Il faut sauver le Liban.
Une nouvelle fois, ce
vieux pays avec plus
d'histoire que de
territoire est l'otage des
guerres de ses voisins. Un
pays «deux fois
martyr parce que toutes
les guerres du
Moyen-Orient passent sur
sa terre et ensuite parce
que les Libanais refusent
toujours leur
responsabilité dans ces
guerres», comme
l'écrit le journaliste
britannique Robert Fisk.
L'ombre de la Syrie, qui
ne peut accepter d'avoir
perdu sa tutelle sur le
Liban, à la fois son
meilleur pion dans le jeu
régional et une vache à
lait pour ses dirigeants
et ses satrapes, est de
nouveau portée sur les
combats de Tripoli et
l'attentat de Beyrouth.
Après l'assassinat de
Rafic Hariri, les Libanais
avaient pensé recouvrer
leur souveraineté. C'était
oublier ses voisins. Israël,
l'été dernier, a cassé
un pays qui renaissait indépendant
de Damas, renforçant même
la mainmise du Hezbollah
et de ses parrains iranien
et syrien sur son voisin
du nord. La Syrie espère
toujours faire un deal
avec l'Occident : si vous
n'enterrez pas le tribunal
de l'ONU, qui se rapproche
trop des commanditaires
syriens de l'assassinat
d'Hariri, vous aurez la
guerre civile au Liban, et
on ne vous aidera pas en
Irak. Un deal comme
l'avait accepté George
Bush père en 1990
achetant le soutien de la
Syrie dans la première
guerre du Golfe contre les
derniers vestiges d'une
souveraineté libanaise.
On peut s'amuser de la fidélité
de Jacques Chirac à son
logeur, mais l'ancien président
français, allié pour une
fois et pour la bonne
cause aux Américains,
avait su défendre l'intégrité
du pays de son ami,
faisant voter en 2004 une
résolution à l'ONU
demandant aux forces étrangères
de se retirer du Liban et
de mettre fin à leurs
interférences. Le Liban
n'est toujours pas à
l'abri de ces brutales
interventions, mais la
France de Sarkozy et
Kouchner doit continuer,
au nom du droit d'ingérence,
de refuser le marchandage
irano-syrien et défendre
le tribunal de l'ONU. Et
protéger toutes les
communautés libanaises et
de leurs prédateurs et de
leurs pseudo-protecteurs.
Pour
éradiquer Fateh el-Islam,
la troupe préfère
avancer à pas mesurés
par
SCARLETT HADDAD, publié
dans l'Orient-le Jour le
24 mai 2007
Si la trêve non
officielle entre l’armée
et les miliciens de
Fateh-el-Islam semble
tenir bon, les soldats
libanais n’ont toutefois
pas l’intention de lever
le blocus autour du camp
de Nahr el-Bared. L’armée
libanaise, qui a eu en
trois jours
d’affrontements 31
victimes, dont la grande
majorité n’a pas été
tuée dans des combats
mais assassinée dans des
attaques surprise, ne peut
pas se laisser faire par
ce groupuscule dont elle
surveillait les mouvements
depuis plusieurs mois.
Tous les services de sécurité
du pays avaient
d’ailleurs à l’œil
ce groupe en principe
palestinien mais transformé
depuis quelque temps en
une sorte de
multinationale du
terrorisme. Il est vrai
qu’à l’origine,
Chaker Absi et nombre de
ses compagnons étaient
membres de
l’organisation
palestinienne prosyrienne
Fateh-intifada, dirigée
par Abou Moussa, lui-même
dissident du FPLP, et
installé à Damas qui
l’appuie ouvertement. Le
groupuscule s’est
ensuite fortement rapproché
d’el-Qaëda, à mesure
que les fonds accordés
par Abou Moussa
diminuaient. Les anciens
de Fateh-intifada ont donc
fait une dissidence pour
créer leur propre groupe,
à partir de 2004. Ils ont
ensuite quitté la Syrie où
ils avaient trouvé
refuge, après avoir été
pourchassés en Jordanie
et dans d’autres pays
arabes et ils se sont
installés au Liban, en
2006, convaincus qu’avec
la « confessionnalisation
extrême » de la
situation politique et
sociale, ils y
trouveraient un terrain
fertile pour l’expansion
de leurs idées et même
ils pourraient augmenter
leur nombre en acceptant
de nouvelles recrues.
Le noyau principal du
groupe s’est donc
installé dans le camp de
Nahr el-Bared, d’abord
parce qu’il est proche
de la frontière syrienne,
mais surtout parce qu’il
est situé en plein
environnement sunnite,
entre le Akkar, Minié,
Denniyé et Tripoli, alors
que les autres camps
palestiniens sont entourés
de communautés de
diverses confessions
religieuses. Fateh
el-Islam avait
d’ailleurs de mauvaises
relations avec toutes les
autres organisations
palestiniennes et dans ses
rares apparitions à la
presse, Chaker Absi avait
violemment critiqué le
Fateh, le considérant
comme l’ennemi à
abattre au même titre que
les ennemis traditionnels
des Palestiniens. Au fil
des mois, le groupe
s’est étendu dans les
milieux sunnites pauvres
et oubliés de l’État
et des formations
politiques, créant des
antennes à Minié, à
Denniyé et à Tripoli.
Les services de sécurité,
qui le surveillent depuis
quelque temps, savaient
qu’un jour ou l’autre,
il faudrait l’affronter
et mettre un terme à ses
activités pour le moins
dangereuses. D’autant
que plusieurs mises en
garde leur étaient
parvenues directement ou
non, et parfois dans le
cadre de déclarations à
la presse, comme celle de
l’ancien commandant en
chef de la Finul, le général
Alain Pellegrini, qui
avait affirmé récemment
que la force
internationale craignait
d’être la cible
d’attentats de la part
d’el-Qaëda ou de
groupes qui lui sont
affiliés. Mais les
services de sécurité,
notamment ceux de l’armée,
préféraient choisir le
timing et mener une opération
dans le style de celle de
Denniyé en janvier 2000 :
une attaque massive et
surprise sur un des foyers
du groupe, pas nécessairement
à l’intérieur du camp.
Les circonstances en ont
toutefois décidé
autrement. Selon des
sources proches de l’armée,
lorsque l’opération a
commencé dimanche à
l’aube, nul ne
s’attendait à ce
qu’elle prenne une telle
ampleur. Les forces de
l’ordre auraient ainsi
pratiquement été entraînées
dans une sorte
d’embuscade à Tripoli,
mais aussi dans les
positions de l’armée
autour du camp, ainsi
qu’aux alentours de la
grande ville du Nord.
L’armée a dû très
vite réagir, mais les
miliciens étaient bien
retranchés dans leurs
positions. Il est apparu
plus tard qu’ils préparaient
un plan général pour
contrôler la route côtière
du Nord, dans un premier
pas vers l’instauration
de « l’émirat
islamique du Liban-Nord »,
dans le triangle Minié
(la côte en tout cas),
Denniyé, Tripoli.
L’affaire n’était
donc certainement pas à
prendre à la légère et
le plan d’urgence établi
par l’armée a d’abord
voulu parer au plus pressé.
Par la suite, chaque décision
a été mûrement réfléchie
pour éviter d’abord un
massacre dans le camp,
mais aussi pour ne pas
provoquer une réaction de
solidarité
confessionnelle dans
certaines régions défavorisées.
D’autant que nul
n’ignore que quelques
imams de mosquées à
Tripoli et dans ses
environs ne sont pas très
hostiles à certaines idées
d’el-Qaëda.
D’ailleurs, la plupart
des familles
palestiniennes qui ont fui
le camp de Nahr el-Bared
se sont réfugiées à
Tripoli et au camp de
Beddaoui, dans cet
environnement plus ou
moins favorable.
Pour l’armée, il
fallait donc agir avec
beaucoup de sagesse et de
prudence pour ne pas
heurter les sentiments des
uns et des autres. La
tendance a donc été de
resserrer l’étau autour
du camp, pour permettre
l’évacuation des blessés,
des femmes et des enfants,
et ensuite de faire
pression sur les
combattants et sur ceux
qui ont de l’influence
sur eux pour les pousser
à se rendre. Car l’armée
ne peut accepter une
solution qui ne prévoit
pas la reddition de ceux
qui ont assassiné les
soldats. Même si cela
doit prendre un peu de
temps, l’armée préfère
avancer à pas mesurés.
C’est du moins ce
qu’affirme la source qui
en est proche. La même
source ajoute que la
situation est grave et que
le groupuscule qui compte
entre 200 et 300 miliciens
« officiellement recensés
» a une grande capacité
de nuisance. Sans évoquer
un lien entre ces
miliciens et les dernières
explosions à Achrafieh et
à Verdun, la même source
n’exclut pas la
possibilité du recours de
certains jeunes, ayant fui
le camp ou qui se
cachaient dans ce qu’on
appelle des cellules
dormantes, à des actes désespérés...
Les services de l’ordre
s’emploient à les
pourchasser et,
apparemment, au quatrième
jour des affrontements de
Nahr el-Bared, l’armée
semble avoir repris la
situation en main.
Une nouvelle marge
de manoeuvre s'ouvre pour
la France au Moyen-Orient
par RENAUD GIRARD,
publié dans le Figaro le
21 mai 2007
Avec l'arrivée de Nicolas
Sarkozy à la présidence
de la République et de
Bernard Kouchner au Quai
d'Orsay, y a-t-il ou non
une nouvelle marge de
manoeuvre diplomatique
s'ouvrant à la France
pour relancer les actions
de paix au Moyen-Orient ?
Paris jouit de deux grands
atouts dans la région,
l'un déjà ancien,
l'autre tout nouveau. Le
premier est que la France
a eu, de septembre 2002
à mars 2003, la
sagesse et le courage de
tout faire pour tenter
d'empêcher la désastreuse
aventure militaire
anglo-américaine en Irak.
Un crédit intact fait de
la France la puissance
occidentale la mieux placée
pour jouer le rôle de honest
broker (médiateur
sincère) dans l'intégralité
des crises au
Moyen-Orient. Aussi
paradoxal que cela puisse
paraître, le second atout
est la confiance dont bénéficient
en Amérique à la fois
Nicolas Sarkozy et Bernard
Kouchner. Car, si
l'influence
des États-Unis s'est
beaucoup détériorée
dans la région par
rapport à
l'Administration Clinton,
aucune crise ne pourra y
être durablement résolue
sans l'aval de Washington.
Les deux dossiers les plus
brûlants au Moyen-Orient
sont aujourd'hui le
conflit israélo-palestinien
et le programme nucléaire
iranien. Sur chacun de ces
dossiers, la France est en
mesure de faire avancer la
cause de la paix.
Ce n'est pas parce qu'il
dure depuis soixante ans
que le conflit israélo-palestinien
serait intrinsèquement
impossible à résoudre.
Il s'agit toujours de procéder
au partage du territoire
de la Palestine mandataire
(région ottomane confiée
par la SDN à la tutelle
britannique à l'issue de
la Première Guerre
mondiale) entre un État
juif et un État
palestinien. Lors des négociations
de Taba de janvier 2001,
les Israéliens (du
gouvernement Barak
finissant) et les
Palestiniens (de l'Autorité
alors présidée par
Yasser Arafat) furent à
deux doigts de s'accorder
sur un partage. Le
principe était
l'institution d'un État
palestinien sur la
Cisjordanie et Gaza, avec
un corridor reliant les
deux territoires. Toutes
les grandes colonies israéliennes
implantées juste à l'est
de la ligne verte (ligne
de cessez-le-feu de février 1949,
reconnue par l'ONU comme
la frontière orientale
de l'État hébreu) étaient
intégrées au territoire
israélien.
En échange, Israël cédait
à l'État palestinien
le même nombre de kilomètres
carrés, pris sur son
territoire
internationalement reconnu
(qui représente 78 %
de la Palestine
mandataire). Comprenant le
souci du gouvernement israélien
de garder son caractère
juif à Israël, Arafat
avait accepté que le
retour des réfugiés
palestiniens de la guerre
de 1948 se fasse
principalement sur le sol
du nouvel État
palestinien (et non dans
les villes dont ces réfugiés
étaient originaires,
Jaffa, Ashkelon,
Saint-Jean d'Acre, etc.).
Toutes les cartes avaient
même été dessinées
pour un partage de la
vieille ville de Jérusalem
(dont la partie orientale
serait devenue la nouvelle
capitale de l'État
palestinien, sous le nom
d'Al-Quds). La négociation
trébucha sur le tout
dernier détail : où
faire passer la frontière
entre le mur des
Lamentations (mur
occidental du temple de
Salomon, lieu le plus
saint du judaïsme) et
l'esplanade voisine des
Mosquées (troisième lieu
saint de l'islam) ?
Les Israéliens exigeaient
de conserver pour eux le
sous-sol de l'esplanade,
afin de poursuivre leurs
recherches archéologiques
sur le temple de Salomon :
en bref, il fallait tracer
une frontière sur un
espace en trois
dimensions. Arafat était
prêt à s'y résigner à
condition que l'Arabie
saoudite (dont le roi est
le protecteur des deux
premiers lieux saints de
l'islam) l'accepte
publiquement en premier. Hélas,
les Saoudiens n'eurent
pas le courage d'effectuer
le geste symbolique que
leur demandait Arafat.
Aujourd'hui, avec l'appui
de la Ligue arabe unanime,
les Saoudiens tendent de
nouveau la main à Israël,
proposant une
reconnaissance
diplomatique réciproque
entre tous les États
arabes et l'État juif, en
échange du retour de ce
dernier à ses frontières
de 1967 (la ligne verte).
Le gouvernement Olmert a
dit son accord de principe
à l'ouverture d'une négociation
en partant de cette base-là.
Mais il manque encore un
catalyseur. Pourquoi la
France ne jouerait-elle
pas ce rôle ? Après
tout, la petite Norvège
n'a-t-elle pas réussi,
avec les accords d'Oslo de
1993, à réaliser la plus
belle avancée sur le
dossier depuis la
fondation de l'État
d'Israël ?
Le dossier nucléaire
iranien n'est pas, lui non
plus, aussi désespéré
qu'on le croit. La guerre
n'est pas fatale entre
l'Amérique et l'Iran,
dont les intérêts ne
sont nullement divergents
économiquement. Ce serait
à coup sûr un loose-loose
game. Il faut parler
à Téhéran et prendre au
mot son désir de rester
dans le TNP, traité qui
l'oblige à ne jamais se
doter de l'arme
nucléaire.
Son programme
d'enrichissement d'uranium
fait peur : pourquoi
ne pas examiner sérieusement
la proposition iranienne
d'un consortium de
production d'uranium
enrichi à destination des
centrales de production d'électricité,
associant à l'Iran les États
du Golfe, l'Égypte, la
France et même les États-Unis ?
Après avoir efficacement
aidé les Américains dans
leur combat contre les
talibans juste après les
attentats du 11 septembre
2001, Téhéran avait
proposé à Washington un
« grand plan »
de résolution des différends
entre les deux pays,
lequel allait jusqu'à la
démilitarisation du
Hezbollah et sa
transformation en un parti
politique libanais normal.
Le refus américain de
saisir cette main tendue
au début de 2003 représente
l'une des pires fautes
diplomatiques de
l'Administration Bush.
Pourquoi la France ne
reprendrait-elle
pas aujourd'hui à son
compte ce dialogue si
imprudemment désamorcé
par Washington ?
Fait accompli
par SERGE TRUFFAUT,
publié dans le Devoir le
25 mai 2007
C'est une réalité: le
patron de l'Agence
internationale de l'énergie
atomique (AIEA), Mohamed
el-Baradeï, et le tandem
formé des États-Unis et
de l'Europe sont à
couteaux tirés. À
l'origine de cette
dispute, une première
depuis que fait rage le débat
sur le nucléaire iranien,
il y a cette attitude,
celle du patron de l'AIEA,
jugée trop conciliante,
voire irresponsable, par
le duo occidental.
Reprenons.Dans le rapport
qu'il a présenté cette
semaine, le Prix Nobel de
la paix 2005 précise
qu'au cours des récents
mois, les ingénieurs
iraniens ont trouvé une
solution à chacun des défis
techniques sur lesquels
ils butaient depuis
maintenant trois ans. De
sorte que, d'une
infrastructure de
production organisée en
fonction de la recherche-développement,
ils sont passés à une
infrastructure de
production industrielle.
De fait, les experts de
l'AIEA ont observé une
accélération des activités
d'enrichissement de
l'uranium. Aujourd'hui, on
estime qu'au cours des 12
prochains mois, les
scientifiques iraniens
seront en mesure de
fabriquer toute la matière
fissile nécessaire à une
bombe.
Ce constat réalisé,
Mohamed el-Baradeï est
allé jusqu'à suggérer
que la maîtrise de l'opération
d'enrichissement étant un
fait accompli, aucun
retour en arrière n'est
possible. Partant, il
propose que les
Occidentaux mettent une
sourdine à leur préalable
à toute discussion avec Téhéran.
De quoi s'agit-il? Depuis
l'amorce, en 2003, de
cette crise diplomatique,
Américains et Européens
affirment qu'il n'y aura
aucun pourparler avec les
Iraniens tant et aussi
longtemps que ceux-ci
n'auront pas suspendu
leurs activités. Tout
logiquement, le nobélisé
avance que si les
Occidentaux, les Chinois
et les Russes ont convenu
de discuter avec les
Nord-Coréens, ils
devraient faire la même
chose avec le régime des
ayatollahs. Autrement dit,
ils devraient accepter le
fait accompli et
abandonner la condition
afférente à toute négociation.
Mais voilà, pour
Washington, Berlin,
Londres et Paris, il n'est
pas question de sortir du
cadre juridique inhérent
au Traité de non-prolifération
auquel, il faut le
rappeler, l'Iran avait adhéré.
Plutôt que d'emprunter la
voie proposée par le
directeur de l'AIEA, les
membres permanents du
Conseil de sécurité, à
l'exception de la Chine et
de la Russie, s'attellent
d'ores et déjà à la
conception d'une autre série
de sanctions. Ici et là,
on pense qu'en optant pour
la diplomatie au forceps,
le tandem É.-U.-Europe
fait le pari que la
scission va aller
croissant entre les
ultraconservateurs, menés
par le président
Ahmadinejad, et les réalistes,
dirigés notamment par
l'ex-président Khatami.
En collant à la stratégie
des deux pas en avant, un
pas en arrière, en
combinant coups d'éclat
et esbroufe, Téhéran est
parvenu à créer une
distance entre l'AIEA et
les membres du Conseil de
sécurité de l'ONU.
Autrement dit, entre les
experts et les
politiciens. Et ce, en
jouant avec un certain
brio la carte Russie. En
effet, ce pays étant en
froid avec l'Europe et les
États-Unis, il ne serait
pas étonnant qu'il use de
son droit de veto lors de
la prochaine séance
onusienne. Les Perses ont
été très malins.
Israël tente de
briser le Hamas en
Cisjordanie
par ELEONORE DE
NARBONNE, publié dans
Ouest-France le 25 mai
2007
La cité palestinienne de
Naplouse (300.000
habitants) s'est réveillée
sans tête hier matin. Au
petit jour, l'armée israélienne
a arrêté le maire, l'un
de ses adjoints et cueilli
chez eux trois députés
du Hamas et le ministre de
l'Éducation du
gouvernement palestinien,
Naser al-Chaër. Ailleurs
en Cisjordanie, les maires
de Qalqiliya et celui de
Beita ont été arrêtés.
Au total, 33 cadres du
parti islamiste ont été
interpellés lors de ce
coup de filet mené dans
toute la Cisjordanie. Sous
les néons de sa boutique,
dans la vieille ville,
Mahmoud est comme sonné. «
On s'est réveillés
encore plus tristes que
d'habitude, raconte le
commerçant. En temps
normal, les Israéliens mènent
des campagnes
d'arrestations pour
sanctionner des violences,
là personne ne comprend
ce qui se passe. » La
population ne voit pas
quel lien l'armée israélienne
peut bien établir entre
son maire, élu avec 75%
des suffrages, et les
roquettes tirées contre
Israël depuis la bande de
Gaza, à 90 km de là.
Dans
son bureau de la mairie,
Hafez Shaheen, l'adjoint
aux affaires techniques
corrige rageusement une
affiche tirée à 500
exemplaires appelant à la
libération du maire. La
rafle du matin ? « Un
moyen pour le gouvernement
israélien de détourner
l'attention de ses problèmes
internes. Quel rapport un
homme qui règle chaque
jour des problèmes d'eau,
de routes ou d'électricité
peut-il avoir avec ce qui
se passe à Gaza ? »
L'adjoint assure que le
maire est un homme
d'affaires sans étiquette.
« Le Hamas est un
mouvement secret, personne
ne peut dire qui en est
membre ou non », tranche
Hafez Shaheen. La branche
armée du Hamas n'a-t-elle
pas, pourtant, revendiqué
le tir qui a tué lundi
soir une Israélienne de
Sdérot, une ville
frontalière de Gaza ? «
Ce qui compte n'est pas le
Hamas, mais de faire libérer
notre maire. » Pour Israël,
le rapport est évident.
Sous couvert de leur
mandat, accusent les généraux
de l'État hébreu, les élus
du Hamas travailleraient
surtout au renforcement de
la branche armée du
Hamas. Le ministre israélien
de la Défense justifie la
rafle du matin. « Mieux
vaut des arrestations que
des liquidations »,
a déclaré Amir Peretz,
satisfait de ce message
envoyé aux artilleurs du
Hamas à Gaza qui, en une
semaine, ont tiré plus
d'une centaine de
roquettes sur le sud
d'Israël.
Les
coups de boutoir israéliens
enfoncent un peu plus la
Cisjordanie et Gaza dans
la crise, alors que les
175.000 fonctionnaires
palestiniens sont de
nouveau en grève, depuis
deux jours, pour réclamer
des salaires que le
gouvernement est incapable
de payer. La communauté
internationale a gelé son
aide après la victoire du
Hamas aux législatives de
janvier 2006. « Si le siège
continue et les grèves
aussi, c'est n'est plus
seulement le gouvernement,
c'est toute l'Autorité
palestinienne qui s'écroulera
», s'inquiète le
Ministre de l'Information,
Moustafa Barghouti. Hier
soir, la tension était à
son comble au point
barrage installé par
l'armée israélienne à
l'entrée de Naplouse.
Alors qu'ils s'efforçaient
de maîtriser un
Palestinien mis hors de
lui par les contrôles
d'identité, les soldats
ont dû tirer en l'air
pour disperser un
attroupement houleux.
Un
psy pour Absi
par
GABY NASR, publié dans
l'Orient-le Jour le 25 mai
2007
Il est
fascinant de constater
comment il suffit parfois
d’une barbe bien
fournie, de quelques
mugissements pseudo-théologiques
et d’un staccato de
mitraillette pour ramener
un pays 30 ans en arrière.
Un rétropédalage, certes
dramatique, mais qui garde
cependant un seul avantage
: celui de nous rajeunir.
Aux commandes de cette
formidable machine à
remonter les temps : un
nouvel OGM palestinien.
Une espèce de bubon
humanoïde qui vient d’éclore
dans le laboratoire
libanais, mais qui avait déjà
commencé à bourgeonner
il y a quelques années
chez les frérots de la ménagerie
d’à-côté. Il
s’appelle Chaker Absi et
du haut de son extrait de
naissance, 52 ans le
regardent. Dédaignant ce
nom en forme d’éternuement,
pratiquement invociférable
dans le milieu milicien
chic de Nahr el-Bared, ce
mutant des sables a
d’abord été tenté par
le pseudo d’Abou
el-Hassan. Hélas la
marque était déposée
depuis les années 70.
Puis, jugeant sans doute
qu’un seul Hassan
faisait minable, il a
finalement opté pour le
doux vocable d’Abou
el-Hassanein. Tant qu’à
inventer des appendices,
autant en avoir deux…
Ce
nouvel « Abou », le
dernier d’une nichée de
pestiférés de l’OLP,
est en fait le dissident
d’un dissident, un autre
« Abou », affublé du
pendentif « Moussa ».
Celui-ci avait eu
l’occasion d’exercer
ses talents dans les années
80 contre Yasser Arafat,
primus inter pares des «
Abou » palestiniens. Ce
qui confirme le très peu
connu théorème
d’Abraham : sur deux
Palestiniens, il y en a
toujours un qui est le
dissident de l’autre.
Chaker the Shaker a
commencé donc par être
laïc. Mais comme de nos
jours, ça fait ringard,
il s’est aussitôt
branché sur un logiciel
islamiste dernier cri,
livré avec tous ses périphériques
: la barbe amazonienne, la
chemise de nuit, la
ceinture d’explosifs,
sans oublier les 70
vierges en chaleur qui
l’attendent au paradis,
pour le cas où le martyr
s’y pointerait tout nu.
Aujourd’hui, notre ami a
pour les Libanais deux
projets ambitieux d’aménagement
du territoire : faire
transformer le camp de
Nahr el-Bared en parking
et ramener à Beyrouth le
Salon de l’auto piégée
de Bagdad. Quant à sa
devise, qu’il a hâtivement
pompée sur celle des
Rohan, elle reste inchangée
: « Allah ne puis, prophète
ne daigne, Absi suis. »
Et psychopathe je reste…
paru dans le Monde du
24 mai 2007
Les combats autour du camp
palestinien de Nahr
Al-Bared et les nouveaux
attentats à Beyrouth
confirment ce que chacun
sait depuis des mois : le
Liban est au bord de l'abîme.
Après la guerre de l'été
2006 entre le Hezbollah et
Israël, la violence
reprend. Le gouvernement
libanais s'alarme depuis
longtemps du danger que
représentent ces camps
palestiniens surpeuplés,
zones de non-droit où
prospèrent les groupes
radicaux salafistes ou
djihadistes. Mais rien n'a
été fait. Au Liban, les
armes circulent, les
milices se développent,
alors que le pays compte
pourtant la plus forte présence
de casques bleus au kilomètre
carré au monde. Le départ
des troupes syriennes, en
2005, n'a pas mis un terme
au jeu des influences extérieures
qui empêchent depuis des
décennies le pays du Cèdre
de devenir pleinement indépendant
et souverain. Aucune
preuve ne permet de lier
formellement la Syrie au
groupuscule sunnite
radical Fatah Al-Islam qui
défie l'armée libanaise.
En revanche, la
concomitance des
affrontements avec les
discussions en cours aux
Nations unies pour imposer
la création d'un tribunal
international chargé de
juger les assassins présumés
de l'ancien premier
ministre libanais, Rafic
Hariri, ne peut
qu'alimenter les
suspicions.
Le régime syrien est
opposé à ce tribunal,
sans doute parce que
certains de ses cadres ont
été mis en cause par le
premier enquêteur chargé
du dossier, Detlev Melhis.
Pour sa défense, ce même
régime explique que ses
ennemis ont tout intérêt
à attiser aujourd'hui les
flammes puisqu'il fait précisément
figure de coupable idéal.
Si on ne peut aujourd'hui
faire la part entre les
calculs cyniques et les
stratégies machiavéliques,
on doit en revanche s'en
tenir à quelques
certitudes. On aidera
davantage le Liban en
permettant de juger les
responsables de
l'assassinat de Rafic
Hariri qu'en les laissant
impunis. Objecter que
l'imposition d'un tribunal
international constitue
une ingérence dans les
affaires libanaises, c'est
oublier que le Liban n'est
pas en mesure de surmonter
ses paralysies et ses
divisions.
C'est justement parce
que les deux blocs qui
s'affrontent - la majorité
parlementaire, dirigée
par le premier ministre,
Fouad Siniora, et
l'opposition,
principalement organisée
autour du Hezbollah - sont
incapables de régler
cette question de tribunal
qu'il faut passer outre.
On peut même formuler une
hypothèse hardie : les
forces politiques
libanaises alliées à la
Syrie gagneront des marges
de manoeuvre vis-à-vis du
régime de Bachar Al-Assad
si le destin du Liban est
bien leur priorité, dès
lors que la question du
tribunal international
sera derrière elles,
tranchée par des acteurs
extérieurs, sous
l'autorité de la
communauté
internationale.
Malheureusement, la
lucidité et les leçons
de l'histoire libanaise
invitent à se garder d'un
trop grand optimisme.