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ARTS-SPECTACLES
RJLIBAN N°17 du 19
octobre 2006
www.rjliban.com
V
I V A T ! LIBAN
"Parce
que nous sommes des
artistes qui font face
à la violence et à la
destruction par la force
des mots, de la pensée
et de l'âme, qui résistent
par le pouvoir des voix,
des corps et de
l'imagination, parce que
nous voulons rebâtir
les ponts de tous les
possibles et
reconstruire un Liban de
toutes les utopies, des
artistes du monde
soutiennent notre cause
et participent à notre
événement."
Avec
le soutien du Ministère
de la Culture et de
la Communication,
et sous le
parrainage de
l'Ambassade du Liban
en France
V
I V A T ! LIBAN
Dimanche
22 octobre 2006
à 14h30
Théâtre
national de Chaillot
1,
place du Trocadéro,
Paris
Spectacle
en mots, musique et
images
au
profit de PREMIÈRE
URGENCE
aide
humanitaire
internationale
conçu
par Hanane Hajj-Ali,
Hanane Abboud-Achcar et Nabil
El Azan
Avec
la gracieuse
participation de
:
Chanteurs
: Dominique
Devals, Yasmine Hamdan,
Souad Massi, Dick
Rivers, Sapho
Écrivains
: Adonis, Etel
Adnan, Elias Khoury, Amin
Maalouf, Salah
Stétié
Musiciens
: Abdel Rahman El
Bacha, Rony Barrak,
Duo Fahïm (Ibrahim
Maalouf), Zad
Moultaka,
Comédiens
: Simon Abkarian, Roger
Assaf, Dominique
Blanc, Christiane
Cohendy, Hanane
Hajj-Ali
Conteur : Nacer
Khemir
Danseurs
: B3 Black Blanc Beur,
Battezatto/Blandini
CieTeatri Del Vento,
Fabien Ruiz, Yalda
Younés
Et
la contribution du
Collectif des Cinéastes
libanais.
*************************************************************
V
I V A T ! LIBAN
Mise
en scène : Nabil El
Azan
Lumières
: Philippe Lacombe
Espace
: Georges Vafias
Assistante
à la mise en scène :
Sara Sehnaoui
Collaboration
technique : Thibaut
Cavaillès
Relations
de presse : Zeina
Toutounji, Fatima
Sissani
Relations
publiques : Salwa
Fathallah, Samar
Sassine, Tarek Mounim
Relations avec
les artistes :
Christiane Assaf
Chargée
de production :
Soumia Kanouni
Administration :
Philippe Potier
*************************************************************
Comité
de parrainage
Mohamed
Berrada, John Berger,
Simone Bitton, Georges
Corm, Mahmoud Darwich,
Marcel Khalifé, Farouk
Mardam-bey,
Jack
Ralite, Elias Sanbar,
Fawaz Traboulsi
*************************************************************
Les
recettes de cet événement
iront à
PREMIÈRE
URGENCE Aide Humanitaire
Internationale
Dons
et Réservations au +33
1 44 01 54 24
ou
sur www.premiere-urgence.org
*************************************************************
Opération
à l’initiative de
SHAMS,
association culturelle des
Jeunes du Théâtre et du
Cinéma - Liban www.assshams.org
et
Al Mawred, fondation
culturelle à vocation
panarabe - Belgique www.mawred.org
*************************************************************
Producteur
délégué
La
Barraca
Compagnie
conventionnée Drac-Île de
France.
Tel/fax
+33 1 46 61 07 04
Présentation
musicale du Liban à
Madrid
La
chanteuse libanaise Nayla a
organisé un spectacle
musical, le vendredi 6
octobre, à Madrid,
au Centro Cultural Alfredo
Krauss, et se produira de
nouveau au même lieu,
le
vendredi 20 octobre à
19h30.
Presentación
musical de Líbano
ese
país mediterráneo tan
desconocido.
El
viernes 6 de octubre, a
las 21h00, Nayla,
la cantante libanesa en
Madrid,
nos
presentará su país
natal, Líbano.
Viernes
20 de octubre 2006 a las
19h30
Con
músicos en directo,
proyección de fotos y
imagenes y degustación
de productos libaneses.
Centro
Cultural Alfredo Krauss
Glorieta
de pradera de vaquerizas,
s/n
Madrid-metro
La coma
Entrada
libre hasta completar
aforo
Les
sons œcuméniques
de
Zad Moultaka
par
MARIE-AUDE ROUX, publié
dans le Monde du 12
octobre 2006
Après
un an de fermeture pour
parfaire sa sécurité et
son confort, le Théâtre
des Bouffes du Nord a
rouvert son bel espace
intimiste à
la musique. Lundi
9 octobre, le premier des
vingt concerts de la
cinquième saison produite
par Olivier Mantei (patron
d'Instant Pluriel) dans le
théâtre de Peter Brook
était bien à l'image de
ce lieu de rencontre et d'échange.
Il accueillait le Festival
d'Ile-de-France le temps
d'un portrait en miroir du
compositeur
Zad Moultaka
(né en 1967). Finement
intitulé Ce
qu'a vu le vent d'est,
en référence à un des Préludes
pour piano de
Debussy (Ce
qu'a vu le vent d'ouest...),
le concert parcourait en
six compositions le vaste
désir oecuménique du
Libanais, parisien
d'adoption depuis vingt
ans. Une musique soucieuse
de sens puisque le
compositeur convoquait
successivement, dans Zirk,
un hymne latin à la
Vierge, le Livre des morts
des anciens Egyptiens, en
italien, dans La
Scala del Cielo,
des chants de guerre du poète
russe Ivan Silinski pour Fanariki,
tandis qu'Autre
silence était
extrait de Bâb
al-Chams ("La
Porte du soleil")
d'Elias Khoury et que Nepsis
mettait en "scène
sonore" un poème d'Etel
Adnan, Five
Senses for One Death ("Cinq
Sens pour une mort").
L'Orient
rencontre l'Occident
De
ses études musicales et
pianistiques, Zad Moultaka a
fait son miel. Son écriture
instrumentale et son
inspiration formelle, assez
convenues, sont de nature éminemment
occidentale. Mais il y mêle
habilement des sonorités
venues d'Orient (oud,
percussions, cymbalum),
compose avec les
micro-intervalles et une
ornementation mélismatique
caractéristique. Le résultat
est souvent prenant, comme
dans Zirk, où la voix à
l'"orientale" de
Fadia Tomb el-Hage produit
un bel effet poétique, de même
dans Fanariki, le cymbalum
joué par Cyril Dupuy.
Associé au choeur de
chambre toulousain Les Eléments
fondé par Joël Suhubiette,
l'Ensemble Ars Nova, que
dirige Philippe Nahon, a développé
depuis 2004 une subtile et
puissante proximité avec la
musique de Zad Moultaka. Et
cela s'entend.
Zad
Moultaka à tous vents...
Echos
du théâtre et de la
musique
paru
dans l'Orient-le Jour le 3
octobre 2006
Prolifique
et ultracréatif, Zad
Moultaka fait feu de tout
bois. On l’avait applaudi,
avec plaisir, plus d’une
fois cette année au pays du
Cèdre. D’abord au
Festival al-Bustan pour
l’année Mozart, ensuite
à la commémoration du
souvenir de Samir Kassir où
en virtuose du clavier il a
interprèté, en plein air
sous un arbre plus que
centenaire du centre-ville,
des pages de Bach et de
Chopin. Mais ce qui était
une courte composition, dont
il est seul à avoir le
secret, avait retenu
l’attention de
l’auditoire ce jour-là,
avec des bruits de
mitraillettes et des
bombardements en rythmiques
musicales ! Musique ardente,
brutale et nue, accompagnée
d’une danse de talons
claqués comme un douloureux
flamenco… Il a apposé sa
signature, à Avignon, au
texte de Jon Fosse, dans la
création de Quelqu’un va
venir, mise en scène par
Nabil el-Azan. Un
"plus" au carnet
surchargé du jeune
compositeur, très sollicité
et toujours à
l’inspiration à tous
vents… Avec un agenda qui
commence le 5 octobre à
Paris et s’achève le 9 février
2007 à Toulouse, le
compositeur libanais Zad
Moultaka s’est aligné sur
la rentrée culturelle
libanaise.
C’est en collaboration
avec le Festival Île-de-
France que l’Institut du
monde arabe organise le 5
octobre une rencontre sur le
thème "Créer entre
Orient et Occident"
avec la participation de
grandes figures du monde
arabe comme la poétesse
Etel Adnan, l’architecte
Jad Tabet, le poète et
traducteur Issa Makhlouf, le
producteur Jacques
Polvorinos et le rédacteur
en chef de la revue Qantara,
François Zabal. Les 6 et 9
octobre, toujours dans le
cadre du Festival Île-de-France,
le compositeur libanais
donne respectivement une répétition
publique de Zikr à
l’auditorium
Saint-Germain, avec Fadia
Tomb el-Hage, Ars Nova et le
groupe Les Eléments puis un
concert monographique
comprenant Loubnan, Nepsis,
Funariki, Zikr et deux
autres créations. Le 22
octobre, deux programmes
sont prévus entre 15h et
18h : "Liban
Vivat", un hymne
spectacle consacré au Liban
et la représentation du
spectacle "Non, hommage
à Samir Kassir".
Lequel sera repris le 10
novembre à Marseille à
l’auditorium du Palais des
Congrès, dans le cadre des
"Rencontres d’Averroès".
Le 3 décembre, à 17h,
Moultaka présente la Déclaration
d’innocence, avec les chœurs
d’enfants et les
instrumentistes de l’école
de musique de Gonesse à
Paris. 7 décembre à
Marseille, à 19h30, Cadavre
exquis avec l’ensemble
vocal Musicatreize, sous la
direction de Roland
Hayrabedian. Enfin le 9 février,
à 21h à Toulouse, le
compositeur donnera dans le
cadre du Festival d’Odyssud
un concert avec, au
programme, La scala del
cielo, Enluminures et Zikr.
Le
pianiste et compositeur
libanais Zad Moultaka
"Quelqu’un
va venir" de Jon
Fosse, une création en
Avignon de Nabil El Azan
paru dans
l'Orient-le Jour le 3
octobre 2006
Nabil El Azan, que les
Libanais connaissent fort
bien pour avoir monté
plusieurs œuvres
dramaturgiques à
Beyrouth, notamment Le
Renard du Nord de Renaud,
Le collier d’Hélène de
Frechette et L’Emigré
de Brisbane de Schéhadé
à Baalbek, a toujours le
vent en poupe. En France où
il réside, son activité
est toujours soutenue avec
deux pièces qui ont
rempli deux salles de
l’Hexagone durant la
saison d’été. Tout
d’abord, du 21 septembre
au 30 décembre prochain,
une reprise au théâtre
Mouffetard d’un succès
antérieur, Le soir de la
générale de Claire
Beclet avec Any Romand.
Par ailleurs, la compagnie
La Barraca, dont El Azan
dirige les travaux, a donné,
du 6 au 29 juillet au théâtre
Gilgamesh, la place des
Carmes à Avignon, la création
Quelqu’un va venir de
Jon Fosse avec Federic
Gustaed, Nathalie Pivain
et Marc Susini. Avec une
mise en scène signée
bien entendu Nabil El Azan.
Le 7e Festival du
monde arabe de Montréal (FMA)
met les prophètes
rebelles à l'honneur
Place aux créateurs de
sens
par
LOUISE-MAUDE SOUCY, publié
dans le Devoir le 3 octobre
2006
Il y a maintenant sept
ans que le Festival du
monde arabe de Montréal
(FMA) travaille à
entretenir le tissu
communautaire montréalais
au moyen de dialogues et
de rencontres entre les
cultures québécoise et
arabe. Cette année, la tâche
revient plus particulièrement
aux prophètes rebelles,
ces "créateurs de
sens" capables
d'inventer un nous
collectif qui dépasse
"l'ici et le
maintenant". Le thème
des prophètes rebelles
s'est imposé
naturellement au directeur
général et artistique du
FMA, Joseph Nakhlé.
"Les prophètes
rebelles sont ces artistes
qui résistent à
l'effondrement de l'humain
et tentent d'ajouter de la
chaleur et de la vie à
notre monde désenchanté."
Dans un monde de plus en
plus désincarné, ils
proposent une "réponse
québécoise à la
confusion du monde",
poursuit la directrice de
la programmation, Sofia
Benyahia. La 7e édition
de cette manifestation
multidisciplinaire alliant
musique, arts de la scène
et cinéma a été façonnée
à leur image, sans
compromis. "Il faut dépasser
la tolérance frileuse qui
n'est que bon voisinage.
[...] Cela ne s'improvise
pas, cela se bâtit
ensemble", croit la
directrice des
communications Aïda Kamar.
Encore hier, Mme Kamar a
tenu à rappeler que le
FMA est d'abord un espace
proprement québécois :
"C'est notre seule
identité et c'est la
seule image que nous
aimerions refléter."
Concrètement, le FMA
proposera des rencontres
de toutes sortes toutes
consacrées au mieux
"vivre
ensemble". A son
habitude, la musique
occupera une place prépondérante.
Cette année, c'est la
musique soufie qui sera à
l'honneur, notamment avec
le duo techno DuOud qui
propose de la musique
mystique en mode numérique
(27 octobre), mais aussi
avec le blues 100 % soufi
du maître du ney (flûte
orientale), Kudsi Erguner
(29 octobre). Côté
danse, on attend Les Possédés
(9 et 10 novembre) qui met
en vedette la transe des
derviches tourneurs d'Alep
et celle du danseur turc
Ilhan Karabaçak,
troublant dans son numéro
de baladi intrigant et
sensuel. En humour, le comédien
Mohsen El Gharbi présente
Juste pour mourir,
l'histoire d'un kamikaze
raté qui débarque au Québec
(4 novembre) tandis que
les Zapartistes s'allient
à Slimane Benaïssa pour
trouver Le 100e nom de
Dieu (29 octobre).
A cela s'ajoute
une vingtaine de films,
des tables rondes, des
lectures, des témoignages
et de nombreux spectacles.
Pour le chanteur et cinéaste
Dan Bigras, il s'agit là
d'une prise de parole
essentielle pour faire
tomber la peur des autres.
"Quand on est arabe,
on n'est pas nécessairement
dans al-Qaïda et quand on
est blanc, on n'est pas
forcément pro-Bush."
Ce monde en deux
dimensions, c'est aussi
celui que combat l'autre
porte-parole du FMA,
l'anthropologue Serge
Bouchard. "Notre
diversité culturelle est
notre unité d'être
humain." Cette année
encore, une bonne part du
financement du festival
est assumée par le ministère
de l'Immigration et des
Communautés culturelles.
Mais ces acquis restent
fragiles, note Mme Kamar,
qui déplore l'absence du
ministère de la Culture
et des communications.
"Il est de plus en
plus difficile d'assurer
un financement correct.
C'est une bataille
continuelle." Le FMA
débutera le 26 octobre
prochain pour se terminer
le 12 novembre .
Site
web : www.festivalarabe.com .
La diversité
culturelle, comme la
diversité biologique, est
à défendre d'urgence
par
JEAN-MARIE VODOZ, président
de la Fondation Défense
du français, publié dans
le Temps le 28 septembre
2006
Si
autant d'Etats non
francophones se retrouvent
dans l'Organisation
internationale de la
francophonie, c'est que tout
se passe comme si la majorité
des pays de la planète
ressentait le besoin d'un
contrepoids à la puissance
américaine. Apparemment,
l'Organisation
internationale de la
francophonie est toujours
moins... francophone ! Elle
réunit aujourd'hui
soixante-trois Etats, dont
tous les gouvernements, et
moins encore les
populations, ne parlent
certainement pas notre
langue avec aisance. Et pour
autant, elle n'a pas fini
d'engranger. Au cours de son
nouveau Sommet biennal (le
onzième), qui se tient
aujourd'hui et demain à
Bucarest, les dignitaires
assemblés recevront trois
nouveaux membres de plein
droit : l'Albanie, la Grèce
et la petite principauté
d'Andorre ; à quoi
s'ajouteront un membre
associé, la République de
Chypre, et cinq
observateurs, le Ghana, le
Mozambique, la Serbie, la
Thaïlande et l'Ukraine. Au
total, septante-deux
participants, dont une bonne
partie représentés par
leur chef d'Etat (la Suisse
par Moritz Leuenberger),
plus l'Ordre de Malte, non
seulement très riche mais
très actif en Afrique
francophone, avec lequel
sera conclu, puisqu'il n'est
pas un Etat, un arrangement
spécial.
Si
ce majestueux rassemblement
pouvait être considéré
comme un bloc politique, l'OIF
serait une puissance
mondiale majeure. Et s'il
s'agissait d'un bloc
linguistique, on s'écrierait
que les temps sont revenus où
la grande Catherine, Frédéric
II, bien d'autres
souverains, avec leur cour
et leur noblesse, pouvaient
soutenir avec Voltaire une
élégante conversation.
Mais le phénomène est plus
subtil et plus léger. Tout
se passe comme si la majorité
des pays de la planète
ressentaient le besoin d'un
contrepoids à la puissance
des Etats-Unis (et cela bien
avant même que George Bush
en ait fait une mauvaise
caricature), à leur
terrible expansionnisme économique
et linguistique. On ne prend
pas, en s'approchant de l'OIF,
des engagements très
rigides ; mais on manifeste
que la diversité
culturelle, idéal d'abord
prôné par un Sommet, puis
stratégie formellement
approuvée, malgré
l'opposition de Washington,
par l'Unesco, est une valeur
à protéger de toute
urgence. La diversité
culturelle comme, sur un
terrain finalement voisin,
la diversité biologique, où
l'Europe et divers pays
d'autres continents, qui
refusent les OGM,
s'arc-boutent contre le
rouleau-compresseur américain.
La
capitale de la Roumanie ne
sera donc pas le lieu de décisions
bouleversantes, mais, comme
cela s'est toujours passé,
de quelques cérémonies et,
surtout, d'un bourdonnement
de conversations familières
ou de négociations bilatérales
menées en coulisse. Les présidents,
pour la plupart, se
tutoient, ce qui fait
"grande famille"
et, parfois, permet aussi de
s'envoyer des vannes que le
vouvoiement rendrait
explosives. On entendra le
rapport du secrétaire général,
le Sénégalais Abdou Diouf,
qu'on réélira pour deux
ans. On échangera des idées
sur "les nouvelles
techniques de communication
au service de l'éducation"
(thème très général,
oui, mais brûlant pour
certains gouvernements, en
Afrique surtout). Les chefs
d'Etat, sans leurs ministres
et leur suite, tiendront une
séance à huis clos sur les
crises qui touchent de près
l'Organisation : le Liban,
le Congo, la Côte
d'Ivoire... On terminera par
un communiqué qui célébrera
les avancées diplomatiques,
les arbitrages et la
richesse des identités
plurielles.
La
manifestation la moins
officielle a peut-être été
aussi la plus originale et,
d'une certaine façon, la
plus révélatrice. A
Bucarest, dimanche - donc
avant l'ouverture du Sommet
- Abdou Diouf a remis le
"Prix des cinq
continents de la
francophonie", lesté
d'une bourse de 10.000
euros, à l'écrivain
mauricienne Ananda Devi,
auteur d'un roman au titre
étrange : Eve de ses décombres
(paru chez Gallimard). Prix
décerné par un jury dont
on ne saurait contester la
haute autorité puisqu'on y
trouve, entre autres gens de
lettres, le Congolais Henri
Lopès, le très célèbre
Mauricien J.-M. G. Le Clézio,
ou encore la Québécoise
Lise Bissonnette. Or, il
distingue Ananda Devi pour
"l'originalité de ses
personnages qui vont aux
lisières de l'animalité
afin de remuer la conscience
de ceux qui pensent représenter
l'humanité" (légers
toussotements parmi les
ministres présents).
Et
de fait, on a rarement lu récit
plus noir, plus pathétique
et plus sombrement révélateur.
L'action s'y déroule dans
un quartier misérable de
Port Louis, capitale de l'île
Maurice, qui porte le nom
ridicule de Troumaron :
c'est "une sorte
d'entonnoir, le dernier
goulet où viennent se déverser
les eaux usées [entendez:
les déchets d'humanité] de
tout un pays". Dans une
langue élégante, et qui va
souvent jusqu'à la préciosité,
Ananda Devi décrit
l'horreur. La prostitution
d'une maigre adolescente. La
dégénérescence de tous
ceux qui l'entourent,
voisins, familles, profs,
tous alcooliques,
libidineux, sales, nauséabonds.
Des violences jusqu'au
meurtre... Le contraste du
style et du contenu, qu'on
aime ou qu'on n'aime pas,
mais qui saisit le lecteur
effrayé, fait encore mieux
ressortir une autre audace :
celle d'une organisation
internationale capable de
reconnaître sa façade lépreuse
et d'en récompenser avec éclat
la description ; tandis que,
du côté de Port Louis, on
n'a pas entendu jusqu'ici la
moindre protestation
vertueuse, vertuiste ni même
touristique. Alors là...
quelle santé !
Absent
politiquement, le Liban
est présent
culturellement sur
plusieurs fronts au sommet
de Bucarest
Francophonie
- Littérature, cinéma,
philatélie…
par ANTOINE
AJOURY, publié dans
l'Orient-le Jour le 26
septembre 2006
Alors que
politiquement, le Liban
est quasi absent du XIe
Sommet de la francophonie
qui se déroule
actuellement en Roumanie,
le pays du Cèdre est présent
sur plusieurs fronts
culturels. Plusieurs événements
littéraires et cinématographiques
sont organisés
actuellement dans la
capitale roumaine sous le
thème "Bucarest
francophone", parallèlement
aux réunions politiques
et diplomatiques qui ont
lieu dans
l’impressionnant bâtiment
du Parlement. Le Liban
participe activement à
plusieurs de ces
manifestations
culturelles, grâce aux
efforts du ministère de
la Culture, d’une part,
et aux talents des
Libanais, d’autre part.
Au centre de Bucarest, la
salle "Dalles"
s’est transformée,
l’espace d’une
semaine, en un véritable
carrefour international où
se rencontrent les
amoureux de la langue française,
à travers des expositions
de livres, des animations
et des débats, invitant
le visiteur à découvrir
la diversité de la création
littéraire francophone.
Le Liban qui
participe à cette
exposition a pratiquement
l’un des plus grands
stands. En effet, le
ministère de la Culture a
envoyé pour l’occasion
un grand nombre de livres
et de brochures afin d’y
être exposés. L’effort
personnel de certains
diplomates libanais à
Bucarest a également
contribué au succès de
ce stand. Ainsi,
l’ambassade s’est
mobilisée corps et âme,
malgré des moyens dérisoires,
pour présenter le Liban
à tous les visiteurs. Le
stand libanais se divise
en plusieurs ailes.
L’une d’elles est
consacrée au penseur
Gibran Khalil Gibran. On y
trouve même des
traductions en roumain de
certains de ses ouvrages.
Une partie est consacrée
à l’histoire ancienne
du pays du Cèdre, alors
qu’une autre partie met
en évidence l’histoire
contemporaine du Liban,
surtout sa relation avec
la France, avec une mise
en relief de la
francophonie libanaise.
Par ailleurs, une aile du
stand expose les ouvrages
d’écrivains libanais
d’expression française.
On trouve ainsi des
auteurs comme Charles Corm,
Chucri Ghanem, Amin
Maalouf, Alexandre Najjar
et bien d’autres. Un
espace spécial a en outre
été aménagé pour la poète
Nadia Tuéni. Enfin, une
riche littérature
jeunesse y est présentée,
ainsi qu’une vaste
collection de brochures
touristiques.
D’autre part,
les organisateurs du stand
présentent une projection
d’images du pays du Cèdre,
intitulée Le Liban
s’invite en Roumanie.
Toujours sur le plan littéraire,
bien qu’aucun ouvrage
libanais n’ait été sélectionné
pour l’édition 2006 du
prix des Cinq continents,
on note la remarquable présence
de Vénus Khoury-Ghata
parmi les membres du jury
cette année. Sur le plan
cinématographique, le
talent libanais a été
mis en exergue avec la présentation
du dernier film de
Philippe Aractingi, Bosta,
qui fut visionné à
l’ouverture du Festival
du film francophone à
Bucarest. Enfin, le Liban
est même présent à
l’exposition philatélique
qui a lieu au musée Sutu
intitulée "La
francophonie par ses
timbres". Une
collection de timbres
anciens et nouveaux y est
exhibée, représentant
les symboles du Liban, à
savoir son cèdre et ses
montagnes enneigées.
Le
musée privé Robert
Moawad, un joyau à portée
de tous
par
COLETTE KHALAF, publié
dans l'Orient-le Jour le
20 septembre 2006
Le
musée privé Robert
Moawad a ouvert ses portes
après plus de trente
jours de léthargie. Se
mettant au même rythme
que le cœur battant de
Beyrouth, il annonce, tout
comme les feuilles
d’automne, une saison
aux couleurs panachées.
Après avoir sombré dans
un profond sommeil durant
la guerre, tel le château
de La belle au bois
dormant, l’ancien palais
d’Henri Pharaon (Zokak
el-Blatt, centre de
Beyrouth) reprend
aujourd’hui ses activités.
"Nous n’avons
besoin que d’un peu de
paix pour montrer au monde
ce que nous pouvons
faire", affirme fièrement
Christiane Khlat,
responsable du musée privé
Robert Moawad, tombée
amoureuse de cette
ancienne demeure. Après
avoir annulé tout le
programme estival (qui
s’annonçait festif), la
direction du musée accélère
aujourd’hui sa
dynamique. Des activités
nouvelles, des cours, des
conférences, des
rencontres sont prévus
dans un cadre enchanteur
lourd d’un passé
mythique. Pour cela, une
opération toilettage a déjà
eu lieu dans les jardins. A
l’ombre des ficus et des
palmiers fraîchement
nettoyés, le musée peut
à nouveau ouvrir ses
portes au public de 9h à
17h. Des visites guidées
sont organisées sur
rendez-vous avec son archéologue,
Laure Hosri. Le 17
octobre, Claire Paget et
Myrna Habre donneront une
conférence (entrée
libre) sur le thème des
plafonds peints des
maisons libanaises du XIXe
siècle. Mais le véritable
coup d’envoi sera donné
avec le Salon des
antiquaires, programmé du
19 au 25 octobre. Quel
meilleur écrin pour ces
pièces d’art uniques
que cet espace où le passé
et le présent s’enchevêtrent
?
Panachage de
cultures
Lieu de rencontre des
civilisations islamique et
chrétienne, le musée
abrite, grâce au goût éclectique
de son ancien propriétaire,
Henri Pharaon, des
collections de porcelaines
chinoise, hollandaise et
syrienne, des poteries, du
verre soufflé venu des
quatre coins du
Moyen-Orient, des
lapidaires (ces pièces en
pierre sont la plus grande
collection de chapiteaux
romano-byzantins). Des
armes anciennes, des tapis
et des verreries se déploient
dans le second étage de
la résidence. Sans
oublier les boiseries
anciennes syriennes, qui
tapissent murs et plafonds
de la résidence, qui ont
été (à l’occasion de
l’inauguration du musée)
lustrées et conservées
par les étudiants de l’USEK
(Université du
Saint-Esprit de Kaslik).
Ces collections se sont vu
adjointes deux autres,
tout aussi précieuses que
prestigieuses, lors de
l’acquisition du palais
par le joaillier Robert
Moawad et son aménagement
en musée : une collection
de bijoux que le joaillier
libanais avait acquise
lors des ventes aux enchères
auprès de Sotheby’s,
ainsi qu’un lot de la
bibliothèque de Camille
Aboussouan. La première
comprend l’ "Excelsior"
(second plus beau diamant
au monde) et le collier
porté par la reine
Elisabeth d’Angleterre
lors de son mariage, alors
que la seconde regroupe
des manuscrits rares et
anciens.
C’est donc dans ce cadre
unique aux trente unités
spatiales, où diverses
cultures passées et présentes
cohabitent en parfaite
harmonie, que les
antiquaires du Liban ont
choisi de dresser leur
"chapiteau".
Entre les colonnades en
bordure des allées du
jardin et sur la pelouse
qui brille de mille feux,
ce Salon reçoit les
visiteurs de 18h à 22h.
Il promet aux Libanais des
nuits douces et
lumineuses. Dès le 1er
novembre, les cours
(programmés auparavant)
reprennent dans une
ambiance conviviale. Une
cafétéria a été aménagée
à cet effet. "La
vocation du musée privé
Robert Mouawad est
essentiellement
culturelle. C’est
pourquoi j’ai opté pour
un mixage dans le choix
des cours", confie
Khlat. Avec Serge
Nalbandian (l’art du
tapis), Laure Hosri
(regards sur l’icône),
Joe Letayf (initiation à
la musique), Daisy Abi
Jaber (histoire de
l’art), Hareth Boustany
(archéologie et
histoire), Mona Tabet
(informatique pour les
seniors) ainsi que Johnny
Sarkis pour des cours de céramique,
porcelaine, boiseries, les
participants peuvent
(toujours à 18h)
poursuivre des sessions mêlant
l’utile à l’agréable.
Enfin, en attendant des
confirmations, des
concerts et des rencontres
sont prévus. Quant à
l’espace jardin, il
accueille en cette saison
différentes réceptions
(mariages et autres...).
"Les bénéfices,
tient à préciser
Christiane Khlat,
contribuent à faire
avancer le projet de
Robert Mouawad, qui a pour
seul objectif de témoigner
de la richesse culturelle
et artistique du
Liban."
Reprise
des activités du musée
Robert Moawad
Le
musée privé Robert
Moawad à Beyrouth annonce
la reprise de ses activités
culturelles. Voici les événements
prévus pour les deux mois
à venir :
- Le mardi 17 octobre
à 18h30, présentation
par Claire Paget et Myrna
Habre des plafonds peints
des maisons libanaises du
XIXe siècle (entrée
libre).
- Du jeudi 19 octobre au
mercredi 25 octobre, le
Salon des antiquaires dans
les jardins du musée.
- A partir du
mercredi 1er novembre,
reprise des différents
cours : l’art du tapis
(Serge Nalbandian),
regards sur l’icône
(Laure Hosri), initiation
à la musique (Jo Letayf),
compréhension de la
peinture et histoire de
l’art (Daisy Abi Jaber),
archéologie et histoire (Hareth
Boustani), céramique,
porcelaine, boiserie et
art islamique (Johnny
Sarkis), l’informatique
pour les seniors (Monat
Tabet), et connaissance et
appréciation du vin.
Pour tout renseignement,
contacter Christiane Klat
au +961 1 980 970.
Des
cours sont actuellement
sous étude : un atelier
d’écriture sous la
direction d’Aurélie
Carton, un cours d’art
floral japonais, ainsi
qu’un cours de dessin
(fusain, pastel, sanguine
et aquarelle) dirigé par
Aurore Selwan. Des
concerts périodiques
devraient être donnés en
hiver et une série de 50
gravures de Rembrandt
devraient être exposées
en décembre.
Le
musée Robert Moawad
au coeur de la
capitale libanaise
Ce que les
jeunes artistes arabes
ont à nous dire
Loin des débats fondés
sur de vieux clichés,
il faut écouter les cinéastes
contemporains
par
PIERRE VERMEREN, maître
de conférences en
histoire du Maghreb
contemporain à Paris-I,
publié dans Libération
le 3 octobre 2006
La
controverse soulevée
par les propos du pape
et les insupportables
menaces de mort contre
Robert Redeker
accroissent l'incompréhension
qui préside aux
rapports Islam-Occident.
Fulmination et préjugés
progressent. C'est
"bloc contre
bloc", "raison
contre sacré",
Lumières contre
obscurantisme... Il est
urgent de sortir du
champ des représentations
et des clichés
essentialistes.
L'histoire enseigne que
les sociétés savent
puiser dans leurs récits
sacrés ce qui convient
à leur temps, et à
leurs passions. C'est
moins dans l'essence des
civilisations qu'il faut
traquer les germes de la
violence, ou d'une paix
éternelle, que dans la
vie des hommes de notre
temps, qui dit l'état
de nos civilisations.
Que nous disent, en ce début
de XXIe siècle, les créateurs
des pays arabes ? Et
savons nous les écouter
? A rebours des propos lénifiants
et des anathèmes, il
faut entendre ces hérauts
d'une extraordinaire
vitalité, et
l'insondable souffrance
des millions de jeunes
musulmans qui regardent
vivre l'Occident. Car
depuis quinze ans,
l'Occident s'exhibe, via
les télévisions par
satellite, aux yeux des
habitants du Sud. Mais
en retour, que
savons-nous de ces
peuples, en dehors de la
chaîne des violences
quotidiennes rapportées
par les télévisions ?
En 2006, trois films
arabes de grande qualité
ont été distribués en
France. Le 15 février
est sorti Marock, de
la Marocaine Laïla
Marrakchi. Puis le 7
juin, Bled Number
One, du
Franco-Algérien Rabah
Ameur-Zaïmeche. Enfin
le 23 août, doublant le
roman d'Alaa el-Aswany,
l'Immeuble Yacoubian, de
l'Egyptien Marwan Hamed.
Porte-parole des générations
nouvelles, ces jeunes
réalisateurs ont
produit des oeuvres
aussi puissantes que
violentes, qui nous
adressent une
multitude d'éclairages
sur les sociétés du
Sud. Le film marocain
est une tragédie de
l'amour impossible
dans la jeunesse dorée
francophone de
Casablanca. Le film
algérien est un
drame, dont le héros
est un délinquant
expulsé de France au
titre de la double
peine ; il découvre
son "bled",
un village du
Constantinois, et les
siens, dans une Algérie
en proie au chaos. Le
film égyptien, enfin,
raconte les histoires
parallèles, et
quelquefois croisées,
des habitants d'un
immeuble colonial au
centre du Caire, sur
un ton à la fois
dramatique et
satirique. La vieille
société cosmopolite,
submergée par les néo-urbains,
croule sous
l'amoncellement des
problèmes économiques
et sociaux. Ces trois
films sont très différents,
mais il s'en dégage
une vision globale,
panorama des questions
et dilemmes qui
taraudent les sociétés
arabes et étouffent
leur jeunesse. On y
croise l'usage et la
crise du religieux,
les débordements de
la sexualité,
l'insoutenable
oppression des femmes,
l'affairisme et la
corruption, l'abus de
pouvoir, la brutalité
des rapports de
domination, mais aussi
la nostalgie des temps
révolus, l'utopie
politique, les rêves
d'exil et d'Eldorado,
la force de la
jeunesse, et son désir
de liberté.
A relire bien des
critiques françaises
de ces films, on est
surpris par trop de réactions
qui fuient la réflexion.
Dans les trois pays,
islamistes,
conservateurs et
bien-pensants se sont
dits révoltés par la
brutalité dévoilée,
la perversion
(relative au sexe, à
la drogue et à
l'alcool), les
provocations envers la
religion (l'amour
impossible du jeune
juif et de la jeune
musulmane de Marock ,
qui conduit ce Roméo
à la mort, ou la rhétorique
pharisienne de Haj
Hazzam, qui dévoie sa
religion pour assouvir
ses passions), et
l'extrême dénuement
des femmes (l'asile
psychiatrique de
Constantine, ou
l'avortement forcé de
la deuxième épouse
de Haj Hazzam). Des
campagnes de presse,
des débats
parlementaires, des
sit-in et
manifestations ont
conduit les
distributeurs à
jongler avec la
censure, négocier
avec les politiques et
déprogrammer des
projections. Au regard
de ces oeuvres
puissantes, la dénonciation
européenne du
non-respect des droits
de l'homme dans ces
sociétés est une
aimable conversation.
En France, trois types
de réactions dominent
la critique : l'appréciation
technique, l'incrédulité,
et le mépris. Pour
bien des critiques,
aussi peu au fait des
réalités
contemporaines des
sociétés arabes
qu'en empathie avec
elles, ces oeuvres
sont analysées pour
leurs prouesses - ou
défauts
techniques. Un grand
hebdo parisien dit de Bled
Number One,
"C'est un bon
film. C'est même du
cinéma, même si
c'est filmé en vidéo." Face
à la force de ces
oeuvres, qui ne
laissent pas indemnes,
l'incrédulité est de
rigueur, même dans la
presse la plus branchée
: "Manière
assez fluide et rythmée
d'associer musique et
vacuité estivale
[...], que l'on
n'aurait jamais
attendue de la part
d'une cinéaste maghrébine", est-il
écrit du film de
Marrakchi. Enfin, le
plus grand quotidien régional
français voit, à
propos du film
marocain, "Tous
les clichés possibles
dans cette fureur de
vivre complaisante et
maladroite", et
dans l' Immeuble
Yacoubian, "une
mise en scène avec
peu de moyens et guère
plus d'inventivité".
Les aspirations de la
jeunesse arabe, ses
souffrances et ses
fantasmes sont détournés
lorsqu'éclate une polémique
ou de graves incidents
internationaux. Des créateurs
ont le courage de nous
montrer, de manière
drôle et satirique,
mais aussi brutale et
douloureuse, les
tribulations de leurs
sociétés. L'écho
renvoyé par la France
demeure très faible,
alors que dans les
trois films, la charge
affective de ce pays
est très puissante.
Au-delà des considérations
techniques, ces
oeuvres méritent une
vive attention. On n'y
traite pas de
l'essence de l'islam :
on y apprend comment
l'absence de justice
et de droit laisse
libre cours aux
pulsions humaines ;
comment celles-ci détruisent
un système social; et
comment la crise de la
culture nationale et
de la religion
projette une partie de
la jeunesse vers
l'islamisme, et une
autre vers l'Europe.
Ce sont des créateurs
arabes qui l'exposent,
et c'est assez époustouflant.
A l'image de cette scène
inouïe, où la star
égyptienne Adel Imam,
ivre et désespéré,
prend à témoin la
statue du père de
l'indépendance égyptienne,
Saâd Zaghloul,
hurlant sa rage de
voir "la plus
belle ville du
monde" devenue ce
qu'elle est
aujourd'hui.
"Dunia",
ou la difficulté de
grandir
A
propos du film de
Jocelyne Saab
par
VIVIEN AUDI, publié
dans l'Orient-le Jour le
13 septembre 2006
Dans
un monde où l’enfance
féminine est mutilée
(et pas seulement par la
pratique de
l’excision), comment
grandir ? Comment
devenir soi, comment
devenir femme ? Entourée
d’aînées qui
s’affirment dans des métiers
dits
"d’homme",
comme cette "chauffeure"
de taxi haute en
couleur, ou qui jouent
comme le feraient des
gamines, le jeu de la séduction,
Dunia (le film de
Jocelyne Saab, à
l’affiche du cinéma
Sofil-Achrafieh) cherche
sa voie avec tout le sérieux
de l’enfant qu’elle
ne veut pas trahir.
Entre danse et poésie,
elle cherche à
rassembler les morceaux
d’elle-même, d’une
part corps et de
l’autre esprit. Ou
alors suffit-il d’épouser
son amoureux pour
devenir libre ?
Merveilleuse caméra et
direction d’acteurs
qui nous donnent une
Hanane Turk à volonté
femme ou enfant dans des
plans superbes de
tendresse et d’émotion.
Deux
hommes joueront des rôles
complémentaires dans
cet apprentissage,
chacun à rebours de sa
spécialité : si son
professeur de danse
exige que les mouvements
du corps soient
exclusivement une
expression de l’âme,
que le corps se fonde à
l’univers tout entier,
le professeur de poésie,
lui, fera un bout de
chemin en sens inverse
à sa rencontre, redécouvrant
la lumière, la chaleur,
les grains de sable sous
les pieds nus, cherchant
lui aussi, mais avec une
plus grande sérénité,
due à l’âge mûr, à
sortir d’un isolement,
celui où l’a plongé
sa cécité. Chacun des
lieux d’apprentissage,
la salle de danse comme
l’université, donne
lieu à de très belles
images, sobres et
subtiles. Le Caire est
présent aussi, ses cinémas
en plein air, ses
quartiers populaires
quasi déserts la nuit,
ou ses grands axes, ses
marchés, son Nil, dans
des scènes d’extérieur
pittoresques et animées,
ou empreintes d’une poésie
quasi fantasmagorique.
Dans Dunia, Jocelyne
Saab nous donne une œuvre
superbe, maîtrisée,
pleine de poésie et
profondément humaine.
Et qu’il ne faut
manquer à aucun prix.
Un
festival de cinéma brave
les violences pour
promouvoir le septième
art palestinien
Les
réalisateurs sont plus
connus à l’étranger
que chez eux en raison du
manque de fonds pour
soutenir leurs films
paru
dans l'Orient-le Jour le
13 octobre 2006
Un festival du cinéma dédié
aux réalisatrices
palestiniennes brave les
violences, les bouclages
israéliens et le manque
de fonds pour promouvoir
le septième art en
Cisjordanie et dans la
bande de Gaza. "Il
est difficile de faire
des films ici",
explique Alia Arasoughly,
qui dirige
l’association Shashat,
organisatrice de ce
festival, dont les
activités s’étendent
sur l’ensemble des
territoires palestiniens
jusqu’à décembre.
Liana Badr, dont le
documentaire Les
portes sont ouvertes
parfois est à
l’affiche, raconte
quant à elle comment
elle a dû faire face à
des menaces et des
intimidations de la part
des soldats israéliens,
en voulant tourner près
de la barrière de séparation
entre Israël et la
Cisjordanie.
"C’est une zone
militaire et nous ne
sommes pas autorisés à
prendre des photos ou à
venir avec une caméra.
C’était horrible. Il
nous a fallu beaucoup de
courage",
explique-t-elle.
"Pour la première
fois de ma vie, j’ai
été prise d’une
crise de panique près
du village de Jayyous,
quand les soldats israéliens
ont pointé leurs armes
vers ma poitrine",
ajoute-t-elle.
Le cinéma est en effet
une distraction rare, en
dehors de Jérusalem et
de Ramallah. A Gaza
notamment, les salles
ont été brûlées au début
de la deuxième intifada,
il y a six ans, et
n’ont pas depuis
rouvert. Les réalisateurs
palestiniens sont ainsi
plus connus à l’étranger,
en raison des difficultés
qu’ils éprouvent chez
eux à lever des fonds,
à tourner et trouver
des producteurs et des
diffuseurs. Le festival
de l’association
Shashat, qui en est à
sa deuxième édition,
s’est donc donné pour
ambition de faire connaître
les documentaires réalisés
par onze
Palestiniennes et
promouvoir un art peu
accessible d’habitude
aux Palestiniens. Alia
Arasoughly, une élégante
jeune femme diplômée
en cinéma, estime que
les films doivent être
vus par tout le monde et
pas seulement les élites,
précisant toutefois que
les obstacles sont
immenses, avec une économie
palestinienne anémiée,
des violences
quotidiennes et une
liberté de mouvement réduite.
Par ailleurs, les goûts
des Palestiniens aussi
se font plus
conservateurs avec une
montée de
l’islamisme, particulièrement
à Gaza. Côté
donateurs, la priorité
est accordée à
l’assistance
alimentaire en raison de
la grave crise que
traversent les
Palestiniens et le
boycottage international
en place depuis
l’arrivée au pouvoir
des islamistes du Hamas.
Le festival lui-même a
dû faire face à de
nombreuses difficultés.
Une projection a été
annulée à Naplouse,
dans le nord de la
Cisjordanie, en raison
d’une grève générale
et d’affrontements armés
entre factions
palestiniennes. Malgré
tout, les spectateurs
sont au rendez-vous. Un
public nombreux a assisté
aux séances,
assure-elle, ajoutant
qu’un film a été
projeté dans le sud de
la bande de Gaza grâce
à un générateur en
raison des pannes électriques.
"Rafah a été
bombardé le matin même
dans une opération israélienne,
mais ils ont quand même
diffusé le film l’après-midi",
raconte ainsi Mme
Arasoughly.Youssef
Chayeb, un critique de
cinéma, explique que
certains succès récents
du cinéma palestinien,
comme le film Paradise
Now nominé aux
Oscars, ont ouvert la
voie aux autres réalisateurs
sur la scène mondiale. Il
existe un besoin de dire
l’histoire des
Palestiniens dans une
langue qui peut être
comprise par le monde et
pas en criant",
indique M. Chayeb.
"Quand
on est sans
pays", ou
l’interdiction d’être
enterré sur sa terre
Un
film dénonce la
situation des "éternels
réfugiés", les
Palestiniens décédés
à l’étranger
paru
dans l'Orient-le Jour
le 14 octobre 2006
Le dernier souhait de
Yasser Arafat d’être
enterré à Jérusalem
n’aura pas été
exaucé, pas plus que
celui d’autres
Palestiniens considérés
comme d’éternels réfugiés
et interdits de sépultures
sur "leur
terre" : une
situation dénoncée
dans le film
"Quand on est
sans pays", du
Palestinien Nasri
Hajjaj. Ce cinéaste
et écrivain a choisi
de rendre hommage,
dans son film qui sera
dans les salles début
2007, à ses
compatriotes morts à
l’étranger et où
ils reposent, la loi
israélienne
interdisant aux
non-juifs nés à l’étranger
d’être inhumés sur
leur terre, y compris
à Jérusalem.
"Le Palestinien
restera un réfugié,
même après sa mort,
tant que la loi israélienne
lui interdira d’être
enterré dans sa
patrie", déclare
à l’AFP le réalisateur,
qui réside à Tunis.
Hajjaj, né lui-même
dans un camp de réfugiés
du Liban il y a 55
ans, a tourné en
Tunisie et au
Proche-Orient, mais
aussi en Europe, aux
Etats-Unis et au
Vietnam. "Dans
chacun de ces pays,
dit-il, est enterrée
une personnalité
palestinienne
importante, avec une
histoire particulière."
L’idée du film lui
est venue lorsqu’il
s’est rendu, en
1999, pour la première
fois sur la terre de
ses parents dans la région
d’el-Khalil en
Cisjordanie, qu’ils
ont été contraints
de quitter en 1948
pour passer le reste
de leur vie dans le
camp de réfugié de Aïn
el-Héloué. Le temps
fort du film se déroule
au moment des funérailles
du président de
l’Autorité
palestinienne Yasser
Arafat, en novembre
2004, et des images de
sa sépulture
"provisoire"
dans l’enceinte de
la Moukataa, son
quartier général de
Ramallah, en
Cisjordanie. La
disparition de Arafat
a constitué
"l’événement
majeur qui a fait
plonger dans le vif du
sujet en raison des
nombreuses questions
suscitées par sa mort
et le lieu de son
enterrement",
estime le cinéaste
palestinien. Le
tournage a démarré
fin 2004 à Londres
sur la tombe du
caricaturiste Naji
el-Ali, assassiné il
y a près de 20 ans. A
Paris, des prises de
vues ont été réalisées
sur celle de Mahmoud
al-Hamchari, représentant
de l’OLP en France,
assassiné par les
services secrets israéliens
dan la capitale française
en 1973. D’autres scènes
ont été réalisées
en Syrie sur la tombe
de Khalil al-Wazir
(Abou Jihad), numéro
deux de l’OLP et
initiateur de la première
intifada dans les
territoires occupés,
assassiné par un
commando israélien à
Tunis en avril 1988.
Hajjaj s’est également
rendu sur les sépultures
du premier président
de l’OLP, Ahmad
al-Choukeiri, en
Jordanie, et
d’autres
Palestiniens inhumés
en Bulgarie, aux
Etats-Unis et au
Vietnam. En Tunisie,
il a aussi filmé des
tombes d’exilés
palestiniens tués
lors d’un
bombardement de
l’aviation israélienne
en octobre 1985 sur le
quartier général de
l’OLP à Hammam
Chott, dans la
banlieue sud de Tunis,
et la tombe de Salah
Khalef (Abou Iyad),
bras droit et chef des
services de
renseignements de
Yasser Arafat,
assassiné en janvier
1991. Le film montre
également des images
des cimetières des
camps de réfugiés de
Aïn el-Héloué au
Liban, datant du
premier conflit israélo-arabe
en 1948. Des séquences
ont été tournées au
"cimetière de
l’ennemi mort",
en Israël, où
reposent des
combattants
palestiniens tués
entre 1948 et la deuxième
intifada.
Le grand prix
prince Claus à un
designer iranien
paru dans
l'Orient-le Jour le 5
septembre 2006
Le grand prix prince
Claus 2006, d’un
montant de 100.000
euros, a été attribué
au designer graphique
iranien Reza Abedini.
Les œuvres de Abedini,
également professeur de
culture visuelle à
l’Université de Téhéran,
"témoignent des
rapports entre tradition
visuelle et formes
modernes", relève
la fondation. Neuf
autres créateurs, de
plusieurs continents,
sont également honorés
par ce prix qui existe
depuis 10 ans. Les
domaines retenus sont
les arts visuels, l’écriture,
l’édition, le théâtre,
l’éducation et le
patrimoine culturel. Le
jury international de ce
prix est présidé par
le photographe Niek
Biegman, ancien
ambassadeur auprès des
Nations unies. Depuis
1997, les prix prince
Claus ont été décernés
chaque année à des
artistes, des
intellectuels et des
organisations
culturelles en Afrique,
en Asie, en Amérique
latine et dans les Caraïbes.
Tous les ans, un livre
est publié pour
accompagner les prix
prince Claus. Cette
publication en anglais
contient des articles de
fond sur chacun des lauréats,
le rapport du comité
des prix et une
communication de l’un
des présidents
d’honneur de la
fondation. La Fondation
prince Claus est une
plate-forme d’échanges
interculturels. Elle
travaille en partenariat
avec des personnes et
des organisations
d’Afrique, d’Asie,
d’Amérique latine et
des Caraïbes, et réalise
des activités et des
publications sur des thèmes
contemporains, dans le
domaine de la culture et
du développement. Les
prix prince Claus
participent à cette
stratégie.
Quand Venise
regardait vers l'Orient
par PIERRE FORNEROD,
publié dans Ouest-France
le 10 octobre 2006
Pendant une dizaine de siècles,
Venise a été la cité
européenne qui a établi
les liens les plus nourris
avec l'Orient. Une
exposition à l'Institut
du Monde Arabe, à Paris,
raconte. Entre Venise et
l'Orient, tout a commencé
par un vol. Celui que
commirent deux marchands,
en 828. Dans une église
copte d'Alexandrie, en
Egypte, ils ont chapardé
les reliques de saint
Marc, disent les
chroniques de l'époque.
Un "exploit" qui
leur valut d'être reçus
en grande pompe par la Cité
de Venise. Le Doge y
entreprit aussitôt la
construction d'un
reposoir. En l'occurrence
la fameuse basilique qui
reste l'image de marque de
la ville. Les deux dômes
qui la surplombent lui
donnent une architecture
de tombeau égyptien.
Spectaculaire marque d'une
influence qui, pendant dix
siècles, touchera tous
les domaines de la vie
quotidienne, artistique,
commerciale ou
scientifique. A
preuve, les quelque 200 pièces,
peintures, armes,
manuscrits, verreries,
tapisseries ou coffres réunis
à l'Institut du Monde
arabe dans une flamboyante
exposition qui s'arrête
en 1797, date de la chute
de Venise devant Napoléon
Bonaparte.
Les relations privilégiées
entretenues pendant des siècles
par Venise et l'Orient ne
doivent rien au hasard
mais tout au pragmatisme
des Vénitiens. Pour avoir
été les premiers à
ouvrir des ambassades en
Orient, dès les Xe et XIe
siècles, ils trouveront,
raconte Stefano Carboni
commissaire de
l'exposition, "un équilibre
quasi parfait entre
l'esprit religieux, une
diplomatie de caméléon
et un sens aigu des
affaires". Loin des
fastes affichés dans
cette exposition, on en
conserve très prosaïquement
la trace au quotidien.
"Payer en espèces"
: l'expression nous vient
des Vénitiens qui
"payaient en épices".
En poivre essentiellement,
précieux composant importé
d'Orient et dont ils
firent une monnaie d'échange.
Site
web : www.imarabe.org
.

Ce
gobelet conservé à
Francfort est représentatif
de l'inspiration islamique
initiale. Le
motif
du griffon, emprunté à
l'ancienne image
classique
qu'affectionnait l'art
islamique
médiéval
est devenu ici un
puissant symbole héraldique.
Le lien avec le monde
islamique
est
souligné par la forme
élancée et le travail
raffiné de ce verre,
forme proche-orientale
typique
pour les récipients à
boire, qui se répand à
la fin du XIIe siècle
10e Biennale de
Venise - Mobilité,
migration et développement
durable
par CATHERINE SZACKA,
publié dans le Devoir le
11 septembre 2006
"Villes
: architecture et société".
Tel est le thème de la dixième
exposition internationale
d'architecture de Venise, un
événement qui se tiendra
dans la sérénissime
jusqu'au 19 novembre 2006.
Cette année, la gigantesque
exposition fera découvrir,
en plus des pavillons
nationaux, 16 villes situées
sur quatre continents (de
Shanghai à New York en
passant par Caracas,
Barcelone, Londres,
Istanbul, Los Angeles, Mumbaï,
Mexico, Tokyo, Bogota, São
Paulo, Berlin, Johannesburg,
Le Caire et Milan). Alors
qu'il y a un siècle
seulement 10 % de la
population du globe vivait
dans des zones urbaines,
aujourd'hui, plus de 50 %
des humains habitent les
villes. Voilà pourquoi,
selon Richard Burdett,
commissaire en chef de cette
dixième exposition et
professeur d'architecture et
d'urbanisme à la
prestigieuse London School
of Economics, il fallait
s'interroger sur l'avenir
des métropoles en touchant
les facteurs clés auxquels
font face les grandes métropoles
du XXIe siècle :
mobilité, migration et développement
durable.
Durant les trois jours
d'inauguration et de fêtes
célébrant l'ouverture de
l'exposition (7, 8 et 9
septembre) tous semblaient
unanimes : la dixième
édition de la Biennale
d'architecture est plus que
réussie. Alors qu'en 2004
on avait reproché le manque
de profondeur et d'unité de
la présentation, cette année,
le travail de Burdett est
clair, facile d'accès et
bien articulé. Situés dans
de magnifiques jardins, les
pavillons nationaux
permettent aux architectes
de partout dans le monde de
se rencontrer afin de mettre
en espace leur vision du thème
proposé. Alors qu'en 2002
le Canada était représenté
par Michael Awad et John
Knechtel de Toronto et qu'en
2004 c'était le tour des
architectes montréalais
Saucier + Perrotte, cette
année, le pavillon canadien
vibre au rythme de
Vancouver, la ville du vêtement
sport et du recyclage !
Avec le projet SweaterLodge,
un immense sweater de 26,5 m
de long fait de Polartec 200
produit à partir de 3150
bouteilles de plastique et
de contenants de deux litres
de boisson gazeuse, les
architectes de Pechet and
Robb (Bill Pechet et
Stephanie Robb) dressent un
portrait conceptuel de
Vancouver, "une ville
canadienne où la vénération
de la nature et la
construction d'une culture
urbaine forment parfois un
curieux ménage".
Pour
compléter l'installation,
trois bicyclettes sont à la
disposition des visiteurs.
Leur mouvement actionne des
projecteurs numériques qui
proposent un film
d'animation fantaisiste sur
la ville de Vancouver.
Ainsi, en choisissant de réaliser
un projet conceptuel et expérimental
plutôt que de montrer des
projets réalisés par leur
firme (principalement des résidences,
cimetières, mémoriaux et
espaces publics), les
architectes de Pechet and
Robb ont voulu jouer sur
l'idée de la représentation
et de l'occupation d'un
espace. Selon Bill Pechet,
représenter le Canada à la
Biennale de Venise est
"une expérience
stimulante et inspirante, un
effort de synthèse"
qui, pense-t-il, "les
aidera dans la poursuite de
leur carrière".
Parmi
les pavillons les plus
originaux cette année,
celui de la France, qui,
avec comme titre "Le
pur plaisir d'exister",
propose de montrer comment
une équipe de gens habitera
littéralement le pavillon
durant les deux mois que
durera la Biennale. Imaginée
par le collectif EXYZT,
cette occupation style
reality show n'est, dit-on,
"pas une mise en scène,
mais un acte d'architecture
visant à instaurer, pendant
la durée de l'événement,
un régime d'intervention
inhabituel". Aussi, le
pavillon de l'Espagne qui,
avec le titre we, the
cities, célèbre le
travail architectural de
sept femmes espagnoles. Avec
bien peu de dessins,
maquettes ou autres éléments
typiques de la représentation
architecturale, cette
exposition sert à montrer
ce nouveau visage de
l'architecte, de plus en
plus près de la sociologie
et des autres sciences
humaines que de la pure création. Pour
plus d'information sur la
Biennale et sur le pavillon
du Canada : www.sweaterlodge.ca
, www.labiennale.org/en/architecture
, www.venicesuperblog.net
.
L’Université
antonine ouvre trois
nouvelles facultés de
gestion, de publicité et
de santé publique
L’UPA
à la recherche constante
de la polyvalence et du
multiculturalisme
paru
dans l'Orient-le Jour le 6
octobre 2006
Pousser
la perfectibilité toujours
plus loin, mettre en exergue
le dynamisme et l’ambition
qui caractérisent
l’institution, relever le
défi de la recherche systématique
du neuf dans l’attachement
à la pluridisciplinarité,
à la polyvalence et au
multiculturalisme. S’il
fallait définir, en
quelques formules, les
objectifs que s’est fixés
l’Université antonine
(université des pères
antonins, UPA), qui vient
d’avoir dix ans
d’existence officielle
cette année, ce serait bien
ceux-là, inspirés par le
secrétaire général de
l’université, le père
Fady Fadel. Poursuivant sur
sa lancée visant à offrir
encore plus de possibilités
à ses étudiants, l’UPA
vient de créer trois
nouvelles unités
universitaires : une faculté
de gestion et d’affaires ;
une faculté de publicité,
d’art graphique, de cinéma,
de radio et télévision, de
photographie et de relations
publiques et communication ;
et une troisième de santé
publique et de physiothérapie.
Pour
la faculté de gestion, l’UPA
a voulu "s’inscrire
dans la lignée des
exigences du public
estudiantin", indique
le père Fadel. D’autant
que le marché libanais,
dit-il, est toujours apte à
accueillir des diplômés en
gestion, à l’instar du
marché arabe. C’est
pourquoi l’université
propose une formation
trilingue, en français,
anglais et arabe, de manière
à former des étudiants
capables de s’imposer sur
tous les marchés, grâce à
une formation muticulturelle.
La faculté de gestion
comprend plusieurs filières
: management, marketing et
publicité, finance, ou
encore comptabilité et
auditing. Son objectif,
explique le père Fadel, est
de fournir une formation théorique
et académique de niveau, en
partenariat avec les autres
universités en relation
avec l’UPA et avec le
secteur tertiaire, tout en
gardant un œil sur le marché
du travail et sur la qualité
de l’enseignement.
La
nouvelle faculté de
publicité a, elle aussi,
tout pour attirer les étudiants,
puisqu’elle propose toute
une gamme de filières dans
le cadre de sa formation.
L’UPA souhaite que cette
faculté puisse répondre
aux attentes des jeunes, au
sein d’une société de
plus en plus fondée sur la
communication, surtout avec
l’utilisation du réseau
Internet. L’objectif
principal de la formation
dans cette faculté est de
permettre aux étudiants
d’acquérir une culture générale
pratique et théorique des
différentes spécialisations
proposées. Dans ce cadre,
l’université met à la
disposition des étudiants,
en partenariat avec Paris II
Assas et avec les sociétés
de communication et
d’impression sur place,
toute une infrastructure
pour leur assurer une
formation spécialisée dans
le domaine de la
communication et de ses
applications conceptuelles,
artistiques, techniques et
professionnelles. Sans
compter, ajoute le père
Fadel, qu’en fin de
parcours, ils seront fin prêts
à assurer des fonctions
professionnelles puisque
l’UPA met à disposition
de ses étudiants une
formation pratique, dans le
but de leur permettre
d’intégrer directement le
marché du travail.
Quant
à la faculté de santé
publique et de physiothérapie,
elle permettra, pour sa
part, aux étudiants de
concilier deux approches :
l’approche anglo-saxonne
(une nouveauté au Liban) et
l’approche française dans
les deux langues, pour mieux
comprendre les besoins en
matière de santé, aussi
bien de la personne que de
la collectivité. En
partenariat avec
l’Université catholique
de Louvain et des universités
américaines, la faculté
propose aussi un terrain de
stage pour les étudiants à
l’hôpital universitaire
du Sacré-Cœur, à Baabda.
Privilégiant la synergie
entre les facultés, l’UPA
assure également des cours
en commun entre la gestion,
le génie informatique et la
publicité, ou encore entre
les départements de
sciences infirmières, de
physiothérapie et d’éducation
physique, de manière à
compléter et parfaire la
formation de l’étudiant.
C’est donc surtout sous le
signe de la polyvalence,
pour reprendre les termes du
père Fadel, qu’elle
entend se placer.
Naturellement,
le père Fady Fadel évoque
la dernière guerre et ses
conséquences. D’ailleurs,
en raison des événements,
la cérémonie de remise des
diplômes pour la promotion
2002-2006, prévue à
l’origine en juillet,
n’aura lieu que demain
samedi. Dans sa mission pédagogique
visant à bâtir l’homme
et à diffuser les valeurs
pouvant assurer une société
de paix et de dialogue, l’UPA
a créé pour cette année
une cellule au niveau du
secrétariat général dont
la mission sera d’assurer
un accompagnement et une
formation à la vie
citoyenne, loin de la
violence du discours
politique actuel, par-delà
les intérêts des partis
politiques. L’université
souhaite ainsi recréer un
espace politique public fondé
sur la convivialité et la
recherche du bien commun,
pour contribuer à la
diffusion d’une culture de
vie. Et c’est dans ce
cadre de dialogue, favorable
à l’esprit critique et à
l’épanouissement de
l’individualité, que
seront abordées les
rencontres avec les hommes
politiques. Enfin, du fait
de la guerre, les élèves
de terminales qui n’auront
pas eu le temps d’intégrer
la rentrée universitaire en
raison du retard de la deuxième
session du baccalauréat
libanais bénéficieront en
novembre d’une session de
rattrapage pour les 30 jours
de formation universitaire
qu’ils auront perdus
entre-temps.
Le
FBI peine à apprendre
l’arabe
par
LAURENT SUPLY, publié dans
le Figaro le 11 octobre 2006
Cinq
ans après le 11-Septembre,
si le "Bureau" a
recruté de nombreux
traducteurs, les agents spéciaux
qui officient sur le terrain
ne parlent toujours pas
arabe. Sur les 12.000 agents
de terrain du Federal Bureau
of Investigation, 129
seulement ont des notions
d’arabe moderne. Parmi
eux, 58 connaissent quelques
mots usuels, et ils ne sont
que 33 à pouvoir soutenir
une conversation. Encore
plus étonnant, parmi ces
arabophones, aucun ne
travaille au sein des
cellules de coordination de
l’antiterrorisme
international. Selon le Washington
Post, ces lacunes
linguistiques toucheraient
également les autres
langues moyen-orientales ou
asiatiques. Au premier rang,
le farsi, parlé en Irak, où
l’Urdu. La situation
serait peu ou prou la même
à la CIA et dans les autres
agences antiterroristes américaines.
Jusque dans
l’administration pénitentiaire
: trois terroristes ont pu
envoyer 90 lettres à leurs
connexions à l’étranger,
faute de traducteurs capable
de saisir la teneur de leurs
messages, signale le
quotidien.
Un
"sérieux problème"
Le Post
souligne notamment le
cas des International
Terrorism Operations
Sections (ITOS), deux
cellules de coordination
anti-terroristes. "La
connaissance de la langue
arabe n’est pas une
aptitude utilisée au sein
des ITOS", déclare
Michael Heimbach, qui
dirige l’une d’entre
elles. Et pour cause : les
documents qu’ils étudient
(écrits, audio, vidéo)
sont traduits en amont par
des traducteurs spécialisés.
Sur le terrain, le FBI
assure que des traducteurs
sont disponibles sous 24
heures aux Etats-Unis ou
à l’étranger. L’
"effort de
guerre" du FBI depuis
les attentats du
11-Septembre s’est en
effet traduit par un vaste
recrutement de
traducteurs. En cinq ans,
leur nombre est passé de
70 à 269 pour l’arabe,
et de 24 à 79 pour le
farsi. Au total, le FBI
peut traduire dans plus de
100 langues. Les plus
forts taux de croissance
concerne le somalien (de 1
à 12), le pashtoune (de 1
à 10), et le kurde (de 0
à 6). Le nombre de
traducteurs en espagnol
baisse de 22%, mais ils
sont toujours 344,
vestiges de l’engagement
des Etats-Unis en Amérique
du Sud. Pourtant, Daniel
Byman, un universitaire spécialiste
des questions de sécurité,
explique au Post que
ce manque d’agents de
terrain arabophones est un
"sérieux problème".
La connaissance de la
langue donne "une
connaissance de la culture
et de la sensibilité, et
rend plus sensible à la
nuance, et bien souvent,
dans une enquête, il ne
s’agit que de ça",
explique-t-il.
Un
handicap dans la
"guerre contre le
terrorisme"
Cette
carence s’explique par
la difficulté à recruter
dans la communauté arabe,
mais aussi par les
conditions d’embauche très
strictes. La nationalité
américaine est exigée,
et les candidats peuvent
être recalés après enquête
de personnalité, en
particulier s’ils ont
toujours de la famille au
Moyen-Orient. Et quand le
FBI a sous la main des
agents bilingues, il leur
interdit carrément de
participer aux enquêtes
anti-terroristes, comme ce
fût le cas de l’agent
spécial Bassem Youssef,
un égyptien naturalisé
américain, qui s’est vu
écarté de son domaine de
compétence après le
11-Septembre. Il est
actuellement en procès
avec le département de la
Justice. Et son avocat de
s’interroger :
"Comment peut-on
mener une guerre avec un
tel handicap ?"
L’''effort
de guerre'' du FBI
depuis les attentats du
11-Septembre s’est
plus
porté
sur les traducteurs que
sur les agents bilingues
Mireille
Honeïn transforme les
francs en œuvres d’art
"Mémoire
du franc" au Musée
de la monnaie de Paris
jusqu’au 22 octobre
par
CARLA HENOUD, publié dans
l'Orient-le Jour le 6
septembre 2006
Il
aura fallu une Libanaise,
résidente en France
depuis de nombreuses années,
bouillonnant d’idées,
de dynamisme et de créativité,
pour consacrer trois ans
de sa vie à transformer
de simples billets, des
francs français voués à
la destruction et donc à
l’oubli, en 381
sculptures et, ainsi,
sceller la mémoire du
franc. Il aura fallu une
tempête Mireille Honeïn,
que rien n’arrête, pour
y croire et arriver au
bout de cette belle mais
aussi pénible aventure.
Il est vrai que l’argent
contribue à faire le
bonheur. Mais dans le cas
de Mireille Honeïn, ce
bonheur fut totalement
différent, plus abstrait,
insaisissable et visuel.
Car c’est lorsqu’il a
perdu sa valeur monétaire
qu’elle a commencé à
le regarder et l’apprécier
comme du papier, un papier
magique. C’est à cet
instant que l’idée a
germé, s’est développée
et a pris rapidement
forme. Et Mireille Honeïn
s’est écriée, comme à
son habitude, impatiente :
"Qui m’aime me
suive !"
"En 2002,
raconte-t-elle, alors que
je regardais le journal télévisé,
j’apprends qu’à
l’occasion du passage à
l’euro, les billets de
francs français allaient
être vérifiés, comptés,
neutralisés avant d’être
éliminés." Ce
billet prend alors valeur
de testament, les dernières
lignes d’une page de
l’histoire qui sera définitivement
tournée. Il inspire alors
un projet dans la tête de
l’artiste, qu’elle
s’empresse de partager
avec son ami, le sénateur
Serge Vinçon, alors
vice-président du Sénat.
Ensemble, ils réussiront
à embarquer le gouverneur
de la Banque de France,
aujourd’hui gouverneur
de la Banque européenne,
Jean-Claude Trichet, dans
ce superbe pari.
"C’était bien la
première fois de ma vie,
poursuit-elle dans un
grand éclat de rire, que
je recevais autant
d’argent, d’énormes
sacs débordant de billets
de banque transpercés
!" Les 20, 50, 100,
200 et 500 francs ne se
calculent plus entre ses
mains, pressées de démarrer
le travail. De même que
les infinies possibilités
d’en faire des boîtes,
des sculptures, des
personnages, des bas, des
urnes, des têtes, des
sacs, des pelotes de
laine, des jeux de mots,
des rebus et j’en
passe…
Un travail acharné
de trois ans
Ces longues nuits blanches
teintées de vert, bleu,
ocre - les couleurs
des billets - vont
garder Mireille Honeïn éveillée
pendant trois ans. Son
atelier voit s’accumuler
des œuvres qui dialoguent
entre elles, semblant même
s’amuser follement. Des
centaines de boîtes où
chaque billet se caractérise
par un pli, une forme, une
courbe, laissant s’échapper
une expression, un clin
d’œil, un rire, une
joie. Les portraits de
Saint-Exupéry, Pierre et
Marie Curie, Eiffel, Cézanne
et Debussy sont caressés,
froissés, triturés,
embellis ou répétés à
l’infini. Le résultat,
une œuvre grandiose, à
la limite de
l’obsessionnel, un délire
de formes et de couleurs,
stimulées par les mots,
l’humour et la fougue de
l’artiste. Galerie de
portraits, arbre de vie ou
cactus, cerfs-volants ou
drapeau français,
graphique boursier ou
poussah, le franc devient
un prétexte pour assouvir
une inspiration illimitée,
sans jamais se prendre au
sérieux ni même être
rassasié.
L’aventure se
poursuit
Alors, pour présenter
tous ces visages du franc
dans leur écrin idéal,
c’est-à-dire le Musée
de la monnaie de Paris, il
suffisait d’un pas,
franchi avec l’élégante
audace de la dame, au bras
de Dov Zerah, directeur
des lieux… Cette
exposition, qui est autant
un hommage au franc qu’à
Mireille Honeïn,
s’accompagne d’un très
bel ouvrage de plus de 250
pages, préfacé par Amine
Maalouf. Un travail en soi
qui aura demandé encore
d’autres nuits blanches
à l’artiste, partagées
avec la graphiste Hana
Khalaf, l’imprimeur Anis
Commercial Printing Press
et Léogravure pour les
photogravures. "Les
billets de banque, sécurisés
pour ne pas pouvoir être
reproduits, ont été très
difficiles à imprimer. Je
ne peux que féliciter
l’équipe pour ce
travail créatif." Le
livre sacré, achevé d’être
imprimé le 10 juillet,
est arrivé à temps à
Paris, en bon ambassadeur
d’un Liban qui se remet
miraculeusement de ses
blessures. Mireille Honeïn,
perfectionniste, aura tout
donné pour mener cette
aventure à bon port. Elle
en ressort épuisée, mais
comblée. Après la terre,
la pierre, le bois, le béton,
le papier mâché, le métal,
la cire, le plâtre et le
bronze, où emmènera-t-elle
son public ? Qui l’aime
la suive, avait-elle prévenu...
Le vernissage a eu lieu
hier. L’exposition se
poursuivra jusqu’au 22
octobre, du mardi au
samedi, de 11h à 17h30,
et le dimanche de 12h à
17h30. Site
web : www.monnaiedeparis.fr
.
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