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COMMUNIQUÉ
RJLIBAN N°62 du 10
juillet 2006
Israël
et l'Occident Ponce Pilate
par
NAJI FARAH, directeur de la rédaction
Les
derniers événements survenant à Gaza où
les Israéliens, profitant du détournement
de l'opinion publique vers l'Allemagne et le
Mondial de football, assènent des coups
mortels à un Etat palestinien mort-né,
marquent l'ampleur de la complicité doublée
de lâcheté des gouvernements
occidentaux. Oui, l'Occident est à
l'évidence au moins partie prenante,
sinon commanditaire du massacre des
Palestiniens, tout comme des grands
massacres du siècle dernier, sans
oublier le Liban et l'Irak. L'Occident,
qui a vulgarisé le terme de
terroriste pour couvrir ses méfaits, a
refusé au peuple palestinien la
reconnaissance de son gouvernement élu démocratiquement,
bloqué les fonds revenant de droit à ce
peuple misérable et fermé les yeux
face au tragique bombardement de civils sur
une plage de Gaza survenu le
jour même du coup d'envoi du
Mondial 2006. Cette perversion de
l'intelligence humaine est le signe que
bientôt la Terre ne tournera plus en
rond.
Lire
également notre
Portrait
N°1 du 2 avril 2003 sur
Rachel Corrie, étudiante américaine
militant pour la paix en Palestine, tuée
par l'armée israélienne à Gaza.
La
barbarie d'Israël
par PHILIPPE HELLMULLER, publié
dans le Temps le 3 juillet 2006
Depuis quelques jours, la Palestine
subit à nouveau le rouleau compresseur
israélien. Cet emballement a pour
origine l'enlèvement d'un soldat israélien.
Nous avons ainsi pu assister à la
destruction de trois ponts essentiels,
d'une centrale électrique qui fournit
40% de l'électricité de la bande de
Gaza et de nombreux bâtiments
d'infrastructures civiles. Ces
destructions constituent clairement des
punitions collectives, interdites par
les Conventions de Genève (IV, art.
33). Côté israélien, elles semblent
plutôt réjouir. Dow Weissglas,
conseiller du premier ministre israélien,
a ainsi pu déclarer : "C'est comme
un rendez-vous chez le diététicien.
Les Palestiniens vont beaucoup maigrir,
mais ne mourront pas." Les
statistiques tenues par Btselem,
l'organisation juive qui tente désespérément
de rappeler que les droits de l'homme
devraient protéger même les
Palestiniens, indiquent que depuis le début
de la dernière Intifada, 3.450
Palestiniens, dont 698 mineurs, ont été
abattus par les Israéliens.
Ces dernières années le nombre de détenus
palestiniens dans les geôles israéliennes
a régulièrement atteint les 5.000. Des
statistiques incomplètes révèlent que
plus de 6.312 maisons individuelles ont
été rasées. Depuis l'occupation de Jérusalem-Est,
plus de 6.400 Palestiniens en ont été
expulsés ; à cela s'ajoutent 1.554
autres déportés. Pendant ce temps, près
de 2 millions de colons s'installaient
en Cisjordanie, sur des terres
appartenant aux Palestiniens. Le plan
israélien prévoit de s'approprier 46%
de ce territoire par un découpage qui
continuerait d'y rendre la vie
impossible. 80% des ressources en eau
sont appropriées par les Israéliens.
Que, dans ces conditions, les
Palestiniens tentent de répliquer avec
leurs faibles moyens ne paraît pas
aussi immoral que la politique indigne
menée par Israël. [...]
La démesure, l'aveuglement et
le silence
par GIL COURTEMANCHE, publié dans
le Devoir le 8 juillet 2006
Mon premier séjour au
Moyen-Orient remonte à 1974. Et encore
aujourd'hui je suis fasciné par des
constantes dans le camp israélien et
dans le camp palestinien, des constantes
qui s'expriment encore aujourd'hui comme
si rien n'avait changé sinon la définition
des territoires. A l'époque, Israël
contrôlait l'ensemble de la Palestine
et les Palestiniens armés occupaient un
territoire étranger, le Liban. Personne
ne croyait que l'Etat juif était menacé
par le mouvement palestinien, échevelé
et divisé, dogmatique et manipulé, qui
tentait de se libérer du joug de la
Syrie. FPLP, FDLP, OLP, etc., luttaient
entre eux autant qu'avec l'ennemi juif.
Arafat faisait office de figure de
proue, mais il y avait aussi Habache et
quelques autres leaders de la résistance
qui, au gré des avions détournés ou
qu'on faisait exploser, faisaient la
manchette.
Déjà à l'époque deux comportements
se dessinaient : la division
palestinienne et la démesure israélienne.
Pendant que les Palestiniens luttaient
entre eux et se faisaient manipuler par
l'Iran, la Syrie ou l'Arabie Saoudite,
les Israéliens développaient une stratégie
de la démesure. Celle-ci s'exprimait et
s'exprime encore simplement. Elle ne
possède plus aucune parenté avec la
loi du talion, une dent pour une dent.
C'est une mâchoire pour une dent, un
corps pour une main, un village pour une
chambre. C'est ainsi qu'on a envahi le
Liban pour contrer quelques tirs de
roquettes, fait massacrer par les
milices chrétiennes des centaines
d'innocents à Sabra et Chatila pour éliminer
quelques terroristes présumés. Plus
tard, pour venger les victimes des
attentats suicides, on a envahi la
Cisjordanie, emprisonné dans son bunker
Yasser Arafat, détruit des milliers de
maisons, érigé une frontière de béton
qui contrevient à toutes les résolutions
de l'ONU, multiplié les assassinats
ciblés. Le message d'Israël a toujours
été sans équivoque : vous en
tuez un, nous en tuons cent. Que cette
politique de la riposte massive n'ait
fait qu'empirer la situation, ait
contribué à l'émergence, à la
consolidation et à l'élection du Hamas
ne dérange absolument pas le
gouvernement israélien. Après tout,
comme le disent Bush et Harper à
l'unisson : "Israël a le
droit de se défendre." Se défendre
contre quoi ? Cette fois-ci, c'est
contre l'enlèvement d'un soldat.
Sous prétexte de libérer
le soldat tenu en otage, plutôt que de
se livrer à des opérations normales de
renseignement et à des opérations
clandestines, on a massé des centaines
de chars à la frontière de Gaza, détruit
une centrale électrique privant d'électricité
et d'eau potable 600.000 civils
innocents, deux ponts. Jeudi, les
attaques israéliennes ont provoqué la
mort de 24 Palestiniens, portant à plus
de 5.000 le nombre de victimes depuis le
début de la deuxième intifada. Le même
jour, on traduisait en
"justice" devant des tribunaux
militaires 27 députés et ministres du
gouvernement démocratiquement élu par
la population.
Il faut avouer que
l'enlèvement du soldat n'était pas
l'idée du siècle, mais il illustre
remarquablement l'aveuglement et la démarche
quasi suicidaire des extrémistes
palestiniens qui mènent le jeu téléguidé
par la Syrie, où vit la véritable
direction militaire et spirituelle de la
branche armée du Hamas. L'enlèvement
est survenu le lendemain de l'accord
conclu entre le gouvernement et le président
Abbas sur un texte rédigé par des
prisonniers palestiniens et qui
comportait une reconnaissance implicite
de l'Etat israélien. Ce n'était pas la
fin du monde, mais c'était un premier
geste de modération provenant du
gouvernement du Hamas. Pour les extrémistes,
il fallait relancer la spirale de la
violence, pousser Israël à une riposte
brutale censée, selon leur logique
suicidaire, relancer de plus belle la
lutte armée pour la libération de
toute la Palestine. Voici une logique
effarante qui soutient que plus Israël
tue de Palestiniens, plus de
Palestiniens vont vouloir mourir pour la
Palestine.
Pour Israël, ce fut
le prétexte qu'on attendait pour détruire
le gouvernement démocratiquement élu
il y a quelques mois. Le journal Haaretz
a révélé cette semaine que ce plan était
prêt depuis quelques mois et qu'on
attendait l'occasion propice. Les fous
qui se cachent à Damas. Jérusalem ne
craint rien. Ce gouvernement sait qu'il
peut tout se permettre, y compris
kidnapper un gouvernement.
Il n'a fallu que quelques heures pour
que le Conseil de sécurité se réunisse
pour traiter de la "crise" des
missiles de la Corée du Nord. Depuis
deux semaines, la communauté
internationale conserve un silence gêné
devant la démesure israélienne. Il fut
un temps où l'Autorité palestinienne
pouvait compter sur l'appui de celle-ci,
en particulier de l'Union européenne.
Cette époque est terminée. Dans le
bordel qu'a créé Arafat, gît aussi la
perte de confiance des Européens. Et
puis les temps ont changé. Résoudre le
terrorisme passait par la solution au
problème palestinien. Depuis l'invasion
de l'Afghanistan, puis de l'Irak, c'est
de moins en moins vrai. Même dans la
mouvance terroriste islamiste, la cause
palestinienne est passée au second rang
derrière les deux pays occupés par les
Occidentaux. Elle fait de moins en moins
recette pour ce qui est des candidats au
martyr. C'est un peu comme si on avait
donné un chèque en blanc au
gouvernement israélien. On a dit à l'Etat
israélien : vous détenez la
puissance nécessaire pour endiguer les
Palestiniens, faites comme bon vous
semble. C'est votre problème, pas le nôtre.
Politiciens,
disent-ils
par CHRISTIAN MERVILLE, publié dans
l'Orient-le Jour le 6 juillet 2006
Observez-le,
ce théâtre d’ombres, qui se veut, à
Dieu ne plaise, la projection de nos
vies sur l’écran du monde. Pitoyable
dans son inconsistance, insupportable
dans sa prétention. Des exemples, il y
en a, en veux-tu en voilà. Voyez donc
George W. Bush qui se démène pour
convaincre les Américains, et avec eux
le reste de la planète, que sa guerre
contre le terrorisme, entamée au triple
galop, après un certain 11-Septembre,
d’abord en Afghanistan, ensuite en
Irak, elle est déjà à moitié gagnée.
Oubliant d’ajouter, à supposer que
cela soit vrai, qu’il lui reste à
remporter la deuxième phase de la
bataille, la plus ardue. En attendant,
et pour peu que l’on veuille rester
terre à terre, force est de constater
qu’à chaque aube qui se lève, les
Etats-Unis sont tenus d’emprunter un
milliard de dollars pour s’acquitter
de leur facture pétrolière.
Ou encore
Tony Blair, bien moins sémillant
qu’il ne cherche à paraître, contesté
par les sujets de Sa Gracieuse Majesté
et jusqu’au sein de son propre parti,
harcelé par son chancelier de l’Echiquier
qui piaffe d’impatience en attendant
de lui ravir la place et ne lui laissant
même pas l’occasion de donner le
change en ces mois où son avenir est en
train de se jouer. Regardez encore
Jacques Chirac, soudain en panne d’idées,
lui qui en avait plein la tête, mais
aussi de dauphins, maintenant que le préféré
d’entre eux a baissé les bras, ayant
jugé sans doute complète sa collection
de gaffes. Qui d’autres ? Ah oui,
Vladimir Poutine, le KGBiste-judoka
fourvoyé dans l’univers autrement
plus impitoyable de la vie publique,
faux Pierre le Grand et qui se révèle
être un ayatollah slave émettant des
fatwas, assorties de roubles sonnants et
trébuchants, à l’encontre des
illuminés Irakiens - après les
indépendantistes tchétchènes -
coupables d’avoir trucidé quatre de
ses diplomates.
Un échelon plus bas, et sur deux autres
continents, l’Afrique et l’Asie, le
tableau n’est guère plus réjouissant.
Le sida, la famine, les guerres avec
leurs cortèges de
"nettoyages" (ethniques,
religieux...), un sous-développement
non plus rampant mais galopant désormais,
le déni de toute forme de ce qu’il
est convenu de parer du nom de démocratie
sont en train de ravager les trois
quarts de la planète Terre, fauchant
chaque année des millions de vies
humaines. Pendant que les maîtres des
destinées de ces contrées assistent
impuissants - quand ils ne sont pas
complices ou, plus grave, acteurs
directs - à la plus grande
tourmente de l’histoire de l’humanité.
Les maigres oboles versées, comme pour
se donner bonne conscience, par les
Etats riches atterrissent le plus
souvent dans des comptes, secrets
uniquement pour leurs destinataires
originels, mais dont la toute-puissante
Amérique connaît parfaitement les numéros
maintenant que l’on sait tout, ou
presque, sur la maison Swift.
Cette longue, cette pénible énumération,
bien incomplète, pour dire quoi ?
Simplement ceci : avec le naufrage de
nombre de grands et beaux principes, qui
firent jadis la gloire du Siècle des
Lumières, c’est à l’échec patent
d’une certaine idée que l’on se
faisait de la politique que nous sommes
en train d’assister. Et avec elle,
bien entendu, des politiciens, dans le
sens étriqué (ô combien !) du terme.
D’où la désaffection à l’égard
de ceux-là d’une très grande partie
de l’opinion publique. C’est que, désormais,
il a autre chose à faire, le monde, que
suivre dans leurs errances ces otaries,
un temps savantes et aujourd’hui pérorantes,
qui s’acharnent encore à essayer de
nous débiter une salade devenue
insipide. Quand, la bave aux lèvres,
elles ne s’écharpent pas -
suivez notre regard... - sans pour
autant réussir par leurs invectives à
intéresser qui que ce soit.
Bien sûr qu’il y eut un temps, pas si
lointain, où l’exaltation était au
rendez-vous à chaque fois qu’étaient
évoquées de nobles causes censées
produire de grands effets. Las ! La
potion ne prend plus, non pas que les thèmes
aient perdu de leur impact mais parce
que, banalisés et mal défendus par ces
piètres avocats que sont les hommes
politiques, ils sont devenus comme
autant de monnaies dépréciées dont
personne ne veut plus. Sans doute aussi
que la bérézina du communisme, dans
les années quatre-vingt, celle sans
doute à venir du capitalisme en
attendant la fin, à plus long terme, de
tous les ismes y sont pour beaucoup mais
la débâcle est essentiellement
d’ordre politique. Elle appelle à une
révision déchirante de pas mal d’idées
reçues et au renvoi à leurs chères études
de tous ceux qui se sont arrogé le
droit régalien de veiller sur notre
devenir. L’erreur de tout ce beau
monde aura été de ne pas voir combien
l’exercice de la chose publique peut
être un implacable révélateur dont il
importe constamment de se méfier. La
tragédie est que nous soyons, nous
pauvres sujets, les uniques victimes de
cette erreur.
En visite en Europe, Ehoud
Olmert cherche à obtenir le soutien de
Londres et Paris
paru dans le Monde du 12 juin 2006
Le premier ministre israélien Ehoud
Olmert est arrivé, dimanche 11 juin au
soir, à Londres où débute sa première
visite en Europe depuis sa victoire électorale.
Après s'être entretenu, lundi, avec
son homologue britannique Tony Blair le
premier ministre israélien doit se
rendre à Paris où il doit rencontrer
Jacques Chirac et Dominique de Villepin.
Cette visite intervient dans un climat
tendu, la mort de huit civils
palestiniens, vendredi, après à un
raid israélien sur une plage de Gaza,
ayant suscité une vague de
protestations dans le monde. Le premier
ministre israélien a tenté d'apaiser
la tension, dimanche, affirmant
regretter la mort de "civils
innocents". M. Olmert a promis
de faire "toute la lumière"
sur les circonstances de ce
bombardement. Mais il a catégoriquement
rejeté l'éventualité d'une attaque délibérée
de l'armée israélienne contre des
civils. "Tsahal est l'armée la
plus éthique au monde et sa politique
n'a jamais été de porter atteinte à
des civils", a-t-il dit, alors
que l'armée israélienne refuse pour
l'heure d'assumer l'entière
responsabilité du bombardement.
Plan unilatéral
Alors que la situation à Gaza et en
Cisjordanie est de plus en plus
difficile pour les Palestiniens après
la suspension des aides à l'Autorité
palestinienne, M. Olmert va tenter de
convaincre les dirigeants européens de
se rallier à un éventuel plan unilatéral
de retrait partiel de Cisjordanie. Le
plan de M. Olmert, encore au stade de l'ébauche,
prévoit deux étapes. Il affirme
vouloir mener des négociations avec le
président palestinien Mahmoud Abbas
qu'il s'est déclaré prêt à
rencontrer prochainement. Mais M. Olmert
exige que le dirigeant palestinien
impose son autorité au Hamas, en le forçant
à reconnaître Israël. En cas d'échec
des discussions avec M. Abbas, M. Olmert
estime qu'Israël aura toute latitude
pour "prendre son destin en
main" et appliquer son plan
unilatéral. Cette initiative prévoit
le démantèlement des petites colonies
de Cisjordanie et le "regroupement"
d'environ 70.000 de leurs habitants dans
les grands blocs de colonies appelés à
être annexés ainsi que la vallée du
Jourdain.
Ce projet a suscité des critiques en
Europe. Le 17 mai en visite à Jérusalem,
le ministre français des affaires étrangères
Philippe Douste-Blazy avait prévenu
qu'il "est exclu qu'une frontière
définie unilatéralement puisse faire
l'objet d'une reconnaissance
internationale". Le premier
ministre israélien se veut malgré tout
optimiste. "Ces derniers temps
l'Union européenne (UE) a adopté dans
la plupart des cas une position ferme
vis-à-vis du Hamas, en lui coupant les
vivres et en refusant de nouer des
contacts avec cette organisation",
souligne un de ses proches. L'autre
grand dossier qui sera évoqué par le
Premier ministre portera sur l'Iran.
Israël fait campagne pour l'adoption
par la Conseil de sécurité de l'ONU de
sanctions économiques contre l'Iran au
cas où ce pays refuserait de renoncer
à son programme nucléaire. Aux yeux
des Israéliens, la Grande-Bretagne et
la France jouent un rôle primordial
dans l'offensive diplomatique contre les
ambitions nucléaires de Téhéran. Mais
si Ehoud Olmert a soutenu les efforts
des Occidentaux pour obtenir un
compromis par la voie diplomatique, il
refuse d'exclure le recours à la force.
Planète bidonville
paru dans le Devoir le 17 juin 2006
D'ici 2020, les quartiers urbains déshérités
devraient enfler chaque année de 27
millions de personnes, avertit l'ONU.
Les bidonvilles de la planète
compteront 1,4 milliard d'habitants en
2020, soit autant que la Chine, a estimé
hier un organisme de l'ONU en appelant
les gouvernements à accompagner une
urbanisation irréversible plutôt que
de chercher à la freiner.
A l'heure
actuelle, la Terre compte près d'un
milliard d'êtres humains entassés dans
des bidonvilles, soit près d'un urbain
sur trois, a souligné le Programme des
Nations unies pour les établissements
humains (ONU-Habitat) dans son rapport sur
l'état des villes du monde 2006-07. La
population des bidonvilles augmente de 2,2 %
par an, particulièrement en Afrique
noire, où le taux de croissance annuelle
dépasse 4,5 %, selon ce rapport
publié tous les deux ans. Le rythme
mondial s'accélère : d'ici 2020,
ces quartiers déshérités devraient
enfler chaque année de 27 millions de
personnes supplémentaires, contre 18
millions en moyenne entre 1990 et 2001. Au
début de l'an prochain, le nombre de
citadins devrait pour la première fois égaler
celui des ruraux à la surface du globe.
Si cela est chose faite en Europe depuis
la Deuxième Guerre mondiale, l'Afrique et
l'Asie ne devraient pas atteindre ce cap
avant 2020. Mais les pays en développement
rattrapent rapidement leur retard. Plus de
95 % de la croissance urbaine se fera
dans les pays du Sud et, en 2030, les
citadins seront près de cinq milliards,
pour une population totale de 8,1
milliards d'humains.
L'ONU-Habitat s'est donné pour objectif
de ramener la population des bidonvilles
aux alentours de 700 millions d'habitants
en 2020. "La croissance économique
ne mène pas automatiquement à la résorption
des bidonvilles", a observé Eduardo
Moreno, un des auteurs du rapport, avant
d'appeler à une politique volontariste
d'amélioration de l'habitat urbain. Les
pays d'Afrique du Nord, particulièrement
l'Egypte, qui ont engagé voilà 10 ou 15
ans ce type de politique obtiennent des résultats
et la population des bidonvilles a commencé
à diminuer dans cette région, a-t-il
souligné devant la presse. Dans certains
cas, les gouvernements améliorent les
conditions de vie dans les bidonvilles en
fournissant l'eau, des égouts, l'électricité
ou encore une aide technique à la
construction de logements. Mais lorsque
les quartiers sont construits dans des
zones dangereuses, qui risquent par
exemple d'être inondées, il n'y a pas
d'autre choix que de reloger les habitants
ailleurs, selon l'ONU-Habitat.
Contrairement
aux idées reçues, la vie dans les zones
urbaines défavorisées n'est pas
meilleure que dans les zones rurales,
selon l'ONU-Habitat, qui a calculé
plusieurs indicateurs de développement
humain. Dans les pays pauvres, ces
bidonvilles comptent ainsi 40 %
d'enfants mal nourris, soit le même
pourcentage que dans les campagnes. Les
taux de mortalité infantile sont
comparables et la prévalence du VIH-sida
et de maladies diarrhéiques sont pires en
zone urbaine. Pas question pour autant de
forcer les habitants à regagner les
campagnes, a déclaré Sharad Shankardass,
porte-parole de l'ONU-Habitat. "Les
gens ont le droit de voter avec leurs
pieds", a-t-il lancé. L'ONU-Habitat
suggère ainsi aux Etats de revoir leur
politique qui consiste à aider les
campagnes dans l'espoir que les ruraux
n'iront pas tenter leur chance en ville.
"Les villes offrent des chances [de
trouver un travail]. Aller en ville est le
premier pas vers une sortie de la pauvreté
pour beaucoup de gens qui viennent de la
campagne", a observé Nefise Bazoglu,
qui a dirigé la rédaction du rapport.
Stratégies
du mensonge
par ISSA GORAIEB, publié dans
l'Orient-le Jour le 8 juillet 2006
Cela n’a rien de rassurant certes,
mais les Libanais ne sont plus seuls à
se débattre dans leurs contradictions,
faute de s’être dotés d’une stratégie
de défense rationnelle.
Parler de défense à propos d’Israël
peut évidemment paraître incongru :
voilà bien en effet un Etat armé
jusqu’aux dents, prompt à la détente,
agressif par nature et même par
inclination, et qui a toujours considéré
que la meilleure des défenses était
encore l’attaque. En paix avec l’Egypte,
tranquille depuis plus de trois décennies
sur le front léthargique du Golan, Israël
est à l’abri de tout péril militaire
classique. Le David surmédiatisé de
naguère n’en est plus à solliciter
à grands cris la sympathie de la planète,
il est désormais Goliath. Le comble de
l’ironie cependant, c’est qu’il a
affaire à un nouveau David, un David
qu’il a traditionnellement écrasé de
son mépris. Et qui, avec des moyens de
fortune, au prix de grandes souffrances
mais au grand désarroi de Goliath, a réussi
à vider de tout sens la guerre
actuellement menée par Tsahal (littéralement,
armée de défense !) au nom d’une
impossible sécurité.
En réalité, c’est dans une véritable
impasse stratégique que s’est enfermé
lui-même Israël en exigeant, tout à
la fois, et la paix et les territoires
conquis en 1967. Beaucoup a été dit et
écrit, durant la plus grande partie du
siècle dernier, sur le fameux refus des
Arabes de reconnaître l’existence de
l’Etat juif. On ne cesse de constater,
depuis, le refus plus obstiné encore
d’Israël de reconnaître le fait
palestinien, ce qui impliquerait en
effet un partage équitable du sol
litigieux. Une terre sans peuple pour un
peuple sans terre, plaidaient déjà
avec une suspecte conviction les pères
du sionisme. A quelques variantes
près, et si l’on excepte le bref et décevant
intermède des accords d’Oslo, cela
n’a pas trop changé depuis, Israël
prétextant l’absence de tout
partenaire valable pour se dérober au
dialogue : Arafat ? Disqualifié,
diabolisé, assiégé, envoyé agoniser
dans un hôpital de France. Abou Abbas ?
Manquant d’autorité. Le Hamas qui, en
adhérant au document d’entente
palestinien, vient de reconnaître
implicitement, pour la première fois,
Israël ? Tous des assassins, ce qui règle
la question.
Rien n’est réglé pourtant, bien au
contraire. En ordonnant la construction
du mur de Cisjordanie puis l’évacuation,
en septembre 2005, de la bande de Gaza,
c’est cette même philosophie de
l’action unilatérale, des frontières
tracées en solo, qu’entreprenait
d’appliquer sur le terrain Ariel
Sharon. Or il s’est vite avéré que
rien n’est plus perméable qu’une
frontière arbitraire et injuste, et
qu’aucun mur, aucun matraquage, aucune
expédition meurtrière telle celle qui
vise depuis plusieurs jours Gaza ne
pourra jamais mettre les villes israéliennes
à l’abri de cette artillerie du
pauvre, cette rudimentaire mais létale
fronde des temps modernes qu’est, aux
mains du David palestinien, la fusée
al-Qassam. Dès lors voit-on Israël
osciller entre lucidité et déraison :
lucidité qui l’amène à reconnaître,
comme l’a fait hier le porte-parole de
l’armée, que l’objectif fixé est
militairement irréaliste ; et déraison
qui le porte à patauger dans
l’erreur, autant que dans le sang.
C’est quand il ne sait plus où donner
de la corne que le taureau est le plus
dangereux. Et jamais les faibles ne sont
plus exposés que lorsqu’ils croient
jouer au plus malin avec le péril.
C’est la préoccupante impression que
laissent en effet toutes ces manœuvres
déployées au sein et en marge du
dialogue national, tout cela sur fond
d’ambitions présidentielles, et
visant à faire croire qu’il va être
finalement possible de marier l’eau et
le feu : qu’à force de gesticulations
sémantiques et de virtuosité dans
l’art de l’imprécision, une stratégie
défensive faisant l’unanimité
nationale est à portée de main.
Ce pari dément sur le vague et le flou,
c’était celui du funeste accord du
Caire qui prétendait garantir la liberté
d’action des fedayins dans le respect
de la souveraineté libanaise. Et le
mensonger accord du Caire qui a précipité
la guerre du Liban, l’accord que les
Libanais, tous ensemble, ont fini par dénoncer
trente ans plus tard (c’est-à-dire
trop tard), c’était déjà un accord
de trop.
La politique du pire
par JOSEPH LIMAGNE, publié dans
Ouest-France le 30 juin 2006
Contre le Hamas,
Israël n'y va pas de main morte !
Jamais encore, on n'avait vu tant de
ministres, députés, maires - tous légitimement
élus - arrêtés en une nuit par
l'occupant. Une telle rafle donne à
penser qu'Ehoud Olmert vise un
objectif autrement plus large que la
seule récupération du soldat pris en
otage, dimanche, par un commando
palestinien. Ce dernier a livré sur
un plateau à l'armée israélienne un
prétexte pour revenir à Gaza, dix
mois après qu'elle s'en fut retirée.
Et aux autorités de l'Etat hébreu
une raison de tenter d'abattre le
gouvernement du Hamas, issu des urnes
palestiniennes au début de cette année.
Nul ne peut reprocher au Premier
ministre israélien de tout faire pour
sauver le soldat Gilad Shalit. Et
chacun peut comprendre l'exaspération
des frontaliers israéliens de Gaza,
soumis, depuis des semaines, à un déluge
de roquettes artisanales Qassam.
Encore faudrait-il ne pas oublier que
les "victimes collatérales"
des représailles de Tsahal se
comptent par dizaines parmi les civils
palestiniens du territoire, enfants
compris. Fallait-il, par des
bombardements ciblés, priver d'électricité,
d'eau, de routes l'une des zones les
plus peuplées et les plus miséreuses
du monde ? Au risque d'accroître
le désespoir et la haine d'Israël,
donc le risque de la violence que l'on
prétend combattre.
Avec l'arrestation
massive des élus du Hamas, l'escalade
atteint un niveau hors de proportion
avec ce qu'exigerait le seul souci de
faire libérer un otage. Israël est
coutumier des coups d'audace visant à
atteindre ses objectifs, en faisant fi
tant des critiques que du droit
international. A moins qu'il ne
s'agisse plutôt, dans le cas présent,
d'un aveu de faiblesse de la part d'un
Premier ministre que son absence de
passé militaire contraint à faire
preuve d'une excessive fermeté. En
tout état de cause, le message est
clair. Et désastreux. Il témoigne
d'une volonté d'abattre le Hamas au
moment précis où le mouvement
islamique était en train - avec moult
réserves et ambiguïtés - d'amorcer
un pas vers la reconnaissance
implicite d'Israël. Aurait-il voulu
couper à la base cet espoir naissant
de rameau d'olivier qu'Ehoud Olmert ne
s'y serait pas pris autrement. Khaled
Mechaad, l'irréductible du Hamas,
considéré comme le cerveau du raid
au cours duquel le jeune soldat israélien
a été capturé, doit jubiler dans
son refuge syrien. Tout se passe comme
si les activistes palestiniens et le
gouvernement israélien s'étaient
donné la main pour torpiller l'accord
d' "entente nationale"
négocié pendant plus d'un mois entre
le Fatah du président Mahmoud Abbas
et le Hamas du Premier ministre Ismaïl
Haniyeh.
A l'épreuve
du pouvoir et contraints d'affronter
les effets d'une faillite financière
aggravée par les sanctions
internationales, les élus islamistes
étaient poussés au pragmatisme. Le
texte, élaboré par des militants
palestiniens détenus dans les prisons
israéliennes, leur permettait d'écarter
le risque de guerre civile et, sans
perdre la face, d'ouvrir la
perspective d'une reprise du dialogue
avec les Israéliens. C'est ce qui se
préparait quand, il y a une semaine,
Mahmoud Abbas et Ehoud Olmert se sont
rencontrés à Pétra, en Jordanie, à
l'invitation du roi Abdallah II
et ont décidé de se revoir. C'est ce
dont les faucons des deux bords ne
voulaient pour rien au monde. Jusqu'à
quand laissera-t-on les partisans du
pire dicter leur loi au Proche-Orient ?
Entre Israël et le DFAE, la
guerre des mots
par LUIS LEMA, publié dans le Temps
le 5 juillet 2006
Le moins que l'on puisse dire, c'est
qu'il n'est pas passé inaperçu. Diffusé
lundi, un communiqué dans lequel le Département
fédéral des affaires étrangères
(DFAE) se disait "extrêmement préoccupé"
par la situation actuelle à Gaza, a
pris des dimensions de débat national
en Israël. Sur le site du journal
Haaretz, qui l'a mis en ligne, le
communiqué a provoqué des réactions
virulentes de plusieurs centaines
d'internautes. "Les Suisses sont
hypocrites et antisémites, dit l'un
d'eux, résumant la tonalité générale.
Il faut boycotter la Suisse et les
marchandises suisses." Le ton du
communiqué, il est vrai, était aussi
particulièrement ferme. Accusant Israël
de violer le droit international
humanitaire, il s'insurgeait contre
"la punition collective" que
l'armée israélienne imposerait aux
Palestiniens. Pour le DFAE, "il ne
fait aucun doute qu'Israël n'a pas pris
toutes les précautions requises"
pour assurer la protection des civils.
Bien plus : évoquant "la
destruction d'une centrale électrique"
(qui a privé d'électricité des
centaines de milliers de Gazaouites), ou
encore "l'arrestation
arbitraire" de responsables du
Hamas "démocratiquement élus",
le DFAE estime que ces mesures "ne
sauraient se justifier".
Ce communiqué n'a pas seulement fait
bondir des lecteurs du site de Haaretz.
L'ambassadeur d'Israël en Suisse, Aviv
Shir-On, confie avoir passé une partie
de sa journée de mardi en entretiens
avec des responsables de la diplomatie
suisse. "Je suis conscient du fait
que la Suisse a le droit d'exprimer ses
opinions. Mais ce communiqué est
clairement déséquilibré. Il passe
totalement sous silence la souffrance
encourue par les Israéliens qui ont été
soumis durant des semaines aux tirs des
roquettes palestiniennes." Le
bombardement, par Israël, de la
centrale électrique de Gaza ?
"C'est un objectif stratégique",
répond l'ambassadeur, qui met en avant
le fait qu'Israël continue, dans le même
temps, de fournir de l'électricité aux
Palestiniens. L'arrestation de ministres
issus du Hamas ? "Ce n'est pas
parce qu'ils ont été élus démocratiquement
que ces dirigeants sont légitimes.
Hitler aussi avait été élu de manière
démocratique"... Hitler revient
souvent aussi dans les réactions des
internautes israéliens. "Les
Suisses qui ont pillé les fonds
bancaires des victimes et collaboré
avec l'Allemagne nazie débarquent
maintenant avec leurs commentaires
sectaires", estime l'un d'eux.
Au DFAE, où l'on se dit conscient de
"l'extrême sensibilité du
sujet", on affirme "avoir
longuement réfléchi aux termes du
communiqué". "La Suisse ne
prend pas parti pour un camp ou pour
l'autre, mais pour le respect du droit
international humanitaire", relève
le porte-parole Jean-Philippe Jeannerat,
en rappelant à ce propos que le Comité
international de la Croix-Rouge (CICR) a
lui aussi publié une prise de position
comparable il y a quelques jours. De son
côté, l'ambassadeur israélien insiste
: "Je ne dis pas que la population
palestinienne ne souffre pas. Mais nous
prenons en compte le fait que Gaza est
une zone densément peuplée. Il n'y a
pas d'autre situation de guerre
comparable dans le monde, où l'une des
parties en conflit achemine à son
adversaire les vivres et les médicaments,
comme le fait Israël." Une
affirmation qui, pour le DFAE, est
"sujette à interprétation".
Mardi, à Genève, un responsable de
l'agence de l'Organisation des Nations
unies en charge des réfugiés
palestiniens révélait par exemple
qu'Israël maintient bloquées depuis
plus d'un mois 8.000 tonnes de vivres
destinées à nourrir la population
palestinienne de Gaza...
Stratégie de défonce
par GABY NASR, publié dans
l'Orient-le Jour le 16 juin 2006
Le gouvernement du Hamas et son paquet
de ministres en dessous du niveau de la
mer devraient remporter haut la main la
palme d’or des agences de voyages et
tours opérateurs, pour avoir réussi en
quelques mois à trans former les
territoires autonomes en un Jurassic
Park attractif où tempêtent et cliquètent
les armes de tout poil et barbe.
Chapeau, les gars ! On devine bien ce
que serait la Palestine historique, une
fois la libération achevée… A
lui seul, Ismaïl Haniyeh, appelé aussi
Mad Max par ses détracteurs, est un véritable
poème. Arrivé au pouvoir par les
urnes, il feint brusquement d’oublier
qu’en fait les Palestiniens avaient
voté avec leurs babouches pour se débarrasser
du Fateh et de ses comiques troupiers
corrompus jusqu’au trognon. Ismaïl,
lui, pense que c’est un feu vert pour
jouer les Saladin et débiter à la scie
la vieille langue de bois bouffonne des
années 50 : les juifs à la mer et
Palestine vaincra ! Résultat : les agités
israéliens de la kippa reprennent leurs
assassinats à domicile et à deux
missiles pendant que notre ami
transforme ses ministres en passeurs de
valises bourrées de billets de banque.
Un pactole qui fait désordre, surtout
si l’on songe aux bidonvilles miséreux
de Gaza.
Déjà il y a quelques mois, une fois
installé aux commandes, que croyez-vous
que fit ce décravaté débonnaire ?
Avancer un programme politique crédible
pour amadouer les Européens ? Réduire
les dépenses officielles, avec moins de
Mercedes rutilantes et de gardes du
corps hirsutes ? Soulager la misère
d’une population embarquée dans une
guerre de mille ans ? Que dalle ! Ismaïl
ne trouva rien de plus urgent que de se
concocter une milice aux petits oignons,
une de plus qui s’en ira semer les
dragées plombées et la joie de vivre
dans cette Palestine en folie. En termes
psy, on pourrait dire que ses spadassins
développent des pulsions agressives à
tendances nettement régressives…
Bombinothérapie au-dehors, mitraillothérapie
au-dedans et population martyre cocufiée
par son propre bulletin de vote… La
belle stratégie de défense que voilà
! Vite, la même au Liban. Y en a que ça
les démange de nous l’imposer…
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