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>> FLASH >> APPEL AUX LIBANAIS POUR SOUTENIR LA POPULATION DES VILLAGES DÉVASTÉS - Mardi 26 septembre 2006

Impressions du Liban sud  en 160 photos réalisées par Naji Farah
 
cliquer sur le nom de la ville pour voir les photos
les photos sont disponibles en haute résolution pour les agences et revues de presse
 
 

Destructions dans la localité frontalière de Khiam, le lundi 18 septembre 2006

Article de NAJI FARAH, directeur de la rédaction Un mois après l'application du cessez-le-feu, la vie reprend son cours au Liban sud, les gens retournent à leur travail et les sourires reviennent aux visages. Mais les Libanais sont toujours sous le choc de la violence des bombardements israéliens et de la lenteur de la réaction de la communauté internationale, qui a mis 33 jours pour stopper l'agression israélienne. Alors que les pays occidentaux avaient très vite réagi en évacuant des milliers de leurs ressortissants bloqués au Liban, ce qui n'a pas manqué de créer une psychose générale chez la population. Une des explications que l'on peut donner à ces évacuations est que les pays concernés s'attendaient à une nouvelle occupation du Liban par Israël, accompagnée d'une conflagration régionale généralisée, qui à notre avis a échoué grâce à la combativité de la Résistance libanaise très bien implantée dans le sud du pays. L'armée israélienne n'a ainsi pu pénétrer que très peu de kilomètres dans la bande frontalière, ce qui est risible si l'on compare les moyens militaires à la disposition des deux camps. Certains affirment qu'Israël n'a jamais voulu occuper au cours de cette guerre le Liban sud, mais nous pensons que le gouvernement israélien a changé de politique en se rendant compte que le nombre de victimes dans l'armée israélienne allait être très élevé, ce qui n'aurait pas été compatible avec le but initial de la guerre, à savoir la libération des deux soldats israéliens faits prisonniers le 12 juillet et qui le sont toujours. 

 

D'autres insistent sur le fait que la provocation du Hezbollah, à savoir l'attaque ayant abouti à l'emprisonnement des soldats précités en plus de la mort de plusieurs autres, a été le déclencheur de l'agression israélienne qui n'aurait pas eu lieu sans cela. Nous répondons qu'en juin 1982, alors que régnait l'OLP sur le Liban méridional, une prétendue tentative d'assassinat contre l'ambassadeur d'Israël à Londres a été à la base de l'invasion israélienne, qui a fait plus de 20.000 morts au Liban. Et comme l'ont souligné de nombreux observateurs occidentaux et israéliens au tout début de la guerre, cette fois-ci aussi, "c'était le bon timing". Un très bon timing, deux jours après la finale du Mondial de football et un mois après le début de l'agression sauvage contre Gaza, qui d'ailleurs se poursuit en toute impunité. Un très bon timing aussi pour montrer à l'opinion internationale la faiblesse et les dissensions au sein de l'Etat d'Israël dont le terrorisme a éclaté au grand jour, faisant planer le doute sur sa viabilité. 

 

C'est ainsi que l'on voit affluer "au secours d'Israël", selon les propos d'Angela Merkel, les soldats et les bateaux allemands occupant les eaux et les territoires libanais. Il en est probablement de même de l'armée française, Nicolas Sarkozy affirmant que le Hezbollah est une "organisation terroriste". Et voici aussi venus les soldats italiens, au moment où le nouveau pape Benoît XVI fait une malencontreuse confusion entre "violence et Islam". Une nouvelle croisade en perspective ?!! Mais qui n'ébranle en rien l'unité des Libanais. Quant aux Espagnols, ils redoutent une attaque d' "Al-Qaïda". Est-ce que ce "machin" existe vraiment ? Dans tous les cas, les groupuscules armés incontrôlés au Liban ne peuvent se trouver que dans les camps palestiniens des régions de Saïda et de Tripoli. Si les soldats européens, sous l'égide des Nations unies, veulent être vraiment efficaces, il faudrait en priorité qu'ils renforcent l'armée libanaise inactive depuis des décennies, et qu'ils l'aident à pénétrer dans les camps palestiniens surarmés qui échappent à tout contrôle par décision internationale, en attendant que le problème israélo-palestinien, source de tous les conflits dans la région, soit réglé équitablement. Nous ne pouvons que remercier les Etats européens et autres s'investissant dans l'actuelle mission de paix au Liban, en souhaitant que certains de leurs gouvernants évitent dorénavant les déclarations intempestives pouvant jeter le quiproquo sur le but véritable de leur action, qui tend effectivement à servir en priorité le Liban et sa population.

 

Nous voilà donc partis sur la route du Liban sud, avec des autoroutes par endroits défoncées, des voies utilisées de jour comme de nuit à double sens, des déviations au gré des ponts détruits, de nouveaux ponts installés par les armées française et libanaise, les premiers points de contrôle italiens à Qasmiyeh et Jouaya, les patrouilles françaises à Saïda, Marjayoun et Baraachit. Le charme du Liban, de son climat et de ses paysages provençaux en cette douce période de fin d'été, contraste avec l'horreur de la guerre, les carcasses de voitures et les maisons détruites, dont on ne peut réaliser l'ampleur qu'une fois sur place. En voyant les villages frontaliers dévastés nous rappelant la guerre de 1975 qui a duré quinze ans, nous nous rendons compte de la haine et de la jalousie qu'Israël en particulier voue au Liban, pays de paix et de coexistence. Après 30 années de guerres puis d'occupations israélienne et syrienne, on venait à peine de respirer ! Mais l'espoir est toujours là, avec l'image de ces dizaines de milliers de réfugiés en majorité chiites accueillis durant un mois dans toutes les régions sunnites, druzes et chrétiennes du Liban, dans les maisons, les écoles et les couvents. Le Liban continue de se reconstruire, et ses amis deviennent aussi nombreux que ses descendants à travers le monde.

 

Les pauses photo se succèdent, complétées par des dialogues avec les gens que la guerre a placés dans des situations absurdes. Voici Hussein, dont le père a installé il y a quatre ans un grand manège au pied du Château de Beaufort, seul avec un ouvrier, dans un paysage de rêve, en train de déblayer son restaurant partiellement détruit par l'aviation israélienne, et qui me conseille de ne pas me rendre plus loin en raison des bombes à fragmentation. Puis Mohammad et son frère, à Debbine, posant à côté de leurs meubles entreposés sur le bord de la route, face à leur maison soufflée par les explosions ; ce petit village, détruit aux trois-quarts, a reçu 600 bombes dans la nuit du 29 au 30 juillet. Ali, coordinateur au Lycée la Finesse de Khiam en grande partie démoli, m'offre des cahiers d'enfants sur les fêtes des Mères et de Ramadan, alors que les bulldozers commencent à raser les classes rendues inutilisables, obligeant les 800 élèves de ce collège francophone et anglophone à se disperser dans les écoles de la région pour cette année scolaire, qui commence le 9 octobre ; ce gros bourg n'a pas pu être envahi par l'armée israélienne, malgré sa proximité de la frontière. A Marjayoun, les portraits d'Elie, tué lors de l'évacuation de la ville, sont présents partout ; les premiers soldats français fraîchement arrivés font un arrêt dans un restaurant avant de prendre position dans la région : "Je ne peux rien vous dire de plus", me répond l'un d'entre eux à qui je souhaite la bienvenue. Cette situation m'était arrivée une semaine auparavant à Tyr, au milieu de vrombissements d'hélicoptères, avec un soldat italien qui gardait la place improvisée en héliport près de la plage de sable où ont débarqué mille militaires, venant par bateau d'Italie.

 

Puis nous longeons la frontière avec Israël, avec des colonies à jet de pierres, traversons Maïss el-Jabal et son nouveau musée de voitures brûlées placées autour du lac artificiel au milieu du village. A Aïtaroun, la jolie Salwa ouvre tous les jours son magasin de jouets, qui n'a plus de porte et dont les jouets inutilisables sont sens dessus dessous. A Bint-Jbeil, Toufic et son petit-fils du même nom veillent sur leur magasin de chaussures dans un décor d'apocalypse ; cette ville a connu les plus forts combats et ressemble au centre-ville de Beyrouth en 1990 ; de quoi inspirer bien des cinéastes. A Safad el-Battikh, la première bombe a touché la fosse septique, faisant heureusement fuir tous les habitants du vieux quartier qui ont échappé au raid de l'aviation ayant immédiatement suivi, ne faisant qu'un mort ; l'église du village est complètement détruite. A Baraachit, où les quartiers musulman et chrétien ont été très touchés, le curé Fadi ne sait pas, malgré le ruban rouge et blanc placé par des observateurs des Nations unies en son absence, qu'une dangereuse petite bombe, à deux mètres de son église légèrement endommagée, n'a pas encore explosé ; les premiers soldats français viennent de prendre position à l'entrée de la localité.

 

A Tebnine, la place du village au haut de la colline est totalement détruite et la population s'affaire pour tout remettre en ordre ; la belle église fait face à une mosquée ainsi qu'à la forteresse des Croisés, toutes trois épargnées par les bombes ; nous découvrons une merveilleuse petite forêt aux arbres centenaires. Sur le chemin, le vieux Ihsane, qui a échappé aux trois bombes pulvérisant sa station, sert toujours de l'essence aux automobilistes et aux motocyclistes dans un décor hallucinant haut en couleurs et en destructions. De retour à Bint-Jbeil, la petite Ysrâ' est adossée contre un mur criblé de balles ; effarouchée, elle court rejoindre sa mère la belle Abir qui nous présente fièrement ses quatre enfants. Il y a aussi la vieille Amné ployant sur sa chaise, seule devant un ensemble de magasins éventrés, et le jeune Ali qui aide ses parents à déblayer leur maison au milieu de champs brûlés où des boîtes de conserves ont été abandonnées par les combattants. Et voilà Maroun al-Râs, où s'est déroulée la mère des batailles ; sort un homme qui nous invite dans sa maison portant des signalisations et une tête de mort peints en noir par les soldats israéliens ; mais nous poursuivons la route pour atteindre un restaurant fantôme où le vent soufflant parmi les décombres joue une étrange musique, puis faisons demi-tour devant le dernier poste des Nations unies, face à un beau paysage de la Palestine occupée.

 

Le retour vers la côte a lieu rapidement, avec la traversée de Rmeich, grosse bourgade chrétienne, ainsi que Aïn-Ebel, qui n'ont pas été touchés directement, puis Aïta el-Chaab, village chiite qui a connu de très violentes batailles. Un paysage féerique avec vue sur le village de Debel nous arrête avant d'arriver à Marouahine, aux habitants sunnites, qui a connu la première tragédie de la guerre. Il y a six ans, le climat était à l'euphorie après la libération de ces territoires occupés durant vingt-deux ans par une armée israélienne vaincue. Aujourd'hui, l'heure est à la recomposition sérieuse du Liban dans toutes ses communautés qui, malgré des tensions persistantes, aspirent à un Liban fort et uni. Devant nous enfin, la Méditerranée au bleu azur où trône un paquebot italien duquel un hélicoptère effectue des navettes vers la terre ferme : nous sommes à Naqoura, bastion des Nations unies, où une nouvelle autoroute en construction rend la circulation un peu difficile. Et nous voilà sur la falaise blanche de Bayada, à la luminosité éclatante, avec une vue imprenable sur Tyr au milieu des flots.

 

L'émigration durant ces deux derniers mois s'est amplifiée au Liban, touchant notamment la jeunesse musulmane. Les habitants restés sur place, et que nous avons rencontrés brièvement au cours de notre fascinant périple, ainsi que tous les autres, ont urgemment besoin aujourd'hui du soutien de leurs compatriotes : un sourire, un petit mot, une photo, un dialogue, un regard, tant de gestes aux valeurs inestimables, que nous demandons avec insistance à tous les Libanais de Beyrouth et des autres régions d'accomplir, en se rendant pour une journée dans une de ces zones sinistrées. Il est conseillé de partir avant 8h du matin, d'éviter de sortir hors des voies asphaltées, et de faire en sorte que le retour ait lieu avant la tombée de la nuit, les routes, par endroits en assez mauvais état mais praticables, étant mal éclairées. Une véritable assistance sociale est de plus nécessaire au niveau de l'Etat libanais, les aides des diverses parties libanaises et internationales demeurant minimes devant l'ampleur des dégâts.

 

Nous arrivons enfin à Tyr, qui se transforme peu à peu en base principale pour les 15.000 militaires attendus au sein de la FINUL, qui viendront se promener, se restaurer et se baigner, ainsi que pour les correspondants de presse étrangers qui emplissent les hôtels depuis deux mois. Un autre genre de tourisme, n'incluant plus les visiteurs locaux et internationaux qui avaient pris l'habitude de se rendre régulièrement dans la presqu'île historique aux couchers de soleil magiques. C'est là que le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés s'est installé, avec une cinquantaine de membres de toutes les nationalités, dont en particulier des Suédois et des Norvégiens, qui arpentent de jour les villages sinistrés en fournissant de l'aide et en installant des tentes provisoires à l'attention des habitants aux maisons rasées ou endommagées. L'automne vient de commencer et les premières grosses pluies sont tombées hier. Pas de prévisions possibles, ni de solutions durables en vue, à l'image du Liban et de toute la région voguant au gré des ondes occultes.

 

La petite Ysrâ' dans les décombres de Bint-Jbeil, le lundi 25 septembre 2006

 

 

Panorama du village de Debel, à 5km au nord d'Israël, le lundi 25 septembre 2006

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

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