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COMMUNIQUÉ
RJLIBAN N°52 du 29
novembre 2004
La
route de la
Palestine passe
par Jounieh et
se termine à
Paris
par
NAJI FARAH,
directeur de la rédaction
Sionisme,
islamisme et athéisme,
ont pris récemment
pour visages la
publication du
rapport Rufin,
l'assassinat de
Theo Van Gogh et
la démission
de Rocco
Buttiglione,
constituant des
menaces sérieuses
auxquelles les
sociétés européennes,
chrétiennes en
particulier, sont
appelées à
faire face
aujourd'hui.
Trois défis qui
nous plongent au coeur
de l'actualité
proche-orientale, où
se maintiennent
les niveaux de violence
déclarés depuis la dernière
intifada et
l'invasion de
l'Irak. En
effet, la réélection
de George Bush
(le 2
novembre) et la
mort de Yasser
Arafat (le 11
novembre)
n'augurent rien
de bon.
Le
dernier exil de
Yasser Arafat en
France nous
rappelle son séjour
au Liban, à
l'origine de la
guerre dans
notre pays. Au
plus fort des
combats engagés
contre la
population
libanaise chrétienne,
l'un de ses
commandants
n'avait-il pas déclaré
: "La route
de la Palestine
passe par
Jounieh" ?
La Palestine est
aujourd'hui bien
plus loin, et sa
route vient de
se terminer à
Paris. Restent
les camps
palestiniens du
Liban regorgeant
d'armes lourdes,
plus dangereux
que la milice
locale du
Hezbollah, et
dont l'accès
est interdit à
l'armée
libanaise depuis
35 ans par décision
internationale.
Nous vous suggérons
de consulter
l'excellent
dossier réalisé
par Libération
sur la
nouvelle donne
au Proche-Orient .
L'affaire
Al-Manar en
France relance
le débat sur la
judéophobie à
partir du Liban,
où par ailleurs
la résolution
1559 des
Nations-unies va
donner lieu à
Beyrouth, mardi
30 novembre, à
une
manifestation d'autocollaboration
de masse organisée
par le pouvoir
pro-syrien. La
question
libanaise a de
nouveau été évoquée
par le président
Jacques Chirac,
qui vient de
souligner au
Sommet de la
francophonie à
Ouagadougou que "la
préoccupation
française
concernant le
Liban est
pleinement
partagée par la
communauté
internationale"
et que "l’élection
présidentielle
libanaise aurait
pu être
l’occasion de
montrer que le
Liban a retrouvé
sa tradition démocratique,
mais cela n’a
pas été le
cas".
Concernant
notre dernier
communiqué,
nous avons reçu
une précision
d'importance
d'un de nos
lecteurs
parisiens que
nous publions
ci-dessous. Nous
le remercions
pour cela.
Toutes autres
remarques de nos
lecteurs
francophones aux
quatre coins du
monde seront les
bienvenues et
pourront faire
l'objet de
diffusion.
par ROMAIN
SECCO, reçu
de Paris le
31 octobre
2004
Bonjour,
Je réponds à
ce communiqué
( communiqué
N.51 du 23
octobre 2004 ), que
je reçois
avec le plus
grand intérêt
depuis
plusieurs
mois. En
effet, Naji
Farah mentionne
dans son
article
"Ouverture
de l'Europe et
fermeture du
sionisme"
que seuls le
catholicisme
et
l'orthodoxie
peuvent
s'opposer au
sionisme et au
protestantisme
américain. Je
pense que
c'est oublier
deux choses :
1/ Le
protestantisme
européen,
historique en
tout cas (luthérien
et réformé),
est très
majoritairement
favorable à
la création
d'un Etat
palestinien
viable et
particulièrement
hostile à la
politique américaine
au
Moyen-Orient.
Concernant la
France et le
protestantisme
français, il
y a quelques
années des éclaireurs
(mouvement de
scouts
protestants)
français sont
partis en
Palestine pour
aider les
Palestiniens
à irriguer
leurs terres,
faute de quoi
elles auraient
été confisquées
par les
autorités
israéliennes
pour manque
d'entretien ! Les
Palestiniens
n'avaient évidement
pas les moyens
mis à la
disposition
des colons
pour irriguer
leurs champs ; toute
aide extérieure
était donc la
bienvenue.
Lors de sa
visite en
Terre sainte, J.A.
de Clermont,
président de
la fédération
protestante de
France, n'a
pas manqué de
critiquer très
sévèrement
la politique
de
colonisation
de la bande de
Gaza et de la
Cisjordanie....
voilà pour la
France.
2/ Concernant
les Etats-Unis,
il faut quant
même préciser
que les
Eglises va
t'en guerre
sont
heureusement
minoritaires,
même si elles
sont particulièrement
puissantes et
influentes,
après le
11/09 où la
très grande
majorité des
Américains et
même la
presse dans sa
quasi majorité
étaient
favorables à
une
intervention
violente et
guerrière.
Seules les
Eglises et
notamment les
Eglises
protestantes
s'y sont opposées
et un certain
nombre de
pasteurs ont
pris la parole
en pleine rue
pour condamner
ouvertement
toute action
militaire
aveugle, ce
qui était, vu
le contexte très
tendu de l'époque,
particulièrement
courageux. Les
noirs américains,
eux aussi
victimes du
système Bush,
sont
majoritairement
protestants et l'Eglise
constitue
souvent pour
eux le seul
support moral
et social.
N'oublions pas
le pasteur
Martin Luther
King, apôtre
de la
non-violence,
victime lui
aussi de ce
système.
Donc je pense
que si une
opposition chrétienne
au délire
mystique de
Bush doit
s'exprimer,
elle doit
s'exprimer
avec toutes
les Eglises
d'Europe sans
oublier le
protestantisme
qui, en Europe
comme aux
Etats Unis,
s'est déjà
exprimé sur
la question et
continue à le
faire.
Si ça intéresse
quelqu'un, il
y aura le 23
novembre à
19h30 un débat
à l'Eglise réformée
de Béthanie,
185 r Pyrénées,
75020 Paris,
concernant les
Eglises aux
Etats-Unis,
avec la présence
d'un pasteur
américain et
d'Américains
vivant à
Paris. Ils répondront
aux questions
que nous nous
posons sur les
Eglises aux
Etats-Unis.
L'entrée est
libre et
ouverte à
tous.
Cordialement.
Paris,
capitale de la
Palestine
par
PIERRE ROUSSELIN,
publié dans le
Figaro le 11
novembre 2004
En
accueillant, le 29
octobre, un Arafat
moribond, la
France a pris le
risque de
s'associer d'un
peu trop près aux
circonstances de
son agonie. Le
geste ne pouvait
être plus noble
à l'égard de la
cause
palestinienne :
voici l'homme qui
incarne les
souffrances de
tout un peuple
soigné comme un
chef d'Etat dans
l'un des meilleurs
hôpitaux
militaires de la République.
Pour l'ensemble du
monde arabe, Paris
aura été,
pendant au moins
douze jours, la
capitale de la
Palestine. Il faut
sans doute s'en féliciter,
et se dire que la
France cultive
ainsi son
influence dans une
région en plein
bouleversement.
Sans nous, Arafat,
ce symbole de la résistance
arabe, aurait péri
lamentablement,
emmuré dans les
ruines de la
Moukatta. Pour une
fois, nous aurons
été aussi utiles
à Israël qu'aux
Arabes. L'éloignement
a très
certainement aidé
à calmer l'émoi
populaire dans les
rues de Gaza et de
Ramallah. Par leur
silence, les Israéliens
nous en savent gré.
Aucune critique, même
allusive, ne s'est
exprimée sur les
soins apportés
chez nous à celui
qui reste, pour
eux, le "chef
terroriste".
La
valse des
communiqués sur
l'état du mourant
a parfois pris des
allures
tragi-comiques.
Fallait-il abréger
la fin du vieil
homme ? S'est-on
livré à un
acharnement thérapeutique,
le temps de préparer
la suite ? Les théories
du complot
abondent. Elles
sont inévitables.
La mort lente de
Yasser Arafat
aura, en tout cas,
contribué à
parfaire sa légende.
L'homme qui a su
remettre la
Palestine sur la
carte du monde
n'en finit pas de
partir. Chaque
jour nous amène
son lot d'oraisons
plus ou moins
posthumes. A
chaque fois, l'on
en rajoute dans l'éloge.
Il serait temps
que cela cesse.
Malgré tout, le
temps passé
depuis
l'hospitalisation
d'Arafat ne s'est
pas écoulé en
vain. Il a permis
aux populations de
se faire à l'idée
de sa disparition.
A l'OLP et dans
l'Autorité
palestinienne, les
héritiers ont pu
travailler
calmement à la
succession.
Impossible il y a
quelques jours,
l'idée de
l'enterrer à
Ramallah a fait
son chemin. Ariel
Sharon, lui-même,
a fini par
l'accepter.
C'est
important. C'est même
la première vraie
concession que
l'Israélien fait
à son ennemi
personnel de
quarante ans. Une
concession
posthume, certes,
mais qui fera de
Ramallah un lieu
de pèlerinage
pour les
Palestiniens. Un
geste, en tout
cas, de bon augure
pour la suite. Réussir
les funérailles
d'Arafat ne
consiste pas
seulement à
rendre hommage à
un personnage
historique. C'est
avant tout un préalable
indispensable à
une transition
apaisée, que
plusieurs pays ont
tenté
d'organiser. La
France, en
recevant très
officiellement à
Paris la nouvelle
direction
palestinienne et
en contribuant à
asseoir sa légitimité.
L'Egypte et les
Etats-Unis, comme
notre pays, en
oeuvrant pour que
les adieux à
Arafat se fassent
dans la dignité.
Il reste à espérer
que ces efforts
porteront leurs
fruits.
par
GABY NASR, publié
dans l'Orient-le
Jour le 26
novembre 2004
En
piste pour le
concours du plus
gros bobard : fidèle
à son goût du
ronron verbeux, le
brave Omar ne
cesse d’ânonner
que la prochaine
bouffonnerie législative
servira de référendum
sur (contre ?) la
1559. Ainsi, les
Libanais appelés
à renouveler la ménagerie,
place de l’Etoile,
serviront également
de cobayes pour décider
de l’avenir du
papyrus onusien.
Enfin, un
programme électoral
clair ! Le signal
est en tout cas
donné et, l’un
après l’autre,
les ministres du
landernau sont
chargés de
remettre le
couvert à toutes
les occases.
C’est notamment
le cas de Mahmoud
Hammoud, notre
ministre des
Affres étrangères,
payé pour
expliquer aux
diplomates
occidentaux que le
Liban a un tel
respect pour la
1559, qu’il ne
s’assoira dessus
qu’avec une
infinie délicatesse.
La gymnastique est
laborieuse, mais
elle impressionne.
Tant et si bien
d’ailleurs que
les ambassadeurs
se la ramènent régulièrement
avec le chiffre
maudit.
Mais
tant pis, il faut
meubler. Elias
Ferzli sait faire
ça admirablement
en moulinant
devant les caméras
de belles et
fortes phrases de
sa fabrication
personnelle. Résumé
: "Des
menaces pèsent
sur la Syrie et
son valeureux président,
qui de ses propres
mains s’emploie
à désamorcer
l’une après
l’autre les
mines qui guettent
le Liban." Un
démineur aux
mains nues, mais
aux pompes bien
cirées.
Maintenant, y a
plus qu’à
attendre la
sauterie anti-1559
de mardi prochain.
Les pitbulls sont
lâchés : on prévoit
déjà un million
d’adorateurs,
entre lahoudolâtres,
berryphiles,
kanso-mimétiques
et
kandilo-compatibles.
Brillante idée,
en tout cas, que
celle qui consiste
à ameuter le
populo à chaque
fois qu’un régime
décide
d’enjamber une
casserole du
Conseil de sécu. A
transmettre
d’urgence aux
Israéliens, qui
pourront eux aussi
manifester contre
les résolutions
qui leur collent
aux miches et sur
lesquelles ils
s’essuient les
pieds depuis plus
de 50 ans. Par
sa puissante pensée,
Omar prend sans
doute une posture.
Mais ne réussit
pas pour autant à
masquer
l’imposture.
Millionnaires,
et alors ?
par
ISSA GORAIEB,
publié dans
l'Orient-le Jour
le 27 novembre
2004
Au
diable
l’avarice, va
pour un million !
Aux douteuses enchères
des démonstrations
de masse, c’est
cette déferlante
de manifestants
que nous promet en
effet, pour mardi
prochain, le
Premier ministre
Omar Karamé : un
bon quart de la
population
descendant "spontanément"
dans la rue pour
clamer son rejet
de la résolution
1559 et sa
solidarité sans
faille avec la
Syrie, n’y
a-t-il pas là de
quoi confondre les
parrains américain
et français du
texte onusien qui
s’ingèrent si
effrontément dans
nos affaires "intérieures"
; et rabattre leur
caquet à ces indécrottables
nostalgiques de la
souveraineté que
l’on a vu défiler
il y a quelques
jours pour
l’anniversaire
de l’indépendance
? Du haut de son
hypothétique
million, Karamé
reste cependant un
homme bien pauvre
en termes de crédibilité
locale et
internationale, et
l’indigence de
son argumentation
n’est pas faite
pour matelasser
quelque peu son
portefeuille. Omar
Karamé est un
Premier ministre
de transition dont
la tâche
essentielle
consiste à préparer,
avec son équipe,
les élections législatives
de 2005. En
faisant de la résolution
1559 le thème
central de cette
consultation
populaire, il
commet une
imposture, doublée
de surcroît
d’une sournoise
déclaration de
guerre.
Car
Karamé n’est
pas sans savoir
que dans un pays
comme le nôtre,
les considérations
familiales ou
claniques, de même
que les services
escomptés de la
part des
candidats, pèsent
autant sur les
intentions de vote
que les grandes
options
politiques. Dès
lors, réduire la
consultation de
l’an prochain à
un référendum
sur la résolution
de l’Onu revient
à promettre une défaite
garantie à toutes
les forces
politiques qui réclament
un rééquilibrage
des rapports avec
la Syrie, même si
elles ne se
retrouvent pas
pour autant autour
de la 1559. Du
coup, le pouvoir
local se condamne
lui-même à
recourir, s’il
le faut, aux plus
flagrants des abus
électoraux, seul
comptant à ses
yeux un score
favorable à la
perpétuation du
statu quo :
c’est-à-dire de
l’hégémonie
syrienne. Mais
Beyrouth
n’aurait-il pas
ainsi démontré
lui-même, avec un
inespéré brio,
le bien-fondé de
la thèse
onusienne ?
C’est de la même
logique,
passablement
primaire, que procède
la manifestation
monstre projetée
par les alliés de
Damas et pour
laquelle s’est
mobilisé l’Etat
dans ses diverses
composantes,
publiques et
surtout
souterraines :
c’est-à-dire
ces services de sécurité
si experts, comme
leurs semblables
dans tant de
capitales arabes,
dans l’art de
rassembler les
foules. Tant qu’à
y faire, peut-être
même
grossira-t-on
celles-ci avec ces
citoyens syriens,
vivant à demeure
en Syrie mais qui,
tous les quatre
ans, viennent par
autobus entiers déposer
ici-même leurs
bulletins de vote,
depuis que leur a
été
impardonnablement
octroyée la
nationalité
libanaise.
Viennent d’être
déterrées par
ailleurs, pour la
circonstance,
certaines
formations intégristes
que l’on cachait
pudiquement aux
regards depuis
quelque temps ; et
avec un peu de
chance, on pourra
même repérer
dans la masse ces
joyeux drilles
qui, il n’y a
pas si longtemps
dans le
centre-ville de la
capitale, menaçaient
de leurs hachettes
les "traîtres"
: cela sous le
regard absent des
agents de
l’ordre, cela à
l’ombre de la République
des institutions
que s’était
engagé à édifier
le président
Emile Lahoud.
Pas plus que le prétendu
référendum
cependant, ces
foules programmées
ne peuvent faire
illusion. Elles
font, en revanche,
du mal à un tissu
national libanais
dont le consensus
est l’irremplaçable
trame. Aligner de
la sorte les zéros -
six en
l’occurrence -
pour intimider
l’adversaire ?
On n’aurait fait
en définitive que
lui donner un
million de fois
raison.
Paris
et Washington,
alliés
objectifs contre
la Syrie
par
PATRICE CLAUDE,
publié dans le
Monde du 13
novembre 2004
On
les dit
inconciliables sur
l'Irak, divergents
sur le dossier
israélo-palestinien,
dissonants sur
l'appréhension du
risque nucléaire
iranien. Sans
bruit ni fanfare,
pourtant, George
W. Bush et Jacques
Chirac sont
parvenus cet été
à se mettre
d'accord sur au
moins un dossier
du Proche-Orient :
la Syrie et le
Liban. Le 2
septembre, après
trois mois de
discussions discrètes,
la France et les
Etats-Unis ont
parrainé ensemble
au Conseil de sécurité
des Nations unies
une résolution,
la 1559, qui somme
la Syrie de
desserrer l'étreinte
qu'elle exerce
depuis maintenant
vingt-huit ans sur
le pays du Cèdre.
Confirmée le 19
octobre par une déclaration
unanime des 15
membres du Conseil
de sécurité, la
1559 réclame le départ
des 14.000 soldats
syriens qui,
quatorze ans après
la fin de la
guerre civile et
quatre ans après
le retrait
militaire israélien
des confins sud du
pays, stationnent
encore au Liban.
Soumise à révision
par le secrétaire
général de
l'ONU, qui devra
dire le 19 avril
2005 ce qu'il
convient de faire
si elle n'est pas
respectée, la résolution
réclame aussi "la
dissolution et le
désarmement de
toutes les milices
libanaises et non
libanaises".
Aussitôt
rejetée par Damas
et son
gouvernement
d'affidés à
Beyrouth comme une
insupportable ingérence
dans leurs
affaires intérieures,
la résolution,
qui ne comporte
pour l'instant ni
date butoir ni
menace de
sanction, a été
plutôt mal
comprise. Dans le
monde
arabo-musulman,
beaucoup s'étonnent
de cette alliance
entre la puissance
occidentale la
plus fermement
opposée à la
guerre préventive
en Irak et
l'administration
américaine la
plus vilipendée
de l'histoire. En
Europe, nombre de
diplomates se
demandent
ouvertement "quelle
mouche a bien pu
piquer Jacques
Chirac pour qu'il
se jette ainsi
dans la gueule du
loup américain".
S'agit-il d'un véritable
tournant
historique dans la
politique arabe de
la France ? Est-ce
la fin des
illusions
entretenues depuis
si longtemps par
cette stratégie
gaullienne ? Ou
bien, comme on le
craint dans
certaines
chancelleries
amies, la France,
prenant acte de la
domination américaine
dans la région et
poursuivant des
objectifs propres,
s'est-elle laissé
entraîner dans un
jeu risqué dont
elle ne détient
pas toutes les
cartes ?
Frontière
poreuse avec
l'Irak
L'administration
Bush, chacun le
sait au
Proche-Orient,
se moque pour
l'instant comme
d'une guigne de
ce petit pays
compliqué et
sans pétrole d'à
peine 5 millions
d'habitants
appelé Liban.
Il y a pour elle
plus urgent. La
Syrie, cent fois
plus vaste,
quatre fois plus
peuplée et
dirigée depuis
des lustres par
la dernière
dictature
baasiste de la
planète, est sa
véritable
cible. Elle
l'est d'autant
plus, depuis
deux ans, qu'il
existe 620 km de
frontière
commune et
poreuse entre la
Syrie et l'Irak
occupé, que ces
deux pays ont
plusieurs
grandes tribus
sunnites en
commun, que des
milliers de
combattants
arabes sont passés
par Damas pour
rejoindre les résistances
anti-américaines
de Fallouja et
d'ailleurs, et
que le régime héréditaire
dirigé par le
jeune Bachar
El-Assad depuis
la mort de son père
en 2000 n'est crédité,
à Washington, "d'aucune
confiance".
Sauf quand elle
veut noyer le
poisson, la
diplomatie américaine
ne pratique plus
guère ce qu'on
appelait jadis "l'ambiguïté
constructive".
On prête à
David
Satterfield,
adjoint au
sous-secrétaire
d'Etat chargé
de la région,
d'avoir tenu cet
été à Bachar
El-Assad ce
propos menaçant
: "Monsieur
le président,
vous n'avez à
nos yeux que
deux options :
être Kadhafi ou
Saddam
Hussein."
En clair,
soumission ou
suicide
politique.
Accusé
à son tour de développer
un programme
d'armes de
destruction
massive et surtout
de ne pas expulser
comme on lui en
intime l'ordre les
représentants des
factions radicales
de lutte contre
l'occupation israélienne
des territoires
palestiniens, la
Syrie, dont la région
du Golan est également
occupée par Israël
depuis 1967, subit
depuis mai un
programme de
sanctions économiques
américaines qui
ne peut que
s'alourdir si le
jeune président
devait rechigner
à la
collaboration étroite
qu'on attend de
lui. Pour
l'instant, il coopère.
Le régime a déployé
plus de 12.000
soldats sur sa
frontière
irakienne, accepté
les patrouilles
communes. Il
multiplie les
gestes de bonne
volonté envers
cet empire qui le
menace. Pour
Washington,
"travaillé"
par les groupes de
pression pro-israéliens
qui veulent un
renversement
complet du régime
ennemi à Damas,
la résolution
1559 n'est
vraisemblablement
qu'une étape.
Pour Paris, le
texte onusien est
pratiquement une
fin en soi. "Nous
avons voulu
marquer une limite,
dit-on dans
l'entourage de
Jacques Chirac. Après
deux années
d'avertissements
amicaux, ignorés
à Damas, nous
avons voulu dire
à Bachar,
"Stop ! Sur
le Liban, vous
n'irez pas plus
loin." "
La colère
de Jacques
Chirac
C'est l'histoire
d'une confiance
trahie. Unique
chef d'Etat
occidental présent
aux obsèques de
feu Hafez
El-Assad,
premier président
à recevoir son
héritier à l'Elysée,
Jacques Chirac,
qui s'est par
ailleurs
beaucoup investi
pour aider le
nouveau venu à
réformer son
pays en douceur
- processus
incidemment jugé
"beaucoup
trop lent"
à Paris -,
s'est senti
purement et
simplement berné,
floué par son
jeune protégé.
"Le président,
explicitent les
diplomates de la
région, a
constamment été
très clair avec
Bachar : nous
comprenons les
liens étroits
qui unissent
depuis toujours
Damas et
Beyrouth. Mais
le Liban est
notre seule
assise régionale
et, là-bas,
notre allié
s'appelle Rafic
Hariri. Il est
premier
ministre, c'est
un ami personnel
de M. Chirac et
c'est sur lui
que nous
comptons pour
assainir le
pays, remettre
de l'ordre dans
ses structures
et entreprendre
les profondes réformes
nécessaires à
son sauvetage
financier.
Alors, s'il vous
plaît,
laissez-le
travailler en
paix !" Lorsque
Jacques Chirac
comprend, dès
juin, que Damas
qui, par la
menace ou la
corruption,
contrôle tout
à Beyrouth, y
compris les
nominations des
plus petits
fonctionnaires,
s'apprête à
faire reconduire
son homme lige
à la tête de
l'Etat du Cèdre
- le général
Emile Lahoud,
ennemi intime de
Rafic Hariri et
opposant acharné
aux réformes -,
son sang
bouillonne.
En
2002, M. Chirac
avait littéralement
mouillé sa
chemise pour
sauver le Liban de
la banqueroute, téléphonant
lui-même aux émirs
du Golfe, aux
dirigeants
japonais et à
d'autres pour
obtenir, sur sa
parole et la
promesse que les réformes
seraient
accomplies, 4
milliards de
dollars. Deux ans
après, l'argent
s'est pratiquement
envolé, siphonné
en partie par la
corruption. Aucune
réforme
d'importance n'a
pu être menée à
terme. Emile
Lahoud a été
reconduit le 3
septembre pour
trois ans et "l'ami
Hariri" a
été poussé à
la démission le
21 octobre. C'est
peu dire que "le
régime autiste de
Damas",
comme on l'appelle
désormais à
Paris, a ignoré
la France. Et,
comme tous ses
familiers le
savent, le président
n'aime pas qu'on
lui manque. Plus
qu'un coup de sang
donc, mais pas de
révolution dans
la politique arabe
de Paris. La
goutte d'eau de
trop, selon les
interlocuteurs du Monde
dans les trois
capitales concernées,
est tombée en
avril quand la
Syrie a annoncé
qu'un gros contrat
gazier de 750
millions de
dollars, guigné
par le groupe
Total, était
attribué en présélection
à un conglomérat
anglo-américain. "Que
voulez-vous,
plaide un proche
du dossier, on
ne peut pas empêcher
un régime aux
abois comme
celui-là, dans la
conjoncture
actuelle, de faire
des cadeaux à ses
ennemis plutôt
qu'à ses
amis..."
Le
Hezbollah plus
que jamais dans
une stratégie
de confrontation
Enquête
- Avec Mersad
1er et les
missiles
Katioucha, une
nouvelle équation
se dessine au
Sud
par
SCARLETT
HADDAD, publié
dans
l'Orient-le
Jour le 26
novembre 2004
A-t-on
un peu trop
vite annoncé
la fin de
l’activité
militaire du
Hezbollah, prévoyant
sa
transformation
imminente en
parti
politique et
son intégration
totale au sein
de la société
libanaise ?
A-t-on encore
plus
rapidement
enterré ses
liens pourtant
vitaux avec
l’Iran, évoquant
sa
libanisation
ou même sa
syrianisation
? Avec le vol
de l’ULM "Mersad
1er", la
montée de la
tension le
long de la
frontière
avec Israël,
ainsi que
certains
changements
internes au
parti, tous
les indices
semblent préparer
une période
de
confrontation,
sinon de
turbulences.
Et cette fois,
le Hezbollah
semble plus
que jamais au
cœur d’une
équation régionale
qui dépasse
les frontières
du Liban.
Avec
un art consommé
de la surprise,
qui dans les
stratégies
guerrières
reste une arme
importante, le
secrétaire général
du Hezbollah,
qui semblait
s’enliser dans
une situation
interne confuse
oscillant entre
le désaveu du
gouvernement et
son appui à la
reconduction du
mandat présidentiel,
a annoncé une
nouvelle équation
avec Israël. La
première réaction
des milieux
concernés a été
de ne pas y
accorder trop
d’importance,
croyant à une
fanfaronnade
dans le plus pur
style des régimes
arabes. C’était
mal connaître
sayyed Hassan
Nasrallah, qui
n’a pas
(encore !) pris
le pli de parler
pour ne rien
dire. Deux jours
plus tard, au
grand dam d’Israël,
un avion sans
pilote survolait
ses localités
du Nord, sans
que ses
puissants
radars, qui
surveillent la région
s’étendant du
Pakistan à
Suez, n’aient
pu le repérer.
C’était la
première fois
depuis 1948
qu’un avion décollant
du Liban
survolait le
territoire israélien
et rentrait
indemne sur le
sol libanais. La
nouvelle avait
de quoi
surprendre,
d’autant
qu’elle
signifie qu’au
lieu de
commencer à
dissimuler ou à
vendre ses
armes, le
Hezbollah en développe
de nouvelles,
brisant un
monopole
existant depuis
des années et
qui réserve les
survols aux
seuls avions
israéliens.
L’événement
est plus qu’étonnant,
il constitue
un véritable
défi, non
seulement à
Israël, mais
aussi à la
communauté
internationale
qui, par la
voix des Américains
et des Français,
ne cesse de
marteler sa détermination
à appliquer
la résolution
1559, prévoyant,
entre autres
points, le désarmement
du Hezbollah.
Mais ceux qui
suivent la
situation du
parti
islamiste
savent qu’en
fait ce développement
s’inscrit
dans le cadre
de l’évolution
de sa stratégie.
Pour lui, il
est de moins
en moins
question de
renoncer à la
lutte armée
et encore
moins de
devenir un
parti purement
local, doté
d’une
dimension et
ayant des
enjeux
internes,
surtout au
moment où les
événements régionaux,
locaux et
internationaux
semblent plus
que jamais liés.
D’ailleurs,
pour lancer
Mersad 1er, le
Hezbollah a
bien choisi
son timing.
Alors que le
gouvernement
libanais espère
neutraliser la
résolution
1559, il
adresse un
message clair
aux Israéliens
: désormais,
la Résistance
répondra aux
survols par
des survols
similaires.
Mais au-delà
de cette équation
simpliste, le
message est
plus stratégique.
C’est un
nouvel équilibre
militaire qui
est en train
de s’établir
et plus que
jamais, le
Hezbollah se
place dans une
position de
confrontation.
Déjà, lors
du dernier
congrès du
parti, qui
s’est tenu
il y a plus de
deux mois, des
changements
importants ont
eu lieu dans
l’équipe
des proches
collaborateurs
du secrétaire
général du
parti, et dans
l’identité
des candidats
que le parti
choisira pour
mener la
bataille des législatives.
Le climat général
est de
resserrer les
rangs et de
promouvoir des
figures
combattantes
et combatives,
parce que dans
sa nouvelle
stratégie, le
Hezbollah ne
semble plus très
intéressé
par la
politique
interne. Il
compte bien sûr
conserver son
bloc au
Parlement,
mais ses
priorités
sont ailleurs.
Et
l’adoption
de la résolution
1559, ainsi
que les
pressions
internationales
sur la Syrie
et l’Iran,
le confortent
dans ses
choix, lui
donnant une
plus grande
marge de manœuvre.
La question
des missiles
et les failles
du système
Ayant senti
donc le vent
souffler à la
tempête,
sayyed
Nasrallah a
donné le ton.
Le Hezbollah
continue de développer
des armes
stratégiques
et Mersad 1er
n’est
qu’un début.
Cet avion de
reconnaissance
doté de systèmes
d’observation
et de caméras
sophistiquées
peut aussi
porter 40 kg
de charges
explosives,
pouvant causer
beaucoup de dégâts
dans les
localités du
nord d’Israël.
De plus,
contrairement
à ce qui a été
annoncé par
la presse israélienne,
des sources
proches du
Hezbollah
affirment que
Mersad 1er est
resté dans
l’espace aérien
israélien
pendant seize
minutes et non
six, sans
avoir été
repéré par
les radars de
l’Etat hébreu.
Il ne s’agit
donc plus
simplement
d’une arme
d’observation
et de
reconnaissance
puisqu’elle
peut se
transformer en
engin
guerrier.
D’ailleurs,
les mêmes
sources
indiquent que
le Hezbollah
posséderait
d’autres
avions et une
trentaine de
ses
combattants
auraient reçu
en Iran une
formation de
pilotes.
Au-delà de
l’équation
des survols,
le message
serait le
suivant : si
l’Iran ou la
Syrie sont
attaqués, le
Hezbollah
ripostera
contre Israël,
à travers les
nouveaux
moyens en sa
possession. Et
même si les
forces américaines
peuvent faire
très mal aux
installations
nucléaires
iraniennes ou
en Syrie,
elles ne
seront pas en
mesure
d’assurer la
sécurité
d’Israël.
De même,
toujours selon
des sources
proches du
parti, le
Hezbollah
aurait mis le
forcing sur
les missiles,
qui, selon
lui, restent
un point
faible dans la
défense israélienne.
Bien que les
sources
officielles
affirment que
les deux
katiouchas
lancées la
semaine dernière
sur les
localités
israéliennes
frontalières
auraient été
envoyées par
des
organisations
palestiniennes
qui se sont
fait passer
pour une
cellule
portant le nom
de Ghaleb
Awali, ce résistant
tué par les
Israéliens
dans la
banlieue-sud,
le Hezbollah a
parfaitement
les moyens de
lancer des
roquettes sur
le nord
d’Israël.
Cette question
est
d’ailleurs
un enjeu stratégique
depuis au
moins dix ans.
Israël a déjà
dépensé des
sommes énormes
pour renforcer
son système
de défense
antimissiles,
mais le problème
est resté
insoluble et
les katiouchas
ont affaibli
la puissance
de
l’aviation
israélienne.
Surtout
maintenant que
les
Palestiniens
ont développé
à leur tour,
avec très peu
de moyens, les
roquettes
"Kassam"
et "Misr".
L’Arabie
saoudite
s’est aussi
dotée de
missiles,
ainsi que l’Egypte.
Ce qui
augmente le
sentiment chez
les Israéliens
d’être
encerclés par
une ceinture
menaçante.
D’où les négociations
pour arrêter
politiquement
le lancement
de ces
missiles, par
le biais des
Américains,
comme cela
s’était
passé en
2001, lorsque
le ministre
iranien des
Affaires étrangères,
Mohammed
Kharazi, était
intervenu
personnellement
auprès du
Hezbollah pour
l’empêcher
d’embraser
le front de
Chebaa, pour
marquer sa
solidarité
avec les
Palestiniens,
au moment où
Ariel Sharon réoccupait
la
Cisjordanie.
Aujourd’hui,
c’est un peu
le même scénario
qui se
reproduit.
Officiellement,
l’Iran et la
Syrie négocient
avec les
Etats-Unis,
mais les deux
pays
conservent la
carte du
Hezbollah, qui
reste pour eux
une nécessité
stratégique.
Et sayyed
Nasrallah, qui
a vu les
nuages
s’amonceler
au-dessus de
la région, a
parfaitement
saisi les
grandes lignes
de l’étape
future,
assumant
totalement le
rôle de
trublion, qui,
d’ailleurs,
ne le dérange
pas outre
mesure,
puisqu’il
s’inscrit
dans sa
logique de
confrontation
avec
l’ennemi.
Mais le Liban
qui continue
d’affirmer
son appui à
la Résistance,
quel rôle
tient-il dans
cette équation
? La réponse
est laissée
à
l’imagination
du lecteur...
La
Syrie prête à
reprendre
"sans
conditions"
les négociations
de paix avec
Israël
paru
dans le Figaro
le 24 novembre
2004
Le
président
syrien Bachar
al-Assad est prêt
à reprendre
"sans
conditions"
les négociations
de paix avec
Israël, a
affirmé
mercredi à
Damas le
coordinateur de
l'Onu pour la
paix au
Proche-Orient,
Terje
Roed-Larsen.
"Le président
Assad m'a affirmé
aujourd'hui
qu'il tendait la
main à son
homologue israélien
et qu'il était
prêt à aller
à la table (des
négociations)
sans
conditions",
a déclaré M.
Roed-Larsen à
la presse à
l'issue d'un
entretien avec
le ministre des
Affaires étrangères
Farouk al-Chareh.
Auparavant, le
responsable de
l'Onu avait été
reçu par M.
Assad.
"Ceci est
très
encourageant,
car pour l'Onu
une paix qui
n'est pas
globale ne peut
pas durer. Il
faut traiter
tous les volets
de la négociation
du processus de
paix" au
Proche-Orient, a
poursuivi M.
Roed-Larsen.
"Cependant,
a dit le
responsable
onusien, nous ne
pouvons pas tout
faire en même
temps, il faut
procéder d'une
manière méticuleuse".
A une
journaliste qui
lui demandait si
la Syrie ne
posait plus de
conditions à
une reprise des
négociations,
M. Roed-Larsen a
répondu qu'il
"ne pouvait
pas parler à la
place du président
de Syrie",
mais que
"c'est le
message que j'ai
recu ce matin du
président"
Assad. La Syrie
avait jusqu'à
présent
toujours affirmé
qu'elle voulait
reprendre les négociations
de paix avec
Israël "au
point où elles
s'étaient arrêtées"
en janvier 2000.
La Syrie veut récupérer
le plateau du
Golan occupé
par Israël
depuis 1967 et
annexé en 1981
avant de
conclure un
traité de paix
avec l'Etat hébreu.
De
la critique à
l'antisémitisme
L'assimilation
des termes
antisioniste et
antisémite est
aussi reprise
dans le rapport
Rufin
par PASCAL
BONIFACE, publié
dans Libération
le 3 novembre
2004
L'auteur
est directeur
de l'Iris
(Institut de
relations
internationales
et stratégiques)
- Dernier
ouvrage paru : Est-il
permis de
critiquer Israël
?, Robert
Laffont, 2003,
signé au Salon
du Livre
francophone à
Beyrouth le 27
octobre 2004
De
nombreux
responsables
communautaires
juifs et des
intellectuels
juifs et non
juifs ont
largement répandu
l'idée que la
critique du
gouvernement
israélien n'était
qu'un alibi pour
exprimer au nom
des victimes
palestiniennes
un antisémitisme
que l'on ne veut
pas afficher
franchement.
Cette thèse a
été reprise
par
Jean-Christophe
Rufin dans un
rapport au
ministre de
l'Intérieur sur
la lutte contre
le racisme et
l'antisémitisme.
Il estime qu'il
existe "un
antisionisme
moderne né au
confluent des
luttes
anticoloniales,
antimondialisation,
antiracistes,
tiers-mondistes
et
gauchistes".
Selon lui cet "antisionisme
est un antisémitisme
par
procuration".
Il
faut d'abord définir
les termes.
Qu'est-ce que
l'antisémitisme
? Qu'est-ce que
l'antisionisme ?
L'antisémitisme
est l'hostilité
- et même
parfois la haine
- à l'égard
des juifs, pris
indifféremment
pour la seule
raison qu'ils
sont juifs. Dans
l'histoire,
l'antisémitisme
a conduit à des
persécutions,
des pogroms et
à la Shoah. L'antisionisme
est différent,
c'est le refus
de l'existence
de l'Etat d'Israël.
Les deux
concepts peuvent
être liés,
mais ils ne le
sont pas
automatiquement.
Il y a évidemment
des gens qui, étant
antisémites,
refusent au
peuple juif le
droit à
disposer d'un
Etat. Mais, en même
temps, il y a au
sein de la
communauté
juive de
nombreux juifs
antisionistes.
Ils peuvent l'être
pour des raisons
religieuses. Au
nom de la Torah,
des religieux
nient à l'Etat
d'Israël le
droit de représenter
tous les juifs.
Ils estiment même
que la politique
d'Israël met
les juifs de la
diaspora en
danger. D'autres
sont
antisionistes
pour des raisons
politiques. Ils
estiment que les
juifs doivent être
intégrés
individuellement
dans les Etats où
ils vivent et ne
se reconnaissent
pas dans un Etat
qui serait fondé
sur des critères
de race ou de
religion.
D'autres, enfin,
sont sionistes
mais c'est
justement leur
attachement à
Israël qui les
conduit à
critiquer
Sharon, coupable
à leurs yeux de
porter atteinte
aux intérêts
à long terme
d'Israël.
Il
peut y avoir des
sionistes antisémites.
Une partie de
l'extrême
droite française
l'est. Elle préfère
voir les juifs
en Israël plutôt
qu'en France.
Elle approuve la
politique de répression
contre des
Palestiniens du
fait d'un
racisme
antiarabe. Les
chrétiens
sionistes américains
soutiennent la
politique de
Sharon. Pour
eux, le retour
des juifs en
Terre sainte
servirait de prélude
à leur adhésion
au Christ et,
pour ceux qui ne
le font pas, à
leur destruction
physique. Ils
sont donc antisémites
et sionistes. On
le voit, il y a
donc de
multiples
combinaisons des
termes
"sionisme",
"antisionisme"
et "antisémitisme".
L'assimilation
des termes
"antisioniste"
et "antisémite",
si elle est
possible, n'est
en rien
automatique.
Dans le cas présent,
elle vise avant
tout ceux qui
combattent
l'antisémitisme,
qui
reconnaissent le
droit pour Israël
d'exister dans
des frontières
sûres et
reconnues, qui
condamnent les
attentats-suicides
mais qui
critiquent la
conduite de son
gouvernement.
Ils ne
reprochent pas
à Israël
d'exister, ils
critiquent ce
que fait Israël.
Or le fait de
critiquer le
comportement
d'un
gouvernement ne
revient pas à
nier le droit à
un Etat
d'exister.
Il
est indéniable
que le peuple
juif est celui
qui a le plus
souffert du
racisme, et le génocide
juif a un caractère
unique. Cela ne
permet pas pour
autant d'accuser
d'antisémitisme
ceux qui
critiquent le
gouvernement de
l'Etat d'Israël.
Bien sûr, vos
accusateurs
affirmeront
qu'il est
possible de
critiquer Sharon
sans être taxé
d'antisémitisme.
Ils disent
d'ailleurs
qu'eux-mêmes
peuvent exprimer
des réserves
sur la politique
israélienne.
Mais, outre le
fait qu'on a du
mal à
identifier de
telles critiques
venant de leur
part, ils
interdisent aux
autres dans la
pratique ce
qu'ils disent
tolérer en théorie.
Car la critique
du gouvernement
israélien est
comparable à ce
qu'était la
liberté
syndicale ou
religieuse dans
les pays
communistes.
C'est théoriquement
possible. Mais,
si vous passez
à la pratique,
vous allez
au-devant de
graves problèmes.
Si l'on critique
George W. Bush
pour son
comportement en
Irak, ou pour
son refus de
respecter le
droit
international
d'interdiction
de recours à la
guerre, on ne
sera pas accusé
automatiquement
de faire de
l'antiaméricanisme
(bien que cela
soit de plus en
plus fréquent),
ni de faire du
racisme antiaméricain.
De même, si
l'on critique le
gouvernement
Poutine en Tchétchénie,
on ne se verra
pas reprocher de
faire du racisme
antirusse, on
constatera un désaccord
politique avec
les exactions
des Russes dans
cette région.
On pourra
critiquer le
gouvernement
chinois sans être
traité de
racisme
antichinois,
avoir des
jugements très
durs à l'égard
d'Arafat sans
encourir le procès
d'un racisme
antiarabe. Ceux
qui par exemple
désapprouvent
la politique
française au
Proche-Orient ne
sont pas accusés
de faire du
racisme antifrançais.
On
voit bien le
danger d'un tel
raisonnement
sous couvert de
lutter contre
l'antisémitisme,
on criminalise
la critique
politique d'un
gouvernement. Il
y a bel et bien
une tentative
d'empêcher le
libre exercice
du débat démocratique
sous couvert de
lutte contre
l'antisémitisme.
Cette tactique
peut avoir des
avantages. Elle
est, dans
l'optique du
gouvernement
israélien, dans
un premier temps
efficace. Qui
pourrait assumer
l'accusation
infamante
d'antisémitisme
? L'accusation
d'antisémitisme
même injustifiée
fait de vous un
paria dans de
nombreux
cercles. Peu de
gens iront vérifier
si les
accusations ont
un réel
fondement ou si
elles sont
simplement un
moyen d'exclure
de la vie de la
cité une
personne dont le
seul tort est
d'avoir critiqué
le gouvernement
israélien. En
ce cas, c'est au
défenseur
d'apporter la
preuve de son
innocence et non
à l'accusation
de prouver la
culpabilité. Il
suffit de
l'affirmer.
Mais, à terme,
cette politique
est
catastrophique,
elle revient à
banaliser
l'antisémitisme.
Elle crée une
assimilation
entre juifs français
et Israéliens
qu'elle condamne
par ailleurs et
qui ne
correspond pas
à la réalité.
Si l'on veut
combattre
efficacement
l'antisémitisme,
il ne faut pas pénaliser
la critique de
l'Etat d'Israël.
Il ne faut pas
établir un lien
automatique
entre Juifs français
et Israéliens.
Il faut
distinguer la
lutte contre
l'antisémitisme
de la défense
d'Israël.
George
W. Bush, l'ultra-président
Longtemps
jugé beaucoup
plus médiocre que
son père, il aura
pourtant réussi
à être réélu,
contrairement à
son géniteur •
Les attentats du
11 septembre lui
ont conféré une
stature d'homme d'Etat
que sa guerre
controversée en
Irak n'a que
partiellement
entamé •
Ultraconservateur,
il rempile pour
quatre ans à la tête
d'un pays qu'il a
profondément
divisé •
paru
dans Libération
le 4 novembre
2004
George
W. Bush a tenu tête
à John Kerry et
va passer quatre
années supplémentaires
à la Maison
Blanche. Son
approche radicale,
à droite toute,
aura finalement
payé. Dans cette
première présidentielle
depuis les
attentats du 11
septembre 2001, il
a sans doute
incarné celui qui
était le mieux à
même de diriger
un pays en guerre
en Irak et de
lutter contre le
terrorisme. Depuis
le début de sa
vie, Bush marchait
sur les traces de
son père, George
Bush, président
de 1988 à 1993.
Il vient enfin de
s'en démarquer.
Battu par Clinton,
Bush senior
n'avait pas réussi
à rempiler pour
un deuxième
mandat. George W.
si. Malgré une
campagne électorale
acharnée, qui
aura produit au
bout une
mobilisation
record des électeurs.
Né
dans le
Connecticut le 6
juillet 1946, le
petit George reçoit
le même prénom
que son père.
Pour s'en
distinguer, il
rajoutera un W
pour Walker, nom
de jeune fille de
sa grand-mère.
L'aîné des
enfants Bush
grandit au Texas où
son père fait
fortune dans le pétrole.
Il est très
proche de sa mère
Barbara, surtout
après la mort
d'une leucémie en
1953 de sa soeur
cadette. Comme
papa, il va faire
ses études à
Yale, l'une des
plus prestigieuses
universités américaines,
mais en se faisant
connaître pour
ses frasques. Elève
médiocre et
sportif moyen, il
n'arrive pas à la
cheville de son père.
Il évite le
Vietnam en
s'engageant dans
la Garde nationale
du Texas où il
devient pilote de
chasse avant de se
faire transférer
dans l'Alabama
pour aider la
campagne électorale
d'un ami de son père.
La rencontre avec
Laura, suivie
rapidement d'un
mariage, en 1977,
change vite sa vie
dissolue. Texane,
bibliothécaire,
elle donne
naissance à des
filles jumelles,
Jenna et Barbara,
aujourd'hui âgées
de 23 ans et le
pousse à renoncer
complètement à
l'alcool, un jour
de juillet 1986.
Mais c'est surtout
sa rencontre avec
un groupe de chrétiens
évangélistes de
Midland (Texas) au
milieu des années
80 qui le
transforme. De
confession
protestante, il
devient profondément
pieux. Il
travaille dans
plusieurs
entreprises,
principalement pétrolières
et contribue à
remonter les Texas
Rangers, l'équipe
de base-ball de la
banlieue de
Dallas.
Toujours
sur les traces
paternelles, il se
lance en
politique. Après
un échec au Congrès,
il devient, contre
beaucoup de
pronostics,
gouverneur républicain
du Texas en 1994.
"Shrub"
(le petit buisson)
est même réélu
en 1998 par 68%
des Texans, un
score record. Bush
est choisi en 2000
par son parti pour
affronter le démocrate
Al Gore, vice-président
sortant. Il ne
gagnera que de
justesse, après
un recompte des
voix en Floride et
une longue
bataille juridique
se terminant
devant la Cour
suprême. Le
quarante-troisième
président des
Etats-Unis,
"le mal-élu",
arrive en janvier
2001 à la
Maison-Blanche
sans beaucoup
d'intérêt pour
les affaires
internationales.
Il s'implique
moins au
Moyen-Orient que
ses prédecesseurs,
refuse de signer
une série
d'accords
internationaux
comme le Protocole
de Kyoto, et sera
sans considération
pour les alliés
des Etats-Unis.
Neuf
mois plus tard,
les attentats du
11 septembre sont
un réveil brutal.
Il s'emploie à
rassurer les Américains
traumatisés et sa
cote de popularité
approche les 90%.
Il se transforme
en chef de guerre
en intervenant
militairement en
Afghanistan et en
traquant les
terroristes d'Al-Qaeda.
Il s'attaque
ensuite, au nom de
la guerre contre
le terrorisme, au
dictateur irakien
Saddam Hussein
qu'avait déjà
affronté son père.
L'accusant de posséder
des armes de
destruction
massive, il le
renverse après
une guerre éclair
au printemps 2003
et sans tenir
compte des réserves
de plusieurs pays
dont la Russie,
l'Allemagne et la
France. La
politique économique
et sociale de
l'homme qui se déclare
partisan d'une
interdiction
constitutionnelle
du mariage
homosexuel s'avère
aussi radicale : réduction
des impôts au
profit des plus
riches, blocage
des financements fédéraux
à la recherche
sur les cellules
souches
embryonnaires.
Mais
plus de 1.100
soldats américains
ont trouvé la
mort en Irak où
la situation reste
chaotique,
provoquant une
forte chute de sa
cote de popularité.
Son adversaire ne
se sera pas privé
pour l'accabler
sur ce point. Le
pays n'aura jamais
autant été divisé.
Le traumatisme du
11 septembre et la
hantise du
terrorisme aura
poussé une
majorité des Américains
à reconduire
l'incarnation de
la fermeté.
"Sachant ce
que je sais
aujourd'hui,
j'aurais pris la même
décision. l'Amérique
et le monde sont
plus sûr avec
Saddam Hussein en
prison",
affirme-t-il. L'Amérique
a fait son choix.
Bush est reconduit
au terme d'une présidentielle
passionnée, qui
n'a pas fini de
laisser des
traces.
Témoignages
- Démesure et
paradoxes :
l’expérience
libanaise de
Yasser Arafat
par
MICHEL HAJJI
GEORGIOU, publié
dans l'Orient-le
Jour le 13
novembre 2004
La
disparition de
Yasser Arafat
n’est pas sans
ouvrir à
nouveau la boîte
à souvenirs
souvent
douloureux,
jamais
totalement
close, de la
guerre du Liban.
Ainsi le
personnage
continue-t-il de
susciter les réactions
les plus vives
plus de vingt
ans après son départ
du pays du Cèdre.
Le temps, qui
passe pour
cicatriser les
plaies les plus
profondes, n’a
apparemment
toujours pas
fait son office. Les
personnalités
libanaises
interrogées
hier par L’Orient-Le
Jour ont bien
connu Arafat,
directement ou
indirectement.
Certaines ont été
ses alliées
face aux milices
chrétiennes,
puis à Israël,
d’autres
l’ont combattu
férocement
jusqu’à l’épuisement.
Les témoignages
et les
impressions
concernant le
leader défunt
sont
contradictoires,
même si tous
mettent en évidence
l’intelligence,
la ruse et la ténacité
de Arafat.
Antoine Najm,
ancien compagnon
de Béchir
Gemayel au sein
des Forces
libanaises,
exprime immédiatement
sa haine de
Arafat jusqu’à
ce jour. Il en
est de même
pour Fouad Chémaly,
jadis représentant
du Tanzim au
sein du Front
libanais, ou de
Obad Zouein,
autrefois membre
du bureau
politique de
cette formation,
qui a combattu
les fedayine
palestiniens,
notamment à
Tallet el-Mir,
lors de la
bataille de Tall
el-Zaatar.
"C’était
mon ennemi, je
l’ai combattu.
Nous l’avons
accueilli chez
nous, au Liban,
il nous a tiré
dessus. Si
j’ai pris les
armes à cette
époque, c’était
pour me battre
contre les
Palestiniens.
Sinon, je ne
l’aurais
probablement
jamais
fait",
dit-il, estimant
que le mythe de
la résistance
palestinienne au
Liban a été
"créé de
toutes pièces
par les régimes
arabes pour
faire oublier la
défaite de
1967". Egalement
témoin de cette
époque,
puisqu’il
s’est battu
dans les rangs
du PNL, Dory
Chamoun se
souvient de
trois rencontres
entre Camille
Chamoun et
Arafat en sa présence,
rue de Verdun,
en 1975. "Il
y avait eu une
tentative de
rapprochement
entre les deux
camps. Arafat était
pour une
solution. Mais
son initiative
avait irrité
Kamal Joumblatt
et l’URSS, et,
par suite,
n’avait plus
abouti", se
souvient-il. Joseph
Abou Khalil évoque,
de son côté,
une réunion en
1968-1969 entre
Arafat, Pierre,
Amine et Béchir
Gemayel à déjeuner.
"Je me
souviens qu’il
nous avait dit :
“Vous verrez,
l’Etat
palestinien
n’est qu’une
question de
temps”. Je ne
l’avais pas
trop pris au sérieux.
En réalité,
nous avons tenté
à plusieurs
reprises
d’aboutir à
une solution,
mais c’était
difficile : nous
avions tous les
deux
raison",
indique-t-il, en
évoquant une
tentative de
rapprochement
entre Yasser
Arafat et Béchir
Gemayel à
l’ambassade du
Koweït, en
1976.
Dans la même
perspective,
Michel Aoun, qui
a combattu les
Palestiniens,
notamment à
Tall el-Zaatar
et à Saïda,
indique : "Nous
voulions les
contrôler sans
briser leur
cause. Il
fallait qu’ils
rentrent en
Palestine.
Arafat est à
l’origine de
beaucoup de dérives
au Liban, mais
il revient désormais
à l’histoire
de le juger. En
fait, nous étions
tous perdants
dans ce
conflit."
Aoun évoque sa
rencontre avec
Arafat à Tunis,
en 1989 : "Je
lui ai dit que
la cause
palestinienne
n’avait pas sa
place au Liban
et qu’elle
n’y courait
donc aucun
danger. Il m’a
indiqué qu’il
mettait son
fusil à ma
disposition. Et
il n’y a pas
eu de problèmes
avec les
Palestiniens
durant cette période."
L’ancien président
Amine Gemayel
rappelle que
Arafat a été
"critiqué
par les uns et
les autres tout
au long de son
parcours, tout
en étant
respecté comme
symbole de la
cause
palestinienne,
qu’il a su
garder vivante
dans les cœurs
et les
esprits".
Et d’évoquer
trois rencontres
: "La
première lors
de l’enlèvement
de Béchir, en
1975. Pour nous,
il était le
diable. Mais
j’avais été
sidéré par son
accueil. Il nous
a reçus comme
des alliés, des
amis de longue
date, comme
s’il n’y
avait jamais eu
de problèmes
entre nous. Il
avait la capacité
de concilier les
inconciliables.
Ensuite, je
l’ai vu durant
le siège de
Beyrouth, en
1982. C’était
une rencontre
pathétique. Il
ne savait pas
s’il serait
toujours en vie
ou prisonnier
des Israéliens
le lendemain. Il
se sentait seul,
abandonné par
ses alliés. Il
recherchait le
martyre, le
sacrifice
ultime. Cette
rencontre était
un testament. Il
avait fait son
mea culpa et
j’avais essayé,
paradoxalement,
de le réconforter.
Il pensait que
les Palestiniens
avaient fait une
erreur en
trempant dans la
politique
libanaise,
qu’ils avaient
mal agi avec les
Libanais. Enfin,
je l’ai revu
à Tunis. Il
m’a contacté
par téléphone,
il y a quelque
mois,
lorsqu’il était
assiégé. Il
m’avait confié
ses déboires
avec les Israéliens.
Il bénéficiait
de cette baraka
contre tous les
mauvais
sorts."
Comment Béchir
Gemayel a sauvé
la vie de Arafat
La première
rencontre de
Karim Pakradouni
avec le "khitiar",
en Jordanie,
remonte à l’époque
où il était à
la section
estudiantine des
Kataëb :
"Je me
souviens de
cette phrase
lors de cette
première réunion
: “Jérusalem
sera la capitale
de l’Etat
palestinien, et
le Liban le modèle
(de
coexistence)”.
Pakradouni évoque
également la détermination
de Arafat
d’arrêter la
guerre en 1976
pour éviter à
tout prix
l’entrée des
Syriens au
Liban. Il
rappelle ensuite
les vives inquiétudes
du leader
palestinien
avant l’élection
de Béchir
Gemayel à la présidence,
en 1982.
"Mais une
fois Béchir élu,
il m’a dit :
“Maintenant
qu’il est président,
je voudrais que
chacun de nous
assume ses
responsabilités”.
Il se souvient
ensuite
d’efforts déployés
pour une dernière
réunion entre
le président-élu
et Arafat, avant
le départ des
Palestiniens de
Beyrouth : "Tout
avait été
arrangé avec
Elie Hobeika et
Johnny Abdo.
Mais Béchir a
disparu à
l’heure de la
réunion. Pour réapparaître
seulement douze
heures plus
tard. Interrogé
sur son absence,
il a répondu
qu’il pensait
qu’il était
peut-être pisté
par les Israéliens
et que sa présence
à cette réunion
aurait mis en
danger la vie de
Arafat. Ces
derniers
voulaient l’éliminer.
Il s’est donc
abstenu."
Enfin,
Pakradouni évoque
cette phrase que
lui a confiée
Arafat en 1986
à Tunis : "Au
Liban, nous
avons perdu la
route de la
Palestine."
"J’ai épousé
la révolution"
Elias Atallah,
ancien compagnon
de Arafat
puisque membre
du PCL et du
Mouvement
national, a
combattu à ses
côtés
:"Il avait
un style de vie
semblable à
celui des
combattants
palestiniens,
avec les mêmes
besoins
minimaux. Il négociait
avec Philip
Habib jusque
dans les plus
petits détails,
avec une
mallette reliée
à des
satellites. Il
était froid,
cohérent avec
lui-même. Je me
souviens qu’en
1982, il était
entré dans une
colère froide
lorsque George
Habache et Nayef
Hawatmeh
refusaient de
quitter
Beyrouth. Il détestait
la surenchère."
Atallah et Nadim
Abdel Samad,
autre
responsable
communiste à
l’époque, se
souviennent que
Arafat a dormi
avec eux durant
une semaine dans
le sous-sol du
QG du PCL, à
Beyrouth, sur
des matelas de
fortune, qu’il
refusait de
vivre dans la
clandestinité
et qu’il
prenait des
risques. Abdel
Samad, qui l’a
très bien
connu, évoque
l’obsession
principale du
chef palestinien
durant toutes
ces années :
rentrer en
Palestine.
"Il m’a
dit un jour :
“Plutôt être
moukhtar en
Palestine que
chef de
n’importe quel
Etat arabe”.
Il voulait
regagner la
Palestine à
tout prix,
contrairement à
la célèbre
formule d’Abou
Ayad sur Jounieh." "Il
m’a dit aussi
un jour, durant
le siège de
Beyrouth : “Le
coup qui ne me
brise pas me
renforce”. Il
tenait à
transformer sa défaite
en renaissance
politique",
poursuit-il en
évoquant la
longue lutte de
Arafat pour préserver
la cause
palestinienne de
sa récupération
par les régimes
arabes,
notamment la
Syrie. Une
autre phrase qui
a marqué Abdel
Samad : "On
lui a demandé
un jour combien
de temps il
allait continuer
à vivre ainsi,
sans
s’installer.
S’il ne
pensait pas au
mariage, à
fonder un foyer.
Et il a répondu
: “J’ai épousé
la révolution”. Des
noces de
platine, pour le
meilleur et,
souvent, pour le
pire.
L'Eglise
catholique est
satisfaite du
bilan de la
semaine d' "évangélisation"
à Paris
par
HENRI TINCQ, publié
dans le Monde du 2
novembre 2004
Les veillées
ont attiré près
de 100.000
personnes dans
les paroisses.
Les évêques,
sur le modèle
pentecôtiste,
cherchent
comment faire
entendre le
"discours
chrétien"
dans les grandes
villes. Entre
les saints et
les sorcières,
la guerre était
déclarée. Le
succès médiatique
et commercial de
la vieille fête
païenne, américanisée
sous le nom
d'Halloween,
suivait la perte
du sens de la fête
chrétienne de
la Toussaint.
Holy wins
("le saint
gagne") :
avec un jeu de
mots, à la
Toussaint 2002,
de jeunes
catholiques
parisiens, sur
la place
Saint-Sulpice,
avaient relevé
le défi.
Concerts, témoignages,
distributions
dans les rues de
tracts montrant
une croix qui
transperce une
citrouille ! Ils
ont recommencé
samedi 30
octobre. Pour
eux,
"Toussaint
2004" a écrasé
Halloween. Mais
faute de
combattant : le
succès
d'Halloween,
selon les commerçants,
subit un net déclin.
Ce n'est bien sûr
pas cette
concurrence qui
a mobilisé les
catholiques, du
samedi 23
octobre au lundi
1er novembre,
pour une
"campagne
d'évangélisation"
sans précédent
-
"Toussaint
2004" - à
Paris. Mais
Halloween a
servi
d'aiguillon. "Plutôt
que de crier au
voleur" contre
une fête celte
christianisée,
il faut
"redonner
un sens à la
Toussaint et à
la Fête des
morts le 2
novembre".
Cesser
de diaboliser
Halloween, réinvestir
la Toussaint.
Message reçu. A
l'invitation de Mgr
Jean-Marie
Lustiger, archevêque
de Paris, et des
quatre archevêques
de Vienne,
Bruxelles,
Lisbonne et
Budapest, venus en
France avec des
centaines de fidèles,
les églises de
Paris ont connu
des records
d'affluence. Une
semaine durant,
des
"missionnaires",
reconnaissables à
leur coupe-vent
rouge, ont bravé
le froid et le
scepticisme de
passants
accueillis autour
de petits
chapiteaux sur le
parvis de
Notre-Dame, au
Trocadéro ou au métro
Pasteur. Ils ont
chanté, débattu
au pied de la
croix de 17 m
dressée devant la
cathédrale par
l'architecte
Jean-Marie
Dutilleul. "Il
était temps que
l'Eglise se réveille",
dit sèchement une
vieille
Parisienne.
"On est là
pour parler de
notre foi et
partager la parole
de Dieu",
répond Isabelle
à des touristes
étonnés. Toute
la semaine, les
communautés
charismatiques
(Emmanuel, Béatitudes,
etc.), fers de
lance de l'opération
- un peu trop au
goût de certains
-, ont animé
concerts, débats,
soirées. Avec des
"vedettes"
aussi diverses que
Sœur Emmanuelle,
les franciscains
du Bronx, l'acteur
Michael Lonsdale
ou Jean Vanier,
fondateur de
l'Arche. Jusqu'à
la nuit, dimanche,
les paroisses de
Paris ont aussi défilé
jusqu'à
Notre-Dame pour y
déposer des
intentions de prières
- 300.000 au total
- "pour
les vivants et les
morts",
enregistrées sur
des "livres
de vie" dans
des lieux les plus
divers, y compris
les prisons. Dans
les églises, restées
ouvertes toute la
semaine, près de
100.000 personnes
ont participé à
des veillées. Des
concerts (musique
sacrée, mais
aussi reggae,
rock, gospel), des
temps de prière
et de débat - sur
le pardon, la
solidarité, la
pauvreté, etc. -
ont permis de
tisser quelques
liens, dans les
quartiers, avec
des personnes étrangères
à l'Eglise.
Notre-Dame
bondée
Bien plus
qu'Halloween, la
question qui
taraude les
catholiques est
de savoir
comment annoncer
la foi face à
la perte des repères
éducatifs, dans
un environnement
qui leur semble
hostile, et dans
le climat
d'anonymat et
d'indifférence
des grandes
villes. Comment
montrer sa foi
dans la rue,
sans choquer et
sans évangélisation
forcée ?
"Les chrétiens
sont
redescendus,
comme aux
premiers siècles,
dans les
catacombes",
admettait le
cardinal
Godfried
Danneels, archevêque
de Bruxelles,
samedi, dans une
cathédrale
Notre-Dame bondée.
"Des
gens sont saturés
par le discours
chrétien,
ajoutait Mgr
Lustiger.
D'autres sont
blessés et ont
des comptes à régler
avec l'Eglise.
En même temps,
je vois des
hommes et des
femmes qui ont
faim de
Dieu."
Alors que faire,
interrogeaient
les jeunes,
assis devant
l'autel ? "Attendre
que la blessure
guérisse et
montrer que
Dieu, loin d'être
un carcan, est
une source de
liberté." Calqué
sur les modèles
pentecôtiste et
évangélique
(en pleine
croissance dans
les mégapoles
modernes), un
mode d'évangélisation
s'est imposé
pendant une
semaine à Paris
: annonce
directe de la
foi, accent mis
sur la "visibilité"
du témoignage,
rassemblements
fondés sur la
chaleur, la
ferveur et l'émotion.
Feu de paille ?
Il reste tant à
faire, disait au
Monde,
dimanche, l'un
des
organisateurs, Mgr
Pierre d'Ornellas,
évêque
auxiliaire : "L'homme
moderne se façonne
dans la ville. A
cette humanité
nouvelle l'Eglise
doit trouver des
réponses
nouvelles. Sa
première tâche
est de rétablir
de vraies
relations
humaines." Et
ceux qui
confondent cette
initiative avec
une nouvelle
volonté de prosélytisme
catholique
devraient aller
se faire peur
plutôt chez les
sorcières
d'Halloween !
L'islamisme
brise le modèle
hollandais
L'assassinat
de Theo Van Gogh
et les attentats
racistes
creusent le fossé
entre musulmans
et Néerlandais
de souche
par
LAURE MANDEVILLE,
publié dans le
Figaro le 10
novembre 2004
Des
centaines de
personnes
rassemblées
devant des écrans
géants,
retransmission
en direct à la
télévision et
à la radio
publiques, un
vice-premier
ministre parmi
les proches : le
cinéaste
provocateur Theo
Van Gogh,
assassiné au
nom de l'islam
radical, a eu
droit à des funérailles
presque
nationales,
mardi, aux
Pays-Bas. C'était
le pays le plus
tolérant du
monde. C'est en
tout cas ainsi que
les Pays-Bas se rêvaient.
Un "jardin
hollandais
multiculturel",
où les communautés,
protestante,
juive, musulmane
ou gay, cohabitent
en liberté. Un
pays qui avait
ouvert en grand
ses portes à
l'immigration étrangère,
supprimé les
cartes d'identité
et misé sur la
"police
sociale" et
la libéralisation
des drogues pour réduire
la délinquance.
Les Néerlandais
s'offensaient de
voir des pays plus
"policiers",
comme la France, dénoncer
une forme de naïveté
politique, voire
d'inconscience. Présentant
les banlieues françaises
comme un
repoussoir, les
Pays-Bas étaient
fiers de voir
leurs ministres se
rendre en vélo à
leur travail en
toute sérénité.
L'assassinat en
pleine rue, mardi
dernier, par un
jeune Marocain de
la deuxième génération,
lié à des réseaux
islamistes
radicaux, du cinéaste
Theo Van Gogh,
personnage
provocateur auteur
d'un pamphlet sur
l'islam, n'en a été
que plus ravageur,
dans une société
qui croyait avoir
résolu pour de
bon les problèmes
d'identité et de
religion. Le fait
que l'on ait
retrouvé sur le
corps de la
victime un
document annonçant
d'autres cibles,
notamment parmi
des députés, a
traumatisé
l'opinion. Et les
actes racistes
perpétrés par
des extrémistes néerlandais
contre des mosquées
et une école
musulmane en réaction
au meurtre ont
ajouté au désarroi
général.
Ebahis,
les Néerlandais réalisent
que leur fameux
"modèle"
a volé en éclats
et qu'un dangereux
fossé se creuse
entre les Néerlandais
de souche et leur
communauté
musulmane, forte
de 900.000 âmes
sur 16 millions
d'habitants.
Beaucoup s'inquiètent
d'une montée des
extrêmes, menaçant
l'idéologie de
tolérance qui
constituait le
socle politique et
social du pays. "Dans
un pays où tout
est modéré,
l'alarmisme des
derniers jours est
frappant, note
un observateur
occidental. Après
avoir dit
longtemps qu'il
n'y avait aucun
problème, on
entend les
politiciens
affirmer que le
pays est en
guerre."
Selon un sondage
publié hier par
plusieurs journaux
régionaux,
quelque 40% des Néerlandais
souhaitent que les
musulmans ne se
sentent plus chez
eux aux Pays-Bas,
tandis que 90% réclament
un renforcement de
la lutte contre le
terrorisme, même
au détriment des
libertés
individuelles. 80%
des personnes
interrogées
veulent une
politique d'intégration
"plus
dure". Il
s'agit là d'
"un énorme
durcissement et
d'une grande
polarisation",
commentait
hier le quotidien Brabants
Dagblad.
Cela
fait en réalité
plus de deux ans
que ce tremblement
de terre politique
est en cours. La
première
secousse, décisive,
avait eu lieu en
2002, année qui
avait vu la montée
en puissance de
Pim Fortuyn puis
son brutal
assassinat. Surgi
sur une scène
politique néerlandaise
assoupie, osant
lier le succès de
l'intégration à
un strict contrôle
de l'immigration,
cet homosexuel
libertaire
favorable à la laïcité
à la française
s'attaqua au modèle
communautaire et
aux "dangers"
d'un "islam
arriéré".
"Les Pays-Bas
sont pleins",
osait-il. Au
pays du
politiquement
correct, c'était
un coup de
tonnerre. Quelques
mois plus tard,
Pim était
assassiné par un
Néerlandais
illuminé, membre
d'une association
de défense des
animaux. Mais
l'incroyable succès
remporté par son
tout jeune parti
montra qu'il avait
vu juste. Depuis,
le monde politique
ne parle plus que
de défendre les "valeurs
néerlandaises"
et d' "instaurer
une distinction très
claire entre tolérance
et
laisser-faire",
note
l'intellectuel
Paul Scheffer. Le
parti chrétien-démocrate
du premier
ministre, Jan
Balkenende, s'est
allié au parti
libéral VVD pour
durcir la
politique
d'immigration et
mettre à l'ordre
du jour la "tolérance
zéro" en
matière de sécurité.
Le nombre de déboutés
du droit d'asile
est en forte
augmentation.
Beaucoup
d'intellectuels
immigrés ont
participé à ce séisme
politique. Et
parmi eux, Ayaan
Hirshi Ali, députée
musulmane
d'origine
somalienne,
devenue un symbole
de la lutte contre
l'islam radical. "Les
Pays-Bas se sont
vus comme un modèle
de tolérance,
mais cantonner les
immigrés dans
leurs communautés,
laisser les femmes
musulmanes
prisonnières du
carcan
fondamentaliste et
de l'excision,
est-ce de la tolérance
ou de
l'aveuglement
?", tempête
la jeune femme,
qui est gardée
vingt-quatre
heures sur
vingt-quatre par
des policiers, en
raison des menaces
de mort qu'elle ne
cesse de recevoir.
L'assassinat du
cinéaste Van Gogh,
avec lequel Hirshi
Ali avait réalisé
un film controversé,
a remis à l'ordre
du jour la
question de la sécurité
de la députée,
le Parlement n'étant
pas sécurisé
contre de
possibles attaques
terroristes.
Au-delà de cette
question, la
classe politique
semble avoir le
plus grand mal, en
raison de ses
traditions, à
trouver une réponse
pragmatique.
"Ce vide
politique profite
à l'extrême
droite, qui occupe
le terrain", s'inquiète
un observateur
occidental. Il y a
pourtant fort à
faire, notamment
en matière de législation
antiterroriste,
ajoute-t-il.
Jusqu'au mois d'août
dernier, la
qualification pour
crime terroriste
n'existait même
pas en droit
hollandais. "La
répression n'était
pas pour nous, car
nous pensions que
le Djihad était réservé
aux autres, pas
aux Pays-Bas, note
une journaliste
hollandaise. C'est
la fin d'une
illusion."
Un
virus
"homosexuel"
bloque les écrans
des sénateurs
italiens
par
JEAN-JACQUES
BOZONNET, publié
dans le Monde du
28 novembre 2004
Considérée
comme un "péché"
par l'éphémère
candidat
commissaire européen
Rocco Buttiglione,
l'homosexualité a
pris la forme d'un
virus, lundi 22
novembre, pour les
sénateurs
italiens. Un
pirate s'est
introduit dans le
système
informatique du Sénat,
bloquant tous les
ordinateurs des
parlementaires. En
fond d'écran, les
élus ont eu la
surprise de découvrir
une image représentant
les ébats
amoureux d'un
couple d'hommes.
Farce de mauvais
goût ou acte
politique ?
Certains
locataires du
Palais Madame, qui
abrite le Sénat,
ont évoqué la
possibilité d'un
lien avec une
affaire qui a fait
grand bruit depuis
l'été : le
licenciement par
le vice-président
du Sénat,
Domenico
Fisichella, d'un
de ses
collaborateurs
soupçonné d'être
homosexuel.
L'homme
en question, Dario
Mattiello, avait
été photographié
début juillet
lors d'une soirée
au Gay Village,
l'une des
animations
estivales de la
ville de Rome.
Quelques jours après
la publication du
cliché par
l'hebdomadaire Panorama,
il avait été prié
de faire ses
valises. Pourtant,
le sénateur a
toujours nié que
les orientations
sexuelles supposées
de son employé
soient le motif du
licenciement. Il a
mis en cause ses
comportements sur
le lieu de
travail, notamment
la fréquentation
de sites Internet "inopportuns".
Les dénégations
de M. Fisichella,
sénateur
d'Alliance
nationale, n'ont
pas convaincu la
très
berlusconienne
ministre pour la
parité, Stefania
Prestigiacomo.
Elle a annoncé,
le 19 novembre,
qu'elle avait
recruté Dario
Mattiello dans son
propre cabinet. "Personne
ne peut être
discriminé sur
son lieu de
travail",
a-t-elle déclaré.
Aussitôt, son
collègue Roberto
Castelli, ministre
de la justice
(Ligue du Nord),
s'était inquiété
de savoir s'il
avait été
embauché pour ses
seules compétences.
"Sinon,
avait-il dit,
il pourrait s'agir
d'une
discrimination à
l'égard des hétérosexuels."
Mme Prestigiacomo
nie avoir voulu
faire un exemple :
"C'est un
fonctionnaire de
très haut niveau
qui parle six
langues",
a-t-elle précisé.
Un collectif
pour les droits
des homosexuels a
manifesté récemment
devant le Sénat.
Mais l'idée d'un
virus vengeur est
exclue par le sénateur
de centre gauche
Franco Grillini : "La
communauté gay
n'a jamais utilisé
de tels moyens de
lutte",
estime-t-il. Les
informaticiens ont
dû batailler plus
de 24 heures pour
retirer l'image et
débloquer les
ordinateurs des
parlementaires.
L'islamisme
gagnera-t-il la
bataille de
l'Europe ?
par GILLES
KEPEL, publié
dans le Monde du
2 novembre 2004
L'auteur
est professeur
à l'Institut d'études
politiques de
Paris (chaire
Moyen-Orient Méditerrannée)
Venant
à Paris plaider
la cause de l'intégration
de la Turquie à
l'Europe, M.
Erdogan fit savoir
que ses deux
filles, dûment
voilées, étudiaient
aux Etats-Unis,
faute de pouvoir
se présenter à
l'université
turque, où la laïcité
héritée d'Atatürk
prohibe le port du
hidjab. Au même
moment, le président
de l'Union des
organisations
islamiques de
France déclarait
que son mouvement
ne se sentait plus
lié par la trêve
consécutive à
l'enlèvement de
Christian Chesnot
et Georges
Malbrunot en Irak.
La guerre scolaire
- version
islamiste - était
rallumée avec le
passage en conseil
de discipline des
premières parmi
les 70 élèves
voilées irréductibles
des collèges et
lycées. La coïncidence
de ces deux événements
jette une lumière
crue sur
l'imbroglio dans
lequel est pris le
devenir des
populations
d'origine
musulmane en
Europe. Qu'il
s'agisse de la
dizaine de
millions de
citoyens des Etats
de l'Union,
descendants
d'immigrés du
Maghreb,
d'Afrique, de
Turquie et du
sous-continent
indien, ou des 70
millions de Turcs,
le jour où leur
pays rejoindrait
l'Europe. Elle
inscrit ce devenir
au croisement
d'enjeux de
politique intérieure
et de civilisation
qui déterminent
l'évolution de
l'islam. L'européanisation
de cette religion
est-elle porteuse
d'un aggiornamento
à valeur
exemplaire pour le
reste du monde ?
Ou bien est-elle
l'occasion pour
les militants
islamistes et
salafistes d'établir
les têtes de pont
d'un prosélytisme
qui, à en croire
les plus exaltés,
assurerait la
troisième - et
victorieuse -
expansion
islamique sur le
sol européen après
l'échec sanctionné
par la Reconquista
espagnole au XVe
siècle et la défaite
ottomane au siège
de Vienne en 1683
?
Deux
événements
dramatiques
portent ce dilemme
au paroxysme :
l'attentat de
Madrid et la
mobilisation des
Français
d'origine
musulmane en
faveur des deux
journalistes. Le
premier a été
perpétré, avec
l'appui logistique
de "professionnels"
du réseau
Al-Qaida, par de
jeunes immigrés
marocains. A côté
des marginalisés
et des délinquants
qui sont la proie
usuelle des prédicateurs
salafistes-djihadistes,
on comptait aussi
des individus
socialement intégrés,
comme l'était
Mohammed Atta, étudiant
appliqué à
Hambourg et chef
des terroristes du
11-Septembre. L'émergence
de ces personnalités
schizophrènes
transfigurées par
l'islamisme
radical en
assassins de masse
ne concerne que
quelques
individus. Mais,
par-delà les
centaines de morts
qu'ils causent,
leur impact est dévastateur
sur le devenir
d'un islam européen
pris en otage.
Au-delà de la
capacité des
affidés de Ben
Laden de changer
le résultat du
scrutin ou
d'obtenir le
retrait d'Irak de
l'armée de
Madrid, on trouve
cette certitude
que l'Espagne est "terre
d'islam" depuis
l'Andalousie
musulmane, et que
le djihad y est
licite contre les "occupants".
Dans cette
logique, le
11-Mars n'est que
la première
bataille d'une
Reconquista à
l'envers, dont
l'Europe est
l'horizon.
Face
à cela s'inscrit
la mobilisation
des Français
d'origine ou de
confession
musulmane - quelle
que soit leur foi
ou incroyance,
dont la République,
au contraire des
Etats islamiques,
leur donne la
liberté - en
soutien aux
journalistes menacés
de mort par
d'autres
salafistes-djihadistes
si la loi sur la
laïcité à l'école
n'était pas retirée.
On s'interroge
souvent sur
l'incapacité des
musulmans non
islamistes à se
faire entendre. En
l'occurrence, elle
s'est exprimée
avec force et a eu
un effet
remarquable sur
les sociétés du
Moyen-Orient, où
les preneurs
d'otages, mis en
porte-à-faux, ont
dû renoncer à exécuter
leur menace. La
plupart de nos
concitoyens
d'origine
musulmane,
lorsqu'ils ont le
sentiment d'une
insertion
satisfaisante dans
leur environnement
politique, social,
économique ou
culturel, n'éprouvent
pas davantage la nécessité
de faire de leur
confession un étendard
identitaire que la
majorité de leurs
compatriotes
d'origine
catholique, juive
ou protestante.
Cela laisse le
champ libre aux
entrepreneurs
religieux radicaux
pour investir le
tissu
d'associations
culturelles ou
communautaires
dont ils se
proclament les
représentants, un
phénomène qui ne
se limite pas à
l'islam. Cette réaction
massive au
chantage exprime
aussi le refus
d'une "société
civile d'origine
musulmane"
de se voir représentée
par les courants
issus des Frères
musulmans.
Ceux-ci, à
travers leur prépondérance
dans le CFCM,
dessinent jour après
jour les contours
confessionnels
d'une
fragmentation de
la société française
en communautés
figées dans des
identités
religieuses défensives.
Ils attisent les
braises de
l'affaire du
voile, bannière
identitaire par
excellence de
cette
fragmentation.
Tant
que les grands
partis français
refuseront de présenter
en position éligible
aux élections législatives,
socle de la représentation
nationale, des
candidats au
patronyme musulman
- sans que ceux-ci
aient vocation à
être "députés
des beurs"
plus que les élus
d'origine juive
sont "députés
des feujs"
ou leurs collègues
d'origine
catholique ceux "des
Gaulois" -,
la représentation
nationale sera
biaisée et les
islamistes auront
beau jeu. En ce
domaine, la France
républicaine et
assimilatrice a un
retard paradoxal
sur l'Allemagne et
sur le
Royaume-Uni.
L'enjeu n'est
pourtant pas mince
: il s'agit de la
capacité de
l'Europe à démontrer
au monde islamique
que ses citoyens
d'origine
musulmane sont la
première génération
à participer à
une société démocratique
dont les bienfaits
sont interdits à
l'immense majorité
des parents demeurés
au pays. Chacun au
Maghreb, en
Afrique, au
Pakistan, en
Turquie, a un
cousin à
Marseille,
Birmingham, Düsseldorf
ou Barcelone. On a
l'attention fixée
sur le devenir de
ce membre de la
famille, qui
participe de
plain-pied à
l'aggiornamento de
la civilisation
musulmane tandis
qu'on vit cela au
bled par
procuration, à
travers la télévision
par satellite,
Internet, et leurs
effets de
distorsion. Cette
dimension
exemplaire reste
aussi trop fréquemment
obérée par les
difficultés de
l'ascension
sociale des jeunes
issus des dernières
générations
immigrées.
Ce
malaise est un
terrain de prédilection
pour les
islamistes. Ils
s'emploient à
retourner le découragement
en rejet de la
société "impie"
et en réification
identitaire défensive
qui se projette
dans une Umma
- communauté des
croyants - dont le
mécanisme n'est
pas sans rappeler
l'internationalisme
prolétarien
d'antan. On s'étonnera
peu que les
survivants du
communisme et du
gauchisme aient
contracté, au
sein du Forum
social européen
comme dans des
associations de
banlieue, une
alliance avec les
hérauts du port
du voile. Le
dynamisme militant
de ces derniers
transforme les
premiers en "compagnons
de route" et
met crûment en
lumière leur
panne de projet.
Cette bataille qui
se déroule autour
du devenir des
musulmans en
Europe, et où la
conquête des médias
est un enjeu de
pouvoir crucial
car il s'agit
aussi d'un combat
d'images, se joue
avec force autour
de la question
turque. D'un côté,
l'effet
d'attraction de
l'Europe a
contraint le parti
AKP au pouvoir -
dont beaucoup de
membres sont issus
des Frères
musulmans - à
dissoudre dans le
creuset démocratique
de Bruxelles l'idéologie
islamiste qui
faisait décrire
à M. Erbakan - la
figure tutélaire
de l'islamisme
turc - l'Europe
comme un "club
judéo-chrétien"
auquel il opposait
un "M8"
regroupant les
grands pays
musulmans.
Ce
facteur est dû à
la pression de l'électorat
de l'AKP, des
classes montantes
pieuses
anatoliennes désireuses
de faire les
concessions nécessaires
pour se fondre
dans la prospérité
européenne, comme
au tropisme européen
ancien des élites
laïques.
Celles-ci sont en
grand nombre européennes
"de
souche", car
issues de la Roumélie
(ancienne partie
européenne de
l'Empire ottoman)
et installées en
Turquie à
l'occasion des échanges
de population des
années 1920.
L'intégration
européenne est
par ailleurs,
selon une ironique
logique à fronts
renversés,
l'occasion pour
les islamistes
turcs de lutter
contre la laïcité
issue d'Atatürk.
Ils utilisent les
libertés européennes
pour rendre licite
puis promouvoir,
par exemple, le
port du voile à
l'université
turque, tout en
apportant leur
appui aux Frères
musulmans et
salafistes européens
qui luttent pour
le voile à l'école.
Comme toutes les
batailles
politiques, celle
qui concerne
l'islam et
l'Europe ne verra
pas les différents
protagonistes
comme le dit le
proverbe arabe - "sortir
du hammam comme
ils y sont entrés".
Mais encore en
faut-il poser les
enjeux d'une manière
claire, afin que
chacun sache
comment se définir
et à qui
s'identifier.
Un
millier de
personnes ont
assisté à la
naissance de
l'Amitié judéo-musulmane
de France à la
Cité des sciences
à Paris
par HENRI
TINCQ, publié
dans le Monde du
23 novembre 2004
Eitima
et amitié
: l'arabe, comme
l'hébreu, se lit
de droite à
gauche. Sous ce
signe, l'Amitié
judéo-musulmane
de France (AJMF)
est née dimanche
21 novembre à la
Cité des
sciences, à
Paris, devant un
millier de
personnes. Plus de
cinquante ans après
la création de
l'Amitié judéo-chrétienne.
Non pas qu'il n'y
ait jamais eu d'
"amitié"
entre juifs et
musulmans. "Ravivons
les nostalgies
d'autrefois",
s'est même écrié
Roger Cukierman,
président du
Conseil représentatif
des institutions
juives de France (CRIF),
en rappelant
l'affection que se
portaient après-guerre
le grand rabbin
Jacob Kaplan et
Hamza Boubakeur, père
de l'actuel
recteur de la
Mosquée de Paris.
Que d'
"amitiés"
vécues aussi par
les juifs séfarades
et les musulmans
d'Afrique du Nord
: "Nous
avions la même
nourriture, le même
soleil, la même
mer !" Parler
aujourd'hui d'
"amitié judéo-musulmane"semble
pourtant presque
incongru. L'islamophobie
et l'antisémitisme
ont pris une
ampleur telle
qu'il fallait aux
initiateurs une
bonne dose
d'optimisme et de
ténacité pour
conduire pareil
projet. Michel
Serfaty, rabbin de
Ris-Orangis
(Essonne), victime
il y a un an d'une
agression antisémite
- dont l'auteur
doit être jugé
lundi 22 novembre
devant le tribunal
correctionnel d'Evry
-, n'en manque
pas.
Dès
juillet 2003, il
avait fait venir
au Consistoire de
Paris une
trentaine de représentants
musulmans, et,
depuis, malgré
les sceptiques, il
s'est assuré de
larges soutiens
dans les deux
communautés. La
création de
l'Amitié judéo-musulmane
avait, dimanche,
l'enthousiasme de
tous les
commencements.
Celui de Simone
Veil d'abord,
venue apporter son
soutien : "Cessons
de diaboliser le
juif. Mais aussi
d'avoir peur de
l'islam !",
dit-elle.
L'essentiel, pour
elle, est de
combattre
l'ignorance, "terreau
de toutes les
barbaries".
"Faisons
le djihad, mais le
djihad contre
l'ignorance
!",
surenchérit Tareq
Obrou, imam de
Bordeaux, dans un
réquisitoire
contre les
fondamentalistes :
"Ne pas
tenir compte des
circonstances
historiques de la
Révélation,
c'est absolutiser
l'islam",
s'écrie-t-il,
distinguant les "versets
principiels"
du Coran - qui
prescrivent "la
tolérance, le
pardon,
l'ouverture"
- des "versets
circonstanciels".
De
nombreux
"parrains"
Même émotion
chez le rabbin
Gilles Bernheim
pour dire que "l'absolu
n'appartient à
personne. Car il
est à
tous".
Et, plutôt que
de se lancer
dans l'apologie
des religions,
il souligne que
leurs
prescriptions
doivent avoir un
sens pour le
monde. L'
"amitié"
ne doit pas
commencer par la
relecture
d'histoires
douloureuses,
mais par une réflexion
sur la
responsabilité
commune des
religions, le
devoir qu'elles
ont d'apporter
de la "fraternité"
au mouvement
d'une société
qui revendique
toujours plus de
liberté. Les
"parrains"
étaient
nombreux à se
pencher sur le
berceau de la
jeune Amitié
judéo-musulmane
: Armand
Abecassis, Moïse
Cohen, Khaled
Bentounes, David
Messas, Dalil
Boubakeur, Salah
Stetié, ancien
ambassadeur du
Liban, puis les
"frères"
chrétiens, Mgr
Olivier de
Berranger, représentant
l'épiscopat,
Olivier Abel, de
la Fédération
protestante.
On
n'a pas évité
les sujets qui fâchent,
comme la guerre
israélo-palestinienne.
Ni l'absence
regrettée du
Conseil français
du culte musulman
(CFCM), représenté
seulement par la
Mosquée de Paris,
alors que le CRIF
et les
Consistoires, eux,
étaient présents
à part entière.
Mais l'essentiel a
été dit : juifs
et musulmans
doivent s'employer
à combattre les
comportements
d'exclusion fondés
sur la race et la
religion ; à
substituer à la
violence la compréhension,
le vivre ensemble
et l'action
commune. Et pour
prouver qu'ils ne
se payaient pas de
mots - avant de
faire monter à la
tribune des
groupes de
musiques arabe et
juive - les
initiateurs
avaient ouvert une
exposition
permettant aux fidèles
des deux
traditions de
mieux connaître
celle de l'autre :
sur le mariage, la
circoncision, les
livres sacrés,
etc. Scouts
musulmans et éclaireurs
unionistes avaient
uni leurs forces.
Comme pour une
sorte de trêve,
avec l'espoir
qu'elle ne soit
pas qu'un feu de
paille.
Bienvenue
sur Al-Manar, chaîne
judéophobe
En
autorisant sa
diffusion sur le câble
et le satellite,
Paris laisse
s'exprimer une des
principales
sources d'appel au
terrorisme
par
SYLVAIN ATTAL,
publié dans Libération
le 26 novembre
2004
L'auteur
est journaliste,
auteur de la
Plaie, enquête
sur le nouvel
antisémitisme
(Denoël)
La chaîne
de télévision
libanaise du
Hezbollah était
déjà
accessible via
le satellite
Arabsat. Elle
sera bientôt
disponible sur
les opérateurs
câble et
satellite tels
que
CanalSatellite
ou TPS, au même
titre (par
exemple) que
LCI, Planète ou
Pink TV. A moins
qu'elle ne soit
proposée
gratuitement...
Le CSA l'a
voulu. En effet,
en échange d'un
engagement de
pure forme et
dont la réalité
de l'exécution
sera de facto
invérifiable,
Al-Manar, qui
avait tant choqué
le gouvernement
français pour
avoir diffusé,
lors du ramadan
2003, le
feuilleton antisémite
Al-Shatat ("Diaspora"),
inspiré des
Protocoles des
sages de Sion,
se voit intronisé
dans notre
paysage
audiovisuel
national. Les leçons
à tirer de ce
revirement sont
multiples. La
première est
qu'il s'agit
d'une nouvelle
mesure
d'apaisement en
direction des
promoteurs du
terrorisme,
qu'il s'agisse
d'enlèvements
ou d'opérations-suicides.
S'exprimant sous
condition
d'anonymat, un
interlocuteur du
CSA a avoué
qu'autant que le
souci de préserver
de bonnes
relations avec
le Liban, le
sort des otages
français (Chesnot
et Malbrunot)
"avait
été pris en
considération"
(le
Figaro du 19
novembre). Les
membres du CSA
ne sont donc pas
complètement
stupides au
point de croire
qu'Al-Manar va
complètement
changer de
nature pour leur
faire plaisir,
en veillant
(selon la
condition posée)
à "s'abstenir
d'inciter à la
haine, à la
violence ou à
la
discrimination
pour des raisons
de race, de
sexe, de
religion ou de
nationalité".
Contentons-nous
de constater le
sort de nos otages
depuis que la
France a mis à
profit ses "bonnes
relations avec le
monde arabe",
y compris avec des
mouvements comme
le Hezbollah, que
Paris s'obstine à
ne considérer que
comme un "mouvement
politique et
spirituel
disposant de députés
au Parlement
libanais".
Le Hezbollah est
tout cela, mais
c'est aujourd'hui
surtout une
organisation dont,
notamment à
travers sa chaîne
de télévision,
le fonds de
commerce est
l'apologie des opérations-suicides
contre les civils
israéliens,
considérés comme
des combattants. "Le
mérite [de
ces opérations] est
de nous redonner
espoir, disait
le 8 avril 2004
sur Al-Manar, l'un
des principaux
dirigeants des Frères
musulmans. Une
nation qui
n'excelle pas dans
l'industrie de la
mort ne mérite
pas de
vivre." La
deuxième leçon,
c'est que le CSA
(qui affirme,
comme il se doit,
n'avoir subi
aucune pression du
gouvernement français)
vient de sacrifier
la lutte contre
l'antisémitisme
dans notre pays,
en ignorant l'une
de ses sources
principales, à
savoir les chaînes
satellitaires
arabes. Car
l'autre mission
que s'est fixée
Al-Manar (qui
n'est pas un cas
d'espèce) est en
effet d'alimenter,
sous couvert de
lutte contre
"l'entité
sioniste", la
judéophobie planétaire.
Quelques exemples
?
Le
22 avril 2004,
invité de la chaîne,
le cheikh Taha
al-Sabouji, mufti
de Tripoli, disait
: "Les
responsables des désordres
sociaux, tout au
long de
l'histoire, ont
toujours été les
juifs. Cela est
mentionné dans
les écrits de
toutes les
religions, et spécialement
dans le
Coran."
Face à lui, le
docteur Jafar Abd
el-Salim, secrétaire
général de
l'Association des
universités
islamiques, se référant
au Protocole
des sages de Sion,
décidément un must
d'Al-Manar,
ajoutait : "Il
leur est dit [aux
juifs] de répandre
la corruption dans
les sociétés
humaines afin de
mieux y dicter
leur loi. Ainsi,
tous les films
pornographiques du
monde sont réalisés
par des sociétés
juives. Il en va
de même pour le
trafic de
drogue" (Source
: Memri - Middle
East Media
Research Institute). Voici
ce qui est, le
plus naturellement
du monde, expliqué
aux téléspectateurs
de cette chaîne,
sans parler des
appels quotidiens
à la destruction
d'Israël, sous
forme de clips, de
discours
politiques ou de
prêches dans les
mosquées. C'est
ainsi qu'au
lendemain de
l'annonce de la décision
du CSA, Hassan
Nasrallah, secrétaire
général du
Hezbollah, violait
déjà les
engagements pris
en s'exclamant :
"Nous
avons triomphé du
lobby sioniste !
Mort à Israël !
La fin de cet abcès
purulent, mort à
Israël !"
(Relevé
par
Proche-orient.info).
Voilà ce qui, désormais,
sera demain
accessible le plus
simplement du
monde.
La
troisième leçon,
qui est sans doute
la plus grave,
c'est que la
France est devenue
totalement
schizophrène.
Alors que ses
services de
renseignements et
de sécurité sont
parmi les plus
actifs dans la
lutte contre les réseaux
terroristes, dont
chaque jour montre
à quel point ils
sont bien implantés
dans notre pays,
elle autorise la
diffusion d'une
des sources
principales
d'appel au martyr
et au terrorisme.
Indépendance ne
saurait rimer avec
irresponsabilité.
Il est temps que
le gouvernement,
que le président
de la République,
s'expliquent sur
ce coupable
renoncement.
Al-Manar
: François
Hollande écrit
au CSA
Le
premier secrétaire
du PS
s'interroge sur
"les
raisons qui ont
conduit" le
CSA à autoriser
la diffusion en
France de la chaîne
proche du
Hezbollah
paru
dans le Nouvel
Observateur le 27
novembre 2004
Le
premier secrétaire
du PS François
Hollande a écrit
vendredi 26
novembre au CSA
pour lui
demander
"les
raisons qui ont
conduit"
cette instance
à autoriser par
convention la
diffusion en
France de la chaîne
TV Al Manar,
proche du
Hezbollah. Le
numéro deux du
parti Laurent
Fabius et le
porte-parole,
Julien Dray, s'étaient
déjà émus de
cette
initiative. Dans
une lettre au président
du CSA Dominique
Baudis, François
Hollande se
demande
"comment
imaginer sérieusement
que la chaîne
du Hezbollah,
qui diffuse en
boucle durant
des heures des
clips incitant
les enfants à
la haine et au
martyre,
reconsidère de
fond en comble
des programmes
conçus pour
relayer une
phraséologie
incompatible
avec les valeurs
qui fondent
l'Union européenne".
Il juge
"d'ores et
déjà nécessaire
que le CSA
reconsidère sa
position".
Dimanche dernier
sur Radio J,
Laurent Fabius
s'était déclaré
"choqué"
par "un
certain double
langage du
gouvernement",
dans la mesure où
celui-ci avait
été
"interrogé"
par le CSA sur
ce dossier.
Laurent Fabius,
comme Julien
Dray jeudi,
avait réclamé
"des
explications".
Le CSA a fait
valoir que la
convention signée
avec Al Manar
contenait
"des
dispositions très
strictes quant
à la nature des
programmes"
de cette chaîne,
qui sera
sanctionnée en
cas de
manquement à
ses engagements,
selon Dominique
Baudis.
Un feuilleton
inspiré du
"Protocole"
La chaîne de télévision
par satellite
Al-Manar, proche
du Hezbollah
chiite libanais,
a signé
vendredi dernier
19 novembre une
convention avec
le Conseil supérieur
de
l'audiovisuel.
Le Conseil d'Etat
avait ordonné
au mois d'août
à Al-Manar de
se mettre en
conformité avec
les exigences légales
françaises, à
savoir de
conclure une
convention avec
le CSA, sous
peine d'une
interdiction de
diffusion en
France. Le CSA
avait auparavant
demandé au
Conseil d'Etat
d'interdire
cette chaîne,
qui avait diffusé
en novembre
2003, en plein
ramadan, un
feuilleton
intitulé "Al-Shatat"
(diaspora ou
exil en arabe)
qui s'inspire du
"Protocole
des sages de
Sion", un
faux écrit israélite
du 19e siècle
censé montrer
que les juifs régissent
le monde. Le
Conseil d'Etat
ne l'avait pas
interdite, mais
lui avait imposé
de déposer un
dossier complet
de
conventionnement
avant le 1er
octobre 2004.
Droit français
Al-Manar a
adressé le 21
septembre
dernier une
demande de
conventionnement
au CSA, qui lui
a envoyé mardi
16 novembre une
convention pour
la diffusion de
son service en
Europe. Ce
document était
accompagné
d'une lettre de
Dominique
Baudis, le président
du CSA,
rappelant que
certains
programmes d'Al-Manar
ne sont pas
compatibles avec
la convention et
doivent donc être
abandonnés.
Certaines émissions
"présentent
de manière
favorable des
actions
violentes à
l'encontre de
populations
civiles, sont de
nature à
inciter à la
haine ou à la
violence pour
des raisons de
religion ou de
nationalité et
sont
susceptibles
d'entraîner des
troubles à
l'ordre public,
en attisant les
tensions ou
antagonismes
entre communautés
vivant en
Europe".
"La
signature par
vos soins de
cette convention
implique donc
que vous
renonciez
formellement à
la diffusion de
programmes de
cette nature sur
le signal
empruntant un
satellite
relevant du
droit français",
ajoute Dominique
Baudis.
Colère du
CRIF
Al-Manar a signé
la convention
vendredi 19. Ce
qui a provoqué
la colère des
institutions
juives. "On
est en train de
légaliser une
chaîne qui délivre
un message antisémite
qui est en
contradiction
totale avec la
politique annoncée
par le
gouvernement de
lutte contre
l'antisémitisme",
s'est insurgé
Roger Cukierman,
président du
Conseil représentatif
des institutions
juives de France
(CRIF).
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