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COMMUNIQUÉ
RJLIBAN N°68 du 25
janvier 2007
Conférence
de Paris III : S'engager résolument
sur la voie de la redistribution économique
et du rééquilibrage social
par BEATRICE PATRIE, députée
européenne, présidente de la délégation
du Parlement européen pour la région
du Machrek, membre de l'Assemblée
parlementaire euroméditerranéenne
La
conférence de Paris III s'ouvre le
25 janvier alors que le Liban connaît
des affrontements violents et une
situation de tension politique inquiétante.
Intervenant devant la Commission des
affaires étrangères du Parlement
européen, Béatrice Patrie a
souhaité que cette réunion ne se
limite pas au traitement des
objectifs initiaux, à savoir la
mobilisation des soutiens financiers
internationaux en vue de résorber
la dette libanaise, mais revête, au
contraire, une dimension politique
essentielle en la période.
A cet égard, elle a exprimé le vœu
que les représentants de l'Union
européenne développent une
position équilibrée : "Il
est tentant, a souligné Béatrice
Patrie, de ne voir dans les
manifestants de l'opposition qu'une
faction populaire manipulée par un
groupe extrémiste. Mais vous savez
bien que la réalité n'est pas si
simple. Aucun gouvernement libanais,
aussi légitime soit-il, ne peut
faire l'impasse sur une
manifestation qui rassemble la
communauté chiite dans son ensemble
et une partie de la communauté chrétienne".
La Présidente de la délégation
interparlementaire pour le Machrek a
donc exhorté la Commission européenne
à subordonner fermement les
soutiens financiers à la mise en
oeuvre sans délai d'un plan de réformes
qui ne se limite pas à combler la
dette publique. "Il faut
mettre fin à cette fuite en avant
qui consiste, pour les gouvernements
libanais, à toujours instaurer des
préalables à la réforme, a-t-elle
déclaré. Il faut cesser d'endetter
le pays en empruntant aux banques
libanaises qui ne font que servir
des intérêts aux plus riches. Nous
appelons le gouvernement à
s'engager résolument sur la voie de
la redistribution économique et du
rééquilibrage social. Le Liban a
besoin de moyens de transports, d'écoles,
d'hôpitaux publics. Ce sont là les
véritables remèdes à la crise
actuelle".
Béatrice
Patrie, députée européenne
Nous
reprenons un article de Béatrice
Patrie publié durant la guerre de l'été
2006
Un
Liban libre, uni et stable, c'est
possible
par
BEATRICE PATRIE, publié dans le
Figaro le 27 juillet 2006
L'Histoire
ne repasse pas les plats. Tout au
moins, tentons de le croire, et dans
le concert des Cassandre qui prédisent
ou souhaitent déjà une nouvelle
guerre civile au Liban et un
embrasement de la région, croyons
possible de faire entendre un
contrepoint plus optimiste sur
l'avenir de ce pays cher au coeur de
la France. Certes, la provocation
unilatérale du Hezbollah, et la
riposte aussi brutale que
disproportionnée d'Israël semblent
plonger le Liban dans une spirale
meurtrière d'autant plus inquiétante
que l'on voit trop bien à qui peut
profiter potentiellement le crime :
l'Iran qui fournit les armes trouve
dans l'affrontement matière à négocier
plus avantageusement les conditions de
son programme nucléaire ; la Syrie
par laquelle transite le matériel
diffère le moment de rendre des
comptes à la justice internationale
sur l'assassinat de l'ancien premier
ministre Rafic Hariri. Si l'on ajoute
à cela le développement d'un
antagonisme entre communautés chiite
et sunnite dans la région - la
fameuse thèse du croissant chiite -,
tous les ingrédients du drame
semblent, une fois de plus, en place.
C'est peut-être un
peu vite oublier que, malgré ces
constances malheureuses, le Liban
n'est plus le pays sorti exsangue de
la guerre de 1975. Répéter, à
l'envi, que le Liban, une fois
encore, va être le terrain de jeu
des conflits régionaux, c'est faire
l'affront au pays du Cèdre
d'occulter le formidable travail de
reconquête de sa souveraineté et
de reconstruction démocratique,
engagé depuis 2004, malgré les
attentats meurtriers qui ont
constamment assombri son histoire récente.
Ne voir, aujourd'hui au Liban, que
des chrétiens désespérés et des
sunnites exaspérés prêts à se
coaliser contre des chiites tétanisés,
c'est ignorer l'extraordinaire
mobilisation populaire du 14 mars
2005 autour du mot d'ordre d'unité
nationale.
C'est surtout faire
l'impasse sur un événement passé,
il est vrai, assez inaperçu aux
yeux de l'opinion publique
internationale : l'organisation, ce
printemps, sur l'initiative de Nabih
Berri, président du Parlement
libanais, d'un "dialogue
national", au cours duquel
on a vu, durant plusieurs semaines,
l'ensemble des responsables
politiques libanais se mettre autour
d'une table pour aborder toutes les
questions d'intérêt national, y
compris les plus épineuses comme la
mise en oeuvre de la résolution
1559 des Nations unies, la délimitation
de la frontière syro-libanaise, et
le problème des armes de la résistance.
Pour la première fois depuis 1975,
les anciens chefs de guerre, naguère
ennemis, se concertaient en toute
indépendance et rompaient avec la
pratique habituelle libanaise des négociations
bilatérales n'aboutissant qu'à des
compromis partiels. Le Hezbollah qui
n'avait pas participé aux
manifestations du 14 mars avait
accepté de s'asseoir à la table
des négociations. Même si cette
tentative de concertation reste
inachevée, elle a montré que le
Liban avait la volonté et la
capacité de maîtriser son destin
national.
Aussi, la
responsabilité de la communauté
internationale, et surtout celle de
l'Union européenne, est aujourd'hui
de redonner au Liban les moyens
d'exercer pleinement sa souveraineté.
Cela passe, bien entendu, par un
cessez-le-feu immédiat de la part
des protagonistes, par la
restitution des prisonniers et par
la garantie mutuelle du respect des
frontières israélo-libanaises. Il
faut, à cet égard, convaincre Israël
d'accepter le principe d'une force
multinationale d'interposition :
confier ce rôle à l'armée
libanaise risque, en effet, de
monter dangereusement les chiites,
première communauté démographique
du Liban contre l'armée nationale.
Il faudra ensuite amener les parties
à la table des négociations. Ce
sera le moment de rappeler à Hassan
Nasrallah, chef du Hezbollah, ses déclarations
tenues lors du dialogue national : "Le
parti de Dieu ne va pas se
barricader derrière des constantes,
nous serons positifs." Les
conditions du désarmement des "forces
de la résistance" sont
connues : la sécurité des frontières
et des territoires, et l'assurance
pour les populations chiites du sud
de pouvoir exercer leurs droits sur
l'eau, mis à mal par les pilonnages
israéliens.
Mais il ne faudra pas
en rester là. L'Union européenne
devra poursuivre son travail de
soutien à la construction d'un véritable
Etat au Liban, embryonnaire à ce
jour. A cet égard, rappelons
à Israël qu'il est paradoxal de
fustiger "l'Etat dans l'Etat»
incarné par le Hezbollah à
travers ses multiples institutions
sociales, et de détruire le peu
d'infrastructures étatiques
existant au Liban (réserves d'eau,
centrales électriques, ponts,
routes ou usines). La garantie, sur
le long terme, de l'unité nationale
passera par la réforme des
institutions, et la mise en place de
services publics de base. C'est
d'ailleurs le chantier que le
gouvernement Siniora engageait au
moment même où Israël a décidé
de la destruction systématique du
pays. Face aux Etats-Unis dont elle
n'est pas tenue de partager les
visions hégémoniques, l'Europe
doit être un acteur essentiel de
l'avenir du Moyen-Orient.
Aujourd'hui, elle doit agir pour que
le Liban ne soit plus la victime
sacrificielle de ses voisins, mais
devienne, au contraire, un pôle de
paix, de stabilité et de démocratie
de la région.
Présentée
par la quasi-totalité des médias
occidentaux comme une réaction à la
capture de deux soldats, la guerre menée
par Israël contre le Liban est le fruit
d¹une longue préparation qui trouve
ses racines dans le coeur même du
projet néoconservateur pour le
Proche-Orient. Dans un long article dont
nous publions un extrait de la première
partie, Jürgen Cain Külbel, décrit l¹entente
entre Washington et Tel-Aviv qui a mené
à l¹agression du Liban.
La
longue route d'Israël vers la guerre de
juillet 2006
Extrait
de l'article de JURGEN CAIN KULBEL,
publié dans la lettre d'information de BERTRAND
LAMBERT le 9 janvier 2007
Ancien
enquêteur de la police criminelle de
RDA (1974-1988), l'auteur est
journaliste indépendant et écrivain
L'histoire
le montre, les Etats fauteurs de
guerre se sont toujours efforcés de
tromper l'opinion sur les raisons et
causes de leur agression. Un exemple
parmi d'autres est la fausse attaque
de la station de radio de Gleiwitz,
organisée par les Nazis, qui fut le
prétexte de l'attaque de la Pologne
et marqua ainsi le début de la Deuxième
Guerre Mondiale. Ou encore « l'incident »
de la Baie de Tonkin qui fut fabriqué
par les États-Unis afin d'avoir un prétexte
pour envahir le Vietnam. Ou, plus récemment,
la falsification des preuves
concernant les soi-disant armes de
destruction massive de Saddam Hussein
et qui permirent à l'administration
états-uniennes, aux mains maculées
de pétrole et de sang, de dépecer
l'Irak et de s'emparer de ses
ressources pétrolières. Israël
vient d'apporter sa contribution à
cette pyromanie mondiale, organisée
par « l'Internationale démocratique »
et menée avec un entrain redoublé
depuis que Bush junior et ses
comparses sont au pouvoir. Les raisons
de l'attaque israélienne sont
multiples : depuis des années,
Israël s'efforce, avec l'aide active
des États-Unis, de balkaniser le
Moyen-Orient afin de garantir son hégémonie
vis-à-vis de ses voisins arabes,
toujours présentés comme « menaçant
l'existence de l'État hébreu »
. Dans cette stratégie, l'État
d'Israël s'est fixé, entre autres
« objectifs stratégiques »
, de sécuriser sa frontière au Nord
et d'éliminer définitivement la résistance
libanaise du Hezbollah, qui garde la
frontière côté libanais.
La pseudo « Révolution des Cèdres »
au Liban n'a pas profité à Israël ;
le nouveau gouvernement à Beyrouth
est faible et s'avère incapable de répondre
aux exigences de l'administration états-unienne
et à celles du gouvernement de
Tel-Aviv. Il est notamment incapable
de désarmer véritablement la milice
chiite. Au contraire. Par ailleurs,
peu avant le début de la guerre, Israël
se retrouvait dans la situation d'un
boxeur K.O., allongé sur le ring. En
effet, des preuves avaient été découvertes
par les Libanais qui démontraient que
les services secrets de l'État hébreu
étaient activement impliqués dans
des activités terroristes au Liban :
notamment des attentats à la bombe,
des voitures piégées et des
assassinats de cadres palestiniens et
d'élus du Hezbollah. Par ailleurs un
faisceau d'indices était mis au jour
et qui semblait désigner Israël et
non la Syrie comme étant
l'instigateur de l'attentat sanglant
qui avait coûté la vie à l'ancien
Premier ministre libanais, Rafic
Hariri.
Le fait que cette guerre, pourtant
planifiée de longue date par Israël,
ait été déclenchée dans l'urgence
face aux découvertes embarrassantes
des Libanais et qu'elle se soit muée
en une débâcle pour l'agresseur n'a
finalement pas beaucoup d'importance.
Elle aura au moins prouvé une chose :
la guerre menée par la machine
militaire surpuissante contre le Liban
est représentative des futures
batailles du XXIème siècle, menées
sans complexes et avec une cruauté
criminelle. On cible désormais la
population civile avec des actes de
terreur et on détruit sciemment des
infrastructures vitales afin de faire
souffrir la population et la briser.
Ni « l'Internationale démocratique »
ni l'ONU se sont véritablement opposés
à la punition collective imposée aux
Libanais. Ils restèrent muets face
aux innombrables bombardements
d'infrastructures civiles, d'usines de
lait en poudre, d'écoles, d'hôpitaux,
d'ambulances, de convois de réfugiés,
de voitures individuelles ou de
motocyclettes, de quartiers
d'habitation densément peuplés ainsi
que la quasi totalité des routes et
ponts autoroutiers du pays. Bien au
contraire, les politiques des États-Unis
et de l'Union européenne, dont la
Première Ministre allemande Angela
Merkel, accordèrent indirectement un
blanc-seing à l'agresseur israélien
en refusant de mentionner, et encore
moins de condamner, l'utilisation par
Israël d'armes interdites par la
communauté internationale, comme par
exemple les obus au phosphore,
les bombes à sous munitions et
apparemment également les obus
contenant de l'uranium appauvri.
L'opération
commando israélienne
Quelques
jours après que le ministre israélien
de la Défense, Amir Peretz ait poussé
son cri de guerre et ordonné, le 12.
juillet 2006 à son aviation de
« détruire les villages du
Hezbollah ainsi que l'infrastructure
du Liban » , le Premier ministre
libanais, Fouad Siniora a pu constater
que ce n'était pas le Hezbollah mais
son pays qui avait été détruit. A
Tel-Aviv on a pris pour prétexte la
capture des soldats Ehud Goldwasser et
Eldad Regev par la milice chiite, au
matin du 12 juillet, pour déclencher
sans attendre une guerre dévastatrice
et sans aucun égard pour les vies
innocentes. Que s'est-il exactement
passé ce jour là ? Ce mercredi,
à 9h05 exactement, un communiqué de
l'organisation résistante, lu sur
l'antenne de la station de télévision
du Hezbollah, Al Manar, annonçait
que, ses « soldats ont attaqué
une patrouille israélienne près de
la frontière et fait prisonnier deux
soldats. » Hassan Sayyed
Nasrallah, chef de la milice chiite,
expliqua que « cette opération
était planifiée depuis 5 mois »
par son organisation. Comme l'explique
Philip Abi Akl dans le journal
conservateur libanais Daily Star,
la milice affirmait vouloir, par cette
action, « tenir une promesse
vis à vis du peuple libanais. L'enlèvement
permettrait d'échanger les soldats
israéliens contre des prisonniers
libanais retenus en Israël » [1].
Le
Dr. Mazin Qumsiyeh, ancien enseignant
à la Duke & Yale University, et
auteur du livre Partage de la terre
de Canaan précise : « Le
Hezbollah est un mouvement libanais de
résistance armée, fondé après
l'invasion israélienne du Liban en
1982. Il est important de rappeler,
pour ceux qui auraient la mémoire
courte, que - pour la seule année
1982 - des dizaines de milliers de
Libanais et de Palestiniens (ces
derniers étant déjà des réfugiés
de la guerre israélienne de 1948)
furent assassinés par les troupes
d'occupation israéliennes dans le Sud
du Liban. Le Hezbollah a connu une
grande popularité et obtenu le
soutien d'une bonne partie de la
population libanaise (y compris chez
les chrétiens) à cause de sa
victoire sur la brutale machine
militaire d'occupation israélienne,
victoire ayant permis de chasser Israël
et ses vassaux de la plus grande
partie du territoire libanais. Bien sûr,
Israël continue d'occuper illégalement
Gaza, la Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est),
les « fermes de Chebaa »
ainsi que le plateau du Golan. De la même
manière Israël continue à s'opposer
au droit international en interdisant
aux réfugiés palestiniens de
retourner dans leurs maisons et de
retrouver leurs terres. Plus important
encore : l'armée israélienne
continue à garder prisonniers de
très nombreux citoyens libanais ainsi
que plus de 10.000 prisonnier
politiques palestiniens. L'histoire
des enlèvements de Libanais et de
Palestiniens par Israël remonte à
loin. Par ailleurs ces prisonniers
sont régulièrement torturés. » [2].
Le Hezbollah lui même n'a donné
aucune indication quand au lieu de
l'enlèvement. Ce n'est que le
lendemain de l'enlèvement que l'AFP
indique : « Aux dires de
la police libanaise, les deux soldats
ont été faits prisonniers sur
territoire libanais, dans la région
de Aïta Al-Chaab, proche de la frontière
israélienne, région qui avait été
la cible d'une incursion de l'unité
israélienne tôt dans la matinée. »
La lettre d'information française Réseau
Voltaire indique de son côté,
« De manière délibérée,
Tsahal (l'armée israélienne) a envoyé
un commando dans l'arrière-pays
libanais à Aïta al Chaab. Il a été
attaqué par le Hezbollah, faisant
deux prisonniers. Israël a alors
feint d'être agressé et a attaqué
le Liban » [3].
Le quotidien italien La Reppublica
cite des sources au sein du Hezbollah
pour affirmer que « la
capture a eu lieu dans la zone Aïta
Al Chaab, non loin du village Zarit »
, les deux se situant au Liban. Les
Français dénoncent par ailleurs le
fait que, « à la demande du
colonel Sima Vaknin-Gil, chef de la
censure militaire israélienne, la
presse occidentale a accepté de
relayer une version tronquée des événements
survenus ces derniers jours au
Proche-Orient. (...) Sur injonction de
la censure militaire israélienne, les
agences de presse et médias ayant des
journalistes accrédités en Israël
ont renoncé à informer leurs
lecteurs du lieu où les soldats israéliens
ont été faits prisonniers » .
La journaliste suisse Silvia Cattori,
travaillant pour le Réseau Voltaire
s'est vue enlever son accréditation
de travail en Israël pour avoir refusé
de d'obéir aux consignes de la
censure militaire » [4].
Mais, pour le Premier ministre israélien
Ehud Olmert les soldats ont été
enlevés sur territoire israélien.
« Les évènements de ce
matin ne sont pas une attaque
terroriste, mais l'action d'un État
souverain qui a attaqué Israël sans
raison. Le Liban en paiera le prix »
a t'il menacé lors d'une conférence
de presse en présence du premier
ministre japonais Junichiro Koizumi
tout en annonçant une riposte
« très douloureuse et très
étendue » . Son ministre de
la Défense Amir Peretz et les
services secrets avaient de toute évidence
prévu le coup depuis longtemps et
tout préparé. C'est la raison pour
laquelle, le jour même de l'enlèvement
des deux soldats, le 12 juillet, l'armée
israélienne envahit le Liban tandis
que la rapide mobilisation des réservistes
et l'extension des opérations démontrent
clairement qu'Israël avait tout
planifié longtemps à l'avance, et ne
réagissait donc pas simplement à
l'enlèvement de ses deux soldats.
Outre les bombardement extrêmement
ciblés - qui montrent à quel point
les services israéliens et leurs
collaborateurs sur le terrain avaient
repéré les cibles au Liban, l'armée
israélienne disposait par ailleurs
des coordonnées détaillées de
chaque restaurant, de chaque usine de
savon, de chaque école, le tout repéré
depuis longtemps en prévision de
cette guerre. Peretz savait
parfaitement ce qu'il disait quand il
menaçait de « ramener le
Liban 50 ans en arrière »
avec ses bombardement. Ce n'étaient
pas des paroles de vantard, il savait
qu'il en avait les moyens [5].
Le
Liban : une guerre préparée en
laboratoire
« De
toutes les guerres qu'Israël a menées
depuis 1948, celle-ci [contre le
Liban] est la seule pour laquelle
le pays était parfaitement préparé »
, a déclaré Gerald Steinberg,
professeur d'études politiques à
l'université Bar-Ilan de Ramat Gan,
quelques jours après le début du
conflit. Cet universitaire, qui
travaille pour le ministère israélien
des Affaires étrangères et de la Sécurité
nationale, ajoute : « Dans
un certain sens, les préparatifs ont
débuté dès le mois de mai 2000,
juste après le retrait israélien [du
Liban]. En 2004 la campagne
militaire, prévue pour une durée de
trois semaines et à laquelle nous
assistons en ce moment, était déjà
planifiée et a été simulée et testée
en laboratoire depuis un ou deux ans. » [6].
Matthew Kalman confirme ces dires le
21 juillet 2006 dans le San
Francisco Chronicle :
« Il y a plus d'un an, un
haut gradé de l'armée israélienne a
commencé à présenter à des
diplomates, des journalistes et des
think tanks états-uniens et autres,
des simulations PowerPoint non destinées
au public et comportant des détails révélateurs
de l'opération actuellement en cours. »
L'identité de ce gradé, selon Kalman,
a été tenue secrète. Ce militaire a
présenté les plans d'une « campagne
de trois semaines » contre
le Liban en ces termes : « La
première semaine sera consacrée à
la destruction des roquettes
puissantes et de longue portée du
Hezbollah, au bombardement du poste de
commandement et de contrôle et à
rendre impraticables les grands axes
de transport et de communication du
pays. La deuxième semaine devra être
principalement consacrée aux attaques
contre des localités abritant des
rampes de lancement de missiles ou des
dépôts d'armes. La troisième
semaine, on enverra un effectif plus
important de forces terrestres [Š]
pour détruire les cibles repérées
au cours des missions de
reconnaissance [...] Par contre il
n'est pas prévu d'occuper à nouveau
le Sud-Liban pour une longue période. »
.
Moshé Marzuk, un ancien membre des
Services secrets militaires israéliens,
aujourd'hui chercheur à l'Institut du
contre-terrorisme d'Herzlia, ajoute :
« Israël a tiré les leçons
des guerres précédentes au Liban, en
Cisjordanie et à Gaza, tout comme des
expériences des États-Unis en
Afghanistan et en Irak : l'armée
à compris qu'un campagne militaire
classique serait inefficace »
. Néanmoins, cela faisait dix ans
qu'Israël projetait d'attaquer à
nouveau le Liban, quelle que soit la
stratégie employée [7].
Clean
Break : Déclaration de guerre à
l'Orient arabe
Wayne
Madsen, un ancien agent de la NSA, une
des agences de renseignement états-unienne,
écrivait le 22 juillet 2006 :
« Les 17 et 18 juin 2006, au
cours d'une conférence de l'American
Enterprise Institute (néo-conservateur),
à Beaver Creek. (Colorado), l'ancien
Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahu,
Nathan Sharansky [8],
un membre de la Knesset et le vice-président
des États-Unis Dick Cheney sont tombés
d'accord pour envahir le Liban »
. Cheney « a donné son
feu vert » poursuit Wayne
Madsen. Netanyahu est retourné en
Israël où il a fait part, « au
cours d'une rencontre entre anciens
Premiers ministres, du soutien de
l'administration Bush » [9].
La rencontre entre Cheney et
Netanyahu, rapportée par Madsen présente
un caractère quelque peu explosif. En
1996, le Study Group on a New Israeli
Strategy Toward 2000, un groupe de néo-conservateurs
américains du think tank privé The
Institute for Advanced Strategy and
Political Studies, avait élaboré
pour Netanyahu, alors Premier ministre
israélien, le projet tristement célèbre
A Clean Break : A New Strategy
for Securing the Realm [10].
Dans ce pamphlet militariste, les
stratèges néo-conservateurs
exhortaient Israël à dénoncer l'intégralité
des accords de paix d'Oslo avec les
Palestiniens, à envahir les
territoires autonomes et à « attaquer
le Hezbollah, la Syrie et l'Iran, les
trois principaux agresseurs du Liban »
. Le groupe qui avait rédigé le
pamphlet était supervisé par Cheney
et dirigé par Richard Perle, surnommé
le « prince des ténèbres »
, membre du premier gouvernement de
Bush Jr et l'un des pires fauteurs de
guerre lors de la préparation de
l'invasion de l'Irak. Parmi les rédacteurs
figuraient d'autres membres du cabinet
Cheney, tels que Douglas Feith et
David Wurmser ; toutes ces
personnes sont également membres du
fameux « Golden Circle » ,
qui regroupe les dirigeants de l'United
States Committee for a Free Lebanon (SCFL),
une officine dont nous aurons
l'occasion de reparler.
Le Clean Break affirme :
« La Syrie menace Israël
depuis le territoire libanais. Israël
devrait attaquer le Hezbollah, la
Syrie ainsi que l'Iran, qui sont les
principaux agresseurs du Liban :
mener des attaques contre les
installations militaires syriennes au
Liban et, si cela devait s'avérer
inefficace, attaquer des objectifs
ciblés en Syrie même » [11].
Israël doit en outre « utiliser
les groupes d'opposition libanais pour
affaiblir le pouvoir syrien au Liban »
. Les groupes libanais, associés à
Israël, pourraient « attaquer
les objectifs militaires syriens présents
sur leur territoire » ou
« si cela devait s'avérer
insuffisant » , Israël
pourrait même « attaquer des
objectifs ciblés en Syrie »
et montrer ainsi que « le
territoire syrien n'est plus considéré
comme un sanctuaire » . Bien
sûr il faut également renverser le régime
de Saddam Hussein en Irak. Finalement
un « nouveau Proche-Orient »
devrait voir le jour, composé d'États
affaiblis et morcelés, sans unité
interne et dirigés par des
marionnettes, tandis qu'Israël
jouirait d'une hégémonie incontestée
sur la région. Autrement dit, un
projet qui ressemble énormément au
« nouveau Proche-Orient »
dont Condoleezza Rice, la secrétaire
d'État des États-Unis, rêvait
publiquement en juillet dernier, au début
du conflit.
Ce genre de projets est tout à fait
du goût de Daniel Pipes [12]
directeur de la « revue de géopolitique
renommée » Middle East
Forum et thuriféraire anti-arabe
patenté. Pipes s'évertue depuis des
années à prêcher une politique états-unienne
au Moyen-Orient orientée vers une
solide alliance avec Israël, la
Turquie et d' « autres démocraties,
si elles adviennent » , car
pour lui, le Moyen-Orient est « une
source majeure de problèmes pour les
États-Unis à cause de la quantité
prodigieuse de dictatures, d'idéologies
radicales, de conflits existentiels et
de frontières, de violence politique
et d'armes de destruction massive qui
s'y trouvent » . [13]...
[1]
« Clashes
raise familiar questions »
, par Philip Abi Akl, 13 juillet 2006.
[2]
« Libanon,
Israel, Palästina : Interview
mit Mazin Qumsiyeh, Fragen von Anis »
, 24 juillet 2006.
[3]
« Les
agences de presse occidentales
victimes consentantes de la censure
militaire israélienne »
, 18 juillet 2006.
[4]
Id.
[5]
« Krieg
gegen Libanon ? »
, par Cain Külbel, Jürgen :
Provozierter, Neues Deutschland,
26 juillet 2006.
[6]
« Jürgen :
Power-Point-Inszenierung » par
Cain Külbel, Junge Welt, 27
juillet 2006.
[7]
« Israel
set war plan more than a year ago »
par Matthew Kalman, : San
Francisco Chronicle, 21.juillet
2006.
[8]
« Natan
Sharansky, idéologue de la démocratisation
forcée »
, Réseau Voltaire, 24 février
2005.
[9]
« Israel and US planned Lebanon
invasion in June » , Wayne
Madsen Report, 22 et 23 juillet
2006.
[10]
« A
Clean Break : A New Strategy for
Securing the Realm ».
[11]
« Der
Ölpreis und Libanon »
, Zeit-Fragen, 21 mars 2005.
[12]
« Daniel
Pipes, expert de la haine »
, Réseau Voltaire, 5 mai 2004.
[13]
« About
the Middle East Forum »,
Middle East Forum.
Un
Etat palestinien ne renforcera pas la
stabilité de la région, estime le général
israélien Yalon
paru
dans l'Orient-le Jour le 23 janvier
2007
La solution de deux
Etats fondée sur des concessions
territoriales d’Israël aux
Palestiniens ne renforcerait pas la
stabilité du Proche-Orient, a averti
hier l’ancien chef d’état-major
israélien Moshe Yaalon. "Le
règlement du conflit israélo-palestinien,
que nous pourrons résoudre je l’espère,
mais je ne pense pas dans un futur
proche, ne conduira pas à la stabilité
du Proche-Orient", a déclaré le
général de réserve Yaalon, lors de
la conférence annuelle de Herzliya
(nord de Tel-Aviv) sur les questions
stratégiques d’Israël. "Des
pressions internationales sur Israël
pour obtenir des concessions
territoriales ne feront que renforcer
la menace du jihad (mondial) conduit
aujourd’hui par l’Iran et
encourager (les jihadistes) à
poursuivre les attaques contre Israël
et l’Occident", a-t-il ajouté.
"La formule de deux Etats comme
solution du conflit est inopérante à
ce stade. Une solution du conflit ne résoudra
pas les attaques islamistes de
l’islam contre l’Occident",
a-t-il souligné. La cause de
l’instabilité au Proche-Orient est
selon lui le régime islamique iranien
qui prêche "une confrontation
entre l’Occident et l’islam
radical".
Paralysies
libanaises
par FRANCK
JOHANNES, publié dans le Monde du 25
janvier 2007
On grimpe dans
l'immeuble en retenant son souffle,
les gravats qui crissent sous les pas
ne rendent le silence que plus pesant.
Les appartements éventrés sont déserts.
Quelques-uns ont eu le temps de partir
avec leurs meubles, la plupart ont
presque tout laissé, des chaussures
en vrac, les cassettes de prières,
les devoirs des petits qui reposent
sous une fine couche de poussière. En
face, un tapis baille sur une façade
soufflée par les bombes, un meuble de
cuisine, au-dessus du vide, essaie désespérément
de rester à l'intérieur. Une dizaine
d'étages plus bas, un immense terrain
vague sert de parking, une tranchée
bien nette entre les immeubles serrés
du quartier d'Haret Hreik, dans la
banlieue sud de Beyrouth. En juillet
2006, après la capture de deux de ses
soldats, l'armée israélienne a
minutieusement pilonné le quartier général
du Hezbollah. Il n'en reste que
quelques grilles tordues, un bout de
mirador et un garde qui fait les cent
pas pour décourager les pillards.
L'essentiel des gravats a été évacué,
la reconstruction commence à peine.
Les Israéliens ont suivi en ville le
parcours clandestin d'Hassan Nasrallah,
le secrétaire général du Hezbollah,
et rasé ici trois immeubles, là un pâté
de maison.
Beyrouth,
à l'inverse de sa banlieue et du sud du
pays, n'a pas été touchée, en dehors
d'un missile égaré sur le quartier chrétien
d'Achrafieh. La vie a repris après la
parenthèse de l'été, les joggeurs
trottinent sur le bord de mer en
promenant leur chien entre les pêcheurs
à la ligne, les plages ont été à peu
près nettoyées de la marée noire après
le bombardement d'une centrale électrique,
les fonctionnaires sont payés, pas un
papier ne traîne en centre-ville. Le
gouvernement a estimé les dégâts à
plus de 2,5 milliards de dollars, que le
pays est bien en peine de trouver : la
dette extérieure du Liban tourne autour
de 41 milliards de dollars, soit 180 %
du produit national brut, et le
gouvernement espère un sérieux coup de
main de la communauté internationale
lors de la conférence de Paris-3, qui
s'ouvre en France jeudi 25 janvier. "A
la veille de la guerre, le 12 juillet,
on tablait sur une croissance de 5 % à
6 %, explique Ahmad Fatfat, un
ministre sunnite proche du premier
ministre Fouad Siniora. Après la
guerre, le 14 août, on était entre 0 %
et - 3 %. On en est à - 6 %. La guerre
et le Hezbollah nous ont coûté 12
points de croissance." Depuis
juillet, les prix ont flambé de 13 % en
moyenne, 8 % pour le pain, 10 % pour les
produits laitiers, 25 % pour les légumes.
Quatre-vingt-dix pour cent des biens
sont importés, et le Liban ne produit
quasiment rien, sinon des banques.
Mais
le problème est ailleurs. Ancien
ministre de l'intérieur par intérim,
Ahmad Fatfat est ministre de la jeunesse
et des sports et à peu près prisonnier
dans son bureau. Avec trois autres collègues
qui ne peuvent pas non plus sortir, il
campe au Grand Sérail, l'ancienne
caserne où siège le premier ministre.
Sous ses fenêtres, le Hezbollah et ses
alliés, notamment les chrétiens du général
Aoun, ont installé 700 tentes et
bloquent tout le quartier depuis le 1er
décembre, derrière un cordon
d'automitrailleuses de l'armée
libanaise. Le gouvernement est paralysé,
le centre-ville asphyxié, l'impasse
politique totale. "On travaille
sous tension, mais on travaille, se
rassure Ahmad Fatfat. On est même
plus efficaces qu'avant. L'équipe est
plus solidaire. Et puis on se voit tous
les jours." Son cabinet fait la
navette avec son ministère, dans le sud
de la ville ; les fonctionnaires
viennent au Grand Sérail pour les réunions.
Il a décidé de s'installer là après
l'assassinat du ministre de l'industrie,
Pierre Gemayel, le 21 novembre 2006. "Nous
avons reçu des menaces directes,
explique le ministre, une
personnalité, de retour de Damas, nous
a dit, au premier ministre et à moi :
"Vous êtes en tête de liste, les
Syriens sont furieux, plus qu'avant le
14 février"." Le 14 février
2005, c'est la date de l'assassinat de
Rafic Hariri, le premier ministre
sunnite. Il en reste un énorme cratère
en bord de mer, là où la bombe a pulvérisé
sa voiture, et un pompeux chapiteau où
repose sa dépouille mortelle, en
permanence recouverte de fleurs
blanches.
Hariri,
le riche entrepreneur qui a remodelé le
centre-ville de Beyrouth - les Libanais
assurent en ne riant qu'à moitié qu'il
a détruit plus d'immeubles que la
guerre civile de 1975 à 1990 -, est
devenu un martyr. Des panneaux
gigantesques égrènent les jours depuis
sa mort, ses portraits sont partout, l'aéroport
a été rebaptisé à son nom. Quatorze
attentats ont suivi son assassinat, dont
plusieurs mortels, généralement
attribués aux Syriens. Un mois après
sa mort est né le mouvement du 14-Mars
: une foule gigantesque, près d'un
million de Libanais sur les quatre que
compte le pays, est descendue dans la
rue pour exiger le départ des Syriens,
débarqués au Liban en 1976. Ils ont
effectivement plié bagage en avril, et
un immense espoir s'est levé :
construire enfin un Etat citoyen, sortir
des guerres féodales et des invasions
étrangères. En face du mouvement du
14-Mars, incarné par les musulmans
sunnites, les Druzes et une partie des
chrétiens, l'opposition affiche à peu
près autant de bataillons avec les
chiites du Hezbollah et du mouvement
Amal, alliés pour la circonstance à
l'influent général chrétien Michel
Aoun. Le Hezbollah est puissant,
s'appuie sur une milice disciplinée et
armée par l'Iran, ménage la Syrie par
où transitent ses armes, et est auréolé
de ses deux victoires contre Israël, en
2000, quand Tsahal a évacué le sud du
Liban, et cet été, lorsque les
bombardements n'ont pas fait plier ses
troupes.
Anti-israéliens
d'un côté, anti-syriens de l'autre,
les trois grandes communautés du Liban
- sunnites, chiites et chrétiens - s'équilibrent
dans un avenir incertain. "Tout
le monde brandit le drapeau libanais,
explique Afif Osman, chercheur au Centre
d'études stratégiques, de recherche et
de documentation, mais pour fonder un
pays, il faut un ennemi commun. C'est le
point central de discorde." En
attendant, on vit normalement, ou
presque. L'armée est omniprésente, ça
n'a jamais empêché les Beyrouthins de
prendre les sens interdits à tombeau
ouvert. "On vit normalement,
mais dans une ambiance de conflit,
raconte Afif Osman. Nous avons
cette habitude de réagir
raisonnablement aux événements. Quand,
en juillet, les réfugiés du Sud ont
fui à Beyrouth, on a rouvert les écoles
pour les loger. Comme à chaque fois,
les gens sont venus leur apporter à
manger. Personne n'était surpris, on a
l'habitude."
La
lassitude gagne, pourtant. "Nous
étions un groupe de dix amis d'enfance,
soupire Rana Khoury, 23 ans. Huit
sont partis à l'étranger. Ici, on ne
trouve pas de travail, et c'est très
mal payé. Depuis la guerre de juillet,
les gens sont encore plus dégoûtés.
Moi, je reste. Rester, c'est un acte
militant." Les étudiants qui
en ont les moyens s'en vont en files
serrées. Mahmoud Harb, 23 ans, de
passage à Beyrouth, a rejoint l'étudiante
au café De Prague, le bar du moment à
Hamra, le quartier le plus vivant de la
capitale. Il est parti en 2002 à Paris
boucler un DEA de finances. "Les
germes du changement sont là, il faut
les faire fructifier, assure le
jeune homme. Il faut une école
publique, gratuite et obligatoire ; il
n'existe même pas un livre d'histoire
unique, chaque confession a sa
version." Ahmed, 27 ans, est
ingénieur en mécanique ; il a travaillé
au Gabon, en Azerbaïdjan, aux Emirats,
et rentrerait bien au Liban, même pour
60 % de son salaire.
Tous
sont vigoureusement laïques et parfois
en délicatesse avec leur famille. Ils
militent pour le statut de la femme,
exigent le droit de vote à 18 ans et
non plus à 21, rêvent de la réconciliation
du 14-Mars, pour lequel la priorité est
de construire un Etat, laïque. "On
essaie de concilier croyance et laïcité,
monde arabe et modernité, Etat et
socialisme, assure Rana. On ne rêve
pas, c'est la première marche d'un
escalier très long." C'est que
l'Etat libanais n'existe pas, ou si peu.
Il est passé directement des quinze ans
de somnolence de la guerre civile à la
tutelle syrienne. La classe politique se
transmet les postes de père en fils, la
présidence de la République et la tête
de l'armée pour les chrétiens, la
direction du gouvernement pour les
sunnites, la présidence du Parlement
pour les chiites. Beyrouth est gérée
comme une entreprise, la corruption est
générale et l'argent s'évapore
rapidement sous le soleil libanais. "La
corruption fait partie de la politique
libanaise, sourit
l'intellectuel et journaliste Abbas
Beydoun, c'est un héritage français,
même si la France, avec le temps, a su
le gérer chez elle. Avec Hariri
transformé en martyr, la corruption est
généralisée."
La
blague, qui a déjà beaucoup servi en
Afrique, circule dans tout Beyrouth. Le
ministre des travaux publics libanais
est invité dans la somptueuse maison de
son homologue français et lui demande
comment il a pu faire construire
pareille merveille. Le Français l'emmène
lui dit : "Vous voyez le pont, là-bas
? Il coûtait 18 millions, j'en ai
facturé 20." Quelque temps
plus tard, le ministre français visite
bouche bée la demeure du Libanais : à
côté de sa maison, les palais ottomans
sont des WC à la turque. "Comment
avez-vous fait ?", souffle-t-il.
"Vous voyez le pont, là-bas
?", demande le ministre
libanais. "Euh, non",
dit le Français. "Eh bien,
justement", se félicite le
ministre.
Le
Hezbollah, évidemment, ne se prive pas
de dénoncer l'affairisme. "Un
parlementaire gagne 300.000 dollars sur
quatre ans, explique Hussein
Hajj Hassan, député du parti
religieux. Comment font-ils pour
s'offrir des appartements à 7 ou 10
millions de dollars ?" Le
Hezbollah, lui, a le sens de l'Etat, et
forme d'ailleurs un Etat dans l'Etat.
Ses gardes, en uniforme bleu, font la
circulation en banlieue sud, ses écoles,
ses hôpitaux, modernes et bien équipés,
sont gratuits, quand les hôpitaux
publics sont payants - et on paye
d'avance. "Les gens sympathisent
avec les partis qui défendent leurs intérêts,
convient simplement Hajj Hassan. Nous
sommes peut-être un peu mieux organisés
que les autres." Au lendemain
de la guerre, le Hezbollah a distribué
des valises de dollars aux réfugiés :
une famille qui a tout perdu dans les
bombardements a aussitôt touché 10.000
à 12.000 dollars pour se reloger. De
l'argent iranien, bien sûr. "Ce
n'est pas un secret, indique le député
du Hezbollah. Les autres partis
touchent de l'argent arabe, ou
d'ailleurs. Tous les partis ont créé
leur télévision. Qui paye ?"
Avec
ceux du 14-Mars, le fossé s'élargit. "Avec
la mort d'Hariri, les musulmans sunnites
ont accepté pour la première fois le
modèle d'un Etat démocratique et
civil, dont ils avaient toujours refusé
le concept, explique Youssef Bazzi,
journaliste dans un quotidien proche du
gouvernement. Le 14-Mars est un point
de refondation. Et je suis prêt à
accepter une petite marge de corruption,
intrinsèque à la démocratie, mais je
me refuse, sous la bannière de la lutte
contre la corruption, à aligner le
Liban sur le Hezbollah, qui nous entraîne
dans une guerre intenable avec Israël."
D'autant que le soutien du Hezbollah
aux déshérités a un coût. Rana, l'étudiante,
a été l'une des premières à
s'occuper des réfugiés, en juillet. "Il
y avait un gamin de 5 ans puni parce
qu'il avait chanté, un ado de 12 ans
qui ne me saluait pas parce que j'étais
une fille. C'est une culture de la mort.
Des filles de mon âge rêvent que leur
fils meure un jour en martyr. Le
Hezbollah leur a donné un peu de dignité,
mais on voit à quel prix."
Si
le parti pèse lourd chez les chiites,
c'est surtout parce qu'il incarne
"la résistance" à Israël.
Pour le reste, on croise dans la rue
chiite toutes les variantes de voiles,
du tchador iranien au foulard de couleur
porté avec un jean moulant. Les chiites
eux-mêmes ne sont pas les derniers à
boire un coup et comptent un nombre
remarquable d'intellectuels et une forte
proportion d'incroyants. "Et
pourtant, le fait d'être né dans une
famille a une influence sur le
comportement, analyse Franck
Mermier, le directeur de l'Institut français
du Proche-Orient. Même si on refuse
l'appartenance confessionnelle, elle
reste un marqueur, ne serait-ce que dans
le regard des autres." L'opposition,
autour du Hezbollah et des chrétiens du
général Aoun, compte en tout cas
autant de carpes que de lapins : un
parti pro-syrien (le Parti social
nationaliste syrien), aux curieuses
couleurs proches du drapeau nazi, des
ultragauchistes, comme Jihad Daoud, 29
ans, remarquablement élégant dans son
manteau noir et ses lunettes fumées, la
barbe soigneusement taillée à la
Trotski - sans doute par erreur. Il est
ouvrier boulanger, se définit comme "prolétaire"
et dort depuis le 1er décembre sous une
des tentes qui bloquent le centre-ville
en essayant de garder le pli de son
pantalon. Ses modèles restent la
Bolivie de Morales, le Venezuela de
Chavez, Cuba, bien sûr, et l'austère
Corée du Nord.
Ils
sont 12.000 le week-end, assure un
organisateur proche du général Aoun,
et 6.000 à dormir là tous les soirs.
Il faut probablement diviser le chiffre
par dix, mais il y a du monde. Des
marchands ambulants, des loueurs de
narguilés, des marchands de ballons
(chaque parti a sa couleur). On trouve
pour une bouchée de pain un briquet qui
projette le visage sévère d'Hassan
Nasrallah, ou un échantillon de "parfum
de la résistance" - qu'aurait,
dit-on, porté l'imam Khomeiny -
probablement pour écarter les mouches
tant son odeur est puissante. L'ambiance
est bon enfant, en dehors des prêches
incendiaires de la tombée de la nuit.
Le Hezbollah a depuis longtemps renoncé
à vouloir imposer un Etat islamique. "Notre
conviction idéologique, c'est qu'il
faut fonder une République islamique, même
en France, explique Hussein Hajj
Hassan. Mais est-ce que ce serait
possible en France ? Evidemment non, au
Liban non plus, alors ce n'est pas la
peine de se taper la tête contre les
murs."
La majorité et
l'opposition se regardent depuis deux
mois en chiens de faïence.
L'opposition multiplie les
manifestations pour pousser à la démission
le gouvernement, qui fait la sourde
oreille en espérant que le Hezbollah
se gardera d'aller trop loin : il
suffirait de bloquer le port ou l'aéroport
pour que le pays s'écroule. Chacun
sait que l'impasse peut se résoudre
dans un compromis, sauf si une étincelle
met le feu aux poudres. Cela a bien
failli être le cas lors de la journée
de grève générale, mardi 23
janvier, lorsque des émeutes ont fait
3 morts et près de 130 blessés,
parfois par balles, dans tout le pays.
Depuis, les pauvres serrent à nouveau
les dents, les taxis évitent tant
bien que mal dans la rue les
Lamborghini, les cafés se
remplissent, et le frère d'Oussama
Ben Laden, est toujours propriétaire
du Hard Rock Café.
Le
premier ministre libanais, Fouad Siniora,
a rencontré le président français,
Jacques Chirac, à l'Elysée, mercredi
24 janvier, à la veille de l'ouverture
de la conférence internationale sur le
Liban à Paris
La
conferencia de donantes consigue 5.800
millones para Líbano
España
aportará 41 millones de euros de donación
directa
El País, el 25
de enero de 2007
El
presidente de Francia, Jacques Chirac,
ha anunciado hoy que la Conferencia
internacional de Donantes para Líbano
ha conseguido ya contribuciones por un
montante superior a 7.600 millones de dólares
(5.800 millones de euros). Medio
centenar de países y organismos
internacionales están presentes en esta
conferencia, en la que Francia es
anfitriona y que también cuenta con la
participación del primer ministro libanés,
Fuad Siniora. Durante la sesión
matinal, que se ha prolongado durante más
de cuatro horas, una más de lo previsto,
han intervenido la mayor parte de los
jefes de delegación, quienes han ido
anunciando las aportaciones financieras
respectivas. El resultado final de la
conferencia será anunciado por el
propio Chirac en rueda de prensa a última
hora de la tarde.
Los
oradores han dado un mensaje colectivo a
los libaneses que consiste en que este
apoyo financiero servirá para la
reconstrucción y desarrollo del Líbano,
tras el conflicto del verano pasado
entre Israel y la milicia chíi de
Hezbolá, y es una apuesta también por
la estabilidad del país, que vive una
grave crisis política. España donará
a Líbano 41 millones de euros para
ayudar a la reconstrucción del país
hasta 2008, según ha anunciado hoy el
ministro de Asuntos Exteriores y
Cooperación, Miguel Ángel Moratinos,
en el marco de la conferencia de
donantes, según han informado fuentes
de la Dirección General de Comunicación
Exterior.
Dos
muertos en Beirut en enfrentamientos
entre estudiantes pro gubernamentales y
opositores
La
violencia se ha extendido a varios
barrios de la capital y el Ejército
ha establecido un toque de queda hasta
mañana por la mañana. Los
enfrentamientos entre estudiantes pro
gubernamentales y de la oposición que
han estallado hoy en la Universidad Árabe
de Beirut, en el sur de la ciudad, se
han saldado con al menos dos muertos y
35 heridos, según fuentes de
seguridad libanesas. La violencia se
ha extendido a varios barrios de la
capital. Varios coches y autobuses han
sido quemados y columnas de humo se
levantan desde los lugares de los
enfrentamientos. A última hora de la
tarde, el Ejército ha establecido un
toque de queda hasta mañana por la mañana.
Carros de combate del ejército han
salido a las calles para intentar
atajar los disturbios. El Ejército ya
había intervenido antes en la mañana
para separar a los estudiantes
enzarzados en la trifulca, que según
la televisión NBN, del grupo chií
Amal, fue comenzada por "milicias
del gobierno".
Según
varios medios locales, los altercados,
protagonizados por simpatizantes de
los grupos chiíes Amal y Hizbulá y
por la agrupación suní Futuro, se
han reproducido en los barrios de
Tarik Ydeide, Cola, Ciudad Deportiva,
Salim Slem, en el sur y centro de
Beirut, donde están quemando neumáticos.
Ambos grupos han llamado esta tarde a
sus seguidores a la calma y a volver a
sus casas. Las televisiones han
mostrado imágenes de estudiantes lanzándose
piedras junto a la Universidad Árabe
ante la mirada de numerosos soldados
que intentan sin demasiada convicción
interponerse entre ambas facciones. El
presidente del Parlamento libanés,
Nabih Berri, y dirigente del grupo chií
opositor Amal, ha advertido de que si
la situación continúa así en el Líbano
podrían "perder el país".
En un llamamiento retransmitido por el
canal de televisión NBN, Berri ha
pedido a todos que "regresen a
sus trabajos" y ha subrayado que
"es necesario el diálogo y que
estemos tomados de la mano".
Donors in aid boost for
Lebanon
BBC, 25
January 2007
Foreign donors have pledged $7.6bn (£3.5bn)
in aid and loans for Lebanon at a
conference in Paris, French
President Jacques Chirac has said.
The biggest pledges came from Saudi
Arabia, the US, France and the EU.
Lebanon has been struggling to
recover following last summer's
conflict between Hezbollah militants
and Israel. As the donors met,
clashes erupted between students
from rival political factions at a
Beirut University, leaving at least
two dead, reports say. Lebanon has
been rocked by violence and protests
since late last year amid moves by
Hezbollah and its Christian allies
to bring down Prime Minister Fouad
Siniora's government. The BBC's
Laura Trevelyan in Paris says
Lebanon's political instability has
not deterred the international
community from pledging money to
rebuild the damaged country. She
says Lebanon is currently $41bn in
debt and Mr Siniora's fragile
government has had to promise
financial reforms which are
unpopular at home to get some of
this money. But the Paris pledges
will help repair some of the damage
done by last summer's conflict, our
correspondent adds.
The Paris forum came against a
backdrop of violence in Lebanon:
- Clashes erupted as troops
tried to break up fighting
between students for and against
the government at Beirut Arab
University. One student was shot
dead and several were injured.
- Lebanese soldiers and Islamist
gunmen exchanged fire near Ain
el-Helweh Palestinian refugee
camp in southern Lebanon. At
least one soldier and two
civilians were hurt.
- In Tripoli, northern Lebanon,
government loyalists and
opposition followers exchanged
fire after the funeral of a man
killed in protests in the city a
day earlier, wounding at least
one person.
'Brink of recession'
In Paris, Mr Chirac told
delegates he was "overjoyed"
at the amount pledged, eliciting
loud applause. Mr Siniora said he
was "really pleased" with
the level of financial support.
Earlier, the prime minister thanked
the participants from some 40
countries. "Your support to our
medium-term programme in the form of
contributions and loans at
concessionary rates with
considerable front-loading that
extends over the programme's
duration is what is needed," he
said. "Failure to achieve the
programme's objectives could well
jeopardise the broader goals of
political and social stability and a
strong democratic system." He
said Lebanon, which had been on the
path to economic recovery before the
Israel-Hezbollah conflict, was
"now on the verge of a deep
recession". President Chirac
said Lebanon was being reborn from
the ashes and needed the
international community's support.
"We know that financial
stability is essential for political
stability in Lebanon and so
controlling the debt levels which
after the hostilities of last year
amounted to 180% of the entire
national wealth is the first and
most urgent task to be tackled,"
he said.
France has offered to lend
Lebanon $650m at a concessionary
rate, while the European Union is
promising another $520m in new aid
and loans. US Secretary of State
Condoleezza Rice confirmed the
promise of a new $770m aid package
(to be approved by the US Congress),
saying the pledge would bring the
level of US aid to Lebanon since
last summer to more than $1bn. Saudi
Arabia pledged an additional $1.1bn
in aid ($1bn in development funding
and an extra $100m gift to the
government), while the World Bank
and the European Investment Bank
announced more than $2bn in aid. The
amount pledged on Thursday eclipses
the $4.2bn offered at a previous
donors' conference for Lebanon in
Paris in 2002. Large parts of
Lebanon's infrastructure were
destroyed during Israel's attempt to
wipe out Hezbollah last year, after
Hezbollah militants killed a number
of Israeli troops and kidnapped two
others. The country is also heavily
indebted from the effects of 15
years of civil war in the 1970s and
80s.
Beirut under curfew after
clashes
The Lebanese army has imposed a
dusk-to-dawn curfew in the capital,
Beirut, after clashes between students
from rival political factions. Two
people were reported to have been
killed and at least 20 others injured.
It comes two days after three people
died in clashes amid a general strike
called by the militant Hezbollah
group. In Paris, foreign donors
pledged $7.6bn (£3.5bn) to help
Lebanon recover from last year's
conflict between Hezbollah and Israel
and a huge public debt. The biggest
pledges came from Saudi Arabia, the
US, France and the EU. Lebanese Prime
Minister Fouad Siniora, who attended
the conference, said he was "really
pleased with the level of financial
support". However, the BBC's
Caroline Wyatt in Paris says the
Lebanese government had to promise to
implement potentially unpopular
economic reforms, which could create
further difficulties with the
Hezbollah-led opposition.
Campus brawl
The latest violence started as a
row between Sunni supporters of the
government and Shia opponents at
Beirut's Arab University but it flared
rapidly from a student fist fight to
violent clashes between local
supporters of the two sides.
Club-wielding students hurled rocks
and other missiles at each other as
fighting spread across the capital.
Television pictures showed youths
moving through the streets,
brandishing makeshift weapons and
vandalising cars. As the row escalated
supporters of the Shia Hezbollah
movement called in help, and residents
from the local Sunni neighbourhood
also joined in. Armoured vehicles full
of soldiers moved in, firing shots in
to the air, trying to keep the two
groups apart. The clashes erupted in a
volatile area where the mainly Sunni
population overlaps with Shia
neighbourhoods.
Gunfire continued to echo in the
area after nightfall but police later
said order had been restored. The
clashes reinforced fears raised by the
general strike on Tuesday that a major
flare-up of civil strife could break
out if urgent action is not taken to
defuse the explosive political
situation, reports the BBC's Jim Muir
in Beirut. Hezbollah, which is backed
by Syria and Iran, has led mass
demonstrations and strike action since
the beginning of December to try to
force Mr Siniora's pro-Western
government to resign.
Les
promesses d'aide au Liban atteignent 7,6
milliards de dollars
Les dons et
les prêts, notamment de la Banque
mondiale, des Etats-Unis ou de l'Arabie
Saoudite, dépassent les espérances de
Beyrouth
paru
dans le Nouvel Observateur le 25 janvier
2007
L'aide
totale récoltée pour la reconstruction
du Liban à la conférence de Paris est
supérieure à 7,6 milliards de dollars,
a annoncé jeudi 25 janvier Jacques
Chirac. "Le montant de la collecte
faite au profit du Liban s'élève à un
peu plus de sept milliards 600 millions
de dollars américains", a déclaré
le président français. La Banque
mondiale et la Banque européenne
d'investissement (BEI) vont octroyer
respectivement 1 milliard de dollars
(769 millions d'euros) et 1,25 milliard
de dollars (960 millions d'euros) d'aide
au Liban, ont-elles annoncé lors de la
conférence internationale de Paris
jeudi.
Le gouvernement de Siniora
complimenté
Lors d'une intervention au début de la
conférence, le président de la Banque
mondiale, Paul Wolfowitz, a annoncé une
aide d'environ 1 milliard de dollars au
Liban, dont 400 millions (307 millions
d'euros) pour soutenir la mise en oeuvre
de programmes gouvernementaux. Ces fonds
seront disponibles dès cette année.
Paul Wolfowitz a complimenté le
programme du gouvernement Siniora, qui a
déjà reçu le soutien du Fonds monétaire
international (FMI). "Il s'agit
d'un effort extraordinaire de la part de
la Banque mondiale", a-t-il salué. Par
ailleurs, la BEI a annoncé une aide de
960 millions d'euros (1,25 md de
dollars) au Liban. Le Fonds islamique de
développement (FID) accorde pour sa
part une aide de 250 millions de dollars
(192 millions d'euros). A la mi-journée,
le Liban avait engrangé plus de 5
milliards de dollars de promesses
d'aide, soit plus que ce qu'il
escomptait.
Pays
ruiné par la guerre
Cette
conférence internationale, destinée à
mobiliser une importante aide financière
pour le Liban et à conforter le
gouvernement pro-occidental de Fouad
Siniora, a débuté jeudi matin. Les représentants
d'une quarantaine de pays et
d'institutions internationales se
retrouvent pour une conférence d'aide à
un Liban ruiné par la guerre de cet été
entre Israël et le Hezbollah. Le Premier
ministre libanais, Fouad Siniora, la secrétaire
d'Etat américaine, Condoleezza Rice, et
le nouveau secrétaire général des
Nations unies, Ban Ki-Moon, assistent à
cette réunion, dite "Paris III",
au chevet du pays de 4,5 millions
d'habitants étranglé par une dette de 41
milliards de dollars. De hauts représentants
de la Banque mondiale, du Fonds monétaire
international, le secrétaire général de
la Ligue arabe, Amr Moussa, et le président
de la Commission européenne, José Manuel
Barroso, participent également aux
discussions.
La France apporte 500 millions
d'euros
La France a mis sur la table 500
millions d'euros sous forme de prêts
"à des conditions très
avantageuses". L'Union européenne a
annoncé une aide supplémentaire de 400
millions d'euros. Le ministre saoudien des
Affaires étrangères, le prince Saoud
al-Fayçal ben Abdulaziz al-Saoud, a battu
tous les records en annonçant le
versement d'1 milliard de dollars. Le président
de la Commission européenne, José Manuel
Barroso, a de son côté fait état d'un
versement de 500 millions d'euros sous
forme de subventions et de prêts dans le
cadre de la conférence internationale de
soutien au Liban au centre international
de conférences à Paris.
Réduire la
dette
Au
total, le Liban espérait obtenir 7,6
milliards de dollars, soit une
enveloppe supérieure à celle obtenue
lors de la conférence Paris II, fin 2002,
où 4,2 milliards avaient été promis. Avec
cet argent, Fouad Siniora compte réduire
la dette - en la faisant passer de 180% à
144% du PIB en 2011 - et mener à bien des
réformes parmi lesquelles figurent le relèvement
de la TVA et la privatisation du secteur
de la téléphonie mobile. Le programme économique
adopté par le cabinet libanais début
janvier prévoit aussi l'élimination du déficit
budgétaire en cinq ans, des initiatives
pour attirer les investisseurs étrangers
et des mesures pour renforcer le système
de sécurité sociale et réformer
l'administration. De leur côté, les
Etats-Unis se sont engagés à accorder au
Liban une aide de 770 millions de dollars
(594 millions d'euros), pour reconstruire
le pays et renforcer le Premier ministre
Fouad Siniora, a annoncé mercredi à
Paris la secrétaire d'Etat américaine
Condoleezza Rice.
"Descendre
dans la rue ne peut qu'aggraver la
situation"
La
conférence survient à un moment critique
pour le gouvernement libanais, confronté
à une fronde de l'opposition. Le
Hezbollah, son allié chiite Amal et le
courant chrétien de l'ancien Premier
ministre Michel Aoun ont lancé une grève
générale, qui a paralysé le pays mardi,
pour obtenir le départ de Fouad Siniora
et des élections anticipées. Des
affrontements ont fait trois morts et plus
de 130 blessés. Le Premier ministre
libanais a répété à Paris que son
gouvernement "légitime" était
soutenu par "une majorité de
Libanais". "Nous savons que le
dialogue est le seul moyen et la clé pour
parvenir à des résultats", a-t-il
dit, mercredi, après un déjeuner avec
Jacques Chirac à l'Elysée.
"Descendre dans la rue ne peut
qu'aggraver la situation, accroître les
tensions", a-t-il estimé, émettant
le souhait déjà exprimé par son hôte
français que les troubles au pays du Cèdre
ne freinent pas l'élan de générosité
des pays donateurs.
"Le coût
de l'inaction"
"Sans
aucun doute, la communauté internationale
et tous ceux qui aiment le Liban et qui
souhaitent le bien au Liban souffrent de
ce qui s'est passé hier", a-t-il
dit, ajoutant, à l'instar de Jacques
Chirac, que "le coût de l'inaction
serait bien supérieur à
l'engagement" aux côtés du Liban.
La réunion de Paris vise à prolonger les
efforts consentis lors de la conférence
du 31 août 2006 à Stockholm, où 980
millions de dollars avaient été promis
au Liban pour se reconstruire dans
l'urgence après la guerre de cet été.
Dans la délégation française, on émet
le souhait que Paris III crée une
dynamique à même de favoriser une
stabilisation dans la région. "Un
Liban en bonne santé économique profite
non seulement aux Libanais mais aussi à
la Syrie et à tout le
Proche-Orient", fait remarquer un
diplomate français. En marge de la conférence,
Jacques Chirac doit s'entretenir jeudi à
18h00 avec Condoleezza Rice, et avec Ban
Ki-Moon vendredi matin à l'Elysée.
Nouvelles
violences à Beyrouth
La spirale
de la violence se poursuit au Liban.
Deux jours après la grève générale
organisée par l'opposition contre le
gouvernement, des heurts ont éclaté
dans plusieurs quartiers de Beyrouth,
jeudi 25 janvier, entre partisans des
deux camps. Deux personnes ont été
tuées et une vingtaine d'autres blessées,
selon des sources hospitalières. Les
bagarres ont débuté en début d'après-midi
entre plusieurs dizaines d'étudiants
pro et anti-gouvernementaux, dans le
quartier de l'Université arabe de
Beyrouth. A coups de pierres et de bâtons,
les partisans du Courant du futur, un
parti membre de la majorité
parlementaire anti-syrienne, ont affronté
des étudiants chiites du Hezbollah et
du mouvement Amal. Les affrontements se
sont ensuite étendus du campus à la
rue. Des pneus et des voitures ont été
enflammés pour bloquer la circulation.
Pour séparer les partisans des deux
camps, l'armée a tiré en l'air et
bouclé le quartier. Un couvre-feu, le
premier du genre depuis mai 1973, a été
instauré par l'armée libanaise dans le
département de Beyrouth, entrant en
vigueur le jeudi à 20h30, jusqu'au
vendredi à 6h (locales).
Trois morts mardi à Beyrouth
Mardi, des bagarres similaires avaient
eu lieu dans ce même quartier de
Beyrouth, où cohabitent sunnites et
chiites, lors de la journée de grève générale
organisée par l'opposition libanaise,
qui réclame la démission du Premier
ministre Fouad Siniora. Ces incidents
avaient éclaté lorsque des partisans
du gouvernement avaient tenté de dégager
la chaussée, bloquée par des incendies
allumés par les partisans de
l'opposition. Ces heurts ont fait trois
morts et plus de 170 blessés mardi,
mais le mot d'ordre de grève a été
suspendu dans la soirée.
Blessés à Tripoli
D'autres affrontements ont eu lieu
mercredi à Tripoli, dans le nord du
pays. Les heurts ont éclaté lors des
funérailles d'un des deux hommes tués
la veille, selon des témoins. Alors
qu'environ 2.000 partisans du
gouvernement se dirigeaient vers le
cimetière du quartier sunnite Tabbaneh,
certains ont tiré en l'air avec des
fusils automatiques, signe de deuil
traditionnel. Des hommes armés qui se
trouvaient sur une colline dans le
quartier rival de Jabal Mohsen, fief du
mouvement alaouite, ont ouvert le feu
sur la foule, provoquant la panique. Une
fusillade a suivi, selon des témoins et
des responsables de la sécurité. Deux
personnes ont été blessées aux
jambes, selon la police. Les commerces
ont rapidement baissé leurs rideaux et
les habitants se sont mis à l'abri. Les
tirs se sont calmés une demi-heure plus
tard.
La
secrétaire d'Etat américaine,
Condoleezza Rice, aux côtés du premier
ministre
libanais,
Fouad
Siniora, jeudi matin à Paris
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