Il ne faut
pas avoir peur
de combattre
l’inquisition
sioniste aussi
bien juive israélienne
que protestante
américaine, à
laquelle seuls
un catholicisme
et une
orthodoxie de
masse organisés,
entre les Amériques
du Nord et du
Sud, l'Europe et
l'Asie peuvent
s’opposer,
pour enrayer la
folie
destructrice opérée
à partir de
l’Etat
d’Israël. Le
monde libre
n’a pas
d’autre choix
afin de pouvoir
amorcer un véritable
dialogue avec
l’Islam
chassant les
extrémistes et,
prenant exemple
sur le Liban et
sa vocation,
parvenir à la
coexistence
pacifique entre
toutes les
religions.
C’est
seulement à
partir du règlement
de ce fléau
prioritaire que
la pauvreté,
les conflits
guerriers
localisés et
autres maux
ravageant notre
terre et son
environnement
pourront être sérieusement
abordés, en vue
d’une solution
durable.
Quant à l’Europe
et à Israël,
plongés dans
des problèmes
d’ouverture et
de fermeture, un
retour de trois
mille ans en
arrière
s’impose. A
cette époque,
le roi Salomon
faisait appel au
roi Hiram de la
cité phénicienne
voisine de Tyr
pour construire,
à l’image de
son temple
(aujourd’hui
enseveli sous
les eaux), le
temple de Jérusalem.
Pendant ce
temps, la
princesse phénicienne
Europe donnait
son nom au vieux
continent où
l’avait emmenée
le Dieu Zeus,
alors que les
flottes phéniciennes,
comme celle
conduite par la
princesse Elissa
vers la future
Carthage,
fondaient
pacifiquement
une multitude de
villes
florissantes sur
le pourtour de
la Méditerranée.
Le mur de Sharon
doit ainsi être
impérativement
détruit, et
l’Europe étendue
non seulement à
la Turquie, mais
à l’ensemble
du bassin méditerranéen
dont son
berceau, le
Liban.
( Lire également
sur le "Mur
de Sharon"
d'Alain Ménargues
Biblio
RJLiban N°13 du
22 octobre 2004 )
Le
Mur
par
FRANCOIS REGIS
HUTIN, publié
dans
Ouest-France
le 23 octobre
2004
"Aucun
Etat au monde
n'existe derrière
un mur",
déclarait récemment
Henry Laurens,
professeur au
Collège de
France.
Pourtant, bien
des nations ou
des groupes de
nations ont
cherché à
s'abriter
derrière un
mur ;
qu'on songe à
la Chine et à
sa Grande
Muraille si
imposante et
si longue que,
paraît-il,
c'est le seul
ouvrage fait
de mains
d'hommes que
l'on pourrait
apercevoir de
la Lune.
Personne n'a
oublié le
rideau de fer
- le
mur de Berlin -
abattu voici
quinze ans,
derrière
lequel se
retranchaient
l'Union soviétique
et ses
satellites.
Aujourd'hui,
c'est Israël
qui cherche à
se protéger
ainsi, brisant
sans vergogne
des relations
de voisinage,
rendant
impossible l'épanouissement
de ceux et de
celles qui
sont séparés
de cette manière.
Le mur, la
palissade, le
réseau de
fils de fer
barbelés, le
rideau de
bambous, les
miradors aux
frontières
pour cacher,
dissimuler,
pour arrêter
le regard,
entraver la
communication.
Voilà qui a
divisé
l'humanité
depuis qu'elle
existe, mais,
semble-t-il,
plus encore
depuis la
naissance des
Etats nations.
Heureusement,
cela n'a
jamais pu empêcher
définitivement
la circulation
des idées. Il
n'est pas si
loin le temps
où l'on
pouvait, paraît-il,
aller sans
montrer patte
blanche, sans
passeport,
sans carte
d'identité,
de Brest à
Brest-Litovsk
ou à
Vladivostok.
Alors des écrivains,
des artistes,
des politiques
se
contentaient
de leur carte
de visite pour
voyager ou de
lettres d'amis
pour d'autres
amis qu'ils
allaient découvrir
en de
lointains
pays. Ils se
seraient
indignés
qu'un policier
leur demande
davantage...
L'Europe
un haut lieu
de la liberté
Ce sont nos
systèmes étatiques
qui ont, peu
à peu,
transformé
ce qui était
conduite
policée en
soupçon
policier.
Certes,
aujourd'hui,
les
terroristes
nous
incitent à
prendre plus
de précautions.
Mais
l'Europe,
avec
l'espace
Schengen,
est
heureusement
devenue une
zone de
libre
circulation.
Beaucoup de
postes-frontières
entre les
pays de
l'Union sont
devenus
inutiles et
sont désertés
par les
douaniers ou
les
policiers.
Cependant,
l'Union
européenne
doit veiller
à ses
frontières
d'autant
plus que sa
démocratie
et sa prospérité
font rêver
des
centaines de
personnes
dans des
dizaines de
pays. L'Union
ne peut
accueillir
toute la misère
du monde,
comme le dit
un jour
Michel
Rocard.
C'est sûrement
regrettable
pour les
malheureux
qui tentent
leur chance,
mais il est
évident que
cette
immigration
doit être
contrôlée.
Cependant,
nous savons
bien que ce
n'est pas en
érigeant de
nouveaux
murs qu'on y
parviendra.
C'est
davantage en
aidant à se
développer
ces pays
pauvres
fascinés
par nos
richesses.
Ce
n'est pas en
érigeant de
nouvelles
barrières que
nous réunirons
l'humanité.
Pour cela, il
faut
construire des
ponts et pas
des murs, car
nous savons
bien " qu'un
mur emprisonne
aussi bien
ceux qui le
construisent
que ceux qu'il
est censé
enfermer "
(Jacques
Mandelbaum).
L'Europe ne
doit pas
devenir une
forteresse
repliée derrière
des remparts.
Elle doit, au
contraire, être
un haut lieu
d'où brille,
pour le monde,
le flambeau de
la liberté
incarnée dans
notre
conception de
la vie en
commun :
la démocratie.
C'est pourquoi
nous y sommes
tellement
attachés,
c'est pourquoi
nous ne
pouvons
envisager de
faire reculer
l'Union européenne
par un 'non'
au futur référendum
sur la
Constitution.
Israël
au pied du
"Mur"
Dans
"Mur",
la
documentariste
Simone Bitton
suit l'avancée
de l'édification
du mur voulu
par Ariel
Sharon pour
isoler les
territoires
palestiniens :
effrayant et
édifiant
par
DIDER PERON
publié dans
Libération le
20 octobre
2004
Cinéma
:
"Mur"
de Simone
Bitton,
documentaire
franco-israélien,
1h40
L'idée
de Mur
est simple :
suivre en équipe
vidéo légère
l'avancée des
travaux d'édification
du mur de sécurité
séparant désormais
Israël des
territoires
palestiniens,
travaux décrétés
par le pouvoir
israélien
avec une large
approbation de
l'opinion
publique
nationale mais
très vite
condamnés par
l'ONU et la
Cour
internationale
de justice. Le
parti pris du
documentaire
de Simone
Bitton est
volontairement
non pédagogique
; ici pas de
commentaire
contextualisant
la mise en
oeuvre de ce
projet
ruineux, un
refus stratégique
d'indiquer
d'une séquence
à l'autre de
quel côté du
mur on se
trouve. Comme
il est dit à
plusieurs
reprises, la
caméra
"enregistre",
en
l'occurrence
un processus
architectural
et politique
nouveau, qui
provoque un mélange
de colère et
de
fascination,
ses effets sur
le paysage, la
biologie
bouleversée
du territoire,
sur la vie
d'habitants
encerclés.
Echo
intime
On voit peu
de visages,
la bande-son
laisse
entendre le
bruit des
camions et
des grues
ainsi que
les voix des
personnes
rencontrées
au fil des pérégrinations
de l'équipe.
A l'image défile
la splendeur
ensoleillée
des collines
parsemées
de villages
palestiniens
et de
colonies
israéliennes.
Partout,
vectorisant
l'espace, le
balafrant
avec désinvolture
ou lui
donnant une
symétrie à
la beauté
impromptue,
ce mur
traverse les
plans, haut
de plus de
huit mètres,
infranchissable
ou étrangement
bas et
disjoint.
Pour la cinéaste,
juive
d'origine
marocaine,
ce mur est
un signe d'échec,
il heurte en
elle le
sentiment
intime d'une
double
appartenance
culturelle
(juive et
arabe) et
entérine à
travers les
fastes du béton
armé, des
rouleaux de
barbelés,
des miradors
high-tech,
des caméras
vidéo, des
tranchées
et des
patrouilles
d'hélicoptères,
au mieux la
disjonction
nécessaire
des deux
belligérants,
au pire la
voie
apocalyptique
de la non-réconciliation.
Le
seul officiel
interrogé est
le général
Amos Yaron,
directeur du
cabinet du
ministère de
la Défense.
Avec une
impatience
grandissante,
il explique
les raisons de
ce projet :
d'abord empêcher
coûte que coûte
les
infiltrations
de terroristes
kamikazes,
ensuite (motif
plus
surprenant)
mettre fin aux
prédations
palestiniennes
sur des biens
israéliens
(voitures,
machines
agricoles...).
Quant au tracé
du mur, il
affirme qu'il
suit
"plus ou
moins" la
ligne verte,
c'est-à-dire
la ligne
d'armistice
d'avant 1967.
Ce "plus
ou moins",
le film nous
en fait goûter
toute la
saveur amère
en approchant
des paysans
expropriés ou
en exhibant
des récoltes
coupées de
leurs
exploitants du
jour au
lendemain par
des décisions
administratives
kafkaïennes.
A
un moment, la
caméra tombe
sur un groupe
d'ouvriers
s'activant à
dresser une
portion de
mur. Ils
viennent de
Cisjordanie,
sont arabes.
Le contremaître
palestinien
fait mine de
ne pas
comprendre la
surprise de la
cinéaste mais
risque une
plaisanterie
saumâtre
"Ne
me filme pas
sinon l'OLP me
tuera."
Dans une
colonie haut
perchée, un
jeune Israélien,
Moti, exprime
sa peur
constante des
attaques
palestiniennes.
Il a été témoin
d'un attentat.
Lui, sa femme
et ses enfants
vivent
claquemurés.
Moti ne croit
pas au mur,
c'est de
"l'argent
foutu en
l'air" :
"On
les pousse à
bout, un jour
un chômeur va
péter un
plomb." La
peur est générale.
Plusieurs
fois, la caméra
sur son pied
est confondue
avec une arme.
Le psychiatre
Eyad al-Sarraj,
dans cette
prison à ciel
ouvert qu'est
devenu Gaza,
dit que 24 %
des enfants
gaziotes
aspirent à
mourir en
martyrs. Shuli
Dichter, du
kibboutz de
Maanit,
s'enflamme : "S'il
y avait la
moindre
osmose, aussi
maladive
soit-elle,
entre nous et
les
Palestiniens (...),
cette barrière
la détruit."
Le film
erre, non sans
une certaine hébétude,
de check point
en cul-de-sac,
longeant des
palissades
taguées (étoiles
de David et
croix gammées),
témoignant
d'un désordre
géographique
incompréhensible
à qui n'en
fait pas
directement
l'expérience.
Enjeu
sémantique
La cinéaste
s'interroge
sur les
multiples
noms donnés
au mur : "mur
de séparation",
"barrière
de sécurité",
"ligne
d'obstacle"
mais aussi
"zone
de
suture".
Pour Amos
Yaron, "suture"
signifie
tracer un
sillon étanche
entre les
deux
peuples. On
ne connaît
pas
l'amplitude
sémantique
du terme hébreu
mais, évidemment,
pour nous,
"suture",
c'est
d'abord la réunion
par des fils
ou un tissu
conjonctif
de parties
divisées.
Ainsi
l'entrave à
la mobilité
d'individus,
l'enfermement
paranoïaque
des
populations
qui ne
savent plus
si elles
sont considérées
comme
dangereuses
ou en
danger, le
passage
constant de
l'hébreu à
l'arabe qui
oblige le
spectateur
à tendre
l'oreille,
les exemples
de
connivences
amicales
entre
voisins
palestiniens
et israéliens,
battent en
brèche le
consensus
sur
l'impossible
dialogue
entre deux
groupes
nationaux
considérant
la même
terre comme
leur patrie.
La
dimension
paradoxalement
paisible du
paysage, le
fatalisme et
la gentillesse
des gens
interrogés
laissent
poindre, sur
un mode certes
mineur,
l'espoir de
cette
"suture"
en contrepoint
à la violence
d'un appareil
d'Etat
arc-bouté
contre la
fureur
sanguinaire
des factions
islamistes
adverses. On
pense alors,
et pas forcément
pour se bercer
d'illusions,
à ces mots de
Walter
Benjamin
("Critique
de la
violence",
pp. 226-227 du
recueil de
textes oeuvres
1, Folio
essais) : "Est-il,
d'une façon générale,
possible de
liquider les
conflits sans
recourir à la
violence ?
Incontestablement.
Les rapports
entre
personnes privées
sont pleins
d'exemples en
ce sens. On
trouve une
entente sans
violence
partout où la
culture du
coeur a pu
fournir aux
hommes des
moyens purs
pour parvenir
à un
accord."
Simone
Bitton,
vingt ans
sur le front
israélo-palestinien
Juive
marocaine,
elle a découvert
et étudié
le cinéma
à Paris
par
LAURE NOUALHAT,
publié dans
Libération le
20
octobre 2004
On
l'avait
rencontrée
sous le soleil
d'août à
Lussas (Ardèche)
aux états généraux
du
documentaire.
Elle disait : "Il
ne faut pas
pleurer, il
faut se
battre."
Cette phrase résume
Simone Bitton.
Derrière les
yeux mutins et
les airs
andalous, un
caractère.
Simone Bitton
naît en 1955
à Rabat
(Maroc) dans
une famille
juive
marocaine. Le
père
s'appelle
Massoud, la mère
Allegria, prénoms
signifiant la
"joie"
en arabe ou
espagnol. Le père
pratique le
filigrane, art
ancestral et
familial de la
bijouterie. La
mère élève
quatre filles
et un garçon.
Grillant les
cigarettes
dans un hôtel
parisien,
Simone se
souvient d'
"une
enfance
tendre, pleine
de rires et de
chansons."
Exilée
à 11 ans
En 1966, la
famille part
pour Israël.
Comme une évidence.
Mais
aujourd'hui
encore, ce départ
reste une énigme.
"Il
m'est
difficile de
comprendre
comment
200.000
personnes se
lèvent et
partent d'un
pays qui ne
les a pas
chassées,
ni opprimées.
Au Maroc ce
n'était pas
le paradis,
c'est sûr,
mais ce n'était
sûrement
pas l'enfer.
Quand on a
rencontré
des ashkénazes
en Israël,
là je me
suis dit que
eux, oui,
ils venaient
de
l'enfer."
L'exil, à
11 ans, la déchire.
La famille
Bitton
s'installe
à Jérusalem
dans le
quartier des
Mizrahim,
celui des
juifs venus
des pays
arabes. Il
faut
apprendre
l'hébreu
pour
survivre. La
petite
fille,
orgueilleuse
et déracinée,
se promet
d'ouvrir à
nouveau la
bouche à l'école
quand elle
saura parler
cette langue
qu'on lui
impose. L'emmurement
buté dure
plusieurs
mois. "A
la maison,
nous vivions
dans deux
langues. Le
français
pour l'écrit
et la réflexion,
l'arabe pour
la tendresse
et la
musique."
En dehors de
la maison,
c'est moins
protégé :
le père
n'est plus
bijoutier
mais OS à
l'usine. "Au
bout de
trois ans,
ma mère
avait vendu
tous ses
bijoux. Il
ne lui
restait que
l'alliance."
Période
noire qui
forge la détermination
de la future
"résistante",
comme elle
se définit
elle-même.
En
1972, elle
fait son
service
militaire, qui
va durer deux
ans. "Je
n'ai pas eu de
chance, la
guerre avec l'Egypte
éclatait un
an après."
Elle la suit
depuis un hôpital
près de Tel
Aviv où elle
voit ses
premiers blessés,
ses premiers
cadavres, les
premiers
signes
tangibles
d'une guerre.
Dès qu'elle
est démobilisée,
elle achète
un aller
simple en
bateau pour la
Crète. On est
en 1975 et la
jeunesse du
monde entier
s'est donné
rendez-vous
sur les
routes. Poignée
de dollars en
poche, temps
devant soi et
liberté plein
la tête. "J'ai
fait la
barmaid à Athènes,
la jeune fille
au pair à
Amsterdam, la
révolution
des oeillets
au Portugal et
les vendanges
en
France..."
C'est
là qu'elle
pose ses
bagages, et va
au cinéma
pour la première
fois de sa
vie. Pour ne
pas s'en
remettre. "D'abord
une fois par
semaine, puis
deux, puis
tous les
jours..."
Il y a aussi
la rencontre
à la fac avec
le cinéma
engagé, la
bande
d'ex-maos des Cahiers
du cinéma,
et surtout,
avec un film :
Ici et
ailleurs
de Godard. "Je
l'ai vu 50
fois."
Elle avale
avec
gourmandise
les films de
Chantal
Akerman, se régale
des Van der
Keuken. Elle
passe le
concours de l'Idhec,
l'obtient ("J'ai
eu de la
chance, car très
en retard sur
la cinéphilie
: mon désir
de cinéma était
tout
neuf.")
Quand elle en
sort en 1981,
Mitterrand
vient d'être
élu, et
l'Institut
national de
l'audiovisuel
(INA) propose
à l'apprentie
cinéaste un
court métrage
sur le thème
du changement.
Elle fait un
film sur
Jean-Jacques,
ancien condamné
qui échappera
à la
guillotine grâce
à l'abolition
de la peine de
mort.
Jusqu'à
Sarajevo
A partir de
là, la cinéaste
enchaîne
les projets.
Elle se
marie,
divorce, n'a
pas
d'enfant,
n'en a
jamais
voulu. "Il
fallait
choisir :
moi, je
faisais des
films. La
maternité,
je n'en rêvais
pas la
nuit."
Ses films,
qu'elle
couve précieusement,
l'emmènent
suffisamment
loin. Elle
en a réalisé
un sur les mères
de Méditerranée,
puis un sur
Oum Kalsoum,
et un autre,
magnifique
(en 1998),
sur Mahmoud
Darwich, le
poète
palestinien.
"C'était
quand même
pas mal,
pour une
Israélienne,
de tirer le
portrait du
poète
national
palestinien.
Je n'ai
peut-être
pas assez
remercié
Mahmoud de
m'avoir
accordé sa
confiance
pour le seul
film jamais
réalisé
sur
lui..."
La même année,
l'Attentat
passe à la
télé, film
qui plonge
dans la
douleur,
partagée,
des familles
de victimes
israéliennes
et de
kamikazes
palestiniens.
En 2003,
comme en
mesure du
chemin
parcouru,
elle est
invitée à
Sarajevo sur
le tournage
de Notre
musique,
de Godard. "C'était
impeccablement
réglé.
J'ai tout
filmé avec
ma petite
caméra."
Mur
est le
premier film
de Simone
Bitton qui
sort en
salles. On lui
demande
beaucoup son
avis sur ce
conflit
qu'elle
observe et dénonce
depuis vingt
ans. "Il
y aura la paix
un jour, c'est
obligé. Ce
n'est pas un
argument, je
n'ai pas
d'espoir
tangible à
donner. Je
parcours cette
zone depuis
longtemps, je
n'ai jamais vu
une telle
cruauté et un
tel mépris du
droit de la
part d'Israël.
On ne peut pas
aller plus
loin. Le
gouvernement
Sharon, qui
associe
illuminés
religieux et
racistes
d'extrême
droite, n'a
rien compris
à l'Histoire.
Il faut
construire des
ponts entre
les hommes,
pas des
murs."
Cet été, Mur
a été projeté
sur le mur. "C'était
très
fort."
Peut-être un
peu trop. La
cinéaste n'a
pas fermé
l'oeil pendant
des nuits. "Je
refuse que
cette
cicatrice de
ciment
devienne un
objet
d'art."
La France
et son déclin
par YVAN
RIOUFOL, publié
dans le Figaro
le 22 octobre
2004
La
pensée unique,
suite (1). Son mécanisme
est simple : il
occulte les réalités
et refuse
d'appeler un
chat un chat. La
France est ainsi
bercée
d'illusions, de
dénis, de
mensonges. Ceux
qui veillent à
sa léthargie
lui auront
dissimulé
l'ampleur de
l'immigration,
la déviation
communautaire,
le désastre de
l'école, le déclin
de l'économie.
A peine un
candide
dresse-t-il un
de ces constats
qu'une flopée
d'indignés
vient dénoncer
l'affreux. Mais
les faits sont têtus
et les adeptes
du "tout
va bien" prennent
des airs de
bonimenteurs.
Oui, les temps
changent. Voilà
ce qu'écrit,
parlant de l'économie,
Michel Camdessus,
ancien directeur
général du FMI
: "Nous
sommes
subrepticement
engagés dans un
processus de décrochage
qui peut nous
conduire, si
rien n'est fait,
à une
situation, à
terme d'une
dizaine d'années,
difficilement réversible."
Dans un
rapport sur les "freins
de la
croissance",
remis mardi
à Nicolas
Sarkozy qui veut
en faire "son
livre de
chevet", Camdessus
met en cause "les
choix collectifs
et les
politiques
conduites depuis
des décennies",
sous anesthésie
générale.
Faut-il exécuter
ce chantre du
malheur ?
Si
la France ne se
réforme pas,
elle va glisser
vers un sous-développement
économique et
social. C'est ce
que ne veulent
pas entendre
ceux qui se
rassurent à bon
compte de son 5e
rang parmi les
puissances économiques,
de son
savoir-faire et
du dynamisme de
ses entreprises.
Pour avoir décrit
"la
France qui
tombe" en
2003, Nicolas
Baverez aura été
soupçonné, par
les beaux
esprits, des
pires influences
populistes et défaitistes.
Dominique de
Villepin lui-même
aura dénoncé "ces
nouveaux clercs
qui sonnent le
tocsin".
Mais il est
temps
d'atterrir. Un
classement
international
met notre pays
en 27e
position pour
l'attractivité
économique. Les
délocalisations
font redouter un
début de désindustrialisation.
Elles s'ajoutent
à une
expatriation des
plus
entreprenants, découragés
par les
lourdeurs de l'Etat,
de la fiscalité,
du Code du
travail et par
une mentalité méprisant
l'effort, la réussite,
l'argent gagné.
La France est le
pays
industrialisé
qui travaille le
moins (1.560
heures par an,
contre 1.895 aux
Etats-Unis).
De
nombreux Français
sont prêts à
admettre de
telles vérités.
Ils les côtoient
en observant ces
jeunes et ces
seniors sans
travail, ces
fonctionnaires
pléthoriques,
cet argent
public jeté par
les fenêtres,
ces impôts
confiscatoires,
ces discours
faussement
optimistes et
ces
disqualifications
lancées contre
les "réactionnaires",
coupables de
décrire les
faits. Comment
craindre des réformes
qui, comme
celles du
rapport
Camdessus,
proposent de
remettre les
Français au
travail et de
faire maigrir l'Etat
? La parole est
timidement en
train de se libérer,
ici et là, du
politiquement
correct qui
impose, à
droite comme à
gauche,
immobilisme et
conservatisme.
Des hommes
politiques,
comme Nicolas
Sarkozy, ont
compris ce
besoin naissant
de parler vrai.
Mais une chose
est d'encourager
à briser les
tabous. Une
autre est
d'accompagner
cette libération
par les réformes
adéquates.
Michel Camdessus
doit être écouté.
Il doit aussi être
débattu et
suivi.
L'épuisement
altermondialiste
La droite
cessera-elle
un jour
d'avoir peur
de son ombre ?
L'année dernière,
elle
multipliait
les clins
d'oeil aux
altermondialistes,
qui tenaient
leur forum
social européen
à
Saint-Denis. "Devenir
altermondialiste,
pourquoi pas
?", lançait
Alain Juppé,
heureux de cet
autoportrait
si peu
bourgeois,
tandis que
Jean-Pierre
Raffarin,
bonhomme,
saluait les
militants "avec
bonne
humeur" et
que François
Bayrou, inspiré,
y voyait "un
mouvement
important qui
est en train
de naître".
Un an après,
qu'a-t-on vu
de son
rassemblement,
qui s'est clos
le week-end
dernier à
Londres ? Un
mouvement déjà
à bout de
souffle,
ratiocinant
sur son
anti-impérialisme,
son antilibéralisme,
son
antisionisme
et n'arrivant
pas à faire
taire la déception
dans ses
rangs.
Voilà
où mènent les
contestations
artificiellement
gonflées par
les médias et
étourdiment
applaudies par
les politiques,
fascinés par ce
qui se réclame
de la nouveauté
et de la
transgression.
En l'occurrence,
il est permis de
retenir de cet
épisode que la
droite complexée
aura eu des mots
plus sévères
pour stigmatiser
la brutalité du
libéralisme du
Medef que pour
mettre en garde
contre le
collectivisme
des
antimondialistes,
désireux "d'éradiquer
l'idéologie libérale"
et de
renverser le
capitalisme en
faisant alliance
avec l'islamisme
révolutionnaire
et
tiers-mondiste.
D'ailleurs,
c'est toujours
cette mauvaise
conscience qui
habite le
gouvernement,
que l'on suppose
agacé par le
libéralisme du "sursaut"
proposé par
Michel Camdessus.
Le recul de
Jean-Pierre
Raffarin renonçant,
dimanche soir,
à autoriser le
licenciement économique
en raison de la "sauvegarde
de la compétitivité
de
l'entreprise",
le refus du
gouvernement de
supprimer l'impôt
sur la fortune
à cause de "sa
part de
symbole" et
ses réticences
à réformer les
trente-cinq
heures et le
Code du travail
sont autant de
signes qui
viennent
contredire le
courage de son réformisme.
Antisémitisme
: la tentation
pénale
Le rapport
rendu, mardi,
par
Jean-Christophe
Rufin (prix
Goncourt 2001)
sur le racisme
et l'antisémitisme
: l'écrivain
dénonce avec
raison l'
"antisionisme
radical",
qui dénie
en fait à l'Etat
d'Israël le
droit
d'exister.
Rufin y voit
un antisémitisme
non avoué.
Paradoxalement
porté par les
discours
antiracistes
des belles âmes,
bovistes,
gauchistes et
autres
altermondialistes,
cet
antisionisme
sytématique
ne veut voir
de coupables
que chez le
juif
"colonisateur"
et
"raciste".
Il ferme les
yeux sur l'idéologie
antijuive et
guerrière de
l'islamiste,
élevé au
rang d'irréprochable
victime.
L'extrême
droite antisémite
est proche de
cet
antisionisme-là,
qui n'a rien
à voir avec
la critique,
admissible et
souhaitable,
de la
politique de
Sharon.
Mais
faut-il pour
autant
sanctionner pénalement,
comme le propose
Rufin, ceux qui
accusent Israël
de nazisme,
d'apartheid ou
d'être un
"Etat
raciste", cette
dernière
expression ayant
valu à Alain Ménargues,
responsable de
Radio France
internationale,
de démissionner
cette semaine ?
Il y a là un
mauvais réflexe
qui, sous
couvert des
meilleures
intentions,
remet en cause
la liberté
d'expression,
qui ne trouve
pas toujours ses
avocats pour la
défendre. Cette
pénalisation
introduirait de
surcroît une
sorte de délit
sacrilège qui
risquerait d'être
contre-productif,
en attisant les
ressentiments.
D'autant qu'il
existe aussi,
dans les cités,
un racisme
occulté contre
la France elle-même.
Se souvenir de
Voltaire : "Je
ne suis pas
d'accord avec ce
que vous dites,
mais je me
battrai pour que
vous puissiez le
dire
librement."
En revanche,
cette liberté
n'autorise pas
à laisser dire
n'importe quoi
sans réagir. De
ce point de vue,
il y a un effort
de vigilance à
faire de la part
des médias et
des hommes
politiques, qui
n'osent défendre
la démocratie
israélienne
assiégée par
le totalitarisme
islamiste et qui
se gardent de dénoncer
la banalisation,
en France, des
discours judéophobes.
Ils ne sont pas
seulement le
fait, loin s'en
faut, du Front
national, seul
à être sous étroite
surveillance.
"Nouvelle
inquisition"
Prendre garde,
aussi, à l'anticatholicisme
en vogue dans
l'Europe
officielle,
qui refuse de
rappeler son héritage
chrétien, mène
campagne pour
chasser le
Saint-Siège
de l'ONU et
vient
d'accabler le
commissaire désigné
pour la
justice et les
affaires intérieures,
Rocco
Buttiglione,
professeur de
philosophie très
proche de
Jean-Paul II,
pour ses
propos sur
l'homosexualité
("un péché")
et son éloge
de la famille
traditionnelle.
La résistance
à ce
politiquement
correct, imposé
par la gauche
et les lobbies
homosexuels,
est venue une
fois de plus
de Jean-Paul
II,
judicieusement
salué récemment
par des
journalistes
français du
prix du
courage
politique (2).
Commentant le
sort réservé
à Buttiglione,
timidement
soutenu par le
président de
la Commission
européenne,
le cardinal de
la Curie
romaine,
Renato Martino,
a dénoncé,
lundi, "une
nouvelle
inquisition".
«On peut
librement
insulter,
attaquer les
catholiques et
personne ne
dira rien. Si
l'on faisait
cela contre
d'autres
confessions,
vous verriez
ce qui
arriverait",
a-t-il déclaré,
en condamnant
cette
conception de
la démocratie
qui veut que "celui
qui ne dit pas
ce que dit la
majorité doit
partir". Qui
s'inquiète de
ce retour au délit
d'opinion ?
L'exception
gay
A propos du
terrorisme
intellectuel
des militants
gays : le
Conseil de
Paris a voté
le 28
septembre une
subvention de
15.000 euros
à
l'association
Cineffable,
qui organise
du 28 octobre
au 1er
novembre le 16e
festival
intitulé :
Quand les
lesbiennes se
font du cinéma.
La
manifestation
(qui s'ouvrira
notamment à
un atelier de "création
de godemichés"
dont le
but sera de
railler "la
pauvre réalité
du
phallus")
est expressément
interdite aux
hommes. Pour
s'être étonné
de cette
attitude
discriminatoire
et sexiste,
contraire à
tous les
principes dont
se réclament
les mouvements
homos, le
fondateur de
l'Observatoire
du
communautarisme,
François
Devoucoux du
Buysson, n'a
pu échapper
cette semaine
à
l'accusation
d'homophobie
lancée par un
site gay.
Signalons
qu'il y a
quelques jours
la mairie de
Montreuil-sous-Bois
(Seine-Saint-Denis)
a interdit la
tenue d'un défilé
de mode
organisé par
une marque "de
prêt-à-porter
des femmes
musulmanes",
parce que
cette
manifestation
était
interdite aux
hommes.
Fallait-il
voir de l'islamophobie
dans cette
juste décision
?
Le combat
de Louis
Chagnon
Des nouvelles
de Louis
Chagnon, ce
professeur
d'histoire qui
a décidé de
se battre
contre le Mrap,
la Ligue des
droits de
l'homme et sa
propre hiérarchie,
qui l'avaient
accusé de
racisme pour
avoir dit des
vérités dérangeantes
sur la
brutalité de
Mahomet. Les
frais de
justice
semblent faits
pour décourager
de telles
initiatives,
car les
actions lancées
au pénal et
devant le
tribunal
administratif
lui ont déjà
coûté, en
frais
d'avocats et
de procédures,
8.500 euros,
alors que
l'affaire est
loin d'être
plaidée.
J'avais lancé
ici, le 9
juillet, un
discret appel,
qui a été
entendu à ce
jour par 174
donateurs, qui
ont apporté
au professeur
7.950 euros.
Louis Chagon,
qui remercie
pour ces
soutiens généreux,
est donc
actuellement
en léger déficit,
et les frais
à engager ne
sont pas clos.
Les chèques
peuvent être
adressés à
Louis Chagnon,
BP 19, 94001,
Créteil
Cedex.
(1) Lire également
le "Bloc-Notes"
du 15 octobre
2004.
(2) Prix remis
au Saint-Père
par la chaîne
de télévision
catholique KTO,
l'association
de politique
étrangère à
la Sorbonne et
la revue Politique
internationale.
La
diplomatie
française
marche sur des
oeufs en Israël
Michel Barnier
entame une
visite sur
fond de
tension
franco-israélienne
par JEAN-LUC
ALLOUCHE, publié
dans Libération
le 18 octobre
2004
Le
ministre des
Affaires étrangères,
Michel Barnier,
a entamé hier
une visite de
travail de
quarante-huit
heures en Israël,
en terrain,
sinon miné, du
moins cahoteux.
L'an dernier,
son prédécesseur
au Quai d'Orsay,
Dominique de
Villepin, avait
déployé des trésors
de rhétorique
flamboyante pour
convaincre ses
interlocuteurs
des bonnes
intentions de la
France. Las !,
dans l'opinion
israélienne,
sinon chez les
gouvernants, les
" regards
croisés"
entre les deux
sociétés
demeurent
largement négatifs.
Apaisement
Il est vrai
que la première
initiative de
Barnier dans
la région a
eu le don de déplaire
à ses hôtes
: en juin, il
avait rendu
visite au président
de l'Autorité
palestinienne,
Yasser Arafat,
fidèle à la
position française
qui le considère
toujours comme
un
"interlocuteur
incontournable".
Le
gouvernement
israélien,
qui se refuse
d'ordinaire à
recevoir les
visiteurs
d'Arafat, a
différé
alors
l'accueil de
Barnier. Au
cours de cette
visite, ce
dernier
rencontrera le
Premier
ministre,
Ariel Sharon,
ce qui
constitue, au
moins,
"un geste
d'apaisement",
à défaut
d'un véritable
début de
dialogue.
Autre volet de
la mésentente
franco-israélienne,
les
manifestations
d'antisémitisme
en France qui
ont incité,
le 18 juillet,
Sharon à
appeler les
juifs de
France à
immigrer en
Israël, afin
de fuir un
"antisémitisme
déchaîné".
Du coup, l'idée
même d'une
visite en
France du
Premier
ministre israélien
avait paru
impossible
sans des
"explications"
sur cette déclaration,
que ce dernier
a apportées
aussitôt en
faisant l'éloge
de la lutte du
gouvernement
français
contre l'antisémitisme.
Le
véritable point
d'achoppement
porte sur le
conflit israélo-palestinien.
A la veille de
sa visite,
Michel Barnier
s'est exprimé
"franchement",
à Paris, devant
des journalistes
français et
israéliens.
D'un côté, il
a fustigé
"le
terrorisme qui
frappe le peuple
israélien
durement, très
durement",
et qui
"n'est
justifiable par
aucun argument
ni aucune cause,
et le seul
objectif que
l'on doit avoir
est de le faire
cesser en
luttant contre
les criminels
naturellement".
De l'autre, il a
indiqué aux
Israéliens que
"la paix
passe par la
renonciation à
l'occupation qui
n'apporte que
des difficultés
en Israël".
Pressions
Le ministre
des Affaires
étrangères
fera aussi
valoir à ses
interlocuteurs
le poids de
l'Union européenne.
Avec ce
quasi-avertissement
: "Je
voudrais que
l'on comprenne
mieux en Israël
que l'UE n'est
pas seulement
un grand marché...
avec lequel
Israël a
besoin de
faire des échanges
pour son
propre développement.
Elle est
aussi, elle va
être aussi un
acteur
politique."
Et, en premier
lieu, dans le
conflit israélo-palestinien,
dont la
solution passe
par la
"feuille
de route"
et la reprise
d'un processus
de négociations
entre Israéliens
et
Palestiniens.
Son homologue
israélien,
Silvan Shalom,
prêtera sans
doute une
oreille
attentive à
ces propos. En
effet, une étude
de ses
services
laisse
craindre, dans
les années à
venir, des
"pressions
de
l'Europe",
la cessation
de l'aide de
l'UE aux
Palestiniens,
voire la
rupture des
accords
d'association
d'Israël avec
l'Europe.
Le
"sionisme
chrétien"
inspire
certains
bataillons
électoraux
de M. Bush
par
HENRI TINCQ,
publié dans
le Monde du 20
novembre 2004
Brandissant
les récits
bibliques et
les mythes
fondateurs de
l'Amérique,
un grand
nombre
d'organisations
évangéliques
proches du président,
convaincues
que le Messie
reviendra en
Terre promise
après avoir
rassemblé le
peuple juif,
soutiennent l'établissement
d'un
"Grand
Israël".
Les survivants
de
l'Apocalypse
sont le
feuilleton que
dévore l'Amérique
évangélique.
Depuis 1995,
onze volumes
s'arrachent en
librairie (60
millions
d'exemplaires
vendus). Le
dernier en
date, en 2003,
s'intitule
Armageddon. Ce
best-seller
est l'œuvre
du pasteur Tim
La Haye, l'un
des ténors de
la droite
religieuse et
sioniste américaine,
formé à
l'université
fondamentaliste
Bob Jones.
Le
récit
commence avec
la disparition
subite d'une
centaine de
passagers lors
d'un vol entre
Chicago et
Londres. C'est
l'illustration
hollywoodienne
de l'Enlèvement,
l'épisode
cher aux chrétiens
fondamentalistes,
pour qui une
minorité
d'entre eux
pourront
monter au Ciel
sans avoir à
subir la
Tribulation de
sept ans
promise avant
le retour du
Christ. Le récit
biblique de
l'Apocalypse
prophétise
"mille
années de
captivité
pour Satan,
suivies de
mille années
de règne
terrestre du
Christ"(ch.
20). Ce nouvel
avènement du
Messie - le
Millenium- obsède
les milieux
protestants
"prémillénaristes".
Pour eux, le
retour du
Christ est
promis à tous
les hommes, en
premier lieu
au peuple
juif, élu de
Dieu depuis
Abraham et Moïse.
Le peuple juif
n'a pas
reconnu le
Christ lors de
sa première
venue, il y a
2 000 ans,
mais la
promesse de
Dieu à son égard
n'est pas
caduque.
Ce
thème du
"rétablissement
d'Israël"
est l'un des
plus constants
dans les
bastions
protestants du
Sud
conservateur.
On en parle
comme d'un
"sionisme
chrétien",
un mot qui a
fait, dès
1992, la
"une"
du célèbre
Christianity
Today,
magazine évangélique
distribué à
des millions
d'exemplaires.
Il représente
un lobby
pro-israélien
très
puissant.
Compte tenu de
la démographie
- 70 millions
de chrétiens
born-again (nés
de nouveau),
convertis ou
revenus à la
foi, comme
George Bush -,
les lobbies
sionistes chrétiens
sont cinq fois
plus nombreux
que la
communauté
juive. Ce
"sionisme
chrétien"
puise dans les
récits
bibliques
comme dans les
mythes
fondateurs de
l'Amérique.
Lorsqu'ils
fuient
l'Angleterre
des Stuart,
les
"Puritains"
étaient déjà
nourris des récits
de la Genèse
et des
Psaumes. Persécutés
par la
monarchie,
comme le
peuple hébreu
l'avait été
par Pharaon,
ils émigrent
en Amérique
comme en
"Terre
promise".
Ils sont le
nouveau peuple
élu. Leur
conquête sur
les tribus
indiennes est
identifiée à
celle du
peuple d'Israël
contre les
Cananéens,
les Jébuséens,
les
Philistins.
Les
bâtisseurs du
Nouveau Monde
font ainsi de
l'antique
nation d'Israël
un guide et un
modèle. Dieu
leur a confié
la mission de
régénérer
le monde et
d'y préparer
l'avènement
du retour du
Christ, d'y créer
la fameuse
"Cité
sur la
colline"
qui inspira
les Pères
fondateurs.
Dans cette
"Nouvelle
Jérusalem"
(Washington)
doit régner
l'ordre divin.
Ce
"sionisme
chrétien"
est donc l'héritier
du messianisme
américain,
mais aussi du
retour en
force, après
la création
de l'Etat
d'Israël, en
1948, de la théorie
"dispensationnaliste"
du fameux prédicateur
John Darby
(1800-1882).
Selon lui,
l'histoire de
la relation
entre Dieu et
les hommes est
marquée par
des
"dispensations"
successives,
dont la dernière
sera "le
temps du
Royaume du
Christ".
L'actuelle
dispensation -
"le temps
de l'Eglise"
- n'achève
pas la
trajectoire
divine et
n'enlève rien
à la
"promesse"
faite par Dieu
à Israël.
Pour
les
"sionistes
chrétiens",
le doute n'est
donc pas
permis : c'est
en Israël que
le Messie
reviendra après
avoir rassemblé
le peuple
juif. C'est en
Israël
qu'aura lieu
la bataille
finale, annoncée
dans
l'Apocalypse,
entre Dieu et
les forces du
Mal sur la
plaine de l'Armageddon,
qui a donné
lieu à tant
de livres et
de films. Le
Messie ne
reviendra pas
avant que les
juifs ne
soient tous de
retour en Israël.
Ils se
convertiront
au
christianisme,
sous peine de
périr dans un
holocauste
lors de l'Armageddon.
Cette synthèse
entre le mythe
fondateur américain
et une lecture
millénariste
des prophéties
de la Bible a
une traduction
politique évidente.
Dès 1977,
quand le
Likoud de
Begin arrive
au pouvoir,
des liens se
nouent entre
les juifs
ultraorthodoxes
(aux
Etats-Unis et
en Israël) et
les évangéliques
américains.
Jerry Falwell,
chef de la
Majorité
morale, est
l'objet de
toutes les
faveurs en
Israël. Pour
accélérer le
retour de Jésus,
des évangéliques
américains
fondent même,
en 1980,
l'Ambassade
chrétienne
internationale
à Jérusalem.
Ils
soutiennent l'émigration
des juifs
russes en Israël,
financent des
colonies en
Cisjordanie et
à Gaza, font
un travail de
lobbying
intense au
Congrès en
faveur d'Israël.
En 2002, le
journal
Haaretz déplore
cette
"sainte
alliance"
des évangéliques
et des extrémistes
israéliens,
nuisible à la
paix.
En
1998, pour le
50e
anniversaire
de la création
de l'Etat
d'Israël,
Benyamin Nétanyahou,
alors premier
ministre, déclare
à Orlando
(Floride),
devant une
assemblée de
Voices United
for Israël
(Voix unies en
faveur d'Israël),
réseau de 200
organisations
évangéliques
pro-israéliennes
: "Nous
n'avons pas de
meilleurs amis
et alliés que
les gens assis
dans cette
salle."
Un nombre
impressionnant
d'organisations
évangéliques
soutiennent
encore
aujourd'hui la
politique
d'Ariel
Sharon,
"cet
homme de
paix",
comme l'a
qualifié
George Bush en
2002. Citons
Restoration
Foundation
(Fondation
Restauration),
Christian
Friends for
Israeli
Communities
(Amis chrétiens
des communautés
israéliennes),
etc. Au début
des années
2000, près de
30 millions de
protestants américains
se disaient
convaincus que
la politique
d'Ariel Sharon
et les
revendications
en faveur du
Grand Israël
reposent
"sur une
légitimité
divine fondée
dans les prophéties
bibliques".
Certes,
les évangéliques
ne sont pas
unanimes. Ils
n'ignorent pas
la souffrance
des chrétiens
arabes. Mais
si une
personnalité
comme le
pasteur Billy
Graham ne
s'aventure guère
sur ce
terrain,
d'autres
vedettes de la
droite
religieuse le
font pour lui
: Jerry
Falwell qui,
après le
11-Septembre,
avait traité
le prophète
Mahomet de
"terroriste",
Pat Robertson,
pour qui
l'islam est
"l'Antéchrist",
Tim la Haye,
qui a ses entrées
à la Maison
Blanche, ou le
propre fils du
"vieux
Billy",
Franck Graham,
devant qui
George Bush
avait prêté
serment sur la
Bible, en
janvier 2001,
et qui sera
encore là en
cas de réélection
le 2 novembre.
Que
voulons-nous
faire de nous ?
par
STEPHANE
DENIS, publié
dans le Figaro
le 19 octobre
2004
Un
des principaux
arguments des
partisans de
l'entrée de
la Turquie
dans l'Union
européenne
est que cette
grande nation,
si on la vexe,
n'aimera pas
ça. C'est
probable. Le
premier
ministre turc
roule
d'ailleurs des
yeux menaçants
dès qu'on a
le malheur de
lui adresser
la parole. On
sent toute une
série de conséquences
impossibles à
juguler et,
jusqu'au 17 décembre,
nous allons
raser les murs
en nous
demandant à
quoi l'idée même
d'un refus va
nous exposer.
Il ne s'agit
bien entendu
que d'une idée,
et les
froncements de
sourcils de M.
Erdogan ont
l'air de pure
tactique : il
semble bien sûr
de son fait.
Cependant le
problème
s'est déplacé.
Ce n'est pas
seulement les
Turcs. C'est
nous. La vérité
est qu'il est
tout à fait
possible que
ce monde soit
meilleur un
jour, et plus
prospère, et
en plus en sécurité,
en associant
les peuples
les uns aux
autres, en mêlant
les
civilisations
et en se
disant chez
soi partout.
Mais il n'est
pas certain
que nous ayons
envie d'y
vivre.
En
choisissant de
nous associer
à nos
voisins, nous
pensions que
nous ne leur
ferions plus
la guerre.
Nous étions
proches les
uns des
autres. La
langue nous séparait,
mais nous ne
croyions pas
cet obstacle
insurmontable.
Cette aventure
était un
choix délibéré.
Bientôt, nous
avons envisagé
d'aller de
l'avant. Nous
avons commencé
à songer
aussi qu'il y
aurait un
moment où il
faudrait s'arrêter.
Nous y sommes.
C'est-à-dire
que nous
sommes à ce
moment de
notre pensée
d'autrefois,
à ce moment
que nous
avions prévu
sans nous y
appesantir et
que nous nous
disons qu'il
est peut-être
déjà trop
tard. Cela
tombe sur les
Turcs. D'une
certaine façon
ce n'est pas
de chance pour
eux. Cela
aurait pu
tomber sur
quelqu'un
d'autre, un
autre peuple,
un autre pays.
Nous aurions
pu, si l'Union
soviétique
n'avait pas
aussi
longtemps figé
le paysage à
l'Est,
discuter
longtemps de
la nécessité
d'ouvrir nos
frontières en
mouvement à
ses anciens
satellites.
Mais
l'histoire
nous a pris
par surprise.
Nous avons dit
oui sans trop
savoir à qui,
comme ça et
tout de suite,
et nous avons
découvert ces
fiancées qui
s'appellent
l'Estonie, la
Slovaquie,
leur grande
soeur la
Pologne.
Le
sentiment que
nous allons
trop vite, en
mélangeant
tout, est né
autant de ce
qui n'est pas
une accélération
de l'histoire,
mais une
histoire sans
frein, que des
caractéristiques
de la Turquie.
Que la Turquie
soit
nombreuse,
musulmane,
excentrée,
sont autant de
raisons à
notre méfiance.
Que personne
ne sache plus
contrôler la
machine, la
cause de notre
prise de
conscience. Et
de notre
refus, car
quand nous
disons non à
la Turquie,
nous disons à
la fois non à
la Turquie et
non à la
chose que nous
avons créée
et qui se développe
désormais
sans nous. Une
espèce
d'existence
autonome de
l'Europe,
ravie d'elle-même
et dont le
principe générateur
est non pas de
croître et
embellir (croître
en puissance,
embellir la
vie de chacun)
mais de
grossir,
grossir,
grossir
Entre
la sensation
d'être grand
et
l'impression
d'être gros
il y a une
différence.
Nous la
ressentons
profondément.
Elle nous met
mal à l'aise.
Ce n'est pas
l'idée que
nous allons
disparaître
dans un trop
vaste
ensemble. Ni
ce qu'on
appelle, au
petit bonheur
des nécessités
du jour, de
ces évidences
gênantes (à
propos de
l'immigration,
etc.) le débat
identitaire.
C'est la
certitude
qu'il faut que
nous répondions
à cette
question, non
pas : qui
sommes-nous ?
mais :
qu'allons-nous
faire de nous
? Un ancien
premier
ministre,
Michel Rocard,
s'est demandé
si les Français
ont les armes
intellectuelles
pour
comprendre
l'affaire
turque. Je ne
sais pas s'ils
disposent tous
des
statistiques
les plus récentes
sur la
production des
raisins de
Smyrne ou l'économie
comparée de
l'Anatolie et
du Bazar
d'Istanbul, je
ne crois pas
qu'ils soient
très
familiers des
mécanismes
compensatoires
et du principe
de subsidiarité,
mais ce que je
crois c'est
que les Français
ont une idée
assez nette de
ce qu'ils ont
réalisé avec
leurs voisins
en quarante
ans. Ils
savent très
bien les Européens
qu'ils sont.
Ils savent
extrêmement
bien ce que
c'est que
l'Europe. Ils
la vivent tous
les jours. Il
y a des choses
qu'ils aiment
et des choses
qu'ils
n'aiment pas,
mais si leurs
armes ne sont
pas toutes
intellectuelles,
elles sont
toutes réelles
et ils s'en
satisfont,
merci. Leur
compréhension
actuelle de
l'Europe n'est
pas un refus
de l'avenir
mais une
reconnaissance
du présent :
par exemple,
ils voient très
bien ce qui sépare
la Turquie de
l'Europe, et
ne sont pas du
tout gênés
quand il faut
inscrire, au
premier rang
de ces raisons
négatives, la
religion.
C'est
pour cela que
l'argument du
club chrétien
que M. Erdogan
a réutilisé
récemment et
toujours sur
un ton menaçant,
me semble un pétard
mouillé. Il
est
parfaitement
exact que
l'Europe est
un club chrétien
par son
histoire et sa
culture. Il y
a une unité
européenne
qui repose sur
la race, la
couleur de la
peau et la
continuité géographique,
comme il y a
une unité
africaine ou
chinoise ; et
sur la
religion. Les
Français ne
sont plus
gouvernés par
la chrétienté
mais ils ne
sortent pas
d'une nuée,
d'un plan,
d'un compromis
au Conseil des
ministres.
Notions
anciennes et
enfouies qui
s'accommodent
de réalités
nouvelles,
mais notions
que nous
devinons
vitales ;
vitales si
nous nous
posons
toujours cette
question :
qu'allons-nous
faire de nous
? Pour qui
faisons-nous
l'Europe ?
Pour les
autres ou pour
nous ?
Bien
entendu,
l'organisation
d'une large
part du monde
en zone indifférenciée
dont la
richesse et
l'activité
grignoteront
sans arrêt
les bornes
provisoires et
autodéplaçables
peut être un
objectif en
soi. C'est le
principe de
toute
organisation,
nous l'avons
appris à l'école
; et c'est un
objectif qui
n'a pas besoin
de dirigeants.
Il marchera très
bien tout
seul. C'est le
principe de
l'Europe pour
tous, hypothèse
probable et
qui, à mon
avis, a de
grandes
chances de réussir.
Réussir à
triompher de
toute espèce
de réticence,
veux-je dire.
En d'autres
termes, le
monde qui se
prépare pour
nous non
seulement échappe
à notre contrôle
mais n'a pas
besoin de nous
- de nous tels
que nous
n'avons pas
besoin de nous
définir -
tels que nous
sommes. Les
Turcs,
voyez-vous,
n'y sont pour
rien.
Objectif
: la
nouvelle évangélisation
Paris
accueille
jusqu’au
1er novembre
le Congrès
international
pour la
nouvelle évangélisation.
Une
rencontre
pour
accueillir
la Parole au
cœur de la
ville
par
MARTINE DE
SAUTO, publié
dans la Croix
le 22 octobre
2004
"Eglise
en Europe, la
nouvelle évangélisation
est un devoir
qui
t’attend."
Lancée par
Jean-Paul II
en 1991, lors
du premier
synode pour
l’Europe,
cette idée a
depuis fait
son chemin.
Signe actuel
le plus
visible, le
Congrès
international
pour la
nouvelle évangélisation
qui vient de
s’ouvrir à
Paris. Mais il
en est bien
d’autres. En
novembre 2000,
six ans après
le rapport
Dagens, les évêques
réunis en
assemblée plénière
annuelle à
Lourdes ont en
effet mis l’évangélisation
au cœur de
leur réflexion.
Le chantier
s’appelait
"Des
temps nouveaux
pour l’Evangile".
Il devait
discerner les
signes de la
présence de
Dieu en ces
temps
nouveaux, et
les modes
d’une évangélisation
appropriée.
Depuis, l’opération
"Aller au
cœur de la
foi", qui
invite les chrétiens
à replonger
au cœur du
mystère
pascal pour
aller à la
rencontre du
Christ et pour
apprendre à
en témoigner,
a apporté un
nouvel élan
à ce désir
d’évangéliser.
Reste
qu’aller à
la rencontre
de l’autre
et témoigner
de sa foi
devant des
non-croyants
ne va pas de
soi. C’est
pourquoi des
sessions de
formation à
l’évangélisation
ont
progressivement
vu le jour. La
Mission de
France a ainsi
créé une
Ecole pour la
mission (1).
Fondacio (2) a
mis en place
un cycle appelé
"Témoins
d’espérance",
qui intervient
à la demande
des paroisses
afin de, comme
l’explique
Michel
Goyallon,
"former,
préparer,
aider et
encourager les
chrétiens à
aller à la
rencontre de
ceux qui sont
au seuil de
l’Eglise".
Le diocèse de
Toulon a créé
quant à lui
(en 2002) une
formation à
la nouvelle évangélisation,
suivie
actuellement
par 35 étudiants,
dont 12 extérieurs
au diocèse.
La formation
dure deux ans
(la première
année est à
temps plein)
et comporte ce
que Jacques
Fichefeux,
directeur de
l’Institut
diocésain de
formation
pastorale,
appelle des
"travaux
pratiques"
: autrement
dit une mise
en œuvre de
nouvelles méthodes
d’évangélisation.
De
surprenantes
"méthodes"
d'évangélisation...
"Méthodes"
? Le terme
peut
surprendre
mais c’est
bien de cela
qu’il
s’agit. Il y
a une
vingtaine
d’années,
les communautés
nouvelles
(notamment
celles issues
du Renouveau
charismatique)
furent les
premières à
s’engager
visiblement
dans des démarches
d’évangélisation
explicite et
misèrent
beaucoup sur
une
proposition
explicite de
la foi. C’était
l’époque,
notamment, de
l’évangélisation
de rue. Des
personnes,
saisies par la
rencontre de
Dieu, brûlaient
de transmettre
leur expérience
et n’hésitaient
pas à
installer des
stands sur les
places et les
marchés.
Autre moyen,
le téléphone.
Dans les années
1990, la
campagne d’évangélisation
"Partager
notre espérance"
et accompagnée
par Fondacio a
ainsi concerné
une vingtaine
de paroisses
catholiques et
protestantes
dans plusieurs
diocèses
(Nanterre,
Versailles,
Poitiers). Les
chrétiens
appelaient au
téléphone
tous les
habitants
d’un
quartier et
leur
proposaient
d’apporter
un livret de témoignages
de croyants.
Ils les
rappelaient
ensuite pour
les inviter à
des réunions
de quartier.
Aujourd’hui,
sans que l’évangélisation
de rue soit
abandonnée
(mais elle se
fait désormais
en priorité
à proximité
d’une église),
les
initiatives se
veulent moins
directes. Café
mission,
conversations
essentielles,
spectacles,
concerts, cédéroms
et Internet…
Les idées ne
manquent pas.
"La beauté,
l’émotion
sont aussi un
moyen d’éveiller
l’âme, de
l’ouvrir à
l’espérance,
rappelle,
quant à lui,
Dominique
Tisserand,
oblat bénédictin,
réalisateur
d’un cédérom
(Et moi ?) qui
sortira le 8 décembre,
couplé à un
site Internet
(lemediateur.net).
Les paroisses,
quant à
elles, sont de
plus en plus
nombreuses à
adopter des méthodes
venues de l’étranger
ou mises au
point par
d’autres
confessions.
Ainsi, la
paroisse de
Sanary-sur-Mer
(Var) a
implanté en
France les
cellules
paroissiales
d’évangélisation
(60 paroisses
concernées) nées
en Floride et
adaptées à
l’Europe par
Don Pigi, curé
à Milan. Le
principe est
simple : les
chrétiens
soucieux d’évangéliser
leurs proches
se regroupent
en petites
fraternités
de 8 à 15
personnes. Ils
se retrouvent
chaque semaine
dans une
maison durant
une heure
trente pour
prier, relire
leur démarche
d’évangélisation,
recevoir un
enseignement,
en général
sur cassette.
"Ces
cellules sont
un soutien,
elles
permettent aux
chrétiens de
s’épauler
dans leur
dynamique d’évangélisation,
explique le P.
Bertrand
Lorentz. Elles
sont aussi le
lieu
d’accueil de
ceux qui
auront été
touchés par
le Christ.
Mais, à la
base, il y a
toujours la
prière et
l’adoration."
Venu de l’étranger
encore, les
Cours Alpha
(3) qui ont vu
le jour en
1992 à
Londres. Mis
au point par
un pasteur
anglican,
introduits en
France par le
Chemin-Neuf et
L’Emmanuel,
revus en
profondeur
sous l’égide
d’une
commission
d’études
constituée de
trois évêques
(Mgr Gérard
Daucourt, Mgr
Michel Dubost
et Mgr Pierre
d’Ornellas),
ils
connaissent un
succès
croissant. Ils
sont
aujourd’hui
proposés dans
les deux tiers
des diocèses.
"Alpha
s’adresse à
toute personne
qui souhaite
en savoir plus
sur la foi chrétienne,
en connaître
les bases dans
un cadre
convivial et
informel, et
sans
engagement de
leur
part",
explique
Florence de
Leyritz,
responsable
nationale. La
rencontre,
dans les
locaux de la
paroisse,
commence par
un repas suivi
d’un
enseignement
sur une
question de
base (qui est
Jésus ?
Prier,
pourquoi,
comment ?)
donnée par un
prêtre ou un
laïc formé,
puis suivent
les questions
durant
quarante-cinq
minutes. A
mi-parcours,
une journée
ou un week-end
de retraite
sont proposés
sur le thème
de l’Esprit-Saint.
Les cours
terminés,
ceux qui le
souhaitent
sont orientés
vers les
propositions
paroissiales
(catéchuménat,
action
caritative...).
Des fraternités
de quartiers,
parfois appelées
cénacles,
peuvent alors
voir le jour.
Comme
si le passage
par l’émotion
était devenu
incontournable
Toutes ces
initiatives
ont en commun
d’inventer
des voies
nouvelles,
hors des lieux
et des
langages
familiers, et
de mettre
l’accent sur
la convivialité
et le témoignage.
Comme si le
passage par
l’émotion
était devenu
incontournable
dans la
transmission
de la foi.
Essentiels
aussi, le
respect de la
liberté de
l’autre et
la gratuité
de la démarche.
La difficulté
est ensuite de
permettre aux
personnes
d’aller
au-delà, de
vivre une expérience
spirituelle,
puis, si elles
le souhaitent,
de les
accompagner
dans leur désir
de bâtir une
vie de foi.
Beaucoup en
sont
conscients et
s’y
emploient, en
faisant le
lien avec l’Eglise.
"Evangéliser
est un acte de
charité,
rappelle ainsi
Gilles
Malartre,
responsable
pour la France
de la
communauté de
L’Emmanuel.
Nous avons
entendu et
reconnu une
Parole. Nous
avons la
conviction que
le Christ est
sauveur. A
un moment, il
faut le dire.
Les modalités
? Il n’y a
pas
d’exclusive.
C’est à
chacun selon
son talent
particulier,
et en se
laissant lui-même
convertir par
la Parole
qu’il porte
et qui le fait
vivre. Mais il
ne faut jamais
perdre de vue
que ce n’est
ni un
individu, ni
une communauté
qui évangélise
: c’est l’Eglise.
L’évangélisation
ne peut que
s’enraciner
dans la vie de
la communauté
chrétienne,
dans la
liturgie et
dans les
sacrements."
(1) Ecole pour
la mission :
BP 101, 94170
Le Perreux, tél.
:
01.43.24.79.57.
(2) Fondacio :
23, rue de
l’Ermitage
78000
Versailles, tél.
:
01.30.83.03.60.
(3) Alpha : BP
18, 78780
Maurecourt, tél.
:
01.39.70.51.14
Comment
la France se
fige et prend
peur
par
EDWY PLENEL,
publié dans le
Monde du 23
octobre
Tout
(e) citoyen (ne)
devrait lire ce
livre. Toute
personne impliquée
dans la vie
publique,
curieuse de
l'intérêt général,
soucieuse de
l'avenir du pays
devrait s'y précipiter
au plus vite,
s'en emparer et
en débattre.
Polytechnicien,
économiste,
formé à l'austère
école des
statistiques, où
la chasse aux trésors
suppose de déjouer
bien des pièges,
Eric Maurin
fraye un chemin
de recherche à
part dont les
rigoureuses découvertes
obligent à
d'immenses
remises en
cause. Son inquiétude,
c'est la crise
du politique
dont témoignent
le gouffre de
l'abstentionnisme
et le trop-plein
du populisme.
"Pourquoi
l'offre
politique
est-elle devenue
incapable de fédérer,
de mobiliser,
autour de
projets cohérents
? se
demandait-il au
lendemain du 21
avril 2002. Une
grande partie de
la réponse
tient, je crois,
à notre
incapacité à décrypter
les tensions et
les clivages qui
traversent notre
société."
A l'époque, il
avait illustré
son propos par
une recherche
novatrice sur la
transformation
de la condition
ouvrière (L'Egalité
des possibles,
La République
des Idées/Le
Seuil, 2002).
Aujourd'hui,
il l'élargit en
s'attaquant au
territoire, aux
illusions et
faux-semblants
de notre représentation
de la France, de
ses cités et de
ses quartiers.
Dis-moi auprès
de qui tu
habites et je te
dirais quelle
société tu
construis : tel
pourrait être
le résumé de
sa démarche.
Notre vision
commune, vulgate
de gauche comme
de droite qui
domine la
politique de la
ville depuis
deux décennies,
est celle d'un
pays où
l'inscription de
la fracture
sociale dans
l'espace se résumerait
à la question
des cités,
quartiers, zones
dites
"difficiles".
Quelques
centaines
d'enclaves où
se concentraient
l'exclusion, la
misère et la déshérence
et qui
appelleraient
des politiques
ciblées. Sans
bavardage, avec
autant de précision
que de précaution,
Eric Maurin fait
exploser cette
représentation,
ramenée à une
"lecture
simpliste de la
société".
Utilisant des
données
inexploitées de
l'Insee sur un
échantillon
représentatif
de voisinages de
30 à 40
logements
adjacents, il dévoile
le vrai visage
de notre pays.
"La
dramaturgie française
de la ségrégation
urbaine n'est
pas celle d'un
incendie soudain
et local, écrit-il,
mais celle d'un
verrouillage général,
durable et
silencieux des
espaces et des
destins
sociaux."
Son tableau des
inégalités
territoriales révèle
une société
"extraordinairement
compartimentée",
"une société
où l'on change
souvent de
trottoir",
"à la fois
fragmentée et
figée, hantée
par la peur du déclassement".
La
vraie ghettoïsation
se fait par le
haut, chez les
riches et les
plus aisés, le
lieu de résidence
devenant le
principal
marqueur social.
On veut vivre
entre soi, entre
semblables et
pareils, dans un
but explicite où,
à travers la
scolarité et
les fréquentations
des enfants, se
joue l'essentiel
: la préemption
de l'avenir,
l'accumulation
de capital
culturel et, au
final, des
destins écrits
d'avance. A
rebours des
discours
illusoires sur
une République
d'autant plus idéalisée
qu'elle est
imaginaire dans
les faits,
Maurin nous
alerte sur notre
responsabilité
collective dans
la construction
d'une société
de castes, où
le vrai
communautarisme
est social. De
cette démonstration
implacable,
prolongée par
des
propositions, on
n'aura donné,
ici, qu'un avant
goût tant son
invite est
radicale :
"C'est
notre modèle de
société tout
entier qu'il
faut
interroger".
Grand-messe
laïque dans
la Ville éternelle
par
BAUDOUIN
BOLLAERT,
publié dans
le Figaro le
18 octobre
2004
Le 29
octobre, le
dernier-né
des traités
européens -
appelé communément
"Constitution"
ou "Traité
constitutionnel" -
sera signé en
grande pompe
par les
dirigeants des
vingt-cinq
pays de
l'Union, à
Rome. C'est
dans cette même
capitale
italienne que
déjà, le 25
mars 1957, les
six pays
fondateurs
avaient paraphé
le traité
instituant la
Communauté économique
européenne
(CEE) et la
Communauté
européenne de
l'énergie
atomique
(Euratom).
Pourquoi Rome,
de nouveau,
alors que ce
sont les
Pays-Bas qui
président
actuellement
l'Union ?
Pourquoi pas
Dublin,
puisque ce fut
sous présidence
irlandaise, le
18 juin
dernier, que
les Vingt-Cinq
tombèrent
d'accord sur
la version définitive
du texte ? La
réponse va de
soi : dans une
Union qui
manque singulièrement
de symboles,
il aurait été
navrant de ne
pas faire le
lien entre le
traité précurseur
et celui qui,
quarante-sept
ans et sept
mois plus
tard, doit se
substituer à
lui et à tous
les autres (de
l'Acte unique
au traité de
Nice, en
passant par
Maastricht et
Amsterdam).
Pour
bien marquer
l'importance de
ce rendez-vous
romain, Jacques
Chirac fera le déplacement.
D'ordinaire, les
traités européens
sont signés par
les ministres
des Affaires étrangères.
Cette fois, tous
les
"grands"
seront présents
et, côté français,
le chef de l'Etat
lui-même
tiendra la plume
avec Michel
Barnier à son côté.
Là encore, il
n'y a pas de
mystère : ayant
opté pour la
ratification du
traité par référendum,
le président ne
peut pas faire
moins que de
s'engager
personnellement...
Sa présence à
Rome lancera en
quelque sorte la
campagne pour le
oui. Mais le
choix de la
Ville éternelle
aurait-il
d'autres
significations,
cachées
celles-là ?
Alors que le préambule
de la
Constitution ne
contient aucune
référence à
Dieu et au
christianisme -
évoquant
simplement les "héritages
culturels,
religieux et
humanistes"
de l'Europe -
s'agit-il d'un
geste en
direction des
Etats membres
qui déplorent
cette absence,
comme la Pologne
ou l'Irlande ? A
moins qu'il ne
s'agisse de
montrer aux
adversaires de
la candidature
turque, voire à
ceux qui
affichent leurs
réticences
devant l'éventuelle
adhésion d'un
pays de 70
millions de
musulmans, qu'on
peut souhaiter
son entrée dans
l'UE et signer
un traité dans
la capitale de
la chrétienté...
Elucubrations
? Faut-il
vraiment voir du
religieux
partout ? Ironie
de l'histoire,
si la Turquie
entre un jour
dans l'Union,
elle aura pour
étendard -
comme les autres
Etats membres -
un drapeau frappé
d'un emblème
chrétien ! Rien
de plus marial,
en effet, que
cette couronne
de douze étoiles
d'or sur fond
d'azur
(Apocalypse,
chapitre XII,
verset I)... Un
comble pour un
pays qui, comme
la France, porte
fièrement sa laïcité
en bandoulière
! En vérité,
la laïcité
s'exporte mal.
La France est
d'ailleurs
l'unique pays de
l'actuelle Union
à en avoir "explicitement
consacré le
principe" dans
sa Constitution,
note Bernard
Stasi dans sa préface
à l'excellent
ouvrage
d'Olivier Dord
sur la laïcité
en Europe
("Laïcité
: le modèle
français sous
influence européenne"
- Notes de la
Fondation
Robert-Schuman).
Ses partenaires
ont choisi
d'autres voies
et le récent élargissement
à dix nouveaux
pays rappelle la
diversité des
expériences
nationales en
matière de
relations entre
Etats et Eglises.
On distingue
aujourd'hui
trois modèles :
1°) "L'Union
dans la
diversité."
Selon
Olivier Dord,
elle traduit "l'existence
d'une religion
d'Etat dans un
contexte de
pluralisme
religieux
effectif".
La
Grande-Bretagne
en est le plus
parfait
exemple. L'Etat
n'intervient
en aucune manière
dans la
pratique
confessionnelle
et si l'Eglise
anglicane est
régie par la
loi, elle ne bénéficie
d'aucun
avantage
financier
particulier.
Il n'existe
qu'une
exception à
la règle de
liberté qui
gouverne le régime
des cultes
outre-Manche :
la loi sur le
blasphème.
Elle permet de
poursuivre les
gens coupables
d' "outrager
les sentiments
chrétiens à
propos de Jésus-Christ".
2°) "L'autonomie
pour la coopération."
D'après
l'auteur, elle
exprime la "neutralité
confessionnelle
de l'Etat face
à des Eglises
reconnues et
associées à
la vie
publique".
Une
majorité d'Etats
de l'UE se
reconnaît
aujourd'hui
dans ce modèle.
L'Allemagne
l'a adopté
depuis la
Constitution
de Weimar de
1919. La
Belgique et
l'Autriche
pratiquent une
"coopération
institutionnalisée"
entre Eglises
et Etat.
L'Espagne et
l'Italie
empruntent le
même chemin.
3°) "L'identification."
Elle témoigne,
selon Olivier
Dord, de "situations
exceptionnelles
où
l'incarnation
du sentiment
national par
une Eglise
implique que
l'Etat auquel
elle est
intimement liée
restreigne la
liberté des
autres
cultes". En
Grèce, l'Eglise
orthodoxe
constitue le
ciment
traditionnel
de l'unité
nationale.
L'Irlande ou
la Finlande
connaissent
une situation
comparable :
la première
à l'égard du
catholicisme,
la seconde
avec le luthéranisme.
La
Grèce est
toutefois le
seul pays de
l'UE où se pose
la question de
l'effectivité
du pluralisme
religieux. "Du
statut privilégié
accordé à
l'orthodoxie, il
résulte en
effet une
limitation de la
liberté de
culte pour les
autres
confessions",
écrit le
professeur Dord.
Pour autant,
chaque Etat
membre devant
rendre
compatible son
droit, même en
matière de
liberté
religieuse, avec
les standards
européens, la
Grèce - à
la veille de son
entrée dans la
zone euro -
avait renoncé
à faire figurer
la religion sur
les cartes
nationales
d'identité...
Avec
son principe de
laïcité,
pierre angulaire
du "pacte républicain",
la France se
singularise
donc. Encore une
exception française
! Car si
beaucoup de
conventions
internationales
attachent une
importance
primordiale à
la protection de
la liberté de
conscience et de
religion, aucun
traité ne
consacre la laïcité
ou la séparation
des Eglises et
de l'Etat comme
un des droits
fondamentaux ou
une des
garanties
incontournables
de la démocratie
libérale. La
conception française
de la laïcité
ne s'en
apparente pas
moins à l'idée
de
"neutralité
ouverte" chère
à une majorité
d'Etats membres.
Il existe entre
eux une
communauté de
valeurs partagées -
liberté de
croyance, liberté
de culte,
pluralisme
religieux -
à laquelle la sécularisation
avancée de
leurs sociétés
n'est évidemment
pas étrangère.
C'est pourquoi
il ne faudra
voir aucune
malice particulière
dans la
"grand-messe
laïque" célébrée
le 29 octobre
dans la Ville éternelle...
Sharon
fera la
paix... quand
les
Palestiniens
seront
finlandais
Le
Premier
ministre
entend empêcher
indéfiniment
la création
d'un Etat
palestinien
par
CHARLES
ENDERLIN,
publié dans
Libération le
20 octobre
2004
De
sa longue
carrière
politique,
Ariel Sharon
entend, à 76
ans, léguer
à Israël un
élément
fondamental :
l'impossibilité
pour les
Palestiniens
de créer un
Etat indépendant
sur la majeure
partie de la
Cisjordanie où
les colonies
israéliennes
pourront se développer
dans de vastes
secteurs annexés
de fait. Ce
seront des
zones de sécurité
d'où il sera
possible de
contrôler les
populations
palestiniennes
vivant sur le
reste de ce
territoire.
C'est ainsi
qu'il faut
lire la récente
interview de
Dov Weisglass,
ex-chef de
cabinet,
conseiller et
avocat du
Premier
ministre au
quotidien Haaretz.
Il confirme
que l'évacuation
des
implantations
de Gaza et du
nord de la
Cisjordanie a
pour but d'empêcher
indéfiniment
la création
d'un Etat
palestinien et
cela avec
l'accord de
Washington.
C'est une
nouvelle étape
du projet
d'Ariel Sharon
visant à
changer la réalité
du conflit
avec les
Palestiniens
et qu'il a
commencé à
appliquer dés
son élection
à la présidence
du Conseil en
février 2001.
Le plan avait
été préparé
en détail par
le général
de réserve
Meir Dagan
à l'époque,
son conseiller
pour les
affaires de sécurité.
Il prévoyait
dans le détail
la
neutralisation
d'Arafat, "un
assassin avec
qui on ne négocie
pas",
et la
destruction de
l'accord
d'Oslo, "le
plus grand
malheur qui se
soit abattu
sur Israël".
Une opération
d'intensité
croissante
visait à
isoler
progressivement
le président
palestinien
tant sur le
plan intérieur
que
diplomatique.
Durant les
deux premières
années de
l'Intifada,
l'armée israélienne
a presque systématiquement
riposté aux
grands
attentats
commis par le
Hamas en
attaquant des
cibles de
l'autorité
palestinienne
et du Fatah.
Leur chef,
Yasser Arafat,
n'a jamais réalisé
le piège dans
lequel il se
précipitait
en refusant,
par crainte
d'une guerre
civile en
Palestine, de
donner l'ordre
à ses
services de sécurité
d'arrêter les
chefs
islamistes à
Gaza. Ce n'est
que le 27 mars
2002, après
l'attentat-suicide
commis par un
terroriste du
Hamas et
faisant
vingt-neuf
morts israéliens
à Netanyah le
soir de la Pâque
juive,
qu'Arafat a
appelé son
chef de la sécurité
à Gaza pour
lui donner le
feu vert. "Trop
tard, a répondu
Mohammed
Dahlan, les
Israéliens
vont passer à
l'attaque."
Quarante-huit
heures plus
tard commençait
l'opération
"Rempart".
Elle était
dirigée
contre
l'Autorité
autonome issue
des accords
d'Oslo.
Depuis, Arafat
est assigné
à résidence
dans les
ruines de la
Mouqata, son
QG à
Ramallah. Cohérence
et franchise
sont deux
qualités dont
Ariel Sharon
et son équipe
ne sont pas dépourvus.
En fait, la
seule nouveauté
dans les déclarations
de monsieur
Weisglass
concerne le
soutien, sans
précédent,
accordé par
les Etats-Unis
à la
politique israélienne.
Mais, là
aussi, on ne
saurait être
surpris. Une
partie de
l'administration
Bush est
acquise aux thèses
de monsieur
Sharon. A la
Maison Blanche
et au
Pentagone, la
plupart des
hommes en
place ont
toujours
exprimé des
opinions très
critiques de
la politique
de concession
des
travaillistes
israéliens.
Au Conseil
national de sécurité
par exemple,
Elliot Abrams
est chargé du
dossier
Proche-Orient.
Dès 1993, il
a déclaré
son opposition
au processus
d'Oslo. Au
Pentagone, le
sous-secrétaire
à la Défense
chargé des
affaires
politiques,
Douglas Feith,
est proche du
mouvement des
implantations.
Dans ces
conditions,
Dov Weisglass
n'a
probablement
pas eu
beaucoup de
difficultés
à convaincre
ses
interlocuteurs
américains.
Pour les
colons, c'est
autre chose.
Ils refusent
ses
explications,
à savoir que
le retrait des
colonies de
Gaza et de
quatre autres
situées dans
le nord de la
Cisjordanie
leur permettra
de conserver
le reste ad
vitam æternam.
Leur réveil
est dur :
Sharon, qui
fut leur
parrain et
principal
bienfaiteur,
n'a jamais
accepté l'idéologie
du Grand Israël
ou du
mouvement
messianique.
Dans sa vision
sécuritaire,
la terre n'est
pas sacrée et
peut faire
l'objet de
concessions à
des fins stratégiques.
Dans ses déclarations
à Haaretz,
monsieur
Weisglass se
vante d'avoir
"effectivement
conclu avec
les Américains
qu'on ne
discutera
jamais d'une
partie des
colonies.
Quant au
reste, on en
parlera
lorsque les
Palestiniens
deviendront
des
Finlandais...".
C'est-à-dire
lorsqu'ils
auront un
comportement
occidental,
européen, démocratique,
non violent et
doux, du moins
selon la
vision du
monde
scandinave du
conseiller
d'Ariel
Sharon. Il
sait que la
société
palestinienne
ne prend pas
le chemin de
l'européanisation.
Elle subit une
véritable
tragédie
humanitaire et
se développe
dans un
environnement
de plus en
plus répressif.
Dans la bande
de Gaza, près
de la moitié
de la
population vit
en dessous du
seuil de
pauvreté de 2
dollars par
personne et
par jour.
Selon les
Nations unies,
quarante-cinq
Palestiniens
sont tués
chaque mois
dans ce
territoire
(pour deux
tiers des
combattants).
Au cours des
quatre dernières
années,
25.000
Palestiniens
ont perdu leur
logis, détruit
par l'armée
israélienne.
Tout cela
signifie une pérennisation
du conflit qui
restera, en
l'absence de
toute
possibilité
de compromis,
le principal
élément déstabilisateur
du
Proche-Orient
et des
relations
intercommunautaires
en Europe.
Pour éviter
de nouvelles
catastrophes,
il faudrait,
affirme Michel
Barnier, le
ministre français
des Affaires
étrangères,
que le retrait
de Gaza réussisse
et soit
coordonné
avec les
Palestiniens
dans le cadre
de la fameuse
"feuille
de route
destinée au règlement
permanent du
conflit israélo-palestinien
sur la base de
deux Etats"
du
quartet. Pour
les diplomates
européens et
américains,
ce plan de
paix est
toujours
d'actualité,
comme le répète
Ariel Sharon
mais en
ajoutant :
"Il
faudra d'abord
que les
Palestiniens
cessent le
terrorisme
!" Et
deviennent
finlandais ?
Le guêpier
de Gaza
par
CHRISTIAN
MERVILLE,
publié dans l
'Orient-le
Jour le 22
octobre 2004
Ce
n’est pas un
hasard si la
très respectée
chaîne de télévision
Arte a
ressorti la
semaine passée
un
documentaire, Ils
ont tué Rabin,
ravivant du
coup un flot
de mauvais
souvenirs que
les Israéliens
voudraient
bien oublier.
Jusque dans
les couloirs
de la Knesset,
Ariel Sharon
ne peut désormais
faire un pas
sans une
imposante
escorte de
gardes du
corps, et il a
pris le parti
d’en rire.
"Que
voulez-vous,
il n’y a pas
de gilet
pare-balles
suffisamment
grand pour
moi",
a-t-il ainsi
lancé à
l’adresse
des
journalistes.
Le Premier
ministre est
bien le seul
à avoir opté
pour
l’humour et
l’autodérision.
Ailleurs dans
un pays où le
moindre
incident de
parcours prend
les allures
d’un
cataclysme
biblique,
l’inquiétude
grandit à
mesure
qu’approche
l’échéance
fatidique du
25 octobre. A
cette date, en
effet, les députés
devront se
prononcer sur
le plan de démantèlement
de 21 points
de peuplement
à Gaza et de
quatre des 120
enclaves établies
en
Cisjordanie.
Sur le papier,
le
gouvernement
est assuré de
l’emporter,
grâce à une
assiette où
l’on
retrouve -
fruit d’un
subtil jeu
d’alliances -
22 des 40 députés
du Likoud, 21
travaillistes,
14 membres du
Shinouï et
six autres de
la formation
de gauche
Yahad.
De
ce côté
donc, rien à
craindre.
C’est
ailleurs
qu’il faut
rechercher les
raisons du
problème
complexe qui
vient de
surgir. Et qui
a fini par déboucher
sur un véritable
phénomène
d’hystérie
collective :
dans la
mobilisation
des 8.000
colons concernés,
rejoints désormais
par des
dizaines de
milliers
d’autres
kibboutzniks ;
dans les
appels à la sédition
lancés par
des dizaines
de rabbins ou
encore par des
responsables
de yeshivas ;
dans l’ordre
express donné
aux militaires
par l’ancien
grand rabbin
et leader
religieux du
mouvement extrémiste
Avraham
Shapira, leur
enjoignant de
refuser le
"sacrilège"
qui consiste
à
"expulser
des juifs de
leurs
foyers".
En d’autres
termes, il est
permis, sous
le fallacieux
prétexte de
combattre le
terrorisme, de
massacrer des
Palestiniens
et de détruire
leurs
habitations,
mais pas de
renoncer à
des points de
peuplement,
par ailleurs véritables
îlots d’insécurité
au milieu de
la mer arabe.
C’est dire
à quel point,
comme à
chaque étape
importante de
la vie
publique, la
raison semble
avoir déserté
une opinion
publique
chauffée à
blanc par des
chefs
religieux -
véritables maîtres
à penser du
pays - dont
les propos
prennent
volontiers des
accents
d’autant
plus
messianiques
que l’on
vient
d’annoncer
pour mai
prochain la
date d’un
retrait censé
s’étaler
sur un mois.
On aurait tort
de juger
folkloriques
toutes ces
gesticulations,
tant forte est
l’empreinte
de la foi dans
la vie
quotidienne.
Comment, à
titre
d’exemple,
oublier
qu’au
lendemain de
juin 1967,
Moshe Dayan déclarait
: "Dans
mes plans de
guerre, je
n’ai fait
que suivre les
directives de
la Bible"
?
Mais
il y a plus
grave. La légitimité
de
l’actuelle
équipe ministérielle
est remise en
cause de plus
en plus
souvent,
notamment par
l’ancienne
présidente de
l’Association
des droits
civiques, Ruth
Gavison, qui dénie
à Sharon tout
droit
d’entamer le
retrait
qu’il prône.
Or le
mouvement qui
avait nourri
la vague de
haine ayant
culminé avec
l’assassinat,
le 4 novembre
1995, de
Yitzhak Rabin
avait été
mené au nom
du refus de
reconnaître
à celui-ci
toute autorité
de signer les
accords
d’Oslo-2.
Par la suite,
si à deux
reprises et à
une nette
majorité
Sharon a été
élu Premier
ministre,
c’est grâce
à sa promesse
de ne rien céder
sous la
pression des
armes. Et sa
victoire de
l’an
dernier, sans
précédent
dans les
annales israéliennes,
avait été
obtenue face
à un
adversaire,
Ehoud Barak,
qui prônait
ce même désengagement
unilatéral
dont il se
veut
aujourd’hui
le héros.
Etrange
situation que
celle-ci où
l’on voit
dans le camp
d’en face un
autre
combattant,
Yasser Arafat -
lui aussi
parvenu en fin
de parcours -,
désavoué par
les siens…
Comme
dans le conte
d’Andersen,
Le roi est nu,
rappelle Moshe
Yoguev, l’un
des représentants
des colons.
Est-ce à dire
que le chef du
gouvernement mérite
lui aussi d’être
abattu ? Nul
n’ose évoquer
une telle
fatalité,
encore que
Shimon Peres
formule
ouvertement
des craintes
et que
nombreux sont
ceux qui
jugent bien réels
les risques
d’assassinat.
Et tout aussi
sérieuse la
menace d’un
mouvement de sédition
au sein
d’une armée
dont le moral
est déjà au
plus mal en
raison des
exactions dont
sont
quotidiennement
victimes les
Palestiniens.
Ainsi donc,
cette intifada
dont chacun se
plaisait hier
encore à
relever
l’inutilité
aura atteint
au moins
l’un de ses
objectifs : ébranler
l’entité
sioniste dans
ses deux
assises
essentielles,
la vie
politique et
l’armée. Ce
n’est pas
assez pour hâter
l’avènement
d’un Etat
palestinien,
dont
l’adjoint de
Colin Powell
vient
hypocritement
de signer
l’acte de décès. A
tout le moins
est-ce
suffisant pour
nourrir les
inquiétudes
des Israéliens
sur leur
devenir immédiat.
L'internationale
éclatée des
Frères
musulmans
par
XAVIER
TERNISIEN,
publié dans
le Monde du 23
octobre 2004
Dans
le bureau du
guide suprême
des Frères
musulmans, au
Caire, est
accrochée une
carte du monde.
Les pays
musulmans y sont
indiqués en
vert. Les autres
sont en jaune.
C'est le cas de
l'Europe et des
Etats-Unis. En
écoutant
Mohammed Mehdi
Akef, le septième
guide de
l'organisation
islamiste fondée
en 1928 par
Hassan Al-Banna,
on a un peu le
sentiment
d'avoir affaire
à une
personnalité
qui se considère
comme le
"pape"
de l'islam : "Aujourd'hui,
déclare-t-il, je
suis responsable
de tous les
musulmans dans
le monde." Il
fait une pause
et il ajoute :
"De tous
les musulmans
qui se
reconnaissent
dans la pensée
des Frères."
Sur
l'organisation
internationale
des Frères
musulmans, le
fameux Tanzim
Al-Dawli, il se
montre très évasif
: "Nous
n'avons pas une
organisation
internationale.
Si nous avons
une forme
d'organisation,
c'est à travers
notre perception
des choses. Nous
sommes présents
dans tous les
pays : partout,
il y a des gens
qui se
reconnaissent
dans la pensée
des Frères
musulmans. En
France, l'Union
des
organisations
islamiques de
France -
UOIF -
n'appartient pas
à
l'organisation.
Même si elle
suit ses lois et
ses règles."
L'existence
du Tanzim
Al-Dawli est le
secret le mieux
gardé des Frères.
Plusieurs éléments
du puzzle nous
sont aujourd'hui
connus. La première
donnée
fondamentale est
que le chef suprême
de l'édifice
international
est, depuis
l'origine, le
guide égyptien.
De manière
significative,
il est le seul
à porter le
titre de murchid
(guide). Les
responsables des
branches locales
ont le nom de
"secrétaire
général".
L'expansion des
Frères à l'étranger
est ancienne : dès
les premières
années du
mouvement, son
idéologie s'est
propagée par
l'intermédiaire
d'étudiants étrangers
venus compléter
leur formation
à Al-Azhar ou
dans une autre
université
cairote, et qui
ont été séduits
par la pensée
d'Hassan
Al-Banna. Rentrés
dans leur pays,
ils ont constitué
autant de relais
pour sa
propagation. Un
bureau de
communication
avec le monde
islamique a été
créé après
1945. Il est
devenu
rapidement une
sorte de "ministère
des affaires étrangères
des Frères",
selon le
journaliste égyptien
Husam Tammam,
qui a consacré
l'étude la plus
approfondie à
l'organisation
internationale
(publiée dans
la revue Al-Manar
al-gedid).
Après la
dissolution de
l'association
des Frères par
Nasser en 1954,
les persécutions
et l'exil de
plusieurs
membres
importants ont
favorisé
l'essaimage à
l'étranger.
Mais
la véritable création
du Tanzim
Al-Dawli a eu
lieu plus tard,
le 29 juillet
1982 exactement,
sous l'influence
de Mustafa
Machhour. Dès
sa libération
de prison, en
1973, ce
responsable des
Frères s'est
attelé à
renouer les fils
de la mouvance
internationale
par de nombreux
voyages à l'étranger,
et avec l'aide
de Mohammed
Mehdi Akef, qui
résidait à
Munich depuis la
fin 1981.
L'internationale
des Frères est
constituée
d'associations
membres et
d'autres considérées
comme amies,
comme la
Jamaat-e-Islami
au Pakistan ou
le Refah en
Turquie.
Machhour a nommé
un responsable
pour le représenter
à l'étranger :
le Syrien Hassan
Howeidi, qui réside
à Amman, en
Jordanie.
Une
autre faille
apparaît
Les années
1980
constituent un
apogée. Très
vite, des
fissures
apparaissent.
L'invasion du
Koweït par
l'Irak en 1991
provoque la
première
crise. Les Frères
koweïtiens
jugent que
l'organisation
internationale
ne condamne
pas
suffisamment
le régime de
Saddam
Hussein. Ils décident
de quitter le
Tanzim, dont
ils sont les
principaux
bailleurs de
fonds. Une
autre faille
apparaît en
1995, quand
l'Algérien
Mahfoud Nahnah,
fondateur du
parti Hamas, décide
de se présenter
à l'élection
présidentielle
contre l'avis
des Frères.
En 1996,
Mustafa
Machhour est
élu guide
suprême, à
l'âge de 75
ans. C'est une
consécration
pour le créateur
de
l'organisation
internationale.
Pourtant, la
structure se délite.
Le vice-guide
Maamoun
Al-Hudaybi,
qui succède
à Machhour à
sa mort, en
novembre 2002