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COMMUNIQUÉ  RJLIBAN  N°62  du 10 juillet 2006

 

Israël et l'Occident Ponce Pilate

 

par NAJI FARAH, directeur de la rédaction

 

Les derniers événements survenant à Gaza où les Israéliens, profitant du détournement de l'opinion publique vers l'Allemagne et le Mondial de football, assènent des coups mortels à un Etat palestinien mort-né, marquent l'ampleur de la complicité doublée de lâcheté des gouvernements occidentaux. Oui, l'Occident est à l'évidence au moins partie prenante, sinon commanditaire du massacre des Palestiniens, tout comme des grands massacres du siècle dernier, sans oublier le Liban et l'Irak. L'Occident, qui a vulgarisé le terme de terroriste pour couvrir ses méfaits, a refusé au peuple palestinien la reconnaissance de son gouvernement élu démocratiquement, bloqué les fonds revenant de droit à ce peuple misérable et fermé les yeux face au tragique bombardement de civils sur une plage de Gaza survenu le jour même du coup d'envoi du Mondial 2006. Cette perversion de l'intelligence humaine est le signe que bientôt la Terre ne tournera plus en rond.

 

Lire également notre Portrait N°1 du 2 avril 2003 sur Rachel Corrie, étudiante américaine militant pour la paix en Palestine, tuée par l'armée israélienne à Gaza.

 


 

La barbarie d'Israël

 
par PHILIPPE HELLMULLER, publié dans le Temps le 3 juillet 2006

Depuis quelques jours, la Palestine subit à nouveau le rouleau compresseur israélien. Cet emballement a pour origine l'enlèvement d'un soldat israélien. Nous avons ainsi pu assister à la destruction de trois ponts essentiels, d'une centrale électrique qui fournit 40% de l'électricité de la bande de Gaza et de nombreux bâtiments d'infrastructures civiles. Ces destructions constituent clairement des punitions collectives, interdites par les Conventions de Genève (IV, art. 33). Côté israélien, elles semblent plutôt réjouir. Dow Weissglas, conseiller du premier ministre israélien, a ainsi pu déclarer : "C'est comme un rendez-vous chez le diététicien. Les Palestiniens vont beaucoup maigrir, mais ne mourront pas." Les statistiques tenues par Btselem, l'organisation juive qui tente désespérément de rappeler que les droits de l'homme devraient protéger même les Palestiniens, indiquent que depuis le début de la dernière Intifada, 3.450 Palestiniens, dont 698 mineurs, ont été abattus par les Israéliens.
 
Ces dernières années le nombre de détenus palestiniens dans les geôles israéliennes a régulièrement atteint les 5.000. Des statistiques incomplètes révèlent que plus de 6.312 maisons individuelles ont été rasées. Depuis l'occupation de Jérusalem-Est, plus de 6.400 Palestiniens en ont été expulsés ; à cela s'ajoutent 1.554 autres déportés. Pendant ce temps, près de 2 millions de colons s'installaient en Cisjordanie, sur des terres appartenant aux Palestiniens. Le plan israélien prévoit de s'approprier 46% de ce territoire par un découpage qui continuerait d'y rendre la vie impossible. 80% des ressources en eau sont appropriées par les Israéliens. Que, dans ces conditions, les Palestiniens tentent de répliquer avec leurs faibles moyens ne paraît pas aussi immoral que la politique indigne menée par Israël. [...]
 

 
La démesure, l'aveuglement et le silence
 
par GIL COURTEMANCHE, publié dans le Devoir le 8 juillet 2006
 

Mon premier séjour au Moyen-Orient remonte à 1974. Et encore aujourd'hui je suis fasciné par des constantes dans le camp israélien et dans le camp palestinien, des constantes qui s'expriment encore aujourd'hui comme si rien n'avait changé sinon la définition des territoires. A l'époque, Israël contrôlait l'ensemble de la Palestine et les Palestiniens armés occupaient un territoire étranger, le Liban. Personne ne croyait que l'Etat juif était menacé par le mouvement palestinien, échevelé et divisé, dogmatique et manipulé, qui tentait de se libérer du joug de la Syrie. FPLP, FDLP, OLP, etc., luttaient entre eux autant qu'avec l'ennemi juif. Arafat faisait office de figure de proue, mais il y avait aussi Habache et quelques autres leaders de la résistance qui, au gré des avions détournés ou qu'on faisait exploser, faisaient la manchette.

Déjà à l'époque deux comportements se dessinaient : la division palestinienne et la démesure israélienne. Pendant que les Palestiniens luttaient entre eux et se faisaient manipuler par l'Iran, la Syrie ou l'Arabie Saoudite, les Israéliens développaient une stratégie de la démesure. Celle-ci s'exprimait et s'exprime encore simplement. Elle ne possède plus aucune parenté avec la loi du talion, une dent pour une dent. C'est une mâchoire pour une dent, un corps pour une main, un village pour une chambre. C'est ainsi qu'on a envahi le Liban pour contrer quelques tirs de roquettes, fait massacrer par les milices chrétiennes des centaines d'innocents à Sabra et Chatila pour éliminer quelques terroristes présumés. Plus tard, pour venger les victimes des attentats suicides, on a envahi la Cisjordanie, emprisonné dans son bunker Yasser Arafat, détruit des milliers de maisons, érigé une frontière de béton qui contrevient à toutes les résolutions de l'ONU, multiplié les assassinats ciblés. Le message d'Israël a toujours été sans équivoque : vous en tuez un, nous en tuons cent. Que cette politique de la riposte massive n'ait fait qu'empirer la situation, ait contribué à l'émergence, à la consolidation et à l'élection du Hamas ne dérange absolument pas le gouvernement israélien. Après tout, comme le disent Bush et Harper à l'unisson : "Israël a le droit de se défendre." Se défendre contre quoi ? Cette fois-ci, c'est contre l'enlèvement d'un soldat.

 

Sous prétexte de libérer le soldat tenu en otage, plutôt que de se livrer à des opérations normales de renseignement et à des opérations clandestines, on a massé des centaines de chars à la frontière de Gaza, détruit une centrale électrique privant d'électricité et d'eau potable 600.000 civils innocents, deux ponts. Jeudi, les attaques israéliennes ont provoqué la mort de 24 Palestiniens, portant à plus de 5.000 le nombre de victimes depuis le début de la deuxième intifada. Le même jour, on traduisait en "justice" devant des tribunaux militaires 27 députés et ministres du gouvernement démocratiquement élu par la population.

Il faut avouer que l'enlèvement du soldat n'était pas l'idée du siècle, mais il illustre remarquablement l'aveuglement et la démarche quasi suicidaire des extrémistes palestiniens qui mènent le jeu téléguidé par la Syrie, où vit la véritable direction militaire et spirituelle de la branche armée du Hamas. L'enlèvement est survenu le lendemain de l'accord conclu entre le gouvernement et le président Abbas sur un texte rédigé par des prisonniers palestiniens et qui comportait une reconnaissance implicite de l'Etat israélien. Ce n'était pas la fin du monde, mais c'était un premier geste de modération provenant du gouvernement du Hamas. Pour les extrémistes, il fallait relancer la spirale de la violence, pousser Israël à une riposte brutale censée, selon leur logique suicidaire, relancer de plus belle la lutte armée pour la libération de toute la Palestine. Voici une logique effarante qui soutient que plus Israël tue de Palestiniens, plus de Palestiniens vont vouloir mourir pour la Palestine.

 

Pour Israël, ce fut le prétexte qu'on attendait pour détruire le gouvernement démocratiquement élu il y a quelques mois. Le journal Haaretz a révélé cette semaine que ce plan était prêt depuis quelques mois et qu'on attendait l'occasion propice. Les fous qui se cachent à Damas. Jérusalem ne craint rien. Ce gouvernement sait qu'il peut tout se permettre, y compris kidnapper un gouvernement.

Il n'a fallu que quelques heures pour que le Conseil de sécurité se réunisse pour traiter de la "crise" des missiles de la Corée du Nord. Depuis deux semaines, la communauté internationale conserve un silence gêné devant la démesure israélienne. Il fut un temps où l'Autorité palestinienne pouvait compter sur l'appui de celle-ci, en particulier de l'Union européenne. Cette époque est terminée. Dans le bordel qu'a créé Arafat, gît aussi la perte de confiance des Européens. Et puis les temps ont changé. Résoudre le terrorisme passait par la solution au problème palestinien. Depuis l'invasion de l'Afghanistan, puis de l'Irak, c'est de moins en moins vrai. Même dans la mouvance terroriste islamiste, la cause palestinienne est passée au second rang derrière les deux pays occupés par les Occidentaux. Elle fait de moins en moins recette pour ce qui est des candidats au martyr. C'est un peu comme si on avait donné un chèque en blanc au gouvernement israélien. On a dit à l'Etat israélien : vous détenez la puissance nécessaire pour endiguer les Palestiniens, faites comme bon vous semble. C'est votre problème, pas le nôtre.

 


 
Politiciens, disent-ils
 
par CHRISTIAN MERVILLE, publié dans l'Orient-le Jour le 6 juillet 2006
 
Observez-le, ce théâtre d’ombres, qui se veut, à Dieu ne plaise, la projection de nos vies sur l’écran du monde. Pitoyable dans son inconsistance, insupportable dans sa prétention. Des exemples, il y en a, en veux-tu en voilà. Voyez donc George W. Bush qui se démène pour convaincre les Américains, et avec eux le reste de la planète, que sa guerre contre le terrorisme, entamée au triple galop, après un certain 11-Septembre, d’abord en Afghanistan, ensuite en Irak, elle est déjà à moitié gagnée. Oubliant d’ajouter, à supposer que cela soit vrai, qu’il lui reste à remporter la deuxième phase de la bataille, la plus ardue. En attendant, et pour peu que l’on veuille rester terre à terre, force est de constater qu’à chaque aube qui se lève, les Etats-Unis sont tenus d’emprunter un milliard de dollars pour s’acquitter de leur facture pétrolière.
 
Ou encore Tony Blair, bien moins sémillant qu’il ne cherche à paraître, contesté par les sujets de Sa Gracieuse Majesté et jusqu’au sein de son propre parti, harcelé par son chancelier de l’Echiquier qui piaffe d’impatience en attendant de lui ravir la place et ne lui laissant même pas l’occasion de donner le change en ces mois où son avenir est en train de se jouer. Regardez encore Jacques Chirac, soudain en panne d’idées, lui qui en avait plein la tête, mais aussi de dauphins, maintenant que le préféré d’entre eux a baissé les bras, ayant jugé sans doute complète sa collection de gaffes. Qui d’autres ? Ah oui, Vladimir Poutine, le KGBiste-judoka fourvoyé dans l’univers autrement plus impitoyable de la vie publique, faux Pierre le Grand et qui se révèle être un ayatollah slave émettant des fatwas, assorties de roubles sonnants et trébuchants, à l’encontre des illuminés Irakiens - après les indépendantistes tchétchènes - coupables d’avoir trucidé quatre de ses diplomates.

Un échelon plus bas, et sur deux autres continents, l’Afrique et l’Asie, le tableau n’est guère plus réjouissant. Le sida, la famine, les guerres avec leurs cortèges de "nettoyages" (ethniques, religieux...), un sous-développement non plus rampant mais galopant désormais, le déni de toute forme de ce qu’il est convenu de parer du nom de démocratie sont en train de ravager les trois quarts de la planète Terre, fauchant chaque année des millions de vies humaines. Pendant que les maîtres des destinées de ces contrées assistent impuissants - quand ils ne sont pas complices ou, plus grave, acteurs directs - à la plus grande tourmente de l’histoire de l’humanité. Les maigres oboles versées, comme pour se donner bonne conscience, par les Etats riches atterrissent le plus souvent dans des comptes, secrets uniquement pour leurs destinataires originels, mais dont la toute-puissante Amérique connaît parfaitement les numéros maintenant que l’on sait tout, ou presque, sur la maison Swift.

Cette longue, cette pénible énumération, bien incomplète, pour dire quoi ? Simplement ceci : avec le naufrage de nombre de grands et beaux principes, qui firent jadis la gloire du Siècle des Lumières, c’est à l’échec patent d’une certaine idée que l’on se faisait de la politique que nous sommes en train d’assister. Et avec elle, bien entendu, des politiciens, dans le sens étriqué (ô combien !) du terme. D’où la désaffection à l’égard de ceux-là d’une très grande partie de l’opinion publique. C’est que, désormais, il a autre chose à faire, le monde, que suivre dans leurs errances ces otaries, un temps savantes et aujourd’hui pérorantes, qui s’acharnent encore à essayer de nous débiter une salade devenue insipide. Quand, la bave aux lèvres, elles ne s’écharpent pas - suivez notre regard... - sans pour autant réussir par leurs invectives à intéresser qui que ce soit.

Bien sûr qu’il y eut un temps, pas si lointain, où l’exaltation était au rendez-vous à chaque fois qu’étaient évoquées de nobles causes censées produire de grands effets. Las ! La potion ne prend plus, non pas que les thèmes aient perdu de leur impact mais parce que, banalisés et mal défendus par ces piètres avocats que sont les hommes politiques, ils sont devenus comme autant de monnaies dépréciées dont personne ne veut plus. Sans doute aussi que la bérézina du communisme, dans les années quatre-vingt, celle sans doute à venir du capitalisme en attendant la fin, à plus long terme, de tous les ismes y sont pour beaucoup mais la débâcle est essentiellement d’ordre politique. Elle appelle à une révision déchirante de pas mal d’idées reçues et au renvoi à leurs chères études de tous ceux qui se sont arrogé le droit régalien de veiller sur notre devenir. L’erreur de tout ce beau monde aura été de ne pas voir combien l’exercice de la chose publique peut être un implacable révélateur dont il importe constamment de se méfier. La tragédie est que nous soyons, nous pauvres sujets, les uniques victimes de cette erreur.
 

 
En visite en Europe, Ehoud Olmert cherche à obtenir le soutien de Londres et Paris
 
paru dans le Monde du 12 juin 2006
 
Le premier ministre israélien Ehoud Olmert est arrivé, dimanche 11 juin au soir, à Londres où débute sa première visite en Europe depuis sa victoire électorale. Après s'être entretenu, lundi, avec son homologue britannique Tony Blair le premier ministre israélien doit se rendre à Paris où il doit rencontrer Jacques Chirac et Dominique de Villepin. Cette visite intervient dans un climat tendu, la mort de huit civils palestiniens, vendredi, après à un raid israélien sur une plage de Gaza, ayant suscité une vague de protestations dans le monde. Le premier ministre israélien a tenté d'apaiser la tension, dimanche, affirmant regretter la mort de "civils innocents". M. Olmert a promis de faire "toute la lumière" sur les circonstances de ce bombardement. Mais il a catégoriquement rejeté l'éventualité d'une attaque délibérée de l'armée israélienne contre des civils. "Tsahal est l'armée la plus éthique au monde et sa politique n'a jamais été de porter atteinte à des civils", a-t-il dit, alors que l'armée israélienne refuse pour l'heure d'assumer l'entière responsabilité du bombardement.

 

Plan unilatéral

Alors que la situation à Gaza et en Cisjordanie est de plus en plus difficile pour les Palestiniens après la suspension des aides à l'Autorité palestinienne, M. Olmert va tenter de convaincre les dirigeants européens de se rallier à un éventuel plan unilatéral de retrait partiel de Cisjordanie. Le plan de M. Olmert, encore au stade de l'ébauche, prévoit deux étapes. Il affirme vouloir mener des négociations avec le président palestinien Mahmoud Abbas qu'il s'est déclaré prêt à rencontrer prochainement. Mais M. Olmert exige que le dirigeant palestinien impose son autorité au Hamas, en le forçant à reconnaître Israël. En cas d'échec des discussions avec M. Abbas, M. Olmert estime qu'Israël aura toute latitude pour "prendre son destin en main" et appliquer son plan unilatéral. Cette initiative prévoit le démantèlement des petites colonies de Cisjordanie et le "regroupement" d'environ 70.000 de leurs habitants dans les grands blocs de colonies appelés à être annexés ainsi que la vallée du Jourdain.

 

Ce projet a suscité des critiques en Europe. Le 17 mai en visite à Jérusalem, le ministre français des affaires étrangères Philippe Douste-Blazy avait prévenu qu'il "est exclu qu'une frontière définie unilatéralement puisse faire l'objet d'une reconnaissance internationale". Le premier ministre israélien se veut malgré tout optimiste. "Ces derniers temps l'Union européenne (UE) a adopté dans la plupart des cas une position ferme vis-à-vis du Hamas, en lui coupant les vivres et en refusant de nouer des contacts avec cette organisation", souligne un de ses proches. L'autre grand dossier qui sera évoqué par le Premier ministre portera sur l'Iran. Israël fait campagne pour l'adoption par la Conseil de sécurité de l'ONU de sanctions économiques contre l'Iran au cas où ce pays refuserait de renoncer à son programme nucléaire. Aux yeux des Israéliens, la Grande-Bretagne et la France jouent un rôle primordial dans l'offensive diplomatique contre les ambitions nucléaires de Téhéran. Mais si Ehoud Olmert a soutenu les efforts des Occidentaux pour obtenir un compromis par la voie diplomatique, il refuse d'exclure le recours à la force.

 


 
Planète bidonville
 
paru dans le Devoir le 17 juin 2006
 
D'ici 2020, les quartiers urbains déshérités devraient enfler chaque année de 27 millions de personnes, avertit l'ONU. Les bidonvilles de la planète compteront 1,4 milliard d'habitants en 2020, soit autant que la Chine, a estimé hier un organisme de l'ONU en appelant les gouvernements à accompagner une urbanisation irréversible plutôt que de chercher à la freiner.
 

A l'heure actuelle, la Terre compte près d'un milliard d'êtres humains entassés dans des bidonvilles, soit près d'un urbain sur trois, a souligné le Programme des Nations unies pour les établissements humains (ONU-Habitat) dans son rapport sur l'état des villes du monde 2006-07. La population des bidonvilles augmente de 2,2 % par an, particulièrement en Afrique noire, où le taux de croissance annuelle dépasse 4,5 %, selon ce rapport publié tous les deux ans. Le rythme mondial s'accélère : d'ici 2020, ces quartiers déshérités devraient enfler chaque année de 27 millions de personnes supplémentaires, contre 18 millions en moyenne entre 1990 et 2001. Au début de l'an prochain, le nombre de citadins devrait pour la première fois égaler celui des ruraux à la surface du globe. Si cela est chose faite en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, l'Afrique et l'Asie ne devraient pas atteindre ce cap avant 2020. Mais les pays en développement rattrapent rapidement leur retard. Plus de 95 % de la croissance urbaine se fera dans les pays du Sud et, en 2030, les citadins seront près de cinq milliards, pour une population totale de 8,1 milliards d'humains.

L'ONU-Habitat s'est donné pour objectif de ramener la population des bidonvilles aux alentours de 700 millions d'habitants en 2020. "La croissance économique ne mène pas automatiquement à la résorption des bidonvilles", a observé Eduardo Moreno, un des auteurs du rapport, avant d'appeler à une politique volontariste d'amélioration de l'habitat urbain. Les pays d'Afrique du Nord, particulièrement l'Egypte, qui ont engagé voilà 10 ou 15 ans ce type de politique obtiennent des résultats et la population des bidonvilles a commencé à diminuer dans cette région, a-t-il souligné devant la presse. Dans certains cas, les gouvernements améliorent les conditions de vie dans les bidonvilles en fournissant l'eau, des égouts, l'électricité ou encore une aide technique à la construction de logements. Mais lorsque les quartiers sont construits dans des zones dangereuses, qui risquent par exemple d'être inondées, il n'y a pas d'autre choix que de reloger les habitants ailleurs, selon l'ONU-Habitat.

 

Contrairement aux idées reçues, la vie dans les zones urbaines défavorisées n'est pas meilleure que dans les zones rurales, selon l'ONU-Habitat, qui a calculé plusieurs indicateurs de développement humain. Dans les pays pauvres, ces bidonvilles comptent ainsi 40 % d'enfants mal nourris, soit le même pourcentage que dans les campagnes. Les taux de mortalité infantile sont comparables et la prévalence du VIH-sida et de maladies diarrhéiques sont pires en zone urbaine. Pas question pour autant de forcer les habitants à regagner les campagnes, a déclaré Sharad Shankardass, porte-parole de l'ONU-Habitat. "Les gens ont le droit de voter avec leurs pieds", a-t-il lancé. L'ONU-Habitat suggère ainsi aux Etats de revoir leur politique qui consiste à aider les campagnes dans l'espoir que les ruraux n'iront pas tenter leur chance en ville. "Les villes offrent des chances [de trouver un travail]. Aller en ville est le premier pas vers une sortie de la pauvreté pour beaucoup de gens qui viennent de la campagne", a observé Nefise Bazoglu, qui a dirigé la rédaction du rapport.

 



Stratégies du mensonge
 
par ISSA GORAIEB, publié dans l'Orient-le Jour le 8 juillet 2006

Cela n’a rien de rassurant certes, mais les Libanais ne sont plus seuls à se débattre dans leurs contradictions, faute de s’être dotés d’une stratégie de défense rationnelle.

Parler de défense à propos d’Israël peut évidemment paraître incongru : voilà bien en effet un Etat armé jusqu’aux dents, prompt à la détente, agressif par nature et même par inclination, et qui a toujours considéré que la meilleure des défenses était encore l’attaque. En paix avec l’Egypte, tranquille depuis plus de trois décennies sur le front léthargique du Golan, Israël est à l’abri de tout péril militaire classique. Le David surmédiatisé de naguère n’en est plus à solliciter à grands cris la sympathie de la planète, il est désormais Goliath. Le comble de l’ironie cependant, c’est qu’il a affaire à un nouveau David, un David qu’il a traditionnellement écrasé de son mépris. Et qui, avec des moyens de fortune, au prix de grandes souffrances mais au grand désarroi de Goliath, a réussi à vider de tout sens la guerre actuellement menée par Tsahal (littéralement, armée de défense !) au nom d’une impossible sécurité.

En réalité, c’est dans une véritable impasse stratégique que s’est enfermé lui-même Israël en exigeant, tout à la fois, et la paix et les territoires conquis en 1967. Beaucoup a été dit et écrit, durant la plus grande partie du siècle dernier, sur le fameux refus des Arabes de reconnaître l’existence de l’Etat juif. On ne cesse de constater, depuis, le refus plus obstiné encore d’Israël de reconnaître le fait palestinien, ce qui impliquerait en effet un partage équitable du sol litigieux. Une terre sans peuple pour un peuple sans terre, plaidaient déjà avec une suspecte conviction les pères du sionisme. A quelques variantes près, et si l’on excepte le bref et décevant intermède des accords d’Oslo, cela n’a pas trop changé depuis, Israël prétextant l’absence de tout partenaire valable pour se dérober au dialogue : Arafat ? Disqualifié, diabolisé, assiégé, envoyé agoniser dans un hôpital de France. Abou Abbas ? Manquant d’autorité. Le Hamas qui, en adhérant au document d’entente palestinien, vient de reconnaître implicitement, pour la première fois, Israël ? Tous des assassins, ce qui règle la question.

Rien n’est réglé pourtant, bien au contraire. En ordonnant la construction du mur de Cisjordanie puis l’évacuation, en septembre 2005, de la bande de Gaza, c’est cette même philosophie de l’action unilatérale, des frontières tracées en solo, qu’entreprenait d’appliquer sur le terrain Ariel Sharon. Or il s’est vite avéré que rien n’est plus perméable qu’une frontière arbitraire et injuste, et qu’aucun mur, aucun matraquage, aucune expédition meurtrière telle celle qui vise depuis plusieurs jours Gaza ne pourra jamais mettre les villes israéliennes à l’abri de cette artillerie du pauvre, cette rudimentaire mais létale fronde des temps modernes qu’est, aux mains du David palestinien, la fusée al-Qassam. Dès lors voit-on Israël osciller entre lucidité et déraison : lucidité qui l’amène à reconnaître, comme l’a fait hier le porte-parole de l’armée, que l’objectif fixé est militairement irréaliste ; et déraison qui le porte à patauger dans l’erreur, autant que dans le sang.

C’est quand il ne sait plus où donner de la corne que le taureau est le plus dangereux. Et jamais les faibles ne sont plus exposés que lorsqu’ils croient jouer au plus malin avec le péril. C’est la préoccupante impression que laissent en effet toutes ces manœuvres déployées au sein et en marge du dialogue national, tout cela sur fond d’ambitions présidentielles, et visant à faire croire qu’il va être finalement possible de marier l’eau et le feu : qu’à force de gesticulations sémantiques et de virtuosité dans l’art de l’imprécision, une stratégie défensive faisant l’unanimité nationale est à portée de main.

Ce pari dément sur le vague et le flou, c’était celui du funeste accord du Caire qui prétendait garantir la liberté d’action des fedayins dans le respect de la souveraineté libanaise. Et le mensonger accord du Caire qui a précipité la guerre du Liban, l’accord que les Libanais, tous ensemble, ont fini par dénoncer trente ans plus tard (c’est-à-dire trop tard), c’était déjà un accord de trop.
 

 
La politique du pire
 
par JOSEPH LIMAGNE, publié dans Ouest-France le 30 juin 2006

 

Contre le Hamas, Israël n'y va pas de main morte ! Jamais encore, on n'avait vu tant de ministres, députés, maires - tous légitimement élus - arrêtés en une nuit par l'occupant. Une telle rafle donne à penser qu'Ehoud Olmert vise un objectif autrement plus large que la seule récupération du soldat pris en otage, dimanche, par un commando palestinien. Ce dernier a livré sur un plateau à l'armée israélienne un prétexte pour revenir à Gaza, dix mois après qu'elle s'en fut retirée. Et aux autorités de l'Etat hébreu une raison de tenter d'abattre le gouvernement du Hamas, issu des urnes palestiniennes au début de cette année. Nul ne peut reprocher au Premier ministre israélien de tout faire pour sauver le soldat Gilad Shalit. Et chacun peut comprendre l'exaspération des frontaliers israéliens de Gaza, soumis, depuis des semaines, à un déluge de roquettes artisanales Qassam. Encore faudrait-il ne pas oublier que les "victimes collatérales" des représailles de Tsahal se comptent par dizaines parmi les civils palestiniens du territoire, enfants compris. Fallait-il, par des bombardements ciblés, priver d'électricité, d'eau, de routes l'une des zones les plus peuplées et les plus miséreuses du monde ? Au risque d'accroître le désespoir et la haine d'Israël, donc le risque de la violence que l'on prétend combattre.

 

Avec l'arrestation massive des élus du Hamas, l'escalade atteint un niveau hors de proportion avec ce qu'exigerait le seul souci de faire libérer un otage. Israël est coutumier des coups d'audace visant à atteindre ses objectifs, en faisant fi tant des critiques que du droit international. A moins qu'il ne s'agisse plutôt, dans le cas présent, d'un aveu de faiblesse de la part d'un Premier ministre que son absence de passé militaire contraint à faire preuve d'une excessive fermeté. En tout état de cause, le message est clair. Et désastreux. Il témoigne d'une volonté d'abattre le Hamas au moment précis où le mouvement islamique était en train - avec moult réserves et ambiguïtés - d'amorcer un pas vers la reconnaissance implicite d'Israël. Aurait-il voulu couper à la base cet espoir naissant de rameau d'olivier qu'Ehoud Olmert ne s'y serait pas pris autrement. Khaled Mechaad, l'irréductible du Hamas, considéré comme le cerveau du raid au cours duquel le jeune soldat israélien a été capturé, doit jubiler dans son refuge syrien. Tout se passe comme si les activistes palestiniens et le gouvernement israélien s'étaient donné la main pour torpiller l'accord d' "entente nationale" négocié pendant plus d'un mois entre le Fatah du président Mahmoud Abbas et le Hamas du Premier ministre Ismaïl Haniyeh.

 

A l'épreuve du pouvoir et contraints d'affronter les effets d'une faillite financière aggravée par les sanctions internationales, les élus islamistes étaient poussés au pragmatisme. Le texte, élaboré par des militants palestiniens détenus dans les prisons israéliennes, leur permettait d'écarter le risque de guerre civile et, sans perdre la face, d'ouvrir la perspective d'une reprise du dialogue avec les Israéliens. C'est ce qui se préparait quand, il y a une semaine, Mahmoud Abbas et Ehoud Olmert se sont rencontrés à Pétra, en Jordanie, à l'invitation du roi Abdallah II et ont décidé de se revoir. C'est ce dont les faucons des deux bords ne voulaient pour rien au monde. Jusqu'à quand laissera-t-on les partisans du pire dicter leur loi au Proche-Orient ?

 


 
Entre Israël et le DFAE, la guerre des mots
 
par LUIS LEMA, publié dans le Temps le 5 juillet 2006
 
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas passé inaperçu. Diffusé lundi, un communiqué dans lequel le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) se disait "extrêmement préoccupé" par la situation actuelle à Gaza, a pris des dimensions de débat national en Israël. Sur le site du journal Haaretz, qui l'a mis en ligne, le communiqué a provoqué des réactions virulentes de plusieurs centaines d'internautes. "Les Suisses sont hypocrites et antisémites, dit l'un d'eux, résumant la tonalité générale. Il faut boycotter la Suisse et les marchandises suisses." Le ton du communiqué, il est vrai, était aussi particulièrement ferme. Accusant Israël de violer le droit international humanitaire, il s'insurgeait contre "la punition collective" que l'armée israélienne imposerait aux Palestiniens. Pour le DFAE, "il ne fait aucun doute qu'Israël n'a pas pris toutes les précautions requises" pour assurer la protection des civils. Bien plus : évoquant "la destruction d'une centrale électrique" (qui a privé d'électricité des centaines de milliers de Gazaouites), ou encore "l'arrestation arbitraire" de responsables du Hamas "démocratiquement élus", le DFAE estime que ces mesures "ne sauraient se justifier".

Ce communiqué n'a pas seulement fait bondir des lecteurs du site de Haaretz. L'ambassadeur d'Israël en Suisse, Aviv Shir-On, confie avoir passé une partie de sa journée de mardi en entretiens avec des responsables de la diplomatie suisse. "Je suis conscient du fait que la Suisse a le droit d'exprimer ses opinions. Mais ce communiqué est clairement déséquilibré. Il passe totalement sous silence la souffrance encourue par les Israéliens qui ont été soumis durant des semaines aux tirs des roquettes palestiniennes." Le bombardement, par Israël, de la centrale électrique de Gaza ? "C'est un objectif stratégique", répond l'ambassadeur, qui met en avant le fait qu'Israël continue, dans le même temps, de fournir de l'électricité aux Palestiniens. L'arrestation de ministres issus du Hamas ? "Ce n'est pas parce qu'ils ont été élus démocratiquement que ces dirigeants sont légitimes. Hitler aussi avait été élu de manière démocratique"... Hitler revient souvent aussi dans les réactions des internautes israéliens. "Les Suisses qui ont pillé les fonds bancaires des victimes et collaboré avec l'Allemagne nazie débarquent maintenant avec leurs commentaires sectaires", estime l'un d'eux.

Au DFAE, où l'on se dit conscient de "l'extrême sensibilité du sujet", on affirme "avoir longuement réfléchi aux termes du communiqué". "La Suisse ne prend pas parti pour un camp ou pour l'autre, mais pour le respect du droit international humanitaire", relève le porte-parole Jean-Philippe Jeannerat, en rappelant à ce propos que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a lui aussi publié une prise de position comparable il y a quelques jours. De son côté, l'ambassadeur israélien insiste : "Je ne dis pas que la population palestinienne ne souffre pas. Mais nous prenons en compte le fait que Gaza est une zone densément peuplée. Il n'y a pas d'autre situation de guerre comparable dans le monde, où l'une des parties en conflit achemine à son adversaire les vivres et les médicaments, comme le fait Israël." Une affirmation qui, pour le DFAE, est "sujette à interprétation". Mardi, à Genève, un responsable de l'agence de l'Organisation des Nations unies en charge des réfugiés palestiniens révélait par exemple qu'Israël maintient bloquées depuis plus d'un mois 8.000 tonnes de vivres destinées à nourrir la population palestinienne de Gaza...
 

 
Stratégie de défonce
 
par GABY NASR, publié dans l'Orient-le Jour le 16 juin 2006
 
Le gouvernement du Hamas et son paquet de ministres en dessous du niveau de la mer devraient remporter haut la main la palme d’or des agences de voyages et tours opérateurs, pour avoir réussi en quelques mois à trans former les territoires autonomes en un Jurassic Park attractif où tempêtent et cliquètent les armes de tout poil et barbe. Chapeau, les gars ! On devine bien ce que serait la Palestine historique, une fois la libération achevée… A lui seul, Ismaïl Haniyeh, appelé aussi Mad Max par ses détracteurs, est un véritable poème. Arrivé au pouvoir par les urnes, il feint brusquement d’oublier qu’en fait les Palestiniens avaient voté avec leurs babouches pour se débarrasser du Fateh et de ses comiques troupiers corrompus jusqu’au trognon. Ismaïl, lui, pense que c’est un feu vert pour jouer les Saladin et débiter à la scie la vieille langue de bois bouffonne des années 50 : les juifs à la mer et Palestine vaincra ! Résultat : les agités israéliens de la kippa reprennent leurs assassinats à domicile et à deux missiles pendant que notre ami transforme ses ministres en passeurs de valises bourrées de billets de banque. Un pactole qui fait désordre, surtout si l’on songe aux bidonvilles miséreux de Gaza.

Déjà il y a quelques mois, une fois installé aux commandes, que croyez-vous que fit ce décravaté débonnaire ? Avancer un programme politique crédible pour amadouer les Européens ? Réduire les dépenses officielles, avec moins de Mercedes rutilantes et de gardes du corps hirsutes ? Soulager la misère d’une population embarquée dans une guerre de mille ans ? Que dalle ! Ismaïl ne trouva rien de plus urgent que de se concocter une milice aux petits oignons, une de plus qui s’en ira semer les dragées plombées et la joie de vivre dans cette Palestine en folie. En termes psy, on pourrait dire que ses spadassins développent des pulsions agressives à tendances nettement régressives… Bombinothérapie au-dehors, mitraillothérapie au-dedans et population martyre cocufiée par son propre bulletin de vote… La belle stratégie de défense que voilà ! Vite, la même au Liban. Y en a que ça les démange de nous l’imposer…
 

 
Le réseau terroriste démantelé se fournissait auprès d’Israël
 
paru dans l'Orient-le Jour le 14 juin 2006
 
L’armée libanaise a présenté hier le matériel de communication et d’espionnage sophistiqué, en provenance d’Israël, retrouvé en majorité dans la cave du domicile de Mahmoud Rafeh à Hasbaya. Selon l’enquête des services de renseignements de l’armée, Rafeh faisait partie d’un réseau travaillant depuis plusieurs années pour le Mossad et qui avait exécuté pour le compte d’Israël l’attentat contre les frères Majzoub à Saïda en mai dernier, ainsi que d’autres assassinats qui avaient eu pour cibles deux responsables du Hezbollah ainsi que Jihad Ahmad Gibril. Les membres de ce réseau terroriste avaient effectué des stages de formation en Israël et avaient été recrutés pour l’exécution d’opérations et non pour la collecte d’informations. Ils recevaient leur matériel de l’Etat hébreu par voie terrestre via des points de passage situés dans l’ex-bande frontalière entre Chebaa et Kfarkila.
 

 
Le juge français Jean-Louis Bruguière à Beyrouth
 
paru dans l'Orient-le Jour le 6 juillet 2006
 
Le juge français antiterroriste Jean-Louis Bruguière, saisi de l’enquête française sur l’assassinat du journaliste Samir Kassir, est arrivé hier à Beyrouth. M. Bruguière, qui doit rencontrer les autorités judiciaires libanaises, s’est abstenu de toute déclaration à la presse à son arrivée à l’aéroport de Beyrouth. Il s’agit de la première visite au Liban du juge depuis que la veuve du journaliste assassiné le 2 juin 2005, Gisèle Khoury, avait demandé l’ouverture d’une enquête française, dans la mesure où son époux a la double nationalité franco-libanaise. L’information judiciaire française avait été ouverte en juillet 2005 consécutivement à une plainte déposée par Gisèle Khoury et des membres de la famille, auprès du consulat général de France à Beyrouth, peu après les faits. Mme Khoury, qui avait mis en doute l’efficacité de l’enquête initiale libanaise, avait estimé que le responsable de la mort de son mari était "le régime policier libano-syrien qui était aux abois après le retrait des troupes syriennes du Liban".
 

 
D'anciens soldats de Tsahal et activistes palestiniens ensemble dans le combat pour la paix
 
par STEPHANIE LE BARS, publié dans le Monde du 5 juillet 2006
 
Le groupe d'une vingtaine d'hommes réuni ce jour-là dans une maison d'A-Ram, en Cisjordanie, ne compte pas de membres du Hamas. "Nous serions ravis de les accueillir, mais ils n'ont pas encore déposé les armes", sourit Elik Elhanan, l'un des fondateurs israéliens des Combattants pour la paix, la dernière-née des associations pacifistes issues des violences de la seconde Intifada. Régulièrement, d'anciens activistes et prisonniers palestiniens du Fatah et du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) y retrouvent d'anciens soldats israéliens en rupture avec l'armée. Par leurs échanges, leurs témoignages et leur exemple, ils espèrent obtenir ce qui leur paraît inaccessible par la force : la coexistence de deux Etats dans les frontières de 1967. Un effort méritoire entre deux peuples déchirés par six années de violence et la politique israélienne de séparation, symbolisée par la "barrière de sécurité".

 

"J'ai porté les armes durant la première Intifada", témoigne Raëd, un trentenaire de Ramallah, issu d'une famille "nationaliste". "J'avais perdu des amis très proches et cela avait exacerbé mon envie de vengeance. Puis j'ai été arrêté et j'ai passé trois ans en prison. Quand je suis sorti, j'ai repris le combat, jusqu'au début de la seconde Intifada." Paradoxalement, c'est l'extrême violence de cette période qui l'a éloigné des armes. "J'ai compris que ce cycle de représailles ne menait à rien. Pour moi, la seconde Intifada a eu un effet inverse de celui qu'avait eu la première", reconnaît Raëd, désormais père de famille. L'aspect générationnel n'est pas étranger à cette évolution. "Les membres palestiniens ont plutôt entre 30 et 40 ans, confirme Elik. Les jeunes activistes sont moins prêts que leurs aînés à renoncer aux armes. Beaucoup sont en prison ou se cachent."

 

"Des ordres immoraux"

 

Côté israélien, de jeunes hommes tout juste sortis de leur service militaire côtoient des refuzniks, appelés ou réservistes, opposés à la présence de l'armée dans les territoires occupés. C'est le cas de Tom, soldat entre 1995 et 1998. Rappelé sous les drapeaux en octobre 2003, il s'est immédiatement opposé aux punitions collectives imposées par les couvre-feux et les barrages, qu'il était censé contrôler. "J'ai compris qu'on ne combattait pas les terroristes mais les civils ; j'ai décidé de refuser ces ordres illégaux et immoraux." A 28 ans, au grand désespoir de ses parents, il s'est retrouvé en prison, condamné à 21 jours d'arrêt de rigueur. Comme Raëd et les quelque 120 membres de Combattants pour la paix, Tom croit au dialogue et fustige la politique israélienne actuelle, tout entière marquée par des mesures unilatérales. Il est même prêt à discuter avec les gens du Hamas, "s'ils ne remettent pas en cause notre privilège d'avoir un pays".

 

Les Combattants pour la paix tentent avec peine de faire connaître leurs convictions au grand public. "Mais, raconte Elik, faire entrer des refuzniks dans les écoles ou les universités israéliennes, c'est très compliqué ; obtenir des autorisations d'entrée en Israël pour d'anciens prisonniers palestiniens, quasi impossible. Alors on participe ensemble à des actions directes (contre le "mur" ou les violences des colons) dans les territoires. Mais des deux côtés, beaucoup sont choqués que d'anciens combattants osent ainsi traverser les lignes." "Pourtant, prédit Tom, si on ne se parle pas, on court tout droit à la troisième Intifada."

 


 

L’OTAN et Israël resserrent leurs liens militaires
 
paru dans l'Orient-le Jour le 3 juin 2006
 
L’escale de navires de l’OTAN cette semaine dans le port israélien de Haïfa (Nord) témoigne d’une coopération militaire intensifiée entre l’Alliance atlantique et Israël, mais leurs relations restent limitées et il n’est pas question d’une adhésion de ce pays. Fait inhabituel, une flotte de huit bâtiments de l’OTAN est actuellement ancrée jusqu’au 4 juin dans le port de Haïfa et des exercices conjoints avec la marine israélienne sont prévus avant son départ. Par ailleurs, une frégate de la marine israélienne doit participer pour la première fois à un exercice naval de l’OTAN, baptisé "Cooperative Mako", au large de la Roumanie, en mer Noire, à partir du 17 juin, selon l’armée israélienne et l’OTAN. "Pour la marine israélienne, le but de ces manœuvres en mer Noire est d’apprendre à travailler en coordination avec les forces de l’OTAN opérant dans la région", soulignait mardi un communiqué de l’armée israélienne. Israël a aussi fait part de son intention de participer à l’opération antiterroriste de l’OTAN en mer Méditerranée, aux côtés d’autres pays tiers comme l’Algérie et le Maroc.

Plus généralement, Israël et l’OTAN coopèrent dans le cadre du "Dialogue méditerranéen" de l’Alliance atlantique, un forum de consultations politiques et de coopération créé en 1994 mais resté largement lettre morte avant d’être relancé en 2004. Outre Israël, le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie, la Tunisie, l’Egypte et la Jordanie participent à ce forum. Les relations entre Israël et l’OTAN ont aussi été marquées par la visite du secrétaire général Jaap de Hoop Scheffer en Israël et, pour la première fois l’année dernière, d’une délégation de la Knesset au siège de l’OTAN à Bruxelles. Malgré cela, ces liens restent encore politiquement limités et teintés d’une méfiance historique. "Les relations entre l’OTAN et Israël (...) ont longtemps été caractérisées par un mélange d’indifférence et de méfiance", souligne Martin Van Creveld, professeur à la Hebrew University à Jerusalem, dans un article publié sur le site Internet de La Revue de l’OTAN.

Des responsables de l’OTAN assurent pour leur part que l’alliance militaire occidentale n’entend surtout pas privilégier un des sept pays du "Dialogue". Quant à savoir si Israël pourrait adhérer à l’OTAN, il n’en est pas question, selon le porte-parole. Certaines voix, peu nombreuses, se sont exprimées en faveur d’une adhésion d’Israël, comme celle de l’ancien chef de gouvernement espagnol José Maria Aznar. Il avait prôné en mars "un parapluie de l’OTAN" pour dissuader toute attaque visant Israël, pays qui, selon lui, devrait rejoindre les rangs de l’Alliance atlantique. Toutefois, non seulement Israël n’est pas prêt de s’en remettre à l’OTAN pour sa sécurité, mais une telle adhésion provoquerait une levée de boucliers dans le monde arabe.
 

 
Les Européens en retrait et impuissants
 
paru dans l'Orient-le Jour le 5 juillet 2006
 
Les Européens, actifs ces dernières semaines pour trouver une solution à la question de l’aide aux Palestiniens, apparaissent en retrait et impuissants face aux nouvelles tensions israélo-palestiniennes, estiment des spécialistes. L’Union européenne comme ses Etats membres à titre individuel sont réduits à multiplier les appels à la libération du caporal israélien enlevé Gilad Shalit et à la retenue dans les opérations armées israéliennes. Confrontée à ses propres divisions sur les problèmes du Proche-Orient, "l’Europe fait profil bas pour ne pas aboutir à une situation de blocage interne", estime Barah Mikaïl, spécialiste du Proche-Orient à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris. Lundi, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, s’est déclaré "très préoccupé" et a appelé "les deux côtés à la retenue et à mettre fin à la violence". "La violence reste la violence, quel que soit celui qui a commencé, quelles qu’en soient les raisons", a sermonné, pour sa part, la présidente finlandaise Tarja Halonen, dont le pays assure depuis samedi la présidence tournante de l’UE. Hier, le Premier ministre britannique Tony Blair a jugé que la nouvelle crise était "affreuse et terrible", tout en restant évasif sur les moyens de la régler.

En refusant le dialogue avec le Hamas qui dirige le gouvernement, "l’UE a perdu son influence sur la partie palestinienne", sans pour autant "être en mesure de peser sur Israël", renchérit Claire Spencer, du centre d’études britannique Chatham House. Certains pays se sont toutefois montrés un peu plus actifs. La France, appuyée par l’Italie, a insisté le 29 juin, lors d’une réunion ministérielle du G8 à Moscou, pour que l’arrestation par Israël de 64 responsables politiques du Hamas palestinien soit mise à l’ordre du jour. Les pressions des Européens et d’autres membres du G8 semblent avoir amené les Etats-Unis à assouplir, au moins verbalement, leur position initiale de soutien à l’offensive militaire israélienne. Cette visibilité limitée des Européens contraste avec leur rôle pour la reprise de l’aide internationale aux Palestiniens. L’Union avait été chargée par le quartette de trouver un mécanisme pour que l’argent arrive aux Palestiniens sans passer par le gouvernement dirigé par le mouvement radical. Résultat de ces efforts, l’Europe des 25 avait pu annoncer en juin le déblocage d’une aide de 105 millions d’euros.
 

 
Situation humanitaire à Gaza : des ONG tirent la sonnette d'alarme
 
paru dans l'Orient-le Jour le 8 juin 2006
 
La pauvreté "gagne du terrain" dans les territoires palestiniens a annoncé hier le Programme alimentaire mondial (PAM). De facto, cette agence de l’ONU va augmenter de 25 % le nombre des bénéficiaires de son aide, qui passent de "480.000 à 600.000 non-réfugiés". "Une crise majeure se profile dans les territoires palestiniens occupés (...) due à l’absence de versement de salaires de 150.000 fonctionnaires palestiniens, qui affecte directement un million de personnes, et aux fermetures de plus en plus fréquentes des points de passage, imposées par Israël à cause des menaces répétées", écrit le PAM dans un communiqué publié par son bureau de liaison à Paris. "D’après une récente étude du PAM et de la FAO (...) l’insécurité alimentaire a augmenté de 14 % depuis l’an passé. Ceci signifie que deux millions de Palestiniens, soit 51 % de la population, ne peuvent subvenir à leurs besoins nutritionnels quotidiens sans aide", poursuit le PAM.

"De nombreuses familles ne prennent plus qu’un seul repas par jour", a précisé Arnold Vercken, directeur du PAM dans les territoires palestiniens et "beaucoup d’habitants ne se nourrissent plus que de pains ou de légumes achetés à bas prix en fin de journée car ils n’ont pas été vendus". "Nous sommes aussi très préoccupés par le nombre croissant de personnes, le plus souvent des enfants, qui fouillent les poubelles pour s’alimenter", a ajouté M. Vercken. L’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) a également tiré la sonnette d’alarme en soulignant que la situation des réfugiés dans la bande de Gaza est "déplorable et empire" après la suspension des aides internationales directes à l’Autorité palestinienne. "De nombreux services publics indispensables sont menacés d’effondrement si des solutions de financement ne sont pas trouvées", a précisé le responsable de l’Unrwa dans la bande de Gaza, John Ging, dans un communiqué.
 

 
L’armée sème la désolation dans les champs de Gaza
 
par CHARLES LEVINSON, publié par l'AFP le 4 juillet 2006
 
Maisons mises à sac, hangars détruits, oliviers arrachés : lorsqu’ils se sont retirés de terres agricoles du sud de la bande de Gaza, après les plus âpres combats depuis le début de l’offensive israélienne, les chars israéliens ont laissé derrière eux un champ de ruines. Les familles palestiniennes qui avaient fui samedi leur foyer au cours de l’opération israélienne sont revenues chez elles dimanche à l’aube. Les portes des maisons avaient été défoncées, des murs abattus, les meubles renversés, les arbres fruitiers déracinés. L’opération était destinée, selon une porte-parole de l’armée, à tenter de trouver un tunnel que des activistes creuseraient vers les positions israéliennes le long de la bordure de la bande de Gaza, dans cette zone située à l’est de Khan Younès. C’est l’un de ses tunnels qui a permis l’enlèvement d’un soldat israélien, le 25 juin. "Nous disposons d’informations faisant état de la possible présence de tunnels", explique un porte-parole de l’armée. "C’est pourquoi les opérations de vérification menées par les soldats sont si minutieuses et provoquent manifestement des dégâts", ajoute-t-il.

Depuis le début de l’opération "Pluies d’été", les Israéliens ont mené plusieurs incursions dans le sud de Gaza, laissant leurs chars en place. Dans cette communauté rurale où les oliviers et les fermes peuvent aisément servir de couverture, des hommes armés et masqués ont rapidement répliqué à l’armée israélienne. Les combattants, abrités derrière les arbres, ont ouvert le feu sur les Israéliens au fusil-mitrailleur Kalashnikov et au lance-roquettes RPG, s’attirant les représailles de l’armée israélienne qui a fait usage d’obus et d’hélicoptères d’assaut Apache. A leurs fenêtres, sur les toits de leurs maisons, les villageois assistent aux combats comme s’ils regardaient un match de football. Les affrontements sont violents. Ils augurent peut-être du type d’affrontements mêlant combattants et civils auxquels l’armée israélienne pourrait faire face si elle décide de s’aventurer plus avant dans la bande de Gaza.

Sonia Hamdan, son mari Ayman et leurs huit enfants se sont mis à l’abri des chars israéliens en se cachant dans une armoire de trois mètres de haut, où ils sont restés jusqu’à ce que les soldats rentrent chez eux. "Nous sommes restés là tous les 10" pendant des heures, raconte-t-elle, son mari restant silencieux à ses côtés, chose inhabituelle dans cette société conservatrice. "C’était terrifiant." Les parpaings sont fendus, un matelas recouvert de débris de béton gît par terre, tout comme une coiffeuse et un buffet. Le mur de la chambre des parents a été abattu. Leur voisine, Ibtissam Abou Awad, contemple son porche parsemé de débris, le visage fermé. Elle a quitté son petit appartement de Khan Younès pour habiter une maison plus spacieuse il y a à peine trois semaines avec son mari. Ce dernier a été arrêté par les Israéliens, dit-elle. "Les choses paraissaient meilleures ici au grand air, mais ce n’était pas le bon moment pour venir", regrette-t-elle. "Où ont-ils emmené mon mari, vont-ils le relâcher ?" s’inquiète-t-elle. Mais, au bout du compte, elle juge que c’est le prix que les Palestiniens doivent payer pour leur patrie. "Nous devons subir et être patients, au nom de la patrie."
 


Les missions de paix de l'ONU : une efficacité qui fait débat
 
par PHILIPPE BOLOPION, publié dans le Monde du 1er juillet 2006 

Dans le paysage troublé des opérations de "maintien de la paix", le Timor-Oriental était l'exemple de ce que l'ONU peut accomplir de meilleur : accompagner un peuple opprimé vers l'indépendance et l'aider à se redresser jusqu'à l'accueillir (en septembre 2002) comme le 191e membre des Nations unies. Pourtant, depuis les violences survenues en mai et juin, le plus jeune Etat du monde symbolise la fragilité de l'entreprise onusienne : si elle ne peut consolider la paix sur ce minuscule territoire, le peut-elle en République démocratique du Congo (RDC) ou au Soudan, à l'espace gigantesque ?

 

Avec près de 90.000 personnes réparties en 18 missions sur quatre continents, le département onusien des opérations de maintien de la paix est, après les Etats-Unis, la deuxième force militaire au monde engagée sur des terrains externes. De tampon entre Etats en conflit durant la guerre froide, les casques bleus sont devenus, en Haïti, au Kosovo et ailleurs, les outils d'une puissance tutélaire qui rebâtit des Etats, supervise des élections, désarme des milices ou juge des criminels. La tâche est titanesque - et les revers inévitables. Kofi Annan, affecté par la rechute timoraise, a regretté la "tendance de l'ONU à quitter les zones de conflit trop tôt", induisant l'idée que si le Timor avait été situé dans une zone plus sensible à l'intérêt international, ce retrait précipité n'aurait pas eu lieu. Pressé par les Etats-Unis, le Conseil de sécurité avait décidé, fin mai 2005, de retirer ses derniers casques bleus du Timor-Oriental, sans y laisser la "force internationale de sécurité" voulue par le secrétaire général de l'ONU.

 

D'abord peu encline au "nation building" (l'aide à la construction étatique), l'administration Bush s'est convertie au maintien de la paix prôné en Haïti, au Liberia ou au Soudan. Le déploiement des troupes onusiennes atteint désormais un record. Mais le Congrès américain, qui règle 27 % de son coût, exerce une pression constante pour réduire ou fermer des missions. L'ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, John Bolton, a promis de "rationaliser" les missions au Sahara occidental, en Ethiopie et en Erythrée. Cette politique a-t-elle dérapé au Timor-Oriental ? "Non : les troubles n'ont rien à voir avec le combat pour l'indépendance vis-à-vis de l'Indonésie, raison du déploiement de l'ONU", affirme-t-il. Le problème est politique, et l'ONU ne peut, selon lui, rester à Dili "pour toujours". Cette règle s'applique- t-elle lorsque les intérêts des pays riches sont en jeu ? "Nous sommes à Chypre, au Kosovo ou en Bosnie depuis longtemps [ndlr : ainsi qu'au Liban où la FINUL est présente depuis 1978]. Pourquoi souvent quitter d'autres endroits après deux ou trois ans ?" a demandé Kofi Annan, évoquant le risque de perception d'un "contenu raciste dans la pensée de l'ONU". De fait, les Occidentaux se sont désengagés des missions onusiennes, aujourd'hui assurées par des troupes de pays comme le Bangladesh, le Pakistan ou l'Inde.

 

La posture américaine n'est pas sans mérite : à Chypre depuis 1964, ou au Sahara occidental depuis 1991, l'ONU est le témoin impuissant et coûteux de conflits fossilisés. "Parfois, les parties n'ont pas à résoudre leur différend car les casques bleus sont là, explique Edward Luck, professeur de relations internationales à Columbia University. Le maintien de la paix ne peut se substituer à la bonne volonté des acteurs locaux". Il admet cependant qu' "au Timor-Oriental, à terme, on aurait économisé en restant un peu plus longtemps". Le budget annuel des opérations du maintien de la paix est d'environ 5 milliards de dollars (0,5 % des dépenses militaires mondiales et l'équivalent d'un mois d'intervention américaine en Irak). Selon Paul Collier et Anke Hoeffler, de l'université d'Oxford, ces opérations sont la solution la plus rentable pour réduire le coût des guerres civiles. Mais Edward Luck juge le bilan "très mitigé", avec des échecs tragiques : le génocide rwandais en 1994, le massacre de Srebrenica en Bosnie en 1995, et récemment l'exploitation sexuelle de populations vulnérables par les casques bleus. Avant le Timor-Oriental, Haïti et le Liberia ont rechuté après une intervention onusienne.

 

Aujourd'hui, les mandats de l'ONU sont plus clairs et vigoureux. Les casques bleus usent plus facilement de la force pour rétablir l'ordre, en RDC ou en Haïti. La moitié des Etats émergeant d'un conflit rechutant dans les cinq ans, l'ONU a créé, en décembre 2005, une commission de consolidation de la paix, pour aider à la stabilisation des pays. "L'exemple du Timor prouve le besoin de cette commission", estime Carolyn McAskie, sous-secrétaire générale pour la consolidation de la paix. Sa première réunion a eu lieu le 23 juin : la Sierra Leone et le Burundi en seront les premiers bénéficiaires. Le Libéria, Haïti et le Timor suivent sur son agenda. En attendant, sur le Timor-Oriental, le Conseil de sécurité fait machine arrière et demande à Kofi Annan de le conseiller sur "une présence renforcée des Nations unies". Pour Ian Martin, envoyé de l'ONU pour le Timor, il faudra "à court terme, un nombre significatif de policiers internationaux, notamment pour les élections de 2007". La décision reviendra au Conseil de sécurité. Mais, prévient David Harland, haut responsable au département du maintien de la paix, "dans l'adversité, si on ne protège pas l'investissement initial, on peut en perdre le bénéfice".

 


 

Appels à la création d’une banque de développement arabo-européenne

 
paru dans l'Orient-le Jour le 29 juin 2006
 
Les participants au sommet bancaire arabo-international de Rome sur le dialogue arabo-européen relatif au financement et l’investissement se sont félicités de l’appel lancé par le Premier ministre italien Romano Prodi à la création d’une banque de développement euro-arabe soutenue principalement par l’Union européenne. Cette banque jouerait un rôle crucial au niveau du financement et du développement des petits et moyens projets, du financement de l’infrastructure et de la modernisation des marchés de capitaux dans le monde arabe. Cette banque participerait également à l’encouragement et au soutien des échanges commerciaux et d’investissement entre l’Union européenne et le monde arabe.

Les participants au sommet ont souhaité que la politique de voisinage de l’UE vis-à-vis des pays méditerranéens puisse réussir à combler les lacunes de l’accord de partenariat euro-méditerranéen. Cette nouvelle politique vise à renforcer la coopération commerciale entre les pays méditerranéens et l’UE. Les participants ont également insisté sur le fait que le monde arabe a besoin du soutien de son partenaire européen pour l’accroissement des opportunités du commerce. Celles-ci devraient appuyer les tentatives de création d’une zone de libre-échange euro-méditerranéenne en 2010. Le monde arabe a également besoin du soutien de l’UE pour développer ses marchés de capitaux et renforcer leur bonne gouvernance financière. Le sommet bancaire arabo-international a été marqué par un hommage rendu à cheikh Fahed ben Mohammad ben Jaber al-Thani, PDG de la banque de Doha à Qatar. Il a été couronné "le banquier arabe pour 2005" par l’Union des banques arabes.
 

 
L'Europe s'égare au Moyen-Orient
 
par PHILIPPE HELLMULLER, publié dans le Temps le 15 juin 2006
 
C'est à n'y plus rien comprendre. Pour la première fois de leur histoire, les Palestiniens ont élu leurs institutions de manière parfaitement démocratique. Un système corrompu a été remplacé par un autre dont on ne sait a priori pas grand-chose, sinon qu'il privilégie le soutien des démunis et non celui de ses élites. Et que se passe-t-il ? Les Etats-Unis, dont on connaît la propension à exporter un modèle de démocratie teintée à leur sauce mais dont peu de gens sont à vrai dire envieux, ont, fidèlement à leur habitude, maintenu leur soutien inconditionnel à Israël, dont le but est de définir ses frontières de manière unilatérale en bafouant encore un peu plus les droits des Palestiniens. Phénomène nouveau, notre Europe que l'on rêvait idéale, celle à laquelle on était fier d'appartenir lorsqu'elle s'était en partie opposée à l'interventionnisme américain en Irak, cette Europe se met également de la partie, victime sans doute d'un lobbysme israélien aussi discret qu'efficace.

Après l'affaire des vols secrets de la CIA qui a vu nos démocraties européennes tolérer, sinon soutenir, à de multiples occasions le viol par les Etats-Unis de nos droits fondamentaux, nous sommes à présent condamnés à voir le peuple palestinien, déjà martyrisé par Israël, se faire couper toute aide, ce qui, compte tenu de sa situation dramatique, équivaut au mieux à le déstabiliser encore un peu plus, au pire à l'affamer. Dans ce contexte, il ne faut hélas rien attendre de la Suisse plongée dans un affairisme de rigueur. Il sera toujours temps, comme nous l'avons fait après l'écroulement du régime de l'apartheid en Afrique du Sud, de formuler de vagues regrets. Continuons donc à traiter avec Israël, un pays qui pratique une politique d'apartheid ouverte, une nation qui, tout en se prétendant civilisée, réussit à paraître victime quand c'est elle qui massacre, oppresse et spolie au quotidien un peuple exsangue qui s'est pourtant essayé pour la première fois et avec un succès remarquable à la démocratie.
 

 
Explosion, implosion, atomisation
 
par LUIS LEMA, publié dans le Temps le 28 juin 2006
 
On pouvait rêver cadre plus paisible pour cette percée historique. La tension est extrême, et des dizaines de blindés israéliens sont prêts à fondre sur Gaza où un soldat israélien est toujours porté disparu. Le bruit de bottes, pourtant, ne parvient pas à cacher l'essentiel : au terme de tractations de l'impossible, le mouvement islamique du Hamas a fini par plier. Bien entendu, ses dirigeants ne le reconnaîtront pas de cette manière. Mais dans le texte qu'ils ont approuvé mardi, ils offrent la place à deux Etats sur cette terre dont on se dispute depuis des décennies chaque centimètre carré. Là où il n'y avait jusqu'alors qu'une "entité sioniste" figure désormais un Etat nommé Israël. Ni plus ni moins.

Certains porteront cette avancée au crédit de Mahmoud Abbas. En prévoyant d'organiser un référendum sur cette même question, le président palestinien a placé le Hamas au pied du mur. Du même coup, il menaçait de faire exploser la Palestine dans un déchirement fracassant. D'autres féliciteront la communauté internationale. Pour être incohérent, voire illégitime, son boycott du gouvernement palestinien a mis les islamistes dans une impasse économique totale. Sans ce sursaut de réalisme du Hamas, c'est une implosion pure et simple qui menaçait alors la Palestine. Les derniers, enfin, insisteront sur les divisions dont souffre le Hamas lui-même. Bien que premier ministre, Ismaïl Haniyeh ne contrôle plus grand-chose sur le terrain. L'enlèvement du soldat israélien, dimanche, s'est déroulé sans son consentement. De mouvement fort et ordonné, le Hamas s'est transformé en un reflet des fractures qui divisent les territoires palestiniens. C'est le risque d'atomisation.

Bien sûr, ce revirement du Hamas change la donne, puisqu'il ouvre notamment la porte à un gouvernement palestinien débarrassé de son étiquette islamiste. Mais dans l'immédiat, les risques auxquels doit faire face la Palestine - explosion, implosion, atomisation - resteront les mêmes.
 

 
Périlleux engrenage
 
paru dans le Monde du 30 juin 2006

 

Un mécanisme destructeur vient de se remettre en marche dans les territoires palestiniens à la suite de l'enlèvement d'un soldat israélien. Après avoir donné quarante-huit petites heures aux Palestiniens pour parvenir à une libération sans conditions, Israël a décidé de s'engager dans une campagne dont les objectifs dépassent maintenant le cadre de départ. Cette campagne répond à plusieurs considérations internes. Dépourvus l'un et l'autre de passé militaire, Ehoud Olmert et son ministre de la défense, Amir Péretz, veulent faire la preuve de leur capacité à recourir à la force. Il leur faut d'autant plus vite obtenir des résultats qu'ils subissent depuis des semaines les tirs de roquettes artisanales des Palestiniens qui entendent ainsi leur signifier que le sort de Gaza, évacué en septembre 2005, et celui de la Cisjordanie, toujours occupée par Israël, sont indissociables.

 

L'enjeu est d'autant plus crucial que le bilan du retrait de Gaza décidé et effectué par un chef de guerre autrement plus prestigieux, Ariel Sharon, n'est guère concluant. Il n'a pas peu contribué à la victoire des islamistes du Hamas aux élections législatives de janvier en prouvant que la violence payait plus que la négociation. Il n'a pas non plus apporté la sécurité aux villes limitrophes israéliennes, bien au contraire. On peut y ajouter la dégradation continue d'un territoire bouclé comme jamais. M. Olmert fait face au lent naufrage de Gaza au moment où il souhaite procéder à des retraits similaires en Cisjordanie pour faire l'économie de négociations nécessairement difficiles avec un interlocuteur, Mahmoud Abbas, dont il doute de la capacité à imposer sa politique.

 

Sa réaction musclée pourrait être pire que le mal. M. Olmert peut certes compter sur le soutien ou la mansuétude d'une communauté internationale qui s'est lassée des errements palestiniens et qui ne réagit plus guère aux morts quasi quotidiennes. Se débarrasser du Hamas, un objectif que les Israéliens partagent avec les Américains et, par défaut, avec les Européens, ne sera pas une tâche aisée, compte tenu de l'ancrage du mouvement dans la société palestinienne. Cet objectif est d'autant plus regrettable aujourd'hui qu'il vient télescoper l'accord politique que viennent de conclure le Hamas et les nationalistes du Fatah. Connu comme le "programme des prisonniers", parce qu'il a été rédigé par des détenus en Israël, principalement par le charismatique Marouane Barghouti, cet accord comporte une reconnaissance implicite d'Israël. Il est certes encore bien éloigné des conditions rigides fixées par les Occidentaux au Hamas, mais c'est un progrès. Il faut espérer que la campagne engagée à Gaza ne le ruine pas.

 


 

L’escalade à Gaza escamote le dossier du Hezbollah
 
paru dans l'Orient-le Jour le 30 juin 2006
 
La séance de la conférence nationale libanaise de dialogue devait en principe être exclusivement consacrée à la question du sort de l’arsenal du Hezbollah et de la stratégie nationale de défense. Cependant, il n’en a pas vraiment été ainsi. La situation régionale, et tout particulièrement les derniers développements dans les territoires palestiniens, ont déteint sur le climat de la conférence, occultant presque le thème initial des débats. C’est plutôt l’escalade israélienne à Gaza qui a été au centre des concertations entre les quatorze leaders libanais, qui ont condamné l’agression perpétrée par l’Etat hébreu.

Le seul à avoir apparemment présenté hier un document de travail sur la stratégie nationale de défense a été l’ancien président de la République, Amine Gemayel, qui a proposé d’adopter une politique de défense inspirée du modèle suisse, et de recourir au Conseil de sécurité pour la proclamation d’une trêve d’un an au Liban-Sud. Pour sa part, le secrétaire général du Hezbollah a estimé qu’il valait mieux attendre l’édification et la consolidation de l’Etat avant de penser à se passer de la Résistance. La prochaine séance a été fixée au 25 juillet prochain.
 

 
La volte-face du Hamas laisse Israël de glace
 
par SERGE DUMONT, publié dans le Temps le 28 juin 2006
 
• Le mouvement islamiste Hamas reconnaît implicitement l'existence de l'Etat d'Israël.
• Les Palestiniens considèrent que la porte est désormais ouverte à des négociations avec l'Etat hébreu.
• Préoccupée par la disparition d'un soldat, Tsahal amasse des troupes autour de la bande de Gaza.
 
"Avec la participation de toutes les forces islamiques et nationales, des représentants de la société civile et du secteur privé, nous avons conclu un accord d'entente qui ouvre une ère nouvelle." C'est en ces termes que le porte-parole du gouvernement palestinien, Ghazi Hamas (Hamas), et Ibrahim Abou Najjah (l'un des participants au processus de dialogue national) ont annoncé lundi que toutes les organisations palestiniennes sauf le Djihad islamique ont décidé de signer le "plan des prisonniers" reconnaissant implicitement le droit à l'existence d'Israël. Un "moment historique", selon la plupart des commentateurs palestiniens pour lesquels "rien n'empêchera désormais le président Mahmoud Abbas d'entamer des négociations avec l'Etat hébreu".

Pourtant, à Tel-Aviv comme à Jérusalem, les responsables politiques et les éditorialistes israéliens accordent une importance très limitée à l'accord. Certes, au gré des journaux télévisés, des commentateurs ont relevé que le Hamas "s'est engagé à ne plus perpétrer d'attentats-suicides à l'intérieur de notre pays". D'autres ont estimé "important" le fait que les organisations palestiniennes acceptent de créer un Etat à côté d'Israël et non plus à sa place. Mais dans l'ensemble, la volte-face du Hamas n'a pas convaincu grand monde. "Il s'agit d'un non-événement", a par exemple déclaré le ministre israélien de la Justice, Haïm Ramon. "Comment voulez-vous que nous nous sentions concernés par un document qui promet certes l'arrêt des opérations kamikazes ainsi que des tirs de roquettes Kassam sur la ville de Sderot, mais autorise la poursuite des attaques contre nos communautés (ndlr : les colonies) de Cisjordanie?" Et de poursuivre : "En outre, les organisations palestiniennes exigent le droit au retour des réfugiés. Pour nous, c'est tout simplement inacceptable. Le résultat des discussions qui viennent de se dérouler entre le Hamas, le Fatah et les autres mouvements est un problème palestino-palestinien. Il ne nous concerne en rien et notre politique ne changera pas."

A tort ou à raison, de nombreux chroniqueurs israéliens estiment par ailleurs que les organisations palestiniennes ont précipité le cours des négociations par peur de l'opération militaire dans la bande de Gaza annoncée en riposte au récent enlèvement du caporal Gilad Shalit. "Ils savent que cette fois, l'offensive sera importante", affirme Mordehaï Kedar, un orientaliste réputé. "Les Palestiniens veulent donc présenter un front uni face à Ehoud Olmert." Seuls quelques commentateurs ont une vue plus nuancée de la situation. Parmi ceux-ci, Ephraïm Halevy, le directeur général du Mossad entre 1998 et 2002. A ses yeux, "il ne faut pas surestimer l'influence israélienne sur le processus interpalestinien en cours". "Le Hamas et les autres organisations traversent un processus évolutif important, explique-t-il. Ils font leur propre évaluation de la situation en fonction des intérêts palestiniens et non des exigences israéliennes."

De son côté, l'opinion publique israélienne ne s'intéresse quasiment pas au changement de ligne des partis palestiniens. Elle préfère focaliser son attention sur le sort du caporal Shalit. Selon l'Aman (les Renseignements militaires israéliens), celui-ci serait gardé par des membres de la branche armée du Hamas dans un camp de réfugiés jouxtant la ville de Rafah. Le lieu précis de sa détention ne serait cependant pas connu. S'exprimant à la tribune de la Knesset, Ehoud Olmert a en tout cas confirmé que Tsahal, l'armée de l'Etat hébreu, prépare une opération militaire de grande envergure sur le territoire palestinien. De fait, dans le courant de ces dernières heures, plus de 5.000 hommes, des dizaines de chars, de transports de troupes ainsi que des bulldozers blindés ont été déployés autour de la bande de Gaza. Selon des fuites en provenance de l'Etat-major, l'armée israélienne envisagerait dans un premier temps de couper la bande de Gaza en plusieurs parties hermétiques. Ses stratèges songeraient également à reprendre le contrôle du point de passage avec l'Egypte situé à Rafah. Ignorant le récent accord interpalestinien, le premier ministre de l'Etat hébreu a en tout cas répété qu'il "ne négociera pas avec le Hamas" et qu'il "continuera à combattre le terrorisme".
 

 
Irak-Afghanistan, l'Occident en échec
 
par DANIEL VERNET, publié dans le Monde du 21 juin 2006
 
Rien ne va mieux en Irak. Rien ne va plus en Afghanistan. Les deux interventions militaires dans le Grand Moyen-Orient qui devaient apporter la stabilité sinon la démocratie se heurtent à une opposition féroce. Celle-ci est le fait de forces radicales qui n'ont pas nécessairement le soutien de la population mais qui profitent d'une hostilité croissante à l'égard des "libérateurs". La dégradation de la situation en Afghanistan au moment où l'OTAN prend le relais de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis n'est pas indépendante de l'échec de ces derniers en Irak.

 

Et pourtant, à l'origine, le cas afghan est très différent du cas irakien. En 2001, quelques semaines après les attentats contre le World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington, George W. Bush réussit à convaincre une large coalition que le détestable régime des talibans installé à Kaboul est bien le protecteur de Ben Laden et de ses complices d'Al-Qaida. Sans doute s'agit-il, comme ce sera le cas en Irak près de deux ans plus tard, d'une coalition of the willing, d'un rassemblement d'Etats disparates qui n'a rien à voir avec les alliances traditionnelles. Mais cette coalition transcende l'Alliance atlantique, elle ne la divise pas. Elle donne l'impression de regrouper le monde "civilisé", c'est-à-dire "occidental", contre des mollahs obscurantistes.

 

Tous les participants ne sont certes pas mus par les mêmes motivations idéologiques. Certains s'engagent par solidarité avec les Etats-Unis frappés par le terrorisme, une solidarité "illimitée", comme disait alors l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder. Quelques-uns sont contraints par leur statut de clients des Américains. D'autres y voient l'occasion d'en finir avec un islamisme radical tout aussi menaçant pour eux. D'autres enfin, la possibilité de jouer dans la "communauté internationale" un rôle dont la fin de la guerre froide les a privés.

 

De la Russie au Pakistan, des ex-Républiques soviétiques d'Asie centrale au Japon, le monde s'est mobilisé pour venir en aide à un peuple meurtri par une guerre qui durait depuis le début des années 1980. Des milliers de soldats de la force internationale y stationnent depuis cinq ans. Des milliards de dollars ont été dépensés. Des institutions ont été créées en respectant autant que faire se peut les traditions locales, avec en prime l'onction du suffrage universel (y compris féminin). L'Afghanistan aurait pu devenir un cas d'école du state building, la construction d'un Etat moderne par opposition aux Etats défaillants ou voyous dont parlent les Américains, et qui sont considérés comme le creuset du terrorisme et de l'instabilité internationale.

 

Les conditions semblaient réunies pour que la démonstration réussisse. Il est à craindre qu'elle soit en passe d'échouer. Les talibans se réinstallent dans le sud du pays. Le président Hamid Karzaï ne trouve rien de mieux pour contrer la montée du fondamentalisme que de faire appel aux seigneurs de la guerre, dont les rivalités sanglantes ont fait le lit des mollahs et contribué au malheur de l'Afghanistan. Les troupes internationales sont en butte à la méfiance de la population, qui tend de plus en plus à les confondre avec des occupants, et la cible des attentats extrémistes. L'OTAN, qui mène en Afghanistan sa première opération sur terre et hors d'Europe - au Kosovo, l'intervention avait été purement aérienne -, risque de s'enliser, ruinant sa réputation sur un théâtre extérieur à sa mission d'origine.

 

Les causes sont multiples. Elles tiennent en partie aux spécificités d'un pays parmi les plus pauvres du monde, où les prémices de la modernité étaient pour le moins fragiles. Mais plus encore que l'Irak où George W. Bush peut être tenu pour principal responsable, l'expérience afghane amène à s'interroger sur le volontarisme militaro-politique, sur le principe autant que sur la manière.

 


 

Calomniés contre torturés
 
par RICHARD WERLY, publié dans le Temps le 8 juin 2006
 
Ils sont furieux. Ils sont déçus. Victimes de "spéculations", ils se disent "accusés sur la base d'indices", ce qui est "inacceptable". Ils ? Les pays européens présentés dans le rapport du Tessinois Dick Marty comme "ayant autorisé la CIA, au moins tacitement, à transférer ou détenir sur leur sol des terroristes islamistes présumés". Emprunt stupéfiant de vocabulaire. Avec les mêmes mots, les suspects enchaînés à la carlingue des avions affrétés par les services de renseignement américains pourraient crier à l'injustice. A une différence près : les Etats pointés du doigt par Dick Marty ont la parole. Alors que les détenus transférés en secret dans le cadre de la guerre contre le terrorisme n'existent pas. La raison d'Etat les a condamnés à être des ombres. Avec la complicité de nos gouvernants.

Quoi de plus facile, en plus, que de dénoncer les lacunes du rapport d'un parlementaire isolé, au sein d'une instance politiquement faible comme le Conseil de l'Europe, alors que rien n'a été fait pour faciliter son travail d'investigation ? Le Royaume-Uni, la Suède, la Bosnie-Herzégovine, l'Italie, la Macédoine, l'Allemagne et la Turquie, "tenus pour responsables à des degrés divers de violations de droits des personnes" par Dick Marty, ont beau jeu de crier à la calomnie alors que leurs administrations ont toutes fermé hermétiquement la porte de leur secret-défense à l'enquêteur suisse. Leurs services de renseignement, et ceux de tous leurs voisins ou presque, savaient pourtant ce qui se tramait dans les airs. Les Etats-Unis - "déçus" par le rapport eux aussi - n'ont d'ailleurs jamais apporté de démentis à la collaboration active de leurs alliés européens, y compris du côté de leurs plus véhéments détracteurs diplomatiques, comme la France. L'indignation d'aujourd'hui n'a d'égale que les complicités d'hier. Alors, les mots restent en travers de la gorge. Que des Etats protègent leurs populations, y compris par des moyens d'action clandestins, est chose normale. Qu'ils s'estiment ensuite "calomniés" parce qu'éclate la vérité sur les hommes que leurs décisions ont peut-être conduits sous la torture ne relève plus du cynisme. Mais du mensonge d'Etat.
 

 

Rapport du Reality of Aid Network - La lutte contre le terrorisme se fait aux dépens de la réduction de la pauvreté
 
paru dans le Devoir le 19 juin 2006
 
Une part disproportionnée de l'aide internationale destinée à l'Irak et à l'Afghanistan sert des intérêts personnels qui ont plus à voir avec la lutte contre le terrorisme que des objectifs de réduction de la pauvreté, indique un nouveau rapport. Le rapport 2006 du Reality of Aid Network présente une vue d'ensemble de l'aide au développement. Il démontre que l'Irak et l'Afghanistan ont englouti près de 10 des 27 milliards de dollars qui avaient été ajoutés dans le budget des pays donateurs entre 2000 et 2004. Selon le réseau indépendant, qui est constitué de différents groupes de la société civile, seulement le tiers des nouvelles sommes a été attribué aux Objectifs du Millénaire pour le développement de l'Organisation des Nations Unies. Depuis le 11 septembre 2001, les tenants de la lutte contre le terrorisme "exercent des pressions importantes pour que la sécurité nationale devienne la principale politique étrangère dans plusieurs pays donateurs", indique le rapport. Le groupe avait fait état des mêmes constats dans son rapport publié en 2004, mais il est maintenant préoccupé par le fait que les règles régissant l'aide au développement extérieur pourraient être modifiées afin d'y inclure plus de projets militaires.

"L'intégrité des nouvelles sommes attribuées au budget de l'aide internationale est compromise, car il y a de plus en plus de pressions pour modifier les critères régulant l'aide au développement", peut-on y lire. "Il est vrai qu'il est difficile de mettre en place des projets d'aide au développement dans un contexte d'insécurité, mais les opérations militaires ne deviennent pas des activités de développement pour autant", a soutenu Gerry Barr, le président du Conseil canadien pour la coopération internationale lors d'une entrevue. Bien que le Canada soit nommé dans le rapport, les Etats-Unis et l'Australie sont présentés comme les pires contrevenants. Selon l'Agence canadienne de développement international (ACDI), entre 2001 et 2004, près de 28 % de la nouvelle aide canadienne offerte à l'Irak et à l'Afghanistan était liée à des raisons de sécurité mondiale. Le nouveau gouvernement conservateur a poursuivi le travail du précédent gouvernement libéral. Le premier ministre Stephen Harper a annoncé, la semaine dernière, que 15 millions de dollars supplémentaires allaient être consacrés à l'aide au développement dans les régions rurales de l'Afghanistan.
 

 
Dispendieuse guerre
 
paru dans le Devoir le 14 juin 2006
 
La guerre contre le terrorisme engagée après les attentats du 11 septembre 2001 a déjà coûté aux Etats-Unis environ 368 milliards $US, dont 71 % (261 milliards) consacrés à la guerre en Irak, selon des estimations d'un service de recherches parlementaire. Avec le collectif budgétaire adopté hier à la Chambre des représentants, ce coût devrait grimper à 438 milliards, et même à 488 milliards d'ici l'an prochain, en raison de l'enveloppe de 50 milliards prévue dans le budget de la Défense pour 2007. D'ici 2016, la facture totale pourrait atteindre quelque 810 milliards, soit largement plus que la guerre du Vietnam (près de 550 milliards, ajustés pour l'inflation), selon un rapport du Congressional Research Service (CRS) datant d'avril.
 

 
La guerre contre le terrorisme est "une diversion dangereuse"
 
paru dans l'Orient-le Jour le 13 juin 2006 
 
La guerre contre le terrorisme est "une diversion dangereuse (...) largement contre-productive" et le "risque d’attaques terroristes du style de New York, Madrid ou Londres est accru et non diminué", selon le Oxford Research Group dans un rapport très critique publié hier. Se basant sur une étude de 18 mois, ce groupe de réflexion indépendant basé au sein de la prestigieuse Université d’Oxford estime que la guerre contre le terrorisme "crée plus de supporteurs du terrorisme qu’elle n’en élimine" et vise plus à "maintenir un statu quo militaire qu’à prendre en compte les racines du problème". En fait, "le risque de futures attaques terroristes de l’échelle de celles qui ont frappé New York (le 11 septembre 2001), Madrid (le 11 mars 2004) et Londres (le 7 juillet 2005) est accru, pas diminué", accuse ce rapport.

L’Irak et l’Afghanistan "sont de plus en plus instables et violents et le mouvement el-Qaëda est toujours aussi actif", insiste ce document, rédigé notamment par Paul Rogers, professeur à l’Université de Bradford. Cette politique sécuritaire de type militaire qui engloutit des centaines de milliards de dollars est en fait "vouée à l’échec à long terme", juge le Oxford Research Group, car elle néglige des menaces à la sécurité mondiale beaucoup plus "sérieuses, durables et destructrices". Et le rapport de citer le changement climatique, le surarmement planétaire ou la compétition accrue pour les ressources comme le pétrole, le gaz ou l’eau. Ces phénomènes sont de nature à entraîner des pertes en vies humaines d’une ampleur "inégalée par les autres menaces potentielles existantes, y compris par le terrorisme", insiste le rapport, sans cependant citer de chiffres.
 

 
Une attaque terroriste visant New York déjouée au Liban
 
paru dans l'Orient-le Jour le 8 juillet 2006
 
Une attaque terroriste de grande envergure projetée par des éléments liés à el-Qaëda contre New York semble avoir été déjouée en grande partie au Liban, grâce à la collaboration entre les FSI et le FBI américain. L’affaire avait été révélée hier par un tabloïd américain puis confirmée par le FBI, qui a annoncé que huit membres d’el-Qaëda impliqués dans ce projet d’attentat ont été identifiés, dont trois sont en détention à l’étranger. Mais un seul, un Libanais de 31 ans décrit comme le "cerveau" du complot, Assem Hammoud, connu sous le pseudonyme d’Amir Andalousi, est détenu et formellement inculpé au Liban, a précisé le FBI, soulignant l’importance de la collaboration avec des services étrangers, en particulier libanais, dans cette affaire.

A Beyrouth, les autorités libanaises ont confirmé ces informations, précisant que l’homme avait été arrêté en avril dernier, et qu’il était membre d’un "réseau extrémiste". L’attentat visait le réseau de transports de la région de New York-New Jersey, a indiqué le FBI. Selon le Daily News, le tunnel Holland passant sous la rivière Hudson à New York était plus spécifiquement visé en vue de noyer sous les eaux le quartier financier de Wall Street, au sud de Manhattan.
 

 
Déjà vu
 
par JOSEE BOILEAU, publié dans le Devoir le 6 juin 2006

 

L'arrestation de 17 présumés terroristes frappe l'imagination ; ce n'est pourtant pas une première dans ce pays. A voir les médias canadiens s'agiter comme si Ben Laden lui-même venait d'être débusqué, nous rebattant les oreilles de l'état de choc des Canadiens et nous relayant les habituels appels au calme - alors que les incidents déplacés sont des plus marginaux et que la population, loin d'être surprise, a parfaitement conscience que le terrorisme islamiste est aussi plausible ici que partout ailleurs dans le monde -, il est clair qu'un bref rappel d'un très proche passé s'avère nécessaire.

 

A l'été 2003, en plein coeur de l'historique panne d'électricité qui a paralysé l'Ontario, la Gendarmerie royale du Canada arrêtait 19 hommes soupçonnés d'être des terroristes. L'affaire était sérieuse, pour ne pas dire épeurante. Parmi ces jeunes Pakistanais, entrés au pays sous de faux prétextes entre janvier 1998 et septembre 2001, on trouvait des étudiants vivant en bande dans des appartements meublés seulement de matelas et d'ordinateurs; un étudiant en pilotage qui s'était entraîné à survoler la centrale nucléaire de Pickering, près de Toronto; deux autres qui avaient déjà été arrêtés alors qu'ils rôdaient autour de ladite centrale sous le prétexte farfelu d'une envie de baignade; d'autres qui s'étaient intéressés de près à la tour du CN. Et tous étaient en contact avec des sources leur donnant accès à une substance radioactive permettant de fabriquer des "bombes sales".

L'enquête, au nom de code Project Thread, avait duré sept mois et fut suivie d'autres arrestations : 23 terroristes potentiels étaient désormais sous les verrous, au grand soulagement de tous, car jamais la sécurité nationale n'avait été autant menacée... Mais les craintes de bombes sales, qui avaient fait les manchettes, finirent en pétard mouillé. Moins de deux mois plus tard, toutes les accusations relatives à la sécurité étaient tombées : il ne restait plus que de banales histoires d'immigration frauduleuse pour lesquelles la majorité des hommes arrêtés furent renvoyés au Pakistan. La GRC fut accusée de profilage racial, mais la Commission des plaintes du public contre la GRC vient de conclure - en mars de cette année, mais très peu de médias en ont parlé - que ce n'en était pas. On avait simplement une enquête qui n'a pas mené aux conclusions auxquelles on s'attendait. Ces choses-là arrivent, n'est-ce pas... Que restera-t-il dans deux mois des accusations portées contre les 17 présumés terroristes appréhendés ce week-end ? Les arrestations de masse font toujours leur effet, et l'actualité judiciaire des dernières années nous en a fait voir de très médiatisées - chez les motards ou auprès de réseaux pédophiles par exemple. Mais il y a bien des étapes entre l'arrestation et la condamnation.

 

Aujourd'hui, tous les reportages qui livrent des dessous de l'enquête policière, ceux qui décortiquent la personnalité des supposés terroristes, et les témoignages des voisins de leur "camp d'entraînement" dans le nord de l'Ontario (lieu de "camping extrême", rétorquait-on aux curieux) sont fort impressionnants. Les chefs d'accusation le sont tout autant. Mais c'est le processus de justice qui nous dira s'ils sont vrais. S'il est essentiel que les services de sécurité du pays et les autorités prennent au sérieux la menace terroriste, et cette enquête prouve qu'ils font leur travail, il faut aussi accepter que les histoires trop bien ficelées tiennent parfois du roman, comme ce fut le cas à l'été 2003, et que le vrai terroriste peut rester insoupçonné - comme on l'a vu à Londres l'été dernier. Un message qui devrait d'ailleurs être transmis à nos voisins américains, trop heureux de pouvoir à nouveau s'inquiéter de notre frontière commune...

 


 

Un bombardeo israelí mata en Gaza a una mujer palestina y a sus tres hijos

 

JUAN MIGUEL MUÑOZ, El País, el 9 de julio de 2006

 

El jueves y el viernes, los palestinos cayeron como moscas en Beit Lahia, al norte de la franja de Gaza. Los tanques y blindados israelíes abandonaron ayer esa posición, pero invadieron el territorio por el este de la ciudad de Gaza, hasta llegar a unos 500 metros del barrio de Sayaiyeh, el más próximo a la frontera. Tres milicianos de Hamás y un policía murieron bajo el fuego israelí. Ya caída la noche, la aviación bombardeó una casa, según fuentes médicas palestinas. Una mujer de 45 años y dos de sus hijos, una niña de 6 años y otro de 21 años, murieron. Otro hijo, de 13 años, estaba en estado crítico.

 

Organizaciones de derechos humanos han denunciado una ejecución sumaria de un palestino maniatado. Varios civiles, entre ellos un discapacitado sordomudo, se cuentan entre los muertos desde que el jueves los uniformados israelíes invadieron varios kilómetros de la franja. Ya son 40 las víctimas mortales, a las que se suman las 15 que perecieron entre el 25 de junio, fecha de la captura del soldado judío Gilad Shalit, y el jueves. Los cortejos fúnebres se suceden por la céntrica avenida Omar Mujtar de Gaza mañanas y tardes. Los palestinos, contrariando sus costumbres, están enterrando a sus muertos por las noches.

 

Los blindados israelíes habían abandonado Beit Lahia de madrugada. En numerosas casas se veían los orificios de los proyectiles en las paredes de las viviendas tomadas por los militares israelíes para evitar que los francotiradores cumplieran su cometido. Ibrahim al Attar mostraba su huerta de sandías destrozada por los tanques, los conejos aplastados, tres tumbas destrozadas junto a un transformador eléctrico chamuscado. Es sólo un ejemplo de la destrucción que lleva a cabo el Ejército israelí desde la captura del soldado. Pueden regresar en cualquier momento a Beit Lahia. "No descartamos volver a esta zona. La operación no ha terminado", afirmó un portavoz militar.

 

Pero ahora el ataque se concentra a las puertas de la capital, en las proximidades de la aduana de Karni. Por la mañana el fuego era intermitente. Pocos milicianos se enfrentaban a los soldados israelíes, apostados detrás de unas naves industriales. Hay demasiados espacios abiertos y la desventaja de los palestinos es notoria. Pero en las calles de Sayaiyeh, una zona muy combativa, esperaban por doquier milicianos enmascarados.

 

En cualquier lugar de la franja pueden estallar los choques. Más de 200 personas fueron expulsadas ayer de sus casas cerca del aeropuerto de Rafah, al sur de la franja, junto a la frontera egipcia, donde están acantonadas las tropas judías. Fueron atendidas por la agencia de la ONU que ayuda a los refugiados palestinos (UNRWA). En un comunicado, el secretario general de la ONU, Kofi Annan, reclamó el fin de las restricciones al paso de víveres y suministros esenciales, y a los trabajadores humanitarios. Los ataques de la tarde llegaron horas después de que el primer ministro palestino, Ismail Haniya, pidiera un alto el fuego y reclamara negociar el canje de Shalit por prisioneros palestinos. El Gobierno israelí rechazó la tregua si no se libera al soldado.

 

 


 

Palestinians killed on Gaza beach

 

BBC, 9 june 2006

 

Seven people, including three children, have been killed by Israeli shells which hit a beach in the northern Gaza Strip, Palestinian officials say. At least 30 people were wounded in the shelling, they say. The Israeli military says it has halted all shelling of Gaza and has launched an inquiry into whether ground-based artillery could have been involved. In a statement, the military wing of Hamas threatened to resume attacks on Israel in the wake of "massacres". The group has been observing a self-imposed ceasefire for more than a year. Although there have been threats of a response to other attacks in recent months, the BBC's Simon Wilson in Jerusalem says the move is significant because it appears on the official website of the armed wing of the group. There was no immediate word from the political wing of Hamas, which dominates the government in the Palestinian Authority. Four other people were also killed in separate Israeli air strike in northern Gaza on Friday, Palestinians said.

 

The incidents come a day after senior Palestinian official Jamal Abu Samhadana was killed in an Israeli air strike in Rafah, the southern Gaza. Samhadana - the founder of the Popular Resistance Committees (PRC) - was buried in Rafah on Friday, with thousands of mourners pledging to avenge his death. Samhadana was one of Israel's most wanted men in Gaza, and his group has been blamed for a series of missile attacks on Israel. Palestinian leader Mahmoud Abbas condemned the Israeli strikes in Gaza. "What the Israeli occupation forces are doing in the Gaza Strip constitutes a war of extermination and bloody massacres against our people," Mr Abbas said in a statement carried by the Palestinian official Wafa news agency. UK Foreign Secretary Margaret Beckett said London was "deeply concerned by reports of the deaths from Israeli shelling of civilians, including children, on a Gaza beach".

 

Palestinian officials say the seven people killed on the Gaza Strip beach included two women as well as the three children. The first television pictures revealed a terrible scene, the BBC's Alan Johnston says. At least four figures lay unconscious on the ground, possibly dead, our correspondent says. A little further away, a man was lying on a sand dune, perhaps fatally injured, while a child stood looking on in utter horror, our correspondent says. He says around the casualties were tables and chairs, and it looks very much as if this was a family enjoying their Friday afternoon off on the beach when disaster struck.

 

An Israeli army spokesman said Chief of Staff Dan Halutz had ordered an immediate stop to all artillery shelling of Gaza while an investigation was carried out into the beach shelling. The spokesman told the BBC initial findings suggested the shell which killed the people could not have been fired from an Israeli naval vessel or from the air. He said the army was investigating the possibility that it may have been fired by ground-based artillery. For many months, the Israelis have been pounding away at open areas such as fields and orchards in an effort to prevent Palestinian militants using them to fire their home-made missiles into nearby Israeli territory.

 


 

Nouvelle escalade de la violence au Proche-Orient
 
par AURIANE BOUDIN, publié dans l'Express le 12 juin 2006
 
Les espoirs de paix au Proche-Orient semblent une fois de plus compromis après les évènements du week-end. Alors que Mahmoud Abbas était décidé à imposer au Hamas un référendum sur son projet "d'entente nationale", le 26 juillet, la trêve observée par le mouvement islamiste depuis seize mois a été rompue vendredi. Des activistes ont tiré des roquettes pour venger la mort de sept Palestiniens, tués sur une plage de la bande de Gaza, dans une zone pilonnée par l'artillerie israélienne. La mort de l'un des chefs du Hamas, Djamal Abou Samhadana, tué jeudi par un missile israélien dans le camp de réfugiés de Khan Younès, avait déjà marqué le début d'une longue série de tirs entre les deux camps, qui s'est poursuivie durant le week-end.

 

Une "bavure" lourde de conséquences

 

Dans la bande de Gaza, la "bavure" de l'armée israélienne a fait sept morts - dont trois enfants de quatre mois, trois ans et dix ans appartenant à la même famille - et 20 blessés. Des milliers de Palestiniens ont assisté samedi aux obsèques des cinq membres de la famille Ghaliyah fauchés par un obus, vendredi, alors qu'ils pique-niquaient sur une plage. En tête du cortège, Houda, 12 ans, seule rescapée de la famille, soutenue par ses tantes. Les pleurs de cette orpheline, qui a perdu père, mère, frères et soeurs dans le drame, ont ému tous les Palestiniens, qui voient en elle un symbole de leur situation. Ulcérés par l'impuissance de l'Autorité palestinienne, certains ont réclamé, ce week-end, que les miliciens des brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du mouvement religieux, "vengent la mort des martyrs". Mahmoud Abbas, le chef de l'Autorité palestinienne, a quant à lui annoncé, dimanche, son souhait d'adopter la petite Houda, après avoir dénoncé "des massacres israéliens contre notre peuple". Il a décrété trois jours de deuil dans les territoires palestiniens et fait appel au Conseil de sécurité de l'ONU pour qu'il oblige l'Etat hébreu à stopper ses attaques.

 

Le ministre israélien de la Défense, Amir Peretz, a adressé samedi un message à Mahmoud Abbas "exprimant ses regrets" après la mort de civils, assurant son interlocuteur qu'Israël ferait tout son possible pour éviter que cela ne se reproduise. Le ministre a fait porter la responsabilité de l'escalade de la violence sur "les groupes armés palestiniens qui tirent des roquettes contre Israël à partir de localités palestiniennes". Depuis ce drame, les tirs n'ont pas cessé. Dimanche soir, des raids aériens israéliens ont tué deux Palestiniens du Hamas dans la bande de Gaza, quelques heures après des tirs de roquettes en direction de l'Etat juif. Plus tôt, un Israélien avait été grièvement blessé par un tir de roquettes à proximité d'une école de Sderot, ville proche de la frontière avec la bande de Gaza.

Mort d'un enfant

Il n'avait pas un an. Avec ses parents, il profitait de l'une des plages nouvellement ouvertes de la bande de Gaza. L'armée israélienne voulait éliminer un activiste palestinien. Les obus sont tombés sur le sable. Elles l'ont tué, lui et presque toute sa famille. Huit civils en tout, enterrés le lendemain par une foule en colère. Le Hamas a rompu la trève, reprenant les tirs de roquettes sur Israël.
 

 
Punition collective
 
paru dans le Monde du 9 juillet 2006
 
Officiellement, l'opération "Pluie d'été" de l'armée israélienne a deux objectifs : la libération du caporal Gilad Shalit, capturé lors de l'attaque d'un poste de contrôle devant la bande de Gaza et devenu otage de groupes armés palestiniens ; la fin des tirs de mortier depuis Gaza contre des villes israéliennes limitrophes. Pour y parvenir, l'armée a mis en oeuvre des moyens inégalés depuis les attaques aériennes sur Gaza en 2003-2004 : bombardement de centrales électriques, de réseaux d'adduction d'eau, de bâtiments publics, de routes, de champs et de vergers, tentatives d'assassinat de dirigeants du Mouvement islamique Hamas, capture d'une soixantaine de ministres et d'élus de ce parti, qui dirige l'Autorité palestinienne depuis janvier.

 

Sur les quarante morts palestiniens des derniers jours, selon l'ONG israélienne Betselem, les deux tiers étaient des civils, dont plusieurs enfants. Les observateurs relèvent que l'armée pratique aussi, notamment, le passage nocturne à très basse altitude de chasseurs-bombardiers au-dessus des agglomérations. Le bruit du franchissement du mur du son détruit les vitres des maisons et terrorise les habitants. Diverses associations israéliennes de défense des droits de l'homme ont demandé à la Cour suprême d'agir pour que l'armée mette fin à des actes qui apparaissent, selon leurs termes, comme une "punition collective" d'un million et demi d'êtres humains, et pas seulement comme une "opération antiterroriste".

 

Les ordres de l'état-major, avalisés par le gouvernement, posent deux types de problème. Le premier est moral et juridique. Israël enfreint le droit international sur l'occupation de territoires et le droit de la guerre, qui proscrivent les punitions collectives de populations. Le bombardement soutenu de bâtiments civils ne peut pas être une réponse à des tirs de mortiers artisanaux. L'indignation d'Israël devant la prise en otage d'un soldat est très légitime, mais elle le serait encore plus si l'Etat juif ne détenait pas un millier de Palestiniens capturés chez eux et emprisonnés, certains depuis des années, sans acte d'accusation ni jugement.

 

L'action en cours est-elle "efficace" ? C'est la seconde question. Un dicton israélien dit : "Ce qui ne marche pas par la force marchera avec plus de force encore." Le quotidien de référence Haaretz rétorquait, jeudi 6 juillet : "La puissance d'Israël tout comme sa capacité de dissuasion n'ont jamais été endommagés par la sous-utilisation de la force, mais par son suremploi. La détermination et la résistance palestinienne croissent toujours lorsque leur situation empire." Croire, comme cela semble être le cas des dirigeants israéliens, qu'une fois brisée, la population palestinienne se détournera du Hamas, et que ce dernier pourra dès lors être lui-même éradiqué, est un leurre politique dévastateur, en premier lieu pour Israël.

 

 

"Orientation", par STEPHFF

 

 
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