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L’impossible
élection présidentielle
libanaise
Le
Liban où les héros
sont tués
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Des
milliers de
citoyens ont
défilé les
18 et 19 décembre à
l'église du
Sacré-Coeur
à
Badaro (Beyrouth)
pour présenter
leurs
condoléances
à la
famille du
regretté général
François
El-Hajj,
originaire du
village
frontalier de
Rmeich, assassiné
le mercredi
12 décembre
2007 à
Baabda dans
la banlieue
est de
Beyrouth.
Les funérailles
s'étaient
déroulées
à
Notre-Dame
du Liban à
Harissa le
14 décembre,
sous des
tonnerres
d'applaudissements
à
la mémoire
du héros de
l'armée
libanaise
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En
cette période de fêtes de fin
d'année où, tant bien que mal,
les habitants essaient d'oublier
leurs peines et leurs divisions aggravées
par un vide constitutionnel
laissant le pays sans président,
le Liban a perdu un nouvel héros,
le général François el-Hajj,
tombé sur le champ d'honneur le
mercredi 12 décembre à 7h du
matin, à Baabda dans la
banlieue chrétienne de
Beyrouth, deux ans jour
pour jour après Gebrane Tuéni.
Pour la première fois, un
attentat a tué un officier supérieur
de l’armée libanaise et son
garde du corps. Chef des opérations,
François el-Hajj avait supervisé
l’été dernier les combats
meurtriers entre l’armée et
les islamistes de Fatah al-Islam
dans le camp palestinien de Nahr
al-Bared. Pendant ce temps, l'élection
présidentielle a été encore
reportée, pour la 10e fois consécutive,
au 29 décembre prochain, ce qui
n'a surpris personne. Toujours
est-il que des milliers de
Libanais résidant à l'étranger
affluent à l'aéroport
international "Rafic
Hariri" de Beyrouth, pour
passer le cap de la nouvelle année
en famille au Liban, où
festivités et spectacles se
succèdent. A Paris,
l'Autorité palestinienne a reçu
le 17 décembre un soutien
financier massif de la communauté
internationale, représentée
par 87 pays et institutions, qui
a promis de lui apporter 7,4
milliards de dollars d'aide en
trois ans. Le premier ministre
palestinien, Salam Fayyad, a immédiatement
salué un "vote de
confiance" à l'égard de
l'Autorité palestinienne, aux
prises avec le mouvement
islamiste Hamas qui a pris le
contrôle en juin de la bande de
Gaza et confrontée aux
restrictions d'accès imposées
par Israël. La violence a également
repris en Algérie, où
un double attentat kamikaze à
la voiture piégée a fait le 11
décembre plus de 70 morts,
visant dans la matinée le siège
du Conseil constitutionnel à
Alger, puis dix minutes plus
tard et à quelques centaines de
mètres, des locaux de l'ONU.
Pour ce qui est de la question
nucléaire en Iran, un nouveau
rapport du renseignement américain
a montré au début du mois que
le programme nucléaire
militaire iranien avait été
arrêté il y a cinq ans, ce
qui a entraîné une baisse
de la tension entre les
deux pays.
Un attentat très bien préparé
L’assassinat du général
El-Hajj, un message pour le
futur président
par JEAN-PIERRE PERRIN,
publié dans Libération le 13
décembre 2007
Une voiture
piégée avec trente-cinq
kilos de TNT. Le général
François el-Hajj, âgé de 54
ans, n’avait aucune chance
de sortir vivant de
l’attentat. Un mode opératoire
qui rappelle celui commis
contre l’ex-Premier ministre
Rafic Hariri ou, il y a
exactement deux ans, contre le
député (antisyrien) et
patron de presse Gebrane Tuéni.
Ce qui frappe, cependant,
c’est le nouveau pas franchi
par les terroristes. Ils ont
frappé l’une des têtes de
l’armée libanaise, l’un
des deux officiers qui
auraient pu succéder à son
chef, le général Michel
Sleimane, pressenti pour
devenir le prochain président
libanais. Ceux qui l’ont
assassiné n’ont donc pas
craint de défier directement
les forces armées, considérées
comme la seule institution
encore debout au Liban.
C’est encore une nouvelle
ligne rouge qui a été
franchie, peut-être la dernière.
D’emblée,
les regards se sont tournés
vers Fatah al-Islam, une
organisation à l’idéologie
proche d’Al-Qaeda et plus ou
moins manipulée par Damas.
L’officier assassiné avait
dirigé l’assaut contre les
combattants, essentiellement
étrangers, de ce groupe
retranché près de Tripoli
(nord du Liban), mais il
semble peu probable que ces
jihadistes, dont la plupart
ont été tués, arrêtés ou
sont en fuite, aient eu les
moyens opérationnels de perpétrer
un attentat d’une telle
envergure. Celui-ci avait été
minutieusement préparé : la
voiture piégée avait été
gardée sur le bord de la
route trois minutes avant le
passage du véhicule de
l’officier. Dès lors, comme
pour les précédentes
explosions, c’est la piste
du terrorisme d’Etat qui une
nouvelle fois se dessine. Avec
la possibilité de complicités
au sein même de l’appareil
militaire. Dans le secteur de
Baabda on trouve la présidence
et, non loin, le ministère de
la Défense. Cette zone fait
aussi partie du périmètre sécuritaire
du Hezbollah.
Un avertissement pour
Sleimane
De l’avis de la plupart
des observateurs, ce message
s’adresse au général
Sleimane. Comme lui, le général
El-Hajj avait la réputation
d’être relativement indépendant.
«Cet acte criminel et
terroriste est lié au
soutien apporté par la
majorité parlementaire [antisyrienne,
ndlr] à la [candidature] du
chef de l’armée à la présidence»,
a commenté le vice-président
du Parlement et député de
cette majorité, Farid
Makari. Curieusement, Damas,
qui a aussitôt accusé Israël
de l’assassinat, avait la
veille fait des déclarations
pour le moins ambiguës. «Personne
ne pourra vaincre la Syrie
au Liban», avait assuré le
vice-président syrien,
Farouk al-Chareh. Selon le
quotidien Al-Hayat, le président
syrien, Bachar al-Assad,
avait promis à Nicolas
Sarkozy que le prochain président
libanais serait élu mardi.
Il n’y a toujours pas eu
de scrutin, mais un nouvel
assassinat.
L'argent de
la paix en Palestine
par JOSEPH
LIMAGNE, publié dans
Ouest-France le 18 décembre
2007
Tel un énorme
Téléthon
politico-humanitaire, les
promesses d'aide à l'Autorité
palestinienne ont afflué,
tout au long de la conférence,
qui réunissait, hier, à
Paris, 70 États et organismes
donateurs. Avec plus de sept
milliards de dollars totalisés
à la fin de la journée, la
communauté internationale crève
le plafond des prévisions.
Elle veut prouver qu'elle met
le paquet pour donner toutes
ses chances à la création de
l'État palestinien indépendant.
Ces engagements, qui restent
à confirmer, interviennent un
mois après la rencontre
d'Annapolis (États-Unis), où
Israéliens et Palestiniens
ont officiellement renoué le
dialogue, après sept ans
d'interruption du processus de
paix. Entre l'objectif
politique de parvenir à un
accord, avant la fin de 2008,
et la nécessité d'éviter
l'effondrement économique
total de l'entité
palestinienne, le lien est évident.
Quelles seraient les chances
d'existence et de survie d'un
État dont les citoyens
manqueraient de tout ;
dont les entreprises ne
pourraient ni importer ni
exporter ; un État
incapable de payer ses 160.000
fonctionnaires ?
Telle est déjà
la misère dans laquelle se
trouve l'Autorité
palestinienne. Tel est déjà
ce à quoi les donateurs du
monde entier s'efforcent de
parer depuis des années. Dans
la bande de Gaza, désormais
contrôlée par les islamistes
du Hamas, la survie du million
et demi d'habitants dépend
presque exclusivement de
l'assistance humanitaire
internationale. Avec un
milliard d'euros en 2007,
l'Union européenne et ses
pays membres arrivent
largement en tête du soutien
aux Palestiniens. Mais
distribuer de l'argent ne
suffit pas. Encore faut-il que
ce ne soit pas à fonds
perdus. Aider le gouvernement
palestinien à verser les
salaires ne ferait
qu'entretenir une situation de
dépendance, si les conditions
d'une reprise économique n'étaient
pas réunies. Or, elles ne le
sont pas. Le plan sur trois
ans présenté par Salam Fayad,
Premier ministre intègre et
compétent, est grevé
d'avance par un déficit budgétaire
abyssal. Toute la difficulté
sera de canaliser une partie
de l'aide vers les
infrastructures et les
investissements productifs.
Ce n'est
pas impossible. Mais cela dépend,
pour une part essentielle, de
la volonté israélienne de
donner aux Palestiniens un
environnement propice à la
relance économique. Comment
ces derniers pourraient-ils
retrouver un semblant de
croissance, alors que des
centaines de barrages
militaires entravent la liberté
de circulation des hommes et
des marchandises en
Cisjordanie et que la bande de
Gaza est totalement verrouillée
de l'extérieur ? Alors
que les routes réservées aux
colons israéliens découpent
le territoire palestinien en
parcelles isolées les unes
des autres et que la barrière
de sécurité asphyxie les
localités qu'elle ceinture ?
Mahmoud Abbas est si affaibli
qu'il a autant besoin de réussite
politique que d'argent pour ne
pas être balayé par le désespoir
et la colère de son peuple
dont les islamistes du Hamas
tirent profit. Le succès du
président palestinien poindra
le jour où ses compatriotes
sentiront que l'étau israélien
commence à se desserrer. Mais
il va de soi que cela
n'adviendra que si peut être
garantie la sécurité des
Israéliens. Cet objectif paraît
hors de portée, dans la
mesure où les fusées Qassam
partent d'un territoire qui échappe
à l'Autorité palestinienne.
À moins que le double
engagement, financier et
politique, de la communauté
internationale finisse par
rendre aux habitants de Gaza,
comme à ceux de Cisjordanie,
l'espoir de vivre.
Pour la neuvième fois consécutive,
le Parlement libanais
n’est pas parvenu hier à
désigner le président de
la République
L’impossible élection présidentielle
libanaise
par SIBYLLE RIZK , publié
dans le Figaro le 18 décembre
2007
Le
scénario est invariablement
le même. Pour la neuvième
fois consécutive, le chef du
Parlement, Nabih Berri, a
annoncé hier le report, à
samedi, de l’élection
d’un président de la République.
Le seul candidat en lice est
le commandant en chef de
l’armée, Michel Sleimane.
Il faut un quorum des deux
tiers des députés pour procéder
au vote et amender au préalable
la Constitution, car celle-ci
interdit l’accession à la
présidence d’un haut
fonctionnaire, à moins
qu’il ait démissionné deux
ans auparavant. Or la majorité
parlementaire, constituée
autour de l’Alliance du 14
mars, ne dispose pas du nombre
suffisant de sièges et est
obligée de s’entendre avec
l’opposition. Cette dernière
soutient désormais la candidature
de Sleimane. Mais elle exige
en échange un accord
politique global portant
notamment sur la répartition
des portefeuilles ministériels
et la loi électorale pour les
législatives de 2009. Cette
revendication n’a pas changé
depuis un an, date du début
de la crise politique inaugurée
par la démission des
ministres chiites du
gouvernement de Fouad Siniora.
«Le problème n’est pas la
présidence. Notre démocratie
consensuelle repose sur le
principe du partenariat»,
explique Simon Abiramia, un
conseiller de Michel Aoun. Le
leader chrétien est mandaté
par l’opposition qui
comprend le Hezbollah et Amal.
La
solution «n’appartient pas
aux Libanais»
Une décision que la majorité
considère comme une manœuvre
uniquement destinée à empêcher
la tenue du scrutin. «La
stratégie de la Syrie et de
ses alliés est la suivante :
soit ils prennent le
pouvoir, soit ils continuent
de paralyser le Liban», dénonce
par exemple le chef des
Forces libanaises, Samir
Geagea. «La décision
n’appartient pas aux
Libanais, elle est régionale
et internationale»,
explique Rabih el-Chaer, un
conseiller politique proche
de la majorité. Si aucune
solution n’est trouvée
avant la fin de l’année,
la présidence pourrait
rester vacante jusqu’en
mars, à l’ouverture de la
prochaine session ordinaire
du Parlement.
Pied de
nez…
par NAGIB AOUN, publié
dans l'Orient-le Jour le
10 décembre 2007
Aujourd’hui, je ne ferai
pas dans le cynisme, encore
moins dans le
catastrophisme. Je ne dirai
pas que les bonzes qui
monopolisent nos destinées
ont été floués et
qu’ils nous ont, tout
autant, floués, qu’ils
ont été manipulés et
qu’ils nous ont, tout
autant, manipulés.
Aujourd’hui, je ne leur
jetterai pas à la figure
leurs quatre vérités :
qu’ils nous ont menti,
superbement menti, qu’ils
nous ont entraînés dans
des batailles sans issue,
qu’ils ont retourné leur
veste le jour où ils ont
compris que le vent allait
tourner, qu’ils ont, tout
simplement, trituré les
cerveaux, embarqué tout
leur monde dans des trains
fous, ceux-là mêmes qui se
sont fracassés contre le
mur des illusions perdues.
Aujourd’hui, je ne
hurlerai pas avec les loups,
je ne me joindrai pas à la
cohorte de ceux qui crient
« haro sur le baudet », à
la meute des « nouveaux
revanchards ». Je ne dénoncerai
pas les artisans empressés
des désastreuses
compromissions. Ceux-là mêmes
qui feignent de nager avec
le courant et qui attendent
l’heure propice pour
foncer sur leur proie,
demain, dans deux semaines
ou dans dix-sept mois.
Aujourd’hui, je ne dirai
rien de la foire
d’empoigne qui agite les
purs et les durs, les
autoproclamés défenseurs
des valeurs républicaines,
je ne révélerai rien de
leur quête hystérique des
fonctions publiques, des
petites et grandes places
dans une administration
saignée à blanc. Mais,
aujourd’hui, je ne
participerai, en aucun cas,
aux gémissements, aux jérémiades
de tous ceux qui ont baissé
les bras, qui osent
s’interroger déjà : «
À quoi donc ont servi tous
nos sacrifices, sur quel
autel ingrat, stérile sont
donc tombés les martyrs de
l’indépendance, celle de
1943 et celle de nos jours
infâmes ? » Aujourd’hui,
je parlerai d’espoir, oui
d’espoir, malgré les
vicissitudes, les revers,
les travers des uns et des
autres, malgré les mauvais
tours que nous joue
l’histoire, un destin
toujours imprévisible. Ceux
qui sont morts, qui ont donné
leur vie, leur jeunesse pour
que le Liban demeure ont
creusé les sillons indélébiles
de la voie royale, celle
qui, tôt ou tard, mènera
à la résurrection. Il est
important de le rappeler en
cette semaine du souvenir,
celui de Gebran Tuéni, de
tous ceux qui ont versé
leur sang pour leurs idées,
pour leurs convictions.
Il est important de le
rappeler pour tous les
jeunes qui véhiculent ce même
message d’espoir, qui mènent
le même combat pour la
liberté d’expression,
pour l’État de droit. Un
combat que Michel Hajji
Georgiou, de L’Orient-Le
Jour, a fait sien et qui lui
a valu d’obtenir le «
prix international Gebran Tuéni
». Un combat pour la défense
des droits de l’homme que
notre journal n’a pas arrêté
de mener tout au long de son
existence. Aujourd’hui,
Michel Hajji Georgiou, hier,
Anne-Marie el-Hage, prix
Lorenzo Natali pour le monde
arabe : L’Orient-Le Jour
n’a jamais dévié des
principes qui ont animé,
qui ont fait la pensée de
Michel Chiha. Les hommes
passent et trépassent, les
grandes causes demeurent et
prévalent. N’en déplaise
aux briseurs de rêves, aux
empêcheurs de tourner en
rond.
La décision de publier les
conclusions des agences
d'espionnage qui
blanchissent Téhéran est
inséparable de ce qui se
passe en Irak, en Syrie ou
en Palestine
L'aveu américain sur le
nucléaire iranien montre
que les lignes bougent au
Proche-Orient
par ALAIN CAMPIOTTI, publié
dans le Temps le 6 décembre
2007
Mahmoud Ahmadinejad crie
victoire. Seize agences américaines
du renseignement viennent de
lui donner raison : la République
islamique ne fabrique pas -
plus ? - l'arme nucléaire.
Le président à la barbe
qui grisonne a bien le droit
de savourer devant la foule
ce moment de triomphe. Mais
qui perd, qui gagne ? C'est
l'Orient, les fronts sont
multiples et souples, les
conflits s'emboîtent comme
des poupées gigognes :
l'Iranien le sait bien, et
ses mentors à turban, qui
retiennent parfois leur
cadet trop passionné,
encore mieux que lui. Ce qui
est en train de changer,
c'est le jeu d'ensemble :
dans la région, les lignes
bougent. Le contenu du
National Intelligence
Estimate, dont la révélation
à Washington a déclenché
ce remue-ménage, est
ambigu. Les espions américains
disent que l'Iran a développé
en secret un potentiel nucléaire
militaire jusqu'en 2003, l'a
suspendu, pourrait le
reprendre. Ce flou permet à
George Bush de maintenir que
la vigilance et la pression
à l'égard de Téhéran
sont toujours de mise, après
comme avant. Mais il lui a
aussi permis de dire aux
dirigeants islamiques que
les Etats-Unis n'attaqueront
pas l'Iran. C'était le vrai
message implicite du NIE.
Michael McConnell, directeur
national du renseignement,
est un membre de l'exécutif
américain, un ministre de
second rang. Il a ordonné
la publication des
conclusions de la CIA et de
ses sœurs parce qu'on lui a
dit de le faire, et de le
faire maintenant. Ces «estimations»
sont rarement rendues
publiques.
En fait les Etats-Unis,
avant lundi, n'avaient pas
davantage le projet de
bombarder l'Iran. Toutes les
cartes étaient sur la
table, répétait Bush.
Quand on s'engage dans un
bras de fer dont on dit que
l'enjeu est la vie ou la
mort, il faut bien faire
peur à l'adversaire si on
veut le faire reculer. Et
l'auto-allumage médiatique
autour de la figure luciférienne
de Dick Cheney était facile
à entretenir : cet homme
n'est-il pas capable de tout
? Mais il suffisait pour en
douter d'écouter l'extrême
retenue de l'amiral William
Fallon, le chef du Centcom,
qui aurait dû conduire une
hypothétique attaque contre
l'Iran. Il suffisait aussi
de faire l'addition des désastres
qu'amènerait, au
Proche-Orient, en Europe,
aux Etats-Unis mêmes une
telle aventure pour
l'exclure. Les Iraniens,
d'ailleurs, le comprenaient
et s'en félicitaient
publiquement. Mais alors, à
quoi sert de dire maintenant
ce qui était évident ? Le
message du NIE a une
importance symbolique. C'est
un geste vers Téhéran, le
premier, véritablement.
L'administration américaine,
sans le dire, a entrepris de
mettre en œuvre les
recommandations de la
commission Baker-Hamilton
pour corriger le désastre
irakien. Il faut entrer en
discussion avec la Syrie et
l'Iran, disaient ces vieux
routiers, appuyés plus récemment
par une cohorte de stratèges
républicains et démocrates.
Ces suggestions avaient été
écartées par la
Maison-Blanche quand elles
avaient été avancées il y
a un an, parce que la
situation en Irak paraissait
catastrophique. Elles
constituent la trame de la
politique américaine
maintenant que Bagdad
affiche l'apparence - donne
le spectacle savamment
orchestré - d'un rétablissement.
Les intellectuels armés qui
tenaient l'administration américaine
en 2001 avaient conçu le
renversement de Saddam
Hussein comme le moyen de
passer d'un choc (le 11
septembre) venu du
Proche-Orient à une césarienne
qui le transformerait. Ces
idéalistes néo-wilsoniens,
comme on les a baptisés, se
sont retrouvés embourbés
jusqu'à la taille, et la
maison leur était tombée
sur la tête. Il leur a
fallu, en désespoir de
cause, recommencer
l'apprentissage de la
complexité. D'un autre côté,
leur action a eu pour effet
de libérer des énergies
impatientes en Iran. Soudain
s'ouvraient, grâce au Grand
Satan honni et par
l'entremise de milices
chiites longtemps cajolées,
les portes de l'Irak sans le
dictateur qui avait failli,
par une guerre de huit ans,
abattre la République
islamique à peine installée.
La Perse, islamisée,
pouvait redevenir
rayonnante. Téhéran avait
d'autres instruments
ailleurs, le Hezbollah
libanais et les Palestiniens
passés du nationalisme au
Coran, fanions glorieux. Et
dans des tiroirs secrets,
des travaux sur l'atome
poursuivis clandestinement -
pourquoi ? - depuis une
quinzaine d'années. Quatre
ans ont passé, et les
conflits entremêlés n'ont
pas beaucoup évolué. Les
combattants ressemblent à
ces boxeurs fatigués qui
s'accrochent par les bras et
n'arrivent pas à se déprendre.
Le moment vient où il faut
compter les points, réaliser
un gain éventuel.
Que peuvent les Américains
? Peut-être transformer une
débâcle régionale en une
non défaite. Quant à
l'Iran, son expansion régionale
existait surtout dans la
frousse des régimes
sunnites, qui brandissent la
menace perse comme un épouvantail
politique et religieux. Les
chiites du Liban ont leurs
propres soucis,
communautaires et nationaux.
Les Palestiniens acceptent
la main qui les aide, mais
ils sont jaloux de leur
autonomie. La page ouverte
en 2003 est en train de se
tourner. Le moment est arrivé
où le jeu peut changer. Les
joueurs le sentent, avancent
des pièces. En Irak, les
Iraniens qui sont dans la
place n'ont pas besoin de
davantage de déstabilisation.
La violence est moins utile,
le robinet des armes s'est
fermé, des discussions ont
été ébauchées avec
l'occupant américain. Les
alliés syriens, qui
connaissent cet infléchissement,
ne veulent pas rester seuls
dans un isolement
inconfortable. Ils ont tâté
l'eau à Annapolis, appâtés
par un échange sur le Golan
et un général président
pas hostile à Beyrouth. Le
gouvernement de Jérusalem
pressent, depuis la guerre
de 2006 contre le Hezbollah,
que la tension militaire,
faible ou forte, qui a bien
servi Israël depuis 60 ans
arrive au bout de ses effets
bénéfiques. Et face à
l'Iran qui faisait peur, les
Américains n'ont pas eu
trop de peine à rassembler
cette étrange alliance
tacite israélo-sunnite,
mise en scène dans le
Maryland. La publication du
National Intelligence
Estimate prend du sens dans
ce paysage vaste. Pas un
accident bureaucratique,
mais un geste délibéré,
dont les auteurs ne savent
pas ce qu'il donnera. Mais
quelque chose bouge.
« Trop de… »
par FIFI ABOU DIB, publié
dans l'Orient-le Jour le 15
décembre 2007
Pareil à une poule décapitée,
ce pays court dans tous les
sens et sans savoir où il
va, il y va très vite.
Personne aux commandes (trop
de chefs tue le chef),
cacophonie d’intérêts
contradictoires, inflation
de manœuvres et de bluff,
absence de stratégie, poker
de tricheurs où chacun,
tour à tour, prétend
changer la règle en cours
de partie. L’unique enjeu
de ces gesticulations
monstrueuses n’est en définitive
que le bon peuple du Liban
qui a cru naïvement, un
certain mois de mars,
exprimer ses désirs et se
faire écouter. Vaut-il
mieux écrire « les »
peuples ? car ce sont deux
populations différentes,
deux cultures à nombre égal
mais difficilement
compatibles, qui avaient à
l’époque confronté leurs
aspirations et joué en
masse de leur visibilité.
Il était déjà clair
qu’aucune des deux parties
ne pourrait ni convaincre
l’autre, ni lui imposer sa
vision, ni proposer de
projet fédérateur. Trop de
peuple tue le peuple.
Depuis, de déclarations véhémentes
en contre-déclarations
enflammées, le langage
politique a épuisé les
registres. De la courtoisie
affectée à l’injure la
plus vile, des basses
dramatiques aux
stridulations narquoises,
les mots se sont vidés de
leur contenu. Trop de
discours tue le discours.
En littérature, on a
toujours su que la parole était
le seul moyen de différer
la mort. Quand la parole
perd son sens, elle perd le
pouvoir de tenir le néant
à distance. On sait alors,
au Liban plus qu’ailleurs,
qu’il y aura violence.
Plus objectivement, dans la
tragédie de ce pays, bouclée
selon la règle classique de
l’unité du temps, du lieu
et de l’action, la seule
issue possible, le seul
moyen de sortir de
l’impasse, de briser le
cercle, est de verser le
sang. Ici, le meurtre est la
réponse du joueur acculé,
la table rase sur laquelle
s’impose la prolongation
irrégulière d’une partie
létale. Les voilà qui
retrouvent un semblant de
courtoisie, les chefs. Ils
se serrent la pince.
Consolent la veuve et
l’orphelin. La main sur le
cœur, condoléances, sincères,
qu’il soit le dernier, que
plus jamais, vivons en frères,
unissons-nous, aimons-nous.
Au 12e assassinat, il n’y
a plus de larmes pour
pleurer. Trop de mort tue la
mort. Il n’y a plus de méfiance,
trop de peur tue la peur. Il
y a même comme de la joie,
trop de deuil tue le deuil.
Il n’y a plus de passé ni
d’avenir, le présent a
tout pris. Il n’y a même
plus de nausée, on a tout
vomi. Et si nos nerfs sont
usés, il nous reste cette
vie réflexe qui nous fait
courir en tous sens, pareils
à des poules décapitées.
L’ex-GSPC mène un
combat aux enjeux
internationaux
Le nouveau souffle du
jihadisme algérien
par CHRISTOPHE AYAD, publié
dans Libération le 12 décembre
2007
Même
avant la revendication
tardive, le double
attentat meurtrier
d’hier portait à l’évidence
l’empreinte d’Al-Qaeda.
Les signes ne manquent pas
: double explosion
quasi-simultanée,
participation d’au moins
un kamikaze, et enfin la
date. Le choix du 11 décembre
sonne comme un écho au 11
septembre 2001 aux
Etats-Unis, au 11 mars
2004 en Espagne et… au
11 avril 2007 à Alger. Ce
dernier attentat, qui
avait fait 30 morts,
visait le Palais du
gouvernement et un
commissariat, deux
symboles forts du pouvoir
algérien.
Cette fois-ci, les
cibles ont été choisies
avec le même soin :
d’abord la Cour suprême
et le Conseil
constitutionnel, censés
être les gardiens d’un
ordre tenu pour illégitime
; ensuite deux agences de
l’ONU, qui incarnent
l’Occident honni et sa
domination sur les pays
musulmans. Pour le
directeur du Haut
Commissariat aux réfugiés
(HCR), il ne fait pas de
doute que c’est l’ONU
qui est visée dans
l’attaque qui a détruit
son antenne d’Alger,
ainsi que celle du Pnud
(Programme des
Nationsunies pour le développement).
L’attaque d’hier fait
d’ailleurs penser à
celle qui avait visé le
siège de l’ONU à
Bagdad, en août 2003,
dans laquelle le représentant
de Kofi Annan, Sergio
Vieira de Mello, avait
perdu la vie. Depuis son
allégeance à Al-Qaeda en
septembre 2006, le Groupe
salafiste pour la prédication
et le combat (GSPC),
renommé depuis Al-Qaeda
du Maghreb islamique, a
multiplié les attaques
calquées sur le modèle
benladeniste en ciblant
les étrangers et en
menant des attaques
suicides qui font un grand
nombre de victimes
civiles. A l’origine, le
GSPC, apparu à la fin des
années 90, alors que la
guerre civile faiblissait,
était un groupuscule
d’anciens militaires
islamistes, qui ne s’en
prenait qu’aux forces de
l’ordre et tenait un
maquis. Mais au fur et à
mesure des éliminations,
arrestations et
infiltrations, il a mué
en organisation terroriste
urbaine et mondialisée
comme le montrent les
attaques perpétrées en
2007.
Le label qaediste a
donné un nouveau souffle
au jihadisme algérien. La
dimension maghrébine a
aussi pour but de faire du
Maroc, de l’Algérie, de
la Tunisie, de la Libye et
même de la Mauritanie,
voire du nord du Niger et
du Mali, un «front»
unifié. D’après les spécialistes,
la naissance d’Al-Qaeda
au Maghreb islamique avait
pour but de mutualiser les
expériences, d’activer
des réseaux
transnationaux aux
ramifications allant
jusqu’en Europe et
d’optimiser le
recrutement de combattants
pour l’Irak. Face aux
revers récents d’Al-Qaeda
en Mésopotamie,
l’organisation serait en
train de se tourner vers
des cibles proches. Malgré
son internationalisation,
le jihadisme en Algérie
garde une forte spécificité
nationale. Si Al-Qaeda est
bien plus actif et
meurtrier en Algérie
qu’au Maroc ou en
Tunisie, c’est qu’il
prospère sur le terreau
de la désespérance et de
l’injustice sociale les
plus totales : il semble
n’avoir aucun problème
de recrutement malgré la
mort de son numéro 2,
Hareg Zoheir, et
l’arrestation de
Bouderbala Fateh, émir
pour la région d’Alger.
Al-Qaeda profite aussi de
la guerre entre services
de sécurité, qui protègent
jalousement leurs
informations. Enfin, il
jouit de l’encouragement
idéologique d’une
frange du régime, qui
n’hésite pas à attiser
l’antisémitisme et la
haine de l’Occident,
comme l’a fait récemment
un ministre avant la
visite de Sarkozy en Algérie.
La grêle provoque des
centaines d’explosions
au Liban-Sud
Un violent orage de grêle
a fait exploser le 20
novembre des
centaines de bombes à
fragmentation au Liban-Sud,
a rapporté l’Agence
nationale d’information
(ANI-officielle). Ces
bombes à fragmentation
avaient été larguées
par Israël durant l’été
2006. Des grêlons, gros
comme des noix, se sont
abattus sur plusieurs vallées
du Liban-Sud, ajoute
l’ANI. Lorsque les
bombes à fragmentation
avaient été larguées,
elles avaient dispersé de
petites bombes sur le sol
et dans la végétation.
Le Vatican regrette
l’absence de résultat sur
la négociation de
l’accord juridique et
fiscal entre le Saint Siège
et Israël
Rome déplore la mauvaise
volonté d'Israël vis-à-vis
des chrétiens
par ISABELLE DE GAULMYN,
publié dans la Croix le
17 décembre 2007
« Les chrétiens en Terre
sainte connaissent une
situation de souffrance, même
s’ils ne sont pas persécutés.
» À quelques jours de Noël,
le P. Pierbattista
Pizzaballa, franciscain,
custode de Terre sainte,
c’est-à-dire supérieur
des franciscains qui ont en
charge les Lieux saints, a
voulu, lundi 17 décembre,
devant la presse, à Rome,
attirer l’attention sur le
quotidien de cette minorité
chrétienne de 170.000
personnes. Souffrance, car
cette communauté voit son
poids démographique décroître
chaque année dans la région,
du fait de l’émigration
des chrétiens qui n’ont
plus de perspective sur
place. Avec la construction
du mur, a ajouté le P.
Pizzaballa, la vie des chrétiens
qui habitent en terre
palestinienne et travaillent
à Jérusalem s’est encore
compliquée. Enfin, il
s’est inquiété de l’évolution
de la situation à Gaza, où
les chrétiens commencent à
faire l’objet de violences
de la part de certains
musulmans : « Le Hamas ne
contrôle pas tout le
territoire, et cela laisse
une place à des mouvements
islamistes fondamentalistes.
»
Le Vatican ne cache plus son
exaspération
En Israël même, l’Église
catholique continue à
souffrir de l’insécurité
juridique et des vexations
des autorités. Ainsi, les
visas des prêtres et
religieux en provenance du
monde arabe sont accordés
au compte-gouttes. « Cela
va mieux depuis quelques
semaines, reconnaît le
custode, car le nonce a
haussé le ton, mais il
n’y a pas de règles
stables. » Plus généralement,
on peut dire que les
relations entre le Saint-Siège
et l’État d’Israël
traversent une passe
difficile. Le Vatican ne
cache plus son exaspération
devant la lenteur des
discussions pour parvenir à
un accord économique qui
devrait stabiliser la
situation juridique et
financière des institutions
catholiques du pays. La
toute dernière réunion de
négociation, la semaine
dernière à Jérusalem,
n’a en effet une fois de
plus pas abouti. Comme l’a
noté lundi avec amertume
Mgr Antonio Maria Veglio,
secrétaire de la Congrégation
pour les Églises
orientales, qui était à la
rencontre de Jérusalem, «
pour une fois le communiqué
officiel, qui ne dit rien
comme tous les communiqués
officiels, reflète
exactement le résultat :
rien ».
Les pèlerinages ont repris
Les discussions continuent
à butter sur le point
essentiel, à savoir la
fiscalité des institutions
chrétiennes. Pourtant, a
encore noté Mgr Veglio, «
l’Église catholique
pourrait arguer de la manne
touristique apportée au
pays par les pèlerins
catholiques. » C’est en
effet la bonne nouvelle de
l’année : les pèlerinages
ont repris, et connu en 2007
leur meilleure année depuis
longtemps : les réservations
de nuits d’hébergement
ont dépassé celles de
l’année du Jubilé. Quant
à Benoît XVI, qui a « un
grand désir » de se rendre
en Terre sainte, « les
conditions ne sont pas réunies,
c’est-à-dire la
pacification de la situation
dans la région et l’envoi
par Israël de signaux
positifs dans les négociations
bilatérales », a estimé
le P. Lombardi, porte-parole
du Saint-Siège.

La
troupe du Ballet national
russe interprète du 17 au
23 décembre 2007 le
"Lac des cygnes"
et
"Casse-Noisette"
au Casino du Liban à
Jounieh qui affiche
complet

Mosaïque
byzantine au Musée national
de Beyrouth représentant
l'enlèvement d'Europe. Photo
Naji Farah
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