|
|
 |
|
|
|
 |
 |
|
|
Liste
Numéro
suivant
Numéro
précédent Format
impression
COMMUNIQUÉ
RJLIBAN N°55 du 1er
mars 2005
Vive le Liban,
Monsieur
De la paix syro-américaine à la guerre
syro-américaine
par NAJI FARAH, directeur de la rédaction
C'est
une bien piètre image qu'offre aujourd'hui le
peuple palestinien, acculé à faire la paix sur un
résidu de territoire diminuant au fil des années, alors
que sa diaspora éclatée est interdite de retour à
jamais. De surcroît, le nouveau gouvernement
n'arrive pas à contrôler ses propres activistes,
qui viennent encore de tuer des civils israéliens
devant une discothèque de Tel Aviv dans un énième
acte désespéré, rompant la stabilité
balbutiante établie il y a moins d'un mois après
quatre ans d'une intifada meurtrière. Mais
l'innovation du nouveau président Mahmoud Abbas réside
dans son impuissance l'amenant à accuser les
Libanais, cette "troisième partie", d'être
à la base de cet attentat, comme il l'a déjà fait
pour la première fois, il y a
trois
semaines,
imputant au Hezbollah la responsabilité de
"tous les attentats" commis par le Hamas
et autres organisations terroristes palestiniennes !
La
solution pour M. Abbas serait donc de lancer les
Palestiniens des camps du Liban à l'assaut de
leur beau pays d'accueil, et l'on arriverait de façon
absurde à la situation régnant il y a exactement
30 ans et faisant exploser le Liban : une
agression palestinienne délibérée, un leader
sunnite de Saïda assassiné et un leader sunnite de
Tripoli menaçant de diviser l'armée
libanaise. En effet, la guerre du Liban, dont
la date de début généralement retenue est le 13
avril 1975, avait réellement commencé avec
l'assassinat de Maarouf Saad (mort le 6 mars suite
à un attentat perpétré le 27 février 1975),
originaire de la même ville que Rafic Hariri, et
l'armée libanaise avait été empêchée de pénétrer
dans les camps palestiniens par l'ancien premier
ministre Rachid Karamé (qui fut assassiné lui
aussi plus tard, le 1er juin 1987), frère
de l'actuel premier ministre Omar Karamé. Quant au
président de
la République
maronite de l'époque, Sleiman Frangié, on retrouve aujourd'hui
son petit-fils du même nom, au poste de ministre de
l'Intérieur ! Mais heureusement, non seulement la
capacité militaire des camps palestiniens a été considérablement réduite,
mais le gouvernement libanais vient aussi de démissionner.
Certes,
on peut considérer que le Hezbollah est à l'origine des
attentats-suicides en Israël, car les kamikazes
palestiniens ont pris exemple sur les résistants
libanais, à la différence près qu'ils s'attaquent
à des civils innocents, contrairement au Hezbollah
ne visant que des militaires israéliens en
territoire libanais. C'est ainsi que le Hezbollah a
été la seule armée arabe à vaincre la
toute-puissante armée israélienne, la contraignant
à évacuer le Liban le 25 mai 2000. Et l'on
voit mal ainsi pourquoi cette organisation s'en prendrait
aujourd'hui à des civils israéliens.
D'ailleurs, de source personnelle, les dirigeants
chiites du Hezbollah avaient alors considéré leur
combat à juste titre terminé, ne se sentant
pas du tout concernés par le conflit entre Israéliens
et Palestiniens sunnites. De plus, entre
1985 et 1988, de violents affrontements les
avaient opposés, aux côtés de l'autre milice
chiite Amal, aux milices palestiniennes des
camps de Beyrouth et du Liban-sud. C'est dire
qu'ils seraient aujourd'hui tout à fait d'accord
avec les slogans lancés par les Libanais chrétiens
au début de la guerre hostiles aux occupants
palestiniens, et qui viennent d’être adaptés,
cette fois par tous les Libanais, aux occupants
syriens.
Lors
de la session parlementaire historique d'hier entraînant
la démission du gouvernement Karamé, on a constaté
que le Hezbollah a été particulièrement ménagé
par les députés de l'opposition, qui l'ont confirmé
dans sa "mission de résistance à l'occupant
israélien". La situation est en effet délicate
car les partis Amal et Hezbollah, représentant la
communauté chiite, se sont bien gardés de
participer aux manifestations populaires réclamant
la vérité sur l'assassinat de Rafic Hariri
ainsi que le retrait des troupes syriennes et de
leurs services du Liban ; et le but de
l'opposition est d'élargir sa représentation à la
communauté chiite pour qu'elle ne se sente pas
écartée du nouveau mouvement de libération
du Liban, surtout qu'il est connu que cette
communauté dans son ensemble est très
nationaliste, et par conséquent antisyrienne.
Le
problème est que les institutions et la milice du Hezbollah sont
en grande partie financées par l'Iran via
la Syrie
qui, lors du retrait israélien total de mai 2000,
avait provoqué le conflit des fermes de Chebaa -
territoire depuis toujours syrien selon l'Onu - afin
d'empêcher le Liban de signer une paix séparée
avec Israël, alors que le Golan syrien restait
occupé. D'ailleurs, le président syrien
Bachar Assad vient d'affirmer qu'il serait prêt
à retirer ses troupes du Liban en échange d’une
paix globale. Une fois ce retrait effectué - par la
diplomatie ou par la force -, le désarmement du
Hezbollah s'opérerait instantanément, comme cela a
été le cas avec toutes les autres milices locales
au lendemain de la signature des accords de Taëf,
et cette organisation deviendrait un parti
politique comme les autres, l’armée libanaise
prenant alors le contrôle de tout le territoire
libanais.
Osons
donc rêver de paix au Liban ! Une paix
inter-libanaise, et non syro-américaine, comme cela
a été le cas après Taëf. Une véritable paix
dans un Liban réunifié et libre qui,
paradoxalement, est en train de voir le jour dans un
climat de guerre syro-américaine à l'ombre de
la guerre d'Irak. Tous les Libanais du pays et de la
diaspora viennent de montrer leur solidarité inébranlable,
renforcée par l'appel de Bahia Hariri, députée de
Saïda et soeur de feu Rafic Hariri, à la fin de
son émouvant discours hier au Parlement, leur
demandant de "participer à la défense et à
la reconstruction du Liban" en se rendant
à Beyrouth le 13 avril 2005 pour la 30ème commémoration
du déclenchement de la guerre :
"Nous
voulons faire de ce jour un jour d’espoir,
d’unité et de liberté, dans la place des Martyrs
et de l’Indépendance. J’invite les
hommes libres au Liban et dans le monde à
participer à cette journée. Beyrouth leur ouvrira
ses portes et son cœur, et restera la capitale de
la liberté et la mère des législations, la ville
du martyr Rafic Hariri symbole de l’unité et de
l’indépendance. Que le gouvernement
tombe.
Vive le Liban et les Libanais."
Après
que George W. Bush a sommé Damas de mettre fin à
l'occupation de son voisin
Vive
le Liban, Monsieur
par
JEAN-FRANCOIS DENIAU, de l'Académie française,
publié dans le Figaro le 23 février 2005
Vient
de publier un roman d'aventures, "Le Grand
Jeu", aux Editions Hachette Littératures
Il y a, paraît-il, un président
de la République du Liban qui n'a pas hésité à
utiliser les pressions des forces d'occupation
syriennes pour faire prolonger illégalement de
trois ans son mandat. La honte peut se dire en
plusieurs langues. Un parlementaire français au XIXe
siècle, quand le tsar écrasait un soulèvement à
Varsovie, s'était rendu célèbre en l'interpellant
: "Vive la Pologne, Monsieur." Monsieur,
à l'égard du tsar, c'était une injure. Comme on
aimerait crier à ce faux président : vive le
Liban, Monsieur. Un espoir est né, comme souvent,
du malheur. L'assassinat d'Hariri a créé une
communauté là où il y avait division, et une
division qui était organisée de l'extérieur. Les
Libanais disaient la guerre des autres. Maintenant,
nous avons la réponse : l'exemple ukrainien. Vive
l'Ukraine, M. Poutine. Nous avons en quelque sorte
des lois de la révolution sans violence et sans tués.
Il y avait eu celle des Oeillets à Lisbonne, celle
de Velours à Prague. Il vient d'y avoir la révolution
Orange de Kiev. Espérons celle du Cèdre à
Beyrouth.
Première loi : pas de mort. Toute
violence qui conduirait à des tués servirait
l'occupant. Pendant près de quatre siècles, les
Anglais ont justifié leur occupation de l'Irlande par
le fait que les Irlandais étaient incapables de se
gouverner et qu'ils ne savaient que se tuer entre eux.
Aujourd'hui, la République d'Irlande est l'enfant modèle
de l'Europe. A peu près le même argument avait été
utilisé par les Russes, quel que soit le régime, à
l'égard des Polonais. Les colonialistes, à l'égard
de toutes les colonies, n'ont pas parlé autrement. Il
ne faut pas donner à l'armée syrienne la moindre
occasion de justifier sa présence.
Deuxième loi : la durée. Organiser
une manifestation d'un ou quelques jours est à la
portée de tout professionnel. Et contrer, réduire,
battre une manifestation d'un jour est à la portée
de toutes les forces de l'ordre. Mais si la
manifestation pacifique dure des semaines, des mois ?
Personne, non, personne ne peut maîtriser une
manifestation qui dure. A la demande des manifestants
eux-mêmes, j'étais intervenu à Belgrade pour mettre
fin à trois mois de manifestations qui risquaient à
tout moment de dégénérer. L'accord fut simple : arrêt
des manifestations contre reconnaissance explicite par
le gouvernement Milosevic de la fraude électorale
massive et restitution immédiate de quatorze
municipalités, dont Belgrade, à l'opposition. La révolution
Orange de Kiev, dans le gel et la neige, a aussi duré
trois mois. La durée exige une très étroite
coordination politique, à la tête bien sûr. Mais
aussi couchages, soins, repas, veilles, tours de présence.
On pourrait dire, comme dans la marine : quarts.
Quarts de révolution ! Et attention aux agents
doubles qui sont des provocateurs. Rien n'a autant
besoin d'organisation et d'un service d'ordre
impeccable qu'une révolution pacifique...
Troisième loi : Deux
objectifs, un seul combat. Les deux objectifs sont
l'indépendance et la démocratie. On a
malheureusement connu des indépendances qui ont
conduit à des dictatures et des terreurs. Le combat
doit donc être mené sur les deux plans,
indissociables, chacun des deux buts renforçant
l'autre. Synergie de l'indépendance et de la démocratie.
Dans le cas du Liban, cela veut dire : départ des
troupes d'occupation et élections libres.
Les Syriens dénonceront la main de
l'étranger ? Aux Libanais, et à eux seuls, d'être
dans la rue. Quant aux Français, amis qui autrefois
avaient mis leur écharpe tricolore d'élus du peuple
pour venir témoigner face à l'offensive des chars de
Damas, qu'ils restent fidèles, en se méfiant des
arguments de l'occupant, qui ne manquera pas d'évoquer
les manoeuvres et menaces des impérialistes
incorrigibles. Quand on crie démocratie et liberté,
c'est vrai, on se réfère à une histoire, un monde,
un exemple qui sont ceux des peuples et non pas des
autorités de rencontre, comme aurait dit le général
de Gaulle, on prend un risque. Vive le Liban,
Monsieur.
Par
la petite porte
par
NAGIB AOUB, publié dans l'Orient-le Jour le 1er mars
2005
Au
Parlement, dans la rue, dans ce centre-ville baptisé
"place de la Liberté", dans les moindres
coins et recoins du pays, les Libanais ont écrit hier
une nouvelle page de leur histoire. Au Parlement, dans
la rue, dans cette place des Martyrs glorifiée par la
sépulture de Rafic Hariri, les Libanais redécouvrent,
éblouis, une vitalité, une liberté longtemps
confisquée par le pouvoir et ses services. L’unité
nationale s’est cimentée au cœur de Beyrouth et
toutes les machines infernales activées par le
pouvoir n’y ont rien pu. Des tracts confessionnels
insidieux distribués à la sauvette, par des nuits
sans lune, aux "sociétés civiles" créées
de toutes pièces par des sbires aux abois, la ficelle
était grosse, bien grosse. Elle puait les services,
les réseaux de l’ombre qui vivent leur crépuscule.
Pour l’honneur, pour la dignité, pour l’avenir :
hier au Parlement, devant des députés et des
ministres frappés d’aphasie, comme accablés par le
poids de la culpabilité, Marwan Hamadé a laissé
parler son cœur, a asséné des vérités incontestées,
incontestables. A ce moment-là, à cette heure
précise, les dizaines de milliers de manifestants,
place des Martyrs, les centaines de milliers de
Libanais rivés à leurs téléviseurs ont compris :
le gouvernement venait de perdre toute légitimité.
Quelques heures plus tard, Karamé accablé, à bout
de force, en tirait les conséquences : un départ
sans panache, alors que crépitaient dans les rues de
la capitale les vivats longtemps contenus, les
applaudissements longtemps réprimés. C’est du
peuple que tout gouvernement tire sa légitimité, et
ce peuple a dit son mot magnifiquement répercuté
dans l’hémicycle par Marwan Hamadé et les derniers
des braves. Et pourtant cette sortie peu glorieuse,
sous les huées et les quolibets des manifestants,
aurait pu être évitée si le gouvernement avait
reconnu sa responsabilité, au moins morale, démissionnant
le lendemain de l’assassinat de Rafic Hariri. Mais
de toute évidence cette issue, à laquelle semblait
aspirer Karamé, lui a été refusée par le tuteur
syrien, celui-là même qui n’a pas saisi, jusqu’à
présent, la perche tendue par l’opposition pour un
retrait dans la dignité. Double opportunité ratée,
double occasion de sauver la face, ce fameux "Ma’a
el-wajeh" tant affectionné en Orient. Le
gouvernement Karamé finit dans les oubliettes de
l’histoire, l’y suivront sans doute les
responsables des services sécuritaires, les tireurs
de ficelles, ceux qui ont tout manipulé dans
l’ombre.
Reste la question primordiale. Et maintenant ? Walid
Joumblatt a rapidement réagi, invitant ses partisans
à éviter les débordements, insistant sur les liens
à préserver avec le Hezbollah et sur les nécessaires
relations équilibrées avec la Syrie, conformément
à l’accord de Taëf. L’heure est grave et tout dérapage
risque, en effet, d’être lourd de conséquences, de
torpiller les acquis de l’intifada. Priorité donc
à un gouvernement transitoire qui préparerait les législatives
du printemps. Et de ce chamboulement, du triomphe de
la démocratie naîtra forcément le renouveau, un
Parlement reflétant les véritables aspirations du
peuple. Un pouvoir légitime qui établira les bases
des relations futures avec la Syrie : respect mutuel,
arrêt des ingérences. Mais la Syrie doit avoir déjà
entamé son repli du Liban. Et là on revient à la
case départ : que fera Damas aujourd’hui ? Face à
la déferlante libanaise nommée "liberté",
un choix évident s’impose : celui du retrait, de la
souveraineté retrouvée.
Liban
: Chronologie depuis les années 1970
par
CATHERINE GOUESET, publié dans l'Express le 25 février
2005
1970-71: chassés de
Jordanie, les combattants palestiniens de
l'Organisation de libération de la Palestine (OLP)
installent leurs bases au Sud-Liban.
1972-73: des opérations
militaires et des représailles entre Israéliens et
Palestiniens sur le territoire libanais enveniment
les relations entre les Palestiniens et l'Etat
libanais.
La guerre civile
: 1975-1989
13 avril 1975: 27
passagers d'un autobus, pour la plupart
palestiniens, sont tués dans un secteur
phalangiste. Des accrochages et des représailles
s'ensuivent entre Palestiniens et Phalangistes
(miliciens chrétiens). Cet évènement marque le début
de la guerre du Liban qui durera 15 ans.
Avril 75-janvier 76: les
combats opposent les milices chrétiennes
conservatrices aux palestino-progressistes
(Palestiniens et gauche libanaise). La Syrie
soutient ces derniers, tout en proclamant sa
neutralité.
Juin 1976: renversement
d'alliance de la Syrie qui envoie des troupes au
Liban à la demande du camp chrétien. Déroute des palestino-progressistes.
Novembre 76: fin
officielle de la guerre. Le bilan est de 30.000 tués
et 600.000 réfugiés. Mise en place de la Force
arabe de dissuasion (FAD), à majorité syrienne.
L'armée libanaise a éclaté en factions rivales.
Le territoire est sous l'autorité d'une multitude
de milices et de clans.
Mars 1977: assassinat de
Kamal Joumblatt, chef du parti socialiste
progressiste (PSP, druze). Les représailles font
plusieurs dizaines de victimes chrétiennes.
Mars 1978: à la suite
d'un attentat palestinien à Tel Aviv, les troupes
israéliennes envahissent le Sud-Liban ("opération
Litani") pour créer une "zone de sécurité".
L'ONU envoie une force d'interposition, la Force intérimaire
des Nations unies au Liban (FINUL). L'armée israélienne
se retire en juin, laissant à sa place les milices
chrétiennes du commandant Haddad.
Juillet 1978:
affrontements entre troupes syriennes et milices chrétiennes.
Avril 1979: le commandant
Haddad proclame l'indépendance des zones chrétiennes
du Sud-Liban et donne à sa milice le nom d'Armée
du Liban Sud (ALS).
Juin 1981: affrontements
entre Israéliens et Palestiniens au Sud-Liban. Les
forces israéliennes bombardent Beyrouth.
Juin 1982: les Israéliens
envahissent à nouveau le Liban et assiègent
Beyrouth (opération "Paix en galilée").
Août-septembre 1982:
15.000 fedayins (combattants palestiniens) évacuent
Beyrouth, sous la protection d'un contingent
militaire français.
14 septembre 1982: élu
moins d'un mois auparavant, le président Béchir
Gemayel est assassiné à Beyrouth. Son frère Amine
lui succèdera le 21. Les Israéliens entrent à
Beyrouth-Ouest.
17-18 septembre 1982: le
massacre de civils par les milices chrétiennes dans
les camps palestiniens de Sabra et Chatila, avec la
complicité passive de "Tsahal", l'armée
israélienne, fait 800 morts, selon une commission
d'enquête israélienne.
Avril 1983: un
attentat-suicide chiite fait 63 morts à l'ambassade
des Etat-Unis à Beyrouth.
Mai 1983: signature d'un
accord de paix entre Israël et le Liban.
Septembre 1983: suite au retrait
israélien, la "guerre de la
Montagne" oppose chrétiens et Druzes. Ceux-ci
prennent le contrôle de la région du Chouf (1.200
à 1.500 morts).
Octobre 1983: double
attentat-suicide du Djihad islamique à Beyrouth
contre les contingents français (58 morts) et américain
(241 morts) de la force multinationale.
Novembre 1983: un
attentat-suicide contre le quartier général israélien
à Tyr fait 62 victimes.
Novembre-décembre 1983: affrontements
entre l'OLP et les Syriens, appuyés par des
dissidents palestiniens à Tripoli. Yasser Arafat et
4.000 de ses partisans sont évacués sous
protection française.
Février 1984: les milices
chiites Amal prennent le contrôle de Beyrouth-Ouest.
Les Druzes de Walid Joumblatt s'emparent des
positions des Forces Libanaises dans la montagne au
sud de Beyrouth. Les contingents militaires américains,
britanniques et italiens de la Force multinationale
quittent le Liban.
Mars 1984: premier d'une
longue série d'enlèvements d'otages occidentaux.
La France annonce le retrait de son contingent de la
FINUL. Le Conseil des ministres libanais décide
l'abrogation du traité de paix de mai 1983.
Mai 1984: formation d'un
gouvernement d'union nationale dirigé par Rachid
Karamé.
Janvier 1985: annonce du
retrait des forces israéliennes du Liban.
Mars 1985: un attentat à
la voiture piégée dans un quartier chiite de
Beyrouth fait 75 morts.
Avril 1985: suite au retrait israélien, combats
à l'est de Saïda et exode de milliers de
chrétiens.
Mai-juin 1985: première
"guerre des camps". Affrontements entre
la milice chiite Amal, soutenue par une partie de
l'armée libanaise, et les Palestiniens de Sabra
et Chatila font 700 morts dans les camps de réfugiés.
Juin 1985: fin du
retrait de l'armée israélienne du Liban, à
l'exception d'une "zone-tampon" au sud,
laissée sous le contrôle de l'Armée du Liban
Sud d'Antoine Lahad.
Octobre 1985: accord
pour un arrêt des combats entre les trois
principales milices libanaises: Amal (chiite), le
PSP (druze) et les Forces libanaises (chrétiennes).
Le président Gemayel fait échouer cet accord.
Janvier 1986: affrontements
entre milices chrétiennes à Beyrouth.
Mai-juillet 1986: deuxième
"guerre des camps" entre Amal et
Palestiniens.
Octobre 1986-avril 1987:
nouvelle "guerre des camps" entre Amal
et Palestiniens.
Février 1987: violents
affrontements entre milices druzes et chiites à
Beyrouth-Ouest. Déploiement de 8.000 soldats
syriens.
Juin 1987: le Premier
ministre Rachid Karamé est tué dans un attentat.
Il est remplacé par Salim Hoss.
Mai 1988: les combats
dans la banlieue sud de Beyrouth entre milices
Amal et Hezbollah font 600 morts en 2 semaines.
Interposition de l'armée syrienne.
Août 1988: l'élection
présidentielle est reprortée, le quorum n'étant
pas atteint. Le président Gemayel n'est pas
remplacé après la fin de son mandat en
septembre. Il désigne le commandant des forces
armées, le général Aoun, pour former un
gouvernement provisoire. Les musulmans ne le
reconnaissent pas.
Mars 1989: Michel Aoun
lance une "guerre de libération" contre
les 33.000 soldats syriens présents au Liban.
Octobre 1989: signature
des Accords de Taef qui établissent un nouvel équilibre
entre les communautés, prévoient la dissolution
des milices et la formation d'un gouvernement
d'union nationale. La Syrie maintient plus de
40.000 soldats au Liban.
Novembre 1989: René
Moawad est élu président par les signataires des
accords de Taef le 5, et assassiné le 22. Elias
Hraoui, élu 2 jours plus tard, lui succède.
Janvier-mars 1990: la
guerre pour le contrôle du "Pays chrétien"
entre partisans du général Aoun et Forces
Libanaises de Samir Geagea fait plusieurs milliers
de morts. La guerre civile libanaise a fait plus
de 140.000 morts en 15 ans.
L'après-guerre
1992: Rafic Hariri est
nommé Premier ministre. Elections législatives
partiellement boycottées par les chrétiens (taux
de participation de 20%).
Avril 1996: à la suite
de tirs de roquette du Hezbollah contre le nord
d'Israël, le Premier ministre israélien, Shimon
Pérès, lance en représailles l'opération
"Raisins de la colère". 102 civils réfugiés
dans un camp de l'ONU au Sud-Liban sont tués par
des bombes israéliennes. Création d'un Comité
de surveillance tripartite (libanais, syrien et
israélien), sous la présidence alternée des
Etats-Unis et de la France: Israël et le
Hezbollah s'engagent à s'abstenir de viser des
cibles civiles de part et d'autre de la frontière
israélo-libanaise et de tirer à partir de zones
habitées.
Octobre 1998: le
parlement élit le commandant en chef de l'armée,
Emile Lahoud, au poste de président de la République.
Un mois plus tard, celui-ci évince Rafic Hariri
du poste de Premier ministre et nomme Salim Hoss
à sa place.
Mai 1999: trois jours
après son élection au poste de Premier ministre
israélien, Ehud Barak annonce son intention de
retirer l'armée israélienne du Sud-Liban avant
un an.
Juin 1999: décidés par
Benyamin Netanyahou, encore en fonction jusqu'au 6
juillet, des raids israéliens en représailles à
des opérations du Hezbollah font 8 morts et 60
blessés.
2000
Février:
Intensification des affrontements entre le
Hezbollah et l'armée israélienne.
5 mars: le gouvernement
israélien approuve la proposition du Premier
ministre, Ehud Barak, de retrait unilatéral des
troupes israéliennes du Sud-Liban, avant juillet
2000.
Mai: les désertions qui
se multiplient dans les rangs de l'ALS entraînent
le retrait précipité de l'armée israélienne du
Sud-Liban. Le Hezbollah s'efforce de prendre le
contrôle de la zone de sécurité.
27 août-3 septembre: le
résultat des élections législatives constitue
un camouflet pour le Premier ministre Salim Hoss.
Ce scrutin marque le retour de son prédécesseur,
le milliardaire Rafic Hariri.
7 octobre: le 7, le
Hezbollah capture trois soldats israéliens dans
le secteur disputé de Chebaa, aux confins du
Liban, de la Syrie et d'Israël, puis un officier
israélien une semaine plus tard.
2001
Juin: retrait partiel
des troupes syriennes de Beyrouth et de ses
environs. En vertu de l'accord de Taëf (1989) qui
a mis fin à la guerre civile, l'armée syrienne
aurait du se retirer de Beyrouth et de ses
banlieues vers la plaine de la Békaa en 1992. 23
victimes rescapées du massacre de Sabra et
Chatila en 1982 déposent une plainte collective
à Bruxelles contre Ariel Sharon pour crimes de
guerre.
Août: vague
d'arrestation de militants chrétiens
anti-syriens, accusés de complot contre la sécurité
du Liban.
Septembre: les
mouvements chiites pro-syriens Amal et Hezbollah
remportent la majorité des 115 municipalités
lors des élections au Liban sud.
Novembre: les Etats-Unis
rendent publique une liste de groupes terroristes
incluant le Hezbollah et demande à Beyrouth de
geler les avoirs du mouvement islamiste. Le
gouvernement libanais, qui considère le Hezbollah
comme une organisation de résistance et non un
groupe terroriste, rejette la demande américaine.
24 janvier 2002: l'ex-chef
de guerre chrétien Elie Hobeika est tué dans un
attentat à la voiture piégée près de Beyrouth.
Il était considéré comme l'un des responsables
des massacres de Sabra et Chatila.
2004
11 mai: les Etats-Unis
imposent des sanctions économiques contre Damas
et réclament le retrait du corps expéditionnaire
syrien.
28 août: le
gouvernement libanais annonce un projet
d'amendement de la Constitution pour prolonger le
mandat du président Lahoud. Deux jours plus tôt,
le président syrien Bachar al-Assad avait convoqué
le Premier ministre Rafic Hariri, pour lui
signifier la volonté de Damas.
2 septembre: à
l'initiative de Paris et de Washington, le Conseil
de sécurité de l'Onu adopte la résolution 1559
appelant au respect de la souveraineté du Liban
et au retrait de toutes les troupes étrangères
de son sol, visant ainsi implicitement la Syrie.
6 septembre: opposés à
l'amendement de la constitution, quatre ministres
démissionnent du gouvernement.
21 septembre: le député
et chef druze Walid Joumblatt lance une pétition
remettant en cause la prolongation du mandat du président
Lahoud.
20-29 septembre: redéploiement
de quelque 3.000 soldats syriens qui retournent en
Syrie.
1er octobre: le député
druze et ministre démissionnaire Marouan Hamadé,
principal adjoint de Walid Joumblatt, est grièvement
blessé dans un attentat à la voiture piégée à
Beyrouth. Son chauffeur est tué.
20 octobre: démission
de Rafic Hariri. Le député pro-syrien Omar Karamé
forme le 26 un nouveau gouvernement.
13 décembre: pour la
première fois depuis 1975, toutes les tendances
de l'opposition lancent un programme commun dénonçant
la tutelle syrienne et appelant à la démission
du gouvernement.
2005
Février
2: l'opposition
libanaise durcit le ton envers la Syrie en
exigeant le retrait total de ses troupes, et en
s'alignant totalement sur la résolution 1559.
14: un attentat à
l'explosif à Beyrouth contre Rafic Hariri fait 18
morts. L'opposition exige une enquête
internationale sur cet assassinat. Le lendemain,
le Conseil de sécurité de l'Onu demande à Kofi
Annan un rapport sur les circonstances de la mort
de l'ancien Premier ministre et réclame le
retrait des troupes syriennes du Liban.
16: début de
manifestations quotidiennes de l'opposition contre
la présence syrienne.
23: plus de deux cents
personnalités syriennes appellent, dans une
lettre ouverte, le président Bachar al-Assad à
retirer l'armée syrienne du Liban.
24: les gouvernements
libanais et syrien annoncent un redéploiement des
troupes syriennes vers la plaine de la Békaa
(est).
Arrivée à Beyrouth de l'équipe de l'ONU, dirigée
par l'Irlandais Peter Fitzgerald, chargée d'enquêter
sur l'assassinat de Rafic Hariri.
Vent
de liberté
par
PATRICK SABATIER, publié dans Libération le 1er
mars 2005
La
tentation est grande de voir l'Intifada pacifique
des Libanais, qui vient de chasser le gouvernement
inféodé à la Syrie, comme l'effet domino d'une "contagion
démocratique" en train de métamorphoser
le Moyen-Orient. Elections en Irak et Palestine, début
de réforme en Egypte, trêve entre Israéliens et
Palestiniens peuvent apparaître comme le
prolongement des révolutions non violentes qui ont
abattu les dictatures de l'ex-Empire soviétique, en
Géorgie et en Ukraine. Ce "vent de la liberté"
est-il vraiment l'onde de choc de l'intervention américaine
en Irak, comme l'affirme George W. Bush ? La détermination
des Etats-Unis, appuyée par la menace des armes, à
déstabiliser les dictatures qui leur sont hostiles
encourage leurs opposants. Elle rend les despotes
plus hésitants à la répression sanglante.
D'autant que le soutien aux mouvements démocratiques
n'est pas un thème sur lequel les Européens
s'opposeront aux Américains. Au Liban, Bush et
Chirac agissent la main dans la main pour obtenir le
départ des Syriens.
Mais il faut se garder d'une
vision trop simpliste nourrie de convictions idéologiques,
tout autant que du cynisme qui suppose une
incompatibilité entre démocratie et tiers-monde.
Il faut appuyer tous ceux qui se dressent contre des
tyrannies. Mais ce soutien ne saurait suffire à
assurer la floraison des démocraties. Le terreau
local reste essentiel. Ne pas oublier que le Liban
n'est pas l'Ukraine, en dépit des similitudes.
L'indépendance du Liban, la fin de l'occupation (et
du pillage) syriens, le désarmement du Hezbollah,
un scrutin libre, sont impératifs, et possibles.
Mais ils ne pourront être obtenus qu'à travers les
compromis inévitables entre les éléments de cette
fragile mosaïque qu'est le Liban, et avec son grand
voisin, qui sera toujours la Syrie. Encore faut-il
que celle-ci accepte que les temps ont changé, et
qu'il n'est plus de son intérêt d'entretenir
l'instabilité régionale.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
Copyright 2005 RJLiban
|
|