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COMMUNIQUÉ  RJLIBAN  N°65  du 12 octobre 2006

 

 

Les miracles libanais

 

par Jacqueline Amidi

in www.effedieffe.com, 21-9-2006

www.effedieffe.com/interventizeta.php?id=1440&parametro=esteri

 

L'auteur est libanaise-arménienne habitant à Rome. Lire également du même auteur sur notre site :

"Liban, le fief de la Vierge" Religion N.7

 

 

 

Casella di testo:  Carlos Latuff - http://latuff2.deviantart.com/gallery/Qui sait si le slogan fanfaron «guerre de l’occident contre la barbarie» est déjà révolu? Qui sait si la «redéfinition géopolitique du Moyen-Orient» est encore au programme du jour? Qui sait si les usraéliens «drogués de guerre»[1] et l’occident «judéomane»[2] profitent de la trêve pour orchestrer une nouvelle guerre «globale» et se mobilisent pour un autre «round»?

Ce qui est certain c’est que la dernière guerre qu’a subie le Liban a changé la donne et brouillé les cartes.

Israël n’avait pas calculé une surprise: le facteur humain. Il croyait dominer la situation aérienne, navale et terrestre, mais ce fut «la faillite militaire israélienne la plus importante et éclatante», selon Ilan Pappe [3].

Comme tous ceux qui jusqu’ici avaient organisé la chute du Liban, croyant en finir en peu de jours, ils ont été eus. Ils ont eu à faire à de farouches combattants de telle efficacité à causer l’échec de tous les plans de l’agresseur.

Suite aux déboires militaires de Tsahal, c’est l’équilibre même interne d’Israël qui est train de se briser: la crise s’installe clairement et ouvertement au sein du gouvernement et de l’État-major israéliens, qui se lancent sans réserve des critiques amères et scandaleuses.

 

C’est l’immense fiasco:

«Le lendemain de la guerre sera le Jour des Longs Couteaux. Chacun accusera chacun. Les hommes politiques s’accuseront les uns les autres. Les généraux s’accuseront les uns les autres, les hommes politiques accuseront les généraux. Et, surtout, les généraux accuseront les hommes politiques. [...]

Les accusations réciproques sont tout à fait justes. Cette guerre est une suite d’échecs militaires - dans les airs, sur terre et sur mer. Ces échecs ont leurs racines dans la terrible arrogance dans laquelle nous avons été élevés et qui est devenue partie intégrante de notre caractère national. Cette arrogance est encore plus typique dans l’armée et elle atteint son summum dans les forces aériennes. Pendant des années, nous nous sommes dit que nous avions l’armée la meilleure, meilleure, meilleure du monde. Nous en avons convaincu non seulement nous-mêmes, mais aussi Bush et le monde entier. Après tout, nous avions remporté une extraordinaire victoire en six jours en 1967. Résultat, cette fois-ci, quand l’armée n’a pas remporté une énorme victoire en six jours, tout le monde est abasourdi. Pourquoi, que s’est-il passé?. [...]

Mais au-delà de l’arrogance et du mépris pour l’adversaire, il y a un problème militaire fondamental: il est tout simplement impossible de gagner contre une guérilla. [...] Dieu seul sait ce qui a donné aux généraux d’aujourd’hui la conviction injustifiée qu’ils gagneraient là où leurs prédécesseurs avaient si lamentablement échoué. Et surtout: même la meilleure armée du monde ne peut pas gagner une guerre qui n’a pas d’objectifs clairs. Karl von Clausewitz, le gourou de la science militaire, a déclaré que “la guerre n’est rien d’autre que la continuation de la politique par d’autres moyens”. Olmert et Peretz, deux parfaits dilettantes, ont transformé cette phrase en: “la guerre n’est rien d’autre que la continuation par d’autres moyens de l’absence de politique”. [...]

Mais Olmert et Peretz [...] Néophytes en matière de guerre, ils ne savaient pas [...] que dans la guerre l’imprévu doit être prévu, que rien n’est plus temporaire que la gloire militaire. Ils étaient enivrés par la popularité de la guerre, incités par une bande de journalistes serviles, égarés par leur propre gloire de chefs de guerre.

Olmert était stimulé par ses propres discours incroyablement pompiers, qu’il répétait devant ses courtisans. Peretz, paraît-il, se mettait devant une glace, et se voyait déjà prochain Premier ministre, Monsieur Sécurité, un second Ben Gourion. Et alors, comme deux idiots du village, au son des tambours et des trompettes, ils ont pris la tête de leur Marche de la Folie, tout droit vers un échec politique et militaire. Il est probable qu’ils le paieront après la guerre. [...] La conclusion qui s’impose est: chasser Olmert, envoyer Peretz faire ses bagages et virer Halutz.

Pour s’engager dans une nouvelle voie, la seule qui résoudra le problème, il faut des négociations et la paix avec les Palestiniens, les Libanais, les Syriens. Et avec Hamas et Hezbollah.

Parce que ce n’est qu’avec ses ennemis que l’on fait la paix»[4].

 

La politique du type: «Ou tu es avec moi ou tu es extrémiste, intégriste, terroriste, fasciste, nazi et antisémite»(!), ou encore: «Moi je frappe, moi je tue, si tu n’obéis pas», eh bien cette politique vient de recevoir son premier coup de massue tant attendu, grâce à la défense totalement surprenante et fantastique des résistants du Hezbollah. Au Liban ils font figure des Sept samouraï qui ont su finalement défendre les “déshérités” des réguliers pillages et crimes des truands et criminels.

Sur le terrain, le Liban devait ponctuellement subir une invasion soit israélienne soit syrienne (toujours avec le feu vert étasunien), en sortir avec des dégâts de plus en plus insurmontables et beaucoup de morts. Et à peine à nouveau debout (ça ne rate jamais!), sans pitié, tour à tour, Israël ou Syrie se remettent au carnage et à la dévastation.

Comment alors peut-on ne pas avoir de sympathie et ne pas exprimer la reconnaissance aux résistants? Ils représentent un «rempart contre Israël»[[5]]. Ils ont rendu justice et honneur à tous les Libanais, toute communauté confondue. Et tous les soutiennent[6].

Quelle armée hésiterait à avoir dans ses rangs de tels combattants? Même Israël les envierait et les convoiterait.

 

Mais il n’est pas encore venu le temps de crier haut la victoire.

Le Liban a deux voisins très avides et ripailleurs: Israël et Syrie, chacun veut son butin. À moins d’un changement prodigieux.

 

1. Qui sont les ennemis du Liban?

 

Ce tout petit pays, qui pas même une fois de son histoire n’a agressé aucun pays voisin, s’est toujours trouvé dans l’obligation de se défendre des attaques d’autrui. À chaque tranche d’histoire ses ennemis. Les ennemis du jour sont: Israël, États-Unis, Syrie et réfugiés palestiniens au Liban.

Nous arriverons plus tard aux traîtres.

 

 

A. Israël

 

«Si les Israéliens ne veulent pas être accusés de nazis,

ils doivent simplement cesser de se comporter en nazis»

(Norman Finkelstein)[7].

Casella di testo:  Renaud Bedard - www.irancartoon.com

Dès avant sa création en 1948, les fondateurs d’Israël avaient leurs projets pour un grand “Royaume d’Israël”, déjà dessinant le remodelage du Moyen-Orient. Pour eux, il fallait mettre la main sur les deux “sources de vie” principales du Moyen-Orient: le pétrole et l’eau.

D’où l’acharnement des sionistes à diviser, coûte que coûte, et démanteler tous les États de la région, afin de les affaiblir et s’accaparer de leurs matières premières si convoitées[8].

Au Liban, nous n’avons pas de pétrole. Mais nous sommes riches en eau, notre “pétrole blanc”. On comprend alors pourquoi Israël ne laisse jamais en paix le sud du Liban, et pourquoi durant cette dernière guerre de juillet-août il insistait pour arriver au Litani. La guerre d’Israël contre le Liban a été et sera toujours la guerre de l’eau aussi.

 

Pour Israël, écrit Christian Chesnot[9], il faut à tout prix redessiner les frontières de la terre du «Grand Israël»: «Dans un rapport datant de 1941, Ben Gourion revient sur l’importance des eaux du Liban-sud pour le futur État d’Israël: “Nous devons nous rappeler que pour parvenir à enraciner l’État juif, il faudra que les eaux du Jourdain et du Litani soient comprises à l’intérieur de nos frontières”[10]. Pourtant, historiquement, le Litani a toujours été inclus dans les frontières internationalement reconnues de l’État libanais, ce qui en fait par là même une voie d’eau exclusivement libanaise. Mais les dirigeants israéliens n’ont jamais abandonné l’idée de pouvoir utiliser un jour à leur compte une partie des eaux du Litani et de ses affluents.

“Le Liban est une erreur historique et géographique”, aimait à rappeler Moshe Arens, ancien ministre de la défense israélien. Dès sa fondation, Israël a considéré le Liban et plus spécialement sa partie méridionale comme une de ses sphères naturelles d’influence sur laquelle il se réservait le droit d’intervenir militairement ou non. “Lors de la première guerre israélo-arabe, l’État juif ‘grignote’ de manière insignifiante son voisin du nord en s’emparant de quatre villages qu’il restitue avant de conclure l’accord d’armistice signé à Ras el Naqoura le 23 mars 1949, qui prévoyait la mise en place d’une commission mixte et de six postes d’observation en territoire libanais”[11]. L’accord d’armistice entre les deux États fixe alors comme ligne de démarcation la frontière de 1920 entre le Liban et la Palestine. Ce statu quo territorial fut toujours contesté plus ou moins ouvertement par l’État hébreu.

D’un point de vue stratégique, Israël considère le Liban comme le “maillon faible”du monde arabe, pour reprendre l’expression de Ben Gourion. Sa déstabilisation pourrait servir les intérêts de l’État hébreu qui, un temps, souhaita l’émergence de mini-États confessionnels au Proche-Orient. Moshe Dayan et Ben Gourion tentèrent dans cette optique de susciter un mouvement séparatiste maronite. Dans les années cinquante, les dirigeants israéliens imaginèrent ainsi la création d’un Liban chrétien qui lui serait inféodé, comme le rappelle dans son journal Moshe Sharett: “Selon lui [Moshe Dayan, chef d’état-major de Tsahal (ndlr)], il serait seulement nécessaire de trouver un officier, fût-ce un simple major. Nous pourrions gagner sa sympathie ou l’acheter pour l’inciter à se proclamer sauveur des maronites. Alors, l’armée israélienne entrerait au Liban, occuperait le territoire nécessaire et installerait un régime chrétien qui s’allierait à Israël. Les territoires au sud du Litani seraient totalement annexés par Israël et tout irait pour le mieux”[12]».

 

«Le mouvement sioniste – écrit Gilles Munier[13]n’a jamais accepté le partage du Proche-Orient effectué par la Grande-Bretagne et la France au lendemain de la Première guerre mondiale. La déclaration Balfour de 1917 promettant la création d’un “foyer national pour le peuple juif” en Palestine, ne suffisait pas. Les dirigeants sionistes voulaient en dessiner la carte. Ils réclamaient les deux rives du Jourdain, sa source, et le Litani. Le 29 décembre 1919, Haïm Weizmann – Président de l’Organisation sioniste mondiale – demanda à Lloyd George, Premier ministre britannique, que le futur État englobe la vallée du Litani sur une distance de près de 25 miles – soit environ 40 km – en amont du coude, ainsi que les flancs ouest et sud du Mont Hermon”. [...]

En 1940, Yossef Weitz, directeur du Fond national juif, écrivait: “Il faut expliquer à Roosevelt, et à tous les chefs d’États amis, que la terre d’Israël n’est pas trop petite si tous les Arabes s’en vont, et si les frontières sont un peu repoussées vers le nord, le long du Litani, et vers l’est, sur les hauteurs du Golan”[14]. [...]

Les premières agressions du sud du Liban eurent lieu dès 1948. La Haganah – ancêtre de Tsahal – occupa plusieurs villages du Djebel Amel, massacrant une centaine d’habitants. De 1949 à 1964, on dénombra 140 agressions israéliennes dans cette région, plus de 3000 entre 1968 à 1974![15].

Pour les politiciens israéliens – d’extrême droite ou travaillistes – la guerre israélo-arabe de 1948 ne sera terminée – au nord – qu’après la prise du Litani. Dans l’esprit de David Ben Gourion, les frontières du Grand Israël – Eretz Israël [Terre d’Israël] – étaient toutes provisoires. [...] Concernant le Liban, on lit dans son Journal, à la date du 21 mai 1948: “La suprématie musulmane dans ce pays est artificielle, et peut aisément être renversée; un Etat chrétien doit être instauré dans ce pays. Sa frontière sud serait le fleuve Litani”».

 

Il est clair que tant qu’Israël n’aura pas instauré son “Ordre Nouveau” au Liban, ces projets de guerre se perpétreront jusqu’au détournement de notre eau, envahissant la terre libanaise avec une ou d’autres “Opération Litani”, nom qu’Israël avait donné à la grande invasion du Liban du 14 mars 1978.

Toutes les opérations d’Israël contre le Liban ont été vouées à l’échec. Comme par une «malédiction»[16] ou un «maléfice»[17], selon nos agresseurs superstitieux.

Il va de soi, pour défendre notre Liban agressé il y avait infiniment mieux et infiniment plus. Il y avait et il y a la prière et l’amour de tout notre peuple, le combat indomptable de nos frères chiites, la muraille de sang de toutes nos victimes innocentes, le secours céleste de nos morts, la garde redoutable de nos saints, et, plus haut, la protection souveraine de la Vierge et l’abri divin de la croix du Sauveur. C’étaient pour nous, les Libanais agressés, les «bénédictions du ciel» et les «miracles libanais», depuis toujours.

 

Les fermes libanaises de Chebaa, occupées par Israël aujourd’hui, richissimes en eau, ne lui suffiraient pas. Il lui faut donc encore grignoter du Liban pour se désaltérer, ce voisin sans cesse assoiffé, d’eau et de sang.

 

À souligner aussi que cet acharnement à essayer de créer à tout prix ce prétendu État chrétien n’est absolument pas mû par je ne sais quel amour ou amitié envers les chrétiens libanais. Ces “chrétiens” leur auraient servi uniquement en tant qu’instrument de haine et de guerre, contre toutes les autres communautés et enfin contre les chrétiens mêmes, écrasés dans cette meule de guerre, de destructions et de sang.

Les “clients” chrétiens de ces desseins, Israël les a trouvés au Liban. Mais jusqu’à maintenant leur but n’a pas encore été atteint, malgré l’aide directe du Mossad sur le territoire libanais!

Il ne sera pas inopportun un jour de rappeler publiquement certains faits et certaines vérités amères sur les responsabilités et les responsables, anciens et actuels, vivants et morts («La mort n’est pas une excuse!», suggérait Léon Bloy) de nos gangrènes. Car encore aujourd’hui le Liban paye pour les silences qui ont duré si longtemps et qui continuent à  nous engouffrer dans l’aveuglement et dans la détresse. Un peuple à qui on fait l’économie de la vérité, sera vite réduit à se faire l’économie de la confiance et de l’espoir.

 

Mais une autre guerre est voulue par Israël au détriment du Liban, à part la guerre de l’eau: le sabotage de l’économie libanaise. Le système économique prospère dont a toujours joui le Liban dans la région déplaît à Israël, autant qu’à la Syrie d’ailleurs: les deux profitent largement de chaque situation de guerre au Liban.

Le Liban, carrefour de trois continents et seuil des civilisations, des cultures et des marchés du Levant, bénéficiait toujours, malgré les guerres, d’une réussite économique sans rival. Et cela pour le climat de confiance qui attirait les investissements et l’afflux d’importants capitaux privés provenant de l’étranger. Le secteur bancaire montrait une solidité extraordinaire. Le Liban représentait donc, jusqu’à la veille de cette dernière agression israélienne, la première place financière et commerciale et le principal centre d’affaires pour l’ensemble des pays du Moyen-Orient, rôle dans lequel aucune des autres places régionales n’avait pu le substituer. C’est tout cela aussi, qu’Israël a voulu détruire.

Et pourtant le Libanais est reconnu pour son rapide redressement. Israël ne pourra pas démolir aussi l’âme libanaise.

 

 

B. Les États-Unis

 

«L’Oncle Sam est en train de rédiger un scénario

pour un occident terrifiant de bons contre les méchants...  jusqu’à la mort»

(Gideon Samet, Haaretz)

Casella di testo:  Franco Cebalo - www.irancartoon.com

Aux États-Unis ce n’est pas Bush ou son Administration qui gouverne, mais les néoconservateurs, ou néocons, une bande d’experts et stratèges, appelés aussi «les faucons», qui conduisent tranquillement la politique étasunienne, dépoussiérant périodiquement, depuis une trentaine d’années, le vieux plan sioniste du remodelage du Moyen-Orient, en faveur d’Israël ça va de soi.

À titre d’exemple, voici un néocon: Elliott Abrams, juif, tenant des propos assez curieux concernant l’identité religieuse et nationale des juifs américains.

Abrams – écrit Tom Barry – soutient que «les Juifs ne devraient pas donner de rendez-vous amoureux ou aller à l’école primaire avec des non-juifs»[18]. Selon Abrams «En dehors de la terre d’Israël, les Juifs qui croient en l’Alliance passée entre Dieu et Abraham, doivent sans aucun doute se tenir à l’écart de la nation dans laquelle ils vivent. C’est la nature même de la judaïté de se tenir à l’écart – sauf en Israël – du reste de la population», et « il insiste sur le fait que les Juifs doivent être loyaux envers Israël parce qu’ils “sont dans une alliance entre Dieu, la terre d’Israël et son peuple. Leur engagement ne faiblira pas, même si le gouvernement israélien poursuit des politiques impopulaires»[19].

Voilà donc un échantillon de cette caste de néocons, dont sont épris les Bush, Rice, Cheney et Rumsfeld. Des personnages appartenant à une idéologie de cette catégorie, prêchant sans pudeur l’instigation à la haine raciale, ces farouches xénophobes se sont donc octroyé le droit de mettre les mains sur le Moyen-Orient entier! Et Bush et son administration devaient embrasser les opinions des néocons dans le souci de porter aux pays moyen-orientaux la liberté et la démocratie, «[...] un Proche-Orient où Israël sera bien moins en sécurité et où les Etats-Unis seront encore plus haïs»[20]? Car la paix par la force, la pax americana, est une grande illusion de Terminator à la Arnold Schwarzenegger (aujourd’hui gouverneur de la Californie et fan de la politique actuelle de l’administration Bush).

 

Qui sont les néoconservateurs? Des adeptes du gourou Léo Strauss.

Léo Strauss, «émigré juif allemand, est la source directe», écrit Emmanuel Ratier, «de la doctrine politique de la Maison Blanche. Diffusant un enseignement public, il sélectionnait surtout ses étudiants les plus ambitieux pour leur délivrer un enseignement secret, qu’il appelait “le Royaume secret”. Une méthode de gouvernement fondée sur la manipulation perpétuelle des masses. Ses disciples, les néoconservateurs sionistes, ont obtenu tous les pouvoirs avec George Bush». «Pourtant nul plus que lui n’a donné au néoonservatisme (qui n’a strictement rien à voir avec le conservatisme américain classique) ses traits particuliers: sentiment de la crise, [...] rejet du pluralisme, appréhension du nihilisme, [...] fondamentalisme religieux, rôle majeur d’Israël dans le concert des nations etc.». «Autrement dit, il n’existe aucune moralité, ni bien ni mal, et que l’histoire humaine est insignifiante face à l’univers. Et que, pour faire marcher l’humanité, il faut faire croire à l’existence d’un “père fouettard” cosmique»[21].

Des idéologues néocons donc qui gèrent leur “croisade pour la démocratie” au Moyen-Orient  et qui détiennent les directions de la politique étrangère des États-Unis pour un «Nouveau Moyen-Orient», dont le centre serait évidemment Israël (à propos, le Liban est déjà, depuis plus de soixante ans, une république authentiquement libre, ou démocratique”: nous n’avions pas besoin d’une guerre pour nous le faire comprendre!).

Les appels harcelants de Bush pour la «révolution démocratique globale» et sa politique de «pouvoir par la force» sont d’inspiration exclusivement néoconservatrice.

 

Le journaliste allemand Jürgen Elsässer donne une belle définition de Bush: «On peut voir que Bush est l’otage de son entourage. Et, comme il n’est pas très intelligent, il n’est pas en mesure de prendre les décisions, et doit suivre les idées de son entourage». Et sur les néoconservateurs il ajoute: «Mais les néoconservateurs sont fous, ils veulent faire la Troisième Guerre mondiale contre tous les Arabes et tous les musulmans». «Oui, il y a un double gouvernement qui échappe au contrôle de Bush. Ce sont des néoconservateurs, comme Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, Perle, des gens liés au pétrole et aux industries militaires. Le chaos global est dans l’intérêt de l’industrie militaire: quand il y a le chaos dans le monde entier, on peut vendre des armes et le pétrole plus cher»[22].

C’est uniquement l’agressivité de l’école néoconservatrice qui détermine ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient, et ce sont eux, les néocons, qui font une pression violente sur le gouvernement américain afin que toute guerre engagée dans la région soit exclusivement en faveur d’Israël. Depuis trois décennies ils ont conquis la Maison Blanche et font des divers présidents qui s’y sont succédé leurs marionnettes de l’heure.

Israel Shahak, dans l’introduction qu’il avait signée le 13 juin 1982 au document d’Oded Yinon, avait prophétiquement observé: «On perçoit très clairement le lien étroit qui existe entre ce projet et la pensée néoconservatrice américaine, particulièrement dans les notes de l’auteur dans son propre article»[23].

Paul Wolfowitz, juif américain, néocon ou “faucon” des plus agressifs, surnommé aussi le “prince des ténèbres”, précédemment sous secrétaire à la défense de l’administration Bush et actuellement dixième président de la Banque Mondiale, le plus acharné des fauteurs de guerres et du «choc des civilisations», poussait sans relâche pour une guerre totale des Usa contre Irak, Iran, Syrie et Liban, «pratiquement identifiant ainsi l’intérêt national d’Israël avec celui des Usa», dit Maurizio Blondet dans son livre Chi comanda in America? (Qui commande en Amérique?) se référant à cet égard au Village voice du 21 novembre 2001[24].

Il est évident que les néocons ne sont pas seulement dangereux pour le destin du Moyen-Orient, dont le Liban, mais aussi pour le futur de l’occident, dont l’Europe, car une fois le déclic parti, une fois le mécanisme démentiel d’une guerre globale en marche, qui peut freiner l’appétit de ces cannibales, de ces «drogués de guerre» sans fin?

Il est urgent aujourd’hui de trouver une alternative à cette «diplomatie de gangsters».

«Il nous faut comprendre que de tels événements criminels n’arrivent pas par hasard aujourd’hui. Ils ont été planifiés. Des peuples sont aujourd’hui punis de manière exemplaire afin que les autres peuples soient avertis de ce qu’il en coûte de défier le nouvel ordre états-unien et pour que chacun choisisse son camp»[25].