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COMMUNIQUÉ
RJLIBAN N°63 du 1er
août 2006
Adieu
Liban !
par
FRED REED, publié dans le Devoir le 29
juillet 2006
L'auteur
est spécialiste du Moyen-Orient et auteur
de plusieurs essais sur la région
Je ne
verrai jamais plus la place de l'Etoile à
Saïda, l'ancienne ville qui donne généreusement
sur la Méditerranée. Place de l'Etoile, où
les vendeurs ambulants proposaient à toute
heure de la journée, dans un cliquetis de
deux petites tasses, du café arabe corsé
et parfumé à la cardamone. Mais Saïda,
c'est surtout le souvenir de l'homme avec
qui je partage l'amour inconditionnel pour
notre petite fille. Dans sa pharmacie, place
de l'Etoile, nous avons maintes fois parlé
d'elle, et de sa ville, à laquelle il
tenait tant. C'était il y a cinq ans. J'y
étais de passage, en voyage de recherche.
Comment ne pas tomber sous le charme de
l'hospitalité dont les Arabes - toutes
confessions confondues - possèdent le don
presque infini. Le poisson péché au large
de Saïda que nous avons mangé ce soir-là
fondait dans la bouche. Le citron, avec un
peu d'huile d'olive, lui donnait des lettres
de noblesse. Le sel de la mer, la fleur de
la terre.
Les
combattants du Hezbollah venaient de chasser
les Israéliens du Sud-Liban après 18 ans
d'occupation. Bien qu'identifiée à la
communauté chiite, "la Résistance"
appartenait désormais à tous les Libanais.
Pour la première fois, un mouvement arabe
armé avait infligé une défaite militaire
à l'Etat sioniste, ce fils illégitime de
la déclaration Balfour de 1917. Mon hôte,
Libanais et chrétien, n'avait que des éloges
pour ceux qui ont libéré le pays. Adieu,
Liban !
A Tyr
Je ne verrai jamais plus le port de Tyr, ni
ses jardins fleuris d'orangers et de
bananiers. Jamais plus le petit glacier de
la rue principale où, contre toute attente,
l'imam Mousa al-Sadr, fondateur du Mouvement
des déshérités, qui allait devenir avec
le temps Amal, puis Hezbollah, s'est arrêté
pour manger une glace. C'était un vendredi
midi, après la prière, au milieu des années
70. "Mais, estimé imam, lui a dit le
glacier, on interdit aux musulmans de manger
mes glaces. Je suis chrétien, vous
savez."
"Tes glaces sont halal pour nous",
a-t-il répliqué. Et ainsi tomba la barrière
confessionnelle entretenue pendant des siècles.
L'héritage de l'imam al-Sadr imprégnait
alors la ville de Tyr, la plus méridionale
du Liban, aujourd'hui coupée du monde. Elle
abritait l'école que dirige encore sa soeur
Rabab, où des filles de familles pauvres
venues des villages du Sud peuvent
s'instruire et maîtriser les techniques
d'artisanat et d'économie familiale. Mais
on trouvait là surtout la fierté de
l'identité chiite qu'il a su insuffler à
une population démunie, méprisée et isolée,
qui rassemble, aujourd'hui, près de la
moitié des Libanais. Lui qui a disparu lors
d'un voyage en Libye en 1978 affirmait :
"Le Liban est trop petit pour être
morcelé, trop grand pour être avalé."
Adieu Liban !
A Nabatiyeh
Le centre-ville de
Nabatiyeh n'est plus qu'un champ de
ruines, d'immeubles à logements éventrés
par les bombes israéliennes. Je ne verrai
plus cette ville où la résistance du
Hezbollah à l'occupation israélienne a
commencé, le 16 octobre 1983. L'armée
israélienne marchait alors sur Beyrouth,
dans le cadre d'une autre opération
"pour exciser le cancer du
terrorisme". Elle cherchait à y
extirper l'Organisation pour la libération
de la Palestine pour ensuite créer une
zone de sécurité. L'entrée des Israéliens
coïncidait ce jour-là avec la commémoration
de l'Achoura, la fête chiite du martyr de
l'imam Husseyn, figure emblématique de la
lutte contre l'injustice. Excédés, les
citadins en deuil lancèrent des pierres
et renversèrent un camion militaire. Les
Israéliens ouvrirent le feu, faisant deux
morts et sept blessés. Ainsi débuta la
longue guerre d'usure qui amena 17 ans
plus tard à la retraite de l'occupant.
Une défaite qu'il n'a jamais acceptée et
pour laquelle il chercherait la revanche
aujourd'hui.
Je ne verrai plus l'humble maison d'Ahmed
Obeïd, qui m'a accueilli chez lui à
Nabatiyeh. Peut-être a-t-elle été détruite
aussi. M. Obeïd, dont les yeux étaient
marqués d'une tristesse profonde, a passé
neuf ans de sa vie dans une prison israélienne.
Il fut enlevé par le même commando qui
s'est emparé de son oncle, le cheikh Abd
al-Karim Obeïd. Ce dernier est détenu
depuis 20 ans en Israël sans que la
"communauté internationale"
s'en inquiète. Ce serait pour obtenir sa
liberté, ainsi que celle des centaines de
Libanais et des milliers de Palestiniens détenus,
que les combattants de la Résistance
auraient capturé les deux soldats israéliens
le 12 juillet. Adieu Liban !
A Beyrouth
Du restaurant Felfel al-Khalife, à l'entrée
du quartier Haret Hreik, au sud-est de
Beyrouth, il ne me resterait que des
souvenirs. Le quartier lui-même, qui
grouillait de vie jour et nuit, n'existe
plus : tout est ruines, décombres.
De là, je partais pour une entrevue avec
le cheikh Hussein Fadlallah, le plus
important clerc chiite du Liban. Celui
qui, au début des années 1980, a échappé
par miracle à un attentat à la bombe qui
a tué 80 passants et détruit sa résidence.
On croyait, à Washington et à Tel-Aviv,
que le cheikh était le guide spirituel de
Hezbollah, qu'il avait cautionné le rapt
d'Américains. Par conséquent, il fallait
le faire taire. Aucune enquête
internationale n'a jamais été lancée
pour trouver les coupables. A
quelques coins de rue de là se situait
une pâtisserie fréquentée par le
personnel d'al-Manar TV, la voix du
Hezbollah. Ses installations ont été détruites
lors des premiers bombardements de
Beyrouth, mais le poste continuait à
diffuser. Certes, al-Manar dérangeait; sa
version des faits et ses analyses ne
cadraient pas avec la version officielle -
lire : américano-israélienne - de
l'actualité. Classé par les Etats-Unis
cible "terroriste", on a signé
son arrêt de mort; Israël s'en occupera.
Ainsi, il n'y aura plus de mauvaises
nouvelles. Adieu Liban !
A Saïda
Je palpe de mes doigts un petit tasbih -
le chapelet musulman - d'ambre foncé,
dont la chaîne est en argent travaillé.
Choisi par M. Nizar, pharmacien à Saïda,
fin connaisseur en la matière, il fait
resurgir mots et regards échangés,
rires, pleurs : rien n'égale la
complicité de deux grand-pères. Tous les
jours il quitte son appartement sur la
colline qui surplombe la ville pour gagner
sa pharmacie, Place de l'Etoile. Les Israéliens
l'avaient détruite lors de la première
occupation; il l'a reconstruite. Tous les
jours il y accueille ses amis, qui s'y arrêtent
prendre une tasse de thé et parler de l'état
du monde. L'armée israélienne approche.
Il pleut des bombes. Citoyen canadien,
muni d'un passeport, il ne quittera pas sa
ville natale. A chaque homme son
heure de résister. A chaque homme
son devoir d'honneur. Sa liberté.
Adieu Liban.
Cana, la revanche des martyrs
par ISSA GORAIEB, publié dans
l'Orient-le Jour le 31 juillet 2006
C’est sur ces mêmes lieux, aiment à
croire les Libanais, que le Christ, convié
à une noce, changea l’eau en vin. Par
deux fois ces dix dernières années,
c’est à des noces de sang qu’aura été
vouée toutefois la localité martyre de
Cana. A deux reprises en effet Israël,
dans de criminels accès de folie, y a
impitoyablement écrasé sous les bombes
des dizaines de civils innocents, dont de
nombreux femmes et enfants. Aveuglé par
la haine, il prétendait punir, intimider,
épouvanter, terroriser, briser les volontés,
à commencer par celle de vivre obstinément
accroché à sa terre. Israël aspirait
par-dessus tout à diviser, à instiller
par le fer et le feu le venin du doute et
de la désunion face à cette guerre que
les Libanais n’ont jamais voulue. Mais
tout ce que réussit à faire tant de
sauvagerie, c’est de réunir au
contraire. De ré-unir plus exactement ;
de faire taire toutes les réserves,
objections ou contestations que suscitait
la poursuite sine die de la Résistance
armée ; d’associer les Libanais, toutes
croyances et tendances confondues, dans
une même dénonciation de la barbarie.
Dans son délire meurtrier, Israël se
serait-il donc mis en tête de faire de
tous les Libanais des hezbollahis ?
Impuissant depuis plus de deux semaines à
imposer sa solution, c’est à tuer tout
espoir de solution qu’œuvre, à l’évidence,
un Ehud Olmert se disant pas pressé de
faire taire le canon. Le Hezbollah faisait
sensation, à la fin de la semaine dernière,
en se ralliant au plan en sept points de
Fouad Siniora, et même Washington n’a
pu que saluer ce développement positif.
Or la boucherie d’hier, dans son atrocité,
est une invite on ne peut plus explicite
à une escalade de la violence, à des
tirs de missiles qui pourraient atteindre
cette fois Tel-Aviv. Elle commandait, en
tout cas, le refus des dirigeants libanais
de recevoir, dans un tel climat de douleur
et de colère, la secrétaire d’Etat américaine.
Le singulier prodige de Cana ne s’arrête
peut-être pas là, cependant. En avril
1996, c’est un vin bien aigre que tira
Israël de l’opération Raisins de la
colère. Le bombardement systématique des
hangars de l’ONU où avaient cherché
refuge les habitants souleva un tel tollé
de protestations dans le monde et en Israël
même qu’il provoqua la chute du
gouvernement de Shimon Peres. Auparavant déjà,
la sanglante bavure de Sabra-Chatila, dont
Israël assumait la responsabilité pour
le moins morale, avait emporté le tandem
Begin-Sharon. A leur tour, Olmert et
ses acolytes ne sont pas à l’abri
d’un tel retour de bâton, lequel serait
en quelque sorte la revanche posthume des
martyrs.
Car d’avoir appelé les habitants de
Cana à se désenraciner de leur maigre
sol, à aller grossir les longues files de
déplacés et de réfugiés ne dédouane
en rien l’agresseur, ne saurait le
soustraire à l’accusation infamante de
crime contre l’enfance et l’humanité
qui lui colle désormais à la peau.
Horrible, inqualifiable, injustifiable,
choquant : c’est le même jugement sans
appel, d’ailleurs, que la planète tout
entière, ou presque, a prononcé. Hier même
une première brèche est apparue dans le
soutien inconditionnel qu’ont apporté
les Etats-Unis à l’aventureuse expédition
israélienne, quand Condoleezza Rice a
fait part de son mécontentement à Ehud
Olmert, quand elle a enfin constaté
qu’il était temps de parvenir à un
cessez-le-feu. A Londres, Tony Blair
a de plus en plus de mal à endiguer la
fronde qui s’est déclarée au sein de
son propre cabinet. Mais surtout, il
n’est plus exclu que l’opinion
publique israélienne, tenue pour définitivement
acquise par les sondages, en vienne à
contester le bien-fondé d’une guerre
longue, improductive et sale.
Davantage que sur le terrain gorgé du
sang des innocents, c’est au Conseil de
sécurité de l’ONU, réuni d’urgence
dès hier à la double demande de Kofi
Annan et du Liban, que va se jouer
l’issue de cette guerre en tous points démente.
Ce n’est pas l’effet du hasard si le
salut se présente sous la forme d’un
projet de résolution français. Profondément
divisées sur l’Irak, l’Amérique et
l’Europe s’étaient retrouvées en
2004-2005 sur le Liban. Et c’est pour
exorciser le spectre d’un Irak libanais
que les diplomates montent en première
ligne.
La grande désillusion d'Israël
par PIERRE ROUSSELIN, publié dans le
Figaro le 29 juillet 2006
Les Israéliens pensaient en finir assez
vite avec le Hezbollah. Au dix-septième
jour de la guerre, la population du nord
du pays est toujours confinée dans les
abris, l'activité économique de toute la
région est paralysée et les volées de
roquettes continuent de s'abattre à un
rythme tout aussi soutenu en s'enfonçant
de plus en plus profondément dans le
pays. L'état-major était entré dans la
guerre comme s'il s'agissait d'une opération
de routine. L'écrasante puissance de feu
de l'artillerie, une campagne de
bombardements aériens conforme aux
derniers perfectionnements de l'art
militaire devaient, en quelques jours, réduire
à néant les velléités de combat de la
milice chiite, dont les caractéristiques
d'organisation de masse n'ont jamais été
prises en compte. C'était faire fi de la
préparation du Hezbollah, de sa volonté
d'en découdre et de sa capacité
d'atteindre la ville de Haïfa et tout le
nord d'Israël. C'était aussi compter
sans cette bataille acharnée à Bint
Jbeil, qui a révélé les capacités de
l'ennemi et qui, dans l'emphase israélienne,
est en train de tourner à un
mini-Stalingrad pour Tsahal.
Les critiques se font entendre, le doute
s'installe. Il devient difficile
d'imaginer que l'armée, malgré tous ses
moyens militaires, parviendra à détruire
le Hezbollah, son objectif initial.
Lorsque la guerre sera finie, il faudra
sans doute se résoudre à en accepter le
voisinage. Tout au plus les Israéliens
peuvent-ils espérer que les combattants
islamistes seront affaiblis, repoussés
au-delà d'une zone tampon qu'il
reviendra, un jour, à une force
internationale de patrouiller. Que des
centaines de roquettes aient pu tomber sur
Israël, que le Liban ait été à moitié
détruit pour en arriver là n'est pas très
glorieux pour l'une des armées les plus
modernes au monde, qui a su, en d'autres
temps, remporter d'autres victoires
autrement plus délicates. Pour couper
court à ces interrogations, l'état-major
voudrait lancer une opération terrestre,
seul moyen de débusquer le Hezbollah dans
ses retranchements. Mais le souvenir de
l'invasion de 1982 est encore douloureux.
Le Liban reste une malédiction pour
Tsahal. Le gouvernement, qui donne
l'impression de s'être laissé entraîner
dans l'aventure, hésite. Il mobilise
trois divisions de réservistes mais se
garde, pour l'instant, de se lancer dans
une fuite en avant.
Malgré l'appui sans réserve qu'ils ont
reçu de Washington, les Israéliens, dans
leur grande désillusion, s'attendent à
plus de soutien encore de la part de la
communauté internationale. Le Hezbollah
est, pour eux, le bras armé de
l'islamisme mondial et ils se voient en
rempart de l'Occident. Fidèles à leur
attitude, les Etats-Unis laissent faire.
Malgré l'ampleur des destructions au
Liban, ils ont obligé le monde à laisser
du temps à Israël. Il serait dommage que
ce délai, qui va finir par être compté,
aide, en fait, le Hezbollah à se faire le
héros de la résistance anti-israélienne.
Il faut plus qu'un cessez-le-feu
au Proche-Orient
par JEAN-LOUIS ROY, président de
Droits et Démocratie, publié dans le
Devoir le 1er août 2006
Victimes et
captifs les uns des autres depuis plus
d'un demi-siècle, le Liban, la Palestine
et Israël sont à nouveau réduits à
subsister dans la destruction et la
terreur. L'un de ces peuples est cadastré
dans son territoire dévasté ; l'autre
forcé à l'errance sur un sol tuméfié ;
le troisième terré dans ses abris
illusoires. Des milliers de morts et de
blessés, pour l'essentiel des civils
innocents ; des destructions massives de
lieux publics et privés ; un déni commun
des droits les plus fondamentaux "à
la vie", "à la sécurité",
"à la propriété", et tant
d'autres : tels sont les effets de
provocations insensées, de kidnappings
menés dans le territoire de Gaza et en
Israël; d'une réplique sans mesure ;
mais aussi d'une communauté
internationale prostrée, incapable de
dire le droit, de remplir son obligation
de protéger, bref d'imposer ses règles
les plus vitales et de faire respecter ses
décisions les plus indispensables.
Sur ce champ de mort, de ruines et de détresse,
un éventuel cessez-le-feu s'imposera.
Mais, pour une grande multitude, rien ne
compensera jamais ce qui habite désormais
les esprits dans les territoires visés,
dans la grande région, et dans le monde,
ce condensé d'atrocités et d'inhumanité.
Ce dernier signe la défaite de tous les
protagonistes, leur défaite et leur
faillite, celles aussi des puissances, les
leurs et la nôtre.
Une initiative de paix
Le carnage actuel doit cesser. Il doit
cesser immédiatement. Il doit être suivi
rapidement d'une initiative de paix lancée
par un collectif d'Etats, qui prenne la
place que les Etats-Unis sont devenus
inaptes à occuper, pour des raisons évidentes.
Cette initiative doit viser les quatre
objectifs suivants :
- La
reconnaissance pleine et mutuelle de l'Etat
d'Israël et de l'Etat palestinien, ainsi
que la reconnaissance de ces deux Etats
par la communauté internationale. C'est
la pierre angulaire, l'évidente nécessité
sans laquelle rien ne se fera.
- La
consolidation de l'autorité des Etats
palestiniens et libanais sur l'ensemble de
leur territoire, et leur contrôle
exclusif sur leurs forces de sécurité.
Dans ces pays, la règle universelle de sécurité
doit prévaloir. Aucun groupe ne saurait détenir
la capacité d'initiatives armées hors de
la puissance publique démocratiquement
constituée. Cette loi ne saurait souffrir
aucune exception. Elle importe pour chaque
Etat en lui-même et pour les pays
voisins.
- La mise en
place d'un programme décennal de
reconstruction de la société et de l'Etat
palestinien, et la reconstruction du
Liban.
- A terme, l'élaboration d'un pacte de
paix entre les Etats parties, dans le but
de fixer les conditions de leur sécurité
commune et le règlement de leurs différends.
Cette
initiative importe en priorité pour les
citoyens des trois Etats en cause, la
stabilité et la sécurité de la grande région
et celles du monde. Elle appelle un
changement de nature dans les relations
avec l'ensemble des protagonistes. On
pense notamment à l'Iran, première
puissance régionale, à la Syrie dont la
situation géographique est
indiscutablement stratégique. On ne fera
pas évoluer la grande région en reléguant
ses composantes dans des postures défensives
et en les isolant.
Un rôle pour le Canada
L'idée de cette initiative et ses
composantes doit être débattue au
parlement canadien. A la vérité,
deux questions essentielles se posent au
gouvernement et au parlement :
- Quel rôle le Canada peut-il et doit-il
jouer dans le règlement de la guerre du
Liban et dans les investissements que
devra faire la communauté internationale
au lendemain du cessez-le-feu ?
- Quel rôle le Canada peut-il et doit-il
jouer s'agissant de l'initiative de paix
évoquée précédemment ?
Ces questions débordent les clivages
partisans. En conséquence, elles ne
doivent pas être traitées à ce niveau
sauf à dévaluer gravement nos
institutions publiques. Elles devraient
normalement être soumises dans l'urgence
aux travaux, délibérations et
propositions du Comité permanent des
Affaires étrangères, et faire, par la
suite, l'objet d'un énoncé de politique
gouvernementale et d'un débat à la
Chambre.
Le risque de la pensée et de
l'action
Il serait stupéfiant et irresponsable que
la guerre du Liban se referme sur les
ferments anciens et actuels qui l'ont fait
naître, et que le repos des morts et des
vivants soit suivi de nouvelles exactions
et de nouveaux carnages fondés sur les mêmes
dogmes, entraînant les même agonies.
Pour que la conjonction des désespoirs ne
se produise plus au Proche-Orient, pour
que les boucheries cessent dans les rues
de la Palestine et d'Israël, pour que les
enfants ne meurent plus implosés par des
obus égarés ou ciblés, ou par des armes
qu'ils ont dans l'esprit avant de les
avoir soudés au corps. Cette exploitation
des esprits doit cesser, et aussi ce qui
la nourrit. Nous savons depuis longtemps,
hors de tout doute, quelles sont les
horreurs à venir si les règles du jeu ne
sont pas changées, si le risque de la
pensée nouvelle et de l'action inédite
n'est pas pleinement assumé.
D'innombrables conflits et situations
dramatiques ont ainsi trouvé leur dénouement :
entre l'Allemagne et la France après la
Seconde guerre mondiale, entre les métropoles
et les colonies dans les années 50, entre
Washington et Beijing en 1972, entre
Nelson Mandela et Frederic de Klerk et les
forces qu'ils représentaient en Afrique
du Sud, pour ne citer que ces exemples.
Pour que cesse de couler le sang mêlé
des juifs et des arabes, le sang mêlé
des Libanais, des Palestiniens et des Israéliens.
A Beyrouth, Philippe Douste-Blazy
prône des contacts avec l'Iran
paru dans le Monde du 1er août 2006
"Nous pensons plus que jamais que les
Iraniens sont un acteur respecté et
important", a déclaré Philippe
Douste-Blazy depuis Beyrouth, lundi 31
juillet. En visite dans la capitale
libanaise pour quelques heures, le
ministre des affaires étrangères français
a estimé "évident que nous ne
devons pas accepter une déstabilisation
du Liban qui pourrait entraîner une déstabilisation
de la région", et rendu un hommage
appuyé à l'Iran, "un grand pays, un
grand peuple et une grande civilisation,
qui est respecté et qui joue un rôle de
stabilisation dans la région." Alors
que les Etats-Unis et Israël accusent
l'Iran et la Syrie de déstabiliser la région
en soutenant le Hezbollah libanais, qui
combat depuis presque trois semaines les
forces israéliennes, M. Douste-Blazy a déclaré
avant son départ, dans un entretien au
Figaro, qu'"il ne faut pas
s'interdire les contacts avec les autorités
de Téhéran". "Quant à la
Syrie, le président de la République a déjà
répondu à ce sujet. Nous estimons qu'il
ne faut pas entrer dans des discussions
avec la Syrie", a-t-il rappelé.
Le ministre des affaires étrangères a
réitéré l'appel de la France à un
cessez-le-feu immédiat, soulignant que
l'option militaire menait à une impasse
et qu'une solution à la crise ne pouvait
être que politique. Il s'adressait aux
journalistes après un entretien avec son
homologue libanais, Faouzi Salloukh. Il
devait ensuite rencontrer le premier
ministre, Fouad Siniora, et le président
du Parlement, Nabih Berri, un allié du
Hezbollah. Interrogé sur la possibilité
d'une rencontre avec son homologue
iranien, Manouchehr Mottaki, attendu lundi
à Beyrouth, M. Douste-Blazy a jugé
"tout à fait normal que les
responsables politiques qui veulent un
accord politique puissent se rencontrer
les uns et les autres". Mais une
entrevue s'annonçait finalement peu
probable, le chef de la diplomatie
iranienne ayant dû retarder son arrivée.
Visite de Manoucher Mottaki au
Liban
De passage à Damas pour rencontrer son
homologue syrien, Walid Mouallem, le
ministre des affaires étrangères
iranien, Manouchehr Mottaki, a indiqué
lundi que sa visite au Liban – la première
depuis le début du conflit –
"s'inscrit dans le cadre du soutien
du peuple et du gouvernement iraniens au
peuple et au gouvernement libanais".
Il compte aussi "exprimer la
tristesse et le regret devant ce crime
haineux perpétré par l'entité sioniste
à Cana". Son collègue de la défense,
Mostafa Mohammad Najjar, a pour sa part déclaré
depuis Téhéran, selon la télévision
iranienne, qu'un sort "pire que celui
d'Hitler et de Saddam [Hussein] attend les
criminels sionistes et ceux qui les
soutiennent".
Nouvelle manifestion pro-libanaise
à Montréal
paru dans le Devoir le 31 juillet 2006
Plusieurs centaines de
personnes ont manifesté hier devant le
consulat israélien de Montréal pour
protester contre le bombardement du
village libanais de Cana, qui a fait une
soixantaine de morts, a rapporté la télévision
de Radio-Canada. Les manifestants, pour la
plupart des Canadiens d'origine libanaise,
ont appelé le premier ministre Stephen
Harper à "agir comme premier
ministre du Canada" en arrêtant
d'exprimer son soutien à Israël, selon
la chaîne de télévision publique. M.
Harper a pris fermement parti pour Israël
dans le conflit au Liban et avait, au début
des opérations, jugé "mesurée la
riposte israélienne". Il n'a pas
voulu condamner Israël, même après le décès
de neuf Canadiens dans le sud du Liban,
dont un observateur des Nations unies. Les
Libano-Canadiens ont manifesté à
plusieurs reprises dans différentes
villes du Canada, depuis le début de
l'offensive israélienne au Liban, le 12
juillet. Samedi, plusieurs centaines de
personnes ont participé à des
rassemblements réclamant l'instauration
d'un cessez-le-feu au Proche-Orient,
notamment à Toronto, Québec et Halifax.
Les autorités canadiennes n'avaient pas
encore réagi à l'attaque de Cana.
Craintes du B'nai Brith
Par ailleurs, un groupe juif canadien a
mis en garde hier contre la généralisation
de la violence hors du Proche-Orient,
citant l'attentat perpétré vendredi dans
un centre communautaire juif de Seattle.
"Nous espérons que la nature brutale
du Hezbollah et son appel à la guerre
sainte globale contre l'Etat juif ne se
traduiront pas par des actes mortels comme
ce qu'on a vu à Seattle", écrit le
B'nai Brith dans un communiqué.
"Dans la crainte que les cellules
dormantes du groupe à l'étranger ne
soient en train de planifier des attaques
pour se venger, nous réitérons notre
alerte de sécurité à la communauté"
juive du Canada, poursuit-il. Le Hezbollah
a affirmé hier que "l'ennemi israélien
assumera les conséquences de ses
massacres, à Cana et ailleurs, comme s'y
est engagée la Résistance
islamique", la branche armée du
mouvement. Les Brigades des martyrs
al-Aqsa, un groupe armé palestinien, ont
quant à elles déclaré qu'elles considéraient
"les Etats-Unis et certains pays
occidentaux" comme des cibles après
Cana.
Une tragédie et un tournant
par DIDIER EUGENE, publié dans
Ouest-France le 31 juillet 2006
La nuit
de bombardements sur la ville de Cana, au
Sud-Liban, ajoute la tragédie au drame vécu
depuis près de trois semaines par le Liban.
Les obus israéliens ont tué plus de
soixante civils parmi lesquels trente
enfants et des handicapés qui n'avaient pu
fuir à temps. Les réactions indignées qui
tentent de percer la torpeur estivale
occidentale ne demandent qu'une chose après
un tel massacre : le cessez-le-feu immédiat.
Exception notable : les Etats-Unis qui
laissent la bride sur le cou à Israël, se
contentant de l'appeler "à la plus
grande retenue". Quant au Premier
ministre israélien, Ehoud Olmert, il
souhaiterait mener sa première guerre
encore deux semaines, selon des propos
officieux, aussitôt démentis. L'Etat hébreu
cherche à se faire pardonner en proposant
d'indemniser les familles des victimes de
Cana et à se dédouaner en accusant le
Hezbollah d'avoir laissé sciemment des
civils exposés au feu, alors qu'ils avaient
été incités depuis plusieurs jours au départ.
Vraie ou
fausse, l'accusation n'exonère pas Tsahal,
l'armée israélienne. Le commandement
n'ignore rien des risques qu'il fait courir
aux civils. Déjà, lors de l'opération Raisins
de la colère, en 1996, Israël s'était
fait piéger à Cana, y causant la mort
d'une centaine de civils. Aujourd'hui, les témoignages
recueillis par notre correspondante sur
place sont accablants. Acte calculé ou
manqué ? Le martyre de Cana arrive au
plus mauvais moment pour les Etats-Unis.
George Bush avait, en effet, demandé à
Condoleezza Rice de faire étape au
Proche-Orient à son retour du sommet du
Sud-Est asiatique à Kuala-Lumpur (Malaisie)
où, au lieu du récital Rachmaninov que
cette pianiste virtuose avait prévu
d'interpréter, elle a dû affronter la colère
de ses alliés. L'étape proche-orientale
aura tourné court. Le gouvernement de
Beyrouth jugeant inopportun de la recevoir,
Mme Rice s'est contentée de rester à
Jérusalem. Des manifestations du Hezbollah
rendaient d'autant plus risqué un passage
à Beyrouth.
Cette
tragédie va-t-elle transformer la donne à
l'Onu ? Le Conseil de sécurité s'est
réuni - chose exceptionnelle - dès
dimanche, à la demande du Liban. La France
a préparé un texte de résolution appelant
à la "cessation immédiate des
hostilités" et énumérant les
conditions d'un "cessez-le-feu
permanent et d'une solution durable au
conflit entre Israël et le Liban".
Cela va de la libération des soldats israéliens
otages à une délimitation des frontières,
notamment l'enclave israélienne des fermes
de Chebaa, en passant par le désarmement
des milices et le déploiement d'une force
internationale. Parti pour prendre de
vitesse la résolution française, le duo
Bush-Blair avait annoncé, vendredi soir,
son propre projet qui comportait deux temps :
une force internationale pour permettre le
retrait d'Israël du Liban, puis une force
élargie déployée avec l'armée libanaise
et chargée d'assurer le désarmement du
Hezbollah, conformément à la résolution
1559 de l'Onu.
Ni le
Hezbollah, ni le Liban, ni la France ne
veulent d'un tel scénario. "Pas de
force internationale sans cessez-le-feu préalable"
aujourd'hui "encore plus nécessaire",
a réaffirmé Paris qui cherche à impliquer
l'Iran dans une stabilisation régionale.
Cosignataires de la résolution 1559, Paris
et Washington divergent sur les moyens de
son application au Hezbollah. La tragédie
de Cana sera-t-elle le tournant accélérant
la résolution du problème libanais ?
On n'ose y croire.
L’inqualifiable
tuerie
par FADY
NOUN, publié dans l'Orient-le Jour le 1er
août 2006
L’inqualifiable tuerie. Ce que cette
guerre a révélé de façon éclatante,
c’est le visage terroriste d’Israël.
Celui de l’Irgoun, celui de Deir Yassine.
Certes, l’étincelle qui a provoqué cet
incendie est venue du Liban. Mais par
l’ampleur de la riposte israélienne, on
s’est très vite rendu compte qu’il
s’agissait d’un plan d’agression
plutôt que d’une réaction de défense.
La politique israélienne est une
politique de domination, de conquête, non
de défense. Mais quelle que soit la
barbarie dont Israël a fait preuve, les
civils devraient toujours être tenus à
l’écart d’actions qui pourraient
entraîner des représailles qui les
affecteraient, prévoit la convention de
Genève. Cela dit, affirmons haut et fort
qu’il n’y a pas d’issue à cette
guerre. Nous sommes en présence d’un
conflit stérile dont un pays tout entier
est l’otage. Le Premier ministre israélien
se fait des illusions : on ne brise pas
une Résistance qui fait preuve d’autant
de pugnacité que de mobilité. La seule
issue du conflit est une issue négociée,
et le seul plan de règlement viable est
le plan en sept points approuvé par le
gouvernement, qui commence par un
cessez-le-feu immédiat et inconditionnel
et s’achève par l’extension de
l’autorité de l’Etat au Liban-Sud.
D’ores et déjà, c’est aux retombées
de cette guerre sur l’équilibre des
forces internes au Liban qu’il faut
accorder toute notre attention. C’est la
tâche délicate qui va incomber au
Premier ministre. Le salut réside dans
l’intégration à l’Etat de la Résistance.
Mais à quel prix, cela reste à discuter.
Une chose est sûre, l’équilibre
communautaire sur lequel repose le Liban
n’en sera pas modifié, car cela
signifierait le naufrage même du Liban.
Walid Joumblatt a affirmé craindre les
retombées d’une "victoire" du
Hezbollah sur le pluralisme et les libertés
publiques. Comme lui, avec lui, on a le
droit de poser certaines questions au
Hezbollah, et d’en attendre des réponses
claires. Ses forces sont-elles
proportionnelles aux besoins "défensifs"
du Liban ? Que veut exactement le
Hezbollah ? Défendre le Liban ou détruire
Israël ? Jusqu’où compte-t-il remonter
dans la chaîne des causes et effets ?
Cherche-t-il à inscrire le conflit dans
une problématique sans autre solution
qu’une défaite absolue ou une victoire
absolue ? Ce serait se diriger droit vers
un "combat final" qui ressemble
à un suicide collectif.
Enfin, au sujet de la présence de Tarek
Mitri à l’ONU. Homme de culture et de
dialogue, il sait mieux que personne les
enjeux culturels et religieux de
l’affrontement en cours. Un affrontement
qui, qu’on le reconnaisse ou non, est un
choc entre deux cultures théocentriques,
quel que soit le degré de sécularisation
de la société israélienne. Qui mieux
que le vrai Liban, "le Liban message
de pluralisme", peut se poser en
meilleur médiateur pour résoudre ce
conflit au niveau non des armes, mais des
valeurs ?
Le Liban pleure ses morts
Le Liban a observé hier un jour de deuil
officiel, au lendemain de la mort de plus
de 60 civils, dont 30 enfants, dans le
bombardement israélien d’un immeuble
dans le village de Cana. Toutes les
administrations publiques et les banques
ont ainsi fermé leurs portes et les
drapeaux ont été mis en berne. De son côté,
l’Organisation arabe du travail a déclaré
un deuil officiel de trois jours et a mis
les drapeaux en berne, "en guise de
protestation contre l’horrible carnage
commis par Israël contre les enfants et
les civils". Dénonçant "cet
acte barbare", l’organisation a déploré
"le silence du Conseil de sécurité
face aux tueries que commet Israël, et
qui ne se seraient pas poursuivies sans le
soutien total de grands Etats qui
appellent au respect des droits de
l’homme, sans pour autant les
appliquer".
Un
Liban libre, uni et stable, c'est possible
par
BEATRICE PATRIE, publié dans le Figaro le
27 juillet 2006
L'auteur
est Député Européen, présidente de la délégation
du Parlement européen pour la région du
Mashrek, membre de l'Assemblée
parlementaire euroméditéranéenne
L'Histoire
ne repasse pas les plats. Tout au moins,
tentons de le croire, et dans le concert des
Cassandre qui prédisent ou souhaitent déjà
une nouvelle guerre civile au Liban et un
embrasement de la région, croyons possible
de faire entendre un contrepoint plus
optimiste sur l'avenir de ce pays cher au
coeur de la France. Certes, la provocation
unilatérale du Hezbollah, et la riposte
aussi brutale que disproportionnée d'Israël
semblent plonger le Liban dans une spirale
meurtrière d'autant plus inquiétante que
l'on voit trop bien à qui peut profiter
potentiellement le crime : l'Iran qui
fournit les armes trouve dans l'affrontement
matière à négocier plus avantageusement
les conditions de son programme nucléaire ;
la Syrie par laquelle transite le matériel
diffère le moment de rendre des comptes à
la justice internationale sur l'assassinat
de l'ancien premier ministre Rafic Hariri.
Si l'on ajoute à cela le développement
d'un antagonisme entre communautés chiite
et sunnite dans la région - la fameuse
thèse du croissant chiite, tous les ingrédients
du drame semblent, une fois de plus, en
place.
C'est
peut-être un peu vite oublier que, malgré
ces constances malheureuses, le Liban n'est
plus le pays sorti exsangue de la guerre de
1975. Répéter, à l'envi, que le Liban,
une fois encore, va être le terrain de jeu
des conflits régionaux, c'est faire
l'affront au pays du Cèdre d'occulter le
formidable travail de reconquête de sa
souveraineté et de reconstruction démocratique,
engagé depuis 2004, malgré les attentats
meurtriers qui ont constamment assombri son
histoire récente. Ne voir, aujourd'hui au
Liban, que des chrétiens désespérés et
des sunnites exaspérés prêts à se
coaliser contre des chiites tétanisés,
c'est ignorer l'extraordinaire mobilisation
populaire du 14 mars 2005 autour du mot
d'ordre d'unité nationale. C'est surtout
faire l'impasse sur un événement passé,
il est vrai, assez inaperçu aux yeux de
l'opinion publique internationale :
l'organisation, ce printemps, sur
l'initiative de Nabih Berri, président du
Parlement libanais, d'un "dialogue
national", au cours duquel on a vu,
durant plusieurs semaines, l'ensemble des
responsables politiques libanais se mettre
autour d'une table pour aborder toutes les
questions d'intérêt national, y compris
les plus épineuses comme la mise en oeuvre
de la résolution 1559 des Nations unies, la
délimitation de la frontière
syro-libanaise, et le problème des armes de
la résistance. Pour la première fois
depuis 1975, les anciens chefs de guerre,
naguère ennemis, se concertaient en toute
indépendance et rompaient avec la pratique
habituelle libanaise des négociations bilatérales
n'aboutissant qu'à des compromis partiels.
Le Hezbollah qui n'avait pas participé aux
manifestations du 14 mars avait accepté de
s'asseoir à la table des négociations.
Même si
cette tentative de concertation reste
inachevée, elle a montré que le Liban
avait la volonté et la capacité de maîtriser
son destin national. Aussi, la responsabilité
de la communauté internationale, et surtout
celle de l'Union européenne, est
aujourd'hui de redonner au Liban les moyens
d'exercer pleinement sa souveraineté. Cela
passe, bien entendu, par un cessez-le-feu
immédiat de la part des protagonistes, la
restitution des prisonniers et par la
garantie mutuelle du respect des frontières
israélo-libanaises. Il faut, à cet égard,
convaincre Israël d'accepter le principe
d'une force multinationale d'interposition :
confier ce rôle à l'armée libanaise
risque, en effet, de monter dangereusement
les chiites, première communauté démographique
du Liban contre l'armée nationale. Il
faudra ensuite amener les parties à la
table des négociations. Ce sera le moment
de rappeler à Hassan Nasrallah, chef du
Hezbollah, ses déclarations tenues lors du
dialogue national : "Le parti de
Dieu ne va pas se barricader derrière des
constantes, nous serons positifs." Les
conditions du désarmement des "forces
de la résistance" sont connues :
la sécurité des frontières et des
territoires, et l'assurance pour les
populations chiites du sud de pouvoir
exercer leurs droits sur l'eau, mis à mal
par les pilonnages israéliens.
Mais il
ne faudra pas en rester là. L'Union européenne
devra poursuivre son travail de soutien à
la construction d'un véritable Etat au
Liban, embryonnaire à ce jour. A cet
égard, rappelons à Israël qu'il est
paradoxal de fustiger "l'Etat dans
l'Etat" incarné par le Hezbollah
à travers ses multiples institutions
sociales, et de détruire le peu
d'infrastructures étatiques existant au
Liban (réserves d'eau, centrales électriques,
ponts, routes ou usines). La garantie, sur
le long terme, de l'unité nationale passera
par la réforme des institutions, et la mise
en place de services publics de base. C'est
d'ailleurs le chantier que le gouvernement
Siniora engageait au moment même où Israël
a décidé de la destruction systématique
du pays. Face aux Etats-Unis dont elle n'est
pas tenue de partager les visions hégémoniques,
l'Europe doit être un acteur essentiel de
l'avenir du Moyen-Orient. Aujourd'hui, elle
doit agir pour que le Liban ne soit plus la
victime sacrificielle de ses voisins, mais
devienne, au contraire, un pôle de paix, de
stabilité et de démocratie de la région.
Lettre
à Wajdi Mouawad : Le Liban n'est pas à
genoux tout seul...
par
JACQUES NADEAU, publié dans le Devoir le 29
juillet 2006
Mon cher
Wadji, C'est du fond de mon coeur que je t'écris
pour oser prétendre qu'il y aura toujours
"assez de mots pour dire...". Pour
dire que les Libanais ne sont pas seuls
puisque nous les aimons, même si la
communauté internationale se détourne carrément
de son obligation de trouver une issue à
cette crise ; pour dire que M. Siniora mérite
notre admiration et notre respect puisqu'il
sait incarner avec élégance ce très jeune
Liban démocratique, né en 2005, après je
ne sais plus combien d'occupations depuis
Nabuchodonosor II ou Alexandre le Grand
jusqu'aux plus récentes incursions de
Tsahal dans le sud du Liban, à Bint Jbail
ou Sûr (Tyr) ; pour te dire enfin que tu
n'es pas seul, toi non plus. Tu n'auras à
basculer ni dans la "haine", ni
dans la "folie".
Moi aussi,
je marche depuis quelques jours à la
recherche de mots pour te consoler, pour te
dire que je suis avec toi à l'intérieur de
ta douleur. Et je les ai trouvés, ces mots,
dans la bouche d'un de tes frères en création :
Gérald Godin. Et voici ce que ces mots-là
disent avec candeur, simplicité et
puissance : "La langue du coeur /
en espagnol, on dit corazon / en grec, on
dit gardia / en italien, on dit cuore / en
français, on dit coeur / en anglais, on dit
heart / en allemand, on dit herz / en
portugais, on dit coraçaon / en yiddish, on
dit herts / Dans toutes les langues, on
parle du coeur / la racine est le mot
sanscrit Kerd / les humains ne parlent
qu'une seule langue / quand ils laissent
parler leur coeur [...]". Alors, voilà
tout bonnement la tape amicale que je
voulais te donner pour faire taire tes
angoisses et toutes les armes du monde tout
en laissant parler mon coeur.
Cela dit, j'aimerais finir avec une touche
d'humour d'un écrivain libanais :
"D'autres pays ont des ouragans, des
volcans cracheurs de lave, des tsunamis, des
tremblements de terre, des canicules. Nous,
nous avons des voisins." Cordialement.
A Beyrouth, un
concerto pour trompette et bombes israéliennes
paru dans l'Orient-le
Jour le 29 juillet 2006
Un trompettiste libanais,
Mazen Kerbaj, a enregistré un duo avec
l’armée de l’air israélienne en se
postant sur son balcon, à Beyrouth, pendant
des bombardements. Le morceau qu’il a réalisé
combine sa propre musique et le bruit des
explosions. "J’étais à environ
trois kilomètres (des bombes), je les
voyais exploser et je les entendais, mais je
savais que j’étais en sécurité", a
expliqué Kerbaj à la BBC. "C’est un
peu éprouvant pour les nerfs, mais j’ai
vite compris que si je jouais de la musique
en même temps, ce serait mieux que
d’entendre simplement ce qui se passe.
D’une certaine façon, mon attention était
détournée et je me suis concentré entièrement
sur la musique." Interrogé sur
l’opportunité d’une telle démarche
artistique au beau milieu d’un conflit
meurtrier, il a répondu : "Lâcher des
bombes sur des enfants qui fuient leurs
villages est bien pire, en matière de
mauvais goût." Il espère que cet
enregistrement permettra aux gens de se
rendre compte de ce que vit Beyrouth au
quotidien. "Ce n’est pas comme sur
CNN. Ce n’est pas un film hollywoodien,
c’est la réalité", a-t-il dit.
Tout est de la faute des Italiens
!
(vieil
adage libanais datant de la 2e guerre
mondiale qui trouve aujourd'hui sa
confirmation)
En
juillet
1982, l'Italie
gagne le mondial de football alors que l'invasion
israélienne du Liban a commencé un mois
plus tôt, faisant 20.000 morts. En
juillet 2006, l'Italie gagne le mondial et
Israël envahit le Liban, faisant à ce jour
900 morts. Espérons que l'Italie ne
gagnera plus le mondial avant longtemps
!
Les
Nations unies responsables du bombardement
de l'usine Candia Liban Lait
En 2002,
les forces des Nations unies stationnées
au Liban sud ont suspendu leurs commandes de
lait auprès d'Israël, signant un contrat
de 1,5 millions de dollars annuel avec la
nouvelle usine franco-libanaise ultramoderne
Candia Liban Lait ouverte dans la plaine de
la Békaa près de Baalbek. Un
chasseur-bombardier israélien l'a visée de
plein fouet au début du conflit, la rendant hors
de fonction pour un an. Coût
estimé des réparations : 8 millions
de dollars. Heureusement, les vaches
hollandaises venues de France ont été épargnées.
Ce qui n'a pas été le cas, une semaine
plus tard, des 4 observateurs des
Nations unies canadien, chinois, autrichien
et finlandais qui, après deux heures de
discussions ayant excédé les généraux
israéliens, se sont vus balancer sur leur
QG de Khiam des bombes bien ciblées
les pulvérisant. Le souffle de l'explosion
a atteint New York, empêchant les membres
du Conseil de sécurité de l'ONU de voir
clair pour écrire un texte adapté à la
situation.
La
6e guerre israélo-arabe - Le Canada ne
serait-il pas à l'origine de la crise ?
Pour
un pays comme le Canada, succès proclamé
de la coexistence des cultures et des
religions, le simplisme politique des
derniers temps est affligeant
par
JEAN-CLAUDE LECLERC, publié dans le
Devoir le 31 juillet 2006
L'auteur
enseigne le journalisme à l'Université
de Montréal
Pour les uns,
c'est une affaire de pétrole, pour
d'autres, une guerre de religion, pour
d'autres encore, une machination étrangère.
Depuis 60 ans que dure le conflit du
Proche-Orient, alors que même les spécialistes
s'y perdent, plus d'un commentateur prend
parti sans parfois s'arrêter aux causes.
Aussi le public cherche-t-il, plus qu'une
simple chronologie, le fil des événements.
De
Damas où affluent les réfugiés
libanais, le journaliste Doug Saunders, dépêché
en Syrie par le Globe and Mail, s'est
essayé récemment à une analyse
provocatrice : le Canada ne serait-il
pas à l'origine de la crise ? Pour
les vieux routiers de l'actualité
internationale - 1948, 1956, 1967, 1973,
1982, 2006, on est rendu à la 6e guerre
israélo-arabe -, le film de cette
histoire n'est pas neuf. Toutefois, pour
qui serait porté à n'y voir qu'une
absurdité, le rappel des événements est
éclairant.
Saunders en remonte le cours pour
expliquer un conflit qui est -
fondamentalement - resté le même. En
voici l'essentiel. Pourquoi Israël et ses
bombardements font-il aujourd'hui reculer
le Liban au siècle passé ? Parce
que l'Etat libanais a été pris en otage
par les militants du Hezbollah, qui
veulent détruire l'Etat hébreu. Et
comment ce "Parti de Dieu" en
est-il venu à détenir au Liban un si
grand pouvoir ? En raison du fait
qu'Israël a envahi ce pays en 1982, y
ruinant la société civile. Mais pourquoi
donc Israël a-t-il alors agi de la sorte ?
C'est que le Liban était devenu une base
pour l'Organisation de libération de la
Palestine, cette OLP de Yasser Arafat qui
y lançait des attaques contre Israël. Et
pourquoi donc l'OLP était-elle au Liban ?
Parce que 300.000 Palestiniens s'y étaient
réfugiés, chassés par la guerre de
1967. Mais pourquoi cette guerre d'Israël
contre ses voisins arabes ? Parce que
ces Etats se préparaient à l'envahir.
Mais
alors d'où vient que ces Etats étaient en
conflit avec Israël ? C'est parce
qu'ils n'ont pas accepté la création d'un
Etat hébreu, ni la victoire militaire
d'Israël en 1948, ni la catastrophe humaine
et politique qui en a résulté : dépossession
et dispersion de populations arabes,
morcellement du territoire, un abcès
d'hostilité générateur d'autres crises.
Or, pourquoi la création d'un pays juif
a-t-elle, dès le début, suscité un pareil
chaos ? Depuis quinze ans, juifs et
arabes s'y disputaient le contrôle de la
Palestine en même temps qu'ils s'efforçaient
d'en faire partir l'armée britannique,
alors puissance mandataire. (Des
"terroristes" sionistes firent
sauter son quartier général, installé à
l'hôtel King David de Jérusalem, entraînant
la mort de 91 personnes.) Les Nations unies,
nouvellement créées, durent former un
comité en vue de trouver une solution.
La
partition
Pour Saunders, c'est dès le départ que
tout s'est gâté. Deux solutions étaient
possibles. La partition de la Palestine
entre un Etat juif et un Etat arabe. Ou la
création d'une fédération comportant deux
provinces, un parlement paritaire, une
capitale neutre, un Etat non confessionnel
et des droits garantis aux deux communautés.
La Yougoslavie, l'Iran et l'Inde proposèrent
la fédération. Mais le Canada, représenté
par Yvan Rand, un juge de la Cour suprême,
réussit à faire passer la partition,
ouvrant ainsi la voie à des décennies de
souffrance et de violence. Peut-être une
Palestine fédérale aurait-elle mal tourné
également. Nul ne le sait. Le journaliste
du Globe ne s'aventure pas dans ce scénario
politique. Par contre, à l'époque, les
pays arabes ne comprenaient pas que les
juifs d'Europe veuillent s'installer au
Proche-Orient. Les sionistes, eux,
promettaient que juifs et arabes vivraient
en paix au sein du futur Etat hébreu, comme
on peut le lire dans leur mémoire aux
Nations unies.
La guerre des Six jours allait faire encore
plus de réfugiés arabes et agrandir le
territoire contrôlé par Israël.
Occupation et terrorisme, deux vocables de
1947, redevinrent, après 1967, les mots clés
de cette terre déchirée - et de la lutte
qui s'y est amplifiée jusque sur la scène
internationale. Enhardis par leurs gains
militaires, des dirigeants sionistes se sont
mis à rêver d'un "grand Israël"
et ont implanté des colonies dans des
territoires qu'ils auraient, autrement,
laissés aux populations palestiniennes.
Puis Israël, foyer national offert aux
juifs opprimés d'Europe, est aussi devenu
une nouvelle "terre promise", même
aux juifs libres et prospères d'Amérique.
Tout juif pieux devait, croyait-on, s'y
installer. L'islam radical revendique alors,
non plus une place, mais toute la place. Le
litige va désormais opposer aussi des
religions.
De leur côté, les régimes arabes et les
Palestiniens eux-mêmes avaient vu dans l'Etat
hébreu une implantation colonialiste. Ils
n'ont pas caché leur souhait, sinon d'en éliminer
la population, du moins d'en abolir l'entité
politique. C'était s'engager dans un combat
total. Car pour ses auteurs comme pour
nombre de juifs, Israël est vu comme le
seul pays où un juif n'est pas en danger.
Pourtant, de tous les pays arabes qui menaçaient
Israël, seule la Syrie, amputée du Golan,
tient encore une position radicale.
Ailleurs, le vieil antagonisme se sera
finalement relâché.
Un rempart de la
"civilisation"
Hélas un autre affrontement allait se
raviver entre-temps. Au XIXe siècle, tout
en offrant aux pays européens de les
"soulager" de leurs populations
juives, des leaders sionistes leur présentaient
l'Etat juif comme "un morceau du
rempart contre l'Asie", selon le mot de
Théodore Herzl, "la sentinelle avancée
de la civilisation contre la barbarie".
L'histoire devait montrer, quelques décennies
plus tard, que la barbarie pouvait être
européenne. Or, un siècle après Herzl, il
s'en trouve encore pour faire d'Israël un
rempart avancé de la
"civilisation". C'est de cette
civilisation que proviennent les bombes qui
saccagent le Liban. Le Proche-Orient montre,
en effet, jusqu'où peut mener une
conception fondamentaliste de la vie
internationale. Plutôt sacrifier ce pays
aujourd'hui, disent les jusqu'aux-boutistes
de l'anti-terrorisme, que de voir demain le
Hezbollah frapper l'Europe ou l'Amérique.
Au nom de la sécurité et de la démocratie,
Washington et Londres n'ont-ils pas plongé
l'Irak dans un sanglant chaos ?
On peut trouver démentielle la rhétorique
de l'Iran sur les nouveaux "croisés"
venus d'Occident, mais ce vocable emprunté
au Moyen-Age chrétien éveille des échos
plus actuels qu'on le pense. Israël, on
l'oublie, est le fruit tardif de persécutions
chrétiennes. Allant libérer Jérusalem des
musulmans, les croisés d'Europe ont aussi
massacré des juifs en chemin, puis se sont
livrés à des pillages en passant la ville
chrétienne de Constantinople, avant de
s'entre-déchirer là-bas pour la possession
de la "terre sainte". Les
mobilisations d'aujourd'hui contre le
terrorisme rappellent à plus d'un égard
les campagnes hystériques de ces siècles
intolérants et violents. Juifs, chrétiens
et musulmans en paient le prix au Liban
aujourd'hui. Et, si un frein n'y est bientôt
mis, ils le paieront partout demain.
Apparemment, les enjeux du Proche-Orient échappent
encore aux autorités canadiennes. Le juge
Rand avait certes mal mesuré la solution au
litige de la Palestine de 1947. Mais 60 ans
après, Ottawa ne manifeste pas une plus
profonde intelligence des conditions d'une
paix durable. Pour un pays comme le Canada,
succès proclamé de la coexistence des
cultures et des religions, le simplisme
politique des derniers temps est affligeant.
L'exode massif des Israéliens
vers le sud
Fuyant les tirs du Hezbollah, 330.000
personnes ont déserté les villes du
nord du pays
par ANNETTE LEVY-VILLARD, publié
dans Libération le 31 juillet 2006
Israël est un pays coupé en deux. Au
sud, la vie semble normale. Au nord,
c'est la guerre. L'autoroute se vide
quand on approche de Haïfa, la grande
ville historique aujourd'hui fantôme.
Tout est fermé, même le port et le
complexe pétrochimique. Les obus et
missiles tirés par le Hezbollah depuis
la ville libanaise de Tyr continuent de
tomber, creusant des cratères dans des
immeubles, tuant indifféremment Juifs
et Arabes. Mais le Hezbollah sème la
terreur sur toute la Galilée et son
million d'habitants. Au rythme d'une
centaine de roquettes par jour, il a
lancé près de 1.800 obus depuis le début
de cette guerre, tuant 18 civils et
blessant plus de 500 personnes. En
remontant vers la frontière, la
campagne verte brûle et les villes sont
de plus en plus désertes.
Saint-Jean-d'Acre, qui n'avait jamais
connu de tirs de roquettes, Carmiel,
Safed, Tibériade, à l'est,
habituellement hors de portée, Kiryat
Shmona... A 9 kilomètres de la frontière,
Nahariya, la station balnéaire, est une
ville morte : les sirènes d'alarme
continuent d'annoncer l'arrivée d'obus
remplis de billes d'acier, 300 en deux
semaines.
Abris étouffants
Ceux qui n'ont pas pu partir - les plus
faibles, les vieux, les pauvres, les
derniers immigrés - viennent de passer
plus de deux semaines terrés dans les
abris étouffants ou vivent enfermés dans
une chambre sans fenêtre de leur
appartement. Comme ces 200 Ethiopiens qui
ont débarqué en Israël le 7 juillet,
après sept ans d'attente à Addis-Abeba,
et qui se retrouvent dans un abri à Tibériade,
à regarder un unique poste de télévision
qui diffuse les informations en hébreu.
Ou encore ces habitants arabes qui sont
restés dans leurs villages de Galilée,
sans famille pour les accueillir au sud du
pays, et se plaignent de n'avoir ni sirènes
d'alarme, ni abri. Sont restés aussi les
employés des services publics, le
personnel médical, mais ils ont envoyé
leur famille, et surtout leurs enfants,
plus au sud.
La majorité des habitants des villes du
Nord sont partis, dans un exode jamais vu
en Israël : 330.000 personnes ont pris la
route du Sud. Là encore, riches et
pauvres ne sont pas égaux devant la
guerre. S'installer dans un hôtel
confortable à Tel-Aviv, à Jérusalem ou
à Eilat coûte cher. Les vacanciers forcés
mais aisés ont remplacé les touristes étrangers
qui ont annulé leur voyage. Pour les
autres, qui souvent ont perdu leur
travail, il a fallu se débrouiller.
Yitzik Benamou habite Nahariya et
travaille dans l'usine du kibboutz Hanita,
où la frontière libanaise traverse le
jardin. Après quelques jours de
bombardements du Hezbollah, il a décidé,
comme ses voisins (il ne reste que 20 %
des 40.000 habitants de Nahariya) de
partir vers le sud avec sa femme et ses
sept enfants : "Les gosses qu'on
pousse sous les tables dans la panique,
les jours et les nuits dans les abris avec
les bébés qui hurlent, ce n'était pas
tenable." Yitzik a pensé
que passer quelques jours dans la
belle-famille à Saint-Jean-d'Acre serait
une bonne solution. Jusqu'à ce que les
obus se mettent à tomber sur la ville.
Les habitants ont commencé à fuir plus
au sud. Il a alors cherché à se réfugier
dans sa famille à Netanya. Mais ils étaient
dix-sept dans un appartement. La famille a
repris la route, encore plus au sud. Cette
fois chez un collègue de son usine, Nir
Dvir, jeune directeur marketing de Hanita
Coating, qui habite la ville chic de
Herzlia, près de Tel-Aviv. Mais chez Dvir,
il y avait déjà sa belle-mère, son
beau-frère avec sa femme et ses enfants,
sa belle-soeur avec son mari et ses
enfants, réfugiés eux aussi des villes
du Nord. Quinze personnes à camper dans
le salon. Des voisins ont accueilli les
Benamou. "On soutient notre
peuple, explique David, ingénieur.
Ma société paie l'hôtel à Tel-Aviv
pour les 80 salariés du Nord et leur
famille."
Assis sur la pelouse au milieu des
maisons, habitants et réfugiés trouvent
la guerre justifiée : "On a
toujours été attaqués et on a toujours
dû se battre, rappelle Nir Dvir.
Moi j'étais au Liban. La guerre fait
vraiment mal, mais le Hezbollah et l'Iran
veulent notre mort. On n'a pas le choix,
on doit se défendre." Yitzik
Benamou ajoute tristement : "Je
voudrais que cette guerre s'arrête,
rentrer à la maison avec mes enfants.
Mais je ne sais même pas si ma maison n'a
pas été détruite. Il n'y a plus
personne là-bas pour me le dire."
Solidarité
Un mouvement de solidarité s'est mis en
branle. Les journaux publient les petites
annonces de gens qui offrent d'accueillir
chez eux des déplacés du Nord, des
colonies sont organisées pour les enfants
(juifs et arabes), le propriétaire de
Delek, la plus grande société de pétrole
israélienne, a payé des dizaines de
chambres dans les hôtels de Jérusalem
pour les exilés et acheté des appareils
de climatisation et des télévisions pour
les abris. Les stars de la chanson n'hésitent
pas à tourner dans les abris sous les
bombardements.
Encore plus au sud, pratiquement à Gaza,
un autre milliardaire, l'israélo-russe
Arcadi Gaydamak, à la réputation
sulfureuse (objet d'un mandat d'arrêt en
France, accusé de trafic d'armes avec
l'Angola, il avait voulu racheter France
Soir ) a construit, en deux
jours, une ville de toile sur la plage
d'Ashkelon. Ce sont de gigantesques tentes
blanches au bord de l'eau où s'entassent,
dans chacune, des centaines de ces exilés
de l'intérieur, sur des matelas en mousse
: campement moderne avec souffleries
contre la chaleur torride de la côte, électricité
pour les portables, parc d'attraction,
podium pour les spectacles. Ce camp loge
et nourrit gratuitement 6.000 réfugiés
du Nord qui sont ici, expliquent-ils, "parce
qu'ils n'avaient nulle part où
aller". Une version
luxueuse des camps de réfugiés
palestiniens à quelques kilomètres, à
Gaza. D'où partent aussi des roquettes
qui ont atteint, vendredi, un jardin
d'enfants à Ashkelon.
Tyr,
les civils aux abois sous les bombes
La cité
libanaise enterre ses victimes après des
frappes destructrices qui ont accéléré
la fuite des habitants
par
JEAN-PIERRE PERRIN, publié dans Libération
le 31 juillet 2006
Un vilain terrain vague, avec des vieux
pneus, des bouteilles cassées, de la
ferraille rouillée et des godasses sans
semelles. Au milieu, une tranchée
ouverte par un bulldozer. Sur un
trottoir voisin s'alignent les
cercueils. Puis, les cadavres, enveloppés
de sacs poubelle, arrivent dans un
camion frigorifique. Trente-quatre, dont
au moins six enfants. Et un nouveau-né,
tué avec sa mère, dont ni le corps ni
le visage n'ont été recouverts. La
mise en bière se fait sans cérémonie,
à même la chaussée brûlante, sans la
présence d'aucun parent. Juste un imam
chiite pour dire la prière des morts,
tandis que des rumeurs de bombardements
se font soudainement entendre. Dans le
ciel, une grosse guêpe bourdonne sans
cesse : un drone de l'armée israélienne,
invisible, mais qui fouille chaque
recoin de la ville. Puis, des soldats
libanais portent les cercueils dans la
tranchée que le bulldozer recouvre de
terre. Elle s'ajoute aux autres fosses
communes déjà creusées : au total, près
de 300 cadavres ont été ensevelis dans
ce même terrain vague. A la va-vite. Et
sans sépulture. Il est cependant prévu
qu'on rouvre les fosses après la
guerre. Et que les défunts soient
transportés dans le cimetière de leurs
villages, où tout enterrement est
actuellement impossible. Tous, en effet,
viennent du sud et sud-est du Liban. Les
corps ont été rapportés par des
convois de la Croix-Rouge, libanaise ou
internationale, à l'issue de difficiles
missions menées dans cette région désormais
complètement coupée du reste du pays.
"Trop peur"
A la morgue de l'hôpital public, il y a
d'autres cadavres et, cette fois, quelques
familles de réfugiés. Toutes racontent
des situations d'horreur, comme Khadija
Baalbecki, 16 ans, venue reconnaître le
corps de sa grand-mère morte d'une crise
cardiaque, il y a quelques jours, dans le
village d'Al-Bazouriyé, à dix kilomètres
de Tyr. Elle raconte sa fuite sous les
bombardements : "Les avions
attaquaient toutes les voitures qui se déplaçaient.
J'en ai vu une avec des morts et des blessés
qui hurlaient à l'intérieur. Nous
aurions voulu nous arrêter, mais nous
avions trop peur pour les enfants qui étaient
avec nous." Un oncle est là
pour sa nièce, Maryam Hourou. "Elle
a été tuée alors qu'elle s'enfuyait à
mobylette avec ses parents, qui, eux, ont
été blessés par la bombe. Elle n'avait
que 15 ans."
Cratères
Porte-parole du Comité international de
la Croix-Rouge (CICR), Roland Huguenin a
accompagné vendredi le premier convoi
admis à circuler sur une route à l'est
de Tyr après de difficiles négociations
avec l'armée israélienne. Il a découvert
un pays aux abois, totalement sous le
choc, et qui n'avait reçu aucune aide
humanitaire. "Sur les routes, on
voit de grands cratères de bombes avec,
au fond, une voiture et d'autres véhicules
détruits sur les bas-côtés. A
Al-Bazouriyé, nous avons découvert dans
le sous-sol de l'école Al-Mayadine 321
personnes qui se cachaient depuis deux
semaines. Parmi eux, 70 gosses et deux bébés.
Ils disposaient encore d'un peu d'eau, de
pois chiches et de riz qu'ils chauffaient
à tour de rôle dans un seul petit coin
cuisine. A Deir Qanoun, on a trouvé dans
le garage d'une villa environ cent
personnes. Quelques heures après notre
passage, les Israéliens ont bombardé
ceux qui étaient sortis : il y a eu trois
morts."
En fait, tous les villages du Sud et
Sud-Est sont déserts. Soit parce qu'ils
le sont effectivement, comme le bourg
coquet de Jouaya, soit parce que les
habitants se terrent. "On
klaxonnait, mais les gens ne venaient même
pas chercher les colis d'aide tant ils
avaient peur. On devait presque les
supplier", raconte le
responsable du CICR. Ceux qui restent sur
place ne peuvent souvent pas faire
autrement. "D'abord, parce que
toutes les stations-service ont été systématiquement
détruites. Ensuite, il y a le danger d'être
bombardé sur la route." Même
un véhicule de la défense civile n'y a
pas échappé. "Et, près de Deir
Qanoun, nous avons pu désincarcérer les
cadavres de trois adultes, deux enfants et
un bébé, qui se trouvaient dans une
voiture depuis dix jours", ajoute-t-il.
Selon ce même responsable, dans les
villages traversés, l'aviation israélienne
a systématiquement attaqué les
stations-service, les routes d'accès et
plusieurs immeubles qu'elle a non
seulement détruits mais "complètement
aplatis". Aujourd'hui, le
CICR craint que le problème de l'eau
devienne criant, d'autant qu'il n'y a plus
de fuel pour faire marcher les pompes. "Déjà,
dans certains villages, on boit de l'eau
sale", avertit Huguenin.
S'ajoute celui de l'aide humanitaire. Non
seulement elle doit arriver en quantité
suffisante, mais il faut aussi que sa
livraison soit autorisée par les Israéliens.
Cadavre
A la morgue de Tyr, sous le chagrin, la
colère n'est pas loin : "Admettons
que j'aie quelque chose à voir avec le
Hezbollah ! Mais, quand même, pas mes
enfants...", s'emporte une
jeune mère, Amina. "La
civilisation que les Américains veulent
nous apporter, c'est celle de la violence.
Heureusement, il y a Nasrallah [le
chef du Hezbollah, ndlr]. Il est notre
fierté." De son côté,
Akil Zaïn, le mollah chiite qui a conduit
la prière, refuse de reconnaître au
parti chiite la moindre responsabilité
dans le désastre de la région : "Il
est là parce que l'armée libanaise ne
nous a jamais défendus, pas plus que la
communauté internationale, personne à
part lui pendant les trente ans
d'occupation israélienne. Sans lui, les
Israéliens seraient toujours là." Depuis
le terrain vague, on peut voir un haut
immeuble dont les derniers étages ont été
complètement écrasés par une bombe au début
de la guerre. On y aperçoit le cadavre
d'une femme qui n'a pu être dégagé. En
plein centre-ville, un autre immeuble a été
réduit à un tas de gravats. Les accès
à la ville ont aussi été bombardés et
elle n'est plus reliée à l'extérieur
que par un seul chemin poudreux. Plus
d'essence, et tous les magasins, à de
rares exceptions, ont fermé. Déjà, la
moitié environ de ses 60.000 habitants
ont fui. Ceux qui restent se demandent si
leur sort ne va pas bientôt ressembler à
ceux des villageois du Sud.
Témoignages sur
l’usage par Israël de munitions
controversées
paru dans
l'Orient-le Jour le 29 juillet 2006
Des personnels
de santé et des militaires libanais
affirment avoir constaté des blessures
qui leur font suspecter l’emploi par
l’armée israélienne d’armes dont
l’usage est strictement réglementé
dans les zones urbaines et contre des
civils, rapportent Jihad Siqlawi et Taher
Abou Hamdan, de l’AFP. "Pourquoi ma
mère brûle-t-elle aussi ?" hurle le
petit Hussein Mahdi, 9 ans, dont les médecins
assurent qu’il souffre de graves brûlures
causées par des bombes au phosphore
supposées avoir été tirées par l’armée
israélienne contre des civils au
Liban-Sud. Personne n’a osé dire à
l’enfant que sa mère était morte, car
sa douleur est déjà insupportable : il
est brûlé à la poitrine, au visage, aux
mains, aux jambes et sur le dos et ne
cesse de pleurer en se retournant dans son
lit tant les escarres le font souffrir. Un
raid aérien israélien a détruit sa
maison à Naqoura, tuant sa mère et sa sœur
de 11 ans, et il a été transporté par
ambulance vers un hôpital de Beyrouth,
après un voyage hasardeux sur la route côtière
perforée par les obus.
Mohammad Salam, chef de l’équipe de
secours de Tyr, a raconté avoir évacué
une femme et sa fille "blessées et
inconscientes après un raid aérien qui a
détruit une maison près du village de
Bazouriyé". "Mais, dans
les décombres, j’ai trouvé enveloppé
dans une couverture un bébé de neuf
mois. Lorsque je l’ai sorti et déshabillé
pour le porter dans une ambulance, son
corps a soudain noirci au contact de
l’air", a ajouté Mohammad Salam,
qui s’est déclaré convaincu que le
nourrisson avait été blessé par une
bombe au phosphore. Ces témoignages
n’ont pu être corroborés par des
sources médicales indépendantes. De son
côté, interrogée sur l’emploi de
bombes à fragmentation et au phosphore,
l’armée israélienne s’est bornée à
indiquer qu’elle avait "recours
uniquement à des armes autorisées par la
loi internationale". Un officier supérieur
du génie de l’armée libanaise a fait
état de l’utilisation dans la région
du Aarqoub, dans le sud-est du Liban, de
bombes à sous-munitions, d’obus
d’artillerie à sous-munitions
perforantes qui peuvent traverser
plusieurs étages et d’obus
d’artillerie "cargo" qui
dispersent des sous-munitions ou des
mines.
Un expert occidental en armement basé au
Liban a également affirmé à l’AFP
qu’ "Israël utilise
incontestablement des bombes à
sous-munitions". "Elles
servent normalement à attaquer des véhicules
blindés et il est totalement incorrect
d’en faire usage contre les
civils", a estimé l’expert.
"En outre, nous avons des rapports
sur l’utilisation de bombes au phosphore
et d’obus d’artillerie à
sous-munitions perforantes", a-t-il
ajouté. "Ces armes ne sont pas
interdites par la convention de Genève,
mais leur usage n’est pas autorisé
contre des civils et des centres
urbains", a-t-il rappelé. Le 24
juillet, l’organisation de défense des
droits de l’homme Human Rights Watch (HRW)
avait affirmé qu’Israël utilisait des
munitions à fragmentation dans des tirs
d’artillerie au Liban et elle avait
appelé l’Etat hébreu à cesser immédiatement
l’usage de telles armes. Selon HRW,
"des témoins et des survivants"
au Liban ont rapporté qu’Israël avait
conduit le 19 juillet une attaque à
l’aide de munitions à fragmentation
contre le village de Blida dans laquelle
une femme de 60 ans avait trouvé la mort
et 12 civils avaient été blessés, dont
sept enfants. Le 23 juillet, les enquêteurs
de HRW ont photographié ce type de
"munition à fragmentation au sein même
de l’arsenal militaire d’une division
d’artillerie israélienne stationnée à
la frontière avec le Liban". "Les
munitions à fragmentation sont des armes
intolérablement imprécises et peu
fiables à utiliser à proximité de
civils", s’est indigné Kenneth
Roth, directeur exécutif de Human Rights
Watch. "Elles ne devraient jamais être
utilisées dans des zones peuplées",
a déploré M. Roth.
Les
bombes prohibées par les conventions
internationales
Plusieurs
types de bombes sont prohibées par les
conventions internationales, telles que la
bombe au phosphore ou la bombe consommant
l’oxygène qui auraient été utilisées
par l’aviation israélienne contre les
positions du Hezbollah, selon l’armée
libanaise.
– Bombe au phosphore : il s’agit
d’une bombe incendiaire au phosphore
(blanc ou rouge) largement utilisée
pendant et depuis la Seconde Guerre
mondiale. Le phosphore blanc s’enflamme
spontanément à l’air dès 34 degrés
Celcius. La forme rouge est plus stable,
mais doit néanmoins être manipulée avec
précaution.
– Bombe consommant l’oxygène : appelée
encore "bombe à implosion" ou
"bombe à vide", elle consomme
l’oxygène dans les environs de
l’objectif visé, provoquant une dépression
qui entraîne l’effondrement des bâtiments.
– Bombe au napalm : il s’agit d’une
autre bombe incendiaire utilisant le
napalm, une substance basée sur
l’essence inventée à l’université
Harvard en 1942. Sa formule est faite pour
brûler à un taux précis et coller aux
objets et aux personnes. En 1980, son
usage contre les populations civiles a été
interdit par une convention des Nations
unies.
– Bombe à fragmentation : c’est une
bombe qui explose avant d’atteindre sa
cible ou à l’impact, en libérant des
milliers d’éclats qui se propagent à
haute vitesse dans des directions aléatoires
ou précises en fonction des effets désirés.
La charge explosive ne constitue en général
qu’un quart, voire moins, de la masse
totale de la bombe. Le reste de l’engin
se divise en une multitude de projectiles
meurtriers et incandescents.
– Bombe à sous-munitions (BASM) ou
"Cluster Bomb" : il s’agit
d’une bombe à fragmentation de nouvelle
génération, composée d’un conteneur
principal qui libère en l’air plusieurs
centaines de petites bombes sur une large
zone explosant au contact du sol.
La
matanza de Qana
El País, el 1
de agosto de 2006
Con la matanza de Qana, en el sur de
Líbano, Israel ha terminado enajenándose
incluso el apoyo de aquellos pocos que
hace unos días se mostraban
comprensivos respecto a su operación
militar. Estados Unidos, a través de su
secretaria de Estado, Condoleeza Rice,
se agita, por ahora con manifiesta
impotencia, para intentar poner una
fecha límite a esa operación, mientras
que en España las voces del Partido
Popular que desaforadamente criticaban
al presidente Zapatero por denunciar la
campaña bélica israelí emplean ahora
un lenguaje semejante, tildándola de
"indiscriminada" y "desproporcionada".
Sí, esta operación es indiscriminada y
desproporcionada, y la muerte en un
bombardeo de tantos niños libaneses,
algunos discapacitados, era algo que cabía
imaginar. Cuando se bombardean sistemáticamente
poblaciones civiles para combatir a
guerrilleros, milicianos o terroristas
acaban sucediendo hechos tan espantosos
como el de Qana. Aunque no sea la
intención de quienes bombardean, la
llegada de tales "daños
colaterales" es sólo cuestión de
tiempo. A eso, entre otras cosas, se
referían las voces más lúcidas y
moderadas de la comunidad internacional
al pedir "contención" a
Israel.
La matanza de Qana ha llegado días
después de que otro bombardeo israelí
terminara con la vida de cuatro soldados
de las Naciones Unidas en Líbano y se
suma a una larga lista de horrores de la
que son principales víctimas los
civiles y las infraestructuras del pequeño
y frágil país de los cedros. Acusar de
antisemitismo a aquellos que,
precisamente por ser amigos de Israel,
les dicen alto y claro a sus autoridades
que esta campaña es un disparate, otro
ejercicio de arrojar gasolina al fuego
de Oriente Próximo, es, como poco, otro
error monumental, cuando no una vileza.
Particularmente lamentable es que Israel
no haya aprendido de su experiencia de
1982. Aquel año, las matanzas de Sabra
y Chatila, obra de falangistas
cristianos libaneses tolerada por Israel,
pasaron a la memoria internacional como
un símbolo de la barbarie a la que
condujo la disparatada invasión israelí
de entonces. Aquellas matanzas hicieron
que Estados Unidos desaprobara tal
operación militar y presionara para su
fin. Luego vendrían las casi dos décadas
de ocupación israelí de una franja en
el sur de Líbano y su inevitable
retirada, que acabaría dando prestigio
e influencia al movimiento islamista
Hezbolá, que se la atribuyó como
victoria militar y política propia.
Israel debe poner fin de inmediato a
su insensata aventura libanesa. Aunque sólo
sea pensando en su propio bien. Sembrar
más odio en su contra entre las
poblaciones árabes, alimentar los
semilleros internacionales de islamistas,
desestabilizar aún más Oriente Próximo
y alienarse a sus amigos occidentales es
una política de una ceguera
inconmensurable. En aras del interés
estratégico de Israel, esta operación
debe terminar ya. En aras del derecho a
la vida de los niños y otros civiles
libaneses, esa operación no debería
haber comenzado nunca.
Qana
bombs an Israeli 'war crime'
A human rights group says the Israeli
air strike on Qana that killed 54
civilians is a "war crime"
Human
Rights Watch accused the Israeli Defence
Forces (IDF) of treating southern Lebanon
as a "free-fire zone". It said
the failure to distinguish between
civilians and combatants could be judged
as a war crime, and called for an UN probe
into the conflict. Israel has insisted
that Hezbollah sheltered in Qana and used
it as a base to fire rockets across the
border. But Human Rights Watch called on a
UN commission to investigate whether
serious violations of international law
had taken place during the conflict.
"The Israeli military seems to
consider anyone left in the area a
combatant who is fair game for attack,"
said Kenneth Roth, executive director of
Human Rights Watch. "Such consistent
failure to distinguish combatants and
civilians is a war crime."
Shocking
attack
The Israeli
air strike on the southern Lebanese
village of Qana in the early hours of
Sunday killed at least 54 Lebanese
civilians, mostly children. The carnage
has prompted international outrage and
urgent diplomacy to bring about a
ceasefire between Israel and militant
group Hezbollah. The IDF said in a
statement that Qana had been used since
the beginning of events as a "hideout"
and a place from where approximately 150
rockets had been fired into Israel. The
IDF also said that residents in the
village and surrounding areas were warned
in advance to stay out of areas where
rockets were being launched at Israel.
"Even after this tragic event, the
circumstances of which are still being
investigated, we appeal to the residents
of southern Lebanon to distance themselves
from terrorists, to distance themselves
from launch areas, for their own safety,"
said Maj Gen Gadi Eizenkot.
Targets
The UN's
emergency relief co-ordinator was highly
critical of Israel's strike in Qana,
calling it "indiscriminate and
excessive". But Jan Egeland refused
to absolve Hezbollah of a share of the
blame, reminding the group that using
civilian areas as a base for military
operations had long been "illegal and
immoral". "It has been so for
100 years, simply for the very reason that
you make the women and children as much a
target as you are yourself," Mr
Egeland said. However, Human Rights Watch
said responsibility for Qana rested "squarely
with the Israeli military". "Just
because the Israeli military warned the
civilians of Qana to leave does not give
it carte blanche to blindly attack,"
said Mr Roth. "It still must make
every possible effort to target only
genuine combatants."
ONU désarmée
par SERGE
TRUFFAUT, publié dans le Devoir le 1er août
2006
Acte
inexcusable, le bombardement de Cana
aurait dû susciter de la part du Conseil
de sécurité de l'ONU un sursaut autre
que la timide inflexion dont il a accouchée.
Alors que le Liban est dans l'obligation
de composer quotidiennement avec la tragédie,
les membres du club affichent des
positions qui ne permettent pas
d'entrevoir le silence des armes à très
court terme. Au terme de son deuxième périple
au Proche-Orient en une semaine, la secrétaire
d'Etat Condoleezza Rice a souligné que
l'articulation d'un cessez-le-feu par le
Conseil de sécurité serait accomplie au
cours des prochains jours. Celui-ci
comprendrait trois volets : la trêve
comme telle suivie d'une déclinaison des
balises politiques propices à une paix
durable et enfin le mandat et la
description de la force internationale.
C'est donc ce document qui, selon Rice,
devrait être entériné d'ici peu. Rien
n'est moins sûr.
En effet, l'activisme diplomatique auquel
se livre le gouvernement français s'est
soldé par l'apparition de signes de
tension entre Paris et Washington qui,
pour l'instant du moins, font un écho
lointain aux divergences constatées entre
ces deux pays lors de l'épisode irakien.
Chose certaine, entre les gestes posés et
les paroles prononcées par les uns et les
autres, c'est à la gestation d'un éloignement
qu'on assiste, et non l'inverse. A
l'origine de cet éloignement, il y a la
rencontre survenue entre le premier
ministre Tony Blair et le président Bush,
au terme de laquelle ils ont demandé
l'envoi rapide d'une force internationale,
dont leurs pays seront absents, sans avoir
pris le soin de définir le cadre
politique de la force en question. La mise
en scène comme l'acte composé par Blair
et Bush a passablement agacé l'exécutif
français qui estime avoir été mis
devant le fait accompli. Est-ce par vanité
ou par finesse diplomatique, on ne sait,
Paris a répondu de la sorte : pas
question de dépêcher de représentant
lors de la réunion - informelle pour être
précis - que les nations prêtes à
participer au contingent militaire
devaient tenir hier. Ensuite ? Ça se
corse. Et ce, sur l'essentiel, soit évidemment
le cessez-le-feu : la France
n'enverra pas de soldats dans les environs
de Beyrouth tant qu'un accord général
n'aura pas été conclu entre Israël et
le Liban.
Lorsqu'on
s'arrête au contenu souhaité de
l'accord, on peut craindre un report
lointain de la trêve. On attend en effet
des parties concernées qu'elles trouvent
une entente sur le sort des prisonniers
israéliens et libanais, le désarmement
du Hezbollah et le déploiement d'une
force internationale dans le Sud-Liban.
Qui plus est, toujours dans l'optique française,
cette dernière devrait avoir pour
fonction première de soutenir l'armée
libanaise, à qui reviendra la tâche
d'exiger du Hezbollah qu'il lui remette
fusils et missiles. Ainsi donc, la force
internationale ne sera pas appelée, selon
le voeu de Paris, à appliquer le sujet
central de la résolution 1559, soit le désarmement
des milices. A moins évidemment que
la France modifie sa position, le noeud du
problème ne sera pas résolu avant des
lunes. Croire que le Hezbollah va baisser
la garde, quand il est l'instrument
central dans cette région des visées
politiques de la Syrie et surtout de
l'Iran, relève tout bonnement de la crédulité.
Après trois semaines de bombardements,
l'ONU a une fois encore fait la preuve de
son incapacité à jouer sur les événements
lorsqu'ils sont aussi violents que
sanglants. Et ce, parce que ceux qui détiennent
les clés des solutions calculent avec
constance leurs avantages.
Cana, lieu symbolique
par STEPHANE BUSSARD, publié dans le
Temps le 31 juillet 2006
Parler de Cana, c'est évoquer aussi la
mort de 105 personnes provoquée par une
attaque israélienne le 18 avril 1996
contre un baraquement de la Force intérimaire
des Nations unies au Liban, dotée avant
tout de soldats fidjiens. Dans une opération
de 16 jours dénommée "Raisins de la
colère" (600 raids aériens, tir de
23.000 obus, 175 morts, 351 blessés,
300.000 réfugiés), le premier ministre
travailliste Shimon Peres avait tenté de
se donner un profil de faucon avant les élections
qu'il perdra au profit du leader du Likoud
Benjamin Netanyahou. L'objectif était déjà
à l'époque de casser le potentiel
militaire de la milice chiite du
Hezbollah. Cette bavure avait marqué un
tournant, puisque, sous la pression
internationale, Israël avait dû mettre
fin à son offensive. Le président américain
Bill Clinton enverra Warren Christopher
pour faire cesser les hostilités. A
partir de cette tragédie, Cana est devenu
un fief du Hezbollah et s'est radicalisé.
Cana ne rappelle pas que des tragédies.
Le village est aussi l'objet d'une
querelle historico-religieuse. Pour les
Libanais, c'est le lieu des Noces de Cana,
où le Christ a accompli son premier
miracle de transformer l'eau en vin. Une
grotte à proximité laisse apparaître
des sculptures humaines. Les Israéliens
pensent en revanche que le lieu biblique
mentionné dans l'Evangile de saint Jean
se trouve près de Nazareth, dans un
village également dénommé Cana.
Maroc : dépôt d'une plainte
contre Amir Peretz pour "crimes de
guerre"
publié par l'AFP le 1er août 2006
Trois avocats marocains ont déposé mardi
une plainte contre le ministre israélien
de la Défense, Amir Peretz, pour
"crimes de guerre" au Liban,
assurant que leur plainte est
"recevable" étant donné que le
responsable israélien est d'origine
marocaine. "Nous avons déposé cette
plainte auprès du parquet général de la
chambre criminelle de Rabat (équivalent
des assises) contre le ministre Amir
Peretz né le 9 septembre 1952 à Bejaad",
ville marocaine située à 220 km au
sud-est de Rabat, ont-ils déclaré lors
d'une conférence de presse à Rabat.
Cette plainte a été présentée au
parquet aux noms de Mes Abderrahim Jamaï,
Khalid Sefiani et Abderrahmane Benameur,
les trois avocats étant des militants des
droits de l'Homme. Me Sefiani dirige une
association marocaine de soutien au peuple
palestinien et à l'Irak.
"Le terroriste criminel sioniste,
Amir Peretz, a conservé sa nationalité
marocaine, cet homme est toujours
enregistré sur les registres de l'état
civil du Maroc", ont-ils insisté,
avant de préciser que la "loi
marocaine autorise des poursuites
judiciaires contre tout Marocain ayant
commis des délits ou crimes à l'intérieur
du pays ou à l'étranger". "Du
point de vue juridique, nous avons le
droit de porter plainte contre ce criminel
de guerre. Ses déclarations politiques et
les instructions qu'il a données à son
armée ont contribué grandement à
commettre des tueries collectives au Liban
contre des civils innocents et désarmés",
a déclaré Me Jamaï. Les trois avocats
ont en outre appelé la "justice
marocaine à assumer ses responsabilités".
Dans leur plainte qui accuse aussi
"(George) Bush (président américain)
et Tony Blair (Premier ministre
britannique) d'être complices pour leur
soutien à Israël", les avocats ont
demandé au parquet de "lancer, en
collaboration avec Interpol, un avis de
mandat d'arrêt contre Amir Peretz".
Ils ont par ailleurs appelé les avocats
arabes à multiplier dans leurs pays les
plaintes contre les dirigeants israéliens.
Contacté par l'AFP à Rabat, l'avocat
Mohammed Sebar, président du Forum
"Justice et Vérité", une ONG
marocaine de défense des droits de
l'Homme, s'est montré sceptique quant à
l'issue de la plainte contre le ministre
de la défense israélien. "Sur le
plan légal, la plainte est recevable,
mais concrètement, il y aura sûrement
des difficultés, bien qu'on puisse garder
un peu d'espoir, puisque des responsables
marocains ont déjà fait l'objet de
poursuites judiciaires dans le royaume,
dont les plaintes n'ont jamais connu de
suite", a-t-il souligné.
Un "génocide" dans la
presse arabe
Les principaux éditorialistes accusent très
durement Israël et ses alliés américains
par MYRET ZAKI, publié dans le Temps
le 31 juillet 2006
L'opinion arabe n'en revient pas.
"Les actes commis contre le Liban
peuvent être qualifiés de génocide",
écrit Ibrahim Nafie, rédacteur en chef
du quotidien égyptien Al-Ahram. Les
bombardements israéliens sur le Liban
sont une "punition collective de
style nazi", écrit Jihad Al-Khazen
d'Al-Hayat, quotidien panarabe basé à
Londres. Et d'ajouter: "S'il existe
vraiment un "Axe du Mal", il se
compose d'Israël, Israël et encore Israël,
et non de l'Irak, l'Iran et la Corée du
Nord." El-Wafd, quotidien de
l'opposition libérale en Egypte, rapporte
que son parti réclame le gel du traité
de paix entre l'Egypte et Israël.
"Pourquoi Rice retourne-t-elle dans
la région? s'interroge le quotidien
palestinien Al-Qods. Ce n'est pas parce
que les souffrances des centaines de
milliers de civils libanais ont éveillé
la conscience de Washington, mais pour
aider coûte que coûte l'Etat hébreu à
réaliser son objectif d'anéantir le
Hezbollah et toute volonté de résistance."
L'éditorial du quotidien de Jérusalem
ajoute : "Le refus d'Israël de faire
une trêve au Liban, qui aurait permis d'évacuer
les blessés et d'acheminer les vivres,
est la pire des réactions face à
l'opinion publique."
La prise de conscience est rude, face au
"refus criminel" de Condoleezza
Rice d'insister sur un cessez-le-feu immédiat
au Liban. "Il s'agit bien d'une
guerre américaine dont Israël est
l'instrument. Elle a pour dessein de créer,
sur les cendres du Liban, une alliance
anti-iranienne avec des régimes sunnites
dociles", analyse Hassan Nafaa,
professeur à l'Université du Caire, dans
les colonnes d'Al-Ahram. Rien de tel, pour
ce faire, que de fomenter un conflit
chiite-sunnite. Mais une fois de plus,
juge-t-il, les Américains se leurrent. La
prétendue "menace chiite"
qu'ils agitent ne suffira pas à cimenter
une alliance américaine-israélienne-sunnite.
"Ils n'arriveront pas à détruire
l'infrastructure du Hezbollah. Car le
Hezbollah est un état d'esprit, c'est une
idée de la résistance, avant d'être un
groupe chiite, et cette idée existera
au-delà même du Hezbollah, tant que la
Palestine sera occupée." Hassan
Nafaa préconise d' "encourager le
dialogue arabo-iranien et sunnite-chiite
pour torpiller la stratégie américaine
visant à creuser les clivages
religieux".
La popularité de Hassan Nasrallah, leader
du Hezbollah, est d'ailleurs à son comble
dans le monde arabe. Gamal Badawi,
chroniqueur du Wafd, a rendu comme bien
d'autres un hommage vibrant à cet
"homme qui a rendu un peu de dignité
à la nation arabe, et galvanisé les
esprits et les cœurs des Arabes d'une façon
qu'on n'avait pas vue depuis [le
charismatique leader égyptien] Abdel
Nasser." Les jours précédents, une
pluie de critiques a accueilli le discours
de Condoleezza Rice avant la conférence
de Rome. Nabil Zaki, rédacteur en chef d'Al-Ahaly,
quotidien égyptien de l'opposition de
gauche, s'indigne que "ce génocide
semble être un prix normal à payer,
selon la secrétaire d'Etat, pour voir naître
un "nouveau Moyen Orient".
"Ce nouveau Moyen-Orient qui n'est
rien d'autre, dénonce Hassan Nafaa, que
le projet d'éradiquer tous les régimes,
forces et idées hostiles à Washington et
Tel-Aviv, pour les remplacer par des régimes,
des forces, des idées plus malléables."
Les
secours dégagent les corps à Cana après
le bombardement israélien sur le
village
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