L’Univers phénicien

 

Les vestiges et monuments du Liban constituent une richesse formidable de ce pays multimillénaire, qui a vu prospérer sur sa terre des civilisations d’importance majeure. La première et non des moindres est la civilisation phénicienne, dont les apports à l'humanité sont incommensurables. Notre nouvelle rubrique "Archéologie" débute ainsi avec la présentation de "l’Univers phénicien", ouvrage académique publié en 1989 à Paris, puis de "Yanouh et le Nahr Ibrahim. Nouvelles découvertes archéologiques dans la vallée d’Adonis", exposition se déroulant à Beyrouth et qui se déplacera en mars à Lyon. A cette occasion, le prochain dîner-débat de notre Club à Paris , le mardi 31 janvier, aura pour thème l'Archéologie, avec la présentation et la signature, par Jean-Pierre Thiollet, de son nouveau livre, "Je m'appelle Byblos".  Signalons pour terminer le site du Musée National de Beyrouth , qui renferme des collections archéologiques prestigieuses.  

 


 

L’Univers phénicien

 

par MICHEL GRAS , PIERRE ROUILLARD et JAVIER TEIXIDOR

 

Ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres - Editions Arthaud, Paris, 1989 - Réédition Hachette, Paris, 1995

 

Ce livre entraîne le lecteur sur les traces des Phéniciens en Méditerranée, des côtes du Liban à l’Italie, à Carthage et aux rivages de l’Espagne, entre les XIe et VIe siècle avant notre ère. Nous les voyons s’installer sur des îles ou des promontoires, construire maisons, magasins et tombeaux, fabriquer vases et amphores. Commerçants habiles, ils échangent métal et pacotille, rivalisent et parfois cohabitent avec des Grecs. Poursuivis par les rumeurs malveillantes qu’ont répandues sur eux des auteurs médisants, relayés plus tard par Flaubert, ils restent pour nous les subtils inventeurs de l’alphabet. "L’Univers phénicien" est une analyse historique qui se fonde sur une documentation essentiellement archéologique et épigraphique. Grâce aux vestiges que les fouilles nous dévoilent chaque jour davantage, émerge peu à peu l’une des composantes fondamentales de l’histoire de la Méditerranée à l’aube des temps classiques.

 

Les auteurs, Michel Gras, Pierre Rouillard et Javier Teixidor, tous trois directeurs de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique , ont apporté à la rédaction de ce livre leurs compétences spécifiques. Michel Gras, historien et archéologue, ancien directeur des études à l’Ecole française de Rome, travaille sur les échanges commerciaux entre l’Etrurie, le monde colonial grec de l’Occident, Carthage et la Sardaigne phénicienne. Pierre Rouillard, lui aussi historien et archéologue, ancien membre de la Casa Velazquez à Madrid, mène des enquêtes sur le commerce grec dans la péninsule Ibérique, et étudie les relations entre Phéniciens, Grecs et indigènes en Espagne. Javier Teixidor, ancien membre étranger de l’Institut français de Beyrouth et qui a enseigné à Columbia University de New York de 1967 à 1977, est un épigraphiste des langues sémitiques et un historien des religions du Proche-Orient. Leurs expériences respectives se sont conjuguées pour donner un ouvrage élaboré en commun. 

 

"Je t’envoie ce chant, à travers la mer grise, comme une marchandise phénicienne." Pindare, IIe Pythique, v. 68, vers 475 av.J.-C.

 

"Ce Phénicien audacieux ne cessait de considérer dans son âme le problème de la navigation. En soi-même, il agitait incessamment l’Océan." Paul Valéry, Eupalinos ou l’Architecte, 1923.

 

Table des matières

  • Introduction
  • Chapitre premier : Histoire d’une science
  • Chapitre deuxième : L’identité phénicienne
    • La Phénicie d'après les auteurs anciens
    • Ecriture et langue phéniciennes
    • La langue phénicienne hors de la Phénicie
    • Les villes phéniciennes
      • Byblos et la royauté
      • Sidon, la première grande ville phénicienne
      • Sarepta et la déesse Tanit
      • Tyr, métropole et ville d'archives
  • Chapitre troisième : L’espace phénicien
    • Géographie des établissements phéniciens d’Occident
    • Chronologie des installations
    • Entre terre et mer
    • Fonctions urbaines et organisation de l’espace urbain
    • Les relations avec les indigènes
    • Les Phéniciens et la terre
  • Chapitre quatrième : Le commerce phénicien
    • Le commerce avec l’Orient
    • Les structures du commerce
      • Commerce et colonisation
      • Les instruments de l’échange
      • Le signe de l’échange
      • Le contenu des échanges
      • La nature de l’échange
      • Le lieu de l’échange
      • Commerce et cohabitation
    • Documents
      • Ezéchiel et sa lamentation
      • Les vaisseaux de Tarshish et la question de Tartessos
      • Hirom, le bronzier phénicien
  • Chapitre cinquième : Le phénomène orientalisant
    • Les aires de la découverte
    • Unité et diversité de l’objet orientalisant
    • Autour du chaudron
    • Ivoires et scarabées
    • Des coquilles et des œufs
  • Chapitre sixième : Les Phéniciens et la mort
    • Nécropoles et société
      • Etat de la documentation
      • Des morts loin des vivants
      • Les formes des tombes
      • Les rites : incinération et inhumation
      • Les offrandes et le culte
      • Tombes et aristocratie
    • La mort des enfants
      • Premières découvertes archéologiques
      • Le tophet d’après les textes bibliques
      • Sacrifices humains
      • Sacrifices d’enfants
      • Les inscriptions sur stèle
      • Pour une archéologie du tophet
      • Médecine et histoire
      • Conclusion
    • Document
      • Les Rephaïm phéniciens
  • Chapitre septième : Carthage phénicienne
    • Naissance de Carthage
    • Bataille autour d’une date
      • La tradition orientale
      • La tradition classique
      • Carthage avant Rome
    • La topographie de la première Carthage
      • L’habitat
      • L’acropole
      • Le tophet
      • Le port
      • Les nécropoles
    • Les plus anciens documents archéologiques
      • Le deuxième quart du VIIIe siècle
      • Le troisième quart du VIIIe siècle
      • Le dernier quart du VIIIe siècle
      • Carthage au VIIIe siècle : un constat
      • Carthage au VIIe siècle 
    • Carthage et la Méditerranée archaïque
      • La fondation d’Ibiza
      • L’ouverture méditerranéenne
      • Carthage en Sicile
      • Le passage en Sardaigne et la bataille d’Alalia
    • Documents
      • Le premier traité entre Rome et Carthage (509 av. J.-C.)
      • Les Phéniciens et l’Atlantique
  • Conclusion
  • Annexes et tables
    • Atlas cartographique
    • Table chronologique
    • Bibliographie générale
    • Index général
    • Crédits photographiques
    • Table des figures

De l’histoire phénicienne survivent  deux faits : l’invention de l’alphabet que nous utilisons aujourd’hui et l’expansion phénicienne en Méditerranée. Evaluer dans tous ses détails la véracité historique du premier fait n’est pas facile : la recherche est ingrate parce qu’il manque plusieurs chaînons du développement technique et mental qui aboutit à la formation d’un système d’écriture alphabétique bref et facile à apprendre. Quant à l’expansion, il reste à expliquer, plus que l’expansion elle-même, le pourquoi du départ. Les hypothèses à ce propos sont variées mais il faut souligner que l’expansion était la vocation des villes côtières du Proche-Orient entre le golfe d’Alexandrie et le delta du Nil.

 

Un des aspects de la vie phénicienne que nous ignorons concerne sa démographie : quelle fut la population des villes ? Une réponse à cette question pourrait aider à mieux comprendre le phénomène de l’expansion. Une connaissance approfondie de l’urbanisme métropolitain serait également utile.  A présent, tout ce que l’on peut dire, c’est que Sidon, d’après quelques textes d’époque perse, était divisée en quartiers ; il s’agit d’un phénomène banal - encore que les Phéniciens semblent se différencier des peuples sémites de la Syrie intérieure par leur manque d’organisation tribale. Les quartiers auraient pu être habités par des groupements de familles spécialisées dans tel ou tel aspect du commerce, de l’artisanat et de l’agriculture, comme le laissent imaginer, pour une époque plus tardive, certaines inscriptions concernant les villes côtières.

 

Dans cet essai sur les populations phéniciennes qui s’installèrent en Méditerranée occidentale dans les premiers siècles du Ier millénaire, les chapitres sur le commerce et sur Carthage occupent une place importante ; il ne pouvait en être autrement car nous savons peu des Phéniciens eux-mêmes, de leurs villes, voire de leurs racines qui plongent sans doute dans un milieu ethnique très ancien, mais nous connaissons mieux leur activité.

 

Les Phéniciens sont des commerçants, en aucun moment des colonisateurs, et c’est peut-être cette raison qui explique la stabilité de leur présence en Méditerranée. Si l’objet de l’échange a pu se modifier, l’organisation de l’échange dut rester à peu près la même jusqu’à la montée de Carthage en tant que nouveau pouvoir politique à la fin du VIe siècle. Il dut exister des colporteurs venus de la côte syro-phénicienne pour trafiquer des bibelots ainsi que des petites cargaisons d’huile ou de vin, mais il y eut aussi des entreprises d’envergure gérées en principe par le roi, en fait par des aristocrates-marchands largement disséminés le long des côtes méditerranéennes.

 

Les sources ne nous parlent pas de banques, comme le font les textes mésopotamiens du Ier millénaire, mais elles durent exister à Tyr et à Sidon.  Elles ne mentionnent pas non plus le personnel administratif en charge du commerce, mais il dut aussi exister. En revanche, les rares textes que nous avons pour l’époque étudiée ici, comme d’ailleurs pour l’époque postérieure, sont des textes religieux, ce qui paraît désigner le temple comme lieu d’échanges ; on peut même l’envisager comme le pivot du commerce. Toutefois, on aurait tort d’en conclure que le Phénicien fut un homme particulièrement religieux. Ce centre autour duquel vivaient et opéraient les commerçants n’était que le reflet de la vie dans la métropole.

 

Les quelques inscriptions que nous avons, pour les siècles qui nous intéressent ici, font souvent état d’un roi qui fut en même temps prêtre. Sans vouloir tirer trop de conclusions de ce fait, moins encore en déduire l’institution d’un roi grand-prêtre, les textes nous amènent à penser que le gouvernement des villes phéniciennes était théocratique et cet aspect, fondamental, de la vie métropolitaine dut avoir son pendant dans l’établissement d’outre-mer. Il est pourtant impossible de savoir jusqu’où arrivait l’autorité effective du roi d’une ville phénicienne dans les affaires conclues à l’autre bout de la Méditerranée. Les bénéfices du commerce arrivaient sans doute de plusieurs manières à la métropole, parfois sous la forme de dîme que les communautés de l’Occident payaient régulièrement au temple de Melqart à Tyr, un "usage" que l’historien Arrien qualifie de "très ancien" (II,24,5).

 

Dans un premier temps, les Phéniciens créèrent des installations provisoires, voire des campements où l’on pratiquait le troc. Cependant, on peut soupçonner que toute installation eut pour vocation de devenir stable et plusieurs d’entre elles devinrent en effet des emporia. L’emporion avait une fonction de débarcadère auquel le sanctuaire phénicien prêtait, en plus de son prestige, stabilité et support économique et social. Centres de commerce et lieux d’échanges, ces établissements furent, comme le prouve la recherche archéologique, l’endroit où différents groupes ethniques pouvaient se rencontrer.

 

La mobilité des objets échangés allait de pair avec celle des hommes : ainsi nous trouvons dans les habitats phéniciens d’Occident des mariages mixtes aussi bien que des assimilations de divinités comme Melqart à Héraclès dans l’île de Tassos ou Astarté à Uni dans le sanctuaire de Pyrgi : une ouverture à la coexistence de peuples et de dieux qui, avec le passage du temps, ne fera que s’enraciner de plus en plus dans les villes méditerranéennes.

 

La production des ateliers de céramique ou de métal est aussi un signe de la mobilité phénicienne : des objets fabriqués au Proche-Orient ou à Chypre apparaissent en Occident en même temps que des ateliers sont créés dans les emporia ; il n’est pas rare qu’à côté des ces établissements, des artisans phéniciens s’installent dans un milieu indigène.

 

Nous ne savons pas s’il existait des assemblées locales d’armateurs et de négociants comme celle du Pirée au IIIe siècle avant notre ère ; en tous cas, l’entente entre la métropole et les établissements semble avoir été constante et régulière. Même dans la seconde moitié du VIe siècle, après la mainmise perse sur tout le Proche-Orient, quand le roi Cambyse (530-522) voulut envoyer un flotte, phénicienne, contre Carthage, les Phéniciens refusèrent, nous dit Hérodote (III,19), parce qu’ils ne voulurent pas faire la guerre à "leurs propres enfants".

 

Trois événements méritent d’être évoqués pour apprécier l’évolution des rapports entre la Phénicie et l’Occident.

 

Vers la fin du VIIIe siècle, sous le règne de Luli de Tyr, la confédération des villes phéniciennes se révolta contre l’hégémonie de Tyr ; selon Ménandre, Sidon, Arwad, Paléo-Tyr et d’autres villes offrirent au roi d’Assyrie leur flotte pour attaquer Tyr ; toutefois, Tyr sortit gagnante de l’épreuve et cette victoire ne fit que souligner sa prééminence de grande métropole.

 

Peu après, profitant de la mort du roi de Tyr, Sidon essaya de s’installer au centre de la politique phénicienne, ce qui entraîna la réaction assyrienne : le roi Assarhaddon (704-681) attaqua Sidon, "fit tomber dans la mer ses murs", "rasa la ville", prit un grand butin et exila vers l’Assyrie une multitude de gens avec leurs bêtes de somme et leurs troupeaux. On peut se demander si des réfugiés ne partirent pas alors vers l’Occident afin de s’installer dans l’un ou l’autre des établissements fondés quelques générations auparavant.

 

Beaucoup plus tard, en 572 avant J.-C., la prise de Tyr par les Babyloniens, après treize ans de siège, fut sans doute un autre événement qui dut être ressenti dans le monde phénicien occidental ; moins d’une génération plus tard, alors que l’Andalousie phénicienne connaissait la stagnation, Carthage commençait à reprendre en main les établissements phéniciens de Sicile et de Sardaigne. Tout se passe comme si les ennuis de Tyr avaient laissé le champ libre pour l’émergence d’une nouvelle métropole et d’un nouvel Empire, désormais puniques.


 

Yanouh et le Nahr Ibrahim. Nouvelles découvertes archéologiques dans la vallée d’Adonis

 

sous la direction de PIERRE-LOUIS GATIER et LEVON NORDIGUIAN

 

Catalogue publié par les Presses de l’Université Saint-Joseph, à l’occasion de l’exposition "Yanouh et le Nahr Ibrahim. Nouvelles découvertes archéologiques dans la vallée d’Adonis" , organisée à Beyrouth du 8 décembre 2005 au 20 janvier 2006 par l’Université Saint-Joseph, en partenariat avec :

- la Direction Générale des Antiquités

- le Ministère français des Affaires Etrangères et la Mission Culturelle (Ambassade de France à Beyrouth)

- l’Institut Français du Proche-Orient

- le laboratoire HISOMA - Institut Courby de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée (Lyon)

Commissaire général : Lévon Nordiguian

the archaeological site of Yanouh

 

Les panneaux de l'exposition et la maquette seront présentés dans le hall de la bibliothèque de la Maison de l'Orient et de la Méditerranée à Lyon en mars 2006

 

Le choix d’un site archéologique à fouiller ou d’une zone à prospecter résulte des observations nées de visites et d’excursions. Présence ou absence de ruines et de vestiges apparents soulèvent des questions et excitent la curiosité. De la même façon, la pauvreté de la bibliographie traitant d’un site, d’une région ou d’un sujet est un grand stimulant. Dans le cas de Yanouh, au-delà de la beauté de la montagne libanaise, de la majesté et du pittoresque de paysages grandioses, il s’agissait d’abord de combler les lacunes de nos connaissances pour tout ce qui concerne l’histoire ancienne de la présence humaine dans cette région. On apprenait au gré des lectures, soit que la montagne était vide d’hommes, soit qu’elle constituait l’arrière-pays prospère des villes de la côte, ou encore qu’elle était totalement isolée, sans que les auteurs de ces affirmations - quelle que soit la période concernée - n’aient beaucoup d’arguments pour les soutenir. L’archéologie, ici comme ailleurs, devait contribuer à écrire l’histoire.

 

La Mission de Yanouh s’est fixé comme objectif l’étude du peuplement et de la mise en valeur de la montagne libanaise, à partir de la prospection de la haute vallée du Nahr Ibrahim (région de Byblos), prise pour zone de référence, et de la fouille du site de Yanouh, destinée à vérifier les résultats de la prospection. La valeur symbolique d’une région qui hébergeait le sanctuaire d’Afqa, où les Anciens situaient le mythe d’Adonis, stimulait ces recherches. L’importance historique du site de Yanouh, que la tradition rattache aux premiers âges du patriarcat maronite, justifiait également l’intérêt pour un lieu de mémoire exceptionnel. Enfin, l’absence de fouilles menées dans les sanctuaires romains, qui représentent pourtant les monuments les plus visibles des campagnes libanaises, était en soi un appel urgent.

 

Le sanctuaire de Yanouh

 

Le site de Yanouh, placé approximativement au centre de la vallée du Nahr Ibrahim, à l’altitude moyenne de 1165 m , se décompose en trois ensembles. Au sud se trouve le tell de Kharayeb : colline boisée témoignant de nombreuses phases d’occupation depuis le Bronze Ancien III. Deux sondages seulement ont pu y être pratiqués, mais une tranchée de travaux agricoles modernes a fourni de précieuses indications. Au nord du tell, sur un replat, se trouve "le sanctuaire", au lieu-dit Mar Girios el-Azraq, Saint-Georges-le-Bleu, du nom de l’église aménagée dans les vestiges d’un temple romain caractérisé par ses pierres calcaires bleutées. C’est dans ce secteur qu’ont été menées, depuis 1999, les principales opérations archéologiques. Tout autour du "sanctuaire" et sur le tell, dans un rayon de moins de 600 m , se trouvent de très nombreuses chapelles en ruines, pour la plupart médiévales, qui ont fait l’objet d’études d’architecture. La plus importante est "l’église des Quarante Martyrs", du XIIe s., sur la terrasse de laquelle un sondage a été ouvert en 2002.

 

La documentation archéologique du Bronze Ancien III de la région de Yanouh apporte un élément supplémentaire sur l’importance de l’occupation du troisième millénaire au Levant. Elle permet de proposer l’hypothèse d’une organisation micro-régionale, à mettre en relation avec la deuxième révolution urbaine qui touche alors l’ensemble du Proche-Orient. C’est sans doute le fait d’être l’arrière-pays de Byblos qui vaut à la région d’être organisée et peuplée à une époque qui voit la montée économique et commerciale du grand port de la Méditerranée orientale.

 

Le tombeau d’Adonis à Aphaka (Afqa)

 

PSEUDO-MELITON DE SARDES, Discours à l’empereur Antonin, 5 (IIe s. apr.J.C.) :

"Les Phéniciens rendaient un culte à Balthi, reine de Chypre, qui aimait Tamouz, fils de Cuthar, roi des Phéniciens, et qui quitta son propre royaume et vint vivre à Gebal (Byblos), une forteresse de Phénicie, et en même temps elle soumit les Chypriotes au roi Cuthar. Car, avant Tamouz, elle avait aimé Arès et avait commis l’adultère avec lui, et Héphaistos, son époux, l’avait surprise et était jaloux ; ce dernier vint tuer Tamouz au Mont Liban, alors qu’il chassait des sangliers. Et, depuis lors, Balthi resta à Gebal et elle mourut dans la ville d’Aphaka, où Tamouz fut enseveli." Balthi est Aphrodite-Vénus ; Tamouz est Adonis. [trad. d’après Cureton]

 

Le fleuve Adonis et le sancuaire d’Aphrodite

 

LUCIEN DE SAMOSATE, la Déesse Syrienne , 8 (vers 160 apr.J.C.) :

"On peut encore admirer un autre prodige sur le territoire de Byblos : c’est un fleuve qui, sortant du Mont Liban, s’écoule dans la mer. On a conféré à ce fleuve le nom d’Adonis. Or, chaque année, ce fleuve s’ensanglante et, ayant perdu sa coloration, s’épanche dans les flots, rougit une partie considérable du large et signale aux Bybliens le moment des deuils. On raconte que, dans ces mêmes jours, Adonis est blessé sur le Liban, et que son sang, en parvenant dans l’eau, change le fleuve et donne à son cours le surnom qu’il a. Tel est ce que rapportent la plupart. Mais un habitant de Byblos qui m’a semblé dire la vérité, m’a donné une autre explication de ce phénomène. Il me parla ainsi : "Le fleuve Adonis, étranger, traverse le Liban, et la terre du Liban est extrêmement rousse. Des vents violents, qui se lèvent en ces jours, transportent dans le fleuve cette terre qui n’est, pour la plus grande part, qu’ocre vermillonnée, et cette terre donne au fleuve une couleur de sang. Ce n’est donc pas le sang, comme on le dit, qui est la cause de ce phénomène ; c’est le terrain". Telle fut l’explication que me donna le Byblien. S’il parla selon la vérité, cette coïncidence du vent ne m’en paraît pas moins éminemment divine. De Byblos je suis aussi monté sur le Liban. Ce fut un voyage d’un jour. J’avais appris qu’il existait là un sanctuaire antique d’Aphrodite, qu’avait fondé Cinyras. J’en ai vu le temple, et il était ancien." [trad. Mario Meunier]

 

Deux visions romantiques d’Afqa

 

ERNEST RENAN, Mission de Phénicie :

"Afka est un des sites les plus beaux du monde. Il rappelle le paysage du col des Cèdres, avec moins d’ampleur, mais avec plus de variété et de vie. L’espèce d’entonnoir d’où sort le fleuve est comme le point central d’un vaste cirque, formé par des tours de rochers d’une grande hauteur. Le fleuve se précipite ensuite de cascade en cascade à d’effrayantes profondeurs, au-dessus desquelles règne une sorte de toit, et sur ce toit serpente la route d’Akoura. La fraîcheur des eaux, la douceur de l’air, la beauté de la végétation ont quelque chose de délicieux. L’enivrante et bizarre nature qui se déploie à ces hauteurs explique que l’homme, dans ce monde fantastique, ait donné cours à tous ses rêves."

 

MAURICE BARRES :

"Enfin les voici ! Quel émerveillement grandiose ! Voici l’amphithéâtre fameux, la masse d’eau qui s’échappe de la haute grotte, le mur circulaire, les immenses rochers. Imaginez une combinaison du cirque de Gavarnie et de la fontaine de Vaucluse, avec l’éboulement pathétique d’un temple. C’est un lieu religieux. Les proportions sont admirables. Un homme et un âne qui franchissent une arche jetée à mi-chemin de la cascade, et qui me semblent d’abord tout proches, à la réflexion, me révèlent, par leur taille minuscule, le gigantesque de cet amphithéâtre. Tout invite au silence et à la vénération. On se meut ici dans une pensée grandiose et de qualité héroïque. La présence de la divinité est certaine."

 

Sommaire

  • Yanouh dans le Liban
  • Archéologie et histoire de la haute vallée du Nahr Ibrahim : le sanctuaire de Yanouh et sa région  Pierre-Louis Gatier
  • La coulée de boue d’Aaqoura  Paul Sanlaville
  • Les tombeaux dits "de Yanouh" : un type nouveau  Michel Al-Maqdissi
  • Les deux temples romains de Yanouh  Gérard Charpentier et Pierre-Louis Gatier
  • La "Dame de Yanouh", une Vénus en deuil  Pierre-Louis Gatier
  • La première inscription araméenne au Liban  Françoise Briquel-Chatonnet
  • "Personne n’est immortel" Une inscription funéraire de Yanouh  Jean-Baptiste Yon et Jean-Paul Rey-Coquais
  • Les notables romanisés de la montagne : la colonne de Qartaba  Pierre-Louis Gatier
  • La basilique chrétienne : les transformations d’un église byzantine  Gérard Charpentier
  • La céramique, témoin privilégié de l’activité humaine  Dominique Pieri
  • Origines des importations à Yanouh au Ier siècle av.J.-C.  Sandrine Elaigne
  • L’huilerie  Jean-Sylvain Caillou
  • Yanouh chrétienne et musulmane (Xe-XVIe s.)  Ray Jabre-Mouawad
  • Une forêt de chapelles  Lévon Nordiguian
  • La forteresse médiévale du Moinetre  Pierre-Louis Gatier
  • Une tombe dans la basilique de Yanouh  Joyce Nassar
  • Les sépultures d’enfants  Joyce Nassar
  • L’empereur et la forêt. Les inscriptions d’Hadrien  Jean-Baptiste Yon
  • Les autels votifs de la vallée du Nahr Ibrahim  Lévon Nordiguian
  • La faune de Yanouh : nourriture et artisanat  Tarek Oueslati et Wim Van Neer
  • La maison traditionnelle à arcades  Lévon Nordiguian
  • Le mythe d’Adonis et Afqa
  • Catalogue des objets  catalogue établi par Carole Atallah, photos de Raffi Gergian
  • Bibliographie de la Mission
  • Blocs sculptés du grand temple  Gérard Charpentier
  • Bibliographie générale

 

Le musée de préhistoire libanaise, une première au Moyen-Orient

 

L’USJ offre au public des collections d’une valeur inestimable

 

Le musée de préhistoire libanaise , Université Saint-Joseph, Faculté des lettres et des sciences humaines, Quartier Monnot, Beyrouth, Tél. : +961.1.339702.

 

par JOANNE FARCHAKH, publié dans l’Orient-le Jour le 2 juin 2000

 

Le premier musée de préhistoire libanaise a ouvert ses portes à l’Université Saint-Joseph. Il vient couronner plus d’un siècle de travail sur la préhistoire au pays des Cèdres. Ce travail a été accompli par les pères jésuites, pionniers dans ce domaine. "L’ensemble des collections du musée s’appuie essentiellement sur le lithique ramené par les pères jésuites de leurs prospections dans les différentes régions", explique Lévon Nordiguian, directeur du musée de préhistoire à l’USJ. "Ce musée a été conçu avec la collaboration scientifique de partenaires français comme l’Institut de préhistoire orientale, le CNRS de Jalès, dont la directrice est le Dr Danielle Stordeur, et le musée du Louvre à Paris ", poursuit-il. Pour la réalisation de ce musée, tous les efforts ont été déployés afin de sortir du cadre ordinaire d’une simple exposition des objets. Ici, on ne se contente pas d’étaler les outils préhistoriques, on explique leur procédé de fabrication et leur utilité. Ainsi, la disposition du silex taillé ne suit pas un ordre chronologique mais un schéma thématique : les objets, de différentes périodes, sont regroupés suivant la technique de taille. Cette présentation originale est la conception d’une préhistorienne française, Laurence Bourguignon, ayant à son actif des années d’études et d’expérience dans le matériel préhistorique.

 

Le musée occupe deux étages. Au premier est exposé le lithique et l’espace central de cet étage est occupé par des panneaux consacrés à l’évolution physique de l’homme. A partir de là, on peut rayonner dans des espaces expliquant les méthodes de datation, les analyses des sédiments, les tableaux chronologiques de cette longue période et les techniques de fouilles préhistoriques. Pour mieux élaborer cette dernière, les préhistoriens n’ont pas hésité à reconstituer une section où sont superposées des couches stratigraphiques. La chasse de l’homme préhistorique, son habitat et tous les autres aspects de la vie quotidienne sont reconstitués au sous-sol, où sont également exposées les deux pièces maîtresses du musée. Il s’agit des fragments d’ossements du fœtus découvert dans la grotte d’Antélias et de l’ossement orné trouvé dans l’habitat de la grotte de Jeïta. Et afin d’entrer de plein-pied dans l’ambiance de fouilles, un sol archéologique orne la salle d’entrée du musée dont les pans des murs sont recouverts de panneaux illustrant la préhistoire au Liban.

 

Animation des outils préhistoriques

 

"Dans ce musée, nous ne nous sommes pas contentés d’une disposition thématique des outils, mais nous avons cherché à les animer dans l’objectif de mieux raconter la préhistoire", explique Corinne Yazbek, attachée de recherche au musée. Ainsi, panneaux explicatifs, textes et illustrations à l’appui, sont disposés à proximité des vitrines qui, contrairement à l’habitude, ne renferment pas uniquement du silex taillé. En effet, on y retrouve les outils du tailleur, composés principalement de pièces expérimentales car ce matériel, comme le percuteur en bois et la peau des bêtes, ne se préserve pas. La grande innovation, à l’échelle mondiale, de ce musée, demeure l’explication de l’utilisation de l’outil préhistorique. "Nous avons deux vitrines qui confrontent des objets préhistoriques à des outils actuels, explique l’attachée de recherche. Notre but est d’expliquer l’importance réelle et non esthétique des outils. Car, après tout, ce matériel a servi dans la préhistoire. On peut trouver, à titre d’exemple, une hache en pierre datant de quelques milliers d’années exposée en face d’une autre réalisée actuellement".

 

Toujours dans le même objectif, un coin réservé à l’utilisation des outils a été créé à l’intention des visiteurs. Ainsi, une planche en bois et des outils expérimentaux taillés par les préhistoriens sont mis à leur disposition. Ils peuvent alors racler, gratter, couper… bref, palper les outils et expérimenter leur utilité. Et dans un autre coin, on a placé des moulages colorés montrant la fracture du nucléus durant la taille. Le visiteur peut ainsi reconstituer le puzzle ou le défaire. Par ailleurs, l’environnement de l’homme préhistorique est exposé grâce aux restes des ossements des animaux du paléolithique. Chaque fragment du squelette est restitué à l’aide d’un graphique représentant l’animal. Tout cet ensemble d’animation est complété par la projection d’un documentaire d’une durée de 15 minutes. Il présente les sites préhistoriques au Liban, montre la taille du silex, le matériel de chasse… et toutes autres données utiles à la compréhension de cette phase de l’histoire.

 

Une architecture des lieux

 

La décoration intérieure du musée est sobre, claire et simple. Le décor s’efface complètement pour mettre en relief les outils et les ossements. Malgré l’exiguïté des lieux, le visiteur est saisi par une sensation d’espace. "Cet effet est rendu par les murs séparant les différentes divisions du musée qui n’atteignent pas le plafond", note M. Emile Abo, architecte à l’origine de la conception du musée. La réalisation du projet a requis deux ans de travail continu, mais le résultat est plus que satisfaisant. En fait, grâce à ce musée, le Liban peut espérer rattraper son retard dans le domaine de la recherche en préhistoire. Car il est évident que, durant la guerre, les fouilles préhistoriques ont été abandonnées, par conséquent les autres pays nous dépassent largement dans ce domaine. Toutefois, puisque le Liban a un jour fourni à la préhistoire un matériel inédit comme celui de Nahr el-Kaleb ou d’Antélias, il continuera à le faire. Car les sites non fouillés ne manquent pas et les spécialistes se font de plus en plus nombreux. 


 

Zoom sur "Les temples de l’époque romaine au Liban", par Lévon Nordiguian

 

Une architecture relevant de l’Orient hellénisé, des caractéristiques propres et différentes de celles qu’on trouve ailleurs dans l’Empire

 

par MAY MAKAREM, publié dans l’Orient-le Jour le 9 janvier 2005

 

A travers des photos merveilleuses, des informations précises et sous le titre "Les temples de l’époque romaine au Liban", Lévon Nordiguian, directeur du musée de la Préhistoire , chargé de cours au département d’histoire de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, nous invite à porter un regard sur une soixantaine de temples et sanctuaires datés de l’époque romaine. L’ouvrage, paru aux Presses de l’USJ, rassemble l’essentiel des édifices cultuels construits durant les trois siècles de domination romaine et disséminés sur tout le sol libanais, en milieu rural, sur les crêtes du Mont-Liban, de l’Anti-Liban et du mont Hermon. Les sites sont localisés sur une carte que le lecteur pourra consulter en début de l’ouvrage.

 

Fruit d’une recherche scientifique, destiné aussi bien aux étudiants qu’à un large public, l’ouvrage dévoile les particularités des temples romains dont l’architecture et la décoration relèvent de "l’Orient hellénisé, une civilisation qui s’est développée à la suite de deux conquêtes, celles d’Alexandre (334-323 avant J.-C.) et de Pompée (64 avant J.-C.)". Dans son introduction, l’auteur rappelle que le modèle de la cité grecque a été diffusé en Syrie et en Phénicie dès l’installation des royaumes hellénistiques - les Ptolémées en Egypte et les Séleucides en Syrie. "Procédant eux-mêmes de la civilisation grecque", les Romains ont ensuite contribué à développer ce modèle en faisant ériger des monuments typiquement gréco-romains : agora, théâtre, aqueduc, nymphée, temple et rue à colonnades. Toutefois, "aussi puissante que fut l’influence de l’hellénisme, elle n’a pas fait disparaître les traditions locale, elles-mêmes diverses et complexes", indique l’auteur, ajoutant que le temple syro-phénicien de l’époque romaine a été construit "par des gens du pays pour les gens du pays", qu’il a donc ses caractéristiques propres, différentes de celles qu’on trouve ailleurs dans l’Empire romain et, par conséquent, "il a peu d’éléments de comparaison avec l’architecture religieuse de Rome au tout début de l’empire et durant les trois siècles qui suivent".


"Il est par exemple étonnant de ne trouver aucun écho aux temples pseudo-périptères, qui sont si caractéristiques des temples romains à partir de l’époque augustéenne : Hosn Soleimane en Syrie en est le seul exemple connu. De même pour les temples sine posticum, ou les cellas à absides, qui ne sont représentés par aucun exemple libanais. Il faudra remonter à la fin du IIIe siècle et au début du IIe siècle avant J.-C. pour trouver les parallèles les plus proches. C’est l’époque où Rome subit l’influence grecque et, plus précisément, les influences hellénistiques. C’est peut-être en Asie Mineure qu’il faudra chercher le modèle des temples libanais ? Malheureusement, nous ne connaissons pratiquement rien du temple libanais de l’époque hellénistique, et les comparaisons avec ceux des périodes plus anciennes aboutissent à des rapprochements trop généraux pour être significatifs", écrit Nordiguian.

Prédilection pour le mégalithisme


De Baalbek à Maqam Rabb, en passant par Bziza, Nabi Safa, Aïn Herché, Ghiné, Yannouh, Chlifa, Helwé, Dakwé…, le temple de l’époque romaine se présente comme un monument oblong dont l’entrée est placée sur le petit côté. Il comporte trois parties : un pronaos, une cella à antes et un saint des saints appelé adyton. Suivant le nombre de colonnes qui se dressent en façade, ces temples sont distyles in-antis (Aïn Herché, Nabi Safa), tétrastyles (Dakwé, Bziza, Faqra) ou hexastyles, c’est-à-dire entourés d’une colonnade (Maqam Rabb, Mejdel Anjar). Indiquant "une nette prédominance du tétrastyle", l’auteur signale que le temple est posé à même le sol, ou sur une plate-forme élevée et qu’il est généralement formé de trois assises dont la première et la troisième présentent des moulures qui font saillie sur l’assise centrale. Dans cet ouvrage antique deux ordres prédominent : le corinthien et l’ionique. Les colonnes portent un entablement étagé de trois éléments et une architrave ornée d’une frise toujours bombée, "en prévision d’un décor sculpté qui, par ailleurs, est rarement exécuté, en tout cas jamais achevé". Une corniche dotée de denticules et de modillons surmonte l’ensemble. "Cette corniche est parfois cantonnée de mufles de lions qui suggèrent des gargouilles", indique encore l’archéologue.


Cette ordonnance s’inscrit également au sommet des murs. L’édifice s’ouvre sur un toit à deux rampants qui dégagent deux frontons sur les petits côtés, complétant ainsi l’allure gréco-romaine du temple. Les murs de la cella sont généralement renforcés aux angles par des pilastres engagés qui s’appliquent parfois sur l’ensemble des parois, comme à Hosn Sfiré et Deir Achayer. "Créant un effet d’ombre et de lumière, ils contribuent à rompre la monotonie des murs", explique Nordiguian, ajoutant que "le bandeau saillant, placé généralement à un tiers de la hauteur des murs, relève certainement du même souci décoratif". Par ailleurs, les blocs de pierre de deux ou cinq mètres de long, comme à Deir Qalaa, Ayntoura et Qasr Naous, sont d’usage courant dans la construction des temples. A Baalbek , "le mégalithisme atteint des proportions monumentales, sans équivalent pour l’Empire", indique Nordiguian, précisant que cette prédilection pour l’emploi des appareils colossaux serait propre aux Phéniciens. Ils disposaient d’une main-d’œuvre locale capable de déplacer et de dresser des blocs de vingt mètres de long.

 

Quelques notes  

 

L’étude scientifique des édifices religieux a commencé à Baalbek (1898-1905) avec la mission archéologique allemande qui a entrepris également l’exploration systématique des temples syro-libanais. Les résultats ont été consignés dans deux grands ouvrages édités par Th. Wiegand (Baalbek, I-III, 1921-1925), D. Krencker et W. Zschietschmann (Römishe Tempel in Syrien, 1938). Le grec a été la langue de culture des élites locales, et trois siècles de présence romaine n’ont pas réussi à le remplacer par le latin. Un certain nombre de temples libanais sont dotés d’un escalier permettant d’atteindre les parties hautes de l’édifice, offrant ainsi un moyen d’accès vers les combles pour effectuer des travaux d’entretien dans la charpente ou le toit. Un tel dispositif existe dans certains temples de la Sicile , mais ne semble pas fréquent à Rome.

 

Lexique  

• Ante : se dit d’un temple dont les murs latéraux se prolongent au-delà de la cella pour encadrer le pronaos.
• Adyton : littéralement, partie inaccessible aux profanes. Les archéologues désignent ainsi le fond de la cella qui abritait les images cultuelles. On dit aussi thalamos.
• Architrave : la première pièce horizontale placée au-dessus des colonnes ou des piliers dans l’entablement. C’est aussi le premier élément décoratif au sommet des murs. Il est généralement décoré de trois bandes.
• Cella : le temple en tant que construction fermée, abstraction faite des colonnes extérieures. Souvent utilisé comme équivalent de naos.
• Denticules : sous la corniche ionique, éléments quadrangulaires en saillie correspondant aux têtes de poutre dans une architecture en bois.
• Diptère : se dit d’un temple entouré d’une double rangée de colonnes.
• Distyle : temple à deux colonnes encadrées par les antes.
• Entablement : éléments architectoniques au-dessus d’un mur ou d’une colonnade formés de l’architrave, de la frise et de la corniche.
• Périptère : se dit d’une cella entourée d’un portique.
• Pronaos : le vestibule entre la colonnade de façade et la cella d’un temple.


Techniques romaines avant-gardistes pour l’édification du temple de Baalbek

 

Comment des mégalithes pesant des tonnes ont été extraits et transportés

 

par MAY MAKAREM, publié dans l’Orient-le Jour le 8 décembre 2005  

 

Les tonnes de pierres utilisées dans la construction des temples de Baalbek proviennent essentiellement d’une vaste carrière de pierre calcaire conglomérée, de moyenne qualité, située sur la colline de Cheikh Abdallah, à 800 mètres du complexe romain. La manière dont a été extraite la masse de pierre, son transport et sa mise en œuvre dans les temples ont été le thème d’une conférence donnée au musée de l’Université américaine de Beyrouth ( AUB) par l’archéologue Jeanine Abdul Massih.

Pensionnaire scientifique de l’Institut français du Proche-Orient (IFPO), membre de l’UMR 8546-9 (CNRS-ENS) et auteur de plusieurs publications dont "Les tombeaux tours du Moyen-Euphrate et De Doura-Europos à Aramel : étude ethnoarchéologique dans des carrières de Syrie", Jeanine Abdul Massih a tout d’abord signalé que la carrière romaine est souvent identifiée au monolithe connu sous le nom de Hajar al-Hibla ( 21 mètres 50 de long, 4 mètres de large et 4 mètres 20 de hauteur). Mais en fait, ce monolithe, posé au pied de la colline de Cheikh Abdallah, à l’entrée sud de Baalbek, fait partie d’une exploitation d’extraction à ciel ouvert qui couvre une superficie d’une dizaine d’hectares, s’étendant de la colline de Cheikh Abdallah à la dépression située au sud de la route goudronnée. C’est dans cette dépression qu’a été découvert, il y a une dizaine d’années, un deuxième bloc monolithique dont les couches archéologiques ont été parfaitement conservées puisqu’il était "complètement enseveli dans une masse de déchets de tailles caractéristiques des accumulations des grandes exploitations de pierre. La préservation de ces couches archéologiques est d’une importance capitale pour la compréhension, la datation et l’étude archéologique future des chantiers d’exploitation et de construction de Baalbek", a souligné la conférencière, ajoutant que les traces conservées sur le bloc ont permis d’étudier la manière d’extraire les monolithes. L’opération se faisait par le creusement de tranchées verticales isolant la masse sur ses côtés. Ces tranchées, qui font entre 10 et 20 cm de largeur pour les blocs de moins d’un mètre de haut, peuvent atteindre les 40 à 60 cm pour les blocs de plus grande dimension. La hauteur des pierres extraites est délimitée par l’épaisseur naturelle de strates géologiques de la roche.


Quant à l’arrachage du bloc de son substrat, Abdul Massih explique qu’il était effectué à l’aide de coins introduits dans la saignée, ou dans des encoignures creusées à la base du roc. Elle ajoute, toutefois, qu’en cas d’arrêt sur un joint de stratification, il n’était pas nécessaire de procéder à un arrachage, puisque le bloc est naturellement dégagé de son support. "Les mégalithes de Baalbek sont, dans le substrat rocheux, délimités de manière géologique au sommet comme à la base par des joints de stratification d’une seule et unique strate. Le dégagement de ces mégalithes s’effectue par le creusement au pic de la base du bloc à hauteur d’homme non pas pour l’isoler du substrat rocheux puisqu’il en est déjà détaché, mais pour assurer le bardage, c’est-à-dire le déplacement du bloc vers son emplacement final dans la construction", a encore indiqué la conférencière.


Ce creusement entrepris "simultanément par plusieurs carriers" permet d’introduire sous le bloc, et au fur et à mesure qu’il se détache, des rondins de bois ou rouleaux (comme support et moyen de transport du mégalithe). Une fois posé sur ces rondins, le mégalithe était acheminé vers le chantier de construction sur une rampe équipée de cabestans. Se basant sur une étude développée par Jean-Pierre Adam dans "A propos du trilithon de Baalbek ; le transport et la mise en œuvre des mégalithes (Syria 1977)", Jeanine Abdul Massih précise que "ce dispositif de démultiplication des forces se compose de six ou huit barres, chacune maniée par quatre hommes. Le système de rotation est amélioré par quatre câbles de chanvre liés par un système de palans et de poulies. L’utilisation de cabestan à la période romaine est connue et elle vient d’être confirmée par les découvertes des traces de son emploi dans la construction du pont du Gard en France". La conférencière souligne que cette technique de transport n’a été appliquée qu’aux grands mégalithes, alors que "des moyens plus modestes et traditionnels ont été utilisés pour la majeure partie des blocs".


Toujours selon l’archéologue, le recours à des équipes régionales de carriers n’est pas quelque chose d’improbable et les recherches menées par la mission archéologique de l’Institut allemand de Berlin, dirigée par Mme Margaret Van Ess, permettent d’avancer l’hypothèse de l’installation de ces équipes sur les flancs de la colline de Cheikh Abdallah. De même, la mise au jour d’un atelier d’affûtage confirme "la présence d’une activité socio-économique propre à l’exploitation, fonctionnant en parallèle avec les chantiers de construction et la vie quotidienne à Baalbek". Les travaux de sondage menés aux abords des temples ont permis de dévoiler d’autres carrières de pierres. Au sud de Baalbek, les spécialistes ont découvert, sur plus de trois kilomètres, une extension de l’exploitation de la colline de Cheikh Abdallah, allant au-delà de la route de Douris-Aïn Bourda. A l’ouest, non loin du complexe religieux romain, la carrière de Kyales a donné une pierre calcaire de meilleure qualité. "Cette roche tendre à grains fins a vraisemblablement fourni le support de toutes les sculptures et décorations des temples." Autour du site toujours, plus précisément dans le secteur nord et sur un rayon de plus de deux kilomètres, les archéologues ont également relevé la présence d’exploitations ponctuelles.

 


 

Du Mexique à la Chine , l'archéologie française en pleine expansion

 

Chapeautés et financés par le ministère des Affaires étrangères, les chantiers se multiplient

 

par ANNE-MARIE ROMERO, publié dans le Figaro le 21 février 2005  

Après 20 ans de labeur silencieux, les archéologues français travaillant à l'étranger dressent un bilan de leurs missions. Il en résulte un énorme et passionnant ouvrage, Archéologies - 20 ans de recherches françaises dans le monde (Coéditions Maisonneuve et Larose, Association pour la diffusion de la pensée française, ministère des Affaires étrangères), qui permet de mesurer l'évolution spectaculaire de la discipline, "et l'expansion de l'influence française", précise le Quai d'Orsay. Car, à la différence de l'archéologie nationale qui dépend du ministère de la Culture , ces professionnels sont chapeautés et financés par la commission des fouilles du ministère des Affaires étrangères. Le budget des fouilles, hors salaires, s'élève cette année à 2,7 millions d'euros, contre 2.550.000 l 'an dernier. Et aujourd'hui, avec 7 nouvelles missions, ce sont 157 groupes qui opèrent sur 206 chantiers dans 60 pays, avec 300 chercheurs. Le travail est intimement lié aux aléas de la diplomatie et de la situation internationale. On ne fouille plus, par exemple, en Irak, depuis 2002. En revanche, quinze jeunes archéologues irakiens sont en stage chez nous, à la demande de leur pays.  

C'est à de Gaulle, dès les lendemains de la guerre, que remonte l'idée de créer un service d'archéologie qui constituerait un des bras de la diplomatie française dans le monde. L'Afrique en était exclue à l'origine, puisqu'elle était encore dans l'empire colonial. Ce n'est qu'en 1998 qu'on a unifié notre action en y ouvrant des missions. Au Quai d'Orsay, on insiste beaucoup sur l'aspect partenarial de l'archéologie française, qui travaille en collaboration avec des équipes locales dans la plupart des pays. Il faut remonter à l'expédition de Bonaparte en Egypte pour comprendre la priorité que la France a toujours accordée à une région du monde, le Proche-Orient, intérêt renforcé par le mandat qu'elle a eu sur la Syrie et le Liban. Dans ces régions, deux grandes écoles françaises coordonnent le travail : l'Ifao (Institut français d'archéologie orientale) au Caire et l'Ifapo (Institut français d'archéologie proche-orientale) à Damas, Beyrouth et Amman . La France peut compter sur quatre autres institutions prestigieuses dans le monde : l'Ecole française d'Extrême-Orient , l'Ecole française d'Athènes , l'Ecole française de Rome et la Casa de Velazquez à Madrid . A noter que ces institutions dépendent, elles, du ministère de l'Education nationale !

Ces dernières années, la politique archéologique française a créé des antennes dans le monde entier, en Europe de l'Est, en Asie, en Afrique, en Océanie et plus modestement en Amérique, encore chasse gardée des Etats-Unis. L'ouvrage présente donc les missions par grandes aires géographiques : Europe-Maghreb, Afrique subsaharienne, Egypte-Soudan, Arabie, Europe orientale-Asie-Océanie, Amérique. L'archéologie française a de belles réussites à son actif. A l'heure actuelle, de nombreuses missions se déroulent en Bulgarie, charnière entre l'Occident et l'Orient, dont une, préhistorique, qui nous livre des datations plus anciennes que les nôtres avec des os incisés vieux de 50.000 ans, un élément important pour la progression de l'homme moderne en Europe. En Turquie, c'est à la France que fut confiée la mission de sauvetage de Zeugma, avant la mise en eau du barrage sur l'Euphrate. En Afrique subsaharienne, les Français sont particulièrement fiers de leur collaboration avec le Tchad, où Michel Brunet a trouvé, en 2001, notre plus vieil ancêtre, Toumaï. En Egypte et au Soudan, la présence française est régulièrement attestée par de nombreuses découvertes de l'époque pharaonique : le phare et la nécropole d'Alexandrie, les tombeaux royaux de Tanis, les travaux de Saqqarah, où l'équipe d'Audran Labrousse déchiffre les textes des pyramides, la coopération permanente avec les Egyptiens à Karnak.  

La Syrie , le Liban, Israël et la Jordanie , avec 30 fouilles françaises, se taillent, comme on l'a vu, la part du lion, avec des chantiers lourds. Qu'il s'agisse de Pétra, dans le Sud jordanien, du centre-ville de Beyrouth, de Gaza, de Ras Shamra, l'ancienne Ougarit, de Mari, Palmyre, Doura Europos, Saint-Siméon, la citadelle de Damas, les fortifications des croisés, la France est présente partout. En Europe de l'Est, les préhistoriens français travaillent notamment en Géorgie, où fut trouvé le plus vieil ancêtre européen. En Iran, en Afghanistan et dans les anciennes républiques musulmanes de l'URSS, ce sont les villes protohistoriques et l'islamisation qui fournissent du travail à nos chercheurs. On fouille aussi en Chine, à Pékin, et dans les oasis perdues du Taklamakan. Enfin, au Cambodge, c'est toute l'archéologie de la ville d'Angkor qui est confiée à une équipe française. Dans les Amériques, c'est-à-dire en Amérique latine, notre présence est plus ténue, avec 12 chantiers, dont celui de Chipicuaro, au Mexique, dont l'une des statuettes est devenue l'emblème du futur Musée du quai Branly...


 

Une mission française découvre la statue du pharaon Neferhotep Ier à Louxor

 

publié par l'AFP le 4 juin 2005

 

Le Centre franco-égyptien des études des temples de Karnak (CFEEK) et le Conseil supérieur des antiquités égyptiennes (CSAE) ont annoncé samedi à Louxor (Haute-Egypte), avoir découvert la statue du pharaon Neferhotep Ier, mais doivent démonter des édifications pour la dégager. Il s'agit d'une statue représentant le roi Neferhotep Ier portant le nemis, le couvre-chef royal, et le front ceint du cobra symbole du roi, a déclaré François Larché, membre du CFEEK. La statue, double et en pierre calcaire, mesure 1,80 mètre de long. Elle est entourée d'un double cadre carré de 2 mètres de côté et d'une profondeur de 80 cm , a précisé M. Larché aux journalistes lors d'une visite sur le site. "Elle a été retrouvée ensevelie sous terre à 1,6 mètre de profondeur sous un portail en pierre qui constituait l'entrée d'un temple pharaonique du roi Thoutmosis Ier, qui régna sur l'Egypte de 1530 à 1520 avant J.-C., et près d'un obélisque de la reine Hatchepsout", seule femme à avoir régné en pharaon sur l'Egypte (1504-1484 avant J.-C.), a-t-il indiqué.

 

Vingt-deuxième roi de la 13ème Dynastie (1785-1680 avant J.-C.), Neferhotep Ier, dont le nom signifie "beau et bon", a régné sur l'Egypte de 1696 à 1686 avant J.-C. Bien qu'il n'ait pas de sang royal, la position de son père comme prêtre au temple d'Abydos lui avait permis d'accéder au trône. "Nous ne pouvons enlever la statue de sous-terre car elle se trouve à proximité de l'obélisque et, pour la déterrer, il nous faudrait démonter le portail puis l'édifier à nouveau après avoir sorti la statue", a indiqué M. Larché.

 


Les dernières découvertes à Gemmayzé : des tombes hellénistiques et une céramique de l’âge du fer

En vedette, le premier temple romain à la périphérie du centre-ville de Beyrouth  

 

par MAY MAKAREM, publié dans l’Orient-le Jour le 6 octobre 2005  

 

Beyrouth n’en finit pas de se raconter. Les explorations qui se déroulent depuis cinq mois à la rue Maroun Naccache (Gemmayzé) apportent leur moisson de découvertes archéologiques et une somme de connaissances, permettant d’ajuster notre savoir sur la période romaine de la ville. Alors qu’on croyait que le monticule d’Achrafieh était une zone de nécropoles, la mise au jour, à Gemmayzé, de vestiges romains comprenant des habitations de type rural, un système de canalisation d’eau et un temple doté de quatre autels démontre que l’extension romaine vers l’Est n’était pas seulement de type funéraire. La ville romaine, ouverte, sans rempart, s’étendait au-delà du "decumanus maximus". Les opérations de fouilles sont menées par la Direction générale des antiquités (DGA), en collaboration avec une équipe d’archéologues de l’Université libanaise, dirigée par Fadi Béaïno. Elles couvrent un terrain de 1.600 m2 au milieu duquel se dressait la demeure ancienne de Me Michel Assaf. La bâtisse, datant du XIXe siècle, rachetée en 2003 par Joseph Moawad puis démolie pour ériger un complexe hôtelier et résidentiel, reposait sur un sous-sol gorgé d’histoire.


Les excavations ont, en effet, dévoilé les strates superposées des périodes médiévale, romaine, hellénistique ainsi qu’une céramique datant de l’âge du fer. Mais les fouilles à ce niveau-là ne font que commencer. "Il faut attendre la suite des opérations, et la prospection exhaustive et méthodique des couches pour développer une réflexion sur cette période", souligne Assaad Seif, archéologue à la DGA et responsable scientifique du site. Il ajoute que des ouvrages de maçonnerie (murs) mais aussi des tombes ont été dégagés au niveau des strates hellénistiques. Les sondages ont aussi donné accès à trois phases d’occupation datant de la période romaine où s’inscrit en vedette un temple que l’archéologue Seif, respectueux de la "rigueur scientifique", désigne comme une "structure cultuelle". "Même si l’hypothèse du temple est confirmée à 80 %, nous préférons rester prudents jusqu’à ce que tous les composants architecturaux soient réunis et la reconstitution de l’édifice établie, souligne-t-il. "Une bonne partie des objets archéologiques n’ayant pas été trouvés à leur place originale, c’est-à-dire in situ, nous travaillons dans le négatif, dans les tranchées de récupération", a-t-il précisé, expliquant qu’au cours de la période médiévale, le site a été transformé en carrière, et 90 % des pierres du temple ont été démontées et réutilisées pour la construction des bâtiments avoisinants. Les 10 % restantes pourraient être exposées in situ, dans le jardin de l’immeuble Moawad… où vestiges du passé et modernisme signeront l’identité de la ville. Reste que "ce temple est le premier à avoir été découvert en dehors du centre-ville", a ajouté Assaad Seif, rappelant que les autels dégagés à la place de l’Etoile et à Lazarieh attestent la présence de monuments cultuels.

Trois phases d’occupation romaine


Erigé avec des blocs de calcaire dur et de grès de sable, le temple de Gemmayzé est composé de plusieurs pièces dont la fonction n’a pas encore été définie. Les fouilles ont mis au jour des murs d’appareillage présentant deux mètres d’épaisseur, et livré des colonnes de marbre et de granite de 1,20 mètre de diamètre. Le bâtiment, qui a "une structure tentaculaire allant au-delà du site fouillé", semble avoir été érigé sur les ruines d’un monument romain plus ancien, dont il ne reste que les fondations et les soubassements. Exposé sud-nord, l’entrée orientée vers le "decumanus" qui se croise au forum avec le Cardo, il est doté de quatre autels, dont deux couverts d’inscriptions, l’une dédiée à la triade héliopolitaine, Jupiter-Vénus-Mercure, l’autre à la déesse marine Leucothéa, fille de Cadmus. Menant plus loin leurs investigations, les archéologues ont dégagé deux autres couches d’occupation romaine. L’une dévoilant un système de canalisation d’eau, des habitations de type rural, une réserve de monnaies et des débris de poterie. L’autre, datant d’une période antérieure, a fait apparaître 30 tombes renfermant des squelettes d’enfants, d’adultes et de quatre chiens qui, peut-être, "appartenaient à des chasseurs ou encore à des membres de l’armée romaine. Pour avancer une explication scientifiquement valable, les spécialistes planchent sur le sujet", souligne Assaad Seif. Signalons enfin que les travaux de fouilles n’ont couvert à ce jour que 60 % de la superficie du terrain. Mais la boîte de Pandore est ouverte. Attendons voir ce que le sous-sol cache encore en réserve.


 

"Futur antérieur", une exposition ludique sur le XXIe siècle vu de l’an 4005

 

Un nain de jardin considéré comme la représentation d’une importante personnalité

 

paru dans l’Orient-le Jour le 8 juillet 2005

 

L’an 4005 sur une planète du système solaire. Que savons-nous de la vie sur terre au XXIe siècle ? Des archéologues interprètent des vestiges de cette lointaine époque. Tel est le scénario d’une exposition présentée au musée archéologique de Vieux-la-Romaine, près de Caen. "Il s’agit de montrer que l’histoire est un sujet de réflexion et que ce qui est étudié aujourd’hui comporte beaucoup de subjectivité", explique Béatrice Labat, commissaire général de l’exposition, ouverte jusqu’au 31 décembre, et responsable du musée de Vieux-la-Romaine, situé à Vieux, à quelques kilomètres de Caen, sur les vestiges d’une ancienne cité romaine de plusieurs milliers d’habitants. Organisée par le musée romain de Lausanne-Vidy en Suisse et réalisée par des archéologues, cette exposition partira ensuite en Allemagne, à Hanovre. Du sable argenté au sol et un espace d’une blancheur immaculée, voilà le décor de l’exposition intitulée "Futur antérieur" à laquelle on accède après avoir traversé le "tunnel du temps".


Avant ce saut dans le futur, un long couloir présente une centaine d’objets de la vie courante, placés comme sur un étalage de brocanteur. Il s’agit de présenter l’évolution de quelques outils technologiques et de communication, de la lettre cachetée au minitel, de la règle de calcul à l’ordinateur Amstrad, ou du télégraphe morse au téléphone be-bop. "Certains objets utilisés il n’y a pas si longtemps sont devenus de vraies antiquités", explique Béatrice Labat. "Dans 2000 ans, il ne restera de notre époque que des objets fragmentaires en métal, en verre, en terre cuite ou en pierre", souligne-t-elle. "Le plastique et les autres matières synthétiques n’auront pas résisté au passage du temps", ajoute-t-elle. La question posée par cette exposition est de savoir ce que les archéologues du futur comprendront de notre société au travers des quelques objets qui leur parviendront. Sortis de leur contexte, abordés sous un angle purement descriptif et comparatif et soumis au hasard de la conservation, ces objets seront dans la plupart des cas difficilement interprétables.


Devant une figurine représentant un nain de jardin, parfaitement reconnaissable malgré quelques morceaux manquants, une voix quelque peu pompeuse et pontifiante explique : "L’homme est sans nul doute un haut personnage, notable ou plus vraisemblablement prêtre, dont la physionomie bienveillante souligne la fonction protectrice. Son costume (...) fournit un précieux témoignage de l’apparence vestimentaire des hommes de haut rang..." L’exposition présente ainsi d’autres objets, savamment transformés en répliques archéologiques restituées et interprétées selon des logiques rigoureuses mais pas toujours fondées, où les douilles de fusil sont des fioles, l’arrosoir devient un vase d’appartement et un circuit imprimé d’ordinateur se transforme en maquette d’une ville. Plusieurs thèmes sont abordés : la vie quotidienne, l’habitat, les croyances et les cultes. "Il existe peu de métiers où les professionnels vont monter une exposition qui relativise le travail qu’ils mènent", souligne Béatrice Labat, qui rappelle à bon escient que "l’histoire après tout n’est pas une science exacte".

 


Les estampilles de Tyr, précieuses indications sur l’évolution de l’écriture phénicienne  

paru dans l’Orient-le Jour le 24 août 2005

 

Dans cette région qui a inventé et diffusé le système alphabétique, le bilan de l’épigraphie phénicienne du Levant demeure désespérément restreint. Mis à part quelques inscriptions dédicatoires exhumées à Tyr en 1972, très peu de documentations datant de l’époque phénicienne ont été mises au jour. Les raisons de cette carence sont révélées par l’archéologue Ibrahim Kaoukabani, dans un article intitulé "Les estampilles phéniciennes de Tyr", paru dans le dernier numéro de la revue "Archéologie et Histoire du Liban". Tout d’abord, compte tenu de la guerre, les travaux de fouilles menés sur les grands sites du Liban "ne sont encore qu’à leur début et n’ont pas atteint, hormis à Byblos, les couches hellénistiques et celles relatives à l’âge d’or phénicien (entre le Xe et le Ve siècle avant J.-C.)", explique Kaoukabani. D’autre part, les écrits découverts jusque-là sont gravés sur des matières résistantes, comme les statues, les sarcophages et les stèles, alors que ceux qui sont enregistrés sur des supports périssables, comme la céramique, le verre et les parchemins, sont presque perdus, en raison du climat côtier défavorable à leur conservation. 


Il faut ajouter à cela le coup fatal porté à la civilisation phénicienne dès le IVe siècle avant J.-C., c’est-à-dire depuis l’avènement d’Alexandre le Grand. Les Hellènes qui considéraient les Phéniciens comme de sérieux rivaux ont entrepris la destruction systématique des cités phéniciennes. Cependant, souligne l’archéologue, "les Grecs ont répandu dans l’ancien monde le nouvel esprit hellénique fondé à la fois sur le Beau platonicien et la logique aristotélicienne qui ont aussi adopté le système alphabétique phénicien pour le diffuser en Occident. Et l’on sait combien les deux cultures se rapprochent, voire se confondent, de sorte que les croyances ainsi véhiculées semblent être bien identiques aussi bien en cosmogonie qu’en mythologie, quoi que certains noms aient changé d’appellation", a-t-il observé. Toutefois, 160 anses de jarres torsadées, timbrées d’inscriptions phéniciennes, et quelque 200 autres inscrites en grec, le tout exhumé en 1972, à Jal el-Bahr (à deux kilomètres au nord de Tyr), sont des "prémices prometteuses". En effet, cette découverte pourrait faire partie d’un lot qui permettrait de révéler des informations précieuses sur les activités commerciales, religieuses, historiques et culturelles des Phéniciens, mais aussi "des indications sur l’évolution formelle de l’écriture phénicienne, en particulier celle de la glyptique". 


Ibrahim Kaoukabani signale, par ailleurs, que la majeure partie des estampilles commence par le terme /Srt/ "tyrienne" pour indiquer sans doute la vraie origine. Ces jarres destinées à contenir des liquides (vin, huile) ou des denrées, sont fabriquées et remplies dans des ateliers syriens pour les exporter par voie maritime aux quatre coins du monde ancien qui s’étend de l’Egypte "Msrm", au Sud, jusqu’à Rhodes et Chypre, au Nord. Les estampilles rapportent également une série de noms concernant les propriétaires. "Les anthroponymes sont généralement des théophores, tantôt simples, tantôt composés, comprenant un nom hypocoristique complété par un suffixe nominal ou verbal, et le recensement de ces noms montre que les deux dieux, Baal et Milqart, y sont les plus souvent cités", explique Kaoukabani, mettant l’accent sur l’intérêt historique tout particulier que comporte la double datation de ces estampilles. "Jusqu’à maintenant, l’adoption d’une double date dans la cité phénicienne reste très contestée. Or le fait qu’un bon nombre de ces estampilles porte deux ères de datation différentes permet enfin d’élucider ce problème et de trancher définitivement cette question en admettant une ère propre au peuple de Tyr, débutant en 274/3 avant J.-C. et une autre plus récente qui commence en 126/5 avant J.-C." 


On dénombre aussi quatre exemplaires datés à l’égyptienne, c’est-à-dire que "des lettres grecques y font fonction des chiffres introduits par le sigle /L/, ce qui incite à les dater d’après l’ère d’Alexandre, inaugurée le 1er août en l’an 30 avant J.-C." Ces jarres semblent être importées d’Egypte soit pour satisfaire le marché local, soit pour les réexporter à l’étranger par l’intermédiaire du commerçant tyrien. Enfin, compte tenu des relations commerciales déjà établies entre la Phénicie , notamment Tyr, et le monde méditerranéen, "on constate que ces rapports étaient à l’origine d’une réelle renaissance culturelle et artistique née de ce métissage où les influences grecques et égyptiennes se sont mêlées au substrat phénicien en vue de l’enrichir", souligne encore Kaoukabani. 

Le temple


Signalons, enfin, que les estampilles phéniciennes ont été mises au jour à proximité d’un bâtiment rectangulaire ( 5,50 m x 3,825 m ) dont les fondations sont intactes et les murs, construits en pierres sableuses couvertes d’enduit blanc, sont en partie démantelés. Kaoukabani décrit l’intérieur de ce bâtiment qui est divisé transversalement en deux salles aux dimensions égales. Dans la première salle, à laquelle on accède par une porte latérale, est érigé un autel coiffé d’une maçonnerie ayant la forme d’une table équarrie ( 55 cm x 55 cm ) au bord mouluré. Reposant sur des fondations en pierres de ramassage, le tronc de l’autel est couvert d’enduit ocre rougeâtre, alors que son couronnement est badigeonné de blanc. Derrière cet autel, trois rangées de gradins, aujourd’hui détruits à moitié, ont été aménagées en banquettes sur lesquelles les fidèles déposaient leurs offrandes en ex-voto. Des panneaux, peints alternativement de gris, de bleu et d’ocre, décorent les parois à une hauteur de 76 cm environ. Ils sont délimités au sommet par un galon rouge ocre dont la largeur ne dépasse pas les 15 cm . Les angles sont, en outre, dotés de piliers équarris ( 25 cm x 25 cm ) peints en rouge. Ils jouaient le rôle d’autels secondaires et sont marqués au sommet par un listel bien prononcé. 


La seconde salle ressemble initialement à la première, mais elle a subi ultérieurement un changement radical pour y aménager un four, qui en occupe par son diamètre de plus de 189 cm toute la superficie. Ce four, qui a livré une quantité de tessons à glaçure arabe, est daté entre le VIIIe et le IXe siècle de notre ère. La porte, qui desservait à l’origine cette salle, est toujours obstruée par des pierres mêlées aux briques. Elle servait, semble-t-il, à alimenter le foyer du four en combustibles. Ce temple, qui acquiert l’aspect d’un sanctuaire à Jal el-Bahr, est entouré d’un mur d’enceinte ( 40 m x 27 m ) construit selon la technique phénicienne qui consiste à dresser des piliers bien appareillés, délimitant des travées remplies de pierres de ramassage mêlées à un moellon fait de chaux et de sable. Un enduit peint en blanc devait les couvrir à l’extérieur comme à l’intérieur. L’archéologue relève ensuite que tout près de ce bâtiment, mais à un niveau supérieur, ont été exhumées des tombes contenant des squelettes. Mais aussi, les 160 jarres torsadées et timbrées d’inscriptions phéniciennes ainsi que 200 autres inscrites en grec.

 

Bès et les perles

 

Outre les empreintes de jarre, les fouilles de Jal el-Bahr ont livré des objets variés parmi lesquels une figurine en terre cuite ( 10,5 cm x 6 cm ) représentant le dieu Bès : le visage bestial, l’œil droit exorbité, celui de gauche cassé, le nez épaté, la barbe hirsute et les moustaches pendantes. Sa grosse tête, coiffée d’un calathos, est posée sur un torse trapézoïdal se terminant par un ventre bedonnant. Ses jambes sont mutilées au niveau des hanches et les mains sont cassées. Sa face antérieure est moulée tandis que le dos est ébauché à la main. Ce dieu bouffon et populaire, est attesté à Kharayeb sous plusieurs aspects mêlant à la fois les influences égypto-mésopotamiennes aux traits phéniciens. D’autres figurines ont été également recueillies. Elles se rapportent au thème de la fertilité et de la fécondité et sont datées de l’époque hellénistique, c’est-à-dire entre le IIe et le Ier siècle avant J.-C.


Les archéologues ont également trouvé sur les lieux une grande quantité de céramiques dont la majeure partie est cassée. A titre d’exemple, une assiette attique à vernis noir et quelques tessons ayant appartenu à des vases bichromes décorés de personnages mythologiques délimités d’une bordure en grecques. Des pièces en verre et en pâte de verre, les unes colorées et rondes, les autres en forme de scaraboïde ou en forme de perles, ont été aussi déterrées. Ces pièces marquent le pèlerinage des fidèles au sanctuaire mis au jour sur le site de Jal el-Bahr.

 


 

53 tombes de guerriers et la plus ancienne céramique crétoise du Levant découvertes à Saïda

Les campagnes menées par le British Museum dévoilent les dessous cananéens et phéniciens de la capitale du Sud

 

par MAY MAKAREM, publié dans l’Orient-le Jour le 4 octobre 2004

 

Après six ans de fouilles, Saïda dévoile ses strates préromaines, des IIIe, IIe et Ier millénaires avant Jésus-Christ. Les opérations, menées par la mission archéologique du British Museum, en collaboration avec la Direction générale des antiquités (DGA) et dirigées par Claude Doumet Serhal, couvrent 15.000 m2 de terrains expropriés avant la guerre par l’émir Maurice Chéhab, alors directeur de la DGA. Financés par le British Museum, la British Academy et la Fondation Hariri, les travaux de fouilles, fait rare, ont aussi intéressé le secteur privé libanais : Byblos Bank, Nokia Liban, Michael Farès et Namir Younès. Il y avait en tout cas de quoi susciter leur intérêt : "depuis les explorations de Maurice Dunand à Byblos dans les années 30, nulle part au Liban, on a atteint ces couches stratigraphiques allant sans discontinuité de la fin du IVe millénaire jusqu’au 1er millénaire avant J.-C.", déclare Mme Serhal. En 1914 et 1923, le périmètre qui englobe l’ancienne école américaine de Saïda et le Château de la Terre (communément appelé le château Saint-Louis, alors que rien ne prouve que saint Louis y ait vécu), a fait l’objet d’une exploration entreprise par Georges Contenau. 


Mais les sondages n’ont jamais été publiés. Dans les années 1969-1970, Maurice Dunand mène une campagne de fouilles et ne trouve que quelques colonnes enfouies dans une montagne d’immondices. Toutefois, c’est sur les mêmes lieux, lors de la construction des fondations de l’école américaine vers la fin des années 1880, qu’a été déterré un chapiteau en forme de double protomés de taureaux, imitation des chapiteaux perses de Suse, en Iran. Ce chapiteau conservé actuellement au Musée national de Beyrouth est attribué à l’époque de la domination perse en Phénicie. Sa découverte et celle d’importants fragments en marbre appartenant à des bases de colonnes de forme bulbeuse ont permis d’émettre des hypothèses sur l’emplacement de "l’Apadana de Sidon et les jardins des plaisirs mentionnés par Diodore de Sicile. C’est la raison pour laquelle l’émir Chéhab avait exproprié les terrains", signale Claude Doumet Serhal. Elle souligne également que, d’après la carte établie par Ernest Renan, le périmètre est situé dans le fossé médiéval de la ville de Sidon, dont « le tracé ancien n’a pu être modifié puisqu’on ne construit pas dans un fossé. Alors, nous nous sommes dit que c’est là que nous parviendrons aux niveaux anciens de la cité, sans rien casser. Car le sous-sol est comme un club-sandwich, vous l’ouvrez et vous découvrez les strates superposées de l’islam, du byzantin, du romain, de l’hellénistique, puis du perse. Pour remonter encore plus loin dans le temps, l’opération devient délicate, difficile. Le fossé médiéval était donc pour nous une aubaine. Au début de l’été 1998, nous avons commencé à fouiller à la pelle mécanique, déblayant cinq mètres de remblais et de saletés dans lesquels nous avons trouvé des colonnes, des chapiteaux mais aussi des machines à laver et des détritus. Comme l’avait déjà noté Dunand, le site était dramatique", raconte l’archéologue.

A Saïda, le lion sévissait


Au bout de six semaines de travaux, les archéologues tombent sur le niveau du IIIe millénaire avant Jésus-Christ. A quelque huit mètres de profondeur, sur le substrat rocheux s’étaient déposés "six niveaux du bronze ancien" ponctués d’un grand bâtiment (qu’on appelle bâtiment officiel) en brique crue avec six unités de rangements, d’installations domestiques, un four à pain et une quantité d’os appartenant à des espèces animales, notamment des hippopotames, des ours et des lions. "Ce qui indique l’étendue des forêts et l’importance des fleuves qui traversaient Saïda à l’époque", fait observer Claude Doumet Serhal. Les découpes relevées sur les os démontrent par ailleurs "que les hommes se nourrissaient de la chair de ces mammifères qui tous étaient des mâles, ce qui laisse supposer une connotation religieuse", ajoute-t-elle. Le sous-sol renfermait aussi une réserve de poteries et d’impressions de cylindres sur jarre (sceaux) représentant des dessins ithyphalliques (signe de fertilité) ou du "maître des animaux" (un homme ayant le visage d’un animal) levant deux bras au bout desquels les doigts sont en forme de branches. Les recherches entreprises ont aussi révélé que deux ateliers de poterie fonctionnaient à Sidon. L’un était caractéristique de la cité et l’autre comparable à celui de Byblos. Le "maître des animaux" est toujours entouré d’un lion, que l’on trouve partout sur les impressions de cylindres, alors que c’est le bouquetin qui figure sur la poterie de Byblos, a précisé la spécialiste.

Un site exceptionnel


Menant plus loin leurs investigations, les archéologues ont mis au jour le mur et le bâtiment officiel de la ville cananéenne (IIe millénaire avant J.-C.). Ce "site exceptionnel" était enseveli sous une couche de 90 cm à 1 m 40 de sable fin. "Nous avons cru d’abord que ce sable se trouvait là tout naturellement, mais après son analyse au laboratoire, il s’est avéré que c’était du sable marin que les gens avaient apporté pour fermer le niveau du IIIe millénaire et enterrer leurs gens." Cinquante-trois tombes ont été dégagées jusqu’à aujourd’hui. En pierre ou en brique, elles sont pareilles à celles qu’on trouve tout au long de la côte, de la Syrie à la Palestine , à la même époque. Elles renferment les squelettes entiers des guerriers mais aussi leurs armes : une pointe de flèche en bronze et une hache en bronze, avec manche en bois, posée sous la tête du mort. L’un d’eux, surnommé "Silver Man" par Claude Doumet Serhal, a la tête cernée d’un bandeau en argent ; la cheville entourée d’un bracelet en argent et les bras enserrés, l’un par un bracelet en argent et l’autre d’un bracelet en perles or et cornaline. Un autre guerrier avait six broches en bronze épinglées sur le corps. "Tous les matériaux, bronze, argent et bois, sont parfaitement conservés grâce au sable, comme en Egypte", souligne la directrice du chantier, ajoutant que l’une des haches déterrées est fermée avec deux bouleaux en bronze qui la bloquent, indiquant ainsi que "cette arme n’était pas utilisée mais qu’elle était un signe de rang et de richesse". La hache ponctuée de 18 clous en argent disposés en cercle et qui semblait être maintenue à un élément qui s’est dégradé, est "exceptionnelle", vu qu’elle représente un modèle "jamais vu".


Toujours sur ces niveaux du IIe millénaire, les archéologues ont trouvé des sols d’occupation ainsi que 25 jarres funéraires datant de 1850-1950 avant J.-C. A l’exception d’une seule, identifiée comme étant celle d’un enfant de 14 ans et contenant une pointe de flèche en bronze, ces récipients en terre cuite renferment de petites poteries, des perles et des scarabées. Parmi les jarres, une est importée d’Egypte. Elle a été utilisée pour engranger les grains avant d’être transformée en jarre funéraire. C’est toutefois la co