|
|
|
ARTS-SPECTACLES
RJLIBAN N°13 du 31
octobre
2005
www.rjliban.com
Au
temps où l'arabe régnait sur
les sciences
EXPOSITION
L'Institut du monde arabe évoque
l'âge d'or des sciences
arabes en 200 objets, du VIIIe
au XVe siècle
par
ERIC BIETRY-RIVIERRE, publié
dans le Figaro le 25 octobre
2005
Jamais
probablement une exposition n'a
aussi bien répondu à la
vocation de l'Institut du monde
arabe. Evoquer "L'Age d'or
des sciences arabes", comme
son titre l'indique, c'est tout
simplement évoquer l'âge d'or
de la civilisation arabe. Et
c'est rappeler combien l'humanité
est redevable de ses
productions. On citera pêle-mêle
l'usage du zéro, l'invention de
l'algèbre, la transmission à
l'Occident de la plupart des
textes grecs, le
perfectionnement de l'astrolabe,
la découverte de la circulation
pulmonaire, l'agronomie... Entre
le VIIIe et le XVe
siècle, une communauté
linguistique vit son apogée des
contreforts des Pyrénées à
Samarkand. Avicenne, Averroès,
Rhazès, Alhazen et bien
d'autres savants, d'origines régionales
et religieuses fort diverses,
soufflent de concert des lumières
si éclatantes qu'il suffit,
encore aujourd'hui, de
simplement les rappeler pour démontrer
que l'islam fanatique n'est
qu'un obscurantisme.
Quelques-uns s'en chargent
aujourd'hui, ils sont encore
trop rares. Tel Ahmed Djebbar,
le commissaire scientifique de
l'exposition.
Ce mathématicien
et historien des sciences,
enseignant à l'université de
Lille, fut, en Algérie,
ministre de l'Education et de la
Recherche et conseiller du président
Mohammed Boudiaf, assassiné en
1992. Cheville ouvrière d'un
trop bref moment d'espoir durant
la guerre civile qui a
ensanglanté ce pays, il est
l'exemple du parfait honnête
homme, puits de science et
d'enthousiasme. Par sa voix on
entend celle des grands sages
encylopédistes de l'âge d'or
tels Abou el Rihan al-Bayrouni,
un génie qui savait à peu près
tout ce que l'on savait à son
époque (vers 973-1048), qui
calcula le diamètre de la Terre
sans erreur et discuta même de
la possibilité qu'elle tourne
bien avant Galilée.
"Un
mouvement de progrès irrésistible"
Passionné,
le geste méditerranéen, Ahmed
Djebbar s'enflamme lorsqu'il
raconte ces siècles sous-estimés
de tolérance et de liberté de
pensée. "Le génie des
musulmans est de ne rejeter
aucun savoir, résume-t-il. Dans
les premiers temps de leur
grandeur, ils ont commencé, élèves
admiratifs et révérencieux, à
traduire pendant cent cinquante
ans des milliers d'ouvrages des
maîtres grecs mais aussi
indiens, latins, chinois, hébreux,
mésopotamiens. Puis ils ne se
sont pas arrêtés là. Non
contents de propager le savoir,
ils ont innové dans un
mouvement de progrès irrésistible
qui nous mène jusqu'à la
Renaissance." Tant il
est vrai que la temporalité du
savoir et de l'intelligence est
autre que celle des guerres et
de la politique.
A
Alep, Allah et les mathématiques
"Huit
siècles d'apogée et
l'opinion n'attribue aux Arabes
que l'invention des chiffres.
Invention que l'on doit pourtant
aux Indiens !" La bêtise
et l'ignorance des masses ont
beau être parfois insondables,
Ahmed Djebbar ne se lasse pas de
les combattre. C'est un plaisir
de se promener avec cet
historien des sciences arabes à
Alep, lieu où le savoir ancien
affleure encore dans
l'architecture, l'ornementation
ou la musique. En cette journée
de ramadan, la métropole
syrienne fait pourtant grise
mine. La vénérable cité –
sa fondation remonterait à
4.500 ans avant notre ère –
semble d'autant plus morte que
le suicide mystérieux du
ministre de l'Intérieur,
suspecté de complicité dans
l'attentat qui a tué le leader
de l'opposition libanaise Rafi c
Hariri le 14 février
dernier, est dans toutes
les têtes.
La
violence politique vient
rappeler ici qu'il faut
toujours compter avec
elle. Moeurs anciennes
qu'un haut degré de
civilisation n'a jamais
fait abandonner, bien au
contraire. Même du temps
où les meilleurs
architectes du monde bâtissaient
des minarets
antisismiques. "Regardez
celui de la mosquée des
Omeyyades qui a résisté
au tremblement de terre de
1822. Il a été construit
au XIIe siècle
par les Seldjoukides.
Chaque étage a été élevé
par un roitelet qui a fait
tuer son prédécesseur.
Mais, comme c'était une
oeuvre pieuse, le
meurtrier n'a jamais fait
effacer le nom du précédent
gravé sur la paroi."
Ainsi semble aller
Alep, aussi cruelle que
raffinée.
Trouver
La Mecque
Au pied
du minaret, Ahmed Djebbar
ôte le couvercle en
bronze d'un cadran solaire
doté d'une table de
conversion lunaire.
L'instrument rythmait la
vie et d'abord la prière.
Lui et l'orientation du
minaret résument à eux
seuls les trois problèmes
les plus vitaux qu'eut à
résoudre la religion
musulmane dès sa
naissance. Problèmes si
bien résolus qu'ils sont
à la base de l'essor du
savoir scientifique arabe.
"Le premier était
de trouver la direction de
La Mecque où que l'on
soit dans le monde. Pour
cela, la trigonométrie a
été inventée, au IXe
siècle. Le second était
de fixer précisément les
cinq moments de la prière.
D'où la mise au point
d'instruments de mesure du
temps. Quand le soleil était
absent, le sablier
assurait l'intérim.
Enfin, il fallait déterminer
le début du ramadan. Ce
problème était le plus
compliqué car tributaire
du croissant de lune,
c'est-à-dire de considérations
astronomiques et météorologiques.
C'est par là que les
Arabes du XIIIe
siècle ont compris, par
exemple, qu'il fallait réformer
le système de Ptolémée.
Une découverte d'une
telle puissance que
Copernic la recopiera
telle quelle, plagiant les
modèles planétaires
d'ibn Chater."
Incidemment,
les Omeyyades et surtout
les Abbassides se sont mis
à lier l'observation et
le calcul chers aux
Indiens à la démonstration
tellement pratiquée par
les Grecs. On appelle cela
la démarche scientifique,
sans doute leur plus
profond apport. Ils l'ont
célébré magnifiquement
dans leurs arts : tous les
motifs géométriques,
entrelacs, symétries,
formes répétées, que
l'on admire dans le monde
arabe, de Fès à
Boukhara, peuvent être
considérés comme la mise
à plat de systèmes
combinatoires. Il en va de
même pour la musique,
construite d'intervalles
rythmiques. Derrière il y
a toujours une structure
mathématique.
Mathématiques
De mathêma,
science en grec. Le
vieux mot des vieux
manuscrits est lâché. Il
est l'harmonie
universelle, cosmique. Il
est Dieu en sa perfection.
Il fait du bien à
l'homme. A Alep, on peut
aussi visiter le
Bimaristan Arghoun. Ce
lieu, bâti au XIVe
siècle, est l'un des plus
anciens hôpitaux
psychiatriques (autre
invention arabe). Il est
construit de cours intérieures
carrées aux murs
octogonaux couverts de dômes
ronds troués d'une
ouverture... ovale ! Emboîtements
sophistiqués, théorèmes
résolus. La raison
soignant la déraison. Ici
l'on tentait aussi de guérir
par des chants et des
concerts. Par des règles
somme toute identiques
puisque elles aussi
sorties du Livre des éléments
d'Euclide et de sa théorie
des proportions. Ainsi,
malgré la succession des
forces ravageuses,
hittites, perses,
byzantines, arabes, croisées,
mongoles, ottomanes, et
jusqu'à celles actuelles,
le secret de l'équilibre
qui fut trouvé et théorisé
ici, sur la route des épices
entre la Méditerranée et
les confins de l'Orient,
brille de sa lueur
apaisante et atemporelle.
Beautés
et secrets de l'astrolabe
et de l'alambic
Trois
grands ensembles sont évoqués
dans cette exposition : le
ciel et le monde, le monde
du vivant et l'homme dans
son environnement,
sciences et art.
Ce ne
sont pas seulement 200
objets anciens qui sont
exposés aux niveaux 1 et
2 de l'IMA. Est proposée
une approche simultanément
esthétique, pédagogique
et ludique. Ainsi les
cartels et la signalétique
ont-ils été particulièrement
travaillés. On ne
s'arrachera donc pas les
cheveux à essayer de
comprendre le
fonctionnement d'un
astrolabe à inscription
judéo-arabe du début du
XIVe siècle.
Comme pour l'entonnoir en
verre iranien du XVIIIe
siècle ou le manuel de géographie
d'Ibn Hawqal du XVIe
siècle : passées les
explications nécessaires,
on aura encore le temps de
rêver sur la beauté mystérieuse
de ses formes. Alchimie ?
Magie ? Fantaisie ? Non
toutefois. Car les
explications ont eu tôt
fait de vous orienter dans
le droit chemin des
connaissances rationnelles
et du progrès, notamment
au moyen de modules
audiovisuels (interviews,
séquences filmées,
images de synthèse) qui
jalonnent en nombre le
parcours.
De même
"L'Age d'or des
sciences arabes" ne
noie pas le visiteur dans
une encyclopédie
exhaustive des disciplines
savantes ou artistiques,
intellectuelles ou
techniques. Trois grands
ensembles sont évoqués,
une fois passé le préambule
historique : le ciel et le
monde, le monde du vivant
et l'homme dans son
environnement, sciences et
art. Un regroupement gênant
car il minore l'extrême
interpénétration des
savoirs durant ces siècles,
encourage une vision déterministe
de l'histoire, mais qui a
le mérite de la clarté.
Un
luth du XVe siècle
Les géographes
trouveront donc vite leur
lot de planisphères, de
cartes, globes et
manuscrits d'astronomie
(traduction en arabe de
Ptolémée). Et peut-être
seront-ils surpris par les
indicateurs de L'Almageste
Traité des étoiles fixes
zijqibla d'al-Sufi,
utiles pour savoir à coup
sûr vers où est La
Mecque.
Médecins,
chirurgiens ou chimistes
évalueront dans la deuxième
partie ce qu'ils doivent
aux Arabes du Moyen Age en
examinant le détail d'une
vue en coupe d'une femme
enceinte dans le Tashrih
bi al-Tawsir de Mansur
Ibn Muhammad (Iran, 1672)
ou dans diverses
miniatures illustrant la
préparation de remèdes.
Et sans doute
commenteront-ils
positivement cette
reconstitution d'un
automate permettant de
mesurer la quantité de
sang prélevée lors d'une
saignée ou, mieux encore,
entre deux albarelles,
mortiers et coupelles
professionnelles, les
traités de botanique et
de pharmacopée
(traduction en arabe et en
persan du De Materia
Medica de Dioscoride)
cataloguant à la fois les
plantes et les moyens de
les rendre aptes à
soigner.
Enfin,
artistes et esthètes
admireront dans la dernière
partie de l'exposition un
luth du XVe siècle
ou cette lampe de mosquée
en verre émaillé et doré,
somptueusement calligraphiée,
venue d'Egypte ou de Syrie
et datant du deuxième
quart du XIVe
siècle. A propos, comme
le luth, la calligraphie
recourt elle aussi à la
théorie des proportions.
Une telle harmonie a
quelque chose
d'implacable.
Heureusement, pour nous
rassurer, dans les
miniatures, il y a des
petites choses à gros
turbans qui s'agitent : ce
sont des hommes. Toujours
les mêmes, incapables,
dans leur quête risible
et grandiose, de s'arrêter,
d'être satisfaits.
Institut
du monde arabe,
jusqu'au 19 mars. Tél. :
01.40.51.38.38, www.imarabe.org
Lire
en français et en musique 14e
édition : encore plus d’écrivains
et d'intellectuels...
Le
Salon du livre annoncé par
l’ambassadeur Emié
- www.lireenfrancais.org
paru
dans l'Orient-le Jour le 29
octobre 2005
C’est
l’ambassadeur Bernard Emié
qui a annoncé hier, au cours
d’une conférence de presse
donnée à la Résidence des
Pins, la tenue du 14e Salon lire
en français et en musique à
Beyrouth, au Biel, du 11 au 20
novembre. Entouré de Frédéric
Clavier, directeur de la Mission
culturelle française et
conseiller culturel près
l’ambassade de France, de
Josette Rollin, commissaire général
du Salon, et d’Eric Garnier,
responsable de la section
jeunesse du Salon,
l’ambassadeur de France n’a
pas caché son "plaisir à
parler de culture et de tous ces
sujets hors politique qui sont
importants pour l’homme".
Signalant l’ampleur toujours
croissante que ce Salon, fondé
en 1992, a pris au cours des années,
M. Emié a rappelé
"qu’il est aujourd’hui
le troisième Salon francophone
du livre au monde, après Paris
et Montréal". Inscrit désormais
au calendrier des "événements
majeurs de la francophonie
(…), ce Salon du livre, parce
qu’il se tient dans une ville
dont toute l’histoire est
marquée par le cosmopolitisme,
l’échange, la rencontre et
l’enrichissement mutuel des
cultures et des civilisations de
l’Orient et de l’Occident,
parce qu’il se tient dans une
région qui, aujourd’hui plus
que jamais, doit relever le défi
du dialogue, de la paix, de la
compréhension mutuelle malgré
les différences, ce Salon porte
haut et fort le message de la
francophonie, un message de
respect mutuel et de richesse
dans la diversité".
Devenu donc
une véritable tradition
culturelle de haut niveau, ce
Salon, dont la fréquentation
s’accroît d’année en année,
confirme "l’excellente
santé de la francophonie et de
la langue française dans ce
pays et l’attrait des Libanais
pour la lecture". M. Emié
a d’ailleurs rappelé, à ce
sujet, l’action de la France
au Liban en faveur du développement
de la lecture. Action menée au
moyen de trois grands axes :
"C’est, d’abord,
l’aide à la traduction, en
arabe, de livres de langue française.
Baptisée “Plan Georges Shéhadé”,
cette aide est destinée à
diffuser les grandes idées
contemporaines en France et à
susciter des débats
intellectuels. (…) C’est
ensuite un plan qui devrait être
lancé en 2006, en collaboration
étroite avec le ministère de
la Culture, en faveur de la
lecture publique au Liban et qui
touchera notamment la formation
des bibliothécaires et la
dotation en livres et en
documentation du réseau des
bibliothèques et des centres de
lecture et d’action culturelle
(CLAC). C’est enfin un appui
à la Bibliothèque nationale du
Liban, à travers une coopération
institutionnelle, notamment avec
la Bibliothèque nationale de
France, en concertation avec la
délégation de l’Union européenne."
Pour en revenir au Salon édition
2005, l’ambassadeur a assuré
qu’ "avec plus de 50
auteurs français et 32
libanais, soit plus de 80 écrivains
et intellectuels - dix de
plus que l’année dernière -
il se présentait bien."
Commissaire général
du Salon, Josette Rollin a relevé,
pour sa part, un certain nombre
de plumes intéressantes : Alain
Decaux, Daniel Rondeau, Frédéric
Beigbeder, Pascal Dessaint,
Richard Millet, Olivier
Germain-Thomas, Edgard Morin et
Mohammed Kacimi… Mais aussi
des conversations fort intéressantes
entre écrivains, à l’instar
des duos Vincent Colonna et
Rachid el-Daïf sur
l’autofiction ou J.P. Thiollet
et Olivier Germain-Thomas sur Le
Génie de Byblos. Elle a aussi
regretté la défection de
l’historien Elias Sanbar,
auteur avec Farouk Mardam Bey et
Christophe Kantcheff d’ Etre
arabe, une œuvre pour la réconciliation
israélo-arabe. Elias Sanbar ne
pourra pas participer au Salon
parce qu’il vient d’être
nommé ambassadeur de la
Palestine auprès de l’Unesco.
Eric Garnier a, pour sa part, évoqué
l’importance du livre de
jeunesse dans ce Salon, dont le
quart des visiteurs est issu des
scolaires. "Dix auteurs
jeunesse seront présents cette
année. Outre les signatures aux
stands des libraires, ils
donneront des conférences,
tourneront dans les écoles et
participeront à diverses
animations." Enfin Frédéric
Clavier a tenu à remercier tous
les partenaires de ce Salon,
"qui a été un des plus
faciles à organiser grâce à
la grande qualité de
collaboration dont ont fait
preuve libraires, éditeurs et
sponsors".
Conformément à la tradition,
on retrouvera au cours de cette
manifestation : conférences,
cafés littéraires - qui
seront animés, cette année,
par l’écrivain Jean-Luc Barré -,
expositions (notamment pour la
jeunesse avec L’histoire des
sciences, présentée en
partenariat avec l’académie
des sciences), animations
diverses (ateliers d’écriture
et projet multimédia intitulé
"Murs Murs" portant
sur les diverses expressions
murales existantes au Liban doté
d’un concours et de nombreux
prix), sans compter la présence
des médias radiophoniques (RFI
et France Culture) et des
concerts. Trois concerts sont
ainsi programmés au cours de ce
Salon. Alexis H.K., jeune
artiste prometteur, se produira
le 10 novembre, en ouverture du
Salon à la Salle Montaigne du
Centre culturel français (rue
de Damas). Yann Tiersen,
compositeur de la musique d’Amélie
Poulain, sera au Music Hall le
dimanche 13 novembre. Et les
nombreux fans de Georges
Moustaki, qui n’est plus à présenter,
pourront le retrouver en concert
au palais de l’Unesco, les 18
et 19 novembre.
Les
relations euro-méditerranéennes
sur RFI et RMC Moyen-Orient
La quatrième phase du
Programme d’information et
de communication sur les
relations euro-méditerranéennes
débutera demain, dimanche,
avec les magazines
hebdomadaires en français sur
Radio France International et
en arabe sur Radio Monte-Carlo
Moyen-Orient. "Rivages,
le magazine de la Méditerranée",
sera diffusé tous les
dimanches soir sur RFI à
19h40 heure de Beyrouth à
partir du 30 octobre 2005, et "D’une
rive à l’autre" tous
les vendredis à 18h33 heure
de Beyrouth, à partir du 11
novembre 2005. La première émission
de Rivages, ce dimanche 30
octobre, sera consacrée à la
presse dans les pays du
pourtour méditerranéen avec
un reportage sur le récent
colloque "Euromed et les
médias", qui s’est
tenu à Marseille, et la journée
d’action sur la liberté de
la presse en mémoire du
journaliste Samir Kassir, qui
s’est tenue au Parlement
européen à Strasbourg le 26
octobre 2005.
A
Brasilia, une exposition met
en relief l'héritage arabe de
l' "Amrik"
par ANNIE GASNIER, publié
dans le Monde du 13 mai 2005
Distants géographiquement,
l'Amérique latine et les pays
arabes ont pourtant des
relations anciennes.
L'influence arabe en Amérique
du Sud remonte à l'époque de
la conquête, avec l'arrivée
de colons imprégnés par des
siècles d'occupation de la péninsule
Ibérique. Dès le XVe siècle,
les Espagnols puis les
Portugais introduisent la
culture arabe. Dans la langue,
les meilleurs exemples en sont
sans doute le "Ojala"
espagnol et le "Oxala"
brésilien, hérités du "Inch'Allah"
arabe ; dans l'architecture,
les azulejos des maisons
coloniales (musée de
l'Azulejo à Colonia, en
Uruguay), des palais (la
Glorieta de Sucre, en
Bolivie), des églises (Igrejinha,
à Salvador de Bahia) ; dans
la musique, le luth devenu le "cavaquinho"
de la samba ; dans
l'agriculture, les méthodes
d'irrigation et les cultures
de la canne à sucre, du café,
du blé et du riz.
Puis, à
partir de 1875, des vagues
d'immigrants, essentiellement
des chrétiens provenant de la
Grande Syrie, partent à la
conquête de l'Amérique, l' "Amrik"
ou "l'autre Amérique",
par opposition à celle du
Nord. Un petit bagage à la
main, ils débarquent dans les
ports de Santos, Buenos Aires,
Santiago, Lima et Veracruz.
Cent trente ans plus tard, la
communauté arabe d'Amérique
latine compte 17 millions de
personnes. Ils doivent être "le
trait d'union" des
relations entre les deux régions,
a souhaité le président algérien
Abdelaziz Bouteflika, dans son
discours inaugural prononcé
au sommet de Brasilia. Ces
immigrés ont fui la pauvreté,
les persécutions et
discriminations de l'Empire
ottoman. Ils ont été appelés
"turcos", à
cause des passeports turcs
qu'ils exhibaient à leur
arrivée. Ces "turcos"
ont été adoptés par les
romanciers Jorge Amado,
Gabriel Garcia Marquez ou
Isabel Allende.
A Brasilia,
la belle exposition "Amrik",
organisée par le ministère
brésilien des relations extérieures,
est consacrée à leur
histoire. Au début, les
hommes sont venus seuls, avec
un frère, un père, des
voisins. Très vite, poussés
par la nécessité, ils ont
repris leur domaine d'activité
favori, le commerce, en tant
que colporteurs, de village en
village pour proposer tissus
et colifichets, ou bien dans
des échoppes au coeur des
grandes villes.
Nouvelle
terre promise
Ces
quartiers ont traversé les
années, comme le Saara, dans
le centre historique de Rio de
Janeiro. Les familles les ont
rejoints dans leur nouvelle
terre promise, mais des clichés
jaunis témoignent aussi de
l'intégration des arrivants
par des mariages avec des
jeunes Sud-Américains comme
celui de Don Elias et Dona
Luisa à Buenos Aires, avant
la seconde guerre mondiale.
Toutes les grandes cités
latino-américaines comptent
leur club, leur école, leur hôpital
syro-libanais, devenus des
lieux huppés. Les Arabes
s'intègrent et se fondent
dans une société perméable
à leurs coutumes. En ouvrant
le sommet, à Brasilia, le président
Luiz Inacio Lula da Silva a évoqué
l'hospitalité arabe du peuple
brésilien. Les descendants de
Syriens et de Libanais, et
aussi de Palestiniens (au
Chili et dans le sud du Brésil)
sont présents dans tous les
secteurs : la politique (présidents
Carlos Menem en Argentine,
Jamil Mahuad ou Abdala Bucaram
en Equateur, Tony Saca au
Salvador), la médecine,
l'Université, la littérature
et les affaires (le Mexicain
Carlos Slim détient la plus
grosse fortune de l'Amérique
latine).
Il est
impossible d'imaginer la
cuisine latino-américaine
sans l'influence du safran, de
l'huile d'olive, substitut de
la graisse de porc interdite,
du clou de girofle et de la
cannelle. A Sao Paulo, mégapole
qui compte plusieurs millions
de descendants d'Arabes (12
millions pour le seul Brésil),
un quart des repas servis dans
les bars et restaurants sont
issus de recettes arabes :
taboulé, brochettes de
viande, purée de pois
chiches, desserts au miel. Il
existe même une chaîne
nationale de fast-food,
Habib's, qui fabrique
mensuellement deux millions de
"kibe" , la
boulette de viande frite.
Avec les
vagues d'immigrations plus récentes
sont apparues les
constructions d'édifices
religieux. De grandes photos
couleurs, à l'exposition,
montrent l'élégance de la
mosquée du Centre culturel de
Buenos Aires, inaugurée il y
a quelques années près du
stade de polo, à Palermo. Au
Centre éducatif libanais de
Ciudad del Este (Paraguay),
des petites Paraguayennes voilées
se jouent de l'objectif qui
les vise. Enfin, des danseuses
du ventre, dans un salon de thé
égyptien, à Sao Paulo, ou la
maison des Bédouins de Buenos
Aires, révèlent une vision
plus chic des jeunes générations.
Au Brésil, un feuilleton télévisé,
censé se passer au Maroc,
avait popularisé la "dança
do ventre" et ses
artifices, qui n'a cependant
pas supplanté la samba. En
quittant l'exposition, la
plupart des visiteurs brésiliens
sortent étonnés. Ils ont découvert
l'importance d'un héritage
qu'au quotidien ils ne perçoivent
plus.
Saleh
Barakat retrace les grandes
lignes de l’évolution de
l’art contemporain dans le
monde arabe
De Daoud Corm aux
installationnistes
d’aujourd’hui
par ZENA ZALZAL, publié
dans l'Orient-le Jour le 17
août 2005
Quelle
est la situation actuelle de
l’art dans les pays arabes
? Quels sont ses thèmes de
prédilections ? Comment
s’est faite son évolution
? Des questions auxquelles
Saleh Barakat, propriétaire
de la galerie Agial (Hamra,
rue Abdel-Aziz, à
Beyrouth), spécialisée
dans l’art contemporain
arabe, a bien voulu répondre. Ce
marchand d’art, qui a
ouvert sa galerie au tout début
des années
quatre-vingt-dix, est
aujourd’hui parmi les
galeristes reconnus de la
place. Outre ses expositions
qui mettent l’accent sur
les œuvres des chefs de
file des courants
artistiques moyen-orientaux,
Saleh Barakat participe, à
l’étranger, à de
nombreuses conférences sur
l’art dans le monde arabe
et a collaboré à des
ouvrages traitant de ce
sujet.
Pour
retracer les grandes lignes
de l’évolution artistique
au Liban et dans les pays du
Moyen-Orient, il s’agit de
séparer, en priorité,
l’art qui était pratiqué
avant l’arrivée des
artistes voyageurs européens
et celui qui a vu le jour
vers le troisième quart du
XIXe siècle. L’art,
tel que défini par les
normes occidentales – une
œuvre encadrée, qui n’a
d’autre fonction que décorative
– a éclos au Liban et
dans la région pratiquement
avec l’arrivée des Européens
et en même temps que
l’invention de la
photographie. «L’introduction
et le développement de la
peinture de chevalet au
Liban, en Egypte, au Maroc,
en Tunisie, en Syrie, en
Irak, s’est faite
globalement vers la fin du
XIXe siècle, commence par
indiquer Saleh Barakat.
Avant la ruée des
orientalistes, l’art dans
les pays du Levant était
dans les églises, dans les
boiseries, dans le fixé
sous verre, dans
l’architecture, dans les
tissages, les tapis… Il
s’agissait d’un art qui
entrait dans la vie des
gens. Ce sont les peintres
voyageurs, bien qu’étant
venus peindre l’Orient
pour l’Europe, qui ont
suscité chez les
autochtones un intérêt
pour la peinture de
chevalet.»
Le
Liban et l’Egypte furent,
parmi les pays arabes, les
précurseurs en matière de
peinture et la première
Académie des beaux-arts de
la région fut instaurée,
par un Français, au Caire,
en 1908. A la même époque,
Daoud Corm (1852-1930) était
déjà installé en tant que
peintre professionnel au
Liban. Le pays du Cèdre
n’ayant pas d’académie,
ceux que l’on appellera
par la suite les pionniers
de la peinture libanaise, à
l’instar de Daoud Corm,
Habib Srour, Khalil
es-Saliby ou Philippe
Mourani, partaient se former
à l’étranger. Le plus
souvent au Caire, à Paris
ou à Rome…
Des pionniers à la génération
de l’académie
Des
capitales occidentales ils
rapportèrent donc, tout
naturellement, non seulement
une technique, mais aussi
des influences thématiques.
Lesquelles se manifestèrent
surtout par l’abandon des
scènes religieuses
traditionnelles pour privilégier
les portraits, les paysages
et les natures mortes. "A
la même période, des
artistes comme Rassem en Algérie
ou Abdel-Kader Rassam en
Irak, s’inspiraient, pour
leur part, de la peinture
européenne pour développer
et reprendre, avec la
technique occidentale, un
art ancien comme la
miniature", signale
Saleh Barakat. Une constante
cependant : tous ces
artistes qui vivaient sous
la tutelle de l’Empire
ottoman, puis durant la période
colonialiste, n’abordaient
pas dans leurs œuvres les
questions identitaires.
"Formés
dans les ateliers des
pionniers, les peintres
(libanais) de la génération
suivante, tels Georges Cyr,
Mustapha Farroukh, Omar Onsi,
César Gemayel, ont, à
l’instar de leurs aînés,
consciemment incorporé et
élaboré, dans des styles
importés d’Europe, des thèmes
religieux, séculaires et
vernaculaires. Ils se sont
mis par exemple à peindre
le Liban d’une façon
impressionniste",
poursuit le galeriste. "Puis
est arrivée la génération
que j’appellerai celle de
l’académie, ou de l’ALBA.
Celle des artistes, comme
Abboud, Jurdak, Khalifé,
Kanaan, qui ont commencé à
poindre en 1949."
La
France était sortie du
Liban. Les puissances
mandataires quittaient les
autres pays de la région.
"Les jeunes artistes de
cette période, qui se réveillaient
à l’indépendance,
cherchaient un langage
nouveau, une technologie de
l’art nouvelle, quelque
chose de très vernaculaire
qui ne soit pas importée
d’Europe. Pour cette
génération, peindre un
paysage libanais dans une
technique occidentale ne
rendait pas la peinture
strictement libanaise.
Ainsi, par exemple, Farroukh
ou Gemayel croyaient faire
de la peinture libanaise,
lorsqu’ils reproduisaient
des scènes historiques
libanaises, alors qu’en réalité,
leur peinture était
impressionniste sur un thème
libanais."
Abstraction, répétition,
signes et lettrisme
Concernée
par la question identitaire,
la "génération de
l’académie" ira
puiser à quatre grandes
sources d’inspiration. La
philosophie islamique,
d’abord, en donnant une
nouvelle interprétation et
une nouvelle dimension à
l’abstraction et à
l’art non figuratif.
"Al-mi’raj", ou
l’ascension du Prophète,
sera traité, dans les années
cinquante, par l’Irakien
Chaker Hassan as-Saïd, par
exemple, dans une
abstraction absolue, en
mouvement ascensionnel
reproduit plastiquement en
un dégradé de couleurs,
laissant transparaître un
sillon… Par ailleurs, la répétition
de dessins, que l’on
observera chez ce même
artiste, comme chez son
compatriote Nadim el-Kufi,
s’appuie sur le principe
suivant : "Le monde est
fait de choses à la fois
similaires et différentes."
D’autres
artistes s’inspireront de
la calligraphie arabe et des
signes (les tatouages en
Irak et au Maroc). Ce sera
le cas de Hussein Madi, qui
a stylisé l’alphabet
arabe et l’a transformé
en formes et qui a également
abordé dans ses œuvres le
thème de la répétition,
et Salwa Raouda Chkeir, qui
s’est inspirée de la poésie
arabe ou encore du lettrisme
dans ses gouaches. D’autres
encore iront chercher
l’inspiration dans les œuvres
iconographiques chrétiennes
et byzantines. C’est le
cas de Paul Guiragossian,
puis Mahmoud Zibawi, au
Liban, Elias Zayat ou Fateh
Moudaress, en Syrie. Enfin,
certains vont s’inspirer
de la mythologie (les légendes
de Gilgamesh ou Adonis comme
thèmes) de l’histoire
ancienne et de l’archéologie.
Cela s’est exprimé par
l’inspiration pharaonique
chez le sculpteur égyptien
Adam Hnein, mésopotamienne
pour l’Irakien Ismaïl
Fattah, ou encore phénicienne
au Liban…
Si
pendant plusieurs décennies
les artistes du monde arabe
se sont surtout inspirés de
l’islam, dans sa
conception abstraite de la
divinité ("Dieu ne
ressemble à rien
d’existant"), ou de
la chrétienneté orientale,
qui fige dans une
semi-abstraction la représentation
figurative, à partir des
années quatre-vingt-dix,
ils ont commencé à se
tourner vers l’exploration
de la mémoire et de leur
propre intériorité. Cette
recherche les a amenés à
transposer leur créativité
sur le plan des problèmes
humains d’aujourd’hui. A
l’heure actuelle, la
question se pose plus sur un
travail de mémoire
individuelle et de préoccupations
tant esthétiques, que
sociales et politiques, que
sur une affirmation
identitaire. Au Liban, la mémoire
de la guerre, telle que
retranscrite par la mémoire
individuelle, est traitée
au moyen de techniques
artistiques nouvelles
(photos, vidéo,
installation…) par de
jeunes artistes qui se font
systématiquement connaître
à l’étranger et dans
leur pays. De Walid Raad à
Lamia Jreige, en passant par
Nabil Nahas, Mona Hatoum ou
Fouad el-Khoury… Des
signatures arabes que l’on
retrouve désormais dans les
plus importantes galeries et
institutions artistiques de
par le monde.
La
culture à la conquête de
l’Europe
Lors
des "Rencontres pour
l’Europe de la
culture", artistes et
intellectuels ont plaidé
pour une Union qui honore la
diversité de ses cultures
par GENEVIEVE WELCOMME, publié
dans la Croix le 3 mai 2005
Lundi et hier, place
Colette, devant la Comédie-Française,
à Paris, on croisait sous
un soleil généreux, un écrivain
slovène et une styliste
britannique, un philosophe
allemand et un peintre
hongrois, un conseiller
culturel danois ou encore
une danseuse espagnole…
Tous, et bien d’autres
encore, réunis pour deux
journées d’échanges et
de débats autour de la
construction d’une Europe
de la culture. Ces
rencontres, inaugurées par
Jacques Chirac,
s’inscrivaient dans le
prolongement de la conférence
organisée, les 26 et 27
novembre 2004, à Berlin,
intitulées "Donner une
âme à l’Europe".
José Manuel Barroso, président
de la Commission européenne,
y avait alors affirmé :
"La culture est, à mes
yeux, au premier rang dans
la hiérarchie des valeurs,
devant l’économie."
Aucun des 800 créateurs,
interprètes, gestionnaires
ou médiateurs présents à
Paris ne songerait à
contester l’indispensable
prise en compte des arts et
de la culture dans la
construction européenne.
"Pour moi, Belge
flamand, ancien directeur du
festival de Salzbourg et
aujourd’hui à la tête de
l’opéra de Paris,
l’Europe va de soi",
remarque Gérard Mortier.
Mais, pour autant, plusieurs
voix s’élèvent pour ne
pas faire de la culture un
alibi ou un masque, destiné,
dans les discours et dans
les faits, à pallier les
vacances de la politique et
les brutalités de l’économie.
Pour l’écrivain Italien
Alessandro Baricco,
"l’Union européenne
est avant tout une décision
politique, à laquelle [il
est] favorable. Il me semble
artificiel d’y plaquer, a
posteriori, une recherche de
légitimité
culturelle."
"L'Europe
pleure de manquer d'âme"
Le psychanalyste
Jacques-Alain Miller partage
ce point de vue, quand il
constate que
"L’Europe pleure de
manquer d’âme et appelle
la culture à la rescousse.
C’est une demande
irresponsable et naïve pour
remplir le creux du
politique…" Ces mises
en garde contre une
instrumentalisation de la
pensée et de la création,
donnent, par contraste,
toute leur valeur aux
apports essentiels d’une réflexion
sur la nature de la culture
européenne contemporaine et
sa place dans les
institutions. Autant de témoins,
autant d’angles de vue et
d’expériences vécues,
livrés en français, avec
élégance et par égard
pour le pays d’accueil des
rencontres.
Boris Pahor, écrivain slovène
de Trieste, prône une
Europe qui sache promouvoir
ses régions et ses langues
en voie d’extinction, une
Europe diverse et
respectueuse des traditions
menacées. Pour le
philosophe portugais José
Gil, "l’Europe
n’est pas une idée en
elle-même, mais la terre
sur laquelle les sciences et
la philosophie ont pu naître
et se développer.
L’Europe comme possibilité
de création…" A
l’opposé de cette
"entreprise de
services" que déplore
Alain Finkielkraut évoquant
avec un humour désabusé
les jeunes Français face à
Jacques Chirac, lors d’une
récente émission de télévision
: "Comment se
satisfaire d’une Europe de
la réclamation, à laquelle
on demande tout pour soi
mais rien pour les autres,
ces autres, notamment à
l’Est, que l’on a si
longtemps abandonnés au
joug soviétique ?" Et
de se désoler, sous les
applaudissements nourris de
l’assistance, que l’école
ne remplisse pas son rôle
fondamental d’éveilleur
artistique et culturel.
Débarrassée des idéologies
totalitaires, "post-impériale,
post-héroïque,
post-machiste et
post-enthousiaste",
selon le brillant philosophe
allemand Peter Sloterdijk,
l’Europe de 2005 aime à
commémorer son passé
(tragique le plus souvent)
mais doit aussi se projeter
dans l’avenir, se penser
avec imagination et réalisme,
se définir au-delà de
l’antithèse classique
entre État et marché.
Comme un futur de l’Amérique,
riche de ses multiples
langues et cultures,
"ensemble et soi-même",
selon la devise de la Comédie-Française,
hôtesse des journées.
Encore faut-il donner aux
citoyens le goût et les
moyens d’apprendre les
langues de leurs voisins, de
familiariser les enfants à
la diversité des
expressions européennes,
d’accéder aux traductions
des grandes œuvres de la
pensée. La langue commune
des Européens n’est-elle
pas la traduction, ainsi que
le rappelait Jorge Semprun
citant Umberto Eco ?
La culture
toujours en quête de moyens
Moins de 0,12 % du budget
communautaire, soit 28
centimes d’euro par an et
par habitant. Les programmes
européens dédiés à la
culture font figure de
parents pauvres avec une
enveloppe globale
d’environ 130 millions
d’euros jusqu’en 2006
inclus. La Commission
propose, pour 2007-2013, une
augmentation portant ce
budget à 214 millions
d’euros, soit 0,15 % du
budget communautaire… Par
comparaison, un ménage
européen dépense en
moyenne 4,5 % de son budget
pour des activités
culturelles (calcul effectué
sur les 15 pays avant élargissement),
tandis que le secteur de la
culture emploie 4,2 millions
de personnes, soit 2,5 % de
la population active de
l’Europe des 25. Des
chiffres qui seront
certainement commentés lors
des prochaines «Rencontres»,
à Budapest, les 17 et 19
novembre prochains…
Les
milliards de la culture échappent
à la concurrence
Les
Etats-Unis perdent la bataille
de la libéralisation des
produits de l'industrie
culturelle
paru
dans le Temps le 21 octobre 2005
L'Unesco
a adopté jeudi une convention
sur la diversité culturelle.
Les biens artistiques et les
productions audiovisuelles ou
musicales seront exclus des négociations
sur la libéralisation dès que
30 pays auront ratifié cet
instrument. Une condition qui ne
devrait causer aucune difficulté.
Opposés au texte, les
Etats-Unis se sont retrouvés
isolés. Ils pourraient
contre-attaquer en refusant de
reconnaître la convention. Même
la Grande-Bretagne a soutenu le
texte au nom de l'Union européenne.
La Suisse aussi, qui a joué un
rôle important dans les débats.
Au nom de la Confédération,
Andrea Raschèr a notamment défendu
deux principes cardinaux :
l'importance du secteur
audiovisuel public et le droit
des Etats à promouvoir leurs
productions culturelles.
Le
pape face à la crise de la
culture
Composé
de trois conférences prononcées
avant son élection, le dernier
livre du nouveau pape s’intéresse
aux conflits entre le
christianisme et la culture
européenne contemporaine
par
YVES PITETTE, publié dans la
Croix le 26 juin 2005
Le
«nouveau» livre de Joseph
Ratzinger – en couverture, le
nom de l’auteur est deux fois
plus gros que le titre – est
intitulé en italien L’Europe
de Benoît dans la crise des
cultures. Il s’agit du
recueil de trois textes prononcés
en différentes occasions.
L’un, Qu’est-ce que
croire ? date de 1992, pour
la remise d’un Prix école et
culture catholique décerné à
Bassano del Grappa. Le second, Le
Droit à la vie et l’Europe,
a été prononcé en 1997 devant
le Mouvement [italien] pour la
vie. Le troisième document
(lire extraits ci-dessous), qui
donne son titre au livre en
jouant sur le nom de Benoît,
est le plus récent. Simplement
intitulé à l’origine La
Crise des cultures, il a été
prononcé le 1er avril dernier,
veille de la mort de Jean-Paul
II, dans l’abbaye bénédictine
Sainte-Scholastique de Subiaco,
tout près de la grotte où
saint Benoît vécut plusieurs
années avant de partir écrire
sa règle monastique au Mont
Cassin. Le cardinal Ratzinger y
recevait le prix Saint-Benoît
pour l’Europe, décerné par
une fondation locale, Vie et
Famille.
Selon la tradition romaine, la
présentation du livre avait
alors donné lieu à une
importante manifestation, au
cours de laquelle le cardinal
Camillo Ruini, vicaire du pape
pour le diocèse de Rome, a
montré que ces trois textes
avaient en commun les questions
décisives pour les rapports
entre le christianisme et la
culture européenne, à
commencer par ce qui concerne la
vie avec tous les débats
ouverts, de l’avortement –
qualifié par le cardinal
Ratzinger de "petit
homicide" – jusqu’au
refus, réaffirmé par le
cardinal Ruini, du mariage pour
les couples homosexuels.
Extraits. "Une idéologie
confuse de la liberté conduit
au dogmatisme"
"L’affirmation
selon laquelle la mention des
racines chrétiennes de
l’Europe blesserait les
sentiments des nombreux non-chrétiens
qui vivent en Europe est peu
convaincante, vu qu’il
s’agit avant tout d’un fait
historique que personne ne peut
sérieusement nier. […] Qui
serait offensé ? De qui
l’identité serait-elle menacée
? Les musulmans, souvent et
volontiers mis en cause à cet
égard, ne se sentent pas menacés
par nos bases morales chrétiennes,
mais par le cynisme d’une
culture sécularisée qui nie
ses propres fondements. Et nos
concitoyens juifs ne sont pas
offensés par la référence aux
racines chrétiennes de
l’Europe, dans la mesure où
ces racines remontent jusqu’au
mont Sinaï : elles portent
l’empreinte de la voix qui se
fit entendre sur la montagne de
Dieu et nous unissent dans les
grandes orientations
fondamentales que le décalogue
a données à l’humanité.
C’est
la même chose pour la référence
à Dieu : ce n’est pas la
mention de Dieu qui offense ceux
qui appartiennent à d’autres
religions, mais plutôt la
tentative de construire la
communauté humaine absolument
sans Dieu. Les raisons de ce
double «non» sont plus
profondes que ce que laissent
penser les raisons avancées.
Elles présupposent que la seule
culture des Lumières, radicale,
laquelle a atteint son plein développement
à notre époque, pourrait être
constitutive de l’identité
européenne. […] Cette culture
des Lumières est
substantiellement définie par
la liberté ; elle part de la
liberté comme valeur
fondamentale qui est la mesure
de tout […].
Le concept de discrimination
s’élargit toujours plus et
l’interdiction des
discriminations peut se
transformer toujours plus en une
limitation de la liberté
d’opinion et de la liberté
religieuse. On ne pourra bientôt
plus affirmer que
l’homosexualité, comme
l’enseigne l’Eglise
catholique, constitue un désordre
objectif dans la structuration
de l’existence humaine. Et le
fait que l’Eglise est
convaincue de ne pas avoir le
droit de donner l’ordination
sacerdotale aux femmes sera
considéré, par certains, à
partir de maintenant
inconciliable avec l’esprit de
la Constitution européenne.
Il est évident que ce canon de
la culture des Lumières, pas du
tout définitif, contient des
valeurs importantes dont nous,
chrétiens, ne voulons et ne
pouvons nous passer ; mais il
est tout autant évident que la
conception mal définie ou pas
du tout définie de la liberté
qui est à la base de cette
culture, comporte inévitablement
des contradictions. […] Une idéologie
confuse de la liberté conduit
à un dogmatisme qui se révèle
toujours plus hostile à la
liberté. […] Il fait partie
de sa nature, en tant que
culture d’une raison qui a
finalement une complète
conscience d’elle-même, de se
vanter d’une prétention
universelle et de se concevoir
comme accomplie en elle-même,
sans besoin d’aucun complément
venu d’autres facteurs
culturels.
Ces deux caractéristiques se
voient clairement quand se pose
la question de qui peut devenir
membre de la Communauté européenne,
et surtout dans le débat sur
l’entrée de la Turquie dans
cette Communauté. Il s’agit
d’un État, ou peut-être
mieux, d’un environnement
culturel, qui n’a pas de
racines chrétiennes, mais qui a
été influencé par la culture
islamique. Puis Ataturk a cherché
à transformer la Turquie en un
Etat laïciste, en tenant
d’implanter le laïcisme mûri
dans le monde chrétien
d’Europe sur un terrain
musulman. On peut se demander si
cela est possible : selon la thèse
de la culture des Lumières et
laïciste de l’Europe, seuls
les normes et contenus de la même
culture des Lumières pourront déterminer
l’identité de l’Europe et,
par conséquent, tout Etat qui
fait siens ces critères pourra
appartenir à l’Europe. Peu
importe, finalement, sur quel
entrelacs de racines cette
culture de la liberté et de la
démocratie sera implantée.
C’est vraiment pour cela,
affirme-t-on, que les racines ne
peuvent entrer dans la définition
des fondements de l’Europe,
s’agissant de racines mortes
qui ne font pas partie de
l’identité actuelle. Par conséquent,
cette nouvelle identité, déterminée
exclusivement par la culture des
Lumières, entraîne aussi que
Dieu n’a rien à voir avec la
vie publique et avec les bases
de l’Etat."
Inauguration
d’une école de mosaïque au
couvent Mar Roukoz des pères
antonins
En présence du ministre de la
Culture et de l’ambassadeur
d’Italie au Liban
paru dans l'Orient-le Jour
le 27 octobre 2005
Dans le
cadre des manifestations de la
cinquième semaine de la
langue italienne que M. Franco
Mistretta, l'ambassadeur
d’Italie au Liban, a inauguré
hier, au couvent Mar Roukoz
des pères antonins de Dékouaneh,
une école ainsi qu’une
exposition de mosaïques de
Ravenne. C’est en présence
de l’abbé Boulos Tannouri,
supérieur général de
l’Ordre des pères antonins,
de nombreuses personnalités
ainsi que d’amis que les
allocutions se sont succédé,
entrecoupées d’intermèdes
musicaux interprétés par la
chorale de l’Université
antonine, sous la direction du
frère Toufic Maatouk.
Prenant le premier la parole,
l’abbé Boulos Tannouri
devait souhaiter la bienvenue
aux personnes présentes. Après
avoir évoqué l’historique
de la mosaïque, née en
Orient avant de s’expatrier
à Ravenne, pour revenir aux
sources, le supérieur de
l’Ordre antonin a relaté
les différentes étapes de la
concrétisation de ce projet
malgré les circonstances
tragiques que le pays a
connues. Le supérieur général
a rappelé que si les Libanais
vivaient chacun sa différence
dans le respect de l’autre,
le Liban serait aussi
harmonieux qu’une belle mosaïque.
Enfin, l’abbé Tannouri
devait remercier tous ceux qui
ont participé au succès de
cette opération, particulièrement
les responsables italiens
avec, à leur tête,
l’ambassadeur Franco
Mistretta, le directeur du
Centre culturel italien, le Dr
Nicolas Firmani, Luigi
Facchini et enfin l’artiste
Marco Bravura qui, les
premiers temps, dirigera lui-même
l’école assurant la relève.
A son tour,
l’ambassadeur Mistretta a
remercié, lui aussi, tous
ceux qui, de près ou de loin,
ont participé au succès de
cette précieuse initiative :
"La culture de la mosaïque
fait partie de la tradition de
nos deux peuples et a des
racines très anciennes. Ce
moyen d’expression, né
probablement de la simple
utilisation de cailloux pour
consolider les sols ou délimiter
des espaces, a évolué au
cours des siècles rencontrant
un succès croissant grâce,
entre autres, au désir
sous-jacent de l’homme de
donner à ses réalisations, décoratives
ou artistiques, la plus longue
durée de vie
possible…", a dit
l’ambassadeur. Il devait
conclure son allocution
"en espérant revenir ici
bientôt pour inaugurer, avec
vous, une exposition des
travaux réalisés par les élèves
de cette nouvelle école de
mosaïque". Pour sa part,
Vidmer Mercatali, président
du conseil municipal de
Ravenne, a insisté sur ce témoignage
éloquent d’amitié que représente
ce jumelage culturel entre les
deux pays. Une idée née en
1998 et concrétisée
aujourd’hui.
Nicolas Firmani, directeur du
Centre culturel italien, a mis
l’accent sur la culture qui
est un élément d’union et
de dynamisme entre deux
peuples (qui ont beaucoup
d’intérêts en commun) à
travers ces deux
manifestations :
l’inauguration de l’école
et celle de l’exposition de
mosaïques. Firmani a rendu
hommage aux pères antonins
pour ce projet soulignant que
ces derniers ont plus d’une
fois collaboré avec son
centre. Il ne devait pas
oublier de remercier également
Raymond Nahas qui a toujours
œuvré pour diffuser la
culture italienne au Liban.
Ayant largement contribué à
la création de cette école
professionnelle de mosaïque,
Nahas, quant à lui, a rappelé
le premier voyage de Marco
Bravura à Beyrouth pour
l’installation, rue de
Verdun, d’une œuvre réalisée
par lui. "Depuis, l’idée
d’une école a fait son
chemin", devait-il dire
en évoquant également la
participation de
l’Association culturelle
italo-libanaise. Nahas espère
parsemer le Liban de fontaines
en mosaïque comme celle de la
rue de Verdun signée par
Bravura, mais ces dernières
seraient l’œuvre des
Libanais. Le mot de la fin a
été celui du Dr Tarek Mitri,
ministre de la Culture, qui a
remercié l’Ordre des pères
antonins pour tous les projets
qu’ils entreprennent au
service du pays, mentionnant
l’amitié ancestrale entre
Ravenne et le Liban qui se
concrétise justement par
cette collaboration.
Le français doit
demeurer la deuxième langue
du Liban, déclare Bernard
Emié
Signature d’une convention
sur le financement d’un
projet de rénovation de
l’enseignement de la
langue de Molière à l’UL
paru dans l'Orient-le
Jour le 2 août 2005
Dans
le cadre de sa réforme de
l’enseignement des langues,
l’Université libanaise a élaboré,
conjointement avec
l’ambassade de France, un
projet de plan de "rénovation
de l’enseignement du français
et en français à l’UL".
Ce projet a reçu le soutien
du ministère français des
Affaires étrangères, avec un
budget de 3,25 millions
d’euros affecté sur une période
de trois ans et demi. La
signature, hier, de la
convention de financement par
le ministre de l’Education
et de l’Enseignement supérieur,
Khaled Kabbani, et
l’ambassadeur de France,
Bernard Emié, marque le début
effectif de cet ambitieux
projet de coopération.
Dans
l’allocution qu’il a
prononcée au cours de la cérémonie,
M. Kabbani a souligné que
l’accord intervient au
lendemain de l’engagement
pris par le gouvernement
Siniora de lancer dans tous
les ministères "des
chantiers visant à asseoir
les piliers de la réforme
pour un développement humain
et économique durable".
Selon lui, le secteur de l’éducation
"s’impose de plus en
plus comme base de ce développement
durable dans un contexte de
mondialisation où l’économie
du savoir et la maîtrise des
nouvelles technologies de
l’information et de la
communication nécessitent la
maîtrise de langues
internationales occupant une
place de choix". M.
Kabbani a ensuite précisé
que l’importance du projet réside
dans le fait qu’il "se
propose de remédier au problème
que pose la baisse du niveau
de maîtrise de la langue française
parmi les étudiants, à
travers des sessions de
formation" ciblées.
Prenant
à son tour la parole,
l’ambassadeur de France a
souligné "le caractère
fondamental et prioritaire de
la coopération libano-française
dans les domaines de l’éducation
et de l’enseignement supérieur".
Après avoir mis l’accent
sur le fait que l’appui à
l’enseignement du français
et en français, à travers
l’enseignement scolaire et
universitaire, reste pour la
France "une absolue
priorité", M. Emié a
relevé que le Liban est appelé
à devenir un pays trilingue,
"mais dans lequel la
langue française, enracinée
dans l’identité française,
doit demeurer la deuxième
langue du pays après la
langue maternelle arabe". "Les
efforts de la France
concourent en ce sens",
a-t-il ajouté. "Ils
se concrétisent dans le
domaine scolaire où le réseau
des 26 établissements
franco-libanais conventionnés
et homologués scolarise plus
de 40.000 élèves à travers
l’ensemble du territoire.
L’engagement de la France
pour soutenir ces établissements,
de l’ordre de 10 millions
d’euros par an, est très
conséquent", a enchaîné
M. Emié, rappelant que "la
France accueille également
plus de 5.000 étudiants
libanais dans ses universités,
qui sont publiques et
gratuites" et qu’elle
"soutient les filières
les plus performantes des
universités dans leurs
projets de coopération avec
leurs homologues françaises".
"Cet
appui, a ajouté M. Emié,
concerne dans la durée les
grandes universités
francophones du secteur privé
telles que les universités
Saint-Joseph et Saint-Esprit
de Kaslik, ou certaines
composantes de Balamand. Il
concerne aussi les grandes
universités arabophones
telles l’Université arabe
de Beyrouth et l’Université
islamique, pour y faciliter
l’apprentissage du français.
Il concerne aussi, et tout
naturellement, l’Université
libanaise, parce qu’elle est
le service public. Parce
qu’elle est, comme l’a
souligné le gouvernement dans
sa déclaration ministérielle,
le lieu privilégié de la cohésion
nationale et de l’égalité
des chances." Concernant
le projet de coopération, il
a expliqué qu’il se
traduira "par la
formation didactique des
enseignants, complétée par
des actions de
perfectionnement linguistique.
Il prévoit aussi la dotation
et l’équipement en matériel
documentaire et multimédia de
9 centres de ressources et de
80 salles de langues pour les
infrastructures de
l’Université libanaise réparties
sur l’ensemble du territoire
national".
M.
Emié a ensuite fait remarquer
qu’ "en rehaussant
le niveau général de français,
Paris agit sur le long terme
pour que l’enseignement en
français demeure un véritable
avantage comparatif pour les
étudiants qui le choisissent,
quelle que soit leur
discipline". Ce projet
permettra aussi aux étudiants
de mieux valoriser leurs diplômes
de l’Université libanaise,
dont la position, en tant
qu’université francophone,
sera renforcée. Il y a lieu
de préciser qu’il
s’inscrit dans le
prolongement de celui qui est
mené depuis l’an 2000 par
l’ambassade de France avec
le Centre de recherche et de
documentation pédagogiques
pour la mise en œuvre de la
formation continue des
enseignants..
Saveurs de la culture
juive
par FRANCOISE DARGENT,
publié dans le Figaro le 30
août 2005
Après les
arts en 2003 et l'éducation en
2004, le thème de l'édition
invite cette fois juifs et non
juifs à la gourmandise.
Vingt-six pays, de l'Allemagne
à l'Ukraine, participent à la
manifestation qui a accueilli
l'année dernière pas moins de
100.000 visiteurs. A tout
seigneur, tout honneur,
l'Alsace, le fondateur de cette
journée en 1996, mène encore
le bal avec une foule de
manifestations autour de la
culture et de la gastronomie.
Riche d'un patrimoine de
synagogues construites en milieu
rural et de près de 200 sites
recensés par l'office de
tourisme du Bas-Rhin, précurseur
de cette initiative, la région
ouvre grand les portes de ses
lieux de culte, de ses écoles,
de ses bains rituels.
Ainsi
l'office de tourisme de
Strasbourg organisera des
visites en français et en
allemand à la découverte de
son patrimoine juif tandis qu'à
Benfeld, le rabbin expliquera
les lois alimentaires dans la
tradition juive avant de
s'attarder plus spécifiquement
sur la cuisine judéo-alsacienne,
confection du zemmet küeh, le
fameux gâteau à la cannelle,
à l'appui. Car qui dit cuisine
juive, dit cuisine aux multiples
influences, selon qu'elle vienne
d'Orient, d'Afrique du Nord ou
d'Europe de l'Est. Démonstrations
et dégustations égayeront donc
la journée comme à Strasbourg
où le musée du chocolat
s'attardera sur la place de cet
aliment dans la cuisine juive
avec des ateliers spécifiquement
destinés aux enfants jusqu'au
restaurant du Conseil de
l'Europe qui revisitera son menu
le temps d'une journée. A
Paris, la Maison de la culture
yiddish organisera même un
concours de confection du
strudel et du kez kukhn, ouvert
aussi aux débutants, précise-t-on
aimablement.
Outre
l'Alsace et Paris, les cités de
Lorraine participent activement
à la Journée, Metz, Gérardmer
et Nancy en tête tout comme
cette année la Provence qui met
en valeur les spécificités de
l'histoire de sa communauté
juive. A Saint-Maximin, la toute
jeune Association culturelle hébraïque
de la Sainte-Baume a imaginé un
«parcours de culture et
d'histoire sur les traces des
juifs provençaux». L'itinéraire
mènera les visiteurs de la
grande synagogue de la rue de
Breteuil à Marseille à celle
de Carpentras, la plus ancienne
de France, en passant par
Cavaillon et Avignon. Les guides
évoqueront entre autres
l'histoire d'Abraham et de son
fils, les médecins du Roi René
qui, au Moyen Age, firent partie
de ces juifs protégés par le
pape dans le Comtat Venaissin.
La Journée européenne de la
culture juive est depuis
quelques années le temps fort
d'une politique active en faveur
de la reconnaissance de ce
patrimoine singulier. L'année
dernière, le Conseil de
l'Europe a ainsi reconnu comme
itinéraire culturel le parcours
européen du patrimoine juif
proposé par le B'nai B'rith
Europe, le Conseil européen des
communautés juives et la Red de
Juderias de España. La première
plaque a été apposée sur une
synagogue en bois de Lituanie. Les
renseignements sur cette journée
sont disponibles sur www.jewisheritage.org
.
Arts
islamiques : 17 millions d'euros
pour le Louvre
Le
futur département des Arts
islamiques présentera l'une des
plus importantes collections au
monde. Un projet rendu possible
grâce à la participation du
prince saoudien Alwaleed
par
KATIA CLARENS, publié dans le
Figaro le 30 juillet 2005
Mardi 26
juillet, 15 h 30. L'élégante
assemblée tourne les yeux et
observe, à travers la vitre, la
cour Visconti, qui abritera
bientôt le huitième département
du musée du Louvre : celui des
Arts islamiques. Un dessein cher
à Jacques Chirac. Retour dans
la galerie marbrée de l'aile
Denon, crépitement de flashs,
Renaud Donnedieu de Vabres,
ministre de la Culture comblé,
entérine d'une signature la
donation de 17 millions d'euros
qui rend ce projet - estimé à
50 millions d'euros - possible.
Un don privé, le plus important
jamais perçu par le musée. A côté
de lui, le prince Alwaleed
sourit. C'est lui qui a offert
les 17 millions. Presque une
goutte d'eau au regard de sa
fortune personnelle, estimée à
23,7 milliards de dollars. La
cinquième fortune mondiale.
Le prince
Alwaleed bin Talal bin AbdulAziz
Alsaud, 50 ans, est saoudien,
petit-fils du fondateur de
l'Arabie saoudite, le roi
AbdulAziz Alsaud, et
entrepreneur. Construction,
immobilier, banque, télécommunications,
divertissements, hôtellerie...
Son champ d'investissement est
vaste. En France, il possède le
très chic hôtel George-V et
17,3% de Disneyland Paris. Mais
Alwaleed est surtout le plus
atypique des princes saoudiens.
D'abord, c'est un philanthrope.
Pour l'aide aux victimes du
tsunami, il a donné 18 millions
de dollars, et 10 millions de
dollars à la ville de New York
après le 11 Septembre. Et ses
legs partent aussi vers l'Egypte,
le Liban, le Congo, le Mali...
Dans son pays, il est surtout
connu pour sa lutte en faveur de
l'émancipation des femmes.
Elles représentent d'ailleurs
50% des effectifs de sa société,
la Kingdom Holding Company.
D'elles, il a fait des "exécutives".
Dans son équipe, il compte la
première femme saoudienne
pilote (il possède trois
avions), la première
photographe, la première caméraman
et nombre de premières
directrices...
- Après
la signature, vous aviez
rendez-vous avec le président
Chirac à l'Elysée. De quoi
avez-vous parlé ?
Les relations entre la
France et l'Arabie saoudite,
particulièrement celles entre
leurs dirigeants, sont
exceptionnelles. Nous avons
inauguré ce très important
projet qui symbolise l'esprit de
paix et la véritable mentalité
de l'islam.
- Est-ce
une façon pour vous de
condamner les actes d'al-Qaida ?
Ce projet est différent de ceux
que je soutiens d'habitude. Il
est culturel et islamique. Ces
derniers temps, l'Islam a été
attaqué, kidnappé par une très
petite minorité qui a sali son
nom dans le monde. Lorsque le président
Chirac m'a demandé de
contribuer à ce département
des Arts islamiques, j'ai immédiatement
dit oui. Pour nous, c'est un
honneur d'avoir l'opportunité
de créer un pont entre islam et
chrétienté. De dire à l'Ouest
: "Venez nous voir,
regardez ce que l'islam a fait
en Europe, voyez comme nous
sommes amis."
- On dit
que vous avez une affection
particulière pour la France,
pourquoi ?
Il y a tant de raisons ! Mon père
a été le premier ambassadeur
en France, ma mère a habité
ici pendant dix ans, chaque été,
je vais à Cannes, Nice et
Saint-Tropez. En hiver, je vais
skier à Courchevel. Il y a
quelque temps, mon fils a eu un
grave accident et c'est un
professeur français, à
Marseille, qui lui a sauvé la
vie. Et puis, j'ai aussi des
affaires ici : le George-V,
Eurodisney et un hôtel Four
Seasons à Cannes.
- La légende
veut que vous soyez un
autodidacte, est-ce vrai ?
Oui. Je n'ai reçu d'aide de
personne. Mon père m'a
simplement donné 30.000 dollars
pour démarrer. Après, j'ai
travaillé très dur, pris de
sages décisions et Dieu m'a aidé.
J'ai appliqué les cinq piliers
de l'islam. En religion, je suis
très conservateur. Pour le
reste, je suis un social-libéral
très bien entouré. Ma réussite
est aussi celle des gens qui
travaillent avec moi, un petit
groupe de quarante «exécutifs»
motivés et agressifs qui font
du très bon travail.
- Parmi
lesquels il y a 50% de femmes ?
Dans mon entreprise, nous avons
décidé que toutes les
nouvelles recrues seraient des
femmes. Elles représentent
aujourd'hui 50% des effectifs et
sont à des postes clés. Je
veux prouver que les femmes
saoudiennes sont aussi valables
que les hommes.
- Qu'en
pensent les autorités ?
Je travaille toujours dans le
respect de l'islam et de mes
dirigeants, qui se trouvent être
mes oncles. Pour ce qui concerne
les femmes, il ne s'agit pas
d'un problème religieux, c'est
un problème culturel. Il n'est,
par exemple, écrit ni dans le
Coran ni dans notre Constitution
qu'une femme ne doit pas
conduire de voiture ! J'essaye
de changer cette culture qui la
rend inférieure en utilisant ma
position publique, mon ouverture
et ma transparence.
- Le mot
de la fin ?
Une anecdote... Le George-V, mon
hôtel, est numéro un dans le
monde depuis quatre ans. Eh
bien, il est installé dans une
capitale chrétienne, financé
par des musulmans et géré par
des juifs. Numéro un ! C'est
sans doute cela le secret...
Un
pas de deux pour
l’aventure de
Pierre-Alain Perez
Une
académie française de
danse installée à La
Sagesse depuis le 23
octobre
par
COLETTE KHALAF, publié
dans l'Orient-le Jour le
26 octobre 2005
Une
passion, un rêve. Puis
un jour, un projet qui
prend forme et une folle
aventure qui commence.
Pour Pierre-Alain Perez
– danseur à l’Opéra
de Paris, comédien et
chorégraphe désireux
de transmettre aux
autres tout son savoir
sur la danse – cette
aventure porte un nom,
le Liban. Mince, le
teint clair, les cheveux
en bataille et une barbe
de deux jours, le
danseur parle avec
fougue et ne dissimule
pas son amour pour le
Liban. Une flamme qui
l’a animé depuis
qu’il est venu, il y a
quelques années, à
l’invitation de
Josiane Boulos, et qui
ne s’est pas éteinte
depuis. Deux mises en scène
pour deux spectacles
différents, un conte de
Noël présenté au
Casino du Liban et un
cirque réalisé avec
une troupe canadienne où
il a engagé des
danseurs sur place pour
collaborer aux deux
projets. Il s’était
ainsi fait remarquer
pour son charme, sa
fantaisie mais surtout
pour sa rigueur et sa
discipline au travail.
Depuis, le danseur
d’opéra, qui s’était
tourné volontairement
vers la chorégraphie à
l’âge de trente-deux
ans, n’avait qu’un
seul désir : ouvrir une
académie de danse au
pays du Cèdre dont il
s’est épris. C’est
maintenant chose faite,
depuis le 23 octobre.
Petit, Béjart
et les autres
Aussitôt la décision
prise (en juin), une série
de démarches allaient
suivre afin de trouver
le local, l’aménager
et lancer les
inscriptions. C’est
qu’on ne badine pas
avec la détermination
de Pierre-Alain Perez.
Pour l’enfant rebelle
du corps de ballet, la
vie n’a pas toujours
été un long fleuve
tranquille. Ayant
effectué ses premiers
pas à l’âge de onze
ans à Montpellier (ce
qu’il considère comme
tardif), le danseur est
engagé par Roland
Petit, à quinze ans,
pour un rôle de
soliste. Talentueux et
perfectionniste, l’étoile
montante de l’Opéra
de Paris allait parfaire
son apprentissage auprès
d’autres compagnies,
comme celles de Béjart
et Forsythe. Un
apprentissage panaché
de techniques variées
signant ainsi son
identité : "En
voulant retransmettre
aux autres un bagage
professionnel accumulé
durant mon parcours de
danseur, j’ai trouvé
encore plus de plaisir
à enseigner",
avoue-t-il en rejetant
à l’arrière une mèche
rebelle qui dissimule
son regard couleur
noisette. Et de
poursuivre :
"C’est ce plaisir
que j’ai voulu perpétuer
en fondant une école de
professionnels au Japon
et puis cette académie
au Liban."
Ecole de vie
De la rigueur et du
maintien, deux devises
que Pierre-Alain Perez
s’est faites siennes
dans la danse, "véritable
école de vie"
dit-il, en citant
Christiane Vaussard,
Yvette Chauvirée… qui
ont affiné son éducation.
"Enseigner aux
autres est un véritable
défi que je relève.
C’est comme polir un
diamant. L’académie
n’aura pas pour rôle
de former seulement des
danseurs professionnels,
mais d’apprendre le
maintien, l’harmonie
du corps et une certaine
discipline de vie."
Et d’enchaîner:
"Tiens-toi, me
disait un professeur.
Formule qui me rappelait
toujours à l’ordre et
que je voudrais faire
entendre à mes futurs
élèves." C’est
cet élan qui a poussé
le jeune chorégraphe à
s’installer au Liban
et à aménager un
local, rue de La
Sagesse, à Achrafieh,
à l’image des grandes
salles de théâtre françaises.
Parquet similaire,
plafond de 3m50 de
hauteur, miroirs partout
et un pianiste pour
accompagner les
danseurs.
"Aujourd’hui,
c’est peut-être une
académie de danse qui
ouvre ses portes, mais
demain réserve aussi
d’autres surprises car
j’ai mille projets en
tête. Chant, sculpture
et peut-être ébénisterie
pourraient s’ajouter
au programme",
conclut-il, le sourire
aux lèvres. Des métiers
d’art, labels de l’élégance
française que
Pierre-Alain Perez
voudrait voir adaptés
aux Libanais, "ce
peuple-enfant qui porte
en lui la joie
d’apprendre".
Romain Servillat
a trouvé son port
d’attache à Byblos
De la sculpture
ornementale à la
sculpture
contemporaine…
par ZENA ZALZAL,
publié dans l'Orient-le
Jour le 9 septembre 2005
Il avait envie de
changer de vie, de
cadre, d’horizon…
Parti de Lyon, il y a
sept mois, Romain
Servillat, sculpteur sur
bois français de 29
ans, a échoué sur les
rives ensoleillées du
Liban. Pas tout à fait
par hasard. Pas vraiment
programmé non plus, son
parcours vers d’autres
cieux l’a mené à bon
port : le vieux souk de
Byblos, où il a installé
son atelier et pris un
nouveau départ…
toujours dans la
sculpture.
Dans le vieux souk de
Byblos, le grand blond
à queue-de-cheval
n’est pas un inconnu.
Les commerçants, devant
leurs échoppes, le hèlent
gentiment au passage.
Des "Salut Romain,
comment tu vas Romain
?" fusent par-ci et
par-là. L’athlétique
jeune homme fait la bise
à une dame assise à un
café, échange quelques
mots avec les
restaurateurs du coin,
avant de se retirer dans
l’ombre de son atelier
pour travailler sur fond
de musique. Seul, mais
pas isolé, car de derrière
sa porte vitrée, il
aperçoit le va-et-vient
des passants de cette
matinée ensoleillée de
septembre. Pour Romain
Servillat, cette vie-là
est celle dont il a
toujours rêvé, sans même
le savoir. Tout a
commencé, l’été
dernier, grâce à un
"ami d’enfance
libanais. J’avais
envie de visiter son
pays. Je suis venu avec
lui en août 2004.
J’ai beaucoup aimé,
notamment le contact
humain. Je m’y suis
immédiatement bien
senti, et de ce fait
j’ai eu envie de
m’installer",
raconte le jeune Français.
Qui forme alors le
projet, avec son ami
libanais et un second
français, de revenir
s’installer dans les
prochains mois et d’y
développer une plage
dans la région de Jbeil.
La plage tombe à
l’eau
"Malheureusement,
nous avons débarqué
quatre jours avant
l’attentat contre
Rafic Hariri, à la
suite duquel notre
financier nous a lâchés."
La plage tombe à
l’eau. L’ami
libanais repart pour la
France. Mais Romain
Servillat et son copain
français n’ont pas
pour autant envie de
quitter. "Nous
avons décidé de rester
malgré tout et
d’essayer de trouver
du travail." Les
deux compères se
retrouvent donc à
courir le pays,
jusqu’au jour où, "à
force de passer devant
le Eddé Yard, à
Byblos, où l’on
entendait toujours de la
bonne musique, on a eu
envie de s’arrêter.
On y a rencontré
Armelle (qui avec
Olivier s’occupe de la
gérance et de la
cuisine de ce petit café-restaurant
convivial du vieux
souk), on a sympathisé
et à partir de là tout
a changé". En
effet, français eux-mêmes,
Armelle et Olivier
proposent à leurs
compatriotes de les héberger
et, après avoir vu le
travail de Romain, ils
lui suggèrent de
reprendre son activité
à Byblos. Le couple met
même à sa disposition
la salle d’hiver du
restaurant, qui servira
à Romain d’atelier
transitoire.
Depuis quatre mois,
Romain Servillat a donc
repris ses outils et
s’est remis à la
sculpture. Mais, au lieu
des angelots baroques et
des motifs ornementaux
classiques, il s’est
tourné vers des réalisations
contemporaines. Abandonnant
les dorures et autres
ciselures pour des œuvres
nouvelles minimalistes
et épurées, Servillat
a eu envie de changer même
de concept artistique,
en faisant de ses créations
des sculptures
utilitaires. En
quatre mois de travail,
il a ainsi conçu une
première série de
sculptures luminaires,
en bois de mogano (à la
couleur chaude), de
poirier (un beau rosé)
ou de framiré (du beige
pâle). Des pièces
uniques qui jouent à
merveille les alliances
de matières et de lumières.
En effet, les formes
oblongues et sinueuses,
rondes et lisses qu’il
cisèle et accorde aux
abat-jour d’un blanc
uniforme, mettent en
valeur autant les
nuances, les veinures et
la douceur du bois que
sa sensualité ou sa
fantaisie. Comme dans
"E.T.", une pièce
pyramidale se terminant
par une lampe-ampoule à
tête d’extraterrestre
ou "Culbuto",
une base circulaire en
équilibre instable mais
qui ne tombe jamais…
De l’ébénisterie et
de la sculpture
ornementale qu’il exerçait
en France, Romain
Servillat est ainsi passé
vers d’autres rivages,
à la fois millénaires,
ceux de l’antique port
phénicien, et,
paradoxalement, plus
contemporains dans sa
pratique sculpturale. Et
de conclure, satisfait
et serein : "En
fait c’est très bien
que tout se soit passé
comme ça."
Concert
de la chanteuse Nayla à
Barcelone
www.soynayla.com
L'artiste
libanaise Nayla, résidant
à Madrid, présentera
le 10 novembre à 22h à
la salle l'Espai à
Barcelone, un concert
exceptionnel de chansons, musique
et danse
flamenco-orientales. Elle
sera accompagnée d'un
orchestre (oud, guitare, derbaké, percussions,
saxophone) et des danseurs
José el Alamo (flamenco)
et Paz Corrales (danse
orientale).
Le
grand art de vivre
d'Edmond J. Safra
par
BEATRICE DE ROCHEBOUET,
publié dans le Figaro le
29 octobre 2005
Ce
n'est pas le goût XVIIIe
d'un Wildenstein au parfum
un peu suranné. Ni celui
d'un Hubert de Givenchy
identifié aux puissantes
marqueteries d'écaille
Boulle. Ni même celui
d'un Djahanguir Riahi en
quête des plus belles
provenances royales. Le goût
de feu Edmond Safra et de
son épouse brésilienne
Lily est totalement
actuel. Il n'est pas figé.
Pas cloisonné à un style
ou à une époque.
Toujours en mouvement. A
la pointe de l'éclectisme.
Ce couple qui a défrayé
la chronique du monde des
arts et des affaires a su
marier perfection et
confort. Il a démontré
que l'on pouvait mettre en
scène l'ancien d'une manière
contemporaine. En achetant
toujours, ou presque, le
meilleur comme cet unique
bureau plat et cartonnier
Louis XVI de Joseph, icône
de la collection du 1er
Lord de Malmesbury et de
Lady Baillie au château
de Leeds, acquis chez
Sotheby's à Monaco en
1981, estimé 4 à 5,6
millions d'euros. Le
manifeste d'un grand art
de vivre que prône l'élite
des décorateurs
d'aujourd'hui.
Des
objets de tous les
continents
Il a osé
les mélanges de l'acajou
d'une suite Empire à tête
d'egyptienne "à
la ma nière de
Jacob" vers 1800
(162.000/243.000 euros)
avec le bois doré et le
velours prune d'un canapé
à confidents de 1770
estampillé Pierre Rémy
(56.000/81.000 euros). Il
a osé la confrontation du
mobilier français
(404.000/650.000 euros la
commode à palmes croisées
et branches de lierre de
Cressent) et anglais
(36.400/48.500 euros le
cabinet de George Bullock
aux colonnes de marbre
vers 1815) aux objets de
tous les continents comme
le mobilier anglo-indien
milieu XVIIIe
de Vizagapatam aux
extra-ordinaires
marqueteries d'ivoire
(485.000/650.000 euros le
cabinet bureau).
Les
trois épais et luxueux
catalogues blancs de la
vente estimée plus de 20
M euros (25 M$) par
Sotheby's les 3 et 4
novembre à New York nous
plongent dans l'univers
intime de ce
multimilliardaire américain
né à Beyrouth en 1932
qui a fait la une de la
presse people après avoir
péri dans l'incendie
criminel de son luxueux
duplex de Monaco en décembre
1999. La fin brutale et énigmatique
à 67 ans de ce richissime
banquier sur le point
alors de boucler le
dossier de vente de la
banque américaine Républic
New York qu'il avait fondée
ainsi que son holding
(SRH) pour 10,3 milliards
de dollars au groupe
britannique HSBC a donné
du piquant à sa légende.
Les plus folles hypothèses
avaient couru dans les
milieux financiers, comme
l'intervention de la mafia
russe, sa banque ayant été
l'une des grosses victimes
étrangères de la crise
financière de la Russie
à l'été 1998. Or il
s'agissait d'un acte dément,
se voulant héroïque, de
son garde du corps et
infirmier qui en mettant
le feu à sa résidence
l'aurait ainsi sauvé des
flammes.
C'est
finalement la peur qui a
tué ce banquier parmi les
plus influents de la planète,
héritier d'une famille
d'orfèvres juifs dans
l'Empire ottoman. Vivant
dans la hantise d'un
attentat ou d'une
agression, Edmond Safra
atteint de la maladie de
Parkinson avait multiplié
les caméras de
surveillance et les
dispositifs de protection
si bien qu'il avait refusé
d'ouvrir aux sauveteurs la
porte blindée de la salle
de bains où il s'était réfugié
malgré les appels de
Lily. Avec cette vente
disparaît toute une époque
et avec elle celle d'un
richissime collectionneur
assidu des ventes
publiques (81.000/122.000
euros la paire de chenets
de 1770 sur le modèle de
Quentin-Claude Pitoin
venant de la collection
Gilbert de la
Rochefoucault, duc de la
Roche-Guyon en décembre
1987 chez Sotheby's à
Monaco ; 485.000/650.000
euros la paire de commodes
en laque de Coromandel exécutée
par Pierre Langlois vers
1765 pour le premier
marquis de Hertford à
Ragley Hall dans le
Warwickshire et vendue à
Londres chez Christie's en
1996). Mais aussi client
fidèle des marchands
Jean-Marie Rossi ou
Maurice Segoura à Paris
et Partridge à Londres
(485.000/730.000 euros
l'incroyable pendule
George III en bronze doré
et émaux en médaillons
signés W. H. Craft).
Collectionneur
de Fabergé
L'ensemble
est impressionnant par le
volume. Plus de 800 lots
sortis des résidences de
Londres, Genève, Paris et
New York, toutes décorées
avec un grand classicisme
: moulures de stuc blanc,
pilastres dorés, rideaux
drapés, cheminées Empire
en granit vert de Thomire
(122.000/243.000 euros),
grands tapis sur parquet
à la française ou
moquette épaisse.
L'ambiance cosy des
appartements sur Central
Park. Comme tout
aristocrate bien né,
Edmond Safra se devait de
collectionner les Fabergé
venant de la cour impériale
de Russie. Une passion
qu'il partagea tardivement
avec sa femme Lily et le
poussa à acquérir la
merveilleuse boîte à
cigares bleu et or aux
couleurs de Léopold de
Rothschild (1845-1917) sur
les champs de courses
(243.000/323.000 euros) ou
le petit bijou d'étui en
émaux mauve marqué du
sigle en diamant de l'impératrice
Alexandra Feodorovna
qu'adorait Lily. Les époux
Safra n'avaient-ils pas
des rêves d'empire ?
Exposition
à partir d'aujourd'hui de
10 heures à 17 heures au
1334 York Avenue, New
York, NY 10 021. Une
partie du produit de la
vente ira à des oeuvres
caritatives. www.sothebys.com
Le
"Harem" dans
l'imaginaire des peintres
européens
paru dans le Figaro
le 6 octobre 2005
Lascives, joyeuses,
soumises, parfois brutalisées,
les femmes du "Harem,
secret de l'Orient", une
exposition à Krems
(Autriche), témoignent
d'abord des fantasmes des
hommes et des artistes
occidentaux du 19e siècle.
Les 80 toiles colorées des
peintres orientalistes français,
italiens, austro-hongrois,
anglais, etc. font imaginer
aux Européens de l'époque
les plaisirs trouvés dans ce
"réservoir de
femmes", expliquent les
organisateurs. Mais ce sont
bien des oeuvres d'imagination
puisque par définition les
"harems" (de l'arabe
"haram": sacré,
protégé, défendu), les
appartements des femmes de
hauts dignitaires musulmans,
étaient interdits aux hommes
non-castrés, a fortiori
occidentaux.
Les peintres
passent des féeries sensuelles
des "Mille et une
nuits" - évoquées aussi
par Mozart dans son "Enlèvement
au Sérail" - aux faces
sombres du rapt, des marchés
aux esclaves, en tout cas de
l'enfermement. Les femmes nues
du "Bain maure" de
Jean-Léon Gérôme voisinent
avec des scènes de la vie au
Maghreb d'Eugène Delacroix
("Femme d'Alger") et
avec une petite
"Odalisque" de
Jean-Baptiste Ingres. Les
"Odalisques" étaient
de jeunes esclaves chrétiennes,
faisant partie des favorites du
Sultan ottoman dans son palais
de Topkapi Saray, explique dans
le catalogue de l'exposition
Tayfun Begin, le directeur du
musée des beaux-arts de Krems
(60 km de Vienne), un Allemand
originaire d'Istanbul.
Il rappelle que Topkapi
compta aux 17e et 18e siècle
jusqu'à 1.200 femmes et jeunes
filles, attendant les faveurs du
sultan de Turquie, société
avec ses codes, ses hiérarchies,
ses intrigues, dans une véritable
ville de 40.000 habitants, régie
par la mère du souverain. Les
femmes étaient gardées par
jusqu'à 800 eunuques. L'écrivain
français Pierre Loti,
turcophile, écrit certes en
1910 : "je n'ai jamais vu
des gens qui aient l'air plus
heureux d'être au monde que les
eunuques de Turquie". Mais
ces esclaves, généralement
noirs, avaient subi de terribles
mutilations sexuelles.
La réalité fut, sans doute,
différente de l'imagination des
romantiques : "le harem dut
être au départ un lieu d'amour
(...) de passions, mais ce n'était
plus qu'une institution fausse,
d'où la sensualité était
partie", a écrit la
princesse hongroise May Török,
qui connut un harem du Caire en
tant qu'épouse du dernier Khédive
d'Egypte au début du 20e siècle.
Des historiens turcs ont
cependant présenté le harem
comme une "école de
femmes", où les
courtisanes les plus
intelligentes purent se hisser
au rang de reine mère. Des
personnages, comme la sultane
Roxelane, épouse préférée de
Soliman le Magnifique au 15e siècle,
ont ainsi fait leur
apprentissage au sein du harem.
L'exposition se clôt par une
série de photos de femmes prosaïques,
prises vers 1860 par le chah
d'Iran dans son harem de Téhéran.
Andrea Winkelbauer,
conservatrice, estime pour sa
part que les fantaisies projetées
des "harems" ne sont
finalement guère différentes
des images voyeuristes de femmes
"objets sexuels" que
montrent la mode et le cinéma
contemporains ("Harem,
Geheimnis des Orients" - Kunsthalle
Krems ,
jusqu'au 13 novembre).

|
|
|
|
|
|
|