V I V A T ! LIBAN
 
"Parce que nous sommes des artistes qui font face à la violence et à la destruction par la force des mots, de la pensée et de l'âme, qui résistent par le pouvoir des voix, des corps et de l'imagination, parce que nous voulons rebâtir les ponts de tous les possibles et reconstruire un Liban de toutes les utopies, des artistes du monde soutiennent notre cause et participent à notre événement."
 
Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication,

  et sous le parrainage de l'Ambassade du Liban en France 

 

V I V A T ! LIBAN

 

Dimanche 22 octobre 2006 à 14h30

Théâtre national de Chaillot

1, place du Trocadéro, Paris 

 

Spectacle en mots, musique et images 

au profit de PREMIÈRE URGENCE

aide humanitaire internationale 

conçu par Hanane Hajj-Ali, Hanane Abboud-Achcar et Nabil El Azan 

 

Avec la gracieuse participation de :   

Chanteurs : Dominique Devals, Yasmine Hamdan, Souad Massi, Dick Rivers, Sapho 

Écrivains : Adonis, Etel Adnan, Elias Khoury, Amin Maalouf, Salah  Stétié 

Musiciens : Abdel Rahman El Bacha, Rony Barrak, Duo Fahïm (Ibrahim Maalouf), Zad Moultaka, 

Comédiens : Simon Abkarian, Roger Assaf, Dominique Blanc, Christiane Cohendy, Hanane Hajj-Ali 

Conteur : Nacer Khemir 

Danseurs : B3 Black Blanc Beur, Battezatto/Blandini CieTeatri Del Vento, Fabien Ruiz, Yalda Younés 

Et la contribution du Collectif des Cinéastes libanais.

 

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V I V A T !  LIBAN

 

Mise  en scène : Nabil El Azan

Lumières : Philippe Lacombe

Espace : Georges Vafias

Assistante à la mise en scène : Sara Sehnaoui

Collaboration technique : Thibaut Cavaillès

Relations de presse : Zeina Toutounji, Fatima Sissani

Relations publiques : Salwa Fathallah, Samar Sassine, Tarek Mounim

Relations avec les artistes : Christiane  Assaf

Chargée de production : Soumia Kanouni

Administration : Philippe Potier

 

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Comité de parrainage

Mohamed Berrada, John Berger, Simone Bitton, Georges Corm, Mahmoud Darwich, Marcel Khalifé, Farouk Mardam-bey,

 Jack Ralite, Elias Sanbar, Fawaz Traboulsi

 

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Les recettes de cet événement iront à

PREMIÈRE URGENCE Aide Humanitaire Internationale

Dons et Réservations au +33 1 44 01 54 24

ou sur  www.premiere-urgence.org 

 

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Opération à l’initiative de 

SHAMS, association culturelle des Jeunes du Théâtre et du Cinéma - Liban  www.assshams.org

et Al Mawred, fondation culturelle à vocation panarabe - Belgique  www.mawred.org

 

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Producteur délégué

La Barraca

Compagnie conventionnée Drac-Île de France.

Tel/fax +33 1 46 61 07 04

 
 

 

Présentation musicale du Liban à Madrid
 

La chanteuse libanaise Nayla a organisé un spectacle musical, le vendredi 6 octobre, à Madrid,  au Centro Cultural Alfredo Krauss, et se produira de nouveau au même lieu, 

le vendredi 20 octobre à 19h30.  

 
Presentación musical de Líbano
ese país mediterráneo tan desconocido.
 
El viernes 6 de octubre, a las 21h00, Nayla, la cantante libanesa en Madrid,
nos presentará su país natal, Líbano.
 
Viernes 20 de octubre 2006 a las 19h30
Con músicos en directo, proyección de fotos y imagenes y degustación de productos libaneses.
 
Centro Cultural Alfredo Krauss
Glorieta de pradera de vaquerizas, s/n
Madrid-metro La coma
 
Entrada libre hasta completar aforo
 
 
 

 
Les sons œcuméniques de Zad Moultaka
 
par MARIE-AUDE ROUX, publié dans le Monde du 12 octobre 2006
 
Après un an de fermeture pour parfaire sa sécurité et son confort, le Théâtre des Bouffes du Nord a rouvert son bel espace intimiste à la musique. Lundi 9 octobre, le premier des vingt concerts de la cinquième saison produite par Olivier Mantei (patron d'Instant Pluriel) dans le théâtre de Peter Brook était bien à l'image de ce lieu de rencontre et d'échange. Il accueillait le Festival d'Ile-de-France le temps d'un portrait en miroir du compositeur Zad Moultaka (né en 1967). Finement intitulé Ce qu'a vu le vent d'est, en référence à un des Préludes pour piano de Debussy (Ce qu'a vu le vent d'ouest...), le concert parcourait en six compositions le vaste désir oecuménique du Libanais, parisien d'adoption depuis vingt ans. Une musique soucieuse de sens puisque le compositeur convoquait successivement, dans Zirk, un hymne latin à la Vierge, le Livre des morts des anciens Egyptiens, en italien, dans La Scala del Cielo, des chants de guerre du poète russe Ivan Silinski pour Fanariki, tandis qu'Autre silence était extrait de Bâb al-Chams ("La Porte du soleil") d'Elias Khoury et que Nepsis mettait en "scène sonore" un poème d'Etel Adnan, Five Senses for One Death ("Cinq Sens pour une mort").
 
L'Orient rencontre l'Occident
 

De ses études musicales et pianistiques, Zad Moultaka a fait son miel. Son écriture instrumentale et son inspiration formelle, assez convenues, sont de nature éminemment occidentale. Mais il y mêle habilement des sonorités venues d'Orient (oud, percussions, cymbalum), compose avec les micro-intervalles et une ornementation mélismatique caractéristique. Le résultat est souvent prenant, comme dans Zirk, où la voix à l'"orientale" de Fadia Tomb el-Hage produit un bel effet poétique, de même dans Fanariki, le cymbalum joué par Cyril Dupuy. Associé au choeur de chambre toulousain Les Eléments fondé par Joël Suhubiette, l'Ensemble Ars Nova, que dirige Philippe Nahon, a développé depuis 2004 une subtile et puissante proximité avec la musique de Zad Moultaka. Et cela s'entend. 


 

Zad Moultaka à tous vents...

Echos du théâtre et de la musique

 

paru dans l'Orient-le Jour le 3 octobre 2006

 

Prolifique et ultracréatif, Zad Moultaka fait feu de tout bois. On l’avait applaudi, avec plaisir, plus d’une fois cette année au pays du Cèdre. D’abord au Festival al-Bustan pour l’année Mozart, ensuite à la commémoration du souvenir de Samir Kassir où en virtuose du clavier il a interprèté, en plein air sous un arbre plus que centenaire du centre-ville, des pages de Bach et de Chopin. Mais ce qui était une courte composition, dont il est seul à avoir le secret, avait retenu l’attention de l’auditoire ce jour-là, avec des bruits de mitraillettes et des bombardements en rythmiques musicales ! Musique ardente, brutale et nue, accompagnée d’une danse de talons claqués comme un douloureux flamenco… Il a apposé sa signature, à Avignon, au texte de Jon Fosse, dans la création de Quelqu’un va venir, mise en scène par Nabil el-Azan. Un "plus" au carnet surchargé du jeune compositeur, très sollicité et toujours à l’inspiration à tous vents… Avec un agenda qui commence le 5 octobre à Paris et s’achève le 9 février 2007 à Toulouse, le compositeur libanais Zad Moultaka s’est aligné sur la rentrée culturelle libanaise.


C’est en collaboration avec le Festival Île-de- France que l’Institut du monde arabe organise le 5 octobre une rencontre sur le thème "Créer entre Orient et Occident" avec la participation de grandes figures du monde arabe comme la poétesse Etel Adnan, l’architecte Jad Tabet, le poète et traducteur Issa Makhlouf, le producteur Jacques Polvorinos et le rédacteur en chef de la revue Qantara, François Zabal. Les 6 et 9 octobre, toujours dans le cadre du Festival Île-de-France, le compositeur libanais donne respectivement une répétition publique de Zikr à l’auditorium Saint-Germain, avec Fadia Tomb el-Hage, Ars Nova et le groupe Les Eléments puis un concert monographique comprenant Loubnan, Nepsis, Funariki, Zikr et deux autres créations. Le 22 octobre, deux programmes sont prévus entre 15h et 18h : "Liban Vivat", un hymne spectacle consacré au Liban et la représentation du spectacle "Non, hommage à Samir Kassir". Lequel sera repris le 10 novembre à Marseille à l’auditorium du Palais des Congrès, dans le cadre des "Rencontres d’Averroès". Le 3 décembre, à 17h, Moultaka présente la Déclaration d’innocence, avec les chœurs d’enfants et les instrumentistes de l’école de musique de Gonesse à Paris. 7 décembre à Marseille, à 19h30, Cadavre exquis avec l’ensemble vocal Musicatreize, sous la direction de Roland Hayrabedian. Enfin le 9 février, à 21h à Toulouse, le compositeur donnera dans le cadre du Festival d’Odyssud un concert avec, au programme, La scala del cielo, Enluminures et Zikr.

 

 

Le pianiste et compositeur libanais Zad Moultaka


 
"Quelqu’un va venir" de Jon Fosse, une création en Avignon de Nabil El Azan
 

paru dans l'Orient-le Jour le 3 octobre 2006

 
Nabil El Azan, que les Libanais connaissent fort bien pour avoir monté plusieurs œuvres dramaturgiques à Beyrouth, notamment Le Renard du Nord de Renaud, Le collier d’Hélène de Frechette et L’Emigré de Brisbane de Schéhadé à Baalbek, a toujours le vent en poupe. En France où il réside, son activité est toujours soutenue avec deux pièces qui ont rempli deux salles de l’Hexagone durant la saison d’été. Tout d’abord, du 21 septembre au 30 décembre prochain, une reprise au théâtre Mouffetard d’un succès antérieur, Le soir de la générale de Claire Beclet avec Any Romand. Par ailleurs, la compagnie La Barraca, dont El Azan dirige les travaux, a donné, du 6 au 29 juillet au théâtre Gilgamesh, la place des Carmes à Avignon, la création Quelqu’un va venir de Jon Fosse avec Federic Gustaed, Nathalie Pivain et Marc Susini. Avec une mise en scène signée bien entendu Nabil El Azan.
 

 
Le 7e Festival du monde arabe de Montréal (FMA) met les prophètes rebelles à l'honneur
Place aux créateurs de sens
 

par LOUISE-MAUDE SOUCY, publié dans le Devoir le 3 octobre 2006

 

Il y a maintenant sept ans que le Festival du monde arabe de Montréal (FMA) travaille à entretenir le tissu communautaire montréalais au moyen de dialogues et de rencontres entre les cultures québécoise et arabe. Cette année, la tâche revient plus particulièrement aux prophètes rebelles, ces "créateurs de sens" capables d'inventer un nous collectif qui dépasse "l'ici et le maintenant". Le thème des prophètes rebelles s'est imposé naturellement au directeur général et artistique du FMA, Joseph Nakhlé. "Les prophètes rebelles sont ces artistes qui résistent à l'effondrement de l'humain et tentent d'ajouter de la chaleur et de la vie à notre monde désenchanté." Dans un monde de plus en plus désincarné, ils proposent une "réponse québécoise à la confusion du monde", poursuit la directrice de la programmation, Sofia Benyahia. La 7e édition de cette manifestation multidisciplinaire alliant musique, arts de la scène et cinéma a été façonnée à leur image, sans compromis. "Il faut dépasser la tolérance frileuse qui n'est que bon voisinage. [...] Cela ne s'improvise pas, cela se bâtit ensemble", croit la directrice des communications Aïda Kamar. Encore hier, Mme Kamar a tenu à rappeler que le FMA est d'abord un espace proprement québécois : "C'est notre seule identité et c'est la seule image que nous aimerions refléter."

 

Concrètement, le FMA proposera des rencontres de toutes sortes toutes consacrées au mieux "vivre ensemble". A son habitude, la musique occupera une place prépondérante. Cette année, c'est la musique soufie qui sera à l'honneur, notamment avec le duo techno DuOud qui propose de la musique mystique en mode numérique (27 octobre), mais aussi avec le blues 100 % soufi du maître du ney (flûte orientale), Kudsi Erguner (29 octobre). Côté danse, on attend Les Possédés (9 et 10 novembre) qui met en vedette la transe des derviches tourneurs d'Alep et celle du danseur turc Ilhan Karabaçak, troublant dans son numéro de baladi intrigant et sensuel. En humour, le comédien Mohsen El Gharbi présente Juste pour mourir, l'histoire d'un kamikaze raté qui débarque au Québec (4 novembre) tandis que les Zapartistes s'allient à Slimane Benaïssa pour trouver Le 100e nom de Dieu (29 octobre).

 

A cela s'ajoute une vingtaine de films, des tables rondes, des lectures, des témoignages et de nombreux spectacles. Pour le chanteur et cinéaste Dan Bigras, il s'agit là d'une prise de parole essentielle pour faire tomber la peur des autres. "Quand on est arabe, on n'est pas nécessairement dans al-Qaïda et quand on est blanc, on n'est pas forcément pro-Bush." Ce monde en deux dimensions, c'est aussi celui que combat l'autre porte-parole du FMA, l'anthropologue Serge Bouchard. "Notre diversité culturelle est notre unité d'être humain." Cette année encore, une bonne part du financement du festival est assumée par le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles. Mais ces acquis restent fragiles, note Mme Kamar, qui déplore l'absence du ministère de la Culture et des communications. "Il est de plus en plus difficile d'assurer un financement correct. C'est une bataille continuelle." Le FMA débutera le 26 octobre prochain pour se terminer le 12 novembre. Site web : www.festivalarabe.com .

 

 


 

La diversité culturelle, comme la diversité biologique, est à défendre d'urgence

 

par JEAN-MARIE VODOZ, président de la Fondation Défense du français, publié dans le Temps le 28 septembre 2006

 

Si autant d'Etats non francophones se retrouvent dans l'Organisation internationale de la francophonie, c'est que tout se passe comme si la majorité des pays de la planète ressentait le besoin d'un contrepoids à la puissance américaine. Apparemment, l'Organisation internationale de la francophonie est toujours moins... francophone ! Elle réunit aujourd'hui soixante-trois Etats, dont tous les gouvernements, et moins encore les populations, ne parlent certainement pas notre langue avec aisance. Et pour autant, elle n'a pas fini d'engranger. Au cours de son nouveau Sommet biennal (le onzième), qui se tient aujourd'hui et demain à Bucarest, les dignitaires assemblés recevront trois nouveaux membres de plein droit : l'Albanie, la Grèce et la petite principauté d'Andorre ; à quoi s'ajouteront un membre associé, la République de Chypre, et cinq observateurs, le Ghana, le Mozambique, la Serbie, la Thaïlande et l'Ukraine. Au total, septante-deux participants, dont une bonne partie représentés par leur chef d'Etat (la Suisse par Moritz Leuenberger), plus l'Ordre de Malte, non seulement très riche mais très actif en Afrique francophone, avec lequel sera conclu, puisqu'il n'est pas un Etat, un arrangement spécial.

 

Si ce majestueux rassemblement pouvait être considéré comme un bloc politique, l'OIF serait une puissance mondiale majeure. Et s'il s'agissait d'un bloc linguistique, on s'écrierait que les temps sont revenus où la grande Catherine, Frédéric II, bien d'autres souverains, avec leur cour et leur noblesse, pouvaient soutenir avec Voltaire une élégante conversation. Mais le phénomène est plus subtil et plus léger. Tout se passe comme si la majorité des pays de la planète ressentaient le besoin d'un contrepoids à la puissance des Etats-Unis (et cela bien avant même que George Bush en ait fait une mauvaise caricature), à leur terrible expansionnisme économique et linguistique. On ne prend pas, en s'approchant de l'OIF, des engagements très rigides ; mais on manifeste que la diversité culturelle, idéal d'abord prôné par un Sommet, puis stratégie formellement approuvée, malgré l'opposition de Washington, par l'Unesco, est une valeur à protéger de toute urgence. La diversité culturelle comme, sur un terrain finalement voisin, la diversité biologique, où l'Europe et divers pays d'autres continents, qui refusent les OGM, s'arc-boutent contre le rouleau-compresseur américain.

 

La capitale de la Roumanie ne sera donc pas le lieu de décisions bouleversantes, mais, comme cela s'est toujours passé, de quelques cérémonies et, surtout, d'un bourdonnement de conversations familières ou de négociations bilatérales menées en coulisse. Les présidents, pour la plupart, se tutoient, ce qui fait "grande famille" et, parfois, permet aussi de s'envoyer des vannes que le vouvoiement rendrait explosives. On entendra le rapport du secrétaire général, le Sénégalais Abdou Diouf, qu'on réélira pour deux ans. On échangera des idées sur "les nouvelles techniques de communication au service de l'éducation" (thème très général, oui, mais brûlant pour certains gouvernements, en Afrique surtout). Les chefs d'Etat, sans leurs ministres et leur suite, tiendront une séance à huis clos sur les crises qui touchent de près l'Organisation : le Liban, le Congo, la Côte d'Ivoire... On terminera par un communiqué qui célébrera les avancées diplomatiques, les arbitrages et la richesse des identités plurielles.

 

La manifestation la moins officielle a peut-être été aussi la plus originale et, d'une certaine façon, la plus révélatrice. A Bucarest, dimanche - donc avant l'ouverture du Sommet - Abdou Diouf a remis le "Prix des cinq continents de la francophonie", lesté d'une bourse de 10.000 euros, à l'écrivain mauricienne Ananda Devi, auteur d'un roman au titre étrange : Eve de ses décombres (paru chez Gallimard). Prix décerné par un jury dont on ne saurait contester la haute autorité puisqu'on y trouve, entre autres gens de lettres, le Congolais Henri Lopès, le très célèbre Mauricien J.-M. G. Le Clézio, ou encore la Québécoise Lise Bissonnette. Or, il distingue Ananda Devi pour "l'originalité de ses personnages qui vont aux lisières de l'animalité afin de remuer la conscience de ceux qui pensent représenter l'humanité" (légers toussotements parmi les ministres présents).

 

Et de fait, on a rarement lu récit plus noir, plus pathétique et plus sombrement révélateur. L'action s'y déroule dans un quartier misérable de Port Louis, capitale de l'île Maurice, qui porte le nom ridicule de Troumaron : c'est "une sorte d'entonnoir, le dernier goulet où viennent se déverser les eaux usées [entendez: les déchets d'humanité] de tout un pays". Dans une langue élégante, et qui va souvent jusqu'à la préciosité, Ananda Devi décrit l'horreur. La prostitution d'une maigre adolescente. La dégénérescence de tous ceux qui l'entourent, voisins, familles, profs, tous alcooliques, libidineux, sales, nauséabonds. Des violences jusqu'au meurtre... Le contraste du style et du contenu, qu'on aime ou qu'on n'aime pas, mais qui saisit le lecteur effrayé, fait encore mieux ressortir une autre audace : celle d'une organisation internationale capable de reconnaître sa façade lépreuse et d'en récompenser avec éclat la description ; tandis que, du côté de Port Louis, on n'a pas entendu jusqu'ici la moindre protestation vertueuse, vertuiste ni même touristique. Alors là... quelle santé !

 


 

Absent politiquement, le Liban est présent culturellement sur plusieurs fronts au sommet de Bucarest
Francophonie - Littérature, cinéma, philatélie…

 

par ANTOINE AJOURY, publié dans l'Orient-le Jour le 26 septembre 2006

 

Alors que politiquement, le Liban est quasi absent du XIe Sommet de la francophonie qui se déroule actuellement en Roumanie, le pays du Cèdre est présent sur plusieurs fronts culturels. Plusieurs événements littéraires et cinématographiques sont organisés actuellement dans la capitale roumaine sous le thème "Bucarest francophone", parallèlement aux réunions politiques et diplomatiques qui ont lieu dans l’impressionnant bâtiment du Parlement. Le Liban participe activement à plusieurs de ces manifestations culturelles, grâce aux efforts du ministère de la Culture, d’une part, et aux talents des Libanais, d’autre part. Au centre de Bucarest, la salle "Dalles" s’est transformée, l’espace d’une semaine, en un véritable carrefour international où se rencontrent les amoureux de la langue française, à travers des expositions de livres, des animations et des débats, invitant le visiteur à découvrir la diversité de la création littéraire francophone.

 

Le Liban qui participe à cette exposition a pratiquement l’un des plus grands stands. En effet, le ministère de la Culture a envoyé pour l’occasion un grand nombre de livres et de brochures afin d’y être exposés. L’effort personnel de certains diplomates libanais à Bucarest a également contribué au succès de ce stand. Ainsi, l’ambassade s’est mobilisée corps et âme, malgré des moyens dérisoires, pour présenter le Liban à tous les visiteurs. Le stand libanais se divise en plusieurs ailes. L’une d’elles est consacrée au penseur Gibran Khalil Gibran. On y trouve même des traductions en roumain de certains de ses ouvrages. Une partie est consacrée à l’histoire ancienne du pays du Cèdre, alors qu’une autre partie met en évidence l’histoire contemporaine du Liban, surtout sa relation avec la France, avec une mise en relief de la francophonie libanaise. Par ailleurs, une aile du stand expose les ouvrages d’écrivains libanais d’expression française. On trouve ainsi des auteurs comme Charles Corm, Chucri Ghanem, Amin Maalouf, Alexandre Najjar et bien d’autres. Un espace spécial a en outre été aménagé pour la poète Nadia Tuéni. Enfin, une riche littérature jeunesse y est présentée, ainsi qu’une vaste collection de brochures touristiques.

 

D’autre part, les organisateurs du stand présentent une projection d’images du pays du Cèdre, intitulée Le Liban s’invite en Roumanie. Toujours sur le plan littéraire, bien qu’aucun ouvrage libanais n’ait été sélectionné pour l’édition 2006 du prix des Cinq continents, on note la remarquable présence de Vénus Khoury-Ghata parmi les membres du jury cette année. Sur le plan cinématographique, le talent libanais a été mis en exergue avec la présentation du dernier film de Philippe Aractingi, Bosta, qui fut visionné à l’ouverture du Festival du film francophone à Bucarest. Enfin, le Liban est même présent à l’exposition philatélique qui a lieu au musée Sutu intitulée "La francophonie par ses timbres". Une collection de timbres anciens et nouveaux y est exhibée, représentant les symboles du Liban, à savoir son cèdre et ses montagnes enneigées.

 


 

Le musée privé Robert Moawad, un joyau à portée de tous
 
par COLETTE KHALAF, publié dans l'Orient-le Jour le 20 septembre 2006
 
Le musée privé Robert Moawad a ouvert ses portes après plus de trente jours de léthargie. Se mettant au même rythme que le cœur battant de Beyrouth, il annonce, tout comme les feuilles d’automne, une saison aux couleurs panachées. Après avoir sombré dans un profond sommeil durant la guerre, tel le château de La belle au bois dormant, l’ancien palais d’Henri Pharaon (Zokak el-Blatt, centre de Beyrouth) reprend aujourd’hui ses activités. "Nous n’avons besoin que d’un peu de paix pour montrer au monde ce que nous pouvons faire", affirme fièrement Christiane Khlat, responsable du musée privé Robert Moawad, tombée amoureuse de cette ancienne demeure. Après avoir annulé tout le programme estival (qui s’annonçait festif), la direction du musée accélère aujourd’hui sa dynamique. Des activités nouvelles, des cours, des conférences, des rencontres sont prévus dans un cadre enchanteur lourd d’un passé mythique. Pour cela, une opération toilettage a déjà eu lieu dans les jardins. A l’ombre des ficus et des palmiers fraîchement nettoyés, le musée peut à nouveau ouvrir ses portes au public de 9h à 17h. Des visites guidées sont organisées sur rendez-vous avec son archéologue, Laure Hosri. Le 17 octobre, Claire Paget et Myrna Habre donneront une conférence (entrée libre) sur le thème des plafonds peints des maisons libanaises du XIXe siècle. Mais le véritable coup d’envoi sera donné avec le Salon des antiquaires, programmé du 19 au 25 octobre. Quel meilleur écrin pour ces pièces d’art uniques que cet espace où le passé et le présent s’enchevêtrent ?

Panachage de cultures

Lieu de rencontre des civilisations islamique et chrétienne, le musée abrite, grâce au goût éclectique de son ancien propriétaire, Henri Pharaon, des collections de porcelaines chinoise, hollandaise et syrienne, des poteries, du verre soufflé venu des quatre coins du Moyen-Orient, des lapidaires (ces pièces en pierre sont la plus grande collection de chapiteaux romano-byzantins). Des armes anciennes, des tapis et des verreries se déploient dans le second étage de la résidence. Sans oublier les boiseries anciennes syriennes, qui tapissent murs et plafonds de la résidence, qui ont été (à l’occasion de l’inauguration du musée) lustrées et conservées par les étudiants de l’USEK (Université du Saint-Esprit de Kaslik). Ces collections se sont vu adjointes deux autres, tout aussi précieuses que prestigieuses, lors de l’acquisition du palais par le joaillier Robert Moawad et son aménagement en musée : une collection de bijoux que le joaillier libanais avait acquise lors des ventes aux enchères auprès de Sotheby’s, ainsi qu’un lot de la bibliothèque de Camille Aboussouan. La première comprend l’ "Excelsior" (second plus beau diamant au monde) et le collier porté par la reine Elisabeth d’Angleterre lors de son mariage, alors que la seconde regroupe des manuscrits rares et anciens.

C’est donc dans ce cadre unique aux trente unités spatiales, où diverses cultures passées et présentes cohabitent en parfaite harmonie, que les antiquaires du Liban ont choisi de dresser leur "chapiteau". Entre les colonnades en bordure des allées du jardin et sur la pelouse qui brille de mille feux, ce Salon reçoit les visiteurs de 18h à 22h. Il promet aux Libanais des nuits douces et lumineuses. Dès le 1er novembre, les cours (programmés auparavant) reprennent dans une ambiance conviviale. Une cafétéria a été aménagée à cet effet. "La vocation du musée privé Robert Mouawad est essentiellement culturelle. C’est pourquoi j’ai opté pour un mixage dans le choix des cours", confie Khlat. Avec Serge Nalbandian (l’art du tapis), Laure Hosri (regards sur l’icône), Joe Letayf (initiation à la musique), Daisy Abi Jaber (histoire de l’art), Hareth Boustany (archéologie et histoire), Mona Tabet (informatique pour les seniors) ainsi que Johnny Sarkis pour des cours de céramique, porcelaine, boiseries, les participants peuvent (toujours à 18h) poursuivre des sessions mêlant l’utile à l’agréable. Enfin, en attendant des confirmations, des concerts et des rencontres sont prévus. Quant à l’espace jardin, il accueille en cette saison différentes réceptions (mariages et autres...). "Les bénéfices, tient à préciser Christiane Khlat, contribuent à faire avancer le projet de Robert Mouawad, qui a pour seul objectif de témoigner de la richesse culturelle et artistique du Liban."
 
Reprise des activités du musée Robert Moawad
 
Le musée privé Robert Moawad à Beyrouth annonce la reprise de ses activités culturelles. Voici les événements prévus pour les deux mois à venir :
- Le mardi 17 octobre à 18h30, présentation par Claire Paget et Myrna Habre des plafonds peints des maisons libanaises du XIXe siècle (entrée libre).
- Du jeudi 19 octobre au mercredi 25 octobre, le Salon des antiquaires dans les jardins du musée.
- A partir du mercredi 1er novembre, reprise des différents cours : l’art du tapis (Serge Nalbandian), regards sur l’icône (Laure Hosri), initiation à la musique (Jo Letayf), compréhension de la peinture et histoire de l’art (Daisy Abi Jaber), archéologie et histoire (Hareth Boustani), céramique, porcelaine, boiserie et art islamique (Johnny Sarkis), l’informatique pour les seniors (Monat Tabet), et connaissance et appréciation du vin.
Pour tout renseignement, contacter Christiane Klat au +961 1 980 970.
Des cours sont actuellement sous étude : un atelier d’écriture sous la direction d’Aurélie Carton, un cours d’art floral japonais, ainsi qu’un cours de dessin (fusain, pastel, sanguine et aquarelle) dirigé par Aurore Selwan. Des concerts périodiques devraient être donnés en hiver et une série de 50 gravures de Rembrandt devraient être exposées en décembre.
 
Le musée Robert Moawad au coeur de la capitale libanaise

 
Ce que les jeunes artistes arabes ont à nous dire
Loin des débats fondés sur de vieux clichés, il faut écouter les cinéastes contemporains
 
par PIERRE VERMEREN, maître de conférences en histoire du Maghreb contemporain à Paris-I, publié dans Libération le 3 octobre 2006
 
La controverse soulevée par les propos du pape et les insupportables menaces de mort contre Robert Redeker accroissent l'incompréhension qui préside aux rapports Islam-Occident. Fulmination et préjugés progressent. C'est "bloc contre bloc", "raison contre sacré", Lumières contre obscurantisme... Il est urgent de sortir du champ des représentations et des clichés essentialistes. L'histoire enseigne que les sociétés savent puiser dans leurs récits sacrés ce qui convient à leur temps, et à leurs passions. C'est moins dans l'essence des civilisations qu'il faut traquer les germes de la violence, ou d'une paix éternelle, que dans la vie des hommes de notre temps, qui dit l'état de nos civilisations. Que nous disent, en ce début de XXIe siècle, les créateurs des pays arabes ? Et savons nous les écouter ? A rebours des propos lénifiants et des anathèmes, il faut entendre ces hérauts d'une extraordinaire vitalité, et l'insondable souffrance des millions de jeunes musulmans qui regardent vivre l'Occident. Car depuis quinze ans, l'Occident s'exhibe, via les télévisions par satellite, aux yeux des habitants du Sud. Mais en retour, que savons-nous de ces peuples, en dehors de la chaîne des violences quotidiennes rapportées par les télévisions ? En 2006, trois films arabes de grande qualité ont été distribués en France. Le 15 février est sorti Marock, de la Marocaine Laïla Marrakchi. Puis le 7 juin, Bled Number One, du Franco-Algérien Rabah Ameur-Zaïmeche. Enfin le 23 août, doublant le roman d'Alaa el-Aswany, l'Immeuble Yacoubian, de l'Egyptien Marwan Hamed.
 
Porte-parole des générations nouvelles, ces jeunes réalisateurs ont produit des oeuvres aussi puissantes que violentes, qui nous adressent une multitude d'éclairages sur les sociétés du Sud. Le film marocain est une tragédie de l'amour impossible dans la jeunesse dorée francophone de Casablanca. Le film algérien est un drame, dont le héros est un délinquant expulsé de France au titre de la double peine ; il découvre son "bled", un village du Constantinois, et les siens, dans une Algérie en proie au chaos. Le film égyptien, enfin, raconte les histoires parallèles, et quelquefois croisées, des habitants d'un immeuble colonial au centre du Caire, sur un ton à la fois dramatique et satirique. La vieille société cosmopolite, submergée par les néo-urbains, croule sous l'amoncellement des problèmes économiques et sociaux. Ces trois films sont très différents, mais il s'en dégage une vision globale, panorama des questions et dilemmes qui taraudent les sociétés arabes et étouffent leur jeunesse. On y croise l'usage et la crise du religieux, les débordements de la sexualité, l'insoutenable oppression des femmes, l'affairisme et la corruption, l'abus de pouvoir, la brutalité des rapports de domination, mais aussi la nostalgie des temps révolus, l'utopie politique, les rêves d'exil et d'Eldorado, la force de la jeunesse, et son désir de liberté.
 
A relire bien des critiques françaises de ces films, on est surpris par trop de réactions qui fuient la réflexion. Dans les trois pays, islamistes, conservateurs et bien-pensants se sont dits révoltés par la brutalité dévoilée, la perversion (relative au sexe, à la drogue et à l'alcool), les provocations envers la religion (l'amour impossible du jeune juif et de la jeune musulmane de Marock , qui conduit ce Roméo à la mort, ou la rhétorique pharisienne de Haj Hazzam, qui dévoie sa religion pour assouvir ses passions), et l'extrême dénuement des femmes (l'asile psychiatrique de Constantine, ou l'avortement forcé de la deuxième épouse de Haj Hazzam). Des campagnes de presse, des débats parlementaires, des sit-in et manifestations ont conduit les distributeurs à jongler avec la censure, négocier avec les politiques et déprogrammer des projections. Au regard de ces oeuvres puissantes, la dénonciation européenne du non-respect des droits de l'homme dans ces sociétés est une aimable conversation.
 
En France, trois types de réactions dominent la critique : l'appréciation technique, l'incrédulité, et le mépris. Pour bien des critiques, aussi peu au fait des réalités contemporaines des sociétés arabes qu'en empathie avec elles, ces oeuvres sont analysées pour leurs prouesses -­ ou défauts ­ techniques. Un grand hebdo parisien dit de Bled Number One,  "C'est un bon film. C'est même du cinéma, même si c'est filmé en vidéo." Face à la force de ces oeuvres, qui ne laissent pas indemnes, l'incrédulité est de rigueur, même dans la presse la plus branchée : "Manière assez fluide et rythmée d'associer musique et vacuité estivale [...], que l'on n'aurait jamais attendue de la part d'une cinéaste maghrébine", est-il écrit du film de Marrakchi. Enfin, le plus grand quotidien régional français voit, à propos du film marocain, "Tous les clichés possibles dans cette fureur de vivre complaisante et maladroite", et dans l' Immeuble Yacoubian, "une mise en scène avec peu de moyens et guère plus d'inventivité".
 
Les aspirations de la jeunesse arabe, ses souffrances et ses fantasmes sont détournés lorsqu'éclate une polémique ou de graves incidents internationaux. Des créateurs ont le courage de nous montrer, de manière drôle et satirique, mais aussi brutale et douloureuse, les tribulations de leurs sociétés. L'écho renvoyé par la France demeure très faible, alors que dans les trois films, la charge affective de ce pays est très puissante. Au-delà des considérations techniques, ces oeuvres méritent une vive attention. On n'y traite pas de l'essence de l'islam : on y apprend comment l'absence de justice et de droit laisse libre cours aux pulsions humaines ; comment celles-ci détruisent un système social; et comment la crise de la culture nationale et de la religion projette une partie de la jeunesse vers l'islamisme, et une autre vers l'Europe. Ce sont des créateurs arabes qui l'exposent, et c'est assez époustouflant. A l'image de cette scène inouïe, où la star égyptienne Adel Imam, ivre et désespéré, prend à témoin la statue du père de l'indépendance égyptienne, Saâd Zaghloul, hurlant sa rage de voir "la plus belle ville du monde" devenue ce qu'elle est aujourd'hui. 
 

 
"Dunia", ou la difficulté de grandir
A propos du film de Jocelyne Saab
 
par VIVIEN AUDI, publié dans l'Orient-le Jour le 13 septembre 2006 
 
Dans un monde où l’enfance féminine est mutilée (et pas seulement par la pratique de l’excision), comment grandir ? Comment devenir soi, comment devenir femme ? Entourée d’aînées qui s’affirment dans des métiers dits "d’homme", comme cette "chauffeure" de taxi haute en couleur, ou qui jouent comme le feraient des gamines, le jeu de la séduction, Dunia (le film de Jocelyne Saab, à l’affiche du cinéma Sofil-Achrafieh) cherche sa voie avec tout le sérieux de l’enfant qu’elle ne veut pas trahir. Entre danse et poésie, elle cherche à rassembler les morceaux d’elle-même, d’une part corps et de l’autre esprit. Ou alors suffit-il d’épouser son amoureux pour devenir libre ? Merveilleuse caméra et direction d’acteurs qui nous donnent une Hanane Turk à volonté femme ou enfant dans des plans superbes de tendresse et d’émotion.

Deux hommes joueront des rôles complémentaires dans cet apprentissage, chacun à rebours de sa spécialité : si son professeur de danse exige que les mouvements du corps soient exclusivement une expression de l’âme, que le corps se fonde à l’univers tout entier, le professeur de poésie, lui, fera un bout de chemin en sens inverse à sa rencontre, redécouvrant la lumière, la chaleur, les grains de sable sous les pieds nus, cherchant lui aussi, mais avec une plus grande sérénité, due à l’âge mûr, à sortir d’un isolement, celui où l’a plongé sa cécité. Chacun des lieux d’apprentissage, la salle de danse comme l’université, donne lieu à de très belles images, sobres et subtiles. Le Caire est présent aussi, ses cinémas en plein air, ses quartiers populaires quasi déserts la nuit, ou ses grands axes, ses marchés, son Nil, dans des scènes d’extérieur pittoresques et animées, ou empreintes d’une poésie quasi fantasmagorique. Dans Dunia, Jocelyne Saab nous donne une œuvre superbe, maîtrisée, pleine de poésie et profondément humaine. Et qu’il ne faut manquer à aucun prix.
 

 
Un festival de cinéma brave les violences pour promouvoir le septième art palestinien
Les réalisateurs sont plus connus à l’étranger que chez eux en raison du manque de fonds pour soutenir leurs films
 
paru dans l'Orient-le Jour le 13 octobre 2006

 

Un festival du cinéma dédié aux réalisatrices palestiniennes brave les violences, les bouclages israéliens et le manque de fonds pour promouvoir le septième art en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. "Il est difficile de faire des films ici", explique Alia Arasoughly, qui dirige l’association Shashat, organisatrice de ce festival, dont les activités s’étendent sur l’ensemble des territoires palestiniens jusqu’à décembre. Liana Badr, dont le documentaire Les portes sont ouvertes parfois est à l’affiche, raconte quant à elle comment elle a dû faire face à des menaces et des intimidations de la part des soldats israéliens, en voulant tourner près de la barrière de séparation entre Israël et la Cisjordanie. "C’est une zone militaire et nous ne sommes pas autorisés à prendre des photos ou à venir avec une caméra. C’était horrible. Il nous a fallu beaucoup de courage", explique-t-elle. "Pour la première fois de ma vie, j’ai été prise d’une crise de panique près du village de Jayyous, quand les soldats israéliens ont pointé leurs armes vers ma poitrine", ajoute-t-elle.

Le cinéma est en effet une distraction rare, en dehors de Jérusalem et de Ramallah. A Gaza notamment, les salles ont été brûlées au début de la deuxième intifada, il y a six ans, et n’ont pas depuis rouvert. Les réalisateurs palestiniens sont ainsi plus connus à l’étranger, en raison des difficultés qu’ils éprouvent chez eux à lever des fonds, à tourner et trouver des producteurs et des diffuseurs. Le festival de l’association Shashat, qui en est à sa deuxième édition, s’est donc donné pour ambition de faire connaître les documentaires réalisés par onze Palestiniennes et promouvoir un art peu accessible d’habitude aux Palestiniens. Alia Arasoughly, une élégante jeune femme diplômée en cinéma, estime que les films doivent être vus par tout le monde et pas seulement les élites, précisant toutefois que les obstacles sont immenses, avec une économie palestinienne anémiée, des violences quotidiennes et une liberté de mouvement réduite. Par ailleurs, les goûts des Palestiniens aussi se font plus conservateurs avec une montée de l’islamisme, particulièrement à Gaza. Côté donateurs, la priorité est accordée à l’assistance alimentaire en raison de la grave crise que traversent les Palestiniens et le boycottage international en place depuis l’arrivée au pouvoir des islamistes du Hamas.

Le festival lui-même a dû faire face à de nombreuses difficultés. Une projection a été annulée à Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie, en raison d’une grève générale et d’affrontements armés entre factions palestiniennes. Malgré tout, les spectateurs sont au rendez-vous. Un public nombreux a assisté aux séances, assure-elle, ajoutant qu’un film a été projeté dans le sud de la bande de Gaza grâce à un générateur en raison des pannes électriques. "Rafah a été bombardé le matin même dans une opération israélienne, mais ils ont quand même diffusé le film l’après-midi", raconte ainsi Mme Arasoughly.Youssef Chayeb, un critique de cinéma, explique que certains succès récents du cinéma palestinien, comme le film Paradise Now nominé aux Oscars, ont ouvert la voie aux autres réalisateurs sur la scène mondiale. Il existe un besoin de dire l’histoire des Palestiniens dans une langue qui peut être comprise par le monde et pas en criant", indique M. Chayeb.
 

 
"Quand on est sans pays", ou l’interdiction d’être enterré sur sa terre
Un film dénonce la situation des "éternels réfugiés", les Palestiniens décédés à l’étranger
 
paru dans l'Orient-le Jour le 14 octobre 2006 
 
Le dernier souhait de Yasser Arafat d’être enterré à Jérusalem n’aura pas été exaucé, pas plus que celui d’autres Palestiniens considérés comme d’éternels réfugiés et interdits de sépultures sur "leur terre" : une situation dénoncée dans le film "Quand on est sans pays", du Palestinien Nasri Hajjaj. Ce cinéaste et écrivain a choisi de rendre hommage, dans son film qui sera dans les salles début 2007, à ses compatriotes morts à l’étranger et où ils reposent, la loi israélienne interdisant aux non-juifs nés à l’étranger d’être inhumés sur leur terre, y compris à Jérusalem. "Le Palestinien restera un réfugié, même après sa mort, tant que la loi israélienne lui interdira d’être enterré dans sa patrie", déclare à l’AFP le réalisateur, qui réside à Tunis. Hajjaj, né lui-même dans un camp de réfugiés du Liban il y a 55 ans, a tourné en Tunisie et au Proche-Orient, mais aussi en Europe, aux Etats-Unis et au Vietnam. "Dans chacun de ces pays, dit-il, est enterrée une personnalité palestinienne importante, avec une histoire particulière."

L’idée du film lui est venue lorsqu’il s’est rendu, en 1999, pour la première fois sur la terre de ses parents dans la région d’el-Khalil en Cisjordanie, qu’ils ont été contraints de quitter en 1948 pour passer le reste de leur vie dans le camp de réfugié de Aïn el-Héloué. Le temps fort du film se déroule au moment des funérailles du président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat, en novembre 2004, et des images de sa sépulture "provisoire" dans l’enceinte de la Moukataa, son quartier général de Ramallah, en Cisjordanie. La disparition de Arafat a constitué "l’événement majeur qui a fait plonger dans le vif du sujet en raison des nombreuses questions suscitées par sa mort et le lieu de son enterrement", estime le cinéaste palestinien. Le tournage a démarré fin 2004 à Londres sur la tombe du caricaturiste Naji el-Ali, assassiné il y a près de 20 ans. A Paris, des prises de vues ont été réalisées sur celle de Mahmoud al-Hamchari, représentant de l’OLP en France, assassiné par les services secrets israéliens dan la capitale française en 1973. D’autres scènes ont été réalisées en Syrie sur la tombe de Khalil al-Wazir (Abou Jihad), numéro deux de l’OLP et initiateur de la première intifada dans les territoires occupés, assassiné par un commando israélien à Tunis en avril 1988.

Hajjaj s’est également rendu sur les sépultures du premier président de l’OLP, Ahmad al-Choukeiri, en Jordanie, et d’autres Palestiniens inhumés en Bulgarie, aux Etats-Unis et au Vietnam. En Tunisie, il a aussi filmé des tombes d’exilés palestiniens tués lors d’un bombardement de l’aviation israélienne en octobre 1985 sur le quartier général de l’OLP à Hammam Chott, dans la banlieue sud de Tunis, et la tombe de Salah Khalef (Abou Iyad), bras droit et chef des services de renseignements de Yasser Arafat, assassiné en janvier 1991. Le film montre également des images des cimetières des camps de réfugiés de Aïn el-Héloué au Liban, datant du premier conflit israélo-arabe en 1948. Des séquences ont été tournées au "cimetière de l’ennemi mort", en Israël, où reposent des combattants palestiniens tués entre 1948 et la deuxième intifada.
 

 
Le grand prix prince Claus à un designer iranien
 
paru dans l'Orient-le Jour le 5 septembre 2006
 
Le grand prix prince Claus 2006, d’un montant de 100.000 euros, a été attribué au designer graphique iranien Reza Abedini. Les œuvres de Abedini, également professeur de culture visuelle à l’Université de Téhéran, "témoignent des rapports entre tradition visuelle et formes modernes", relève la fondation. Neuf autres créateurs, de plusieurs continents, sont également honorés par ce prix qui existe depuis 10 ans. Les domaines retenus sont les arts visuels, l’écriture, l’édition, le théâtre, l’éducation et le patrimoine culturel. Le jury international de ce prix est présidé par le photographe Niek Biegman, ancien ambassadeur auprès des Nations unies. Depuis 1997, les prix prince Claus ont été décernés chaque année à des artistes, des intellectuels et des organisations culturelles en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Tous les ans, un livre est publié pour accompagner les prix prince Claus. Cette publication en anglais contient des articles de fond sur chacun des lauréats, le rapport du comité des prix et une communication de l’un des présidents d’honneur de la fondation. La Fondation prince Claus est une plate-forme d’échanges interculturels. Elle travaille en partenariat avec des personnes et des organisations d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes, et réalise des activités et des publications sur des thèmes contemporains, dans le domaine de la culture et du développement. Les prix prince Claus participent à cette stratégie.
 

 

Quand Venise regardait vers l'Orient
 
par PIERRE FORNEROD, publié dans Ouest-France le 10 octobre 2006
 
Pendant une dizaine de siècles, Venise a été la cité européenne qui a établi les liens les plus nourris avec l'Orient. Une exposition à l'Institut du Monde Arabe, à Paris, raconte. Entre Venise et l'Orient, tout a commencé par un vol. Celui que commirent deux marchands, en 828. Dans une église copte d'Alexandrie, en Egypte, ils ont chapardé les reliques de saint Marc, disent les chroniques de l'époque. Un "exploit" qui leur valut d'être reçus en grande pompe par la Cité de Venise. Le Doge y entreprit aussitôt la construction d'un reposoir. En l'occurrence la fameuse basilique qui reste l'image de marque de la ville. Les deux dômes qui la surplombent lui donnent une architecture de tombeau égyptien. Spectaculaire marque d'une influence qui, pendant dix siècles, touchera tous les domaines de la vie quotidienne, artistique, commerciale ou scientifique. A preuve, les quelque 200 pièces, peintures, armes, manuscrits, verreries, tapisseries ou coffres réunis à l'Institut du Monde arabe dans une flamboyante exposition qui s'arrête en 1797, date de la chute de Venise devant Napoléon Bonaparte.
 
Les relations privilégiées entretenues pendant des siècles par Venise et l'Orient ne doivent rien au hasard mais tout au pragmatisme des Vénitiens. Pour avoir été les premiers à ouvrir des ambassades en Orient, dès les Xe et XIe siècles, ils trouveront, raconte Stefano Carboni commissaire de l'exposition, "un équilibre quasi parfait entre l'esprit religieux, une diplomatie de caméléon et un sens aigu des affaires". Loin des fastes affichés dans cette exposition, on en conserve très prosaïquement la trace au quotidien. "Payer en espèces" : l'expression nous vient des Vénitiens qui "payaient en épices". En poivre essentiellement, précieux composant importé d'Orient et dont ils firent une monnaie d'échange. Site web : www.imarabe.org .

 

 

Ce gobelet conservé à Francfort est représentatif de l'inspiration islamique initiale. Le
motif du griffon, emprunté à l'ancienne image classique qu'affectionnait l'art islamique
médiéval est devenu ici un puissant symbole héraldique. Le lien avec le monde islamique
est souligné par la forme élancée et le travail raffiné de ce verre, forme proche-orientale
typique pour les récipients à boire, qui se répand à la fin du XIIe siècle

 


 
10e Biennale de Venise - Mobilité, migration et développement durable
 
par CATHERINE SZACKA, publié dans le Devoir le 11 septembre 2006

 

"Villes : architecture et société". Tel est le thème de la dixième exposition internationale d'architecture de Venise, un événement qui se tiendra dans la sérénissime jusqu'au 19 novembre 2006. Cette année, la gigantesque exposition fera découvrir, en plus des pavillons nationaux, 16 villes situées sur quatre continents (de Shanghai à New York en passant par Caracas, Barcelone, Londres, Istanbul, Los Angeles, Mumbaï, Mexico, Tokyo, Bogota, São Paulo, Berlin, Johannesburg, Le Caire et Milan). Alors qu'il y a un siècle seulement 10 % de la population du globe vivait dans des zones urbaines, aujourd'hui, plus de 50 % des humains habitent les villes. Voilà pourquoi, selon Richard Burdett, commissaire en chef de cette dixième exposition et professeur d'architecture et d'urbanisme à la prestigieuse London School of Economics, il fallait s'interroger sur l'avenir des métropoles en touchant les facteurs clés auxquels font face les grandes métropoles du XXIe siècle : mobilité, migration et développement durable.

Durant les trois jours d'inauguration et de fêtes célébrant l'ouverture de l'exposition (7, 8 et 9 septembre) tous semblaient unanimes : la dixième édition de la Biennale d'architecture est plus que réussie. Alors qu'en 2004 on avait reproché le manque de profondeur et d'unité de la présentation, cette année, le travail de Burdett est clair, facile d'accès et bien articulé. Situés dans de magnifiques jardins, les pavillons nationaux permettent aux architectes de partout dans le monde de se rencontrer afin de mettre en espace leur vision du thème proposé. Alors qu'en 2002 le Canada était représenté par Michael Awad et John Knechtel de Toronto et qu'en 2004 c'était le tour des architectes montréalais Saucier + Perrotte, cette année, le pavillon canadien vibre au rythme de Vancouver, la ville du vêtement sport et du recyclage ! Avec le projet SweaterLodge, un immense sweater de 26,5 m de long fait de Polartec 200 produit à partir de 3150 bouteilles de plastique et de contenants de deux litres de boisson gazeuse, les architectes de Pechet and Robb (Bill Pechet et Stephanie Robb) dressent un portrait conceptuel de Vancouver, "une ville canadienne où la vénération de la nature et la construction d'une culture urbaine forment parfois un curieux ménage".

 

Pour compléter l'installation, trois bicyclettes sont à la disposition des visiteurs. Leur mouvement actionne des projecteurs numériques qui proposent un film d'animation fantaisiste sur la ville de Vancouver. Ainsi, en choisissant de réaliser un projet conceptuel et expérimental plutôt que de montrer des projets réalisés par leur firme (principalement des résidences, cimetières, mémoriaux et espaces publics), les architectes de Pechet and Robb ont voulu jouer sur l'idée de la représentation et de l'occupation d'un espace. Selon Bill Pechet, représenter le Canada à la Biennale de Venise est "une expérience stimulante et inspirante, un effort de synthèse" qui, pense-t-il, "les aidera dans la poursuite de leur carrière".

 

Parmi les pavillons les plus originaux cette année, celui de la France, qui, avec comme titre "Le pur plaisir d'exister", propose de montrer comment une équipe de gens habitera littéralement le pavillon durant les deux mois que durera la Biennale. Imaginée par le collectif EXYZT, cette occupation style reality show n'est, dit-on, "pas une mise en scène, mais un acte d'architecture visant à instaurer, pendant la durée de l'événement, un régime d'intervention inhabituel". Aussi, le pavillon de l'Espagne qui, avec le titre we, the cities, célèbre le travail architectural de sept femmes espagnoles. Avec bien peu de dessins, maquettes ou autres éléments typiques de la représentation architecturale, cette exposition sert à montrer ce nouveau visage de l'architecte, de plus en plus près de la sociologie et des autres sciences humaines que de la pure création. Pour plus d'information sur la Biennale et sur le pavillon du Canada : www.sweaterlodge.ca , www.labiennale.org/en/architecture , www.venicesuperblog.net

 

 

L’Université antonine ouvre trois nouvelles facultés de gestion, de publicité et de santé publique
L’UPA à la recherche constante de la polyvalence et du multiculturalisme
 
paru dans l'Orient-le Jour le 6 octobre 2006
 

Pousser la perfectibilité toujours plus loin, mettre en exergue le dynamisme et l’ambition qui caractérisent l’institution, relever le défi de la recherche systématique du neuf dans l’attachement à la pluridisciplinarité, à la polyvalence et au multiculturalisme. S’il fallait définir, en quelques formules, les objectifs que s’est fixés l’Université antonine (université des pères antonins, UPA), qui vient d’avoir dix ans d’existence officielle cette année, ce serait bien ceux-là, inspirés par le secrétaire général de l’université, le père Fady Fadel. Poursuivant sur sa lancée visant à offrir encore plus de possibilités à ses étudiants, l’UPA vient de créer trois nouvelles unités universitaires : une faculté de gestion et d’affaires ; une faculté de publicité, d’art graphique, de cinéma, de radio et télévision, de photographie et de relations publiques et communication ; et une troisième de santé publique et de physiothérapie.

 

Pour la faculté de gestion, l’UPA a voulu "s’inscrire dans la lignée des exigences du public estudiantin", indique le père Fadel. D’autant que le marché libanais, dit-il, est toujours apte à accueillir des diplômés en gestion, à l’instar du marché arabe. C’est pourquoi l’université propose une formation trilingue, en français, anglais et arabe, de manière à former des étudiants capables de s’imposer sur tous les marchés, grâce à une formation muticulturelle. La faculté de gestion comprend plusieurs filières : management, marketing et publicité, finance, ou encore comptabilité et auditing. Son objectif, explique le père Fadel, est de fournir une formation théorique et académique de niveau, en partenariat avec les autres universités en relation avec l’UPA et avec le secteur tertiaire, tout en gardant un œil sur le marché du travail et sur la qualité de l’enseignement.

 

La nouvelle faculté de publicité a, elle aussi, tout pour attirer les étudiants, puisqu’elle propose toute une gamme de filières dans le cadre de sa formation. L’UPA souhaite que cette faculté puisse répondre aux attentes des jeunes, au sein d’une société de plus en plus fondée sur la communication, surtout avec l’utilisation du réseau Internet. L’objectif principal de la formation dans cette faculté est de permettre aux étudiants d’acquérir une culture générale pratique et théorique des différentes spécialisations proposées. Dans ce cadre, l’université met à la disposition des étudiants, en partenariat avec Paris II Assas et avec les sociétés de communication et d’impression sur place, toute une infrastructure pour leur assurer une formation spécialisée dans le domaine de la communication et de ses applications conceptuelles, artistiques, techniques et professionnelles. Sans compter, ajoute le père Fadel, qu’en fin de parcours, ils seront fin prêts à assurer des fonctions professionnelles puisque l’UPA met à disposition de ses étudiants une formation pratique, dans le but de leur permettre d’intégrer directement le marché du travail.

 

Quant à la faculté de santé publique et de physiothérapie, elle permettra, pour sa part, aux étudiants de concilier deux approches : l’approche anglo-saxonne (une nouveauté au Liban) et l’approche française dans les deux langues, pour mieux comprendre les besoins en matière de santé, aussi bien de la personne que de la collectivité. En partenariat avec l’Université catholique de Louvain et des universités américaines, la faculté propose aussi un terrain de stage pour les étudiants à l’hôpital universitaire du Sacré-Cœur, à Baabda. Privilégiant la synergie entre les facultés, l’UPA assure également des cours en commun entre la gestion, le génie informatique et la publicité, ou encore entre les départements de sciences infirmières, de physiothérapie et d’éducation physique, de manière à compléter et parfaire la formation de l’étudiant. C’est donc surtout sous le signe de la polyvalence, pour reprendre les termes du père Fadel, qu’elle entend se placer.

 

Naturellement, le père Fady Fadel évoque la dernière guerre et ses conséquences. D’ailleurs, en raison des événements, la cérémonie de remise des diplômes pour la promotion 2002-2006, prévue à l’origine en juillet, n’aura lieu que demain samedi. Dans sa mission pédagogique visant à bâtir l’homme et à diffuser les valeurs pouvant assurer une société de paix et de dialogue, l’UPA a créé pour cette année une cellule au niveau du secrétariat général dont la mission sera d’assurer un accompagnement et une formation à la vie citoyenne, loin de la violence du discours politique actuel, par-delà les intérêts des partis politiques. L’université souhaite ainsi recréer un espace politique public fondé sur la convivialité et la recherche du bien commun, pour contribuer à la diffusion d’une culture de vie. Et c’est dans ce cadre de dialogue, favorable à l’esprit critique et à l’épanouissement de l’individualité, que seront abordées les rencontres avec les hommes politiques. Enfin, du fait de la guerre, les élèves de terminales qui n’auront pas eu le temps d’intégrer la rentrée universitaire en raison du retard de la deuxième session du baccalauréat libanais bénéficieront en novembre d’une session de rattrapage pour les 30 jours de formation universitaire qu’ils auront perdus entre-temps.


 

Le FBI peine à apprendre l’arabe

 

par LAURENT SUPLY, publié dans le Figaro le 11 octobre 2006

 

Cinq ans après le 11-Septembre, si le "Bureau" a recruté de nombreux traducteurs, les agents spéciaux qui officient sur le terrain ne parlent toujours pas arabe. Sur les 12.000 agents de terrain du Federal Bureau of Investigation, 129 seulement ont des notions d’arabe moderne. Parmi eux, 58 connaissent quelques mots usuels, et ils ne sont que 33 à pouvoir soutenir une conversation. Encore plus étonnant, parmi ces arabophones, aucun ne travaille au sein des cellules de coordination de l’antiterrorisme international. Selon le Washington Post, ces lacunes linguistiques toucheraient également les autres langues moyen-orientales ou asiatiques. Au premier rang, le farsi, parlé en Irak, où l’Urdu. La situation serait peu ou prou la même à la CIA et dans les autres agences antiterroristes américaines. Jusque dans l’administration pénitentiaire : trois terroristes ont pu envoyer 90 lettres à leurs connexions à l’étranger, faute de traducteurs capable de saisir la teneur de leurs messages, signale le quotidien.

 
Un "sérieux problème"
 
Le Post souligne notamment le cas des International Terrorism Operations Sections (ITOS), deux cellules de coordination anti-terroristes. "La connaissance de la langue arabe n’est pas une aptitude utilisée au sein des ITOS", déclare Michael Heimbach, qui dirige l’une d’entre elles. Et pour cause : les documents qu’ils étudient (écrits, audio, vidéo) sont traduits en amont par des traducteurs spécialisés. Sur le terrain, le FBI assure que des traducteurs sont disponibles sous 24 heures aux Etats-Unis ou à l’étranger. L’ "effort de guerre" du FBI depuis les attentats du 11-Septembre s’est en effet traduit par un vaste recrutement de traducteurs. En cinq ans, leur nombre est passé de 70 à 269 pour l’arabe, et de 24 à 79 pour le farsi. Au total, le FBI peut traduire dans plus de 100 langues. Les plus forts taux de croissance concerne le somalien (de 1 à 12), le pashtoune (de 1 à 10), et le kurde (de 0 à 6). Le nombre de traducteurs en espagnol baisse de 22%, mais ils sont toujours 344, vestiges de l’engagement des Etats-Unis en Amérique du Sud. Pourtant, Daniel Byman, un universitaire spécialiste des questions de sécurité, explique au Post que ce manque d’agents de terrain arabophones est un "sérieux problème". La connaissance de la langue donne "une connaissance de la culture et de la sensibilité, et rend plus sensible à la nuance, et bien souvent, dans une enquête, il ne s’agit que de ça", explique-t-il.
 
Un handicap dans la "guerre contre le terrorisme"
 
Cette carence s’explique par la difficulté à recruter dans la communauté arabe, mais aussi par les conditions d’embauche très strictes. La nationalité américaine est exigée, et les candidats peuvent être recalés après enquête de personnalité, en particulier s’ils ont toujours de la famille au Moyen-Orient. Et quand le FBI a sous la main des agents bilingues, il leur interdit carrément de participer aux enquêtes anti-terroristes, comme ce fût le cas de l’agent spécial Bassem Youssef, un égyptien naturalisé américain, qui s’est vu écarté de son domaine de compétence après le 11-Septembre. Il est actuellement en procès avec le département de la Justice. Et son avocat de s’interroger : "Comment peut-on mener une guerre avec un tel handicap ?"
 
L’''effort de guerre'' du FBI depuis les attentats du 11-Septembre s’est plus
porté sur les traducteurs que sur les agents bilingues 

 


 
Mireille Honeïn transforme les francs en œuvres d’art
"Mémoire du franc" au Musée de la monnaie de Paris jusqu’au 22 octobre
 
par CARLA HENOUD, publié dans l'Orient-le Jour le 6 septembre 2006
 
Il aura fallu une Libanaise, résidente en France depuis de nombreuses années, bouillonnant d’idées, de dynamisme et de créativité, pour consacrer trois ans de sa vie à transformer de simples billets, des francs français voués à la destruction et donc à l’oubli, en 381 sculptures et, ainsi, sceller la mémoire du franc. Il aura fallu une tempête Mireille Honeïn, que rien n’arrête, pour y croire et arriver au bout de cette belle mais aussi pénible aventure. Il est vrai que l’argent contribue à faire le bonheur. Mais dans le cas de Mireille Honeïn, ce bonheur fut totalement différent, plus abstrait, insaisissable et visuel. Car c’est lorsqu’il a perdu sa valeur monétaire qu’elle a commencé à le regarder et l’apprécier comme du papier, un papier magique. C’est à cet instant que l’idée a germé, s’est développée et a pris rapidement forme. Et Mireille Honeïn s’est écriée, comme à son habitude, impatiente : "Qui m’aime me suive !"

"En 2002, raconte-t-elle, alors que je regardais le journal télévisé, j’apprends qu’à l’occasion du passage à l’euro, les billets de francs français allaient être vérifiés, comptés, neutralisés avant d’être éliminés." Ce billet prend alors valeur de testament, les dernières lignes d’une page de l’histoire qui sera définitivement tournée. Il inspire alors un projet dans la tête de l’artiste, qu’elle s’empresse de partager avec son ami, le sénateur Serge Vinçon, alors vice-président du Sénat. Ensemble, ils réussiront à embarquer le gouverneur de la Banque de France, aujourd’hui gouverneur de la Banque européenne, Jean-Claude Trichet, dans ce superbe pari. "C’était bien la première fois de ma vie, poursuit-elle dans un grand éclat de rire, que je recevais autant d’argent, d’énormes sacs débordant de billets de banque transpercés !" Les 20, 50, 100, 200 et 500 francs ne se calculent plus entre ses mains, pressées de démarrer le travail. De même que les infinies possibilités d’en faire des boîtes, des sculptures, des personnages, des bas, des urnes, des têtes, des sacs, des pelotes de laine, des jeux de mots, des rebus et j’en passe…

Un travail acharné de trois ans

Ces longues nuits blanches teintées de vert, bleu, ocre - les couleurs des billets - vont garder Mireille Honeïn éveillée pendant trois ans. Son atelier voit s’accumuler des œuvres qui dialoguent entre elles, semblant même s’amuser follement. Des centaines de boîtes où chaque billet se caractérise par un pli, une forme, une courbe, laissant s’échapper une expression, un clin d’œil, un rire, une joie. Les portraits de Saint-Exupéry, Pierre et Marie Curie, Eiffel, Cézanne et Debussy sont caressés, froissés, triturés, embellis ou répétés à l’infini. Le résultat, une œuvre grandiose, à la limite de l’obsessionnel, un délire de formes et de couleurs, stimulées par les mots, l’humour et la fougue de l’artiste. Galerie de portraits, arbre de vie ou cactus, cerfs-volants ou drapeau français, graphique boursier ou poussah, le franc devient un prétexte pour assouvir une inspiration illimitée, sans jamais se prendre au sérieux ni même être rassasié.

L’aventure se poursuit

Alors, pour présenter tous ces visages du franc dans leur écrin idéal, c’est-à-dire le Musée de la monnaie de Paris, il suffisait d’un pas, franchi avec l’élégante audace de la dame, au bras de Dov Zerah, directeur des lieux… Cette exposition, qui est autant un hommage au franc qu’à Mireille Honeïn, s’accompagne d’un très bel ouvrage de plus de 250 pages, préfacé par Amine Maalouf. Un travail en soi qui aura demandé encore d’autres nuits blanches à l’artiste, partagées avec la graphiste Hana Khalaf, l’imprimeur Anis Commercial Printing Press et Léogravure pour les photogravures. "Les billets de banque, sécurisés pour ne pas pouvoir être reproduits, ont été très difficiles à imprimer. Je ne peux que féliciter l’équipe pour ce travail créatif." Le livre sacré, achevé d’être imprimé le 10 juillet, est arrivé à temps à Paris, en bon ambassadeur d’un Liban qui se remet miraculeusement de ses blessures. Mireille Honeïn, perfectionniste, aura tout donné pour mener cette aventure à bon port. Elle en ressort épuisée, mais comblée. Après la terre, la pierre, le bois, le béton, le papier mâché, le métal, la cire, le plâtre et le bronze, où emmènera-t-elle son public ? Qui l’aime la suive, avait-elle prévenu... Le vernissage a eu lieu hier. L’exposition se poursuivra jusqu’au 22 octobre, du mardi au samedi, de 11h à 17h30, et le dimanche de 12h à 17h30.
Site web : www.monnaiedeparis.fr .