007 à 20h30
à l'Institut du Monde Arabe dans le cadre de "La Méditerranée des musiques"
 
Réservations sur le site Internet de l'IMA

Fairouz est sans conteste la personnalité la plus marquante de la musique libanaise. Celle-ci n’aurait pas connu une telle vogue si elle n’avait pas bénéficié de la voix sublime de cette chanteuse qui, même du vivant d’Oum Kalthoum, s’est imposée dans tout le monde arabe, en chantant non seulement le Liban mais aussi la Palestine, l’Egypte, la Syrie et La Mecque…

L'art de Fairouz est indissociable du talent des deux frères Rahbâni. Auteurs compositeurs hors pair, ils ont une connaissance parfaite de la musique occidentale et de la musique traditionnelle libanaise. Assi (époux de Fairouz) et son frère Mansour Rahbâni puisent leur inspiration dans la riche et dense musique populaire du Liban et dans les chansons populaires des pays voisins (Syrie, Egypte), tout en nourrissant une réelle curiosité à l’égard des autres musiques du monde, ce qui explique la qualité exceptionnelle de leur travail.

Naziha Meftah, originaire du Maroc, est l’une des meilleures interprètes de la chanson « fairouzienne ». Avec la Libanaise Madona Rouhana, une belle voix qui se fraye un chemin sur les sentiers esthétiques du chant arabe, elles prêtent leur voix aux couleurs de l’arc-en-ciel à la diva dont elles interpréteront des chansons anciennes et contemporaines. Portées par des musiciens remarquables dirigés par Elie Achkar, virtuose du qânûn, fin connaisseur de la musique arabe qui a lui-même accompagné Fairouz plusieurs années durant, Naziha et Madona nous invitent à partager ce vibrant hommage et promettent de nous guider au fil de leur émotion teintée de nostalgie dans les pas d’une femme qui aura marqué l’histoire.


Naziha Meftah et Madona Rouhana (chant), Elie Achkar (qânûn & direction), Hatem Bedoui (derbouka), Georges Daccache (clavier),Yassine Ayari (flûte nây), Jasser Haj-yousef (violon).
 
 

 
"Une diva illumine les jours sombres de Beyrouth" 
Faiyrouz dans le "New York Times"
 
par IRENE MOSALLI, publié dans l'Orient-le Jour le 5 décembre 2006
 
L’art au Liban l’a emporté sur la politique dans l’édition du dimanche du New York Times qui a consacré trois colonnes au spectacle "Sah el-Nom", alors que le sit-in de l’opposition est relaté en une colonne. L’article intitulé "Une diva illumine les jours sombres de Beyrouth" est illustré d’une très belle photo de Fairouz étalée sur trois colonnes. On peut notamment lire : "Lorsqu’elle est apparue sur scène vêtue de soie couleur abricot, il y a eu dans l’audience des larmes, de forts applaudissements et des cris de joie. Faiyrouz se produisait à Beyrouth et son pays, semble-t-il, n’a jamais eu autant besoin d’elle." Et l’auteur de l’article, Katherine Zoepf, de rappeler que durant ces derniers jours, des tanks de l’armée avaient pris position aux intersections du centre-ville où se déroulait la grande manifestation du Hezbollah alors que les rumeurs d’une nouvelle guerre civile étaient sur toutes les lèvres : "Mais les Beyrouthins de tous les quartiers étaient d’accord pour que Fairouz se produise comme prévu." Et de rappeler que notre ambassadrice auprès des étoiles devait à l’origine se produire en juillet dernier dans le cadre du Festival international de Baalbek, mais dont le programme avait été annulé à cause de la guerre avec Israël.

Ce nouveau rendez-vous avec le public a tenu malgré tout. Et ce dernier y a répondu, relate le New York Times : "Les spectateurs ont bravé la manifestation, les routes bloquées et les barrages de sécurité pour s’installer sur des chaises en plastique blanc, alors que des soldats patrouillaient dans les environs. Ils étaient venus de Beyrouth, de Saïda, de la Békaa." La journaliste américaine a recueilli leurs témoignages. "Fairouz est le rêve de tous les Libanais. Elle est majestueuse et mystérieuse, et on la voit rarement. Durant ce dernier week-end, il y a eu des rumeurs de coup d’Etat, mais Fairouz a refusé d’annuler le spectacle. Ma sœur et moi sommes si heureuses. Guerre civile ou pas, c’est peut-être la seule fois que je la verrai", dit Rosine Hajjar, 28 ans, originaire de la Békaa et psychologue. Pour Amal Hachem (29 ans, avocate beyrouthine), "le fait que Fairouz ait tenu bon est important, car elle est le symbole du Liban. Du Liban en guerre, du Liban en paix et du Liban en révolte. Elle nous fédère." Le mot de la fin est réservé à la présidente du Festival international de Baalbek, May Arida, qui, en voyant la salle se remplir, a dit : "Nous savions qu’il y aurait une certaine peur. C’est hier que nous avons decidé que “the show must go on”. En ces temps difficiles, nous avons besoin de Fairouz."
 

 
A Diva Brightens a Dark Time in Beirut
 
By KATHERINE ZOEPF, published in The New York Times on December 3, 2006
 
As she stepped onto the stage, a tiny figure in apricot-colored silk, some in the audience broke into tears, while others clapped and cheered. As she lifted her lace parasol, turned her famous hooded eyes to the balcony, and her song began, ululations of joy erupted from several elderly Lebanese ladies in formal evening dress seated near the stage. Fayrouz was performing in Beirut again at last, and her country, it seemed, had never needed her more. In recent days, armored personnel carriers have moved into position along highway on-ramps, at major Beirut intersections and on a bridge overlooking the Hezbollah demonstrators at Martyrs’ Square, and fears and rumors that civil war might return have swirled. All the while, Beirutis of every sectarian stripe seemed to agree on this: Fayrouz must sing as planned.
 

In the Arab world, the emotional resonance this 70ish diva commands is difficult to overstate. Many of the great anthems of Palestinian and Lebanese nationalism - not factionalism - are her songs. Passengers on cheap overnight buses between Syrian cities know that morning has come and their destination lies near when the driver turns on Fayrouz. From Damascus to Ramalla to Amman, Fayrouz’s unmistakable deep, quavering tones echo from radios and tape decks in cafes, shops and taxi cabs, reminding people of the long-lost rhythms of village life and the longer-lost, golden years of peace. “Fayrouz is the music of our lives,” said a young Arab Israeli man in Haifa last week, who gave his name as Said. “She plays from dawn till midnight, every day, everywhere we go. She is the symbol of Lebanon and of Palestine. We all love her.”

 

Just how true that is in Lebanon seemed clear on Friday night, as she took the stage before tens of thousands of people at a convention center on the Beirut waterfront, to perform in “Sah el Nom,” a musical comedy. They had braved the demonstrations, blocked roads and multiple security checks to occupy white plastic chairs while scores of soldiers with AK-47s patrolled outside. Some came from Beirut, some from Saida, a mainly Sunni town considered the gateway to southern Lebanon. Rosine Hajjar, 28, a psychotherapist from the Bekaa Valley, a predominantly Shiite region, said she had planned and saved for months for this night. “Fayrouz is a dream for all Lebanese people,” Ms. Hajjar said. “She is majestic, she is mysterious, and it is very rare to see her. There were so many rumors this weekend of a coup d’état. But Fayrouz refused to cancel, and my sisters and I are so happy. Whether there is a new civil war or not, I feel sure that this will be the first and last time in my life that I will ever see her.” Amal Hachem, 29, a lawyer from a Christian neighborhood in Beirut, said: “The fact that Fayrouz went ahead with this means a lot for Lebanese people. She is the symbol of Lebanon. Lebanon in war, Lebanon in peace, and Lebanon in revolution. She brings us together.”

 

“Sah el Nom” concerns a self-serving king who demands impossible favors when his people ask for help, but who comes to change his ways through the intervention of a good, brave village woman, played by Fayrouz. But even symbolism and inspiration sometimes have to take a back seat to age and the sound requirements of a convention center. As the performance progressed, there were hisses and whispers - soon hushed by diehard admirers - as her lips occasionally moved out of time to the voice singing from the speakers, or as she focused on dancing, and the voice sang on. Born more than 70 years ago - no one seems certain just how many - as Nouhad Haddad, she was dubbed Fayrouz, or Turquoise, by an early musical mentor. For more than 50 years, she and several family members - her husband, the composer Assi Rahbani, his brother Mansour, a lyricist, and a son, Ziad - have been the musical royal family of the Levant. The Rahbani brothers wrote most of the material that Fayrouz has regularly performed throughout her career, including “Sah el Nom.”

 

They are the rarest of public figures in Lebanon: artists whose standing is above politics. Throughout the 15 years of Lebanon’s civil war, they never took sides. Fayrouz was to sing in “Sah el Nom” at the ancient Roman acropolis in Baalbeck, where an international music, theater and dance festival is held each summer. But the Israeli-Hezbollah war began that very evening, and the performance was canceled. Throughout the 34-day war, Fayrouz’s patriotic songs, including “To Beirut” and “The True Lebanon Is Coming,” were everywhere. But she never appeared. The festival’s organizers decided to move the program to Beirut. Fayrouz had not performed here since 1994, and ticket sales were frantic. May Arida, the festival’s president, watched as the audience filed in on Friday night. “We knew there would be some fear,” she said. “We didn’t make the decision until yesterday, but we finally decided that the show must go on. In a difficult time, we need Fayrouz.”
 
The Lebanese singer Fayrouz performing Friday night in the musical comedy
"Sah el Nom" in Beirut 

 
L’Espagne fait chanter et danser le "Bustan"
FESTIVAL - Seize performances, du 21 février au 25 mars
 
paru dans l'Orient-le Jour le 10 janvier 2007
 
C’est d’un commun accord que le comité du Festival al-Bustan à Beit-Méry a voulu maintenir la date prévue des spectacles. Dans une conférence de presse tenue hier à l’auditorium Emile Boustany, le programme des festivités a été présenté. Thème : l’Espagne et son soleil, qui illuminerait l’hiver libanais. "Les difficultés étaient grandes cette année et nous avons eu beaucoup de mal à convaincre les artistes à venir au Liban, avoue Myrna Boustany avant d’introduire le programme. Mais le comité m’a encouragée à prendre cette décision et à persévérer dans ce travail que nous jugeons plus que bénéfique pour le pays." Un programme réduit, regroupé sur quatre semaines, mais diversifié et riche qualitativement. "Car, par ailleurs, comme l’a si bien précisé Myrna Boustany, s’il faut couvrir toute l’Espagne, il faudrait faire plus de cinq festivals." Cette édition 2007 donc, majoritairement hispanique, rassemblera sous son chapiteau des interprètes espagnols ou vivant dans les villes d’Espagne. Une soirée consacrée à la France, avec un monologue signé Jean Piat, et une autre entièrement à Beethoven contribuent à rendre ces manifestations colorées et festives. A noter une nouveauté dans ce festival : du lundi 12 au dimanche 18 mars, Pepa Chacon, professeur de danse flamenco à Madrid, donnera des cours de "Sevillanas". Le cours complet comprend 5 leçons et sera suivi d’une répétition samedi 17 mars à 18h30 et d’un spectacle donné par Pepa Chacon et ses élèves le dimanche 18 mars à 20h30.

Programme :
- Mercredi 21 février, auditorium Emile Boustany, 20h30
Un soir dans les jardins d’Espagne avec deux artistes habitant Barcelone : Kai Gleusteen au violon et Catherine Ordronneau au piano. Avec l’Orchestre symphonique national libanais dirigé par Guerassim Voronkov.
- Vendredi 23 février, église Saint-Joseph (USJ), 20h30
Rien que Beethoven avec Lluis Claret au violoncelle, Kai Gleusteen au violon, Catherine Ordronneau au piano, accompagnés par la chorale de la NDU et l’Orchestre symphonique national libanais sous la direction de Guerassim Voronkov.
- Samedi 24 février, auditorium Emile Boustany, 20h30
Musique à deux avec Kai Gleusteen au violon et Catherine Ordronneau au piano.
- Mercredi 28 février et jeudi 1er mars, église Notre-Dame de Jamhour, 20h30
Requiem flamenco por la Tierra, Paco Peña & Compagnie avec la chorale d’adultes et d’enfants de la NDU, sous la direction de Rob Vermeulen. La première de ce Requiem qui évoque la vie éphémère sur terre a été présentée dans la cathédrale de Salzbury en 2004. Un spectacle à la dramaturgie forte et poignante.
- Lundi 5 mars, Crystal Garden, 20h30
En suivant la route du flamenco. Six artistes, six traditions, avec l’ensemble Badila, formé de percussionnistes français et de danseurs et chanteurs iraniens. La route du flamenco commence en Inde, traverse la Perse, l’Irak et le Yémen pour se terminer en Andalousie.
- Jeudi 8 mars, auditorium Emile Boustany, 20h30
Sur le chemin d’Aranjuez avec José Maria Gallardo del Rey à la guitare et Sasha Rozhdestvensky au violon, soutenus par l’Orchestre symphonique national libanais sous la direction d’Edmon Colomer. Au programme également le Concerto d’Aranjuez et le Concerto n°3 au violon de Saint Saëns...
- Samedi 10 mars, auditorium Emile Boustany, 20h30
Chanta la Mui (Chut, attention ! Ils dansent...)
Avec Olga Pericet, Daniel Doña et Marco Flores. Entre danse contemporaine et flamenco, un spectacle qui combine humour et légèreté.
- Mardi 13 mars, musée Guiragossian, 20h30
Dix guitares et des tapas avec l’ensemble Guitares de Cèdre. Dix guitaristes libanais serviront des morceaux choisis dans une ambiance agréable accompagnée de tapas et de sangria.
- Mercredi 14 mars, auditorium Emile Boustany, 20h30
La magie du piano, avec Vestard Shimkus. Au programme : des morceaux de Haydn, Soler, Liszt...
- Jeudi 15 mars, auditorium Emile Boustany, 20h30
Chants arabes de l’Andalousie. Soirée de "mouachahat" avec la chorale et les musiciens du Conservatoire national libanais et Aïda Chalhoub, chef de chœur.
- Vendredi 16 mars, Crystal Garden, 20h30
Viva Espana !... Zarzuelas. Opérettes avec le ténor Francisco Corujo et Nauzet Mederos au piano.
- Samedi 17 mars, ALBA, 20h30
L’heure espagnole de Maurice Ravel. Une nouvelle production de l’opéra-bouffe préparé par les étudiants de la 4e année des beaux-arts de l’ALBA avec des marottes géantes sur scène.
- Mardi 20 mars, auditorium Emile Boustany, 20h30
Impromptu de Sacha Guitry. Journée de la francophonie avec Jean Piat dans son dernier spectacle qui triomphe actuellement au Théâtre des Champs-Élysées.
- Mercredi 21 mars, auditorium Emile Boustany, 20h30
Avec brio, avec Samir el-Ghoul au piano. Le pianiste libano-équatorien, installé en France, interprétera des extraits d’Albeniz, de Tchaïkovsky et de Schubert.
- Samedi 24 et dimanche 25 mars, auditorium Emile Boustany, 20h30
Carmen de Bizet avec l’Helikon Opera. Une réalisation très contemporaine avec plus de 90 interprètes et une dizaine de techniciens.
 
Les enfants de la Chanterie de Beyrouth dirigée par Noha Hatem ont donné en
compagnie de Mayssa Karaa deux concerts de Noël au "Bustan"les 22 et 23 décembre

 
Jean Merhi mobilise des photographes français pour le Liban
Aider, par l’action artistique, à mieux comprendre l’image du pays du Cèdre
 
par ZENA ZALZAL, publié dans l'Orient-le Jour le 27 décembre 2006
 
Photographe, réalisateur-vidéaste et responsable des archives vidéos à la Maison européenne de la photographie ( www.mep-fr.org ), Jean Merhi vit depuis plus de vingt ans à Paris, sans oublier, pour autant, ses racines libanaises. Un attachement au pays qui se traduit chez lui en actions culturelles menées dans un objectif de promotion d’une certaine image du Liban. Instigateur en 1998, avec Henri Chapier (président de la Maison européenne de la photographie), du Mois de la photo au Liban, qui avait fait connaître, ici puis en France, nombre de jeunes photographes de talent, il avait également monté, l’année suivante (en collaboration avec le ministère libanais de la Culture et l’Unesco - Paris), une expo-photo collective et itinérante, intitulée "Un autre regard sur le patrimoine". Toujours concerné par ce qui se passe dans son pays natal, Merhi ne pouvait rester passif face aux événements de juillet dernier - auxquels est venue se greffer la crise actuelle. Il a donc décidé de mobiliser des collègues photographes français pour qu’à travers des travaux - hors reportage - ils contribuent à donner à leurs compatriotes un éclairage senti de la situation au Liban.

Portraits "électrocathodiques"
Pour mieux encadrer son action, le photographe-vidéaste libanais a fondé une association, "Artistes pour le Liban", à laquelle ont souscrit en tant que membres d’honneur Amin Maalouf, Charlotte Rampling ou encore Abdel-Rahman el-Bacha... Actuellement en cours d’enregistrement, cette association entamera officiellement ses activités en février 2007, à Paris, par une soirée de projection vidéo qui sera suivie au cours du même mois par une double exposition photos. Une exposition qui montrera justement les travaux exécutés, début décembre, par deux photographes français, Pierre Giorgio Lomascolo et Anne-Françoise Pelissier, lesquels étaient venus passer une dizaine de jours à Beyrouth, pour réaliser, chacun, un projet personnel. Le premier a fait une série de portraits. "Pierre Giorgio a choisi de photographier des Libanais de tous âges et de différentes confessions et tendances. Il les a fait poser les yeux fermés, avec des électrodes sur le front, en leur demandant de rêver à leur propre Liban. Puis d’établir, chacun, l’année au cours de laquelle la vision de leur Liban idéal pourra être concrétisée. Un procédé par lequel il cherche à transmettre une impression de connexions de pensées entre sujets photographiés et spectateurs, indique Merhi. Quant au travail d’Anne-Françoise Pelissier, il s’inscrit en quelque sorte dans le registre d’une mémoire des lieux, puisqu’elle est partie, pour sa part, à la rencontre des familles libanaises qui avaient accueilli chez eux les déplacés de la guerre de juillet".

Christine Spengler en février à Beyrouth
C’est à l’instigation de Serge Akl, directeur de l’Office libanais du tourisme à Paris (qui participe à la production de cet événement), que le choix s’est porté sur ces deux photographes, "qui connaissaient déjà le Liban pour y avoir réalisé des brochures touristiques", explique Jean Merhi. Qui, pour sa part, a convaincu Christine Spengler, la fameuse reporter de guerre (elle a couvert, entre autres, pour l’agence Sipa-Press, les événements du Cambodge, du Vietnam, d’Iran, d’Irlande du Nord, d’Irak après la chute de Saddam), de revenir en février 2007 au Liban où, durant les années quatre-vingts, elle avait été kidnappée par les Mourabitoun et sauvée de justesse grâce à l’intervention de Walid Joumblatt. Cette grande photographe - qui a été nommée, il y a quelques mois, chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres et dont les clichés ont fait la une des plus prestigieuses revues et quotidiens, Le Figaro, Time, Newsweek, El-Païs, Paris-Match, etc. - est sensible à la condition de la femme dans les pays arabes. C’est là une des motivations de sa venue à Beyrouth en février prochain pour réaliser un projet "porteur d’un regard d’espérance", à travers une approche des femmes et des familles dans les villages touchés par les derniers bombardements israéliens.

Par ailleurs, au cours de la soirée de lancement, qui se déroulera donc en février à la Maison européenne de la photographie, Jean Merhi présentera un diaporama retraçant "l’évolution sur le terrain des projets des deux photographes" ainsi qu’un documentaire (52mn) qu’il a lui-même signé, incluant une série de rencontres avec différents intervenants de la scène artistique - et même politique - libanaise. "Le paysage politique libanais est tellement complexe et changeant qu’il fallait offrir aux gens de l’extérieur une vision plus juste, des impressions plus directes, notamment à travers ces œuvres photographiques", indique Merhi. Si, dans un premier temps, l’objectif de cette association est de faire parler du Liban, à travers les œuvres des photographes et plasticiens français, à moyen terme, il s’agira également de promouvoir les photographes, vidéastes et plasticiens libanais par le biais d’expositions collectives en Europe. Pour ce faire, l’association, qui financera ses activités en prélevant la moitié des bénéfices des ventes des œuvres qu’elle expose, compte également sur le soutien des donateurs. "Cela en attendant de réorganiser le plus rapidement possible, dès que la situation le permettra à nouveau, le Mois de la photo au Liban", soutient, plein d’espoir, Merhi.
 

 
Concepto de Cultura Arabe, LA REVISTA ARABE, Argentina

 

Precisamente el concepto de "cultura arabe " define el conjunto de idioma, costumbres , creencias etc. El pasado vivido como propio , las pertenencias ; es decir todos aquellos saberes y sentires que nos ligan al pasado. Domingo Sahda (Santa Fe-Argentina)

 

Herederos y portadores de casi diez mil años de historia, los árabes en cuya idiosincracia yace un inmenso caudal de cultura , se consideran entre los que más contribuyeron a la civilización universal. Es obvio el hecho que aún azotados por destructoras invasiones , jamás renunciaron a su misión Literario-Espiritual. Si trazamos una linea desde Gilgamech a Hammurabi, Isa (Jesús), Muhammad (sas), Averroes y Gibrán, observamos que su pensamiento abarcó casi todos los siglos. Los árabes por lo tanto, no pueden renunciar a su misión cultural, quizás porqué se sienten en gran parte artífices de esa historia del hombre, que como nunca, está padeciendo los peligros de la decadencia y la desaparición. Prof. Juan Yaser

 

Humor de Arabes - "Saca la bomba, Vallejos"
Transcurría el año 1923 en la ciudad de Gualeguaychú, don Hamud Dahuc, papá de Carlos y de Morat, era un verdadero ejemplo de la sociedad de ese tiempo. Tenía una relojería, vendía repuestos y fabricaba bicicletas y además era armador de las primeras radios a galena, que muy poca gente tenía en ese tiempo. El acontecimiento deportivo de esa época era el match de boxeo por el título mundial, entre el argentino Firpo y el norteamericano Densey. En calle Rocamora entre Jurado y Gervasio Mendez, estaba el negocio de don Hamud Dahuc. La noche de la pelea se comenzó a juntar el vecindario para escuchar por la radio a galena el combate. Don Hamud se había puesto los auriculares y por si ganaba Firpo trajo el mortero para tirar bombas de estruendo. Esto ya era de dominio público. En un pasaje emotivo y electrizante del combate que " relataba " para la gente don Dahuc, cuando Firpo saca de una trompada a Densey del ring, don Hamud emocionado lo relata medio en árabe, medio en su media lengua española, y le hace una seña al encargado del mortero diciendole : "Saca la bomba Vallejo". Transcurren unos segundos y el campeón mundial es devuelto por el público al cuadrilátero y sigue peleando, de tal suerte que con el transcurrir de los minutos, la pelea se torma favorable al norteamericano y de no creer, termina ganándole la pelea al compatriota Firpo. Entonces viene la seña y de inmediato la orden : "Guarda la bomba, Vallejo". En cuatro palabras había dicho todo. Esta frase quedó en el recuerdo de la gente de Gualeguaychú hasta nuestros dias. Había perdido Firpo, Guarda la Bomba Vallejos.
 
 

 


 
Théâtre - Voyage aux pays du souvenir
L'Espace Go accueille Forêts de WAJDI MOUAWAD à son retour d'une première tournée triomphale en France
 
par MICHEL BELAIR, publié dans le Devoir le 6 janvier 2007
 
Wajdi Mouawad a l'air sombre. Préoccupé plutôt. Visiblement, cette nouvelle phase de tensions au Liban -- en sortira-t-on jamais? -- le déchire. Comme s'il s'était mal remis du voyage qu'il devait faire là-bas puis qu'il a dû annuler au dernier moment... Nous sommes là pour parler de Forêts, le troisième volet de sa grande fresque dramatique amorcée avec Littoral puis poursuivie avec Incendies, que l'on revoyait récemment au TNM. Il arrive de Québec, le chevalier à la sombre figure, où il a répété avec un nouveau comédien qui se joint à l'équipe de Forêts après une première tournée qui a reçu un accueil délirant en France -- Le Monde, Le Nouvel Obs et L'Humanité se sont montrés dithyrambiques. Mais l'homme qui est devant moi semble bien loin de tout cela déjà. Tout au long de l'entrevue, entre les lignes, dans les silences qui viendront jalonner la conversation tout comme dans le feu des mots, le fantôme du drame qui perdure au Moyen-Orient se dressera là, entre nous, au beau milieu de la table de ce petit café de la rue Laurier, à quelques jours de Noël. Sans jamais nous quitter...

Collisions temporelles
Pourtant, le lien entre Forêts et ce qui se passe au Liban est très mince, "ténu", dira le metteur en scène. "C'est la suite des deux autres pièces par son rapport au temps, au passé, à la famille, mais c'est tout. Forêts pose une question : comment la réconciliation est-elle possible ? J'y aborde encore le thème de la famille, oui, mais dans un sens complètement différent, très loin du poids du "sang", de la malédiction presque qui pesait sur les personnages de Littoral et d'Incendies. C'est aussi une pièce qui débouche sur l'amitié. Et ce qui la caractérise d'abord, c'est ce qu'on peut appeler les "collisions temporelles" dans lesquelles elle s'articule."

Pour me faire saisir tout cela, le metteur en scène bifurque tout à coup du côté de ses souvenirs et se met à parler d'une promenade dans un cimetière, quelque part en France durant la série de représentations européennes d'Incendies... "Je me suis retrouvé devant une vieille tombe, attiré par les dates gravées dans la pierre : l'homme enterré là avait vécu les trois guerres franco-allemandes. Celle de la fin du XIXe et les deux épouvantables charniers de 14-18 et de 39-45 qui ont fait plus de douze millions de morts... Et puis aujourd'hui, après la guerre froide, le Marché commun et la création de l'Union européenne, il y a même eu cette alliance entre les deux pays jadis ennemis pour tenter d'empêcher l'injustifiable invasion de l'Irak. Malgré tous les morts, malgré toutes les haines accumulées... Comment la réconciliation a-t-elle été possible? Et si celle-là s'est faite, pourquoi d'autres qui paraissent impensables encore ne pourraient-elles pas se faire ? Cela n'apparaît nulle part dans Forêts, mais c'en est le point de départ."

Et où se placent les "collisions temporelles" dont vous parliez ?
"Dans le théâtre, dans ce qui se construit, un élément à la fois. J'ai fait se télescoper des histoires différentes pour que l'on en perçoive les liens d'une façon différente. Forêts, c'est d'abord la mise en relief du langage du théâtre, de ses conventions et de sa "vérité" bien particulière aussi ; sa construction sur scène, devant tout le monde et avec tout le monde, par suite de l'implication émotive des spectateurs et des comédiens qui découle de l'opération... Ces collisions temporelles entre des histoires qui s'imbriquent l'une dans l'autre deviennent elles-mêmes un langage. On y voit, par exemple, dans le même mouvement, une fille assister à la mort de sa grand-mère alors que celle-ci donne naissance à sa mère. Le récit prend ainsi de l'ampleur dans la tête du spectateur qui, sans pouvoir vraiment saisir tout de suite toutes les implications, se rend compte qu'il participe lui aussi à la construction du spectacle."

Chagrin
Un sentiment fait le lien entre toutes ces histoires : le chagrin, "porté à doses massives, puissantes, par les acteurs". Mais il y a un personnage aussi que l'on suivra tout au long, une jeune femme qui porte le nom de Loup. "C'est une adolescente ; c'est par elle, à travers elle, que j'ai choisi de raconter l'histoire de Forêts, poursuit Mouawad. Et comme tous ces adolescents que je n'arrête pas de mettre en scène depuis Alphonse [un texte jeunes publics monté à la Maison Théâtre au début des années 1990], elle poursuit une sorte de quête : Loup veut comprendre le désespoir et la désillusion qui l'ont envahie depuis qu'elle a perdu la magie de l'enfance. C'est elle qui devient le pivot central autour duquel tournent toutes ces histoires : elle choisit de faire face, d'affronter l'histoire, et l'on suivra sa métamorphose tout au long de sa quête." Ceux qui connaissent l'oeuvre de Wajdi Mouawad ne seront pas surpris par la démarche entreprise par le personnage énigmatique de Loup : ce violent cri de protestation devant la perte de l'enfance, qui peut aussi ressembler à la douleur de la séparation et au sentiment d'être abandonné, s'élève dans presque tous les textes du dramaturge. Chaque fois, il raconte ce que Mouawad décrit comme "l'insondable difficulté de nommer tout ce qu'il faut acquérir pour trouver la force de vivre -- malgré le quotidien ravageur et les appels à la conformité -- en restant lié à la poésie de la vie. C'est un peu cela que je veux raconter : une résistance, un combat, une lutte contre le chagrin".

Une lutte qui ouvre sur une sorte de promesse : celle de l'amitié
Si c'est le même cri, la même révolte que l'on entend dans Forêts que dans Willy Protagoras, Littoral ou Incendies, le metteur en scène s'empresse de souligner qu'il ne prend jamais tout à fait les mêmes moyens pour creuser le destin de ses personnages ; "un peu comme Fred, dans les aventures de Philémon, n'emploie jamais le même moyen pour faire passer son héros d'un monde à l'autre". Pas mal, celle-là : Wajdi Mouawad dans les nouvelles aventures de Philémon sur les lettres de la mer Méditerranée... Un ange vient de passer. Et d'emporter aussi une amorce de conversation sur la récente nomination de Mouawad au poste de directeur artistique du Théâtre français du Centre national des arts, à Ottawa ; comme tout cela ne se fera vraiment qu'en septembre, on trouvera bien l'occasion d'y revenir à un moment plus approprié. Mieux vaut pour tout de suite laisser le plus de place possible aux aventures de Philémon, pardon, de Loup aux pays du souvenir...

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Forêts
Texte et mise en scène de Wajdi Mouawad. A l'Espace Go, du 9 janvier au 10 février, puis au Trident à Québec (du 20 février au 17 mars) et au CNA (du 27 au 31 mars) avant de repartir en tournée en Europe - www.espacego.com/2006-2007/01communiques/0607-Forets.html .
 

 
"La route vers Cana" de Jalal Khoury
Au Monnot, troublant constat des lieux
 
par EDGAR DAVIDIAN, publié dans l'Orient-le Jour le 16 décembre 2006
 
Quatre acteurs et une chanteuse pour une dramatisation de Cana, petit village mythique au Sud qui a tristement volé la vedette à l’actualité cet été à cause d’une sanglante guerre israélienne. Tel est le spectacle, en arabe, de "Tarik ila Cana" ("La route vers Cana") de Jalal Khoury, qui en signe le texte et la mise en scène. Depuis "Geha aux villages frontaliers", une œuvre dramaturgique marquante des années d’avant-guerre, Jalal Khoury semble revenir, mais dans une optique, une inspiration et un état d’esprit différents, vers les lieux de ses premières amours… Décor minimaliste pour figurer quelques vestiges de pierres sculptées, battus par le vent. A l’extrémité de la scène, une loggia. Une loggia un peu surélevée où, derrière un voile noir, se groupent, tout vêtus de noir comme un chœur à l’antique, une chanteuse et des musiciens avec oud, bouzouk, qanun, nay, clarinette et percussion. Subterfuge musical déjà utilisé, presque un remake à l’identique, de la précédente pièce Hindiyé, d’inspiration mystique de Jalal Khoury.

Dans ce cadre austère et dépouillé, par-delà quelques notes cristallines de qanun et quelques plaintes charnues et mélancoliques du oud, surgit un narrateur, ni archéologue, ni poète, ni historien. Un peu Monsieur Tout-le-monde peut-être. Un narrateur surtout tourmenté par l’esprit des lieux. Un narrateur aux confins de saint Thomas, en quête de précision, de tangibilité, de conviction presque tactile. Un narrateur en quête d’une exactitude géographique, d’une explication sans équivoque pour ce haut lieu d’un miracle qui n’a pas fini d’étonner et d’éblouir le monde. Un lieu où l’eau a été transformée en vin… Mais est-ce bien cette rocaille éparse qui serait le témoin à la fois silencieux et éloquent de l’histoire rapportée par les évangiles ? Pour cette longue et insoluble méditation, répartie en un âpre dialogue philosophique, religieux et politique, vient un être mystérieux, un passant qui ne déclinera jamais son identité. C’est un passant - ni guide ni instituteur - dont la voix est celle de la connaissance, de la conscience et du cœur… Comme un ange intérieur qui, écartant le fatras des parts d’ombre, guide les pas et la pensée vers la lumière…

Dialogue serré, appuyé, qui fait démarrer lentement la pièce. D’autant plus que les deux acteurs (Ayman Ghannam et Mounir Ghaoui) ne semblaient pas maîtriser les nuances et parfois les envolées lyriques d’un texte déjà ardu... Et puis débarque un couple bruyant et "coloré", non pas de simples touristes, mais des croyants d’autres horizons au verbe teinté de raisonnements occidentaux et hindouistes… Une sorte de cheftaine scout, une "clergywoman orientaliste" et un Ramakrishna grimaçant, avec galette de cheveux à l’occiput, sautant aux conclusions ahurissantes entre réincarnation et Karma ! Cela pimente la discussion, cravache les platitudes, anime la scène.

L’écho des siècles
Et alors Cana passe au crible des diverses civilisations pour un troublant constat de l’état des lieux. On ne se défait pas facilement et impunément de deux mille ans d’histoire… Jalal Khoury, jongleur d’idées, pour mener à bien ses analyses, en homme de scène rompu au métier, déploie alors la richesse d’une culture époustouflante. Une vaste culture qui mélange, avec brio et humour, notions politiques, sociales, métaphysiques, philosophiques, économiques et, bien entendu, religieuses. Mélange explosif, hilarant, détonnant, tendu. C’est ce qui s’appelle, sans nul doute, entendre tous les sons de cloche… Même si la trame est d’une grande simplicité, l’histoire est menée rondement et adroitement, avec quand même certains moments creux. Etourdissant brassage de connaissances, dextrement agencées, pour faire la jonction des idées reçues, manipulées, imposées ou acceptées en toute humilité, pour écarter le doute et la suspicion, pour trouver la lumière et chasser ce qui obsède inutilement. Dans cet intempestif choc de données, cet impétueux ouragan de valeurs humaines et spirituelles, rien de mieux que d’écouter son cœur. Le cœur est ce qui révèle la vérité.

Les acteurs sont inégaux dans leur prestation. Si Fadia Saaibi et Chadi el-Zein accentuent outrancièrement leurs intonations d’Américaine et d’Indien de Kerala, leur performance frise celle d’un théâtre de boulevard, ce qui rafraîchit et détend certes l’atmosphère, mais minimise souvent la force des arguments jetés comme dans une comédie légère. Les intermèdes musicaux (portant la griffe de Samy Hawat) sont très beaux et le chant de Reem al-Chaar, d’une vibrante incantation, touche par sa sensibilité et sa douceur. La route vers Cana est une pièce à thèse, au texte dense et richement documenté, de Jalal Khoury. On convient, le doute a des limites, les pierres ne parlent pas, le rêve est un compagnon indispensable et le cœur ne ment pas… A voir, pour que les images d’une guerre inadmissible ne s’effacent pas de la mémoire en toute impunité. Le ruban de la route vers Cana a les millénaires pour escarpements et bordures…C’est cet écho des siècles qui fait la force et le pouvoir dramaturgiques de la dernière pièce de Jalal Khoury. 
 

 
Quatre CD de Béchara el-Khoury chez Naxos
 
paru dans l'Orient-le Jour le 29 décembre 2006
 
Compositeur-poète libanais installé à Paris, Béchara el-Khoury a fait récemment l’événement avec son classement dans les meilleures ventes de musique classique sélectionnées par The Penguin Guide pour l’année 2006. Quatre CD de musique symphonique portant sa signature viennent de paraître chez Naxos, dont le tout nouveau opus, dédié aux victimes du 11 septembre, intitulé fort explicitement New York, Tears and Hope (NewYork, larmes et espoir) sous la direction de Martiyn Brabbins. Sur cette platine voisinent aussi Les fleuves engloutis, op 64 (sous la direction de Daniel Harding), un Sextuor pour violons, Vagues pour piano, op 60, ainsi que Fragments oubliés (pour piano), op 66. Au clavier, se succèdent Hideki Nagano et Dimitri Vassilakis.

Musique à tempérament, d’un lyrisme majestueux, l’œuvre de Béchara el-Khoury, avec ses roulements de tambour, ses images sonores somptueuses, son tumulte harmonieux, sa part d’orientalité adroitement distillée dans une mer houleuse de notes s’ouvrant à la culture occidentale, ne laisse pas l’auditeur, surtout étranger, indifférent. Dans son interview avec Viviane Ackerman, Béchara el-Khoury répond en ces termes à la question de savoir si la musique classique contemporaine est accessible au grand public : "Bien sûr ! Où est le problème ? Les gens ont des goûts différents qui évoluent avec le temps. Il faut aussi, peut-être de temps en temps, une certaine persévérance. Mais ce n’est pas une condition absolue. La musique doit toucher les gens… c’est son but. Le problème d’une partie de la musique contemporaine et de ses auteurs est qu’elle se perd dans des problèmes intellectuels, complexes, souvent avec un mauvais résultat sonore, mais surtout sans aucun intérêt sauf pour ceux qui composent ce genre de musique. Une grande partie de la musique contemporaine est vraiment accessible, mais parfois il faut réécouter l’œuvre. C’est comme l’amour : il y a des coups de foudre qui ne durent pas et d’autres rencontres qui se construisent solidement à travers l’expérience et le temps."
 
 

 


 

290, rue du Liban
Photos de JOANNA ANDRAOS et CAROLINE TABET
A la galerie Pièce unique, Saifi Village, Beyrouth, jusqu’au 20 janvier

"Cela que je vois s’est trouvé là, dans ce lieu qui s’étend entre l’infini et le sujet ; il a éte là, et cependant tout de suite séparé ; il a éte absolument, irrécusablement présent, et cependant déjà différé." La chambre claire de Roland Barthes, Gallimard, 1980
 
par ALEXANDRE MEDAWAR

Beyrouth vit toujours, brille et ne cesse d'attirer vers elle regards et convoitises. Maintes fois violée et malmenée, elle n'a pourtant jamais cessé de s'accroître et de s'étendre, engloutissant les hommes et les passions. Beyrouth aurait pu connaître le destin de Carthage, mais à se nourrir de l'énergie de ses habitants, elle poursuit sa mue et se transforme sans cesse et sans épargner les destins malheureux qui, de jour comme de nuit, alimentent en continu ses artères, avant d'échouer inexorablement dans l'une des strates de son histoire. Dans les murs, dans les sous-sols, dans le limon du temps, s'accumulent alors les spectres de ceux qui ont vécu en elle.
 
290, rue du Liban. A cette adresse, si bien nommée, se trouvait une vieille demeure traditionnelle, de celles qui disparaissent chaque jour un peu plus dans la furie de la spéculation immobilière. Construite à la fin du XIXe siècle, elle a vu passer plusieurs générations de locataires. Juste avant la guerre civile de 1975, un homme, cordonnier de "l'hôpital des souliers", occupait un magasin au rez-de-chaussé qui donnait, comme tant d'autres sur une rue à deux pas de la ligne de démarcation. Que reste-t-il de sa vie ? Quelles traces a laissé l'histoire des générations qui, à un moment ou à un autre, ont vécu entre ces murs ? Car la vie imprime ses signes sur autant de supports que sont les artefacts, mémoires mortes, objets de la vie quotidienne et architectures. Et rien ne nous dit que les drames vécus ne vont pas aussi hanter plus en profondeur les couches superposées des surfaces sensibles aux présences humaines successives.
 
Beyrouth ne se défait pas facilement de ses fantômes. Comment alors capturer ces spectres, morts vivants dans la chair de la ville, quand ils s'échappent des décombres de l'ordre ancien que l'on saccage ? C'est à cette expérience que s'est livré, au 290 rue du Liban, Engram. Ce collectif d’expression visuelle crée par Joanna Andraos et Caroline Tabet traque depuis 2003 les présences éphémères, les absences marquées et les trajectoires fantomatiques des individus qui peuplent la ville, théâtre minéral des solitudes existentielles. Ces thématiques récurrentes prennent en général la forme de séries dans lesquelles, sous un ou plusieurs angles, l'appareil photosensible capture la trace non pas des événements - il n'y en a pas - mais des gestes de vie, ou plutôt, de ce qu'ils laissent réfléchir d'eux-même à la lumière du temps. Engram, à la manière des chasseurs de vampires, promène son miroir sensible sur les ruines et sur les corps évanescents, à la recherche des indices de la vie passée, des spectres incarcérés dans des strates oubliées.
 
Il ne s'agit pas tant de fixer ce qui est vu aujourd'hui, ni de mémoriser le lieu avant sa destruction, mais bien de laisser surgir, à travers un processus scénique plus ou moins arrangé, les fantômes de la mémoire, de les laisser librement imprimer sur la pellicule ce qu'ils voudront bien laisser entrevoir d'eux-même. Le rectangle de l'image devient alors le lieu de l'expression poétisée d'une projection des psychés des morts et des disparus. Leur absence prend corps dans l'image. Leur présence est retracée par la photographie. La mémoire de leur existence se réécrit à l'effet de la lumière, qui imprègne le lieu et les acteurs, sur le support argentique / numérique. Au 290 de la rue du Liban, le duo d'Engram s'est adonné à une expérience unique : faire, par séances régulières, la psychanalyse d'un lieu et de ses anciens habitants. Avec patience, il a écouté les fantômes, les a laisser parler et guider, comme dans une tentative de reconstitution de vies qui ne sont plus, les derniers témoins du lieu dans l'espace intérieur de la demeure. Puis vint le moment de la destruction finale. Sous les fondations de la maison, une nécropole romaine fut mise à découvert. On vous l'a dit, Beyrouth ne se défait pas facilement de ses fantômes.
 
"Sans titre", photographie de la série "Runa", 2006, de
Joanna Andraos


France 24, nouveau symbole
 
par PAUL CAUCHON, publié dans le Devoir le 11 décembre 2006

La nouvelle chaîne d'information continue France 24 est vraiment le symbole des nouvelles tendances multimédia : lancement original sur le Net, appel aux blogueurs pour se faire connaître, ouverture aux webcams des citoyens, et même des problèmes de droit d'auteur pour les journalistes. La semaine dernière, France 24 a d'abord créé un engouement en diffusant 24 heures sur Internet avant son entrée en ondes sur le câble et le satellite, ce qui serait une première. Selon ses dirigeants, un demi-million de personnes dans 108 pays se sont connectées sur Internet pendant les premières heures de diffusion. Les trois quarts des connexions provenaient de la France et des pays limitrophes, et 15 % d'Amérique du nord. Dès sa naissance, la chaîne investit massivement Internet. Un directeur Internet et Nouveaux médias coordonne une équipe de trente personnes, dont quinze "coordonnateurs Internet" qui sont chargés de la "hiérarchisation éditoriale" et de l'animation du site. Un site qui a l'ambition de devenir "le premier véritable site vidéo d'information internationale", selon le directeur Internet Stanislas Leridon.

France 24 prévoit offrir sur son site en vidéo sur demande et en streaming la totalité des vidéos diffusées à l'antenne, et il invite les internautes à lui envoyer leurs images. La chaîne prévoit également offrir des dossiers multimédia et des "chats" (on annonçait vendredi soir une rencontre sur Internet avec le premier ministre libanais, rencontre qualifiée de "talk de Paris", dans le pur style parisien...). Le lancement de la chaîne s'accompagne d'un autre phénomène caractéristique du nouvel univers multimédia, celui des conflits autour des droits d'auteur. En effet, les journalistes de France Télévision se sont opposés la semaine dernière à l'attitude de la chaîne, qui reprend leurs reportages. Le syndicat de journalistes estime qu'on viole les droits d'auteur : un article de la convention collective prévoit que l'employeur a le droit de céder à un tiers le droit d'exploitation des reportages, mais il faut obligatoirement en informer le principal intéressé.

Rappelons que France 24 est une chaîne détenue à part égales par TF1, grand groupe privé, et France Télévision, l'entreprise publique qui regroupe les télévisions publiques comme France 2 ou France 3. France 24 a ses propres équipes mais elle utilise pour environ le tiers de ses reportages les images de ses deux principaux partenaires, ce qui semble causer quelques résistances, sans qu'on sache exactement s'il s'agit plus d'une résistance de principe que d'une question de gros sous. Quoi qu'il en soit, c'est le genre d'enjeu qui se posera de plus en plus dans les grands groupes qui veulent utiliser le matériel journalistique sur plusieurs plate-formes. Mais France 24 se distingue aussi par son utilisation exceptionnelle des blogueurs. La chaîne a cinq blogues maison sur son site (un blogue économique, un blogue culturel, un blogue signé par la chroniqueuse spécialisée pour l'Europe, et ainsi de suite). Et la fin de semaine avant son lancement, France 24 avait invité une douzaine de blogueurs connus à visiter les locaux et à faire des entrevues, une autre première. J'ai d'ailleurs vu sur le blogue d'un de ces invités une vidéo où celui-ci se promène avec sa caméra pour rencontrer les journalistes et les dirigeants et pour filmer la salle de rédaction.

Selon Stanislas Leridon, le directeur Internet, France 24 a ainsi voulu "cibler les nouveaux leaders d'opinion" (c'est bien la première fois qu'on voit une grande chaîne qualifier les blogueurs de leaders d'opinion), et reconnaître que "ce sont de véritables relais d'opinion sur le net". De plus, ajoute-t-il, les blogueurs représentent "une nouvelle forme de journalistes: multimédia et interactif. Or, c'est exactement le nouveau modèle de média que France 24 est en train d'inventer avec une seule rédaction multimédia et plurisupports (TV, Internet, Mobile...), interactive et bien sûr internationale et polyglotte !". Leridon va encore plus loin : il a amorcé un dialogue avec ses invités pour éventuellement créer un réseau mondial de correspondants blogueurs. Visiblement, les blogueurs invités par France 24 ont beaucoup apprécié l'expérience. Mais compter sur le blogueurs est un exercice risqué, car ils sont très vigilants et critiques. Sur son blogue, le rédacteur en chef du secteur multimédia de la Télé Suisse Romande qualifie de "curieuses" les pratiques qui poussent France 24 à "mélanger savamment le monde de l'information et de la communication".

Car cette visite des blogueurs européens, qui comprenait avion et réception au champagne, a été organisée par BuzzParadise, une "plate-forme internationale de mise en relation entre les marques et les consommateurs avertis". "Information ? Promotion ? Communication ?, se demande ce blogueur. Déjà difficile à identifier dans les médias dits traditionnels, ces frontières deviennent quasiment impossibles à tracer dans les nouveaux espaces du type blog". Il faudra voir comment se développera le site Internet de la chaîne. Mais certains observateurs se demandent déjà si France 24 n'aurait pas pu tracer encore mieux la voie de l'avenir, en diffusant carrément et entièrement sur Internet.
 

Une musique pour s’évader le temps d’un soir
Avec LAURENT DE WILDE au Music Hall
 
par ZIAD BOUSTANI, publié dans l'Orient-le Jour le 22 décembre 2006
 
Pour le dernier concert de la saison 2006, le Liban Jazz Festival avait invité le Laurent de Wilde Trio à Beyrouth, afin de présenter son dernier album. Il devait venir accompagné, mais il est finalement venu seul, à l’invitation de Karim Ghattas, organisateur du festival, dont la dernière édition s’était déroulée à Paris en raison de la guerre de cet été. Laurent de Wilde est venu, en dépit de la situation que traverse le pays, pour apporter "un peu de paix et de musique" à ceux qui en ont le plus besoin, et offrir au public, présent ce soir-là, un moyen de s’évader, l’espace de quelques instants, tout en restant sur place. A quelques centaines de mètres du Music Hall, l’on pouvait entendre résonner les manifestants toujours là, mais dans la salle pas un bruit n’est venu perturber le long voyage musical que Laurent de Wilde a offert. Voyage d’autant plus passionnant qu’il s’agissait là d’un grand pan de l’histoire du jazz qui se déroulait ce soir-là, le musicien ayant eu la bonne idée d’alterner ses propres compositions et d’autres tirées du répertoire classique ou avant-gardiste (Duke Ellington, Monk…).

Seul à son piano, tournant presque le dos au public et éclairé simplement par de nombreuses bougies disposées un peu partout sur scène, Laurent de Wilde a fait progressivement monter la tension tout au long du concert, débutant sur un tempo très lent avant de, peu à peu, accélérer le rythme et finir magistralement, le souffle coupé. A la fin de chaque morceau, le musicien prenait la parole pour dire un peu plus sur ce qu’il venait de jouer et sur ce qu’il s’apprêtait à faire entendre, rendant le voyage encore plus agréable, car parsemé d’anecdotes et de références, en relation directe avec le concert. "Je voulais retrouver l’intimité du son, la possibilité d’un piano ténu, les ombres, le silence, ainsi qu’un matériel plus précieux et plus fragile." Ainsi s’exprimait le pianiste à la sortie de son dernier album, The Present, qui semble illustrer les paroles qu’écrivait la poétesse Dana Bryant il y a quelques années : "Yesterday is history, tomorrow is a mystery. But today is a gift. That’s why they call it : the Present".

Et c’est dans cette optique que le concert semblait se dérouler, faisant de chaque instant et de chaque note un monde en soi, tout à la fois présent et en perpétuel mouvement, schéma bien sûr propre au jazz mais qui dépassait largement le cadre conventionnel de cette musique. Bien sûr, la contrebasse de Rémi Vignolo et la batterie de Laurent Robin auraient permis au musicien d’aller encore plus loin dans son exploration du champ musical. Mais même seul, Laurent de Wilde réussissait à envoûter amateurs de jazz et mélomanes curieux présents dans la salle, tant la légèreté de son jeu et la finesse qui se dégageait de sa relation au piano permettaient à chacun de créer sa propre histoire autour de la musique qu’il donnait à entendre : du jazz bien sûr, mais beaucoup plus que cela aussi, de la musique tout simplement, jouée par un homme qui voit en elle l’une des seules manières de dépasser les errances, les doutes et surtout les conflits.
 
Laurent de Wilde  


 

Gengis Khan, retour vainqueur à Istanbul

EXPOSITION. Héros populaire en Turquie, le conquérant mongol fait l'objet pour la première fois d'une exposition dans la capitale turque. Où l'on découvre que ce seigneur, décrié en Europe, a su faire cohabiter des cultures très diverses

 

par DELPHINE NERBOLLIER, publié dans le Temps le 6 janvier 2007

 

"Emotionnellement, Gengis Khan est un membre de notre famille. Sans savoir s'il était Turc ou Mongol, nous en avons fait, en Turquie, un héros populaire, contrairement aux Européens qui le perçoivent comme un barbare. Regardez le succès du prénom Gengis parmi les enfants de ce pays et vous comprendrez." La directrice du musée Sakip Sabanci d'Istanbul, Nazan Olçer, ne cache pas sa fierté de présenter pour la première fois en Turquie une exposition consacrée au chef mongol et à son héritage, 800 ans exactement après la fondation de son empire. L'exposition, présentée l'an dernier en Allemagne, s'est depuis agrémentée de pièces issues du musée de Topkapi et a, du même coup, pris un tout autre sens : celui de rappeler aux Turcs, tournés vers l'Europe, que leurs racines se trouvent dans les vastes steppes mongoles. Plus précisément, dans les montagnes de l'ouest de l'Altaï où vécurent, au VIe siècle, les tribus turques du chef Bilge Khan. C'est avec l'évocation de ce passé, antérieur à Gengis Khan, que débute l'exposition. Dans une ambiance de rafales de vent et de hennissements de chevaux, le visiteur découvre successivement la couronne dorée de Bilge Khan, un monument funéraire dédié à son frère cadet Kultegin et, l'une des pièces centrales de l'exposition, une sculpture recouverte des plus anciennes inscriptions runiques turques jamais découvertes.


Autre particularité, cette exposition se veut résolument positive, déterminée à valoriser l'incroyable mélange de peuples et de cultures né de cet empire, sans s'attarder sur la cruauté et la violence des armées de Gengis Khan qui hantent encore les esprits européens. Bien sûr, c'est dans le sang que les Mongols ont réussi à fonder, du Pacifique à l'Europe, le plus vaste empire de l'histoire et à faire chuter, au XIIIe siècle, Pékin, Moscou, Bagdad, Kiev et Budapest. Mais leur génie consiste aussi à avoir réussi à gouverner cet immense empire, grâce à un système qui assura jusqu'au XVIe siècle les échanges commerciaux, culturels et artistiques. De Gengis Khan, né Temudjin, l'exposition ne présente rien de matériel. Mort en 1227 dans le nord de la Chine, sa tombe n'a jamais été découverte et reste taboue pour les Mongols. On se laisse néanmoins emporter sans peine dans son univers grâce aux arcs, armes et armures qui évoquent la puissance de ses troupes. Grâce aux textes juridiques du XIIIe siècle qui rappellent l'importance de la justice dans l'empire. Grâce à l'omniprésence des animaux, centraux dans la culture chamaniste de l'époque. Le cheval, bien sûr, devenu une véritable arme de guerre, est partout : sous forme de statuettes, dans des miniatures, sur des soieries, mais aussi sur le manche coloré d'un morin chuur, une sorte de violon à deux cordes. Elément central de la vie nomade, le cheval devient symbole du peuple mongol, à l'image de cet impressionnant étendard à neuf queues blanches. Un peu plus loin, une dizaine de petits marmots de six ans, accompagnés de leur maîtresse d'école, s'interrogent sur la signification d'une immense tortue de pierre datée du XIIIe siècle, symbole de durée, devenue effigie de Karakorum.


Karakorum, justement, à laquelle est consacrée une partie de l'exposition, capitale de l'empire avant d'être détrônée par Pékin, révèle au visiteur le multiculturalisme de cette période. C'est ici que se retrouvaient administrateurs, militaires, mais aussi artisans, souvent chinois, et commerçants, généralement musulmans. Des échanges qui prirent un envol sans précédent grâce à la Pax Mongolica, un système basé sur une administration efficace, sur un service de poste et de passeports - dont certains sont bien sûr exposés - et sur la tolérance religieuse et culturelle. Pour se faire une idée du bouillonnement intellectuel et commercial de l'empire, il suffit de pénétrer au second étage de l'exposition. Ici, une miniature datée de 1450, fabriquée à Shiraz, en Iran, dépeint l'assemblée des grands khans qui nomma Temudjin empereur, il y a exactement 800 ans. Là, c'est un dragon chinois représenté sur une peinture de Tabriz. Plus loin, on découvre une série de portraits d'empereurs Yuans, avec en tête celui de Gengis Khan. La filiation entre le chef mongol et la dynastie chinoise ne choque pas le visiteur qui, grâce aux superbes 600 pièces présentées dans les diverses pièces de l'exposition, aura découvert l'incroyable influence de Gengis Khan et de ses successeurs sur les peuples conquis. Une filiation qui perdure aujourd'hui au-delà de la Chine, de l'Asie Centrale à l'Iran, en passant par la Turquie.

 

Lieu : Musée Sakıp Sabancı de l’Université Sabancı, Sakıp Sabancı Caddesi, 22 Emirgan , Istanbul, jusqu'au 8 avril 2007 

 


L'Egypte sort de l'eau et fait rêver Paris

par PIERRE FORNEROD, publié dans Ouest-France le 12 décembre 2006
 
Une exposition pour rêver. Le Grand Palais, à Paris, présente près de cinq cents pièces d'archéologie sauvées des eaux égyptiennes. "C'est l'ancêtre de la Vénus de Botticelli", confie-t-il aujourd'hui. Pourtant quand il l'a vue surgir des flots, sans pieds ni tête, mais comme sensuellement drapée dans un voile impudique, Franck Goddio a peut-être songé aussi à Ursula Andress, la James Bond Girl de légende engagée contre Docteur No. Aujourd'hui, on l'a baptisée Arsinoé II. Une pharaonne taillée dans le granit noir au IIIe siècle avant Jésus-Christ, qui doit sans doute à son plongeon prolongé dans les eaux méditerranéennes d'avoir échappé au vandalisme, de la part des premiers chrétiens notamment. Très courtisée, elle est l'une des stars d'une exposition qui offre au regard 488 autres objets d'exception. Des colosses en granit de plusieurs tonnes, aussi bien que de minuscules pièces de monnaie qui racontent quinze siècles de l'Egypte. Le tout disposé dans une scénographie inventive et intelligente qui distille habilement ses informations dans un parcours magique : des salles entourées de photographies géantes et bercées de musique sourde vous donneront la sensation d'être dans les fonds sous-marins.

 

Alexandrie la commerciale
Parce que c'est là que l'aventure a commencé, il y a dix ans, quand l'archéologue Franck Goddio, guidé par son instinct et ses recherches, a plongé une première fois dans les eaux de la baie d'Aboukir. Avec son équipe, il va retrouver les vestiges de trois cités mythiques : Canope, un centre religieux réputé aussi pour ses plaisirs ; Héraclion, fondée là même où Héraclès (Hercule) mit le pied en Egypte, et Alexandrie l'immense centre commercial qui doit son nom à son fondateur l'empereur Alexandre le Grand en 331 avant J.-C. Ces trois sites racontent quinze siècles d'histoire, entre le VIIe siècle avant notre ère et le VIIIe après. Des dernières dynasties pharaoniques au début de l'époque islamique. Spectaculaire et contrastée, métissée et inventive, la destinée d'un urbanisme et d'une architecture qui ont moins souffert des hommes, entre crises, guerres et rivalités, que du climat : tremblements de terre, crues exceptionnelles, raz-de-marée à répétition ont fini par avoir raison de la création des humains. Grâce aux plongeurs-archéologues, ce monde englouti refait aujourd'hui surface. Un peu de lumière sur une civilisation perdue, en attendant un jour, qui sait, de retrouver l'éclairage du phare d'Alexandrie.

 

Trésors engloutis d'Egypte, 7 jours sur 7 jusqu'au 16 mars au Grand Palais, avenue Winston-Churchill, Paris VIIIe, métro Champs-Elysées-Clemenceau ou Franklin-Roosevelt. Rens. www.tresors-engloutis-degypte.fr .

 


 

Le Centre Pompidou décolle avec Tintin
Hergé aurait eu 100 ans en 2007. Le Centre Pompidou rend hommage au créateur de Tintin et Milou grâce à une belle exposition qui met en scène plusieurs centaines de planches originales
 
par OLIVIER DELCROIX, publié dans le Figaro le 19 décembre 2006
 
Un conseil : accédez au Musée de Beaubourg par son parvis. Vous allez ainsi découvrir avec stupéfaction que la structure métallique du Centre Pompidou sert de pas de tir à la gigantesque fusée à damier rouge et blanc de Tintin ! Voilà qui semble étrangement logique si l'on considère de plus près l'architecture originelle du bâtiment de Renzo Piano et Richard Rogers. En tout cas, le parallèle est tentant. Le commissaire de l'exposition Laurent Le Bonn ne s'en est pas privé. Ce premier choc passé (et pas le dernier), on est bien forcé de constater que l'exposition Hergé commence à l'extérieur du musée ! L'immense bâche de 40 mètres de haut permet à l'imposant engin spatial mis au point par le professeur Tournesol dans Objectif Lune, de s'élever dans l'azur en toute liberté. "Symboliquement, j'ai voulu que l'empreinte d'Hergé vienne s'inscrire sur le bâtiment avec la force de l'évidence", précise Laurent Le Bon, en souriant. Tout cela est si impressionnant qu'on a presque peur de se brûler au troisième degré, à l'entrée du musée, en passant sous les réacteurs fumants dessinés par Georges Remi, dit Hergé.
 
A l'intérieur, pourtant, une autre surprise attend les visiteurs : des dizaines d'agrandissements de bulles ou de jurons de Haddock ont été collés sur le sol. "J'ai récemment appris qu'en terme savant, on appelait cela des signes diacritiques, note avec une pointe d'ironie le commissaire de l'exposition. On remarque aussi un étrange phénomène. Depuis qu'ils ont été disposés, les gens s'assoient ou se couchent dessus, et s'amusent à imiter le sens des dessins en se tapant dessus, comme s'ils imitaient l'état d'esprit lié à ses signes imaginés par Hergé." Voilà une preuve supplémentaire du talent inné - et universel - du créateur de Tintin et Milou.
 
Acquérir un original d'Hergé pour le musée
C'est à l'occasion de la célébration prochaine du centenaire de sa naissance que le Centre Pompidou orchestre une grande exposition consacrée à Hergé (22 mai 1907-3 mars 1983). Toute l'opération est née d'un simple constat : "L'an dernier, j'ai découvert que depuis sa création, en 1977, notre Centre national d'art de culture, qui compte quelque 58.000 oeuvres d'art, ne possédait pas de planche de bande dessinée, raconte le jeune conservateur. En accord avec Bruno Racine, qui préside aux destinées du Centre, j'ai contacté la Fondation Hergé afin de tenter d'acquérir un original d'Hergé pour le musée. Nick et Fanny Rodwell m'ont alors suggéré qu'il serait intéressant d'organiser une grande exposition à Beaubourg, préludant ainsi au centenaire de la naissance d'Hergé."
 
Les expositions du Musée national d'art moderne étant plus ou moins "bouclées jusqu'en 2010", se posait toutefois un problème crucial : nulle place n'était réservée à une rétrospective organisée autour de l'oeuvre d'un dessinateur de BD. Mesurant l'enjeu et l'impact d'un tel événement sur les fréquentations du Centre Pompidou, le président Racine, par ailleurs grand amateur de Tintin, trouva rapidement une solution en libérant l'espace du forum ainsi que le premier étage. "Montons au niveau 1, à la mezzanine, c'est là que débute l'exposition", souffle Laurent Le Bon. Et l'on découvre, émerveillé, plusieurs centaines de dessins originaux signés du créateur de Tintin. Au niveau - 1, la scénographie de l'exposition rend également parfaitement hommage à la "ligne claire" chère au "maître de Moulinsart". "Nous avons voulu avant tout mettre en avant trois lignes de force : simplicité, sobriété et lisibilité", lance le commissaire de l'exposition. Les cinq vitrines qui forment une grande ligne droite narrative (qui rappelle presque la tapisserie de Bayeux), évoquent, d'un côté, la vie et, de l'autre, l'oeuvre d'Hergé. De son premier dessin effectué à l'âge de 4 ans sur une carte postale, jusqu'à la salle du Lotus Bleu, véritable "chapelle Sixtine du neuvième art" (dixit Le Bon), qui expose l'intégralité des 154 planches de cet album mythique (datant de 1936), on suit avec passion l'itinéraire créatif d'un des grands artistes du XXe siècle.
 
Une avalanche d'ouvrages tintinophiles
Une déferlante d'ouvrages consacrés à Tintin paraissent en librairie, afin de fêter dignement le centenaire de la naissance d'Hergé, le 22 mai 2007. Outre le splendide "pavé" (1.050 pages au format carré) du catalogue de l'Exposition Hergé à Beaubourg (coédité par La Fondation Hergé et Le Centre Pompidou), il faut se procurer le coffret de La PetiteBibliothèque du tintinologue, (coll. Champs, Flammarion) qui comporte trois ouvrages essentiels permettant d'approfondir sa connaissance de l'oeuvre d'Hergé. A noter également, la parution de l'admirable Hergé collectionneur d'art, écrit par Pierre Sterckx (La Renaissance du livre), sans oublier la biographie non autorisée de La Castafiore par Albert Algoud (Chiflet & Cie)... 
Exposition Hergé, du 20 décembre 2006 au 19 février 2007. Tél. : 01 44 78 14 63. Internet : www.centrepompidou.fr  . Centre Pompidou, Forum, niveaux 1 et -1. 19, rue Beaubourg, 75004 Paris. Entrée gratuite.
 
 

 
Azur et Asmar, Les Mille et une nuits contées par Michel Ocelot
 
par LAURENCE BERGER, publié dans commeaucinema.com

Azur est blond aux yeux bleus. Asmar brun aux yeux noirs. Mais tous deux ont tété le même sein maternel, celui d'une femme africaine nourrie des contes de son pays, mère de l'un et nourrice de l'autre. C'est l'histoire de deux petits garçons semblables au-delà de leur différence de peau, de deux frères siamois que le destin va désunir pour mieux réunir dans une aventure fabuleuse, inspirée des contes des Mille et une nuits. Azur rêve d'un pays qui n'est pas le sien, et d'aller délivrer la fée des djinns, par-delà la mer, dans l'Orient qui a bercé son enfance. Mais l'univers merveilleux qu'on lui avait décrit ne correspond pas tout à fait à la réalité d'un monde dont il ne perçoit d'abord que la laideur, avant de découvrir ses beautés cachées.

Michel Ocelot continue à décliner sa fascination pour l'onirisme enfantin, son héroïsme et sa magie. On retrouve le trait graphique qui nous avait déjà enchantés dans Princes Et Princesses et les deux épisodes de Kirikou . Une palette de couleurs riche et chatoyante, que la réalisation numérique n'a aucunement affadi, bien qu'elle crée un effet légèrement artificiel sur le grain de l'image. Azur et Asmar mêle récit d'aventure et conte féérique, sur fond de brassage des cultures et d'éloge de la différence. Sans oublier la touche d'humour indispensable à la réussite de toute histoire animée : le personnage de Crapaud, sans être hilarant, vous réserve quelques moments de joyeuse rigolade. Et Michel Ocelot, une nouvelle fois, nous rend complices de ses jeunes héros aux vertus et aux ressources insoupçonnées.

Le film a bien sûr sa morale, mais on échappe aux poncifs habituels du cinéma d'animation qui, généralement oppose les bons aux méchants. Ici, chacun aura sa part d'un joli rêve abouti et partagé, pas seulement réservé aux tout petits !
 
Musique composée par GABRIEL YARED, bande originale du film disponible en album CD, interprètes HIAM ABASS et SOUAD MASSI