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>> FLASH >> BACHAR EL-ASSAD SE RÉSOUT À DIALOGUER AVEC LE LIBAN - Vendredi 18 juillet 2008

Un long dimanche de fiançailles à Paris pour l’Union pour la Méditerranée

Liban : le triomphe et l'humiliation
 
 

Le président syrien, Bachar el-Assad, et le président libanais, Michel Sleiman, le 12 juillet 2008, sur le perron de l'Elysée à Paris, où ils ont été reçus par le président Nicolas Sarkozy

Article de STEPHANE BUSSARD, publié dans le Temps  L'image n'est pas passée inaperçue. Mercredi 16 juillet 2008, à l'aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth, le président libanais chrétien Michel Sleiman, le premier ministre sunnite Fouad Siniora et le président chiite du parlement Nabih Berri ont reçu en grande pompe les prisonniers du Hezbollah libérés par Israël en échange de la dépouille de deux soldats israéliens enlevés à la veille de la guerre du Liban, en juillet 2006. Une manière de sceller une union nationale toute fraîche et de mettre un point final au conflit qui avait fait 1.300 morts du côté libanais et 139 du côté israélien. Cet événement a transcendé les clivages politiques qui avaient porté en mai dernier le Pays du Cèdre au bord de la guerre civile. Il intervient à un moment où le Liban connaît une période de stabilisation presque inespérée. Ironie du calendrier : la veille, le nouveau gouvernement tenait sa première séance. Pour le Parti de Dieu né de l'invasion israélienne de 1982, la victoire est double. Malgré les pressions américaines, le parti de Hassan Nasrallah a conquis la minorité de blocage à laquelle il aspirait pour rallier le gouvernement. De plus, en obtenant de l'ennemi juré, Israël, la libération de cinq prisonniers, il accroît encore sa légitimité de mouvement de résistance. C'est là le piège. Fort de son «triomphe», le Hezbollah peut décider sa pleine intégration dans la vie politique libanaise. Mais il peut aussi continuer à servir de levier à ses mentors iranien et syrien. Loin de se fondre dans l'armée libanaise, le Parti de Dieu s'est au contraire considérablement réarmé depuis la guerre de 2006. Pour être viable à terme, l'Etat libanais devra donc reconquérir le contrôle de zones qu'il avait jusqu'ici abandonnées au Hezbollah.

 

Le Liban apparaît dès lors comme le point névralgique de mouvements tectoniques majeurs au Moyen-Orient. A Paris, au Sommet sur la Méditerranée, Bachar el-Assad a montré une volonté de coopérer sur pied d'égalité avec Beyrouth. Le président syrien est aussi prêt à négocier avec Israël, qui à son tour n'exclut pas de négocier avec le Hamas. Les Etats-Unis, qui avaient préféré la confrontation au dialogue avec le Hezbollah, le Hamas, la Syrie et l'Iran, font le constat de leur échec au point d'envoyer, samedi 19 juillet, un haut responsable aux pourparlers de Genève avec l'Iran. Quant à Israël, fragilisé par un pouvoir faible, il a accepté de subir une humiliation en trahissant un principe fondateur selon lequel on ne libère pas un terroriste. L'Etat hébreu a probablement saisi qu'une dynamique nouvelle était en marche.

 


 

Bachar el-Assad se résout à dialoguer avec le Liban

 

par GEORGES MALBRUNOT, publié dans le Figaro le 13 juillet 2008

 

Le président syrien reconnaît enfin la souveraineté de son voisin, mais ne s'engage sur aucun calendrier pour l'ouverture d'une ambassade à Beyrouth. Tout sourire, Bachar el-Assad s'engouffre dans la Peugeot 607 du président libanais Michel Sleiman, qui attend les deux hommes dans la cour de l'Élysée. Même si le drapeau frappé du Cèdre a été retiré, le symbole est fort. Quelques minutes auparavant, le numéro un syrien avait consenti à rendre visite à son homologue libanais au Ritz, le palace parisien où réside la délégation venue de Beyrouth. Tout au long du sommet de l'UPM, qui marquait son grand retour sur la scène internationale, Assad a multiplié les signes de sa volonté de reconnaître enfin la souveraineté du Liban, un pays longtemps considéré par Damas comme son arrière-cour. Certes, ce n'est pas le président syrien qui annonça haut et fort ce virage, mais Nicolas Sarkozy. «C'est un progrès historique que la volonté du président Assad d'ouvrir une représentation diplomatique au Liban et que le Liban ouvre une représentation diplomatique en Syrie», s'est félicité le président de la République, samedi, lors d'une conférence de presse avec ses homologues syrien et libanais et l'émir du Qatar, cheikh Hamad al-Thani. Ce dernier parraine les négociations qui ont permis une sortie de la crise au Liban. 

 

Une «feuille de route»

Depuis l'indépendance des deux pays dans les années 1940, la Syrie a toujours refusé de nommer un ambassadeur au pays du Cèdre, où ses troupes imposaient leur loi, jusqu'à leur retrait forcé au printemps 2005, après l'assassinat de l'ancien premier ministre Rafic Hariri. «Dans un avenir très proche, nous allons décider des détails de cette décision», a confirmé Assad. Il ne s'est toutefois pas engagé sur un calendrier. Comme l'a souligné Nicolas Sarkozy, «des questions juridiques doivent encore être réglées» par les deux parties. Dès dimanche, ces sujets ont été au centre d'une nouvelle rencontre entre les présidents Assad et Sleiman, cette fois-ci à l'hôtel parisien du dirigeant syrien. Walid Mouallem, le ministre syrien des Affaires étrangères, doit se rendre dans les prochains jours à Beyrouth pour inviter Michel Sleiman à Damas. Vraisemblablement sans le premier ministre Fouad Siniora, qui appartient à la majorité pro-occidentale au Liban, qui va faire les frais du rapprochement franco-syrien. 

 

À Damas, Syriens et Libanais devraient convenir d'annuler le traité de fraternité, signé en 1991 entre les deux pays, et décider du sort d'un Haut Conseil syro-libanais, qui date également de l'époque où la Syrie dominait son voisin. Au-delà, Syriens et Libanais doivent établir «une feuille de route» jusqu'à l'ouverture formelle d'une ambassade syrienne à Beyrouth, et vice versa. Pour quand ? «Dans deux ou trois mois», prédisent les plus optimistes. «La Syrie négociera pied à pied tous les détails, cela prendra du temps», rétorquent d'autres, rappelant la vieille tactique syrienne : prendre sans rien céder. Soutenu par la communauté internationale, le Liban a des exigences précises concernant la démarcation de sa frontière avec la Syrie et surtout son contrôle pour empêcher que les armes du Hezbollah continuent de pénétrer à partir du territoire syrien. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, l'a rappelé à Assad lors de leur entretien, dimanche matin. Mais avec un gouvernement libanais qui ne lui est plus défavorable, Damas dispose d'une marge de manœuvre accrue. «Ce sont les Syriens qui vont nommer le prochain ambassadeur libanais à Damas !», sourit un diplomate. 

 

«Un dialogue franc et lucide»

Les Cassandre affirment qu'Assad n'a fait qu'entériner les progrès politiques à Beyrouth. «Il a toujours dit qu'une fois un gouvernement d'union nationale formé au Liban, la Syrie discuterait alors de l'établissement de liens diplomatiques avec Beyrouth», observe un journaliste syrien. D'où les pressions exercées par la France pour que ce cabinet soit composé avant le sommet. Paris entend maintenir la pression. Bernard Kouchner va se rendre à Damas en août. Début septembre, c'est le président Nicolas Sarkozy qui va effectuer la première visite officielle d'un chef d'État français en Syrie depuis six ans. Dans l'immédiat, Paris va recevoir, les 21 et 22 juillet, le vice-premier ministre syrien Abdallah Dardari. Une page nouvelle a été tournée ce week-end. «Un dialogue franc et loyal» a été instauré avec Damas, a insisté Nicolas Sarkozy. Vedette du sommet, Bachar el-Assad est sorti avec éclat de son isolement, offrant à son hôte le geste tant attendu à l'égard du Liban. En retour, le dirigeant syrien a demandé à la France de coparrainer avec les États-Unis, le moment venu, des négociations directes entre son pays et Israël. La première phase du pari du président Sarkozy a été remplie.


 

Un long dimanche de fiançailles pour l’Union pour la Méditerranée

 

par ANTOINE GUIRAL et JEAN QUATREMER, publié dans Libération le 14 juillet 2008

 

Un grand tapis bleu, comme la Méditerranée et Nicolas Sarkozy qui biche. Sur le parvis du Grand Palais, hier à Paris, le président français accueille les uns après les autres une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement venus participer au sommet de lancement de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Tous les pays de l’Union européenne et du Sud de la mare nostrum sont là, avec le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et les «chefs» de l’UE. Le Libyen Muammar al-Kadhafi n’a finalement envoyé aucun représentant. Le roi du Maroc s’est désisté à la dernière minute. Autre absent de marque, côté européen, le Belge Yves Leterme qui tente de sauver son gouvernement. Si le chef de l’Etat a échoué à faire venir le Premier ministre belge, il a en revanche réussi l’exploit de réunir autour d’une même table des frères ennemis d’un tout autre calibre : le Palestinien Mahmoud Abbas, l’Israélien Ehud Olmert, le Syrien Bachar el-Assad, le Libanais Michel Sleiman, l’Algérien Abdelaziz Bouteflika, le Tunisien Zine Ben Ali… 

 

«Avenir»  

Au terme d’un casse-tête protocolaire, tous ont pris place autour d’une même table ronde sous la verrière du Grand Palais. Pas simple. A côté des deux coprésidents de l’UPM (Nicolas Sarkozy et l’Egyptien Hosni Moubarak), chaque pays a été placé par ordre alphabétique de part et d’autre de la table : à droite l’Albanie, puis à gauche l’Autriche, à droite l’Algérie, puis à gauche la Bosnie… Le but étant d’éviter toute proximité entre la Syrie et Israël : de toute façon, les dirigeants syrien et palestinien se sont éclipsés discrètement au moment où Olmert prenait la parole. Aucun incident cependant lors de ce sommet balisé qui a pour ambition de relancer la coopération entre l’UE et le pourtour méditerranéen (débutée en 1995 par le «processus de Barcelone», déjà une idée française). Aucune décision concrète non plus, le message étant la réunion elle-même. Mais, au-delà du décorum, des à-côtés diplomatiques marqueront le sommet : rencontre entre Olmert et Abbas à l’Elysée, bilatérale entre Sarkozy et el-Assad… La limite de cet exercice, qui s’est résumé à trois heures de tour de table, a été illustrée par l’absence de toute photo de famille. On n’en est pas encore là.

 

Sarkozy en a conscience. A l’ouverture, il a déclaré : «Pour que cet avenir soit un avenir de paix, un avenir de justice, un avenir de progrès, il faudra que chacun fasse un effort sur lui-même comme les Européens l’ont fait pour mettre un terme à l’engrenage fatal de la guerre et de la violence […] Nous réussirons ensemble ou nous échouerons ensemble.» Un haut fonctionnaire de la Commission européenne notait que cette réunion lui «rappelait le lancement de Barcelone, en 1995» où tout le monde était aussi là. «Mais, ensuite, plus personne n’est venu et le processus s’est politiquement ensablé», même si les projets de développement ont continué à être financés par l’UE. «Si les Européens envoient au prochain sommet de simples hauts fonctionnaires, l’Union pour la Méditerranée connaîtra le même destin que Barcelone.» Pour l’heure, avant même d’entrer dans le concret (projets ou gouvernance), les chefs d’Etat et de gouvernement ont négocié pied à pied les termes d’une déclaration commune qui se veut très politique. Points les plus sensibles, sans surprise : le processus de paix au Proche-Orient, le nucléaire et son contrôle dans la région, ainsi que la condamnation du «terrorisme sous toutes ses formes». Trois points qui figurent bien dans la déclaration finale. Aucun de ces sujets n’a été contourné ou passé sous silence. La condamnation du terrorisme sous toutes ses formes est soulignée. De même sur le nucléaire «les parties s’emploient à établir au Proche-Orient, une zone exempte d’armes de destruction massive, nucléaires, chimiques et biologiques, qui soit dotée d’un système de vérification mutuelle efficace». 

 

Pari 

La déclaration finale apporte aussi son soutien au processus de paix israélo-palestinien et se félicite «des pourparlers de paix indirects sous les hospices de la Turquie entre la Syrie et Israël». De bon augure pour l’UPM, qui comme le souhaite Sarkozy, peut devenir une enceinte où se discuteront les questions politiques déchirant le sud de la Méditerranée et le Proche-Orient. Le pari n’est pas pour autant gagné, beaucoup d’incertitudes demeurant sur le plan pratique. Ainsi, la gouvernance de l’UPM n’a pu être tranchée : elle devra l’être en novembre à Marseille, lors d’un sommet ministériel. Sur la coprésidence, ni le Nord ni le Sud ne sont d’accord, hormis sur la désignation pour un premier mandat dont la durée n’est pas précisée de Sarkozy et de Moubarak. La France continue à réclamer une présidence d’une durée de deux années, pendant que les autres pays de l’UE souhaitent qu’elle suive le rythme des présidences semestrielles tournantes de l’UE. Au Sud, c’est encore pire : ni la durée, ni l’ordre de succession, ni les conditions de désignation ne font l’objet d’un consensus. Même désaccord sur le siège du secrétariat général de l’UPM : si l’idée de le situer dans un pays du Maghreb a les faveurs de Paris, les rivalités entre la Tunisie, l’Algérie et le Maroc risquent de profiter à Barcelone ou à… Bruxelles.

 


 

Paris ouvert
par ISSA GORAIEB, publié dans l'Orient-le Jour le 15 juillet 2008
 

Peut-on vraiment liquider, en l’espace d’un week-end euro-méditerranéen vécu au pas de charge et qui a tourné au happening, un rébus historique aussi complexe que la relation triangulaire France-Liban-Syrie ? Bien sûr que non. Mais si, pour toute chose, il faut nécessairement un début, c’est à sa juste valeur - rien qu’un premier pas, mais un bon pas quand même - qu’il convient d’évaluer l’annonce faite à Paris d’un prochain échange d’ambassadeurs entre Beyrouth et Damas. L’oeuvre du temps, l’évolution des idées, la greffe israélienne et l’afflux de réfugiés qu’elle a entraîné, le choc des idéologies, mais aussi les bouleversements démographiques, les rééquilibrages communautaires, les faits accomplis qui se sont succédé sur le terrain : avec tous ces développements des dernières décennies, on est bien loin du contexte dans lequel la puissance mandataire française proclamait, en 1920, l’État du Grand Liban. Ainsi, de là où elle se posait en protectrice des maronites, la France se veut désormais l’amie de toutes les communautés libanaises, de même qu’elle revendique l’amitié de tous les pays de la région. Et il se trouve bien peu de Libanais aujourd’hui pour réclamer ouvertement, comme le firent leurs aïeux, le rattachement à la Syrie , encore qu’une vision commune du Liban, de sa place et de son rôle dans la région reste plus que jamais hypothétique.

 

Reste à savoir si la Syrie , qui s’est constamment plainte d’avoir été injustement amputée de sa province libanaise, qui a longtemps brandi le slogan d’un seul peuple dans deux États, a réellement changé. Et si elle a changé d’assez effective et perceptible manière pour mériter tout ce flot de médailles que le fonceur, le briseur de tabous qu’est Nicolas Sarkozy lui a généreusement décernées. Généreusement, avec prodigalité même, mais non sans quelque gêne. La présence, en effet, au premier rang de la tribune officielle du 14 Juillet, du chef d’un régime aussi notoirement répressif que celui de Syrie a profondément heurté les organisations de défense des droits de l’homme, mais aussi une armée française qui a abondamment versé le tribut du sang au Liban. Incroyables de maladresse, à cet égard, sont les précisions qu’a cru bon de fournir une source de l’Élysée en soulignant que l’attentat du Drakkar était imputable à l’Iran, et non à la Syrie : cette dernière étant (seulement ?) responsable, en revanche, de l’assassinat de l’ambassadeur Louis Delamare...

 

Pour en revenir à la question des rapports diplomatiques, l’annonce de Paris, tenue pour historique, n’entrera effectivement dans l’histoire que si elle est assortie d’un changement radical des mentalités, comme des comportements. Car s’il est vrai qu’on ne noue guère de tels rapports avec une entité qu’on ne reconnaît pas, une telle procédure ne met pas forcément un terme à certaines espérances inavouées, car inavouables. Que persiste le flou, et une ambassade syrienne à Beyrouth ne serait rien d’autre en définitive qu’une vaste officine de moukhabarate (renseignements) interférant dans les moindres détails de la vie publique comme du temps de la République arabe unie (syro-égyptienne) ; une machine à subversion fonctionnant confortablement du plus près ; une base d’opérations on ne peut plus centrale jouissant, de surcroît, de cette immunité diplomatique qui est l’aubaine des espions affublés du titre d’attachés culturels !

 

Comme naguère pour Henri IV qui s’était soumis à la contrainte d’une messe, la consécration de Paris aurait bien valu de solides garanties de la part d’une Syrie émergeant victorieusement d’un long isolement international : la garantie que la frontière avec le Liban commencera par être délimitée avant que d’être respectée, et que cesseront à tout jamais les infiltrations de combattants et d’armements ; la garantie que la Syrie cessera de s’ingérer dans nos affaires domestiques ; la garantie que la Syrie , si elle est bel et bien incontournable dans la recherche de la paix régionale, n’aura plus à gérer à son gré la paix civile au Liban ; la garantie enfin et surtout que l’ère des violences est révolue, et cela quelque sévère ou indulgente que puisse s’avérer la justice internationale saisie des attentats criminels perpétrés contre notre pays. On ne peut pas enterrer d’aussi vieux contentieux, d’aussi insolentes convoitises, d’aussi tenaces aigreurs et rancoeurs sous un tapis d’ambiguïtés toutes fraîches.

 


 

Le chef du Hezbollah triomphe

 
par PIERRE VAUDAN, publié dans le Temps le 17 juillet 2008 

 

Hassan Nasrallah capitalise les «victoires». Toute la classe politique libanaise a serré les rangs. Décidément, ce mois de juillet restera dans la mémoire des vendeurs de drapeaux de la banlieue sud de Beyrouth, fief chiite du Hezbollah et de son allié Amal. Après avoir inondé le quartier de fanions, banderoles et affiches pour célébrer le deuxième anniversaire de la «victoire» de juillet 2006 contre l'«ennemi sioniste», c'est tout sourire qu'ils poussaient à nouveau hier leurs charrettes hérissées cette fois de posters et étendards à l'effigie des cinq prisonniers libanais attendus en héros ce mercredi. «Après la libération du Liban-Sud et la victoire contre les armées sionistes il y a deux ans, notre chef Nasrallah fait une fois de plus plier Israël, proclame Fatima, le visage cerclé d'un voile noir endimanché de paillettes colorées. Que l'un des prisonniers libérés ait tué une fillette de 4 ans à coups de crosse ne jette aucune ombre sur les réjouissances. «C'est regrettable mais c'est la guerre, justifie Fatima. Savez-vous combien de nos enfants Israël a tué dans notre pays en 2006 ?» L'heure est donc à la fête, et à la fête seulement dans cette banlieue sud sinistrée où, plus que nulle part ailleurs à Beyrouth, les stigmates des guerres successives sont encore partout visibles.

Hier pourtant, c'est comme un seul homme que toute la classe libanaise s'est déplacée à l'aéroport pour accueillir les héros du jour. Le nouveau président, Michel Sleiman, a prononcé un vibrant discours en l'honneur «des combattants, des martyrs et des symboles de la liberté». «Tout le monde n'est peut-être pas si enthousiaste que cela, commente un diplomate européen. Mais on ne pouvait pas laisser le Hezbollah récolter tous les fruits de l'événement. Et puis nous sommes encore dans l'esprit de l'Accord de Doha, de la formation d'un gouvernement d'union nationale. Ne pas être là aurait signifié se marginaliser politiquement.»

En position de force
Avec ce nouveau coup d'éclat, le Hezbollah consolide donc un peu plus sa position sur l'échiquier libanais. Les voix qui s'élevaient avec fracas il y a quelques semaines encore pour réclamer le désarmement de la milice se font de plus en plus discrètes aujourd'hui. Même une évacuation par Israël des fermes de Chebaa, dernière portion du Liban occupé par l'Etat hébreu ne signifierait pas forcément son renoncement aux armes. «Le Hezbollah a une fois de plus démontré la légitimité de son armement en suggérant qu'avec Israël, seul le langage de la force fonctionne, analyse le diplomate. Je crains qu'en dehors d'un accord de paix en bonne et due forme avec l'Etat hébreu, le Hezbollah ne désarmera pas.»

 

 
Relations diplomatiques, processus de paix, Chebaa, armes du Hezbollah et détenus en Syrie
Cinq dossiers brûlants attendent le sommet Sleiman-Assad
 
par KHALIL FLEYHANE, publié dans l'Orient-le Jour le 17 juillet 2008 

 

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, est attendu lundi prochain au Liban où il doit remettre au président de la République, Michel Sleiman, un message de son homologue syrien, Bachar el-Assad, et lui transmettre une invitation à visiter Damas pour y rencontrer M. Assad. La date de cette rencontre au sommet, la première entre les deux hommes depuis l’accession du général Sleiman à la présidence, n’est pas encore connue, mais on apprend de bonne source qu’elle serait proche. Ce sommet revêt naturellement une importance unique dans la mesure où l’on attend de lui qu’il ouvre une nouvelle page dans les relations libano-syriennes qui traversent une crise aiguë depuis l’assassinat de Rafic Hariri, en février 2005, et le retrait des troupes syriennes du Liban, en avril de la même année. Cinq dossiers brûlants domineront les discussions entre les deux chefs d’État, indique-t-on de sources bien informées. Tout d’abord l’établissement de relations diplomatiques formelles entre les deux pays. Les deux hommes étudieront le mécanisme qui devra être adopté concrètement à cet effet. On parle d’ores et déjà d’une annonce simultanée dans les deux capitales qui suivrait un accord bilatéral sur le sort à réserver au Traité de fraternité, de coopération et de coordination, conclu entre les deux pays en 1991. Des amendements pourraient être apportés à certains articles de ce traité et il est probable que le Conseil supérieur syro-libanais, qui avait été institué par le traité, soit purement et simplement aboli ou remplacé par une nouvelle instance. Certains juristes considèrent en effet que ce conseil, d’une part, n’a jamais servi à rien et, d’autre part, qu’il ferait double emploi en présence d’une ambassade. 

 

Le deuxième sujet qui devra être examiné par MM. Sleiman et Assad est le processus de paix. Le président Sleiman est favorable à une reprise des négociations avec Israël sur la base de l’initiative de paix arabe adoptée lors du sommet arabe de Beyrouth, en 2002. Damas, de son côté, a déjà repris ses pourparlers avec l’État hébreu, qui se déroulent actuellement de façon indirecte par le biais du gouvernement turc. Le troisième dossier essentiel sera l’application de la résolution 1701 et, en particulier, la question des fermes de Chebaa. Le sommet sera l’occasion de savoir si la Syrie va maintenir sa position ambiguë à ce sujet ou bien accepter de procéder au tracé de cette région pour en déterminer officiellement la libanité, comme le réclame Beyrouth. Les deux hommes évoqueront aussi la question des armes du Hezbollah et le rôle que la Syrie serait disposée à jouer pour faciliter le dialogue entre les diverses parties libanaises au sujet de la stratégie défensive. Il sera aussi question des armes des autres organisations. Enfin, le cinquième et dernier dossier, l’un des plus pénibles certainement, concerne les détenus libanais en Syrie, un thème que le président Sleiman a déjà évoqué à Paris. Jusqu’ici, Damas nie officiellement la présence de prisonniers ou de disparus libanais en Syrie. L’ordre du jour du sommet pourrait également comporter des discussions sur la coordination bilatérale en politique étrangère. Il s’agirait de déterminer s’il faudrait revenir ou pas à ce qu’était cette coordination avant le retrait des troupes syriennes du Liban.

 


 

Entre Israël et le Hezbollah, un échange mal partagé

par DELPHINE METTHIEUSSENT et ISABELLE DELLERBA, publié dans Libération le 17 juillet 2008
 

Allégresse contre tristesse : hier, l’épilogue de la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah au Liban a été vécu différemment de part et d’autre. Recueillement en Israël, fête nationale au Liban. L’échange, hier, des restes de deux soldats israéliens enlevés par le Hezbollah en juillet 2006 contre cinq prisonniers libanais et 200 dépouilles de combattants arabes, a été vécu de façon radicalement différente dans les deux pays.

 

En Israël, toute la procédure d’échange, opérée sous l’égide du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a été retransmise en direct à la télévision. Les familles des deux soldats attendaient chez elles, à la maison, entourées de proches, voisins et inconnus, qui avaient allumé des bougies. Beaucoup ont éclaté en sanglots à la vue des cercueils. «C’était horrible. J’ai demandé à ce qu’on éteigne la télévision car je ne voulais plus regarder ça» , a affirmé Zvi, le père d’Eldad Regev, depuis sa maison de Kiryat Motzkin. Malgré les interrogations sur le prix élevé payé par Israël pour récupérer deux corps, la grande majorité de l’opinion se félicitait que la règle d’airain de l’armée israélienne - ne jamais abandonner de soldat à l’ennemi - ait été respectée. Les célébrations du retour au Liban de Samir Kantar, le doyen des prisonniers d’Israël, ont suscité colère et amertume. «Je constate qu’au Liban, on célèbre officiellement la victoire pour accueillir Kantar, ce meurtrier qui a fracassé à coup de crosse le crâne d’Einat, 4 ans, et n’a jamais exprimé de regrets , s’est indigné Shimon Perès, le président israélien. Où est la victoire morale suprême? Ici, avec les bougies du souvenir, et non là-bas. Honte au Liban.»

 

Samir Kantar a été accueilli par les autorités de l’Etat libanais au complet - le président, Sleiman, le Premier ministre, Siniora, et le président du Parlement, Berri - et l’ensemble de la classe politique à l’aéroport de Beyrouth. Le matin s’était tenue la première réunion du nouveau gouvernement et la journée, décrétée fériée, a été présentée par tous les médias comme un symbole de l’«unité nationale» retrouvée. Pour le Hezbollah, cet échange est une nouvelle victoire. Il a accueilli les «héros» en treillis avec tapis rouge, cavaliers, etc. Le soir, le parti de Dieu a organisé un meeting géant dans la banlieue sud de Beyrouth, et son chef, Hassan Nasrallah, est exceptionnellement sorti de la clandestinité pour accueillir Kantar et ses compagnons. Ainsi trouve son épilogue la guerre de l’été 2006, déclenchée par l’enlèvement des soldats Regev et Goldwasser.


 

Béatification du frère Jacques Haddad à Beyrouth

 

paru dans La Croix le 22 juin 2008 

 

Des dizaines de milliers de personnes ont assisté dimanche 22 juin à la béatification du frère Jacques Haddad, capucin fondateur de l'Ordre des Franciscaines de la Croix du Liban, lors d'une cérémonie dans le centre-ville de Beyrouth. La célébration eucharistique a été présidée par le préfet de la congrégation romaine des causes des saints, le cardinal José Saraiva Martins avec la participation du patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir. Evoquant la béatification de Jacques Haddad, Benoît XVI a exprimé dimanche, au Vatican, à l'issue de la prière de l'Angélus, ses "félicitations" aux enfants spirituels du religieux : "Je souhaite de tout mon coeur" que l'intercession du frère capucin et des autres saints libanais "puisse permettre à ce cher pays tourmenté et qui a trop souffert, de progresser finalement vers une paix stable", a-t-il conclu.

 

"Nous sommes là car le Liban est en manque de tolérance" 

Le président libanais Michel Sleiman, chrétien maronite, le premier ministre Fouad Siniora, musulman sunnite et le président du parlement, Nabih Berri, chiite, étaient présents à la cérémonie de béatification. Une photo géante du "bienheureux" a été accrochée sur une plateforme installée pour l'occasion. Dans la foule, on brandissait des drapeaux du Liban et du Vatican, ainsi que des photos de Jacques Haddad. "Nous sommes là car le Liban est en manque de tolérance, d'amour et de foi. Dieu nous a envoyé ce saint dans l'espoir que nos leaders se réveillent et cessent de se disputer", affirme Hamid al-Chami, venu avec une trentaine de membres de sa famille dans un bus depuis Byblos (38 km au nord de Beyrouth). Il y a un mois, un accord de paix a permis de débloquer une longue crise politique dans ce pays multiconfessionnel qui avait dégénéré en violents affrontements, faisant 65 morts.

 

Trois Libanais ont été canonisés jusqu'à présent

Né Khalil Haddad en 1875, il entre dans l'Ordre des frères mineurs capucins en 1893 pour devenir le Frère Jacques de Ghazir. Certains voient en lui le saint Vincent de Paul du Liban. Il est mort le 26 juin 1954. C'est Jean-Paul II qui, en 1992 a signé le décret le reconnaissant comme "vénérable" en raison de ses vertus humaines et chrétiennes. Benoît XVI a reconnu officiellement le 30 mai dernier le miracle ouvrant la voie à sa béatification. Trois Libanais ont été canonisés jusqu'à présent : saint Charbel Makhlouf (1828-1898), sainte Rafqa (1832-1914) et saint Neemetallah Kassab Al-Hardini (1808-1858).

 

 
Le Rassemblement mondial de la jeunesse maronite clôture ses travaux
Plus de 20.000 personnes assistent à la messe dominicale présidée par le patriarche Sfeir à Sydney
 
par HABIB CHLOUK, publié dans l'Orient-le Jour le 14 juillet 2008 

 

Plus de 20.000 personnes ont assisté hier à la messe présidée par le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir, dans le stade de la ville de Parramatta (près de Sydney), qui peut accueillir 25.000 personnes. La cérémonie s'est déroulée à l'occasion des Journées mondiales de la Jeunesse qui se tiennent à Sydney du 15 au 20 juillet en présence du pape Benoït XVI. Il s’agit peut-être de la plus grande messe maronite jamais organisée dans un pays de l’émigration et qui semblait s’inscrire dans le prolongement de la cérémonie de béatification du père Jacques, le mois dernier. Un tonnerre d’applaudissements, qui a duré dix minutes, a accueilli le patriarche au stade où, en dépit de ses 88 ans, Mgr Sfeir a grimpé à deux reprises, seul, les marches jusqu’à la tribune : la première fois pour célébrer la messe et la deuxième fois pour assister à des spectacles en rapport avec la communauté maronite. À l’ouverture de la messe, l’évêque maronite d’Australie, Mgr Aad Abi Karam, a prononcé une allocution dans laquelle il a considéré comme « historique » la visite du patriarche « qui était présent pour parrainer un événement mondial sans précédent, à savoir, le premier rassemblement mondial de la jeunesse maronite qui a mobilisé des jeunes des évêchés maronites du monde entier ». « Ils se sont retrouvés au cours des trois derniers jours afin d’échanger les accusations et les soucis, et discuter du développement de l’identité maronite, en tentant de tracer une image de ce que sera l’Église maronite pour les générations futures, dans son expansion horizontale, dans les pays de l’émigration, et verticale, dans son ancrage historique et son aspiration à de nouveaux horizons », a-t-il ajouté.

 

Après la lecture d’un passage de l’Évangile, Mgr Sfeir a prononcé l’homélie dominicale qu’il a axée sur le thème suivant :« Tout royaume qui se divise est condamné », tiré de l’Évangile de Matthieu, avant de mettre l’accent sur « l’entente, la charité et la concorde qui peuvent rassembler les gens ».Il s’est ensuite exprimé en anglais pour expliquer le sens de la charité et féliciter les émigrés libanais pour leurs réalisations, avant de leur rendre hommage parce qu’ils ont su préserver les traditions et les valeurs de leurs ancêtres. Au terme de la messe, la cérémonie de la Journée maronite a été inaugurée. Plusieurs émissions et spectacles ont été présentés pour l’occasion. La veille, Mgr Sfeir avait été l’hôte d’honneur de la réception donnée par le consul libanais à Sydney, Robert Naoum, en présence de la ministre australienne d’origine libanaise, Barbara Perry, du sénateur Richard Obeid et du député Jean Ajjaka, également d’origine libanaise. Dans le discours qu’il a prononcé pour l’occasion, le patriarche n’a pas manqué d’exprimer sa satisfaction face à la formation du gouvernement libanais. Il a souligné les difficultés auxquelles le Liban est aujourd’hui confronté, précisant que des obstacles se posent devant les tentatives de redressement du pays, se disant persuadé qu’ils seront surmontés.

 

Le communiqué final souligne, entre autres, que « la préservation de l’identité maronite collective est un des problèmes actuels auxquels l’Église doit faire face avec courage ». « Les réunions des trois derniers jours ont également montré que l’émigration constitue une des caractéristiques des maronites, mais la question est de savoir comment en faire un facteur positif, vecteur de salut », poursuit le texte, en relevant que les discussions ont « mis en relief le danger de la fonte des maronites dans des sociétés matérielles de consommation qui distraient les jeunes et les empêchent d’expérimenter une relation profonde avec le Christ ». Le communiqué propose ensuite la création d’une commission patriarcale épiscopale pour les jeunes maronites et la poursuite de l’étude relative à l’identité maronite en association avec l’Université catholique de Sydney et le Centre maronite des études, de la documentation et des recherches. Il appelle, enfin, les évêchés maronites à établir des commissions épiscopales de jeunes pour permettre à ces derniers de contribuer à l’action de l’Église maronite.

 


 

Les festivals de l'été 2008 au Liban

 

La situation au Liban est pour la première fois depuis quatre ans très favorable au tourisme et aux festivals en cet été 2008, durant lequel un nombre record de Libanais de l'étranger et d'amis arabes, européens et autres continuent d'affluer depuis début juillet. Des manifestations culturelles se déroulent dans tout le pays, comme à Byblos, Beiteddine et Baalbek, dont les festivals sont de renommée internationale, et qui présentent cette année :

 

Festival de Byblos : Patti Smith (8 juillet), la "Nuit Blanche 2008" (12 juillet), Vaya Con Dios (17 et 18 juillet), Barbatuques (25 et 26 juillet), Chucho Valdés et Michel Legrand (28 juillet), ainsi que "The Return of the Phoenix" de Oussama Rahbani (du 19 au 24 août)

 

Festival de Beiteddine : Karima Skalli (12 juillet), Branford Marsalis Jazz Quartet (15 juillet), Gilberto Gil (19 juillet), Carlos Gardel Esquina Tango Tour (du 23 au 25 juillet), Mika (27 juillet, en partenariat avec le Festival de Baalbek, au centre-ville de Beyrouth), Kazem as-Saher (1er août), Magida al-Roumi (9 août), Matteo (12 août) et Nassib Ahmadieh (12 août) 

 

Festival de Baalbek : Mika (27 juillet, en partenariat avec le Festival de Beiteddine, au centre-ville de Beyrouth), Astrid Haddad (2 août), Hasmik Papian (9 août), Tania Maria Quartet (16 août), Warda al-Jazayria (21 août) et Abdel Rahman el-Bacha (23 août).

 

 

 

Frontière de Naqoura, le 16 juillet 2008 : le retour de résistants libanais et palestiniens morts au combat contre Israël

 

 

" Nhar Bé Salleh ", - " une journée dans un panier ", ou " une journée amusante ", dans le quartier de Gemmayzé à Beyrouth, le 13 juillet 2008

 
 

 

 

 

 

 

 

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