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>> FLASH >> L'ARGENT DE LA PAIX EN PALESTINE - Vendredi 21 décembre 2007

L’impossible élection présidentielle libanaise

Le Liban où les héros sont tués
 
 

Des milliers de citoyens ont défilé les 18 et 19 décembre à l'église du Sacré-Coeur à Badaro (Beyrouth) pour présenter leurs condoléances à la famille du regretté général François El-Hajj, originaire du village frontalier de Rmeich, assassiné le mercredi 12 décembre 2007 à Baabda dans la banlieue est de Beyrouth. Les funérailles s'étaient déroulées à Notre-Dame du Liban à Harissa le 14 décembre, sous des tonnerres d'applaudissements à la mémoire du héros de l'armée libanaise

En cette période de fêtes de fin d'année où, tant bien que mal, les habitants essaient d'oublier leurs peines et leurs divisions aggravées par un vide constitutionnel laissant le pays sans président, le Liban a perdu un nouvel héros, le général François el-Hajj, tombé sur le champ d'honneur le mercredi 12 décembre à 7h du matin, à Baabda dans la banlieue chrétienne de Beyrouth, deux ans jour pour jour après Gebrane Tuéni. Pour la première fois, un attentat a tué un officier supérieur de l’armée libanaise et son garde du corps. Chef des opérations, François el-Hajj avait supervisé l’été dernier les combats meurtriers entre l’armée et les islamistes de Fatah al-Islam dans le camp palestinien de Nahr al-Bared. Pendant ce temps, l'élection présidentielle a été encore reportée, pour la 10e fois consécutive, au 29 décembre prochain, ce qui n'a surpris personne. Toujours est-il que des milliers de Libanais résidant à l'étranger affluent à l'aéroport international "Rafic Hariri" de Beyrouth, pour passer le cap de la nouvelle année en famille au Liban, où festivités et spectacles se succèdent. A Paris, l'Autorité palestinienne a reçu le 17 décembre un soutien financier massif de la communauté internationale, représentée par 87 pays et institutions, qui a promis de lui apporter 7,4 milliards de dollars d'aide en trois ans. Le premier ministre palestinien, Salam Fayyad, a immédiatement salué un "vote de confiance" à l'égard de l'Autorité palestinienne, aux prises avec le mouvement islamiste Hamas qui a pris le contrôle en juin de la bande de Gaza et confrontée aux restrictions d'accès imposées par Israël. La violence a également repris en Algérie, où un double attentat kamikaze à la voiture piégée a fait le 11 décembre plus de 70 morts, visant dans la matinée le siège du Conseil constitutionnel à Alger, puis dix minutes plus tard et à quelques centaines de mètres, des locaux de l'ONU. Pour ce qui est de la question nucléaire en Iran, un nouveau rapport du renseignement américain a montré au début du mois que le programme nucléaire militaire iranien avait été arrêté il y a cinq ans, ce qui a entraîné une baisse de la tension entre les deux pays.    

 


 

Un attentat très bien préparé
L’assassinat du général El-Hajj, un message pour le futur président

 

par JEAN-PIERRE PERRIN, publié dans Libération le 13 décembre 2007

 

Une voiture piégée avec trente-cinq kilos de TNT. Le général François el-Hajj, âgé de 54 ans, n’avait aucune chance de sortir vivant de l’attentat. Un mode opératoire qui rappelle celui commis contre l’ex-Premier ministre Rafic Hariri ou, il y a exactement deux ans, contre le député (antisyrien) et patron de presse Gebrane Tuéni. Ce qui frappe, cependant, c’est le nouveau pas franchi par les terroristes. Ils ont frappé l’une des têtes de l’armée libanaise, l’un des deux officiers qui auraient pu succéder à son chef, le général Michel Sleimane, pressenti pour devenir le prochain président libanais. Ceux qui l’ont assassiné n’ont donc pas craint de défier directement les forces armées, considérées comme la seule institution encore debout au Liban. C’est encore une nouvelle ligne rouge qui a été franchie, peut-être la dernière.

 

D’emblée, les regards se sont tournés vers Fatah al-Islam, une organisation à l’idéologie proche d’Al-Qaeda et plus ou moins manipulée par Damas. L’officier assassiné avait dirigé l’assaut contre les combattants, essentiellement étrangers, de ce groupe retranché près de Tripoli (nord du Liban), mais il semble peu probable que ces jihadistes, dont la plupart ont été tués, arrêtés ou sont en fuite, aient eu les moyens opérationnels de perpétrer un attentat d’une telle envergure. Celui-ci avait été minutieusement préparé : la voiture piégée avait été gardée sur le bord de la route trois minutes avant le passage du véhicule de l’officier. Dès lors, comme pour les précédentes explosions, c’est la piste du terrorisme d’Etat qui une nouvelle fois se dessine. Avec la possibilité de complicités au sein même de l’appareil militaire. Dans le secteur de Baabda on trouve la présidence et, non loin, le ministère de la Défense. Cette zone fait aussi partie du périmètre sécuritaire du Hezbollah. 

 

Un avertissement pour Sleimane 

De l’avis de la plupart des observateurs, ce message s’adresse au général Sleimane. Comme lui, le général El-Hajj avait la réputation d’être relativement indépendant. «Cet acte criminel et terroriste est lié au soutien apporté par la majorité parlementaire [antisyrienne, ndlr] à la [candidature] du chef de l’armée à la présidence», a commenté le vice-président du Parlement et député de cette majorité, Farid Makari. Curieusement, Damas, qui a aussitôt accusé Israël de l’assassinat, avait la veille fait des déclarations pour le moins ambiguës. «Personne ne pourra vaincre la Syrie au Liban», avait assuré le vice-président syrien, Farouk al-Chareh. Selon le quotidien Al-Hayat, le président syrien, Bachar al-Assad, avait promis à Nicolas Sarkozy que le prochain président libanais serait élu mardi. Il n’y a toujours pas eu de scrutin, mais un nouvel assassinat.

 


 

L'argent de la paix en Palestine

 

par JOSEPH LIMAGNE, publié dans Ouest-France le 18 décembre 2007

 

Tel un énorme Téléthon politico-humanitaire, les promesses d'aide à l'Autorité palestinienne ont afflué, tout au long de la conférence, qui réunissait, hier, à Paris, 70 États et organismes donateurs. Avec plus de sept milliards de dollars totalisés à la fin de la journée, la communauté internationale crève le plafond des prévisions. Elle veut prouver qu'elle met le paquet pour donner toutes ses chances à la création de l'État palestinien indépendant. Ces engagements, qui restent à confirmer, interviennent un mois après la rencontre d'Annapolis (États-Unis), où Israéliens et Palestiniens ont officiellement renoué le dialogue, après sept ans d'interruption du processus de paix. Entre l'objectif politique de parvenir à un accord, avant la fin de 2008, et la nécessité d'éviter l'effondrement économique total de l'entité palestinienne, le lien est évident. Quelles seraient les chances d'existence et de survie d'un État dont les citoyens manqueraient de tout ; dont les entreprises ne pourraient ni importer ni exporter ; un État incapable de payer ses 160.000 fonctionnaires ?

 

Telle est déjà la misère dans laquelle se trouve l'Autorité palestinienne. Tel est déjà ce à quoi les donateurs du monde entier s'efforcent de parer depuis des années. Dans la bande de Gaza, désormais contrôlée par les islamistes du Hamas, la survie du million et demi d'habitants dépend presque exclusivement de l'assistance humanitaire internationale. Avec un milliard d'euros en 2007, l'Union européenne et ses pays membres arrivent largement en tête du soutien aux Palestiniens. Mais distribuer de l'argent ne suffit pas. Encore faut-il que ce ne soit pas à fonds perdus. Aider le gouvernement palestinien à verser les salaires ne ferait qu'entretenir une situation de dépendance, si les conditions d'une reprise économique n'étaient pas réunies. Or, elles ne le sont pas. Le plan sur trois ans présenté par Salam Fayad, Premier ministre intègre et compétent, est grevé d'avance par un déficit budgétaire abyssal. Toute la difficulté sera de canaliser une partie de l'aide vers les infrastructures et les investissements productifs.

 

Ce n'est pas impossible. Mais cela dépend, pour une part essentielle, de la volonté israélienne de donner aux Palestiniens un environnement propice à la relance économique. Comment ces derniers pourraient-ils retrouver un semblant de croissance, alors que des centaines de barrages militaires entravent la liberté de circulation des hommes et des marchandises en Cisjordanie et que la bande de Gaza est totalement verrouillée de l'extérieur ? Alors que les routes réservées aux colons israéliens découpent le territoire palestinien en parcelles isolées les unes des autres et que la barrière de sécurité asphyxie les localités qu'elle ceinture ? Mahmoud Abbas est si affaibli qu'il a autant besoin de réussite politique que d'argent pour ne pas être balayé par le désespoir et la colère de son peuple dont les islamistes du Hamas tirent profit. Le succès du président palestinien poindra le jour où ses compatriotes sentiront que l'étau israélien commence à se desserrer. Mais il va de soi que cela n'adviendra que si peut être garantie la sécurité des Israéliens. Cet objectif paraît hors de portée, dans la mesure où les fusées Qassam partent d'un territoire qui échappe à l'Autorité palestinienne. À moins que le double engagement, financier et politique, de la communauté internationale finisse par rendre aux habitants de Gaza, comme à ceux de Cisjordanie, l'espoir de vivre.

 


 

Pour la neuvième fois consécutive, le Parlement libanais n’est pas parvenu hier à désigner le président de la République
L’impossible élection présidentielle libanaise
 
par SIBYLLE RIZK , publié dans le Figaro le 18 décembre 2007
 

Le scénario est invariablement le même. Pour la neuvième fois consécutive, le chef du Parlement, Nabih Berri, a annoncé hier le report, à samedi, de l’élection d’un président de la République. Le seul candidat en lice est le commandant en chef de l’armée, Michel Slei­mane. Il faut un quorum des deux tiers des députés pour procéder au vote et amender au préalable la Constitution, car celle-ci interdit l’accession à la présidence d’un haut fonctionnaire, à moins qu’il ait démissionné deux ans auparavant. Or la majorité parlementaire, constituée autour de l’Alliance du 14 mars, ne dispose pas du nombre suffisant de sièges et est obligée de s’entendre avec l’opposition. Cette dernière soutient désormais la can­didature de Sleimane. Mais elle exige en échange un accord politique global portant notamment sur la répartition des portefeuilles ministériels et la loi électorale pour les législatives de 2009. Cette revendication n’a pas changé depuis un an, date du début de la crise politique inaugurée par la démission des ministres chiites du gouvernement de Fouad Siniora. «Le problème n’est pas la présidence. Notre démocratie consensuelle re­pose sur le principe du partenariat», explique Simon Abiramia, un conseiller de Michel Aoun. Le leader chrétien est mandaté par l’opposition qui comprend le Hezbollah et Amal. 

 

La solution «n’appartient pas aux Libanais» 

Une décision que la majorité considère comme une manœuvre uniquement destinée à empêcher la tenue du scrutin. «La stratégie de la Syrie et de ses alliés est la suivante : soit ils prennent le pouvoir, soit ils continuent de paralyser le Liban», dénonce par exemple le chef des Forces libanaises, Samir Geagea. «La décision n’appartient pas aux Libanais, elle est régionale et internationale», explique Rabih el-Chaer, un conseiller politique proche de la majorité. Si aucune solution n’est trouvée avant la fin de l’année, la présidence pourrait rester vacante jusqu’en mars, à l’ouverture de la prochaine session ordinaire du Parlement.

 


 

Pied de nez…

 

par NAGIB AOUN, publié dans l'Orient-le Jour le 10 décembre 2007
 
Aujourd’hui, je ne ferai pas dans le cynisme, encore moins dans le catastrophisme. Je ne dirai pas que les bonzes qui monopolisent nos destinées ont été floués et qu’ils nous ont, tout autant, floués, qu’ils ont été manipulés et qu’ils nous ont, tout autant, manipulés. Aujourd’hui, je ne leur jetterai pas à la figure leurs quatre vérités : qu’ils nous ont menti, superbement menti, qu’ils nous ont entraînés dans des batailles sans issue, qu’ils ont retourné leur veste le jour où ils ont compris que le vent allait tourner, qu’ils ont, tout simplement, trituré les cerveaux, embarqué tout leur monde dans des trains fous, ceux-là mêmes qui se sont fracassés contre le mur des illusions perdues. Aujourd’hui, je ne hurlerai pas avec les loups, je ne me joindrai pas à la cohorte de ceux qui crient « haro sur le baudet », à la meute des « nouveaux revanchards ». Je ne dénoncerai pas les artisans empressés des désastreuses compromissions. Ceux-là mêmes qui feignent de nager avec le courant et qui attendent l’heure propice pour foncer sur leur proie, demain, dans deux semaines ou dans dix-sept mois.

Aujourd’hui, je ne dirai rien de la foire d’empoigne qui agite les purs et les durs, les autoproclamés défenseurs des valeurs républicaines, je ne révélerai rien de leur quête hystérique des fonctions publiques, des petites et grandes places dans une administration saignée à blanc. Mais, aujourd’hui, je ne participerai, en aucun cas, aux gémissements, aux jérémiades de tous ceux qui ont baissé les bras, qui osent s’interroger déjà : « À quoi donc ont servi tous nos sacrifices, sur quel autel ingrat, stérile sont donc tombés les martyrs de l’indépendance, celle de 1943 et celle de nos jours infâmes ? » Aujourd’hui, je parlerai d’espoir, oui d’espoir, malgré les vicissitudes, les revers, les travers des uns et des autres, malgré les mauvais tours que nous joue l’histoire, un destin toujours imprévisible. Ceux qui sont morts, qui ont donné leur vie, leur jeunesse pour que le Liban demeure ont creusé les sillons indélébiles de la voie royale, celle qui, tôt ou tard, mènera à la résurrection. Il est important de le rappeler en cette semaine du souvenir, celui de Gebran Tuéni, de tous ceux qui ont versé leur sang pour leurs idées, pour leurs convictions.

Il est important de le rappeler pour tous les jeunes qui véhiculent ce même message d’espoir, qui mènent le même combat pour la liberté d’expression, pour l’État de droit. Un combat que Michel Hajji Georgiou, de L’Orient-Le Jour, a fait sien et qui lui a valu d’obtenir le « prix international Gebran Tuéni ». Un combat pour la défense des droits de l’homme que notre journal n’a pas arrêté de mener tout au long de son existence. Aujourd’hui, Michel Hajji Georgiou, hier, Anne-Marie el-Hage, prix Lorenzo Natali pour le monde arabe : L’Orient-Le Jour n’a jamais dévié des principes qui ont animé, qui ont fait la pensée de Michel Chiha. Les hommes passent et trépassent, les grandes causes demeurent et prévalent. N’en déplaise aux briseurs de rêves, aux empêcheurs de tourner en rond.
 

 
La décision de publier les conclusions des agences d'espionnage qui blanchissent Téhéran est inséparable de ce qui se passe en Irak, en Syrie ou en Palestine
L'aveu américain sur le nucléaire iranien montre que les lignes bougent au Proche-Orient
 
par ALAIN CAMPIOTTI, publié dans le Temps le 6 décembre 2007
 
Mahmoud Ahmadinejad crie victoire. Seize agences américaines du renseignement viennent de lui donner raison : la République islamique ne fabrique pas - plus ? - l'arme nucléaire. Le président à la barbe qui grisonne a bien le droit de savourer devant la foule ce moment de triomphe. Mais qui perd, qui gagne ? C'est l'Orient, les fronts sont multiples et souples, les conflits s'emboîtent comme des poupées gigognes : l'Iranien le sait bien, et ses mentors à turban, qui retiennent parfois leur cadet trop passionné, encore mieux que lui. Ce qui est en train de changer, c'est le jeu d'ensemble : dans la région, les lignes bougent. Le contenu du National Intelligence Estimate, dont la révélation à Washington a déclenché ce remue-ménage, est ambigu. Les espions américains disent que l'Iran a développé en secret un potentiel nucléaire militaire jusqu'en 2003, l'a suspendu, pourrait le reprendre. Ce flou permet à George Bush de maintenir que la vigilance et la pression à l'égard de Téhéran sont toujours de mise, après comme avant. Mais il lui a aussi permis de dire aux dirigeants islamiques que les Etats-Unis n'attaqueront pas l'Iran. C'était le vrai message implicite du NIE. Michael McConnell, directeur national du renseignement, est un membre de l'exécutif américain, un ministre de second rang. Il a ordonné la publication des conclusions de la CIA et de ses sœurs parce qu'on lui a dit de le faire, et de le faire maintenant. Ces «estimations» sont rarement rendues publiques.



En fait les Etats-Unis, avant lundi, n'avaient pas davantage le projet de bombarder l'Iran. Toutes les cartes étaient sur la table, répétait Bush. Quand on s'engage dans un bras de fer dont on dit que l'enjeu est la vie ou la mort, il faut bien faire peur à l'adversaire si on veut le faire reculer. Et l'auto-allumage médiatique autour de la figure luciférienne de Dick Cheney était facile à entretenir : cet homme n'est-il pas capable de tout ? Mais il suffisait pour en douter d'écouter l'extrême retenue de l'amiral William Fallon, le chef du Centcom, qui aurait dû conduire une hypothétique attaque contre l'Iran. Il suffisait aussi de faire l'addition des désastres qu'amènerait, au Proche-Orient, en Europe, aux Etats-Unis mêmes une telle aventure pour l'exclure. Les Iraniens, d'ailleurs, le comprenaient et s'en félicitaient publiquement. Mais alors, à quoi sert de dire maintenant ce qui était évident ? Le message du NIE a une importance symbolique. C'est un geste vers Téhéran, le premier, véritablement. L'administration américaine, sans le dire, a entrepris de mettre en œuvre les recommandations de la commission Baker-Hamilton pour corriger le désastre irakien. Il faut entrer en discussion avec la Syrie et l'Iran, disaient ces vieux routiers, appuyés plus récemment par une cohorte de stratèges républicains et démocrates. Ces suggestions avaient été écartées par la Maison-Blanche quand elles avaient été avancées il y a un an, parce que la situation en Irak paraissait catastrophique. Elles constituent la trame de la politique américaine maintenant que Bagdad affiche l'apparence - donne le spectacle savamment orchestré - d'un rétablissement.


Les intellectuels armés qui tenaient l'administration américaine en 2001 avaient conçu le renversement de Saddam Hussein comme le moyen de passer d'un choc (le 11 septembre) venu du Proche-Orient à une césarienne qui le transformerait. Ces idéalistes néo-wilsoniens, comme on les a baptisés, se sont retrouvés embourbés jusqu'à la taille, et la maison leur était tombée sur la tête. Il leur a fallu, en désespoir de cause, recommencer l'apprentissage de la complexité. D'un autre côté, leur action a eu pour effet de libérer des énergies impatientes en Iran. Soudain s'ouvraient, grâce au Grand Satan honni et par l'entremise de milices chiites longtemps cajolées, les portes de l'Irak sans le dictateur qui avait failli, par une guerre de huit ans, abattre la République islamique à peine installée. La Perse, islamisée, pouvait redevenir rayonnante. Téhéran avait d'autres instruments ailleurs, le Hezbollah libanais et les Palestiniens passés du nationalisme au Coran, fanions glorieux. Et dans des tiroirs secrets, des travaux sur l'atome poursuivis clandestinement - pourquoi ? - depuis une quinzaine d'années. Quatre ans ont passé, et les conflits entremêlés n'ont pas beaucoup évolué. Les combattants ressemblent à ces boxeurs fatigués qui s'accrochent par les bras et n'arrivent pas à se déprendre. Le moment vient où il faut compter les points, réaliser un gain éventuel.



Que peuvent les Américains ? Peut-être transformer une débâcle régionale en une non défaite. Quant à l'Iran, son expansion régionale existait surtout dans la frousse des régimes sunnites, qui brandissent la menace perse comme un épouvantail politique et religieux. Les chiites du Liban ont leurs propres soucis, communautaires et nationaux. Les Palestiniens acceptent la main qui les aide, mais ils sont jaloux de leur autonomie. La page ouverte en 2003 est en train de se tourner. Le moment est arrivé où le jeu peut changer. Les joueurs le sentent, avancent des pièces. En Irak, les Iraniens qui sont dans la place n'ont pas besoin de davantage de déstabilisation. La violence est moins utile, le robinet des armes s'est fermé, des discussions ont été ébauchées avec l'occupant américain. Les alliés syriens, qui connaissent cet infléchissement, ne veulent pas rester seuls dans un isolement inconfortable. Ils ont tâté l'eau à Annapolis, appâtés par un échange sur le Golan et un général président pas hostile à Beyrouth. Le gouvernement de Jérusalem pressent, depuis la guerre de 2006 contre le Hezbollah, que la tension militaire, faible ou forte, qui a bien servi Israël depuis 60 ans arrive au bout de ses effets bénéfiques. Et face à l'Iran qui faisait peur, les Américains n'ont pas eu trop de peine à rassembler cette étrange alliance tacite israélo-sunnite, mise en scène dans le Maryland. La publication du National Intelligence Estimate prend du sens dans ce paysage vaste. Pas un accident bureaucratique, mais un geste délibéré, dont les auteurs ne savent pas ce qu'il donnera. Mais quelque chose bouge.

 

 
« Trop de… »
 
par FIFI ABOU DIB, publié dans l'Orient-le Jour le 15 décembre 2007
 
Pareil à une poule décapitée, ce pays court dans tous les sens et sans savoir où il va, il y va très vite. Personne aux commandes (trop de chefs tue le chef), cacophonie d’intérêts contradictoires, inflation de manœuvres et de bluff, absence de stratégie, poker de tricheurs où chacun, tour à tour, prétend changer la règle en cours de partie. L’unique enjeu de ces gesticulations monstrueuses n’est en définitive que le bon peuple du Liban qui a cru naïvement, un certain mois de mars, exprimer ses désirs et se faire écouter. Vaut-il mieux écrire « les » peuples ? car ce sont deux populations différentes, deux cultures à nombre égal mais difficilement compatibles, qui avaient à l’époque confronté leurs aspirations et joué en masse de leur visibilité. Il était déjà clair qu’aucune des deux parties ne pourrait ni convaincre l’autre, ni lui imposer sa vision, ni proposer de projet fédérateur. Trop de peuple tue le peuple. Depuis, de déclarations véhémentes en contre-déclarations enflammées, le langage politique a épuisé les registres. De la courtoisie affectée à l’injure la plus vile, des basses dramatiques aux stridulations narquoises, les mots se sont vidés de leur contenu. Trop de discours tue le discours.

En littérature, on a toujours su que la parole était le seul moyen de différer la mort. Quand la parole perd son sens, elle perd le pouvoir de tenir le néant à distance. On sait alors, au Liban plus qu’ailleurs, qu’il y aura violence. Plus objectivement, dans la tragédie de ce pays, bouclée selon la règle classique de l’unité du temps, du lieu et de l’action, la seule issue possible, le seul moyen de sortir de l’impasse, de briser le cercle, est de verser le sang. Ici, le meurtre est la réponse du joueur acculé, la table rase sur laquelle s’impose la prolongation irrégulière d’une partie létale. Les voilà qui retrouvent un semblant de courtoisie, les chefs. Ils se serrent la pince. Consolent la veuve et l’orphelin. La main sur le cœur, condoléances, sincères, qu’il soit le dernier, que plus jamais, vivons en frères, unissons-nous, aimons-nous. Au 12e assassinat, il n’y a plus de larmes pour pleurer. Trop de mort tue la mort. Il n’y a plus de méfiance, trop de peur tue la peur. Il y a même comme de la joie, trop de deuil tue le deuil. Il n’y a plus de passé ni d’avenir, le présent a tout pris. Il n’y a même plus de nausée, on a tout vomi. Et si nos nerfs sont usés, il nous reste cette vie réflexe qui nous fait courir en tous sens, pareils à des poules décapitées.
 

 
L’ex-GSPC mène un combat aux enjeux internationaux
Le nouveau souffle du jihadisme algérien
 
par CHRISTOPHE AYAD, publié dans Libération le 12 décembre 2007

 

Même avant la revendication tardive, le double attentat meurtrier d’hier portait à l’évidence l’empreinte d’Al-Qaeda. Les signes ne manquent pas : double explosion quasi-simultanée, participation d’au moins un kamikaze, et enfin la date. Le choix du 11 décembre sonne comme un écho au 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, au 11 mars 2004 en Espagne et… au 11 avril 2007 à Alger. Ce dernier attentat, qui avait fait 30 morts, visait le Palais du gouvernement et un commissariat, deux symboles forts du pouvoir algérien.

 

Cette fois-ci, les cibles ont été choisies avec le même soin : d’abord la Cour suprême et le Conseil constitutionnel, censés être les gardiens d’un ordre tenu pour illégitime ; ensuite deux agences de l’ONU, qui incarnent l’Occident honni et sa domination sur les pays musulmans. Pour le directeur du Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), il ne fait pas de doute que c’est l’ONU qui est visée dans l’attaque qui a détruit son antenne d’Alger, ainsi que celle du Pnud (Programme des Nationsunies pour le développement). L’attaque d’hier fait d’ailleurs penser à celle qui avait visé le siège de l’ONU à Bagdad, en août 2003, dans laquelle le représentant de Kofi Annan, Sergio Vieira de Mello, avait perdu la vie. Depuis son allégeance à Al-Qaeda en septembre 2006, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), renommé depuis Al-Qaeda du Maghreb islamique, a multiplié les attaques calquées sur le modèle benladeniste en ciblant les étrangers et en menant des attaques suicides qui font un grand nombre de victimes civiles. A l’origine, le GSPC, apparu à la fin des années 90, alors que la guerre civile faiblissait, était un groupuscule d’anciens militaires islamistes, qui ne s’en prenait qu’aux forces de l’ordre et tenait un maquis. Mais au fur et à mesure des éliminations, arrestations et infiltrations, il a mué en organisation terroriste urbaine et mondialisée comme le montrent les attaques perpétrées en 2007.

 

Le label qaediste a donné un nouveau souffle au jihadisme algérien. La dimension maghrébine a aussi pour but de faire du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie, de la Libye et même de la Mauritanie, voire du nord du Niger et du Mali, un «front» unifié. D’après les spécialistes, la naissance d’Al-Qaeda au Maghreb islamique avait pour but de mutualiser les expériences, d’activer des réseaux transnationaux aux ramifications allant jusqu’en Europe et d’optimiser le recrutement de combattants pour l’Irak. Face aux revers récents d’Al-Qaeda en Mésopotamie, l’organisation serait en train de se tourner vers des cibles proches. Malgré son internationalisation, le jihadisme en Algérie garde une forte spécificité nationale. Si Al-Qaeda est bien plus actif et meurtrier en Algérie qu’au Maroc ou en Tunisie, c’est qu’il prospère sur le terreau de la désespérance et de l’injustice sociale les plus totales : il semble n’avoir aucun problème de recrutement malgré la mort de son numéro 2, Hareg Zoheir, et l’arrestation de Bouderbala Fateh, émir pour la région d’Alger. Al-Qaeda profite aussi de la guerre entre services de sécurité, qui protègent jalousement leurs informations. Enfin, il jouit de l’encouragement idéologique d’une frange du régime, qui n’hésite pas à attiser l’antisémitisme et la haine de l’Occident, comme l’a fait récemment un ministre avant la visite de Sarkozy en Algérie.

 


 

La grêle provoque des centaines d’explosions au Liban-Sud

 

Un violent orage de grêle a fait exploser le 20 novembre des centaines de bombes à fragmentation au Liban-Sud, a rapporté l’Agence nationale d’information (ANI-officielle). Ces bombes à fragmentation avaient été larguées par Israël durant l’été 2006. Des grêlons, gros comme des noix, se sont abattus sur plusieurs vallées du Liban-Sud, ajoute l’ANI. Lorsque les bombes à fragmentation avaient été larguées, elles avaient dispersé de petites bombes sur le sol et dans la végétation.

 


 

Le Vatican regrette l’absence de résultat sur la négociation de l’accord juridique et fiscal entre le Saint Siège et Israël

Rome déplore la mauvaise volonté d'Israël vis-à-vis des chrétiens
 
par ISABELLE DE GAULMYN, publié dans la Croix le 17 décembre 2007
 
« Les chrétiens en Terre sainte connaissent une situation de souffrance, même s’ils ne sont pas persécutés. » À quelques jours de Noël, le P. Pierbattista Pizzaballa, franciscain, custode de Terre sainte, c’est-à-dire supérieur des franciscains qui ont en charge les Lieux saints, a voulu, lundi 17 décembre, devant la presse, à Rome, attirer l’attention sur le quotidien de cette minorité chrétienne de 170.000 personnes. Souffrance, car cette communauté voit son poids démographique décroître chaque année dans la région, du fait de l’émigration des chrétiens qui n’ont plus de perspective sur place. Avec la construction du mur, a ajouté le P. Pizzaballa, la vie des chrétiens qui habitent en terre palestinienne et travaillent à Jérusalem s’est encore compliquée. Enfin, il s’est inquiété de l’évolution de la situation à Gaza, où les chrétiens commencent à faire l’objet de violences de la part de certains musulmans : « Le Hamas ne contrôle pas tout le territoire, et cela laisse une place à des mouvements islamistes fondamentalistes. »
 
Le Vatican ne cache plus son exaspération
En Israël même, l’Église catholique continue à souffrir de l’insécurité juridique et des vexations des autorités. Ainsi, les visas des prêtres et religieux en provenance du monde arabe sont accordés au compte-gouttes. « Cela va mieux depuis quelques semaines, reconnaît le custode, car le nonce a haussé le ton, mais il n’y a pas de règles stables. » Plus généralement, on peut dire que les relations entre le Saint-Siège et l’État d’Israël traversent une passe difficile. Le Vatican ne cache plus son exaspération devant la lenteur des discussions pour parvenir à un accord économique qui devrait stabiliser la situation juridique et financière des institutions catholiques du pays. La toute dernière réunion de négociation, la semaine dernière à Jérusalem, n’a en effet une fois de plus pas abouti. Comme l’a noté lundi avec amertume Mgr Antonio Maria Veglio, secrétaire de la Congrégation pour les Églises orientales, qui était à la rencontre de Jérusalem, « pour une fois le communiqué officiel, qui ne dit rien comme tous les communiqués officiels, reflète exactement le résultat : rien ».
 
Les pèlerinages ont repris
Les discussions continuent à butter sur le point essentiel, à savoir la fiscalité des institutions chrétiennes. Pourtant, a encore noté Mgr Veglio, « l’Église catholique pourrait arguer de la manne touristique apportée au pays par les pèlerins catholiques. » C’est en effet la bonne nouvelle de l’année : les pèlerinages ont repris, et connu en 2007 leur meilleure année depuis longtemps : les réservations de nuits d’hébergement ont dépassé celles de l’année du Jubilé. Quant à Benoît XVI, qui a « un grand désir » de se rendre en Terre sainte, « les conditions ne sont pas réunies, c’est-à-dire la pacification de la situation dans la région et l’envoi par Israël de signaux positifs dans les négociations bilatérales », a estimé le P. Lombardi, porte-parole du Saint-Siège.

 

 

 

La troupe du Ballet national russe interprète du 17 au 23 décembre 2007 le "Lac des cygnes" et "Casse-Noisette" au Casino du Liban à Jounieh qui affiche complet

 

 

Mosaïque byzantine au Musée national de Beyrouth représentant l'enlèvement d'Europe. Photo Naji Farah

 
 

 

 

 

 

 

 

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