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>> FLASH >> CRÉATION DE "LA GRANDE FAMILLE MONDIALE DU LIBAN" AU DÎNER DU CLUB RJLIBAN À PARIS - Vendredi 15 juin 2007

Football - Le Liban dans le groupe de l'Irak, la Corée du Nord et l'Australie pour le tournoi de qualifications de la zone Asie (22 août - 21 novembre) pour les jeux Olympiques de 2008 en Chine
Un mercredi noir endeuille l'ensemble du Proche-Orient
 
 

Création de "La Grande Famille Mondiale du Liban" au dîner du Club RJLiban à Paris, le mardi 5 juin 2007, au restaurant Fakhr el Dine avec, de gauche à droite : Mme Eliane d'Estienne d'Orves, M. Naji Farah, M. Gabriel Enkiri, M. Jean-Pierre Thiollet, le colonel Alain Corvez, la députée européenne Béatrice Patrie, Mme Madeleine Anfrol, Mme Hiba Farah, M. Emmanuel Español et M. Michel Anfrol

Le Proche-Orient a connu, le 13 juin 2007, un mercredi noir qui a endeuillé une fois de plus les pays d'instabilité de la région, à savoir le Liban, la Palestine et l'Irak. De nouvelles scènes insoutenables ont envahi les télévisions du monde entier avec, du Liban, les images du député de la majorité antisyrienne, Walid Eido, tué en fin d'après-midi dans un attentat à la voiture piégée, dans le quartier de Manara sur la corniche touristique du bord de mer à Beyrouth, avec son fils aîné et 8 autres personnes dont deux joueurs du principal club libanais de football de 1ère division, al-Nejmeh, s'ajoutant à celles des combats continus dans le camp palestinien de Nahr-el-Bared, près de Tripoli, opposant depuis le 20 mai l'armée libanaise à une faction islamiste de provenance étrangère ; de Palestine, les images du grave soulèvement à Gaza et en Cisjordanie entre les groupes palestiniens du Hamas et du Fateh pour tenter de parvenir à une hégémonie sur les territoires palestiniens, faisant 33 morts ; et d'Irak, les images de la grande mosquée de Samarra au nord de Bagdad dont les minarets ont été soufflés par une grande explosion alors que les actes quotidiens de violence emportaient un nouveau lot de personnes. Cette situation désastreuse a été évoquée lors du dernier dîner du Club RJLiban, le mardi 5 juin à Paris, par Béatrice Patrie et Emmanuel Español qui, signant leur ouvrage "Qui veut détruire le Liban ?", ont appelé à une plus grande implication de l'Europe pour la résolution du conflit israélo-palestinien. Le Club a annoncé à cette occasion la création de "La Grande Famille Mondiale du Liban", ouvrant les souscriptions à ce nouveau groupement ayant pour but de rassembler les Libanais de sang et de cœur à travers le monde, en s’engageant dans une entreprise massive et durable de soutien à un Liban sans cesse menacé.

 

Discours de Naji Farah

prononcé le mardi 5 juin 2007 au dîner du Club RJLiban à Paris

 

"Nous avons le plaisir de recevoir ce soir deux grands amis du Liban, Mme Béatrice Patrie, députée européenne de la région Aquitaine et présidente de la commission du Parlement européen pour le Machrek, et M. Emmanuel Español, historien et conseiller régional de Dordogne, que nous ne cesserons de remercier pour leur attachement à notre pays et leurs tentatives de parvenir à un règlement de la situation en Palestine, seule garantie pour une véritable paix dans la région. Nous les avions accueillis à Beyrouth en avril, et là nous nous retrouvons à Paris pour une soirée que nous souhaitons à tous très agréable, en dépit des mauvais moments que traverse une fois de plus le Liban, et qui nous amènent à poser de nouveau la question : « Qui veut détruire le Liban ? », titre de leur ouvrage sur le Liban paru en mars à Paris.

Avant de leur passer la parole, je tiens à remercier le président Jacques Chirac, qui avait annoncé au début de la guerre de l’été 2006 qu’ « il y a une volonté de détruire le Liban », pour tous ses efforts passés en faveur du Liban, et à féliciter les Français pour leur nouveau président, Nicolas Sarkozy, en lui souhaitant un mandat prospère pour la France , dans l’unité de ses composantes politiques, en cette période cruciale de défis européens et internationaux. Un de ses projets annoncé le soir de son élection intéresse particulièrement le Liban, à savoir l’Union méditerranéenne, qui pourrait contribuer au retour de la paix et au renforcement de la solidarité entre tous les pays méditerranéens. Nous en avons grand besoin.

En effet, nous assistons au Liban, depuis près d’un mois, à une nouvelle production internationale. La technologie et la science réalisent de grands avancements, et notamment la génétique, avec une nouvelle espèce qui vient d’éclore chez nous, l’afghano-palestinien. Le nom donné à ce nouveau groupe humain, sorti tout droit d’Orient Disney, rappelle ceux des guerres israéliennes lancées depuis 30 ans au Liban, comme « Paix en Galilée » ou « les Raisins de la colère ». Cette fois, il s’agit de « Fateh el-Islam », la « conquête de l’Islam », qui déclare à la télévision haïr les Américains et les juifs, et vouloir tuer les chrétiens. Bon, je pense que tout le monde a compris. Souhaitons à l’armée libanaise de parvenir à restaurer la paix en contrôlant la situation dans les camps palestiniens qui jusqu’à aujourd’hui reste explosive, au moment où le tribunal international, violemment récusé par la Syrie , semble se mettre en marche. 

Toujours est-il que la saison touristique est une nouvelle fois compromise, et que nous sommes un peu lassés par cet état de fait qui semble être une fatalité. Mais le peuple libanais dispose de nombreuses ressources, et pourra bientôt crier : « Qui ose détruire le Liban ? »

Car le peuple libanais est un peuple fier, sûr de lui et civilisateur, à l’image de ses ancêtres les Phéniciens, et n’a pas comme ambition de dominer le monde en l’asservissant. Il cherche à se frayer une place de taille dans ce monde en délivrant un message de paix et d’amour, et il en a les capacités. C’est pour cela qu’il est combattu, et qu’il y a une volonté de le faire disparaître, comme il y a une volonté aujourd’hui de faire disparaître le message du Christ, pour ceux qui croient en Jésus, qui a plusieurs fois séjourné en terre libanaise. La vocation du Liban demeure donc universelle. Il faut, pour s’en rendre compte, visiter Notre-Dame du Liban à Harissa, et voir le flot de touristes arabes se recueillir devant la statue de la Vierge Marie à l’instar de leurs coreligionnaires musulmans libanais et des Libanais chrétiens.

Après 20 ans d’existence, notre association, le Rassemblement de la Jeunesse Libanaise, a l’intention de contribuer, fortement, à la consolidation du message du Liban à travers le monde, où partout se trouvent les Libanais, ou leurs descendants ou amis. Ils sont en grande majorité très bien intégrés et appréciés pour leur ouverture culturelle et spirituelle dans les sociétés qui les accueillent. Cette action pour un Liban uni, pluriel et démocratique, va se dérouler progressivement, mais rapidement, avec comme places fortes, pour cette année 2007, Beyrouth, Paris, Buenos Aires et São Paulo. Il s’agira de faire appel aux Libanais d’origine, les Libanais de sang, et aux amis du Liban, les Libanais de cœur, pour constituer la Grande Famille Mondiale des Libanais de sang et de cœur, et s’engager dans une entreprise massive et durable de soutien à un Liban sans cesse menacé. 

Pour mener à bien cette action, nous sommes en train de transformer notre site Internet en un journal unique au Liban et dans la région, avec un système de diffusion complet et permanent en sept langues : le français, l’anglais, l’espagnol, le portugais, l’italien, l’allemand et l’arabe. Et nous avons l’honneur ce soir-même d’ouvrir les souscriptions à la Carte des Amis du Liban, la Carte de la Grande Famille Mondiale du Liban, avec nos invités, et vous tous ici présents. Je vous remercie de votre fidélité et bonne soirée." 

 


 

Juin 1967, la guerre éclair entre Israël et le monde arabe bouleverse le Proche-Orient

Six jours et 40 ans plus tard...

 

par GUY TAILLEFER, publié dans le Devoir le 2 juin 2007

 

Il y a quarante ans éclatait et prenait fin presque aussitôt la guerre des Six Jours (5-10 juin 1967), à l'issue de laquelle l'espace territorial d'Israël avait triplé grâce à la conquête du Sinaï, de Gaza, des hauteurs du Golan, de la Cisjordanie et de la partie arabe de Jérusalem, sous contrôle jordanien. Six jours et quarante ans plus tard se poursuit une occupation dont on ne voit pas la fin, marquée depuis cinq ans par l'érection d'un «mur de séparation», considéré par certains comme «le chapitre le plus triste de la saga ininterrompue du processus d'appropriation par Israël des territoires palestiniens». Parole aux démocrates palestiniens et au camp de la paix israélien.

 

Du belvédère du mont des Oliviers, très beau point de vue sur la vieille ville fortifiée de Jérusalem. On y monte de préférence le matin, recommandent les guides, pour faire des photos des vieux quartiers et de la coupole dorée du dôme du Rocher qui brille sous le soleil. Le regard embrasse 3000 ans d'histoire. Qui n'y serait pas sensible ? N'y manque que la paix. Jérusalem repose au coeur du conflit israélo-palestinien, point focal des tensions, des haines et des indifférences mutuelles. N'échappe donc pas au regard le moindrement avisé le fait que le dôme du Rocher est le troisième lieu saint de l'Islam, après La Mecque et Médine. Il trône sur ce Jérusalem dont l'État hébreu célèbre ces jours-ci le 40e anniversaire de la «réunification» - alors que les Palestiniens revendiquent bec et ongles sa partie orientale comme capitale de leur futur État national.

Ne lui échappe pas non plus qu'il tourne le dos à un bouleversement qui, sur le terrain, est en train de transformer en profondeur la géographie urbaine et sociale de la ville - avec, à la clé, une guerre démographique. Il passe tout près, ce fameux «mur de séparation» qui court en tous sens sur 700 kilomètres autour de la Cisjordanie, les territoires palestiniens occupés. On l'atteint en quelques enjambées, par la route qui descend, en serpentant, de l'autre côté du mont des Oliviers, vers la mer Morte. «Clôture de sécurité» antiterroriste pour les Israéliens, «mur de l'apartheid» pour les Palestiniens, le gouvernement israélien en tisse la toile autour et au travers de Jérusalem et de la Cisjordanie depuis maintenant cinq ans, une tonne de ciment après l'autre, après en avoir entrepris la construction dans la foulée d'une effrayante vague de terreur signée par le Hamas au début des années 2000. Les travaux achèvent.

Proclamé «capitale éternelle et indivisible» d'Israël, Jérusalem n'a cependant jamais été reconnu comme telle par la communauté internationale. Des résolutions onusiennes ont dénoncé au cours des 40 dernières années l'illégalité de l'occupation israélienne et de l'établissement en territoires palestiniens de colonies de peuplement juives, dont l'extension se poursuit. En juillet 2004, la Cour internationale de justice de La Haye déclarait illégale la ligne de séparation et réclamait le démantèlement de l'ouvrage. Si le mur et l'occupation soulèvent une profonde opposition parmi les Palestiniens, ils créent aussi des remous parmi les juifs israéliens. S'expriment des voix qui montrent bien que la société israélienne n'est pas monolithique et qui chassent l'impression que l'on peut avoir, arpentant les rues de Tel-Aviv, de Jérusalem ou de Haïfa, que, tous tournés vers l'Europe, les Israéliens vivent comme si les Palestiniens n'existaient tout simplement pas.

Petit à petit

La nouvelle réalité du mur, qui s'installe petit à petit, ne retient guère l'attention des médias, occupés ces dernières années à couvrir le retrait israélien de Gaza, la mort de Yasser Arafat, l'élection-surprise du Hamas aux législatives palestiniennes et la deuxième guerre du Liban. La «stratégie d'annexion unilatérale» de Jérusalem-Est et de larges portions de la Cisjordanie consiste précisément à procéder de façon graduelle, de manière à rendre la chose imperceptible, écrit Amira Hass, dans le quotidien israélien Haaretz.

Le Palestinien Abu Hasan, qui habite à Jérusalem-Est, est un ancien journaliste qui a rompu avec la profession il y a quelques années, écoeuré par la paresse et le penchant pour le sensationnalisme de ses collègues. «Des gens meurent dans ce conflit, et c'est tragique, mais la catastrophe infligée aux Palestiniens obéit à des ressorts dont plusieurs n'ont tout simplement pas la patience de décrire la complexité.» Il s'est recyclé en guide de «tours alternatifs» et promène dans sa camionnette, pour 20 $US par personne, ceux que la question intéresse. «J'accompagne souvent des diplomates occidentaux. J'en amène demain à Hébron. Ils rentrent ensuite chez eux estomaqués par ce qu'ils ont vu, font des rapports scandalisés par le sort réservé aux Palestiniens. Mais rien ne change.»

Que leur montre-t-il ? Un ouvrage dont l'ampleur et la complexité sont, en effet, stupéfiantes : un mur en béton de neuf mètres de haut, ponctué d'énormes tours de surveillance et dont l'impressionnant zigzag, foi d'Abu, dément catégoriquement la version officielle, «absurde», du gouvernement israélien voulant qu'il ne soit construit qu'à des fins de sécurité pour protéger la population israélienne contre les terroristes du Hamas. Ici, le mur colossal contourne un point d'eau pour faire en sorte qu'il soit du côté israélien (le contrôle de l'eau étant un enjeu majeur du conflit). Là, le mur tourne subitement à 90 degrés pour inclure une maison du côté israélien et rebifurque 30 mètres plus loin. Là encore, la «clôture» court au beau milieu d'une rue traversant un quartier palestinien de Jérusalem-Est.

Abu Hasan gare sa voiture. Devant nous, quelques jeunes Palestiniens, des paquets sous le bras, attendent que les soldats israéliens aient le dos tourné pour passer par-dessus le mur, qui ne fait pour le moment que trois ou quatre mètres de hauteur. «Leur famille, leur travail ou leur école sont de l'autre côté.» La scène est anodine et ne l'est pas. Elle va au coeur du sentiment de spoliation et d'exclusion dont se disent victimes les Palestiniens. «Cette cicatrice de béton emprunte une route politique à Jérusalem et dans ses banlieues qui a moins à voir avec la sécurité qu'avec l'incorporation de colonies juives de peuplement à l'intérieur des frontières de la municipalité», affirme, dans un récent rapport intitulé The Wall, le Centre international pour la paix et la coopération de Jérusalem (CIPC). Et bien que la séparation ethnique soit un de ses objectifs, il semble que le mur vise autant à séparer les Israéliens des Palestiniens que les Palestiniens des Palestiniens, souligne le rapport. «Cherchant à unifier les Israéliens, le mur fragmente les Palestiniens.»

Addition et soustraction

Le nerf de la guerre est démographique. Marquant le 40e anniversaire de la réunification, le maire de Jérusalem, Uri Lupoliansky, ne cachait pas à la mi-mai que la principale préoccupation de la municipalité était de faire en sorte que la ville demeure majoritairement juive. Le nombre de Hiérosolymites (les habitants de Jérusalem) est de 732 000, selon le recensement de 2006 : 64 % de Juifs, 32 % d'Arabes. La tendance veut théoriquement que le ratio soit de 50 pour 50 d'ici deux ou trois décennies. La peur est que «Jérusalem pourrait, que Dieu nous protège, se retrouver, non pas sous juridiction juive, mais sous celle du Hamas», s'est alarmé le maire. Aussi le mur redessine-t-il les limites de la ville pour englober, par addition, les grands blocs de colonies qui l'entourent et où vivent déjà, en terres occupées, 200 000 colons juifs. C'est le cas de la plus grande, Ma'ale Adumin, située immédiatement à l'est, entre Jérusalem et Jéricho.

Abu Hasan immobilise sa voiture dans la «colonie» juive de Pizgat Ze'ev. Le paysage urbain est celui d'un quartier confortable et bien rangé de la classe moyenne, comme il en existe à Montréal. Ce qui égratigne le cliché qui veut que les colonies soient pour l'essentiel peuplées d'ultra-orthodoxes. «Les gens se laisseraient-ils aussi facilement convaincre, note M. Hasan, si les autorités ne leur donnaient pas congé de taxes municipales pour quelques années et n'offraient pas de généreux programmes d'accès à la propriété ?» Par soustraction et en parallèle, la construction du mur, combinée à des restrictions de plus en plus coercitives à la liberté de mouvement, a continué de laminer le rôle de Jérusalem-Est, habité par 250 000 Palestiniens, comme métropole de la Cisjordanie, affirme Rami Nasrallah, directeur du CIPC. Avec le résultat que Jérusalem-Est «est aujourd'hui à ce point diminué qu'il n'est plus le centre institutionnel, religieux, intellectuel et commercial des Palestiniens».

Une balade depuis les beaux quartiers juifs de Jérusalem-Ouest est parlante. Habite dans la partie orientale 30 % de la population. Mais ne lui est consacré que 10 % du budget municipal. En éditorial récemment, Haaretz raillait les politiciens israéliens célébrant la réunification en les invitant à traverser la ligne qui divisait la ville jusqu'à la guerre des Six Jours : «À quelques centaines de mètres de Jérusalem-Ouest, ils découvriront des quartiers négligés et des infrastructures en ruine, de la pauvreté, du surpeuplement et du chômage. Le résultat de 40 ans de discrimination délibérée.»

Le mur est un mur dans tous les sens du terme. En rognant des quartiers palestiniens au nord et à l'est de Jérusalem, il se trouve à couper 55 000 Palestiniens de la ville, a évalué le groupe pacifiste israélien Ir Amim (Cité des peuples). Ce qui a donné lieu depuis 2003 à un exode, explique Meir Margalit, ancien conseiller municipal et l'une des voix les plus importantes du camp de la paix israélien. «Des familles entières quittent leur maison et déménagent du côté israélien du mur, si ce n'est que quelques centaines de mètres plus loin, pour ne pas être coupées de leur travail, de l'hôpital, de l'école, de leurs proches et pour s'éviter les humiliations quotidiennes d'avoir à traverser des points de contrôle israéliens.»

De crainte aussi que ne soit remis en cause le statut de «résident permanent» de Jérusalem qui leur a été octroyé après l'annexion de 1967. Un droit qui tient dans une précieuse carte d'identité bleue. Ont-il tort d'avoir peur? L'année dernière, 1363 personnes ont perdu leur droit de résidence, six fois plus qu'en 2005, à la suite de l'application de nouvelles règles administratives - forcées, si elles ne quittent pas tout simplement le pays, d'aller vivre à Ramallah, à Jéricho ou à Bethléem... «Tous les moyens sont bons pour essayer de nous chasser, dit Abu Hasan. Impossible pour un habitant de Ramallah, où il n'y a pas de travail, de travailler à Jérusalem sans permis. Impossible pour un garçon de Jérusalem-Est qui voudrait se marier à une fille de Ramallah de la faire venir chez lui. Ou il laisse tomber, ce qui est fréquent, ou il renonce à son permis de résidence et va vivre en prison de l'autre côté du mur.»

Le déplacement massif de Palestiniens vers l'intérieur de l'«enveloppe» municipale a provoqué à Jérusalem-Est une crise du logement. D'une part, les loyers ont augmenté de 100 %. De l'autre, devant la quasi-impossibilité pour un Palestinien d'obtenir un permis de construction, le nombre de maisons construites illégalement (1189 dans la seule année de 2004) a grimpé en flèche. La réaction des autorités municipales a été féroce, affirme M. Margalit, qui travaille pour le Comité israélien contre la démolition des maisons: 350 maisons «buldozzées» de 2003 à 2005, «un sommet», dit-il. «Une maison juive sans permis est un problème urbain. Une maison palestinienne sans permis de construire constitue une menace stratégique.» Beau cas, dit-il, de situation créée de toutes pièces par l'État et dont celui-ci a du mal aujourd'hui à s'extirper.

Immense succès

Le gouvernement récuse ces sombres procès d'intention, affirme que le jour où il y aura la paix et qu'un État palestinien pourra voir le jour, la clôture sera démantelée. Il plaide surtout que celle-ci est un «immense succès» en ce qu'elle a rempli son objectif sécuritaire : faire cesser les attentats suicide contre la population civile israélienne. Là où il a été érigé, dit-on au ministère des Affaires étrangères, le mur a permis de réduire de 90 % les tentatives d'attentat. Ce dont lui sont incontestablement reconnaissants la grande majorité des juifs israéliens. Dans cette perspective, il est «naturel», estime-t-on, que les planificateurs du mur prennent en considération l'augmentation de la population arabe. Un porte-parole gouvernemental, Mark Regev, déclarait en décembre dernier à la presse: «Nous comprenons qu'il y ait un impact négatif sur la qualité de vie et il est de notre devoir de tout faire pour le minimiser... Mais nous parlons ici de qualité de vie, alors que, de mon côté de la clôture, il s'agit d'une question de vie ou de mort.»

Des arguments qui n'émeuvent guère Rami Nasrallah. Il n'en pense pas moins que sont en train d'être créées sur le terrain des «réalités virtuellement irréversibles» qui rendent de plus en plus difficile d'imaginer que Jérusalem-Est devienne un jour la capitale d'un éventuel État palestinien. De fait, la capitale de facto des Palestiniens est de plus en plus Ramallah, que l'on atteint en une petite demi-heure par transports publics depuis la porte de Damas, à Jérusalem, après avoir franchi un poste de contrôle qui a les dimensions d'une importante frontière internationale. «Mais c'est la frontière d'un pays sans État et sans monnaie [les gens y vivent en dinars jordaniens et en shekels israéliens], dit M. Nasrallah. Un pays découpé en enclaves, contrôlé par quelque 400 points de sécurité. En l'absence de continuité territoriale, il est illusoire de parler d'un pays palestinien viable dans l'état actuel des choses.» 

Rencontré à Ramallah, dans ses bureaux du Jerusalem Media and Communication Center (JMCC), une organisation de recherche, d'information et de sondage qui existe depuis 1988, le directeur Ghassan Khatib affirme carrément : «Il n'existe pas de volonté politique du côté israélien de mettre fin à l'occupation.» Mais il tient à ajouter : «Je lutte contre l'occupation comme je milite pour que le Hamas ne remporte pas les prochaines élections.»

 


 

Tueurs tranquilles

 

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 1er juin 2007

 

Palabrer et mentir. Après le tabboulé et la kebbé, c'est sans doute ce que les Libanais adorent le plus. Les Palestiniens également, remarquez. Depuis 60 ans qu'ils ont pris racine chez nous, eux aussi ont appris à ergoter et à buller des mensonges gros comme un mouton gavé. Soixante ans de mimétisme, ça devient de la quasi-osmose. Il n'y a que les niaiseux qui pensent encore avec effroi au complot de l'implantation, alors que le greffon, lui, a bel et bien pris. Sur les planches de ce théâtre tragique, le camp de Nahr el-Bared. Au départ, une histoire on ne peut plus gore : des timbrés du bulbe, en quête de paradis, sèment l'enfer parmi une trentaine de soldats. Mais attention ! Les tamponnés en question sont profondément religieux. S'il leur arrive de prendre des otages, de torturer, d'égorger, c'est uniquement en dehors des heures de prière. Ca ne boit jamais d'alcool, mais ça vous crève l'oeil d'un mécréant en moins de temps qu'il n'en faut pour changer ses babouches. Ca lapide sa femme en parpaings de béton, mais ne la cogne pas moins que les trois autres qu'il a claquemurées ailleurs.

 

C'est donc avec ces hominidés, à peine bipèdes, que le Signoret essaye d'inventer la quadrature du croissant. Comment ? Ben voyons, en papotant avec des comparses palestiniens de l'Autorité autonome. Ceux-là mêmes qui réussissent brillamment à pacifier Gaza. Et qui, au train où ça traîne, vont réaliser le tour de force d'en parachever le clonage avec Nahr el-Bared. Et puis bientôt coucou ! Le camp de Aïn el-Héloué où d'autres allumés sont en train d'huiler leur moulin à prières en affutant leurs couteaux. Ceux-là aussi ont été biberonnés à la même morale : ils kidnappent, torturent, égorgent mais fument Dieu directement et sans filtre. Là encore, on comptera les obus et on papotera pour leur trouver une "issue honorable". C'est fou comme les assassins de nos contrées ont de l'amour propre.

 


 

"L'attentat contre Walid Eido, au Liban, s'inscrit dans la continuité de celui contre Pierre Gemayel", par François d'Alançon

 

propos recueillis par STEPHANE DREYFUS le 14 juin 2007

 

Ecouter François d'Alançon, grand reporter à la Croix, qui analyse l'attentat du mercredi 13 juin à Beyrouth 

 


 

Faux prophètes, authentiques fléaux

 

par ISSA GORAIEB, publié dans l'Orient-le Jour le 9 juin 2007

 

De se poser en instrument guerrier de la volonté divine est déjà, en soi, signe de totale déraison. Le plus délirant, cependant, c’est toutes ces ingérences, manipulations et autres entreprises de récupération, imprudemment multipliées d’un peu partout en direction d’organisations éminemment terroristes.


Le procédé n’est pas nouveau, c’est vrai. Pour bouter les Soviétiques hors d’Afghanistan, les Américains en ont abondamment usé dans le passé, armant indistinctement authentiques combattants de la liberté et illuminés de tout poil, pour finir par endurer, au plus profond de leur chair, les terribles coups d’Oussama Ben Laden. Les Saoudiens ont longtemps gorgé de pétrodollars canalisés par des institutions caritatives la vipère qui dormait en leur sein ; pour eux aussi, le réveil aura été dur. Par on ne sait quel prodige, la Syrie baassiste échappe depuis plus d’un quart de siècle aux dures déconvenues des apprentis sorciers. Elle a impitoyablement éliminé les Frères musulmans sur son propre territoire, mais, dans le même temps, elle a favorisé l’éclosion de maintes organisations similaires dans ce qui était son protectorat libanais. Elle est accusée d’exporter des militants islamistes en Irak, et les preuves de son implication active dans les dernières secousses au Liban ne font que s’accumuler auprès des autorités judiciaires.


Il reste que dans le climat de tensions communautaires – et de sournoise course aux armements – qui règne depuis quelque temps au Liban, la Syrie n’est sans doute pas seule hélas à jouer avec le feu. Sans pour autant faire siennes toutes les allégations de l’opposition, on ne peut que déplorer ainsi les mesquins calculs qui, en 2005, ont présidé à la remise en liberté de dizaines d’égorgeurs de militaires, présentée comme l’indispensable complément de l’amnistie accordée au chef des Forces libanaises Samir Geagea. On ne peut que regretter, de même, les largesses financières dont auraient bénéficié, à des fins politiques ou électorales, des groupes bien peu fréquentables. Mais surtout, on ne peut que s’étonner du laxisme des services sécuritaires, lesquels en effet n’auront lancé la chasse aux terroristes qu’après que ceux-ci eurent pris l’initiative d’une insolente et brutale déclaration de guerre contre les institutions – mais aussi le peuple – du Liban.


C’est sur ce point précis d’ailleurs que les responsabilités doivent indiscutablement – et très équitablement – être partagées. Car s’il est bien vrai que d’aucuns, ici même, ont flirté un moment avec le diable, d’autres ne se décident toujours pas à exorciser les démons attachés à leurs pas. Mosaïque de confessions, le Liban n’est pas un pays comme les autres. D’associer la religion militante, la religion armée à la politique – qu’il s’agisse du wahhabisme ou du khomeynisme – ne peut que s’y avérer mille fois plus dévastateur que partout ailleurs dans cette partie du monde. À cet égard, le programme de Fateh el-Islam est sinistrement explicite : guerre aux croisés (les chrétiens), guerre aussi aux mécréants et autres renégats, aussi bien sunnites que chiites, guerre enfin à la Finul stationnée dans le Sud du pays. Pour cette raison, l’éradication intégrale du Fateh el-Islam ne doit souffrir aucune nuance, ne doit faire l’objet d’aucune réserve, d’aucune concession.


Faillir de quelque manière à cette obligation élémentaire équivaut à renier le Pacte national sur lequel repose ce pays. Prôner un règlement politique de l’affaire de Nahr el-Bared, c’est seulement différer l’issue du conflit, c’est assujettir celle-ci à des conditions sans cesse plus défavorables. C’est ravaler l’armée au rang de simple protagoniste d’un fâcheux mais somme toute banal malentendu. C’est exactement ce qui s’est déjà produit dans le camp de Aïn el-Héloué où des groupes décrétés hors la loi ont été admis à jouer les forces tampons, aux côtés des organisations palestiniennes régulières. Ce qu’on leur reproche à ces repris de justice ? Une vétille, l’assassinat - le 8 juin 1999 - de quatre juges en plein tribunal de Saïda. 

 


 

Le malheur arabe sur Al-Jazira

 

par DOMINIQUE DHOMBRES, publié dans le Monde le 14 juin 2007

 

Les scènes de désolation se succédaient, mercredi 13 juin, sur Al-Jazira. La chaîne d'information arabe diffuse, depuis le 15 novembre 2006, une édition en anglais. Les images sont violentes, mais le commentaire, souvent assuré à Londres par des journalistes passés par la BBC, est toujours prononcé sur un ton calme et mesuré.

 

On voyait d'abord l'attentat commis à Beyrouth contre le député antisyrien Walid Eido. Dix personnes ont été tuées, dont le député, son fils aîné et deux gardes du corps. Un véhicule piégé a explosé au passage de sa voiture. Il ne restait, au milieu d'une grande confusion, qu'un amas de tôles fumantes entouré de soldats et de pompiers. "Ce sont les mêmes assassins qui ont tué mon père et d'autres martyrs de la liberté", disait Saad Hariri, chef de la majorité antisyrienne au Parlement et fils du premier ministre Rafic Hariri, assassiné en février 2005. Walid Eido était un proche de son père. "Il est le septième homme politique antisyrien tué au Liban depuis deux ans", indiquait un commentateur.

 

On voyait ensuite les affrontements entre le Hamas et le Fatah dans la bande de Gaza. Dans une ancienne place forte du Fatah qu'ils avaient prise d'assaut, des combattants du Hamas paradaient cagoulés de noir en brandissant leurs armes. D'autres membres du Hamas n'hésitaient pas à tirer méthodiquement, un genou à terre, sur des manifestants qui avaient osé défiler dans les rues de Gaza pour réclamer la fin des violences. La scène la plus étonnante avait lieu non pas à Gaza, mais à Naplouse, en Cisjordanie. Des hommes de main du Fatah, lourdement armés, étaient venus enlever des techniciens d'une station de télévision proche du Hamas. Au moment où ils sortaient du bâtiment avec leurs prisonniers, ils tombaient sous le feu de combattants du Hamas postés de l'autre côté de la rue, et devaient rebrousser chemin à l'intérieur de l'immeuble. Ils réussissaient finalement à sortir, malgré une intense fusillade. Les techniciens étaient libérés dans la soirée.

 

On voyait enfin, sur Al-Jazira, des images du mausolée chiite de Samarra, en Irak. C'est un des lieux saints de l'islam chiite. Le dôme doré de la mosquée avait été détruit en février 2006 par une charge d'explosifs, déclenchant une vague de violences entre chiites et sunnites. Les deux minarets restés intacts ont été pulvérisés mercredi par une nouvelle explosion. Aussitôt, un couvre-feu a été décrété à Bagdad et à Samarra, une ville située à 120 km au nord de la capitale. Mais, selon Al-Jazira, des mosquées sunnites étaient déjà prises pour cible, par représailles, dans plusieurs villes irakiennes. Le malheur arabe sous toutes ses formes était, mercredi soir, le thème presque unique des bulletins d'information de la chaîne.

 


 

Le petit-fils de Begin souhaite « faire exploser » le « mur » en Cisjordanie

 

paru dans l'Orient-le Jour le 8 juin 2007

 

Un des petits-fils de Menahem Begin, l’ancien Premier ministre israélien de droite, manifeste régulièrement avec des Palestiniens contre le « mur » construit en Cisjordanie par l’État hébreu, a indiqué hier le quotidien Maariv. Le quotidien publie la photo d’Avinadav Begin, 32 ans, avec un jeune Palestinien devant des soldats équipés de boucliers en plexiglas à Bilin, un village près de Ramallah où, chaque semaine, des Palestiniens et des pacifistes israéliens manifestent contre la construction de la barrière de séparation. Maariv cite également plusieurs sites Internet dans lesquels Avinadav Begin proclame qu’il souhaite « faire exploser ce mur ».

 


 
Vente d'armes : discorde israélo-américaine
 
par PATRICK SAINT-PAUL, publié dans le Figaro le 12 juin 2007
 

Un contrat d'armement est venu jeter un nouveau coup de froid entre Israël et son allié le plus proche, les États-Unis. Le gouvernement du premier ministre, Ehoud Olmert, s'oppose à un projet américain de vente d'armes sophistiquées à l'Arabie saoudite, comprenant des armements guidés par satellite. L'État hébreu estime que ce projet menace son incontestable suprématie technologique sur ses voisins arabes dans le domaine militaire, acquise grâce à l'aide des États-Unis. Le quotidien israélien Maariv, qualifie de « sévère » la dispute entre Washington et Tel-Aviv. « Ces dernières semaines, les différences d'opinion ont tourné à une mini-confrontation entre responsables de la sécurité américains et israéliens », rapporte le quotidien. Deux hauts responsables du ministère israélien de la Défense ont exposé, la semaine dernière au Pentagone, leurs très fortes réserves concernant la vente d'armes au royaume saoudien.

 

Cette vente d'armes sophistiquées doit avoir lieu dans le cadre d'un mégacontrat d'armement entre Washington et ses alliés les plus proches au Moyen Orient. Elle doit rapporter aux États-Unis entre cinq et dix millions de dollars, selon une estimation d'experts militaires américains cités par le New York Times. Ces ventes d'armes sont censées permettre aux pays du Golfe, proches de l'Administration Bush, de faire face à une éventuelle riposte de l'Iran au cas où les États-Unis décidaient de frapper les installations nucléaires iraniennes. Israël partage l'inquiétude de ses voisins arabes face à la montée du péril nucléaire iranien et cherche à oeuvrer discrètement à un rapprochement stratégique avec l'Arabie saoudite sur ce dossier. Cependant, Israël n'a aucunement l'intention de renoncer pour autant à son ascendant militaire sur ses voisins. L'État hébreu s'inquiète notamment de la vente de « bombes intelligentes » guidées par GPS, dont l'armée de l'air israélienne avait fait une utilisation massive lors de la guerre au Liban l'été dernier. 

 

Selon le Maariv, l'establishment militaire israélien décrit la vente de telles munitions comme « un véritable dommage à l'avantage qualitatif d'Israël au Moyen-Orient ». Israël affirme que les États-Unis se sont engagés à préserver la suprématie militaire israélienne dans la région. Les responsables militaires israéliens envoyés aux États-Unis ont fait valoir que le transfert de tels armements est un pari hasardeux, vu le caractère « instable » du régime saoudien. Ils auraient cité en exemple le régime pro-occidental du shah d'Iran, soutenu militairement par les États-Unis, qui a basculé aux mains des mollahs il y a vingt-huit ans. 

 

Une crise disproportionnée 

 

D'après Israël, les armements que les États-Unis s'apprêtent à transférer à l'Arabie saoudite ont une durée de vie de dix à vingt ans. « Le fait qu'al-Qaida ait été fondé en Arabie saoudite, que ses hommes aient infiltré les quatre coins du régime, y compris dans le domaine militaire, est très inquiétant », écrit le Maariv. Plusieurs responsables politiques israéliens estiment qu'il serait disproportionné de déclencher une crise avec les États-Unis à propos de cette affaire, enjoignant au passage les autorités militaires israéliennes à « ne pas mordre la main qui les nourrissent » (les États-Unis). Mais le gouvernement israélien a menacé de faire intervenir son puissant lobby au Congrès américain pour faire capoter l'affaire déclenchant la colère de Washington, qui menacerait à son tour Israël de représailles. L'affaire figurera très probablement au menu des discussions entre Ehoud Olmert et George W. Bush, lors de leur rencontre programmée à la Maison-Blanche le 19 juin.

 


 
Nicolas Sarkozy veut bientôt présenter aux Européens son Union méditerranéenne
 

par ELEONORE SURSEL, publié dans le Temps le 31 mai 2007

 

La France devrait faire une proposition concrète au sommet européen de juin. Au Portugal, en Espagne, en Italie et au sud de la Méditerranée, l'idée du président français intéresse. A Bruxelles, elle soulève de nombreux doutes. «Ce qui a été fait pour l'union de l'Europe, il y a soixante ans, nous allons le faire aujourd'hui pour l'union de la Méditerranée.» Ce projet d'Union méditerranéenne, Nicolas Sarkozy en a parlé en campagne à Toulon en février, puis à Montpellier entre les deux tours avant d'y revenir au soir de son élection. Il ne va pas lâcher l'idée. Elle devrait même faire l'objet d'une proposition concrète au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de Bruxelles les 21 et 22 juin, dit-on de source française à Bruxelles.

Le nouveau président a tracé les grandes lignes de son projet dans la revue Politique internationale : «Nous devons, explique Nicolas Sarkozy, proposer aux pays de l'espace méditerranéen d'établir avec eux une Union méditerranéenne, dont la Turquie serait naturellement l'un des pivots. Cette union aurait vocation à travailler étroitement avec l'Union européenne et à avoir un jour avec elle des institutions communes. Elle pourrait s'organiser autour de rencontres périodiques de ses chefs d'Etat et de gouvernement comme les grands pays industrialisés ont leur G8. Elle aurait un Conseil de la Méditerranée comme l'Europe a le Conseil de l'Europe.» Il ajoute qu'une politique commune d'immigration, que le développement économique et commercial, la promotion de l'Etat de droit, la protection de l'environnement et le codéveloppement formeraient les «piliers» du projet.

«Cela mérite d'être précisé, d'être articulé, complète-t-on, de source française à Bruxelles. Il faut montrer une plus-value par rapport aux propositions existantes.» La plus-value ne saute en effet pas aux yeux des observateurs de la vie européenne. «Je ne vois pas ce que Nicolas Sarkozy entend par là. Nous avons déjà le processus de Barcelone» qui lie l'Union européenne aux pays de la Méditerranée, s'étonne Fraser Cameron, du European Policy Centre, un groupe de réflexion bruxellois.

«Je me demande ce qu'il veut faire de Barcelone, renchérit Michael Emerson, du Centre for European Policy Studies de Bruxelles. Sans compter qu'il existe encore un autre système informel de dialogue, dit «cinq plus cinq», qui réuni les pays du nord et du sud de la Méditerranée, dans le cadre duquel des ministres se parlent. Cela n'a d'ailleurs jamais donné grand-chose.» Le chercheur y voit même un risque potentiel : «S'il veut véritablement construire quelque chose qui ressemble à l'Union européenne entre riverains de la Méditerranée, il risque de casser l'Union européenne en deux.»

Michael Emerson y lit également une intention sous-jacente : «Il y a bien sûr l'arrière-pensée turque là-dedans : vous ne pouvez pas entrer dans l'Union européenne, mais vous pourrez entrer avec nous dans l'Union méditerranéenne...» A Ankara, l'idée ne plaît pas du tout. «La Turquie est un des pays méditerranéens, mais la coopération en Méditerranée est une chose et la coopération au sein de l'Europe en est une autre», a prévenu Abdullah Gül, le ministre turc des Affaires étrangères. L'«arrière-pensée turque» va-t-elle freiner l'intérêt qu'ont déjà manifesté pour le projet de Nicolas Sarkozy l'Italie, l'Espagne et le Portugal? Car ces trois pays sont, au contraire de la France, plutôt en faveur de l'adhésion de la Turquie. Cela n'a pas empêché le premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, d'évoquer le projet dès son premier contact téléphonique avec le nouvel élu français.

Luis Amado, le premier ministre portugais, qui présidera les Vingt-Sept le semestre prochain, a déjà indiqué qu'il veut mettre d'avantage l'accent sur les rapports euroméditerranéens, tout en précisant qu'il est «en faveur de l'élargissement à la Turquie». Romano Prodi, le président du Conseil italien, qui a aussi dit son intérêt à donner une «signification au niveau opérationnel à la politique méditerranéenne», tente d'écarter la question turque : il ne faut «pas penser que cette proposition [...] pour une grande politique de la Méditerranée soit, de quelque façon que ce soit, une échappatoire pour résoudre le problème de nos relations avec la Turquie», dit-il. «C'est autre chose.»

Au sud, seul le Maroc - qui a exprimé son désir d'adhérer à l'Union européenne - a salué la proposition. Plus indirectement, l'Egypte, l'Algérie et la Tunisie ont adressé de chaleureux messages de félicitations au nouvel élu français. En Israël, où certains rêvent aussi de rejoindre l'Europe, pas de commentaires, malgré l'enthousiasme suscité par Nicolas Sarkozy. La question est délicate si l'on songe qu'une union complète des riverains de la Méditerranée placerait Israël dans le même ensemble que ses voisins arabes, dont l'instable Liban et la redoutable Syrie.

 

L'Europe tend déjà vers le Sud

 

Depuis 1995, l'Union européenne a décidé d'un cadre pour ses relations avec les pays de la Méditerranée. C'est le processus dit de Barcelone ou Euromed qui vise, par un partenariat stratégique, à favoriser la stabilité et la sécurité dans la région, avec l'idée notamment de peser sur le conflit israélo-palestinien. Des liens économiques ont été tissés qui pourraient aboutir à un accord de libre-échange avec l'UE à l'horizon 2010. Par ailleurs, des relations dites «sociales et culturelles» tentent, tant bien que mal, d'agir sur les flux migratoires du Sud vers le Nord. Un peu occulté par l'élargissement de l'Europe à l'Est, le processus de Barcelone n'a pas apporté les résultats escomptés. Le sommet extraordinaire organisé pour son dixième anniversaire, à Barcelone en novembre 2005, a été marqué par l'absence de presque tous les dirigeants arabes.

«L'actuel processus Euromed n'est pas une réussite, ce qui n'est pas tout à fait la même chose qu'un échec, juge Michael Emerson, du Centre for European Policy Studies. C'est un essai qui n'a pas mené à des réformes politiques ou économiques très impressionnantes. Cela n'a pas résolu les conflits dans la région, cela n'a pas accéléré la démocratisation. C'est vrai. Pour que ça marche mieux, il faudrait ne plus accepter de composer avec les pays autocrates, lever les barrières commerciales sur les oranges et les tomates du Maroc, par exemple, et se montrer plus accommodant sur les migrations. Mais Nicolas Sarkozy ne semble pas prêt de le faire.»

 

 

Sur la scène de l’attentat qui a coûté la vie au député Walid Eido, dans le quartier de Manara à Beyrouth, le mercredi 13 juin 2007

 

 

Grande salle du Palais de l'Emir Béchir à Beiteddine construit au début du 19e siècle. Photo du 29 avril 2007. Naji Farah

 
 

 

 

 

 

 

 

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