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COMMUNIQUÉ
RJLIBAN N°53 du 30
décembre 2004
Série
de voeux de paix
pour Noël
Pourquoi
le 26 décembre
?
par
NAJI FARAH,
directeur de la
rédaction
Au
lendemain de la
date communément
choisie pour célébrer
la naissance de
Jésus-Christ,
le monde a
basculé une
nouvelle fois dans
l'horreur, avec
le tremblement
de terre qui
vient de
ravager, en ce
26 décembre 2004,
les côtes
d'Asie du Sud,
faisant
probablement
plus de 150.000
morts. Etrange
coïncidence au
lendemain de Noël,
que chacun
interprètera,
à défaut d'une
étude
scientifique, selon
son identité et
sa culture. Nous
ne ferons que rappeler
quelques événements
récents, la série
de catastrophes
naturelles à
cette date
historique pouvant être bien
plus longue. Sans
oublier le crash
de l'avion assurant
la liaison Cotonou-Beyrouth
qui, le 25 décembre
2003, a fait 139
morts, citons
la tempête
ravageant, les
26 et 27 décembre
1999, la
France, où des
vents
exceptionnels
ont provoqué près
de 100 morts et
détruit un
million
d'hectares de
forêt - pour plus
de précisions,
le premier ouragan
a touché le
Finistère le 26
à 2 heures du
matin,
pratiquement à
la même heure
que celle du déclenchement
du raz-de-marée asiatique.
Suit une série terrifiante
de tremblements
de terre, commençant
le 26 décembre
2003 à Bam, en
Iran (41.000
morts). En
Chine, une secousse
tellurique a endeuillé,
le 26 décembre
1932, la région
de Kanzou (70.000
morts),
s'ajoutant à
celle du 16 décembre
1920 à Tansou (100.000
morts). La région
d'Erzincan, en
Turquie, a été
dévastée le 26
décembre 1939
(45.000 morts), ainsi
que le
nord-ouest de
l'Arménie, le 7
décembre 1988
(30.000 morts).
84.000 personnes
ont péri dans
la région de
Messine (Sicile) en
Italie, le 28 décembre
1908. Et enfin,
Managua, au
Nicaragua, a été
ravagée le 23 décembre
1972 (10.000
morts).
Remontons
dans le temps
avec, toujours
à cette même période,
des séismes
tout aussi
forts, comme
celui du 22 décembre
856, touchant
l'Iran (200.000
morts à Damghan)
et la Grèce
(45.000 morts à
Corinthe). Les
victimes ont été
au nombre de :
2.000 en Espagne
(Grenade et
Malaga) le 25 décembre
1884, 3.000 au
Japon (Tokaido)
le 24 décembre
1854, plusieurs
milliers au
Mexique (Oaxaca
et Jalisco) les
21 décembre
1701 et 22 décembre
1568, et
10.000 en Italie
(Gênes) le 25 décembre
1222.
De
nos jours, le séisme
ayant fait le
plus de victimes
est celui qui
s'est produit
à Tangshan, en
Chine, le 28
juillet 1976
(700.000 morts).
En Europe, le célèbre
séisme de
Lisbonne a en
partie détruit
la capitale du Portugal, le
1er novembre
1755 (60.000
morts). A Alep
en Syrie,
230.000
personnes ont
trouvé la mort
le 9 août 1138.
Quant au séisme
le plus
meurtrier jamais
enregistré dans
l'Histoire, il a
eu lieu en
juillet 1201,
dans le bassin méditerranéen
et au
Proche-Orient.
Presque toutes
les cités de
ces régions ont
été alors touchées,
et le nombre des
victimes a
été estimé à
plus de 1
million. Au
Liban, Beyrouth
a été détruite
en l'an 551,
ainsi que
Baalbek, le 10
octobre 1759
(20.000 morts). Les
célèbres
temples romains
ont été
endommagés et la
plupart des
maisons de la
localité
voisine de
Ras-Baalbek rasées,
ainsi que le
monastère
Notre-Dame,
construit au 4ème
siècle, à
l'exception de
la voûte de l'église
sous laquelle s'étaient
réfugiés les
prêtres et les
frères qui ont
été sauvés.
L'homme
a toujours connu
les tremblements
de terre, les
famines, et
diverses autres
calamités.
Mais, selon
beaucoup
d'observateurs,
l'activité
sismique aurait
considérablement
augmenté durant
ces dernières décennies.
Lorsque saint
Marc demanda au
Christ quels
seraient les
signes annonçant
son retour,
celui-ci répondit
(Marc, XIII, 8)
: "[...] il
y aura des
tremblements de
terre en divers
lieux, et des
famines [...
]." Pour
certaines
Eglises,
2005-2020 est
"la période
de la possible
venue du Messie
et de la
subjugation de
la planète".
Ce communiqué est
consacré à
cette tragédie
ainsi qu'aux
festivités de
Noël. Nous
vous souhaitons
une bonne
lecture et un
bon réveillon
du Nouvel An, en
espérant que
l'année 2005
soit heureuse et
prospère pour
tous. Signalons
pour terminer
que les Petits
Chanteurs de
Saint Marc, du film
français à
grand succès
"Les
Choristes",
se produisent
actuellement au
Liban (du 29 au
31 décembre, Festival
Al Bustan).
Série
de voeux de paix
pour Noël
Le
pape a appelé
à la paix au
Proche-Orient et
en Irak, alors
que George Bush
a remercié ses
soldats pour
leurs sacrifices
paru
dans Libération
le 27 décembre
2004
En
guise de cadeau
de Noël, George
W. Bush a offert
à sa femme des
assiettes à
dessert pour
compléter son
service de
porcelaine et a
reçu en retour
un imperméable.
C'est la Maison
Blanche qui
l'affirme, annonçant
en outre que le
chef de l'Etat a
aussi remercié
les 150.000
soldats américains
stationnés en
Irak, exprimant
sa gratitude
pour leurs "sacrifices"
: "En
apportant la
liberté aux
opprimés, nos
soldats nous
aident à
remporter la
guerre contre le
terrorisme et
ils défendent
la liberté et
la sécurité de
nous tous."
Pour la première
fois en
cinquante-deux
ans de règne,
la reine
Elisabeth II a
adressé,
samedi, un
message de Noël
aux troupes
britanniques
basées au
Royaume-Uni et
à l'étranger,
exprimant sa "fierté"
et sa "gratitude".
Mais il n'y a
pas de trêve
sur le
terrain, et
durant la
seule journée
de Noël, onze
personnes ont
été tuées.
En outre,
selon une vidéo
diffusée par
la chaîne de
télévision
turque NTV,
l'un des
hommes les
plus riches de
Turquie,
Kahraman
Sadikoglu,
ainsi qu'un de
ses employés
ont été
enlevés près
de Bassora par
des ravisseurs
qui exigent 25
millions de
dollars. Les
chrétiens
d'Irak ont fêté
Noël profil
bas et la
ministre
irakienne aux
Réfugiés et
Immigrés,
Pascale Ouarda,
a relevé qu'
"il y
avait beaucoup
de places
vides au coeur
de l'église"
: "C'est
un signe que
les gens ont
eu peur de
sortir, mais
cela s'est
bien passé."
Comme
tous les ans, le
pape Jean Paul
II a lancé un
appel à éteindre
les foyers de
tension sur la
planète,
notamment au
Proche-Orient et
en Irak. "Partout,
nous avons
besoin de
paix",
a lancé,
essoufflé, le
souverain
pontife dans son
message de Noël,
le vingt-septième
de son
pontificat, lu
samedi sur le
parvis de la
basilique
Saint-Pierre à
Rome devant
plusieurs
milliers de fidèles
massés sous une
pluie battante.
Défi
Dans de
nombreux pays,
au-delà du
commerce, la
foi est demeurée
présente,
mais, parfois,
la pratiquer
est resté un
défi. Comme
en Indonésie,
où les chrétiens
se sont rendus
nombreux dans
les églises
malgré
l'attaque d'un
religieux,
vendredi, et
la crainte de
violences
islamistes
dans le plus
grand pays
musulman du
monde. Au
Pakistan, pays
musulman où
des attentats
ont parfois
visé des chrétiens,
le président
Pervez
Musharraf
avait pris les
devants,
invitant dans
un message de
Noël les
adeptes de
toutes les
religions à
faire la paix.
En Chine, des
foules
importantes se
sont rendues
dans les églises
officielles
pour célébrer
une fête dont
la popularité
grandit en dépit
des efforts du
gouvernement
pour
promouvoir
l'athéisme et
contrôler la
religion.
Comme la
guerre
par CHARLES
LAMBROSCHINI,
publié dans le
Figaro le 27 décembre
2004
George W. Bush
et Oussama Ben
Laden prétendent
se disputer le
titre du maître
du monde. Mais,
devant la colère
de la nature,
ces grands chefs
semblent de bien
petits hommes. A
presque 9 sur l'échelle
de Richter, le séisme
qui s'est
produit au large
de Sumatra était
neuf cents fois
plus puissant
que la bombe de
Hiroshima. Mais
cent fois moins
que le précédent
record du monde
: celui du
tremblement de
terre qui frappa
le Chili en
1960. En
quelques
instants, une
vague énorme
courant sur un
front de trois
mille kilomètres
a donc semé la
mort et la désolation
depuis l'Indonésie
jusqu'au Sri
Lanka, et de
Phuket, en Thaïlande,
jusqu'à Madras
sur la côte
indienne. Les
dix mille
victimes d'un
bilan qui était
encore
provisoire,
hier, représentent
trois fois le
total des Américains
tués lors des
attaques
terroristes du
11 septembre et
sept fois celui
des GI tombés
en Irak.
Triste
consolation, cette
catastrophe démontre
que notre planète
est bien vivante.
Contrairement à
la Lune ou à
Mars, astres
morts, nos
continents ne représentent
qu'une mince croûte
terrestre en déplacement
permanent sur un
coeur brûlant.
Parce qu'ils sont
imprévisibles,
ces mouvements
sismiques se
soldent souvent
par des hécatombes
: 250.000 Chinois
périrent en 1976
dans la province
de Tangshan, un
million quatre siècles
plus tôt dans le
Shanxi. On ne peut
se protéger que
contre les raz de
marée que déclenchent
les séismes quand
ceux-ci se
produisent sous la
mer. Il y a
quarante ans,
celui du Chili
donna naissance à
un tsunami qui,
quatre heures après,
noya les rivages
du Japon. De
chaque côté du
Pacifique, les Américains
et les Japonais,
qui ont l'habitude
de ces immenses
rouleaux, savent
qu'à la première
alerte il faut se
réfugier dans les
collines. Quant
aux habitants du
Bangladesh, trop
longtemps martyrisés
par les débordements
du Gange, ils
peuvent désormais
se précipiter
dans les abris
antityphons qui
ont été financés
par l'aide
internationale.
Malheureusement,
les pays frappés
cette fois-ci
ignoraient ce phénomène
marin. Face à
l'immense vague,
les autorités
locales ont été
totalement
surprises. Les
touristes aussi
puisque, fuyant
l'hiver européen,
ils n'imaginaient
pas que les
superbes plages de
la baie du Bengale
pourraient se
transformer en pièges
fatals. Cette
violence des éléments
réduit à peu de
chose les ravages
infligés par une
flotte de
bombardiers ou une
armée en
campagne.
Pourtant, l'homme
reste toujours
plus destructeur.
Si l'effet de
serre bouscule l'équilibre
fragile de l'air
que nous
respirons, une
secousse aussi
terrible que celle
de Sumatra assure
paradoxalement
l'harmonie des échanges
gazeux entre la
surface du globe
et son noyau.
Seule certitude :
qu'elle soit le
fait d'une
catastrophe
naturelle ou d'une
guerre fratricide,
la mort des
innocents est
toujours
insupportable.
Le séisme
indonésien est
le résultat
d'un processus
de 85 millions
d'années
Le passage de la
plaque
indo-australienne
océanique sous
la plaque
continentale
provoque des
chocs
gigantesques
par
CHRISTIANE GALUS, publié
dans le Monde du
30 décembre
2004
Le séisme de
magnitude 9 qui
s'est produit,
dimanche 26 décembre,
sur la côte
ouest du nord de
Sumatra est le
fruit d'une
histoire
tectonique qui a
commencé il y a
85 millions
d'années. A
cette époque -
après la
formation de
l'océan Indien
- la plaque
indo-australienne
qui porte l'Inde
s'est séparée
de l'Afrique.
Elle a alors "traversé"
l'océan en
direction du
nord à la
vitesse de 10
cm/an. Puis, il
y a 50 millions
d'années,
l'Inde est entrée
en collision
avec l'Eurasie
et continue
d'exercer ce
mouvement au
rythme de 5 à 6
cm/an. Cet événement
a créé la chaîne
himalayenne, les
plus hautes
montagnes du
monde, et aussi
fait glisser le
bloc Indochine -
qui porte
l'archipel indonésien
- vers le
sud-est. Résultat
de cet
affrontement
titanesque,
l'Indonésie -
17.000 îles réparties
sur 5.000 km de
long - est
extraordinairement
volcanique et très
souvent
sismique. En août
1883, la région
a subi une des
plus importantes
explosions
volcaniques de
l'histoire : le
volcan Krakatau
a provoqué un
puissant raz de
marée et la
mort de 36.000
personnes.
Actuellement,
un mouvement de
subduction
s'exerce le long
de l'île de
Sumatra et fait
passer la plaque
indo-australienne
océanique sous
la plaque
continentale de
la Sonde à la
vitesse de 4 à
5 cm/an. Soit 5
mètres en cent
ans. "Il
y a là une énergie
phénoménale
qui s'accumule
lentement. Quand
ces 5 mètres se
relâchent en
quelques
minutes, cela
provoque un séisme
gigantesque"
explique Mohamed
Chlieh, spécialiste
de la tectonique
indonésienne,
qui collabore au
California
Institute of
Technology (Caltech,
Etats-Unis) et
à l'Institut de
physique du
globe de Paris (IPGP).
L'énergie
accumulée est
telle qu'elle ne
peut se dissiper
en une seule
fois. Aussi,
provoque-t-elle
de nombreuses répliques.
Plusieurs
dizaines ont déjà
eu lieu et
d'autres seront
créées pendant
encore plusieurs
décennies,
comme c'est le
cas pour tous
les très gros séismes.
Le mouvement de
subduction a
aussi eu pour
effet de "faire
bouger
horizontalement
certaines
parties de
Sumatra de 15 à
20 mètres vers
le
sud-ouest",
précise Paul
Tapponnier,
directeur du
laboratoire de
tectonique de l'IPGP.
"L'île
de Simeuleï,
proche du lieu
du séisme, a
sans doute été
soulevée de
quelques mètres."
Des phénomènes
similaires ont déjà
été observés
lors du séisme
d'Alaska en 1964
: à cette
occasion, des îles
ont été haussées
de 12 mètres
au-dessus du
niveau de la
mer. "L'accumulation
des séismes
construit tous
les reliefs de
la Terre. Ce
sont les grands
architectes de
nos
paysages",
ajoute Paul
Tapponnier.
Non content
de créer une
catastrophe
naturelle et
humaine, ce séisme
de magnitude 9 -
ce qui
correspond à
l'explosion de
30.000 bombes
atomiques
similaires à
celle
d'Hiroshima - a
aussi, selon Ken
Hudnut, un
expert de l'US
Geological
Survey,
"fait
vibrer la Terre
sur son
axe".
Ce que confirme
Paul Tapponnier.
Car des séismes
de cette
importance, précise-t-il,
"mettent
toute la Terre
en résonance,
comme une cloche.
L'impulsion mécanique
est telle
qu'elle induit
une petite
pichenette sur
l'axe de
rotation de la
Terre,
observable par
les calculs
astronomiques".
En raison de
son volcanisme
et de sa
sismicité
exacerbés,
l'archipel indonésien
et sa région
environnante
sont étudiés
depuis longtemps
par des
chercheurs de
différentes
nationalités.
Entre 1991 et
2001, l'Union
européenne a
financé le
programme
Geodyssea (géodynamique
du Sud et du
Sud-Est
asiatique), qui
a permis de réaliser
par satellite
GPS une étude
du déplacement
des pays de
cette zone,
destinée à évaluer
le mouvement des
plaques. Ces
travaux ont
permis d'établir
que les "contraintes
se concentrent
sur la faille de
Sumatra, celle
de Sulawesi et
la grande faille
des
Philippines",
explique Michel
Villeneuve,
directeur de
recherches au
CNRS
(laboratoire de
géologie de
l'université de
Provence, à
Marseille).
Des études
de paléosismicité
ont aussi été
menées à
partir de sédiments
anciens,
indiquant que
ces grandes
failles rejouent
en moyenne tous
les 50 à 100
ans. Parallèlement
à ces
recherches, un réseau
sismique télémétré
a été installé
aux Philippines."Ces
stations
permanentes sont
reliées par
satellite à
Djakarta et à
Manille"
ajoute le
scientifique.
Mais, hélas,
ces
observatoires
concernent
essentiellement
les séismes
localisés sur
la terre ferme,
et non en mer.
"On ne
pensait pas, en
effet, que le
plancher océanique
à Sumatra
aurait autant de
mal à passer
sous le bloc de
la Sonde." Par
ailleurs, des
chercheurs de l'IPGP,
du Caltech et
des
scientifiques
indonésiens
installent
actuellement 25
stations GPS
permanentes sur
les îles indonésiennes.
Onze ont déjà
été placées
en 2003 et 2004,
et quatre ou
cinq autres
doivent l'être
en 2005, lors
d'une mission
qui doit débuter
à la
mi-janvier. Les
scientifiques
ont aussi étudié
les coraux de la
région aux
rayons X, et les
ont datés au
strontium/uranium.
Ce qui leur a
permis d'établir
que les gros séismes
de la région
ont lieu tous
les 200 ans en
moyenne. Et de
préciser qu'un
séisme de
magnitude 8,9 a
eu lieu au
centre de
Sumatra en 1833,
et un autre de
magnitude 8,5
sur l'île de
Nias en 1861.
Les deux événements
ont provoqué un
important
tsunami. "Il
y a
malheureusement,
indique
Mohamed Chlieh, un
très gros
risque de voir
se produire à
l'avenir un séisme
de magnitude 8,7
en plein milieu
de Sumatra, à
l'endroit où a
eu lieu celui de
1833."
Vulnérabilités
sans frontières
Environnement
- Quelles stratégies
pour la
communauté
internationale
face aux ravages
du tsunami dans
le sud de l'Asie
?
par PATRICK
LAGADEC, publié
dans le Figaro
le 29 décembre
2004
L'auteur
est professeur
à l'Ecole
polytechnique et
directeur de
recherche de l'European
Management
Academy
La nature ne
respecte pas la
trêve. La
priorité est à
l'action en
urgence absolue.
Mais il est impératif
de prendre toute
la mesure de ce
type d'événement,
et de le faire
avant que les
bruits de
l'actualité ne
viennent enfouir
ce qu'il recèle
d'avertissements
et d'exigences
nouvelles. Les
tsunamis du 26 décembre
2004 sont une
invitation
pressante, une
de plus, à
faire preuve
d'une créativité
sans précédent
en matière de
gouvernance
collective. La
mondialisation
impose des
devoirs
historiques dans
le domaine de la
sécurité
globale. Il est
trop tôt pour
les détails,
mais les grandes
lignes sont déjà
claires. Le
monde vient de découvrir
les risques
naturels d'échelle
continentale à
effet global. De
nombreux pays
sont sévèrement
touchés, et
pour longtemps :
dans leurs
populations,
dans leur économie.
Par le
truchement des
flux, réseaux
et
infrastructures
touristiques,
les répercussions
sont d'emblée
intercontinentales.
Cet événement,
comme d'autres
qui l'ont précédé,
sur d'autres
tableaux, exige
de réinventer
nos conceptions
et pratiques de
la sécurité.
Fondamentalement,
nous sommes
aujourd'hui à
une période de
ruptures en matière
de risques et de
vulnérabilités
collectives sur
tous les fronts,
qu'il s'agisse
de phénomènes
naturels, de
santé publique,
de technologie,
de dynamique
sociale, de géostratégie
et de violence.
Les boules de
feu du 11
Septembre, les
attaques du 11
mars à Madrid
sont, certes,
les plus prégnantes
dans nos esprits
et nos réflexions,
mais elles ne
doivent pas
masquer le
tableau dans son
ensemble. Ces
dernières années,
nous avons dû
affronter aussi
bien : les tempêtes
des 26-27 décembre
1999 ; la
catastrophe
urbaine majeure
à Toulouse (21
septembre 2001)
; le phénomène
du sras (2003),
combinaison
puissante du
virus inconnu et
du jet ; le
black-out électrique,
qui affecta le
quart nord-est
de l'Amérique
du Nord, le 14
août 2003 ; le
black-out qui,
peu après,
plongea toute
l'Italie dans le
noir ; la
canicule de l'été
2003 en Europe,
avec ses 15.000
morts en France
; les alertes
informatiques
majeures, en
croissance (aéroport
de Londres, juin
2003 ; opérateurs
de télécommunications).
La
catastrophe, ce
n'est plus l'événement
local, habituel,
à effet
circonscrit,
appelant des
tactiques
d'intervention
bien connues.
Les grands défis
à relever
sortent de cette
épure
conventionnelle
et combinent :
des amplitudes
extrêmes, qui
posent des problèmes
de disproportion
aux services de
secours,
d'assistance et
d'assurance ;
des complexités
et des vitesses
de propagation
inédites, en
raison de la
place déterminante
aujourd'hui des
grands réseaux,
qui conduisent
à des phénomènes
de résonance
jusqu'alors
inconnus ; des
questions qui,
souvent, relèvent
de
"l'inconcevable",
et laissent nos
logiques
d'action décalées,
l'incertitude
laissant souvent
la place à
l'ignorance ;
des écheveaux
d'acteurs
particulièrement
vastes et
embrouillés.
Plus encore :
tout événement
désormais prend
place dans des
univers eux-mêmes
instables, qui
obligent à des
logiques
d'action
particulièrement
délicates. Le
tout, bien sûr,
inscrit dans le
registre du médiatique
marqué par
l'instantanéité.
On ne saurait
se décharger de
tous ces défis
sur les seuls
services spécialisés
de secours et
d'entraide ; ou
songer à les
dissoudre dans
de la
"communication".
Il y a là de véritables
défis de
gouvernance, et
il est de notre
responsabilité
de les relever.
Nous n'aimons
pas mettre ces
questions à
l'ordre du jour.
Nous préférons
toujours citer
les mots de
l'Ecclésiaste :
"Rien
de nouveau sous
le soleil",
sous
couvert
"d'optimisme".
L'optimisme est
d'une autre
trempe. Il
suppose lucidité
et courage,
implication et
exemplarité.
Foch l'avait dit
en son temps :
"Le feu
tue, les idées
périmées
aussi." Dans
un registre résolument
créatif, il
faudrait dire
aujourd'hui :
"Si la réalité
est hors de nos
visions et de
nos pratiques,
il est urgent de
forger d'autres
visions et
d'autres
pratiques."
La feuille de
route comporte
quelques
passages obligés
:
– Une
prise en considération
politique, et
non plus
seulement
technique et
logistique, de
ces enjeux. La
question de la sécurité
des populations
de la planète,
de la prévention
des phénomènes
accidentels,
doit faire
l'objet d'une
prise en charge
solennelle et déterminée,
de la part des
chefs d'Etat,
gouvernements,
directions
d'entreprise. Il
s'agit de porter
ces questions de
vulnérabilité
majeures très
haut dans
l'agenda
politique. On
objectera sans
doute que les
catégories et définitions
manquent encore
de précision,
que les séries
statistiques ne
sont pas encore
probantes. Il
faudrait répondre
comme le héros
de Camus dans La
Peste : "Ce
n'est pas une
question de
vocabulaire,
c'est une
question de
temps." Que
les dirigeants
manquent ici de
volonté, et
l'on verra
s'aggraver des
failles majeures
dans l'exercice
de la sécurité
comme
l'impossibilité
de faire
parvenir une
alerte qui
aurait pu,
probablement,
sauver des
milliers de
vies. Des
principes sont
à graver dans
nos chartes :
les questions de
vulnérabilités
sont devenues
majeures pour la
viabilité du
monde ; les événements
à redouter ne
sont plus ceux
qui nous sont
familiers ; une
maîtrise
minimale de
notre histoire
exige une forte
dose de créativité
collective, de
partenariats, en
termes de réflexion,
de préparation,
d'organisation,
de compétences.
Plus déterminant
encore :
d'implication
personnelle, à
haut niveau. Le
maire de New
York, Rudolph
Giuliani,
s'impliquait
lui-même dans
des simulations
exigeantes, et
ce fut là une
des clés
essentielles
dans les réactions
de sa ville le
11 septembre
2001.
– Des
capacités de réflexion
stratégique, en
lien avec les
centres de décision
et les centres
opérationnels. Les
grandes crises,
plus encore
aujourd'hui
qu'hier, se
perdront sur des
déficits de réflexion
et de capacités
stratégiques de
pilotage. C'est
là
l'enseignement
central du
rapport de la
commission américaine
sur le 11
Septembre, qui
relève "quatre
types de défaillances
: une défaillance
d'imagination,
de politique, de
moyens et de
gestion" (p.
339). Ce constat
vaut pour tous
les domaines de
la sécurité.
Le
questionnement,
l'anticipation
sont devenus
critiques si
l'on veut éviter
d'être systématiquement
"en retard
d'une
guerre".
– Des
capacités opérationnelles
réinventées. Il
s'agit d'opérer
un passage d'une
culture de réponse
tactique à une
culture de
questionnement
stratégique,
conduisant à
des capacités
nouvelles en
termes
d'adaptation des
schémas
fondamentaux
(par exemple
lorsqu'il s'agit
non plus
seulement de
soigner des
victimes, mais
d'abord d'aller
à leur
recherche), de
vitesse de
projection. Cela
passe par des échanges
sur les stratégies
de prévention
et
d'intervention,
à partir des
questions qui
nous sont posées
; par des
retours d'expérience
hardis, et
largement
ouverts, il
faudra tirer
tous les
enseignements du
drame du Sud-Est
asiatique, et de
son traitement ;
par des
partenariats
entre acteurs
publics et privés,
entre pays et
entre zones,
entre villes et
bassins de
populations.
Cela passe
encore, comme le
soulignent les
grands rapports
de retours d'expérience
internationaux récents
(pluies verglaçantes
au Québec en
1998, 11
septembre 2001)
par une place
toute nouvelle
et infiniment
plus
respectueuse à
accorder aux
populations qui
sont en première
ligne.
– Des
initiatives
fortes. N'attendons
pas de disposer
d'un modèle
parfait pour
agir. Au
contraire, il
nous faut le
courage et la
modestie
d'engager des
actions précises,
innovantes,
ouvertes, qui
nous permettront
de progresser
collectivement.
Des initiatives
sont à lancer
aussi bien en
matière de
simulation, de
formation, y
compris des
populations.
A l'heure où
le monde est en
proie à des
ondes de peur et
de mort peut-être
précisément
parce que la
globalisation générale
est perçue
comme trop
lourde de
menaces
insaisissables,
il est urgent
d'insuffler de
nouvelles
dynamiques de
vie et de
confiance. Nos
grands pays, nos
organisations
internationales,
au-delà des réactions
d'urgence,
seraient bien
inspirés de
lancer une
initiative
claire, majeure,
rapide, sur ces
questions de sécurité
collective à l'échelle
de la planète.
Inventer
des réponses
durables
par
DIDIER EUGENE,
publié dans
Ouest-France le
30 décembre
2004
L'immense
désastre causé
par le tsunami
surgi de l'océan
Indien fait partie
de ces événements
naturels qui
laissent une trace
dans l'histoire de
la planète.
Symboliquement,
ils rappellent
aussi à l'homme,
même le plus
technologiquement
apte à leur faire
face, que la vie
et la mort se côtoient
en permanence,
attachées l'une
à l'autre, faces
indissociables
d'un même destin.
Difficile, devant
une réalité
aussi terrible, de
penser à autre
chose qu'à
assumer. Assumer
humainement,
financièrement,
techniquement.
Sans accuser.
Difficile, tout de
même, de ne pas
voir combien la
catastrophe étale,
sous nos yeux,
tous les aspects
de la réalité
que la
mondialisation
dessine chaque
jour. Ces
migrations vacancières
des pays du Nord
vers ceux du Sud.
Cet afflux de
population vers le
moindre atoll
entre mer et
soleil, corail et
azur. La
transformation des
littoraux occupés
par des villages
de pêcheurs en
complexes
touristiques. Tout
cela explique,
bien sûr, le
nombre élevé de
victimes du séisme
et du raz-de-marée,
car l'implantation
d'infrastructures
entre plage et
marais s'est
multipliée au fur
et à mesure de la
croissance de la
demande
"mondiale".
Il
est facile
d'opposer à cette
mondialisation du
rêve des
habitants des pays
riches la fragilité
d'un univers qui
se révèle
souvent bâti sur
du sable. Ainsi de
la prévention des
cataclysmes. Les
signaux repérés
par les
sismologues américains
n'ont pu déclencher
d'alerte, faute de
réseau dans la
zone concernée.
La mise en place
des secours donne,
catastrophe après
catastrophe, une
impression
d'improvisation.
On est frappé, à
la fois, par les
formidables
capacités et
volontés de
mobilisation
d'innombrables
acteurs nationaux
et internationaux
et par le caractère
désordonné de
ces initiatives.
Chaque pays répond,
selon ses moyens,
selon les
informations reçues
sur les besoins.
Sans que l'on ait
le sentiment de la
moindre esquisse
de coordination régionale
ni, a fortiori,
mondiale, malgré
le bureau ad
hoc de l'Onu.
Ce qui manque, sur
place, c'est l'eau
potable,
l'essence, les médicaments. A
quels stocks faire
appel ? Le
risque
d'inadaptation des
secours, voire
d'embouteillages
faute
d'infrastructures
de transport,
existe.
À
plus long terme,
le bilan des aides
financières ne répond
souvent que de
manière lointaine
aux promesses
arrachées par l'émotion
du moment :
selon les
Iraniens, 1,7 %
seulement du
milliard de
dollars d'aides
promises lors du séisme
de Bam, il y a un
an (30.000 morts),
aurait été versé.
Les citoyens du
monde que nous
sommes tous
devenus ne peuvent
plus laisser sans
réponses durables
les questions
nouvelles suscitées
par la
mondialisation de
notre vie
quotidienne. Qu'il
s'agisse de la
pollution, de la
santé, de l'aménagement,
du principe de précaution,
nous nous
satisfaisons des
prises de
conscience en
forme de slogans -
qui ne sont
souvent que bonne
conscience - des
pays riches sans
trop aider les
pays pauvres. Les
catastrophes
naturelles
ajoutent leurs
drames à ceux que
vivent des
populations éprouvées
par la misère,
les inégalités,
les maladies, les
violences sociales
ou politiques.
Peut-on espérer
que les gestes de
fraternité vécus
sur place, en ces
moments terribles,
nous rendent plus
exigeants en
faveur de
meilleurs équilibres
mondiaux ?
A Bourj
Hammoud, un échantillon
de la détresse
des 80.000
Sri-Lankais
vivant au Liban
Séisme de
l’Asie du
Sud -
Communications
impossibles,
cellule de
crise, réseaux
de solidarité...
par
PATRICIA KHODER,
publié dans
l'Orient-le Jour
le 30 décembre
2004
Ils
sont environ
80.000 à
travailler au
Liban et, depuis
dimanche dernier,
ils vivent le
cauchemar. Le
tsunami a dévasté
les côtes du Sri
Lanka et, jusqu’à
hier, beaucoup de
ressortissants
sri-lankais
demeuraient sans
nouvelles de leur
famille.
D’autres savent
déjà qu’ils
ont perdu leurs
bien-aimés.
Certains ont plié
bagage pour
rentrer chez eux. Avec
le peu d’arabe
qu’ils ont
appris à force de
vivre au pays et
de côtoyer les
Libanais, ils
parlent avec des
mots simples de
leurs peine et
inquiétude. Et
une fois n’est
pas coutume, les
Libanais
compatissent,
tentent tant bien
que mal de les
soulager ou de les
rassurer. A
l’ambassade du
Sri Lanka à
Baabda, depuis
mardi, une cellule
de crise a été
mise en place. "Ceux
qui sont sans
nouvelles de leur
famille peuvent se
rendre à
l’ambassade,
remplir des
dossiers sur les
personnes qu’ils
recherchent. Nous
enverrons les
documents au
ministère des
Affaires étrangères,
à Colombo, afin
que les recherches
soient effectuées",
a indiqué à L’Orient-Le
Jour un diplomate
sri-lankais. "Jusqu’à
présent, les
contacts sont très
difficiles avec
certaines zones du
Sri Lanka, mais
nous faisons notre
possible pour
recueillir les
informations sur
place",
dit-il.
Le
quartier
sri-lankais de
Bourj Hammoud,
hier après-midi.
La rue d’Arménie,
où ont poussé,
depuis des années,
des échoppes qui
vendent toutes
sortes de produits
de l’Asie de
l’Est, vit au
ralenti. Les
ressortissants
sri-lankais vont
par groupes pour téléphoner
à leur famille,
tenter d’avoir
une quelconque
nouvelle, ou
encore soutenir
des amis qui ont
perdu les leurs. Nigambo
tient un magasin
de textile
sri-lankais.
Depuis plusieurs
années, il vit
avec sa femme au
Liban. "Mon
fils, Joseph, et
mes parents ont
survécu par
miracle au
tsunami,
raconte-t-il. Nous
n’avons plus de
maison, plus rien.
Ils se sont réfugiés
à l’église.
Les moines leur
donnent de quoi
manger, de la
soupe et du
lait",
ajoute-t-il. Nigambo
parle avec un
grand sourire. Les
siens font partie
des rescapés.
D’ailleurs,
depuis lundi, il
les appelle tous
les jours. Bien
qu’il s’inquiète
des épidémies
qui peuvent sévir,
ou d’autres
tsunamis de faible
amplitude qui
peuvent encore
toucher son pays,
il garde
l’espoir. "Le
mois prochain,
dit-il, je vais
envoyer de
l’argent pour
que ma famille
reconstruise la
maison."
Rohan travaille
dans une grande épicerie
du quartier.
Originaire de
Colombo, sa
famille a été épargnée
par le séisme. Il
a décidé d’être
présent auprès
des autres, qui
ont eu beaucoup
moins de chance. Depuis
lundi, Rohan ne
s’est pas reposé.
"Grâce à
nos contacts au
Liban et au Sri
Lanka, nous avons
recueilli et
recoupé plusieurs
informations. Des
villages entiers
ont été détruits,
dit-il. Beaucoup
n’arrivent pas
à contacter leur
famille, un grand
nombre de lignes téléphoniques
est toujours coupé.
De plus, au Sri
Lanka comme au
Liban, les gens se
connaissent,
l’on finit
toujours par avoir
des
nouvelles",
indique-t-il.
Mouvement de
solidarité
Rohan ouvre un
tiroir, sort une
pile de e-mails écrits
en cinghalais. Il
les lit en arabe,
afin que ses
interlocuteurs
comprennent. Il y
a les noms de
morts et de rescapés
qui ont des
proches au Liban.
Il y a des
histoires aux détails
tristes, celles de
familles et de
villages entiers
touchés par la
catastrophe. Il
lit aussi des
informations que
l’on retrouve
sur tous les écrans
de télévision,
avec le nombre de
victimes, les
risques d’épidémies,
le montant des
aides humanitaires
de la communauté
internationale. "Même
si ma famille
n’a pas été
touchée, c’est
tout le Sri Lanka
qui souffre",
dit-il calmement. A
des clients
libanais venus
acheter des spécialités
cinghalaises, il
raconte : "Jayami
(sa collègue) est
rentrée hier en
catastrophe au Sri
Lanka. Je lui ai
moi-même acheté
le billet. Toute
sa famille, dont
ses quatre filles,
ont péri à
Matara (sud du
pays)",
dit-il. Puis
il baisse la voix,
chuchote. Il désigne
un homme, Sana,
qui dort
paisiblement au
fond du couloir.
"Sa femme,
qui vivait avec
lui au Liban, est
partie pour les
vacances, jeudi
dernier, à Gallé
(sud du pays).
Elle a été
emportée par le
raz-de-marée. Son
fils, âgé de dix
ans, est grièvement
blessé, il avait
besoin d’être
opéré.
Aujourd’hui,
j’ai téléphoné
pour savoir s’il
a subi l’opération
chirurgicale",
indique Rohan. Sana
ne sait pas encore
que de toute sa
famille proche,
seul son fils a
survécu à la
catastrophe.
"Nous lui
dirons petit à
petit. Il ne
supportera pas le
choc",
affirme Rohan, qui
raconte encore : "Vous
savez, il y a des
Libanais qui ont péri
au sud du pays. Un
hôtel, à Gallé,
dont le propriétaire
est libanais, a été
complètement détruit",
dit-il.
Un
autre fonds de
commerce, spécialisé
dans le transfert
d’argent et les
communications
internationales.
Fatmini a
l’oreille collée
au téléphone. Sa
famille a échappé
à la catastrophe.
La jeune femme a
une liste sous les
yeux. Elle compose
des numéros,
l’un après
l’autre, sans se
lasser. Peut-être
que cette fois-ci
serait la bonne,
qu’elle pourrait
avoir un
interlocuteur à
des milliers de
kilomètres de
Beyrouth pour lui
donner une
quelconque
nouvelle. Fatmini
explique : "Comme
je travaille ici,
beaucoup de
personnes de la
communauté
sri-lankaise au
Liban, qui ne
parviennent pas à
appeler leur
famille, m’ont
passé leurs numéros.
Mais la
communication est
impossible avec
certaines
zones." "Il
ne reste plus rien
dans certaines régions,
les maisons et les
êtres humains ont
complètement
disparu, se
plaint-elle. Même
si ma famille a eu
de la chance,
c’est tout mon
pays qui
souffre",
dit-elle. Fatmini
a reçu le feu
vert de son
ambassade pour
rassembler des
fonds qui
devraient être
envoyés au Sri
Lanka. "Beaucoup
de ressortissants
de mon pays
viennent pour téléphoner.
Ils vont certes
contribuer avec
1.000, 3.000, ou
5.000 livres. Je
vais transférer,
moi-même,
l’argent à
partir d’ici
pour qu’il soit
distribué aux
plus démunis,
note-t-elle.
C’est notre
devoir d’aider
notre pays, et les
sinistrés
manquent de
tout",
indique-t-elle
fermement.
La détresse de
ceux qui ont perdu
les leurs
Un restaurant
cinghalais. Une
dizaine de
personnes boivent
du thé autour
d’une table tout
en regardant, sur
un écran presque
minuscule, les
nouvelles de CNN. Tous
sont venus tenir
compagnie à Nissa.
Les larmes aux
yeux, affalée sur
une chaise, elle
tire dans sa
cigarette. Nissa
a su hier que
toute sa famille,
ses sœurs, son frère,
ses parents et ses
deux filles,
l’une âgée de
20 ans et
l’autre de 18
ans, a péri dans
un village de Gallé.
"Je ne sais
pas ce que je vais
faire. J’ai un
passeport, mais
mes papiers ne
sont pas en règle.
Je veux rentrer au
Sri Lanka mais
j’ai peur
d’aller à l’aéroport
avec mon billet
d’avion. Peut-être
que la Sûreté générale
m’arrêtera et
m’emprisonnera.
Cela fait quatre
ans que je n’ai
pas vu mes
filles", se
lamente-t-elle. "Je
veux qu’on
m’aide. Je veux
partir. Mais
pourquoi rentrer
quand je sais que
je n’ai plus
personne au Sri
Lanka et que mon
village a entièrement
disparu ?" se
demande-t-elle.
Elle baisse la tête,
chuchote : "Je
veux aller au bord
de la mer, ici à
Beyrouth, je veux
qu’une vague
m’emporte à moi
aussi. Ça sera
beaucoup
mieux." Un
Libanais qui vient
d’entrer au
restaurant essaie
de la rassurer
maladroitement. "Peut-être
que ceux qui
t’ont raconté
se trompent. Peut-être
que tu retrouveras
tes enfants et ta
famille",
dit-il. Mais
Nissa ne veut plus
rien entendre,
elle répète
comme une automate
: "Je veux
rentrer au Sri
Lanka ou aller au
bord de la mer à
Beyrouth, ça sera
beaucoup mieux
pour moi si une
vague
m’emporte."
Nissa n’est pas
la seule à être
dans cette
situation. Selon
les personnes
croisées à Bourj
Hammoud, un grand
nombre de
ressortissants
sri-lankais, dont
le permis de
travail n’est
pas en règle et
dont la famille a
été touchée par
la catastrophe, se
trouvent dans
l’impossibilité
de rentrer chez
eux de peur d’être
arrêtés par la Sûreté
générale.
Assouka
est soutenue par
ses amies. Elle
habite Mtayleb et
elle se rendait
pour la deuxième
fois, hier, au
quartier
sri-lankais de
Bourj Hammoud,
pour tenter
d’appeler sa
famille qui habite
dans un village de
Matara. "Je
sais que mon frère,
son épouse et ses
cinq enfants sont
morts, mais je
suis sans
nouvelles de mon père
et de ma mère, de
mes trois sœurs
et de ma fille,
qui a 20 ans,
dit-elle. Je vois
les images à la télévision
et je me demande
s’ils sont
partis comme tous
les autres, ce
qu’ils ont dû
ressentir. Je vais
devenir
folle",
ajoute-t-elle, la
voix à peine
audible. Assouka
travaille depuis
trois ans au
Liban. Elle
parvient à peine
à tenir debout ou
à articuler ses
mots. L’une de
ses amies raconte
: "Depuis
dimanche, elle
n’a rien mangé,
elle n’a pas
travaillé.
Assouka ne fait
que regarder les
images à la télévision.
Nous essayons de
ne pas la laisser
seule. Car lundi,
elle a fait une
crise de nerfs.
Elle a cassé
toutes ses
affaires à la
maison. Si elle
reste sans
nouvelles, nous
nous cotiserons
toutes pour lui
acheter un billet
d’avion afin
qu’elle puisse
rentrer au Sri
Lanka",
indique-t-elle.
Hier en soirée,
les représentants
des communautés
des pays touchés
par le séisme et
le raz-de-marée
en Asie du Sud ont
appelé leurs
ressortissants "où
qu’ils se
trouvent au
Liban" à
allumer des
bougies, dimanche
2 janvier, à 19
heures, en mémoire
des personnes qui
ont péri dans la
catastrophe. Ils
ont également
invité les
Libanais à se
joindre à ce
recueillement.
Tsunamis
: les célébrités
n'ont pas été
épargnées
publié
par l'AFP le 30
décembre 2004
Parties
chercher le
soleil sur les
plus belles
plages du monde,
plusieurs célébrités
de la mode, des
sports ou des
arts ont été
confrontées au
séisme et aux
tsunamis qui ont
dévasté
dimanche les
rivages de huit
pays d'Asie. La
top-modèle tchèque
Petra Nemçova
qui passait des
vacances sur l'île
thaïlandaise de
Phuket, a survécu
en s'agrippant
pendant huit
heures à un
tronc de
cocotier au
milieu des
flots, a indiqué
mardi son agent
à New York. Son
fiancé, le
photographe
britannique
Simon Atlee âgé
de 33 ans, est
porté disparu.
Petra Nemçova,
25 ans, a été
hospitalisée
avec une
fracture du
bassin et des
contusions
internes.
L'actrice
italienne
Ornella Muti
faisait de la
plongée
sous-marine avec
son compagnon
Stefan, dans les
eaux proches
d'une île des
Maldives, au
moment de
l'arrivée des
vagues géantes.
"Stefan m'a
pris par le bras
et avec lucidité
et sang-froid il
m'a fait
continuer à
nager jusqu'à
ce qu'on arrive
à l'île",
a raconté
l'actrice à la
presse
italienne. Le
couple, revenu
indemne sur la
terre ferme, a
alors découvert
son village de résidence
"sans lumière
ni électricité,
complètement
isolé".
L'ancien
footballeur et
aujourd'hui comédien
David Ginola, sa
femme et leurs
trois enfants
ont, eux, été
surpris par
l'eau dans leur
chambre d'hôtel
aux Maldives.
"La porte
de leur chambre
a explosé sous
la force de
l'eau qui les a
précipités
contre les murs.
Ils ont eu
beaucoup de
chance",
indique-t-on
dans l'entourage
de l'ancien
attaquant
vedette du Paris
Saint-Germain et
de Tottenham.
Toujours aux
Maldives,
plusieurs
footballeurs
stars du Calcio
italien l'ont échappé
belle, selon le
journal Gazetta
dello Sport.
Parmi eux les
joueurs du Milan
AC Paolo Maldini,
Alessandro Nesta,
Filippo Inzaghi
et Cristian
Brocchi, et le défenseur
de la Juventus
de Turin
Gianluca
Zambrotta. Ils
sont tous sains
et saufs, selon
le site web du
journal sportif.
Egalement en
vacances aux
Maldives, la
vedette de films
de kung fu, Jet
Li, a survécu
au raz-de-marée
qui a envahi l'hôtel
où il se
trouvait avec sa
famille. Le héros
de films
d'action souffre
de blessures
mineures à la
jambe.
Pas
de miracle en
revanche pour
Bhumi Jensen, un
des petits-fils
du roi de Thaïlande
Bhumibol
Adulyadej, qui a
trouvé la mort
dimanche à
Phuket. Le
Premier ministre
Thaksin
Shinawatra a
qualifié la
nouvelle de
"tragédie
nationale".
L'acteur et réalisateur
britannique
Richard
Attenborough a
lui aussi été
indirectement
frappé par la
catastrophe. Six
membres de sa
famille se
trouvaient à
Phuket dimanche,
lorsque le
raz-de marée a
frappé. Sa
petite-fille,
Lucy, 14 ans, a
été tuée et
deux autres
membres de sa
famille, dont sa
fille Jane, sont
portés
disparus. Enfin,
l'ancien skieur
suédois Ingemar
Stenmark a
raconté aux médias
suédois avoir
couru pour
sauver sa vie
lorsqu'il a vu
une immense
vague arriver
vers lui à Khok
Kloi au large de
Phuket.
"L'eau de
la première
vague a disparu,
mais elle est
revenue à une
vitesse
terrifiante",
a raconté le
double médaillé
des Jeux
Olympiques de
Lake Placid
(1980). Autre
rescapé
chanceux,
l'ancien
chancelier
allemand Helmut
Kohl, en
vacances dans le
sud du Sri Lanka,
a été évacué
par un hélicoptère
militaire mardi
de la résidence
où il séjournait
à Talpe, dans
le district de
Galle. Enfin l'écrivain
d'origine
britannique
Arthur C.
Clarke, auteur
de "2001,
l'odyssée de
l'espace",
qui avait fait
du Sri Lanka sa
nouvelle patrie,
a perdu son école
de plongée dans
le tsunami, un
phénomène
qu'il avait
d'ailleurs évoqué
dans son premier
livre sur l'île.
La reine
d'Angleterre
Elizabeth II a
fait un don
"substantiel"
pour venir en
aide aux
victimes du
raz-de-marée
qui a dévasté
l'Asie du sud, a
annoncé
mercredi le
Palais de
Buckingham.
L'argent sera
probablement
versé à des
associations
caritatives
britanniques
patronnées par
la souveraine, a
précisé le
porte-parole du
palais. La somme
exacte n'a pas
été précisée
mais le
porte-parole l'a
qualifiée de
"substantielle".
Pour
le
Hezbollah,
il y a un
besoin
pressant de
retourner
aux
"nobles
principes"
de Jésus-Christ
Des
dizaines de
pères Noël
ont
sillonné
la région
de Jabal
Amel
paru
dans
l'Orient-le
Jour le 27 décembre
2004
A l’occasion
de la célébration
de la Noël,
le Hezbollah
a effectué
durant le
week-end écoulé
deux visites
symboliques,
tant dans la
Békaa
qu’au
Liban-Sud,
auprès des
dignitaires
religieux
maronite et
grec-catholique
des deux
villes. Hier
dimanche,
une délégation
du parti de
Dieu -
branche Békaa,
emmenée par
cheikh
Mohammed
Yazbeck,
s’est
ainsi rendue
auprès de
l’évêque
maronite de
Baalbeck et
de Deir
el-Ahmar,
Mgr Boulos
Hachem.
Celui-ci a
fait part de
son
admiration
à l’égard
du discours
adopté par
le Hezbollah
en cette période
au cours de
laquelle
"les
Libanais
devront
mettre
l’accent
sur la
solidarité
et l’unité
s’ils
veulent préserver
leur
pays".
L’évêque
a également
condamné la
décision
franco-américaine
visant à
interdire la
diffusion de
la chaîne
al-Manar
dans l’Hexagone
et aux
Etats-Unis.
Quant au
cadre
hezbollahi,
il a eu les
mêmes mots
appelant à
encore
davantage de
cohésion et
de solidarité
entre les
Libanais.
Avant-hier
samedi, une
autre délégation
hezbollahie,
présidée
par le député
Abdallah
Cassir, s’était
rendue tour
à tour à
l’église
Saint-Thomas
des
grecs-catholiques
puis à l’église
Notre-Dame
de la Mer
des
maronites à
Tyr, où
elle a été
respectivement
accueillie
par les évêques
NN.SS Hanna
Haddad et
Chucrallah
el-Hage.
"Cette
fête est
celle de
tous les
Libanais,
pas
seulement
celle des
chrétiens ;
c’est la
naissance de
l’apôtre
de l’amour
et de la
paix.
Lorsque
nous, chrétiens
et
musulmans,
vivons au
Liban avec
la même
volonté,
des cœurs réunis,
avec les mêmes
préoccupations,
nous
confirmons
que la
coexistence
est cette moëlle
épinière
qui
permettra au
Liban de
perdurer et
de se
renforcer",
a dit le député
Cassir. Et
à la veille
de Noël, le
parti de
Dieu avait
publié un
communiqué
dans lequel
il présentait
tous ses vœux,
aux Libanais
en général
et aux chrétiens
en
particulier,
à
l’occasion
de la Noël, "une
étape idéale
pour
multiplier
les appels
à
l’amour,
la justice
et le
droit".
Le Hezbollah
en profite
également
pour
rappeler "les
souffrances
endurées
par
l’humanité
à cause des
politiques
oppressives
adoptées
surtout par
les
Etats-Unis
à
l’encontre
des
populations
de la région.
D’où le
besoin
pressant de
retourner
aux
principes
nobles véhiculés
par Jésus-Christ",
insiste le
communiqué.
Dans les
villages du
Liban-Sud
(terre visitée
par le
Christ)
Signalons,
par
ailleurs,
que cette
année, les
enfants de
Jabel Amel,
au Liban-Sud,
ont célébré
la fête de
la Nativité
avec des
cadeaux
sortis de la
hotte d’un
père Noël,
auréolé de
blanc et
tout de
rouge vêtu.
D’ailleurs,
des dizaines
de pères Noël
ont, pour la
première
fois,
sillonné
les villages
de Doueir,
Ansar, Zefta,
Kfar Rommane
et même la
ville de
Nabatiyé,
distribuant
à chaque
famille son
lot de
paquets, le
plus souvent
soigneusement
choisis par
les parents.
Clochette à
la main, déguisé
avec le plus
grand soin,
Kamel Rammal
arrive à
pied dans
une maison
de Doueir,
entouré de
ses deux
filles
portant des
bonnets
rouge et
blanc.
"Ho ho
ho !"
dit-il en
appelant
chaque
enfant par
son nom pour
lui donner
son cadeau,
pendant que
les
fillettes
leur offrent
des
cotillons et
des bonbons.
"Jésus
et Marie
sont cités
dans le
Coran. Il
est vrai que
le père Noël
ne l’est
pas, mais
c’est une
occasion de
rendre les
enfants
heureux",
a-t-il
affirmé,
cité par
l’AFP. "J’ai
une épicerie,
je ne vends
pas de
cadeaux",
se défend-il
pour récuser
toute idée
d’avantages
pécuniaire.
"Pourquoi
voulez-vous
que nos
enfants
voient à la
télévision
tout cet étalage
de cadeaux
et ne
participent
pas à la
joie générale
?"
demande
Kamal, qui a
longtemps vécu
en Allemagne
et qui
assure agir
de sa propre
initiative
et
"n’avoir
de lien avec
aucune
formation ou
parti
politique".
Mountaha,
une mère de
famille de
Doueir,
raconte que
le propriétaire
du magasin
de jouets
lui a annoncé
qu’il
allait faire
le père Noël
et organiser
une tournée
de
distribution.
"Je
vais passer
chez vous et
vous devrez
me payer les
cadeaux que
je vais
offrir aux
enfants.
Autant les
choisir
vous-mêmes,
m’a-t-il
dit",
s’est-elle
souvenue. "Et
moi, il
m’a proposé
de lui
remettre les
cadeaux que
j’avais préparés
pour qu’il
les donne
lui-même
aux
enfants",
a renchéri
sa voisine.
Dans toute
la région,
les magasins
ont orné
leurs
vitrines de
graffitis
avec, en
guise de
sapin, des cèdres
en neige
artificielle
et des
guirlandes
de bonnets
de père Noël.
"Je ne
nie pas que
cette
initiative
pourrait équilibrer
quelque peu
mon chiffre
d’affaires,
mais ce n’était
pas mon but
essentiel",
a expliqué
à l’AFP
Salah,
propriétaire
d’un
magasin de
jouets à
Nabatiyé. "En
islam, nous
vénérons
Marie et Jésus,
qui est un
prophète à
part entière.
C’est une
occasion de
les célébrer",
ajoute-t-il.
Imad, employé
de banque et
père de
famille à
Nabatiyé,
estime que
l’appât
du gain
n’est pas
le seul
facteur à
l’origine
de ce phénomène.
La célébration
systématique
de toutes
les fêtes
religieuses
par le
Hezbollah,
qui
distribue
pour Noël
des cartes
de vœux en
hommage à
Marie et Jésus,
a sûrement
joué un rôle
dans la résurgence
de cette célébration,
a-t-il estimé. "Dans
mon enfance,
chaque année,
nous
faisions une
crèche à
Noël avec
tous les
personnages
et ma
grand-mère
nous
racontait
l’histoire
de la sainte
Marie",
s’est-il
souvenu.
A
Bethléem,
Mahmoud Abbas
tend la main aux
Israéliens
par
MARK HEINRICH,
publié dans Libération
le 25 décembre
2004
Des
centaines de pèlerins
et les nouveaux
dirigeants
palestiniens se
sont rendus à
Bethléem pour Noël,
la ville natale du
Christ fêtant la
Nativité, en
nourrissant de
nouveaux espoirs
de paix après la
mort de Yasser
Arafat en
novembre. Marquant
le début d'une période
nouvelle, l'Etat
juif a autorisé
cette année le
chef de l'OLP,
Mahmoud Abbas
(alias Abou Mazen)
et le Premier
ministre, Ahmed
Koreï, dans la
ville de
Cisjordanie, qui
est entourée de
postes militaires
et de colonies
juives. Le nouveau
président de
l'OLP s'est assis
durant la messe de
minuit sur le siège
vide réservé à
feu Yasser Arafat,
qui avait été
empêché par
l'armée israélienne
d'assister à l'événement
ces trois derniers
Noëls.
"Dieu
nous fait espérer
(...) que toutes
les religions de
ce pays puissent
vivre dans la paix
et la stabilité,
et que l'année
prochaine soit
meilleure que les
précédentes",
a déclaré Abbas,
donné favori pour
la succession
d'Arafat lors de
l'élection du 9
janvier à la présidence
palestinienne.
"Nous tendons
notre main vers
les Israéliens.
Nous souhaitons négocier
pour promouvoir
une paix qui soit
basée sur la
justice et le
droit", a dit
Abbas devant un
portrait géant
d'Arafat.
Accueillant les
nouveaux
dirigeants
palestiniens, Mgr
Michel Sabbah,
patriarche latin
de Jérusalem et
représentant du
pape Jean-Paul II
en Terre sainte, a
exhorté toutes
les parties à
faire cesser les
violences.
"L'occupation
et les
injustices"
"Cela a duré
pendant trop
longtemps",
a déclaré le
prélat dans son
message.
"Il est
temps pour la
Palestine et
Israël de défaire
les forces de
violence et
d'accoucher
d'une société
de frères et de
soeurs dans
laquelle persone
n'est le sujet
d'un autre, où
personne n'est
occupé par un
tiers et où
personne ne
menace la sécurité
de
personne".
Des dignitaires
chrétiens ont dénoncé
jeudi la
construction du
mur de sécurité
israélien
autour de la
Cisjordanie et
dont le tracé
passe à
proximité de
Bethléem,
donnant selon
eux à la ville
natale du Christ
un air de
"vaste
prison".
Israël justifie
cette
construction par
la nécessité
de se protéger
des kamikazes
palestiniens.
Pour les
Palestiniens en
revanche, cette
édifice représente
en fait une
tentative
d'annexion de
l'ensemble de la
Cisjordanie. A
un point de
passage israélien,
Mgr Michel
Sabbah a déclaré
que ses frères
avaient besoin
des célébrations
de Noël face à
"la
poursuite de
l'occupation et
des
injustices".
Malgré les
averses, des
centaines de pèlerins,
et autant de
policiers
palestiniens, se
sont massés sur
la place de la
Crèche de Bethléem.
"Il
y a toujours peu
de touristes. Rien
ne semble normal
ici. Il reste
beaucoup de chemin
à faire", a
dit Ibrahim
Giacaman, un
vendeur de
souvenirs de la
place. "Les
gens ici craignent
qu'une explosion
ne nous ramène
trois ans en arrière".
L'Hôtel Paradise
de Bethléem, qui
a rouvert il y a
deux semaines après
avoir été détruit
par les tirs de
blindés israéliens
en 2001, n'affiche
un taux
d'occupation que
de 20%, et la
plupart des
clients sont des
Israéliens
arabes. "La
plupart des
clients ne font
qu'une brève
apparition sans
passer la nuit
dans l'établissement.
Mais c'est mieux
que l'année dernière,
quand nous étions
fermés",
explique George
Abou Aïta, son
propriétaire.
Nativité
morose pour les
chrétiens d'Egypte
Les
violences et les
discriminations
ont repris
contre la
communauté
par
PIERRE GARRETT,
publié dans le
Figaro le 25 décembre
2004
Les
catholiques égyptiens
fêtent
traditionnellement
Noël le 7
janvier, en même
temps que les
coptes orthodoxes,
qui représentent
90% de la
communauté chrétienne
sur la terre des
Pharaons, soit
environ un
Egyptien sur dix.
Mais cette année,
la fête a un goût
amer. Pour dénoncer
les violences et
les
discriminations
dont sont, selon
lui, victimes les
chrétiens, le
patriarche copte
orthodoxe Chenouda
III s'est retiré
dans un monastère
en plein désert. C'était
fin décembre
2002, alors que
les chrétiens
d'Occident fêtaient
Noël et que les
musulmans célébraient
l'Aïd el-Fitr,
qui marque la fin
du mois sacré de
ramadan. Le président
Hosni Moubarak créait
la surprise en
annonçant que le
7 janvier serait désormais
un jour de fête
nationale et de
congés pour tous
les Egyptiens. Un
geste certainement
pas étranger aux
menaces du Congrès
américain, qui
envisageait de
placer l'Egypte
sur la liste noire
des pays coupables
de discrimination
religieuse après
un verdict très
clément rendu
contre les auteurs
du massacre de 20
coptes dans le
village d'al-Kosheh,
en Haute-Egypte.
Mais un geste réconfortant
pour de nombreux
coptes, encore
traumatisés par
près d'une décennie
d'islamisme armé
qui les avait
particulièrement
pris pour cibles.
Deux
ans plus tard,
pourtant,
l'ambiance est de
nouveau à la
morosité chez les
chrétiens d'Egypte,
sur fond de
violences et de
rumeurs de
conversions forcées
à l'islam. Le
patriarche copte
orthodoxe Chenouda
III s'est ainsi
retiré pendant
deux semaines dans
un monastère du
Wadi Natroun, une
oasis désertique
entre Le Caire et
Alexandrie. C'est
là qu'il avait été
"exilé"
en 1981 par
le président
Anouar el-Sadate,
qui l'accusait de
vouloir jouer un rôle
politique. Son
assignation à résidence
n'avait été levée
que quatre ans
plus tard par
Hosni Moubarak.
C'est donc une
retraite lourde de
symbole qu'a entamée
le 8 décembre
Chenouda III, lui
qui s'est montré
très prudent ces
dernières années
dans ses critiques
des autorités égyptiennes.
"L'isolement
de sa Sainteté se
poursuivra tant
qu'il ne sera pas
parvenu à une
solution aux problèmes
des coptes qui
soit satisfaisante
pour sa
conscience", a
expliqué son secrétaire
particulier. Le
patriarche est
finalement rentré
au Caire mercredi.
A l'origine de ce
mouvement
d'humeur, des
affrontements
entre des coptes
et les forces de
l'ordre devant la
cathédrale
Saint-Marc du
Caire. Les
manifestants
protestaient
contre "l'enlèvement
et la conversion
forcée" de
l'épouse d'un prêtre
orthodoxe.
Trente-quatre
d'entre eux
avaient été arrêtés
et plusieurs
autres blessés.
L'affaire
a fait grand bruit
en Egypte, où les
rumeurs de
conversion forcée,
pas toujours avérées,
frisent parfois la
psychose, au Caire
comme dans les régions
rurales de
Moyenne-Egypte. Il
semble que, en
l'occurrence, la
femme avait décidé
elle-même de se
convertir pour
pouvoir se séparer
de son mari, car
si le mariage des
prêtres est
autorisé par l'église
orthodoxe, le
divorce est en
revanche
rigoureusement
interdit. En privé,
certains hommes d'église
reconnaissent
d'ailleurs que
cette
intransigeance est
l'une des
principales causes
de conversion.
Devant la polémique,
la femme du prêtre
a finalement
renoncé à son
projet et "demandé
le pardon de son
patriarche", tout
en étant autorisée
à ne plus vivre
sous le même toit
que son mari. Mais
cette affaire
traduit le malaise
persistant des chrétiens
d'Egypte. Il y a
trois ans, de
violentes
manifestations
avaient déjà
suivi la
publication d'un
article
abondamment
illustré relatant
les ébats d'un
ancien moine avec
une femme dans le
monastère de Deir
el-Moharraq, le
plus sacré de
Moyenne-Egypte.
Soixante-dix
personnes avaient
été blessées
dans les
affrontements.
Le
journal avait
aussitôt été
interdit et son rédacteur
en chef emprisonné.
Mais cette réaction
rapide des autorités
égyptiennes,
l'oeil toujours
rivé sur
Washington où le
lobby copte
maintient la
pression, n'a pas
effacé chez
certains chrétiens
le sentiment d'être
considérés dans
leur propre pays
comme des citoyens
de seconde zone.
Ils font valoir
leur sous-représentation
dans la fonction
publique ou en
politique -
seuls trois des
444 députés de
l'Assemblée du
peuple sont coptes
-, ou encore le véritable
parcours du
combattant requis
pour faire
restaurer ou
construire une église,
alors que les
permis sont très
faciles à obtenir
pour une mosquée.
Leur sentiment
d'insécurité est
en outre régulièrement
réveillé par des
incidents, comme
au début du mois
dans un petit
village au sud du
Caire, où des
magasins
appartenant à des
coptes ont été
incendiés. De
quoi assombrir
encore davantage
la fête de la
Nativité.
"Laïcité"
et mémoire
collective
par
GUILHEM LABOURET,
publié dans le
Monde du 25 décembre
2004
L'auteur
est enseignant
à l'université
Paris-Sorbonne
Saint
Nicolas avait un
tort : il était
chrétien, et qui
plus est évêque.
Sa crosse et sa
mitre dérangent.
Des écoles du
Pas-de-Calais
l'ont montré en
interdisant des
figurines en
chocolat du saint
en question, non
sans avoir essayé
de gratter la
croix qui ornait
son chapeau...
Anecdote
plaisante, qui
rappelle la
suppression des crèches
et santons de Noël
dans plusieurs écoles,
y compris dans les
Bouches-du-Rhône,
terre de tradition
s'il en est dans
la fabrication des
santons, où le
petit Jésus est
plus un sujet en
terre cuite que la
représentation
sacrée du fils de
Dieu. Dans les
deux cas, la
presse a souligné
les conséquences
économiques de
cette stricte
application de la
loi sur la laïcité
: manque à gagner
des chocolatiers
dans le Nord, déception
des santonniers
dans le Midi. Mais
n'y a-t-il pas
plus grave derrière
ces actions, réclamées
par des membres de
fédérations de
parents d'élèves
et admises par les
rectorats, et même
les évêchés
concernés ?
La
loi sur la laïcité
a eu pour effet,
dans ces écoles,
de nier une partie
de notre
patrimoine
culturel. Car qui,
parmi les
Alsaciens,
Lorrains,
Champenois ou
Picards, croit
dans les miracles
opérés par saint
Nicolas, évêque
de Myre, mort un 6
décembre,
probablement entre
329 et 350 ? Qui
encore attend le
25 décembre pour
déposer dans la
crèche le "petit
Jésus" emmailloté
? Il s'y voit déjà
souvent dès la
fin de novembre.
Supprimer ces deux
représentations
de notre mémoire
collective, c'est
jouer contre notre
histoire
culturelle et non
œuvrer pour la laïcité.
Tant qu'on y est,
il faudrait également
interdire la
galette des rois
(car de quels rois
s'agit-il, sinon
de ceux de l'Evangile
?) à l'Epiphanie,
les cloches en
chocolat à Pâques
(ne
reviennent-elles
pas de Rome pour réintégrer
les clochers ?),
mais aussi les
croissants -
nature, au beurre
ou au jambon -,
qui sont, faut-il
le rappeler, un
rappel du
croissant de
l'islam imaginé
par un pâtissier
viennois.
On
peut encore aller
plus loin, avec un
peu d'imagination,
mais l'imagination
est fertile et
rapide, et on en
voit déjà les
manifestations
dans
l'enseignement.
Inscrivez une
croix en face de
la date de décès
d'un personnage
historique, et on
vous taxera de
prosélytisme.
Faites lire à vos
élèves Bossuet
ou Claudel, et on
vous accusera de
vouloir les
convertir. Méfiez-vous
des éditions de référence
à faire acheter :
si jamais on
voyait un prêtre
ou un crucifix en
couverture d'Atala
ou du Génie du
christianisme...
Quant à faire
chanter "Stille
Nacht, Heilige
Nacht"
("Douce nuit,
sainte
nuit"), chant
de Noël
traditionnel
outre-Rhin, en
cours de
civilisation
allemande au collège,
c'est s'exposer
aux pires ennuis
avec les parents
d'élèves et
l'administration.
On
trouve aujourd'hui
des étudiants, au
demeurant fort sérieux
et très
intelligents, se
préparant à
passer le concours
d'entrée à l'Ecole
normale supérieure
lettres et
sciences humaines
de Lyon, en se
vantant de "se
refuser à ouvrir
la Bible, et
surtout les
Evangiles",
pourtant bien
utiles pour
comprendre l'œuvre
au programme, l'Histoire
d'un voyage fait
en la terre du Brésil
de Jean de Léry,
missionnaire français
parti en Amérique
dans le contexte
des guerres de
religion du XVIe
siècle. Certains
de leurs
condisciples étudiant
l'histoire de la
presse à
l'université
acceptent de lire Le
Monde ou Le
Figaro, mais
trouvent incongru,
sinon choquant,
d'ouvrir La
Croix, grand
quotidien de la
presse nationale
et l'un des plus
anciens de ceux
qui existent
aujourd'hui, prétendant
que son titre en
rend la lecture
facultative. Elle
l'est pourtant
certainement moins
que celle de Métro
ou 20 Minutes.
Et
là est bien le
problème : à
trop vouloir
refuser de parler
de Dieu - ou de le
voir, même dans
les représentations
d'une imagerie
populaire -, au
nom d'une prétendue
laïcité, on en
oublie notre
histoire
culturelle et les
fondements de
notre mémoire
collective. Rares
sont les étudiants
qui pourront alors
comprendre les
enjeux du Curé
de village et
du Médecin de
campagne de
Balzac, ou encore
saisir la portée
de la critique de
Voltaire
puisqu'ils ne
verront même plus
à quelle religion
il fait allusion.
Soyons sérieux :
saint Nicolas et
le petit Jésus
font partie de
notre patrimoine
culturel, de même
que les grands
auteurs chrétiens
ont imprimé leur
marque à notre
histoire littéraire.
Offrir un
personnage en
chocolat à un
enfant de
maternelle, comme
faire lire
Lamartine à un
lycéen, ce n'est
pas évangéliser
les élèves,
c'est leur faire
prendre conscience
de leur identité
culturelle et les
ouvrir sur le
monde.
On
peut toujours
gratter la croix
présente sur la
mitre de saint
Nicolas : un
dessinateur américain
l'a fait, et a
donné naissance
au Père Noël.
Mais on ne pourra
pas biffer les références
à Dieu et à la
religion dans les
grands textes littéraires.
Les censeurs de la
Saint-Nicolas et
du temps de
l'Avent se
trompent d'objet :
à vouloir être
laïques, ils
interdisent
l'unique rapport
que les écoliers
de l'école laïque,
publique, gratuite
et obligatoire ont
avec le fait
religieux : un
rapport culturel,
véhiculé par les
traditions les
plus anciennes.
Qu'y
a-t-il donc de "laïque"
dans ce geste ?
Pas grand-chose,
en vérité. Etre
laïque, c'est être
indépendant de
toute confession
religieuse : indépendant,
et non intolérant.
Le piège de la
loi sur la laïcité
est finalement
d'avoir ouvert un
boulevard à des
protestations en
tous genres, la
plupart du temps
infondées, comme
l'illustre
l'exemple du sapin
problématique du
lycée Van-Dongen
de Lagny-sur-Marne
(Le Monde
du 17 décembre).
On se prend à rêver
d'une école laïque
utopique où les
musulmans
porteraient le
voile, les chrétiens
la croix et les
juifs la kippa. Où
Noël serait férié,
tout comme les
grandes fêtes
juives et
musulmanes. Où
l'on respecterait
les traditions des
uns et des autres
pour que les élèves
se connaissent et
apprennent l'altérité.
Où tous se
sentiraient bien.
Pour finir, que
reste-t-il alors
à nos écoliers
du Pas-de-Calais
si on les prive de
leur saint Nicolas
? Le Père
Fouettard ou, plus
comique, l'âne,
dont on sait que
le bonnet du même
nom a eu jadis
entièrement sa
place dans l'école
laïque ? Peut-être
les deux.
"Un
Sauveur nous est
né"
publié
par l'AFP le 25
décembre 2004
Un enfant
palestinien
regarde la scène
de la nativité
du Centre pour
la paix de
Bethléem
devant l'église
de la Nativité.
Le patriarche
latin de Jérusalem
a protesté
contre le fait
que le mur érigé
par Israël a
transformé la
ville sainte
de Bethléem
en une
"gigantesque
prison".
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