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>> FLASH >> BATAILLES CULTURELLES CHEZ LES ROIS DU PÉTROLE - Jeudi 26 avril 2007

Le Liban n’a pas été épargné par la tragédie de l'université de Virginia Tech
Réunion lémanique pour éviter l'explosion du Liban
par ALAIN CAMPIOTTI, publié dans le Temps le 23 avril 2007
 

Américaines et britanniques pour la plupart, plus de 180 sociétés de sécurité privées opèrent en Irak. Elles emploient près de 50.000 personnes, dont les missions se confondent avec celles des militaires. Blackwater, qui a touché en cinq ans plus de 570 millions de dollars du gouvernement américain, utilise en Irak des blindés, des avions et des hélicoptères. Les associations de défense des libertés s'inquiètent de voir une telle puissance de feu échapper à la chaîne de commandement officielle. Les bavures sont rarement sanctionnées. Dessin de Plantu, publié dans le Monde du 5 avril 2007 

Les côtes du Lavaux ont une vertu apaisante. Douze Libanais sans colère ont discuté deux jours durant, au Mont-Pèlerin, de leur pays menacé par une nouvelle explosion. Ils appartiennent pourtant, à des niveaux élevés, aux deux camps politiques qui à Beyrouth ne se parlent plus. Leur réunion était organisée par la jeune Association suisse pour le dialogue euro-arabo-musulman, avec le soutien du Département fédéral des affaires étrangères. Le Liban est paralysé depuis novembre dernier par une crise qui rappelle les prémices de la guerre civile (1975-1990). Le feu a pris quand le Hezbollah et ses alliés ont abandonné les dix ministères qu'ils détenaient dans le gouvernement du sunnite Fouad Siniora. Au cœur de la dispute: le tribunal international dont les Nations unies ont décidé la constitution pour juger les auteurs et les commanditaires de l'assassinat en 2005 de l'ancien premier ministre Rafic Hariri. Le mouvement chiite veut faire tomber le gouvernement composé de chrétiens, de sunnites et de druzes, qu'il assiège au cœur de Beyrouth et qu'il tient pour une marionnette aux mains des Occidentaux. L'autre camp accuse le Hezbollah et le président Emile Lahoud de servir les intérêts de la Syrie, soupçonnée d'avoir inspiré l'assassinat de Hariri. Pendant ce temps, les émirats du Golfe se livrent à une rude compétition culturelle, sous les feux de l’actualité avec des projets retentissants. Il nous paraît loin, très loin, si loin le temps où Beyrouth était sacré « Capitale culturelle du monde arabe ». Souvenez-vous, c’était en 1999. Aujourd’hui, ce sont les émirats du Golfe qui remportent la palme de l’attraction culturelle. Ils avaient le pétrole, et c’était tout. Maintenant, ils ont le Louvre, le Guggenheim et la Sorbonne. Ils accueillent Christie’s, Robbie Williams et Shakira. Des sables du désert de Sharjah, de Qatar, de Dubaï et d’Abou Dhabi sortent des musées construits par Frank Gehry, Zaha Hadid, Jean Nouvel, Tadao Ando ou encore Eoh Ming Pei… Dans ce jeu de Monopoly géant, la compétition est rude entre les émirats du Golfe qui veulent attirer le résident ou le touriste de luxe. Le marché de l’art s’y annonce également très prometteur. D’avis de professionnels, un « marché beaucoup plus mature » que le marché émergent en Chine populaire qui fait rêver tout l’Occident. Pour preuve, les ventes Christie’s qui se succèdent, la première Gulf Art Fair à Dubaï organisée début mars dans le cadre somptueux du Jumeirah Madinat Arena et de la spectaculaire Fort Island, et l’audacieuse Art Paris Abu Dhabi qui, comme son nom l’indique, exportera dès novembre la foire d’art moderne du Grand Palais parisien sous les ors de l’« Emirates Palace » dans la capitale de la fédération. Sur un autre plan, aux Etats-Unis, deux étudiants libanais, Reema Joe Samaha, 18 ans, et Ross Abdallah Alameddine, 20 ans, ainsi qu'un étudiant égyptien, sont morts dans la tuerie de l'université de Virginia Tech, où un étudiant d'origine sud-coréenne a fait, le lundi 16 avril, plus de 32 tués. Enfin, en France, les deux grands candidats Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont été élus le 22 avril et disputeront la présidentielle le 6 mai prochain. 

 

Cinq mois de paralysie

 

L'objectif des discussions privées du Mont-Pèlerin n'était bien sûr pas de résoudre la crise libanaise actuelle. «Mais si rien ne bouge avant l'automne, quand une élection présidentielle est censée avoir lieu, dit Yves Besson, vice-président de l'association organisatrice, la situation deviendra extrêmement dangereuse au Liban.» Pour écarter le péril, pense cet ancien diplomate, les Libanais doivent tenter de dépasser les motifs de l'actuelle tension. S'ils parviennent à concentrer leurs réflexions sur le moyen et le long terme, sur la réforme des institutions et sur les conditions de la vie en commun de tous les citoyens du pays du Cèdre, ils découvriront que les raisons de la crise qui menace de dégénérer sont subalternes. Les participants ont travaillé sur ces bases. Ils représentaient à peu près toutes les tendances politiques libanaises, du Hezbollah aux chrétiens, en passant par les sunnites, les druzes, le parti du général Michel Aoun et Amal, l'autre mouvement chiite. Malgré des tensions sur la question des relations extérieures du Liban, le climat des discussions était apaisé, et le petit forum a décidé de tenir une autre session avant l'automne.

 


Monopoly géant dans les pays du Golfe
Batailles culturelles chez les rois du pétrole
 

par MAYA GHANDOUR HERT, publié dans l'Orient-le Jour le 26 avril 2007 

 

Les monarchies du Golfe connaissent une impulsion réformiste évidente ; pour preuve, le scrutin législatif transparent qui a eu lieu à Bahreïn ; le débat d’idées que connaît l’Arabie saoudite ou l’élection d’une femme, Amal Kobeissi, au Parlement des Émirats arabes unis, etc. ; d’aucuns considèrent qu’il s’agit là du début d’un processus qui obère le devenir de ces monarchies condamnées à se transformer de l’intérieur, à l’heure des grands chamboulements que connaît la région. Côté culturel, les Émirats se montrent de plus en plus permissifs, voire carrément « mondialisables ». Avec cette ouverture au monde, ils offrent la sécurité et un sens de la perfection dans ce qu’ils entreprennent. Sous le label de « dialogue des cultures et de la création de passerelles entre les civilisations », les Émirats se trouvent donc aujourd’hui propulsés sous les feux de l’actualité avec leurs projets retentissants. Construire le plus grand musée ou attirer la plus prestigieuse université semblent être les enjeux de ce Monopoly géant.

 

Dubaï, paradis artificiel ?

 

Dubaï, une métropole sans âme, un paradis artificiel pour plaisirs superficiels avec des habitants virtuels ? C’est ce que disaient les « expats » dubaïotes. Mais voilà. La donne est en train de changer. Rapidement. Dangereusement. Autrefois, on y allait pour faire de l’argent. Puis sont venus les restaurants, les pubs, les plages, les complexes de cinéma. L’argent, gagné à force de sacrifices, est dépensé tout aussi rapidement. Dubaï, avec ses tours qui chatouillent le ciel (dont Bourj Dubaï appelée à devenir la plus grande tour du monde et qui devrait être achevée fin 2008). Dubai, où le bâtiment le plus ancien, le Fort Fahidi, qui fait également office, depuis 1971, de Musée national, date de 1787. Dubaï où l’on construit des théâtres de 500 places, où l’on a pu voir un Michael Jackson en tchador (pour l’anecdote) et où ont défilé ces deux dernières années Sting, Robbie Williams, Craig David, Vanessa Mae, Shakira, Mariah Carey, Brian Adams, les Black Eyed Peas. Dans le cadre du Dubai Desert Rock Festival, des groupes cultes comme Incubus, The Prodigy et les Iron Maiden.

 

En attendant les musées, la fin de chacune des négociations et les monuments architecturaux qui doivent les magnifier, les affaires continuent à Dubaï, devenu paradis financier régional et international, pour encourager l’investissement en oeuvres d’art au Proche-Orient et en Asie, deux régions prometteuses pour le marché lucratif de l’art. Le mérite en revient à Christie’s, la première à avoir misé sur ce nouveau marché que sont les émirats du Golfe. Sa première saison en mai 2006 a été à ce titre une réussite alléchante pour un marché de l’art qui vit déjà une embellie incroyable, de New York à Londres, de Bâle à Paris, grâce à l’art contemporain. En réalisant un produit de 8,489 M$ (87 % des lots vendus et surtout 94 % en valeur, soit des acheteurs très enthousiastes dont les enchères dépassent largement les estimations), sa vente internationale d’art moderne et contemporain a été un coup de théâtre en 2006. La deuxième saison, tenue le 31 janvier et le 1er février 2007, de montres anciennes, de bijoux et d’art contemporain, était également un grand succès.

 

« Sous la bénédiction des autorités, qui veulent donner une spécificité au lieu et attirer des résidents de qualité, Dubaï a réussi à créer les conditions d’un vrai épanouissement culturel. Sécurité, libéralisme et perfectionnisme poussé à l’extrême en tout projet, la formule attire un nombre croissant d’Indiens, collectionneurs et investisseurs, qui n’hésitent pas à traverser les mers pour venir y ancrer leurs affaires », analyse François Curiel, président de Christie’s Europe. « Ils constituent, dit-il, le coeur de cible de ce nouveau marché à Dubaï, suivis des nouveaux Russes aux fortunes toutes neuves, friands du climat et des facilités du lieu, suivis des acheteurs de la région, des Émirats à l’Arabie saoudite, qui apprécient de voir s’enrichir ainsi leur voisinage touristique et culturel. »

 

Francophonie galopante à Abou Dhabi

 

C’est ainsi, pour « enrichir l’offre universitaire régionale», jusque-là dominée par les Anglo-Saxons, que les EAU ont pris l’initiative de la Sorbonne transplantée à Abou Dhabi moyennant 25 millions de dollars. L’établissement est mixte, axé sur un enseignement laïc et accueillera dans un premier temps une centaine d’étudiants – on en prévoit à terme plus d’un millier – pour les trois années du cursus de licence. Les jeunes émiratis, et plus largement ceux des pays du Golfe, pourront assister à des cours d’archéologie, d’histoire des arts, de littérature française, d’histoire, de géographie et de philosophie, puis, à la rentrée 2007, à des enseignements en droit, en économie et en sciences politiques, tous dispensés en français. Une formation « diplômante », assurée par des professeurs de la Sorbonne expatriés, qui leur permettra de poursuivre leurs études de mastère et de doctorat en France, voire en Europe. Une année d’apprentissage de la langue et de la culture françaises est même prévue à destination des candidats non francophones.

 

Pour Abou Dhabi, accueillir une université aussi prestigieuse est une façon de préparer l’ère de l’après-pétrole en misant sur l’économie du savoir et de la culture, tout en concurrençant Dubaï. L’autre avantage serait de profiter, à terme, du déclin de Beyrouth et du Caire, pour s’affirmer en tant que pôle moyen-oriental de la francophonie. Du côté de la Sorbonne , on affirme, par la voix de son président, Jean-Robert Pitte, vouloir concourir au dialogue des civilisations et au rayonnement de la culture française, face à l’influence des universités anglo-saxonnes. De la réussite de l’expérience d’Abou Dhabi dépendra l’extension, à l’étude, de la formule à des pays comme la Grèce , la Corée du Sud, le Japon, ou la Chine.. .

 

La possibilité d’une île… des musées

 

On l’aura compris, Abou Dhabi, qui a bâti sa richesse sur le pétrole, mise désormais sur le tourisme et la culture. L’émirat compte en effet se doter d’un « district » culturel unique au monde d’ici à 2018. L’émirat espère construire cinq grands musées (dont les très médiatiques Guggenheim et Louvre) sur l’île inhabitée de Saadiyat, pour un budget évalué à 27 milliards de dollars, en partenariat avec les établissements les plus prestigieux du monde. Le Centre culturel des arts vivants sera conçu par l’architecte britannique d’origine irakienne Zaha Hadid. La capitale des Émirats arabes unis entend ainsi se différencier de Dubaï, sa rivale économique, en misant sur le terrain de la culture et de l’économie du savoir. « L’idée est de créer une complémentarité entre les sept émirats qui composent notre pays », se défendent les gouverneurs. Ce pôle sera également l’occasion d’ancrer le tourisme dans une ville qui vit principalement des pétrodollars (chaque jour y sont extraits 2,5 millions de barils de pétrole). Au terme du projet, l’île pourra héberger plus de 150.000 personnes.
 

Le Guggenheim de New York a officiellement accordé une franchise. Le coût de la construction de cet ouvrage confié à l’architecte Frank Gehry est estimé aujourd’hui à 400 millions de dollars, sans compter l’achat des oeuvres à exposer. Si, de leur côté, les Américains n’ont pas montré une opposition à ce projet (il faut dire qu’il ne s’agit pas d’une nouveauté pour eux : les Guggenheim-bis fleurissent un peu partout), la « délocalisation » du Louvre se passe, elle, sur fond de polémique. Comme on le sait, d’éminentes personnalités du monde culturel français estiment qu’offrir à Abou Dhabi la possibilité de nommer un musée « Louvre » est une manière de brader ce que la nation possède de plus précieux. Rapidement caricaturé, le débat a tourné à la polémique. D’un côté, les « anciens », prétendument dépassés par la nouvelle activité des musées. De l’autre, les « modernes », soucieux de rentabilité et de visibilité internationale. Les choses ne sont évidemment pas aussi simples. Le calendrier n’est pas encore d’une exactitude parfaite – le cabinet de Jean Nouvel, qui édifiera le bâtiment, le reconnaît le premier –, la date d’ouverture du Louvre Abou Dhabi est à situer vers 2012-2013. Un projet, rappelons-le, qui a été voulu par l’émirat d’Abu Dhabi et, au premier rang, par cheikh Mohammad ben Zayed, fils du fondateur des Émirats arabes unis et prince héritier, puis mis en oeuvre par cheikh Sultan ben Thanoun al-Nahyan, président de l’autorité du tourisme et du patrimoine, et cheikh Abdallah ben Zayed al-Nahyan, demi-frère du prince, ministre des Affaires étrangères et ancien ministre de la Culture.

 

Le projet Louvre comporte trois volets : la construction d’un bâtiment de 24.000 m2 dessiné par l’architecte Jean Nouvel, la location d’oeuvres appartenant à plusieurs musées français et l’utilisation de l’appellation « Louvre » (pour un coût de 400 millions d’euros) pendant trente ans. Une opération qui « avoisine le milliard d’euros » (!), chiffre l’ambassade des Émirats arabes unis à Paris. Dont 400 millions d’euros pour le Louvre, sans baisse de dotation budgétaire, sans taxation fiscale, 265 millions d’euros pour l’ensemble des musées participants aux prêts et aux expositions. Cet accord est signé pour trente ans et six mois. Premier acte rêvé par le Louvre-Paris : le pavillon de Flore pourrait être dégagé... Abou Dhabi permettrait ainsi l’achèvement du Grand Louvre. Évidemment, la question de la fidélité des oeuvres se pose d’elle-même. Quid de certains types de représentations dans une terre aux moeurs somme toute assez conservatrices ? Bien que le musée revendique « l’universalisme », « les crucifixions, ou les nus » ne sont pas universels pour les Émiratis. Un néologisme aurait même été créé pour l’occasion : « les nus calmes ». Le concept n’existe pas dans la terminologie artistique, mais on le comprend aisément : il s’agira sans doute d’oeuvres qui ne présentent pas de caractère trop provocant. Selon un historien d’art, « c’est l’État français qui s’autocensure ». Outre ces critères esthétiques, la sélection des oeuvres se fera sur le principe du volontariat : les conservateurs étant libres de mettre ou non à disposition telle oeuvre ou telle oeuvre.

 

L’émir éclairé de Qatar

 

La monarchie, dirigée depuis 1995 par un émir éclairé et passionné de culture, s’est investie dans une politique délibérée d’acquisition d’œuvres d’art, ayant fait de ce petit pays l’un des plus grands acheteurs sur le marché mondial. En 2005, la presse occidentale avait toutefois révélé la disgrâce du responsable de ces achats, le prince Saoud al-Thani, qui a acquis la réputation de « plus grand collectionneur d’art » au monde. Ce prince ne lésinait pas sur les deniers publics, allant jusqu’à dépenser en une semaine de ventes aux enchères à Londres plus de 15 millions de livres sterling, écrivait alors un journal français. Les acquisitions phénoménales du prince Saoud, au nom de l’émir, devraient occuper une bonne place dans une série de musées, dont la construction est envisagée à Doha. « Nous possédons un immense florilège de pièces originaires de nombreux pays du monde, collectionnées depuis une quinzaine d’années et qui doivent figurer dans une série de musées, le premier devant être inauguré fin 2007 ou début 2008 », déclare à l’AFP Sabiha al-Khémir, directrice du Musée d’art islamique.

 

Le musée, en cours d’achèvement sur la corniche à Doha, a été conçu par le Sino-Américain de renommée mondiale Ieoh Ming Pei, l’architecte de la Pyramide du Louvre. Les espaces intérieurs et la présentation des oeuvres ont été confiés à l’architecte-muséographe français Jean-Michel Wilmotte. Quarante-deux chefs-d’oeuvre qui doivent figurer dans les salles du futur Musée d’art islamique ont été exposés pour la première fois en juin dernier au Louvre. Le Musée d’art islamique va s’intégrer dans un ensemble de réalisations culturelles, dont cinq à sept musées et une bibliothèque nationale, confiées à d’autres architectes de renommée mondiale, dont l’Espagnol Santiago Calatrava et le Japonais Arata Isozaki. Habib Trabelsi, de l’AFP, mentionne également « un Musée de la photographie, un Musée des oeuvres d’orientalistes et un Musée pharaonique ».

 

Sharjah : un prix et des musées

 

L’émirat de Sharjah n’est pas en reste dans cette course effrénée à la culture. Il prépare actuellement sa huitième Biennale de l’art contemporain, la plus grande dans le monde arabe et se targue de décerner le prix Sharjah pour la culture arabe, un prix créé en 1998 en collaboration avec l’Unesco, à l’initiative de cheikh ben Mohammad al-Quassimi, dirigeant de cet émirat. Le prix est destiné à récompenser les efforts d’un ressortissant d’un pays arabe et d’un ressortissant de tout autre pays qui auront contribué, par leurs oeuvres artistiques, intellectuelles ou promotionnelles, au développement et à la propagation dans le monde de la culture arabe. Cette initiative a été prise dans le cadre des activités menées en 1998, au titre de la célébration de « Sharjah, capitale culturelle de la région arabe ». Le prix est accordé une fois tous les deux ans lors de la Conférence générale de l’Unesco.  

 

« La Tribune de l’art » interdite aux Émirats

 

Il y a quelques semaines, la Tribune de l’art lançait une pétition sur les risques de commercialisation de l’échange culturel et posait la question de la censure. Plus de 4.700 personnes ont signé la pétition. Depuis, le site est interdit d’accès aux Émirats arabes unis « pour raisons de sécurité ». Dame Anasthasie sera-t-elle voilée dans les pays du Golfe ?  

 

Lettre de jalousie… et de révolte

 

Terrés dans notre coin, nous Libanais de souche assistons impuissants à la francophonie galopante sur les sables du désert, alléchée par les pétrodollars. Et nous, verts de jalousie, regardons notre pays se déserter de ses jeunes, de son argent, de sa culture. Plus que les maisons closes, pour attirer le touriste ? « Des filles faciles qui parlent l’arabe », c’est notre plus grand avantage, paraît-il. Nous avons le droit de piquer une crise de jalousie, non ? Une crise d’autant plus douloureuse qu’on ne l’a pas vue venir, ou qu’on n’a pas accepté de la considérer lorsqu’elle s’annonçait aussi certaine que la charge d’un éléphant. Or, se trouver sur la trajectoire de la course de l’éléphant, est-ce la faute de l’éléphant ? Dans la pensée stratégique chinoise, une crise résulte au mieux d’un déficit d’adaptation en temps voulu et au pire d’une coupable cécité stratégique, autant des dirigeants que des cités ou organisations engoncées dans un confort d’habitudes. Beyrouth n’a aucune envie de crouler sous l’insignifiance, ni de devenir impersonnel et anonyme. Le ciel au-dessus de la capitale n’a son pareil nulle part ailleurs. Ces « gens d’en haut » qui mènent la danse et dont le portefeuille des idéaux est tant à découvert veulent-ils étendre ce silence culturel, ce « sans-âme », ce forfait contre l’intelligence et l’imagination ? La culture se tisse de fourmillements, de tâtonnements, de débordements et de remue-ménage. De transgressions, de désirs, de dénonciations, de rêves et de colères. De rires et de larmes. Elle s’oppose, par nature, à tout endormissement et abrutissement qui plongent dans un coma profond, tel celui dans lequel on risque d’enfoncer (à nouveau) notre ville. Cette acculturation qui s’installe de façon insidieuse est grave, sinistre. Inacceptable ! 

 


 

Fusillade de Virginia Tech - Le Liban n’a pas été épargné par la tragédie
Reema Samaha, 18 ans, et Ross Alameddine, 20 ans, victimes du drame du campus de Virginie

 

par SUZANNE BAAKLINI, publié dans l'Orient-le Jour le 18 avril 2007

 

La tragédie de la fusillade de l’université de Virginia Tech, à Blacksburg Virginia, aux États-Unis, perpétrée lundi par un étudiant d’origine sud-coréenne, Cho Seung-hui, pris d’une folie meurtrière, n’aura pas épargné le Liban. Deux jeunes victimes libanaises sont tombées sous les balles de l’assassin, dans leurs salles de classe : Reema Joe Samaha, 18 ans, en première année (freshman), et Ross Abdallah Alameddine, 20 ans, qui suivait des études d’anglais. Tous deux emportés à la fleur de l’âge, subissant une fin absurde en même temps que trente de leurs camarades et professeurs, aux mains d’un tueur qui s’est donné la mort après la tuerie, et dont on ne connaîtra probablement jamais les motivations. Une source libanaise a estimé qu’il y avait une cinquantaine de Libanais (ou d’Américains d’origine libanaise) dans cette université qui compte quelque 26.000 étudiants.

 

Fille d’un couple d’émigrés libanais aux États-Unis, Joe et Mona Samaha, originaires du village de Khonchara (Metn-Nord), Reema Samaha est née en 1988 dans le pays d’adoption de ses parents. Au moment des faits, elle vivait toujours avec sa famille à Centreville, Virginia. Cette dynamique jeune fille est décrite par son oncle, Claude Samaha, contacté au Liban, comme une passionnée de danse, et plus particulièrement de la danse folklorique libanaise par excellence, la « dabké ». Car si la jeune fille est née aux États-Unis, elle n’en éprouvait pas moins une très grande affection pour son pays d’origine, selon son oncle, qui ajoute qu’« elle visitait le Liban en été dès qu’elle le pouvait ». Son rêve était même d’apprendre la danse orientale avec la troupe de Caracalla. La veille de sa disparition tragique, elle préparait une chorégraphie de « dabké » pour une représentation qui devait être donnée par ses camarades et elle, dans le cadre du festival des Nations, organisé par l’université...

 

Reema en était à sa première année d’université, une « freshman ». Elle avait choisi de fréquenter cet établissement où son frère aîné (elle a également une sœur) a reçu sa formation. En ce funeste lundi, comme tous ses camarades, elle s’était dirigée sans méfiance vers sa salle de classe, alors même que le tueur avait déjà commis deux crimes sur le campus. Elle ne ressortira pas vivante du carnage. Hier, ses parents n’avaient pas encore pu la voir, mais avaient été pris en charge dans le cadre d’une cellule d’assistance psychologique, selon son oncle. Son frère a déclaré à la BBC : « Je n’ai pas eu la chance de lui dire adieu. » La jeune fille, américaine de naissance, sera inhumée aux États-Unis.

 

À 20 ans, Ross Alameddine était de toute évidence très populaire parmi ses amis. Né lui aussi de parents émigrés, Abdallah et Linette Alameddine, originaires de Tripoli, il suivait une formation en anglais à Virginia Tech. Sa famille vivait à Boston, Massachussets, selon des informations obtenues auprès du ministère des Affaires étrangères. C’est alors qu’il suivait un cours de français qu’il a été abattu avec ses camarades. Aussitôt la nouvelle de la mort de Ross connue, ses amis lui ont créé une émouvante page sur le site Internet facebook.com où il apparaît comme un jeune homme plein de vitalité, aimé de tous pour son caractère vif et sa gentillesse.

 

Le texte d’introduction le décrit comme suit : « Ross était intelligent, plein d’humour, et il nous manquera énormément. Sa gentillesse était sans bornes et nous nous sentirons tous moindres sans lui. À 20 ans à peine, Ross avait fait une vive impression sur beaucoup de personnes. Il était doté d’un esprit vif et sarcastique, d’une volonté de fer, et il était un dieu de l’écriture, bien supérieur à nous tous. » Les témoignages se multiplient sur le site. « Ross, tu étais un grand ami et un être humain encore plus grand », dit l’un d’eux. « J’ai toujours envié ta personnalité facile à vivre, et je ne t’oublierai jamais », écrit un autre. Un troisième remarque que « ce sont les meilleurs qui meurent jeunes », alors qu’un quatrième le qualifie de « martyr ».

 

Deux vies fauchées en pleine jeunesse, deux talents qui ne pourront jamais s’épanouir, deux êtres aimés, enlevés à l’affection de leurs proches, comme tant d’autres, ce jour-là, dans une Amérique choquée par un carnage incompréhensible et se posant déjà des questions sur le port d’armes. Ne restent que des familles en deuil, face à leur chagrin mais aussi aux questions qui ne manqueront pas de les tarauder, pour le restant de leurs jours, sur la mort de leurs proches, cette mort comble de l’absurde s’il en est. 

 


 

La curiosité des Français sature le réseau Internet

 

paru dans la Croix le 22 avril 2007

 

Sur le site belge de la télévision RTL, un message accueille les internautes : "Cette page est temporairement inaccessible ! Vous êtes très nombreux à vous connecter sur le site de RTL.be". Comme sur RTL.be, les sites des médias étrangers et les blogs politiques étaient assaillis, dimanche 22 avril, par les internautes français curieux de connaître les sondages et les résultats du premier tour de la présidentielle avant l'heure officielle (20 heures). "Cette affluence exceptionnelle, consécutive à l'actualité, entraîne une saturation de nos serveurs. Nous travaillons à l'augmentation des capacités de calcul du site. Nous vous remercions de votre intérêt et de votre patience", ajoute le message. Beaucoup de médias belges et suisses avaient en effet annoncé qu'ils ne respecteraient pas l'embargo en vigueur en France, qui punit sévèrement (75.000 euros d'amende) la publication des résultats avant 20 heures.

 

30% de trafic contre 0,2% habituellement

 

Vers 19h, le site d'un media helvétique annonçait des résultats "provisoires", "récoltés par nos correspondants sur place". Mais ces chiffres étaient également accompagnés du message suivant : "Notre site est actuellement surchargé !" Chez le fournisseur d'accès internet Free, on constate que "pour un dimanche soir, le trafic vers les sites belges, suisses et américains est particulièrement fort. Habituellement ils représentent 0,2% à 0,3% du trafic (chez les clients de Free) alors que ce dimanche vers 18h00 ils représentaient environ 30%". "Il y a une activité internet très importante aujourd'hui (dimanche). Les sites qui parlent de politique, les sites de blogueurs ont des audiences qui sont énormes", indique-t-on également chez Noos.

 


 

Trois mille Casques bleus attendus au Darfour

 

paru dans Ouest-France le 19 avril 2007

 

Le régime soudanais vient d'accepter l'envoi de 3.000 Casques bleus au Darfour. Pékin a réussi à assouplir l'intransigeance des maîtres de Khartoum. La situation sécuritaire va-t-elle enfin évoluer favorablement au Darfour ? Lundi, les autorités soudanaises ont accepté le déploiement d'une force hybride de maintien de la paix. Trois mille Casques bleus devraient venir épauler les 7.000 soldats déjà déployés par l'Union africaine (UA). « Ce n'est pas la force robuste dont le Darfour a besoin », a regretté Jean-Marie Guéhenno, mais le responsable des opérations de maintien de la paix de l'Onu espère que ces 3.000 hommes constitueront l'avant-garde d'une force onusienne musclée qui porterait à 20.000 le nombre de soldats de la paix déployés dans la province soudanaise.

 

Le rôle de Pékin

 

Khartoum a également approuvé l'envoi de six hélicoptères de combat pour épauler la force hybride Onu-UA. Cette composante aérienne va donner de « l'allonge » aux soldats de la paix et leur permettre d'intervenir rapidement en cas d'attaques contre des camps de réfugiés. Pékin n'est certainement pas étranger à cet assouplissement de la position du régime soudanais. Lors de sa récente visite, le numéro 2 de la diplomatie chinoise, Zhai Jun, a demandé davantage de « flexibilité » au président Omar El-Béchir. Le conseil, ou la consigne, a été suivi par Khartoum qui ne tient pas à se brouiller avec son protecteur asiatique. Un protecteur qui lui achète la quasi-totalité de sa production de pétrole et lui construit des routes, des ponts, des barrages...

 

Le feu vert soudanais ne signifie pas, cependant, un déploiement onusien rapide. Les pays contributeurs ne sont guère nombreux. Personne, pour l'heure, n'a proposé d'hélicoptères. Pire, certains des États qui fournissent déjà des contingents à la force de l'UA ont menacé de se retirer. C'est le cas du Sénégal dont cinq soldats ont été assassinés il y a une dizaine de jours. L'Onu espère, malgré tout, réussir à convaincre des pays africains de fournir des unités d'infanterie. Déployées le long de la frontière tchadienne, là où les violences restent endémiques, elles pourraient enrayer les raids des milices djandjawids accusées d'avoir massacré 73 civils lors d'attaques, ces trois derniers jours, contre des villages du nord du Darfour. George Bush a donné mercredi une « dernière chance » au gouvernement soudanais de tenir ses engagements pour mettre fin au « génocide » au Darfour, faute de quoi il décidera de nouvelles sanctions plus vigoureuses. Aujourd'hui, le Conseil de sécurité doit se réunir pour discuter d'éventuelles sanctions.

 


 

Forte hausse du nombre de réfugiés d'Irak en Occident

 

paru dans le Monde du 20 avril 2007

 

Au terme de la première conférence consacrée par les Nations unies à la crise humanitaire irakienne, Bagdad s'est engagé, mercredi 18 avril, à Genève, à « ne pas abandonner » ses millions de ressortissants réfugiés à l'étranger, leur promettant une aide financière de 25 millions de dollars (18,4 millions d'euros), notamment en Syrie et en Jordanie, où se trouvent plus de 2 millions d'entre eux. La conférence a également permis de couvrir les besoins du Haut-Commissariat pour les réfugiés irakiens, estimés à 60 millions de dollars (44 millions d'euros). L'Allemagne a promis 2,2 millions d'euros supplémentaires et la France, 1 million d'euros. De son côté, la Commission européenne a débloqué 10 millions d'euros pour aider le Liban, la Jordanie et la Syrie à accueillir les réfugiés irakiens. Environ 95 % des Irakiens exilés sont réfugiés au Moyen-Orient, mais le nombre de ceux qui ont fui dans les pays industrialisés a augmenté de 77 % en un an, atteignant 22.200 personnes. Les Etats-Unis ont annoncé qu'ils pourraient accueillir jusqu'à 25.000 réfugiés irakiens cette année, mais sans s'engager véritablement. La Commission européenne a indiqué être favorable à un accueil de réfugiés en Europe, mais a souligné ne pas avoir d' « instrument juridique pour obliger les Etats à le faire ». 

 

 

 

 

Sur le campus de l'université de Virginia Tech aux Etats-Unis, après la tuerie du 16 avril  dernier dans laquelle 33 étudiants dont deux Libanais, Reema Samaha, 18 ans, et Ross Alameddine, 20 ans, ont trouvé la mort

 

 

Enfants jouant au coucher du soleil près du phare de Tyr sur la pointe nord de la presqu'île, où la saison de plage vient de commencer. Photo réalisée le 21 avril 2007. Naji Farah

 

 
 

 

 

 

 

 

 

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