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COMMUNIQUÉ  RJLIBAN  N°55  du 1er mars 2005

 

Vive le Liban, Monsieur
 
De la paix syro-américaine à la guerre syro-américaine
 
par NAJI FARAH, directeur de la rédaction
 

C'est une bien piètre image qu'offre aujourd'hui le peuple palestinien, acculé à faire la paix sur un résidu de territoire diminuant au fil des années, alors que sa diaspora éclatée est interdite de retour à jamais. De surcroît, le nouveau gouvernement n'arrive pas à contrôler ses propres activistes, qui viennent encore de tuer des civils israéliens devant une discothèque de Tel Aviv dans un énième acte désespéré, rompant la stabilité balbutiante établie il y a moins d'un mois après quatre ans d'une intifada meurtrière. Mais l'innovation du nouveau président Mahmoud Abbas réside dans son impuissance l'amenant à accuser les Libanais, cette "troisième partie", d'être à la base de cet attentat, comme il l'a déjà fait pour la première fois, il y a trois semaines, imputant au Hezbollah la responsabilité de "tous les attentats" commis par le Hamas et autres organisations terroristes palestiniennes !

 

La solution pour M. Abbas serait donc de lancer les Palestiniens des camps du Liban à l'assaut de leur beau pays d'accueil, et l'on arriverait de façon absurde à la situation régnant il y a exactement 30 ans et faisant exploser le Liban : une agression palestinienne délibérée, un leader sunnite de Saïda assassiné et un leader sunnite de Tripoli menaçant de diviser l'armée libanaise. En effet, la guerre du Liban, dont la date de début généralement retenue est le 13 avril 1975, avait réellement commencé avec l'assassinat de Maarouf Saad (mort le 6 mars suite à un attentat perpétré le 27 février 1975), originaire de la même ville que Rafic Hariri, et l'armée libanaise avait été empêchée de pénétrer dans les camps palestiniens par l'ancien premier ministre Rachid Karamé (qui fut assassiné lui aussi plus tard, le 1er juin 1987), frère de l'actuel premier ministre Omar Karamé. Quant au président de la République maronite de l'époque, Sleiman Frangié, on retrouve aujourd'hui son petit-fils du même nom, au poste de ministre de l'Intérieur ! Mais heureusement, non seulement la capacité militaire des camps palestiniens a été considérablement réduite, mais le gouvernement libanais vient aussi de démissionner.

 

Certes, on peut considérer que le Hezbollah est à l'origine des attentats-suicides en Israël, car les kamikazes palestiniens ont pris exemple sur les résistants libanais, à la différence près qu'ils s'attaquent à des civils innocents, contrairement au Hezbollah ne visant que des militaires israéliens en territoire libanais. C'est ainsi que le Hezbollah a été la seule armée arabe à vaincre la toute-puissante armée israélienne, la contraignant à évacuer le Liban le 25 mai 2000. Et l'on voit mal ainsi pourquoi cette organisation s'en prendrait aujourd'hui à des civils israéliens. D'ailleurs, de source personnelle, les dirigeants chiites du Hezbollah avaient alors considéré leur combat à juste titre terminé, ne se sentant pas du tout concernés par le conflit entre Israéliens et Palestiniens sunnites. De plus, entre 1985 et 1988, de violents affrontements les avaient opposés, aux côtés de l'autre milice chiite Amal, aux milices palestiniennes des camps de Beyrouth et du Liban-sud. C'est dire qu'ils seraient aujourd'hui tout à fait d'accord avec les slogans lancés par les Libanais chrétiens au début de la guerre hostiles aux occupants palestiniens, et qui viennent d’être adaptés, cette fois par tous les Libanais, aux occupants syriens. 

 

Lors de la session parlementaire historique d'hier entraînant la démission du gouvernement Karamé, on a constaté que le Hezbollah a été particulièrement ménagé par les députés de l'opposition, qui l'ont confirmé dans sa "mission de résistance à l'occupant israélien". La situation est en effet délicate car les partis Amal et Hezbollah, représentant la communauté chiite, se sont bien gardés de participer aux manifestations populaires réclamant la vérité sur l'assassinat de Rafic Hariri ainsi que le retrait des troupes syriennes et de leurs services du Liban ; et le but de l'opposition est d'élargir sa représentation à la communauté chiite pour qu'elle ne se sente pas écartée du nouveau mouvement de libération du Liban, surtout qu'il est connu que cette communauté dans son ensemble est très nationaliste, et par conséquent antisyrienne. 

 

Le problème est que les institutions et la milice du Hezbollah sont en grande partie financées par l'Iran via la Syrie qui, lors du retrait israélien total de mai 2000, avait provoqué le conflit des fermes de Chebaa - territoire depuis toujours syrien selon l'Onu - afin d'empêcher le Liban de signer une paix séparée avec Israël, alors que le Golan syrien restait occupé. D'ailleurs, le président syrien Bachar Assad vient d'affirmer qu'il serait prêt à retirer ses troupes du Liban en échange d’une paix globale. Une fois ce retrait effectué - par la diplomatie ou par la force -, le désarmement du Hezbollah s'opérerait instantanément, comme cela a été le cas avec toutes les autres milices locales au lendemain de la signature des accords de Taëf, et cette organisation deviendrait un parti politique comme les autres, l’armée libanaise prenant alors le contrôle de tout le territoire libanais.

 

Osons donc rêver de paix au Liban ! Une paix inter-libanaise, et non syro-américaine, comme cela a été le cas après Taëf. Une véritable paix dans un Liban réunifié et libre qui, paradoxalement, est en train de voir le jour dans un climat de guerre syro-américaine à l'ombre de la guerre d'Irak. Tous les Libanais du pays et de la diaspora viennent de montrer leur solidarité inébranlable, renforcée par l'appel de Bahia Hariri, députée de Saïda et soeur de feu Rafic Hariri, à la fin de son émouvant discours hier au Parlement, leur demandant de "participer à la défense et à la reconstruction du Liban" en se rendant à Beyrouth le 13 avril 2005 pour la 30ème commémoration du déclenchement de la guerre :

 

"Nous voulons faire de ce jour un jour d’espoir, d’unité et de liberté, dans la place des Martyrs et de l’Indépendance. J’invite les hommes libres au Liban et dans le monde à participer à cette journée. Beyrouth leur ouvrira ses portes et son cœur, et restera la capitale de la liberté et la mère des législations, la ville du martyr Rafic Hariri symbole de l’unité et de l’indépendance. Que le gouvernement tombe. Vive le Liban et les Libanais."

 


 

Après que George W. Bush a sommé Damas de mettre fin à l'occupation de son voisin

 

Vive le Liban, Monsieur

 

par JEAN-FRANCOIS DENIAU, de l'Académie française, publié dans le Figaro le 23 février 2005

Vient de publier un roman d'aventures, "Le Grand Jeu", aux Editions Hachette Littératures

 

Il y a, paraît-il, un président de la République du Liban qui n'a pas hésité à utiliser les pressions des forces d'occupation syriennes pour faire prolonger illégalement de trois ans son mandat. La honte peut se dire en plusieurs langues. Un parlementaire français au XIXe siècle, quand le tsar écrasait un soulèvement à Varsovie, s'était rendu célèbre en l'interpellant : "Vive la Pologne, Monsieur." Monsieur, à l'égard du tsar, c'était une injure. Comme on aimerait crier à ce faux président : vive le Liban, Monsieur. Un espoir est né, comme souvent, du malheur. L'assassinat d'Hariri a créé une communauté là où il y avait division, et une division qui était organisée de l'extérieur. Les Libanais disaient la guerre des autres. Maintenant, nous avons la réponse : l'exemple ukrainien. Vive l'Ukraine, M. Poutine. Nous avons en quelque sorte des lois de la révolution sans violence et sans tués. Il y avait eu celle des Oeillets à Lisbonne, celle de Velours à Prague. Il vient d'y avoir la révolution Orange de Kiev. Espérons celle du Cèdre à Beyrouth.

 

Première loi : pas de mort. Toute violence qui conduirait à des tués servirait l'occupant. Pendant près de quatre siècles, les Anglais ont justifié leur occupation de l'Irlande par le fait que les Irlandais étaient incapables de se gouverner et qu'ils ne savaient que se tuer entre eux. Aujourd'hui, la République d'Irlande est l'enfant modèle de l'Europe. A peu près le même argument avait été utilisé par les Russes, quel que soit le régime, à l'égard des Polonais. Les colonialistes, à l'égard de toutes les colonies, n'ont pas parlé autrement. Il ne faut pas donner à l'armée syrienne la moindre occasion de justifier sa présence.

 

Deuxième loi : la durée. Organiser une manifestation d'un ou quelques jours est à la portée de tout professionnel. Et contrer, réduire, battre une manifestation d'un jour est à la portée de toutes les forces de l'ordre. Mais si la manifestation pacifique dure des semaines, des mois ? Personne, non, personne ne peut maîtriser une manifestation qui dure. A la demande des manifestants eux-mêmes, j'étais intervenu à Belgrade pour mettre fin à trois mois de manifestations qui risquaient à tout moment de dégénérer. L'accord fut simple : arrêt des manifestations contre reconnaissance explicite par le gouvernement Milosevic de la fraude électorale massive et restitution immédiate de quatorze municipalités, dont Belgrade, à l'opposition. La révolution Orange de Kiev, dans le gel et la neige, a aussi duré trois mois. La durée exige une très étroite coordination politique, à la tête bien sûr. Mais aussi couchages, soins, repas, veilles, tours de présence. On pourrait dire, comme dans la marine : quarts. Quarts de révolution ! Et attention aux agents doubles qui sont des provocateurs. Rien n'a autant besoin d'organisation et d'un service d'ordre impeccable qu'une révolution pacifique...

 

Troisième loi : Deux objectifs, un seul combat. Les deux objectifs sont l'indépendance et la démocratie. On a malheureusement connu des indépendances qui ont conduit à des dictatures et des terreurs. Le combat doit donc être mené sur les deux plans, indissociables, chacun des deux buts renforçant l'autre. Synergie de l'indépendance et de la démocratie. Dans le cas du Liban, cela veut dire : départ des troupes d'occupation et élections libres.

 

Les Syriens dénonceront la main de l'étranger ? Aux Libanais, et à eux seuls, d'être dans la rue. Quant aux Français, amis qui autrefois avaient mis leur écharpe tricolore d'élus du peuple pour venir témoigner face à l'offensive des chars de Damas, qu'ils restent fidèles, en se méfiant des arguments de l'occupant, qui ne manquera pas d'évoquer les manoeuvres et menaces des impérialistes incorrigibles. Quand on crie démocratie et liberté, c'est vrai, on se réfère à une histoire, un monde, un exemple qui sont ceux des peuples et non pas des autorités de rencontre, comme aurait dit le général de Gaulle, on prend un risque. Vive le Liban, Monsieur.

 


 

Par la petite porte

 

par NAGIB AOUB, publié dans l'Orient-le Jour le 1er mars 2005

 

Au Parlement, dans la rue, dans ce centre-ville baptisé "place de la Liberté", dans les moindres coins et recoins du pays, les Libanais ont écrit hier une nouvelle page de leur histoire. Au Parlement, dans la rue, dans cette place des Martyrs glorifiée par la sépulture de Rafic Hariri, les Libanais redécouvrent, éblouis, une vitalité, une liberté longtemps confisquée par le pouvoir et ses services. L’unité nationale s’est cimentée au cœur de Beyrouth et toutes les machines infernales activées par le pouvoir n’y ont rien pu. Des tracts confessionnels insidieux distribués à la sauvette, par des nuits sans lune, aux "sociétés civiles" créées de toutes pièces par des sbires aux abois, la ficelle était grosse, bien grosse. Elle puait les services, les réseaux de l’ombre qui vivent leur crépuscule. Pour l’honneur, pour la dignité, pour l’avenir : hier au Parlement, devant des députés et des ministres frappés d’aphasie, comme accablés par le poids de la culpabilité, Marwan Hamadé a laissé parler son cœur, a asséné des vérités incontestées, incontestables. A ce moment-là, à cette heure précise, les dizaines de milliers de manifestants, place des Martyrs, les centaines de milliers de Libanais rivés à leurs téléviseurs ont compris : le gouvernement venait de perdre toute légitimité.


Quelques heures plus tard, Karamé accablé, à bout de force, en tirait les conséquences : un départ sans panache, alors que crépitaient dans les rues de la capitale les vivats longtemps contenus, les applaudissements longtemps réprimés. C’est du peuple que tout gouvernement tire sa légitimité, et ce peuple a dit son mot magnifiquement répercuté dans l’hémicycle par Marwan Hamadé et les derniers des braves. Et pourtant cette sortie peu glorieuse, sous les huées et les quolibets des manifestants, aurait pu être évitée si le gouvernement avait reconnu sa responsabilité, au moins morale, démissionnant le lendemain de l’assassinat de Rafic Hariri. Mais de toute évidence cette issue, à laquelle semblait aspirer Karamé, lui a été refusée par le tuteur syrien, celui-là même qui n’a pas saisi, jusqu’à présent, la perche tendue par l’opposition pour un retrait dans la dignité. Double opportunité ratée, double occasion de sauver la face, ce fameux "Ma’a el-wajeh" tant affectionné en Orient. Le gouvernement Karamé finit dans les oubliettes de l’histoire, l’y suivront sans doute les responsables des services sécuritaires, les tireurs de ficelles, ceux qui ont tout manipulé dans l’ombre. 


Reste la question primordiale. Et maintenant ? Walid Joumblatt a rapidement réagi, invitant ses partisans à éviter les débordements, insistant sur les liens à préserver avec le Hezbollah et sur les nécessaires relations équilibrées avec la Syrie, conformément à l’accord de Taëf. L’heure est grave et tout dérapage risque, en effet, d’être lourd de conséquences, de torpiller les acquis de l’intifada. Priorité donc à un gouvernement transitoire qui préparerait les législatives du printemps. Et de ce chamboulement, du triomphe de la démocratie naîtra forcément le renouveau, un Parlement reflétant les véritables aspirations du peuple. Un pouvoir légitime qui établira les bases des relations futures avec la Syrie : respect mutuel, arrêt des ingérences. Mais la Syrie doit avoir déjà entamé son repli du Liban. Et là on revient à la case départ : que fera Damas aujourd’hui ? Face à la déferlante libanaise nommée "liberté", un choix évident s’impose : celui du retrait, de la souveraineté retrouvée.

 


 

Liban : Chronologie depuis les années 1970

 
par CATHERINE GOUESET, publié dans l'Express le 25 février 2005
 
1970-71: chassés de Jordanie, les combattants palestiniens de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) installent leurs bases au Sud-Liban.
1972-73: des opérations militaires et des représailles entre Israéliens et Palestiniens sur le territoire libanais enveniment les relations entre les Palestiniens et l'Etat libanais.
 

La guerre civile : 1975-1989

 
13 avril 1975: 27 passagers d'un autobus, pour la plupart palestiniens, sont tués dans un secteur phalangiste. Des accrochages et des représailles s'ensuivent entre Palestiniens et Phalangistes (miliciens chrétiens). Cet évènement marque le début de la guerre du Liban qui durera 15 ans.
Avril 75-janvier 76: les combats opposent les milices chrétiennes conservatrices aux palestino-progressistes (Palestiniens et gauche libanaise). La Syrie soutient ces derniers, tout en proclamant sa neutralité.
Juin 1976: renversement d'alliance de la Syrie qui envoie des troupes au Liban à la demande du camp chrétien. Déroute des palestino-progressistes.
Novembre 76: fin officielle de la guerre. Le bilan est de 30.000 tués et 600.000 réfugiés. Mise en place de la Force arabe de dissuasion (FAD), à majorité syrienne. L'armée libanaise a éclaté en factions rivales. Le territoire est sous l'autorité d'une multitude de milices et de clans.
Mars 1977: assassinat de Kamal Joumblatt, chef du parti socialiste progressiste (PSP, druze). Les représailles font plusieurs dizaines de victimes chrétiennes.
Mars 1978: à la suite d'un attentat palestinien à Tel Aviv, les troupes israéliennes envahissent le Sud-Liban ("opération Litani") pour créer une "zone de sécurité". L'ONU envoie une force d'interposition, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). L'armée israélienne se retire en juin, laissant à sa place les milices chrétiennes du commandant Haddad.
Juillet 1978: affrontements entre troupes syriennes et milices chrétiennes.
Avril 1979: le commandant Haddad proclame l'indépendance des zones chrétiennes du Sud-Liban et donne à sa milice le nom d'Armée du Liban Sud (ALS).
Juin 1981: affrontements entre Israéliens et Palestiniens au Sud-Liban. Les forces israéliennes bombardent Beyrouth.
Juin 1982: les Israéliens envahissent à nouveau le Liban et assiègent Beyrouth (opération "Paix en galilée").
Août-septembre 1982: 15.000 fedayins (combattants palestiniens) évacuent Beyrouth, sous la protection d'un contingent militaire français.
14 septembre 1982: élu moins d'un mois auparavant, le président Béchir Gemayel est assassiné à Beyrouth. Son frère Amine lui succèdera le 21. Les Israéliens entrent à Beyrouth-Ouest.
17-18 septembre 1982: le massacre de civils par les milices chrétiennes dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila, avec la complicité passive de "Tsahal", l'armée israélienne, fait 800 morts, selon une commission d'enquête israélienne.
Avril 1983: un attentat-suicide chiite fait 63 morts à l'ambassade des Etat-Unis à Beyrouth.
Mai 1983: signature d'un accord de paix entre Israël et le Liban.
Septembre 1983: suite au retrait israélien, la "guerre de la Montagne" oppose chrétiens et Druzes. Ceux-ci prennent le contrôle de la région du Chouf (1.200 à 1.500 morts).
Octobre 1983: double attentat-suicide du Djihad islamique à Beyrouth contre les contingents français (58 morts) et américain (241 morts) de la force multinationale.
Novembre 1983: un attentat-suicide contre le quartier général israélien à Tyr fait 62 victimes.
Novembre-décembre 1983: affrontements entre l'OLP et les Syriens, appuyés par des dissidents palestiniens à Tripoli. Yasser Arafat et 4.000 de ses partisans sont évacués sous protection française.
Février 1984: les milices chiites Amal prennent le contrôle de Beyrouth-Ouest. Les Druzes de Walid Joumblatt s'emparent des positions des Forces Libanaises dans la montagne au sud de Beyrouth. Les contingents militaires américains, britanniques et italiens de la Force multinationale quittent le Liban.
Mars 1984: premier d'une longue série d'enlèvements d'otages occidentaux. La France annonce le retrait de son contingent de la FINUL. Le Conseil des ministres libanais décide l'abrogation du traité de paix de mai 1983.
Mai 1984: formation d'un gouvernement d'union nationale dirigé par Rachid Karamé.
Janvier 1985: annonce du retrait des forces israéliennes du Liban.
Mars 1985: un attentat à la voiture piégée dans un quartier chiite de Beyrouth fait 75 morts.
Avril 1985: suite au retrait israélien, combats à l'est de Saïda et exode de milliers de chrétiens.
Mai-juin 1985: première "guerre des camps". Affrontements entre la milice chiite Amal, soutenue par une partie de l'armée libanaise, et les Palestiniens de Sabra et Chatila font 700 morts dans les camps de réfugiés.
Juin 1985: fin du retrait de l'armée israélienne du Liban, à l'exception d'une "zone-tampon" au sud, laissée sous le contrôle de l'Armée du Liban Sud d'Antoine Lahad.
Octobre 1985: accord pour un arrêt des combats entre les trois principales milices libanaises: Amal (chiite), le PSP (druze) et les Forces libanaises (chrétiennes). Le président Gemayel fait échouer cet accord.
Janvier 1986: affrontements entre milices chrétiennes à Beyrouth.
Mai-juillet 1986: deuxième "guerre des camps" entre Amal et Palestiniens.
Octobre 1986-avril 1987: nouvelle "guerre des camps" entre Amal et Palestiniens.
Février 1987: violents affrontements entre milices druzes et chiites à Beyrouth-Ouest. Déploiement de 8.000 soldats syriens.
Juin 1987: le Premier ministre Rachid Karamé est tué dans un attentat. Il est remplacé par Salim Hoss.
Mai 1988: les combats dans la banlieue sud de Beyrouth entre milices Amal et Hezbollah font 600 morts en 2 semaines. Interposition de l'armée syrienne.
Août 1988: l'élection présidentielle est reprortée, le quorum n'étant pas atteint. Le président Gemayel n'est pas remplacé après la fin de son mandat en septembre. Il désigne le commandant des forces armées, le général Aoun, pour former un gouvernement provisoire. Les musulmans ne le reconnaissent pas.
Mars 1989: Michel Aoun lance une "guerre de libération" contre les 33.000 soldats syriens présents au Liban.
Octobre 1989: signature des Accords de Taef qui établissent un nouvel équilibre entre les communautés, prévoient la dissolution des milices et la formation d'un gouvernement d'union nationale. La Syrie maintient plus de 40.000 soldats au Liban.
Novembre 1989: René Moawad est élu président par les signataires des accords de Taef le 5, et assassiné le 22. Elias Hraoui, élu 2 jours plus tard, lui succède.
Janvier-mars 1990: la guerre pour le contrôle du "Pays chrétien" entre partisans du général Aoun et Forces Libanaises de Samir Geagea fait plusieurs milliers de morts. La guerre civile libanaise a fait plus de 140.000 morts en 15 ans.

 

L'après-guerre

 

1992: Rafic Hariri est nommé Premier ministre. Elections législatives partiellement boycottées par les chrétiens (taux de participation de 20%).
Avril 1996: à la suite de tirs de roquette du Hezbollah contre le nord d'Israël, le Premier ministre israélien, Shimon Pérès, lance en représailles l'opération "Raisins de la colère". 102 civils réfugiés dans un camp de l'ONU au Sud-Liban sont tués par des bombes israéliennes. Création d'un Comité de surveillance tripartite (libanais, syrien et israélien), sous la présidence alternée des Etats-Unis et de la France: Israël et le Hezbollah s'engagent à s'abstenir de viser des cibles civiles de part et d'autre de la frontière israélo-libanaise et de tirer à partir de zones habitées.
Octobre 1998: le parlement élit le commandant en chef de l'armée, Emile Lahoud, au poste de président de la République. Un mois plus tard, celui-ci évince Rafic Hariri du poste de Premier ministre et nomme Salim Hoss à sa place.
Mai 1999: trois jours après son élection au poste de Premier ministre israélien, Ehud Barak annonce son intention de retirer l'armée israélienne du Sud-Liban avant un an.
Juin 1999: décidés par Benyamin Netanyahou, encore en fonction jusqu'au 6 juillet, des raids israéliens en représailles à des opérations du Hezbollah font 8 morts et 60 blessés.


2000

Février: Intensification des affrontements entre le Hezbollah et l'armée israélienne.
5 mars: le gouvernement israélien approuve la proposition du Premier ministre, Ehud Barak, de retrait unilatéral des troupes israéliennes du Sud-Liban, avant juillet 2000.
Mai: les désertions qui se multiplient dans les rangs de l'ALS entraînent le retrait précipité de l'armée israélienne du Sud-Liban. Le Hezbollah s'efforce de prendre le contrôle de la zone de sécurité.
27 août-3 septembre: le résultat des élections législatives constitue un camouflet pour le Premier ministre Salim Hoss. Ce scrutin marque le retour de son prédécesseur, le milliardaire Rafic Hariri.
7 octobre: le 7, le Hezbollah capture trois soldats israéliens dans le secteur disputé de Chebaa, aux confins du Liban, de la Syrie et d'Israël, puis un officier israélien une semaine plus tard.


2001

Juin: retrait partiel des troupes syriennes de Beyrouth et de ses environs. En vertu de l'accord de Taëf (1989) qui a mis fin à la guerre civile, l'armée syrienne aurait du se retirer de Beyrouth et de ses banlieues vers la plaine de la Békaa en 1992. 23 victimes rescapées du massacre de Sabra et Chatila en 1982 déposent une plainte collective à Bruxelles contre Ariel Sharon pour crimes de guerre.
Août: vague d'arrestation de militants chrétiens anti-syriens, accusés de complot contre la sécurité du Liban.
Septembre: les mouvements chiites pro-syriens Amal et Hezbollah remportent la majorité des 115 municipalités lors des élections au Liban sud.
Novembre: les Etats-Unis rendent publique une liste de groupes terroristes incluant le Hezbollah et demande à Beyrouth de geler les avoirs du mouvement islamiste. Le gouvernement libanais, qui considère le Hezbollah comme une organisation de résistance et non un groupe terroriste, rejette la demande américaine.


24 janvier 2002: l'ex-chef de guerre chrétien Elie Hobeika est tué dans un attentat à la voiture piégée près de Beyrouth. Il était considéré comme l'un des responsables des massacres de Sabra et Chatila.


2004

11 mai: les Etats-Unis imposent des sanctions économiques contre Damas et réclament le retrait du corps expéditionnaire syrien.
28 août: le gouvernement libanais annonce un projet d'amendement de la Constitution pour prolonger le mandat du président Lahoud. Deux jours plus tôt, le président syrien Bachar al-Assad avait convoqué le Premier ministre Rafic Hariri, pour lui signifier la volonté de Damas.
2 septembre: à l'initiative de Paris et de Washington, le Conseil de sécurité de l'Onu adopte la résolution 1559 appelant au respect de la souveraineté du Liban et au retrait de toutes les troupes étrangères de son sol, visant ainsi implicitement la Syrie.
6 septembre: opposés à l'amendement de la constitution, quatre ministres démissionnent du gouvernement.
21 septembre: le député et chef druze Walid Joumblatt lance une pétition remettant en cause la prolongation du mandat du président Lahoud.
20-29 septembre: redéploiement de quelque 3.000 soldats syriens qui retournent en Syrie.
1er octobre: le député druze et ministre démissionnaire Marouan Hamadé, principal adjoint de Walid Joumblatt, est grièvement blessé dans un attentat à la voiture piégée à Beyrouth. Son chauffeur est tué.
20 octobre: démission de Rafic Hariri. Le député pro-syrien Omar Karamé forme le 26 un nouveau gouvernement.
13 décembre: pour la première fois depuis 1975, toutes les tendances de l'opposition lancent un programme commun dénonçant la tutelle syrienne et appelant à la démission du gouvernement.

 

2005
Février
2: l'opposition libanaise durcit le ton envers la Syrie en exigeant le retrait total de ses troupes, et en s'alignant totalement sur la résolution 1559.
14: un attentat à l'explosif à Beyrouth contre Rafic Hariri fait 18 morts. L'opposition exige une enquête internationale sur cet assassinat. Le lendemain, le Conseil de sécurité de l'Onu demande à Kofi Annan un rapport sur les circonstances de la mort de l'ancien Premier ministre et réclame le retrait des troupes syriennes du Liban.
16: début de manifestations quotidiennes de l'opposition contre la présence syrienne.
23: plus de deux cents personnalités syriennes appellent, dans une lettre ouverte, le président Bachar al-Assad à retirer l'armée syrienne du Liban.
24: les gouvernements libanais et syrien annoncent un redéploiement des troupes syriennes vers la plaine de la Békaa (est).
Arrivée à Beyrouth de l'équipe de l'ONU, dirigée par l'Irlandais Peter Fitzgerald, chargée d'enquêter sur l'assassinat de Rafic Hariri.

 


 

Vent de liberté

 

par PATRICK SABATIER, publié dans Libération le 1er mars 2005

 

La tentation est grande de voir l'Intifada pacifique des Libanais, qui vient de chasser le gouvernement inféodé à la Syrie, comme l'effet domino d'une "contagion démocratique" en train de métamorphoser le Moyen-Orient. Elections en Irak et Palestine, début de réforme en Egypte, trêve entre Israéliens et Palestiniens peuvent apparaître comme le prolongement des révolutions non violentes qui ont abattu les dictatures de l'ex-Empire soviétique, en Géorgie et en Ukraine. Ce "vent de la liberté" est-il vraiment l'onde de choc de l'intervention américaine en Irak, comme l'affirme George W. Bush ? La détermination des Etats-Unis, appuyée par la menace des armes, à déstabiliser les dictatures qui leur sont hostiles encourage leurs opposants. Elle rend les despotes plus hésitants à la répression sanglante. D'autant que le soutien aux mouvements démocratiques n'est pas un thème sur lequel les Européens s'opposeront aux Américains. Au Liban, Bush et Chirac agissent la main dans la main pour obtenir le départ des Syriens.

Mais il faut se garder d'une vision trop simpliste nourrie de convictions idéologiques, tout autant que du cynisme qui suppose une incompatibilité entre démocratie et tiers-monde. Il faut appuyer tous ceux qui se dressent contre des tyrannies. Mais ce soutien ne saurait suffire à assurer la floraison des démocraties. Le terreau local reste essentiel. Ne pas oublier que le Liban n'est pas l'Ukraine, en dépit des similitudes. L'indépendance du Liban, la fin de l'occupation (et du pillage) syriens, le désarmement du Hezbollah, un scrutin libre, sont impératifs, et possibles. Mais ils ne pourront être obtenus qu'à travers les compromis inévitables entre les éléments de cette fragile mosaïque qu'est le Liban, et avec son grand voisin, qui sera toujours la Syrie. Encore faut-il que celle-ci accepte que les temps ont changé, et qu'il n'est plus de son intérêt d'entretenir l'instabilité régionale.

 

 

 

 

 
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