Israël
et l'Occident Ponce Pilate
par
NAJI FARAH, directeur de la rédaction
Les
derniers événements survenant à Gaza où
les Israéliens, profitant du détournement
de l'opinion publique vers l'Allemagne et le
Mondial de football, assènent des coups
mortels à un Etat palestinien mort-né,
marquent l'ampleur de la complicité doublée
de lâcheté des gouvernements
occidentaux. Oui, l'Occident est à
l'évidence au moins partie prenante,
sinon commanditaire du massacre des
Palestiniens, tout comme des grands
massacres du siècle dernier, sans
oublier le Liban et l'Irak. L'Occident,
qui a vulgarisé le terme de
terroriste pour couvrir ses méfaits, a
refusé au peuple palestinien la
reconnaissance de son gouvernement élu démocratiquement,
bloqué les fonds revenant de droit à ce
peuple misérable et fermé les yeux
face au tragique bombardement de civils sur
une plage de Gaza survenu le
jour même du coup d'envoi du
Mondial 2006. Cette perversion de
l'intelligence humaine est le signe que
bientôt la Terre ne tournera plus en
rond.
Lire
également notre
Portrait
N°1 du 2 avril 2003 sur
Rachel Corrie, étudiante américaine
militant pour la paix en Palestine, tuée
par l'armée israélienne à Gaza.
La
barbarie d'Israël
par PHILIPPE HELLMULLER, publié
dans le Temps le 3 juillet 2006
Depuis quelques jours, la Palestine
subit à nouveau le rouleau compresseur
israélien. Cet emballement a pour
origine l'enlèvement d'un soldat israélien.
Nous avons ainsi pu assister à la
destruction de trois ponts essentiels,
d'une centrale électrique qui fournit
40% de l'électricité de la bande de
Gaza et de nombreux bâtiments
d'infrastructures civiles. Ces
destructions constituent clairement des
punitions collectives, interdites par
les Conventions de Genève (IV, art.
33). Côté israélien, elles semblent
plutôt réjouir. Dow Weissglas,
conseiller du premier ministre israélien,
a ainsi pu déclarer : "C'est comme
un rendez-vous chez le diététicien.
Les Palestiniens vont beaucoup maigrir,
mais ne mourront pas." Les
statistiques tenues par Btselem,
l'organisation juive qui tente désespérément
de rappeler que les droits de l'homme
devraient protéger même les
Palestiniens, indiquent que depuis le début
de la dernière Intifada, 3.450
Palestiniens, dont 698 mineurs, ont été
abattus par les Israéliens.
Ces dernières années le nombre de détenus
palestiniens dans les geôles israéliennes
a régulièrement atteint les 5.000. Des
statistiques incomplètes révèlent que
plus de 6.312 maisons individuelles ont
été rasées. Depuis l'occupation de Jérusalem-Est,
plus de 6.400 Palestiniens en ont été
expulsés ; à cela s'ajoutent 1.554
autres déportés. Pendant ce temps, près
de 2 millions de colons s'installaient
en Cisjordanie, sur des terres
appartenant aux Palestiniens. Le plan
israélien prévoit de s'approprier 46%
de ce territoire par un découpage qui
continuerait d'y rendre la vie
impossible. 80% des ressources en eau
sont appropriées par les Israéliens.
Que, dans ces conditions, les
Palestiniens tentent de répliquer avec
leurs faibles moyens ne paraît pas
aussi immoral que la politique indigne
menée par Israël. [...]
La démesure, l'aveuglement et
le silence
par GIL COURTEMANCHE, publié dans
le Devoir le 8 juillet 2006
Mon premier séjour au
Moyen-Orient remonte à 1974. Et encore
aujourd'hui je suis fasciné par des
constantes dans le camp israélien et
dans le camp palestinien, des constantes
qui s'expriment encore aujourd'hui comme
si rien n'avait changé sinon la définition
des territoires. A l'époque, Israël
contrôlait l'ensemble de la Palestine
et les Palestiniens armés occupaient un
territoire étranger, le Liban. Personne
ne croyait que l'Etat juif était menacé
par le mouvement palestinien, échevelé
et divisé, dogmatique et manipulé, qui
tentait de se libérer du joug de la
Syrie. FPLP, FDLP, OLP, etc., luttaient
entre eux autant qu'avec l'ennemi juif.
Arafat faisait office de figure de
proue, mais il y avait aussi Habache et
quelques autres leaders de la résistance
qui, au gré des avions détournés ou
qu'on faisait exploser, faisaient la
manchette.
Déjà à l'époque deux comportements
se dessinaient : la division
palestinienne et la démesure israélienne.
Pendant que les Palestiniens luttaient
entre eux et se faisaient manipuler par
l'Iran, la Syrie ou l'Arabie Saoudite,
les Israéliens développaient une stratégie
de la démesure. Celle-ci s'exprimait et
s'exprime encore simplement. Elle ne
possède plus aucune parenté avec la
loi du talion, une dent pour une dent.
C'est une mâchoire pour une dent, un
corps pour une main, un village pour une
chambre. C'est ainsi qu'on a envahi le
Liban pour contrer quelques tirs de
roquettes, fait massacrer par les
milices chrétiennes des centaines
d'innocents à Sabra et Chatila pour éliminer
quelques terroristes présumés. Plus
tard, pour venger les victimes des
attentats suicides, on a envahi la
Cisjordanie, emprisonné dans son bunker
Yasser Arafat, détruit des milliers de
maisons, érigé une frontière de béton
qui contrevient à toutes les résolutions
de l'ONU, multiplié les assassinats
ciblés. Le message d'Israël a toujours
été sans équivoque : vous en
tuez un, nous en tuons cent. Que cette
politique de la riposte massive n'ait
fait qu'empirer la situation, ait
contribué à l'émergence, à la
consolidation et à l'élection du Hamas
ne dérange absolument pas le
gouvernement israélien. Après tout,
comme le disent Bush et Harper à
l'unisson : "Israël a le
droit de se défendre." Se défendre
contre quoi ? Cette fois-ci, c'est
contre l'enlèvement d'un soldat.
Sous prétexte de libérer
le soldat tenu en otage, plutôt que de
se livrer à des opérations normales de
renseignement et à des opérations
clandestines, on a massé des centaines
de chars à la frontière de Gaza, détruit
une centrale électrique privant d'électricité
et d'eau potable 600.000 civils
innocents, deux ponts. Jeudi, les
attaques israéliennes ont provoqué la
mort de 24 Palestiniens, portant à plus
de 5.000 le nombre de victimes depuis le
début de la deuxième intifada. Le même
jour, on traduisait en
"justice" devant des tribunaux
militaires 27 députés et ministres du
gouvernement démocratiquement élu par
la population.
Il faut avouer que
l'enlèvement du soldat n'était pas
l'idée du siècle, mais il illustre
remarquablement l'aveuglement et la démarche
quasi suicidaire des extrémistes
palestiniens qui mènent le jeu téléguidé
par la Syrie, où vit la véritable
direction militaire et spirituelle de la
branche armée du Hamas. L'enlèvement
est survenu le lendemain de l'accord
conclu entre le gouvernement et le président
Abbas sur un texte rédigé par des
prisonniers palestiniens et qui
comportait une reconnaissance implicite
de l'Etat israélien. Ce n'était pas la
fin du monde, mais c'était un premier
geste de modération provenant du
gouvernement du Hamas. Pour les extrémistes,
il fallait relancer la spirale de la
violence, pousser Israël à une riposte
brutale censée, selon leur logique
suicidaire, relancer de plus belle la
lutte armée pour la libération de
toute la Palestine. Voici une logique
effarante qui soutient que plus Israël
tue de Palestiniens, plus de
Palestiniens vont vouloir mourir pour la
Palestine.
Pour Israël, ce fut
le prétexte qu'on attendait pour détruire
le gouvernement démocratiquement élu
il y a quelques mois. Le journal Haaretz
a révélé cette semaine que ce plan était
prêt depuis quelques mois et qu'on
attendait l'occasion propice. Les fous
qui se cachent à Damas. Jérusalem ne
craint rien. Ce gouvernement sait qu'il
peut tout se permettre, y compris
kidnapper un gouvernement.
Il n'a fallu que quelques heures pour
que le Conseil de sécurité se réunisse
pour traiter de la "crise" des
missiles de la Corée du Nord. Depuis
deux semaines, la communauté
internationale conserve un silence gêné
devant la démesure israélienne. Il fut
un temps où l'Autorité palestinienne
pouvait compter sur l'appui de celle-ci,
en particulier de l'Union européenne.
Cette époque est terminée. Dans le
bordel qu'a créé Arafat, gît aussi la
perte de confiance des Européens. Et
puis les temps ont changé. Résoudre le
terrorisme passait par la solution au
problème palestinien. Depuis l'invasion
de l'Afghanistan, puis de l'Irak, c'est
de moins en moins vrai. Même dans la
mouvance terroriste islamiste, la cause
palestinienne est passée au second rang
derrière les deux pays occupés par les
Occidentaux. Elle fait de moins en moins
recette pour ce qui est des candidats au
martyr. C'est un peu comme si on avait
donné un chèque en blanc au
gouvernement israélien. On a dit à l'Etat
israélien : vous détenez la
puissance nécessaire pour endiguer les
Palestiniens, faites comme bon vous
semble. C'est votre problème, pas le nôtre.
Politiciens,
disent-ils
par CHRISTIAN MERVILLE, publié dans
l'Orient-le Jour le 6 juillet 2006
Observez-le,
ce théâtre d’ombres, qui se veut, à
Dieu ne plaise, la projection de nos
vies sur l’écran du monde. Pitoyable
dans son inconsistance, insupportable
dans sa prétention. Des exemples, il y
en a, en veux-tu en voilà. Voyez donc
George W. Bush qui se démène pour
convaincre les Américains, et avec eux
le reste de la planète, que sa guerre
contre le terrorisme, entamée au triple
galop, après un certain 11-Septembre,
d’abord en Afghanistan, ensuite en
Irak, elle est déjà à moitié gagnée.
Oubliant d’ajouter, à supposer que
cela soit vrai, qu’il lui reste à
remporter la deuxième phase de la
bataille, la plus ardue. En attendant,
et pour peu que l’on veuille rester
terre à terre, force est de constater
qu’à chaque aube qui se lève, les
Etats-Unis sont tenus d’emprunter un
milliard de dollars pour s’acquitter
de leur facture pétrolière.
Ou encore
Tony Blair, bien moins sémillant
qu’il ne cherche à paraître, contesté
par les sujets de Sa Gracieuse Majesté
et jusqu’au sein de son propre parti,
harcelé par son chancelier de l’Echiquier
qui piaffe d’impatience en attendant
de lui ravir la place et ne lui laissant
même pas l’occasion de donner le
change en ces mois où son avenir est en
train de se jouer. Regardez encore
Jacques Chirac, soudain en panne d’idées,
lui qui en avait plein la tête, mais
aussi de dauphins, maintenant que le préféré
d’entre eux a baissé les bras, ayant
jugé sans doute complète sa collection
de gaffes. Qui d’autres ? Ah oui,
Vladimir Poutine, le KGBiste-judoka
fourvoyé dans l’univers autrement
plus impitoyable de la vie publique,
faux Pierre le Grand et qui se révèle
être un ayatollah slave émettant des
fatwas, assorties de roubles sonnants et
trébuchants, à l’encontre des
illuminés Irakiens - après les
indépendantistes tchétchènes -
coupables d’avoir trucidé quatre de
ses diplomates.
Un échelon plus bas, et sur deux autres
continents, l’Afrique et l’Asie, le
tableau n’est guère plus réjouissant.
Le sida, la famine, les guerres avec
leurs cortèges de
"nettoyages" (ethniques,
religieux...), un sous-développement
non plus rampant mais galopant désormais,
le déni de toute forme de ce qu’il
est convenu de parer du nom de démocratie
sont en train de ravager les trois
quarts de la planète Terre, fauchant
chaque année des millions de vies
humaines. Pendant que les maîtres des
destinées de ces contrées assistent
impuissants - quand ils ne sont pas
complices ou, plus grave, acteurs
directs - à la plus grande
tourmente de l’histoire de l’humanité.
Les maigres oboles versées, comme pour
se donner bonne conscience, par les
Etats riches atterrissent le plus
souvent dans des comptes, secrets
uniquement pour leurs destinataires
originels, mais dont la toute-puissante
Amérique connaît parfaitement les numéros
maintenant que l’on sait tout, ou
presque, sur la maison Swift.
Cette longue, cette pénible énumération,
bien incomplète, pour dire quoi ?
Simplement ceci : avec le naufrage de
nombre de grands et beaux principes, qui
firent jadis la gloire du Siècle des
Lumières, c’est à l’échec patent
d’une certaine idée que l’on se
faisait de la politique que nous sommes
en train d’assister. Et avec elle,
bien entendu, des politiciens, dans le
sens étriqué (ô combien !) du terme.
D’où la désaffection à l’égard
de ceux-là d’une très grande partie
de l’opinion publique. C’est que, désormais,
il a autre chose à faire, le monde, que
suivre dans leurs errances ces otaries,
un temps savantes et aujourd’hui pérorantes,
qui s’acharnent encore à essayer de
nous débiter une salade devenue
insipide. Quand, la bave aux lèvres,
elles ne s’écharpent pas -
suivez notre regard... - sans pour
autant réussir par leurs invectives à
intéresser qui que ce soit.
Bien sûr qu’il y eut un temps, pas si
lointain, où l’exaltation était au
rendez-vous à chaque fois qu’étaient
évoquées de nobles causes censées
produire de grands effets. Las ! La
potion ne prend plus, non pas que les thèmes
aient perdu de leur impact mais parce
que, banalisés et mal défendus par ces
piètres avocats que sont les hommes
politiques, ils sont devenus comme
autant de monnaies dépréciées dont
personne ne veut plus. Sans doute aussi
que la bérézina du communisme, dans
les années quatre-vingt, celle sans
doute à venir du capitalisme en
attendant la fin, à plus long terme, de
tous les ismes y sont pour beaucoup mais
la débâcle est essentiellement
d’ordre politique. Elle appelle à une
révision déchirante de pas mal d’idées
reçues et au renvoi à leurs chères études
de tous ceux qui se sont arrogé le
droit régalien de veiller sur notre
devenir. L’erreur de tout ce beau
monde aura été de ne pas voir combien
l’exercice de la chose publique peut
être un implacable révélateur dont il
importe constamment de se méfier. La
tragédie est que nous soyons, nous
pauvres sujets, les uniques victimes de
cette erreur.
En visite en Europe, Ehoud
Olmert cherche à obtenir le soutien de
Londres et Paris
paru dans le Monde du 12 juin 2006
Le premier ministre israélien Ehoud
Olmert est arrivé, dimanche 11 juin au
soir, à Londres où débute sa première
visite en Europe depuis sa victoire électorale.
Après s'être entretenu, lundi, avec
son homologue britannique Tony Blair le
premier ministre israélien doit se
rendre à Paris où il doit rencontrer
Jacques Chirac et Dominique de Villepin.
Cette visite intervient dans un climat
tendu, la mort de huit civils
palestiniens, vendredi, après à un
raid israélien sur une plage de Gaza,
ayant suscité une vague de
protestations dans le monde. Le premier
ministre israélien a tenté d'apaiser
la tension, dimanche, affirmant
regretter la mort de "civils
innocents". M. Olmert a promis
de faire "toute la lumière"
sur les circonstances de ce
bombardement. Mais il a catégoriquement
rejeté l'éventualité d'une attaque délibérée
de l'armée israélienne contre des
civils. "Tsahal est l'armée la
plus éthique au monde et sa politique
n'a jamais été de porter atteinte à
des civils", a-t-il dit, alors
que l'armée israélienne refuse pour
l'heure d'assumer l'entière
responsabilité du bombardement.
Plan unilatéral
Alors que la situation à Gaza et en
Cisjordanie est de plus en plus
difficile pour les Palestiniens après
la suspension des aides à l'Autorité
palestinienne, M. Olmert va tenter de
convaincre les dirigeants européens de
se rallier à un éventuel plan unilatéral
de retrait partiel de Cisjordanie. Le
plan de M. Olmert, encore au stade de l'ébauche,
prévoit deux étapes. Il affirme
vouloir mener des négociations avec le
président palestinien Mahmoud Abbas
qu'il s'est déclaré prêt à
rencontrer prochainement. Mais M. Olmert
exige que le dirigeant palestinien
impose son autorité au Hamas, en le forçant
à reconnaître Israël. En cas d'échec
des discussions avec M. Abbas, M. Olmert
estime qu'Israël aura toute latitude
pour "prendre son destin en
main" et appliquer son plan
unilatéral. Cette initiative prévoit
le démantèlement des petites colonies
de Cisjordanie et le "regroupement"
d'environ 70.000 de leurs habitants dans
les grands blocs de colonies appelés à
être annexés ainsi que la vallée du
Jourdain.
Ce projet a suscité des critiques en
Europe. Le 17 mai en visite à Jérusalem,
le ministre français des affaires étrangères
Philippe Douste-Blazy avait prévenu
qu'il "est exclu qu'une frontière
définie unilatéralement puisse faire
l'objet d'une reconnaissance
internationale". Le premier
ministre israélien se veut malgré tout
optimiste. "Ces derniers temps
l'Union européenne (UE) a adopté dans
la plupart des cas une position ferme
vis-à-vis du Hamas, en lui coupant les
vivres et en refusant de nouer des
contacts avec cette organisation",
souligne un de ses proches. L'autre
grand dossier qui sera évoqué par le
Premier ministre portera sur l'Iran.
Israël fait campagne pour l'adoption
par la Conseil de sécurité de l'ONU de
sanctions économiques contre l'Iran au
cas où ce pays refuserait de renoncer
à son programme nucléaire. Aux yeux
des Israéliens, la Grande-Bretagne et
la France jouent un rôle primordial
dans l'offensive diplomatique contre les
ambitions nucléaires de Téhéran. Mais
si Ehoud Olmert a soutenu les efforts
des Occidentaux pour obtenir un
compromis par la voie diplomatique, il
refuse d'exclure le recours à la force.
Planète bidonville
paru dans le Devoir le 17 juin 2006
D'ici 2020, les quartiers urbains déshérités
devraient enfler chaque année de 27
millions de personnes, avertit l'ONU.
Les bidonvilles de la planète
compteront 1,4 milliard d'habitants en
2020, soit autant que la Chine, a estimé
hier un organisme de l'ONU en appelant
les gouvernements à accompagner une
urbanisation irréversible plutôt que
de chercher à la freiner.
A l'heure
actuelle, la Terre compte près d'un
milliard d'êtres humains entassés dans
des bidonvilles, soit près d'un urbain
sur trois, a souligné le Programme des
Nations unies pour les établissements
humains (ONU-Habitat) dans son rapport sur
l'état des villes du monde 2006-07. La
population des bidonvilles augmente de 2,2 %
par an, particulièrement en Afrique
noire, où le taux de croissance annuelle
dépasse 4,5 %, selon ce rapport
publié tous les deux ans. Le rythme
mondial s'accélère : d'ici 2020,
ces quartiers déshérités devraient
enfler chaque année de 27 millions de
personnes supplémentaires, contre 18
millions en moyenne entre 1990 et 2001. Au
début de l'an prochain, le nombre de
citadins devrait pour la première fois égaler
celui des ruraux à la surface du globe.
Si cela est chose faite en Europe depuis
la Deuxième Guerre mondiale, l'Afrique et
l'Asie ne devraient pas atteindre ce cap
avant 2020. Mais les pays en développement
rattrapent rapidement leur retard. Plus de
95 % de la croissance urbaine se fera
dans les pays du Sud et, en 2030, les
citadins seront près de cinq milliards,
pour une population totale de 8,1
milliards d'humains.
L'ONU-Habitat s'est donné pour objectif
de ramener la population des bidonvilles
aux alentours de 700 millions d'habitants
en 2020. "La croissance économique
ne mène pas automatiquement à la résorption
des bidonvilles", a observé Eduardo
Moreno, un des auteurs du rapport, avant
d'appeler à une politique volontariste
d'amélioration de l'habitat urbain. Les
pays d'Afrique du Nord, particulièrement
l'Egypte, qui ont engagé voilà 10 ou 15
ans ce type de politique obtiennent des résultats
et la population des bidonvilles a commencé
à diminuer dans cette région, a-t-il
souligné devant la presse. Dans certains
cas, les gouvernements améliorent les
conditions de vie dans les bidonvilles en
fournissant l'eau, des égouts, l'électricité
ou encore une aide technique à la
construction de logements. Mais lorsque
les quartiers sont construits dans des
zones dangereuses, qui risquent par
exemple d'être inondées, il n'y a pas
d'autre choix que de reloger les habitants
ailleurs, selon l'ONU-Habitat.
Contrairement
aux idées reçues, la vie dans les zones
urbaines défavorisées n'est pas
meilleure que dans les zones rurales,
selon l'ONU-Habitat, qui a calculé
plusieurs indicateurs de développement
humain. Dans les pays pauvres, ces
bidonvilles comptent ainsi 40 %
d'enfants mal nourris, soit le même
pourcentage que dans les campagnes. Les
taux de mortalité infantile sont
comparables et la prévalence du VIH-sida
et de maladies diarrhéiques sont pires en
zone urbaine. Pas question pour autant de
forcer les habitants à regagner les
campagnes, a déclaré Sharad Shankardass,
porte-parole de l'ONU-Habitat. "Les
gens ont le droit de voter avec leurs
pieds", a-t-il lancé. L'ONU-Habitat
suggère ainsi aux Etats de revoir leur
politique qui consiste à aider les
campagnes dans l'espoir que les ruraux
n'iront pas tenter leur chance en ville.
"Les villes offrent des chances [de
trouver un travail]. Aller en ville est le
premier pas vers une sortie de la pauvreté
pour beaucoup de gens qui viennent de la
campagne", a observé Nefise Bazoglu,
qui a dirigé la rédaction du rapport.
Stratégies
du mensonge
par ISSA GORAIEB, publié dans
l'Orient-le Jour le 8 juillet 2006
Cela n’a rien de rassurant certes,
mais les Libanais ne sont plus seuls à
se débattre dans leurs contradictions,
faute de s’être dotés d’une stratégie
de défense rationnelle.
Parler de défense à propos d’Israël
peut évidemment paraître incongru :
voilà bien en effet un Etat armé
jusqu’aux dents, prompt à la détente,
agressif par nature et même par
inclination, et qui a toujours considéré
que la meilleure des défenses était
encore l’attaque. En paix avec l’Egypte,
tranquille depuis plus de trois décennies
sur le front léthargique du Golan, Israël
est à l’abri de tout péril militaire
classique. Le David surmédiatisé de
naguère n’en est plus à solliciter
à grands cris la sympathie de la planète,
il est désormais Goliath. Le comble de
l’ironie cependant, c’est qu’il a
affaire à un nouveau David, un David
qu’il a traditionnellement écrasé de
son mépris. Et qui, avec des moyens de
fortune, au prix de grandes souffrances
mais au grand désarroi de Goliath, a réussi
à vider de tout sens la guerre
actuellement menée par Tsahal (littéralement,
armée de défense !) au nom d’une
impossible sécurité.
En réalité, c’est dans une véritable
impasse stratégique que s’est enfermé
lui-même Israël en exigeant, tout à
la fois, et la paix et les territoires
conquis en 1967. Beaucoup a été dit et
écrit, durant la plus grande partie du
siècle dernier, sur le fameux refus des
Arabes de reconnaître l’existence de
l’Etat juif. On ne cesse de constater,
depuis, le refus plus obstiné encore
d’Israël de reconnaître le fait
palestinien, ce qui impliquerait en
effet un partage équitable du sol
litigieux. Une terre sans peuple pour un
peuple sans terre, plaidaient déjà
avec une suspecte conviction les pères
du sionisme. A quelques variantes
près, et si l’on excepte le bref et décevant
intermède des accords d’Oslo, cela
n’a pas trop changé depuis, Israël
prétextant l’absence de tout
partenaire valable pour se dérober au
dialogue : Arafat ? Disqualifié,
diabolisé, assiégé, envoyé agoniser
dans un hôpital de France. Abou Abbas ?
Manquant d’autorité. Le Hamas qui, en
adhérant au document d’entente
palestinien, vient de reconnaître
implicitement, pour la première fois,
Israël ? Tous des assassins, ce qui règle
la question.
Rien n’est réglé pourtant, bien au
contraire. En ordonnant la construction
du mur de Cisjordanie puis l’évacuation,
en septembre 2005, de la bande de Gaza,
c’est cette même philosophie de
l’action unilatérale, des frontières
tracées en solo, qu’entreprenait
d’appliquer sur le terrain Ariel
Sharon. Or il s’est vite avéré que
rien n’est plus perméable qu’une
frontière arbitraire et injuste, et
qu’aucun mur, aucun matraquage, aucune
expédition meurtrière telle celle qui
vise depuis plusieurs jours Gaza ne
pourra jamais mettre les villes israéliennes
à l’abri de cette artillerie du
pauvre, cette rudimentaire mais létale
fronde des temps modernes qu’est, aux
mains du David palestinien, la fusée
al-Qassam. Dès lors voit-on Israël
osciller entre lucidité et déraison :
lucidité qui l’amène à reconnaître,
comme l’a fait hier le porte-parole de
l’armée, que l’objectif fixé est
militairement irréaliste ; et déraison
qui le porte à patauger dans
l’erreur, autant que dans le sang.
C’est quand il ne sait plus où donner
de la corne que le taureau est le plus
dangereux. Et jamais les faibles ne sont
plus exposés que lorsqu’ils croient
jouer au plus malin avec le péril.
C’est la préoccupante impression que
laissent en effet toutes ces manœuvres
déployées au sein et en marge du
dialogue national, tout cela sur fond
d’ambitions présidentielles, et
visant à faire croire qu’il va être
finalement possible de marier l’eau et
le feu : qu’à force de gesticulations
sémantiques et de virtuosité dans
l’art de l’imprécision, une stratégie
défensive faisant l’unanimité
nationale est à portée de main.
Ce pari dément sur le vague et le flou,
c’était celui du funeste accord du
Caire qui prétendait garantir la liberté
d’action des fedayins dans le respect
de la souveraineté libanaise. Et le
mensonger accord du Caire qui a précipité
la guerre du Liban, l’accord que les
Libanais, tous ensemble, ont fini par dénoncer
trente ans plus tard (c’est-à-dire
trop tard), c’était déjà un accord
de trop.
La politique du pire
par JOSEPH LIMAGNE, publié dans
Ouest-France le 30 juin 2006
Contre le Hamas,
Israël n'y va pas de main morte !
Jamais encore, on n'avait vu tant de
ministres, députés, maires - tous légitimement
élus - arrêtés en une nuit par
l'occupant. Une telle rafle donne à
penser qu'Ehoud Olmert vise un
objectif autrement plus large que la
seule récupération du soldat pris en
otage, dimanche, par un commando
palestinien. Ce dernier a livré sur
un plateau à l'armée israélienne un
prétexte pour revenir à Gaza, dix
mois après qu'elle s'en fut retirée.
Et aux autorités de l'Etat hébreu
une raison de tenter d'abattre le
gouvernement du Hamas, issu des urnes
palestiniennes au début de cette année.
Nul ne peut reprocher au Premier
ministre israélien de tout faire pour
sauver le soldat Gilad Shalit. Et
chacun peut comprendre l'exaspération
des frontaliers israéliens de Gaza,
soumis, depuis des semaines, à un déluge
de roquettes artisanales Qassam.
Encore faudrait-il ne pas oublier que
les "victimes collatérales"
des représailles de Tsahal se
comptent par dizaines parmi les civils
palestiniens du territoire, enfants
compris. Fallait-il, par des
bombardements ciblés, priver d'électricité,
d'eau, de routes l'une des zones les
plus peuplées et les plus miséreuses
du monde ? Au risque d'accroître
le désespoir et la haine d'Israël,
donc le risque de la violence que l'on
prétend combattre.
Avec l'arrestation
massive des élus du Hamas, l'escalade
atteint un niveau hors de proportion
avec ce qu'exigerait le seul souci de
faire libérer un otage. Israël est
coutumier des coups d'audace visant à
atteindre ses objectifs, en faisant fi
tant des critiques que du droit
international. A moins qu'il ne
s'agisse plutôt, dans le cas présent,
d'un aveu de faiblesse de la part d'un
Premier ministre que son absence de
passé militaire contraint à faire
preuve d'une excessive fermeté. En
tout état de cause, le message est
clair. Et désastreux. Il témoigne
d'une volonté d'abattre le Hamas au
moment précis où le mouvement
islamique était en train - avec moult
réserves et ambiguïtés - d'amorcer
un pas vers la reconnaissance
implicite d'Israël. Aurait-il voulu
couper à la base cet espoir naissant
de rameau d'olivier qu'Ehoud Olmert ne
s'y serait pas pris autrement. Khaled
Mechaad, l'irréductible du Hamas,
considéré comme le cerveau du raid
au cours duquel le jeune soldat israélien
a été capturé, doit jubiler dans
son refuge syrien. Tout se passe comme
si les activistes palestiniens et le
gouvernement israélien s'étaient
donné la main pour torpiller l'accord
d' "entente nationale"
négocié pendant plus d'un mois entre
le Fatah du président Mahmoud Abbas
et le Hamas du Premier ministre Ismaïl
Haniyeh.
A l'épreuve
du pouvoir et contraints d'affronter
les effets d'une faillite financière
aggravée par les sanctions
internationales, les élus islamistes
étaient poussés au pragmatisme. Le
texte, élaboré par des militants
palestiniens détenus dans les prisons
israéliennes, leur permettait d'écarter
le risque de guerre civile et, sans
perdre la face, d'ouvrir la
perspective d'une reprise du dialogue
avec les Israéliens. C'est ce qui se
préparait quand, il y a une semaine,
Mahmoud Abbas et Ehoud Olmert se sont
rencontrés à Pétra, en Jordanie, à
l'invitation du roi Abdallah II
et ont décidé de se revoir. C'est ce
dont les faucons des deux bords ne
voulaient pour rien au monde. Jusqu'à
quand laissera-t-on les partisans du
pire dicter leur loi au Proche-Orient ?
Entre Israël et le DFAE, la
guerre des mots
par LUIS LEMA, publié dans le Temps
le 5 juillet 2006
Le moins que l'on puisse dire, c'est
qu'il n'est pas passé inaperçu. Diffusé
lundi, un communiqué dans lequel le Département
fédéral des affaires étrangères
(DFAE) se disait "extrêmement préoccupé"
par la situation actuelle à Gaza, a
pris des dimensions de débat national
en Israël. Sur le site du journal
Haaretz, qui l'a mis en ligne, le
communiqué a provoqué des réactions
virulentes de plusieurs centaines
d'internautes. "Les Suisses sont
hypocrites et antisémites, dit l'un
d'eux, résumant la tonalité générale.
Il faut boycotter la Suisse et les
marchandises suisses." Le ton du
communiqué, il est vrai, était aussi
particulièrement ferme. Accusant Israël
de violer le droit international
humanitaire, il s'insurgeait contre
"la punition collective" que
l'armée israélienne imposerait aux
Palestiniens. Pour le DFAE, "il ne
fait aucun doute qu'Israël n'a pas pris
toutes les précautions requises"
pour assurer la protection des civils.
Bien plus : évoquant "la
destruction d'une centrale électrique"
(qui a privé d'électricité des
centaines de milliers de Gazaouites), ou
encore "l'arrestation
arbitraire" de responsables du
Hamas "démocratiquement élus",
le DFAE estime que ces mesures "ne
sauraient se justifier".
Ce communiqué n'a pas seulement fait
bondir des lecteurs du site de Haaretz.
L'ambassadeur d'Israël en Suisse, Aviv
Shir-On, confie avoir passé une partie
de sa journée de mardi en entretiens
avec des responsables de la diplomatie
suisse. "Je suis conscient du fait
que la Suisse a le droit d'exprimer ses
opinions. Mais ce communiqué est
clairement déséquilibré. Il passe
totalement sous silence la souffrance
encourue par les Israéliens qui ont été
soumis durant des semaines aux tirs des
roquettes palestiniennes." Le
bombardement, par Israël, de la
centrale électrique de Gaza ?
"C'est un objectif stratégique",
répond l'ambassadeur, qui met en avant
le fait qu'Israël continue, dans le même
temps, de fournir de l'électricité aux
Palestiniens. L'arrestation de ministres
issus du Hamas ? "Ce n'est pas
parce qu'ils ont été élus démocratiquement
que ces dirigeants sont légitimes.
Hitler aussi avait été élu de manière
démocratique"... Hitler revient
souvent aussi dans les réactions des
internautes israéliens. "Les
Suisses qui ont pillé les fonds
bancaires des victimes et collaboré
avec l'Allemagne nazie débarquent
maintenant avec leurs commentaires
sectaires", estime l'un d'eux.
Au DFAE, où l'on se dit conscient de
"l'extrême sensibilité du
sujet", on affirme "avoir
longuement réfléchi aux termes du
communiqué". "La Suisse ne
prend pas parti pour un camp ou pour
l'autre, mais pour le respect du droit
international humanitaire", relève
le porte-parole Jean-Philippe Jeannerat,
en rappelant à ce propos que le Comité
international de la Croix-Rouge (CICR) a
lui aussi publié une prise de position
comparable il y a quelques jours. De son
côté, l'ambassadeur israélien insiste
: "Je ne dis pas que la population
palestinienne ne souffre pas. Mais nous
prenons en compte le fait que Gaza est
une zone densément peuplée. Il n'y a
pas d'autre situation de guerre
comparable dans le monde, où l'une des
parties en conflit achemine à son
adversaire les vivres et les médicaments,
comme le fait Israël." Une
affirmation qui, pour le DFAE, est
"sujette à interprétation".
Mardi, à Genève, un responsable de
l'agence de l'Organisation des Nations
unies en charge des réfugiés
palestiniens révélait par exemple
qu'Israël maintient bloquées depuis
plus d'un mois 8.000 tonnes de vivres
destinées à nourrir la population
palestinienne de Gaza...
Stratégie de défonce
par GABY NASR, publié dans
l'Orient-le Jour le 16 juin 2006
Le gouvernement du Hamas et son paquet
de ministres en dessous du niveau de la
mer devraient remporter haut la main la
palme d’or des agences de voyages et
tours opérateurs, pour avoir réussi en
quelques mois à trans former les
territoires autonomes en un Jurassic
Park attractif où tempêtent et cliquètent
les armes de tout poil et barbe.
Chapeau, les gars ! On devine bien ce
que serait la Palestine historique, une
fois la libération achevée… A
lui seul, Ismaïl Haniyeh, appelé aussi
Mad Max par ses détracteurs, est un véritable
poème. Arrivé au pouvoir par les
urnes, il feint brusquement d’oublier
qu’en fait les Palestiniens avaient
voté avec leurs babouches pour se débarrasser
du Fateh et de ses comiques troupiers
corrompus jusqu’au trognon. Ismaïl,
lui, pense que c’est un feu vert pour
jouer les Saladin et débiter à la scie
la vieille langue de bois bouffonne des
années 50 : les juifs à la mer et
Palestine vaincra ! Résultat : les agités
israéliens de la kippa reprennent leurs
assassinats à domicile et à deux
missiles pendant que notre ami
transforme ses ministres en passeurs de
valises bourrées de billets de banque.
Un pactole qui fait désordre, surtout
si l’on songe aux bidonvilles miséreux
de Gaza.
Déjà il y a quelques mois, une fois
installé aux commandes, que croyez-vous
que fit ce décravaté débonnaire ?
Avancer un programme politique crédible
pour amadouer les Européens ? Réduire
les dépenses officielles, avec moins de
Mercedes rutilantes et de gardes du
corps hirsutes ? Soulager la misère
d’une population embarquée dans une
guerre de mille ans ? Que dalle ! Ismaïl
ne trouva rien de plus urgent que de se
concocter une milice aux petits oignons,
une de plus qui s’en ira semer les
dragées plombées et la joie de vivre
dans cette Palestine en folie. En termes
psy, on pourrait dire que ses spadassins
développent des pulsions agressives à
tendances nettement régressives…
Bombinothérapie au-dehors, mitraillothérapie
au-dedans et population martyre cocufiée
par son propre bulletin de vote… La
belle stratégie de défense que voilà
! Vite, la même au Liban. Y en a que ça
les démange de nous l’imposer…
Le réseau terroriste démantelé
se fournissait auprès d’Israël
paru dans l'Orient-le Jour le 14
juin 2006
L’armée libanaise a présenté hier
le matériel de communication et
d’espionnage sophistiqué, en
provenance d’Israël, retrouvé en
majorité dans la cave du domicile de
Mahmoud Rafeh à Hasbaya. Selon l’enquête
des services de renseignements de
l’armée, Rafeh faisait partie d’un
réseau travaillant depuis plusieurs années
pour le Mossad et qui avait exécuté
pour le compte d’Israël l’attentat
contre les frères Majzoub à Saïda en
mai dernier, ainsi que d’autres
assassinats qui avaient eu pour cibles
deux responsables du Hezbollah ainsi que
Jihad Ahmad Gibril. Les membres de ce réseau
terroriste avaient effectué des stages
de formation en Israël et avaient été
recrutés pour l’exécution d’opérations
et non pour la collecte
d’informations. Ils recevaient leur
matériel de l’Etat hébreu par voie
terrestre via des points de passage situés
dans l’ex-bande frontalière entre
Chebaa et Kfarkila.
Le juge français Jean-Louis
Bruguière à Beyrouth
paru dans l'Orient-le Jour le 6
juillet 2006
Le juge français antiterroriste
Jean-Louis Bruguière, saisi de l’enquête
française sur l’assassinat du
journaliste Samir Kassir, est arrivé
hier à Beyrouth. M. Bruguière, qui
doit rencontrer les autorités
judiciaires libanaises, s’est abstenu
de toute déclaration à la presse à
son arrivée à l’aéroport de
Beyrouth. Il s’agit de la première
visite au Liban du juge depuis que la
veuve du journaliste assassiné le 2
juin 2005, Gisèle Khoury, avait demandé
l’ouverture d’une enquête française,
dans la mesure où son époux a la
double nationalité franco-libanaise.
L’information judiciaire française
avait été ouverte en juillet 2005 consécutivement
à une plainte déposée par Gisèle
Khoury et des membres de la famille,
auprès du consulat général de France
à Beyrouth, peu après les faits. Mme
Khoury, qui avait mis en doute
l’efficacité de l’enquête initiale
libanaise, avait estimé que le
responsable de la mort de son mari était
"le régime policier libano-syrien
qui était aux abois après le retrait
des troupes syriennes du Liban".
D'anciens soldats de Tsahal et
activistes palestiniens ensemble dans le
combat pour la paix
par STEPHANIE LE BARS, publié dans
le Monde du 5 juillet 2006
Le groupe d'une vingtaine d'hommes réuni
ce jour-là dans une maison d'A-Ram, en
Cisjordanie, ne compte pas de membres du
Hamas. "Nous serions ravis de
les accueillir, mais ils n'ont pas
encore déposé les armes",
sourit Elik Elhanan, l'un des fondateurs
israéliens des Combattants pour la
paix, la dernière-née des associations
pacifistes issues des violences de la
seconde Intifada. Régulièrement,
d'anciens activistes et prisonniers
palestiniens du Fatah et du Front
populaire pour la libération de la
Palestine (FPLP) y retrouvent d'anciens
soldats israéliens en rupture avec
l'armée. Par leurs échanges, leurs témoignages
et leur exemple, ils espèrent obtenir
ce qui leur paraît inaccessible par la
force : la coexistence de deux Etats
dans les frontières de 1967. Un effort
méritoire entre deux peuples déchirés
par six années de violence et la
politique israélienne de séparation,
symbolisée par la "barrière de sécurité".
"J'ai porté les armes durant
la première Intifada", témoigne
Raëd, un trentenaire de Ramallah, issu
d'une famille "nationaliste".
"J'avais perdu des amis très
proches et cela avait exacerbé mon
envie de vengeance. Puis j'ai été arrêté
et j'ai passé trois ans en prison.
Quand je suis sorti, j'ai repris le
combat, jusqu'au début de la seconde
Intifada." Paradoxalement,
c'est l'extrême violence de cette période
qui l'a éloigné des armes. "J'ai
compris que ce cycle de représailles ne
menait à rien. Pour moi, la seconde
Intifada a eu un effet inverse de celui
qu'avait eu la première",
reconnaît Raëd, désormais père de
famille. L'aspect générationnel n'est
pas étranger à cette évolution. "Les
membres palestiniens ont plutôt entre
30 et 40 ans, confirme Elik. Les
jeunes activistes sont moins prêts que
leurs aînés à renoncer aux armes.
Beaucoup sont en prison ou se
cachent."
"Des ordres immoraux"
Côté israélien, de jeunes hommes
tout juste sortis de leur service
militaire côtoient des refuzniks,
appelés ou réservistes, opposés à la
présence de l'armée dans les
territoires occupés. C'est le cas de
Tom, soldat entre 1995 et 1998. Rappelé
sous les drapeaux en octobre 2003, il
s'est immédiatement opposé aux
punitions collectives imposées par les
couvre-feux et les barrages, qu'il était
censé contrôler. "J'ai compris
qu'on ne combattait pas les terroristes
mais les civils ; j'ai décidé de
refuser ces ordres illégaux et
immoraux." A 28 ans, au grand désespoir
de ses parents, il s'est retrouvé en
prison, condamné à 21 jours d'arrêt
de rigueur. Comme Raëd et les quelque
120 membres de Combattants pour la paix,
Tom croit au dialogue et fustige la
politique israélienne actuelle, tout
entière marquée par des mesures unilatérales.
Il est même prêt à discuter avec les
gens du Hamas, "s'ils ne
remettent pas en cause notre privilège
d'avoir un pays".
Les Combattants pour la paix tentent
avec peine de faire connaître leurs
convictions au grand public. "Mais,
raconte Elik, faire entrer des
refuzniks dans les écoles ou les
universités israéliennes, c'est très
compliqué ; obtenir des autorisations
d'entrée en Israël pour d'anciens
prisonniers palestiniens, quasi
impossible. Alors on participe ensemble
à des actions directes (contre le
"mur" ou les violences des
colons) dans les territoires. Mais
des deux côtés, beaucoup sont choqués
que d'anciens combattants osent ainsi
traverser les lignes." "Pourtant,
prédit Tom,
si on ne se parle pas,
on court tout droit à la troisième
Intifada."
L’OTAN
et Israël resserrent leurs liens
militaires
paru
dans l'Orient-le Jour le 3 juin 2006
L’escale de navires de l’OTAN cette
semaine dans le port israélien de Haïfa
(Nord) témoigne d’une coopération
militaire intensifiée entre
l’Alliance atlantique et Israël, mais
leurs relations restent limitées et il
n’est pas question d’une adhésion
de ce pays. Fait inhabituel, une flotte
de huit bâtiments de l’OTAN est
actuellement ancrée jusqu’au 4 juin
dans le port de Haïfa et des exercices
conjoints avec la marine israélienne
sont prévus avant son départ. Par
ailleurs, une frégate de la marine israélienne
doit participer pour la première fois
à un exercice naval de l’OTAN, baptisé "Cooperative
Mako", au large de la Roumanie, en
mer Noire, à partir du 17 juin, selon
l’armée israélienne et l’OTAN.
"Pour la marine israélienne, le
but de ces manœuvres en mer Noire est
d’apprendre à travailler en
coordination avec les forces de l’OTAN
opérant dans la région",
soulignait mardi un communiqué de
l’armée israélienne. Israël a aussi
fait part de son intention de participer
à l’opération antiterroriste de
l’OTAN en mer Méditerranée, aux côtés
d’autres pays tiers comme l’Algérie
et le Maroc.
Plus généralement, Israël et l’OTAN
coopèrent dans le cadre du
"Dialogue méditerranéen" de
l’Alliance atlantique, un forum de
consultations politiques et de coopération
créé en 1994 mais resté largement
lettre morte avant d’être relancé en
2004. Outre Israël, le Maroc, l’Algérie,
la Mauritanie, la Tunisie, l’Egypte et
la Jordanie participent à ce forum. Les
relations entre Israël et l’OTAN ont
aussi été marquées par la visite du
secrétaire général Jaap de Hoop
Scheffer en Israël et, pour la première
fois l’année dernière, d’une délégation
de la Knesset au siège de l’OTAN à
Bruxelles. Malgré cela, ces liens
restent encore politiquement limités et
teintés d’une méfiance historique.
"Les relations entre l’OTAN et
Israël (...) ont longtemps été caractérisées
par un mélange d’indifférence et de
méfiance", souligne Martin Van
Creveld, professeur à la Hebrew
University à Jerusalem, dans un article
publié sur le site Internet de La Revue
de l’OTAN.
Des responsables de l’OTAN assurent
pour leur part que l’alliance
militaire occidentale n’entend surtout
pas privilégier un des sept pays du
"Dialogue". Quant à savoir si
Israël pourrait adhérer à l’OTAN,
il n’en est pas question, selon le
porte-parole. Certaines voix, peu
nombreuses, se sont exprimées en faveur
d’une adhésion d’Israël, comme
celle de l’ancien chef de gouvernement
espagnol José Maria Aznar. Il avait prôné
en mars "un parapluie de
l’OTAN" pour dissuader toute
attaque visant Israël, pays qui, selon
lui, devrait rejoindre les rangs de
l’Alliance atlantique. Toutefois, non
seulement Israël n’est pas prêt de
s’en remettre à l’OTAN pour sa sécurité,
mais une telle adhésion provoquerait
une levée de boucliers dans le monde
arabe.
Les Européens en retrait et
impuissants
paru dans l'Orient-le Jour le 5
juillet 2006
Les Européens, actifs ces dernières
semaines pour trouver une solution à la
question de l’aide aux Palestiniens,
apparaissent en retrait et impuissants
face aux nouvelles tensions israélo-palestiniennes,
estiment des spécialistes. L’Union
européenne comme ses Etats membres à
titre individuel sont réduits à
multiplier les appels à la libération
du caporal israélien enlevé Gilad
Shalit et à la retenue dans les opérations
armées israéliennes. Confrontée à
ses propres divisions sur les problèmes
du Proche-Orient, "l’Europe fait
profil bas pour ne pas aboutir à une
situation de blocage interne",
estime Barah Mikaïl, spécialiste du
Proche-Orient à l’Institut de
relations internationales et stratégiques
(IRIS) à Paris. Lundi, le président de
la Commission européenne, José Manuel
Barroso, s’est déclaré "très
préoccupé" et a appelé "les
deux côtés à la retenue et à mettre
fin à la violence". "La
violence reste la violence, quel que
soit celui qui a commencé, quelles
qu’en soient les raisons", a
sermonné, pour sa part, la présidente
finlandaise Tarja Halonen, dont le pays
assure depuis samedi la présidence
tournante de l’UE. Hier, le Premier
ministre britannique Tony Blair a jugé
que la nouvelle crise était
"affreuse et terrible", tout
en restant évasif sur les moyens de la
régler.
En refusant le dialogue avec le Hamas
qui dirige le gouvernement, "l’UE
a perdu son influence sur la partie
palestinienne", sans pour autant
"être en mesure de peser sur Israël",
renchérit Claire Spencer, du centre
d’études britannique Chatham House.
Certains pays se sont toutefois montrés
un peu plus actifs. La France, appuyée
par l’Italie, a insisté le 29 juin,
lors d’une réunion ministérielle du
G8 à Moscou, pour que l’arrestation
par Israël de 64 responsables
politiques du Hamas palestinien soit
mise à l’ordre du jour. Les pressions
des Européens et d’autres membres du
G8 semblent avoir amené les Etats-Unis
à assouplir, au moins verbalement, leur
position initiale de soutien à
l’offensive militaire israélienne.
Cette visibilité limitée des Européens
contraste avec leur rôle pour la
reprise de l’aide internationale aux
Palestiniens. L’Union avait été
chargée par le quartette de trouver un
mécanisme pour que l’argent arrive
aux Palestiniens sans passer par le
gouvernement dirigé par le mouvement
radical. Résultat de ces efforts,
l’Europe des 25 avait pu annoncer en
juin le déblocage d’une aide de 105
millions d’euros.
Situation humanitaire à Gaza :
des ONG tirent la sonnette d'alarme
paru dans l'Orient-le Jour le 8 juin
2006
La pauvreté "gagne du
terrain" dans les territoires
palestiniens a annoncé hier le
Programme alimentaire mondial (PAM). De
facto, cette agence de l’ONU va
augmenter de 25 % le nombre des bénéficiaires
de son aide, qui passent de
"480.000 à 600.000 non-réfugiés". "Une
crise majeure se profile dans les
territoires palestiniens occupés (...)
due à l’absence de versement de
salaires de 150.000 fonctionnaires
palestiniens, qui affecte directement un
million de personnes, et aux fermetures
de plus en plus fréquentes des points
de passage, imposées par Israël à
cause des menaces répétées", écrit
le PAM dans un communiqué publié par
son bureau de liaison à Paris.
"D’après une récente étude du
PAM et de la FAO (...) l’insécurité
alimentaire a augmenté de 14 % depuis
l’an passé. Ceci signifie que deux
millions de Palestiniens, soit 51 % de
la population, ne peuvent subvenir à
leurs besoins nutritionnels quotidiens
sans aide", poursuit le PAM.
"De nombreuses familles ne prennent
plus qu’un seul repas par jour",
a précisé Arnold Vercken, directeur du
PAM dans les territoires palestiniens et
"beaucoup d’habitants ne se
nourrissent plus que de pains ou de légumes
achetés à bas prix en fin de journée
car ils n’ont pas été vendus".
"Nous sommes aussi très préoccupés
par le nombre croissant de personnes, le
plus souvent des enfants, qui fouillent
les poubelles pour s’alimenter",
a ajouté M. Vercken. L’agence des
Nations unies pour les réfugiés
palestiniens (Unrwa) a également tiré
la sonnette d’alarme en soulignant que
la situation des réfugiés dans la
bande de Gaza est "déplorable et
empire" après la suspension des
aides internationales directes à
l’Autorité palestinienne. "De
nombreux services publics indispensables
sont menacés d’effondrement si des
solutions de financement ne sont pas
trouvées", a précisé le
responsable de l’Unrwa dans la bande
de Gaza, John Ging, dans un communiqué.
L’armée
sème la désolation dans les champs de
Gaza
par CHARLES LEVINSON, publié par
l'AFP le 4 juillet 2006
Maisons mises à sac, hangars détruits,
oliviers arrachés : lorsqu’ils se
sont retirés de terres agricoles du sud
de la bande de Gaza, après les plus âpres
combats depuis le début de
l’offensive israélienne, les chars
israéliens ont laissé derrière eux un
champ de ruines. Les familles
palestiniennes qui avaient fui samedi
leur foyer au cours de l’opération
israélienne sont revenues chez elles
dimanche à l’aube. Les portes des
maisons avaient été défoncées, des
murs abattus, les meubles renversés,
les arbres fruitiers déracinés. L’opération
était destinée, selon une porte-parole
de l’armée, à tenter de trouver un
tunnel que des activistes creuseraient
vers les positions israéliennes le long
de la bordure de la bande de Gaza, dans
cette zone située à l’est de Khan
Younès. C’est l’un de ses tunnels
qui a permis l’enlèvement d’un
soldat israélien, le 25 juin.
"Nous disposons d’informations
faisant état de la possible présence
de tunnels", explique un
porte-parole de l’armée.
"C’est pourquoi les opérations
de vérification menées par les soldats
sont si minutieuses et provoquent
manifestement des dégâts",
ajoute-t-il.
Depuis le début de l’opération
"Pluies d’été", les Israéliens
ont mené plusieurs incursions dans le
sud de Gaza, laissant leurs chars en
place. Dans cette communauté rurale où
les oliviers et les fermes peuvent aisément
servir de couverture, des hommes armés
et masqués ont rapidement répliqué à
l’armée israélienne. Les
combattants, abrités derrière les
arbres, ont ouvert le feu sur les Israéliens
au fusil-mitrailleur Kalashnikov et au
lance-roquettes RPG, s’attirant les
représailles de l’armée israélienne
qui a fait usage d’obus et d’hélicoptères
d’assaut Apache. A leurs fenêtres,
sur les toits de leurs maisons, les
villageois assistent aux combats comme
s’ils regardaient un match de
football. Les affrontements sont
violents. Ils augurent peut-être du
type d’affrontements mêlant
combattants et civils auxquels l’armée
israélienne pourrait faire face si elle
décide de s’aventurer plus avant dans
la bande de Gaza.
Sonia Hamdan, son mari Ayman et leurs
huit enfants se sont mis à l’abri des
chars israéliens en se cachant dans une
armoire de trois mètres de haut, où
ils sont restés jusqu’à ce que les
soldats rentrent chez eux. "Nous
sommes restés là tous les 10"
pendant des heures, raconte-t-elle, son
mari restant silencieux à ses côtés,
chose inhabituelle dans cette société
conservatrice. "C’était
terrifiant." Les parpaings sont
fendus, un matelas recouvert de débris
de béton gît par terre, tout comme une
coiffeuse et un buffet. Le mur de la
chambre des parents a été abattu. Leur
voisine, Ibtissam Abou Awad, contemple
son porche parsemé de débris, le
visage fermé. Elle a quitté son petit
appartement de Khan Younès pour habiter
une maison plus spacieuse il y a à
peine trois semaines avec son mari. Ce
dernier a été arrêté par les Israéliens,
dit-elle. "Les choses
paraissaient meilleures ici au grand
air, mais ce n’était pas le bon
moment pour venir",
regrette-t-elle. "Où ont-ils emmené
mon mari, vont-ils le relâcher ?"
s’inquiète-t-elle. Mais, au bout du
compte, elle juge que c’est le prix
que les Palestiniens doivent payer pour
leur patrie. "Nous devons subir et
être patients, au nom de la
patrie."
Les missions de paix de l'ONU :
une efficacité qui fait débat
par PHILIPPE BOLOPION, publié dans
le Monde du 1er juillet 2006
Dans le paysage troublé des opérations
de "maintien de la paix",
le Timor-Oriental était l'exemple de ce
que l'ONU peut accomplir de meilleur :
accompagner un peuple opprimé vers
l'indépendance et l'aider à se
redresser jusqu'à l'accueillir (en
septembre 2002) comme le 191e membre des
Nations unies. Pourtant, depuis les
violences survenues en mai et juin, le
plus jeune Etat du monde symbolise la
fragilité de l'entreprise onusienne :
si elle ne peut consolider la paix sur
ce minuscule territoire, le peut-elle en
République démocratique du Congo (RDC)
ou au Soudan, à l'espace gigantesque ?
Avec près de 90.000
personnes réparties en 18 missions sur
quatre continents, le département onusien
des opérations de maintien de la paix
est, après les Etats-Unis, la deuxième
force militaire au monde engagée sur des
terrains externes. De tampon entre Etats
en conflit durant la guerre froide, les
casques bleus sont devenus, en Haïti, au
Kosovo et ailleurs, les outils d'une
puissance tutélaire qui rebâtit des
Etats, supervise des élections, désarme
des milices ou juge des criminels. La tâche
est titanesque - et les revers inévitables.
Kofi Annan, affecté par la rechute
timoraise, a regretté la "tendance
de l'ONU à quitter les zones de conflit
trop tôt", induisant l'idée que
si le Timor avait été situé dans une
zone plus sensible à l'intérêt
international, ce retrait précipité
n'aurait pas eu lieu. Pressé par les
Etats-Unis, le Conseil de sécurité avait
décidé, fin mai 2005, de retirer ses
derniers casques bleus du Timor-Oriental,
sans y laisser la "force
internationale de sécurité"
voulue par le secrétaire général de
l'ONU.
D'abord peu encline au "nation
building" (l'aide à la
construction étatique), l'administration
Bush s'est convertie au maintien de la
paix prôné en Haïti, au Liberia ou au
Soudan. Le déploiement des troupes
onusiennes atteint désormais un record.
Mais le Congrès américain, qui règle 27
% de son coût, exerce une pression
constante pour réduire ou fermer des
missions. L'ambassadeur des Etats-Unis à
l'ONU, John Bolton, a promis de "rationaliser"
les missions au Sahara occidental, en
Ethiopie et en Erythrée. Cette politique
a-t-elle dérapé au Timor-Oriental ? "Non
: les troubles n'ont rien à voir avec le
combat pour l'indépendance vis-à-vis de
l'Indonésie, raison du déploiement de
l'ONU", affirme-t-il. Le problème
est politique, et l'ONU ne peut, selon
lui, rester à Dili "pour
toujours". Cette règle
s'applique- t-elle lorsque les intérêts
des pays riches sont en jeu ? "Nous
sommes à Chypre, au Kosovo ou en Bosnie
depuis longtemps [ndlr : ainsi
qu'au Liban où la FINUL est présente
depuis 1978]. Pourquoi souvent
quitter d'autres endroits après deux ou
trois ans ?" a demandé Kofi
Annan, évoquant le risque de perception
d'un "contenu raciste dans la pensée
de l'ONU". De fait, les
Occidentaux se sont désengagés des
missions onusiennes, aujourd'hui assurées
par des troupes de pays comme le
Bangladesh, le Pakistan ou l'Inde.
La posture américaine
n'est pas sans mérite : à Chypre depuis
1964, ou au Sahara occidental depuis 1991,
l'ONU est le témoin impuissant et coûteux
de conflits fossilisés. "Parfois,
les parties n'ont pas à résoudre leur
différend car les casques bleus sont là,
explique Edward Luck, professeur de
relations internationales à Columbia
University. Le maintien de la paix ne
peut se substituer à la bonne volonté
des acteurs locaux". Il admet
cependant qu' "au Timor-Oriental,
à terme, on aurait économisé en
restant un peu plus longtemps".
Le budget annuel des opérations du
maintien de la paix est d'environ 5
milliards de dollars (0,5 % des dépenses
militaires mondiales et l'équivalent d'un
mois d'intervention américaine en Irak).
Selon Paul Collier et Anke Hoeffler, de
l'université d'Oxford, ces opérations
sont la solution la plus rentable pour réduire
le coût des guerres civiles. Mais Edward
Luck juge le bilan "très mitigé",
avec des échecs tragiques : le génocide
rwandais en 1994, le massacre de
Srebrenica en Bosnie en 1995, et récemment
l'exploitation sexuelle de populations
vulnérables par les casques bleus. Avant
le Timor-Oriental, Haïti et le Liberia
ont rechuté après une intervention
onusienne.
Aujourd'hui, les
mandats de l'ONU sont plus clairs et
vigoureux. Les casques bleus usent plus
facilement de la force pour rétablir
l'ordre, en RDC ou en Haïti. La moitié
des Etats émergeant d'un conflit
rechutant dans les cinq ans, l'ONU a créé,
en décembre 2005, une commission de
consolidation de la paix, pour aider à la
stabilisation des pays. "L'exemple
du Timor prouve le besoin de cette
commission", estime Carolyn
McAskie, sous-secrétaire générale pour
la consolidation de la paix. Sa première
réunion a eu lieu le 23 juin : la Sierra
Leone et le Burundi en seront les premiers
bénéficiaires. Le Libéria, Haïti et le
Timor suivent sur son agenda. En
attendant, sur le Timor-Oriental, le
Conseil de sécurité fait machine arrière
et demande à Kofi Annan de le conseiller
sur "une présence renforcée des
Nations unies". Pour Ian Martin,
envoyé de l'ONU pour le Timor, il faudra "à
court terme, un nombre significatif de
policiers internationaux, notamment pour
les élections de 2007". La décision
reviendra au Conseil de sécurité. Mais,
prévient David Harland, haut responsable
au département du maintien de la paix,
"dans l'adversité, si on ne protège
pas l'investissement initial, on peut en
perdre le bénéfice".
Appels
à la création d’une banque de développement
arabo-européenne
paru dans l'Orient-le Jour le 29
juin 2006
Les participants au sommet bancaire
arabo-international de Rome sur le
dialogue arabo-européen relatif au
financement et l’investissement se
sont félicités de l’appel lancé par
le Premier ministre italien Romano Prodi
à la création d’une banque de développement
euro-arabe soutenue principalement par
l’Union européenne. Cette banque
jouerait un rôle crucial au niveau du
financement et du développement des
petits et moyens projets, du financement
de l’infrastructure et de la
modernisation des marchés de capitaux
dans le monde arabe. Cette banque
participerait également à
l’encouragement et au soutien des échanges
commerciaux et d’investissement entre
l’Union européenne et le monde arabe.
Les participants au sommet ont souhaité
que la politique de voisinage de l’UE
vis-à-vis des pays méditerranéens
puisse réussir à combler les lacunes
de l’accord de partenariat euro-méditerranéen.
Cette nouvelle politique vise à
renforcer la coopération commerciale
entre les pays méditerranéens et l’UE.
Les participants ont également insisté
sur le fait que le monde arabe a besoin
du soutien de son partenaire européen
pour l’accroissement des opportunités
du commerce. Celles-ci devraient appuyer
les tentatives de création d’une zone
de libre-échange euro-méditerranéenne
en 2010. Le monde arabe a également
besoin du soutien de l’UE pour développer
ses marchés de capitaux et renforcer
leur bonne gouvernance financière. Le
sommet bancaire arabo-international a été
marqué par un hommage rendu à cheikh
Fahed ben Mohammad ben Jaber al-Thani,
PDG de la banque de Doha à Qatar. Il a
été couronné "le banquier arabe
pour 2005" par l’Union des
banques arabes.
L'Europe s'égare au
Moyen-Orient
par PHILIPPE HELLMULLER, publié
dans le Temps le 15 juin 2006
C'est à n'y plus rien comprendre. Pour
la première fois de leur histoire, les
Palestiniens ont élu leurs institutions
de manière parfaitement démocratique.
Un système corrompu a été remplacé
par un autre dont on ne sait a priori
pas grand-chose, sinon qu'il privilégie
le soutien des démunis et non celui de
ses élites. Et que se passe-t-il ? Les
Etats-Unis, dont on connaît la
propension à exporter un modèle de démocratie
teintée à leur sauce mais dont peu de
gens sont à vrai dire envieux, ont, fidèlement
à leur habitude, maintenu leur soutien
inconditionnel à Israël, dont le but
est de définir ses frontières de manière
unilatérale en bafouant encore un peu
plus les droits des Palestiniens. Phénomène
nouveau, notre Europe que l'on rêvait
idéale, celle à laquelle on était
fier d'appartenir lorsqu'elle s'était
en partie opposée à
l'interventionnisme américain en Irak,
cette Europe se met également de la
partie, victime sans doute d'un lobbysme
israélien aussi discret qu'efficace.
Après l'affaire des vols secrets de la
CIA qui a vu nos démocraties européennes
tolérer, sinon soutenir, à de
multiples occasions le viol par les
Etats-Unis de nos droits fondamentaux,
nous sommes à présent condamnés à
voir le peuple palestinien, déjà
martyrisé par Israël, se faire couper
toute aide, ce qui, compte tenu de sa
situation dramatique, équivaut au mieux
à le déstabiliser encore un peu plus,
au pire à l'affamer. Dans ce contexte,
il ne faut hélas rien attendre de la
Suisse plongée dans un affairisme de
rigueur. Il sera toujours temps, comme
nous l'avons fait après l'écroulement
du régime de l'apartheid en Afrique du
Sud, de formuler de vagues regrets.
Continuons donc à traiter avec Israël,
un pays qui pratique une politique
d'apartheid ouverte, une nation qui,
tout en se prétendant civilisée, réussit
à paraître victime quand c'est elle
qui massacre, oppresse et spolie au
quotidien un peuple exsangue qui s'est
pourtant essayé pour la première fois
et avec un succès remarquable à la démocratie.
Explosion,
implosion, atomisation
par LUIS LEMA, publié dans le Temps
le 28 juin 2006
On pouvait rêver cadre plus paisible
pour cette percée historique. La
tension est extrême, et des dizaines de
blindés israéliens sont prêts à
fondre sur Gaza où un soldat israélien
est toujours porté disparu. Le bruit de
bottes, pourtant, ne parvient pas à
cacher l'essentiel : au terme de
tractations de l'impossible, le
mouvement islamique du Hamas a fini par
plier. Bien entendu, ses dirigeants ne
le reconnaîtront pas de cette manière.
Mais dans le texte qu'ils ont approuvé
mardi, ils offrent la place à deux
Etats sur cette terre dont on se dispute
depuis des décennies chaque centimètre
carré. Là où il n'y avait jusqu'alors
qu'une "entité sioniste"
figure désormais un Etat nommé Israël.
Ni plus ni moins.
Certains porteront cette avancée au crédit
de Mahmoud Abbas. En prévoyant
d'organiser un référendum sur cette même
question, le président palestinien a
placé le Hamas au pied du mur. Du même
coup, il menaçait de faire exploser la
Palestine dans un déchirement
fracassant. D'autres féliciteront la
communauté internationale. Pour être
incohérent, voire illégitime, son
boycott du gouvernement palestinien a
mis les islamistes dans une impasse économique
totale. Sans ce sursaut de réalisme du
Hamas, c'est une implosion pure et
simple qui menaçait alors la Palestine.
Les derniers, enfin, insisteront sur les
divisions dont souffre le Hamas lui-même.
Bien que premier ministre, Ismaïl
Haniyeh ne contrôle plus grand-chose
sur le terrain. L'enlèvement du soldat
israélien, dimanche, s'est déroulé
sans son consentement. De mouvement fort
et ordonné, le Hamas s'est transformé
en un reflet des fractures qui divisent
les territoires palestiniens. C'est le
risque d'atomisation.
Bien sûr, ce revirement du Hamas change
la donne, puisqu'il ouvre notamment la
porte à un gouvernement palestinien débarrassé
de son étiquette islamiste. Mais dans
l'immédiat, les risques auxquels doit
faire face la Palestine - explosion,
implosion, atomisation - resteront les mêmes.
Périlleux engrenage
paru dans le Monde du 30 juin 2006
Un mécanisme
destructeur vient de se remettre en
marche dans les territoires palestiniens
à la suite de l'enlèvement d'un soldat
israélien. Après avoir donné
quarante-huit petites heures aux
Palestiniens pour parvenir à une libération
sans conditions, Israël a décidé de
s'engager dans une campagne dont les
objectifs dépassent maintenant le cadre
de départ. Cette campagne répond à
plusieurs considérations internes. Dépourvus
l'un et l'autre de passé militaire,
Ehoud Olmert et son ministre de la défense,
Amir Péretz, veulent faire la preuve de
leur capacité à recourir à la force.
Il leur faut d'autant plus vite obtenir
des résultats qu'ils subissent depuis
des semaines les tirs de roquettes
artisanales des Palestiniens qui
entendent ainsi leur signifier que le
sort de Gaza, évacué en septembre
2005, et celui de la Cisjordanie,
toujours occupée par Israël, sont
indissociables.
L'enjeu est d'autant plus crucial que
le bilan du retrait de Gaza décidé et
effectué par un chef de guerre
autrement plus prestigieux, Ariel
Sharon, n'est guère concluant. Il n'a
pas peu contribué à la victoire des
islamistes du Hamas aux élections législatives
de janvier en prouvant que la violence
payait plus que la négociation. Il n'a
pas non plus apporté la sécurité aux
villes limitrophes israéliennes, bien
au contraire. On peut y ajouter la dégradation
continue d'un territoire bouclé comme
jamais. M. Olmert fait face au lent
naufrage de Gaza au moment où il
souhaite procéder à des retraits
similaires en Cisjordanie pour faire l'économie
de négociations nécessairement
difficiles avec un interlocuteur,
Mahmoud Abbas, dont il doute de la
capacité à imposer sa politique.
Sa réaction musclée pourrait être
pire que le mal. M. Olmert peut certes
compter sur le soutien ou la mansuétude
d'une communauté internationale qui
s'est lassée des errements palestiniens
et qui ne réagit plus guère aux morts
quasi quotidiennes. Se débarrasser du
Hamas, un objectif que les Israéliens
partagent avec les Américains et, par défaut,
avec les Européens, ne sera pas une tâche
aisée, compte tenu de l'ancrage du
mouvement dans la société
palestinienne. Cet objectif est d'autant
plus regrettable aujourd'hui qu'il vient
télescoper l'accord politique que
viennent de conclure le Hamas et les
nationalistes du Fatah. Connu comme le
"programme des prisonniers",
parce qu'il a été rédigé par des détenus
en Israël, principalement par le
charismatique Marouane Barghouti, cet
accord comporte une reconnaissance
implicite d'Israël. Il est certes
encore bien éloigné des conditions
rigides fixées par les Occidentaux au
Hamas, mais c'est un progrès. Il faut
espérer que la campagne engagée à
Gaza ne le ruine pas.
L’escalade
à Gaza escamote le dossier du Hezbollah
paru
dans l'Orient-le Jour le 30 juin 2006
La séance de la conférence nationale
libanaise de dialogue devait en principe
être exclusivement consacrée à la
question du sort de l’arsenal du
Hezbollah et de la stratégie nationale
de défense. Cependant, il n’en a pas
vraiment été ainsi. La situation régionale,
et tout particulièrement les derniers développements
dans les territoires palestiniens, ont déteint
sur le climat de la conférence,
occultant presque le thème initial des
débats. C’est plutôt l’escalade
israélienne à Gaza qui a été au
centre des concertations entre les
quatorze leaders libanais, qui ont
condamné l’agression perpétrée par
l’Etat hébreu.
Le seul à avoir apparemment présenté
hier un document de travail sur la stratégie
nationale de défense a été l’ancien
président de la République, Amine
Gemayel, qui a proposé d’adopter une
politique de défense inspirée du modèle
suisse, et de recourir au Conseil de sécurité
pour la proclamation d’une trêve
d’un an au Liban-Sud. Pour sa part, le
secrétaire général du Hezbollah a
estimé qu’il valait mieux attendre
l’édification et la consolidation de
l’Etat avant de penser à se passer de
la Résistance. La prochaine séance a
été fixée au 25 juillet prochain.
La volte-face du Hamas laisse
Israël de glace
par SERGE DUMONT, publié dans le
Temps le 28 juin 2006
• Le mouvement islamiste Hamas reconnaît
implicitement l'existence de l'Etat
d'Israël.
• Les Palestiniens considèrent que la
porte est désormais ouverte à des négociations
avec l'Etat hébreu.
• Préoccupée par la disparition d'un
soldat, Tsahal amasse des troupes autour
de la bande de Gaza.
"Avec la participation de toutes
les forces islamiques et nationales, des
représentants de la société civile et
du secteur privé, nous avons conclu un
accord d'entente qui ouvre une ère
nouvelle." C'est en ces termes que
le porte-parole du gouvernement
palestinien, Ghazi Hamas (Hamas), et
Ibrahim Abou Najjah (l'un des
participants au processus de dialogue
national) ont annoncé lundi que toutes
les organisations palestiniennes sauf le
Djihad islamique ont décidé de signer
le "plan des prisonniers"
reconnaissant implicitement le droit à
l'existence d'Israël. Un "moment
historique", selon la plupart des
commentateurs palestiniens pour lesquels
"rien n'empêchera désormais le président
Mahmoud Abbas d'entamer des négociations
avec l'Etat hébreu".
Pourtant, à Tel-Aviv comme à Jérusalem,
les responsables politiques et les éditorialistes
israéliens accordent une importance très
limitée à l'accord. Certes, au gré
des journaux télévisés, des
commentateurs ont relevé que le Hamas
"s'est engagé à ne plus perpétrer
d'attentats-suicides à l'intérieur de
notre pays". D'autres ont estimé
"important" le fait que les
organisations palestiniennes acceptent
de créer un Etat à côté d'Israël et
non plus à sa place. Mais dans
l'ensemble, la volte-face du Hamas n'a
pas convaincu grand monde. "Il
s'agit d'un non-événement", a par
exemple déclaré le ministre israélien
de la Justice, Haïm Ramon.
"Comment voulez-vous que nous nous
sentions concernés par un document qui
promet certes l'arrêt des opérations
kamikazes ainsi que des tirs de
roquettes Kassam sur la ville de Sderot,
mais autorise la poursuite des attaques
contre nos communautés (ndlr : les
colonies) de Cisjordanie?" Et de
poursuivre : "En outre, les
organisations palestiniennes exigent le
droit au retour des réfugiés. Pour
nous, c'est tout simplement
inacceptable. Le résultat des
discussions qui viennent de se dérouler
entre le Hamas, le Fatah et les autres
mouvements est un problème
palestino-palestinien. Il ne nous
concerne en rien et notre politique ne
changera pas."
A tort ou à raison, de nombreux
chroniqueurs israéliens estiment par
ailleurs que les organisations
palestiniennes ont précipité le cours
des négociations par peur de l'opération
militaire dans la bande de Gaza annoncée
en riposte au récent enlèvement du
caporal Gilad Shalit. "Ils savent
que cette fois, l'offensive sera
importante", affirme Mordehaï
Kedar, un orientaliste réputé.
"Les Palestiniens veulent donc présenter
un front uni face à Ehoud Olmert."
Seuls quelques commentateurs ont une vue
plus nuancée de la situation. Parmi
ceux-ci, Ephraïm Halevy, le directeur général
du Mossad entre 1998 et 2002. A ses
yeux, "il ne faut pas surestimer
l'influence israélienne sur le
processus interpalestinien en
cours". "Le Hamas et les
autres organisations traversent un
processus évolutif important,
explique-t-il. Ils font leur propre évaluation
de la situation en fonction des intérêts
palestiniens et non des exigences israéliennes."
De son côté, l'opinion publique israélienne
ne s'intéresse quasiment pas au
changement de ligne des partis
palestiniens. Elle préfère focaliser
son attention sur le sort du caporal
Shalit. Selon l'Aman (les Renseignements
militaires israéliens), celui-ci serait
gardé par des membres de la branche armée
du Hamas dans un camp de réfugiés
jouxtant la ville de Rafah. Le lieu précis
de sa détention ne serait cependant pas
connu. S'exprimant à la tribune de la
Knesset, Ehoud Olmert a en tout cas
confirmé que Tsahal, l'armée de l'Etat
hébreu, prépare une opération
militaire de grande envergure sur le
territoire palestinien. De fait, dans le
courant de ces dernières heures, plus
de 5.000 hommes, des dizaines de chars,
de transports de troupes ainsi que des
bulldozers blindés ont été déployés
autour de la bande de Gaza. Selon des
fuites en provenance de l'Etat-major,
l'armée israélienne envisagerait dans
un premier temps de couper la bande de
Gaza en plusieurs parties hermétiques.
Ses stratèges songeraient également à
reprendre le contrôle du point de
passage avec l'Egypte situé à Rafah.
Ignorant le récent accord
interpalestinien, le premier ministre de
l'Etat hébreu a en tout cas répété
qu'il "ne négociera pas avec le
Hamas" et qu'il "continuera à
combattre le terrorisme".
Irak-Afghanistan, l'Occident en
échec
par DANIEL VERNET, publié dans le
Monde du 21 juin 2006
Rien ne va mieux en Irak. Rien ne va
plus en Afghanistan. Les deux
interventions militaires dans le Grand
Moyen-Orient qui devaient apporter la
stabilité sinon la démocratie se
heurtent à une opposition féroce.
Celle-ci est le fait de forces radicales
qui n'ont pas nécessairement le soutien
de la population mais qui profitent
d'une hostilité croissante à l'égard
des "libérateurs". La dégradation
de la situation en Afghanistan au moment
où l'OTAN prend le relais de la
coalition internationale dirigée par
les Etats-Unis n'est pas indépendante
de l'échec de ces derniers en Irak.
Et pourtant, à
l'origine, le cas afghan est très différent
du cas irakien. En 2001, quelques semaines
après les attentats contre le World Trade
Center à New York et le Pentagone à
Washington, George W. Bush réussit à
convaincre une large coalition que le détestable
régime des talibans installé à Kaboul
est bien le protecteur de Ben Laden et de
ses complices d'Al-Qaida. Sans doute
s'agit-il, comme ce sera le cas en Irak près
de deux ans plus tard, d'une coalition
of the willing, d'un rassemblement d'Etats
disparates qui n'a rien à voir avec les
alliances traditionnelles. Mais cette
coalition transcende l'Alliance
atlantique, elle ne la divise pas. Elle
donne l'impression de regrouper le monde
"civilisé", c'est-à-dire
"occidental", contre des mollahs
obscurantistes.
Tous les participants
ne sont certes pas mus par les mêmes
motivations idéologiques. Certains
s'engagent par solidarité avec les
Etats-Unis frappés par le terrorisme, une
solidarité "illimitée",
comme disait alors l'ancien chancelier
allemand Gerhard Schröder. Quelques-uns
sont contraints par leur statut de clients
des Américains. D'autres y voient
l'occasion d'en finir avec un islamisme
radical tout aussi menaçant pour eux.
D'autres enfin, la possibilité de jouer
dans la "communauté
internationale" un rôle dont la fin
de la guerre froide les a privés.
De la Russie au
Pakistan, des ex-Républiques soviétiques
d'Asie centrale au Japon, le monde s'est
mobilisé pour venir en aide à un peuple
meurtri par une guerre qui durait depuis
le début des années 1980. Des milliers
de soldats de la force internationale y
stationnent depuis cinq ans. Des milliards
de dollars ont été dépensés. Des
institutions ont été créées en
respectant autant que faire se peut les
traditions locales, avec en prime
l'onction du suffrage universel (y compris
féminin). L'Afghanistan aurait pu devenir
un cas d'école du state building,
la construction d'un Etat moderne par
opposition aux Etats défaillants ou
voyous dont parlent les Américains, et
qui sont considérés comme le creuset du
terrorisme et de l'instabilité
internationale.
Les conditions
semblaient réunies pour que la démonstration
réussisse. Il est à craindre qu'elle
soit en passe d'échouer. Les talibans se
réinstallent dans le sud du pays. Le président
Hamid Karzaï ne trouve rien de mieux pour
contrer la montée du fondamentalisme que
de faire appel aux seigneurs de la guerre,
dont les rivalités sanglantes ont fait le
lit des mollahs et contribué au malheur
de l'Afghanistan. Les troupes
internationales sont en butte à la méfiance
de la population, qui tend de plus en plus
à les confondre avec des occupants, et la
cible des attentats extrémistes. L'OTAN,
qui mène en Afghanistan sa première opération
sur terre et hors d'Europe - au Kosovo,
l'intervention avait été purement aérienne
-, risque de s'enliser, ruinant sa réputation
sur un théâtre extérieur à sa mission
d'origine.
Les causes sont
multiples. Elles tiennent en partie aux spécificités
d'un pays parmi les plus pauvres du monde,
où les prémices de la modernité étaient
pour le moins fragiles. Mais plus encore
que l'Irak où George W. Bush peut être
tenu pour principal responsable, l'expérience
afghane amène à s'interroger sur le
volontarisme militaro-politique, sur le
principe autant que sur la manière.
Calomniés contre torturés
par RICHARD WERLY, publié dans le
Temps le 8 juin 2006
Ils sont furieux. Ils sont déçus.
Victimes de "spéculations",
ils se disent "accusés sur la base
d'indices", ce qui est
"inacceptable". Ils ? Les pays
européens présentés dans le rapport
du Tessinois Dick Marty comme
"ayant autorisé la CIA, au moins
tacitement, à transférer ou détenir
sur leur sol des terroristes islamistes
présumés". Emprunt stupéfiant de
vocabulaire. Avec les mêmes mots, les
suspects enchaînés à la carlingue des
avions affrétés par les services de
renseignement américains pourraient
crier à l'injustice. A une différence
près : les Etats pointés du doigt par
Dick Marty ont la parole. Alors que les
détenus transférés en secret dans le
cadre de la guerre contre le terrorisme
n'existent pas. La raison d'Etat les a
condamnés à être des ombres. Avec la
complicité de nos gouvernants.
Quoi de plus facile, en plus, que de dénoncer
les lacunes du rapport d'un
parlementaire isolé, au sein d'une
instance politiquement faible comme le
Conseil de l'Europe, alors que rien n'a
été fait pour faciliter son travail
d'investigation ? Le Royaume-Uni, la Suède,
la Bosnie-Herzégovine, l'Italie, la Macédoine,
l'Allemagne et la Turquie, "tenus
pour responsables à des degrés divers
de violations de droits des
personnes" par Dick Marty, ont beau
jeu de crier à la calomnie alors que
leurs administrations ont toutes fermé
hermétiquement la porte de leur
secret-défense à l'enquêteur suisse.
Leurs services de renseignement, et ceux
de tous leurs voisins ou presque,
savaient pourtant ce qui se tramait dans
les airs. Les Etats-Unis - "déçus"
par le rapport eux aussi - n'ont
d'ailleurs jamais apporté de démentis
à la collaboration active de leurs alliés
européens, y compris du côté de leurs
plus véhéments détracteurs
diplomatiques, comme la France.
L'indignation d'aujourd'hui n'a d'égale
que les complicités d'hier. Alors, les
mots restent en travers de la gorge. Que
des Etats protègent leurs populations,
y compris par des moyens d'action
clandestins, est chose normale. Qu'ils
s'estiment ensuite "calomniés"
parce qu'éclate la vérité sur les
hommes que leurs décisions ont peut-être
conduits sous la torture ne relève plus
du cynisme. Mais du mensonge d'Etat.
Rapport du Reality of Aid
Network - La lutte contre le terrorisme
se fait aux dépens de la réduction de
la pauvreté
paru dans le Devoir le 19 juin 2006
Une part disproportionnée de l'aide
internationale destinée à l'Irak et à
l'Afghanistan sert des intérêts
personnels qui ont plus à voir avec la
lutte contre le terrorisme que des
objectifs de réduction de la pauvreté,
indique un nouveau rapport. Le rapport
2006 du Reality of Aid Network présente
une vue d'ensemble de l'aide au développement.
Il démontre que l'Irak et l'Afghanistan
ont englouti près de 10 des 27
milliards de dollars qui avaient été
ajoutés dans le budget des pays
donateurs entre 2000 et 2004. Selon le réseau
indépendant, qui est constitué de différents
groupes de la société civile,
seulement le tiers des nouvelles sommes
a été attribué aux Objectifs du Millénaire
pour le développement de l'Organisation
des Nations Unies. Depuis le 11
septembre 2001, les tenants de la lutte
contre le terrorisme "exercent des
pressions importantes pour que la sécurité
nationale devienne la principale
politique étrangère dans plusieurs
pays donateurs", indique le
rapport. Le groupe avait fait état des
mêmes constats dans son rapport publié
en 2004, mais il est maintenant préoccupé
par le fait que les règles régissant
l'aide au développement extérieur
pourraient être modifiées afin d'y
inclure plus de projets militaires.
"L'intégrité des nouvelles sommes
attribuées au budget de l'aide
internationale est compromise, car il y
a de plus en plus de pressions pour
modifier les critères régulant l'aide
au développement", peut-on y lire.
"Il est vrai qu'il est difficile de
mettre en place des projets d'aide au développement
dans un contexte d'insécurité, mais
les opérations militaires ne deviennent
pas des activités de développement
pour autant", a soutenu Gerry Barr,
le président du Conseil canadien pour
la coopération internationale lors
d'une entrevue. Bien que le Canada soit
nommé dans le rapport, les Etats-Unis
et l'Australie sont présentés comme
les pires contrevenants. Selon l'Agence
canadienne de développement
international (ACDI), entre 2001 et
2004, près de 28 % de la nouvelle
aide canadienne offerte à l'Irak et à
l'Afghanistan était liée à des
raisons de sécurité mondiale. Le
nouveau gouvernement conservateur a
poursuivi le travail du précédent
gouvernement libéral. Le premier
ministre Stephen Harper a annoncé, la
semaine dernière, que 15 millions de
dollars supplémentaires allaient être
consacrés à l'aide au développement
dans les régions rurales de
l'Afghanistan.
Dispendieuse guerre
paru dans le Devoir le 14 juin 2006
La guerre contre le terrorisme engagée
après les attentats du 11 septembre
2001 a déjà coûté aux Etats-Unis
environ 368 milliards $US, dont 71 %
(261 milliards) consacrés à la guerre
en Irak, selon des estimations d'un
service de recherches parlementaire.
Avec le collectif budgétaire adopté
hier à la Chambre des représentants,
ce coût devrait grimper à 438
milliards, et même à 488 milliards
d'ici l'an prochain, en raison de
l'enveloppe de 50 milliards prévue dans
le budget de la Défense pour 2007.
D'ici 2016, la facture totale pourrait
atteindre quelque 810 milliards, soit
largement plus que la guerre du Vietnam
(près de 550 milliards, ajustés pour
l'inflation), selon un rapport du
Congressional Research Service (CRS)
datant d'avril.
La guerre contre le terrorisme
est "une diversion dangereuse"
paru dans l'Orient-le Jour le 13
juin 2006
La guerre contre le terrorisme est
"une diversion dangereuse (...)
largement contre-productive" et le "risque
d’attaques terroristes du style de New
York, Madrid ou Londres est accru et non
diminué", selon le Oxford Research
Group dans un rapport très critique
publié hier. Se basant sur une étude
de 18 mois, ce groupe de réflexion indépendant
basé au sein de la prestigieuse
Université d’Oxford estime que la
guerre contre le terrorisme "crée
plus de supporteurs du terrorisme
qu’elle n’en élimine" et vise
plus à "maintenir un statu quo
militaire qu’à prendre en compte les
racines du problème". En fait, "le
risque de futures attaques terroristes
de l’échelle de celles qui ont frappé
New York (le 11 septembre 2001), Madrid
(le 11 mars 2004) et Londres (le 7
juillet 2005) est accru, pas diminué",
accuse ce rapport.
L’Irak et l’Afghanistan "sont
de plus en plus instables et violents et
le mouvement el-Qaëda est toujours
aussi actif", insiste ce document,
rédigé notamment par Paul Rogers,
professeur à l’Université de
Bradford. Cette politique sécuritaire
de type militaire qui engloutit des
centaines de milliards de dollars est en
fait "vouée à l’échec à long
terme", juge le Oxford Research
Group, car elle néglige des menaces à
la sécurité mondiale beaucoup plus
"sérieuses, durables et
destructrices". Et le rapport de
citer le changement climatique, le
surarmement planétaire ou la compétition
accrue pour les ressources comme le pétrole,
le gaz ou l’eau. Ces phénomènes sont
de nature à entraîner des pertes en
vies humaines d’une ampleur "inégalée
par les autres menaces potentielles
existantes, y compris par le
terrorisme", insiste le rapport,
sans cependant citer de chiffres.
Une
attaque terroriste visant New York déjouée
au Liban
paru
dans l'Orient-le Jour le 8 juillet 2006
Une attaque terroriste de grande
envergure projetée par des éléments
liés à el-Qaëda contre New York
semble avoir été déjouée en grande
partie au Liban, grâce à la
collaboration entre les FSI et le FBI américain.
L’affaire avait été révélée hier
par un tabloïd américain puis confirmée
par le FBI, qui a annoncé que huit
membres d’el-Qaëda impliqués dans ce
projet d’attentat ont été identifiés,
dont trois sont en détention à l’étranger.
Mais un seul, un Libanais de 31 ans décrit
comme le "cerveau" du complot,
Assem Hammoud, connu sous le pseudonyme
d’Amir Andalousi, est détenu et
formellement inculpé au Liban, a précisé
le FBI, soulignant l’importance de la
collaboration avec des services étrangers,
en particulier libanais, dans cette
affaire.
A Beyrouth, les autorités
libanaises ont confirmé ces
informations, précisant que l’homme
avait été arrêté en avril dernier,
et qu’il était membre d’un "réseau
extrémiste". L’attentat visait
le réseau de transports de la région
de New York-New Jersey, a indiqué le
FBI. Selon le Daily News, le tunnel
Holland passant sous la rivière Hudson
à New York était plus spécifiquement
visé en vue de noyer sous les eaux le
quartier financier de Wall Street, au
sud de Manhattan.
Déjà vu
par JOSEE BOILEAU, publié dans le
Devoir le 6 juin 2006
L'arrestation de 17 présumés
terroristes frappe l'imagination ; ce
n'est pourtant pas une première dans ce
pays. A voir les médias canadiens
s'agiter comme si Ben Laden lui-même
venait d'être débusqué, nous rebattant
les oreilles de l'état de choc des
Canadiens et nous relayant les habituels
appels au calme - alors que les
incidents déplacés sont des plus
marginaux et que la population, loin d'être
surprise, a parfaitement conscience que le
terrorisme islamiste est aussi plausible
ici que partout ailleurs dans le monde -,
il est clair qu'un bref rappel d'un très
proche passé s'avère nécessaire.
A l'été 2003, en
plein coeur de l'historique panne d'électricité
qui a paralysé l'Ontario, la Gendarmerie
royale du Canada arrêtait 19 hommes soupçonnés
d'être des terroristes. L'affaire était
sérieuse, pour ne pas dire épeurante.
Parmi ces jeunes Pakistanais, entrés au
pays sous de faux prétextes entre janvier
1998 et septembre 2001, on trouvait des étudiants
vivant en bande dans des appartements
meublés seulement de matelas et
d'ordinateurs; un étudiant en pilotage
qui s'était entraîné à survoler la
centrale nucléaire de Pickering, près de
Toronto; deux autres qui avaient déjà été
arrêtés alors qu'ils rôdaient autour de
ladite centrale sous le prétexte farfelu
d'une envie de baignade; d'autres qui s'étaient
intéressés de près à la tour du CN. Et
tous étaient en contact avec des sources
leur donnant accès à une substance
radioactive permettant de fabriquer des
"bombes sales".
L'enquête, au nom de code Project Thread,
avait duré sept mois et fut suivie
d'autres arrestations : 23
terroristes potentiels étaient désormais
sous les verrous, au grand soulagement de
tous, car jamais la sécurité nationale
n'avait été autant menacée... Mais les
craintes de bombes sales, qui avaient fait
les manchettes, finirent en pétard mouillé.
Moins de deux mois plus tard, toutes les
accusations relatives à la sécurité étaient
tombées : il ne restait plus que de
banales histoires d'immigration
frauduleuse pour lesquelles la majorité
des hommes arrêtés furent renvoyés au
Pakistan. La GRC fut accusée de profilage
racial, mais la Commission des plaintes du
public contre la GRC vient de conclure -
en mars de cette année, mais très peu de
médias en ont parlé - que ce n'en était
pas. On avait simplement une enquête qui
n'a pas mené aux conclusions auxquelles
on s'attendait. Ces choses-là arrivent,
n'est-ce pas... Que restera-t-il dans deux
mois des accusations portées contre les
17 présumés terroristes appréhendés ce
week-end ? Les arrestations de masse
font toujours leur effet, et l'actualité
judiciaire des dernières années nous en
a fait voir de très médiatisées - chez
les motards ou auprès de réseaux pédophiles
par exemple. Mais il y a bien des étapes
entre l'arrestation et la condamnation.
Aujourd'hui, tous les
reportages qui livrent des dessous de
l'enquête policière, ceux qui décortiquent
la personnalité des supposés
terroristes, et les témoignages des
voisins de leur "camp d'entraînement"
dans le nord de l'Ontario (lieu de
"camping extrême", rétorquait-on
aux curieux) sont fort impressionnants.
Les chefs d'accusation le sont tout
autant. Mais c'est le processus de justice
qui nous dira s'ils sont vrais. S'il est
essentiel que les services de sécurité
du pays et les autorités prennent au sérieux
la menace terroriste, et cette enquête
prouve qu'ils font leur travail, il faut
aussi accepter que les histoires trop bien
ficelées tiennent parfois du roman, comme
ce fut le cas à l'été 2003, et que le
vrai terroriste peut rester insoupçonné
- comme on l'a vu à Londres l'été
dernier. Un message qui devrait d'ailleurs
être transmis à nos voisins américains,
trop heureux de pouvoir à nouveau s'inquiéter
de notre frontière commune...
Un
bombardeo israelí mata en Gaza a una
mujer palestina y a sus tres hijos
JUAN
MIGUEL MUÑOZ, El País, el 9 de
julio de 2006
El jueves y el viernes,
los palestinos cayeron como moscas en Beit
Lahia, al norte de la franja de Gaza. Los
tanques y blindados israelíes abandonaron
ayer esa posición, pero invadieron el
territorio por el este de la ciudad de
Gaza, hasta llegar a unos 500 metros del
barrio de Sayaiyeh, el más próximo a la
frontera. Tres milicianos de Hamás y un
policía murieron bajo el fuego israelí.
Ya caída la noche, la aviación bombardeó
una casa, según fuentes médicas
palestinas. Una mujer de 45 años y dos de
sus hijos, una niña de 6 años y otro de
21 años, murieron. Otro hijo, de 13 años,
estaba en estado crítico.
Organizaciones de
derechos humanos han denunciado una
ejecución sumaria de un palestino
maniatado. Varios civiles, entre ellos un
discapacitado sordomudo, se cuentan entre
los muertos desde que el jueves los
uniformados israelíes invadieron varios
kilómetros de la franja. Ya son 40 las víctimas
mortales, a las que se suman las 15 que
perecieron entre el 25 de junio, fecha de
la captura del soldado judío Gilad Shalit,
y el jueves. Los cortejos fúnebres se
suceden por la céntrica avenida Omar
Mujtar de Gaza mañanas y tardes. Los
palestinos, contrariando sus costumbres,
están enterrando a sus muertos por las
noches.
Los blindados israelíes
habían abandonado Beit Lahia de madrugada.
En numerosas casas se veían los orificios
de los proyectiles en las paredes de las
viviendas tomadas por los militares israelíes
para evitar que los francotiradores
cumplieran su cometido. Ibrahim al Attar
mostraba su huerta de sandías destrozada
por los tanques, los conejos aplastados,
tres tumbas destrozadas junto a un
transformador eléctrico chamuscado. Es sólo
un ejemplo de la destrucción que lleva a
cabo el Ejército israelí desde la
captura del soldado. Pueden regresar en
cualquier momento a Beit Lahia. "No
descartamos volver a esta zona. La operación
no ha terminado", afirmó un portavoz
militar.
Pero ahora el ataque se
concentra a las puertas de la capital, en
las proximidades de la aduana de Karni.
Por la mañana el fuego era intermitente.
Pocos milicianos se enfrentaban a los
soldados israelíes, apostados detrás de
unas naves industriales. Hay demasiados
espacios abiertos y la desventaja de los
palestinos es notoria. Pero en las calles
de Sayaiyeh, una zona muy combativa,
esperaban por doquier milicianos
enmascarados.
En cualquier lugar de
la franja pueden estallar los choques. Más
de 200 personas fueron expulsadas ayer de
sus casas cerca del aeropuerto de Rafah,
al sur de la franja, junto a la frontera
egipcia, donde están acantonadas las
tropas judías. Fueron atendidas por la
agencia de la ONU que ayuda a los
refugiados palestinos (UNRWA). En un
comunicado, el secretario general de la
ONU, Kofi Annan, reclamó el fin de las
restricciones al paso de víveres y
suministros esenciales, y a los
trabajadores humanitarios. Los ataques de
la tarde llegaron horas después de que el
primer ministro palestino, Ismail Haniya,
pidiera un alto el fuego y reclamara
negociar el canje de Shalit por
prisioneros palestinos. El Gobierno israelí
rechazó la tregua si no se libera al
soldado.
Palestinians
killed on Gaza beach
BBC, 9
june 2006
Seven people, including
three children, have been killed by
Israeli shells which hit a beach in the
northern Gaza Strip, Palestinian officials
say. At least 30 people were wounded in
the shelling, they say. The Israeli
military says it has halted all shelling
of Gaza and has launched an inquiry into
whether ground-based artillery could have
been involved. In a statement, the
military wing of Hamas threatened to
resume attacks on Israel in the wake of
"massacres". The group has been
observing a self-imposed ceasefire for
more than a year. Although there have been
threats of a response to other attacks in
recent months, the BBC's Simon Wilson in
Jerusalem says the move is significant
because it appears on the official website
of the armed wing of the group. There was
no immediate word from the political wing
of Hamas, which dominates the government
in the Palestinian Authority. Four other
people were also killed in separate
Israeli air strike in northern Gaza on
Friday, Palestinians said.
The incidents come a day after senior
Palestinian official Jamal Abu Samhadana
was killed in an Israeli air strike in
Rafah, the southern Gaza. Samhadana -
the founder of the Popular Resistance
Committees (PRC) - was buried in Rafah
on Friday, with thousands of mourners
pledging to avenge his death. Samhadana
was one of Israel's most wanted men in
Gaza, and his group has been blamed for
a series of missile attacks on Israel.
Palestinian leader Mahmoud Abbas
condemned the Israeli strikes in Gaza.
"What the Israeli occupation forces
are doing in the Gaza Strip constitutes
a war of extermination and bloody
massacres against our people," Mr
Abbas said in a statement carried by the
Palestinian official Wafa news agency.
UK Foreign Secretary Margaret Beckett
said London was "deeply concerned
by reports of the deaths from Israeli
shelling of civilians, including
children, on a Gaza beach".
Palestinian officials say the seven
people killed on the Gaza Strip beach
included two women as well as the three
children. The first television pictures
revealed a terrible scene, the BBC's
Alan Johnston says. At least four
figures lay unconscious on the ground,
possibly dead, our correspondent says. A
little further away, a man was lying on
a sand dune, perhaps fatally injured,
while a child stood looking on in utter
horror, our correspondent says. He says
around the casualties were tables and
chairs, and it looks very much as if
this was a family enjoying their Friday
afternoon off on the beach when disaster
struck.
An Israeli army spokesman said Chief
of Staff Dan Halutz had ordered an
immediate stop to all artillery shelling
of Gaza while an investigation was
carried out into the beach shelling. The
spokesman told the BBC initial findings
suggested the shell which killed the
people could not have been fired from an
Israeli naval vessel or from the air. He
said the army was investigating the
possibility that it may have been fired
by ground-based artillery. For many
months, the Israelis have been pounding
away at open areas such as fields and
orchards in an effort to prevent
Palestinian militants using them to fire
their home-made missiles into nearby
Israeli territory.
Nouvelle
escalade de la violence au Proche-Orient
par
AURIANE BOUDIN, publié dans l'Express le
12 juin 2006
Les espoirs de paix au Proche-Orient semblent
une fois de plus compromis après les évènements
du week-end. Alors que Mahmoud Abbas était
décidé à imposer au Hamas un référendum sur son
projet "d'entente nationale",
le 26 juillet, la trêve observée par
le mouvement islamiste depuis seize mois
a été rompue vendredi. Des
activistes ont tiré des roquettes
pour venger la mort de sept
Palestiniens, tués sur une plage de la
bande de Gaza, dans une zone pilonnée
par l'artillerie israélienne. La
mort de l'un des chefs du Hamas, Djamal
Abou Samhadana, tué jeudi par un
missile israélien dans le camp de réfugiés
de Khan Younès, avait déjà marqué
le début d'une longue série de tirs
entre les deux camps, qui s'est
poursuivie durant le week-end.
Une
"bavure" lourde de conséquences
Dans la bande de Gaza, la
"bavure" de l'armée israélienne
a fait sept morts - dont trois
enfants de quatre mois, trois ans et dix
ans appartenant à la même famille - et
20 blessés. Des milliers de
Palestiniens ont assisté samedi aux obsèques
des cinq membres de la famille Ghaliyah
fauchés par un obus, vendredi, alors
qu'ils pique-niquaient sur une plage. En
tête du cortège, Houda, 12 ans, seule
rescapée de la famille, soutenue par
ses tantes. Les pleurs de cette
orpheline, qui a perdu père, mère, frères
et soeurs dans le drame, ont ému tous
les Palestiniens, qui voient en elle un
symbole de leur situation. Ulcérés
par l'impuissance de l'Autorité
palestinienne, certains ont réclamé,
ce week-end, que les miliciens des
brigades Ezzedine al-Qassam, la branche
armée du mouvement religieux,
"vengent la mort des martyrs".
Mahmoud Abbas, le chef de l'Autorité
palestinienne, a quant à lui annoncé,
dimanche, son souhait d'adopter la
petite Houda, après avoir dénoncé
"des massacres israéliens contre
notre peuple". Il a décrété
trois jours de deuil dans les
territoires palestiniens et fait
appel au Conseil de sécurité de l'ONU
pour qu'il oblige l'Etat hébreu à
stopper ses attaques.
Le ministre israélien
de la Défense, Amir Peretz, a adressé
samedi un message à Mahmoud Abbas
"exprimant ses regrets" après
la mort de civils, assurant son
interlocuteur qu'Israël ferait tout son
possible pour éviter que cela ne
se reproduise. Le ministre a fait porter
la responsabilité de l'escalade de la
violence sur "les groupes armés
palestiniens qui tirent des roquettes
contre Israël à partir de localités
palestiniennes". Depuis ce drame, les
tirs n'ont pas cessé. Dimanche soir,
des raids aériens israéliens ont tué
deux Palestiniens du Hamas dans la bande
de Gaza, quelques heures après des tirs
de roquettes en direction de l'Etat
juif. Plus tôt, un Israélien avait été
grièvement blessé par un tir de
roquettes à proximité d'une école de
Sderot, ville proche de la frontière
avec la bande de Gaza.
Mort
d'un enfant
Il n'avait pas un an. Avec ses parents,
il profitait de l'une des plages
nouvellement ouvertes de la bande de
Gaza. L'armée israélienne voulait éliminer
un activiste palestinien. Les obus sont
tombés sur le sable. Elles l'ont tué,
lui et presque toute sa famille. Huit
civils en tout, enterrés le lendemain
par une foule en colère. Le Hamas a
rompu la trève, reprenant les tirs de
roquettes sur Israël.
Punition collective
paru dans le Monde du 9 juillet 2006
Officiellement, l'opération "Pluie
d'été" de l'armée israélienne a
deux objectifs : la libération du
caporal Gilad Shalit, capturé lors de
l'attaque d'un poste de contrôle devant
la bande de Gaza et devenu otage de
groupes armés palestiniens ; la fin des
tirs de mortier depuis Gaza contre des
villes israéliennes limitrophes. Pour y
parvenir, l'armée a mis en oeuvre des
moyens inégalés depuis les attaques aériennes
sur Gaza en 2003-2004 : bombardement de
centrales électriques, de réseaux
d'adduction d'eau, de bâtiments
publics, de routes, de champs et de
vergers, tentatives d'assassinat de
dirigeants du Mouvement islamique Hamas,
capture d'une soixantaine de ministres
et d'élus de ce parti, qui dirige
l'Autorité palestinienne depuis
janvier.
Sur les
quarante morts palestiniens des derniers
jours, selon l'ONG israélienne Betselem,
les deux tiers étaient des civils, dont
plusieurs enfants. Les observateurs relèvent
que l'armée pratique aussi, notamment, le
passage nocturne à très basse altitude
de chasseurs-bombardiers au-dessus des
agglomérations. Le bruit du
franchissement du mur du son détruit les
vitres des maisons et terrorise les
habitants. Diverses associations israéliennes
de défense des droits de l'homme ont
demandé à la Cour suprême d'agir pour
que l'armée mette fin à des actes qui
apparaissent, selon leurs termes, comme
une "punition collective"
d'un million et demi d'êtres humains, et
pas seulement comme une "opération
antiterroriste".
Les
ordres de l'état-major, avalisés par le
gouvernement, posent deux types de problème.
Le premier est moral et juridique. Israël
enfreint le droit international sur
l'occupation de territoires et le droit de
la guerre, qui proscrivent les punitions
collectives de populations. Le
bombardement soutenu de bâtiments civils
ne peut pas être une réponse à des tirs
de mortiers artisanaux. L'indignation
d'Israël devant la prise en otage d'un
soldat est très légitime, mais elle le
serait encore plus si l'Etat juif ne détenait
pas un millier de Palestiniens capturés
chez eux et emprisonnés, certains depuis
des années, sans acte d'accusation ni
jugement.
L'action en cours est-elle
"efficace" ? C'est la seconde
question. Un dicton israélien dit :
"Ce qui ne marche pas par la force
marchera avec plus de force
encore." Le quotidien de référence
Haaretz rétorquait, jeudi 6
juillet : "La puissance d'Israël
tout comme sa capacité de dissuasion
n'ont jamais été endommagés par la
sous-utilisation de la force, mais par
son suremploi. La détermination et la résistance
palestinienne croissent toujours lorsque
leur situation empire." Croire,
comme cela semble être le cas des
dirigeants israéliens, qu'une fois brisée,
la population palestinienne se détournera
du Hamas, et que ce dernier pourra dès
lors être lui-même éradiqué, est un
leurre politique dévastateur, en
premier lieu pour Israël.
"Orientation",
par STEPHFF