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>> FLASH >> AFFRONTEMENTS MEURTRIERS ENTRE SOLDATS LIBANAIS ET ISLAMISTES PALESTINIENS AU LIBAN-NORD - Vendredi 25 mai 2007

Pour sa première sortie hors d'Europe, le ministre Bernard Kouchner rappelle la position de la France à Beyrouth
La nouvelle explosion de violence cimente la réunification des Libanais
par NAJI FARAH, directeur de la rédaction
 

"Epargnez les enfants du Liban, ça suffit, ça suffit, ça suffit...!" Manifestation d'écoliers dans les rues de Beyrouth, le jeudi 10 mai 2007, à l'appel de l'association "Offre-Joie"

Quelle différence y a-t-il entre un pilote d'avion israélien terrorisant en juillet 2006 la population libanaise en larguant des tonnes de bombes occidentales sur l'ensemble du territoire libanais et un obscur terroriste moyen-oriental franchissant le territoire syrien pour faire exploser en mai 2007 des bombes de fabrication artisanale dans les grands quartiers commerciaux de Beyrouth et de ses environs ? Aucune. Les deux agissent sous les ordres d'un même commanditaire visant à torpiller une saison d'été toujours balbutiante pour empêcher les Libanais de se redresser économiquement et les amener à déserter le Liban, privé une fois de plus de centaines de milliers de ses fils résidant à l'étranger et de touristes arabes et européens venant investir dans le pays. Nous voilà, sept ans jour pour jour après la libération du Liban sud des forces d'occupation israéliennes et deux ans après la libération du reste du Liban des forces d'occupation syriennes, dans une situation étrange, cherchant la raison de l'acharnement de la communauté internationale, même si elle dit le contraire, contre notre cher pays. L'histoire se répète depuis plus de trente ans, mais avec une différence de taille : les Libanais n'ont jamais été aussi décidés à faire le chemin ensemble pour reconstruire un Liban uni, pluriel et démocratique, au grand dam de leurs détracteurs qui s'enfoncent encore plus dans la violence et la bêtise, et nous assènent des discours vides par le truchement de leurs ambassadeurs dans les salons libanais au beau milieu de revenants exécrables, à savoir les criminels de guerre locaux ayant exécuté leurs ordres des années durant avec la complicité des chefs palestiniens des camps du Liban qui, chassés il y a soixante ans de leur pays ancestral, sont à la base de tous nos maux. Alors quel avenir pour le Liban, peut-on se demander ? Ces agressions en règle ne peuvent que renforcer le courant d'amitié et de solidarité avec le Liban parcourant la terre entière grâce à ses fils établis par millions dans tous les continents. L'ensemble de la population libanaise civile et armée doit se solidariser avec les soldats libanais pour éliminer radicalement toutes les milices étrangères hébergées sous protection internationale dans les camps palestiniens, et une fois le Liban libéré de ces îlots d'insécurité, fusionner avec l'armée libanaise qui recevra alors le soutien nécessaire pour renforcer durablement son autorité sur l'ensemble du territoire libanais en protégeant ses frontières. 

 

Sur le terrain, les combats commencés le dimanche 20 mai à l'aube entre l'armée libanaise et les factions islamistes autour du camp palestinien de Nahr-el-Bared à Tripoli, ont fait près de 70 morts et semblent devoir se poursuivre. Un troisième attentat a visé le mercredi 23 mai, vers 21h, les souks de Aley (cinq blessés), suite à ceux de Beyrouth - à Achrafieh le dimanche soir (une femme morte et une dizaine de blessés) et à Verdun le lundi soir (une dizaine de blessés). Le nouveau ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, effectuant son premier déplacement hors d'Europe depuis sa nomination par le président Nicolas Sarkozy - qui a remporté les élections françaises le dimanche 6 mai -, se trouve pour deux jours au Liban afin de s'entretenir avec le Premier ministre libanais et les principaux responsables politiques du pays, et "réaffirmer la solidarité de la France avec le Liban et avec sa population" dans cette "période critique".

 


 
Ombre
 
par FRANCOIS SERGENT, publié dans Libération le 22 mai 2007
 
Il faut sauver le Liban. Une nouvelle fois, ce vieux pays avec plus d'histoire que de territoire est l'otage des guerres de ses voisins. Un pays «deux fois martyr parce que toutes les guerres du Moyen-Orient passent sur sa terre et ensuite parce que les Libanais refusent toujours leur responsabilité dans ces guerres», comme l'écrit le journaliste britannique Robert Fisk. L'ombre de la Syrie, qui ne peut accepter d'avoir perdu sa tutelle sur le Liban, à la fois son meilleur pion dans le jeu régional et une vache à lait pour ses dirigeants et ses satrapes, est de nouveau portée sur les combats de Tripoli et l'attentat de Beyrouth. Après l'assassinat de Rafic Hariri, les Libanais avaient pensé recouvrer leur souveraineté. C'était oublier ses voisins. Israël, l'été dernier, a cassé un pays qui renaissait indépendant de Damas, renforçant même la mainmise du Hezbollah et de ses parrains iranien et syrien sur son voisin du nord. La Syrie espère toujours faire un deal avec l'Occident : si vous n'enterrez pas le tribunal de l'ONU, qui se rapproche trop des commanditaires syriens de l'assassinat d'Hariri, vous aurez la guerre civile au Liban, et on ne vous aidera pas en Irak. Un deal comme l'avait accepté George Bush père en 1990 achetant le soutien de la Syrie dans la première guerre du Golfe contre les derniers vestiges d'une souveraineté libanaise.
 
On peut s'amuser de la fidélité de Jacques Chirac à son logeur, mais l'ancien président français, allié pour une fois et pour la bonne cause aux Américains, avait su défendre l'intégrité du pays de son ami, faisant voter en 2004 une résolution à l'ONU demandant aux forces étrangères de se retirer du Liban et de mettre fin à leurs interférences. Le Liban n'est toujours pas à l'abri de ces brutales interventions, mais la France de Sarkozy et Kouchner doit continuer, au nom du droit d'ingérence, de refuser le marchandage irano-syrien et défendre le tribunal de l'ONU. Et protéger toutes les communautés libanaises et de leurs prédateurs et de leurs pseudo-protecteurs.
 

 
Pour éradiquer Fateh el-Islam, la troupe préfère avancer à pas mesurés
 
par SCARLETT HADDAD, publié dans l'Orient-le Jour le 24 mai 2007
 
Si la trêve non officielle entre l’armée et les miliciens de Fateh-el-Islam semble tenir bon, les soldats libanais n’ont toutefois pas l’intention de lever le blocus autour du camp de Nahr el-Bared. L’armée libanaise, qui a eu en trois jours d’affrontements 31 victimes, dont la grande majorité n’a pas été tuée dans des combats mais assassinée dans des attaques surprise, ne peut pas se laisser faire par ce groupuscule dont elle surveillait les mouvements depuis plusieurs mois. Tous les services de sécurité du pays avaient d’ailleurs à l’œil ce groupe en principe palestinien mais transformé depuis quelque temps en une sorte de multinationale du terrorisme. Il est vrai qu’à l’origine, Chaker Absi et nombre de ses compagnons étaient membres de l’organisation palestinienne prosyrienne Fateh-intifada, dirigée par Abou Moussa, lui-même dissident du FPLP, et installé à Damas qui l’appuie ouvertement. Le groupuscule s’est ensuite fortement rapproché d’el-Qaëda, à mesure que les fonds accordés par Abou Moussa diminuaient. Les anciens de Fateh-intifada ont donc fait une dissidence pour créer leur propre groupe, à partir de 2004. Ils ont ensuite quitté la Syrie où ils avaient trouvé refuge, après avoir été pourchassés en Jordanie et dans d’autres pays arabes et ils se sont installés au Liban, en 2006, convaincus qu’avec la « confessionnalisation extrême » de la situation politique et sociale, ils y trouveraient un terrain fertile pour l’expansion de leurs idées et même ils pourraient augmenter leur nombre en acceptant de nouvelles recrues.

Le noyau principal du groupe s’est donc installé dans le camp de Nahr el-Bared, d’abord parce qu’il est proche de la frontière syrienne, mais surtout parce qu’il est situé en plein environnement sunnite, entre le Akkar, Minié, Denniyé et Tripoli, alors que les autres camps palestiniens sont entourés de communautés de diverses confessions religieuses. Fateh el-Islam avait d’ailleurs de mauvaises relations avec toutes les autres organisations palestiniennes et dans ses rares apparitions à la presse, Chaker Absi avait violemment critiqué le Fateh, le considérant comme l’ennemi à abattre au même titre que les ennemis traditionnels des Palestiniens. Au fil des mois, le groupe s’est étendu dans les milieux sunnites pauvres et oubliés de l’État et des formations politiques, créant des antennes à Minié, à Denniyé et à Tripoli. Les services de sécurité, qui le surveillent depuis quelque temps, savaient qu’un jour ou l’autre, il faudrait l’affronter et mettre un terme à ses activités pour le moins dangereuses. D’autant que plusieurs mises en garde leur étaient parvenues directement ou non, et parfois dans le cadre de déclarations à la presse, comme celle de l’ancien commandant en chef de la Finul, le général Alain Pellegrini, qui avait affirmé récemment que la force internationale craignait d’être la cible d’attentats de la part d’el-Qaëda ou de groupes qui lui sont affiliés. Mais les services de sécurité, notamment ceux de l’armée, préféraient choisir le timing et mener une opération dans le style de celle de Denniyé en janvier 2000 : une attaque massive et surprise sur un des foyers du groupe, pas nécessairement à l’intérieur du camp.

Les circonstances en ont toutefois décidé autrement. Selon des sources proches de l’armée, lorsque l’opération a commencé dimanche à l’aube, nul ne s’attendait à ce qu’elle prenne une telle ampleur. Les forces de l’ordre auraient ainsi pratiquement été entraînées dans une sorte d’embuscade à Tripoli, mais aussi dans les positions de l’armée autour du camp, ainsi qu’aux alentours de la grande ville du Nord. L’armée a dû très vite réagir, mais les miliciens étaient bien retranchés dans leurs positions. Il est apparu plus tard qu’ils préparaient un plan général pour contrôler la route côtière du Nord, dans un premier pas vers l’instauration de « l’émirat islamique du Liban-Nord », dans le triangle Minié (la côte en tout cas), Denniyé, Tripoli. L’affaire n’était donc certainement pas à prendre à la légère et le plan d’urgence établi par l’armée a d’abord voulu parer au plus pressé. Par la suite, chaque décision a été mûrement réfléchie pour éviter d’abord un massacre dans le camp, mais aussi pour ne pas provoquer une réaction de solidarité confessionnelle dans certaines régions défavorisées. D’autant que nul n’ignore que quelques imams de mosquées à Tripoli et dans ses environs ne sont pas très hostiles à certaines idées d’el-Qaëda. D’ailleurs, la plupart des familles palestiniennes qui ont fui le camp de Nahr el-Bared se sont réfugiées à Tripoli et au camp de Beddaoui, dans cet environnement plus ou moins favorable.

Pour l’armée, il fallait donc agir avec beaucoup de sagesse et de prudence pour ne pas heurter les sentiments des uns et des autres. La tendance a donc été de resserrer l’étau autour du camp, pour permettre l’évacuation des blessés, des femmes et des enfants, et ensuite de faire pression sur les combattants et sur ceux qui ont de l’influence sur eux pour les pousser à se rendre. Car l’armée ne peut accepter une solution qui ne prévoit pas la reddition de ceux qui ont assassiné les soldats. Même si cela doit prendre un peu de temps, l’armée préfère avancer à pas mesurés. C’est du moins ce qu’affirme la source qui en est proche. La même source ajoute que la situation est grave et que le groupuscule qui compte entre 200 et 300 miliciens « officiellement recensés » a une grande capacité de nuisance. Sans évoquer un lien entre ces miliciens et les dernières explosions à Achrafieh et à Verdun, la même source n’exclut pas la possibilité du recours de certains jeunes, ayant fui le camp ou qui se cachaient dans ce qu’on appelle des cellules dormantes, à des actes désespérés... Les services de l’ordre s’emploient à les pourchasser et, apparemment, au quatrième jour des affrontements de Nahr el-Bared, l’armée semble avoir repris la situation en main.
 

 
Une nouvelle marge de manoeuvre s'ouvre pour la France au Moyen-Orient
 
par RENAUD GIRARD, publié dans le Figaro le 21 mai 2007
 
Avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et de Bernard Kouchner au Quai d'Orsay, y a-t-il ou non une nouvelle marge de manoeuvre diplomatique s'ouvrant à la France pour relancer les actions de paix au Moyen-Orient ? Paris jouit de deux grands atouts dans la région, l'un déjà ancien, l'autre tout nouveau. Le premier est que la France a eu, de septembre 2002 à mars 2003, la sagesse et le courage de tout faire pour tenter d'empêcher la désastreuse aventure militaire anglo-américaine en Irak. Un crédit intact fait de la France la puissance occidentale la mieux placée pour jouer le rôle de honest broker (médiateur sincère) dans l'intégralité des crises au Moyen-Orient. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le second atout est la confiance dont bénéficient en Amérique à la fois Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner. Car, si l'influence des États-Unis s'est beaucoup détériorée dans la région par rapport à l'Administration Clinton, aucune crise ne pourra y être durablement résolue sans l'aval de Washington. Les deux dossiers les plus brûlants au Moyen-Orient sont aujourd'hui le conflit israélo-palestinien et le programme nucléaire iranien. Sur chacun de ces dossiers, la France est en mesure de faire avancer la cause de la paix.
 
Ce n'est pas parce qu'il dure depuis soixante ans que le conflit israélo-palestinien serait intrinsèquement impossible à résoudre. Il s'agit toujours de procéder au partage du territoire de la Palestine mandataire (région ottomane confiée par la SDN à la tutelle britannique à l'issue de la Première Guerre mondiale) entre un État juif et un État palestinien. Lors des négociations de Taba de janvier 2001, les Israéliens (du gouvernement Barak finissant) et les Palestiniens (de l'Autorité alors présidée par Yasser Arafat) furent à deux doigts de s'accorder sur un partage. Le principe était l'institution d'un État palestinien sur la Cisjordanie et Gaza, avec un corridor reliant les deux territoires. Toutes les grandes colonies israéliennes implantées juste à l'est de la ligne verte (ligne de cessez-le-feu de février 1949, reconnue par l'ONU comme la frontière orientale de l'État hébreu) étaient intégrées au territoire israélien.
 
En échange, Israël cédait à l'État palestinien le même nombre de kilomètres carrés, pris sur son territoire internationalement reconnu (qui représente 78 % de la Palestine mandataire). Comprenant le souci du gouvernement israélien de garder son caractère juif à Israël, Arafat avait accepté que le retour des réfugiés palestiniens de la guerre de 1948 se fasse principalement sur le sol du nouvel État palestinien (et non dans les villes dont ces réfugiés étaient originaires, Jaffa, Ashkelon, Saint-Jean d'Acre, etc.). Toutes les cartes avaient même été dessinées pour un partage de la vieille ville de Jérusalem (dont la partie orientale serait devenue la nouvelle capitale de l'État palestinien, sous le nom d'Al-Quds). La négociation trébucha sur le tout dernier détail : où faire passer la frontière entre le mur des Lamentations (mur occidental du temple de Salomon, lieu le plus saint du judaïsme) et l'esplanade voisine des Mosquées (troisième lieu saint de l'islam) ?
 
Les Israéliens exigeaient de conserver pour eux le sous-sol de l'esplanade, afin de poursuivre leurs recherches archéologiques sur le temple de Salomon : en bref, il fallait tracer une frontière sur un espace en trois dimensions. Arafat était prêt à s'y résigner à condition que l'Arabie saoudite (dont le roi est le protecteur des deux premiers lieux saints de l'islam) l'accepte publiquement en premier. Hélas, les Saoudiens n'eurent pas le courage d'effectuer le geste symbolique que leur demandait Arafat. Aujourd'hui, avec l'appui de la Ligue arabe unanime, les Saoudiens tendent de nouveau la main à Israël, proposant une reconnaissance diplomatique réciproque entre tous les États arabes et l'État juif, en échange du retour de ce dernier à ses frontières de 1967 (la ligne verte). Le gouvernement Olmert a dit son accord de principe à l'ouverture d'une négociation en partant de cette base-là. Mais il manque encore un catalyseur. Pourquoi la France ne jouerait-elle pas ce rôle ? Après tout, la petite Norvège n'a-t-elle pas réussi, avec les accords d'Oslo de 1993, à réaliser la plus belle avancée sur le dossier depuis la fondation de l'État d'Israël ?
 
Le dossier nucléaire iranien n'est pas, lui non plus, aussi désespéré qu'on le croit. La guerre n'est pas fatale entre l'Amérique et l'Iran, dont les intérêts ne sont nullement divergents économiquement. Ce serait à coup sûr un loose-loose game. Il faut parler à Téhéran et prendre au mot son désir de rester dans le TNP, traité qui l'oblige à ne jamais se doter de l'arme nucléaire. Son programme d'enrichissement d'uranium fait peur : pourquoi ne pas examiner sérieusement la proposition iranienne d'un consortium de production d'uranium enrichi à destination des centrales de production d'électricité, associant à l'Iran les États du Golfe, l'Égypte, la France et même les États-Unis ? Après avoir efficacement aidé les Américains dans leur combat contre les talibans juste après les attentats du 11 septembre 2001, Téhéran avait proposé à Washington un « grand plan » de résolution des différends entre les deux pays, lequel allait jusqu'à la démilitarisation du Hezbollah et sa transformation en un parti politique libanais normal. Le refus américain de saisir cette main tendue au début de 2003 représente l'une des pires fautes diplomatiques de l'Administration Bush. Pourquoi la France ne reprendrait-elle pas aujourd'hui à son compte ce dialogue si imprudemment désamorcé par Washington ?
 

 
Fait accompli
 
par SERGE TRUFFAUT, publié dans le Devoir le 25 mai 2007
 
C'est une réalité: le patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed el-Baradeï, et le tandem formé des États-Unis et de l'Europe sont à couteaux tirés. À l'origine de cette dispute, une première depuis que fait rage le débat sur le nucléaire iranien, il y a cette attitude, celle du patron de l'AIEA, jugée trop conciliante, voire irresponsable, par le duo occidental. Reprenons.Dans le rapport qu'il a présenté cette semaine, le Prix Nobel de la paix 2005 précise qu'au cours des récents mois, les ingénieurs iraniens ont trouvé une solution à chacun des défis techniques sur lesquels ils butaient depuis maintenant trois ans. De sorte que, d'une infrastructure de production organisée en fonction de la recherche-développement, ils sont passés à une infrastructure de production industrielle. De fait, les experts de l'AIEA ont observé une accélération des activités d'enrichissement de l'uranium. Aujourd'hui, on estime qu'au cours des 12 prochains mois, les scientifiques iraniens seront en mesure de fabriquer toute la matière fissile nécessaire à une bombe.
 
Ce constat réalisé, Mohamed el-Baradeï est allé jusqu'à suggérer que la maîtrise de l'opération d'enrichissement étant un fait accompli, aucun retour en arrière n'est possible. Partant, il propose que les Occidentaux mettent une sourdine à leur préalable à toute discussion avec Téhéran. De quoi s'agit-il? Depuis l'amorce, en 2003, de cette crise diplomatique, Américains et Européens affirment qu'il n'y aura aucun pourparler avec les Iraniens tant et aussi longtemps que ceux-ci n'auront pas suspendu leurs activités. Tout logiquement, le nobélisé avance que si les Occidentaux, les Chinois et les Russes ont convenu de discuter avec les Nord-Coréens, ils devraient faire la même chose avec le régime des ayatollahs. Autrement dit, ils devraient accepter le fait accompli et abandonner la condition afférente à toute négociation. Mais voilà, pour Washington, Berlin, Londres et Paris, il n'est pas question de sortir du cadre juridique inhérent au Traité de non-prolifération auquel, il faut le rappeler, l'Iran avait adhéré.

Plutôt que d'emprunter la voie proposée par le directeur de l'AIEA, les membres permanents du Conseil de sécurité, à l'exception de la Chine et de la Russie, s'attellent d'ores et déjà à la conception d'une autre série de sanctions. Ici et là, on pense qu'en optant pour la diplomatie au forceps, le tandem É.-U.-Europe fait le pari que la scission va aller croissant entre les ultraconservateurs, menés par le président Ahmadinejad, et les réalistes, dirigés notamment par l'ex-président Khatami. En collant à la stratégie des deux pas en avant, un pas en arrière, en combinant coups d'éclat et esbroufe, Téhéran est parvenu à créer une distance entre l'AIEA et les membres du Conseil de sécurité de l'ONU. Autrement dit, entre les experts et les politiciens. Et ce, en jouant avec un certain brio la carte Russie. En effet, ce pays étant en froid avec l'Europe et les États-Unis, il ne serait pas étonnant qu'il use de son droit de veto lors de la prochaine séance onusienne. Les Perses ont été très malins.
 

 
Israël tente de briser le Hamas en Cisjordanie
 
par ELEONORE DE NARBONNE, publié dans Ouest-France le 25 mai 2007
 

La cité palestinienne de Naplouse (300.000 habitants) s'est réveillée sans tête hier matin. Au petit jour, l'armée israélienne a arrêté le maire, l'un de ses adjoints et cueilli chez eux trois députés du Hamas et le ministre de l'Éducation du gouvernement palestinien, Naser al-Chaër. Ailleurs en Cisjordanie, les maires de Qalqiliya et celui de Beita ont été arrêtés. Au total, 33 cadres du parti islamiste ont été interpellés lors de ce coup de filet mené dans toute la Cisjordanie. Sous les néons de sa boutique, dans la vieille ville, Mahmoud est comme sonné. « On s'est réveillés encore plus tristes que d'habitude, raconte le commerçant. En temps normal, les Israéliens mènent des campagnes d'arrestations pour sanctionner des violences, là personne ne comprend ce qui se passe. » La population ne voit pas quel lien l'armée israélienne peut bien établir entre son maire, élu avec 75% des suffrages, et les roquettes tirées contre Israël depuis la bande de Gaza, à 90 km de là.

 

Dans son bureau de la mairie, Hafez Shaheen, l'adjoint aux affaires techniques corrige rageusement une affiche tirée à 500 exemplaires appelant à la libération du maire. La rafle du matin ? « Un moyen pour le gouvernement israélien de détourner l'attention de ses problèmes internes. Quel rapport un homme qui règle chaque jour des problèmes d'eau, de routes ou d'électricité peut-il avoir avec ce qui se passe à Gaza ? » L'adjoint assure que le maire est un homme d'affaires sans étiquette. « Le Hamas est un mouvement secret, personne ne peut dire qui en est membre ou non », tranche Hafez Shaheen. La branche armée du Hamas n'a-t-elle pas, pourtant, revendiqué le tir qui a tué lundi soir une Israélienne de Sdérot, une ville frontalière de Gaza ? « Ce qui compte n'est pas le Hamas, mais de faire libérer notre maire. » Pour Israël, le rapport est évident. Sous couvert de leur mandat, accusent les généraux de l'État hébreu, les élus du Hamas travailleraient surtout au renforcement de la branche armée du Hamas. Le ministre israélien de la Défense justifie la rafle du matin. « Mieux vaut des arrestations que des liquidations », a déclaré Amir Peretz, satisfait de ce message envoyé aux artilleurs du Hamas à Gaza qui, en une semaine, ont tiré plus d'une centaine de roquettes sur le sud d'Israël.

 

Les coups de boutoir israéliens enfoncent un peu plus la Cisjordanie et Gaza dans la crise, alors que les 175.000 fonctionnaires palestiniens sont de nouveau en grève, depuis deux jours, pour réclamer des salaires que le gouvernement est incapable de payer. La communauté internationale a gelé son aide après la victoire du Hamas aux législatives de janvier 2006. « Si le siège continue et les grèves aussi, c'est n'est plus seulement le gouvernement, c'est toute l'Autorité palestinienne qui s'écroulera », s'inquiète le Ministre de l'Information, Moustafa Barghouti. Hier soir, la tension était à son comble au point barrage installé par l'armée israélienne à l'entrée de Naplouse. Alors qu'ils s'efforçaient de maîtriser un Palestinien mis hors de lui par les contrôles d'identité, les soldats ont dû tirer en l'air pour disperser un attroupement houleux.

 


 

Un psy pour Absi

 

par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 25 mai 2007

 

Il est fascinant de constater comment il suffit parfois d’une barbe bien fournie, de quelques mugissements pseudo-théologiques et d’un staccato de mitraillette pour ramener un pays 30 ans en arrière. Un rétropédalage, certes dramatique, mais qui garde cependant un seul avantage : celui de nous rajeunir. Aux commandes de cette formidable machine à remonter les temps : un nouvel OGM palestinien. Une espèce de bubon humanoïde qui vient d’éclore dans le laboratoire libanais, mais qui avait déjà commencé à bourgeonner il y a quelques années chez les frérots de la ménagerie d’à-côté. Il s’appelle Chaker Absi et du haut de son extrait de naissance, 52 ans le regardent. Dédaignant ce nom en forme d’éternuement, pratiquement invociférable dans le milieu milicien chic de Nahr el-Bared, ce mutant des sables a d’abord été tenté par le pseudo d’Abou el-Hassan. Hélas la marque était déposée depuis les années 70. Puis, jugeant sans doute qu’un seul Hassan faisait minable, il a finalement opté pour le doux vocable d’Abou el-Hassanein. Tant qu’à inventer des appendices, autant en avoir deux…

 

Ce nouvel « Abou », le dernier d’une nichée de pestiférés de l’OLP, est en fait le dissident d’un dissident, un autre « Abou », affublé du pendentif « Moussa ». Celui-ci avait eu l’occasion d’exercer ses talents dans les années 80 contre Yasser Arafat, primus inter pares des « Abou » palestiniens. Ce qui confirme le très peu connu théorème d’Abraham : sur deux Palestiniens, il y en a toujours un qui est le dissident de l’autre. Chaker the Shaker a commencé donc par être laïc. Mais comme de nos jours, ça fait ringard, il s’est aussitôt branché sur un logiciel islamiste dernier cri, livré avec tous ses périphériques : la barbe amazonienne, la chemise de nuit, la ceinture d’explosifs, sans oublier les 70 vierges en chaleur qui l’attendent au paradis, pour le cas où le martyr s’y pointerait tout nu. Aujourd’hui, notre ami a pour les Libanais deux projets ambitieux d’aménagement du territoire : faire transformer le camp de Nahr el-Bared en parking et ramener à Beyrouth le Salon de l’auto piégée de Bagdad. Quant à sa devise, qu’il a hâtivement pompée sur celle des Rohan, elle reste inchangée : « Allah ne puis, prophète ne daigne, Absi suis. » Et psychopathe je reste…

 


 

Le Liban écartelé

 
paru dans le Monde du 24 mai 2007
 

Les combats autour du camp palestinien de Nahr Al-Bared et les nouveaux attentats à Beyrouth confirment ce que chacun sait depuis des mois : le Liban est au bord de l'abîme. Après la guerre de l'été 2006 entre le Hezbollah et Israël, la violence reprend. Le gouvernement libanais s'alarme depuis longtemps du danger que représentent ces camps palestiniens surpeuplés, zones de non-droit où prospèrent les groupes radicaux salafistes ou djihadistes. Mais rien n'a été fait. Au Liban, les armes circulent, les milices se développent, alors que le pays compte pourtant la plus forte présence de casques bleus au kilomètre carré au monde. Le départ des troupes syriennes, en 2005, n'a pas mis un terme au jeu des influences extérieures qui empêchent depuis des décennies le pays du Cèdre de devenir pleinement indépendant et souverain. Aucune preuve ne permet de lier formellement la Syrie au groupuscule sunnite radical Fatah Al-Islam qui défie l'armée libanaise. En revanche, la concomitance des affrontements avec les discussions en cours aux Nations unies pour imposer la création d'un tribunal international chargé de juger les assassins présumés de l'ancien premier ministre libanais, Rafic Hariri, ne peut qu'alimenter les suspicions.

 

Le régime syrien est opposé à ce tribunal, sans doute parce que certains de ses cadres ont été mis en cause par le premier enquêteur chargé du dossier, Detlev Melhis. Pour sa défense, ce même régime explique que ses ennemis ont tout intérêt à attiser aujourd'hui les flammes puisqu'il fait précisément figure de coupable idéal. Si on ne peut aujourd'hui faire la part entre les calculs cyniques et les stratégies machiavéliques, on doit en revanche s'en tenir à quelques certitudes. On aidera davantage le Liban en permettant de juger les responsables de l'assassinat de Rafic Hariri qu'en les laissant impunis. Objecter que l'imposition d'un tribunal international constitue une ingérence dans les affaires libanaises, c'est oublier que le Liban n'est pas en mesure de surmonter ses paralysies et ses divisions.

 

C'est justement parce que les deux blocs qui s'affrontent - la majorité parlementaire, dirigée par le premier ministre, Fouad Siniora, et l'opposition, principalement organisée autour du Hezbollah - sont incapables de régler cette question de tribunal qu'il faut passer outre. On peut même formuler une hypothèse hardie : les forces politiques libanaises alliées à la Syrie gagneront des marges de manoeuvre vis-à-vis du régime de Bachar Al-Assad si le destin du Liban est bien leur priorité, dès lors que la question du tribunal international sera derrière elles, tranchée par des acteurs extérieurs, sous l'autorité de la communauté internationale. Malheureusement, la lucidité et les leçons de l'histoire libanaise invitent à se garder d'un trop grand optimisme.

 

 

 

Pourquoi toujours le Liban ? Dessin de Serguei, publié dans le Monde du 24 mai 2007

 

Vue du site archéologique huit fois millénaire de Byblos. Photo du 24 avril 2007. Naji Farah

 

 
 

 

 

 

 

 

 

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