En 2002 se tenait, pour
la première fois dans un pays arabe, un
sommet de la Francophonie. Le gouvernement
du Québec, à l'invitation de Ghassan Salamé,
alors ministre de la Culture et organisateur
de l'événement, acceptait, en association
avec le Liban, d'investir dans la réhabilitation
du spectaculaire site archéologique de
Byblos, qui abrite les vestiges d'une des
plus vieilles villes du monde.
J'y suis retournée récemment
pour en constater l'heureux résultat :
des sentiers balisés, des explications
claires et concises, un petit musée où on
peut apprendre à écrire son nom en phénicien.
De l'avis des guides touristiques, c'est le
site le mieux mis en valeur au pays. Une
grande réussite de la coopération Québec-Liban,
coopération minimaliste dont les
principales actions concernent les contacts
entre bibliothèques nationales (celle du
Liban est en reconstruction), la présence
de l'UQAM et la trentaine de bourses attribuées
à des étudiants libanais pour venir étudier
dans nos universités.
Ombre au tableau :
le bureau d'immigration du Québec est
toujours localisé à Damas ; de surcroît,
Air Canada n'a toujours pas de vol direct
Montréal-Beyrouth alors que toutes les
grandes compagnies aériennes desservent
maintenant le Liban de façon directe.
Le pays coincé
Le Liban est une fois de plus victime de la
géopolitique de la région, coincé entre
les intérêts de la Syrie et de l'Iran dans
ce Moyen-Orient convulsif. A la suite
de l'énormité (18 morts, un quartier dévasté)
de l'assassinat de Rafic Hariri, l'ancien
premier ministre qui venait de rompre son
allégeance prosyrienne, l'armée syrienne a
quitté le Liban. Mais la Syrie, avec ses
partisans sur place, est en mesure de
continuer à exercer son influence déstabilisante
et est montrée du doigt comme commanditaire
de cet attentat et des 14 autres qui ont
suivi. L'envoyé spécial de l'ONU vient de
remettre son rapport et demande une
prolongation de son mandat d'enquête.
Que feront les Etats-Unis
après avoir considéré qu'il était moins
dangereux de "punir" ce pays,
maillon faible de la région, que de
s'attaquer à l'Iran ? Changeront-ils
leur fusil d'épaule ? Beaucoup de
Libanais s'interrogent en effet à savoir si
les Américains, enlisés en Irak, confrontés
à l'Iran, ont encore intérêt à faire
tomber le régime alaouite ou même à
l'affaiblir. Pourquoi remettre le pouvoir
aux 85 % de sunnites du pays au moment
où chacun constate que la présence américaine
au Moyen-Orient a eu pour effet, entre
autres conséquences, d'exacerber la lutte
entre sunnites (majoritaires en Arabie
Saoudite, dans les Emirats, en Jordanie et
en Egypte) et chiites (majoritaires en Iran,
en Irak et au Liban) ?
Quant
à l'Iran, il entretient au Liban, au su et
au vu de tous, une milice, celle du
Hezbollah, qui ne veut ni désarmer ni intégrer
ses hommes aux forces armées régulières
et qui représente, avec le Amal, la
puissante communauté chiite sans laquelle
aucune solution à long terme ne peut être
acquise. C'est pourquoi la Syrie semble être
de nouveau en mode reconquête au Liban après
avoir dû baisser la tête sous les
pressions internationales, surtout américaines.
Communautarisme extrême
Le communautarisme religieux au Liban est
poussé à l'extrême. Dix-sept communautés
religieuses sont reconnues
institutionnellement : le président,
d'après la Constitution, doit être un
maronite, le premier ministre, un sunnite,
et le président de l'Assemblée nationale,
un chiite. Si cette situation a déjà eu un
sens, il est certain qu'elle l'a perdu
aujourd'hui.
Malgré tout, un Liban non communautaire et
non basé sur l'appartenance religieuse
semble encore lointain, sinon utopique, même
si les plus lucides dans la classe politique
savent que c'est l'avenir du pays et sa démocratisation
qui sont en jeu. En tout cas, cette mosaïque
donne au Liban un visage radicalement différent
de tous les autres pays arabes.
Pour l'instant, dans tous les pays de la région,
il y a un durcissement qui se manifeste par
la progression de l'islamisme et la
marginalisation des chrétiens. On se
demande si, en Irak, au Liban, en Syrie en
Egypte, en Jordanie et en Palestine, cette
civilisation millénaire portée par les chrétiens
d'Orient n'est pas en train de disparaître.
Et les derniers francophones et francophiles
par la même occasion.
Les coptes chrétiens, installés en Egypte
bien avant les Arabes musulmans puisque leur
origine remonte à la période pharaonique,
sont actuellement victimes d'une véritable
persécution : insultes quotidiennes
dans la rue, attentats contre des lieux de
culte ou des personnes, à Alexandrie
notamment.
Résister ou partir ?
Au Kurdistan irakien, dans les montagnes, près
de la frontière turque, dans un village de
langue araméenne, celle du Christ, j'ai
visité un monastère du VIIe siècle, un
des seuls à ne pas avoir été rasés par
Saddam Hussein. Rabban al-Kass, évêque d'Amadiyya-Shamkâne,
personnage coloré et hyperactif, en termine
la restauration en plus d'agrandir à Dohuk,
avec l'appui d'une fondation monégasque, un
étonnant lycée international laïque qui
accueille, dans des locaux flambant neufs,
musulmans et chrétiens dans une belle mixité
; on y enseigne en kurde et en anglais mais
on y apprend aussi le français, langue dans
laquelle Mgr al-Kass, Chaldéen, c'est-à-dire
d'obédience catholique, s'adresse au pape.
Plus au sud, les quelque 20.000 habitants de
la ville chrétienne d'Aïn Kawa, en
banlieue d'Erbil (Hawler en kurde), capitale
du Kurdistan, voient leur nombre augmenter
en flèche : non seulement les chrétiens
du reste de l'Irak y trouvent refuge mais
aussi nombre de musulmans fuyant la fureur
islamiste et la guerre ou, tout simplement,
y goûtant la liberté de prendre une bière
dans un café et, pour les femmes, de se vêtir
comme elles l'entendent. Se joignent à eux
les agents des organisations internationales
et humanitaires. Bref, en deux ans, le prix
du mètre carré a doublé à Aïn Kawa !
Au Liban, j'ai participé à l'université
Saint-Joseph, dont le recteur, le père
Chamussy, est un jésuite, à un colloque
sur la francophonie. Dans cette institution
fort réputée, dotée de moyens matériels,
pédagogiques et de recherche considérables,
l'enseignement se donne en français et le
tiers de ses dizaines de milliers d'étudiants
sont musulmans. Il y a donc de sérieux
efforts de la part de ces chrétiens pour
vivre en harmonie avec leurs frères
musulmans.
En contrepoint de ces succès, la situation
démographique est désespérante. Ainsi, il
ne resterait plus que 100.000 Chaldéens,
sur les quatre millions et demi de Kurdes,
à ne pas avoir encore émigré en Europe ou
en Amérique. Les chrétiens de Syrie émigrent
aussi en grand nombre, et, comme pour
conjurer ce déclin, ceux qui restent, comme
les résidents du village araméen de
Meloula, déploient une ferveur stupéfiante.
Le Liban d'aujourd'hui, dit-on - car aucun
recensement n'a eu lieu depuis 1932 -,
compterait moins de 30 % de maronites.
A Beyrouth comme ailleurs au pays, les églises
ont été minutieusement restaurées et, au
centre-ville, totalement reconstruites, avec
le même luxe que les bâtiments civils.
Mais les élites chrétiennes ont été décapitées,
les querelles internes ont amplifié le
mouvement et il ne reste souvent que le désespoir
qui mène au départ ou aux alliances contre
nature, comme cette union entre le très chrétien
général Michel Aoun et le très islamiste
Hassan Nasrallah, "guide
spirituel" du Hezbollah.
La mère d'un ami libanais, dans son
appartement vétuste du quartier chrétien
d'Achrafieh, me confiait : "Si j'étais
jeune encore, je partirais ; ce pays, mon
pays, ne sera plus bientôt le mien."
De ses quatre enfants, un seul vit encore au
Liban.
Au cours des siècles, les chrétiens
d'Orient ont résisté aux invasions, aux
guerres, aux persécutions. L'empire ottoman
lui-même avait fini par s'accommoder de
leur présence qui, comme celle de juifs,
participait à son rayonnement. Aujourd'hui,
la situation incertaine du Liban, à la fois
caisse de résonance et baromètre des
tourmentes du Proche et du Moyen-Orient, ne
prête pas à l'optimisme : le déferlement
islamiste ne rayera-t-il pas à moyen terme
de la carte de cette partie du monde toute
cette diversité intellectuelle, religieuse
et culturelle qui fait sa richesse ?
La
investigación de la ONU sobre la muerte de
Hariri hace "progresos considerables"
SANDRO
POZZI, El País, el 12 de junio de
2006
El secretario general de
la ONU, Kofi Annan, transmitió ayer al
Consejo de Seguridad el cuarto informe
interino elaborado por el comité que
investiga el asesinato del ex primer
ministro libanés Rafik Hariri. El fiscal
belga, Serge Brammertz, valora positivamente
la cooperación siria con su equipo de
investigadores, lo que permite hacer "progresos
considerables" en la investigación, y
pide un año más para concluir su trabajo.
Hariri fue víctima de un brutal atentado el
14 de febrero de 2005 en Beirut, en el que
murieron otras 22 personas. Los tres
informes anteriores ya revelaron que altos
oficiales de las fuerzas de seguridad y de
los servicios de inteligencia de Siria y de
Líbano participaron en la matanza. Un
extremo que el Ejecutivo sirio ha negado
tajantemente. La ONU acusó además en el
pasado a Damasco de entorpecer los trabajos
del comité. La presión de la comunidad
internacional sobre Siria fue intensa.
Brammertz ya dijo en
marzo que Siria se mostraba más abierta, y
ahora asegura que la contribución de
Damasco a la investigación es cada vez
mayor. En este sentido, el último informe
interino cita encuentros de los
investigadores con el presidente sirio,
Bachar el Asad, y el vicepresidente, Faruk
Chara, como exigió la ONU, y el acceso a
documentos e información requerida. El
fiscal belga insiste, en todo caso, en que
es "crucial" que esa cooperación
permanezca "plena" e "incondicional".
Esto está permitiendo, según el documento
entregado el sábado por Brammertz a Annan,
que se hayan logrado "progresos
considerables" en la investigación,
que pretende establecer una imagen lo más
completa posible del ataque contra el convoy
que llevaba a Hariri. Y aunque dice que
entiende los pilares principales del
atentado, insiste en que necesita más
tiempo para aclarar la trama y dar un
sentido de "continuidad" y "estabilidad"
a sus trabajos.
Nuevos
detalles
Los investigadores creen
que la bomba que mató a Hariri estaba
cargada con 1.200 kilos de explosivo, que se
encontraban en un vehículo que fue detonado
por un individuo en la zona. De momento, el
informe evita hablar de que el atentado
fuera ejecutado por un terrorista suicida,
una cuestión que debe aclararse. Los nuevos
detalles de la investigación serán
tratados el miércoles por el Consejo de
Seguridad con idea de prorrogar sus trabajos.
Brammertz, que relevó en enero pasado al
fiscal alemán Detlev Mehlis al frente del
equipo de investigadores, es partidario de
que la ONU le dé un año más para concluir
sus trabajos, una propuesta que es
compartida por la parte libanesa. La decisión
de los 15 miembros del Consejo de Seguridad
de la ONU podría producirse este mismo
jueves, el mismo día en el que expira su
mandato. La muerte de Hariri hizo que la ONU
exigiera a Siria la retirada de sus tropas y
servicios de inteligencia en Líbano, tras
29 años de dominación de Damasco.
Hariri
probe : More time requested
A
prosecutor investigating the 2005
assassination of former Lebanese Prime
Minister Rafik Hariri is asking the U.N.
Security Council to extend his mandate for
one year
CNN,
11 june 2006
Hariri died February 14,
2005, in a massive car-bomb attack in Beirut
that also killed more than 20 other people.
His death led to massive protests and
renewed international pressure on Syria to
withdraw troops and intelligence assets from
Lebanon, which Syria had dominated since the
end of the 1975-1990 Lebanese civil war. The
ongoing U.N. investigation into Hariri's
death, led by Belgian Serge Brammertz, has
revealed that top-ranked Syrian and Lebanese
officials may have been involved in the
blast.
Syria's government has repeatedly denied
any role in the bombing. Brammertz,
commissioner of the International
Independent Investigation Commission,
handed in his fourth report on the probe
Saturday to Secretary-General Kofi Annan.
Brammertz is to brief the Security Council
at an open meeting Wednesday, and members
are expected to make a decision Thursday.