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>> FLASH >> LA GUERRE DU LIBAN DE 2006 A ÉTÉ UN "RATAGE", SELON UN RAPPORT ISRAÉLIEN - Lundi 18 février 2008

Rapport annuel de Human Rights Watch - Les États-Unis et l'Europe tolèrent des simulacres de démocratie

Un jour de Saint-Valentin historique au Liban
 
 

Le chef militaire du Hezbollah Imad Moghnieh et le Premier ministre Rafic Hariri, tous deux assassinés à trois ans d'intervalle, ont été au centre des deux grandes manifestations qui se sont déroulées dans la banlieue sud et au centre-ville de Beyrouth le jeudi 14 février 2008

Les Libanais vivent une nouvelle année de sursis en cet hiver 2008, avec une actualité très mouvementée qui a atteint son paroxysme le jour de la Saint-Valentin , le jeudi 14 février, décrété jour férié par les autorités. Au cours de cette journée mémorable, des centaines de milliers de Libanais sont descendus dans la rue : d’une part pour commémorer l’assassinat, il y a trois ans, du Premier ministre Rafic Hariri, et dénoncer l’ingérence de la Syrie en réclamant, au nom de la majorité, l’élection immédiate du général Michel Sleimane au poste de président de la République, vacant depuis trois mois ; d’autre part pour participer aux funérailles du chef militaire du Hezbollah, Imad Moghniyé, assassiné mardi soir dans des circonstances mystérieuses alors qu’il se trouvait à Damas, et lancer en retour des menaces à Israël et aux Etats-Unis, rendus responsables de l’état de pourrissement sécuritaire actuel au Liban. Ces manifestations se sont déroulées sous un temps maussade et particulièrement pluvieux, accompagné de tremblements de terre trois jours auparavant et le lendemain, atteignant le niveau 5 à l’échelle de Richter et ayant pour épicentre la région de Srifa, à 15 km à l’est de Tyr. 

 

Il est clair que ces événements interviennent dans le cadre d’un nouveau lâchage du Liban, décidé en automne 2004 en pleine guerre contre l’Irak, avec la rupture du pacte entre les Etats-Unis et la Syrie, qui avait imposé les accords de Taëf et la paix syro-américaine en octobre 1990. Les tentatives de déstabilisation du Liban, sur fond d’implantation palestinienne, se poursuivent ainsi à un rythme soutenu, avec l'attentat contre Marwan Hamadé, qui a miraculeusement échappé à la mort en octobre 2004, l’assassinat de Rafic Hariri en février 2005 qui a été suivi de plusieurs autres, la désastreuse guerre israélienne de l’été 2006 contre le Liban orchestrée par la communauté internationale, jusqu’aux derniers attentats qui ont coûté la vie au général François El-Hajj le 12 décembre 2007 à Baabda et à l’officier Wissam Eid le 25 janvier 2008 à Hazmiyeh, et pour terminer la journée noire du dimanche 27 janvier au cours de laquelle sept personnes ont péri dans le secteur de Chiyah lors d'accrochages avec l'armée libanaise. 

 

Le Liban a ainsi effectué un saut de 20 ans en arrière, avec des dizaines de milliers de Libanais fuyant le pays dans un état d’incertitude et de lassitude, dont un grand nombre de jeunes s’établissant principalement dans les pays du Golfe, comme les Emirats arabes unis, Qatar, l’Arabie Saoudite ou le Koweit, en plein essor économique et culturel grâce à leurs ressources pétrolières. D’autres préfèrent résister sur place, et essayent tant bien que mal de vivre dans un pays au climat et à la nature magnifiques, qui a donné le plus d’hommes célèbres à l’humanité depuis l’Antiquité, comme Mochos de Sidon, Thalès, Pythagore et Euclide de Tyr, ou Philon de Byblos, et qui est ainsi, avec ses 10.452 km2, le plus grand pays au monde.

 


 

La guerre du Liban de 2006 a été un «ratage», selon un rapport israélien

 

paru dans Libération le 30 janvier 2008

La commission d'enquête de l'Etat hébreu estime que la guerre du Liban de 2006 a été un «ratage» et n'épargne ni les politiques ni les militaires. Olmert se refuse, lui, à quitter le pouvoir. Comme prévu, c’est une gifle pour les dirigeants israéliens. Le rapport de la commission d’enquête gouvernementale israélienne rendu public mercredi considère que la guerre du Liban en 2006 a été «un grand et grave ratage».«Nous avons relevé des manquements graves au plus haut niveau de l’échelon politique et militaire», affirme le rapport présenté par le juge à la retraite, Eliahou Winograd, qui a présidé la commission d’enquête. Celle-ci estime que l’opération terrestre lancée aux derniers jours de la guerre contre le Hezbollah chiite libanais (12 juillet-14 août 2006) n’a «pas atteint ses objectifs». Cette offensive a coûté la vie à 33 soldats israéliens, 60 heures avant l’entrée en vigueur de la trêve le 14 août.

 

«Responsabilités personnelles»

«L’entrée en guerre sans une stratégie de sortie était une grave défaillance», selon le rapport qui insiste sur la gestion «déficiente» de l’échelon politique et militaire. «La commission a évité de faire assumer des responsabilités personnelles mais cela ne signifie pas qu’il n’en existe pas», souligne la commission dans son rapport. Une petite phrase qu’appréciera sans doute le Premier ministre israélien Ehud Olmert dont la responsabilité dans les ratés de la guerre du Liban avait déjà été mise en avant dans un rapport intérimaire de la commission publié en 2007. Ces derniers jours cependant, il n’a cessé d’afficher sa détermination de rester aux commandes, ayant tiré, selon lui, les leçons des ratés de la guerre.

Pression de l'opinion

«L’armée a échoué dans sa conduite de la guerre et n’a pas fourni à l’échelon politique un résultat susceptible d’être exploité au niveau politique», estime la commission en précisant que l’armée n’a pas réussi à réduire les tirs de roquettes tirées par le Hezbollah contre le nord d’Israël. Toutefois, la commission relève également des succès militaires et des manifestations d’héroïsme et de courage des soldats sur le terrain, en particulier de l’armée de l’air. La commission Winograd avait été mise sur pied sous la pression de l’opinion par le gouvernement. Les critiques après la guerre avaient porté sur l’impréparation de l'armée. Celle-ci n’est pas parvenue à briser l’appareil militaire du Hezbollah ni à obtenir la libération des deux soldats capturés par le mouvement chiite, un rapt qui avait déclenché le conflit. Le conflit, côté libanais, a fait plus de 1.200 tués, civils pour la plupart, et 160 tués, côté israélien, en majorité des militaires.

 


 

Rapport annuel de Human Rights Watch - Les États-Unis et l'Europe tolèrent des simulacres de démocratie

 

paru dans le Devoir le 1er février 2008

 

Les États-Unis et l'Europe tolèrent que «des autocrates se posent en démocrates» dans des pays comme le Pakistan, le Nigeria ou la Russie, où les droits de la personne sont violés, dénonce l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch dans son rapport annuel. «De nos jours, il est très facile pour les autocrates de n'en faire qu'à leur tête en montant un simulacre de démocratie», souligne Kenneth Roth, directeur de cette organisation basée aux États-Unis, dans ce rapport publié hier. Selon M. Roth, «Washington et les gouvernements européens acceptent toujours les élections les plus douteuses lorsque le gagnant est un allié stratégique ou commercial». D'autre part, les États-Unis et l'Europe ont plus de mal à exiger le respect des droits de la personne dans le monde parce qu'ils les violent eux-mêmes dans leur lutte contre le terrorisme, et les gouvernements autocratiques en profitent, affirme l'organisation.

Le rapport signale les abus des États-Unis dans la «guerre contre le terrorisme» avec 275 détenus non inculpés à Guantánamo, le recours à des prisons clandestines à l'extérieur du territoire américain et la justification de la torture par le gouvernement. Au Pakistan, dénonce HRW, le président Pervez Moucharraf, allié stratégique de Washington, a modifié le jeu électoral en récrivant la Constitution et en détruisant le système judiciaire indépendant. Et si les États-Unis ont haussé le ton devant l'explosion de violence politique au Kenya, ils avaient accepté l'an dernier les résultats des élections au Nigeria, pays riche en pétrole, en dépit d'accusations crédibles de fraudes. En Russie, à mesure qu'approche l'élection présidentielle de mars prochain, le régime de Vladimir Poutine «réprime la société civile et la liberté de réunion» et continue de violer les droits de la personne en Tchétchénie, dans le Caucase.

Le rapport critique en outre le blocus d'Israël contre les Palestiniens de Gaza, un «châtiment collectif» qui viole le droit international. En Chine, les Jeux olympiques qui se tiennent cette année «constituent une chance historique pour le gouvernement chinois de montrer qu'il peut faire des droits de la personne une réalité pour 1,4 milliard de citoyens», souligne Kenneth Roth. En Birmanie, le rapport dénonce le recours à la violence de la part de la junte militaire pour réprimer les manifestations de moines bouddhistes et de militants pour la démocratie ainsi que la détention arbitraire de centaines de personnes. HRW signale des «élections manipulées» à différents degrés au Tchad, en Jordanie, au Kazakhstan, en Ouzbékistan, en Azerbaïdjan, à Bahreïn, en Malaisie, en Thaïlande, au Zimbabwe, en Biélorussie, à Cuba, en Égypte, en Iran, en Israël, en Libye, au Turkménistan, en Ouganda, au Cambodge, en RDC, en Éthiopie, au Liban, en Russie, en Tunisie, en Chine et au Pakistan.

 


 

Portrait - Le mystère de l’un des hommes les plus recherchés du monde
Héros pour les uns, terroriste pour les autres, Imad Moghniyé, une figure controversée...
 
par SCARLETT HADDAD, publié dans l'Orient-le Jour le 14 février 2008
 

Lorsqu’il y a quelques mois, des piliers de l’alliance du 14 Mars ont commencé à critiquer violemment le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, un proche du parti s’était exclamé : « Ils ne veulent pas de Nasrallah, ils préfèrent peut-être Imad Moghniyé ? » Il s’agissait bien sûr d’une boutade car le secrétaire général du Hezbollah doit forcément être un dignitaire religieux portant le turban noir du sayyed, mais elle en dit long sur la réputation de l’homme qui a été assassiné mardi soir à Damas par l’explosion de sa voiture piégée. Terroriste pour les uns, héros pour les autres, Imad Moghniyé fait pratiquement figure de légende auprès des militants du Hezbollah. Très peu d’entre eux l’ont rencontré tant l’homme vit dans la clandestinité depuis de longues années, mais tous l’admirent, voire le vénèrent, et souhaitent suivre son exemple. Souvent comparé à Carlos, lui aussi terroriste pour les uns et héros pour les autres, Imad Moghniyé n’a jamais été connu pour ses frasques ou ses excès, évoluant toujours dans la même sphère consacrée à la lutte contre Israël et ses alliés.


Né au village de Tayr Debba en 1958, Imad Moghniyé est issu d’une famille de notables qui compte dans ses rangs des dignitaires religieux chiites, comme Mohammad Jawad Moghniyé, célèbre pour ses écrits sur l’islam. Mais, dans une sorte de rébellion, le jeune Imad Moghniyé est d’abord attiré par les groupes de gauche, voire d’extrême gauche. Il commence ainsi par adhérer à un groupe situé à mi-chemin entre les révolutionnaires socialistes et les maoïstes, soutenu comme tous les groupuscules du genre à l’époque par le Fateh d’Abou Ammar. Militant et baroudeur, le jeune homme intègre rapidement le service de sécurité unifié du Fateh dirigé par Abou Ayad. Entre 1975 et 1978, il était en poste à Chiyah et c’est là qu’il rencontre ceux qui deviendront pendant quelques années ses compagnons de route, Abdel-Hadi Hamadé et Ali Dib (ce dernier a d’ailleurs été assassiné par un hélicoptère israélien en 1999 au Liban-Sud, alors qu’il se faisait appeler Khodr Salamé et qu’il était devenu un cadre important du Hezbollah). Tous les trois formaient le noyau de ce qu’on appelait alors le clan chiite du Fateh établi dans la banlieue sud de Beyrouth.

La révolution islamique d’Iran, un déclic
C’est d’ailleurs dans cette même banlieue sud que le chemin de Moghniyé croise celui de sayyed Mohammad Hussein Fadlallah qui prêchait dans la mosquée de Bir el-Abed. Le jeune combattant découvre ainsi que l’islam défend aussi les droits des opprimés et il se rapproche de plus en plus de la religion musulmane. En 1978, la victoire de la révolution islamique en Iran constitue pour lui une sorte de déclic. Il bascule alors dans le clan des religieux. Entre-temps, pendant ses années au Fateh, il avait rencontré un certain Rafic Dust venu aider l’organisation palestinienne à entraîner les jeunes combattants. Rafic Dust deviendra plus tard le chef des gardiens de la révolution iraniens et à travers lui, Imad Moghniyé nouera des liens très étroits avec les responsables iraniens. En 1982, lorsque l’armée israélienne envahit le Liban, il a déjà choisi sa voie : il sera l’un des premiers Libanais à entrer en résistance contre les Israéliens avec l’aide des Iraniens. Le Hezbollah n’existait pas encore ; c’est pourquoi on a tendance à le considérer comme l’un de ses fondateurs.


Depuis lors, son nom a commencé à apparaître dans plusieurs actions spectaculaires. Cela commence avec l’attentat contre le QG israélien à Tyr en 1982, qui avait fait 75 morts parmi les soldats israéliens. Ce fut ensuite l’explosion du QG des marines et l’attentat contre le Drakkar en 1983 ; les Américains et les Français sont convaincus qu’il en est le cerveau. D’ailleurs, ils ne cesseront de réclamer son arrestation aux autorités libanaises. Un peu plus tard, son nom est mêlé à l’enlèvement d’otages occidentaux au Liban et même aux négociations visant à leur relaxation. Selon certaines informations, il aurait même été arrêté à l’aéroport d’Orly au cours d’une de ses missions secrètes pour négocier la libération des otages occidentaux et c’est l’intervention d’Abou Ayad auprès des autorités françaises qui aurait permis sa libération. D’ailleurs, dans des témoignages à l’AFP, certains anciens otages français au Liban ont affirmé qu’il venait les visiter dans leurs cellules et bien qu’ils avaient les yeux bandés, ils auraient reconnu sa voix entre mille.


En 1985, le nom de Imad Moghniyé apparaît dans l’enlèvement de l’avion de la compagnie américaine TWA. Avec Hassan Ezzeddine et Ali Atoué, Imad Moghniyé formait le commando en charge de l’opération. L’avion qui devait effectuer la liaison Athènes-Rome avait été contraint à atterrir à Beyrouth... Après cette opération, Ezzeddine et Atoué avaient choisi la discrétion et personne n’aurait plus parlé d’eux si les Américains n’avaient ressorti leurs noms les classant parmi les 22 terroristes les plus recherchés du monde dans une liste publiée en 2001. Par contre, Imad Moghniyé avait poursuivi sa carrière dans la résistance, multipliant les allers-retours Beyrouth-Téhéran.

Un militant à la retraite ou le chef militaire du Hezbollah ?
Recherché par les services secrets de plus de 40 États, son nom avait été cité dans les attentats visant des Israéliens en Argentine et au Kenya, en 1994. Mais aucune preuve de son implication n’avait été fournie. L’homme était pourtant considéré comme l’un des « cerveaux » du Hezbollah. Il vivait dans la clandestinité la plus totale et changeait souvent d’apparence pour rester méconnaissable. Nul ne savait où il se trouvait, ni quelles étaient ses fonctions réelles. Mais Israël et les États-Unis n’ont jamais cessé de réclamer son arrestation. En 1995, une voiture a explosé dans la banlieue sud de Beyrouth devant la boulangerie de Fouad Moghniyé, le frère de Imad, qui est mort dans l’attentat. Selon les informations du Hezbollah, c’est Imad qui était visé et il a fallu attendre quelques mois pour que les autorités libanaises arrêtent Ahmad Hallak, qui a fait des aveux complets avant d’être jugé et condamné à mort.


Se déplaçant dans le plus grand secret entre Beyrouth, Damas et Téhéran, Moghniyé n’a cessé de cultiver le mystère, devenant ainsi, pour les militants du Hezbollah, un symbole de la lutte et pour certaines parties occidentales une grande figure du terrorisme. Pour la petite histoire, le célèbre auteur de romans d’espionnage Gérard de Villiers l’a placé au cœur de l’intrigue dans deux de ses ouvrages. C’est dire combien Moghniyé était au cœur du monde des renseignements. Alors que, depuis 1995, beaucoup d’experts estimaient qu’il était à la retraite, d’autres au contraire le considéraient comme le chef militaire du Hezbollah, l’un des cerveaux des dernières opérations d’enlèvements de soldats israéliens en 2000 et en 2006, et même l’un des principaux stratèges de la guerre de juillet 2006. Mort dans l’explosion de sa voiture à Damas mardi soir, Imad Moghniyé emportera ses secrets avec lui. Mais aujourd’hui pour les militants du Hezbollah, il ne restera de lui que l’image d’un héros, qui a vécu et qui est tombé en martyr pour la même cause.

 


 

Autopsie d'un crime
 
par NAGIB AOUN, publié dans l'Orient-le Jour le 11 février 2008

L’autruche elle-même se moquerait de nous : on s’étripe sur des chiffres, on se crêpe les cheveux à défaut du chignon, on s’insulte pour des vétilles… et la machine infernale continue son œuvre macabre, broie ce qui reste de décence, de simple bon sens. Pauvre Amr Moussa empêtré dans des comptes, des calculs de boutiquier, entraîné dans le vacarme assourdissant d’analyses bêtes et méchantes brandies comme autant d’arguments convaincants. Un bêtisier devenu sport national qui lui fait prendre ses jambes à son cou à chacune de ses missions. Pauvre diplomatie française confrontée à des réalités locales qui feraient perdre raison à Descartes, piégée par un double langage qui a propulsé le Quai d’Orsay sur une voie rapide et l’Élysée sur un chemin de traverse. Dans les deux cas, un même résultat : des balbutiements, des reculades et des mea-culpa camouflés.


L’autruche elle-même se moquerait de nous, mais également l’ordonnateur de nos malheurs, le cerveau malade qui planifie, ourdit, exécute assassinats et attentats terroristes, les sous-traitants de la conspiration du silence, une omerta qu’on veut nous imposer à coups de voitures piégées, de balles mortelles. Et pourtant les choses sont claires comme l’eau de roche, une eau qui nous vient directement du Barada et dans laquelle se sont noyées jusqu’à présent toutes les missions de bonne ou de mauvaise volonté. Qu’on ne s’y trompe pas, qu’on ne s’y méprenne surtout pas : au Liban, l’arbre cache toujours la forêt et les dits ne sont que la face trompeuse d’une vérité bien tapie dans les non-dits. Querelles ubuesques, ridicules, sur le partage du gâteau, sur la répartition des quotes-parts : tiers de blocage, tiers de garantie, 10-10-10, 13-10-7, 11-10-9. Kouchner y a perdu son latin et Moussa son arabe. Une perte de temps et de crédibilité alors que le jeu infernal se livre ailleurs.


Chronologie des étapes du crime : implosion du gouvernement, séquestration du centre-ville, verrouillage du Parlement, kidnapping de la présidence et, en finale, la méprisable guéguerre lancée contre Bkerké, le piège flagrant tendu à l’armée, le tout accompagné de messages explosifs, meurtriers, sanguinolents. Questions à une livre : à qui profite le crime ? Qui a intérêt à voir le vide institutionnel s’installer, se perpétuer au Liban, à prouver à la communauté internationale que sans lui, sans sa bienveillante assistance, c’est le chaos garanti ? Qui a intérêt à diluer dans l’oubli le crime originel, celui du 14 février 2005 ? Qui a une peur bleue d’un tribunal international qui maintiendra, de longs mois durant, des années durant, une épée de Damoclès au-dessus de sa tête ? Qui se livre à des marchandages de vendeur de tapis, un bazar à ciel fermé où le Liban ne sert plus que de monnaie d’échange, un donnant-donnant que ne renierait pas le plus futé des mafiosi ? Qui jouit de la complicité, de la protection de « l’ennemi historique » qu’il voue tous les jours aux gémonies, mais qu’il se dépêche de tranquilliser, les mêmes jours, par des messages envoyés en sous-main ?


Suivez mon regard : il n’est pas besoin de jumelles pour identifier, pour débusquer l’imposteur. Sa meilleure arme, son argument massue : l’épouvantail islamiste. « Moi parti, moi disparu, c’est la voie ouverte aux intégristes, à une rupture du statu quo sur le front avec Israël. » Et ça marche… et le bâton cède la place à la carotte, à la diplomatie du sourire mielleux et des bonnes manières. Souriez Gibbs : entre-temps, à Gaza, le Hamas dame le pion à l’Autorité palestinienne et le Hezbollah, au Liban, multiplie les pieds de nez à l’adresse de l’État, promet à ses partisans de nouvelles « victoires divines ». La Syrie, elle, applaudit à tout rompre… Israël aussi, deux larrons en foire dansant en chœur sur les débris d’un projet national avorté, sur les décombres d’un pays ravagé par des guerres successives. Pauvres démocraties occidentales dénudées, sans moyens face au cynisme de régimes pourris passés maîtres dans l’art du chantage, dans la pratique de la manipulation.


Infortunée Organisation des Nations unies qui voit ses résolutions régulièrement bafouées, ses appels à la raison méprisés par les mêmes régimes voyous. Mais rassurons-nous : qu’il s’agisse de la Ligue arabe, de l’ONU ou de l’Union européenne, de Moubarak, des deux Abdallah, de Bush, Sarkozy et tutti quanti, tous ont promis de ne jamais nous lâcher, tous ont promis de ne jamais nous abandonner à notre sort. Cela dure depuis 1975 : il est des amours qui restent irrémédiablement stériles.

 


 

Moratoire sur les BASM
 
par JEAN-BAPTISTE RICHARDIER, directeur de Handicap international, publié dans Libération le 30 janvier 2008

 

Handicap international salue votre détermination, monsieur le ministre (tribune de Bernard Kouchner, Libération, 22 janvier, lire ci-dessous), à ce que la France renonce aux bombes à sous-munitions (BASM), qui sèment la terreur parmi les populations civiles, du Laos au Liban, en passant par l’Afghanistan et l’Irak. Nos pas se sont souvent croisés auprès des populations frappées par la «double peine» : lorsque des paysans doivent reconstruire leur vie dévastée, sous la menace de milliers de sous-munitions non explosées. Votre engagement humanitaire ne laisse aucun doute sur votre révulsion à ce que notre pays puisse revendiquer comme légitime le recours à une arme indiscriminée par nature, dont l’utilisation constitue un recul du droit international humanitaire.

 

Notre seule divergence porte sur la route à suivre pour défendre ce fragile acquis de civilisation. Pour «stopper les BASM», il est temps que la diplomatie française choisisse lequel des deux processus soutenir, dès lors que le premier affaiblit le second : soit la convention de 1980 sur certaines armes classiques (CCW) qui n’a abouti jusqu’ici qu’à l’accord vague de «négocier une proposition visant à traiter d’urgence la question de l’impact humanitaire […] assurant un équilibre entre les considérations d’ordres militaires et humanitaires…». Nulle référence à interdiction ou délai de mise en œuvre. Lorsque l’on sait que la CCW doit fonctionner au consensus - certains Etats parties refusant d’aborder les conséquences des BASM depuis 1974 -, on est en droit de questionner la crédibilité de cet objectif ; soit le processus d’Oslo, voulu par toutes les sociétés civiles, qui a réuni en moins d’un an 138 pays, engagés à signer un traité d’interdiction des BASM fin 2008, sur le modèle du traité interdisant les mines antipersonnel. La position de la France sur les BASM est incomprise car elle n’est pas lisible : son soutien résolu à la CCW est perçu comme ambiguë au moment où ses propositions dans le processus d’Oslo affaiblissent l’ambition «humanitaire» du futur traité.

 

Pour que notre pays ne s’installe pas «à la traîne» des Etats engagés dans ce processus que vous qualifiez d’audacieux et indispensable, Handicap international adressera une lettre ouverte au président de la République, chef des armées, lui demandant d’instaurer un moratoire immédiat sur les BASM, et invitant les parlementaires à interpeller le gouvernement sur le choix entre une négociation classique sans vraie perspective, et l’espoir d’un progrès pour l’humanité, porté par un processus irréversible. Nous savons pouvoir compter alors sur votre appui et votre détermination.

 


 

Stop aux bombes à sous-munitions
 
par BERNARD KOUCHNER, ministre des Affaires étrangères et européennes, publié dans Libération le 22 janvier 2008

 

L’année 2008 marquera-t-elle la fin du scandale des victimes civiles de bombes à sous-munitions ? Il est permis de l’espérer. La guerre du Liban nous a cruellement rappelé les ravages que peuvent causer les bombes à sous-munitions, qui dispersent au hasard des dizaines, voire des centaines, de grenades sur le sol. Lorsqu’elles n’explosent pas au moment de l’impact, il arrive qu’elles restent des mois, voire des années, avant de tuer aveuglément. Aujourd’hui, l’ONU en dénombre un million disséminées dans le monde, en particulier en Afghanistan, en Irak, au Liban et au Kosovo. Sans oublier l’Asie du Sud-Est.

 

D’après Handicap international, elles feraient 98 % de victimes civiles. Conçues pour le champ de bataille, elles frappent donc aussi ceux qui n’y participent pas. Ce paradoxe meurtrier n’est plus acceptable. Les organisations non gouvernementales ont à raison mobilisé les consciences. Il revient aujourd’hui aux Etats de prendre, ensemble, leurs responsabilités et de s’engager à leur tour sur un nouveau droit, ambitieux et efficace. La France, qui n’en a pas utilisé depuis 1991 et n’en exporte pas, y est prête.

 

Ce travail passe par deux voies parallèles et complémentaires. La première est la «conférence des Etats parties à la convention de 1980 sur certaines armes classiques» : en novembre 2007, celle-ci a adopté, grâce aux efforts de l’Union européenne et de la France, un mandat de négociation sur le sujet assorti d’un calendrier dense et précis d’ici à la fin 2008. Cette négociation présente l’avantage d’associer, dans le cadre des Nations unies, les Etats producteurs ou utilisateurs, dont les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil et Israël. La seconde est le processus engagé à Oslo en février 2007, auquel ces Etats ne participent pas parce qu’il est plus audacieux. A Oslo, la quarantaine de pays les plus mobilisés - dont la France - a pris l’engagement de conclure, d’ici à la fin 2008, un «instrument juridiquement contraignant sur l’interdiction de l’emploi, de la production, du stockage et du transfert des armes à sous-munitions qui entraînent des dommages inacceptables pour les populations civiles». 

 

Cet instrument indispensable, je souhaite qu’il contienne des dispositions ambitieuses sur l’assistance aux victimes et sur la dépollution, dans les conditions prévues aujourd’hui pour les mines antipersonnel et les restes explosifs de guerre. Le texte négocié dans le cadre du processus d’Oslo devra également associer le plus grand nombre d’Etats, notamment parmi les Etats possesseurs, et se focaliser sur les armes dangereuses pour les populations civiles de manière à les interdire sans délai. Autre enjeu : la définition des armes concernées. 

 

La déclaration d’Oslo propose l’interdiction des armes à sous-munitions dont les conséquences sont «inacceptables pour les populations civiles». Y aurait-il des conséquences acceptables ? Je ne le crois pas. C’est donc bien la question de la définition comme de la diversité des armes en termes de précision et de fiabilité qui est au cœur de la négociation qui s’engage. Celle-ci sera difficile et complexe. Elle demandera patience et détermination. Et conscience humanitaire. Aux prochaines réunions du processus d’Oslo, dès février prochain à Wellington, ainsi que dans le cadre de la convention sur certaines armes classiques à Genève, la France y contribuera activement avec ses partenaires, pour que cesse enfin, avant la fin 2008, cette double peine aveugle et cruelle infligée aux populations déjà meurtries par la guerre.

 


 

Le concours de nouvelles de la FFM Marseille
 

Comme à l’accoutumée, le Forum femmes Méditerranée de Marseille organise le concours de nouvelles de cette année sur le thème « Escales ». Ce concours s’adresse aux femmes des pays du pourtour méditerranéen n’ayant jamais publié. Une exception sera faite pour les personnes éditées à compte d’auteur. Les textes doivent être en adéquation avec le thème et comporter un titre. Un seul texte sera accepté par auteur. La langue sera choisie par l’auteur. Les textes devront être envoyés en quatre exemplaires numérotés de 10 pages maximum (entre 12.500 et 20.000 signes). Il est souhaitable d’envoyer les textes par mail en numérotant les pages. Ce qui faciliterait le travail.


Les nouvelles devront arriver au forum avant le 31 mai 2008 à l’adresse suivante :
Forum femmes Méditerranée
74, rue Longue des Capucins
13 001 Marseille.
Tél. : 0033 4 919114 89.
E-mail : ffm13@wanadoo.fr 
Site Internet : www.femmes-med.org 
Les lauréates qui recevront le prix d’excellence seront invitées à Marseille. Toutes les nouvelles primées seront publiées dans un recueil.

 


 

Inauguration du sommet régional des médias et de la publicité au Mzaar 2000
MENA Crystal Awards, « un événement à l’image du Liban »
 
par MAHMOUD HARB, publié dans l'Orient-le Jour le 13 février 2008

Plusieurs dizaines de représentants d’agences publicitaires, de leurs entreprises clientes, de compagnies de production et de médias se sont retrouvés hier au Mzaar 2000, à Faraya, pour la troisième édition de MENA Crystal Awards, organisée en partenariat avec le festival de Méribel. Événement publicitaire de l’année, le forum se déroule sur 3 jours et comportera des chantiers de réflexion, des tables rondes et des conférences au cours desquels interviendront des professionnels de l’industrie de la pub. Des spots publicitaires triés sur le volet seront projetés et des prix récompenseront des entreprises créatives dans dix domaines de la publicité : l’audiovisuel, les stands ou « outdoor », les magazines, les radios, l’intégration, la publicité sur Internet, les services de marketing, les médias et la communication d’entreprise.


Lors d’un entretien avec L’Orient-Le Jour, le directeur du festival de Méribel et du MENA Crystal Awards (MCA), Christian Cappe, a expliqué que « ce n’est par hasard que le Liban a été sélectionné pour accueillir un forum publicitaire à vocation régionale ». « En premier, Faraya-Mzaar est l’une des plus importantes stations de ski du Proche-Orient. Nous avons décidé d’y organiser le MCA, pour créer un lien solide avec le festival de Méribel qui se tient également dans une station hivernale », a-t-il souligné à cet égard. De plus, pour le directeur du forum, « le Liban, pays de contradictions et de diversités et donc de richesses, est une source de créativité dans la région ». « Nous y retrouvons une culture incomparable de l’esthétique, de la création, de la beauté et de l’élégance. Le Liban possède un capital humain exceptionnel. Notre forum est un événement à l’image du pays », a-t-il lancé.


Quant aux risques qu’ont pris les parties organisatrices en mettant en place un pareil événement dans un contexte politique et sécuritaire pour le moins tendu, le directeur du festival a rappelé que la précédente édition s’était tenue quelques jours après les incidents de l’Université arabe en janvier 2007. « La sphère politique est une chose, la publicité en est une autre. D’ailleurs, le 14 février, c’est la fête de l’amour. C’est une occasion pour célébrer à la fois la créativité et la réconciliation. Nos accréditations pour l’édition présente ont crû de 50 % en comparaison avec l’année dernière », a-t-il poursuivi. Quant aux objectifs du forum, Christian Cappe indique qu’il s’agit d’un lieu de rencontre, où les acteurs du marché publicitaire se retrouvent, « renforcent leurs relations mutuelles et lancent un brainstorming collectif ».


En effet, le MCA comporte notamment une série de conférences organisées sous le titre de « Crystal-Lab ». Il s’agit d’un laboratoire de discussions consacrées à l’étude des perspectives du secteur et à la présentation des dernières innovations dans le domaine. Des sujets comme « la mesure de l’audience et le positionnement des chaînes télévisées arabes », « les perspectives de la numérisation, de la communication et de la publicité dans le monde musulman », « l’utilisation du support média » ou « la construction de l’image de marque » y seront, entre autres, abordés.


Par ailleurs, selon Christian Cappe, le festival vise également à « récompenser la créativité par des prix, et donc à valoriser une marque par rapport à une autre, pour encourager la production de valeur ajoutée, et donc la croissance ». L’un des événements marquants du forum est la projection de 8 courts métrages à vocation non publicitaire, réalisés par dix jeunes débutants qui voudraient se lancer dans la pub, le but étant, selon le directeur du forum, de les présenter aux producteurs, notamment le « numéro 2 » mondial, la société Partisan, qui participe au festival. La présente édition n’accueillera aucun jeune réalisateur libanais ou arabe, mais la sélection sera étendue au Proche-Orient dès l’année prochaine. Le MENA Crystal Awards accueillera par conséquent la réalisatrice Nadine Labaki qui parrainera le lancement de cet événement.

 


 

Aventure - Le conquérant du pôle Sud de retour au bercail
Maxime Chaaya : « Tout est possible à force de persévérance »
 
par NADIM MAKHOUL, publié dans l'Orient-le Jour le 3 janvier 2008

Après avoir escaladé les sept sommets du monde lors des deux dernières années, le héros libanais Maxime Chaaya s’était fixé un nouvel objectif pour la fin de l’année 2007 : traverser l’Antarctique et planter le drapeau libanais au pôle Sud, le tout sans assistance. Après une extraordinaire aventure de 47 jours et 1.130 kilomètres traversés dans la neige, le froid et la glace, Maxime Chaaya a tenu son pari, devenant ainsi le premier Libanais à avoir accompli pareille expédition. Dans son objectif de conquérir les « trois pôles », à savoir le mont Everest, le pôle Sud et le pôle Nord, Maxime Chaaya n’est plus qu’à une encablure pour devenir le huitième homme sur terre à accomplir une telle mission, la traversée du Canada jusqu’au pôle Nord étant la seule à manquer à son riche palmarès. Le 27 décembre 2007 donc, à 23h30 heure de Beyrouth, le drapeau libanais flottait sur le sol gelé du pôle Sud, à une température avoisinant les -30° C. 

 

Sur le plateau polaire, partie la plus hostile du pôle Sud, où la vie, même à un niveau bactérien, n’existe pas, le paysage a été embelli par la présence du cèdre libanais, ce bois qui, à travers les temps, a fait le tour du monde pour décorer les plus beaux sites de la planète. Hier soir, Maxime Chaaya est rentré au bercail, après plus de 30 heures de vol. « Je suis impatient de retrouver ma famille et de savourer avec elle ce moment intense, a-t-il déclaré à L’Orient-Le Jour lors de son arrivée à l’Aéroport international Rafic Hariri. Ce fut une aventure esquintante qui a demandé beaucoup d’efforts et je suis heureux de l’avoir conclue avec succès. » « Je tiens à remercier toutes les personnes qui se sont connectées sur mon blog et qui m’ont supporté lors de mon aventure. Leur soutien m’était indispensable, ça m’a donné une force supplémentaire alors que j’en avais le plus besoin », a-t-il lancé avec un sourire.

Une leçon de vie
En effet, plus de 720.000 entrées ont été enregistrées depuis le 1er novembre sur le site www.thethreepoles.com , des personnes des quatre coins de la planète ayant tenu à suivre quotidiennement l’aventure de Maxime Chaaya. « Ça m’a fait plaisir de savoir à quel point les Libanais et les amis du Liban sont assoiffés de “success stories”, alors que notre pays passe par une période assez mouvementée », a noté Chaaya. Le champion libanais a également tenu à remercier la Banque Audi, son sponsor, « sans qui tout cela serait resté un simple projet ». « Je voudrais enfin montrer à tous les Libanais que tout est possible à force de travail et de persévérance. Ne perdez jamais l’espoir et tentez toujours de réveiller le héros qui dort en vous », a-t-il dit. Outre l’exploit, Maxime Chaaya nous a donné une leçon de force, de persévérance, de foi, de volonté et d’endurance, malgré tous les obstacles auxquels il a dû faire face lors de son périple. Une vraie leçon de vie pour la société libanaise, qui n’en finit plus de se diviser, de s’éparpiller, de se désintégrer... Mille mabrouks pour ce grand champion qui ne cessera jamais de nous fasciner et de porter haut, très haut les couleurs du Liban.

 

 

 

Maxime Chaaya plantant le drapeau du Liban au pôle Sud le 27 décembre 2007

 

 

Chutes de neige à 700 m sur le site romain de Beit-Méry dans la montagne libanaise. Photo réalisée le 31 janvier 2008. Naji Farah

 
 

 

 

 

 

 

 

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