par
Jacqueline
Amidi
in
www.effedieffe.com,
21-9-2006
www.effedieffe.com/interventizeta.php?id=1440¶metro=esteri
L'auteur
est libanaise-arménienne habitant à
Rome. Lire
également du même auteur sur notre site :
"Liban,
le fief de la Vierge" Religion N.7
Qui
sait si le slogan fanfaron «guerre
de l’occident contre la barbarie» est
déjà révolu? Qui sait si la «redéfinition
géopolitique du Moyen-Orient»
est encore au programme du jour? Qui sait
si les usraéliens «drogués
de guerre»
et l’occident «judéomane»
profitent de la trêve pour orchestrer une
nouvelle guerre «globale»
et se mobilisent pour un autre «round»?
Ce
qui est certain c’est que la dernière
guerre qu’a subie le Liban a changé la
donne et brouillé les cartes.
Israël
n’avait pas calculé une surprise: le
facteur humain. Il croyait dominer la
situation aérienne, navale et terrestre,
mais ce fut «la
faillite militaire israélienne la plus
importante et éclatante»,
selon Ilan Pappe .
Comme
tous ceux qui jusqu’ici avaient organisé
la chute du Liban, croyant en finir en peu
de jours, ils ont été eus. Ils ont eu à
faire à de farouches combattants de telle
efficacité à causer l’échec de tous
les plans de l’agresseur.
Suite
aux déboires militaires de Tsahal,
c’est l’équilibre même interne
d’Israël qui est train de se briser: la
crise s’installe clairement et
ouvertement au sein du gouvernement et de
l’État-major israéliens, qui se
lancent sans réserve des critiques amères
et scandaleuses.
C’est
l’immense fiasco:
«Le
lendemain de la guerre sera le Jour des
Longs Couteaux. Chacun accusera chacun.
Les hommes politiques s’accuseront les
uns les autres. Les généraux
s’accuseront les uns les autres,
les hommes politiques accuseront les généraux.
Et,
surtout,
les généraux accuseront les hommes
politiques.
[...]
Les
accusations réciproques sont tout à fait
justes. Cette guerre est une suite d’échecs
militaires - dans les airs,
sur terre et sur mer. Ces échecs ont
leurs racines dans la terrible arrogance
dans laquelle nous avons été élevés et
qui est devenue partie intégrante de
notre caractère national. Cette arrogance
est encore plus typique dans l’armée et
elle atteint son summum dans les forces aériennes.
Pendant des années,
nous nous sommes dit que nous avions
l’armée la meilleure,
meilleure,
meilleure du monde. Nous en avons
convaincu non seulement nous-mêmes,
mais aussi Bush et le monde entier. Après
tout,
nous avions remporté une extraordinaire
victoire en six jours en 1967. Résultat,
cette fois-ci,
quand l’armée n’a pas remporté une
énorme victoire en six jours,
tout le monde est abasourdi. Pourquoi,
que s’est-il passé?.
[...]
Mais
au-delà de l’arrogance et du mépris
pour l’adversaire,
il y a un problème militaire fondamental:
il est tout simplement impossible de
gagner contre une guérilla.
[...] Dieu
seul sait ce qui a donné aux généraux
d’aujourd’hui la conviction injustifiée
qu’ils gagneraient là où leurs prédécesseurs
avaient si lamentablement échoué. Et
surtout: même la meilleure armée du
monde ne peut pas gagner une guerre qui
n’a pas d’objectifs clairs. Karl von
Clausewitz,
le gourou de la science militaire,
a déclaré que “la guerre n’est
rien d’autre que la continuation de la
politique par d’autres moyens”. Olmert
et Peretz,
deux parfaits dilettantes,
ont transformé cette phrase en: “la
guerre n’est rien d’autre que la
continuation par d’autres moyens de
l’absence de politique”.
[...]
Mais
Olmert et Peretz [...]
Néophytes
en matière de guerre,
ils ne savaient pas [...] que
dans la guerre l’imprévu doit être prévu,
que rien n’est plus temporaire que la
gloire militaire. Ils étaient enivrés
par la popularité de la guerre,
incités par une bande de journalistes
serviles,
égarés par leur propre gloire de chefs
de guerre.
Olmert
était stimulé par ses propres discours
incroyablement pompiers,
qu’il répétait devant ses courtisans.
Peretz,
paraît-il,
se mettait devant une glace,
et se voyait déjà prochain Premier
ministre,
Monsieur Sécurité,
un second Ben Gourion. Et alors,
comme deux idiots du village,
au son des tambours et des trompettes,
ils ont pris la tête de leur Marche de la
Folie,
tout droit vers un échec politique et
militaire. Il est probable qu’ils le
paieront après la guerre. [...] La
conclusion qui s’impose est: chasser
Olmert,
envoyer Peretz faire ses bagages et virer
Halutz.
Pour
s’engager dans une nouvelle voie,
la seule qui résoudra le problème,
il faut des négociations et la paix avec
les Palestiniens,
les Libanais,
les Syriens. Et avec Hamas et Hezbollah.
Parce
que ce n’est qu’avec ses ennemis que
l’on fait la paix».
La
politique du type: «Ou
tu es avec moi ou tu es extrémiste,
intégriste,
terroriste,
fasciste,
nazi et antisémite»(!),
ou encore: «Moi
je frappe,
moi je tue, si tu n’obéis pas»,
eh bien cette politique vient de recevoir
son premier coup de massue tant attendu,
grâce à la défense totalement
surprenante et fantastique des résistants
du Hezbollah. Au Liban ils font figure des
Sept
samouraï qui
ont su finalement défendre les “déshérités”
des réguliers pillages et crimes des
truands et criminels.
Sur
le terrain, le Liban devait ponctuellement
subir une invasion soit israélienne soit
syrienne (toujours avec le feu vert étasunien),
en sortir avec des dégâts de plus en
plus insurmontables et beaucoup de morts.
Et à peine à nouveau debout (ça ne rate
jamais!), sans pitié, tour à tour, Israël
ou Syrie se remettent au carnage et à la
dévastation.
Comment
alors peut-on ne pas avoir de sympathie et
ne pas exprimer la reconnaissance aux résistants?
Ils représentent un «rempart
contre Israël»[].
Ils ont rendu justice et honneur à tous
les Libanais, toute communauté confondue.
Et tous les soutiennent.
Quelle
armée hésiterait à avoir dans ses rangs
de tels combattants? Même Israël les
envierait et les convoiterait.
Mais
il n’est pas encore venu le temps de
crier haut la victoire.
Le
Liban a deux voisins très avides et
ripailleurs: Israël et Syrie, chacun veut
son butin. À moins d’un changement
prodigieux.
1.
Qui sont les ennemis du Liban?
Ce
tout petit pays, qui pas même une fois de
son histoire n’a agressé aucun pays
voisin, s’est toujours trouvé dans
l’obligation de se défendre des
attaques d’autrui. À chaque tranche
d’histoire ses ennemis. Les ennemis du
jour sont: Israël, États-Unis, Syrie et
réfugiés palestiniens au Liban.
Nous
arriverons plus tard aux traîtres.
A.
Israël
«Si
les Israéliens ne veulent pas être accusés
de nazis,
ils
doivent simplement cesser de se comporter
en nazis»
(Norman
Finkelstein).

Dès
avant sa création en 1948, les fondateurs
d’Israël avaient leurs projets pour un
grand “Royaume d’Israël”, déjà
dessinant le remodelage du Moyen-Orient.
Pour eux, il fallait mettre la main sur
les deux “sources de vie” principales
du Moyen-Orient: le pétrole et l’eau.
D’où
l’acharnement des sionistes à diviser,
coûte que coûte, et démanteler tous les
États de la région, afin de les
affaiblir et s’accaparer de leurs matières
premières si convoitées.
Au
Liban, nous n’avons pas de pétrole.
Mais nous sommes riches en eau, notre “pétrole
blanc”. On comprend alors pourquoi Israël
ne laisse jamais en paix le sud du Liban,
et pourquoi durant cette dernière guerre
de juillet-août il insistait pour arriver
au Litani. La guerre d’Israël contre le
Liban a été et sera toujours la guerre
de l’eau aussi.
Pour
Israël, écrit Christian Chesnot,
il faut à tout prix redessiner les frontières
de la terre du «Grand
Israël»: «Dans
un rapport datant de 1941,
Ben Gourion revient sur l’importance des
eaux du Liban-sud pour le futur État
d’Israël: “Nous devons nous rappeler
que pour parvenir à enraciner l’État
juif, il faudra que les eaux du Jourdain
et du Litani soient comprises à l’intérieur
de nos frontières”.
Pourtant,
historiquement,
le Litani a toujours été inclus dans les
frontières internationalement reconnues
de l’État libanais,
ce qui en fait par là même une voie
d’eau exclusivement libanaise. Mais les
dirigeants israéliens n’ont jamais
abandonné l’idée de pouvoir utiliser
un jour à leur compte une partie des eaux
du Litani et de ses affluents.
“Le
Liban est une erreur historique et géographique”,
aimait à rappeler Moshe Arens, ancien
ministre de la défense israélien. Dès
sa fondation, Israël a considéré le
Liban et plus spécialement sa partie méridionale
comme une de ses sphères naturelles
d’influence sur laquelle il se réservait
le droit d’intervenir militairement ou
non. “Lors de la première guerre israélo-arabe,
l’État juif ‘grignote’ de manière
insignifiante son voisin du nord en
s’emparant de quatre villages qu’il
restitue avant de conclure l’accord
d’armistice signé à Ras el Naqoura le
23 mars 1949, qui prévoyait la mise en
place d’une commission mixte et de six
postes d’observation en territoire
libanais”.
L’accord
d’armistice entre les deux États fixe
alors comme ligne de démarcation la
frontière de 1920 entre le Liban et la
Palestine. Ce statu quo territorial fut
toujours contesté plus ou moins
ouvertement par l’État hébreu.
D’un
point de vue stratégique,
Israël considère le Liban comme le
“maillon faible”du monde arabe,
pour reprendre l’expression de Ben
Gourion. Sa déstabilisation pourrait
servir les intérêts de l’État hébreu
qui,
un temps,
souhaita l’émergence de mini-États
confessionnels au Proche-Orient. Moshe
Dayan et Ben Gourion tentèrent dans cette
optique de susciter un mouvement séparatiste
maronite. Dans les années cinquante,
les dirigeants israéliens imaginèrent
ainsi la création d’un Liban chrétien
qui lui serait inféodé,
comme le rappelle dans son journal Moshe
Sharett: “Selon lui [Moshe Dayan,
chef d’état-major de Tsahal (ndlr)], il
serait seulement nécessaire de trouver un
officier, fût-ce un simple major. Nous
pourrions gagner sa sympathie ou
l’acheter pour l’inciter à se
proclamer sauveur des maronites. Alors,
l’armée israélienne entrerait au
Liban, occuperait le territoire nécessaire
et installerait un régime chrétien qui
s’allierait à Israël. Les territoires
au sud du Litani seraient totalement annexés
par Israël et tout irait pour le mieux”».
«Le
mouvement sioniste –
écrit Gilles Munier
– n’a
jamais accepté le partage du
Proche-Orient effectué par la
Grande-Bretagne et la France au lendemain
de la Première guerre mondiale. La déclaration
Balfour de 1917 promettant la création
d’un “foyer
national pour le peuple juif” en
Palestine,
ne suffisait pas. Les dirigeants sionistes
voulaient en dessiner la carte. Ils réclamaient
les deux rives du Jourdain,
sa source,
et le Litani. Le 29 décembre 1919,
Haïm Weizmann – Président
de l’Organisation sioniste mondiale –
demanda à Lloyd George,
Premier ministre britannique,
que le futur État “englobe
la vallée du Litani sur une distance de
près de 25 miles – soit environ 40 km
– en amont du coude, ainsi que les
flancs ouest et sud du Mont Hermon”. [...]
En
1940,
Yossef Weitz,
directeur du Fond
national juif,
écrivait: “Il
faut expliquer à Roosevelt, et à tous
les chefs d’États amis, que la terre
d’Israël n’est pas trop petite si
tous les Arabes s’en vont, et si les
frontières sont un peu repoussées vers
le nord, le long du Litani, et vers
l’est, sur les hauteurs du Golan”.
[...]
Les
premières agressions du sud du Liban
eurent lieu dès 1948. La Haganah – ancêtre
de Tsahal – occupa plusieurs
villages du Djebel Amel,
massacrant une centaine d’habitants. De
1949 à 1964,
on dénombra 140 agressions israéliennes
dans cette région,
plus de 3000 entre 1968 à 1974!.
Pour
les politiciens israéliens – d’extrême
droite ou travaillistes – la
guerre israélo-arabe de 1948 ne sera
terminée – au
nord – qu’après la prise du
Litani. Dans l’esprit de David Ben
Gourion,
les frontières du Grand Israël – Eretz
Israël
[Terre d’Israël] –
étaient toutes provisoires. [...] Concernant
le Liban,
on lit dans son Journal,
à la date du 21 mai 1948: “La
suprématie musulmane dans ce pays est
artificielle, et peut aisément être
renversée; un Etat chrétien doit être
instauré dans ce pays. Sa frontière sud
serait le fleuve Litani”».
Il
est clair que tant qu’Israël n’aura
pas instauré son “Ordre Nouveau” au
Liban, ces projets de guerre se perpétreront
jusqu’au détournement de notre eau,
envahissant la terre libanaise avec une ou
d’autres “Opération Litani”, nom
qu’Israël avait donné à la grande
invasion du Liban du 14 mars 1978.
Toutes
les opérations d’Israël contre le
Liban ont été vouées à l’échec.
Comme par une «malédiction»
ou un «maléfice»,
selon nos agresseurs superstitieux.
Il
va de soi, pour défendre notre Liban
agressé il y avait infiniment mieux et
infiniment plus. Il y avait et il y a la
prière et l’amour de tout notre peuple,
le combat indomptable de nos frères
chiites, la muraille de sang de toutes nos
victimes innocentes, le secours céleste
de nos morts, la garde redoutable de nos
saints, et, plus haut, la protection
souveraine de la Vierge et l’abri divin
de la croix du Sauveur. C’étaient pour
nous, les Libanais agressés, les «bénédictions
du ciel» et les «miracles
libanais», depuis toujours.
Les
fermes libanaises de Chebaa, occupées par
Israël aujourd’hui, richissimes en eau,
ne lui suffiraient pas. Il lui faut donc
encore grignoter du Liban pour se désaltérer,
ce voisin sans cesse assoiffé, d’eau et
de sang.
À
souligner aussi que cet acharnement à
essayer de créer à tout prix ce prétendu
État chrétien n’est absolument pas mû
par je ne sais quel amour ou amitié
envers les chrétiens libanais. Ces “chrétiens”
leur auraient servi uniquement en tant
qu’instrument de haine et de guerre,
contre toutes les autres communautés et
enfin contre les chrétiens mêmes, écrasés
dans cette meule de guerre, de
destructions et de sang.
Les
“clients” chrétiens de ces desseins,
Israël les a trouvés au Liban. Mais
jusqu’à maintenant leur but n’a pas
encore été atteint, malgré l’aide
directe du Mossad sur le territoire
libanais!
Il
ne sera pas inopportun un jour de rappeler
publiquement certains faits et certaines vérités
amères sur les responsabilités et les
responsables, anciens et actuels, vivants
et morts («La
mort n’est pas une excuse!», suggérait
Léon Bloy) de nos gangrènes. Car encore
aujourd’hui le Liban paye pour les
silences qui ont duré si longtemps et qui
continuent à nous
engouffrer dans l’aveuglement et dans la
détresse. Un peuple à qui on fait l’économie
de la vérité, sera vite réduit à se
faire l’économie de la confiance et de
l’espoir.
Mais
une autre guerre est voulue par Israël au
détriment du Liban, à part la guerre de
l’eau: le sabotage de l’économie
libanaise. Le système économique prospère
dont a toujours joui le Liban dans la région
déplaît à Israël, autant qu’à la
Syrie d’ailleurs: les deux profitent
largement de chaque situation de guerre au
Liban.
Le
Liban, carrefour de trois continents et
seuil des civilisations, des cultures et
des marchés du Levant, bénéficiait
toujours, malgré les guerres, d’une réussite
économique sans rival. Et cela pour le
climat de confiance qui attirait les
investissements et l’afflux
d’importants capitaux privés provenant
de l’étranger. Le secteur bancaire
montrait une solidité extraordinaire. Le
Liban représentait donc, jusqu’à la
veille de cette dernière agression israélienne,
la première place financière et
commerciale et le principal centre
d’affaires pour l’ensemble des pays du
Moyen-Orient, rôle dans lequel aucune des
autres places régionales n’avait pu le
substituer. C’est tout cela aussi,
qu’Israël a voulu détruire.
Et
pourtant le Libanais est reconnu pour son
rapide redressement. Israël ne pourra pas
démolir aussi l’âme libanaise.
B.
Les États-Unis
«L’Oncle
Sam est en train de rédiger un scénario
pour
un occident terrifiant de bons contre les
méchants... jusqu’à
la mort»
(Gideon
Samet, Haaretz)

Aux
États-Unis ce n’est pas Bush ou son
Administration qui gouverne, mais les néoconservateurs,
ou néocons, une bande d’experts et
stratèges, appelés aussi «les
faucons», qui conduisent
tranquillement la politique étasunienne,
dépoussiérant périodiquement, depuis
une trentaine d’années, le vieux plan
sioniste du remodelage du Moyen-Orient, en
faveur d’Israël ça va de soi.
À
titre d’exemple, voici un néocon:
Elliott Abrams, juif, tenant des propos
assez curieux concernant l’identité
religieuse et nationale des juifs américains.
Abrams
– écrit Tom Barry – soutient que «les
Juifs ne devraient pas donner de
rendez-vous amoureux ou aller à l’école
primaire avec des non-juifs».
Selon Abrams «En
dehors de la terre d’Israël,
les Juifs qui croient en l’Alliance passée
entre Dieu et Abraham,
doivent sans aucun doute se tenir à l’écart
de la nation dans laquelle ils vivent.
C’est la nature même de la judaïté de
se tenir à l’écart – sauf en Israël
– du reste de la population», et «
il insiste sur le fait que les Juifs
doivent être loyaux envers Israël parce
qu’ils “sont dans une alliance entre
Dieu,
la terre d’Israël et son peuple. Leur
engagement ne faiblira pas,
même si le gouvernement israélien
poursuit des politiques impopulaires».
Voilà
donc un échantillon de cette caste de néocons,
dont sont épris les Bush, Rice, Cheney et
Rumsfeld. Des personnages appartenant à
une idéologie de cette catégorie, prêchant
sans pudeur l’instigation à la haine
raciale, ces farouches xénophobes se sont
donc octroyé le droit de mettre les mains
sur le Moyen-Orient entier! Et Bush et son
administration devaient embrasser les
opinions des néocons dans le souci de
porter aux pays moyen-orientaux la liberté
et la “démocratie”,
«[...]
un
Proche-Orient où Israël sera bien moins
en sécurité et où les Etats-Unis seront
encore plus haïs»?
Car la paix par la force, la pax
americana, est une grande illusion de Terminator
à la Arnold Schwarzenegger
(aujourd’hui gouverneur de la Californie
et fan de la politique actuelle de
l’administration Bush).
Qui
sont les néoconservateurs? Des adeptes du
gourou Léo Strauss.
Léo
Strauss, «émigré
juif allemand,
est la source directe», écrit
Emmanuel Ratier, «de
la doctrine politique de la Maison
Blanche. Diffusant un enseignement public,
il sélectionnait surtout ses étudiants
les plus ambitieux pour leur délivrer un
enseignement secret,
qu’il appelait “le Royaume secret”.
Une méthode de gouvernement fondée sur
la manipulation perpétuelle des masses.
Ses disciples,
les néoconservateurs sionistes,
ont obtenu tous les pouvoirs avec George
Bush». «Pourtant nul plus que lui n’a
donné au néoonservatisme (qui n’a
strictement rien à voir avec le
conservatisme américain classique) ses
traits particuliers: sentiment de la crise,
[...] rejet
du pluralisme,
appréhension du nihilisme,
[...] fondamentalisme
religieux,
rôle majeur d’Israël dans le concert
des nations etc.». «Autrement dit,
il n’existe aucune moralité,
ni bien ni mal,
et que l’histoire humaine est
insignifiante face à l’univers. Et que,
pour faire marcher l’humanité,
il faut faire croire à l’existence
d’un “père fouettard” cosmique».
Des
idéologues néocons donc qui gèrent leur
“croisade pour la démocratie” au
Moyen-Orient et
qui détiennent les directions de la
politique étrangère des États-Unis pour
un «Nouveau
Moyen-Orient», dont le centre serait
évidemment Israël (à propos, le Liban
est déjà, depuis plus de soixante ans,
une république authentiquement libre, ou “démocratique”:
nous n’avions pas besoin d’une guerre
pour nous le faire comprendre!).
Les
appels harcelants de Bush pour la «révolution
démocratique globale» et sa
politique de «pouvoir
par la force» sont d’inspiration
exclusivement néoconservatrice.
Le
journaliste allemand Jürgen Elsässer
donne une belle définition de Bush: «On
peut voir que Bush est l’otage de son
entourage. Et,
comme il n’est pas très intelligent,
il n’est pas en mesure de prendre les décisions,
et doit suivre les idées de son entourage».
Et sur les néoconservateurs il
ajoute: «Mais
les néoconservateurs sont fous,
ils veulent faire la Troisième Guerre
mondiale contre tous les Arabes et tous
les musulmans». «Oui,
il y a un double gouvernement qui échappe
au contrôle de Bush. Ce sont des néoconservateurs,
comme Cheney,
Rumsfeld,
Wolfowitz,
Perle,
des gens liés au pétrole et aux
industries militaires. Le chaos global est
dans l’intérêt de l’industrie
militaire: quand il y a le chaos dans le
monde entier,
on peut vendre des armes et le pétrole
plus cher».
C’est
uniquement l’agressivité de l’école
néoconservatrice qui détermine ce qui se
passe actuellement au Moyen-Orient, et ce
sont eux, les néocons, qui font une
pression violente sur le gouvernement américain
afin que toute guerre engagée dans la région
soit exclusivement en faveur d’Israël.
Depuis trois décennies ils ont conquis la
Maison Blanche et font des divers présidents
qui s’y sont succédé leurs
marionnettes de l’heure.
Israel
Shahak, dans l’introduction qu’il
avait signée le 13 juin 1982 au document
d’Oded Yinon, avait prophétiquement
observé: «On
perçoit très clairement le lien étroit
qui existe entre ce projet et la pensée néoconservatrice
américaine,
particulièrement dans les notes de
l’auteur dans son propre article».
Paul
Wolfowitz, juif américain, néocon ou
“faucon” des plus agressifs, surnommé
aussi le “prince des ténèbres”, précédemment
sous secrétaire à la défense de
l’administration Bush et actuellement
dixième président de la Banque Mondiale,
le plus acharné des fauteurs de guerres
et du «choc
des civilisations», poussait sans relâche
pour une guerre totale des
Usa contre Irak, Iran, Syrie et
Liban, «pratiquement
identifiant ainsi l’intérêt national
d’Israël avec celui des Usa»,
dit Maurizio Blondet dans son livre Chi
comanda in America? (Qui
commande en Amérique?) se référant
à cet égard au Village
voice du 21 novembre 2001.
Il
est évident que les néocons ne sont pas
seulement dangereux pour le destin du
Moyen-Orient, dont le Liban, mais aussi
pour le futur de l’occident, dont
l’Europe, car une fois le déclic parti,
une fois le mécanisme démentiel d’une
guerre globale en marche, qui peut freiner
l’appétit de ces cannibales, de ces «drogués
de guerre» sans fin?
Il
est urgent aujourd’hui de trouver une
alternative à cette «diplomatie
de gangsters».
«Il
nous faut comprendre que de tels événements
criminels n’arrivent pas par hasard
aujourd’hui. Ils ont été planifiés.
Des peuples sont aujourd’hui punis de
manière exemplaire afin que les autres
peuples soient avertis de ce qu’il en coûte
de défier le nouvel ordre états-unien et
pour que chacun choisisse son camp».
«On
ne peut comprendre cette guerre
d’agression contre le Liban,
ni l’acharnement contre les palestiniens,
en particulier à Gaza,
en dehors du contexte de la guerre
permanente et préventive intentée par
les néoconservateurs de Washington au
niveau mondial et faite sienne par Tel
Aviv», dit Michel Warschawski.
En
réalité, ce sont les vieilles manigances
et les projets malfaisants des vieux
sionistes tels Jabotinsky que les néocons
cherchent avec obstination à réaliser. «Conquérir
la Maison Blanche pour sa propre cause a
toujours été un des objectifs suprêmes
du sionisme,
objectif largement et brillamment atteint
au cours des ans», assure l’écrivain
et journaliste anglais David Hirst dans sa
préface à la troisième édition de son
livre «The
gun and the olive branch».
Mais
persister dans ce jeu pervers du «à
qui mieux mieux réaliser les souhaits
macabres» ne mettrait pas en danger
l’existence même d’Israël et des États-Unis?
Car trop jouer avec le feu finit par brûler!
«Très
probablement il y aura un moment où le même
Israël se trouvera dans une situation de
danger grave,
peut-être fatale pour son existence même»,
observe David Hirst dans cette même préface.
Et
il rappelle ce que Moshe Sharett écrivait
de son ministre de la défense, Pinhas
Lavon: qu’il «“prêchait
constamment des actes de folie” ou “la
furie aveugle” dans le cas où Israël
aurait été irrité».
Il
ajoute aussi: «Dans
son livre “The
fateful triangle”,
Noam Chomsky affirme que la vraie cible de
la bombe atomique israélienne sont les États-Unis.
Qu’Israël ait cherché effectivement de
faire pression de cette façon sur les États-Unis,
les Français aussi le présumaient quand,
dans une collaboration gardée
rigoureusement cachée aux Américains,
ils fournirent la première et
indispensable assistance au projet israélien
de devenir une puissance nucléaire.
“Nous pensions”,
dit Francis Perrin,
haut commissaire de l’Agence pour l’énergie
atomique française de l’époque,
“que la bombe israélienne fût dirigée
contre les Américains,
pas pour être lancée contre l’Amérique,
mais pour leur dire: Si vous ne voulez pas
nous aider dans une situation critique,
nous vous obligerons à le faire,
sinon nous aurons recours à notre bombe
atomique”».
D’où
l’affirmation de Martin van Creveld,
professeur d’histoire militaire à
l’Université hébraïque de Jérusalem:
«Nous
possédons des centaines de missiles à tête
nucléaire,
que nous pouvons lancer en toute direction».
Affirmation que David Hirst nous
rappelle également dans son volume.
Est-il
possible d’avancer l’hypothèse que
dans le futur ces deux États-voyoux
Usa-Israël, aujourd’hui soudés dans
l’identique entreprise de gangstérisme
universel, voient un jour leurs intérêts
réciproques diverger et entrer en
conflit? Conflit sur les butins? Conflit
sur leurs stratégies de macrocriminalité?
Conflit pour l’hégémonie ultime?
Y
a-t-il aujourd’hui conflit entre
civilisation et fondamentalisme?
Oui.
Conflit entre les principes immuables et
universels de toute civilisation morale et
juridique, d’une part, et, de l’autre,
la barbarie des fondamentalistes usraéliens
– jacobins, maçonniques et talmudiques
– qui sèment, partout où ils espèrent
dominer, haine et carnage.
Conflit
entre les civilisations ancestrales qui
ont fait l’histoire de l’humanité et
le sectarisme ou le fanatisme des «chrétiens
renés» («born
again christians», dont Bush fait
partie), des «chrétiens
sionistes»(!), des sionistes et
talmudistes, prédicateurs des «idéologies
du militarisme et de l’occupation»,
expression utilisée ouvertement dans le
document signé, le 22-8-2006, par les
patriarches réunis à Jérusalem, dont le
patriarche latin Michel Sabbah.
Quand
en 1989 nous avions appris au Liban que
quelqu’un de l’administration américaine
(le secrétaire d’État James Baker?)
s’amusait à répéter que le Liban était
«une
erreur historique», en réponse à
cette absurdité je concluais ainsi un de
mes articles: «Il
est malheureux de se rendre compte comment
le “monde libre” est prisonnier de son
aveuglement. [...] Ni
âmes bien nées,
ni nombre d’années,
rien ne fait des États-Unis un pays de
grandeur. [...] Car
un peuple sans racine,
sans histoire,
est condamné à l’ignorance. [...] Mais
peut-être craignent-ils encore la
majestueuse entreprise de ces géants de
la mer – les Phéniciens – eux qui
ne gardent de leur histoire que quelques péripéties
et aventures du Far West et leurs guerres
de sécession. [...] Comment
ne peut-on être alarmé? Si le
gouvernement des États-Unis ne se réveille
pas de son avilissement,
malheur à ces États qui ne seront plus
Unis! [...]
Il [Christophe Colomb] n’a
pas pressenti [...] l’influence
maléfique de quelques dirigeants américains
sur les pays de civilisation».
C.
La Syrie
«Nous
allons non seulement continuer à soutenir
le président Assad,
mais
nous cherchons à assurer la continuité
de son régime après lui»
James
Baker, Secrétaire d’État américain,
1989
L’inimitié
de la Syrie envers le Liban remonte au
moins à la fin de la première guerre
mondiale, quand, après la chute de
l’empire ottoman, la France et
l’Angleterre se partagèrent la tutelle
des pays du Moyen-Orient que les Turcs
avaient perdus.
Le
choix des pays sous mandat français tomba
sur le Liban et la Syrie. Et le premier
septembre 1920, le représentant de la
France proclame officiellement la
constitution du Grand Liban, avec Beyrouth
pour capitale, délimitant ainsi les
confins: au nord Nahr el Kebir, au sud les
confins de la Palestine et à l’est le
sommet de l’Anti-Liban. Légitimité
historique évidente et indiscutable car,
comme l’avaient affirmé des libanistes
tel l’historien Jawad Boulos: «C’est
à peu de choses près le territoire de
l’antique Phénicie classique et celui
de la principauté de Fakhreddine II».
Et
c’est alors que la Syrie s’est fâchée
et n’a jamais démordu de son idée: que
la France doit payer pour cette erreur.
Car pour la Syrie, le Liban est une erreur
historique et géographique, comme
l’avait déjà exprimé Moshe Arens (décidément,
quelle obsession!). En d’autres termes
le Liban ne devait pas exister en tant que
pays souverain, mais faire partie de la
Syrie (et pourquoi pas, en passant, faire
partie aussi d’Israël, à partir du
Litani par exemple).
Ainsi,
la Syrie n’ayant jamais reconnu la
souveraineté du Liban, n’a point voulu
établir des rapports diplomatiques et
ouvrir une ambassade. Elle est présente
au Liban à travers:
–
Son armée, suite à l’invasion du Liban
en 1976, et son occupation officielle qui
dura de 1990 à 2005, après un feu vert
américain.
–
Ses services de renseignements, appelés Moukhabarat,
pour espionnage, assassinats et acte de
terrorisme divers: la même présence et détermination
des services de renseignements israéliens,
le Mossad.
D’ailleurs la Finul
devrait prendre garde de ces deux services
de renseignements surtout, et qu’elle ne
fasse pas semblant de ne pas le savoir: en
1983 Israël et la Syrie, à travers leurs
respectifs services de renseignements, Mossad
et Mokhabarat,
ont tout fait pour dégager toute présence
étrangère de la scène libanaise afin
d’avoir mains libres, d’éliminer des
témoins gênants et de persévérer dans
l’affaiblissement du Liban à travers
les habituels accrochages, actes de
terrorisme, tortures, attentats; sous
couverture de “guerre civile” bien sûr.
D’où les attentats contre les paras et
les marines, dont mystérieusement on ne
connaît pas encore définitivement les
mandants. D’ailleurs ce ne seront pas
seulement ces attentats dont on ne devrait
jamais connaître l’auteur. C’est
toujours ainsi, avec les services de
renseignements de quelque pays-racaille.
Le
père du rêve de l’annexion du Liban à
la Syrie est Hafez Assad, déjà du temps
où il n’était encore que ministre de
la défense, mais second homme fort de la
Syrie. Le même rêve a persisté quand il
en est devenu le président, le “Lion”
comme on l’appelait.
Par
quel moyen annexer le Liban à la Syrie?
En
armant les Palestiniens au Liban, dans le
but de le déstabiliser, le fragiliser et
le réduire en proie facile afin de
satisfaire son avidité et ses projets hégémoniques
sur le Liban.
La
Syrie, comme Israël, n’a jamais vu son
rêve se réaliser, malgré les terribles
bombardements, surtout ceux de juillet
1978 et août 1989. Jusqu’à
l’invasion du 13 octobre 1990.
Le
Liban a payé trop cher sous le joug
syrien: destructions, massacres,
arrestations injustifiées, et enlèvements
et disparitions de personnes dont on ne
sait toujours rien aujourd’hui.
Mais
la Syrie est-elle vraiment et définitivement
sortie du Liban?
De
tout temps la Syrie a usé de tous ses
stratagèmes pour rester enracinée dans
la politique libanaise, sinon rester présente
physiquement grâce à ses services de
renseignements. Elle sera toujours prête,
à n’importe quel moment et à
n’importe quel prix, à jouer le rôle
de “tuteur” sur le Liban, afin d’y
faire régner la “stabilité”, à
peine le feu vert américain lui sera donné,
comme en 1990. D’ailleurs, durant la
dernière agression israélienne de
juillet-août contre le Liban, Assad fils
ne s’est-il pas proposé d’“aider”
Bush et Olmert à dénicher le «réseau
d’Al-Qaida au Liban»?! Personne de
ces maîtres de l’heure ne lui avait prêté
attention, car ils savent bien, eux,
qu’aucun réseau d’Al-Qaida ne se
trouve au Liban, et puis la “carte”
Bin Laden et Al-Qaida c’est eux qui la
sortent au moment opportun. Pas
d’usurpateurs, s’il vous plaît.
Les
Moukhabarat
syriens seront chassés définitivement
du Liban quand enfin y gouvernera le vrai
homme politique anti-syrien, droit et intègre.
Ce n’est pas du tout le cas à l’heure
actuelle. Le gouvernement de la “majorité”
existante, fabriquée “provisoirement”
par la loi électorale syrienne de 2000,
à laquelle cette fictive “majorité”
tient plus qu’à sa vie, est trop liée
au passé – toujours présent – de
l’histoire contemporaine du Liban. Ces
“majoritaires” souffrent cruellement,
entre autres et de longue date, de démangeaison
chronique de la corruption.
D.
Les réfugiés palestiniens
«Les
réfugiés palestiniens [...]
restent
au fond de nos préoccupations
comme
à la racine de nos malheurs».
Fouad
Ephrem Boustany
Tout
d’abord, il serait temps de parler clair
à propos de la situation des
Palestiniens.
En
Israël leur cause est tout à fait juste,
à appuyer et à défendre. Leur guerre
est absolument légitime contre leurs
ennemis qui occupent leur terre et les
oppriment avec une barbarie inouïe. Ils
ont droit à une existence digne et
souveraine, droit pour eux aussi à la sécurité
et à la paix (si chères à Israël!),
droit à la restitution de leurs terres et
de leurs biens et aux réparations pour
tout ce dont ils ont si injustement
souffert.
Au
Liban les réfugiés palestiniens, qui y
avaient été accueillis fraternellement
et généreusement, depuis l’accord du
Caire en 1969, se transformèrent en
agresseurs armés, maints pays arabes
offrant leur concours à l’agression.
L’accord
du Caire donc, signé le 13 novembre 1969,
a créé la première crise du Liban:
l’existence d’un État étranger armé
à l’intérieur de l’État libanais.
Dix-sept
camps palestiniens disséminés à travers
le Liban, exclusivement sous le contrôle
souverain de l’Olp
(Organisation
pour la libération de la Palestine).
Entière liberté de manoeuvre aux fedayin
palestiniens ravitaillés en armes et
munitions de tout genre à travers la
Syrie. Le Arkoub au sud Liban livré comme
base militaire pour des opérations contre
Israël.
Cet
accord du Caire est signé entre la
mission libanaise (représentée par le général
Émile Boustany, commandant en chef de
l’armée à l’époque, au nom du président
libanais d’alors, Charles Hélou, et
avec le consentement des ministres et
parlementaires libanais, à la seule
exception du député Raymond Eddé); la
mission palestinienne représentée par
Yasser Arafat pour l’Olp;
et leur hôte égyptien Abdel Nasser, à
qui l’ouverture du front libanais contre
Israël convenait, pour sa stratégie
anti-israélienne suite à la défaite de
la guerre des 6 jours en 1967. Aucun autre
pays, ni la Syrie, ni la Jordanie, ni l’Égypte
(qui pourtant ont des frontières avec
Israël), où les Palestiniens avaient
aussi trouvé refuge, ne leur avait octroyé
la liberté de manoeuvre dont ils jouiront
au Liban. Pire encore, ces pays arabes
avaient fermé leurs frontières à tout
usage palestinien, contraignant le
gouvernement libanais, sous pressions
diplomatiques et chantages politiques
internes, à agir de façon contraire à
la leur, autrement dit: permettre aux
Palestiniens d’agir souverainement à
travers la frontière libanaise afin de
leur favoriser leur gain de cause.
C’est
alors qu’au Liban, avant d’arriver aux
hostilités contre l’armée libanaise en
1973, puis à la guerre ouverte en 1975,
se succédèrent les «excès
regrettables commis par des éléments
incontrôlés» palestiniens; c’est-à-dire:
tueries de plusieurs milliers de Libanais,
enlèvement de centaines de Libanais dont
on n’a plus eu aucune nouvelle (nos desaparecidos),
règlements de comptes de divers régimes
arabes sur le territoire libanais...
Hafez
Assad, alors ministre de la défense et de
l’aviation, fera de son mieux afin de
renforcer en hommes et en armes les
bandits palestiniens, pour atteindre son
objectif de déstabilisation et de
subversion.
Bien
installés dans leurs camps autour des
principales villes libanaises, les
Palestiniens ne tardèrent pas à oublier
leur rêve de rentrer bientôt chez eux, réintégrer
leur terre, sortir de leur condition de déracinement
vécue dans la misère. Peut-être aussi
à cause de la proximité géographique
(?!), ils refusèrent catégoriquement
leur intégration culturelle au Liban et
leur camps servirent désormais de bases
pour des opérations contre nous, leurs hôtes,
plus que contre l’ennemi hébreu. Depuis
1970 dans le camp de Berj el Brajneh,
banlieue sud de la capitale, on avait déjà
monté des ateliers de fabrication de
munitions; les bases d’entraînement de
plusieurs milliers de militaires de
l’organisation Fath (sans conter les
autres organisations) étaient au nombre
de douze. Et en 1973, les fedayin
de plusieurs organisations palestiniennes
atteignirent déjà le nombre de 19 200!
Ajoutez
à toutes ces conditions désastreuses le
déséquilibre démographique et économique
créé au Liban.
Jean-Pierre
Péroncel-Hugoz (écrivain et journaliste
du quotidien Le
Monde
durant 35 ans, de 1969 à 2004,
notamment comme correspondant permanent au
Proche-Orient), dans sa préface au livre
de Je
ne suis plus Frère musulman. Confession
d’un ancien terroriste, dira: «Une
coalition surarmée,
menée par les Palestiniens de Yasser
Arafat, [...] étrangers
et équipés par l’Union Soviétique,
la Syrie et d’autres États ayant intérêt
à la disparition pure et simple de
l’espace de relative liberté et tolérance
[...] qu’était
le Mont-Liban [...].
Une fois dans le feu extrêmement violent
de cette fausse guerre civile,
de ce bien réel conflit
libano-palestinien», on comprend «ce
qui se passait dans les rangs
“islamo-progressistes” en train de détruire
le Liban [...].
Horresco referens,
musulmans et non-musulmans vivaient alors
au Liban,
dans cet insupportable Liban,
sur un pied d’égalité!».
Dans
ce livre donc l’auteur, relatant des événements
politiques et historiques vécus par lui-même,
décrit sa vie et son initiation parmi les
Frères
musulmans,
l’armement de l’Olp
et ses connivences avec des politiciens
libanais, les méthodes utilisées par
l’Olp
pour créer une guerre civile au Liban,
les modes d’organisation des ravages et
des massacres contre des paisibles
villages paysans libanais, les
mutilations, les viols, les enlèvements,
les moyens de torture utilisés. Dans la Préface
de Péroncel-Hugoz et dans la note éditoriale
introductive est précisé entre autres
que l’utilisation du «viol
comme arme politique» avait été
confirmé par les comptes-rendus et les
ordres de mission retrouvés dans les
camps palestiniens du Liban-sud parmi les
papiers que les chefs de l’Olp
n’avaient pas eu le temps de détruire
avant la chute de ces camps en 1982.
Georges
Habache, chef du Fplp
(Front
populaire pour la libération de la
Palestine), déclara un jour: «Nous
sommes une organisation marxiste-léniniste
qui ne considère pas la libération de la
Palestine comme son objectif ultime. Nous
avons créé des supports organiques entre
Palestiniens et révolutionnaires du monde
entier. Nous sommes les alliés du
mouvement progressiste mondial».
Ainsi
les camps palestiniens et la cause
palestinienne serviront, plus tard, au
recrutement de toute sorte de
professionnels de la subversion, du
meurtre, de la destruction, subordonnant
à leurs propres buts machiavéliques la
vie et la mort du Liban entier. Et tout
annonce l’éruption imminente du volcan:
l’accord du Caire fournit à Tel Aviv le
prétexte (encore et toujours!) pour des
opérations militaires et représailles
israéliennes sur le territoire libanais.
Les
chefs des diverses organisations
palestiniennes, ayant dépassé toutes les
bornes de la délinquance, montèrent les
scénarios des futurs événements au
Liban.
En
début d’avril 1973, un groupe de
commandos israéliens, dirigé par Ehud
Barak (déguisé en femme!) exécuta trois
principaux dirigeants palestiniens de
l’organisation «Septembre
noir», qui était une branche de
l’organisation palestinienne Fath. «Septembre
noir» avait assassiné auparavant, le
2 mars 1973, à Khartoum, l’ambassadeur
des États-Unis, ainsi que son premier
conseiller et le conseiller de
l’ambassade de Belgique, et avait pris
en otage les ambassadeurs saoudien et
jordanien (sans oublier qu’auparavant
encore, en 1972,
«Septembre noir» était aussi
responsable de l’assassinat des onze
athlètes israéliens aux jeux olympiques
de Munich).
Et
en quoi le Liban pouvait-il être coupable
ou impliqué?
Eh
bien, l’opération israélienne ayant eu
lieu sur le territoire libanais (Beyrouth,
rue Verdun), Toufic Safadi, alors un
responsable de l’Olp,
déclare le 11 avril 1973 devant trois
mille manifestants à Beyrouth: «Vu
la carence de la défense libanaise,
la Résistance palestinienne se trouve
dans l’obligation de se défendre elle-même
par tous les moyens dont elle peut
disposer [...]».
La souveraineté du Liban donc, selon les
Palestiniens, aurait dû désormais être
subordonnée à leur “souveraineté”
d’étrangers!
Ainsi
l’armée libanaise se trouvait fautive
à leurs yeux et cette situation procurait
l’alibi souhaité des Palestiniens –
étrangers et armés sur notre terre,
forts de leur arrogance et de leur
provocation – pour «se
défendre» eux-mêmes.
Mais
contre qui? Contre Israël? Non, contre le
Liban!
Il
y eut des distributions de tracts
attaquant l’armée libanaise.
L’atmosphère devenant progressivement
tendue, l’explosion fut alors inévitable.
On commença par de petits accrochages
provoqués par les fedayin
contre l’armée libanaise. Mais suite à
l’arrestation à l’aéroport de
Beyrouth, le 27 avril 1973, de trois
Palestiniens transportant des armes vers
Nice, et à l’arrestation le 30 avril de
quatre autres Palestiniens portant des
charges d’explosif à proximité de
l’ambassade des États-Unis, les
Palestiniens kidnappent deux soldats de
l’armée libanaise, dont la riposte
arriva finalement le 2 mai. Les
accrochages durèrent dix jours et
finirent malheureusement en queue de
poisson, car l’armée libanaise, qui
gagnait alors contre les Palestiniens, reçut
l’ordre du président Sleiman Frangié,
d’arrêter les combats. «On
apprend aujourd’hui que les États-Unis
font pression sur le Liban [...]. On
comprend,
en outre,
que le gouvernement américain refuse la réponse
du Liban,
selon laquelle il ne pouvait imposer de
plus fermes restrictions aux activités
des fedayins».
Cet
ordre présidentiel d’arrêter le combat
représenta évidemment une lâcheté et
une trahison.
La
poursuite du juste combat de l’armée
nous aurait épargné la guerre successive
éclatée le 13 avril 1975.
Ces
événements de 1973 furent donc pour les
Palestiniens un test et une préparation
à la guerre en bonne et due forme de
1975. Guerre qui sera déclenchée par les
Palestiniens mêmes dans le quartier Aïn
el-Remmaneh de Beyrouth. Guerre qui dura
quinze ans car, grâce à l’agression
palestinienne, les Libanais ont eu droit
aussi aux agressions syriennes, israéliennes
et d’une certaine façon aussi
iraniennes à travers leurs pasdarans
venus pour «chasser
les ennemis israéliens». Ainsi
toutes les guerres du Moyen-Orient de l’époque
avaient leur victime idéale, puisque le
choix était tombé sur le Liban
“faible”, comme disait Ben Gourion,
qui leur a servi de cobaye. Toutes les
querelles intestines de tous les régimes,
arabes et israéliens confondus, vont se déchaîner
au Liban, aux dépens exclusivement des
Libanais.
Les
Palestiniens réfugiés au Liban, et leurs
chefs surtout, ont-ils commencé
aujourd’hui à comprendre la gravité de
leurs crimes contre le Liban et le suicide
politique que ces crimes ont représenté
au Liban pour leur cause? Et pourvu
qu’ils ne soient plus tentés de s’y
prêter à nouveau. Le Liban a bien mémorisé
la “leçon palestinienne” et le devoir
de la juste réponse libanaise.
Avant
la résolution 1701 (que tant tiennent
farouchement à faire respecter par les
Libanais, mais qu’Israël, depuis le 14
août, ne cesse de transgresser chaque
jour, grignotant avec sa coutumière
effronterie des parcelles de notre
territoire, tuant et enlevant sur notre
territoire des Libanais, violant chaque
jour l’espace aérien libanais, tout
cela sous les yeux des casques bleus, de
la Finul
et de tous les tartuffes du “monde
libre”, Israël ayant d’ailleurs déjà
ignoré, depuis son existence, autour de
soixante-dix résolutions de l’Onu
et les conventions de Genève sur les
crimes de guerre, sans jamais subir aucune
sanction), il y a la résolution 1559, et
pas encore entièrement respectée.
Cette
résolution 1559 exige aussi le désarmement
des Palestiniens.
Et
qui le demande aujourd’hui sur la scène
politique libanaise, à part le général
Aoun?
Ni
les fictivement “majoritaires”, ni les
hauts notables ecclésiastiques, ni
curieusement ces diplomates étrangers qui
parlent en réalité au nom de nos
agresseurs et qui nous sermonnent sur la nécessité
et l’urgence pour la Finul
de désarmer le Hezbollah, ce que la résolution
1701 ne prévoit nullement, confiant
uniquement au gouvernement libanais la tâche
d’étendre son autorité sur le
territoire entier et désarmer en fin de
compte le Hezbollah, quand et selon les
modalités qu’il décidera
souverainement.
Mais
personne ne souffle mot sur le désarmement
des Palestiniens, étrangers et armés sur
notre terre, et dont la résolution 1559
exige clairement le désarmement. Chose
qui n’a jamais eu lieu.
Qu’attend-on?
Veut-on garder les Palestiniens armés en
réserve, pour reprendre un jour la guerre
qui favoriserait les desseins d’Israël,
pour l’éclatement et le morcellement du
Liban?
2.
Par quel miracle y a-t-il encore
un
pays nommé Liban?
Décrire
ces quatre ennemis du Liban – Israël,
États-Unis, Syrie et réfugiés
palestiniens – était un devoir (pour
qu’on ne dise plus que la guerre du
Liban a été une «guerre
civile»).
Ils
sont tous les quatre extrêmement
dangereux et encore décidés à nous
faire payer cher, pour ne pas leur avoir
permis la réalisation de leurs plans.
Toutes
les fois qu’on envisage l’explication
du calvaire libanais, la première réaction
du commun des mortels est: «Cette
terre si agitée! C’est très difficile
d’y comprendre quelque chose!». Et
pourtant imaginez David contre quatre
Goliath.
Ajoutez
aux Palestiniens, aux Syriens, aux Américains
et aux Israéliens la caste lâche et
basse de maints politiciens libanais, dans
les coulisses du pouvoir ou au
gouvernement depuis plus de trente ans,
parfois de père en fils et en
petits-fils, gangrenés par la corruption
et la trahison: hier majordomes de la
Syrie, aujourd’hui des États-Unis et
d’Israël[],
et demain, si la Syrie revenait tapageuse
sur la scène libanaise (sur mandat usraélien,
comme toujours!), ces mêmes majordomes ôteraient
l’habit américain pour renfiler
l’habit syrien tiré du coin de leurs
armoires.
Ce
sont eux qui ont permis de faire du Liban
un terrain d’expérimentations et de
manipulations subversives de toute
perversité, objet de convoitises et de
tentations criminelles des réfugiés
palestiniens, des Syriens, des Israéliens
et des Américains (et même Soviétiques,
dans les années 70).
Ce
sont eux qui ont signé la condamnation du
Liban à la guerre de 1975, signant
l’accord du Caire en 1969.
Ce
sont eux qui encore aujourd’hui,
esclaves de la politique usa-israélienne
(ou usraélienne), osent garder leurs
postes au gouvernement libanais, au lieu
de démissionner, quand il a été clair
au monde entier, et surtout aux Libanais,
que l’agression contre le Liban de
juillet-août 2006 a été planifiée et
voulue aux États-Unis et concordée,
comme l’écrit Uri Avnery le 15 juillet
dernier, avec des membres de
l’officialité “majoritaire”
libanaise.
Le
23 août 2006 Uri Avnery nous prévenait
encore: «Les
commentateurs israéliens nous avaient
donné l’illusion qu’une telle armée [libanaise]
aurait
été à la disposition des amis d’Israël
et des États-Unis à Beyrouth,
plus précisément Fouad Siniora,
Saad Hariri et Walid Joumblatt»
Merci,
Uri Avnery, de vos précisions, mais
permettez-moi d’ajouter à votre liste
les prélats, surtout maronites, qui
continuent à jouer au Ponce Pilate.
«Mais
de toutes les démissions,
la plus navrante est la trahison des
clercs», disait l’historien Fouad
Ephrem Boustany.
Les
personnages changent (et encore, pas
toujours!, puisqu’on trouve, dans la
fictive “majorité” gouvernementale
actuelle, des fils, même
“spirituels”, et des petits-fils des pères
de la condamnation du Liban au calvaire),
mais leur politique est toujours la même.
Cruellement immuable.
Enfin,
la cerise sur le gâteau, ajoutez à tout
cela l’arme et le puissant levier dont
se servent les «princes
de ce monde», les grandes puissances
qui se disputent l’hégé-monie du “Nouvel
Ordre Mondial”: la désinformation,
c’est-à-dire le mensonge répandu avec
soin, et inlassablement, pour aveugler et
abrutir ceux qu’ils destinent à
l’esclavage futur sous leur domination
totalitaire.
Et
nous voici aux miracles libanais!
Nous
n’avons pas besoin de voir, nous, pour
croire.
N’est-ce
pas déjà tant de miracles, pour ce tout
petit pays, le Liban, qu’il continue à
exister, à résister et à se redresser
malgré la puissance et l’acharnement de
ses ennemis?
Pour
des agressions bien moindres que celles vécues
par le Liban, des pays ont été rayés de
la carte géographique.
Trop
d’ennemis en ont voulu à la vie du
Liban. Et chaque fois, par miracle, les ténèbres
ont été pourchassées.
Jacqueline
Amidi
jacqueline.amidi@gmail.com
Ω
Ilan Pappe,
Israeli
debacle, in Zmag.org,
august 23, 2006:
www.zmag.org/content/showarticle.cfm?ItemID=10812.
Uri Avnery,
Knife
in the back. War
of the generals,
in CounterPunch,
august 3, 2006:
www.counterpunch.org/avnery08032006.html,
&
in Gush
Shalom, le 4 août 2006 (en hébreu et
en anglais). Traduction française: Uri Avnery,
Le
poignard dans le dos, in France-Palestine
Solidarité, le samedi 5 août 2006: www.france-palestine.org/article4354.html.
À la fin du conflit, Hezbollah bénéficie
d’un large soutien de la part de la
population libanaise. «Au
Liban même,
87 % de la population soutient à présent
la résistance du Hezbollah,
y compris 80 % des chrétiens et des
druzes et 89% des musulmans sunnites,
alors que 8% seulement croient que les États-Unis
soutiennent le Liban», in Déclaration
de solidarité avec les peuples du Liban
et de la Palestine,
12-8-2006, Souscrite entre autres par Noam
Chomsky, Eduardo Galeano, Ken Loach,
Arundhati Roy, Tariq Ali, John Berger,
Howard Zinn:
À
la demande: «La
Finul sera-t-elle capable de protéger la
souveraineté libanaise contre les
violations israéliennes?», sondage
promu par la revue libanaise Magazine
(www.magazine.com.lb)
du
15 septembre 2006, la réponse, au 16
septembre, était «Non»
pour
le 53%, vu que depuis le premier jour de
la trêve Israël continue les violations,
leur nombre dépassant les cents
violations, dans les seuls trente premiers
jours de “trêve”.
Selon nos voisins israéliens,
habituellement superstitieux, les débâcles
d’Israël durant sa dernière agression
contre le Liban auraient été causées
par une sorte de véritable «malédiction
libanaise»: comme un mystérieux et
inviolable «décret
de malheur et de défaite» qui
poursuivrait les violateurs et agresseurs
de notre terre, leur arrogance et leurs téméraires
«paris
bellicistes». C’est l’opinion
israélienne, concernant une atavique «malédiction
libanaise»,
à laquelle fait référence Christian
Merville: «Janus
aux visages civil et militaire – les
deux n’en faisant parfois qu’un –
cette société née dans la violence et
nourrie par celle-ci ne saurait rester indéfiniment
écartelée entre ces deux choix. Ni
s’obstiner dans des paris bellicistes
hautement hasardeux comme vient de le
prouver la nouvelle manifestation de la
malédiction libanaise» (Christian Merville,
Dommages
collatéraux,
in L’Orient - Le Jour,
15-9-2006).
Plus encore, les divisions amères et
farouches qui déchirent actuellement Israël
seraient dues elles aussi, selon cette
opinion superstitieuse, à une sorte de véritable
et permanent «maléfice
du Liban». Y fait référence, amusé,
le Secrétariat
du Bloc
parlementaire du Changement et de la réforme
(le bloc parlementaire du général
Michel Aoun), dans Tayyar
du 14-9-2006:
ces divisions seraient nées «de
ce qu’ils
appellent le “maléfice du Liban” qui
les poursuit» (www.tayyar.org/tayyar/articles.php?article_id=18355&type=news).