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COMMUNIQUÉ
RJLIBAN N°8 du 24
novembre 2000
Le
Liban fait basculer l'Amérique
Dieu fait bien les
choses. Alors que le Liban
est embourbé, après un
quart de siècle de
guerre, dans les
problèmes d'occupation
de son sol par des
centaines de milliers de
Palestiniens et de
Syriens, avec l'aval des
Etats-Unis au bénéfice
d'Israël, voilà que la
seule hyper-puissance de
la planète en ce début
de 3ème millénaire
vient de basculer, en la
journée de l'élection
présidentielle du 7
novembre, dans une crise
politique sans précédent,
mettant en doute le bon
fonctionnement de sa
Constitution. Deux
semaines plus tard,
l'issue du scrutin est aujourd'hui
incertaine, le vote des
Verts amenant Républicains
et Démocrates à
égalité, et les entraînant
dans une bataille
judiciaire où se mêlent
bulletins de vote
mal perforés et
recomptages manuels de
voix. La Cour suprême
de Floride, qui devait
être le dernier recours,
ne semble pas pouvoir
mettre un terme à ce
"véritable drame", la
décision finale
revenant alors à la
Cour suprême des
Etats-Unis. Dans cette
ambiance extraordinaire,
une lueur d'espoir est
cependant venue de Ralph
Nader, président du
Parti des Verts, qui a
apporté une note de réalisme
et de sensibilité à
cette course présidentielle
qui fera date dans les
annales, et en a été
l'arbitre involontaire,
renvoyant dos à dos le
candidat du Parti Républicain,
George W. Bush, et celui
du Parti Démocrate, Al
Gore.
Le Robin des Bois américain
a surgi de la forêt du
Mont-Liban ( Lire
notre Reportage N.5
) : il est en
effet originaire de
Arsoun, joli village de
la région de Baabda,
dans le Metn, situé
en altitude (750 m) à
25 km à l'est de
Beyrouth, à mi-chemin
entre Broummana et
Hammana. Son père Nadra
(chrétien de rite
grec-orthodoxe),
nouvellement marié,
avait émigré aux
Etats-Unis, où Ralph
Nader est né en 1934,
dans la ville de Winsted,
au Connecticut. Quant à
sa mère, Rose, elle est
de la famille Sayegh
(chrétienne de rite
grec-orthodoxe également),
de la ville de Zahlé,
dans la Békaa : elle était
institutrice avant son
mariage, comme six de
ses sept soeurs, et
comptait plusieurs médecins
parmi ses proches
parents. Nadra (décédé
à l'âge de 98 ans) et
Rose, qui continua
d'enseigner, ont tenu à
Winsted une boulangerie
ainsi qu'un restaurant où
l'on servait tabboulé,
hommos et feuilles de
vigne : c'est là que le
jeune Ralph, qui a un frère
(décédé récemment)
et deux soeurs, a côtoyé
de nombreux ouvriers se
plaignant de leurs
conditions de travail et
des émanations
chimiques qu'ils
subissaient.
Homme de grande
culture, Ralph Nader,
qui est célibataire, parle
l'arabe, l'espagnol
et le portugais, et a
de bonnes
connaissances en
chinois et en russe
lui permettant de lire
des poèmes dans ces
langues. Avocat émérite, diplômé
des universités de
Princeton (1955) et
Harvard (1958), il est
considéré comme étant
le père légendaire
du consumérisme :
"protection des
intérêts des
consommateurs par des
associations".
Son action en
faveur d'une Amérique
saine et démocratique a
débuté dans les années
60 : par la seule
force d'arguments fondés
sur la moralité, il a
réussi à faire
passer au Congrès un
vaste dispositif de
lois destinées à améliorer
la qualité de l'eau,
de l'air, des
conditions de travail,
des banques et même
des voitures. Il a également
joué un rôle déterminant
dans l'adoption de
lois aussi décisives
que le Freedom of
Information Act (la
loi sur la liberté de
l'information) et le
Clean Air Act (la loi
sur la pollution
atmosphérique).
Jouissant d'une
influence considérable
aux Etats-Unis, il
devait déclarer au
cours d'un de ses
nombreux meetings,
devant des milliers de
jeunes : "La
démocratie est prise
en otage par les
multinationales.
Celles-ci régentent
presque tous les
aspects de notre société
: le lieu de travail,
le marché, le
gouvernement, les médias.
Elles exploitent nos
enfants et les élèvent
dans les concepts les
plus abjects. Elles
les abrutissent avec
toutes sortes de médicaments
dangereux. Ce raz de
marée mercantile n'a
aucune limite...".
Avec son association
Public Citizen, fondée
en 1971, forte de
100.000 personnes
et qui constitue
sa vraie force
politique, Ralph
Nader, cité parmi
les Américains qui
ont le plus compté
dans le siècle, ne
cesse de dénoncer
les effets
destructeurs de la
mondialisation
ultra-libérale :
"Nous nous
sommes beaucoup
impliqués dans la
critique de
l'Organisation
mondiale du commerce
et dans la
mobilisation pour
Seattle (en décembre
1999, 50.000
personnes y ont
bruyamment manifesté
contre le Fonds monétaire
international et la
Banque mondiale).
Les partisans de la
mondialisation
savent qu'ils ne
peuvent pas abattre
d'un seul coup tous
les remparts de la démocratie.
Alors que font-ils ?
Ils créent un
super-pouvoir,
installé à Genève
et destiné à
supplanter toutes
nos institutions démocratiques.
Le Congrès,
l'environnement, le
travail des enfants,
les droits de
l'homme sont
assujettis à l'OMC,
et tout cela au
profit de la
dictature du
commerce
international. Cette
situation
s'apparente, pour
moi, à un coup d'Etat
silencieux".
Autre combat, autre
association :
Consumer Project on
Technology a pris le
flambeau de la lutte
contre les brevets. Selon
son responsable
James Love, "les
licences nuisent au
consommateur,
nuisent à
l'innovation,
entretiennent les
incertitudes,
multiplient les procès,
nuisent à la compétitivité
de l'économie...
C'est un désastre !
Mais dans le domaine
pharmaceutique,
elles se justifient
: sans elles,
l'industriel ne
prendrait pas le
risque de lancer des
investissements
lourds.
Contrairement au
e-commerce, où
elles risquent
d'aboutir à l'effet
inverse : freiner
l'investissement."
Quant à Microsoft,
qu'il combat depuis
1997, Ralph Nader
estime que "sa
seule réelle
innovation" réside
dans son art d'écraser
la concurrence par
des pratiques
monopolistiques.
Depuis l'annonce,
en février, qu'il
briguerait pour la
seconde fois
l'investiture des
Verts américains,
et dans l'attente
de sa consécration
officielle, lors
de la convention
des Verts, les 24
et 25 juin à
Denver (Colorado),
Ralph Nader a
parcouru le pays,
rassemblant derrière
lui une coalition
de membres du
mouvement
associatif, de
groupes de
protection de
l'environnement et
de syndicalistes.
Ce n'était pas le
cas il y a quatre
ans : se présentant
également sous la
bannière des
Verts et dépensant
en tout 5.000 dollars
- l'équivalent de
dix secondes de
publicité télévisée
-, il n'avait pu réunir
qu'à peine 1% des
voix. Cette année
donc, au grand étonnement
des journalistes,
il a participé à
des dîners de
collecte de fonds,
et son réseau
s'est enrichi du
soutien de célébrités
comme Susan
Sarandon ou Paul
Newman, qui a
organisé pour lui
une soirée dans
son appartement de
Manhattan. Il a également
reçu un appui
remarqué de
l'Association des
infirmières de
Californie, qui
compte 31.000
membres. "Ralph
Nader a trop
d'honnêteté et
de sagesse pour
avoir une chance
d'être élu",
a fait remarquer
le cinéaste américain
Woody Allen, critiquant
le gouverneur républicain
George W. Bush
"qui n'est
pas assez
intelligent pour
gouverner l'Amérique
mais a une
personnalité un
peu moins crispée"
et le vice-président
démocrate Al Gore
"nettement
plus à la hauteur
mais un rien
verbeux et
maladroit", pour
lequel il a préféré
voter.
En effet, nombreux
sont les Américains
- dont ceux
d'origine arabe
partisans en
majorité de Bush
- qui ont préféré
répondre aux
appels des deux
camps (et plus
particulièrement
à ceux du
candidat Gore) à
voter "stratégique"
; appels amplifiés
par des mouvements
écologistes, des
syndicats, des féministes,
des groupes
pro-IVG et autres,
craignant de voir
leur pays basculer
dans le camp
adverse. Ceci a
empêché les
Verts d'atteindre
la barre des 5%
- résultat total
: 2.756.008 voix (3%)
- , nécessaire
pour le
financement de la
prochaine présidentielle
en 2004 par des
fonds fédéraux.
Mais Ralph Nader a
réussi son pari
en installant le
Parti Vert dans le
paysage politique
américain.
"La chose
importante est que
nous avons atteint
une étape de décollage
pour le Parti Vert :
c'est la dernière
fois que les deux
partis, dans une
consultation
nationale, auront
le monopole du
pouvoir d'exclure
des débats des
candidats d'un
troisième parti
important", a
affirmé l'avocat
consumériste, en
référence à son
absence des débats
présidentiels télévisés.
Tout cela a amené
le journaliste
français Jean
Daniel à s'écrier
: "...Mais
enfin, voilà une
nation démocratique,
née d’une Déclaration
d’Indépendance
et qui n’a eu,
depuis 1787,
qu’une seule
Constitution –
nous en avons eu
quinze ! - et
qu’un seul système
électoral. Une
nation dont on déplore
le néo-colonialisme
ou même l’impérialisme,
mais où un avocat
d’origine
libanaise comme
Ralph Nader peut
avoir des chances
de mettre en échec
l’élection
d’un président,
Al Gore, et d’un
vice-président
juif, Ralph
Lieberman."
Mathématiquement,
comment cela
s'est-il passé
? Tout s'est joué
dans quatre
Etats, dont le
plus célèbre,
celui de
Floride,
comptant 25
grands électeurs,
et qui aurait
ainsi permis au
vainqueur de
remporter l'élection
présidentielle, George
W. Bush ayant déjà
246 mandats, et
Al Gore 255 (le
nombre requis
pour la présidence
est 270). Or
la différence
est jusqu'à présent
minime dans cet
Etat - dont le
frère du
candidat républicain
est gouverneur
-, Bush devançant
Gore de 930
voix, alors que
Ralph Nader a
obtenu 96.837
voix (2%).
En considérant
d'après les
derniers
sondages que la
moitié de l'électorat
de Nader
provient de
celui de Gore,
le candidat démocrate
serait déjà président.
Le même scénario
s'est déroulé
dans trois
autres Etats, où
Ralph Nader
a fait basculer
le scrutin en
faveur de George
W. Bush : le New
Hampshire, qui a
vu la victoire
de Bush avec 4
mandats - différence
entre Bush et
Gore : + 7.282
voix, Nader :
22.156 voix (4%)
-, New Mexico, où
aucun des
candidats n'a
obtenu les 5
mandats - différence
entre Bush et
Gore : -179
voix, Nader : 21.227
voix (4%), et
l'Oregon, où également aucun
des candidats
n'a obtenu les 7
mandats - différence
entre Bush et
Gore : -6.758
voix, Nader : 77.094
voix (5%). Si on
totalise les
mandats de ces
trois Etats,
soit 16, Al Gore
serait déjà président,
indépendamment
des résultats
de la Floride.
Signalons par
ailleurs que le
candidat écologiste
Nader a obtenu
ses meilleurs
scores dans les
Etats suivants :
Alaska, 22.789
voix (10%) ;
Vermont, 19.810
voix (7%) ; Hawaï,
21.609 voix (6%)
; Maine, 37.842
(6%) ;
Massachussets,
173.758 voix
(6%) ; Montana,
24.487 voix (6%)
; Rhode Island,
24.194 voix
(6%), et
qu'en
Californie, il a
obtenu 397.285
voix (4%), et à
New York,
223.547 voix
(4%).
Le monde entier
est donc
aujourd'hui en
panne, en
l'absence de président
(le 43ème) à
la tête des
Etats-Unis.
Ralph Nader
vient de
proposer une
solution pour
sortir de
l'impasse, dans
une interview au
Denver Post réalisée
à partir de son
bureau de
Washington, tout
en affirmant que
l'idéal serait
de confier à
des volontaires
non partisans le
recomptage dans
les 67 comtés
de Floride, ce
qui est
impossible à
effectuer avant
la date butoir
du 12 décembre. Le
résultat à
venir dans cet
Etat-clé
"est de l'épaisseur
d'un papier à
cigarette ; et
la marge
d'erreur est
plus importante
que la marge qui
les sépare",
déclare-t-il
avant de
souligner :
"Quel que
soit le
vainqueur, il
aura la moitié
du pays contre
lui. Cela va
laisser un goût
désagréable
dans la bouche
des Américains".
Ainsi suggère-t-il
à George W.
Bush et Al Gore
de jouer la
Maison Blanche
à pile ou face
: "La cérémonie
pourrait être télédiffusée
dans le monde
entier et les
deux partis
pourraient même
acheter du temps
d'antenne pour
lancer leur
campagne de
financement pour
la présidentielle
de 2004" !
Bien loin des
enjeux de la
politique
interne américaine,
le Liban, qui a
ajouté Ralph
Nader ( www.votenader.com )
à ses célébrités
de l'émigration,
a fêté
avant-hier le 57ème
anniversaire de
son indépendance,
sur fond de
manifestations
estudiantines réclamant
le départ des
troupes
syriennes - tout
comme celui des
troupes israéliennes
effectué il y a juste
6 mois - et le déploiement
de l'armée
libanaise au
Liban-sud. Mais,
avec la
libanisation
actuelle du
conflit israélo-palestinien, la
stabilité au
Proche-Orient ne
semble pas pour
de sitôt.
Nous joignons à ce
communiqué une photo
de George W. Bush et
Al Gore devant la Cour
suprême de Floride,
deux photos de Ralph
Nader en campagne,
ainsi que dix-huit
articles à son sujet
ou concernant l'élection
américaine, parus
dans la presse
internationale
francophone et
anglophone :

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